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Chronologie Des Rois de France - Pierre Vallaud

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DU MME AUTEUR

Ltau. Le Sige de Leningrad, Fayard, 2011. Atlas gostratgique du Proche et du Moyen-Orient, avec Xavier Baron, Perrin, 2010. Le Rideau de fer, 1945-1955, avec Mathilde Aycard, Acropole, 2010. Lquilibre de la terreur, 1956-1969, avec Mathilde Aycard, Acropole, 2009. La Chute du mur, 1969-2009, avec Mathilde Aycard, Acropole, 2009. Atlas historique de la Mditerrane, avec Odile Sassi et Mathilde Aycard, Presses de lUniversit Saint-Joseph, 2009. Atlas historique de la Mditerrane, avec Odile Sassi et Mathilde Aycard, Presses de lUniversit Saint-Joseph, 2009. 1919-1939, vingt ans de guerre, Acropole, 2009. Allemagne IIIe Reich : histoire-encyclopdie, avec Mathilde Aycard, Le Grand Livre du mois, 2008. La Guerre dAlgrie : de la conqute lindpendance, 1830-1962, Acropole, 2006. La Guerre dAlgrie, Acropole, 2005. 14-18, la Premire Guerre mondiale, Fayard, 2004 ; Acropole, 2008. La Seconde Guerre mondiale, avec ric Deroo, Acropole, 2003 ; 2010. Din Bin Phu : 13 mars-7 mai 1954, avec ric Deroo, Tallandier, 2003. Indochine franaise, 1856-1956: guerres, mythes et passions, avec ric Deroo, Perrin, 2003. Les Franais sous lOccupation : 1940-1944, avec ric Deroo, Pygmalion, 2002. LHeure des comptes : 1945-1946 : de Hiroshima Nuremberg, avec ric Deroo, Acropole, 2002. lassaut de lEurope. 1944-1945 : la Libration de la France, la fin du III e Reich, avec ric Deroo, Acropole, 2002. Le Retournement. 1942-1944 : de lAfrique du Nord au jour J, avec ric Deroo, Acropole, 2002. Le Monde en flammes. 1941-1942 : Barbarossa, Pearl Harbor, Stalingrad , avec ric Deroo, Acropole, 2002. LAgression hitlrienne. 1938-1941 : de la Pologne la guerre du dsert , avec ric Deroo, Acropole, 2002. LExode : mai-juin 1940, Perrin, 2000. Liban, Hachette, 1999. Promenades gourmandes en France, avec Jean-Luc Petitrenaud, France Loisirs, 1998. Histoire de la menace nuclaire, avec Georges Le Guelte, Hachette, 1997. Le XXe sicle: atlas historique, Hachette, 1996. Au Liban, Hachette, 1995. Lconomie internationale en mouvement, avec Yves Messarovitch, Hachette, 1991. Atlas cologique du XXe sicle, Hachette, 1991. Atlas culturel du XXe sicle, Hachette, 1991. Atlas culturel du XXe sicle, Hachette, 1991. Atlas des religions, Hachette, 1990. Atlas dinitiation conomique, Hachette, 1990. Atlas dinitiation conomique, avec Antoine Sfeir, Hachette, 1990.

Atlas des dcouvertes scientifiques et techniques au XXe sicle, avec Antoine Sfeir et ric Schmoll, Hachette, 1990. Les Grandes Puissances, Marabout, 1990. Atlas des guerres du XXe sicle, avec Antoine Sfeir, Hachette, 1990. La Puissance conomique, Hachette, 1989. Histoire du XXe sicle, Marabout, 1989. Atlas gostratgique, Hachette, 1989. Le Liban au bout du fusil, Hachette, 1976.

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Sommaire
Page de titre DU MME AUTEUR Page de Copyright LES MROVINGIENS Les rois fainants LES PIPPINIDES LES CAROLINGIENS LES ROBERTIENS LES CAPTIENS LES VALOIS LES BOURBONS INDEX

LES MROVINGIENS
Dynastie fondatrice de la monarchie franaise, elle senracine dans une tribu de Francs saliens descendants de Mrove, roi mythique. Sa puissance se rduit, lorigine, aux seuls royaumes de Cambrai et de Tournai. Aprs quatre souverains plus ou moins lgendaires, qui ne furent que des chefs de bande, Clovis, roi de 481 511, apparat, par ses conqutes, comme son vrai fondateur. la mort de Clovis, ses quatre fils se partagent ltat franc, qui est, par la suite, divis en quatre units territoriales : lAustrasie (ou Francie de lEst), la Neustrie (ou Francie de lOuest), la Gascogne et la Bourgogne, cest--dire lancien royaume des Burgondes. Lhistoire des Mrovingiens devient alors une longue suite de luttes fratricides et de meurtres, malgr la prsence conciliante de Clotilde (474-545). Aprs les rgnes de Clotaire I er, Clotaire II et Dagobert Ier, qui rtablissent lunit du royaume, la monarchie mrovingienne saffaiblit rapidement. Les rois francs, appels les rois fainants (fin VII e-VIIIe sicle), sont faibles. Les Mrovingiens se retrouvent ainsi vincs par les nouveaux matres du pays, les maires du palais. En 751, Ppin le Bref dpose le dernier roi mrovingien et fonde la dynastie des Carolingiens. La priode mrovingienne est marque par la puissance de laristocratie, compose de riches propritaires fonciers dont la fortune saccrot sans cesse car le roi rmunre les services rendus en biens tirs de son trsor ou en terres prises sur son domaine personnel. Quant la vie conomique, elle devient avant tout agricole et sorganise dans le cadre de la villa , grande ferme entoure de terres cultives et de forts de chasse. Les villes dclinent ainsi que le commerce et lindustrie. Lhistoire des Francs, lpoque mrovingienne (du V e au VIIIe sicle), est notamment connue travers les rcits de Grgoire de Tours (mort en 594). La dynastie mrovingienne fonde la monarchie franaise.

Les Mrovingiens

CLOVIS Ier 465 - Paris, 511 Roi des Francs (481-511) Plus grand des rois mrovingiens, Clovis est considr comme le premier roi de France. En mettant sur un pied dgalit les Francs conqurants et les Gaulois dpositaires dune florissante civilisation, il fait de ces deux peuples une seule nation : le Regnum Francorum (royaume des Francs), premier tat de lOccident.

PETIT-FILS de Mrove et fils de Childric (roi dune tribu de Francs tablie Tournai), Clovis se lance dabord la conqute du dernier tat gallo-romain lui barrer la route vers le sud : le royaume du gnral romain Syagrius. En 486, il lui enlve sa rsidence Soissons, dont il fait sa capitale. Il tend ainsi son autorit jusquau nord de la Loire par conqute ou capitulation. Cette progression donne lieu un fameux pisode. Les Francs ayant pill une glise de la ville de Reims et emport un

vase prcieux, lvque Remi le rclame. Clovis sengage le rcuprer lors du partage du butin Soissons. Mais lun des soldats sy oppose et frappe le vase de sa hache en disant : Tu nauras rien, roi, que ce que le sort taccordera. Clovis garde le silence et dissimule sa colre. Lanne suivante, alors quil passe en revue ses guerriers, il arrive devant le soldat qui a bris le vase. Prtextant que ses armes sont mal entretenues, il jette terre la hache du soldat et, profitant que celuici se baisse pour la ramasser, lui fend la tte en disant : Quil te soit fait ainsi que tu as fait au vase, lan pass, dans Soissons. Le vase de Soissons met fin au systme des dpouilles et souligne la ncessit dun tat, garant de la justice face aux fodalits de tous ordres. Paen, poux de la princesse burgonde catholique Clotilde (493), Clovis se convertit au catholicisme et apport le chrme dans une sainte ampoule. Premier roi barbare catholique, il sassure ainsi le soutien des Gallo-Romains catholiques et lappui de lglise contre les autres Germains, rallis lhrsie arienne. Aprs une ou deux expditions au-del de la Loire (Bordeaux, Saintes), Clovis dfait les Alamans, rejets au-del du Rhin la bataille dite de Tolbiac (Zlpich, non loin de Cologne), en 496, et se fait reconnatre roi des Francs rhnans. En 500-501, des querelles dynastiques lui font lancer une intervention dcisive en Burgondie. Le roi burgonde, Gondebaud, a limin toute la famille de la reine Clotilde. Vaincu prs de Dijon (500), assig Avignon, il se hte de payer un tribut. Puis Clovis vainc et tue le roi wisigoth Alaric II V ouill (situ par certains V oulon, au sud, et non au nord-ouest de Poitiers), en 507, puis domine lAquitaine. Au retour de ses conqutes triomphales, Clovis se fixe dans le palais romain des Thermes, Paris, donnant ainsi une nouvelle capitale la France (508). Il assoit son autorit, mais nombre de tribus lui prfrent leur roi. Clovis dcide alors de supprimer ces rois, bien quils soient ses parents. Il fait excuter le roi des Francs ripuaires (roi de Throuanne), puis celui de Cambrai, et unifie ainsi toutes les tribus franques. Peu aprs, en possession des trois quarts de la Gaule, il meurt. Seuls chappent son contrle le bassin du Rhne et la faade mditerranenne. Clovis est enterr dans labbaye de Sainte-Genevive, Paris (sur lemplacement de lactuel lyce Henri-IV), dont il est le fondateur. Ses tats sont partags, selon la coutume germanique, entre ses quatre fils : Thierry (n dune princesse rhnane), Childebert, Clodomir et Clotaire (ns de Clotilde). CLOTAIRE Ier v. 497 - 561 Roi de Soissons (511-558), roi de Reims (555-558), roi des Francs (558-561) Fils de Clovis, il est lun des plus cruels Mrovingiens. QUATRIME FILS de Clovis, Clotaire hrite du royaume initial de son pre, entre Meuse et Manche, avec Soissons pour capitale. En 526, il fait assassiner deux de ses neveux (les fils de Clodomir, le deuxime fils de Clovis), hritiers du royaume dOrlans. Prtextant vouloir leur apprendre rgner pour succder leur pre mort, Clotaire et son frre Childebert demandent leur mre, Clotilde, de faire venir les trois fils de Clodomir. Une fois les enfants arrivs, ils avouent Clotilde leur vritable dessein : Veux-tu quils vivent la chevelure coupe ou veux-tu quils soient gorgs ? La reine, dans son trouble, ayant rpondu : Plutt morts que tonsurs , les deux ans sont tus. Seul le dernier, Clodoald, rchappe. Aprs ce forfait, Clotaire conquiert la Thuringe

(rgion du sud de lAllemagne) et le royaume des Burgondes, avec ses deux frres (la Bourgogne), en 534. Il lutte contre les Saxons, intervient en Espagne avec Childebert. la mort du dernier de ses frres, en 558, Clotaire runit leurs parts ses possessions et devient ainsi, pendant trois ans, seul roi des Francs. Il combat Chramne, son fils rvolt. Layant rejoint en Bretagne o il a trouv refuge, il le fait brler avec sa femme et ses enfants (560). Dgote par tant de violence, Radegonde, sa cinquime pouse, fille dun roi thuringien prise la guerre, embrasse la vie religieuse et fonde un monastre Poitiers. Quant Clotaire, peu aprs lexpdition punitive contre Chramne, il meurt Compigne. Momentanment runifi (558-561), le royaume franc est, sa mort, nouveau partag entre ses fils. CLOTAIRE II 584 - 629 Roi des Francs de Neustrie (584-613) puis de lensemble du royaume franc (613-629) Le bourreau de Brunehaut simpose grce lappui dun clan issu de lunion de deux familles aristocratiques franques dAustrasie. Ce clan, nomm les Pipinnides , nest autre que le fondateur de la dynastie des Carolingiens. CLOTAIRE II est le petit-fils de Clotaire I er et le fils de Chilpric Ier, roi de Neustrie. Ce dernier avait pous la sur de Brunehaut, reine dAustrasie, avant de lassassiner linstigation de sa concubine, Frdgonde. Or, Clotaire II est justement le fils de Chilpric Ier et de Frdgonde. Brunehaut, voulant venger sa sur, entrane les deux royaumes (Neustrie et Austrasie) dans un conflit long dun demi-sicle. Clotaire II na que quelques mois lorsque son pre est assassin, aussi sa mre exerce-t-elle la rgence jusquen 597. Elle dfend le royaume contre Childebert II, roi dAustrasie. la mort de ce dernier, en 595, Brunehaut devient rgente de toute la Gaule de lEst et du Sud-Est au nom de ses deux petits-fils. Mais son autorit est mine autant par leur rivalit que par un parti de seigneurs austrasiens dvous Clotaire II. Les chefs de ce parti, Ppin de Landen et lvque Arnoul de Metz, appellent Clotaire en Austrasie. Brunehaut lui est livre. Il la fait traner mort, attache par les cheveux la queue dun cheval. Ayant conquis lAustrasie, Clotaire II devient roi de tous les Francs. Install au palais de Clichy, entour de conseillers probes et zls, il se signale par une constitution perptuelle, dlib re en 615 par soixante-dix-neuf vques runis Paris avec les leudes des trois royaumes. Cette constitution a surtout pour rsultat de favoriser lambition des leudes, dont les bnfices deviennent de plus en plus souvent irrvocables. Mort en 629, il est inhum Saint-Germain-des-Prs. DAGOBERT Ier 610 - Saint-Denis, 639 Roi dAustrasie (623-632), roi de Neustrie et de Bourgogne (629-632) puis roi des Francs (632639)

Son rgne fut bref ( peine dix ans), sa vie fut courte (vingt-neuf ans) et son uvre ne fut pas durable, et pourtant il est lun des plus clbres rois. Rare Mrovingien accder au trne lge dhomme, il rgne pleinement et reconstitue lunit du royaume franc.

DIX ANS, Clotaire II, son pre, le nomme roi dAustrasie pour satisfaire le particularisme de laristocratie austrasienne, que dominent le maire du palais, Ppin de Landen, et lvque de Metz, Arnoul. la mort de son pre (629), Dagobert est reconnu roi de Neustrie mais sans lAquitaine, quil annexe la mort de son frre Caribert, en 632. Il soumet, louest, les Bretons, au sud, les Vascons ou Basques. Au-del du Rhin, il rend tributaires les Thuringiens, les Alamans, les Bavarois, et fait la guerre contre les Vntes, tablis dans la valle du Danube. Il conclut un trait de paix avec lempereur byzantin Hraclius (631). Devenu ainsi roi des Francs, il dfend les frontires menac es. Il sjourne souvent dans la ville de Clichy, aux environs de Paris, affichant un luxe digne dun empereur romain. Il parcourt aussi les provinces en rendant la justice et se fait craindre des leudes. Il doit, son tour, composer avec les exigences de laristocratie austrasienne et lui donne pour roi son fils Sigebert, alors en bas ge (634). Afin dviter que Sigebert ne sapproprie un jour la totalit du royaume, il attribue, de son vivant, son troisime fils Clovis II, la Bourgogne et la Neustrie. Contrairement ce que semble laisser supposer la chanson du Bon roi Dagobert , le roi nest pas un bent. Pendant les dix annes de son rgne, Dagobert jouit dun pouvoir absolu. Il sentoure dhabiles conseillers, les futurs saint loi et saint Ouen, respectivement vque de Rouen et orfvre. La mauvaise rputation que vaut cette chanson au roi provient de sa date de cration, pas trs ancienne bien quantrieure 1789, et de ses modifications: remise la mode en 1814, au retour de la royaut, elle fut ponctue de couplets satiriques dactualit. Dagobert fait partie de cette nouvelle gnration de Mrovingiens plus laise dans les conseils que sur les champs de bataille. Grand mangeur et buveur, grand amoureux, il tait dj pnalis par une sant difficile lapproche de la trentaine. En 636, ayant frl la mort, il convoque les principaux dignitaires du Regnum et ses deux fils, et leur adresse un discours : Examinant donc ma conscience et les pchs de mon cur, mditant sur les comptes que je devais rendre au souverain Roi, jai craint son jugement Il multiplie les donations aux monastres, confie lducation de Clovis loi et rappelle le partage de son royaume : Sigebert lAustrasie, lAquitaine et la Provence ; Clovis la Neustrie avec le duch du Dentelin et la Bourgogne. Deux ans plus tard, lapproche de la mort, il se fait transporter labbaye de Saint-Denis, dont il est le fondateur, demandant y tre enterr. Il charge le duc ga dtre le rgent du royaume, avec laccord de la reine Nanthilde, puis meurt le 19 janvier 639. Aprs sa mort, la dynastie mrovingienne ne cesse de dcliner sous les rois enfants, dits rois fainants , qui laissent le pouvoir aux factions et aux maires du palais.

Les rois fainants


Ces rois, pour la plupart des enfants, natteignirent pas mme lge dhomme. Leur rle se limitait porter le nom de roi, avoir les cheveux longs (signe distinctif de la royaut) et sasseoir sur le trne. Ils reprsentaient limage du monarque. Ils donnaient audience aux envoys des diffrents peuples et leur faisaient rponse selon ce que leur dictaient les vrais matres du royaume : les maires du palais ou les comtes. Relgus dans une villa ou une mtairie perdue au milieu des bois, ils tenaient une modeste cour, se dplaant sur des chariots trans par des bufs la manire des paysans et consacrant lessentiel de leur temps aux plaisirs et la chasse. CLOVIS II v. 635 - 657 Roi des Francs (656-657) FILS DE DAGOBERT Ier, il lui succde en 639 la tte de la Neustrie et de la Bourgogne, sous la tutelle de sa mre Nanthilde et des maires du palais, ga puis Erchinoald. Lorsque son frre, Sigebert III, roi dAustrasie, meurt, la succession est tumultueuse. Le mariage de Sigebert tant longtemps strile, Grimoald, le maire du palais, a rv que son fils hrite du trne. Or, quelques annes plus tard, Sigebert et la reine donnent naissance un fils : Dagobert. la mort de Sigebert, Grimoald sarrange donc pour imposer son fils Childebert, dit lAdopt , contre Dagobert, loign en Angleterre. Mais la supercherie est rapidement dvoile. Clovis II profite de la situation. Il saisit lopportunit offerte pour se proclamer roi du Regnum Francorum au nom de la loi de succession naturelle, tant que les partisans de Childebert lAdopt continuent de le reconnatre comme souverain. En 651, il pouse la future sainte Bathilde, celle-l mme qui, veuve de son royal poux, fait mettre mort le patriarche de Lyon en 658, un sacrilge qui, a-t-on dit, va valoir aux femmes dtre interdites de tout exercice politique pendant des sicles. Roi peu aim, rput pour certains actes de folie, Clovis nomme maire du palais, juste avant de mourir, lun des personnages les plus odieux du royaume : le comte bron. CHILDRIC II v. 653 - 675 Roi des Francs (673-675) PETIT-FILS du grand Dagobert. Deuxime fils de Clovis II et de sainte Bathilde (une Saxonne de Grande-Bretagne), il devient roi dAustrasie (662-675) la disparition du roi Childebert lAdopt (exil, empoisonn ou mort naturellement) et du pre de ce dernier, le maire du palais Grimoald. La mort de Clotaire III (673), roi de Neustrie et de Bourgogne, lui donne lopportunit de devenir roi des Francs. Ds lannonce du dcs, en effet, afin dviter toute vacance du trne, bron, le maire du palais, a proclam roi Thierry III, provoquant un soulvement gnral. Non que Thierry soit un candidat illgitime, mais bron a agi sans prendre lavis dun conseil de rgence. Lassembl e des Grands se runit dans le tumulte et proclame Childric roi du Regnum Francorum. bron est

emmen sans mnagement au monast re de Luxeuil. Thierry, captur galement, est amen devant son frre : Quel traitement dsires-tu? Je veux quon me traite en roi. Je suis injustement dpossd de mon trne, et jen appelle au jugement de Dieu Pour toute rponse, Childric relgue Thierry labbaye de Saint-Denis. Pendant deux ans, le royaume des Francs est runifi , Childric acceptant de donner aux trois royaumes les coutumes de chaque patrie . Il conforte lunit du royaume en pousant Blichilde, fille de Sigebert III et sur de Dagobert, le prince lgitime exil en Angleterre. Lvque Lger (futur saint Lger), dont linfluence tait considrable, soppose violemment au mariage, tandis que le maire du palais Wolfoald le soutient. Childric, passant outre linterdit de lvque, lassigne bientt, son tour, labbaye de Luxeuil (10 avril 673), se privant ainsi dun sage conseiller. Il fait btir le monastre de Saint-Di et les abbayes Saint-Grgoire de Munster et de Fontenelle. Mais, prince dbauch, emport et cruel, il se montre de plus en plus tyrannique. Son attitude veille des rancurs et il est assassin au cours dune chasse dans la fort de Lognes, en mme temps que la reine et son fils an, Dagobert. Il est inhum Saint-Germain-des-Pr s. THIERRY III v. 654 - 691 Roi des Francs (679-691) PETIT-FILS du grand Dagobert. Troisime et dernier fils de Clovis II et de sainte Bathilde (une Saxonne de Grande-Bretagne), Thierry III aurait d devenir roi de Neustrie et de Bourgogne la mort de son frre Clotaire III, mais lambition de Childric II le prive de son domaine. Lorsque Clotaire III meurt, en 673, le maire du palais, bron, pour viter toute vacance du trne, proclame Thierry roi, sans prendre lavis dun conseil de rgence. Le cadet na, en effet, encore reu aucune part de lhritage paternel. En raction, lassemble des Grands proclame Childric II roi du Regnum Francorum et destitue Thierry. bron est exil Luxeuil. Tonsur de force, Thierry se retrouve relgu labbaye de Saint-Denis et plac sous la garde de labb Chardric, futur vque de Beauvais. la mort de Childric II, assassin en 675, lvque dAutun, Lger (futur saint Lger), tout juste libr, vient, accompagn des leudes de Neustrie et dAustrasie, tirer Thierry de sa prison abbatiale. lge de vingt ans, Thierry retrouve donc le trne. Malheureusement pour le jeune roi, bron a, lui aussi, recouvr la libert. Il suscite un usurpateur, un certain Clovis, soi-disant fils de Clotaire III, sempare du pouvoir, sauto-proclame maire du palais et commence une rpression sanglante, lune des pires de la dynastie mrovingienne. peine rtabli, Thierry est nouveau renvers. Le prtendu roi Clovis ayant disparu, seule la mort du roi dAustrasie, Dagobert II, en 679, fait de Thierry le roi des Francs. Cependant, les Austrasiens, toujours rebelles toute tutelle, choisissent pour les diriger non un roi, mais le maire du palais, Ppin de Herstal, et son frre, Martin. Une premire bataille opposant Neustriens et Austrasiens Lifou-le-Grand, prs de Toul, tourne lavantage des premiers. Martin est tu. Ppin de Herstal prpare sa vengeance, favorise par lassassinat dbron (681), qui affaiblit la Neustrie en 686. Il lemporte Tertry (prs de Saint-

Quentin) en 687. Ppin de Herstal devient le nouvel homme fort. Il laisse toutefois Thierry sur le trne. Le roi fantme garde son titre et sa dignit jusquen 691, se contentant de se rendre aux conseils royaux dans un chariot attel de bufs. Les tats francs, nouveau runis, passent sous la tutelle dune famille qui sest suffisamment illustre pour dtrner les Mrovingiens. Thierry est enterr auprs de son pouse, Clotilde (ou Rothilde), dans la basilique Saint-Vaast dArras, dont il est le fondateur. CLOVIS IV v. 682 - 695 Roi des Francs (691-695) FILS AN de Thierry III, il est dsign par le maire du palais et vrai souverain du royaume, Ppin de Herstal, pour monter sur le trne la mort de son pre. Ppin de Herstal fait ainsi rapparatre le droit danesse. Plac sous ltroite tutelle du maire du palais, ce fantme de roi rgne nominalement pendant quatre ans avant de mourir lge de treize ans. CHILDEBERT III v. 683 - 711 Roi des Francs (695-711) DEUXIME FILS de Thierry III, il devient roi en 695, la mort de son frre, Clovis IV . Plac sous ltroite tutelle du maire du palais, Ppin de Herstal, il ne dispose daucun pouvoir rel. Plusieurs campagnes sont menes contre les Frisons et les Alamans sous son rgne. Il meurt lge de vingthuit ans, aprs seize ans de rgne, un record de longvit pour les rois fainants. DAGOBERT III v. 699 - 715 (711-715) FILS DE CHILDEBERT III, il devient roi en 711, lge de douze ans. Le maire du palais, Ppin de Herstal, et vritable matre du royaume, la choisi de prf rence son oncle, Clotaire, majeur, mais le jeune homme meurt lge de seize ans. Il est lun des derniers Mrovingiens, rois sans pouvoir presque tous morts dans la fleur de lge. Aussi est-il clair aux yeux de tous les Francs que cest la famille de Ppin qui est dsormais considre comme royale. CHILPRIC II v. 670 - 720

Roi des Francs (720) FILS DE CHILDRIC II, il a survcu au massacre de ses parents, relgu dans un monastre sous le nom de Daniel. En 714 et 715 meurent tour tour Ppin de Herstal, le maire du palais depuis quarante ans, et le roi Dagobert III, mrovingien sans pouvoir. Rainfroi, le successeur de Ppin, en profite pour tirer Chilpric de son monastre et, une fois ses cheveux repousss, il est proclam roi en Neustrie (715). Demble, il doit affronter les Austrasiens et leur chef, le futur Charles Martel. Chilpric lemporte dabord grce son alliance avec Radbod (Frison), mais Charles crase les Neustriens dans la fort des Ardennes (716). Devenu duc dAustrasie, Charles cherche faire la paix avec Chilpric, qui se drobe. Le 21 mars 717, une terrible bataille sengage : larme neustrienne est anantie, le roi se rfugie auprs dEudes dAquitaine avec les trsors royaux, et Charles entre triomphalement dans Paris. Il proclame roi Clotaire IV . Chilp ric II, ayant manqu la couronne, ne dsarme pas pour autant et, alli au duc dAquitaine, continue harceler Charles. Mais ce dernier crase aussi bien les Aquitains que les Neustriens. Cest alors que Clotaire IV , roi fantme, meurt. La victoire le rendant matre de tout le Regnum Francorum, Charles dcide par vengeance de se faire livrer Chilpric par Eudes. Puis, par calcul ou magnanimit, il le proclame roi des Francs vers 720. Souverain dnu de tout pouvoir, Chilpric sexile dans sa villa dAttigny, au bord de lAisne, o il meurt, oubli, la fin de 720. THIERRY IV v. 713 - 737 Roi des Francs (721-737) FILS DE DAGOBERT III, il monte sur le trne en 721, mais sous ltroite tutelle du tout-puissant maire du palais, Charles Martel. Celui-ci multiplie les campagnes contre les Frisons et les Saxons, soumet la Thuringe et la Bavire, et arrte les Arabes Poitiers (732). Thierry IV meurt dans sa villa de Chelles. sa mort, Charles Martel donne une preuve clatante de sa puissance en laissant le trne vacant et gouverne ainsi jusquen 741. CHILDRIC III ? - 755 Roi des Francs (743-752) FILS DE CHILPRIC II, proclam roi en 743, aprs une vacance du trne organise par Charles Martel, puis par les fils et successeurs de Charles Martel, Ppin le Bref et Carloman. Il doit sa nomination une rvolte que Ppin et Carloman esprent ainsi calmer. Aprs le retrait, en 747, de son frre Carloman, qui se fait moine, Ppin le Bref devient maire du palais de Neustrie, de Bourgogne et dAustrasie. Fort de sa puissance, il peut se passer de roi. Soutenu par le pape Zacharie, Ppin le Bref convoque une assemble Soissons en 752 et dpose devant elle Childric III. On lui coupe sa longue chevelure, signe distinctif des rois francs, puis il est relgu dans labbaye de Saint-Bertin, Saint-Omer. Il y meurt quelques annes plus tard, dernier des rois mrovingiens, aussi obscur et impuissant que ses prdcesseurs. Pour mettre fin la dynastie,

son fils Thierry est emprisonn labbaye de Fontenelle.

LES PIPPINIDES
Chef de laristocratie austrasienne, Ppin de Landen se nomme ainsi en rfrence son domaine familial de Landen, dans lactuelle Belgique. Il possde dimportantes proprits dans le Brabant, la Hesbaye et le Namurois. Il est lpoux dune femme rpute pour sa vertu, Itta, originaire dAquitaine, sur de Modoald, vque de Trves et galement propritaire de grands biens. Ppin et Itta duquent leurs enfants dans la rigueur : Gertrude, future abbesse de Nivelles, Beggha qui pouse Ansgisel, fils du duc de Metz, Arnoul (dont descendent les Carolingiens), et Grimoald. Gertrude et Beggha seront canonises. Cest le roi mrovingien Clotaire II qui choisit de prendre le maire du palais dAustrasie dans cette famille riche. Il nomme Ppin successeur de Radon, maire du palais. Celui-ci commence exercer son pouvoir sous le jeune Dagobert, install Metz. Il simpose rapidement et rend sa fonction hrditaire. Les descendants de Beggha constituent la branche principale des Pipinnides. Par son mariage avec Plectrude, riche propritaire dans la rgion de Cologne et de Trves, le fils de Beggha, Ppin de Herstal, enracine la fortune familiale et peut sappuyer sur laristocratie installe dans le duch des Ripuaires et en Austrasie. Parmi ses descendants galement nomms maires du palais sillustrent alors Charles Martel, qui assoit la puissance de la famille par ses grandes victoires, et enfin Ppin le Bref, qui fonde la dynastie carolingienne. Les Pippinides

CHARLES MARTEL v. 688 Quierzy-sur-Oise, 741 Maire du palais dAustrasie (716), de Neustrie (719), il impose son autorit aux rois mrovingiens et devient le vritable matre du royaume des Francs (737-741). Son surnom de Martel (marteau) lui vient de lnergie quil dploie pour imposer sa politique. FILS ILLGITIME de Ppin de Herstal et dune femme nomme Alpade, il doit dabord simposer la mort de son pre (714) face aux enfants de la premire pouse lgitime, Plectrude. Emprisonn par cette dernire, il svade, runit une partie de laristocratie austrasienne et remporte sur les Neustriens les victoires dAmblve (716) et de Vincy (717). Il consacre ainsi dfinitivement le triomphe de lAustrasie et unifie ltat mrovingien. Il gouverne sous lautorit fictive des rois mrovingiens, Chilpric II puis Clotaire IV et Thierry IV . Il vainc les Saxons, les Frisons et soumet la Thuringe ainsi que la Bavire. Il est clbre par sa victoire de Poitiers (25 octobre 732) contre les Arabes dEspagne. Contrairement au caractre dfinitif que cette bataille a laiss dans les mmoires, cependant, la victoire de Poitiers stoppe la progression des musulmans mais ne larrte pas. Charles doit revenir

plusieurs fois pour chasser les Arabes de la valle du Rhne, de la Provence et de la Septimanie. En 737, il livre encore des batailles acharnes autour de Narbonne. Les combats durent plus de vingt ans. Aprs sa victoire de Poitiers, Charles soumet fermement lAquitaine et la Provence. Il lacise les biens du clerg et distribue certains domaines de lglise aux leudes pour les rcompenser. Au mme moment, cependant, il soutient le pape dans sa politique dvanglisation en Bavire, en Frise et en Saxe, protgeant notamment saint Boniface. Les missions suivent les armes. Charles Martel a compris quune pacification durable passe ncessairement par la christianisation des populations paennes. Cette alliance avec la papaut sera poursuivie par ses successeurs, Ppin le Bref, son fils, et Charlemagne, son petit-fils. la mort du roi Thierry IV en 737, Charles Martel, qui nest que maire du palais, donne la preuve clatante de sa puissance en ne nommant pas de successeur au trne. Il carte ainsi le fant me de la royaut mrovingienne sans prendre le risque de sapproprier le titre de roi. Cette modestie ne trompe personne: le pape Grgoire III lappelle le vice-roi . Alli aux Lombards contre les Arabes, affaibli par la maladie, il doit renoncer secourir le pape Grgoire III, menac par ces mmes Lombards. Il meurt le 22 octobre 741, sa villa de Quierzy-sur-Oise et est enterr Saint-Denis, auprs des rois mrovingiens. Il a fait rdiger par son demi-fr re une chronique officieuse, qui continue luvre du pseudo-Frdgaire1. Il laisse le pouvoir ses fils, Carloman et Ppin le Bref. CARLOMAN v. 715 - Vienne, 754

FILS AN de Charles Martel, il hrite, la mort de son pre, du pouvoir sur lAustrasie, la Souabe et la Thuringe. Il aide son frre, Ppin le Bref, combattre les Alamans, les Bavarois et les Saxons. Il soutient luvre rformatrice de saint Boniface, rend aux glises une partie des biens qui leur avaient t enlevs par Charles Martel et rforme la discipline ecclsiastique. Attir (par nature ou par obligation) par les affaires religieuses, il se fait moine en 747 et se retire au monastre du MontCassin (Italie), o il finit ses jours sous la rgle svre de saint Benot. Ppin le Bref hrite de son pouvoir sur les territoires.

1. Chronique du monde jusqu lan 660, lune des rares crites lpoque mrovingienne, et dont lauteur reste sujet caution.

LES CAROLINGIENS
Deuxime dynastie des rois francs. Bien que fonde par Ppin le Bref, elle tire son nom de son plus illustre reprsentant, Charlemagne. Elle succde la dynastie des Mrovingiens en 751, lorsque Ppin le Bref destitue le dernier Mrovingien, Childric III, et se fait proclamer roi des Francs. Elle a donn treize rois, dont cinq ont aussi t empereurs dOccident. La dynastie des Carolingiens mne une habile et patiente stratgie dalliances et de mariages. Elle est issue de lunion de deux puissantes familles dAustrasie, dont lorigine remonte Ppin de Landen, maire du palais, et saint Arnould, vque de Metz. Son rgne, brillamment amorc par Ppin le Bref (751-768), fils de Charles Martel, connat son apoge sous Charles Ier le Grand ou Charlemagne (768-814), empereur dOccident. Ds lors, le destin de la famille carolingienne concide avec celui de lEurope. Les Carolingiens rgnent sur la Gaule, la Germanie occidentale, le massif alpin, lItalie du Nord. la mort du fils et successeur de Charlemagne, Louis Ier le Pieux (814-840), lempire, soumis aux raids normands depuis 840 mais aussi la coutume franque des partages, est dmembr entre les trois petits-fils de Charlemagne au trait de Verdun (843), lun des vnements les plus importants du Moyen ge. Les trois principaux peuples dEurope se sparent. Une France, une Italie et une Germanie indpendantes se forment. Lothaire I er (840-855) reoit la Francie mdiane, Louis le Germanique (843-876), la Germanie, et Charles II le Chauve (843-877) rgne sur la Francie occidentale, futur royaume de France. Le partage de lempire se poursuit sous Louis II le Bgue (877-879), Louis III (879-882) et Carloman (879-884). Charles III le Gros tente de reconstituer lunit de lempire mais, aprs sa mort, les forces centrifuges lemportent. Les deux tentatives pour rtablir la dignit impriale, celle de Charles le Chauve, en 875, et celle de Charles le Gros, en 885, restent donc sans lendemain. En dpit dune activit culturelle et artistique brillante, un processus de dclin samorce, accentu par les dissensions internes et les invasions. Charles III le Simple, Louis IV dOutre-Mer, Lothaire et Louis V le Fainant sont les souverains carolingiens sous tutelle de la France au X e sicle. Rois de nom, ils ne le sont gure de fait et se retrouvent bientt dfinitivement carts du pouvoir par les Captiens. Occups par leurs querelles de succession, ils se montrent incapables de dfendre la France contre les envahisseurs, normands en particulier. Ainsi se constituent les liens de protection et le rgime de la fodalit fonde la nouvelle organisation de la socit au cours des IXe et Xe sicles. Les Carolingiens rgnent jusquen 911 et en France jusquen 987, disputant, durant tout un sicle, le trne aux Robertiens (anctres des Captiens). Sous les Carolingiens, lEurope occidentale constitue un ensemble rgi par des institutions uniformes. Cette dynastie apporte aussi, par le recours au sacre des rois, une innovation capitale. Si les Mrovingiens sont rois par la volont des Francs, les Carolingiens le sont par la volont de Dieu, bien que lhrdit reste fragile et que tous les Carolingiens soient, en ralit, lus par les Grands. Le sacre de Ppin le Bref marque le dbut de la monarchie de droit divin qui devait durer jusqu la Rvolution franaise. Allis du Saint-Sige, menacs par les Lombards, les Carolingiens sont aussi les dfenseurs de la chrtient.

PPIN LE BREF Jupille, 715 - Saint-Denis, 768 Roi des Francs (751-768) Fils de Charles Martel et pre de Charlemagne, il est le fondateur de la dynastie des Carolingiens. Surnomm le Bref (le petit) cause de sa courte taille, il est rput pour sa force extraordinaire. LA MORT de son pre, Charles Martel (741), Ppin devient maire du palais et reoit la Neustrie, la Bourgogne et la Provence. Son frre, Carloman, hrite de lAustrasie et de la Thuringe. Tous deux gouvernent un royaume sans roi depuis la mort de Thierry IV (737). Confronts de nombreuses oppositions, ils doivent se montrer conciliants. Mme sils dfont Odilon, duc de Bavire, en 743, il leur faut rtablir Childric III sur le trne pour apaiser les adeptes de la dynastie mrovingienne. Tous deux rendent aux glises une partie des biens qui leur avaient t enlevs par Charles Martel, rforment la discipline ecclsiastique loccasion de plusieurs conciles (743-747). Carloman stant fait moine (ou y ayant t forc en 747), Ppin gouverne seul. Il doit faire face aux intrigues de Grifon, fils naturel de Charles Martel, qui se fait reconnatre duc de Bavire avant dtre battu et de se voir confier Le Mans en ddommagement. Soutenu par le pape Zacharie, Ppin profite de sa position de force pour convoquer une assemble Soissons en 752 et dposer devant elle. Le dernier roi mrovingien, Childric III, se retrouve enferm dans une abbaye et Ppin se fait proclamer roi des Francs puis sacrer par les vques. Sacr une nouvelle fois par le pape tienne II Saint-Denis (755), Ppin inaugure la monarchie de droit divin et noue pour longtemps une solide alliance entre Rome et la royaut franque. Afin de remercier la papaut, il mne deux expditions militaires contre les Lombards et les force cder, en 756, au Saint-Sige, lexarchat byzantin de Ravenne quils venaient de conqurir, origine des tats pontificaux (ils existeront jusquen 1870). Il dfend les frontires du royaume. Il bat les Saxons et les Bavarois, reconquiert Narbonne et le sud de la Gaule sur les Arabes (759), et achve de soumettre les Aquitains rvolt s. En effet, le duc Hunald avait t vaincu mais son fils Wafre continuait la lutte, qui dura huit ans (760-768). Chaque anne, les Francs passent la Loire, pillent le pays et ce nest quaprs un long moment et lassassinat de Wafre par un des siens que Ppin est aussi considr comme le chef du midi de la Gaule. Il tend les rapports vassaliques par les serments de fidlit. Il meurt en 768, plus puissant que ne lavaient t Clovis et Dagobert. Ayant solidement tabli son autorit, il a prpar luvre de son fils, Charlemagne. sa mort, son royaume est partag entre ses deux fils, Charlemagne et Carloman, ns de son union avec Berthe au Grand Pied, fille du comte de Laon. CHARLEMAGNE (OU CHARLES LE GRAND) v. 688 - Quierzy-sur-Oise, 741 Roi des Francs (768-814) et des Lombards (774-814) et empereur dOccident (800-814) Charles Ier, plus connu sous le nom de Charlemagne (du latin Carolus Magnus, Charles le Grand), est lun des souverains les plus clbres du Moyen ge. Il est lun de ces hommes qui, tels Csar ou Alexandre, laissent un souvenir imprissable. Personnage historique et lgendaire, pre de

lEurope , il donne son nom la dynastie fonde par son pre, Ppin : les Carolingiens. FILS AN de Ppin le Bref et de Berthe (dite au Grand Pied), il succde son pre, conjointement avec Carloman (768). Il ne sentend gure avec son frre, mais la mort prmatur e de Carloman (771) met fin toute querelle. Charles, devenu seul roi des Francs, annexe le royaume des Lombards en Italie du Nord et se fait le protecteur des papes. Sa lutte contre lEspagne musulmane stale sur plus de vingt ans (778-802) et aboutit au contrle de la Catalogne et de la Navarre. Lexpdition de 778 est lorigine de la lgende de Roland, commandant de larri re-garde de Charlemagne crase Roncevaux par des Gascons (Basques). Dpeint comme fort, intelligent et intrpide, Charlemagne quitte rarement son cheval et son pe. Les guerres les plus rudes se livrent en Germanie. La Bavire annexe (788), Charlemagne mne une lutte acharne contre les Saxons, paens qui menacent son royaume lest. La guerre de Saxe dure trente-trois ans et se termine par une victoire des Francs. Quatre mille Saxons sont dcapits Verden (782). Les Saxons sont convertis de force au christianisme. Afin de consolider ses frontires, il annexe la Frise (Pays-Bas actuels) et mne des campagnes contre les Avars, installs en Hongrie. Grand conqurant, il participe dix-huit expditions contre les Saxons, six contre les Arabes, autant contre les Lombards, finissant par dominer une grande partie de lOccident. Aux limites de ses conqutes sont tablies les marches , zones de protection solidement gardes par larme. Afin de protger la Bavire des Avars, par exemple, un pays frontire, une marche est cre sous le nom de pays de lEst (sterreich, Autriche). De mme, la marche dEspagne correspond au comt de Barcelone, la marche de Gascogne au futur royaume de Navarre. Ces marches sont places sous la direction de chefs spciaux. La domination de Charlemagne est europenne. Elle comprend la Gaule, le nord de lEspagne jusqu lbre, la plus grande partie de lItalie, jusquau Garigliano; la Germanie jusqu lElbe et aux montagnes de la Bohme ; la valle du Danube jusqu lun des plus importants affluents de ce fleuve, lactuelle Tisza en Hongrie. Mme au-del de lElbe, des populations sauvages, les Wiltzes, les Obotrites payent tribut. Les rvoltes sont rprimes et, partout, cent peuples divers, quoique rgis par leurs lois particulires, relvent en dernier ressort de la seule autorit de Charlemagne. Aprs trente-deux ans (plaid gnral), les comtes sont rtribus de leur travail par des bienfaits. La hirarchie ecclsiastique est aussi mise au service du pays, Charlemagne nhsitant pas nommer les vques. Allant deux par deux (un comte et un vque), les missi dominici (envoys du matre) circulent dans les provinces afin de veiller lapplication des dcisions de lempereur, consignes dans les capitulaires . Ils coutent les rclamations du peuple, jugent les grands procs. Pour remdier au trop petit nombre de fonctionnaires, Charlemagne dveloppe les liens dhomme homme tous les chelons de la socit (vassa lit). Rgulirement, il tient les assembles ordinaires chez les Francs, mais il y introduit de grands changements. vques, ducs, comtes, spars de la multitude, dlibrent seuls. Pendant ce temps, lempereur reoit ceux qui le souhaitent. Cest dans ces assembles quil publie ces ordonnances dites capitulaires .

Charlemagne recrute son arme parmi les hommes libres, qui doivent squiper leurs frais. Tout propritaire de quatre mtairies au moins doit, au premier appel, se prsenter devant le roi arm. Celui qui possde au moins douze manses doit amener un cheval et avoir le casque et le haubert. Ainsi se constituent linfanterie et la cavalerie. Dfenseur du christianisme, Charlemagne est le premier roi franc aller en personne Rome (Pques 774). Souverain chrtien de presque toute lEurope, il est, le 25 dcembre 800, couronn par le pape. Il tend la juridiction de lglise, introduit le chant grgorien (ou romain) dans les offices, impose chaque paroisse lobligation de donner son glise la dme, ou dixime partie des produits de sa terre. Charles est galement le matre duvre de plusieurs travaux dart. Il fait btir un pont de bois sur le Rhin, Mayence, des palais Francfort-sur-le-Main, Schelestadt, Ratisbonne, Magdebourg et surtout Aix-la-Chapelle, o il fait lever une basilique.

Autodidacte, fru de posie latine et lisant le grec, lempereur est lorigine dune renaissance intellectuelle conue pour les lacs comme pour les clercs. Il encourage le renouveau des tudes en crant des coles et en faisant venir sa cour les meilleurs savants de son temps comme lillustre Alcuin, diacre n York et attir en France par les libralit s de lempereur. Les autres sappellent Eginhard, historien de Charlemagne, Thodulf, vque dOrlans et lun des meilleurs potes de son temps. Charlemagne tudie aussi la langue germaine et en fait rdiger une grammaire. Le rayonnement culturel de lempereur devient si grand quil parvient jusquau grand calife Haroun al-Rashid, qui envoie Charlemagne prsents et ambassades. Charlemagne a eu quatre pouses et au moins cinq concubines, dont il a eu seize enfants. Ds 806, il prvoit le partage de son empire entre les trois fils ns de son mariage avec Hildegarde, sa troisime pouse, mais Ppin meurt en 810 et Charles en 811. Seul reste Louis. CARLOMAN v. 751 - Samoussy (prs de Laon), 771 FILS CADET de Ppin le Bref et frre de Charlemagne, il reoit du pape tienne II lonction royale avec son pre et son frre (755). la mort de son pre, il hrite dune partie du royaume comprenant lAustrasie notamment. sa mort, Charlemagne se saisit de ses territoires et enferme ses deux fils dans un monastre aprs avoir battu Didier, roi des Lombards et beau-pre de Carloman, auprs duquel les enfants staient rfugis avec leur mre, Gerberge. LOUIS Ier LE PIEUX (OU LE DBONNAIRE) Chasseneuil, 778 - prs dIngelheim, 840 Empereur dOccident (814-840) la suite du grand rgne prcdent, Louis le Pieux maintient une certaine stabilit dans lempire franais et exerce un rgne marqu par une forte influence des prlats. Dpos, rtabli, renvers , nouveau rtabli, il ne donne pas limage dun grand souverain. TROISIME FILS de Charlemagne et dHildegarde, Louis devient roi dAquitaine ds 781, puis est associ au trne par son pre en 813, aprs la mort de ses deux frres. Il est sacr empereur, avec son pouse Ermengarde, Reims, par le pape tienne IV, en 816. La mort de ses frres, les uns aprs les autres, lui permet de rassembler lempire divis de son pre. Mais Louis, dit aussi le Dbonnaire , nest pas assez ferme pour protger longtemps lunit recouvre des ambitions et des jalousies de ses trois fils : Lothaire (Ier), Louis (Ier le Germanique) et Ppin (Ier). Ds 817, dailleurs, il favorise le partage, de son vivant, de ses royaumes entre eux. Lothaire revient lAustrasie, Louis la Bavire et Ppin lAquitaine. Quant Bernard, neveu de Louis Ier le Pieux et petit-fils de Charlemagne, il ne lui reste que lItalie. Cette dcision provoque sa rvolte. Vaincu par lempereur, il a les yeux crevs et meurt en 818. Louis I er, profondment chrtien, est pris de remords. Il fait pnitence publique Attigny, devant les Grands de lempire, ce

qui affaiblit son prestige. Les difficults pour rgler sa succession saggravent alors. Veuf de sa premire femme, Ermengarde, en 818, Louis Ier sest remari en 819 avec Judith de Bavire, dont il sera trop souvent le jouet. La naissance dun quatrime fils, issu de lunion avec Judith (Charles II le Chauve), remet le partage en question. Louis donne Charles, en 829, les provinces entre le Rhne et le Rhin. Sestimant ls, Lothaire, soutenu par les peuples, se rvolte en 830. Il contraint Louis se plier ses conditions lassemble de Compigne. Il loblige loigner le plus dtest de ses conseillers, Bernard, duc de Septimanie, et faire enfermer Judith. Le roi en personne doit se retirer dans un clotre. Jaloux des nouveaux pouvoirs de Lothaire, ses frres se runissent lassemble de Nimgue (831). Louis le Pieux est rtabli dans tous ses honneurs et Judith rappele. Lothaire vaincu, dpouill du titre imprial, doit se retirer en Italie. Nayant pu recouvrer toute son autorit, le roi affiche toujours une prfrence ostentatoire pour son plus jeune fils. Les ans se rvoltent donc une seconde fois, en 833. Lempereur se retrouve nouveau dgrad et humili au Champ du Mensonge. Une nouvelle fois, les enfants victorieux se divisent. Refusant de sincliner devant Lothaire, Louis le Germanique et Ppin travaillent au retour de Louis le Pieux et le rhabilitent en 834. Survient alors la mort de Ppin, qui laisse un fils. Louis lcarte de son dernier partage, qui favorise toujours Charles de faon outrancire. Louis le Germanique, rduit rgner sur la Bavire, prend les armes. Lempereur vieux et malade, marchant contre lui, meurt. sa mort sengage une guerre entre tous les hritiers, qui conduit au partage de lEmpire. Sous le rgne de Louis, lEmpire connat un essor culturel. Il poursuit la renaissance carolingienne sur les plans administratif, religieux et intellectuel. Au niveau militaire, Louis le Pieux achve les conqutes de Charlemagne en soumettant les Bretons, les Saxons et les Slaves de Pannonie. Ds le rgne de Louis le Pieux, lempire franc marque des signes de dclin. Ils tiennent au talent moindre de lempereur, mais aussi aux difficults de contrler un si vaste territoire (les leudes sont de plus en plus puissants et indpendants) et lapparition de menaces extrieures : linvasion des Normands et lassaut des nouveaux barbares. CHARLES II LE CHAUVE Francfort-sur-le-Main, 823 - Avrieux, dans les Alpes, 877 Roi de France (843-877) et empereur dOccident (875-877) Petit-fils de Charlemagne, cadet et fils prfr de Louis Ier le Pieux, il a longtemps dchan le courroux de ses demi-frres jaloux contre leur pre. Malgr les circonstances politiques dfavorables, les invasions, les rvoltes, il a su tre lun des grands Carolingiens. FILS DE LOUIS le Pieux et de Judith de Bavire, la mort de son pre, il sallie son demi-frre, Louis Ier le Germanique, pour battre, Fontenoy-en-Puisaye (841), leur an, Lothaire Ier, qui est devenu empereur dOccident (840-855). Charles et Louis renforcent leur alliance par le serment de Strasbourg en 842 : Louis parle en langue romane pour tre compris des soldats de Charles et, inversement, Charles sexprime en langue germanique. La distinction des langues annonce la distinction des nations. Charles et Louis contraignent Lothaire faire la paix. Ils signent tous trois le

trait de Verdun (843), qui partage lEmpire entre eux. Charles obtient la Francie occidentale (qui gardera le nom de France), dlimite lest par la Meuse, la Sane et les Cvennes. Rgnant sur une France dj rogne, Charles doit encore lutter contre les Bretons, qui veulent leur indpendance (846). Sacr roi dans lglise Sainte-Croix Orlans par larchevque de Sens, Ganelon, en 848, il est contraint de lutter sans cesse pour protger son royaume. la mort de Lothaire Ier (855), il participe la guerre civile, provoque par lhritage. Lui et son frre, Louis le Germanique, semparent chacun dune partie de la Lotharingie en 870. Aprs la mort successive de ses trois neveux (les fils de Lothaire), il tente de reprendre les provinces de la valle du Rhne et de la valle de la Moselle. Il guerroie galement en Aquitaine contre son neveu, Ppin II (864). Son rgne est trs prouv par linvasion des Hongrois, des Sarrasins et, surtout, des Normands, qui assigent et pillent Paris en 845, 858 et 861. Il confie le commandement de la dfense entre Seine et Loire Robert le Fort (lanctre des Captiens). Le trne imprial restant vacant, Charles est sacr empereur Rome par le pape Jean VIII, le 25 dcembre 875. Il ne russit toujours pas, pourtant, recrer lunit de lEmpire. la mort de Louis le Germanique, il est, une fois de plus, battu par son neveu, Louis le jeune, Andernach, en 876. lintrieur, Charles veut rorganiser le royaume, comme en tmoignent ses quatre cent soixantedix capitulaires. En 877, il cde aux instances des leudes, de plus en plus puissants, et signe le capitulaire de Quierzy, qui consacre lhrdit des bnfices. Tout comte qui accompagne le roi peut tre, en cas de mort, remplac dans sa charge par son fils ou son plus proche parent. Forts de cette recommandation, les comtes vont tout faire pour transformer en souverainet personnelle la province dont on leur avait simplement confi la surveillance. Le pouvoir du roi se trouve ainsi affaibli. Sous son rgne, la renaissance carolingienne impulse par Charlemagne est son apoge. En 845, la clbre Bible de Charles le Chauve est excute labbaye Saint-Martin de Tours, incendie peu aprs, le clotre de la cathdrale dAutun slve, Girart de Vienne fonde labbaye de Vzelay. Le roi part secourir le pape Jean VIII, menac par les Sarrasins, mais la campagne en Italie est un chec et Charles meurt sur la route du retour en Maurienne. Son fils, Louis, lui succde. LOUIS II LE BGUE 846 - Compigne, 879 Roi de France (877-879) FILS DE CHARLES II le Chauve, il est desservi par sa constitution fragile et son bgaiement. Il confirme le partage de la Lotharingie, fait en 870, par le trait de Fouron avec Louis le Jeune, roi de Germanie, en 878. Louis II le Bgue ne rgne que deux ans et meurt en 879. Il ne fait que passer sur le trne, comme ses deux fils, ns de son premier mariage avec Ansgarde : Louis III (879-882) et Carloman (879-884). Son autre fils, Charles III le Simple, n de son second mariage avec Adlade, lui succde plus tard. LOUIS III v. 863 - Saint-Denis, 882

Roi de France (879-882) FILS AN de Louis II le Bgue, il partage le pouvoir avec son frre Carloman, soccupant plus particulirement de la Francie et de la Neustrie. Sous son rgne, la dislocation de lempire de Charlemagne saccentue. Pour viter une guerre, il cde la Lotharingie occidentale (880) au roi de Germanie, Louis le Jeune. Il remporte une victoire sur les pillards normands Saucourt-en-Vimeu (881). Sans descendance, il laisse Carloman seul roi. CARLOMAN v. 867 - v. 884 Roi de France (879-884) DEUXIME FILS de Louis II le Bgue et petit-fils de Charles II le Chauve, il partage dabord le royaume avec son frre, Louis III, soccupant plus particuli rement de lAquitaine et de la Bourgogne, puis devient seul roi aprs la mort de ce dernier (882). Il doit reconnatre lusurpateur Boson comme roi de Provence (879). Il lutte galement contre les Normands. Il meurt dix-sept ans dun accident de chasse, sans descendance. Le seul hritier du trne devient le dernier fils de Louis II le Bgue, Charles, dit le Simple. CHARLES III LE GROS Neidingen, prs de Donaueschingen, 839 - id., 888 Empereur dOccident (881-887) Arrire-petit-fils de Charlemagne et troisime fils de Louis I er le Germanique, il est roi dItalie (879-887), de Germanie (882-887) et de France (885-887). Son surnom indique sa corpulence. APRS les morts prmatures de Louis III et de Carloman, il ne reste plus quun fils de Louis II le Bgue : Charles (dit le Simple), g de cinq ans. Aussi les Grands lui prfrent-ils un autre Carolingien, son cousin Charles (dit le Gros). Le pape le couronne empereur en 881 et il assure la rgence de la France (884-887) pendant la minorit de Charles le Simple. En 885, les Vikings assigent la capitale et ravagent les environs. Charles prfre acheter leur retrait que les combattre. Cette lchet et son incomptence mater la rvolte des aristocrates en Germanie lui valent dtre dpos, la dite de Tribur, en 887. Il serait mort de misre si larchevque de Mayence ne lavait accueilli. Il est le premier et le dernier unir, sous une seule direction, les territoires de lEmpire carolingien, diviss depuis 843 (trait de Verdun). Il est remplac , en France, par le Robertien Eudes. CHARLES III LE SIMPLE 879 - Pronne, 929 Roi de France (898-922)

Petit-fils de Charles II le Chauve et fils de Louis II le Bgue, il est cart du trne quatre reprises : cause de sa minorit dabord, puis sa majorit par les Robertiens Eudes, Robert et Raoul. Ds le XVe sicle, les chroniqueurs lappellent le Simple . EN 893, profitant que le roi, le Robertien Eudes, est en Aquitaine, Foulques, archevque de Reims, fait sacrer le jeune prince carolingien, Charles. Aprs trois ans de lutte, les deux rois en lice ngocient la paix. Charles laisse Eudes rgner. En contrepartie, il reoit une partie du royaume et devient lhritier dEudes sa mort (898). Devenu roi, il se distingue louablement en faisant cesser les ravages des Normands en donnant en fief hrditaire la basse valle de la Seine (911) Rollon, leur chef. Il vient Saint-Clair-sur-Epte recevoir lhommage de Rollon, qui promet de se convertir et dpouser Gisle, lune des filles du roi. Les Normands entrent ainsi dans la famille franaise. Les Hongrois, en revanche, poursuivent leurs incursions en Bourgogne. V oyant que le roi accepte de donner lindpendance lune de ses provinces, les autres seigneurs rclament, leur tour, lautonomie. Ils forment une ligue et russissent faire dtrner Charles III le Simple en 922. Robert, frre dEudes et comte de Paris, a largement particip la conspiration. Choisi par les Grands du royaume pour succder au roi, il est couronn en 922. Charles, appuy par les Lorrains, lui livre bataille aux environs de Soissons. Il est vaincu, bien que Robert soit tu (923). Le gendre de Robert, Raoul de Bourgogne, devient roi (923-929). Charles III doit aussi abandonner la Lorraine au roi de Germanie. Il accepte laide de son cousin, le comte de Vermandois, qui le trahit et le fait prisonnier Saint-Quentin. Mais sa femme, la reine Edwige, russit se rfugier en Angleterre avec le prince hritier. Herbert de Vermandois utilise Charles pour faire pression sur le roi Raoul puis le replonge en captivit, o il meurt aprs six ans passs dans la tour du chteau de Pronne. La chute de Charles marque le dclin dfinitif des Carolingiens en France. LOUIS IV DOUTRE-MER 920 - Reims, 954 Roi de France (936-954) Sacr quinze ans, mort trente-trois par accident, au moment o, pour la premire fois, ses affaires prennent bonne tournure, il est un roi sous tutelle, assez malchanceux, victime de trahisons et dhumiliations permanentes. FILS DE CHARLES III le Simple et dEdwige, une princesse anglo-saxonne, il est dabord lev en Angleterre (do son nom) par sa mre, aprs la destitution de son pre (922). la mort de Raoul (936), duc des Francs, qui avait remplac son pre la tte du royaume, il aurait d voir le pouvoir lui chapper. En effet, Hugues le Grand, fils du roi Robert tu Soissons, pouvait prtendre la succession. Mais, la couronne ne lui semblant gure dsirable, Hugues prf re rappeler le fils lgitime du dernier roi carolingien. Louis dbarque Boulogne. Il est accueilli par Hugues et de nombreux seigneurs qui lui jurent fidlit. Il plat par sa prestance et sa jeunesse. On lui offre un cheval fougueux, quil matrise prsage trompeur. Sacr roi Laon le 20 juin 936, Louis IV se retrouve la tte dun royaume sans domaines. Hugues le Grand est comte de Paris, matre du pays entre Seine et Loire et de la Bourgogne. Herbert domine le Vermandois. Les successeurs de Rollon tiennent la Normandie, les comtes de Flandre contrlent le

Nord. Il y a un roi de Provence. Isol sur sa montagne de Laon, dernier asile des Carolingiens, Louis IV accepte dabord la tutelle dHugues le Grand, nomm dux Francorum au lendemain du sacre, puis le combat. Il voit que les prtentions dHugues le Grand portent ombrage aux autres princes et en profite. Il rappelle dAngleterre sa mre Edwige, linstalle Laon, o elle supple son absence pendant ses campagnes. Il donne rparation Hugues le Noir (frre du roi prcdent) en le nommant marquis de Bourgogne. Otton, roi de Germanie et vritable matre du jeu, est alors alli Hugues le Grand et Herbert de Vermandois. Le 2 octobre 939, Otton crase les ducs de Franconie et de Lorraine, qui ont fait hommage au roi de France. Louis a tout juste le temps dpouser la veuve de Gilbert de Lorraine, Gerberge, sur dOtton, qui, comme telle, laidera. Affaibli, Louis ne renonce pas pour autant la guerre, tandis quOtton, roi de Germanie, est de plus en plus enclin laider restaurer la paix dans son royaume. Deux vnements font voluer la situation. La mort dHerbert de Vermandois, aprs laquelle Hugues le Grand se montre conciliant. En contrepartie, il reprend, cette occasion, son titre de duc des Francs , dont il navait que brivement joui. Lassassinat du prince normand Guillaume Longuepe par le comte de Flandre Arnoul laisse les Normands partags entre Hugues le Grand et Louis IV. Le roi avait promis Bayeux son duc des Francs mais, trouvant lappui des troupes dArnoul, accepte la soumission directe des habitants de la ville. Hugues rompt aussitt avec lui. Les Normands ne pardonnent pas Louis son association avec Arnoul, lassassin de leur prince. Le 13 juillet 945, le roi est fait prisonnier. Libr, il est remis entre les mains dHugues le Grand et contraint de lui donner Laon. Cet acte provoque lindignation de plusieurs princes dOccident. Otton lui-mme se dcide intervenir. Il lui rend Reims. En 948, Louis IV revient exposer Otton, devant la dite dIngelheim, ses rcriminations envers Hugues. Lglise condamne ce dernier, venant une fois de plus au secours des Carolingiens. Hugues rsiste encore quelque temps, puis se rconcilie avec le roi. Enfin roi part entire, Louis IV meurt alors, victime dune chute de cheval, le 10 septembre 954. Il avait eu lheureuse inspiration de donner en mariage sa fille Gerberge Albert de Vermandois, ce qui vaudra dfinitivement au Carolingien la fidlit de la famille. Son fils, Lothaire, g de treize ans, lui succde. LOTHAIRE Laon, 941 - Compigne, 986 Roi de France (954-986) Plac sous la tutelle des ducs des Francs successifs, Hugues le Grand puis Hugues Capet, lavantdernier des Carolingiens na quune troite marge de manuvre pour gouverner. LA MORT du pre de Lothaire, Louis IV dOutre-Mer, Hugues le Grand peut prtendre une nouvelle fois la succession. Mais il prfre laisser nouveau la couronne au successeur carolingien lgitime. Roi lge de treize ans, Lothaire gouverne dabord sous ltroite tutelle dHugues le Grand, puis, la mort de ce dernier (956), sous la domination de son fils Hugues Capet. Comme le rsume larchevque de Reims : Lothaire nest roi de France quen nom ; Hugues ne lest pas en nom, mais en acte et en fait. Plac dans la mme situation que son pre, Lothaire ne mne toutefois pas du tout la mme

politique lgard de lAllemagne. Il cherche conqurir les valles de la Moselle et du Rhin, berceau de sa famille. En 978, il envahit brutalement la Lorraine et lutte contre Otton II, empereur germanique, qui riposte en ravageant la Champagne, lIle-de-France et arrive devant Paris. Ces guerres puisantes favorisent lascension dHugues Capet et consacrent lavnement du clan des Robertiens. Selon la tradition royale franque, jusqualors toujours applique, tous les fils du roi dfunt se partagent son royaume. la mort de Louis IV dOutre-Mer, Lothaire aurait donc d le partager avec son frre Charles, g dun an au dcs de leur pre. Mais il nen fait rien. Au contraire, pour empcher Charles de faire valoir ses droits, il fait sacrer son fils Louis, peine g de treize ans, avec lassentiment du duc des Francs, Hugues Capet. Lothaire a pour successeur son fils, Louis V , dit le Fain ant. LOUIS V LE FAINANT v. 967 - Compigne, 987 Roi de France (986-987) FILS DE LOTHAIRE, associ au trne ds 978, il succde son pre avec laccord dHugues Capet, qui aurait pu prendre la couronne sa place sil lavait dsire. Le 8 juin 986, il est sacr Compigne. Demble sous la tutelle dun Robertien, comme ses prdcesseurs, il est trs influenc par sa mre, Emma, fille de limpratrice Adlade, qui lincite se rapprocher des Ottoniens. De sant dj fragile, il voit son rgne abrg par un accident. Il est surnomm tort le Fain ant, car lunique anne de son rgne ne lui donne pas le temps de faire quoi que ce soit. Sans postrit, avec lui steint la branche franaise de la dynastie des Carolingiens, lexception de Charles de Lorraine, frre de Lothaire. Hugues Capet est lu pour lui succder.

LES ROBERTIENS
Robert le Fort, fondateur de la ligne des Robertiens et issu dune famille neustrienne, sillustre dabord comme chef de guerre. Le roi carolingien Charles le Chauve le remarque et lui confie le commandement de marches de lempire. Robert le Fort, dj comte dAnjou, est titr, comme Ppin de Herstal et Charles Martel, duc des Francs . Mais sa fidlit au roi est limite et il est, avec Ganelon, lun des chefs de lopposition aristocratique, qui veut offrir la couronne Louis le Germanique. Tu par surprise dans une embuscade Brissarthe en septembre 866, il laisse deux fils qui, poursuivant ses exploits guerriers, vont monter sur le trne de France : Eudes et Robert Ier. Puis la couronne passe Raoul de Bourgogne, le gendre de Robert, et Hugues le Grand, le fils de Robert, qui sappelle duc des Francs , laissant au Carolingien Louis IV dOutre-Mer le titre de roi. Hugues Capet, le fils dHugues le Grand, en revanche, fonde la dynastie des Captiens.

EUDES (OU EUDE) v. 860 - La Fre, 898 Comte de Paris vers 882 puis roi de France (888-898)

Il est le premier roi non carolingien depuis Ppin le Bref. FILS DE ROBERT le Fort, il sillustre dans la dfense de Paris contre les Normands (885-886). Le comte Eudes, dit le pote Abbon, abattait autant dennemis quil lanait de javelots. Retranch dans Paris assig par les Normands, Eudes se porte volontaire pour schapper de la ville et aller demander des renforts lempereur Charles III le Gros, qui, lui, a choisi dacheter le dpart des envahisseurs. Aprs labdication de Charles III le Gros (887), les grands vassaux nomment roi lhroque dfenseur de Paris, en attendant la majorit du dernier hritier carolingien, Charles (dit le Simple). Eudes est donc sacr Compigne (888). Il se montre ainsi le digne hritier de sa famille, trs puissante dans lancienne Neustrie. Dj comte de Paris, Eudes obtient le titre de duc des Francs, comme son pre. Il justifie ces honneurs en remportant une nouvelle victoire sur les Normands dans la fort de Montfaucon, en Argonne (888). Eudes contrle bien le nord du pays, mais ne peut rien contre les grands lacs au sud de la Loire. Ne se sentant pas en mesure dcarter totalement du pouvoir la famille de Charlemagne, Eudes, aprs avoir combattu son rival carolingien, lui cde une partie du royaume et le reconnat pour successeur (897). sa mort, Charles III le Simple monte effectivement sur le trne. Pendant prs dun sicle vont se succder alternativement au pouvoir les Carolingiens et la famille des nouveaux ducs des Francs. ROBERT Ier v. 865 - Soissons, 923 Roi de France (922-923) FILS DE ROBERT le Fort, frre dEudes, marquis de Neustrie, duc des Francs, anctre des Captiens, il se montre dabord fidle son roi et sillustre dans la lutte contre les Normands (911). En 922, en revanche, au cur dune conspiration, il sarrange pour tre lu par les Grands, rvolts contre Charles III le Simple. Mais il est tu le 15 juin 923, lors dune bataille pourtant remporte par ses armes, Soissons, contre Charles III. Sa mort nentrane pas le retour dudit Charles III et cest son propre gendre, Raoul de Bourgogne, qui succde Robert. RAOUL ? - 936 Roi de France (923-936) GENDRE DE ROBERT Ier, Raoul, marquis de Bourgogne, participe la conspiration de son beaupre contre le roi Charles III le Simple (922). Puis il est choisi par les Francs, la mort de Robert Ier, pour lui succder et rgner une fois encore la place de Charles III le Simple. Il doit lutter contre Rollon puis contre Guillaume Longue-pe, ducs de Normandie. Il doit galement combattre de grands vassaux rvolts comme Herbert, comte de Vermandois. Il doit enfin repousser les raids des Hongrois dans lest du royaume.

nergique et courageux, il a rsist aux princes puissants du nord de la France, sest fait reconnatre par les Mridionaux, a pris pied en rgion rhodanienne. Raoul meurt sans postrit. Le Carolingien Louis IV dOutre-Mer lui succ de. HUGUES LE GRAND (OU LE BLANC, OU LABB) v. 897 Dourdan, 956 Comte de Paris et duc des Francs (937-956) Plac sous la tutelle des maires du palais successifs, Hugues le Grand puis Hugues Capet, lavantdernier des Carolingiens na quune troite marge de manuvre pour gouverner. FILS DE ROBERT Ier, neveu dEudes. Surnomm le faiseur de rois, il contribue, en 922, la victoire de son pre sur le roi Charles III le Simple, puis arrange dabord llection au trne de son beau-frre, Raoul de Bourgogne (923), ensuite celle du Carolingien Louis IV dOutre-Mer (936) et, enfin, celle du fils de ce dernier, Lothaire. Il largit considrablement ses possessions en change de son soutien et est, en ralit, longtemps le vritable matre du royaume de France. Il aide Raoul combattre les Normands et se faire reconnatre en Aquitaine (924). Nomm dux Francorum ( duc des Francs ) au lendemain du sacre de Louis IV dOutre-Mer, il tend son domaine de la Loire la Meuse. Trs vite, selon le roi, Hugues est dans tous nos royaumes le second aprs nous . Tous nos royaumes dsigne les Francs, les Aquitains, les Bourguignons. Le pape Lon VII le reconnat comme prince des Francs (937). Hugues se comporte comme une sorte de maire du palais. Il emmne le roi ses cts la conqute de la Bourgogne, reprend Langres Hugues le Noir (frre du roi prcdent, Raoul), lui arrache le nord de son duch, le comt de Sens, puis reconduit Louis IV dOutre-Mer Paris avec lintention de ly tenir sous sa coupe. Mais le jeune roi se rebelle et donne la Bourgogne Hugues le Noir. Hugues le Grand le combat alors au prix dune alliance avec son ennemi de toujours, Herbert de Vermandois. Consommant leur trahison, Hugues et Herbert prtent hommage Otton Ier, le roi de Germanie, ce qui engendre un long conflit (940-950). Reims tombe entre leurs mains (942). Louis IV ne renonce pas la guerre et Otton, vrai matre du jeu, est de plus en plus enclin ce que la paix revienne. Il fait bon march de lhommage dHugues et linvite rendre sa fidlit son roi naturel. Hugues le Grand se montre plus conciliant. la mort dHerbert de Vermandois, Hugues le Grand, dont la sur nest autre que la veuve du dfunt, veille ce que la succession se passe au mieux, pour sa famille comme pour le roi Louis IV . Il sengage ce que ses neveux restituent la couronne certaines abbayes et le comt dAmiens. Autre signe de bonne volont, aprs lassassinat de Guillaume Longue-pe, Hugues consent ce que le roi administre la Normandie pendant la minorit de Richard, lhritier de Guillaume. Mais les choses se gtent. Le roi, qui avait promis Bayeux Hugues, profite du soutien des troupes dArnoul, comte de Flandre, pour accepter la soumission directe de la ville sa personne. Hugues rompt avec lui et lemporte. Louis, captif, est remis entre ses mains. Hugues loblige lui donner Laon. Cet excs dambition dclenche les foudres des autres princes et dOtton Ier, qui attaquent Hugues et assigent Reims. En juin 948, Hugues le Grand est excommuni au synode dIngelheim. Il doit rabaisser ses prtentions. Il se rsout ngocier, continue guerroyer contre des seigneurs fidles Louis IV puis se rconcilie dfinitivement avec le roi (953).

Louis IV mort, Lothaire lui succde et linsatiable duc revient la charge. Il rclame la suzerainet de la Bourgogne et de lAquitaine. Il obtient la Bourgogne. Pour lAquitaine, en revanche, lentreprise se rvle plus complique. Il lui faut faire la guerre Guillaume Tte dtoupe, qui porte le titre de duc. Hugues emmne Lothaire en campagne, il vainc les troupes de Guillaume, mais il doit battre en retraite. LAquitaine chappe Hugues le Grand. En revanche, Richard de Normandie, arriv en ge dexercer le pouvoir, se reconna t son vassal. Or, travers la Normandie, il dtient la suzerainet de la Bretagne. Enfin, sa fille Batrice pouse, en 954, le comte Frdric de Barn, trs puissant en Lorraine. Il meurt le 16 ou 17 juin 956, matre dun domaine qui recouvre une grande partie du royaume. Il est inhum Saint-Denis, prs de son oncle Eudes. sa mort, la puissance des Robertiens est son apoge.

LES CAPTIENS
Troisime dynastie des rois de France, elle commence lavnement dHugues Capet (987), lu roi par les Grands du royaume la place de Charles de Lorraine, dernier prtendant lgitime des Carolingiens. Les Captiens directs sont au pouvoir de 987 1328 avec quinze rois en trois cent quarante et un ans : Hugues Capet (987-996), Robert II le Pieux (996-1031), Henri Ier (1031-1060), Philippe Ier (1060-1108), Louis VI (1108-1137), Louis VII (1137-1180), Philippe II Auguste (1180-1223), Louis VIII (1223-1226), Louis IX ou saint Louis (l226-1270), Philippe III le Hardi (1270-1285), Philippe IV le Bel (1285-1314), Louis X le Hutin (1314-1316), Jean Ier (1316), Philippe V le Long (1316-1322) et Charles IV le Bel (1322-1328). Bien quissu des Robertiens, famille qui a jou un grand rle politique et qui a donn des rois la France, Hugues Capet, duc des Francs, na, son avnement, quune puissance limite. Son minuscule domaine dle-de-France est cern par de puissants vassaux, notamment les ducs dAquitaine, de Normandie et de Bourgogne. La longvit et le pouvoir de sa famille, peu prvisibles lorigine, sexpliquent par plusieurs raisons. La continuit dynastique est dabord due la chance que tous les Captiens aient engendr des hritiers mles (jusquen 1314). Elle vient aussi de leur politique judicieuse, qui choisit la primog niture et impose la succession hrditaire. Llection par les Grands met longtemps disparatre mais, jusquen 1179, chaque souverain fait, de son vivant, lire et couronner son fils an. partir de Philippe II Auguste, la coutume disparat, ce qui prouve que le principe de lhrdit monarchique est tabli. Les Captiens sattachent avec patience consolider et agrandir le domaine royal. Ils imposent, au cours du XIIe sicle, la suzerainet royale tous les seigneurs du royaume, tirant une force particulire du sacre et du soutien de lglise. En 1328, seules la Flandre, la Bretagne, la Guyenne, la Bourgogne et quelques fiefs de moindre importance se trouvent en dehors du domaine royal. Une fois leur domaine agrandi et leur royaume affermi, les grands Captiens, Philippe II Auguste, Louis IX et Philippe IV le Bel, sattachent dvelopper une administration centralise. Sous Philippe II Auguste apparaissent les enquteurs royaux (bailli et snchal), contrls, sous Saint Louis, par des enquteurs royaux. Lappel la justice royale se dveloppe et une juridiction spciale, le Parlement, sinstaure progressivement. Philippe IV le Bel rorganise le trsor. la mort de Philippe V le Long, sans hritier mle, cest son frre, Charles IV le Bel, qui monte sur le trne. son tour sans postrit mle, Charles IV le Bel amne sur le trne la branche collatrale des Captiens de Valois. Llection de Philippe VI, petit-fils de Philippe III le Hardi, au dtriment ddouard III dAngleterre, petit-fils par sa mre de Philippe IV le Bel, est lune des causes de la guerre de Cent Ans.

HUGUES CAPET v. 941 - 996 Roi de France (987-996) Pour Adalbron, le puissant archevque de Reims, qui a t lun des principaux artisans du sacre, Hugues Capet doit assurer un rgne de transition, prparant la runification de lEmpire carolingien. Lavenir allait quelque peu le dtromper puisque Hugues Capet et les trente et un rois de sa ligne sinstallent pour huit sicles la tte du royaume. Hugues est le premier roi parler en langue romane.

FILS AN dHugues le Grand et dHadwige de Saxe (sur dOtton Ier de Germanie), il est le fondateur de la dynastie captienne. Son surnom drive du mot chape , dsignant le long manteau des abbs. En effet, Hugues Capet et son pre, Hugues le Grand, taient abbs laques de nombreux monastres, notamment celui de Saint-Martin de Tours, o est conserve la moiti de la cape de saint Martin. Jeune, il dsapprouve la perscution de Louis IV par son pre, les petites guerres striles de 951953, la campagne dAquitaine. Hritier dun domaine extrmement vaste, il cohabite dabord avec le roi carolingien Lothaire puis avec son successeur, le roi Louis V le Fainant. En 960, il reoit, en change du serment de fidlit prt Lothaire, le titre de duc des Francs inaugur par son pre. Ce qui ne lempche pas de traverser une longue priode disolement. En 965, il est juste en mesure dimposer sa volont Orlans, Paris, Senlis, bien quil reste capable de mobiliser de trs nombreux guerriers en provenance de comts mme trs mancips. Il se rapproche du roi en laidant dans sa lutte contre Otton II. En 979, lorsque Lothaire veut faire sacrer son fils Louis, peine g de treize ans, il va de soi quil en demande lautorisation au duc des Francs, Hugues Capet, qui la lui accorde. En retour, Lothaire et Louis confirment et renouvellent les mesures prises en faveur des vques et des abbs de leur cher duc. Hugues Capet simpose de plus en plus grce cette alliance avec le monachisme. Il dispose dabbayes riches en terres. Li Cluny par une tradition familiale qui remonte presque lorigine (Odon, abb de Cluny, a connu le roi Eudes, son frre Robert et Hugues le Grand), ami et peut- tre lve de Mayeul (nouvel abb de Cluny), Hugues est trs influenc par lesprit de cette abbaye ds sa jeunesse. En 987, la mort de Louis V, il ny a pas de roi dj sacr. Mettant fin la rgence simultan e des Carolingiens et des Robertiens, Hugues empche le successeur carolingien lgitime, Charles de Lorraine, frre de Lothaire et oncle du dernier roi carolingien, Louis V , dhriter de la couronne. Il finit mme par le faire emprisonner en 991. Mari Adlade, la fille du comte de Poitiers, Guillaume Tte dtoupe, Hugues se fait lire grce lappui du clerg, en 987, par lassemble des Grands, et est couronn Noyon le 1er juillet 987. Lun de ses premiers actes royaux est de protger les monastres et leurs biens. Il gouverne avec les conseils dAdalbron, archev que de Reims, son fidle jusqu sa mort (989). Il lutte contre Charles de Lorraine, oncle de Louis V et prtendant carolingien lgitime la couronne, qui ne cesse de comploter. Les grands vassaux ne laident gure dans cette tche. Ils sont des princes indpendants. Lintrusion de Charles coupe court lexpdition contre les Sarrasins qui menacent Barcelone. Charles a pour appui le comte de Vermandois et Arnoul, nouvel vque de Reims et btard du roi Lothaire. Aprs tre venu bout de Charles, Hugues dcide de se passer du pape (autorit normalement absolument ncessaire la destitution dun vque) pour liminer Arnoul. Le 18 juin 991, Arnoul est condamn la dgradation ecclsiastique par un concile dit des Gaules et remplac par le fidle Gerbert. Bien que roi des Francs, Hugues Capet ne possde quun petit domaine en Ile-de-France. Il nest que le premier des seigneurs. Les ducs dAquitaine, les comtes de Prigord, de Poitou, dAnjou, de Champagne, de Flandre, les ducs de Normandie, de Bretagne lgalent en puissance et lui refusent parfois lobissance. Cette situation est illustre par un mot clbre. Hugues, crivant Aldabert,

comte de Prigord, refusant dobir : Qui ta fait comte ? , sentendit rpondre : Qui ta fait roi ? Afin dassurer lavenir de sa dynastie, il fait sacrer, ds 987, son fils Robert, qui lui succde. Le principe de lhrdit royale est ainsi pos. ROBERT II LE PIEUX Orlans, v. 972 - Melun, 1031 Roi de France (996-1031) Son rgne est marqu par la grande peur de lan mil. FILS DHUGUES Ier Capet, qui lassocie au trne ds 987, il lui succde en 996. lev comme un clerc, gnreux envers les pauvres, plus moine que roi, il compose nombre dhymnes sacres pour lglise, mais sa grande pit ne lempche pas de se brouiller avec le pape. Le bon roi Robert rsiste son autorit en pousant sa matresse et cousine, Berthe de Bourgogne, aprs avoir rpudi Rosala, fille du roi dItalie, alliance honorable mais gure attrayante pour le jeune roi, en raison de lge avanc de la princesse. Le pape Grgoire V lexcommunie alors (pour cause de parent et de bigamie) et le roi finit par se soumettre. Il se spare de Berthe de Bourgogne en 1001 et pouse en troisimes noces Constance dArles, la fille du comte de Toulouse, Guillaume Taillefer. La Cour se trouve bouleverse par lafflux dAquitains, dont lenvie de ftes luxueuses contraste avec laustrit habituelle de lenvironnement royal. Pendant son rgne, Robert doit contenir lambition des seigneurs pillards du domaine royal. De 1002 1016, il lutte pour faire valoir ses droits sur le duch de Bourgogne devenu vacant la mort de son oncle, le duc de Bourgogne. Il russit contrarier lambition du comte de Bourgogne, Otte-Guillaume et sassurer la succession de Bourgogne, dont hrite plus tard son fils, Robert, et que ses descendants conserveront jusquau XIVe sicle. Il runit galement la couronne les comts de Paris et de Melun. En guerre avec le comte dAnjou au sujet de la Touraine, il est battu Pontlevoy (1016). Il est le premier roi avoir ordonn lexcution dhrtiques: treize dentre eux sont brls Orlans en 1022. Afin de conforter lavenir de sa dynastie, il fait sacrer dabord son fils an, Hugues, puis, la mort de ce dernier (1025), son deuxime fils, Henri (1027). Mais la reine Constance, prfrant un autre de ses fils, Robert, le pousse la rvolte. La fin du rgne de Robert II est marque par la querelle entre les deux frres. HENRI Ier 1008 - Vitry-aux-Loges, prs dOrlans, 1060 Roi de France (1031-1060) Les trente ans du rgne dHenri I er sont, en dpit de quelques vnements, surtout occups par la chasse et les plaisirs. Veuf de sa premire femme, Mathilde, le roi pouse en secondes noces, en 1051, Anne, fille du grand-duc de Kiev. Belle, intelligente, passionne de chasse, elle donne la Cour un clat certain. SA MRE, CONSTANCE, lui prfrant son frre cadet Robert, fait tout pour lvincer du trne.

Mais son pre, Robert II le Pieux, soucieux de perptuer la succession hrditaire de lan des Captiens, lassocie au trne et le fait couronner roi de son vivant (1027), aprs la mort de son fils an, Hugues. Constance ne dsarme pas pour autant et, une fois son royal poux dcd, excite son favori, Robert, duc de Bourgogne, se rvolter contre son frre, Henri Ier. Afin de contrer lopposition des grands vassaux qui, comme Constance ou le comte de Blois, prf rent pour roi son frre cadet Robert, Henri cde ce dernier le duch de Bourgogne. Cette donation sera lourde de consquences. La premire maison de Bourgogne va durer trois sicles (1032-1361). Sous son influence, le concile de Provence (1041) instaure la trve de Dieu, destine, dans lesprit de lglise, limiter les guerres fodales. Du mercredi soir au lundi matin de chaque semaine, les jours de grandes ftes, lavent et le carme, il est interdit de faire la guerre. Ceux qui ne respectent pas cette dfense sont punis dune amende et bannis. Sous Henri Ier, la fodalit se renforce ; les princes de Bretagne, Aquitaine, Bourgogne se considrent comme indpendants. Aprs avoir soutenu Guillaume de Normandie (dit le Conqurant), Henri Ier est dfait par lui aux batailles de Mortemer (1054) et de Varaville (1058). Il associe la couronne son fils Philippe (1059) et organise une ventuelle rgence sous lautorit de Baudoin, comte de Flandre, et non de la reine Anne. La prcaution nest pas inutile : un an aprs, il meurt subitement dans son chteau de Vitry-aux-Loges, prs dOrlans. PHILIPPE Ier v. 1052 - Melun, 1108 Roi de France (1060-1108) Roi indolent, rest en retrait de tous les grands vnements de son temps, Philippe I er a eu lun des rgnes les plus longs de lhistoire de France et a agrandi le domaine royal. Philippe est le premier roi porter ce nom, nouveau dans la famille captienne et probablement import dOrient par sa mre, Anne de Kiev. FILS AN dHenri Ier, sacr Reims, du vivant de son pre, le 23 mai 1059, il devient roi lge de huit ans sous la corgence de sa mre et de son oncle Baudouin V , comte de Flandre. Devenu majeur, il ne cesse de lutter contre les grands fodaux. Il accrot son domaine par diverses annexions : le Gtinais (1068), le Vexin (1082), la vicomt de Bourges (1100). Pour la succession de Flandre, aprs la mort du comte, Philippe Ier monte une expdition, mais il est battu Cassel, en 1071, par Robert le Frison. Inquiet de la puissance de son vassal Guillaume Ier le Conqurant, devenu roi dAngleterre depuis 1066, il incite la rbellion le fils de Guillaume, Robert Courteheuse. En 1087, la rvolte clate en Normandie. On raconte que Philippe Ier, parlant de Guillaume le Conqurant, qui tait dune corpulence remarquable, demanda : Quand donc ce gros homme accouchera-t-il ? Le Conqurant rpondit quil irait faire ses relevailles Paris avec dix mille lances en guise de cierges . Il se prparait y aller lorsque, la suite dun accident, il tomba malade et mourut Rouen (1087). Le rgne de Philippe Ier est galement marqu par de longs dmls avec la papaut, en raison de sa pratique de la simonie, de son soutien au thologien Brenger de Tours (dont la doctrine est

condamn e) et aussi de son divorce. La rpudiation de Berthe de Hollande et son remariage avec Bertrade de Montfort, femme du comte dAnjou, lui valent dtre excommuni par le pape Urbain II (1095) et lempchent de participer la premire croisade (1096-1099). Il finit par se soumettre au pape en 1105. Malade, il fait couronner son fils, Louis (futur Louis VI), en 1100, avant sa mort en 1108 (esquisse dun droit danesse) et lui lgue les acquts du royaume. LOUIS VI LE GROS v. 1081 - Paris, 1137 Roi de France (1108-1137) Surnomm le Gros cause de sa corpulence, il doit aussi ses qualits relles bien dautres surnoms : lveill, le Pre des Communes, le Justicier. FILS AN de Philippe Ier et de Berthe de Hollande, associ au trne en 1100, il est sacr la hte le 13 aot 1108, Orlans, pour viter tout complot de sa belle-mre, Bertrade. En se faisant appeler Louis VI, ce Captien marque sa volont de continuit dynastique avec les Carolingiens, le dernier dentre eux tant Louis V. Lors de son accession au trne, les pouvoirs royaux sont bien malmens. Le roi nest plus obi de ses grands vassaux. Il est reclus Paris. Conseill par lambitieux snchal tienne de Garlande, Louis pacifie le domaine royal en soumettant les seigneurs pillards de lle-de-France. En 1112, il bataille contre Hugues du Puiset et finit par rattacher le comt de Corbeil son domaine. Le chteau dHugues est ras (1118). En 1130, Louis crase Thomas de Marle. Grand justicier du pays, il est aussi le protecteur des glises et des opprims. Il doit tenir compte de lavis de labb de Cluny, Pierre le Vnrable, et surtout de saint Bernard. Il favorise, avec son conseiller le moine Suger, issu de famille pauvre, lessor urbain et le mouvement communal. La prosprit ayant permis lenrichissement de la bourgeoisie, de plus en plus, les habitants des villes se groupent en associations de mtiers pour obtenir par communes des liberts consignes dans une charte. Le roi trouve, en effet, dans les milices communales un appui prcieux pour imposer son autorit aux seigneurs turbulents. Il tente denlever la Normandie au roi dAngleterre, Henri Ier Beauclerc, et de soutenir les droits de Guillaume Cliton, mais il est vaincu Brenneville (1119) et doit faire la paix. Avec laide de ses vassaux, il repousse, en 1124, une offensive de lempereur Henri V . Levant la menace dinvasion du royaume par les armes du Saint-Empire romain germanique, qui marchent sur Reims (1124), il augmente le prestige royal. En 1127, Charles le Bon, comte de Flandre, est assassin Bruges. Louis marche contre les rvolts et donne le comt de Flandre Guillaume Cliton, qui meurt bientt dans une guerre contre un rival. La mort dHenri Ier Beauclerc en 1135, sans hritier direct, ouvre une rivalit entre les deux prtendants, dAnjou et de Blois, pour la Normandie. Cette guerre de succession sert les intrts du roi de France. la mme priode, le duc dAquitaine se soumet Louis VI. Uni Lucienne de Roche-fort, pas encore nubile, par un mariage annul par le pape en 1107 pour amadouer le clan sditieux des Monthlry-Rochefort, le roi convole en 1115 avec Adlade de Savoie. Ils ont neuf enfants, dont six garons.

Louis le Gros fait sacrer Reims son fils an, Philippe, et, la mort de ce dernier (1131), son second garon, Louis. Malade partir de 1135, il ne rgne plus que nominalement. Le 25 juillet 1137, le roi assiste au mariage de son fils Louis avec Alinor, fille unique du duc dAquitaine, et meurt. LOUIS VII LE JEUNE v. 1120 - Paris, 1180 Roi de France (1137-1180) Souverain sans clat, il est le premier roi de France partir en croisade et saffirme ainsi comme le chef du baronnage franais. En 1152, il commet lirrparable en rpudiant sa femme, Alinor dAquitaine. Libre, Alinor pouse le comte dAnjou, duc de Normandie et futur Henri II Plantagent. Cet acte dclenche une lutte entre Captiens et Plantagents qui va durer trois sicles. SECOND FILS de Louis VI le Gros, surnomm aussi le Fleuri, sacr en 1131, il monte sur le trne en 1137 et est couronn Bourges le 25 dcembre 1137. Grce son mariage avec Alinor dAquitaine (1137), son domaine royal stend jusquaux Pyrnes. Le roi inaugure son rgne par deux expditions malheureuses largement dues linfluence de sa femme. Larme royale est dabord envoye pour faire valoir les vieilles prtentions des ducs dAquitaine sur le comt de Toulouse, mais bat en retraite (1141). En 1142, alors, le comte de Champagne, jug responsable de cet chec par la reine, encourt sa vengeance. Alinor fait rpudier la nice de Thibaud de Champagne par le comte de Vermandois, quelle marie sa jeune sur, Ptronille. Thibaud riposte en se rangeant aux cts du pape dans la querelle qui loppose Louis VII au sujet de linvestiture de larchevque de Bourges. La guerre contre Thibaud entrane Louis VII accomplir un acte barbare. Il fait dtruire Vitry-sur-Marne (1142) : mille trois cents personnes meurent brles dans lglise. Pour expier cette faute, le roi participe la deuxime croisade. Il a entendu Bernard de Clair-vaux (saint Bernard) prcher Vzelay (1146). Louis et Alinor quittent Saint-Denis le 12 mai 1147. Ils atteignent Byzance en octobre 1147. La reine est blouie par la magnificence des ftes, qui cachent un pige. Au dpart de Byzance, les croiss tombent sous les coups conjugus des Grecs et des Turcs. Le couple royal embarque alors pour Antioche. Le prince dAntioche est loncle dAlinor, Raymond de Poitiers, mais le roi, voulant tout prix faire plerinage vers Jrusalem, prcipite leur dpart, au grand dam dAlinor. Aprs un revers contre Damas (1148), la croisade est un chec, larme de Louis VII est mise en droute. Le couple est accueilli par le pape Eugne III. Au printemps 1149, la nouvelle dune rvolte de Robert de Dreux, frre du roi, dcide Louis VII regagner la France. Il a laiss le pouvoir (1147-1149) larchevque de Reims, au snchal Raoul de Vermandois et au sage conseiller Suger. Ce dernier poursuit luvre de Louis VI. son retour, et aprs la mort de Suger (1152), le roi rpudie sa femme dissipe. Alinor reprend sa dot, se mariant peu aprs avec le comte dAnjou, duc de Normandie et futur Henri II Plantagent. Cet acte marque le dbut dune longue lutte opposant Captiens et Plantagents. Elle permet Henri, futur roi dAngleterre, de constituer un empire plus grand que celui de Louis. Ce dernier se retrouve vite oblig de lutter contre la puissance quil a fait natre. Il soutient contre Henri II larchevque de Cantorbry, Thomas Becket, et favorise les guerres des fils du roi dAngleterre contre leur pre. lintrieur, Louis VII renforce lunit du royaume et lautorit du roi en se rattachant de nombreux

vassaux directs. Il fait difier des villes neuves, telle Montauban (1144). Il proclame la paix du roi Soissons, en 1155. Aprs la sparation avec Alinor, le roi pouse Constance de Castille, qui meurt en couches (1160). Le 13 novembre 1160, il convole en troisimes noces avec Adle de Champagne, dont Louis a enfin un fils, aprs vingt-huit ans de rgne. Un an avant sa mort, il fait sacrer roi ce fils unique : il sagit du futur Philippe Auguste . Malade, Louis ne peut cependant pas assister aux crmonies du sacre. Terminant sa vie de manire monacale, il meurt Paris. PHILIPPE II AUGUSTE Paris, 1165 - Mantes, 1223 Roi de France (1180-1223) Hritier tant attendu de Louis VII, il est le fils dAdle de Champagne. Sa naissance inespre lui vaut dtre surnomm Dieudonn , avant dtre Philippe Auguste pour les chroniqueurs. La grande affaire de son rgne est le combat contre les Plantagen ts. Il enlve une partie des fiefs que les Plantagents possdent en France. Il affaiblit aussi la fodalit en renforant le pouvoir royal. Il accrot le domaine royal par une politique de mariage et dhritage et devient ainsi le plus puissant seigneur dEurope. Il est reprsentatif de ces Captiens fondateurs et conqurants. SACR DU VIV ANT de son pre (1179), Philippe lui succde lge de quinze ans. Mari Isabelle de Hainaut (1180), il rintroduit ainsi du sang carolingien dans sa dynastie et reoit lArtois. Il doit gouverner avec le clan de sa mre, le comt de Champagne, et celui de ses beaux-parents, le comt de Flandre. Il profite dune succession dispute pour sattribuer lhritage du comte de Flandre dcd. Aprs avoir vaincu une coalition fodale (comte de Flandre, duc de Bourgogne, comtes de Blois et de Sancerre), il fait reconnatre ses droits sur le Vermandois et lAminois (1185). Au dbut de son rgne, certains vassaux dtiennent un pouvoir semblable au sien. Cest le cas du duc de Normandie, qui est en mme temps roi dAngleterre et souverain de lAquitaine, du Maine, de lAnjou et de la Touraine. Face au danger que constituent les possessions franco-anglaises des Plantagents, Philippe II attise les dissensions entre Henri II dAngleterre et ses fils, en particulier Richard Ier Cur de Lion, avec lequel il se lie damiti. Henri II meurt dans le dsespoir (1189). Lanne suivante, Philippe et Richard partent de concert en croisade. Mais, aprs la prise de SaintJean-dAcre (juillet 1191), Philippe revient dans son royaume, sarrange pour que le duc dAutriche capture Richard puis envahit la Normandie. Libr contre ranon, Richard se venge. Il inflige Philippe une srie de dfaites : Frteval (1194), Gisors (1197), Courcelles (1198). La mort de Richard Cur de Lion et lavnement de Jean au trne dAngleterre incitent Philippe reprendre la lutte contre les Plantagents. Le roi dAngleterre ayant t condamn par la Cour de France la perte de ses domaines franais pour flonie (Jean avait enlev et pous la fiance de son vassal, Lusignan), Philippe Auguste confisque tous ses fiefs et obtient ainsi la Normandie, le Maine, lAnjou, la Touraine, le nord du Poitou et la Saintonge. Une vaste ligue se forme bientt contre un roi aussi puissant, rassemblant Jean sans Terre, roi dAngleterre, Otton IV, empereur dAllemagne, le comte de Hollande et, bien sr, le comte de Flandre, lennemi jur. Exaspr par la rvolte de ce dernier, Philippe Auguste sexclama, dit-on : Par tous les saints, la France deviendra flamande ou la Flandre deviendra France. Les victoires de Philippe II Bouvines et de son fils la Roche-aux-Moines sur cette ligne font du

Captien le plus puissant seigneur de son royaume et dEurope, aprs quil a annex au domaine royal le Valois, lAuvergne, lAminois et le Vermandois. Bouvines (27 juillet 1214), la premire victoire nationale, repose sur une vritable strat gie militaire. Lexploit de Philippe est davoir remport le combat avec mille deux cents cavaliers contre mille cinq cents pour Otton. Le comte de Flandre est promen enchan dans les rues de Paris. Philippe II complte ses conqutes par une politique de centralisation. Il supprime les grands officiers, jugs trop puissants, et cre les baillis (snchaux dans le Sud). Hauts fonctionnaires royaux, ils sont rvocables et amovibles. Suivant la tendance de lpoque, Philippe II perscute les juifs (1182). Il sappuie aussi sur la bourgeoisie en favorisant le mouvement communal, confie sa trsorerie aux Templiers. Roi btisseur, il contribue lagrandissement et lembellissement de Paris (le Louvre, les fortifications, la tour de Nesles). Il dote lUniversit de Paris de ses statuts en 1215. La croisade contre les cathares, prne par le pape et mene par Simon de Montfort (1208), permet la royaut de prendre pied dans le Midi. Philippe y envoie son fils. Ancien crois, Philippe II entre cependant en conflit avec Innocent III aprs la rpudiation dIngeburge de Danemark le jour de ses noces et son remariage avec Agns de Mranie. Veuf de sa troisime pouse, Philippe finit nanmoins par se soumettre pour viter daffaiblir lautorit de la dynastie royale. Philippe Auguste laisse un royaume dont la taille a quadrupl. LOUIS VIII LE LION Paris, 1187 - Montpensier, 1226 Roi de France (1223-1226) Pressenti pour devenir roi dAngleterre, il est le vainqueur de Jean sans Terre, quil poursuit sur lle mme. FILS AN de Philippe II Auguste et dIsabelle de Hainaut, il pouse Blanche de Castille (23 mai 1200). Par cette alliance sunissent deux petits-enfants dAlinor dAquitaine et Louis se retrouve neveu de Jean sans Terre, le roi dAngleterre. Les deux pays ne se rapprochent pas pour autant. Le premier fait de guerre de Louis est une bataille livre et remport e contre Jean sans Terre prs dAngers, La Roche-aux-Moines (2 juillet 1214), la veille de la bataille de Bouvines. Autre fait darmes, son expdition en Angleterre est, elle encore, dirige contre Jean sans Terre. Aprs la dfaite de Bouvines (27 juillet 1214), Jean voit vques et barons slever contre lui. Ces derniers, ulcrs, vont mme jusqu proposer la couronne dAngleterre Louis (1215). Le pape dfend Philippe Auguste de laisser partir son fils. Philippe ne favorise donc pas le dpart de Louis, mais le laisse gagner lAngleterre. Malheureusement pour laudacieux Louis, Jean, vaincu et affaibli, meurt au moment mme de son expdition (1216). Les barons anglais ne voient plus alors en Louis quun tranger et il doit renoncer ses prtentions outre-Manche. De retour en France, Louis se lance dans une brve expdition militaire contre les albigeois. Raymond VI de Toulouse a, en effet, fini par tolrer la fameuse hrsie cathare. Simon de Montfort le combat. En 1213, le roi dAragon, alli du comte de Toulouse, tombe la bataille de Muret. Au mme moment, Philippe Auguste dcide de limiter la puissance dsormais dmesure des Montfort. Il envoie son fils Louis rgler le problme. Si la premire campagne de Louis VIII, en 1215 (Montpellier, Narbonne, Toulouse), nest gure significative, la seconde (1219) est plus concluante.

Le propre fils de Simon, Amaury, a remplac son pre la tte de la croisade contre les albigeois. Impuissant mater la rvolte du Midi, il propose alors au roi de lui cder les terres conquises par son pre, Simon. Philippe refuse, mais Louis, proclam roi, les accepte. Entre-temps, cependant, Amaury a perdu le comt de Toulouse.

Premier Captien ne pas tre sacr du vivant de son pre, Louis reoit le sacre le 6 aot 1223, Reims. Il enlve le Poitou aux Plantagents (1224), sempare dune partie du Languedoc puis participe, cette fois, une vritable croisade contre les albigeois. Louis espre en retirer des domaines, comme prvu. Il prend la route vers le Midi, sempare, aprs un long et terrible sige, dAvignon, puis soumet le Languedoc (1226) o il fait reconnatre son autorit et tablit des snchaux. Tomb malade, il est contraint de revenir et meurt en route de dysenterie, prs de Montpensier, en Auvergne. Pre de douze enfants, il constitue des apanages pour ses fils : lArtois Robert, le Poitou Alphonse, et lAnjou et le Maine Jean (puis Charles). Lucide sur laffaiblissement qui en rsulte pour le domaine royal, il dcide, partir de la naissance de Philippe Dagobert, que ses fils venir entreront dans les ordres. LOUIS IX (OU SAINT LOUIS)

Poissy, 1214 - Tunis, 1270 Roi de France (1226-1270) Il est lun des grands Captiens. Modle du prince, du chevalier, crois, figure lgendaire de lhistoire de France et de la chrtient bien connue grce aux crits de Joinville. Il voit au cours de son rgne lapoge de la civilisation franaise du Moyen ge. Dsormais surmont dhonneurs , le royaume de France est bien le premier dEurope. FILS DE LOUIS VIII, n Poissy, il na que douze ans la mort de son pre et la rgence est exerce par sa mre, Blanche de Castille (1226-1234). Avec lappui de Thibault IV , comte de Champagne, chevalier et pote, Blanche mne une guerre victorieuse contre les grands vassaux rvolts, les ralliant un par un (y compris Pierre Mauclerc, comte de Bretagne). Elle met galement fin la guerre contre les albigeois. Sign en 1229, le trait de Meaux (dit parfois de Paris) avec Raymond VII de Toulouse et le mariage du frre du roi Alphonse de Poitiers avec lhritire de Raymond VII prparent lannexion dfinitive du comt de Toulouse. Devenu majeur (1234) et mari Marguerite de Provence (1234), Louis IX laisse sa mre continuer grer les affaires. Il ne gouverne personnellement le royaume qu partir de 1242. Une nouvelle rvolte dun grand vassal, Hugues de Lusignan, comte de la Marche, poux de la veuve de Jean sans Terre, relance les hostilits entre la France et lAngleterre, qui soutient systmatiquement les seigneurs rvolts. Aprs avoir battu le roi dAngleterre, Henri III, Taillebourg et Saintes, Louis IX profite de la circonstance pour rsoudre temporairement le long conflit franco-anglais. Bien quayant lavantage, il prfre la paix et signe avec lAngleterre le trait de Paris (1259). Celui-ci est marqu de concessions territoriales rciproques (le roi dAngleterre renonce aux terres perdues depuis Philippe Auguste et le roi de France lui restitue le Limousin, le Quercy et le Prigord). Le trait de Corbeil, sign avec lAragon (1258), sinspire du mme principe de concessions rciproques. Le roi Jacques Ier dAragon renonce sa suzerainet sur la Provence et le Languedoc en change de labandon des droits franais sur la Catalogne et le Roussillon. Le pouvoir de Louis dpasse les frontires de la France. Il arbitre les litiges en Europe. Profitant de laffaiblissement de lAngleterre, il dpartage le pape et lempereur dans lternelle lutte du sacerdoce et de lempire. Louis procde aussi la spcialisation des membres de la Cour royale (une section judiciaire, le Parlement, et une section financire, les gens de comptes ) et tend tout le royaume une juridiction dappel en multipliant les cas royaux. La charge de prvt, qui donne le pouvoir de participer ladministration de Paris, tait jusqualors vendue aux bourgeois de Paris, ce qui favorisait la corruption. Elle devient une fonction paye comme les autres et Louis nomme ce poste un homme intgre : tienne Boileau. Larrons et criminels disparaissent ainsi de Paris. Soucieux de faire rgner lordre et la justice, il interdit les vengeances familiales et le duel judiciaire pratiques courantes , ainsi que les guerres prives (1245). Il cre les enquteurs royaux afin dviter les abus des baillis et des snchaux. Aprs la premire grande enqute nationale , les serviteurs indlicats sont pris de restituer promptement au roi les sommes indment perues (1247). Limagerie populaire le reprsente anim dune foi ardente. Il rend la justice sous le chne de Vincennes, fait laumne aux pauvres, impose les mains aux aveugles et aux lpreux, prfre la compagnie des frres mendiants celle des princes. Joinville nous rapporte une de ses devises : Gardez-vous de faire et de dire rien que, si tout le monde le savait, vous ne puissiez reconnatre : je

ai ce fait, je ai ce dit. De sa gnrosit lgendaire, nanmoins, sont exclus les cathares et les juifs. Il soutient lInquisition en Languedoc (Montsgur tombe en 1244), oblige les juifs porter la rouelle carlate. Deux fois crois, lheure o les croisades ne sont plus gure dans lesprit du temps, Louis IX voit ses entreprises aboutir des checs. V oulant frapper au cur de la puissance musulmane, il entreprend la septime croisade en gypte (1247). Il se rend Aigues-Mortes, do il gagne la mer par canaux. Le 29 mai 1249, il prend Damiette, mais est vaincu et fait prisonnier Mansourah (8 fvrier 1250). Son frre, Robert dArtois, trouve la mort dans la mme expdition. Libr contre ranon, Louis passe quatre ans en Syrie franque. Il fortifie les places de Csare, Jaffa, Sidon et Saint-Jean-dAcre. Pendant son absence, Blanche de Castille a repris la rgence, mais la nouvelle de la droute des armes multiplie les dsordres. Des bandes de paysans, les pastoureaux , pillent tout sur leur passage. Blanche meurt en 1252 et le roi est oblig de rentrer. Il profite des seize annes o il reste en France pour poursuivre la rorganisation du pays. En 1262, Louis assure la monnaie royale lavantage dtre utilise partout, tandis que celle des seigneurs na cours que sur leurs terres. La monnaie royale se rpand ainsi partout en France. Louis incarne le passage de la monarchie fodale (un roi, des vassaux) la monarchie moderne (un chef de ltat, des sujets). Malgr la lassitude des barons, Louis entreprend la huitime croisade contre lgypte (1270). Sur les conseils intresss de Charles dAnjou, son frre et roi de Sicile, il se dirige vers Tunis, do partent rgulirement des bandes de pirates qui pillent les ctes du royaume de Naples et de la Sicile. Arriv devant la ville, il meurt de la peste le 25 aot 1270. Sous son rgne spanouit la civilisation : renomme de la Sorbonne (qui tient son nom dun conseiller de Saint Louis, Robert de Sorbon), o enseigne saint Thomas dAquin, construction de la Sainte-Chapelle, des Quinze-Vingts, sculptures et vitraux de cathdrales. Louis IX est canonis par le pape Boniface VIII (1297), vingt-sept ans seulement aprs sa mort. Il a bnfici dune conjoncture sans grandes famines ni pidmies. Il tait pre de onze enfants. Lan, Louis, tant mort en 1260, son fils Philippe lui succde. PHILIPPE III LE HARDI Poissy, 1245 - Perpignan, 1285 Roi de France (1270-1285) Fils de Louis IX (Saint Louis), hritier de la couronne quinze ans, Philippe est doux, facilement influenable, assez inculte, trs pieux et bon chevalier, ce qui lui vaut son surnom. ACCOMPAGNANT LOUIS IX la huitime croisade, il est proclam roi Tunis, la mort de son pre (1270). Il en revient escort de nombreux cercueils: ceux de son pre, de la reine, de son frre, de son oncle Alphonse, comte de Toulouse, de lpouse dAlphonse, hritire des Raymond, et de son beau-frre Thibaud, roi de Navarre. Sur le chemin du retour, en outre, il perd sa femme, Isabelle dAragon, pouse en 1262. Sacr Reims en 1271, il reoit en hritage dAlphonse de France, le Poitou, lAuvergne et le comt de Toulouse (1271), conformment au trait de Meaux (1229). Il russit une campagne contre le comte de Foix. Il cde au pape Grgoire X le Comtat Venaissin (Avignon 1274). Cest partir de cette date, et pour cinq sicles, que le Saint-Sige poss de un territoire en France.

Le domaine royal sagrandit aussi des comts dAlenon et du Perche, hrits de Pierre, frre du roi (1283), et, par achat, des comts de Nemours (1274) et de Chartres (1284). Plusieurs annes de ngociations avec douard Ier dAngleterre aboutissent au trait dAmiens (1279), qui donne satisfaction aux Anglais pour lAgenais. En revanche, lextension du domaine franais vers la pninsule ibrique provoque de longues guerres obscures et infructueuses contre Pierre III dAragon. Elles occupent tout le dbut du rgne de Philippe. Le roi intervient en Navarre, soutenant les deux veuves dpouilles, Blanche de France et Blanche dArtois. La premire trouve refuge en France, la seconde fiance sa fille, Jeanne, au propre fils du roi et futur Philippe le Bel. Enfin, Philippe le Hardi soutient la politique sicilienne de son oncle, Charles Ier dAnjou, en sopposant Pierre III dAragon, considr comme linstigateur du massacre des Vpres siciliennes (1282) et excommuni par le pape. Ce dernier donne le royaume de Naples au fils de Philippe le Hardi, Charles de Valois, Philippe engageant alors une croisade contre lAragonais (1284-1285). Mais les maladies dciment larme, qui rentre en France avec le roi, lequel meurt de la malaria peu aprs, Perpignan. Il pouse en secondes noces Marie de Brabant (1274). Mais, de son premier mariage avec Isabelle dAragon, il a trois fils : lan, Louis, meurt, le second, Philippe, est son successeur et le cadet, Charles, est lorigine de la branche des Captiens-Valois. PHILIPPE IV LE BEL Fontainebleau, 1268 - id., 1314 Roi de France (1285-1314) Fils de Philippe III le Hardi et dIsabelle dAragon, il doit son surnom sa beaut : Ce nest ni un homme ni une bte, cest une statue. Ayant reu la Champagne et la Navarre par son mariage avec Jeanne de Navarre (1284), il porte, le premier, le titre de roi de France et de Navarre . Lacquisition de la Navarre est momentan e, mais celle de la Champagne dfinitive. Il est lun des principaux artisans de lunit franaise, avec Philippe Auguste et Louis IX. Son rgne est considr par les historiens comme lun des plus importants mais aussi des plus dconcertants. PERSONNALIT nigmatique, peut-tre simple instrument entre les mains de ses conseillers juridiques, les lgistes, Philippe est le souverain dun tat fort et centralis. Peu aim de ses sujets, il fait faire de grands progrs la royaut bien que, sous son rgne, le domaine royal ne connaisse pas dimportants agrandissements. Il monte sur le trne lge de dix-sept ans et met fin demble aux guerres striles contre lAragon (trait s de Tarascon et dAnagni, 1291 et 1295). lgard de lAngleterre, prfiguration de la guerre de Cent Ans, il fait envahir la Guyenne (1294-1299) puis la rend douard par la paix de Mon-treuil (1299), cimente par un double mariage : celui de sa sur, Marguerite, avec douard Ier et celui dIsabelle, sa fille, avec le fils ddouard. Personne ne pouvait imaginer alors que, Philippe le Bel tant pre de trois fils, cette double alliance allait donner aux rois dAngleterre des droits la couronne et provoquer cent ans de guerre. La paix est rtablie en 1303 (trait de Paris). Il tente dannexer la Flandre en emprisonnant le comte Gui de Dampierre (1295) et en lui

confisquant son fief, plaant la tte de celui-ci un gouverneur franais. La tyrannie de ce dernier provoque un terrible soulvement des Flamands Bruges : les Matines brugeoises (17-18 mai 1302). Larme franaise est taille en pices par les communes flamandes la bataille de Courtrai, appele aussi des perons dor (11 juillet 1302). Le roi ne participe pas directement la bataille, ce qui lui sauve probablement la vie. En revanche, il combat Monsen-P vle (18 aot 1304) et, victorieux, peut ainsi acqurir, par la paix dAthis-Mons (juin 1305), Lille, Douai et Bthune. Du ct de lEmpire, le roi reoit dOtton de Bourgogne le comt de Bourgogne, actuelle Franche-Comt (mars 1295). La noblesse comtoise sen indigne. Lacquisition la plus importante de Philippe le Bel est le rattachement dfinitif de Lyon (sous dpendance du Saint Empire romain germanique, puis de lglise) la France en 1312. Elle tmoigne de lextension du territoire vers lest. Pieux mais anticlrical, Philippe le Bel soppose lingrence de la papaut dans les affaires franaises. Il entre en conflit avec Boniface VIII, qui soppose la leve, sans son accord, de dcimes sur le clerg, et larrestation et la condamnation de Bernard Saisset, vque de Pamiers. Les bulles envoyes par le pape, rappelant la thocratie pontificale (notion essentielle au Moyen ge), aggravent les tensions, et Philippe le Bel dcide la convocation des premiers tats gnraux (1302-1303), qui appuient avec force la politique royale. Soutenu par lopinion publique, il remet en cause la validit de llection du pape et le fait malmener par ses envoys. Cest lattentat dAnagni (1303), auquel le pape succombe peu aprs. Le roi fait alors lire un pape fran ais qui vient sinstaller en Avignon, en 1309. Cette solution, qui met fin au conflit et qui doit rester provisoire, se prolonge durant trois quarts de sicle. Sous linfluence des lgistes, en particulier Pierre Flote, Guillaume de Nogaret et Enguerrand de Marigny, la centralisation monarchique saccentue par la spcialisation de la Cour royale en sections judiciaires (Chambres des enqutes et Chambre des requtes) et en sections financi res (Chambre des deniers et surtout Chambre des comptes, cre de fait aprs sa mort, en 1320). Il fixe le Parlement Paris, tablit le Grand Conseil pour lassister dans les dcisions politiques. Grande innovation, il recourt la consultation populaire par des assembles de barons, prlats, consuls, chevins et maires de communes, qui prfigurent les tats gnraux. Il convoque ces derniers plusieurs reprises pour sassurer du soutien de sa politique. Le problme le plus difficile affronter est, cependant, celui des finances, le roi ne pouvant plus gouverner avec les seuls revenus du domaine royal. Philippe le Bel sattache le rgler en tentant dimposer des impts rguliers, en taxant lourdement les juifs (expulss en 1306) et les Lombards, et en procdant des mutations montaires, ce qui lui vaut la rputation de faux-monnayeur. Il met en place la maltte (mauvaise taille), un impt sur les biens, et la gabelle, impt sur les ventes de denres, et particulirement le sel. Bon pre de famille, attach son pouse, il est trs pieux, voire dvot. Dans laffaire des Brus , il ne dfend pas ses belles-filles, accuses dadultre, au risque de laisser le royaume sans hritier. De mme avec les Templiers, dont il convoite srement aussi les immenses richesses, il se montre intransigeant et fait condamner leurs chefs au bcher dont Jacques de Molay (1314) aprs avoir obtenu du pape la suppression de leur ordre (1312). La crise conomique, gnrale en Europe, et le dclin des foires de Champagne laissent, la mort du roi, un pays mcontent. LOUIS X LE HUTIN (LE QUERELLEUR)

Paris, 1289 - 1316 Roi de Navarre (1304-1316), roi de France (1314-1316) Son accession concide avec une crise de subsistance, qui marque la fin du beau XIII e sicle, et une raction fodale trs vive. Il doit lutter contre les ligues fodales. Son surnom voque un rgne agit. FILS AN de Philippe IV le Bel, roi de Navarre la mort de sa mre, en 1304, il succde son pre en 1314. Il est sacr Reims le 24 aot 1315. Il doit faire face la raction aristocratique. Au printemps de 1315, le roi leur accorde des chartes : chartes aux Bourguignons, aux Picards, aux Champenois, etc. Les nobles recouvrent ainsi une partie des droits qui leur avaient t supprim s par Philippe le Bel. la demande de son oncle, Charles de Valois, Louis X doit sacrifier Enguerrand de Marigny. Ce conseiller de Philippe le Bel, surintendant des finances poursuivi par la haine des nobles, est pendu au gibet de Montfaucon. Le comte de Flandre, Robert de Bthune, ayant refus de prter hommage au roi, Louis runit les tats gnraux Bourges, en 1316. Larm e royale entre en Flandre, mais sembourbe dans la pluie et linaction. De retour Vincennes, Louis succombe, dune maladie respiratoire. Louis a dabord t mari Marguerite de Bourgogne. Implique dans laffaire des Brus de Philippe le Bel, elle est rpudie, emprisonne, et Louis la fait trangler en 1315. Il pouse en secondes noces Clmence de Hongrie, dont il a un fils posthume, Jean Ier. En attendant la naissance, conformment la loi salique, la rgence passe au frre de Louis, Philippe, qui devient Philippe V le Long. Louis X marque son rgne court un an et demi par une ordonnance sur laffranchissement des serfs. JEAN Ier LE POSTHUME 1316 Roi de France et de Navarre (1316) FILS POSTHUME du roi Louis X le Hutin et de Clmence de Hongrie, Jean Ier est lhritier tant attendu. Mais il ne survit que cinq jours, peut-tre assassin linstigation de son oncle, Philippe. Pour la premire fois depuis 987, il ny a pas de successeur direct au trne. La couronne passe donc au deuxime fils de Philippe le Bel. PHILIPPE V LE LONG v. 1293 - Longchamp, 1322 Roi de France (1316-1322) Deuxime fils de Philippe IV le Bel et de Jeanne de Navarre, il ressemble beaucoup son pre tous points de vue. COMTE de Poitiers en apanage, il est dclar rgent du royaume la mort de son frre, Louis X le

Hutin (1316). Il se rend Lyon, o le conclave se runit depuis deux ans sans russir lire un nouveau pape. Il fait fermer toutes les issues et menace de faire ter le toit. Devant tant de tnacit, les cardinaux sempressent dlire un pape fran ais, Jean XXII, au sige de la papaut dAvignon. Cest de cette lection que date la coutume de mise au secret des cardinaux en conclave. Le fils posthume de Louis X le Hutin, Jean, nat alors, mais ne survit que quelques jours. Philippe sempresse de se faire proclamer roi. Il se fait sacrer le 9 janvier 1317, malgr lopposition de nombreux barons qui voulaient placer sur le trne la fille de Louis X, Jeanne (de Navarre). Parmi eux se trouvent Charles, le frre de Philippe, et Eudes IV , duc de Bourgogne. Leurs ambitions sapaisent lorsque le fils unique de Philippe meurt lge de huit ans. Charles devient alors hritier du trne et Eudes pouse Jeanne, la fille ane du roi. Homme nergique, Philippe poursuivit luvre administrative de son pre. Aprs avoir mis fin la guerre de Flandre commence sous Philippe le Bel (1320), il dveloppe les milices urbaines, ladministration financire (organisation du Trsor, institution de la Chambre des comptes, 1320), tente dunifier les poids et mesures et dclare inalinable le domaine royal. Mari avec lune des filles du comte palatin de Bourgogne, Jeanne, Philippe a six enfants. Lorsque clate laffaire des Brus de Philippe le Bel, Jeanne, qui frquente Marguerite et Blanche quotidiennement, est, elle aussi, accuse. Mais, grce labsence de preuves et au soutien de son poux, elle est acquitte. En la conservant pour femme, Philippe vite ainsi des troubles en Bourgogne. Philippe V meurt sans hritier mle. Selon la loi salique, son frre, Charles IV le Bel, lui succde. CHARLES IV LE BEL v. 1294 - Vincennes, 1328 Roi de France (1322-1328) Le premier Charles des Captiens reprend la suite de la ligne des Carolingiens en se dsignant le quatrime de ce nom. Sans postrit masculine, il est le dernier des Captiens directs, la couronne passant ensuite aux Captiens Valois. TROISIME ET DERNIER fils vivant de Philippe le Bel, il succde son frre Philippe V le Long, mort sans hritier mle. Sacr Reims le 11 fvrier 1322, il sefforce de rorganiser les finances et la justice. Il exile les banquiers lombards qui pratiquent lusure. Il doit faire face une nouvelle rvolte de la Flandre en 1322, qui se termine par la paix dArques (1326). Les tensions avec lAngleterre reprennent de plus belle et Charles IV prononce la confiscation de la Guyenne, que son oncle Charles de Valois conquiert en 1324 ; aprs la mort ddouard II en 1327, une partie des conqutes est rendue son successeur, douard III. Il rpudie sa premire femme, Blanche de Bourgogne, implique dans laffaire des brus (1314) infidles de Philippe le Bel, se remarie Provins en 1322 avec Marie de Luxembourg. Cest dailleurs loccasion dun sjour en Languedoc en sa compagnie quil favorise la fondation de lAcadmie des Jeux floraux de Toulouse. Marie tant morte en couches en 1324 sans lui laisser denfant vivant, il pouse Jeanne dvreux qui ne lui donne que des filles. sa mort, selon le droit fodal, la couronne aurait d passer douard III, roi dAngleterre, petit-

fils de Philippe le Bel par sa mre, Isabelle (qui affiche bien mal propos sa liaison avec Mortimer), et neveu des trois derniers rois. Cest alors que la loi salique, qui carte douard III du trne, devient une loi nationale. Elle seule permet, en effet, de prfrer au prince tranger un prince franais. Cest donc son cousin Philippe VI de Valois quchoue la couronne. Les relations deviennent alors trs tendues avec les Plantagents, annon ant la guerre de Cent Ans.

LES VALOIS
Branche des Captiens qui rgna en France de 1328 1589. Charles, qui avait reu de son pre, Philippe III le Hardi, le Valois en apanage, en fut linitiateur. Son fils, Philippe VI, monta sur le trne aprs la mort, sans hritier mle, des trois fils de Philippe IV le Bel. Trois branches de Valois se succdrent. Les Valois directs rgnrent de 1328 1498 (Philippe VI, Jean II le Bon, Charles V, Charles VI, Charles VII, Louis XI et Charles VIII). Les ValoisOrlans furent reprsents par Louis XII, arrire-petit-fils de Charles V. Les Valois-Angoulme, descendants aussi de Charles V, leur succdent de 1515 1589 (Franois I er, Henri II, Franois II, Charles IX et Henri III). Le trne de France passa ensuite la maison de Bourbon (Henri IV).

PHILIPPE VI DE VALOIS 1293 - Nogent-le-Roi, 1350 Roi de France (1328-1350) Fondateur de la dynastie des Valois. Son rgne marque le dbut de la guerre de Cent Ans. FILS DE CHARLE, comte de Valois (frre de Philippe IV le Bel), et de Marguerite dAnjou, Philippe de Valois est dabord rgent du royaume. sa mort, Charles IV laisse, en effet, la reine Jeanne dvreux enceinte. Lenfant tant une fille, Philippe est reconnu par les barons (1328) selon le principe de la loi salique, qui carte ainsi du trne les autres prtendants : Jeanne II de Navarre (fille de Louis X le Hutin) et surtout douard III, roi dAngleterre (petit cousin de Philippe VI et petit-fils de Philippe IV le Bel par sa mre). Philippe est sacr Reims le 29 mai 1328. La guerre ne sengage cependant ni ds lavnement de Philippe ni directement. douard III tant mineur, Philippe VI est reconnu roi, mme par son rival, qui vient solennellement dans la cathdrale dAmiens lui prter hommage pour la Guyenne (1329). douard III se rvolte lorsque Philippe VI

prtend accrotre son pouvoir. Mcontent des empitements de Philippe VI en Guyenne et de ses intrigues avec ses ennemis cossais, il dcide de revendiquer le trne de France. Ainsi dbute la guerre de Cent Ans. douard III a pour alli la Flandre. Philippe VI ne cesse, en effet, depuis son avnement, dopprimer les Flamands, rvolts contre leur comte franais, et a remport sur eux lclatante victoire de Cassel (24 aot 1328). La guerre contre lAngleterre, dclare partir de 1337, est effective aprs la victoire navale des Anglais la bataille de Lcluse (1340). La succession du duch de Bretagne, maison franaise depuis Philippe Auguste, dplace le conflit entre Anglais et Franais. Le duc Jean III laisse, sa mort, en 1341, une nice, Jeanne de Penthivre, et son jeune frre, Jean de Montfort. La loi salique exclut Jeanne mais Philippe VI dcide, malgr tout, dtre son alli. Par contrecoup, douard III prend aussitt le parti de Jean de Montfort. Comble du paradoxe, donc, douard dfend une loi de succession qui ruine ses propres prtentions au trne tandis que Philippe, de son ct, soutient la thorie qui confirme les titres de son rival. Puis clate laffrontement entre douard III et Philippe VI. douard III dbarque en France lextrmit de la presqule du Cotentin (1346). Il bat, Crcy (26 aot 1346), Philippe qui, emport par la dfaite, doit quitter Paris, et assige Calais. Au bout de dix mois, Calais se rend, lors dun pisode immortalis par Rodin : douard III ne consent pargner la ville que contre la reddition de ses six principaux bourgeois, destins tre pendus. Mais lpouse ddouard obtient leur grce. Philippe doit conclure une trve aprs la prise de Calais (1347), qui restera anglaise jusquau XVIe sicle. Son rgne est aussi marqu par une grave crise conomique, le renforcement de la fiscalit royale pour financer le cot de la guerre et les ravages de la peste noire (1348). Le roi rgularise la gabelle, monopole du sel mis en place par son oncle. Il instaure lappel comme dabus (1329), qui permet de recourir sa personne dans le cas o les vques abusent de leur pouvoir. Malgr ses revers militaires, Philippe laisse le domaine royal agrandi par lapport de ses apanages (comts de Valois et de Chartres, dAnjou et du Maine) et par lachat du Dauphin et de Montpellier en 1349. Mari Jeanne de Bourgogne, puis Blanche dvreux-Navarre, Philippe VI a pour successeur son fils an, Jean II le Bon (fils de Jeanne). JEAN II LE BON Chteau du Gu de Maulni, prs du Mans, 1319 - Londres, 1364 Roi de France (1350-1364) Souverain violent, dune intelligence mdiocre, il est surnomm le Bon, cest--dire le Brave, parce quil est un chevalier courageux. Son rgne laisse le souvenir dune priode assez dsastreuse pour la France. FILS AN de Philippe VI et de Jeanne de Bourgogne, il est sacr roi Reims en 1350. court dargent ds les premi res annes de son rgne, il doit, pour continuer la guerre, convoquer les tats gnraux (1355). Ceux-ci votent de nouveaux impts, mais exigent en retour un plus grand contrle sur la gestion du roi : la bourgeoisie senhardit. Jean fait dcapiter, sans autre forme de procs, le conntable Raoul de Briennel puis donne la charge de conntable un tranger, Charles dEspagne. Ce favori ayant t victime dune conspiration, Jean fait semblant de pardonner aux conspirateurs pour mieux les surprendre et les faire

excuter. Il cre un ordre de chevalerie : ltoile. Jean II le Bon entre en conflit avec Charles II le Mauvais, roi de Navarre, son gendre, qui prtend au trne de France et a tremp dans le complot contre Charles dEspagne. Arrt en 1356, Charles le Mauvais se voit confisquer ses fiefs de Normandie. Profitant de ces querelles familiales, le fils ddouard III dAngleterre, le Prince Noir, surnomm ainsi en raison de la couleur de son armure, relance la guerre, qui dchire toujours la Bretagne et a gagn la Normandie. Ayant mobilis, dans sa province de Guyenne, une arme considrable, il envahit le Rouergue, lAuvergne, le Limousin, traverse le Berry Jean, malgr la supriorit de son arme, est vaincu et captur par les Anglais Poitiers (1356). Emmen Londres, il passe ses quatre annes de dtention mener une vie de plaisirs. Son fils (le futur Charles V) assume pniblement la rgence. Il doit affronter la convocation des tats gnraux, rprimer une tentative de rvolution et une jacquerie paysanne. De surcrot, Charles de Navarre, qui sest vad, sme le trouble dans tout le royaume et encourage les pillards. Charles V signe le trait de Brtigny (1360). Il consent payer la ranon de son pre, cdant lAngleterre trois millions dcus dor et plus de seize des dpartements actuels : lAgnois, le Rouergue, le Quercy, le Prigord, le Poitou, la Saintonge, La Rochelle, lAngoumois, le Limousin, Calais Achevant de dmanteler son royaume, Jean, libr, donne ses fils lAnjou, le Berry, lAuvergne. En 1363, notamment, il laisse son plus jeune fils, Philippe le Hardi, le duch de Bourgogne. Il rend ainsi indpendante une maison qui sera bientt une digne rivale de la dynastie captienne. Par souci de lhonneur, apprenant que lun des otages livrs aux Anglais en garantie du trait de Brtigny sest vad en loccurrence son fils, Louis dAnjou , le roi revient se constituer prisonnier Londres, en 1364, o il meurt. Mari (1332) Bonne de Luxembourg, la fille du roi de Bohme, puis Jeanne de Bourgogne (1350), il laisse le pouvoir son fils an. Son statut de prisonnier libr et otage de sa libration vaut la France de devoir continuer payer la ranon aprs sa mort. CHARLES V LE SAGE Vincennes, 1338 - Beaut-sur-Marne, 1380 Roi de France (1364-1380) Il restaure lautorit royale et sempare, lors de la guerre de Cent Ans, dune grande partie des possessions cdes aux Anglais aprs la dfaite de Poitiers. Trs cultiv, savant (cest le sens de son surnom le Sage ), protecteur des arts et des lettres, il est considr comme un des grands rois de France. FILS AN de Jean II le Bon et de Bonne de Luxembourg, il assure la rgence durant les captivits de son pre Londres (1356-1360 et 1364). Il doit mater la jacquerie (1358), rvolte paysanne provoqu e par les pillards la solde de Charles II le Mauvais. Peu aprs, les tats gnraux essayent de lui imposer une rforme profonde du syst me de gouvernement, avec un contrle de leur part, cest la Grande ordonnance de 1357, ce qui quivaut une monarchie parlementaire. Ils lobligent renvoyer vingt-deux officiers et conseillers du roi que le peuple dteste. En 1358 clate la rbellion parisienne dirige par tienne Marcel, le prvt des marchands. Croyant voir arriver les Anglais aux portes de la capitale, tienne Marcel sest dabord rendu clbre pour avoir organis la dfense de la ville. Chef dsign des bourgeois, il tente de vaincre les

rsistances du dauphin aux demandes des tats gnraux. Il commence par dlivrer Charles II le Mauvais, roi de Navarre, ennemi du roi, puis conduit au palais de la Cit (22 fvrier 1358) des bandes forcenes. La demeure du dauphin est envahie et Charles assiste, pouvant, au massacre de deux de ses conseillers: Robert de Clermont, marchal de Normandie, et Jean de Conflans, marchal de Champagne. Il tremble pour sa propre vie mais tienne Marcel, qui ne souhaite pas sa mort, le protge. Charles en profite pour senfuir de Paris, se replier sur la Champagne, rassembler ses fidles et rsister. Il assige Paris. tienne Marcel sallie avec Charles le Mauvais mais meurt, trahi et assassin. Le dauphin, rappel par une partie de la bourgeoisie, que les projets de Marcel effrayaient, pardonne aux insurgs, abolit la Grande ordonnance de 1357. lextrieur, en tant que rgent, il peut refuser les clauses exorbitantes du trait de paix de son pre. Il signe, la place, avec lAngleterre le trait de Brtigny (1360). Devenu roi le 8 avril 1364, il se heurte la rvolte de Charles II le Mauvais propos de la succession du duch de Bourgogne. Jean II, son pre, la donn en apanage son frre, Philippe II le Hardi, ce que Charles le Mauvais conteste. Sa constitution fragile lempche de participer aux guerres. En revanche, il sait bien choisir ses capitaines. Parmi ces derniers, le plus illustre est Bertrand du Guesclin, quil fait conntable. Du Guesclin lui permet de mettre fin la lutte contre Charles II le Mauvais, Cocherel (1364). Il dbarrasse le royaume des Grandes Compagnies, ces bandes armes qui pillent et terrorisent. Charles V reprend la guerre contre les Anglais aprs leur avoir confisqu la Guyenne. Il sempare de la plupart de leurs possessions (Rouergue, Quercy et Prigord en 1369, Limousin et Poitou en 1372, Aunis et Saintonge en 1373), ne leur laissant, sa mort, que quelques places maritimes (Calais, Brest, Cherbourg) et une troite bande ctire entre Bordeaux et Bayonne. Il met fin la guerre de succession de Bretagne, qui oppose Charles de Blois Jean de Montfort par le trait de Gurande (1365). lintrieur, entour dexcellents conseillers, tel Nicolas Oresme, il rtablit une monnaie saine et organise limp t de la gabelle. Levant des contributions exceptionnelles pour la guerre, il les transforme peu peu en impts permanents. Roi lettr et btisseur, il fonde la Bibliothque royale, entreprend la reconstruction du Louvre, lve lhtel Saint-Paul et la Bastille Paris. Il reoit avec faste, comme dgal gal, son oncle, lempereur Charles VI de Luxembourg, Paris (1378). Il contribue enfin louverture du Grand Schisme dOccident en reconnaissant, contre Urbain VI, lantipape Clment VII. Mari en 1350 sa cousine Jeanne de Bourbon, il en a neuf enfants. Sa vie est connue par les crits de Christine de Pisan. Sur son lit de mort, il dcide la suppression des impts directs, ce qui crera de srieuses difficults son successeur. CHARLES VI LE FOU Paris, 1368 - id., 1422 Roi de France (1380-1422) Le rgne de Charles VI dure quarante-deux annes malheureuses. La dmence du roi laisse, en effet, la France livre aux luttes de partis et la guerre contre lAngleterre. FILS AN de Charles V , il monte sur le trne lge de douze ans, recevant le sacre le 4

novembre 1380, et est plac sous la rgence abusive de ses oncles, ducs de Bourbon, dAnjou, de Berry et de Bourgogne. Le jeune frre cadet du roi, Louis dOrlans, ajoutera bientt ses ambitions celles de ses oncles. Les rivalits de cette rgence dtruisent les efforts accomplis lors du rgne prcdent. Le gouvernement laisse voir sa faiblesse et ses divisions. De nombreuses rvoltes antifiscales clatent dans plusieurs rgions (les Maillotins ainsi nomms car arms de maillets de fer vols lArsenal Paris, la Hrelle Rouen, les Tuchins en Languedoc). De surcrot, les villes de Flandre se soulvent avec Philippe Van Artevelde. Finalement, en 1382, Charles VI remporte une victoire dcisive sur les Flamands Rosebeke et Artevelde prit dans la bataille. Le comte de Flandre tant mort, cest Philippe le Hardi, frre de Charles V et duc de Bourgogne, qui en hrite. Laffaire de Flandre rveille lhostilit de lAngleterre, dont larme dbarque Calais : la trve est rompue une nouvelle fois. Devant tant de maladresses, le roi, atteignant vingt ans, dcide de gouverner personnellement. partir de 1388, il appelle auprs de lui danciens conseillers de son pre, les marmousets . Il fait sacrer reine (1389) Isabeau de Bavire, une princesse allemande pouse trois ans auparavant et qui se rvlera tratresse, frivole et dbauch e. Ils auront huit enfants. Il conclut des accords avec Gaston Phbus, comte de Foix, Jean, duc de Bretagne, mais se heurte Richard II, roi dAngleterre. En 1392, lors dune expdition punitive contre le duc de Bretagne qui avait accord lasile Pierre de Craon (coupable davoir tent dassassiner son conntable et ami, Olivier de Clisson), le roi connat son premier accs de folie dans la fort du Mans. Lanne suivante, le 28 janvier 1393, Isabeau de Bavire organise le bal des Sauvages. Le feu prend aux maillots dtoupe des danseurs vtus en sauvages, parmi lesquels se trouve le roi. Charles est sauv in extremis de ce quon appellera dsormais le bal des Ardents. partir de ce moment alternent longs accs de folie et rares instants de raison. La lgende prtend que cest pour le distraire de sa mlancolie quon inventa le jeu de cartes. En 1396, un contrat de mariage liant la fille de Charles VI, Isabelle, au roi dAngleterre Richard II, annonce la paix. Mais Richard est dtrn par son cousin Henri de Lancastre, qui rgne sous le nom dHenri IV . Les Anglais rouvrent les hostilits et profitent de la grave guerre civile qui dchire alors la France. Elle oppose ducs dOrl ans et ducs de Bourgogne leurs partisans respectifs, partir de 1407. La querelle commence par un crime. Jean, fils de Philippe le Hardi et duc de Bourgogne, dit Jean sans Peur partir de 1408, fait assassiner son cousin, Louis dOrl ans, rue Vieille-du-Temple (23 novembre 1407). Luttes entre Armagnacs et Bourguignons, guerre contre lAngleterre, ce seront les plus terribles annes de la guerre de Cent Ans. Henri IV conclut une alliance avec les Armagnacs en 1412 puis dbarque en France. Son successeur, Henri V , rclame la couronne de France, arrive sur le continent en 1415 et fait subir larme franaise la dsastreuse dfaite dAzincourt (25 septembre 1415). Puis, de 1417 1419, il sempare de la Normandie. Invit une entrevue, Montereau, avec le dauphin Charles, Jean sans Peur est assassin, Philippe le Bon lui succde et le roi dAngleterre sallie avec le parti bourguignon (1419). ce renfort sajoute la trahison de la reine Isabeau de Bavire en faveur du duc de Bourgogne. Celle-ci aboutit la signature, avec le roi dAngleterre, du terrible trait de Troyes (1420), qui dshrite le dauphin Charles de la couronne de France et reconna t Henri V dAngleterre comme seul hritier lgitime de Charles VI, dont il pouse la fille Catherine. La mort dHenri V puis celle de Charles VI laissent un pays ravag conomiquement. Proclam roi dAngleterre et de France moins dun an, le jeune Henri, fils dHenri V et de

Catherine, devrait succ der Charles VI, mais il est remplac par le dauphin, soit le troisime fils du roi, aprs les morts de Louis et de Jean. CHARLES VII 22 fvrier 1403 - Mehun-sur-Yvre, 1461 Roi de France (1422-1461) Dit le Bien Servi, le Victorieux, mais aussi le roi des merveilles , le matre duvre de la restauration monarchique a t, trs jeune, confront des situations exceptionnelles. Son rgne, long de prs de quarante ans, indissociable de la lgende de Jeanne dArc et de la fin de la guerre de Cent Ans, sapparente lune des dernires grandes popes mdivales. FILS DE CHARLES VI le Fou et dIsabeau de Bavire, dauphin en 1417 aprs la mort curieuse de ses deux frres ans, chass de Paris loccasion de la lutte entre Armagnacs et Bourguignons, il se rfugie Bourges. Devenu le petit roi de Bourges , il nest plus reconnu que dans le Sud-Ouest et le Midi. Au mme moment, le roi dAngleterre sempare de la Normandie et Jean sans Peur, duc de Bourgogne, prend le gouvernement en salliant avec sa mre, Isabeau de Bavire, qui a dclar Charles btard . Jean sans Peur tente dobtenir lalliance du dauphin pour le tenir en son pouvoir. Mais leur rencontre, Montereau, dgn re en altercation. Jean sans Peur est tu. La vengeance du nouveau duc de Bourgogne, Philippe le Bon, et dIsabeau de Bavire sabat sur Charles. Il est dchu et dshrit au profit du roi dAngleterre, Henri V , par le trait de Troyes (1420), sign par Isabeau et Charles VI, dj plus en possession de ses moyens. Dun caractre plutt terne, il est mal entour et mal conseill. Les Anglais remportent victoire sur victoire prs de Crevant (1423), prs de Verneuil (1424). Ils viennent de mettre le sige devant Orlans. Si la ville cde, les Anglais pourront gagner le Berry et atteindre Charles dans son dernier refuge. Cest alors quune jeune bergre lorraine de Domrmy intervient providentiellement Charles ne retrouve sa lgitimit quaprs sa reconnaissance par Jeanne dArc qui dlivre Orlans (1429) et le fait sacrer Reims le 17 juillet 1429. Avec Jeanne, il entreprend la reconqute du royaume en partie occup par les Anglais et leurs allis bourguignons. La reconqute dune partie des rgions au nord de la Loire est russie, mais Jeanne dArc est brle Rouen (30 mai 1431). Charles VII ne sexpose gure pour la sauver. On parle de lche abandon . Afin de dtacher les Bourguignons de lAngleterre, Charles VII accorde dimportantes concessions au duc de Bourgogne, Philippe III le Bon, au trait dArras (1435). Lalliance anglo-bourguignonne est casse. Paris reconquis, le roi y fait une entre triomphale en 1437 mais ny reste gure, prfrant ses chteaux du Berry et de Touraine. La Normandie puis la Guyenne (1450-1453) sont roccup es grce des hommes de guerre remarquables. Rouen se soulve et ouvre ses portes Charles VII, qui y fait une entre triomphale aux cts de Jacques Cur (1449). Les Anglais ripostent par lenvoi dune arme, qui dbarque Cherbourg et se dirige vers Caen, mais est dfaite par les Franais prs de Formigny (1450). En Guyenne, cest la victoire de Castillon (1453) qui loigne les Anglais. Bient t, ceux-ci ne gardent plus, en France, que Calais. La guerre de Cent Ans termine (bien quaucun trait nait t conclu), Charles VII se consacre la rorganisation de son royaume. Il lutte contre les corcheurs, qui infestent le pays, par lentretien de troupes permanentes charges de rtablir la scurit, il convoque les tats gnraux Orlans. Certains seigneurs, mcontents des progrs de lautorit royale et encourags par le dauphin Louis (futur roi Louis XI), se soulvent.

Charles triomphe de ces rvoltes, nommes Pragueries en rfrence aux troubles de Bohme. Il cre (1445-1448) une arme nouvelle, avec une cavalerie de compagnies dordonnance, recrutes dans la noblesse, et une infanterie de francs archers compose de roturiers exempts de la taille (do leur nom). La monnaie est stabilise, des impts rguliers levs rendent inutile la convocation des tats gnraux et la France connat un renouveau commercial grce Jacques Cur, grand argentier du roi. Se signalant une fois encore par son ingratitude, Charles VII sacrifie Jacques Cur la jalousie des courtisans (1453) et le grand argentier finira ses jours ruin et banni. Charles rgle galement les affaires de lglise lors dun concile national tenu Bourges, en 1438. Une pragmatique sanction rend aux glises franaises une certaine libert et diminue les tributs perus par le pape sur les bnfices ecclsiastiques sous le titre dannales, rserves, expectatives. Il ordonne que les diverses coutumes du pays soient crites. Cette rdaction annonce lunit des lois. Il cre deux parlements nouveaux : Toulouse (1447) et Grenoble (1453). La fin de son rgne est marque par un renouveau commercial et le raffermissement de lautorit royale. Au final, un seul danger subsiste : la puissance du duch de Bourgogne. Charles VII a pous Marie dAnjou. Il a mme t lev la cour dAnjou, ce qui explique linfluence qua sur lui Yolande dAragon, la mre de Marie. Le couple royal a douze enfants, dont cinq survivent. Parmi eux, le dauphin Louis (futur Louis XI). Brouill avec son pre, il empeste la vie de la Cour par ses complots, au point que le roi lexile en 1447. Il ne reverra plus jamais son fils jusqu sa mort. LOUIS XI Bourges, 1423 - Plessis-lez-Tours, 1483 Roi de France (1461-1483) Bien connue grce aux Mmoires de Philippe de Commynes, la vie de Louis XI est celle dun roi qui aime la solitude, laustrit et hait ftes, tournois et rceptions. Il emploie son nergie briser la puissance de la noblesse, agrandir le domaine royal principalement au dtriment du puissant duc de Bourgogne, Charles le Tmraire et relever lconomie franaise, ruine par la guerre de Cent Ans. FILS AN de Charles VII et de Marie dAnjou, il nat dans un pays en guerre et, par souci de scurit, est lev dans la forteresse de Loches. Il souffre de la pauvret de la Cour du petit roi de Bourges , qui se reflte dans les difficults de son pre le fiancer. Finalement, Jacques Ier, roi dcosse en guerre contre le roi dAngleterre, accepte de lui donner sa fille, Marguerite. Dception, rvolte, indignation devant la liaison de Charles VII et dAgns Sorel, soif de pouvoir, Louis est un adolescent rebelle. Nprouvant que du ressentiment face ce pre en difficult, il soutient la Praguerie (1440), ne cesse de fomenter des intrigues contre le roi avant de lui succder en 1461. Pour le dtourner de ce fcheux penchant, Charles VII lui confie le rtablissement de lordre en Champagne. Il mne avec russite une campagne contre les corcheurs, soldats recruts pour la guerre et qui, en temps de paix, vivent de pillages. Ses talents militaires et diplomatiques sont indniables. Cependant, la poursuite de ses conjurations lui vaut de se retrouver exil en Dauphin. Veuf (1444), il dcide dpouser, sans le consentement de son pre, sa voisine, Charlotte de Savoie, pour tisser alliance politique autour de son Dauphin. Pour viter les reprsailles paternelles, il

rside Genappe, chez lennemi de son pre, son oncle Philippe le Bon, duc de Bourgogne, et est ami avec Charles le Tmraire, son cousin. Devenu roi, sacr le 15 aot 1461, il commence par renvoyer tous les conseillers de Charles VII, mme les plus illustres. Se rendant compte de son erreur, il rappelle vite les plus brillants et sentoure de gens modestes, son mdecin J. Coicitier, son barbier Olivier le Daim, son prvt des marchands Tristan Lhermite. Il engage la lutte contre la noblesse, regroupe contre lui dans la Ligue du bien public (1465) : les ducs de Bourbon, de Bretagne, de Lorraine, Charles de France, frre du roi, le duc dAlenon, le duc de Nemours, le comte de Saint-Pol. Aprs la bataille indcise de Montlhry (15 juillet 1465), les ligueurs se retirent et le roi peut entrer dans Paris. Mais le roi doit faire des concessions ses grands fodaux. Il octroie notamment la Normandie son frre, le duc de Berry (province rcupre lanne suivante). En butte une seconde rvolte fodale, Louis XI vainc vite le duc de Bretagne mais doit lutter longtemps contre Charles le Tmraire, qui a pris alliance avec le roi dAngleterre, douard IV. Pour traiter directement avec Charles le Tmraire, il se rend en personne Pronne et se retrouve prisonnier. Charles le Tmraire a, en effet, dcouvert que Louis XI avait encourag secrtement les rvoltes de Gand et de Lige. Louis XI, dmasqu par le Tmraire, est mis au secret pendant deux jours et trois nuits dans la sombre tour o, quatre cents ans auparavant, Charles le Simple tait mort captif. Aussi ne reste-t-il pas inactif : il fait distribuer aux notables bourguignons dimportantes sommes dargent par le cardinal de Balue et rassemble la frontire picarde les armes dAntoine de Chabannes et de Gaston de Foix. Puis il ngocie avec Charles le Tmraire un accord largement lavantage du duc, offrant mme de prendre part au chtiment des Ligeois. Il assiste lcrasement des rvolts puis rentre Paris, plus dtermin que jamais se venger de la maison de Bourgogne. Il semploie alors isoler Charles le Tmraire. Il loigne son frre du duc de Bourgogne en lui cdant la Guyenne, gras apanage aux antipodes de la Bourgogne. Il signe la paix avec douard IV dAngleterre et djoue toutes les coalitions fodales diriges contre lui par son adversaire. Lors de la troisime coalition fodale, qui regroupe les habituels rebelles impnitents, le duc de Bourgogne saccage Nesle mais choue devant Beauvais grce la rsistance dune jeune fille, Jeanne Laisn, dite Jeanne Hachette. partir de ce moment, les checs militaires du Tmraire, ajouts au procs du duc dAlenon et la mort du duc dArmagnac, ramnent les autres princes lobissance. De plus, le prince Charles de France, instrument des ligueurs contre le roi, son frre, meurt (1472). Le duc de Bourgogne se tourne alors vers lEmpire pour agrandir ses tats. En raction, de part et dautre, les villes sunissent dans une coalition dirige contre la Bourgogne. Les Suisses et leurs allis, soudoys par Louis XI, pntrent alors en Bourgogne et en Franche-Comt , les armes franaises rompent la trve, ravagent la Picardie et le Luxembourg. Le duc de Bourgogne, en lutte contre lempereur, tente en vain de provoquer une rvolte des princes franais puis fait appel lAngleterre. douard IV dbarque Calais avec treize mille hommes en 1475 mais signe la paix de Picquigny (20 aot 1475), par laquelle il renonce au trne de France pour 75 000 cus et 50 000 livres de pension. Pendant que Louis XI traite avec le roi dAngleterre, Charles le Tmraire entre en Lorraine avant daccumuler les dfaites. Le duc de Bourgogne battu puis tu (1477), Louis XI tente de saisir limmense hritage bourguignon mais ne peut conserver que le duch de Bourgogne et la Picardie (trait dArras, 1482). Le reste des territoires passe aux Habsbourg, la fille du Tmraire ayant pous larchiduc Maximilien dAutriche. Louis XI augmente aussi le domaine royal par lhritage de lAnjou, du Maine et de la Provence, contribuant ainsi lunit territoriale de la France, le domaine royal concidant presque avec les limites de la France actuelle. Sous le rgne de Louis XI, le Conseil se divise en Grand conseil, runi dans des circonstances

exceptionnelles, et Conseil troit, o ne sigent que les intimes, tous cratures du roi. Ce dernier sefforce de renforcer lautorit royale en centralisant la justice et les finances et en crant de nouveaux parlements Bordeaux et Dijon. Louis XI augmente les impts dans des proportions considrables parce que sa politique dacquisition territoriale exige de grosses dpenses. Il matrise la noblesse par tous les moyens. Le conntable de Saint-Pol, qui a abus de sa faveur pour le trahir, est dcapit (1475), Jacques dArmagnac est mis en cage puis dcapit (1477), dAlenon est galement encag Chinon. Louis XI favorise aussi la reprise conomique en introduisant en France lindustrie de la soie. Il fait de Lyon la capitale du drap et le centre dindustrie de la soie, dveloppe les grandes foires, dont celle de Caen, et attire par des privil ges les marchands trangers en France. Il se proccupe bien plus volontiers de la bourgeoisie que du peuple ou des paysans. Il supprime la Pragmatique sanction (1461), soumet lglise son autorit intervenant dans les lections ecclsiastiques, interdisant laccs de son royaume aux Inquisiteurs et faisant juger les crimes dhrsie par son Conseil. Autoritaire et redout, surnomm l universelle aragne par ses ennemis cest--dire laraigne , Louis XI est rput pour son intelligence diplomatique, sa ruse mfiante. Les ambassadeurs milanais le considrent comme le plus subtil qui soit . On clbre sa puissance de travail, sa duret, sa tyrannie aussi. Moins dune gnration aprs sa mort, on raconte quil sabreuve du sang des nouveau-n s, quil est lassassin de son frre, etc. Autant dimages quil faut relguer au rang des lgendes. Il est mari, ds lge de quinze ans, Marguerite, qui meurt en disant : Fi de la vie, quon ne men parle plus ! , ce qui porte croire que la vie conjugale navait pas t des plus panouissantes. Puis, de son second mariage avec Charlotte, il a dabord deux filles, Anne qui pouse Pierre de Beaujeu, un fidle du roi, et Jeanne, bossue ou boiteuse selon les lgendes, quil unit contre le gr des deux conjoints au duc dOrlans. Il prend ainsi une ultime prcaution contre les fodaux qui, exasprs par les progrs de lautorit royale, chercheraient un ventuel recours parmi les princes. Cette dernire prcaution choue et le duc dOrl ans fera casser ce mariage pour rgner sous le nom de Louis XII. Un fils longtemps attendu, Charles, nat en 1470. Il lui succde sous le nom de Charles VIII. CHARLES VIII Amboise, 1470 - id., 1498 Roi de France (1483-1498) Il est le dauphin tant attendu aprs dix-neuf ans de mariage entre Louis XI et Charlotte de Savoie. Aux tats gnraux de Tours (1484), premiers tats de lhistoire nationale, il hrite dun pays agrandi, reconstruit, pacifi. Son rgne, marqu par laventure italienne, met fin la dynastie des Valois directs. LEV AVEC SOIN par sa mre au chteau dAmboise, de sant fragile, il na que treize ans la mort de son pre. Il rgne dabord, conformment aux recommandations de son pre, sous la rgence de sa sur, Anne de Beaujeu, ge de vingt-trois ans. Les Beaujeu ont toujours t fidles Louis XI. Ils luttent contre les nobles rvolts. La mort de Louis XI dchane, en effet, de grandes ambitions. Le duc dOrlans sallie aux barons bretons dans une guerre folle contre le gouvernement; puis, en 1485, il forme une nouvelle coalition, ainsi que le sire dAlbret. Anne rprime ces tentatives avec

fermet et fait emprisonner Louis dOrlans. Par ailleurs, elle arrange le mariage de son frre, Charles, avec Anne de Bretagne (1491), prparant ainsi la runion du duch la couronne. Cette alliance diplomatique humilie Maximilien de Habsbourg, auquel Anne de Bretagne tait promise, et la fille duquel Charles tait fianc. En contrepartie, il loigne lempereur du pr carr franais. Laffaire oblige cependant le roi faire des concessions. Il cde le Roussillon et la Cerdagne au roi de Castille, la Franche-Comt , lArtois et le Charolais Maximilien. La minorit de Charles VIII prend fin en 1491. Il inaugure sa prise du pouvoir par la libration de son cousin, Louis dOrlans, auquel il accorde le pardon. Les guerres dItalie sont alors son principal engagement. En 1494, Charles se proclame roi de Naples. Pour faire lgitimer ses prtentions la couronne, il revendique les droits que les derniers princes de la maison dAnjou ont lgus sa famille. Charles dAnjou, frre de Saint Louis, avait pous lhritire de la Provence, devenant roi de Naples et de Sicile au XIIIe sicle, puis avait t dpossd de ses terres par le roi dAragon. La lgitimit de cette rclamation est douteuse : Naples est un fief du Saint-Sige transmissible jusquau quatrime degr seulement et Charles VIII est un cousin au vingtime degr du roi Ren (beau-frre de Charles VII). En ralit, les causes des expditions transalpines sont plutt rechercher dans le caractre aventureux et chimrique de Charles VIII et dans ltat dagitation o se trouvait la noblesse franaise aprs le rgne peu guerrier de Louis XI. Charles avait dj t sollicit plusieurs fois par le pape pour marcher contre le roi de Naples, les barons de Naples et Ludovic Sforza (duc de Milan). Les guerres dItalie (1494-1559) opposent la France et les Habsbourg pour la domination de lEurope. Pour viter la formation dune coalition entre lEmpire, lEspagne et lAngleterre, Charles VIII indemnise le roi dAngleterre Henri VII, abandonne le Roussillon et la Cerdagne au roi Ferdinand dAragon, et lArtois, le Charolais, la Franche-Comt lempereur Maximilien. Les troupes passent sans encombre les Alpes, traversent Turin, Pise. Florence, Charles rencontre Savonarole et, Rome, le pape. En fvrier 1495, cest lentre triomphale dans Naples. Mais les Napolitains dchantent bientt : les Fran ais se partagent les places, les fiefs, sans autre forme de procs. Aprs avoir conquis rapidement le royaume de Naples, le roi doit abandonner ses conqutes face la ligue constitue par la rpublique de Venise, Maximilien dAutriche, Ferdinand II dAragon et le pape Alexandre VI. Oubliant ses serments dalliance, Ludovic Sforza se joint eux. Ces revirements et les maladresses de larme franaise obligent Charles prendre en hte le chemin du retour et livrer encore une bataille difficile : Fornoue, le 6 juillet 1495. Le voyage de Naples ne laisse en Italie que le mauvais souvenir de la furia francese . Les garnisons fran aises abandonnes dans le royaume de Naples sont massacr es. Charles VIII signe la capitulation en 1497. De retour en France pour prparer une nouvelle expdition, Charles meurt vingt-huit ans, le 7 avril 1498, en se cognant le front au linteau dune porte, Amboise. Sans postrit, il a pour successeur son cousin, le duc dOrlans (futur Louis XII). Le contrat de mariage dAnne de Bretagne stipulait quAnne sengageait, si elle devenait veuve, ne pas pouser dautre prince que le successeur de son mari. Elle pouse donc Louis, duc dOrl ans. LOUIS XII Blois, 1462 - Paris, 1515

Roi de France (1498-1515) Esprit rebelle, il a longtemps dfi lautorit royale avant daccder lui-mme au trne. Son rgne est marqu par dimportants revers dans les guerres dItalie mais la bonne conjoncture conomique et la paix intrieure ont fait de ce roi lun des plus populaires de son vivant. Rput assez influenable par sa femme et le cardinal dAmboise, lhomme des affaires dItalie, bon diplomate, digne dans sa vie prive, il a hrit des Valois le got de la grandeur. ARRIRE-PETIT-FILS de Charles V , fils de Charles dOrlans, dit le Pote, et de Marie de Clves, il est contraint par Louis XI, qui souhaitait teindre la branche dOrlans, pouser la fille infirme du roi, Jeanne de France. Loin de renoncer au pouvoir aprs lavnement de Charles VIII, il complote et profite de la minorit du nouveau roi pour sopposer violemment la rgence dAnne de Beaujeu. Il participe lopposition fodale (la guerre folle ) et, fait prisonnier Saint-Aubin-du-Cormier (1488), est emprisonn durant trois ans. Rconcili avec le roi Charles VIII qui le fait librer et lui accorde son pardon, il participe avec ce dernier aux guerres dItalie (1494-1495). Charles VIII mourant sans hritier, il monte sans opposition sur le trne, sacr roi trente-six ans Reims (1498). Demble, il fait annuler son premier mariage et pouse (comme prvu par le contrat de mariage entre Charles VIII et Anne de Bretagne) la veuve de Charles VIII, Anne de Bretagne ellemme (1499), qui devient ainsi reine pour la seconde fois. Il garde par cette union le duch de Bretagne, attach au royaume de France. Dsireux de prendre sa revanche en Italie, il fait valoir ses droits sur lhritage des Visconti. Si son grand-pre est Louis dOrlans, le frre du roi Charles VI, sa grand-mre est, en effet, Valentine Visconti, fille du duc de Milan. La ville est, cette poque, aux mains des Sforza, qui ont usurp le duch. Louis XII russit conqurir le Milanais (1499), emprisonnant en France le duc Ludovic Sforza, dit Ludovic le More (1501). La facilit de cette conqute lencourage tenter une nouvelle expdition sur Naples. Il lie partie avec Ferdinand, roi dEspagne. Par le trait de Grenade, les deux souverains sengagent conqurir Naples de concert et sen partager le territoire. La conqute se rvle, une fois encore, aise, mais le partage lest beaucoup moins. Pendant quatre ans, les deux anciens allis mnent une guerre descarmouches. Lexploit le plus clbre est celui de Bayard, arrtant seul les Espagnols au passage dun pont sur le Garigliano. Ds 1504, les Franais sont chasss du royaume de Naples, conquis partir de 1502 par Ferdinand dAragon. Louis dArs traverse lItalie, emmenant avec lui les quatre cents derniers hommes darmes franais, et repasse les Alpes. Louis XII dirige nanmoins une nouvelle campagne contre Venise. La ligue de Cambrai (1508) runit Louis XII, le pape Jules II, Maximilien, le roi Ferdinand dAragon et le roi dAngleterre, Henri VII. En 1509, les Vnitiens sont battus Agnadel. Mais un retournement dalliances isole la France. Maximilien rentre en Allemagne. Le pape Jules II traite sparment avec Venise et, satisfait davoir rcupr Ravenne, met tout en uvre pour expulser dItalie les Barbares , en commenant par les Franais qui avaient vers leur sang pour lui. Les Franais doivent abandonner le Milanais (1513) sous la pression de la Sainte Ligue (Venise, lEspagne, lempereur Maximilien de Habsbourg et lAngleterre). En 1513, la dfaite de Novare ruine les espoirs franais en Italie, et Louis XII, veuf, scelle la paix avec lAngleterre en pousant une sur dHenri VIII, Marie dAngleterre. Il espre avoir avec elle lhritier quil na toujours pas. Mais la jeune fille de dix-neuf ans quitte rapidement la France, dont elle nest reine que quelques mois, car son royal poux meurt en janvier 1515. La mort de Jules II, souverain pontife belliqueux et me des coalitions (1503-1513), contribue aussi la paix. Ainsi se termine une politique italienne, moins excusable que celle de Charles VIII et moins

ncessaire que celle de Franois Ier. Le rgne de Louis XII est plus heureux sur le plan intrieur. Il organise dfinitivement le Grand conseil (1498). Rducteur de la taille grce aux richesses tires dItalie, roi justicier et codificateur des coutumes (ordonnance de Blois, 1499), il est surnomm pre de son peuple par les tats gnraux de 1506. Sous son rgne, les guerres dItalie contribuent la diffusion des arts de la Renaissance, au dveloppement du commerce et de lindustrie. Le roi maintient lordre dans son royaume, protgeant les laboureurs des gens de guerre. Louis XII, qui na pas eu de fils, laisse le trne son cousin, Franois dAngoulme (Franois Ier), qui il donne en mariage Claude, lune de ses deux filles. FRANOIS Ier Cognac, 1494 - Rambouillet, 1547 Roi de France (1515-1547) 1515 : Marignan. Grce cette date, tous les Franais situent le rgne de ce roi-chevalier , brillant vainqueur puis digne prisonnier, grand amateur de femmes et de chasse, vrai prince de la Renaissance, protecteur des lettres et des arts. Son long rgne marque profondment le XVIe sicle franais. FILS DE CHARLES dOrlans, comte dAngoulme, et de Louise de Savoie, lev, comme sa sur Marguerite, avec raffinement par sa mre, Franois sillustre par sa distinction et son sens du prestige. En 1515, il succde son cousin Louis XII, dont il a pous la fille, Claude de France (1514). Son avnement obit aux indications laisses ds 1505 par un roi, visiblement inquiet des intrigues ventuelles dAnne de Bretagne. Cette dernire prfre, en effet, Charles de Habsbourg Franois. Sacr Reims le 25 janvier 1515, il poursuit laventure italienne lgue par ses prd cesseurs, Charles VIII et Louis XII. La victoire de Marignan (13-14 septembre 1515) le rend matre du Milanais et laurole de gloire. La bataille est remporte grce lartillerie puissante, la prsence de Bayard et laction du roi-chevalier . Elle entrane une alliance durable avec les Suisses : le trait de Fribourg (1516) instaure la paix dite perptuelle . Franois Ier profite de lexpdition en Italie pour signer le Concordat de Bologne avec le pape Lon X. Dsormais, le roi propose la nomination de ses vques, qui devient effective avec laccord papal. La mme anne (1516), Charles de Habsbourg, appel Charles Quint, accde au trne dEspagne. Franois Ier sous-estime pendant longtemps la puissance de ce rival, considrablement enrichi par lafflux des mtaux prcieux dAmrique. Ds 1519, les crdits des Fugger et des banquiers italiens ou espagnols, garantis par les richesses du Nouveau Monde, contribuent llection de Charles Quint la tte du Saint-Empire romain germanique; ce qui fait peser une lourde menace dencerclement sur la France. Face la menace impriale, Franois Ier tente sans succs lalliance avec lAngleterre. Il reoit magnifiquement Henri VIII au camp du Drap dor (1520), mais lentrevue tourne court cause de cet talage de richesses, jug insolemment ostentatoire. Henri VIII, vex, repart pour lAngleterre. Les malheurs sacharnent alors sur Franois Ier. Il est trahi par le conntable de Bourbon, puis cest la

dfaite de La Bicoque (1522), la mort de Bayard, la perte du Milanais (1523), lhumiliant chec de Pavie (24 fvrier 1525), o le roi est fait prisonnier et o huit mille Franais prissent. De toutes choses, il ne mest demeur que lhonneur et la vie qui est sauve , dira le roi. Impriaux et Anglais allis arrivent quarante kilomtres de Paris. Pendant sa captivit Madrid, cest sa mre, Louise de Savoie, qui assure la rgence et non la reine Claude, morte un an auparavant. Pour tre libr, Franois Ier paye une lourde ranon, laisse ses deux fils ans en otages et signe le dsastreux trait de Madrid (14 janvier 1526, la France perd le quart de son territoire), quil dnonce ds sa libration. Ayant pris la mesure de son adversaire, il cherche lalliance des princes protestants allemands et celle des Turcs de Soliman le Magnifique (en pourparlers avec les Franais depuis 1522), au grand dam de la Chrtient. En 1527, Franois Ier engage une deuxime guerre contre Charles Quint. La pause marque par la paix de Cambrai (ou paix des Dames, 1529) nest quun compromis. Franois Ier conserve le duch de Bourgogne et retrouve ses deux fils le 1er juillet 1530, en change de quatre tonnes dor. Le 7 juillet 1530, il pouse lonore, la sur de Charles Quint. La trve ne dure pas pour autant. La guerre reprend en 1536, mais Charles Quint choue. En 1542, au bout de trois ans dentente cordiale, scelle, semble-t-il, par un voyage au cours duquel Charles Quint dut traverser la France pour regagner les Pays-Bas (1540), la guerre clate de nouveau. Les hostilits qui suivent sont confuses et sans gloire. Elles aboutissent au trait de Crpyen-Laonnois (1544), qui met en place un fragile quilibre europen, lEspagne demeurant menaante, et la question italienne restant en suspens. Par ce trait, la France renonce Naples et Milan. Elle renouvelle galement son abandon de suzerainet sur la Flandre et lArtois. Si Franois Ier choue face aux Habsbourg dans les guerres dItalie, il donne une impulsion dcisive lexercice de la monarchie absolue et cre en grande partie ltat moderne en France. Labsolutisme connat un progrs incontestable par le renforcement de la centralisation administrative, le dveloppement de la vie de Cour cest Fran ois Ier qui forge la formule car tel est notre plaisir et lexpression impose Sa Majest . Le roi gouverne personnellement, bien quassist dun Conseil (dit Conseil priv ou Conseil dtat), qui se compose de la famille royale, des princes du sang, de grands officiers et de quelques vieux serviteurs. Les membres du Conseil priv nont part au gouvernement que sils sont admis au Conseil des affaires, petit cnacle trs ferm o dominent le roi et lun de ses conseillers. Sous le rgne de ce roi mcne, les lettres et les arts sont fortement encourags. Franois Ier fonde le futur Collge de France, protge humanistes, potes et musiciens (Bud, Ronsard, Marot) et attire en France de grands artistes italiens, comme Lonard de Vinci ds 1515, Benvenuto Cellini, Andrea del Sarto, le Primatice, le Rosso. Lcole de Fontainebleau connat un grand prestige. Sous son impulsion souvrent les chantiers royaux de Blois, Chambord, Fontainebleau, Saint-Germain-en-Laye, lHtel de ville de Paris. Une ordonnance dune grande importance culturelle et juridique est adopte : lordonnance de Villers-Cotterts oblige dsormais les actes notariaux et judiciaires tre rdigs non en latin, mais en franais. Autre signe du renforcement de lunit franaise, le roi fonde le dpt lgal dans la bibliothque royale dun exemplaire de tout livre imprim. Enfin, Jacques Cartier prend possession du Canada en son nom (1541). Seuls les problmes financiers et religieux restent mal rgls. Aucun systme fiscal cohrent nest mis en place et, pour satisfaire ses gros besoins dargent (vers pour gagner sa cause les princes

allemands lors de sa candidature lEmpire et pour son mcnat), il pressure ses sujets. La taille passe, entre 1517 et 1543, de 2 400 000 4 600 000 livres. Le premier emprunt de ltat fran ais se fait sous Franois Ier, en 1522. Dun montant de 250 000 livres tournois, il est rembours aux souscripteurs par une rente (ou intrt annuel) de 8 %. On appelle ces rentes Rentes sur lHte parce quelles sont payes lHtel de ville de Paris. Les provinces sont administr es par des gouverneurs, lieutenants gnraux, grands seigneurs locaux, favoris du roi ou princes de sang. Franois Ier assujettit lpiscopat franais (concordat de Bologne, 1516). Face aux protestants, le roi se montre dabord tolrant sous linfluence de sa sur, Marguerite de Navarre puis exerce une rpression cruelle aprs laffichage de placards contre leucharistie sur la porte du chteau dAmboise, en octobre 1534. Il meurt Rambouillet, au moment mme o Guillaume Bud publie LInstitution du Prince, crit en son honneur. HENRI II Saint-Germain-en-Laye, 1519 - Paris, 1559 Roi de France (1547-1559) Deuxime fils de Franois Ier et Claude de France, mari Catherine de Mdicis. Critique envers son pre, il poursuit nanmoins sa politique, reprenant la lutte contre Charles Quint et les Anglais et combattant les protestants franais. FRANOIS Ier na gure prpar ce fils gouverner, lui prfrant longtemps son frre cadet, Charles dOrlans, mort de la peste en 1545. Ds lenfance, pourtant, il a t confront la difficile condition de prince. Le trait de Madrid (1526) comprend, en effet, la prise en otage des deux fils ans de Franois Ier. Aussi Henri se retrouve-t-il, ds lge de sept ans, contraint de vivre quatre ans en dtention Villalba, puis Villalpando. Avant mme son sacre Reims, le 26 juillet 1547, il prend en main le gouvernement. Il commence par rformer les murs de la Cour puis, en 1548, organise une expdition en cosse destine arracher la petite Marie Stuart des griffes des protestants. Henri II fiance la jeune reine dcosse son fils an. Enfin, il envoie son favori, Charles de Brissac, prendre la mesure des intentions de Charles Quint. Il sattache les services du conntable Anne de Montmorency, tomb en disgrce la fin du rgne prcdent et rhabilit ainsi comme premier conseiller. Ce vieil homme arrogant, jaloux et partisan dclar de la paix ne cesse de lutter contre les Guise (toujours prts faire la guerre), contre le cardinal de Lorraine, contre les calvinistes. Henri II se retrouve, tout au long de son rgne, partag entre les intrigues des Guise, des Montmorency et lavis de sa chre matresse, Diane de Poitiers. Cela flatte son got pour les controverses. lintrieur, Henri II fonde comme organe de gouvernement les quatre secrtariats dtat qui administrent la France, divise gographiquement. Ces fonctionnaires ont dans leurs circonscriptions des attributions militaires, financires et judiciaires. En 1551, sous prtexte de dcharger les parlements, mais en ralit dans un objectif fiscal, Henri II tablit les prsidiaux, tribunaux qui ont la comptence judiciaire des baillis et des snchaux. Cette multiplication des rouages judiciaires encourage les plaideurs, dj trs nombreux, et ne remdie pas aux lenteurs de la justice. Les rvoltes

fiscales, frquentes, sont svrement rprimes. la fin du rgne dHenri II, la dette publique se monte dj 43 millions de livres tournois. En politique extrieure, le roi, par nature, sintresse plus volontiers aux frontires du nord et de lest de la France qu lItalie. Humili par Charles Quint dans les prisons de son enfance, il profite d e son avnement pour prendre sa revanche. Il lutte contre les princes allemands de la Ligue de Samakade. En salliant aux princes protestants allemands rvolts contre Charles Quint par le trait de Chambord (janvier-f vrier 1552), le roi russit semparer des Trois-vchs, Metz, Toul et Verdun (1552), qui sont de langue franaise. Franois de Guise, assig Metz (octobre 1552), organise la dfense avec brio et sort du combat aurol par sa victoire. Charles Quint, vieilli, accorde Henri une trve de cinq ans, la trve de Vaucelles (fvrier 1556), et abdique peu aprs (septembre 1556). Outre les Trois-vchs, la France est autorise garder le Pimont. Ds 1556, la trve est rompue. La guerre reprend sur mer puis en Italie, o les Franais nengrangent que des dfaites. Boulogne est nanmoins repris par les Franais en 1556. Le duc de Savoie, EmmanuelPhilibert, gnral la solde de lEmpire, se dirige vers Saint-Quentin. Montmorency est fait prisonnier (aot 1557), mais Coligny a lintelligence de se jeter dans la place, de soutenir le sige et darrter ainsi la marche du duc sur Paris. Henri II est battu Saint-Quentin (1557) par le roi dEspagne Philippe II. En revanche, second par lopinitret de Franois de Guise tout juste revenu dItalie, il reprend Calais (1558), aux mains des Anglais depuis deux sicles. Confront aux difficults financires et la lutte contre les protestants, Henri II dcide de mettre fin aux guerres dItalie en signant la paix du Cateau-Cambrsis (1559). Par ce trait, la France rend la Savoie, le Bugey, la Bresse et le Milanais. Elle garde Pignerol, le marquisat de Saluces, Metz, Toul, Verdun et Calais. Le trait stipule en outre que la sur dHenri II doit pouser le duc de Savoie, et Philippe II, veuf de Marie Tudor, lisabeth, fille dHenri II. Au cours des ftes donnes loccasion de ce dernier mariage, le roi est mortellement bless dans un tournoi. Henri II, comme son pre, est un ardent dfenseur des arts et sa Cour est lune des plus brillantes dEurope. Ronsard et la Pliade clbrent ses triomphes. Son tombeau ainsi que celui de sa femme se trouvent aujourdhui Saint-Denis. Ayant eu dix enfants de Catherine de Mdicis (dont trois vont rgner), il laisse le pouvoir son fils an de quinze ans, le dauphin Franois. FRANOIS II Fontainebleau, 1544 - Orlans, 1560 Roi de France (1559-1560) Son bref rgne est domin par laffrontement entre catholiques et protestants. FILS AN dHenri II et de Catherine de Mdicis, il succde son pre quinze ans. Il a la majorit pour gouverner mais, de constitution fragile, nen a gure les moyens et est plus intress par la chasse que par la gestion des affaires du royaume. Fianc lge de six ans Marie Stuart, petite reine dcosse de cinq ans et nice des Guise, il lpouse au printemps 1558. Sa mre exerce la rgence de lcosse avec lappui des Guise. Les conseillers du roi Henri II, Montmorency, Saint-Andr, les Chtillon sont renvoys sans mnagement. Les princes de sang sont traits sans gard. Ds leur accession au pouvoir, les Guise dclarent la

guerre aux calvinistes. Pour le soustraire linfluence de sa mre et des Guise (fervents catholiques), les chefs du parti protestant montent la conjuration dAmboise (1560) linstigation de Cond. Le projet consiste enlever le roi. La Cour, qui se dplace de Blois Tours, avertie du complot, senferme Amboise. Les conjurs arrts, la rpression de la conjuration, confie aux Guise, savre terrible. Il ny a bientt plus assez de potences Amboise, on pend les prisonniers aux murs de la ville. Les calvinistes se soulvent immdiatement dans les provinces. Pour calmer les esprits, Catherine de Mdicis nommera chancelier un magistrat humaniste, Michel de lHospital, qui mne une politique de conciliation avec les Rforms (il a refus de signer la condamnation mort de Cond aprs la Conjuration). Ldit de Romorantin (mai 1560) attnue quelque peu les rigueurs exerces contre les Rforms, introduit Coligny dans le Conseil du roi et convoque les tats gnraux. Franois II meurt emport par une mningite le 5 dcembre 1560, laissant la France dans une agitation croissante. Son frre, Charles IX, lui succde. CHARLES IX Saint-Germain-en-Laye, 1550 - Vincennes, 1574 Roi de France (1560-1574) Son rgne est marqu par linfluence de sa mre, Catherine de Mdicis, les guerres de religion et le massacre de la Saint-Barth lemy. TROISIME FILS dHenri II et de Catherine de Mdicis, il succde son frre, Fran ois II, lge de dix ans. Sa mre exerce donc la rgence. Toute sa vie, elle gardera une profonde influence sur lui. Catherine de Mdicis prend soin dcarter les Guise, dcid ment trop compromettants, et appelle au pouvoir lhumaniste chancelier de lHospital et le catholique Antoine de Bourbon, nomm lieutenant gnral du royaume. Les tats gnraux souvrent non dans la capitale, trop agite, mais Orlans. Charles IX est sacr Reims le 15 mai 1561. Quelques mois aprs se tient le colloque de Poissy, organis par Michel de lHospital pour rconcilier catholiques et protestants. Le colloque est un chec. En 1562, nanmoins, ldit de janvier autorise lexercice du culte calviniste hors des places fortes. Cette concession, la prsence croissante de protestants la cour indisposent les catholiques et encouragent le proslytisme huguenot. On estime quun quart des Franais est pass au protestantisme. Elle provoque en retour le drame de Wassy (1 er mars 1562), linstigation de Franois de Guise. Il sagit du massacre dun pasteur et de ses ouailles runis pour clbrer le culte. Wassy marque le dbut des guerres de Religion : Tours, deux cents calvinistes sont noys, Sens, le temple est dmoli. Charles IX et sa mre, tentant de se mettre sous la protection de Cond, sont ramens Paris. Ils se retrouvent prisonniers dune faction qui rassemble Montmorency, le duc de Guise, le marchal de Saint-Andr. Aprs une tentative de conciliation avec les protestants, ldit de Saint-Amboise (19 mars 1563) accorde la libert du culte rform dans les chteaux et dans une ville par bailliage, mais linterdit Paris (paix de Saint-Germain, 1570). La paix revenue, Catherine de Mdicis entreprend avec le roi Charles IX un tour de France, cens rassembler le royaume derrire le roi et rtablir lunit (1564-1566). Une caravane de huit mille chevaux promne la Cour et ses fastes dans les recoins du royaume. Ce long voyage a surtout pour

vertu douvrir la gastronomie franaise linfluence italienne : les ptes, les plats sucrs, les asperges, les concombres, les fruits confits Une tentative des protestants denlever Charles IX relance la guerre de Religion. Les catholiques lemportent Saint-Denis et la paix est signe Longjumeau (mars 1568). Le renvoi de Michel de lHospital en mai 1568 rallume les hostilits. Les protestants sont battus Jarnac et Montcontour (1569). La situation se dtriore nouveau lorsque Coligny revient la Cour en 1569. Il entre bientt au Conseil et prend une place prpond rante. En gage de bonne volont, il restitue les places de sret donnes par la paix de Saint-Germain. Puis il prpare, avec larrire-pense dunir catholiques et protestants dans une mme cause nationale, la guerre contre la maison dEspagne, que la victoire navale de Lpante rend de nouveau dangereuse. La rgente ne souhaite pas se lancer dans laventure. Surtout, elle profite de loccasion pour sopposer Coligny, quelle trouve trop encombrant. Furieux, Coligny cherche convaincre Charles IX sans tenir compte de lavis de sa mre. Cette tentative semble intolrable aux yeux de Catherine de Mdicis. Le 22 aot 1572, Coligny chappe de justesse un tir darquebuse. En apprenant la nouvelle de cet attentat, la reine-mre reste silencieuse, trahissant sa complicit, mais le roi, ignorant tout du complot, entre dans une violente colre et court chez Coligny lassurer de son soutien. Pendant ce temps, les chefs calvinistes, rassembls justement Paris pour le mariage dHenri de Navarre et de la sur du roi, Marguerite (dite la reine Margot), commencent crier vengeance au nom de lattentat contre Coligny. Devant cette menace grandissante, Catherine et le duc dAnjou (futur Henri III) dcident de les faire liminer. Aprs maintes rticences, Charles IX, consult, ordonne le massacre de la Saint-Barthlemy. Victor Hugo a immortalis le prtendu plaisir tir par le roi du massacre :

Ce qui sort de la fange y rentre Va trouver Tibre en son antre Et Charles IX sur son balcon.

Dans la nuit du 24 aot 1572, Henri de Navarre chappe au massacre en abjurant sa foi protestante. En 1572, Coligny trpasse lors du massacre de la Saint-Barthlemy, les grands seigneurs des deux confessions meurent au combat : Franois de Guise, mort en 1563, a t remplac par son fils, Henri, et Antoine de Bourbon, mort en 1562, par le sien, Henri, dit de Navarre. Au total, les combats font plus de huit mille morts dans la France entire. La quatrime guerre de Religion se termine par ldit de Boulogne (juillet 1573), qui accorde aux Rform s la libert de conscience. Charles IX est puis par les contradictions de son rgne, qui a pourtant adopt des mesures importantes : la Grande ordonnance de Moulins visant rformer la justice et tendre les pouvoirs du roi (1566), ldit qui dplace le dbut de lanne de la veille de Pques au 1er janvier, la Charte de limprimerie Lanne suivante, il meurt des suites dune pleursie, laissant de son mariage avec lisabeth dAutriche (fort souvent dlaiss e au profit de sa plantureuse matresse Marie Touchet) une fille unique. Son frre, le duc dAnjou est couronn sous le nom dHenri III. HENRI III Fontainebleau, 1551 - Saint-Cloud, 1589

Roi de France (1574-1589) Dernier des Valois, il manifeste durant son rgne, marqu par les guerres de Religion, une vive volont dunit nationale. TROISIME FILS dHenri II et de Catherine de Mdicis, il est dabord nomm duc dAnjou, puis dOrlans. La rgente lui ayant confi, ds seize ans, la responsabilit de larme, il sillustre brillamment aux batailles de Jarnac et de Moncontour (1569), deux victoires contre les protestants. En 1573, dirigeant le sige de La Rochelle, place forte accorde aux huguenots, il apprend son lection au trne de Pologne grce aux intrigues de sa mre, dont il est le fils prf r. Couronn Cracovie en fvrier (1574), il revient bientt en France pour succder son frre, Charles IX. Le 13 fvrier 1575, il est sacr Reims et, le lendemain, dans la cathdrale, il pouse Louise de Vaudmont (1575), dont il naura aucun enfant. Habile lgislateur, il instaure les bureaux des finances dans tout le royaume, rorganise le Conseil royal. Aux tats gnraux de Blois (1576), le travail des coutumes est encourag . Les curs sont dsormais astreints tenir un registre des baptmes, mariages, enterrements et autres actes dtat civil. Il trace un grand plan de rformes dans les trois cent soixante-trois articles de la Grande ordonnance de Blois (1579). Intelligent et cultiv, il est lhomme des coteries, des cabales. Le fcheux entourage de ses favoris les mignons , auxquels il accorde un crdit excessif, la faiblesse de son gouvernement font que le roi ne parvient pas simposer aux partis qui dchirent alors la France. La situation du royaume est confuse. Tirant la leon de la Saint-Barthlemy, une Union calviniste se constitue. Aprs avoir lutt contre les protestants, Henri III suit le parti des Politiques, catholiques conciliants, et signe en 1576 la paix de Monsieur (ou paix de Beaulieu). Mais, en rponse, les catholiques intransigeants sorganisent en parti arm, la Ligue, conduite par Henri de Guise, dit le Balafr cause dune blessure. nouveau, le mcanisme de lescalade des hostilits entre protestants et catholiques se met en marche. Aux tats gnraux de Blois (1576), Henri III doit cder, sous la contrainte des ligueurs : un roi catholique, une foi catholique . Il ne parvient pas rallier les catholiques intransigeants, qui lobligent ainsi reprendre la lutte contre les protestants, laquelle aboutit la paix de Nrac (1580), moins favorable que celle de Monsieur. La mort du frre dHenri III, le duc dAlenon (1584), rouvre les hostilits. Il est alors avr que le roi naura pas de descendance et le prtendant lgitime est Henri de Bourbon, roi de Navarre, rebelle au roi, redevenu calviniste et relaps. Dans ces conditions, la maison de Guise, qui brigue la couronne, ne peut accepter quHenri de Navarre (futur Henri IV) devienne lhritier du trne. Cest la guerre dite des trois Henri : Henri III, la tte des royalistes, Henri de Guise, chef de la Ligue catholique, et Henri de Navarre, chef des protestants. Auneau, pernon, le favori du roi, dfait larme luthrienne commande par le duc de Bouillon. Il arrte volontairement sa poursuite de lennemi pour plaire au roi, laissant Henri de Guise le repousser jusqu Genve. Affaibli par la dfaite de Joyeuse (son beau-frre) Coutras (1587), la demi-victoire dAuneau et la popularit des Guise soutenus par les Espagnols, Henri III est de plus en plus accus de mnager les calvinistes. Il doit quitter Paris aprs la journe des Barricades (1588). Il fuit vers le sud puis gagne Rouen et Tours. Encore une fois, il doit cder, ldit dUnion (juillet 1588) accorde lamnistie aux rvolts. Henri de Guise devient lieutenant gnral du royaume. Le dsastre de lInvincible Armada (aot 1588) et lhumiliation des Espagnols redonnent Henri III de lardeur pour combattre son ennemi. Guise, inform quHenri III veut le faire assassiner, affirme : Il noserait. Le lendemain, le roi

le fait poignarder Blois (1588). la nouvelle de la mort du Balafr , idole des Parisiens, la capitale se soulve. En mme temps, les chefs de la Ligue, la duchesse de Nemours, les ducs de Joinville et dElbeuf, le cardinal de Bourbon sont arrt s. Le mme jour, le second frre Guise, le cardinal de Lorraine, est tu. Roi honni des Parisiens ligueurs, Henri III est pourtant lun des rois les plus parisiens. Il vit au Louvre, est lauteur du projet de construction du Pont-Neuf. Pour faire face linsurrection, Henri III se rconcilie avec son cousin, Henri de Navarre. Il signe un accord par lequel il le reconnat de nouveau comme son hritier (avril 1589). Mais, alors quil tente avec lui de reprendre Paris aux mains des ligueurs, il est assassin par un dominicain fanatique, Jacques Clment. Avant de mourir, il appelle Henri de Navarre, le bnit, lui transmet la couronne en le pressant de se faire catholique et le fait reconnatre par tous les dignitaires et chefs darme. Avec lui steint la branche valoisienne des Captiens.

LES BOURBONS
Famille franaise dont les membres ont rgn en France, en Espagne, Naples, en Sicile, Parme et qui tire son nom des descendants dune famille fodale installe en Auvergne, les Bourbons investissent la seigneurie de Bourbon-lArchambault. De 1589 1830, elle a donn sept rois la France tout en ayant t interrompue par la Rvolution et lEmpire. Les Bourbons se divisent en quatre branches. La premire branche, issue de Louis, duc de Bourbon en 1327, steint en 1527. La deuxime branche, dite des Bourbons , issue du mme Louis, accde au trne de Navarre, Antoine de Bourbon ayant pous Jeanne dAlbret. Antoine de Bourbon est, lui-mme, le descendant en huitime gnration de Robert, fils cadet de Saint Louis (Louis IX). Son fils parvient au trne de France sous le nom dHenri IV (1589). Sa ligne directe va jusqu Charles X. Le dernier reprsentant nest pas roi, il sagit du comte de Chambord, petit-fils de Charles, sans descendant en 1883. La troisime branche, dite des Bourbons-Orlans , est issue de Philippe, duc dOrlans, frre de Louis XIV et second fils de Louis XIII. Elle donne Louis-Philippe Ier, roi des Franais de 1830 1848. Le chef en tait, jusqu sa mort, en juin 1999, Henri, comte de Paris. Son fils an se nomme galement Henri. La quatrime branche, dite des Bourbons dEspagne , est issue de Philippe V, roi dEspagne, petit-fils de Louis XIV. Elle rgne sur lEspagne de 1700 1931, et nouveau depuis 1975 avec Juan Carlos Ier. Elle occupe le trne des Deux-Siciles jusquen 1860, celui du duch de Parme et Plaisance jusquen 1859. En 1987, le millnaire captien plaa sous les feux de lactualit le duc dAnjou, petit-fils du roi dEspagne, Alphonse XIII, issu de la branche espagnole des Bourbons. Ce dernier tant mort brutalement en 1989, son successeur est le prince Louis de Bourbon, n Madrid en 1974. HENRI IV Pau, 1553 - Paris, 1610 Roi de France (1589-1610) et de Navarre (1572-1610) Le rgne dHenri IV, chef de la maison des Bourbons, constitue une tape importante dans linstauration de labsolutisme. Descendant lointain et direct de Saint Louis, roi conqurant puis civilisateur, Henri IV reste dans lhistoire comme un personnage de lgende, fich entre la poule au pot et le panache blanc. FILS DANTOINE de Bourbon et de Jeanne III dAlbret, reine de Navarre, qui llve dans la foi protestante, Henri IV devint trs tt le chef du parti calviniste sous la tutelle de Coligny, sillustrant dans les batailles des guerres de Religion. Pour soutenir la rconciliation entre catholiques et huguenots, il fait alors partie intgrante des combinaisons matrimoniales mises en place par Catherine de Mdicis. Au jeune roi de Navarre est promise Marguerite, la sur du roi (et cousine dHenri, plus connue sous le nom de reine Margot). Mais la politique de rconciliation est brutalement interrompue par le massacre de la Saint-Barth lemy juste aprs ses noces Henri a pous la reine Margot le 18 aot 1572 , dans la nuit du 23 au 24 aot 1572, tandis quentre trois et six mille personnes sont

massacres dans Paris, il est retenu dans les appartements royaux. Le couteau sous la gorge, il abjure. Ayant chapp la mort au prix de ce premier reniement, il se retrouve captif la Cour et ne russit senfuir quau bout de quatre ans (1576). Il redevient alors calviniste et guerroie plusieurs annes la tte du parti protestant. La mort du duc dAlenon, frre dHenri III, fait de lui lhritier prsomptif de la couronne mais, en 1585, Henri III le dchoit de sa succession. Henri de Navarre cumule les handicaps : la fois rebelle au roi, calviniste et relaps. La guerre civile rebondit. Cest la guerre dite des trois Henri : Henri III, la tte des royalistes, Henri de Guise, chef de la Ligue catholique, et Henri de Navarre, chef des protestants. Servi la longue par les dissensions et les excs de la Ligue catholique, la mort dHenri III, mais aussi par lopinion inquite des ingrences espagnoles, Henri IV , malgr ses victoires contre les ligueurs Arques en 1589, Ivry en 1590, bataille o, tandis quil entrane ses troupes, il prononce ces mots clbres : Ralliez-vous mon panache blanc, vous le trouverez toujours au chemin de lhonneur et de la victoire , dcide, en 1593, dabjurer le protestantisme : Paris vaut bien une messe. Il se fait sacrer Chartres en fvrier 1594, et Paris lui ouvre enfin ses portes le 22 mars 1594. Enfin, en novembre 1595, il obtient le pardon du pape. Henri IV signe ldit de Nantes (13 avril 1598), qui accorde aux protestants dimportants avantages : la libert de conscience, lgalit devant lemploi et plusieurs places fortes. Lpuisement des deux adversaires aboutit au rtablissement de la paix (trait de Vervins avec les Espagnols, 2 mai 1598). Sa popularit, mais aussi sa grande adresse politique permettent Henri IV duvrer la restauration de lautorit royale, use par trente ans de guerre civile, mais aussi la rorganisation du royaume. Il affirme son autorit face au Parlement et impose lobissance la haute noblesse, qui est carte du pouvoir. Ldit de la Paulette (dcembre 1604) institue lhrdit des charges. Les officiers gagnent le droit de transmettre leur charge leur hritier moyennant le paiement dune taxe gale au soixantime de la valeur de cette charge. Ltat sattache ainsi des fonctionnaires dvous. Henri IV travaille aussi au redressement financier et conomique de la France. Les finances sont restaures par Sully, grand voyer de France, lagriculture encourage par Olivier de Serres et lindustrie rnove notamment grce la cration de manufactures. Celles-ci stablissent Lyon, Tours, Paris, en Poitou, en Barn, et exportent les soies, les tapisseries et les cuirs. Les routes dfonces par la guerre sont remises en tat, les marchandises peuvent circuler. Les marais de la Saintonge sont asschs. Henri IV fait achever le Pont-Neuf, quil inaugure cheval en 1603. Parties des ctes franaises, les expditions de Samuel de Champlain vont explorer la valle du Saint-Laurent au Canada o le navigateur fonde la colonie franaise de Qubec. lextrieur, Henri IV poursuit sa politique de mfiance lgard des Habsbourg dEspagne, allant jusqu sallier aux princes protestants allemands et aux Suisses prts entrer en guerre contre lEspagne. Il contraint aussi le duc de Savoie lui cder la Bresse, le Bugey, le Valromey et le pays de Gex (1601). poux de Marie de Mdicis en 1600, aprs lannulation de son premier mariage, Henri IV a six enfants lgitimes, la vie sentimentale du Vert Galant restant aussi mouvemente que par le pass. Ses matresses les plus clbres sont Gabrielle dEstr es, Henriette dEntragues et Charlotte des Essarts. Le 13 mai 1610, nanmoins, ayant fait sacrer Marie de Mdicis (surnomme la Grosse banquire ) Saint-Denis et lui ayant confi la rgence, Henri IV se prpare intervenir en Allemagne. Il tombe alors, poignard par Ravaillac, le 14 mai 1610. Lagitation paysanne, lopposition des extrmistes catholiques et protestants non dsarms expliquent pour beaucoup cet assassinat. Henri IV laisse son successeur, son fils de neuf ans, le

futur Louis XIII, un royaume prospre. LOUIS XIII Fontainebleau, 1601 - Saint-Germain-en-Laye, 1643 Roi de France (1610-1643) Timide et secret, Louis XIII fut lune des figures les plus nigmatiques de la royaut franaise, lhistoriographie layant souvent prsent comme un roi fantoche, le pouvoir rel appartenant son ministre Richelieu. Louis XIII, roi sans gnie, sut sattacher un ministre puissant et respectueux car Richelieu ne prit aucune dcision sans son accord. FILS AN dHenri IV et de Marie de Mdicis, Louis XIII na que neuf ans la mort de son pre. Sa mre assure la rgence avec son favori, Concini, et Leonora Galiga. Elle arrange le mariage de Louis avec linfante dEspagne, Anne dAutriche, en mme temps que celui de sa fille lisabeth avec linfant Philippe. La politique dpensire de Concini, devenu marchal de France, fait se dresser contre elle les Grands, les protestants et le peuple. Majeur treize ans, en 1614, Louis est sacr roi Reims le 20 octobre 1614. Une semaine aprs souvrent les derniers tats gnraux avant ceux de 1789. Ils naboutissent aucune mesure importante et ne font quexacerber les dsaccords entre les diffrents tats. Toujours tenu lcart du pouvoir par sa mre et Concini, dlaiss sauf de sa bonne maman-fille , la reine Margot, il se lie avec son fauconnier, Charles de Luynes. Cest sur ses conseils quil dcide le coup dtat du 24 avril 1617 : il fait assassiner Concini (1617), exiler sa mre Blois et brler la Galiga comme sorcire. Il rappelle les ministres de son pre, renvoie Richelieu et laisse son propre favori gouverner et poursuivre la politique catholique de la rgente. Les abus de Luynes incitent les Grands chercher lalliance de la reine-mre. Richelieu sert alors de mdiateur pour rconcilier la mre et le fils, tandis que les protestants en profitent pour prendre les armes. En 1621, Luynes est emport par une pidmie. Richelieu sarrange alors pour gagner la confiance du roi.

Cest seulement partir de 1624, avec lentre de Richelieu au Conseil du roi, que Louis XIII labore une nouvelle politique. Pendant dix-huit ans, Richelieu sera son principal ministre, tandis que graviteront autour du roi des favoris successifs. Le rgime devient franchement absolutiste: les tats gnraux et lassemble des notables ne sont plus convoqus. Le rgne de Louis saccompagne de la constitution dun tat fort, centralis et tout-puissant, intervenant dans tous les domaines (promulgation du code Michau en 1629, cration de lAcadmie franaise en 1635). Lautorit royale est restaure par la cration des intendants et la lutte contre les fodaux et les protestants. Vritable tat dans ltat, les protestants rsistent au roi et Richelieu, qui en vient bout lissue du long et terrible sige de La Rochelle (1627-1628). Ldit dAls (28 juin 1629) consacre

la reprise en main royale : fin des privilges politiques, militaires et juridiques des huguenots contre pardon royal et tolrance. En rgle gnrale, Louis XIII et Richelieu brisent toutes les oppositions. Au moindre doute de complot, les suspects sont limins. Le comte de Chalais (1626), le marchal de Marillac et le duc de Montmorency (1632), Cinq-Mars pourtant longtemps favori adul et De Thou (1642) en font la cruelle exprience. Ce qui nempche pas le frre du roi, Gaston dOrlans, encourag par Marie de Mdicis, de fomenter complot sur complot. La reine-mre, elle-m me, tente une dernire action contre Richelieu, le 10 novembre 1630. Dans la journe, Louis XIII, alit, lui promet la destitution de Richelieu mais, quelques heures plus tard, il convoque le cardinal pour lui renouveler sa confiance et lui livrer ses ennemis. Ayant chou, Marie de Mdicis doit dfinitivement quitter le royaume. Cest la journe des Dupes. lextrieur, Louis XIII, contre lavis du parti dvot (domin par la reine-mre avant son exil) favorable une alliance avec lEspagne, choisit dimposer la puissance de la France en Europe en luttant contre les Habsbourg dEspagne et sengage dans la guerre de Trente Ans. partir de 1635, cette terrible guerre alourdit les charges fiscales. En un demi-sicle, le produit des impts a t multipli par sept et le montant des impts directs a tripl. Lalourdissement de la fiscalit provoque des rvoltes paysannes. Louis XIII et Richelieu profitent de cette situation durgence pour limiter les pouvoirs locaux (parlements, seigneurs de province). (Saint) Vincent de Paul soulage les malades, les pauvres et les abandonns, qui sont en nombre croissant. Commence par des dfaites (Corbie 1636) et des rvoltes antifiscales, la guerre permet aux Franais doccuper lArtois et le Roussillon. lextrieur galement, Louis constitue un empire colonial au Canada, en Afrique et aux Antilles. Le 4 dcembre 1642, Richelieu steint, Mazarin lui succ de. Louis meurt son tour le 14 mai 1643. Il est le dernier souverain tre pleur par son peuple. Aprs vingt-trois ans de mariage infcond, lunion du trs chrtien Louis mari occasionnel et amant platonique et dAnne donne naissance Louis Dieudonn en 1638 et Philippe en 1640. LOUIS XIV LE GRAND Saint-Germain-en-Laye, 1638 - Versailles, 1715 Roi de France (1643-1715) Le rgne le plus long de lhistoire de France, travers de succs mais aussi de guerres particulirement ruineuses, porte son apoge labsolutisme royal. Ayant choisi le Soleil comme emblme, Louis XIV rgne sur une France qui accde, par lclat des lettres et des arts, une place de premier ordre en Europe. LE DROIT DIVIN vit ses dernires heures de gloire avec celui qui proclame : Quand je demande, il me semble que cela veut dire : je veux et jaurai, ou, au moins, quil y a si peu de diffrence quelle nest pas connaissable. Fils de Louis XIII et dAnne dAutriche, il na que cinq ans la mort de son pre. Sa mre, Anne, appelle donc au pouvoir le cardinal de Mazarin pour une rgence qui va durer de 1643 1661. Mazarin va devoir gouverner contre des frondes (1648-1653). La poursuite de la guerre contre lEspagne exige des moyens financiers croissants. En retour, le parlement de Paris propose, en juin

1648, une rforme complte du mode de gouvernement : suppression des intendants, baisse des impts Aprs avoir fait semblant de cder, Mazarin fait arrter trois parlementaires. Le coup de force dclenche la Fronde parlementaire de Paris les 26, 27 et 28 aot 1648. Des barricades slvent, les Parisiens prennent les armes. Anne dAutriche et le jeune roi senfuient de la capitale le 5 janvier 1649. Profondment marqu par les souvenirs de la Fronde, la fuite, lerrance, le bruit des combats, Louis en tire trs tt un vif sentiment de ses prrogatives royales. Mari par ncessit politique linfante dEspagne Marie-Thrse, le 9 juin 1660 (trait des Pyrnes, 1659), il commence son rgne personnel vingt-trois ans, la mort de Mazarin (1661). Il affirme son souhait dexercer pleinement son pouvoir en supprimant la charge de Premier ministre. Colbert, appel la direction des Finances, lui fait liminer le surintendant des Finances, Nicolas Fouquet. Ce dernier avait lui-mme sign sa disgrce en organisant des ftes somptuaires en son chteau de Vaux-le-Vicomte en lhonneur du roi, ce qui avait le don dexasprer celui-ci. Louis, en dclarant ltat cest moi , affirme sa volont de gouverner lui-mme en cartant ceux qui, par leur naissance ou lattribution de hautes charges, peuvent porter ombrage son autorit. Il ne prend, dans les diffrents conseils de gouvernement (Conseil den-haut, Conseil des finances, Conseil des dpches), que des hommes pour la plupart issus de la bourgeoisie (Colbert, Lionne, Le Tellier, Louvois, Pomponne). La noblesse, en dehors de ses emplois militaires, est exclue des affaires politiques, attire la cour de Versailles, amuse et ruine par les ftes, nattendant du roi que faveurs et pensions. Sur la totalit des deux cent mille nobles quon prtend domestiqus , Versailles nen accueille cependant qu peine quatre cinq mille. Les parlements sont rduits limpuissance et les tats gnraux jamais convoqus. Le gouvernement sexerce travers ladministration, officiers et intendants reprsentant, avec une police, le pouvoir centralis. Les assembles de la Basse-Auvergne, du Maine, du Rouergue, du Quercy (1672-1673), de lAlsace (1683), de la Franche-Comt (1704) disparaissent. Une monarchie administrative se met en place. Paralllement, une sorte dexaltation quasi religieuse du pouvoir monarchique se dveloppe la cour de Versailles, o le Roi-Soleil sinstalle avec les services des ministres partir de 1672. Le souci du prestige de la France au-dehors, associ un vident dsir de gloire personnelle, entrane Louis XIV dans une politique belliqueuse, la fois sur les plans conomique (le colbertisme) et militaire. En diminuant les privilges des grands financiers et en augmentant les taxes indirectes, Louis XIV trouve largent ncessaire pour crer des manufactures royales. Lexportation darmes, de navires, doutils alimente un commerce florissant. Les compagnies royales multiplient les comptoirs en Inde, en Amrique, aux Antilles, au Sngal. Cave-lier de la Salle descend le Mississippi, dont il atteint le delta en 1682. Il prend possession de vastes plaines, auxquelles il donne le nom de Louisiane en lhonneur de son roi. Les onze colonies anglaises sont dsormais entoures de terres franaises. la mort de Colbert, en 1683, la France se classe au premier rang de lconomie europenne. Sur le plan militaire, pour mener les trente-trois ans de guerre de son rgne, le roi dispose dune marine de guerre puissante de deux cent soixante-seize vaisseaux de ligne, dune arme organise par Le Tellier et Louvois et, partir de 1678, le marchal de Vauban construit tout autour de la France une ceinture de places fortes stratgiques. Avec soixante-douze mille hommes en 1667, deux cent quatre-vingt mille en 1673 et trois cent quatre-vingt mille au dbut du XVIIIe sicle, ltat militaire nest pas si puissant que les chiffres le laissent supposer. La premire phase des conflits (16611679), celle des succs, se droule dans le contexte de la traditionnelle rivalit entre la France et lEspagne, mais elle conduit aussi au conflit avec la Hollande et lEmpire. La guerre de Dvolution (1667-1668) rapporte au roi Lille et une partie de la Flandre. La guerre de Hollande (1672-1678)

apparat inutilement cruelle et dgnre en conflit europen. Louis XIV , en voulant respecter le testament de Charles II, qui dsigne Philippe dAnjou comme son successeur, impose au trne dEspagne son petit-fils cadet. LEspagne cde la Franche-Comt, des villes du Hainaut, de la Flandre maritime et de lArtois. Durant les dix annes qui suivent, la France, en pratiquant en pleine paix une politique dannexions (Strasbourg en 1681), provoque linquitude en Europe, o commencent se nouer des alliances dfensives. Guillaume III, son plus redoutable adversaire, accde au trne dAngleterre. la fin de son rgne, dont Saint-Simon a laiss un tmoignage prcieux, Louis XIV laisse un pays puis conomiquement, affaibli dmographiquement mais aussi divis religieusement. Laffaire de la Rgale (1673-1693), qui manifestait la volont dindpendance de la monarchie lgard de toute puissance spirituelle, loppose au pape. Considrant lunit de foi comme un garant de lordre et de la stabilit du royaume, Louis XIV dcide la rvocation de ldit de Nantes (1685) et lutte contre les jansnistes. Deux cent mille protestants partent en exil et labbaye de Port-Royal est ferme (1709), avant dtre dtruite (1711). La rvocation achve dirriter les allis allemands et de dresser lEurope contre la France. La guerre de la ligue dAugsbourg (1688-1697) se solde par la restitution de la plupart des annexions (faites durant la priode de paix), Strasbourg tant conserv (paix de Ryswick), et la guerre de Succession dEspagne (1701-1714) met la France au bord de la ruine malgr une paix honorable (traits dUtrecht et de Rastadt). lexpression de cette autorit monarchique rpond le rayonnement culturel de la France qui caractrise le sicle de Louis XIV , le mcnat royal ayant largement contribu lclat des lettres et des arts. Le classicisme franais triomphe au milieu dune Europe universellement baroque. La protection de Louis XIV consacre la renomm e de Molire, Racine, Boileau, Bossuet et Lully. La sculpture (Puget, Girardon) et la peinture (Poussin, le Lorrain, Philippe de Champaigne, Le Brun), mais plus particulirement larchitecture, brillent dun clat particulier, rendant clbre lart franais, imit dans toute lEurope (Le Vau, Hardouin-Mansart). Le roi meurt de gangrne le 1er septembre 1715. Les infidlits de Louis XIV sont clbres. Sa vie prive connat une suite dintrigues amoureuses. Aprs la duchesse de La Vallire, la marquise de Montespan est la matresse en titre de 1667 1679. Disgracie lors de laffaire des Poisons en 1680, elle cde la place la trs puritaine Franoise dAubign, pouse discrtement en 1683. Lex-Mme Scarron, favorite sous le nom de Mme de Main-tenon, est la gouvernante des enfants du roi et de la marquise de Montespan. Ces enfants sont lgitims en 1673, prcaution utile puisque lunion avec Marie-Thrse a donn naissance six enfants dont aucun ne survit au roi. Les morts successives de son fils le Grand Dauphin (1711) puis de lan de ses petits-fils, le duc de Bourgogne (1712) laissent nanmoins un hritier, son arrire-petit-fils encore enfant, Louis (futur Louis XV). PHILIPPE II, DUC DORLANS Saint-Cloud, 1674 - Versailles, 1723 Rgent de France (1715-1723) FILS DE PHILIPPE dOrlans, frre de Louis XIV , il fut habile capitaine lors de la guerre de Succession dEspagne.

Aprs la mort de Louis XIV , il fait casser par le Parlement le testament du roi donnant le pouvoir effectif au duc du Maine btard lgitim issu de la liaison de Louis XIV avec la marquise de Montespan et se fait reconnatre rgent du royaume. La Rgence voquera dsormais les rous, leurs vices et leurs orgies, les petits soupers fins. La licence des murs contraste, en effet, avec laustrit de la fin du rgne prcdent. Son pouvoir est marqu par une raction contre labsolutisme de Louis XIV. Libral, il satisfait les attentes dune noblesse bride par le tout-puissant Louis XIV . Les parlements retrouvent leur droit de remontrance, les grands seigneurs dominent les conseils de rgence, les jansnistes emprisonns sont librs. Sa politique accumule les checs : le systme de la polysynodie en petits conseils irrite, tout comme les guerres coteuses contre lEspagne, allie naturelle de la France. Philippe II sest en outre gar en soutenant lcossais John Law dans ses expriences financires hasardeuses. LOUIS XV LE BIEN-AIM Versailles, 1710 - id., 1774 Roi de France (1715-1774) En 1715, son avnement, ft par tous, il est le Bien-Aim. Quelques dcennies plus tard, aucun mot nest assez dur pour le qualifier. Abandon du Canada, perte de la Louisiane, ftes dispendieuses, soumission aux groupes de pression de ces Messieurs du parlement jansnistes, rformes trop tardives les reproches sont lgion. Et pourtant, le long rgne de Louis XV (cinquante-neuf ans) est marqu par un remarquable rayonnement de la culture franaise et un essor conomique. Le roi lui-mme est lun des souverains les plus cultivs (bien quil condamne lEncyclopdie) que nous ayons connus. ARRIRE-PETIT-FILS de Louis XIV et fils du duc de Bourgogne, Louis, g de cinq ans son avnement, est lev par Mme de Ventadour, le marchal de Villeroi et le futur cardinal de Fleury auquel il doit une excellente instruction et un intrt particulier pour les sciences et les techniques, quil encouragera sous son rgne. Philippe dOrlans exerce la Rgence. Devenu majeur en 1723, Louis XV confie le pouvoir des ministres, au duc de Bourbon (1723) renvoy car trop impopulaire (1726), puis au cardinal de Fleury qui conserve la direction des affaires jusqu sa mort (1743). Cette priode est la plus prosp re du rgne Fleury, aprs lchec de Law, assainit les finances, pratique une politique dconomie et de retour au colbertisme, favorisant ainsi le commerce colonial et la fiscalit. Le commerce extrieur connat un grand essor. Nantes, Bordeaux senrichissent grce au trafic du commerce triangulaire. Malgr son pacifisme, le ministre engage la France dans la guerre de Succession de Pologne (1733-1738). Il soutient ainsi Stanislas Leszczynski, le beau-pre du roi. la mort de Fleury, Louis XV annonce son dsir de gouverner personnellement et ne nomme pas de Premier ministre. Cette nouvelle priode sera moins faste. lextrieur, deux grandes guerres, la guerre de Succession dAutriche (1740-1748) et la guerre de Sept Ans (1756-1763) trs impopulaires sacrifient les intrts coloniaux de la France sans favoriser ses intrts europens. Dans la folle guerre , la succession dAutriche, Louis XV cde la pression de lopinion

publique, favorable une alliance avec le roi de Prusse, Frdric II, ami des esprits clairs. Mais ce dernier trahit la France, qui doit soutenir un effort de guerre prolong. Larme franaise remporta la bataille de Fontenoy (11 mai 1745) et, cette occasion, Louis XV dclara au dauphin : Mon fils, voyez ce que cote une victoire ; le sang de nos ennemis est toujours le sang des hommes. La vraie gloire, cest de lpargner. La guerre de Sept Ans, dclenche par les provocations de lAngleterre, se termine par le dsastreux trait de Paris (1763), dont peu de contemporains prennent la mesure. LAngleterre sempare de nombreuses colonies franaises en Amrique. La dtention du domaine colonial est aussi gche en Inde, o Dupleix, premier nabab franais, finit par partir, dsavou par la Compagnie. lintrieur, lopposition parlementaire est forte. Rtablis dans leurs pouvoirs sous la Rgence, les parlements ne cessent de harceler le gouvernement, faisant figure de dfenseurs des liberts publiques contre le despotisme alors quils ne sont que le rempart des privilges. La guerre de Sept Ans (1756-1763) tant trs coteuse, Louis XV soutient la politique fiscale de Machault dAmouville, crateur de limpt du vingtime sur tous les revenus (1749), mais doit labandonner sous la pression des privilgis. En 1757, le roi est victime dune tentative dassassinat par Robert Franois Damiens, qui laisse la France indiffrente. Damiens nen est pas moins cartel en place publique. Lhostilit parlementaire trouve aussi son terrain dlection dans la question religieuse, dfendant le jansnisme et attaquant les jsuites, que Choiseul finit par renvoyer en 1762. En 1764, leur ordre est mme dissous par le pape. Aprs la disgrce de Choiseul (24 dcembre 1770), le triumvirat Maupeou-Ter-ray-dAiguillon tente de restaurer lautorit royale. Les parlements sont renvoys, mais ces mesures autoritaires arrivent trop tard. Le roi est mari avec Marie Leszczynska, fille du roi dtrn de Pologne, de sept ans son ane, le 5 septembre 1725. De leur union, natront dix enfants, dont le dauphin. Louis XV ne trouvant, auprs de la reine, que le coin le plus gris de la Cour, se divertit partir de 1733 avec Mme de Mailly, sa sur Mme de Vintimille, son autre sur Mme de la Tournelle La plus clbre de ses conqutes est Mme dtiolle. peine intronise comme favorite, elle reoit le titre de Mme de Pompadour. Belle, intelligente, cultive, vive, cette femme de pouvoir, frue de philosophie, amie des encyclopdistes, habitu e des salons clairs du XVIIIe sicle, se fait prsenter Versailles en 1745. Au bout de cinq ou six ans, quand les feux de la passion royale dclinent, lintrigante, loin dtre renvoy e de la Cour, devient lamie du roi. Elle organise ftes et divertissements. Moins la Pompadour est amante, plus elle agit en souveraine. Son rgne dure ainsi vingt ans. Elle fait et dfait les ministres, conseille les ambassadeurs, renverse des alliances, correspond avec les gnraux. Toutes ces initiatives sont loin dtre heureuses. Elle flatte les faiblesses du roi plutt quelle ne les combat. Autre favorite, Mme Du Barry contribue la chute de Choiseul et lavnement de Maupeou et dAiguillon. Elle se laisse entraner dans des cabales quelle ne contrle pas. Roi mcne, Louis donne une partie marcageuse de son domaine o slvera la place de la Concorde et lance la construction de nombre ddifices: lcole de Droit, lcole de Chirurgie, lactuelle cole de Mdecine, la Monnaie, lglise Sainte-Genevive. Le roi fait rebtir la colonnade du Louvre et reconstruire le chteau de Compigne, ouvre le chantier de lOpra, fait lever laile Louis XV Fontainebleau. Il charge Trudaine, conseiller dtat, de lancer de grands travaux routiers. Le 10 mai 1774, Louis XV meurt de la variole. Il laisse le royaume agrandi de deux provinces: la

Lorraine (1766) et la Corse (1768). Le roi a eu deux fils qui meurent avant lui. Son dauphin, Louis, veuf de sa premire femme, pouse Marie-Josphe de Saxe (le soir de leur mariage, en 1747, une panique de la foule fait cent trente-trois morts) qui lui donne huit enfants dont trois vont rgner : le duc de Berry (Louis XVI) dabord, aprs linterm de de lEmpire, le comte de Provence (Louis XVIII) puis le comte dArtois (Charles X). LOUIS XVI Versailles, 1754 - Paris, 1793 Roi de France (1774-1791), puis roi des Franais (1791-1792) Homme dtat mdiocre, entour de ministres remarquables, il dcourage leurs initiatives par une indcision maladive. Il est lartisan, souvent manipul, de la chute de la monarchie lors de la Rvolution franaise. PETIT-FILS de Louis XV , il est le troisime fils du dauphin et de la princesse Marie-Josphe de Saxe. Aprs la mort de ses deux frres ans, il devient roi vingt ans, en 1774. Pieux et honnte mais trs mfiant lgard des ides nouvelles, dun caractre indcis et timide, il est mal prpar aux affaires politiques, sintressant davantage la chasse et aux travaux artisanaux comme la serrurerie ou lhorlogerie. Mari Marie-Antoinette dAutriche (1770) dans le but de renforcer lalliance avec lAutriche, il est affaibli par le discrdit qui frappe la reine. Critique pour ses murs libertines, ses dpenses excessives, sa passion des bals et des ftes, lAutrichienne , surnomm e aussi Mme Dficit , finit par se rendre vraiment impopulaire lors de laffaire du Collier (1785). Louis commence son rgne par une grave erreur : le rappel des parlements mis au pas par Maupeou. Les magistrats font aussitt tout pour empcher toute rforme. Conseill par le conservateur Maurepas disgraci par son grand-pre, le roi appelle nanmoins au pouvoir deux rformateurs : Turgot et Malesherbes. Turgot ralise des conomies, rduit la dette et supprime les corv es, mais le parlement fait chouer la mise en place des impts sur le revenu foncier et sur la libre circulation des grains. Laugmentation du prix des crales entrane la guerre des farines et Louis XVI sacrifie Turgot. Quels que soient les abus, toute tentative de rforme se heurte lopposition des privilgis. Aprs Turgot, le banquier genevois protestant Necker a recours des emprunts onreux pour financer la guerre dIndpendance amricaine. Lintervention fran aise rehausse le prestige de la France en Europe mais, ajoute aux dpenses inconsidres de la Cour, elle aggrave encore la crise financire. La moiti des rentres budgtaires est engloutie par la dette. Bientt, ltat est au bord de la faillite. Sur le plan social, Necker supprime le servage (1779) et dnonce les gaspillages de la Cour. Lui aussi disgraci , il dmissionne en 1781. Fleury et dOrmesson poursuivent sa politique dendettement. Ni Calonne ni Lomnie de Brienne ne russissent rtablir lquilibre budgtaire. Ltat critique du Trsor royal, auquel sajoutent lopposition nobiliaire labsolutisme, le malaise social et conomique, dcide Louis XVI rappeler Necker et convoquer les tats gnraux (mai 1789). Les membres du tiers tat, enfin runis, refusent de sen aller si le monarque naccepte pas des rformes. Constitu s en Assemble nationale, ils sont rejoints par des dput s du clerg et de la noblesse. Le 20 juin, par le serment du Jeu de paume, ils sengagent donner la France une Constitution. Louis XVI, enferm jusqualors dans un refus obstin , ne peut plus faire semblant

dignorer leur action. La monarchie absolue sefface devant la monarchie constitutionnelle. Par crainte dun complot aristocratique, le peuple de Paris se soulve et prend la Bastille. Louis XVI rentre Paris le 17 juillet, tandis que les premiers aristocrates partent en exil. LAssemble nationale vote labolition des privil ges dans la nuit du 4 aot. Louis XVI rechignant ratifier ces changements, le peuple va le chercher Versailles le 6 octobre et le ramne aux Tuileries. Les constituants poursuivent leur travail et, la fte de la Fdration, le 14 juillet 1790, le roi et le peuple sont runis en une bonne entente toute dapparence. Violemment hostile aux rformes, en effet, le roi tente de quitter Paris le 20 juin 1791 mais est arrt Varennes, puis ramen Paris. La Constitution est promulgu e le 14 septembre 1791. Le pouvoir excutif revient au roi des Franais (et non plus au roi de France). Le roi, tentant alors de trouver refuge auprs des monarques trangers, est arrt dans sa fuite Varennes (20 juin 1791). Cette arrestation signe la rupture dfinitive entre le peuple et le roi. Lattitude hsitante et contradictoire du roi ds le dbut de la Rvolution, linfluence de sa femme et de ses frres (le comte de Provence et le comte dArtois), lappui secret donn aux migr s, les veto suspensifs sous lAssemble lgislative, destin s freiner la Rvolution, et les ngociations secrtes avec lennemi aprs la dclaration de guerre contre lAutriche (avril 1792) avaient dj bien entam le prestige royal. Le manifeste de Brunswick mena ant de raser Paris si la famille royale nest pas respecte provoque lindignation populaire et linsurrection du 10 aot 1792. Prisonnier de la Commune insurrectionnelle, le roi est suspendu de ses fonctions et enferm au Temple, Louis Capet est jug par la Convention et dclar coupable de conspiration contre la libert de la Nation . Condamn mort sans appel au peuple ni sursis, malgr lattitude modre des Girondins, il est excut le 21 janvier 1793 10 heures du matin, sur la place de la Rvolution (place de la Concorde). Il dclare avant sa mort : Je pardonne aux auteurs de ma mort. Je prie Dieu que le sang que vous allez rpandre ne tombe pas sur la France. Louis XVI avait eu quatre enfants de MarieAntoinette, dont deux survivent sa mort : Mme Royale (1778) et le second dauphin (1785), dit Louis XVII. Il laisse surtout deux frres migrs, les comtes de Provence (futur Louis XVIII) et dArtois (futur Charles X). LOUIS XVII Versailles, 1785 - Paris, 1795 LA MORT de Louis XVI (1793), le comte de Provence, frre du roi, prend le titre de rgent et proclame roi le second dauphin (le premier dauphin tant mort en 1789) : Louis XVII (duc de Normandie). Avec sa gouvernante, Mme de Tourzel, il suit le destin de la famille royale pendant la tourmente rvolutionnaire et est arrt, comme les siens, le 25 juin 1791, lors de la fuite de Varennes. Prisonnier sept ans, incarcr au Temple avec ses parents, il est spar de son pre le 11 dcembre 1792 et de sa mre le 3 juillet 1793. Le cordonnier Simon, charg de lduquer comme un enfant du peuple, abandonne ses fonctions en janvier 1794 et Louis se retrouve dlaiss et isol. Orphelin huit ans, il meurt le 8 juin en prison. LOUIS XVIII

Versailles, 1755 - Paris, 1824 Roi de France (1814-1815, 1815-1824) Petit-fils de Louis XV, frre de Louis XVI et du comte dArtois (futur Charles X), il rgne en France, davril 1814 mars 1815 (premire Restauration), puis, aprs les Cent-Jours et la seconde abdication de Napolon Ier, de 1815 1824 (seconde Restauration). Son rgne, dabord modr, se durcit considrablement aprs lassassinat du duc de Berry (1820) sous la pression des ultraroyalistes, partisans dun retour lAncien Rgime. Il est surnomm le roi fauteuil en raison de son obsit. COMTE DE PROVENCE, il migre ltranger lors de la Rvolution, en juin 1791, sjournant successivement Coblence, Vrone, Milan puis en Angleterre, au chteau de Hartwell, et ne cessant de militer en faveur du rtablissement de la monarchie en France. la mort de Louis XVII en 1795, le rgent se fait appeler roi de France, bien quil soit en exil. En 1814, tandis que leurs armes marchent sur Paris, les Allis ne sont gure fixs sur le rgime donner aux Fran ais. Survient alors laffaire de Bordeaux : linitiative dune socit secrte royaliste, les Chevaliers de la Foi, Wellington occupe la ville le 12 mars 1814 et la garde nationale prend la cocarde blanche. Quelques heures plus tard, le duc dAngoulme (neveu de Louis XVIII et fils an du futur Charles X) forme un gouvernement provisoire. Llan gagne une partie du Midi et Toulouse le 12 avril. Le tsar commence alors croire quil existe un courant favorable aux Bourbons. Il rejoint ainsi les convictions de lAngleterre. Son hte, Talleyrand, le conforte dans cette conviction : il entend entraner dans son ralliement aux Bourbons lessentiel du personnel imprial et obtenir du nouveau roi des garanties pour les ides et les hommes de la Rvolution. Lentre du roi Louis XVIII Paris, le 3 mai 1815, provoque un tonnant enthousiasme de la population. Les Parisiens lui sont reconnaissants de prserver par sa prsence la capitale des exactions des troupes trang res victorieuses. La province marque aussi son adhsion. son avnement, le roi, g de cinquante-neuf ans, est veuf et sans enfants. Faisant de petits vers, aimant les traits desprit, dpourvu de convictions religieuses, il est rest homme du XVIIIe sicle. La Charte quil octroie (1814) tablit en France une monarchie constitutionnelle. Il signe un premier trait de Paris (30 mai 1814) relativement favorable la France vu lampleur de la dfaite. Cest alors que Napolon revient. Pendant les Cent-Jours, le roi se retire Gand, en Belgique, puis reprend le pouvoir aprs la dfaite de Waterloo et doit accepter le second trait de Paris (novembre 1815), nettement plus svre, les Allis tant dsormais mfiants. La France perd ses enclaves du Nord-Est et une partie de la Savoie. Elle est occupe par les vainqueurs jusqu ce quelle ait pay une forte indemnit de guerre. Souhaitant ntre pas roi de deux peuples , Louis sefforce, au dbut de son rgne, de concilier les acquis de la Rvolution et de lEmpire avec le retour de la monarchie. Ds son arrive, il sait faire des concessions. Pour preuve, il prend Talleyrand comme Premier ministre et, au retour de Gand, en juin 1815, lui adjoint le rgicide Fouch. En revanche, il rtablit le drapeau blanc derrire lequel la France sest souleve. Ce changement provoque quelques mutineries. Il humilie larme et accrdite limage dun roi revenu dans les fourgons de ltranger . La seconde Restauration subit les consquences dun rgime soumis au rgne des partis. La Chambre lue en 1815 est dite chambre introuvable , car plus royaliste que le roi. Elle est soutenue par le comte dArtois, frre du roi et futur Charles X, qui entrave laction du gouvernement. Louis XVIII commente en voquant son frre : V ous vous plaignez davoir un roi sans jambes, que

direz-vous quand vous aurez un roi sans tte. Avant mme les lections de 1815, des meutes populaires se dchanent dans le Midi o le petit peuple est ardemment royaliste. Cest la Terreur blanche, nomme ainsi par rapprochement avec la Terreur rpublicaine de 1793. Des bonapartistes sont massacrs, tel le gnral Brune Avignon. La nouvelle Chambre, de son ct, impose des juridictions dexception contre les complices des CentJours. La plus illustre victime en est le marchal Ney, condamn mort par la Chambre des pairs et fusill. Le roi sinquite de ces violences. Il penche pour le gouvernement des libraux (Richelieu, Decazes), mais cette prfrence rsiste mal aux pressions des ultraroyalistes. Le 13 fvrier 1820, notamment, lassassinat du duc de Berry, devant lOpra, par louvrier sellier Louvel, dclenche les foudres des royalistes. Les ultras attribuent la faiblesse de Decazes la responsabilit de ce crime. Le roi cde alors et renvoie son favori. Ils obligent Louis XVIII remplacer Richelieu par un des leurs, Villle. Jusquen 1824, ce dernier mne une politique relativement modre au regard du parti qui lavait amen au pouvoir. Lopposition interdite se rfugie dans les socits secrtes comme la Charbonnerie. lextrieur, le roi intervient en Espagne la demande de Chateaubriand, ministre des Affaires trangres, et rtablit ainsi le roi Ferdinand VII de Bourbon sur le trne. Sur le plan culturel, il favorise lactivit artistique. loignant la royaut du chteau de Versailles, il rside au chteau des Tuileries. Il amliore la ville de Paris : rues perces, places ouvertes, canaux Saint-Martin et Saint-Denis creuss, le thtre de lOdon vandalis par les rvolutionnaires est rnov. Il fait difier la Chapelle expiatoire pour rendre hommage la mmoire de Louis XVI et des siens. Louis XVIII meurt le 16 septembre 1824. Son frre, le comte dArtois, lui succde sous le nom de Charles X. CHARLES X Versailles, 1757 - Grz (aujourdhui Gorizia, Slovnie), 1836 Roi de France (1824-1830) Frre de Louis XVI et de Louis XVIII auquel il succde en 1824, Charles X, par sa politique ractionnaire et autoritaire, saline rapidement lopinion librale et est dtrn au profit du duc dOrlans (Louis-Philippe Ier) par la rvolution de 1830. Sa chute marque la fin de la branche ane des Bourbons. PORTANT DABORD le titre de comte dArtois, il vit Versailles puis, la rvolution de 1789 dclenche, il prend la tte de la raction et est lun des premiers migrer (juillet 1789). Essayant de mobiliser les cours europennes contre le nouveau rgime franais, il tente lui-mme un dbarquement lle dYeu en 1795. Chef de file des contre-rvolutionnaires, il parvient se faire reconnatre comme lieutenant gnral du royaume en avril 1814 par les Allis et exerce ce titre le gouvernement jusqu larrive de Louis XVIII, le 3 mai 1814. Il participe activement la lutte contre la France, aidant la dfaite des dernires troupes de Napol on Ier. En 1815, il savance Nancy mais ne russit pas mobiliser de parti. Aprs le ralliement, et durant le rgne de Louis XVIII, Monsieur, frre du roi, hritier du trne, devient bientt lun des dirigeants du parti des ultraroyalistes et combat la politique juge modre de Louis XVIII.

la mort de ce dernier, manifestant son attachement aux traditions de lAncien Rgime, Charles X se fait sacrer Reims avec faste, le 29 mai 1825. Lopinion est choque pas tant par le sacre que par le fait de voir le roi prostern devant larchevque. Lhom lie maladroite de Mgr de La Fare contre la Charte et la libert des cultes, et le traditionnel toucher des scrofuleux achvent de dsemparer le peuple. Lanne suivante, quand le roi suit pied les processions du jubil vtu de violet, le peuple simagine quil sest fait vque et le bruit court quil dit la messe. Charles X impose lintrieur les tendances ultraroyalistes en faisant voter des lois impopulaires. Devenu trs dvot, il renforce la position de lglise dans ltat. Lalliance du trne et de lautel saffirme, les jsuites reviennent, lUniversit est place sous lautorit de Mgr Frayssinaus. Une loi sur le sacrilge punit de mort le vol des vases sacrs contenant des hosties, de la peine de parricide (la mort prcde de la mutilation du poing) la profanation des hosties. Une autre loi organise lindemnisation des migrs. Dite le milliard des migrs , elle ne distribue en fait que 625 millions aux familles spolies. Une autre encore tente dinterdire la presse politique. Lauteur de ces propositions lgislatives, le Premier ministre Villle, nattire que les critiques. Malgr une loi lectorale peu favorable, lopposition remporte les lections la Chambre des dputs, en 1827. Face lhostilit croissante de lopinion, Charles X, inquiet des progrs des libraux, confie le pouvoir Martignac (1828), avocat bordelais modr, issu de cette partie de la droite que lvolution du rgime inquite. Mais contraint faire du villlisme sans Vill le, Martignac, qui sera congdi le 8 aot 1829, ne peut gure changer linflexion du rgime. En revanche, il mne lextrieur une politique active. En Grce, o la France tait intervenue ds le minist re Villle (1827), lhabilet de La Ferronays, ministre des Affaires trangres, arrache lempire ottoman lindpendance complte de la Grce, rendant la France sa place au Proche-Orient et posant les bases dun accord franco-russe. Charles X constitue alors un ministre selon son cur. Il confie le pouvoir aux dirigeants ultras les plus impopulaires. Aux Affaires trangres, sinstalle le prince de Polignac (1829). Il runit en sa seule personne linconvnient dtre le fils dune favorite de Marie-Antoinette (et peut-tre mme le fils adultrin du comte dArtois), un ancien migr, un comploteur sous Napolon, un congrgationniste et le mari dune Anglaise. La Bourdonnaye, ministre de lIntrieur, a rclam, en 1815, contre les complices des Cent-Jours des fers, des bourreaux . Bourmont, ministre de la Guerre, est un ancien Chouan ralli Napolon, pass lennemi et suspect de trahison. Polignac organise nanmoins la victorieuse expdition dAlger (6 juillet 1830), aprs un dbarquement Sidi-Ferruch, dix-sept kilomtres dAlger. Le dey capitule rapidement. Il rallie ainsi les milieux commerciaux marseillais, dus par la difficult de relever le vieux commerce du Levant, qui lui cherchent un substitut. Au discours du trne qui ouvre la session des Chambres, le 2 mars 1830, Charles X se fait menaant, voquant de coupables manuvres quil aura la force de surmonter . Les dputs lui rpondent par l Adresse des Deux cent vingt et un (vote par 221 voix contre 181), qui entrane la dissolution de la Chambre puis sa rlection, marque par un renforcement de lopposition librale. Charles X refuse de se soumettre la volont du pays. Afin de renforcer lautorit du rgime, il dcide un vritable coup de force par la promulgation des quatre ordonnances de Saint-Cloud (25 juillet 1830). La premire suspend la libert de la presse, la seconde dissout la Chambre, la troisime modifie la loi lectorale en relevant le cens et la quatrime convoque les coll ges lectoraux pour les 6 et 13 septembre. La mesure provoque linsurrection. Les 27, 28 et 29 juillet 1830, au cours des Trois Glorieuses , le peuple de Paris se soulve, contraignant Charles X abdiquer.

Aprs avoir dsign son petit-fils, le comte de Chambord, comme hritier du trne, Charles X sexile. Il traverse louest de la France, drapeau blanc dploy, et sembarque Cherbourg le 16 aot. Leffacement des Bourbons de la branche ane cartant dembl e le comte de Chambord profite non aux rpublicains, pourtant matres de la rue, mais au chef de la branche cadette des Bourbons, soutenue par la bourgeoisie. Louis-Philippe, duc dOrlans, succde Charles X. LOUIS-PHILIPPE Ier Paris, 1773 - Claremont, 1850 Roi des Franais (1830-1848) sous la monarchie de Juillet Cest sous son rgne que triomphe la grande bourgeoisie librale laquelle le systme lectoral censitaire rserve le droit de vote. Cependant, le refus du roi et des classes possdantes de toute rforme dmocratique et sociale provoque la rvolution de fvrier 1848, qui balaye le rgime et accule Louis-Philippe lmigration. Louis-Philippe, homme dune intelligence et dun courage certains, a voulu tre un vrai roi, un grand roi. Il a seulement oubli que la France ne voulait plus de roi du tout, ni petit ni grand. FILS DE LOUIS-PHILIPPE dOrlans (dit plus tard Philippe galit) et de Louise-Marie de Bourbon-Penthivre, il tient longtemps sa rputation de libralisme de son pre, qui fut jacobin et conventionnel rgicide avant de mourir sous la guillotine. lev par la matresse de son pre, Mme de Genlis, il apprend le sens de la vie pratique et reoit une culture relativement pousse. Comme son pre, il adhre aux ides rvolutionnaires, est membre du Club des jacobins et participe aux batailles de Valmy et de Jemappes sous les ordres de Kellermann puis de Dumouriez. Lorsque ce dernier passe lennemi, Louis-Philippe sexile ltranger. Suspect pour les migrs et proscrit par la France rvolutionnaire, il vit modestement en Suisse et aux tats-Unis. En 1800, il revient en Angleterre, se rconcilie avec les Bourbons, pouse en 1809 Marie-Amlie, fille du roi Ferdinand des Deux-Siciles, et vit en Sicile (1810-1814) jusqu la Restauration. Rentr en France avec Louis XVIII, il recouvre son immense fortune, mais, tenu lcart de la Cour et de la vie politique, il se consacre lducation de ses enfants et la gestion de ses biens. Il mne aux Tuileries une vie simple. Le bourgeois parisien peut le rencontrer dans Paris, son grand parapluie sentimental sous le bras, comme dit le pote allemand Heine. Mais, en mme temps, il courtise discrtement lopposition librale. La rvolution de 1830 chasse Charles X du trne. Le 30 juillet, une proclamation rdige par Thiers et quelques autres est diffuse dans Paris : Charles X ne peut plus rentrer dans Paris, il a fait couler le sang du peuple. La Rpublique nous exposerait daffreuses divisions : elle nous brouillerait avec lEurope. Le duc dOrlans est un prince dvou la cause de la Rvolution. Le duc dOrlans est un roi citoyen. Louis-Philippe apparat alors comme la solution idale aux yeux de la bourgeoisie daffaires (Casimir Prier, Jacques Laffitte) qui redoute linstauration dune Rpublique menaante pour la paix. Dabord nomm lieutenant gnral du royaume (31 juillet 1830), aprs la rvision de la Charte constitutionnelle, Louis-Philippe devient roi des Franais sous le rgime de la monarchie de Juillet. Ds la crmonie dintronisation (9 aot) pour preuve de sa bonne volont, il fait remplacer les fleurs de lys par le bleu, blanc, rouge. Le tricolore est mme inscrit dans la charte du 14 aot (article 67). Le roi jure dobserver la Charte rvise. Aux yeux des autres monarques

europ ens, il est dfinitivement le roi des barricades. lintrieur, aprs avoir gouvern avec des ministres libraux (parti du Mouvement: Laffitte, La Fayette), le roi sappuie de plus en plus sur les conservateurs du parti de la Rsistance : Casimir Prier, de Broglie, Thiers, Mol et Guizot. Le rgne commence par une crise conomique, dclenche par la rvolution de 1830. De plus, en 1832, une pidmie de cholra frappe Lille, Rouen, et fait plus de dix-huit mille victimes Paris. Casimir Prier en meurt. Les premires annes sont troubles par une opposition lgitimiste symbolise par lquipe de la duchesse de Berry (en 1832, elle dbarque prs de Marseille puis sefforce de soulever la Vende avant dtre emprisonne), des insurrections rpublicaines (1832, 1834 et 1839), des tentatives de soulvement de Louis-Napol on et des mouvements sociaux (rvolte des canuts lyonnais en 1832). Manifestation rpublicaine, les obsques du gnral Lamarque (mort, lui aussi, du cholra), le 2 juin 1832, donnent lieu un important soulvement. Mais les parlementaires dsavouent lmeute et lordre est rtabli ds le 6 juin. Louis-Philippe commue en dportation les sept condamnations mort conscutives aux procs dinsurrection. Aux tentatives dinsurrection sajoutent les attentats contre la personne du roi. Le 28 juillet 1835 notamment, lattentat dirig contre Louis-Philippe, passant en revue la garde nationale boulevard du Temple, fait dix-huit morts. Fieschi, son auteur, est un aventurier, mais lattentat sert de prtexte pour adopter les lois de septembre qui rendent illgal le fait de se dclarer rpublicain. Malgr une reprise conomique partir de 1833 et 1835, et lenracinement du rgime partir de 1840, lembellie est de courte dure. Louis-Philippe irrite par sa politique trangre. lextrieur, sa politique familiale et dentente cordiale dplat lopinion. La Belgique, qui a pris son indpendance par rapport la Hollande, lit pour roi le duc de Nemours, deuxime fils de LouisPhilippe, le 5 fvrier 1831. Mais lAngleterre refuse, comme elle la toujours fait dans le pass, cette prsence franaise en Flandre. Et Louis-Philippe fait preuve de lucidit en nacceptant pas cette couronne pour son fils. Du coup, il provoque le mcontentement des Franais, incapables de comprendre la justesse de sa prudence. La politique coloniale inaugur e par Charles X est freine par gard pour lAngleterre, hostile limplantation fran aise en Algrie et au Maroc. Cependant, le roi envoie son propre fils, le duc dAumale, en Algrie. Cest lui qui sempare du camp (smala) dAbd el-Kader en 1843. lintrieur, le conservateur Guizot prside aux destin es de la France aux cts du roi pendant six annes. Sa loi de 1833 organise lenseignement primaire. Autre loi importante, celle de 1842 cre les grands rseaux de chemin de fer. Mais le roi bourgeois exclut du pouvoir les paysans, les artisans et les classes moyennes. En abaissant le cens lectoral de 300 200 francs, Louis-Philippe double certes le nombre dlecteurs, mais on est encore loin de la dmocratie. Devant limpossibilit dune solution parlementaire, la campagne des banquets organise par les rpublicains rclame justement un cens 100 francs. En faisant interdire un de ces banquets Paris, le roi dclenche la rvolution de fvrier 1848. Louis-Philippe migre en Angleterre, o la reine Victoria met sa disposition la rsidence de Claremont. Louis-Philippe avait perdu son fils an, le duc dOrlans, en juillet 1842, dans un accident de voiture (ce fut loccasion dune des dernires manifestations de sympathie populaire envers le roi et dun sursaut de lopposition lgitimiste, prs dun millier dentre eux se rendirent Londres saluer le comte de Chambord, dit Henri V en 1843). Louis-Philippe abdique donc en faveur de son petit-fils, le comte de Paris. Il meurt deux ans plus tard.

INDEX
BOURBONS CAPTIENS CARLOMAN (715-754) CARLOMAN (751-771) CARLOMAN (867-884) CAROLINGIENS CHARLEMAGNE (ou CHARLES LE GRAND, ou CHARLESIer) CHARLES MARTEL CHARLES II LE CHAUVE CHARLES III LE GROS CHARLES III LE SIMPLE CHARLES IV LE BEL CHARLES V LE SAGE CHARLES VI LE FOU CHARLES VII CHARLES VIII CHARLES IX CHARLES X CHILDEBERT III CHILDRIC II CHILDRIC III CHILPRIC II CLOTAIREIer CLOTAIRE II CLOVISIer CLOVIS II CLOVIS IV DAGOBERTIer DAGOBERT III EUDES (ou EUDE) FAINANTS (ROIS) FRANOISIer FRANOIS II HENRIIer HENRI II HENRI III

HENRI IV HUGUES CAPET HUGUES LE GRAND (ou LE BLANC, ou LABB) JEANIer LE POSTHUME JEAN II LE BON LOTHAIRE LOUISIer LE PIEUX (ou LE DBONNAIRE) LOUIS II LE BGUE LOUIS III LOUIS IV DOUTRE-MER, LOUIS V LE FAINANT LOUIS VI LE GROS LOUIS VII LE JEUNE LOUIS VIII LE LION LOUIS IX (ou SAINT LOUIS) LOUIS X LE HUTIN (ou LE QUERELLEUR) LOUIS XI, LOUIS XII LOUIS XIII LOUIS XIV LE GRAND LOUIS XV LE BIEN-AIM LOUIS XVI LOUIS XVII LOUIS XVIII LOUIS-PHILIPPEIer MROVINGIENS, PPIN LE BREF, PHILIPPEIer, PHILIPPE II AUGUSTE PHILIPPE II, DUC DORLANS PHILIPPE III LE HARDI PHILIPPE IV LE BEL PHILIPPE V LE LONG PHILIPPE VI DE VALOIS, PIPINNIDES RAOUL ROBERTIer ROBERT II LE PIEUX ROBERTIENS

THIERRY III THIERRY IV VALOIS

La Gaule des Francs

Lempire de Charlemagne

Le partage de lempire de Charlemagne

La France en 987 sous Hugues Capet

La France de Philippe II Auguste

Armagnacs et Bourguignons

La France la mort de Louis XI (1483)

La France de Louis XIV (1654-1715)

Lvolution du territoire franais

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