Rameau
Hippolyte et Aricie
Tragdie
L I V R E T ( 1 7 3 3 ) - franais modernis
PHILIDOR CMBV
Dcembre 2013
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HIPPOLYTE ET ARICIE
TRAGDIE.
PROLOGUE.
Le thtre reprsente la fort d'rymanthe. Diane est assise au fond du thtre sur un
trne de gazon.
Scne premire
Diane, suite de Diane.
CHUR
Accourez : habitants des bois,
Rendez hommage votre reine.
Qu'il est doux de suivre les lois
De cette aimable souveraine !
On danse.
Scne II
Diane, sa suite, troupe d'Habitants des bois.
CHUR
Qu'il est doux de suivre les lois
De cette aimable souveraine !
On danse.
DIANE
Sur ces bords fortuns je fais rgner la paix ;
Quelle verse sur vous des douceurs ternelles,
Ah ! Vous ne la perdrez jamais,
Si vous m'tes toujours fidles.
Symphonie douce.
Quels doux concerts se font entendre !
CHUR
Que pour nos curs ils ont d'appas !
DIANE
Que vois-je ? C'est l'Amour ; venez suivez mes pas.
Ce n'est qu'en le fuyant que l'on peut s'en dfendre ;
Mais, que vous fuyez lentement !
CHUR
Nous tchons de vous suivre autant qu'il est possible ;
Mais, peut-on s'empcher d'avoir un cur sensible,
Quand on voit un dieu si charmant !
L'Amour descend des cieux.
Scne III
Diane, l'Amour, et leur suite ; troupe d'Habitants des bois.
L'AMOUR, Diane
Au doux penchant qui les entrane,
Ne prtends pas les arracher.
PHILIDOR CMBV
DIANE, L'Amour
Des lieux o je commande est-ce toi d'approcher ?
Va ; fuis ; ton seul aspect vient redoubler ma haine.
L'AMOUR
Pourquoi me bannir de ces lieux ?
Quoi ? Le vaste univers n'est-il pas mon partage ?
Les enfers, la terre, et les cieux ;
Tout doit rendre l'Amour un clatant hommage.
DIANE
Enchane ton gr l'univers ;
Mais, respecte les lieux, o je tiens mon empire ;
Non ; les curs que Diane inspire
Ne porteront jamais tes fers.
L'AMOUR
Ne dois-je pas rgner sur tout ce qui respire ?
DIANE
Tu peux lancer partout tes redoutables traits !
Je n'excepte que mes forts.
Arbitre souverain du ciel et de la terre,
Dieu puissant, dont je tiens le jour,
Pourras-tu souffrir que l'Amour,
Jusqu'aux lieux o je rgne, ose porter la guerre ?
C'est toi qui m'as donn l'empire des forts ;
Et tu dois soutenir les dons que tu m'as faits.
Bruit sourd de tonnerre.
Mais, ma voix dans les cieux vient de se faire entendre.
Tremble, superbe Amour ; Jupiter va descendre.
Scne IV
Jupiter ; et les acteurs de la scne prcdente.
JUPITER
Diane, j'tais prt soutenir tes droits
Contre un dieu, plus puissant que tous les dieux ensemble ;
Mais le destin, sous qui tout tremble,
Vient de nous prescrire ses lois.
Il ne veut pas que l'on conspire
Contre la libert des curs ;
Et jusqu'au fond des bois, o tu tiens ton empire
Il prtend que l'Amour lance ses traits vainqueurs.
DIANE
Quelle honte !
L'AMOUR
Quelle victoire.
JUPITER
Amour, pour jouir de ta gloire,
Le destin, tous les ans, ne t'accorde qu'un jour ;
PHILIDOR CMBV
Mais, un jour que l'hymen claire.
Vous, ma fille, ses lois ne soyez point contraire ;
En faveur de l'hymen, faites grce l'Amour.
Jupiter remonte aux cieux.
Scne V
L'Amour, Diane, et leur suite ; troupe d'Habitants des bois.
DIANE
Nymphes, aux lois du sort il faut que j'obisse ;
Je mets ds aujourd'hui vos curs en libert ;
Je ne dois pas pourtant abaisser ma fiert,
Jusqu' voir une fte l'Amour si propice.
Hippolyte, Aricie, exposs prir,
Ne fondent que sur moi leur dernire esprance ;
Contre une injuste violence,
C'est moi de les secourir.
Diane traverse les airs.
Scne VI
L'Amour ; troupe d'Habitants des bois, et de Nymphes.
L'AMOUR
Diane enfin vous livre ma puissance,
Et vous pouvez aimer au gr de vos dsirs ;
Je vais, par les plus doux plaisirs,
Vous consoler de son absence.
Rgnez aimables jeux ; rgnez dans ces forts ;
Qu mes vux empresss votre zle rponde ;
Et vous, tendres Amours, faites voler ces traits,
Do dpend le bonheur du monde.
On danse.
Les Amours enchanent avec des fleurs, les habitants des bois, et les nymphes de
Diane.
L'AMOUR
Plaisirs doux vainqueurs,
qui tout rend les armes,
Enchainez les curs ;
Plaisirs doux vainqueurs,
Rassemblez tous vos charmes ;
Enchantez tous les curs.
Prtez-moi vos appas ;
Rgnez, ne cessez pas
De voler sur mes pas.
Plaisirs, doux vainqueurs, etc.
C'est aux ris, c'est aux jeux
D'embellir mon empire,
Qu'aussitt qu'on soupire,
L'on y soit heureux.
Plaisirs, doux vainqueurs, etc.
On danse.
PHILIDOR CMBV
L'AMOUR
l'Amour rendez les armes ;
Donnez-lui tous vos moments.
CHUR
l'Amour rendons les armes ;
Donnons-lui tous vos moments.
L'AMOUR
Chrissez jusqu' mes larmes ;
Mes alarmes
Ont des charmes ;
Tout est doux pour les amants.
LE CHUR
Chrissons, etc.
On danse.
L'AMOUR
La tranquille indiffrence
N'a que d'ennuyeux plaisirs.
LE CHUR
La tranquille, etc.
L'AMOUR
Mais, quels biens l'Amour dispense
Pour prix des premiers soupirs !
Il fait natre lesprance,
Aussitt que les dsirs.
LE CHUR
Mais quels biens, etc.
On danse.
L'AMOUR
Par de nouveaux plaisirs, couronnons ce grand jour
Au temple de l'hymen ; il faut que je vous guide ;
Qu' cette heureuse fte avec lui je prside ;
Que son flambeau s'allume aux flammes de l'Amour.
FIN DU PROLOGUE.
HIPPOLYTE ET ARICIE,
TRAGDIE.
ACTE PREMIER
Le thtre reprsente un temple consacr Diane : on y voit un autel.
Scne premire
ARICIE
Temple sacr, sjour tranquille,
PHILIDOR CMBV
O Diane aujourdhui doit recevoir mes vux,
mon cur agit, daigne servir d'asile
Contre un amour trop malheureux.
Et toi, dont malgr-moi, je rappelle l'image,
Cher prince, si mes vux ne te sont pas offerts,
Du moins, j'en apporte l'hommage
la Desse que tu sers.
Temple sacr, sjour tranquille,
O Diane aujourdhui doit recevoir mes vux ;
mon cur agit, daigne servir d'asile,
Contre un amour trop malheureux.
Scne II
Hippolyte, Aricie.
HIPPOLYTE
Princesse, quels apprts me frappent dans ce temple ?
Vous allez pour jamais disparatre nos yeux !
ARICIE
Diane prside en ces lieux ;
Lui consacrer mes jours, c'est suivre votre exemple.
HIPPOLYTE
Non, vous les immolez ces jours si prcieux ;
D'un projet si fatal tout m'annonce la cause ;
On ne vous laisse pas la libert du choix ;
Et vous allez subir les tyranniques lois
Que l'injustice vous impose.
ARICIE
Ah ! Prince, oubliez-vous que l'auteur de vos jours
Est l'auteur de mon esclavage ?
Il rgla mon destin, en quittant ce rivage.
HIPPOLYTE
Je n'ose contre lui vous offrir mon secours ;
Mais, lorsque de mon roi vos malheurs sont l'ouvrage,
Si je n'en puis finir le dplorable cours,
Permettez que je les partage.
ARICIE
Quoi ? Le fils de Thse oserait partager
Les malheurs d'une Pallantide !
HIPPOLYTE
Ah ! Plus d'un sang si cher mon pre fut avide,
Et plus je dois le protger.
Je prendrais sa haine pour guide !
Dans un pre irrit, confondez-vous son fils ?
Et comptez-vous mon cur entre vos ennemis ?
ARICIE
Qu'entends-je ? Quel dieu favorable
Pour la triste Aricie adoucit votre cur ?
PHILIDOR CMBV
HIPPOLYTE
Hlas ! On n'a que trop exerc de rigueur
Contre l'objet le plus aimable.
Je ne suis point l'objet de votre inimiti !
HIPPOLYTE
Je pourrais vous har ! Quelle injustice extrme !
Je sens pour vous une piti
Aussi tendre que l'amour mme.
ARICIE
combien les curs gnreux
Sont propices aux malheureux !
Mais, vos bonts sur moi prennent trop de puissance ;
Je crains, prince, je crains que la reconnaissance
Ne porte enfin mon cur plus loin que je ne veux.
HIPPOLYTE
Un cur reconnaissant peut-il tre trop tendre ?
ARICIE
Ciel !
HIPPOLYTE
Vous voyez mon embarras ;
Je n'en ai que trop dit ; je ne m'en repens pas,
Si vous avez daign m'entendre :
Vous ne rpondez rien ! Vous serais-je odieux ?
ARICIE
Jugez-en par les pleurs qui coulent de mes yeux :
Ce temple est entour d'une troupe cruelle,
Et Phdre sur mon sort a des droits absolus ;
Que sert de nous aimer ? Nous ne nous verrons plus.
HIPPOLYTE
Quel tourment ! Diane, quitable immortelle,
Voudrais-tu nous punir d'une flamme si belle ?
ENSEMBLE
Tu rgnes sur nos curs, comme dans nos forts ;
Pour combattre l'Amour, tu nous prtes des armes ;
Mais, quand la vertu mme en vient lancer les traits,
Qui peut rsister ses charmes ?
Scne III
Hippolyte, Aricie, la Grande Prtresse de Diane ; troupe de Prtresses de Diane.
CHUR
Dans ce paisible sjour,
Rgne l'aimable innocence :
Les traits que lance l'Amour
PHILIDOR CMBV
Sur nous, nont point de puissance ;
Nous jouissons jamais
Des doux charmes de la paix.
On danse.
LA GRANDE PRTRESSE
Dieu d'Amour, pour nos asiles,
Tes tourments ne sont pas faits.
Tous les curs y sont tranquilles,
Tes efforts sont inutiles ;
Non, non, jamais
Tu n'en peux troubler la paix.
Tes alarmes
Ont des charmes
Pour qui manque de raison,
Mais, nos mes,
De tes flammes
Reconnaissent le poison :
Va, fuis ; perds lesprance :
Va, fuis loin de nos curs :
Contre notre indiffrence
Tu n'as point de traits vainqueurs.
On danse.
LA GRANDE PRTRESSE
Rendons un ternel hommage
la divinit qui rgne sur nos curs ;
Mais, pour mriter ses faveurs,
N'offrons sur ses autels que des curs sans partage.
CHUR
Rendons, etc.
Scne IV
Phdre, none, Gardes ; et les acteurs de la scne prcdente.
PHDRE, Aricie
Princesse, ce grand jour par des nuds ternels
Va vous unir aux immortels.
ARICIE
Moi ?
PHDRE
Poursuivez.
ARICIE
Je crains que le ciel ne condamne
L'hommage que j'apporte aux pieds des saints autels.
Quel cur viens-je offrir Diane !
PHDRE
Quel discours !
PHILIDOR CMBV
ARICIE
Sans remords, comment puis-je en ces lieux
Offrir un cur que l'on opprime ?
CHUR de PRTRESSES
Non, non, un cur forc n'est pas digne des dieux ;
Le sacrifice en est un crime.
PHDRE
Quoi ? L'on ose braver le suprme pouvoir !
CHUR
Obissez aux dieux ; c'est le premier devoir.
PHDRE, Hippolyte
Prince, vous souffrez qu'on outrage,
Et votre pre et votre roi !
Jexcute en ces lieux sa souveraine loi.
HIPPOLYTE, Phdre
Vous savez quel respect Diane m'engage ;
Ds mes plus tendres ans je lui donnais ma foi.
PHDRE
Dieu ! Thse en son fils trouve un sujet rebelle !
HIPPOLYTE
Je sais tout ce que je lui dois ;
Mais, ne puis-je pour lui faire clater mon zle ;
Qu'en outrageant une immortelle ?
PHDRE
Laissez des dtours superflus ;
La vertu quelquefois sert de prtexte au crime.
HIPPOLYTE
Quel crime ?
PHDRE
Je ne sais qui vous touche le plus,
De l'autel, ou de la victime.
HIPPOLYTE
Du moins, par d'injustes rigueurs,
Je ne sais point forcer les curs.
PHDRE
Je vous entends ; eh bien, que la trompette sonne ;
Que le signal affreux se donne ;
Et le temple et l'autel vont tomber ma voix.
Tremblez ; j'ai su prvoir la dsobissance ;
Prisse la vaine puissance,
PHILIDOR CMBV
Qui s'lve contre les rois :
Tremblez ; redoutez ma vengeance,
Et le temple et l'autel vont tomber ma voix ;
Tremblez, j'ai su prvoir la dsobissance ;
Prisse la vaine puissance,
Qui s'lve contre les rois.
Bruit de trompettes.
CHUR
Dieux vengeurs, lancez le tonnerre :
Prissent les mortels qui vous livrent la guerre.
Bruit de tonnerre.
Diane, descend dans une gloire.
LA GRANDE PRTRESSE
Nos cris sont monts jusqu'aux cieux ;
La desse descend ; tremblez audacieux.
Scne VI
Diane ; et les acteurs de la scne prcdente.
DIANE, ses prtresses
Ne vous alarmez plus d'un projet tmraire,
Tranquilles curs, qui vivez sous ma loi ;
Vous voyez Jupiter se dclarer mon pre ;
Sa foudre vole devant moi.
Phdre
Toi, tremble, reine sacrilge ;
Penses-tu m'honorer par d'injustes rigueurs ?
Apprends que Diane protge
La libert des curs.
Aricie
Et toi, triste victime, me suivre fidle,
Fais toujours expirer les monstres sous tes traits ;
On peut servir Diane avec le mme zle,
Dans son temple et dans les forts.
HIPPOLYTE et ARICIE
Desse, pardonnez....
DIANE
Votre vertu m'est chre ;
Et c'est au crime seul que je dois ma colre.
Diane entre dans son temple avec ses Prtresses, et Hippolyte emmne Aricie.
Scne VII
Phdre, none.
PHDRE
Quoi ! La terre et le ciel contre moi sont arms !
Ma rivale me brave ! Elle suit Hippolyte !
Ah ! Plus je vois leurs curs l'un pour l'autre enflamms,
Plus mon jaloux transport s'irrite.
PHILIDOR CMBV
Que rien n'arrte ma fureur ;
Immolons la fois l'amant et la rivale :
Haine, dpit, rage infernale ;
Je vous abandonne mon cur :
none
Viens, dans mon dsespoir, je puis tout entreprendre.
Scne VIII
Arcas ; et les acteurs de la scne prcdente.
ARCAS
malheur ! funeste sort !
NONE
Arcas, que viens-tu nous apprendre ?
ARCAS
Ah ! J'en frmis encore ; le roi vient de descendre
Dans l'affreux sjour de la mort.
PHDRE
dieux !
NONE
Arcas, qu'oses-tu dire ?
ARCAS
Ce qui vient de frapper mes yeux.
Pour suivre un tendre ami dans l'infernal empire,
Il quitte pour jamais la lumire des cieux.
none, Arcas
C'en est assez.
Scne IX
Phdre, none.
NONE
Mes yeux commencent d'entrevoir
Que vous pouvez brler d'une ardeur lgitime.
PHDRE
Quand mon amour serait sans crime,
En serait-il moins sans espoir ?
Et comment me flatter ? Non, il n'est pas possible...
NONE
Vos yeux n'attaquent plus un cur
Au tendre amour inaccessible ;
Un autre la rendu sensible ;
Vous pourrez l'arracher son premier vainqueur.
PHDRE
Par cet espoir flatteur, tu prolonges mes jours ;
Mais, si l'clat du rang suprme
PHILIDOR CMBV
Ne peut rien sur l'ingrat que j'aime,
La mort est mon dernier recours.
FIN DU PREMIER ACTE.
ACTE SECOND
Le thtre reprsente l'entre des enfers.
Scne premire
Thse, Tisiphone.
THSE
Laisse-moi respirer, implacable furie.
TISIPHONE
Non, dans lempire tnbreux,
C'est en vain qu'on gmit ; c'est en vain que l'on crie ;
Et les plaintes des malheureux
Irritent notre barbarie.
THSE
Dieux ! N'est-ce pas assez des maux que j'ai soufferts ?
J'ai vu Pirithoos dchir par Cerbre ;
J'ai vu ce monstre affreux trancher des jours si chers,
Sans daigner dans mon sang assouvir sa colre ;
J'attendais la mort sans effroi ;
Et la mort fuyait loin de moi.
Le fond du thtre s'ouvre : on y voit Pluton, sur son trne ; les trois Parques sont
ses pieds.
TISIPHONE
Viens ; tu vas voir des enfers le redoutable matre ;
Tremble : devant son trne, il est temps de paratre.
Scne II
Pluton, Thse, Tisiphone ; les trois Parques ; troupe de Divinits infernales.
THSE
Inexorable roi de lempire infernal,
Digne frre, et digne rival
Du dieu qui lance le tonnerre,
Est-ce donc pour venger tant de monstres divers,
Dont ce bras a purg la terre,
Que lon me livre en proie aux monstres des enfers ?
PLUTON
Si tes exploits sont grands, vois quelle en est la gloire ;
Ton nom sur le trpas remporte la victoire ;
Comme nous il est immortel ;
Mais, d'une gale main, puisqu'il faut qu'on dispense
Et la peine et la rcompense,
N'attends plus de Pluton qu'un tourment ternel.
D'un trop coupable ami, trop fidle complice,
PHILIDOR CMBV
Tu dois partager son supplice.
THSE
Je consens le partager ;
L'amiti qui nous joint m'en fait un bien suprme
Non, de Pirithoos tu ne peux te venger
Sans me punir moi-mme.
Sous les drapeaux de Mars unis par la valeur,
Je l'ai vu sur mes pas voler la victoire ;
Je dois partager son malheur,
Comme il a partag mes prils et ma gloire.
PLUTON
Mais cette gloire enfin, fallait-il la ternir ?
Parle, le crime mme a-t-il d vous unir ?
THSE
Le pril d'un ami si tendre
Aux enfers avec lui m'a contraint descendre,
Est-ce l le forfait que tu prtends punir ?
Pour prix d'un projet tmraire,
Ton malheureux rival prouve ta colre ;
Mais trop fatal vengeur, de quoi me punis-tu ?
Ah ! Si son amour est un crime,
L'amiti qui pour lui m'anime,
N'est-elle pas une vertu ?
PLUTON
Eh bien ; je remets ma victime
Aux juges souverains de l'empire des morts ;
Va, sors, en attendant un arrt lgitime,
Je t'abandonne tes remords.
Thse sort, suivi de Tisiphone.
Scne III
Pluton, les trois Parques, troupe de Divinits infernales.
PLUTON, descendu de son trne.
Qu servir mon courroux tout l'enfer se prpare.
Que l'Averne, que le Tnare,
Le Cocyte, le Phlgton,
Par ce qu'ils ont de plus barbare,
Vengent Proserpine et Pluton.
CHUR
Que l'Averne, etc.
On danse.
CHUR
Pluton commande ;
Vengeons notre roi.
Pluton commande ;
Suivons sa loi.
PHILIDOR CMBV
Qu'ici l'on rpande
Le trouble et l'effroi.
Ne tardons pas ; les moments sont trop chers ;
Que cent gouffres ouverts
Aux regards soient offerts ;
Dans les enfers
Que tout tremble ;
Qu'on y rassemble
Les feux et les fers.
On danse.
Scne IV
Thse, Tisiphone ; et les acteurs de la scne prcdente.
THSE
Dieux ! Que dinfortuns gmissent dans ces lieux !
Un seul se drobe mes yeux ;
Par mes cris redoubls vainement je lappelle ;
Mes cris ne sont point entendus ;
Ah ! Montrez-moi Pirithoos !
Craignez-vous qu laspect dun ami si fidle,
Ses tourments ne soient suspendus ?
Trane-moi jusqu lui, trop barbare Eumnide ;
Viens ; je prends ton flambeau pour guide.
UNE PARQUE
La mort, la seule mort a droit de vous unir.
THSE
Mort propice, mort favorable,
Pour me rendre moins misrable,
Commence donc me punir.
LES PARQUES
Du destin le vouloir suprme
A mis entre nos mains la trame de tes jours ;
Mais le fatal ciseau nen peut trancher le cours,
Quau redoutable instant quil a marqu lui-mme.
THSE
Ah ! Quon daigne du moins, en mouvrant les enfers
Rendre un vengeur lunivers.
Puisque Pluton est inflexible,
Dieu des mers, cest toi quil me faut recourir ;
Que ton fils dans son pre prouve un cur sensible ;
Trois fois dans mes malheurs tu dois me secourir ;
Le fleuve aux dieux mmes terrible,
Et quils nosent jamais attester vainement,
Le Styx a reu ton serment.
Au premier de mes vux tu viens dtre fidle ;
Tu mas ouvert laffreux sjour,
O rgne une nuit ternelle ;
Grand dieu, daigne me rendre au jour.
PHILIDOR CMBV
CHUR.
Non, Neptune aurait beau tentendre,
Les enfers malgr lui, sauraient te retenir.
On peut aisment y descendre ;
Mais on ne peut en revenir.
Scne V
Mercure ; et les acteurs de la scne prcdente.
MERCURE, Pluton
Mercure vous demande grce
Pour un fils trop audacieux.
PLUTON
N'a-t-il pas partag son crime et son audace,
En ouvrant sous ses pas la route de ces lieux ;
Non, non ; je dois punir un mortel qui m'offense.
MERCURE
Jupiter tient les cieux sous son obissance,
Neptune rgne sur les mers ;
Pluton peut son gr signaler sa vengeance
Dans le noir sjour des enfers ;
Mais le bonheur de l'univers
Dpend de votre intelligence.
PLUTON
Cen est fait ; je me rends ; sur mon juste courroux,
Le bien de l'univers l'emporte.
De l'infernale rive, que ce coupable sorte ;
Peut-tre son destin nen sera pas plus doux,
Vous, qui de l'avenir percez la nuit profonde,
Qui tenez dans vos mains et la vie et la mort,
Vous qui rglez le sort du monde,
Parques, annoncez-lui son sort.
LES TROIS PARQUES
Quelle soudaine horreur ton destin nous inspire !
O cours-tu, malheureux ? Tremble ; frmis d'effroi.
Tu sors de l'infernal empire,
Pour trouver les enfers chez toi.
Pluton, et toute sa Cour se retirent.
Scne VI
Thse, Mercure.
THSE
Je trouverais encore ces enfers que je quitte !
Ah ! Tout cde lhorreur dont je me sens glac.
Dieux, dtournez les maux qu'on vient de m'annoncer ;
Et surtout, prenez soin de Phdre, et d'Hippolyte.
FIN DU SECOND ACTE.
PHILIDOR CMBV
ACTE TROISIME.
Le thtre reprsente une partie du palais de Thse, sur le rivage de la mer.
Scne premire
PHDRE
Cruelle mre des amours,
Ta vengeance a perdu ma trop coupable race ;
N'en suspendras-tu point le cours ?
Ah ! Du moins, tes yeux, que Phdre trouve grce.
Je ne te reproche, plus rien,
Si tu rends mes vux Hippolyte sensible ;
Mes feux me font horreur ; mais mon crime est le tien ;
Tu dois cesser dtre inflexible.
Cruelle mre des Amours, etc.
Scne II
Phdre et none.
PHDRE
Eh bien ? Viendra-t-il en ces lieux,
Ce fatal ennemi que, malgr-moi, j'adore ?
NONE
Hippolyte bientt va paratre vos yeux.
PHDRE
Je tremble, quel aveu l'ardeur qui me dvore,
Au mpris de ma gloire, enfin va me forcer ?
Scne III
Phdre, Hippolyte.
HIPPOLYTE
Reine, sans l'ordre exprs, qui dans ces lieux m'appelle,
Quand le ciel vous ravit un poux glorieux,
Je respecterais trop votre douleur mortelle,
Pour vous montrer encore un objet odieux.
PHDRE
Vous, l'objet de ma haine, ciel ! Quelle injustice !
J'ai su d'une ennemie affecter la rigueur ;
Mais enfin, il temps que je vous claircisse ;
Hlas ! Si vous croyez que Phdre vous hait,
Que vous connaissez mal son cur !
HIPPOLYTE.
Qu'entends-je ? mes dsirs Phdre n'est plus contraire !
Ah ! Les plus tendres soins de votre auguste poux
Dans mon cur dsormais vont revivre pour vous.
PHILIDOR CMBV
PHDRE
Quoi ? Prince...
HIPPOLYTE
votre fils je tiendrai lieu de pre ;
J'affermirai son trne, et j'en donne ma foi.
PHDRE
Vous pourriez jusque-l vous attendrir pour moi !
C'en est trop ; et le trne, et le fils, et la mre,
Je range tout sous votre loi.
HIPPOLYTE
Non ; dans l'art de rgner je l'instruirai moi-mme ;
Je ne compte pour rien l'clat de la grandeur.
Aricie est tout ce que j'aime ;
Et si je veux rgner, ce n'est que dans son cur.
PHDRE
Hippolyte
Que dites-vous ?
part
Ciel ! Quelle tait mon erreur !
Hippolyte
Malgr mon trne offert, vous aimez Aricie !
HIPPOLYTE
Quoi ! Votre haine encore n'est donc pas adoucie ?
PHDRE
Tremblez ; craignez pour elle un courroux clatant.
Je ne la hais jamais tant.
ENSEMBLE
HIPPOLYTE
Gardez-vous de rien entreprendre.
Contre un sang que je dois dfendre.
PHDRE
Ma fureur va tout entreprendre.
Contre un sang que je dois rpandre.
HIPPOLYTE
Mais, pour l'objet de mon amour,
Qui peut vous inspirer cette haine fatale ?
PHDRE
Elle a trop su te plaire ; elle en perdra le jour ;
Puis-je avec trop d'ardeur immoler ma rivale ?
HIPPOLYTE
Votre rivale ! Je frmis ;
Thse est votre poux, et vous aimez son fils !
PHILIDOR CMBV
Ah ! Je me sens glac d'une horreur sans gale.
Terribles ennemis des perfides humains,
Dieux, si prompts autrefois les rduire en poudre,
Qu'attendez-vous ? Lancez la foudre.
Qui la retient entre vos mains ?
PHDRE
Ah ! Cesse par tes vux d'allumer le tonnerre.
clate ; veille-toi ; sors d'un honteux repos ;
Rends-toi digne fils d'un hros,
Qui de monstres sans nombre a dlivr la terre,
Il n'en est chapp qu'un seul sa fureur ;
Frappe ; ce monstre est dans mon cur.
HIPPOLYTE
Grands dieux !
PHDRE
Tu balances encore !
touffe dans mon sang un amour que j'abhorre.
Je ne puis obtenir ce funeste secours !
Cruel ! Quelle rigueur extrme !
Tu me hais, autant que je t'aime ;
Mais pour trancher mes tristes jours ;
Je n'ai besoin que de moi-mme.
Elle prend l'pe d'Hippolyte
Donne
HIPPOLYTE
En lui arrachant l'pe
Que faites-vous ?
PHDRE
Tu m'arraches ce fer.
Thse parat
Scne IV
Thse ; et les acteurs de la scne prcdente.
THSE
Que vois-je ? Quel affreux spectacle !
HIPPOLYTE
Mon pre !
PHDRE
Mon poux !
THSE
trop fatal oracle !
Je trouve les malheurs que ma prdits l'enfer.
Phdre
Reine, dvoilez-moi ce funeste mystre.
PHILIDOR CMBV
PHDRE, Thse
N'approchez plus de moi ; l'Amour est outrag ;
Que l'Amour soit veng.
Scne V
Thse, Hippolyte, none.
THSE, Hippolyte
Sur qui doit tomber ma colre ?
Parlez, mon fils, parlez ; nommez le criminel !
HIPPOLYTE, part
Seigneur... dieux, que vais je lui dire ?
Thse
Permettez que je me retire ;
Ou plutt, que j'obtienne un exil ternel.
Hippolyte sort.
Scne VI
Thse, none.
THSE, part
Quoi ? Tout me fuit ! Tout m'abandonne !
none
Mon pouse ! Mon fils ! Ciel ! Demeurez none ;
C'est vous seule m'clairer
Sur la trahison la plus noire.
NONE, part
Ah ! Sauvons de la reine et les jours et la gloire.
Thse
Un dsespoir affreux... pouvez-vous l'ignorer ?
Vous n'en avez t qu'un tmoin trop fidle.
Je n'ose accuser votre fils ;
Mais, la reine... Seigneur, ce fer arm contre elle,
Ne vous en a que trop appris.
THSE
Dieux ! Achve.
NONE
Un amour funeste...
THSE
C'en est assez ; pargnez-moi le reste.
Bruit dinstruments.
De mon heureux retour, dieu des vastes mers
Mes peuples viennent rendre grce,
Et je voudrais encore tre dans les enfers :
Cachons-leur avec soin les crimes de ma race,
Et sous un front serein dguisons nos revers.
PHILIDOR CMBV
Scne VII
Thse, troupe de Peuples et de Matelots.
CHUR
Que ce rivage retentisse
De la gloire du dieu des flots :
Qu' ses bienfaits tout applaudisse ;
Il rend l'univers le plus grand des hros.
Que ce rivage retentisse
De la gloire du dieu des flots.
On danse.
UNE MATELOTTE
L'Amour, comme Neptune,
Invite sembarquer ;
Pour tenter la fortune,
On ose tout risquer.
Malgr tant de naufrages,
Tous les curs sont matelots ;
On quitte le repos ;
On vole sur les flots ;
On affronte les orages ;
L'Amour ne dort
Que dans le port.
On danse.
THSE
Pour lauteur de mes jours, jaime voir votre zle ;
Que Neptune jamais sur un peuple fidle
Rpande tous les biens quil daigne maccorder :
Mais, allez ; en secret il faut que je limplore ;
Le sort qui me poursuit fait quil me reste encore
Dautres biens lui demander.
Scne VIII
NEPTUNE
Quels biens ! Je frmis quand jy pense :
Si cen est un que la vengeance,
Quil en va coter mon cur !
punir un ingrat, do vient que je balance ?
Quoi ? Ce sang, quil trahit, me parle en sa faveur !
Non, non, dans un fils si coupable,
Je ne vois quun monstre effroyable :
Quil ne trouve en moi quun vengeur.
Puissant matre des flots, favorable Neptune,
Entends ma gmissante voix ;
Permets que ton fils timportune,
Pour la dernire fois.
Hippolyte ma fait le plus sanglant outrage ;
Remplis le serment qui tengage ;
Prviens par son trpas un dsespoir affreux ;
Ah ! Si tu refusais de venger mon injure,
PHILIDOR CMBV
Je serais parricide, et tu serais parjure,
Nous serions criminels tous deux.
La mer s'agite.
Mais, de courroux l'onde s'agite.
Tremble ; tu vas prir, trop coupable Hippolyte.
Le sang a beau crier, je nentends plus sa voix :
Tout s'apprte punir une offense mortelle ;
Neptune me sera fidle,
C'est aux dieux venger les rois.
FIN DU TROISIME ACTE.
ACTE QUATRIME.
Le thtre reprsente un bois consacr Diane : on aperoit un char attel.
Scne premire
HIPPOLYTE
Ah ! Faut-il en un jour, perdre tout ce que j'aime !
Mon pre pour jamais me bannit de ces lieux,
Si chris de Diane mme ;
Je ne verrai plus les beaux yeux,
Qui faisaient mon bonheur suprme ;
Ah ! Faut-il en un jour ; perdre tout ce que j'aime !
Et les maux que je crains, et les biens que je perds,
Tout accable mon cur d'une douleur extrme ;
Sous le nuage affreux dont mes jours sont couverts ;
Que deviendra ma gloire aux yeux de l'univers ?
Ah ! Faut-il en un jour ; perdre tout ce que j'aime !
Scne II
Hippolyte, et Aricie.
ARIANE
Cen est donc fait, cruel, rien n'arrte vos pas ;
Vous dsesprez votre amante.
HIPPOLYTE
Hlas ! Plus je vous vois, plus ma douleur augmente,
Pourquoi m'offrir encore de si charmants appas ?
ARICIE.
Ah ! Mon infortune est extrme ;
Je fais tous vos malheurs.
HIPPOLYTE
Non ; ne le croyez pas :
Cet exil, plus affreux pour moi que le trpas,
Je l'avais demand moi-mme.
ARICIE
Votre exil me donne la mort,
Et c'est vous seul, ingrat, qu'il faut que j'en accuse,
PHILIDOR CMBV
Quel soupon ! Dieux puissants, faites que je m'abuse !
HIPPOLYTE
Sans accuser mon cur, plaignez mon triste sort.
ARICIE
Quoi ? L'inimiti de la reine
Vous fait-elle quitter l'objet de votre amour ?
HIPPOLYTE
Non, je ne fuirais pas de ce charmant sjour,
Si je n'y craignais que sa haine.
ARICIE
Que dites-vous ?
HIPPOLYTE
Gardez d'oser porter les yeux
Dans le plus horrible mystre.
Le respect me force me taire ;
J'offenserais le roi, Diane et tous les dieux.
ARICIE
Ah ! C'est m'en dire assez crime !
Mon cur en est saisi d'pouvante et d'horreur :
Cependant vous partez, et de Phdre en fureur
Je vais devenir la victime.
HIPPOLYTE
Dieux ! Que vous m'alarmez !
ARICIE
Quoi ? Vous tremblez pour moi !
Croyez-vous que la mort m'inspire plus d'effroi
Que le supplice affreux o l'absence me livre ?
Eh ! Qu'ai-je craindre encore quand je perds mon amant ?
Je touche mon dernier moment.
Non ; sans vous, je ne saurais vivre.
HIPPOLYTE
Hlas !... si vous daigniez me suivre...
ARICIE
Moi, vous suivre ! Que dites-vous ?
ciel !
HIPPOLYTE
Non, non ; cessez de croire
Que je puisse oublier le soin de votre gloire ;
En suivant votre amant vous suivrez votre poux.
Venez : quel silence funeste !
ARICIE.
Ah ! Prince, croyez en l'Amour que j'en atteste :
Je ferais mon suprme bien
PHILIDOR CMBV
D'unir votre sort et le mien ;
Mais, croyez-vous que Diane y consente ?
HIPPOLYTE
Peut-elle condamner une flamme innocente ?
ENSEMBLE
Nous allons nous jurer une immortelle foi :
Viens, reine des forts ; viens former notre chane ;
Que l'encens de nos vux s'lve jusqu' toi,
Sois toujours de nos curs l'unique souveraine.
HIPPOLYTE
Si je puis vos jours unir tous mes moments,
J'oublierai tous les maux o le ciel me condamne ;
Bruit de cors.
Le sort conduit vers nous les sujets de Diane ;
Qu'ils soient tmoins de nos serments ;
Mais respectons des jeux si chers la Desse ;
En les troublant, craignons de l'irriter.
ARICIE
Nous ne pouvons trop mriter
Que pour nous elle s'intresse.
Scne III
Hippolyte, Aricie, troupe de Chasseurs et de Chasseresses.
CHUR
Faisons partout voler nos traits.
Animons-nous la victoire ;
Que les antres les plus secrets
Retentissent de notre gloire.
On danse.
UN CHASSEUR
Amants, quelle est votre faiblesse ?
Voyez l'Amour, sans vous alarmer ;
Ces mmes traits dont il vous blesse
Contre nos curs n'osent plus s'armer.
Malgr ses charmes
Les plus doux,
Bravez ses armes.
Faites comme nous ;
Osez sans alarmes,
Attendre ses coups ;
Si vous combattez, la victoire est vous,
Amants ; quelle est votre faiblesse ?
Voyez l'Amour, sans vous alarmer ;
Ces mmes traits dont il vous blesse,
Contre nos curs n'osent plus s'armer.
Vous vous plaignez qu'il a des rigueurs,
Et vous aimez tous les traits qu'il vous lance !
PHILIDOR CMBV
C'est vous qui les rendez vainqueurs ;
Pourquoi sans dfense
Livrer vos curs ?
Amants, quelle est votre faiblesse, etc.
On danse.
UNE CHASSERESSE
la chasse, la chasse ;
Armez-vous.
UN CHASSEUR
Armons-nous.
CHUR
Courons-tous la chasse ;
Armons-nous.
UNE CHASSERESSE
Dieu des curs, cdez la place ;
Non, non, ne rgnez jamais.
Que Diane prside ;
Que Diane nous guide ;
Dans le fond des forts,
Sous ses lois nous vivons en paix.
la chasse, la chasse, etc.
UNE CHASSERESSE
Nos asiles
Sont tranquilles,
Non, non, rien n'a plus d'attraits.
Les plaisirs sont parfaits ;
Aucun soin n'embarrasse ;
On y rit des Amours ;
On y passe les plus beaux jours.
la chasse, etc.
On danse.
La mer s'agite ; on en voit sortir un Monstre horrible.
CHUR
Quel bruit ! Quels vents ! Quelle montagne humide !
Quel monstre elle enfante nos yeux !
Diane, accourez ; volez du haut des cieux.
Hippolyte s'avance vers le Monstre.
Venez, qu' son dfaut je vous serve de guide.
ARICIE.
Arrte, Hippolyte ; o cours-tu ?
Que va-t-il devenir ? Je frmis ; je frissonne ;
Est-ce ainsi que le ciel protge la vertu ?
Diane mme labandonne.
Le Monstre bless par Hippolyte, le couvre de feu et de fume ; tout se dissipe enfin,
et lon ne voit plus que le char bris.
PHILIDOR CMBV
CHUR
Dieux ! Quelle flamme l'environne !
ARICIE
Quels nuages pais ! Tout se dissipe ; hlas !
Hippolyte ne parat pas.
Je meurs.
Aricie tombe vanouie.
CHUR
disgrce cruelle !
Hippolyte n'est plus.
Scne IV
Phdre, troupe de Chasseurs et de Chasseresses.
PHDRE
Quelle plainte en ces lieux m'appelle.
CHUR
disgrce cruelle !
Hippolyte n'est plus.
PHDRE
Il n'est plus ! douleur mortelle !
CHUR
regrets superflus !
PHDRE
Quel sort l'a fait tomber dans la nuit ternelle !
CHUR
Un Monstre furieux sorti du sein des flots,
Vient de nous ravir ce hros.
PHDRE
Non, sa mort est mon seul ouvrage ;
Dans les enfers, c'est par moi qu'il descend ;
Neptune de Thse a cru venger l'outrage ;
J'ai vers le sang innocent.
Qu'ai-je fait ? Quels remords, ciel ! J'entends le tonnerre.
Quel bruit ! Quels terribles clats !
Fuyons ; o me cacher ? Je sens trembler la terre ;
Les enfers s'ouvrent sous mes pas.
Tous les dieux conjurs, pour me livrer la guerre ;
Arment leurs redoutables bras.
Dieux cruels, vengeurs implacables,
Suspendez un courroux qui me glace d'effroi ;
Ah ! Si vous tes quitables,
Ne tonnez pas encore sur moi ;
La gloire d'un hros que l'imposture opprime
Vous demande un juste secours ;
PHILIDOR CMBV
Laissez-moi, rvler l'auteur de ses jours,
Et son innocence et mon crime.
CHUR
remords superflus !
Hippolyte n'est plus.
FIN DU QUATRIME ACTE.
ACTE CINQUIME.
Le thtre ne change qu la troisime scne.
Scne premire
THSE
Grands dieux ! De quels remords je me sens dchir !
Que dhorreurs la fois ! Jai vu Phdre expirer.
Quel mystre odieux, quel amour dtestable,
Linhumaine en mourant vient de me dclarer !
Mon fils douleur qui maccable ;
Il tait innocent ! Dieux ! Que je suis coupable !
Rentrons dans les enfers : qui peut me retenir,
Dun monstre tel que moi dlivrons la nature.
De la plus horrible imposture,
Les perfides auteurs viennent de se punir.
Mes parricides vux ont consomm le crime ;
Et je dois mon fils sa dernire victime.
Dieu des mers, aux mortels cache-moi pour jamais.
Il veut se prcipiter dans les flots.
Scne II
Neptune, Thse.
Neptune sort du sein des mers.
NEPTUNE
Arrte.
THSE
Pour un fils quelle piti vous presse ?
Laissez-moi prvenir la foudre vengeresse,
Aprs le plus noir des forfaits.
Ouvrez-moi pour tombeau vos demeures profondes ;
Que la mort que je cherche au milieu de vos ondes,
Soit le dernier de vos bienfaits.
NEPTUNE
Ton bras lunivers est encore ncessaire.
THSE
Quoi ? Ne puis-je attendrir un pre ?
Que je venge mon fils !
NEPTUNE
Va ; ton fils nest pas mort.
PHILIDOR CMBV
THSE
Il nest pas mort ! Quels dieux auraient pris sa dfense ?
NEPTUNE
Diane a pris soin de son sort.
Je servais malgr moi ton aveugle transport,
Quand le destin, dont la puissance
Fait trembler les enfers et la terre, et les cieux,
A daign maffranchir dun serment odieux
Qui faisait prir linnocence.
THSE
mon fils, mon cher fils, je puis donc te revoir ?
NEPTUNE
Il faut perdre un si doux espoir.
Pour te punir dune injuste vengeance,
Le destin pour jamais tinterdit sa prsence.
THSE
Je ne te verrai plus ! juste chtiment !
Au lieu dun tendre embrassement,
Mon fils, reois les vux dun trop coupable pre :
Puisquon met entre nous un rempart ternel,
Puisses-tu dans le sein dune terre trangre,
Jouir de cette paix si charmante et si chre
Que tu nas pu trouver dans le sein paternel !
NEPTUNE
Douter de son bonheur, cest nous faire un outrage ;
Va ; laisse aux immortels achever leur ouvrage ;
Neptune rentre sous les flots, et Thse se retire.
Scne III
Le thtre change et reprsente un jardin dlicieux, qui forme les avenues de la fort
dAricie : on y voit Aricie, couche sur un lit de verdure.
ARICIE
O suis-je ? De mes sens j'ai recouvr l'usage ;
Dieux, ne me l'avez-vous rendu,
Que pour me retracer l'image
Du tendre amant que j'ai perdu ?
La clart se redouble.
Quels doux concerts ! Quel nouveau jour m'claire !
Non, non ; ces sons harmonieux,
Ce soleil qui brille mes yeux,
Sans Hippolyte, hlas ! Rien ne me saurait plaire.
Mes yeux, vous n'tes plus ouverts,
Que pour verser des larmes.
En vain d'aimables sons font retentir les airs ;
Je n'ai que des soupirs, pour rpondre aux concerts,
Dont ces lieux enchants viennent m'offrir les charmes.
PHILIDOR CMBV
Mes yeux, vous n'tes plus ouverts
Que pour verser des larmes.
Diane descend dans une gloire.
Scne IV
Diane, Aricie, troupe de Bergers et de Bergres.
CHUR
Descendez, brillante immortelle ;
Rgnez jamais dans nos bois.
ARICIE
Ciel ! Diane ! Malgr ma disgrce cruelle,
Signalons l'ardeur de mon zle
Pour la divinit qui me tient sous ses lois.
CHUR
Descendez.
ARICIE
Joignons-nous aux voix
De cette troupe si fidle.
Descendez, brillante immortelle.
CHUR
Rgnez jamais dans nos bois.
DIANE, aprs tre descendue.
Peuples toujours soumis mon obissance,
Que j'aime me voir parmi vous !
Je fais mes plaisirs les plus doux
De rgner sur des curs, o rgne l'innocence.
Pour dispenser mes lois dans cet heureux sjour,
J'ai fait choix d'un hros qui me chrit, que j'aime ;
Clbrez cet auguste jour ;
Que pour ce nouveau matre, ainsi que pour moi-mme,
Les plus beaux jeux soient prpars.
Aricie
Allez-en prendre soin. Vous, nymphe, demeurez.
Scne V
Diane, Aricie.
ARICIE
trop heureux bergers ! Que je leur porte envie !
DIANE
Qui te fait envier leur sort ?
ARICIE
Hippolyte perdu la vie
DIANE
Ne tafflige plus de sa mort.
Grace ma bont secourable,
PHILIDOR CMBV
Bientt tu nauras rien perdu.
ARICIE
Non ; un si tendre amant ne peut mtre rendu ;
La perte en est irrparable.
DIANE
Bientt un tendre poux va paratre tes yeux.
ARICIE
ciel ! pargnez-moi cet objet odieux.
DIANE
Tu vas sortir derreur. Troupe ma voix fidle ;
Doux zphyrs, volez en ces lieux ;
Il est temps d'apporter le dpt prcieux
Que j'ai commis votre zle.
Les Zphyrs amnent Hippolyte dans un char.
SCNE QUATRIME.
Diane, Hippolyte, Aricie.
HIPPOLYTE, au fond du thtre.
O suis-je transport ! Dieux ! Quel brillant sjour !
Hlas ! Je n'y vois point l'objet de mon amour.
ARICIE, sur le devant du thtre.
mort, viens me rejoindre mon cher Hippolyte.
DIANE, Aricie
Laisse chapper au moins un regard vers lpoux ;
Lamant nen sera point jaloux.
ARICIE
Non
DIANE
Faut-il que Diane en vain ten sollicite.
ARICIE
Non ; avec mon premier vainqueur,
Rien ne doit partager mon me ;
Et mes yeux seront sa flamme,
Aussi fidles que mon cur.
DIANE, Aricie
Il approche.
ARICIE
Fuyons.
HIPPOLYTE
part
Ciel ! Quels sons ?
PHILIDOR CMBV
Diane
Ah ! Desse,
Pardonnez l'Amour le transport qui me presse.
ARICIE
Dieux ! Qu'entends-je ?
ENSEMBLE
HIPPOLYTE et ARICIE
Est-ce vous que je vois ?
Que mon sort est digne d'envie !
Le moment qui vous rend moi,
Est le plus heureux de ma vie.
DIANE
Tendres amants, vos malheurs sont finis ;
Pour votre hymen tout se prpare ;
Ne craignez plus qu'on vous spare ;
C'est moi qui vous unis.
ARICIE
Quel heureux changement ! Quoi ? Cest Diane mme
Qui pour les tendres curs se dclare en ce jour !
DIANE
Du souverain des dieux je suis la loi suprme ;
En faveur de lhymen, je fais grce lAmour.
HIPPOLYTE
Vous munissez ce que jaime !
Diane
Desse, par quels vux mon cur peut-il jamais
Reconnatre tant de bienfaits ?
Bruit de musettes.
DIANE
Les habitants de ces retraites
Ont prpar pour vous les plus aimables jeux ;
Et dj leurs douces musettes
Annoncent le moment heureux ;
O vous allez rgner sur eux.
Scne VII
Diane, Hippolyte, troupe d'Habitants de la fort dAricie.
CHURS alternatifs.
Chantons sur la musette
Chantons.
Au son de la musette,
Dansons.
Que l'cho rpte
Nos tendres chansons.
Chantons, etc.
PHILIDOR CMBV
Croissez, naissante herbette ;
Paissez, bondissants moutons.
Chantons sur la musette, etc.
DIANE
Bergers, vous allez voir combien je suis fidle
tenir ce que je promets,
Le hros, qui sur vous va rgner dsormais
Sera le prix de votre zle.
Que tout soit heureux sous les lois
Du roi que Diane vous donne ;
Que tout applaudisse mon choix ;
C'est la vertu qui le couronne.
CHUR
Que tout soit heureux, etc.
On danse.
UNE BERGRE.
Rossignols amoureux, rpondez nos voix ;
Par la douceur de vos ramages,
Rendez les plus tendres hommages
la divinit qui rgne dans nos bois.
On danse.
HIPPOLYTE, Diane.
Desse, mon bonheur passe mon esprance,
Qu'avec l'auteur de ma naissance
J'aimerais le partager !
DIANE
Le destin dfend de l'instruire
Des lieux o j'ai su te conduire,
Et la loi du destin ne peut jamais changer.
Jai pris soin dtablir ta nouvelle puissance
Dans ces lieux fortuns, dont Saturne fit choix,
Pour ramener le monde son aimable enfance :
Cest
aux dieux donner des rois
Par qui de la vertu le sicle recommence.
CHUR
Que tout soit heureux, etc.
FIN DE LA TRAGDIE.
PHILIDOR CMBV