Essai Sur La Centralisation Et La Decentralisation - Reflexions A Partir de La Theorie de C. Eisenmann
Essai Sur La Centralisation Et La Decentralisation - Reflexions A Partir de La Theorie de C. Eisenmann
JURY:
Prsident
Monsieur Maurice BOURJOL, Professeur mrite de droit public, TOURS,
Suffragants
Monsieur Herbert MAISL, Professeur de droit public, NANTERRE,
Monsieur Serge REGOURD, Professeur de droit public, TOULOUSE,
Monsieur Bernard LEROUSSEAU, Professeur de droit public, TOURS,
Monsieur Michel HASTINGS, Professeur de Sciences Politiques, TOURS
Mademoiselle Bndicte DELAUNAY, Matre de confrences de droit
public, TOURS.
2
SOMMAIRE
Introduction, p. 4
Avertissement: Cette thse n'engage que son auteur, l'Universit F.RABELAIS de TOURS n'approuve, ni ne
dsapprouve son contenu.
4
Introduction
" Le local dans tous ses Etats "(1). La majuscule rappelant que le local est dans l'Etat, le
pluriel sonnant les ambitions du local; l'vidence l'ambigut de la formule incitait la
rflexion, d'autant que le lgislateur avait t saisi peu de temps auparavant d'un projet de loi
qui visait "une redistribution des pouvoirs entre l'Etat et les collectivits territoriales"(2).
Or, ainsi que le constate F.X. AUBRY, " depuis Ch. EISENMANN la thorie de la
"dcentralisation" n'a pas connu de nouveaux apports synthtiques "(6). Ceci ne manque pas de
surprendre, car si l'analyse de Ch. EISENMANN est cite dans toutes les bibliographies
consacres au sujet, peu d'crits s'en rclament ou s'y rfrent expressment.
2.Exposdes motifs du projet de loi relatif aux droits et liberts des communes, des dpartements et des rgions,
Doc. A.N., projet n 105, Annexe au P.V. de la sance du 16/7/1981
3.Y. MENY Centralisation et dcentralisation dans le dbat politique franais, L.G.D.J. 1974
5.Ch. EISENMANN Centralisation et dcentralisation, Esquisse d'une thorie gnrale, L.G.D.J. 1948
6.F.X. AUBRY La dcentralisation contre l'Etat- L'Etat semi-centralis, p 74, L.G.D.J. 1992
5
Une approche synthtique apparaissait utile sinon ncessaire. D'une part, la dcentralisation
telle que l'avait dfinie Ch. EISENMANN apparaissait comme une "fiction juridique" (7).
D'autre part, le travail lgislatif dbouchait sur une controverse non trangre aux propos de
Ch. EISENMANN, puisqu'elle concernait l'existence et l'autonomie du pouvoir rglementaire
local (8) au regard du pouvoir rglementaire tatique.
L'tude de F.X. AUBRY dans le cadre de sa rflexion sur un retour la lgalit pose les bases
d'une analyse renouvele en tablissant un inventaire des relations Etat-Collectivits en
matire conomique et d'amnagement du territoire, lieu qu'il privilgie en raison de la
dilution de la lgalit qui le caractrise. Il apprhende la question de la centralisation-
dcentralisation partir du rapport unit/pluralisme qu'voquent ces notions. Son propos, cet
gard, se situe dans le prolongement de l'analyse de Ch. EISENMANN pour lequel
"centralisation signifie centre unique, unit de centre; dcentralisation, centres multiples,
pluralit de centres ..."(9). L'tude de sociologie juridique ralise par F.X. AUBRY
concernant les relations Etat-Collectivits en France en matire conomique et d'amnagement
du territoire dbouche sur le constat de la nature globalement dpendante des collectivits
l'gard de l'Etat qu'il caractrise dans l'ide d'"un principe dominant de subsidiarisation des
collectivits locales "(10).
Cependant l'auteur tablit un certain nombre d'indices pour, la faon de Ch. EISENMANN,
tablir "un "systme de solutions possibles" afin de remdier la crise de la lgalit,
notamment conomique, dont la crise du critre de dcentralisation n'est qu'un reflet " (11). Il
propose une "chelle du pluralisme territorial croissant" (12) regroupant les aspects formel,
8.Voir les cahiers du C.F.P.C. Octobre 1983, p 5 & s propos du statut de la fonction publique territoriale, les
interventions de M. BOURJOL, L. FAVOREU, J.M. AUBY, H. MAISL, J.C. DOUENCE ...
11.Ibid. p 155
12.Ibid. p 168
6
organique et matriel des relations Etat-collectivits qui constitue un guide pour la dfinition
des concepts utiliss en matire de centralisation - dcentralisation.
Elle est fonde sur le constat que la question de la centralisation - dcentralisation repose sur
l'existence concomitante d'actes non centraux et d'actes centraux. Notre ambition a t de
dterminer alors, en quoi dans n'importe quel Etat, la question de la centralisation-
dcentralisation pouvait rsoudre le problme des rapports acte local-acte central; ce que
rvlait tel ou tel mode de rsolution de ces rapports et enfin aprs avoir raisonn d'une faon
gnrale, examiner les pratiques franaises en la matire.
La ncessit de ce prliminaire ne semble pas tre aperue par l'ensemble de la doctrine car
certains auteurs tant de droit constitutionnel (13) que de droit administratif (14) n'voquent pas
la centralisation avant de traiter la dcentralisation ou les autres modalits d'organisation de
l'Etat, pensant sans doute que la dfinition de la centralisation dcoule en ngatif de la
description de ce qui est appel dcentralisation (15).
J.C. NEMERY sur le mme principe, constatant que certains auteurs "soulignent le besoin
d'tudes concrtes" en vient dclarer, faisant cet gard rfrence l'tude de Ch.
EISENMANN "Centralisation - Dcentralisation", que "les analyses purement thoriques et
abstraites ne sont pas vraiment opratoires"(16).
CH. EISENMANN considrait qu'en cette absence de dfinition pralable des questions
rsidait la cause premire de la prsentation confuse par les auteurs classiques de la thorie de
la centralisation et de la dcentralisation (17).
Qu'est-ce donc un ordre juridique centralis? Ceux qui tentent de rpondre, tels M.
HAURIOU pour lequel la centralisation "est la force propre du gouvernement de l'Etat "(18) ou
J. CADART pour lequel " l'Etat est centralis (lorsque) les organes dirigeants de l'Etat
exercent toutes les comptences de droit public "(19), laissent perplexe.
13.Par ex. Ph ARDANT Institutions politiques et droit constitutionnel p 30 L.G.D.J. 1990; G. BURDEAU Droit
constitutionnel et institutions politiques p 54 L.G.D.J. 19me d. 1980; A. HAURIOU & L. SFEZ Institutions
politiques et droit constitutionnel p 64 Monchrestien 1972.
14.
Par ex. R. CHAPUS Droit administratif gnral p 260 Montchrestien 4me d. 1988; L. ROLLAND Prcis de
Droit administratif p 142 Dalloz 10me d. nouveau tirage 1953; G. VEDEL Droit administratif p 812 P.U.F.
7me d. 1980; M. WALINE Droit Administratif p 266 Sirey 1959.
15. Ainsi, A. de LAUBADERE crivait: " Il convient donc d'analyser en premier lieu cette thorie de la
centralisation et de la dcentralisation. A cette fin, il est pratiquement utile de partir de la seconde de ces notions
pour lui opposer la premire." Trait lmentaire de droit administratif Tome 1 p 85 L.G.D.J. 3me d. 1963;
16.J.C.
NEMERY De la libert des communes dans l'amnagement du territoire p 26 Bibliothque de droit public
L.G.D.J. 1981
18.M. HAURIOU Prcis lmentaire de droit administratif, p 40, SIREY 4me d., 1938
Il nous a sembl que le rattachement la sparation des pouvoirs ne permettait pas seulement
de rsoudre la question des rapports actes locaux-actes centraux mais aussi de dfinir selon les
modalits d'organisation de ce mode de production, les diffrentes notions qui nous
intressent. En effet, la sparation des pouvoirs, selon Montesquieu s'organise autour de la
distinction de la facult de statuer et de la facult d'empcher (20). La centralisation-
dcentralisation a trait la rpartition de ces facults entre des organes locaux et des organes
centraux, les modalits de cette rpartition permettant de dfinir le type d'organisation mis en
oeuvre dans tel ou tel cas (2me Partie).
1re PARTIE
La dcision (25) est l'enjeu de ces dbats relatifs la centralisation - dcentralisation, dans la
mesure o ils contestent aux organes de l'Etat central le monopole de celle-ci, tout en pouvant
considrer que " la dcentralisation ne serait qu'une ruse de l'Etat qui conserve par devers lui
la slectivit ... des normes "(26).
21.A ce stade de l'tude nous englobons dans cette problmatique "centralisation - dcentralisation", toute forme
d'association la production des actes et donc aussi bien la question de l'Etat unitaire et fdral, celle de la
centralisation, dcentralisation et/ou dconcentration telles qu'elles sont approches actuellement. Nous verrons
ultrieurement comment ces diffrentes questions peuvent se construire sur ce concept commun d'unit et de
division. Aussi ce stade les exemples seront pris indiffremment dans les unes et les autres de ces questions,
sans autre finalit que la varit de l'illustration du propos du moment.
22.Y. MENY Centralisation et dcentralisation dans le dbat politique franais, L.G.D.J. 1974
23.Ainsi le groupe des Verts au Parlement Europen crivait dans un dossier sur le trait de Maastricht: " Le
compromis sign Maastricht est bien loin du projet d'Union Europenne de type fdral souhait non seulement
par les Verts, mais aussi par le Parlement Europen, par la Confrence des Parlements de la Communaut
Europenne ...", Supplment Verts Europe, n 55, 1992
24.parex. Ph. SEGUIN "Pourquoi voter non", Revue politique et parlementaire, 1992, n 960, p 5. Ce refus n'est
pas rcent, cf. par ex. J. CHIRAC dnonant le "parti de l'tranger" le 6/12/1978, Le Monde Dossiers &
Documents, Mai 1979, p 4
25.Ce que B.de JOUVENEL dsigne par "les loi-rglements, faites par les hommes pour discipliner des conduites
que les progrs de la complication sociale diversifient sans cesse"; Du pouvoir, p 330 Coll. Pluriel, HACHETTE,
1972
26.L.SFEZ Introduction des actes du colloque "Dcision et pouvoir" Paris-Universit Dauphine 1 & 2/12/1978, p
16, Coll. 10/18 Union Gnrale d'dition 1979
10
Lors d'un colloque consacr l'objet local Ch. EISENMANN prsentait " le local juridique "
comme " celui qui s'applique l'organisation de l'activit tatique (et par tatique, je ne vise
pas uniquement le pouvoir excutif central, mais toute l'activit tatique, qu'elle soit
lgislative ou constitutionnelle ou juridictionnelle) "(29).
Cette approche tait intressante un double titre. Elle fixait l'interrogation, un objet -
"l'organisation de l'activit" - et un lieu prcis -" tatique" - ce qui par renvoi l'activit
lgislative ... se traduisait en organisation de l'activit normative tatique. Enfin, il n'tait
28.Ibid.
29.Ch.EISENMANN Actes du colloque des 30-31 Mai 1975 relatif "L'objet local", p 23 Coll.10-18 Union
Gnrale d'ditions 1977
11
Cependant l'objet de la question n'apparat pas de faon aussi limpide. Ch. EISENMANN se
rfre, certes, au pouvoir normatif mais il considre que fondamentalement la question a trait
la structure de l'Etat et les deux objets ne peuvent tre confondus dans la mme thorie.
Par ailleurs la clart s'estompe aussi en raison de l'accolement d'adjectifs aux termes: ainsi par
exemple, parle-t-on de centralisation dcentralisation administrative ou de dcentralisation
industrielle; mais aussi en raison d'une certaine confusion de la doctrine qui refusant de
dfinir, se contente de dcrire, ce qui apparat alors comme autant d'a priori (30). Avant toute
chose, il conviendra donc de dterminer l'objet de la centralisation - dcentralisation (Section
I).
La norme dite locale s'insre dans un ordre juridique. Le droit positif et la doctrine montrent
que cette insertion pose la question des rapports entre la norme non-centrale et les autres
normes (31), particulirement les normes centrales. D'aucuns affirment l'autonomie de la norme
non centrale l'gard des normes centrales de mme niveau, d'autres au contraire tablissent
un lien de subordination entre normes non centrales et normes centrales.
La centralisation - dcentralisation en " organisant " le pouvoir normatif tatique devrait situer
la place des normes non centrales dans l'ordre juridique, or il apparat que sur ce point
essentiel la thorie de Ch. EISENMANN dbouche sur une autonomie de la norme non-
centrale qui conteste le principe d'unit (Section II).
30.Ch. EISENMANN crit ce propos:"Il existe, ..., une tendance trs nette ... considrer les questions relatives
l'organisation administrative comme d'un intrt mineur pour les juristes... cela signifie certainement dans
l'esprit de ceux qui en jugent ainsi qu'elles ne portent pas sur des rgles plus ou moins de principe, qui pourraient
donner lieu de vritables " raisonnements juridiques"..." Cours de droit administratif, p 157, Tome 1, L.G.D.J.
1982
31.Voir ce propos concernant une "tutelle" entre collectivits locales J.F. AUBY La dcentralisation fait-elle
natre de nouvelles tutelles ? A.J.D.A. 1984 p 412
12
A. de TOCQUEVILLE affirmait que " la centralisation est un mot que l'on rpte sans cesse
de nos jours, et dont personne, en gnral, ne cherche prciser le sens "(32).
Si le sens du terme "centralisation" n'apparat pas, c'est peut-tre parce que son contraire est
prsent avec un qualificatif (administrative, politique, technique ou par services, industrielle,
artistique...) qui ne favorise pas une apprhension correcte de la question.
Il semble donc, a priori, que le pouvoir normatif soit la matire, et son organisation l'objet de
la centralisation - dcentralisation. Cependant le propos n'est pas aussi net chez l'minent
auteur (I).
Fidle l'analyse de H. KELSEN de l'ordre juridique et l'unit de cet ordre qui transcende
les frontires, Ch. EISENMANN considre que la question de la centralisation -
dcentralisation doit aussi tre pose sans tenir compte des limites tatiques et il en fait non un
problme d'organisation des Etats mais un problme gnral d'organisation des collectivits
humaines.
33.M. TROPER considre que l'on peut concevoir deux types de systmes juridiques: "un systme hirarchis, ou
vertical" o existera "entre les normes une hirarchie", ou "un systme non hirarchis, ou horizontal" o toutes
13
Je serais tent de dire que cela rsulte du champ d'investigations propre au juriste, mais
l'vidence mrite d'tre prsente.
En effet, si l'on examine les ouvrages de droit public, on s'aperoit que l'objet que les notions
de centralisation - dcentralisation sont censes apprhender n'est que trs rarement dfini. On
prsente le plus souvent les lments que ces notions comprennent ou doivent comprendre ou
desquels ils doivent tre distingus, mais on ne les dfinit pas elles-mmes (34).
Certains auteurs ont, malgr tout, propos une dfinition de ces notions et de leurs rflexions
il ressort, que tantt elles renvoient un problme de structure de l'Etat ou l'exercice du
pouvoir normatif; tantt elles associent la question de l'exercice du pouvoir normatif une
certaine structure de l'Etat.
Dcentralisation industrielle, artistique ... quels rapports cela a-t-il avec la curiosit propre au
juriste? La dfinition du domaine de cette recherche doit rpondre cette interrogation.
les normes sont "places au mme niveau". Systme juridique et Etat, p. 41, Tome 31, Archives de philosophie
du droit, SIREY 1986
Ces qualificatifs marquent-ils une diffrence dans le fond de ce qu'il convient d'entendre par
centralisation-dcentralisation ou sur un fond commun notent-ils une singularit notamment
matrielle, qui pourrait tre apprhende sans que cela n'altre le fond commun? La rponse
n'est pas aise!
Dj, il convient de remarquer, que le droit utilise ces qualificatifs. Ainsi par exemple,
l'expression "dcentralisation industrielle" est prsente dans des textes (37) et dans des arrts
du Conseil d'Etat (38).
Certains auteurs ont relev l'incertitude, qu'engendrait cet tat de fait et liminent de leurs
propos certaines dcentralisations (industrielle, artistique par ex.) pour ne retenir que la
dcentralisation administrative; au motif par exemple que seule cette dernire constitue " un
mode de relation entre le pouvoir central et des autorits locales "(39).
Est-ce dire qu'en matire industrielle, il ne pourrait exister un " pouvoir central et des
autorits locales "? Pour rpondre, il faudrait dfinir ce que l'on entend par pouvoir; ce que
n'ont pas fait ces auteurs.
36. Actes du colloque des 2 & 3 Mai 1985 Vertus et limites de la dcentralisation, Universit de Clermont-
37.Dcret 54-951 du 14/9/1954 tendant faciliter ... la dcentralisation industrielle, J.O.23.9.54 p 9054
39.J.
BOURDON, J.M. PONTIER, J.C. RICCI Droit des collectivits territoriales, p 24, P.U.F. Coll. Thmis,
1987
15
Le systme juridique constitue le champ propre au juriste et c'est donc l'intrieur de celui-ci
que cette tude se place. Ce domaine de la question apparat nettement chez H. KELSEN
puisqu'il fait de la question " un problme particulier relatif au domaine de validit spatiale
des normes de l'ordre juridique tatique "(40). Ce point de vue est partag par Ch.
EISENMANN, pour qui la question se pose "pour toutes les socits juridiquement
organises "(41).
Par rapport ce systme, l'activit du juriste est "soit un type d'activit qui consiste donner
des rgles, des normes une organisation, qu'elles ne possdent pas", soit une activit visant
dcrire la structure du droit entendu "comme un ensemble de rgles dj organis"(42).
40.H. KELSEN Thorie pure du droit, p 412, DALLOZ 1962. Les mots en gras sont de mon initiative
41.Ch. EISENMANN Centralisation-dcentralisation, p 22, DALLOZ 1948. Les mots en gras sont de mon
initiative
42.M. TROPER Systme juridique et Etat, p 29, Archives de philosophie du droit, Tome 31, SIREY 1986
45.Ibid. p8
16
En fixant ce champ, on n'exclut pas non plus que les termes de centralisation et
dcentralisation puissent se voir adjoindre des qualificatifs, mais ceux-ci, alors, n'altreront en
rien le fond de la question. Cette exclusion serait d'ailleurs aberrante, puisque le droit utilise
par exemple l'expression dcentralisation industrielle. Mais dans notre champ, elle sera avant
tout "dcentralisation" dcrivant par essence une structure du droit et accessoirement, selon
des termes dfinir, une application "industrielle" ou en relation avec l'industrie. Il en sera de
mme avec la centralisation - dcentralisation politique ou administrative, qui seront
fondamentalement centralisation et dcentralisation; les termes politique et administrative
n'ayant qu'un rle de spcification de la dfinition.
46.
M. BOURJOL Libre administration et statut de la fonction publique locale, Actes du colloque d'Angers,
Cahiers du C.F.P.C. n 13 Oct.1983, p V
17
Concernant la dcentralisation, cette liaison avec le pouvoir normatif n'est pas annonce
explicitement. Elle apparat confusment avec l'utilisation du mot "pouvoir"; ainsi pour J.
RIVERO, elle consisterait pour les collectivits dans " le pouvoir de grer ... leurs intrts
propres "(51).
Le dbat voqu l'instant, sur le pouvoir rglementaire des collectivits locales en France
ayant port sur la place de ces rglements locaux dans le systme juridique, implique que la
dcentralisation renvoie la reconnaissance du caractre normatif d'actes pris par certaines
47.M. TROPER Systme juridique et Etat, p 41, Archives de philosophie du droit, tome 31, SIREY 1986
48.M. TROPER Libre administration et thorie gnrale du droit, le concept de libre administration dans Libre
50.M. H.FABRE Principes rpublicains de droit constitutionnel, p 23, L.G.D.J. 3me d.1977
personnes. En effet le systme ne saurait donner le label "norme" un acte non "justifi" par
une place dans l'ordre.
Toute l'tude de Ch. EISENMANN sur la centralisation s'appuie sur les " fonctions d'ordre
juridique, c'est dire d'diction de normes, "normatrices" "(52). Cependant il ne limite pas la
matire de la centralisation - dcentralisation la question de l'diction des normes car " ...-
mutatis mutandis- l'analyse s'applique aussi bien aux organes d'activits purement
"matrielles" "(53). Ceci rsulte de la dfinition qu'il donne des actes juridiques qui "seraient
tous les actes qui n'existent que par et dans le droit, qui sont institus par l'ordre juridique" (54).
Parmi ces actes juridiques, les actes normateurs constitueraient l'espce "la plus importante"
mais cot de ceux-ci il y aurait les "actes effectifs" ou "actes de comportement effectif" (55)
qui pourraient tre des actes matriels "de contrainte ou d'excution force du droit" ou "de
prestation tatique un administr" (56).
Au vu de cette prminence des actes normateurs, je propose de dire que le pouvoir normatif
constitue la matire de la question de la centralisation - dcentralisation. Si donc la matire de
la centralisation-dcentralisation est le pouvoir normatif ou l'acquisition de la qualit de
norme, l'objet propre de ces notions doit tre dtermin pour connatre leur rle dans le
systme juridique.
53.Ibid. p9
55.Ibid. p 365
56.Ibid. p 193-194
19
Dans sa thse consacre au pouvoir rglementaire des collectivits locales, B. FAURE crit
"la prsence d'un pouvoir rglementaire local n'est pas distincte de l'apparition des notions de
collectivits locales et de dcentralisation, elles-mmes concomitantes l'essor du
centralisme"(57).
M. BOURJOL, fonde le pouvoir rglementaire local dans le droit de ban qui, hier, rgissait les
biens communs de la communaut d'habitants. L encore cette rfrence historique entend
57.B. FAURE Le pouvoir rglementaire des collectivits locales, p 7, Thse dactylographie, Universit de Pau et
58.M. HAURIOU Prcis lmentaire de Droit administratif, p.40, 4me d. 1938 SIREY
20
justifier un certain tat du droit actuel, c'est dire rgler le problme de l'attribution du
caractre normatif certains actes pris par des organes locaux et se faisant elle dmontre que
c'est l'objet de notre question (59).
Cependant la justification avance par ces deux auteurs se situe dans la perspective du juriste
qui construit un ordre et non dans celle de la description de cet ordre qui est la ntre.
L, il y a une plus grande littrature, dont il ressort que cette justification se manifeste autour
de la notion d'organisation du pouvoir.
59.M. BOURJOL Constitution, Libre administration des collectivits territoriales de la Rpublique, Jurisclasseur
collectivits locales Fasc.2; du mme auteur Les biens communaux, p 159, L.G.D.J.1989
62.Ibid. p8
21
Les auteurs admettent tous que la question concerne le "pouvoir" sans prciser ce qu'ils
entendent par ce terme sauf H. KELSEN et Ch. EISENMANN. Par ailleurs il apparat chez
tous les auteurs que la centralisation - dcentralisation concerne l'organisation de ce pouvoir,
c'est dire sa rpartition entre diffrents organes mais ils divergent sur le critre de cette
rpartition.
Cette notion de pouvoir tant particulirement floue, une partie de la doctrine ne se satisfait
pas de ce simple dterminant mais plutt que dfinir ce pouvoir, elle s'attache ses
manifestations. Ainsi la dcentralisation serait pour les collectivits " le pouvoir de grer ...
leurs intrts propres "(63) et partir de cela la doctrine dbat non plus de la dfinition du
pouvoir mais de la notion d'affaires locales mme si les auteurs s'accordent pour dire que le
critre de celles-ci est introuvable (64) ou encore que "la notion d'affaires locales n'a gure de
signification"(65).
Si l'on veut bien considrer maintenant, que le pouvoir envisag est le pouvoir normatif, la
doctrine se saisit de son organisation selon deux points de vue.
64.J.
CHAPUISAT Les affaires communales A.J.D.A. 1976, p. 471, du mme auteur La notion d'affaires locales
L.G.D.J. 1972
65.Y. MENY Centralisation - dcentralisation dans le dbat politique franais, p. 28, L.G.D.J. 1974
L'autre, considre la question comme un "a priori " relatif l'organisation du pouvoir. En
d'autres termes, l'organisation centralise ou dcentralise du pouvoir normatif serait une
option institut ive du systme juridique.
Les deux points de vue ne sont pas exclusifs l'un de l'autre. Leur trait commun se ramnerait
un problme de structure du pouvoir normatif, c'est dire un problme d'agencement
d'lments et leur interaction entre eux et sur le tout (71).
Cette ide est particulirement nette chez Ch. EISENMANN, en raison sans doute de sa
propre dtermination par rapport la pense de H. KELSEN.
En effet l'aspect structurel de la question se trouve aussi chez H. KELSEN pour lequel la
dcentralisation "est le problme de la division territoriale des collectivits juridiques " (72).
Comme pour H. KELSEN , la question chez Ch. EISENMANN est relative la structure de
l'Etat puisqu'il affirme que la " centralisation (et dcentralisation) dsignent chacune des tats
ou structures corrlatifs de l'appareil tatique et de la collectivit tatique, plus prcisment:
68.B. REMOND & J. BLANC Les collectivits locales p 26 Presses de la Fondation nationale des sciences
politiques, DALLOZ 1989
71.Ch. EISENMANN crit: "La structure, c'est "la disposition des parties qui forment un tout"...c'est
...l'agencement des lments qui composent ce tout, c'est leur position relative dans l'ensemble. En analysant cette
structure, on fait apparatre les lignes de division de ce corps et les articulations de ses divers composants, qui
sont lis les uns aux autres, par dfinition-sans quoi ils ne constitueraient pas ensemble un tout, une unit-, mais
qui sont distincts et individualisables nanmoins ". Cours de droit administratif, p 189, Tome 1, L.G.D.J.1982.
A cette confusion sur l'objet de la question s'ajoutera un dbat sur la technique d'amnagement
du pouvoir normatif, c'est dire sur la mthode permettant de qualifier de normes certains
actes.
Les auteurs ne s'accordent pas sur le critre dterminant cette organisation et donc sur la
mthode justifiant le caractre normatif de l'acte. Plusieurs propositions ont t formules: le
critre matriel, le critre de la validit territoriale, le critre de la comptence personnelle des
organes. A ce stade de l'analyse, l'tude de la pertinence de ces critres n'est pas utile.
En effet, ce qui importe, c'est que par la solution apporte la question de la centralisation-
dcentralisation, des actes soient introduits ou non dans le systme juridique, c'est dire
soient qualifis ou non de normes juridiques.
Ch. EISENMANN constatant que toute collectivit appartient une collectivit plus vaste et
qu'ainsi les organes de la plus petite peuvent ou non participer au gouvernement de la plus
vaste (77), distingue deux types de centralisation - dcentralisation: la centralisation -
dcentralisation intrieure et la centralisation - dcentralisation extrieure (78). La question
dpasserait donc le cadre triqu de l'Etat ou plus gnralement des systmes juridiques
hirarchiss.
77.Ch. EISENMANN crit: "...l'immense majorit des collectivits ne constituent pas des touts politiques et
juridiques complets et indpendants, mais sont au contraire parties, avec d'autres, d'"organismes" plus vastes;-
par suite, chacune d'elles ne relve pas tous gards, uniquement, d'organes ayant comptence envers elle seule,
n'a pas en ce sens un appareil gouvernemental qui lui soit propre ou spcial en son entier, c'est dire qui soit
distinct de celui de toute autre, mais au contraire gouverne pour partie par des organes dont, en mme temps
qu' elle, la comptence s'tend d'autres, des organes qui lui sont donc communs avec ces autres; qui en d'autres
termes, constituent les organes d'une collectivit plus large, qu'elles forment toutes ensembles, qui les comprend
toutes en son sein comme les subdivisions d'une unit globale " Centralisation-dcentralisation p 232-233
L.G.D.J.1948.
78.H. KELSEN considrait aussi cette distinction puisqu'il affirmait: "...le cas le plus extrme de dcentralisation
qui entre en ligne de compte en droit positif, celui de la communaut internationale qui se divise en une srie
d'Etats souverains, s'accorde galement la notion plus troite de la dcentralisation, comme il s'accorde sa
notion pure. Thorie pure du droit p 415 DALLOZ 1962
25
Cette affirmation ne peut tre reue car elle mconnat la place de l'individu dans l'ordre
juridique international, et supposerait que le droit international rgisse l'organisation du
pouvoir normatif.
Il n'y a pas s'interroger sur le nombre des organes car "nombre et comptence personnelle
sont solidaires : comptence personnelle illimite correspond agent unique, comme
comptence personnelle limite correspond pluralit d'agents"(81). L'organe comptence
illimite serait central, celui comptence limite, non central.
Ainsi " la dcentralisation ne peut donc exister...que sous la condition d'un minimum de
centralisation, c'est dire d'unit...Or ncessairement ce minimum concerne le principe mme
de l'ordre juridique, la base juridique de la collectivit, c'est dire le degr suprme des
normes...Et par consquent, la dcentralisation ne peut jamais affecter l'activit normatrice
79.Ibid. p9
80.Ibid. p 10
81.Ibid. p 15
suprme pour une collectivit et ses lments; elle ne peut commencer qu' une activit
normatrice seconde "(83).
L'auteur distingue alors, la centralisation - dcentralisation extrieure d'une collectivit, " c'est
dire ses rapports avec une ou des collectivits qui sont en dehors d'elle" et sa centralisation -
dcentralisation intrieure, c'est dire "ses rapports avec ses propres lments, des
collectivits plus restreintes qu'elle-mme,..."(84).
Il expose ensuite les diffrentes combinaisons imaginables et leur logique (85) mais l'essentiel
rside dans l'affirmation fonde sur l'analyse de H. KELSEN relative la primaut du droit
international sur le droit tatique, qu'" ce dualisme, une seule collectivit chappe,- "la
communaut internationale universelle": par dfinition mme, elle ne fait pas partie d'une
collectivit plus large; elle est uniquement tout "(86) et qu'ainsi la question de la centralisation
- dcentralisation dpasse l'Etat.
Il affirme que le droit international n'ayant pas " une matire propre qui le spcifierait " le
problme de la centralisation devait sortir " de la sphre des collectivits de droit tatique ...Et
que par suite l'analyse des types globaux en matire de centralisation et de dcentralisation
cesst d'tre arbitrairement limit l'Etat, pour englober toutes ces collectivits....Il ne
83.Ibid.p.161
84.Ibid. p. 235
85. Ainsi dire qu'une collectivit est extrieurement centralise implique que la collectivit plus vaste laquelle
elle appartient, est intrieurement centralise, mais la dcentralisation extrieure d'une collectivit n'implique pas
que les collectivits qu'elle contient sont elles-mmes dcentralises. Ch. EISENMAN Centralisation-
dcentralisation p 237-238 L.G.D.J. 1948
86.Ibid. p. 233
s'agissait plus de distinguer et dfinir l'Etat centralis et l'Etat dcentralis, mais bien les
collectivits centralises et les collectivits dcentralises "(88).
Tout ceci suppose un ordre juridique international dont Ch. EISENMANN considre
"l'existence admise " (90), mme s'il s'interroge sur la porte de la supriorit du droit
international universel " en raison ... du caractre insuffisamment rigide et dtermin de
l'organisation de la "socit internationale""(91).
Ce doute ne l'empche pas d'intgrer de faon critiquable la question dans le systme juridique
international. En effet, ceci conduit Ch. EISENMANN se contredire sur plusieurs points.
89. Ibid. p 248. La dimension verticale est dtermine par " la valeur relative des normes " que les organes
peuvent dicter, c'est dire par le " rang qu'elles occupent dans la hirarchie gnrale de l'ordre juridique " et la
dimension horizontale concerne le " domaine matriel " auquel " se rapporteront les normes, quelles qu'elles
soient, qu'ils permettent de poser ".
90.Ibid. p. 251
91.Ibid. p 252
28
En affirmant ceci Ch. EISENMANN se situe dans un systme juridique hirarchis puisque
dans un tel systme, un acte " se prsente comme une norme, si son auteur le justifie, en
invoquant un nonc manant d'un autre et que le sien aurait pour objet d'appliquer "(93).
" L'option " entre centralisation et dcentralisation dcoule donc de la norme premire, qui
concernant les Etats, serait le droit international. Ce serait le droit international (norme 1re)
qui aurait fait les ordres juridiques tatiques d'une part et ce serait encore le droit international
qui disposerait que les Etats peuvent s'organiser soit de faon centralise, soit de faon
dcentralise, dautre part.
Or le droit international est loin de cela. En effet, si l'volution du droit international s'effectue
dans le sens d'un droit de coordination vers un droit de subordination, " le point de dpart de
l'ordre juridique international actuel se trouve dans le principe de souverainet de l'Etat "(94);
c'est sans doute ce que P. REUTER appelait " l'influence dterminante de certains facteurs
concrets "(95).
92.Ibid .p 249
93.M.TROPER Systme juridique et Etat, p 41, tome 31 Archives philosophie du droit, SIREY 1986
94.BASDEVANT cit par NGUYEN QUOC DINH Droit international public p 93 L.G.D.J. 1975. Le
comportement des pays occidentaux lors de la crise du pouvoir en U.R.S.S. ou en Yougoslavie en 1991 montre la
permanence de cette ralit dans la mesure o, si les dirigeants occidentaux ont tabli des liens de comprhension
avec des personnalits des Etats Fdrs concerns, souvent d'ailleurs avec rserve, les rapports de droit sont
demeurs jusqu' l'extrme limite au niveau des autorits fdrales.
problmatique, cette distinction apparat, ainsi que l'affirmait Ch. ROUSSEAU, comme "une
vaine controverse"(96). Mme si l'affirmation de l'autorit de la norme juridique supranationale
passe par des formes niant selon certains, l'ide mme du droit (97), la positivit de la norme
supranationale (98) est tout aussi patente que la vigueur de la souverainet tatique (99).
Le monopole tatique est reconnu par le droit international l'article 2-7 de la Charte des
Nations Unies selon lequel " Aucune disposition de la prsente Charte n'autorise les Nations
Unies intervenir dans les affaires qui relvent essentiellement de la comptence nationale
d'un Etat...", au nombre desquelles on compte l'organisation du pouvoir normatif.
97.Les modalits du rglement de l'invasion du Kowet par l'Irak donne un exemple de cette ngation de l'ide de
droit, cf. C. JULIEN, La force au mpris du droit, Le monde diplomatique -Manire de voir, n 11 p 14
98.Cf. par ex.; concernant la C.E.E. : C.E. Ass. 20/10/1989 Nicolo, R.F.D.A.1989 p 813 ; concernant la
convention europenne des droits de l'homme : C.E. Ass. 19/4/1991 Belgacem (1re espce), Mme Babas (2nde
espce) R.F.D.A. 1991 p 497 .Voir aussi : L'interprtation par le juge administratif des conventions
internationales, J.F. LACHAUME sous C.E. 29/6/1990 R.F.D.A. 1990 p. 923
99.Ainsi le rappel quasi unanime du principe de souverainet l'occasion de l'vocation d'un droit d'ingrence en
faveur des kurdes au printemps 1991 ou dans la crise yougoslave la mme anne
100.Sur ce sujet voir NGUYEN QUOC DINH Droit international public, p. 348 & s L.G.D.J. 1975
30
entendent organiser l'intrieur leur gouvernement. Il appartient chaque pays de choisir pour
lui-mme le systme qu'il prfre cet gard "(101).
Chaque Etat dispose d'une libert complte pour organiser l'exercice du pouvoir normatif sur
son territoire donc sans que le droit international puisse lui imposer des formes de production
normative.
Cette autonomie dans l'organisation du pouvoir rvle une puissance "rebelle une intgration
totale dans un systme hirarchis de normes et de comptences "(103).
105.G. BURDEAU Une survivance: la notion de constitution, Mlanges Mestre, p. 53 Sirey 1956
31
lequel s'intgre l'Etat. Mais, nous ne sommes dj plus, ici, dans l'ordre juridique international
car l'Union europenne est un ordre juridique hirarchis (cf.3me partie).
Un ordre juridique hirarchis est donc le cadre exclusif dans lequel se pose la question de la
centralisation - dcentralisation. A dfaut d'tre encore un progrs historique (107), la frontire
demeure la limite extrieure de la libre organisation du pouvoir normatif, c'est dire de la
rpartition entre des organes de la production des normes.
106.G. SCELLE Le droit constitutionnel international, Mlanges Carr de Malberg p 511 Librairie Duchemin
1977
Il ressort des propos de la doctrine que l'ordre juridique se dtermine par rapport l'homme.
Ainsi les "ordres sociaux considrs comme des ordres juridiques sont des ordres de
contrainte de la conduite humaine "(108) ou l'ordre juridique est prsent comme " l'tat social
existant un moment donn d'aprs les rgles de droit s'imposant aux hommes du groupement
social considr"(109).
Si l'homme est contraint par la norme, cela implique ncessairement la force contraire, une
force inverse; que je rsume dans la possibilit de se prvaloir de la norme. En effet, le
systme juridique n'tant qu'un systme de justification des normes, il implique
ncessairement cette ide qui conditionne le caractre "adquat" de l'acte prtendant au titre de
norme (110). L'ide de norme, lment de contrainte, suppose que l'acte concern ne reoit pas
ou est susceptible de ne pas avoir l'assentiment de tous et qu'ainsi son caractre normatif est
li l'ide d'en obtenir le respect par la contrainte.
110.M. TROPER dfinit ainsi le systme juridique: " Dans le systme juridique, un acte humain, par exemple un
acte de langage, acquiert la signification objective d'une norme, parce qu'un autre acte, qui prsente lui-mme
cette signification la lui accorde. Les termes de la relation sont donc non les normes, mais les actes, qui
acquirent, les uns par rapport aux autres, la signification de normes ... La relation n'est pas elle-mme objective,
mais seulement une mise en relation par l'auteur d'un nonc. Si cette mise en relation est juge adquate dans la
socit considre, ce qui est une question de fait, la dcision est considre comme justifie et l'on peut dire,
qu'elle prsente le caractre d'une norme. Le systme juridique n'est alors pas autre chose qu'un systme de
justification ". Systme juridique et Etat, p. 41, Tome 31 Archives de philosophie du droit, SIREY 1986. Ceci
constitue une volution de sa pense car dans un article antrieur en rponse P. AMSELEK, M.TROPER avait
crit que la relation qui permettait de qualifier une norme tait " une relation de norme signification, de norme
norme " M. TROPER La pyramide est toujours debout! Rponse Paul AMSELEK, p. 1529, R.D.P. 1978
33
Si " l'homme est seul ... "adressataire" des normes juridiques "(111), cela impose dans notre
domaine qu'il puisse se prvaloir de la norme premire qui aurait dtermin "l'option"
centralise ou dcentralise de la norme seconde.
Si cette norme premire est le droit international, cela supposerait que ce droit apprhende
l'individu sans obstacle, et que celui-ci puisse en rclamer le respect. Or l'ide que le droit
international a pour unique "adressataire" l'individu, demeure balbutiante; ce caractre
personnel de la rgle internationale n'est pas vident. En France, ceci est apparu encore dans
les commentaires sur l'arrt Nicolo (112) qui rappelaient les conditions de l'applicabilit du
droit international en droit interne franais et particulirement la ratification et la rciprocit
(113).
En tout tat de cause, il est loin de permettre cet individu de se prvaloir de lui sans que
l'Etat y consente (114). H. KELSEN constatait dj cet tat de fait puisqu'il reconnaissait que "
le droit international n'oblige ni habilite des individus de faon directe, mais seulement de
faon indirecte, en passant par l'intermdiaire de l'ordre juridique tatique ..."(115).
Les auteurs de droit international constatent tous cette impuissance de l'individu (116);
impuissance toutefois relative en matire europenne puisque C. BLUMAN crit que "les
113.J.F. LACHAUME L'interprtation par le juge administratif des conventions internationales R.F.D.A. 1990 p
923 et 937; E. NEGRIER Le crpuscule d'une thorie jurisprudentielle : l'cran lgislatif et les droits
communautaire et constitutionnel R.D.P. 1990 p 767 et 776 & s
114.Constatonspar exemple que la France n'a accept le recours individuel prvu l'article 25 de la Convention
europenne des droits de l'homme et des liberts fondamentales du 4/11/1950 que par un dcret n 81-917 du
9/10/1981 J.O. 14/10/1981 p 2783
116.parex. A. CASSESE Section IV de l'ouvrage collectif Droit international-Bilan & perspectives, p. 122 & s,
PEDONE 1991; NGUYEN QUOC DINH Droit international public p. 93 & s, L.G.D.J. 1975; P. REUTER Droit
international public, p. 21 P.U.F. 1963.
34
Comment admettre dans ces circonstances, que le droit international puisse en sa qualit de
norme premire, rgler la comptence personnelle du ou des organes aptes produire la norme
seconde si, l'"unique adressataire" de la norme seconde ne peut se prvaloir de la norme
premire pour faire imposer ce qu'elle fixe? Il n'existe pas un juge international charg du
respect d'une norme internationale organisant l'ventuelle rpartition internationale des
comptences personnelles des organes (118).
Le systme juridique vertical exprime une unit, que l'on retrouve dans l'exposition de la
question de la centralisation-dcentralisation de Ch. EISENMANN puisque celle-ci, on l'a vu,
117.C. BLUMAN Les mcanismes non juridictionnels de protection des droits du citoyen europen, Revue
juridique du Centre-Ouest, Numro spcial Avril 1992, p. 233
118.Ainsi N'GUYEN QUOC DINH crit: " Dans la phase d'application du droit, c'est encore l'Etat qui agit en
premire ligne par l'intermdiaire de ses organes. En vertu de sa souverainet et en l'absence de suprieur
hirarchique, il exerce discrtionnairement ce rle ". Droit international public, p. 94, L.G.D.J. 1975
119.M. TROPER Systme juridique et Etat, p 41, tome 31 Archives de philosophie du droit, SIREY 1986
35
est un problme de structure des collectivits (120), or " la structure, c'est "la disposition des
parties qui forment un tout""(121).
Ch. EISENMANN et H. KELSEN avant lui, ont t proccups par l'affirmation de cette
unit. Ainsi pour H. KELSEN " la collectivit juridique centralise se dfinira comme la
collectivit dont l'ordre se compose uniquement et exclusivement de normes juridiques valant
pour son territoire tout entier; la collectivit juridique dcentralis: la collectivit juridique
dont l'ordre se compose de normes qui ne valent que pour une fraction du territoire ... Mais il
faut rappeler que l'unit du territoire rsulte et rsulte uniquement de l'unit de la validit des
normes; et ds lors il parait problmatique que, dans le cas de pure dcentralisation, il puisse
encore tre question d'un territoire total et d'un ordre juridique "(123).
Ch. EISENMANN qui fonde, lui, son analyse sur la comptence personnelle des organes ne
dit pas, en effet, autre chose. Il affirme que " si l'on considre un ordre juridique globalement,
dans sa totalit, il ne peut jamais tre uniquement et entirement dcentralis, que tout ordre
juridique comprend ncessairement une part de centralisation, qu'autrement dit ... la
dcentralisation ne peut pas exister absolument pure de tout alliage, de tout lment de
122.F.X. AUBRY La dcentralisation contre l'Etat, p. 13, Coll. Dcentralisation et dveloppement local,
L.G.D.J.1992
123.H.KELSEN Thorie pure du droit p 413 & 414 DALLOZ 1962; les mots en italique sont de H.KELSEN.
36
Comment rsoudre, alors, l'quation? Les rponses de la doctrine et du droit positif sont
souvent opposes.
L'insertion de la norme non-centrale dans le systme juridique est ralise; le droit positif en
rend compte, mais la doctrine ne tire pas de cette insertion une conclusion unique sur la place
de cette norme non-centrale dans le systme juridique.
Deux rponses sont envisageables: la question ne se pose pas; elle se pose et elle est rgle
soit par le principe de hirarchie des normes, soit par l'organisation de la coexistence.
H. KELSEN et Ch. EISENMANN participent cette premire thse puisqu'ils affirment que
l'quation ne peut tre pose. H. KELSEN considre, qu'elle met en cause l'existence d'"UN
ordre juridique" et Ch. EISENMANN, qu'elle pose " le principe mme de l'ordre juridique ".
Pour ce dernier tout n'tait pas clair puisqu'il admettait en mme temps que le fdralisme ne
constituait pas " un accroissement de la mesure de la division de l'Etat, mais d'une
organisation de son unit "(125); il distinguait alors la question de la centralisation-
dcentralisation de celle de l'Etat unitaire-Etat fdral, la premire mettant seule en cause
l'unit ou la division de la collectivit. La seconde ne concerne que le point de savoir, si au
gouvernement central sont associes des organes non-centraux sans que l'on sache comment
ceux-ci sont qualifis ainsi (126).
Ceci apparat de faon flagrante dans les rflexions de la doctrine sur la souverainet de l'Etat
fdr et de l'Etat fdral (129).
L'on voit bien alors que la souverainet est synonyme d'unit, c'est dire que la norme
exprimant le souverain sera toujours unique quelle qu'elle soit.
127.R. CARRE DE MALBERG Contribution la thorie gnrale de l'Etat, p. 70 Rimpression de l'd. SIREY de
128.L. DUGUIT Trait de droit constitutionnel, tome II, p. 118 & s, BOCCARD 1928
129.Pourun rappel de ces dbats voir I. HANNEQUART L'Etat fdr en droit international, p. 392 Thse
dactylographie Facult de droit de TOURS - 1991
130.L. DUGUIT Trait de droit constitutionnel, p 626 & s, Tome 1, et p 120 & s, Tome 2, BOCCARD 1927
38
2) L'admission de l'hypothse
Les auteurs dont aussi H. KELSEN et Ch. EISENMANN, qui considrent que l'quation peut
tre pose, la rsolvent soit par la subordination de la norme non-centrale la norme centrale,
soit par un critre additionnel celui de la comptence personnelle des organes.
a) La thse de la subordination
Pour l'essentiel, les auteurs considrent que la question se rsout en termes hirarchiques,
mme s'il est difficile " de faire apparatre le rapport hirarchique entre rglements locaux et
nationaux ... on imagine mal ... un rglement local contrevenir un rglement national
lgalement dict "(131). Pose ainsi la question, implique la rponse; puisque le rglement
national est suppos lgal, la lgalit du rglement local est ncessairement ou refuse ou
intgre celle du rglement national. La question laquelle doit rpondre notre interrogation,
est celle de savoir lequel de deux actes, l'un national, l'autre local, prtendant tous les deux au
titre de norme, c'est dire la reconnaissance de sa lgalit, doit tre reu ce titre et
pourquoi?
Le lien de subordination est affirm par L. FAVOREU qui considre que le pouvoir
rglementaire local est " un pouvoir subordonn et second par rapport au pouvoir
rglementaire national " et qu'en consquence il n'y a pas " de source rglementaire parallle et
de mme niveau que la source rglementaire nationale, mme dans un domaine limit et
restreint "(132).
Il faut remarquer que cette ide de subordination contredit l'hypothse de Ch. EISENMANN,
selon laquelle la dcentralisation suppose une comptence discrtionnaire personnellement
limite.
131.B. FAURE Le pouvoir rglementaire des collectivits locales, p 311 & s, Thse dactylographie, Universit
b) la thse de la conciliation
Cette affirmation en France, Etat unitaire par excellence, a donn lieu un " dbat
contradictoire, ...aujourd'hui en partie clarifi "(134), sur l'existence ou l'inexistence " d'un
pouvoir normatif autonome exerc par les collectivits locales "(135).
A l'occasion d'un colloque Angers, M.BOURJOL affirma donc que " la libre administration
implique en effet, pouvoir de prendre des actes administratifs et parmi ces actes, des
rglements..."(136). Cette proposition n'aurait pas choqu si elle n'avait t accompagne de
l'affirmation de l'existence d'un pouvoir rglementaire local distinct et autonome du pouvoir
rglementaire national (137).
C'est en effet sur ce deuxime aspect que va s'tablir le dbat car il est difficile de contester
l'existence d'un pouvoir normatif local comme l'a montr J.M. AUBY (138) et l'a admis L.
135.Ibid.
136. M. BOURJOL Libre administration et statut de la fonction publique locale Colloque d'Angers Cahiers du
C.F.P.C. n 13 Oct.1983 p V
137. Ibid.
138. J.M. AUBY Le pouvoir rglementaire des autorits des collectivits locales A.J.D.A. 1984 p 468
40
Cependant cette thse ne rpond pas la question de la place du rglement local dans la
hirarchie des normes.
139. L. FAVOREU Colloque d'Angers prcit Cahiers du C.F.P.C. n 13 Oct.1983 p XIV, La libre administration
des collectivits locales Actes du colloque d'ARC & SENANS 19 & 20 Avril 1984 p 66 ECONOMICA 1984, La
problmatique constitutionnelle des projets de rforme des collectivits locales R.F.D.A. 1990 p 401
140.B.FAURE Le pouvoir rglementaire des collectivits locales, Thse dactylographie, Universit de Pau et des
Pays de l'Adour, 1992
142.J.M. AUBY Le pouvoir rglementaire des autorits des collectivits locales A.J.D.A. 1984 p. 475,
A. ROUX Le statut constitutionnel des collectivits locales R.F.D.A. 1992 p. 442
143.J.M.AUBY Le pouvoir rglementaire des autorits des collectivits locales. A propos de controverses rcents
Pour solutionner cette question des rapports entre normes centrales et non centrales, pour
expliquer la place particulire de la norme non centrale (non subordonne la norme centrale
de mme niveau) plusieurs auteurs avant Ch. EISENMANN avaient avanc plusieurs
arguments: celui de la validit territoriale rduite de la norme seconde (146) ou celui de la
comptence territoriale rduite de l'organe normatif (147) ou enfin celui de la comptence
matrielle de l'organe normatif.
" Les rponses territorialistes " (148) ne peuvent tre retenues par dfinition puisque le
problme rsulte du chevauchement soit de " comptences territoriales ", soit de " validits
territoriales ". CH. EISENMANN les carte toutes juste titre mais il fonde cette dcision sur
la dfinition mme de la norme.
Pour certains auteurs la comptence territoriale des organes pourrait rsoudre la question des
rapports entre normes prises par un organe central et normes prises par un organe non-central.
Ainsi R. CHAPUS crit qu'" on doit entendre ... par incomptence territoriale le fait pour une
autorit administrative de dcider relativement des affaires trangres sa circonscription
"(149). Cette ide de comptence territoriale se manifeste aussi dans la distinction qu'effectue
M. BOURJOL entre le pouvoir rglementaire national et le pouvoir rglementaire local,
puisque ce dernier serait "spcial, en ce qu'il se rapporte aux affaires d'intrt local..."(150).
145Conclusion laquelle arrive B. FAURE, Le pouvoir rglementaire des collectivits locales, p. 241, Thse
dactylographie, Universit de Pau et des Pays de l'Adour, 1992
147.cf. par ex. cit par Ch. EISENMANN : L. ROLLAND Prcis de droit administratif p. 345 Dalloz 10me d.
150.M. BOURJOL Libre administration des collectivits territoriales de la Rpublique, Jurisclasseur Collectivits
locales Fasc.2 p 10
42
Pour Ch. EISENMANN l'ide de comptence territoriale au sens o l'entendent les auteurs est
" le produit d'une singulire illusion d'optique: le droit peut dterminer par des lments
d'ordre territorial les personnes, les actes ou les biens auxquels les normes poses par un
organe pourront se rapporter; autrement dit, limiter la comptence de cet organe des
personnes, des biens ou des actes en relation avec un certain territoire. Qu'est ici le territoire?
Manifestement rien d'autre que le cadre spatial de ces "objets" ... la dlimitation territoriale
sert les circonscrire. Or, on semble perdre ceci de vue; on dtache pour ainsi dire ce cadre
des objets qu'il enserre; on lui prte une existence du mme ordre que la leur; il prend place
cot d'eux, trait dsormais en entit distincte, en objet lui aussi "(151).
L'ide de comptence territoriale est rejete parce que "les dterminations spatiales relatives
au contenu des normes qu'un organe pourra poser servent dfinir ...les personnes, les biens
(faits ou situations) sur quoi ses normes pourront valablement porter; nullement le territoire
soumis son autorit"(152).
La thse de la validit territoriale des normes a t mise par KELSEN pour lequel "la
comptence d'un organe se dfinirait par le domaine de validit des normes qu'il pose"(153). Ce
domaine de validit s'apprciant aux plans spatial, temporel, matriel et personnel; ainsi "le
problme de la centralisation et de la dcentralisation de l'Etat se rapporte au domaine de
validit territoriale"(154) des normes.
Ch. EISENMANN dmontre, qu'une norme est caractrise par son caractre obligatoire pour
ses destinataires, " l'empire territorial des normes ", " l'tendue de leur empire " n'est que "
151.Ibid. p 41, Voir aussi Ch. EISENMANN Les fonctions des circonscriptions territoriales dans l'organisation de
153.Ibid. p 42
154.Ibid. p 43
43
l'espace o se trouvent les personnes qu'elles rgissent " et qu'ainsi le domaine de validit
d'une norme ne peut tre que personnel (155) et pour ce motif, il carte la thse de H. KELSEN.
Une partie de la doctrine voit l, la solution notre problme (157). Il est vrai, que l'approche
est sduisante puisqu'il suffit de dfinir "qui fait quoi" pour obtenir la solution. La simplicit
de la solution est dmentie par la difficult pratique du partage, parce que cela supposerait une
dfinition a priori d'un domaine des normes secondes et ensuite en son sein du partage de la
comptence de faire entre organes centraux et non centraux.
Au-del de cette difficult pratique, intervenant au niveau de la norme seconde, l'ide d'un
partage de la comptence matrielle organise par la norme premire est recevable a priori
mais difficilement admissible l'examen.
En admettant que ce domaine matriel de la norme seconde soit distinct de celui de la norme
premire, ceci impliquerait l'ide d'une dfinition matrielle a priori de l'ordre juridique
155.Ibid p 45 & s
156.Ibid. p 54
157.L'affairelocale, cl de rpartition est prsente chez tous les auteurs. L'obscurit de la notion conduit certains
prfrer la dfinition d'attributions prcises pour oprer cette discrimination: par ex. J. CHAPUISAT, La notion
44
puisque la norme premire n'aurait reu ce "label" que par rapport un domaine admis,
prexistant, asocial, a-historique d'intervention des normes permettant la distinction des
matires relevant de la norme premire et par dduction de la norme seconde. Or ceci est
contraire notre hypothse selon laquelle l'ordre juridique est un systme de justification.
Cette impossibilit de dfinir a priori un domaine des normes juridiques explique que la
rpartition des comptences, pour autant que l'on ait pu la faire, n'ait pu viter les
chevauchements.
En effet, sauf interprter ces chevauchements comme une volont de la norme premire, il y
a une impossibilit thorique et pratique d'oprer une distinction entre organes centraux et non
centraux partir d'une comptence matrielle (158). Ceci explique que ces organes disposent
d'une mme comptence matrielle ou du moins d'une comptence matrielle n'excluant pas
ncessairement celle de l'autre. La clause de comptence gnrale des communes,
dpartements et rgions en France en constitue la dmonstration, puisque rgler par leurs
dlibrations les affaires de leurs collectivits peut s'appliquer aussi l'Etat comme le montre
le premier alina de l'article 20 de la Constitution franaise de 1958 (159). M. BOURJOL le
souligne en constatant que le pouvoir rglementaire local " est gnral en ce qu'il porte sur
toutes les "affaires" de cette collectivit "(160).
Pour sortir de l'impasse on a voulu "localiser" cette clause de comptence gnrale des
collectivits locales afin qu'elle n'entre pas en conflit avec celle des organes centraux. Cette
dtermination territoriale de la comptence matrielle nous renvoie la comptence
territoriale voque prcdemment et de plus elle " ne permet ni de dterminer le domaine de
comptence des collectivits locales, ni de dterminer la ligne de partage entre les
d'affaires locales, Thse Paris 1972, Les affaires communales, p 470, A.J.D.A. 1976, La rpartition des
comptences, p 81, A.J.D.A. 1983;
158.Ch. EISENMANN fait de la matire un lment objectif de la norme et considre que " l'on doit toujours
pouvoir rpondre cette question: sur quelles matires l'organe peut-il valablement statuer?" et plus loin il crit
de faon contradictoire: " Certains organes peuvent statuer sur n'importe quelle matire, ..." Cours de droit
administratif, p. 249, tome II, L.G.D.J.1983
159. 1er alina Art.20 Constitution du 4/10/1958: " Le Gouvernement dtermine et conduit la politique de la
Nation "
160.M. BOURJOL Libre administration des collectivits territoriales de la Rpublique, Jurisclasseur Collectivits
locales Fasc.2 p 10
45
comptences de l'Etat et des autres collectivits publiques d'une part, entre ces collectivits
elles-mmes d'autre part "(161). Malgr ces difficults, l'ide que la dtermination matrielle
des comptences constitue la solution, demeure prsente.
B) le droit positif
La norme " seconde " est, a priori, dans un Etat fdral, la loi de l'Etat fdr et dans un Etat
unitaire, le rglement.
S'il en est ainsi, ceci signifie que dans le respect du principe de hirarchie des normes, la loi
de l'Etat fdr est subordonne la loi fdrale et le rglement la loi de l'Etat unitaire.
L'affirmation de la suprmatie de la loi fdrale sur la loi de l'Etat fdr apparait errone dans
la mesure o cela conteste l'ide mme de fdration, ainsi que l'avait remarqu Ch.
EISENMANN en affirmant que " les lgislateurs dcentraliss, - provinciaux ou d'Etats
membres - ne sont pas en principe et de soi, infrieurs au lgislateur central - d'Etat fdral-
dans la hirarchie des pouvoirs, leurs deux pouvoirs sont normalement gaux..."(162).
Cependant une supriorit semble s'exprimer au travers du principe " Bundesrecht bricht
Landesrecht " (droit fdral brise droit du Land) (163). Mais ce principe n'est pas d'application
161.J.M. PONTIER L'Etat et les collectivits locales-La rpartition des comptences p 166 L.G.D.J. 1978
162.Ibid. p. 267
163.Ce principe est inscrit dans plusieurs constitutions, cf. par ex.: Art.31 Loi fondamentale de la R.F.A., Art.VI
de la Constitution des Etats-Unis d'Amrique, Art.109 Constitution de la Confdration d'Australie
46
absolue et ne doit pas tre pris la lettre. La ralit ne renvoie pas, en effet, une image de lien
de subordination entre les deux lois (164). Jamais, notre connaissance, la loi de l'Etat fdr
n'est annule ou dclare inapplicable au motif d'une contrarit avec la loi fdrale, mais
pour mconnaissance de la constitution, mme si cela ne se manifeste pas dans tous les Etats
par l'affirmation que " la lgislature provinciale a un pouvoir souverain et possde la mme
autorit que le parlement du Canada dans son domaine de juridiction"(165).
En consquence, on doit considrer que dans un Etat fdral, la norme seconde c'est la fois
la loi fdrale et la loi de l'Etat fdr.
Le droit positif franais montre que le rglement local, sauf en matire de police, n'est pas
annul ou considr comme non applicable au motif de sa contrarit avec le rglement
tatique mais pour sa contrarit avec la constitution et la loi ou les principes gnraux du
droit. Selon B. FAURE, les lments du droit positif, ne semblent pas apporter d'affirmation
textuelle prcise d'une subordination du pouvoir rglementaire local au national (166).
164.A propos du systme de rapports entre pouvoir central et pouvoirs locaux en vigueur en R.F.A., Autriche,
Belgique, Danemark, Espagne, Finlande, France, Irlande, Italie, Liechtenstein, Pays-Bas, Suisse, Turquie, et
Yougoslavie F. RUBIO LLORENTE crit: "La solution la pluralit des normes, sur le plan lgislatif, ne se
trouve en aucun cas dans la subordination hirarchique des lois territoriales aux lois d'Etat ...", Les relations entre
le pouvoir central et les pouvoirs territoriaux dans la jurisprudence constitutionnelle, R.F.D.A. 1986, p. 8
165.M. CROIZAT Le fdralisme dans les dmocraties contemporaines, p 44, coll. Clefs "Politique",
MONTCHRESTIEN, 1992
166.B.FAURE Le pouvoir rglementaire des collectivits locales, p 313, Thse dactylographie, Universit de
Pau et des Pays de l'Adour, 1992
47
Concernant les rglements, nous rservons l'hypothse de la police administrative sur laquelle
se fondent les auteurs pour affirmer la subordination du rglement local au rglement tatique
(168) dans la mesure o dans ce domaine les collectivits ne disposent pas d'un pouvoir
discrtionnaire mais sont soumises l'autorit hirarchique de l'Etat qui s'exprime notamment
dans le pouvoir de substitution (169). C'est dire qu'en matire de police il n'y a pas
dcentralisation au sens d'EISENMANN. Constatons malgr tout et sans aller plus avant pour
l'instant, qu'il n'existe pas toujours une subordination du rglement de police locale celui
mis par le titulaire d'une comptence plus vaste (170).
Or, l'hypothse de la police (171) mise part, le contentieux de la lgalit des dcisions locales
en France ne fait pas ressortir notre connaissance, de cas dans lesquels le juge administratif
aurait annul une dcision d'une autorit locale au motif de sa contrarit avec un rglement
tatique. Les dcisions invoquent la mconnaissance de la constitution, de la loi ou des
principes gnraux du droit mais le rglement tatique nullement. C'est sans doute ce qui fait
dire J.M de FORGES que " les rglements pris par les autorits des collectivits
dcentralises ne doivent respecter les rglements pris par les autorits suprieures que dans la
mesure o la loi le prvoit "(172).
167.J.F.LACHAUME La hirarchie des actes administratifs excutoires en droit public franais Bibliothque de
droit public L.G.D.J. 1966, cf. aussi Encyclopdie Dalloz Contentieux administratif, Violation de la rgle de
droit n 319 & s et J.C.Adm. Fasc. 662 n 82 & s
168.J.F. LACHAUME La hirarchie des actes administratifs excutoires en droit public franais, p. 66 & s
169.sur la notion d'autorit hirarchique et de pouvoirs hirarchiques voir Ch. EISENMANN Centralisation et
dcentralisation, p. 76 & s et p. 146 & s et p. 151 & s L.G.D.J.1948 qui se distingue de la doctrine dominante en
la matire, voir cet gard, outre les auteurs cits par Ch. EISENMANN, J.F.LACHAUME La hirarchie des
actes administratifs... prcit
170.C.E. Com. de Nris les bains 18/4/1902, G.A.J.A. p 68, SIREY 1990
171.Les rgles d'urbanisme doivent tre intgres la police administrative ainsi que l'affirme G. LIET-VAUX au
J.C.A. Fasc. 445-1 n 36. Ce caractre est parfaitement dmontr dans la dcision du Conseil d'Etat qui considre
que l'arrt d'interruption des travaux pris par le Maire sur le fondement de l'article L 480-2 du code de
l'urbanisme, est un acte administratif soumis au pouvoir hirarchique du Prfet; C.E. 16/11/1992 Ville de Paris,
R.F.D.A. 1993, p. 603
Ainsi la rpartition des comptences matrielles entre les collectivits territoriales et l'Etat ne
s'effectue jamais sur le fondement d'un rglement tatique, mais en vertu de la loi interprte
par le juge (173).
Refuse par la doctrine, a priori accepte par le juge l'existence d'une norme discrtionnaire
non-centrale pose la question de savoir comment intgrer cette norme rglementaire locale, ce
que J.M. AUBY appelle un " pouvoir initial "(175); dans le systme juridique.
Cela heurte le sens juridique commun mais ne condamne pas pour autant le propos de Ch.
EISENMANN relatif au pouvoir discrtionnaire des collectivits dcentralises. Mais sortir de
la contradiction n'est pas ais.
173.J.M.PONTIER L'Etat et les collectivits locales, la rpartition des comptences, p. 109 & s, Bibliothque de
droit public L.G.D.J. 1978
174.
cf. Par exemple C.E. 6 juin 1986 Dpt. Cte d'Or, Leb. 156 ou Dpt. Val de Marne 12 0ctobre 1990 J.C.P.
Ed.Gn. 1991 n 21638
175.J.M. AUBY Colloque d'Angers prcit p XII et Le pouvoir rglementaire des autorits des collectivits
locales A.J.D.A. 1984 p 475
49
Mais affirmer l'unicit de la norme ne condamne pas pour autant la thse de M. BOURJOL et
de Ch. EISENMANN. En effet, il existe une interprtation pernicieuse du principe de la
hirarchie des normes partir des dcisions juridictionnelles.
Pour que la division produise de l'unit, il faut que la norme non centrale ne s'ajoute pas la
norme centrale dans le systme, sans toutefois, que cela conduise une subordination de la
rgle non centrale la rgle centrale.
Le principe de la hirarchie des normes est li l'ide d'unit. Ainsi J.F. LACHAUME
remarque que " dans l'ordre juridique interne de type unitaire, la hirarchie des rgles " est " le
mcanisme permettant d'assurer l'unit de l'Etat tous les stades de la rglementation "(176).
Remarquons tout d'abord que H. KELSEN dans son tude des conflits de normes n'envisage
pas propos des " conflits entre normes de mme degr " notre hypothse savoir un conflit
176.J.F. LACHAUME La hirarchie des actes administratifs excutoires en droit public franais p 2 L.G.D.J. 1966
177.M.H. FABRE L'unit et l'indivisibilit de la Rpublique, ralit? fiction? R.D.P. 1982 p 614
50
entre normes de mme degr mais dictes par des organes diffrents. En effet il n'envisage
que le conflit entre normes de mme degr dictes par un mme organe des moments
diffrents ou celui entre les dispositions d'un mme acte pris par un mme organe (178). Ceci
n'est pas un oubli mais dcoule de l'ide de validit spatiale des normes.
Cependant pour l'minent auteur la proposition selon laquelle un organe pourrait en mme
temps dire une chose et son contraire est absurde, il en est de mme lorsque ces deux choses
sont dites par des organes diffrents. Il faut considrer que les normes mises par ces organes
" sont dpourvues de valeur pragmatique, elles sont impraticables du fait que l'on ne peut
obir l'une sans contrevenir l'autre (179).
L. DUGUIT dessinait la situation du destinataire de ces normes "ou bien l'individu considr,
en prsence de cette contradiction, ne sera oblig d'obir ni l'une ni l'autre volont; ... ou
bien, au contraire, l'individu sera oblig d'obir au commandement de l'une et par suite, de
dsobir au commandement de l'autre qui le contredit; alors l'une des volonts commandantes
ne pourra pas imposer son ordre, puisque l'ordre donn par l'autre est suprieur et que c'est
cet ordre seulement que doit obir le gouvern. L'une des volonts commandantes n'est donc
pas une volont indpendante, puisqu'on ne lui doit obissance que si des ordres sont
conformes ceux d'une autre volont;..."(180).
178.H. KELSEN Thorie pure du droit p 275 Traduction franaise de la 2me d., DALLOZ 1962
181.P. AMSELEK Ontologie du droit & logique dontique, p 1026, R.D.P. 1992
51
Le droit positif en rapporte la preuve. Dans un Etat fdral, le principe " droit fdral brise
droit local" traduit l'ide, qu'en cas de conflit entre norme centrale et norme locale, celle-ci
s'efface dans l'attente de la rsolution du litige pour garantir l'aspect unitaire prsent dans
l'Etat fdral. En d'autres termes le principe renvoie plus au rgime de la chose dcide dans
notre droit administratif qu' la conscration d'une supriorit hirarchique de la loi fdrale
sur la loi de l'Etat fdr (182).
Si l'on examine la jurisprudence franaise relative aux rapports rglement local - rglement
national on constate que toujours une seule norme est, par le juge, reconnue applicable
l'espce, par l'admission ou non de la lgalit de la norme rglementaire nationale ou locale.
Le juge exprime ainsi l'ide selon laquelle un " conflit de normes reprsente une absurdit
"(183) dans la mesure o l'unit de l'ordre juridique " peut tre dcrit en propositions de droit
qui ne se contredisent pas "(184).
182." La loi fdrale s'applique donc d'emble, sauf tre considre ultrieurement comme inconstitutionnelle
par le juge comptent " S. RIALS Destin du fdralisme p 18 L.G.D.J. 1986
183.H. KELSEN Thorie pure du droit p 274 Traduction franaise de la 2me d. DALLOZ 1962
184.Ibid. p 273
52
Pour sortir des contradictions mises en vidence prcdemment, on est conduit affirmer qu'il
existe ncessairement un lien entre les normes d'un mme degr de la hirarchie traduisant
ainsi le principe d'unicit de la norme, contrariant alors M. BOURJOL et Ch. EISENMANN;
mais que ce lien n'est pas un lien de subordination contrairement l'affirmation de L.
FAVOREU.
En effet de cette unicit, nul ne peut tirer l'ide d'une subordination du rglement cart au
rglement appliqu.
Ensuite il ne viendrait l'esprit de personne d'affirmer, lorsque le rglement local est appliqu
au dtriment du rglement "plus vaste" (cf. en France C.E. Commune de Nris les Bains
18/4/1902, S.1902.3.81 ou C.E. 3/7/1931 Ville de Clamart, S.1932.3.1 ou encore C.E. Ville de
Nanterre 20/11/1964, A.J.D.A.1964 p 686), que le rglement local est suprieur au rglement
" plus vaste " et ds lors la proposition inverse ne saurait tre plus crdible.
185.B. FAURE Le pouvoir rglementaire des collectivits locales p 90, Thse dactylographie, Universit de Pau
et des Pays de l'Adour, 1992
53
On ne peut non plus affirmer que la hirarchie des normes est l'expression d'une hirarchie des
organes, puisque dans les hypothses prcdentes cela conduirait admettre que les organes
locaux concerns taient hirarchiquement suprieurs ceux dont la norme n'avait pas t
retenue. Le propos est manifestement incongru.
Par ailleurs, on ne peut affirmer en soi la suprmatie d'un organe (186) mais on peut reconnatre
celle-ci en fonction " de la nature de la puissance confre chacun ..."(187). La question a t
essentiellement discute propos de la supriorit de la loi sur le rglement et R. CARRE DE
MALBERG a montr qu'" une telle puissance chez le lgislateur ne peut pas tre rattache
uniquement l'ide d'une gradation de qualits et de pouvoirs entre le Parlement et l'Excutif.
Car elle ne s'analyse pas seulement en puissance d'un degr suprieur, mais la vrit est qu'elle
apparait comme doue des caractres et des vertus propres la souverainet elle-mme "(188).
C'est pourquoi la suprmatie des normes lgislatives ne sont pas lies leur diction par le
Parlement mais au fait qu'il s'agit de dispositions lgislatives, peu important la dfinition
matrielle ou formelle de leur caractre lgislatif comme le montre par exemple, le refus de
contrle par le juge administratif des actes lgislatifs pris par le Prsident de la Rpublique
dans le cadre de l'article 16 (189).
Si on peut admettre que le Prsident dans le cadre de l'article 16 dtienne titre transitoire la
souverainet et expliquer ainsi l'absence de contrle du juge sur les dispositions caractre
lgislatif et ainsi justifier sa " supriorit organique ", cette mme ide de puissance contenue
dans un organe ne permet pas d'expliquer toute les situations du droit positif. En effet lorsque
186.certainsauteurs semblent pourtant y faire rfrence; ainsi: J.M. AUBY affirme que "Les comptences
normatives des autorits publiques varient selon leur place dans la hirarchie des organes et il rsulte une certaine
hirarchie "statique", un tagement des normes ". Sur l'tude de la hirarchie des normes en droit public;
lments de problmatique, p 23 Mlanges PELLOUX, L'HERMES 1980; R.G. SCHWARTZENBERG crit: "
La notion de force juridique est la rsultante de trois lments: le rang dans une hirarchie des normes - elle-
mme calque sur une hirarchie des organes ..." L'autorit de chose dcide, p 4, L.G.D.J. 1969.
187.R. CARRE DE MALBERG cit par J.F. LACHAUME dans La hirarchie des actes administratifs excutoires
188.R.
CARRE DE MALBERG La loi, expression de la volont gnrale p 46 Rimpression de l'd.de 1931,
ECONOMICA 1984
189.cf. ce propos G. BERLIA Le contrle du recours l'article 16 et de son application R.D.P. 1962 p 288,
Conclusions du Commissaire du Gouvernement HENRY sur C.E. 2/3/1962 Sieur Rubens de Servens R.D.P.
1962 p 294, G. MORANGE Le contrle des dcisions prises au titre de l'article 16 DALLOZ 1962 p 11O,
Chronique de jurisprudence de Messieurs GALABERT et GENTOT A.J.D.A. 1962 p 214
54
le juge administratif dclare qu'une loi ne dit pas ce qu'elle dit, comme dans l'hypothse de
l'arrt Dame Lamotte (190), ce type de raisonnement partir de la place de l'organe nonciateur
de la norme dans une prtendue hirarchie des organes ne peut tre retenu.
En fait, la supriorit d'une norme sur une autre rsulte en dernire analyse du comportement
du juge charge d'en faire l'application ou d'en contrler la rgularit ainsi que l'avait montr
R. CHAPUS propos de la place des principes gnraux du droit dans la hirarchie des
normes, et pour cela il faut rechercher "auxquelles des normes soumises son jugement il est
suprieur, et auxquelles de ces normes il est infrieur" (191). Cependant mme cette proposition
doit tre nuance puisqu'ainsi que le dmontre M. TROPER le travail d'interprtation auquel
se livre le juge pour dire la norme applicable ou pour apprcier la rgularit d'une norme, le
conduit dterminer librement par interprtation la norme suprieure applicable (par ex. jp.
Dame Lamotte prcite) laquelle sera confronte la situation dont la rgularit est
apprcier ou la norme dont la rgularit est en cause (192). Cet auteur montre qu'il n'existe pas
de hirarchie abstraite des normes mais uniquement par l'application qu'en font les acteurs de
la vie juridique et notamment le juge. La hirarchie est un rsultat, elle n'est pas une donne.
190.C.E.17/2/1950 Ministre de l'agriculture contre Dame Lamotte R.D.P.1951 p 478, G.A.J.A. 9me d. 1990 p
433
191.R. CHAPUS De la soumission au droit des rglements autonomes, p. 124 DALLOZ Hebd.1960
193.R. CHAPUS De la soumission au droit des rglements autonomes, p. 124 DALLOZ Hebdo. 1960
55
Pour sortir de l'impasse dans laquelle deux actes ayant t mis par deux organes distincts, il
n'existe qu'une norme dgage (prfre) par le juge en liminant l'autre, sans que la prfre
subordonne l'autre, ni exprime une quelconque hirarchie entre les organes, je propose de
recourir la thorie de la sparation des pouvoirs.
" Lorsque dans la mme personne ou dans le mme corps de magistrature, la puissance
lgislative est runie la puissance excutrice, il n'y a point de libert;..."(198).
Cette ide a t interprte par une large partie de la doctrine comme imposant la sparation
des pouvoirs partir d'une distinction des fonctions remises des organes spcialiss dans
l'excution de celles-ci (199).
194. H.M. CRUCIS Les combinaisons de normes dans la jurisprudence administrative, p. 115 & s, L.G.D.J. 1991
195.Ibid. p 128
196.Ibid. p 134
198.MONTESQUIEU L'esprit des lois Livre XI, Chap. VI, p 294 GARNIER-FLAMMARION 1979
199.surcette question cf. Ch. EISENMANN L'esprit des lois et la sparation des pouvoirs, Mlanges R. CARRE
DE MALBERG p 165, Librairie DUCHEMIN 1977 et M.TROPER La sparation des pouvoirs et l'histoire
constitutionnelle franaise L.G.D.J. 1980
56
L'ide de MONTESQUIEU selon laquelle les trois puissances du pouvoir "par le mouvement
ncessaire des choses, ... sont contraintes d'aller, elles seront forces d'aller de concert"(201),
fonde une unit qui concernant notre question permet d'apprhender les rapports entre organes
centraux et non-centraux.
Or cette ide est prsente chez Ch. EISENMANN puisqu'elle constitue le support de l'une des
solutions au problme de la centralisation - dcentralisation. Parmi ses solutions figure la
semi-dcentralisation qui s'exprime par " la ncessit pour les dcisions normatrices, pour
l'diction des normes, du double consentement d'un organe central et d'un organe dcentralis
"(203).
200. M. BOUVIER-AJAM crivait: " La constitution de 1848 affirme que "la sparation des pouvoirs est la
premire condition d'un gouvernement libre". Elle tablit donc avec force la distinction entre lgislatif - confi
sur le plan national une assemble lue au suffrage universel- et l'excutif - confi sur le plan national un
prsident de la Rpublique galement lu au suffrage universel. Le principe de la sparation des pouvoirs est
partiellement appliqu l'organisation communale: le systme antrieur est maintenu dans les communes de 20
000 habitants et plus, mais pour les communes de moins de 20 000, le Conseil municipal est lu au suffrage
universel. En outre, dans les communes de moins de 6000 habitants, le maire est lu par le Conseil ..., alors que,
dans les autres communes, il est choisi par le gouvernement, mais obligatoirement parmi les membres du Conseil
municipal.
La distinction entre les attributions du Conseil et celles du Maire ... atteint une grande nettet, le Conseil ayant
essentiellement la fonction rglementaire - par ses dlibrations - et le maire la fonction excutive - par ses
arrts et autres dcisions. Le conseil dtermine la politique municipale et le maire la met en oeuvre, la ralise ".
Manuel technique et pratique du Maire p 26& s, Ed. SOCIALES 1964.
202.MONTESQUIEU L'esprit des lois livre XI, Chap.VI p 298 GARNIER-FLAMMARION 1979
Si la thorie de la sparation des pouvoirs " n'est pas un critre utile "(204) la classification
des rgimes politiques, c'est un " principe de science politique "(205) assurant " le
gouvernement modr, l'exercice tempr du pouvoir politique, o MONTESQUIEU voyait la
condition premire et essentielle de la libert politique..."(206).
"La rdaction des premires constitutions crites a t lie directement la sauvegarde des
prrogatives individuelles face l'autorit publique". La sparation des pouvoirs n'est " qu'un
moyen mis au service " de la libert (207).
205.J. ROSSETTO Recherche sur la notion de constitution et l'volution des rgimes constitutionnels p 35 Thse
206.Ch.EISENMANN L'esprit des lois et la sparation des pouvoirs dans Mlanges CARRE DE MALBERG p
188 Librairie Duchemin 1977
208.Choix
de rapports, opinions et discours prononcs la Tribune Nationale, ROBESPIERRE p. 323 et
HERAULT-SECHELLES p. 351, Tome XII, A.EYMERY Libraire, Paris 1820
58
On voit des hommes politiques et certains auteurs assimiler la libert locale une libert
publique (209), ide laquelle renvoie l'expression constitutionnelle "... s'administrent
librement...".
Par ailleurs, cette thorie ne peut se rduire " un simple amnagement de procdures
consistant diviser en plusieurs branches le pouvoir central. Dans l'quilibre qu'il a en vue,
MONTESQUIEU souhaite galement que certains groupes sociaux puissent faire contrepoids
l'organisation tatique..."(210). BOISSY D'ANGLAS rapporte l'existence de cette volont en
1791 puisque selon lui "les membres de l'Assemble constituante, combattus entre le dsir de
conserver le trne et celui de le miner sourdement, entre la crainte de lui laisser prendre trop
de pouvoir et celle de ne pas consolider son autorit, avaient cru devoir tablir dans chaque
dpartement une autorit secondaire assez forte pour rsister aux usurpations du monarque; ...
(211). Ces pouvoirs intermdiaires sont la condition de l'existence de la " loi fondamentale"(212).
Ceci n'est pas tranger au fait que des auteurs voquent "un pouvoir municipal" (213) ou
affirment que "les pouvoirs publics comprennent le pouvoir local"(214) qui constituerait le
quatrime pouvoir, aprs le lgislatif, l'excutif et le judiciaire (215).
209.M. BOURJOL Jurisclasseur Collectivits locales Fasc.2; L. de TINGUY Rapport snatorial n 307 2me
session ordinaire 1978-1979 sur le projet de loi pour le dveloppement des responsabilits des collectivits
locales
210.J. ROSSETTO Recherche sur la notion de constitution et l'volution des rgimes constitutionnels, Thse
prcite, p. 37
213.Gazette Nationale-Le Moniteur Universel Lundi 30 Novembre 1789 n 100, adoption des articles 29 51 de la
loi du 14 dcembre 1789 sur les municipalits; Rvolution Franaise-Assemble Constituante Tome II p 272
PLON Rimpression de l'ancien Moniteur 1860
214. P. COT J.O. Dbats Ass. Nat. Const. 17 Avril 1946 p 1922
215.H.du PANSEY Du pouvoir municipal cit par M.BOURJOL dans Cours dactylographi Administration
rgionale et locale, Facult de droit de TOURS 1982-1983 p.9
59
Ces conceptions eurent un impact rel sur les lgislateurs (216) mais elles n'ont jamais t
vritablement admises.
Ainsi THOURET lors des dbats sur la constitution la constituante aprs avoir voqu la
"constitution municipale" dclarait: "Commenons par bien fixer quelle est la nature de cette
constitution. Le rgime municipal, born exclusivement au soin des affaires particulires et
pour ainsi dire prives de chaque ressort municipalis, ne peut entrer, sous aucun rapport, ni
dans le systme de la reprsentation nationale, ni dans celui de l'administration gnrale"(217).
Plus rcemment encore, les dbats sur les lois de dcentralisation du dbut du premier
septennat de F. MITTERRAND ont montr, notamment au Snat, cette volont de ne pas voir
les collectivits " affaiblir l'Etat "(219).
217.
M. THOURET La gazette nationale-Le moniteur universel du 29 au 30 Septembre 1789 Rimpression du
Moniteur tome 1 p. 531 PLON 1860
218. R. CAPITANT Dbats Ass. Nat. Const. J.O. 2me sance du 16/4/1946 p 1921
219. M. GIRAUD Rapport snatorial 1re session ordinaire 1981-1982 n 33 sur le projet de loi relatif aux droits
et liberts des communes, dpartements et rgions, Tome 1, p. 59 et s, et p. 127
60
Ce type correspond la situation dans laquelle une activit normatrice est " organise de telle
faon qu'en soient matres, chacun relativement une fraction de la collectivit, une pluralit
d'organes tous composs de deux lments: l'un qui fasse partie exclusivement de l'organe
comptent pour une fraction; l'autre qui fasse simultanment partie de l'organe comptent pour
chacune des fractions "(220).
Pour arriver cette matrise partage de l'activit normatrice, les organes doivent y participer
sur un pied d'galit, " ce qui pour des activits normatrices ... signifie: faire du consentement
de l'un et du consentement de l'autre, la double condition, galement indispensable, de l'entre
en vigueur des normes, en subordonner la cration leur double assentiment, l'accord de
tous deux "(221).
Pour Ch. EISENMANN dans cette " technique que l'on appelle "la division du pouvoir"; ... le
pouvoir reste UN, mme s'il est attribu plusieurs ensemble "(223).
221.Ibid. p 92
222.Ibid. p 93
Or si l'on rapporte cela la dfinition que donnait Ch. EISENMANN de la sparation des
pouvoirs en matire lgislative, domaine qui selon lui peut tre concern par la question de la
centralisation - dcentralisation; on s'aperoit qu'il y a une certaine parent entre les deux
notions.
Pour l'auteur " dtenir le pouvoir lgislatif, c'est avoir comptence pour dicter ces rgles "
(224). Or ceci correspond ce qu'il dfinit comme tant la matrise d'une activit dans sa thorie
de la centralisation (225) et de la dcentralisation (226).
Pour lui " les pouvoirs sont spars ds lors qu'ils ne sont pas confondus, c'est dire ds que
l'exercice n'en est pas attribu au mme organe "(227) et que le consentement des divers organes
est exig pour l'diction (228). Cette ide a t reprise par M. TROPER qui considre " qu'un
acte juridique a pour auteur tous ceux ... qui disposent d'une participation dcisionnelle la
procdure d'diction de cet acte, c'est dire tous ceux sans l'accord desquels l'acte ne peut tre
dict et ne peut produire aucun effet juridique "(229).
Ceci concide avec la distinction effectue par MONTESQUIEU des facults de statuer et
d'empcher dans l'exercice du gouvernement. En effet pour cet auteur, ces deux facults
permettent de diviser le pouvoir tout en assurant son unit par la dpendance dans laquelle se
trouvent les uns envers les autres, les organes du pouvoir.
226.Ibid. p 86
227.Ch. EISENMANN L'esprit des lois et la sparation des pouvoirs, p 180, Mlanges Carr de Malberg,
229.M.TROPER La sparation des pouvoirs et l'histoire constitutionnelle franaise, p 24, L.G.D.J. 1980
L'union, la dpendance des organes dans l'exercice du pouvoir ressort de sa prsentation de "la
constitution fondamentale du gouvernement " dans laquelle " Le corps lgislatif y tant
compos de deux parties, l'une enchanera l'autre par sa facult mutuelle d'empcher. Toutes
les deux seront lies par la puissance excutrice, qui le sera elle-mme par la lgislative. Ces
trois puissances devraient former un repos ou une inaction. Mais comme, par le mouvement
ncessaire des choses, elles sont contraintes d'aller, elles seront forces d'aller de concert "(232).
La sparation des pouvoirs est pour G.VEDEL une " notion organique et formelle " (233) qui
ce titre n'tait pas trangre la question de la centralisation - dcentralisation dont l'objet est
l'organisation du pouvoir normatif.
231. MONTESQUIEU L'esprit des lois, Livre XI Chap. VI p 298-299, Tome 1, GARNIER-FLAMMARION,
1979
cf. aussi sur la transposition de ces facults l'tude de la centralisation et dcentralisation Ch. EISENMANN
Centralisation et dcentralisation p 78 & s, p 93 & s, p 100 & s, p 1O4 et p 146 & s L.G.D.J. 1948
232.Ibid. p 302
Section I) L'identification des rapports entre organes centraux et non centraux l'exercice
des facults de statuer et d'empcher
Si l'on examine les rapports entre la rgle locale et la rgle tatique, qu'il s'agisse de normes
lgislatives ou rglementaires, on constate qu'organes centraux et locaux sont troitement lis
dans la production de la norme par la remise aux uns et aux autres de la facult de statuer et de
la facult d'empcher qui se traduisent selon diffrents procds techniques.
Les relations organes centraux - organes locaux s'organisent autour d'une capacit d'initiative
reconnue chaque organe et de la possibilit de s'opposer celle-ci reconnue l'un sur l'action
de l'autre, soit en la soumettant approbation, soit en l'annulant, soit enfin par la substitution
de sa propre action l'action ou l'inaction de l'autre. Il importe de reconnatre lesquels de ces
procds s'apparentent l'exercice de la facult d'empcher d'une part et celui de la facult
de statuer d'autre part.
On l'a vu en examinant la place du rglement local dans la hirarchie des normes, cette facult
de statuer reconnue des organes non centraux est admise gnralement par la doctrine et le
droit positif en rend compte puisque le juge la consacre en admettant ou non sa lgalit.
En effet l'existence de cette activit normative, qu'on lui refuse l'appellation " pouvoir
rglementaire" (234) ou qu'on la baptise ainsi (235), ne peut tre et n'est pas conteste.
234.F.P. BENOIT Les attributions gnrales Encyclopdie DALLOZ COLLECTIVITES LOCALES p 4012-21
235.M.
BOURJOL Libre administration des collectivits territoriales de la Rpublique JURIS-CLASSEUR
COLLECTIVITES LOCALES Fasc.2 p 10 & s
65
Cette facult d'ordonner s'organise en droit autour des notions de pouvoir, de capacit, de
comptence et d'attribution. Or la dfinition de chacune d'elles ne semble pas aise (236).
Pour L. DUGUIT " la capacit est ... le pouvoir de faire un acte juridique. Dans la
terminologie du droit public, on emploie le mot comptence, qui est pris parfois dans un sens
plus large. Mais en ralit le mot comptence ... et le mot capacit expriment une mme chose
(237)".
M. WALINE (238) s'lve contre cette confusion entre comptence et capacit car ces notions
n'ont pas le mme but. Pour distinguer ce but, M. WALINE ne part pas de la capacit et de la
comptence mais de l'incapacit et de la limitation de comptence. Ceci est curieux d'une part
parce que l'auteur veut dfinir ces termes non pas intrinsquement mais par leur but et d'autre
part parce que ce n'est pas le but de la capacit ou de la comptence qui est saisi mais celui de
l'incapacit et la comptence limite. Or l'incapacit ou la limitation de comptence peuvent
poursuivre des buts similaires ou diffrents sans que l'on puisse en dduire l'unit ou la
pluralit de buts de la capacit ou de la comptence, tout dpendant justement de la dfinition
du ou des buts de la capacit ou de la comptence. Un but unique de la capacit (permettre la
ralisation d'actes juridiques) pourra dboucher sur une pluralit de buts de l'incapacit
(protection de l'incapable, protection des tiers...etc.). L'argumentation de la distinction
capacit - comptence sur ce fondement doit donc tre rejete.
236.Pour une approche critique et synthtique de ces notions cf. J.M. PONTIER L'Etat et les collectivits locales -
237.L. DUGUIT Trait de droit constitutionnel, Tome 1 p 355, BOCCARD 1927; cf. en droit civil " La capacit
est l'aptitude d'une personne tre titulaire de droits et les exercer " L. JULLIOT DE LA MORANDIERE,
Droit civil, tome 1 p 27, DALLOZ 1965 et J.L. AUBERT pour lequel la capacit des personnes c'est " leur
aptitude l'activit juridique et en l'occurrence, ... crer et assumer des obligations civiles ". Introduction au
droit p 236, Coll. U, A.COLIN 1984
Ceci montre que l'on ne peut dfinir des concepts partir de leur but et encore moins partir
des buts de ce qui est prsent comme tant le concept contraire. L'on doit dfinir
positivement les notions sinon l'on risque d'induire de curieuses conclusions. Ainsi affirmer
comme M. WALINE que la limitation de comptence a pour but "d'abord la protection des
administrs contre les abus de pouvoir"(239) conduit la proposition inverse savoir la
comptence a pour but d'ouvrir les administrs aux abus de pouvoirs! L'incongruit du propos
montre qu'en fait seul l'Etat de droit peut permettre de parler d'abus de pouvoir, de
comptences et de limitation de comptence et M. WALINE le rappelait justement mais par
une expression critiquable.
240.J. FLOUR & J.L.AUBERT crivent: " Elle est absolue lorsque l'incapacit est base de sanction ou, plus
largement, est fonde sur des motifs d'intrt gnral ". Droit civil, Les obligations, tome 1 L'acte juridique, p
163, Coll. U A.COLIN 1975
241.H. & L. MAZEAUD, J.MAZEAUD et F.CHABAS Leons de droit civil, tome 1, p 411, MONTCHRESTIEN
1983
67
esclaves hier, la fixation de l'ge de la majorit aujourd'hui montrent bien que le droit pose la
capacit comme il fixe qui peut prtendre tre reprsentant de la puissance publique (242).
Enfin M. WALINE affirme que l'incapacit n'emporte pas l'impossibilit de faire un acte
juridique alors que l'incomptence " entrane l'impossibilit d'agir "(243). L'auteur voquant par
ailleurs l'incapacit et la limitation de comptence, cela implique-t-il qu'il considre que
l'incomptence ne saurait exister? En fait, la logique veut que l'on voque dans tous les cas la
capacit limite ou la comptence limite. En effet, on constate que mme dans les cas les
plus larges d'incapacit subsiste toujours une parcelle de capacit pour l'incapable notamment
au regard des engagements de la vie quotidienne et qu'ainsi donc on doit parler dans tous les
cas de capacit limite; cette limite variant de l'incapacit du mineur ou de l'adulte sous tutelle
celle de l'adulte " capable " mais dont le droit protge la situation comme en matire de
consommation ou de droit de la construction par exemple. De plus l'incomptence n'entrane
pas l'impossibilit d'agir comme le dmontre la thorie du fonctionnaire de fait et plus
gnralement le rgime de la chose dcide qui veut que l'on accorde la dcision " une
confiance provisionnelle "(244).
D'autres auteurs font intervenir la notion de pouvoir dans la discussion sur le sens de ces deux
termes. Ainsi J.M. PONTIER prsente le pouvoir comme le fait de disposer "de la puissance
tatique, avec possibilit de recourir la contrainte organise"(245). L'auteur affirme en mme
242.M. VIRALLY crivait: " L'individu humain n'est pas ncessairement sujet de droit. Il le devient, et il ne
bnficie de cette qualit que si elle lui est attribue par le droit positif, lequel peut en subordonner l'attribution
aux conditions qu'il dfinit lui-mme " La pense juridique p 121 L.G.D.J. 1960. On adhre cette prsentation
tant entendu qu'il ne peut exister de droit sans homme et qu'il y a toujours au minimum un sujet de droit pour
poser que les autres sont des non-sujets de droit.
243.Ibid. p. 418
245.J.M.PONTIER L'Etat et les collectivits locales - la rpartition des comptences - p 32 L.G.D.J. 1978. La
prsentation de l'auteur impliquant ainsi l'existence d'une puissance publique simple et d'une puissance publique "
avec possibilit de recourir la contrainte ", on notera avec curiosit la prsentation de la contrainte comme "
une option " de la puissance publique.
68
temps que " la comptence dpasse la capacit en ce qu'elle est aussi un pouvoir "(246) et que le
pouvoir se distinguerait de la comptence en ce qu'il " est essentiellement une capacit
juridique "(247) qui se caractriserait par la possibilit de recourir la contrainte. Comment le
pouvoir peut-il rendre la comptence suprieure la capacit (1re proposition) alors qu'il est
lui-mme une capacit (2nde proposition)? Le vice du raisonnement est manifeste.
De plus, ici l'on dfinit le pouvoir comme un moyen - la possibilit de contraindre - et ainsi
comme une variante de la capacit permettant de le distinguer, a contrario, de la capacit du
particulier, puisque ce dernier ne disposerait pas de la contrainte. Or l encore, on constate que
la capacit des particuliers peut s'exprimer en un pouvoir comme en atteste par exemple le
pouvoir de l'employeur, dans le cadre du rglement intrieur de l'entreprise, sur toutes les
personnes qui excutent un travail dans l'entreprise (248). Ds lors on ne peut distinguer
capacit et comptence en recourant au pouvoir ainsi que l'a fait J.M. PONTIER.
Cette notion de pouvoir est voque de faon moins critiquable par Madame M. HECQUART
- THERON. Cet auteur distingue aussi, le pouvoir qui " est la facult de faire des actes
juridiques " de la comptence qui est la facult " d'mettre des actes juridiques normateurs ";
alors que comptence et capacit, selon cet auteur, citant G. JEZE, " ont manifestement la
mme nature juridique "(249). Le pouvoir ainsi prsent s'assimile la capacit juridique, on ne
peut alors dire que capacit et comptence ont mme nature, puisque cette dernire est un
pouvoir "rduit".
Cet auteur voque aussi les attributions dont le contenu a t dvelopp par F.P. BENOIT.
246.Ibid. p. 32
247.Ibid. p. 34, les termes en italique sont souligns par J.M. PONTIER
248.cf. sur le rglement intrieur des entreprises J.L. CARPENTIER Jurisclasseur Travail Fasc. 18-30. Dans ce
rglement l'employeur peut apporter des restrictions l'exercice du droit de grve C.E. 12/11/1990 Min.des
Aff.soc. et de l'emploi et St ATOCHEM A.J.D.A. 1991 p 484; M.HECQUARD-THERON Essai sur la notion
de rglementation, p. 113, L.G.D.J. 1977
249.Ibid. p 62
69
Le terme " attribution " est aussi utilis dans notre domaine. Pour F.P. BENOIT (250) les
attributions dsignent l'ensemble " des aptitudes agir " des collectivits. Selon le dictionnaire
"Le Petit Robert" est apte, celui qui est capable de faire quelque chose. Ceci nous renvoie la
capacit, qui serait ici entendue largement, puisqu'elle engloberait la ralisation d'actes
matriels.
Quel intrt y-a-t-il inclure dans la capacit juridique, c'est dire les attributions au sens
gnral, des aptitudes qui sont sans effet juridique? En effet, selon cet auteur, parmi ces
aptitudes seules sont des comptences, celles qui conduisent l'mission d'actes juridiques
"crant par eux-mmes des effets de droit "(251). On peut considrer que les attributions sont
synonymes de capacit (physique, sociale, culturelle, ...) et la comptence, synonyme de
capacit juridique. Les aptitudes en gnral (la capacit) sont du domaine du fait alors que
l'aptitude-comptence (capacit juridique) relve elle du domaine du droit.
251.Ibid. p 4012-2
70
Selon Ch. EISENMANN (252), cette facult de corriger s'exerce par le pouvoir de substitution
qui permet de rformer l'attitude de celui que l'on veut corriger. Cette rformation peut porter
sur une dcision ou sur une absence de dcision. L'auteur adopte une "analyse ... de nature
strictement finaliste: la substitution n'est analyse qu'en fonction du rsultat qu'elle permet
d'atteindre" (253) et cet gard se distingue de la majorit de la doctrine qui spare le pouvoir
de substitution du pouvoir de rformation.
Au regard de notre objet, la conclusion de Ch. EISENMANN ne nous parat pas critiquable
car la rformation comme la substitution conduisent l'exercice par un tiers de la facult de
statuer attribue un organe.
Comme le constate S. REGOURD, la "substitution n'est possible qu' propos d'actes prescrits
par la loi"(254) ou qu'elle exige une mise en demeure pralable (255), ceci n'est pas indiffrent,
on le verra, la situation de la facult de statuer locale.
253.S. REGOURD L'acte de tutelle en droit administratif franais, p 160, L.G.D.J. 1982
254.S. REGOURD L'acte de tutelle en droit administratif franais, p. 160 L.G.D.J. 1982
255.Ibid. p. 161
256.J.C. GROSHENS Le pouvoir des suprieurs hirarchiques sur les actes de leurs subordonns, p. 150 A.J.D.A
1966
257.Ibid. p. 148; cf. sur le retrait des actes administratifs P. DELVOLVE L'acte administratif, p. 251 & s SIREY
1983
71
concernant la seconde il dmontre que "le pouvoir hirarchique est exclusif du pouvoir de
substitution"(258).
En fait le pouvoir de rformation que l'on dit caractristique du pouvoir hirarchique n'existe
pas. Ceci s'explique par le fait que le suprieur dispose dans cette hypothse du pouvoir de
direction dont l'efficience est lie la subordination personnelle de l'infrieur.
L'laboration d'une norme par plusieurs organes ne conduit pas ncessairement reconnatre
chaque phase de cette laboration, l'existence d'une norme (260). Malgr la diversit des
interventions, l'unicit de l'acte est maintenue grce la facult d'empcher.
Si en matire lgislative, l'on a voqu cette facult en traitant du droit de vto que certains
distinguaient de la sanction (261), dans le domaine de la centralisation dcentralisation, elle
est envisage autour du pouvoir d'annulation et du pouvoir d'approbation.
258.Ibid. p. 146
260.Cf. sur le sujet P. DELVOLVE L'acte administratif, p. 83 & s et 152 & s SIREY 1983; R. HOSTIOU
261.pour un aperu synthtique de ces dbats cf. M.TROPER La sparation des pouvoirs et l'histoire
constitutionnelle L.G.D.J. 1980
72
Abstraitement autoriser quelqu'un faire quelque chose revient approuver qu'il le fasse.
Donc dans ce cas autorisation et approbation ne se distinguent pas puisqu'elles expriment
toutes les deux une facult d'empcher, mais elles se distinguent cependant par le moment de
leur intervention et par leurs suites.
262.MONTESQUIEU affirmait: " Le corps lgislatif ne doit point s'assembler lui-mme. Car, un corps n'est cens
avoir de volonts que lorsqu'il est assembl;..." L'esprit des lois Livre XI, Chap.VI p 299, GARNIER-
FLAMMARION 1979
263.Pour l'laboration de la norme premire, cette technique existe en France dans le cadre du rgime des sessions
et de l'ordre du jour, concernant le droit d'exercice du droit d'initiative; et des irrecevabilits, concernant
l'exercice du droit d'initiative.
Concernant les communes et la premire hypothse L. MORGAND remarque que " d'aprs le systme de la loi
de 1855, toute session extraordinaire devait tre autoris" permettant ainsi une approbation du droit d'exercice du
droit d'initiative, La loi municipale, tome 1, p. 37 BERGER-LEVRAULT 1963.
264.S. REGOURD L'acte de tutelle en droit administratif franais, p. 144 & s L.G.D.J. 1982
73
Cette approbation aprs la formation de la dcision peut s'assimiler une sanction au sens
tymologique du terme (266).
Cette distinction entre les diffrents stades de l'laboration permet de comprendre que
l'approbation puisse tre prsente comme ayant, soit un caractre pralable, soit un caractre
subsquent (267) selon que l'on se rfre l'action qu'elle bloque ou bloquera.
Ainsi, empcher l'exercice du droit d'initiative d'une assemble en refusant de runir celle-ci
constitue la fois une approbation caractre pralable, en ce que le droit d'initiative ne
pourra s'exprimer du fait de l'absence de runion de l'assemble et un caractre subsquent en
ce qu'elle sanctionne l'initiative de la convocation de ladite assemble.
La justesse du propos exige cependant, que l'on applique le mot uniquement son objet strict,
c'est dire ce qu'elle vise et donc la dcision qui est soumise approbation et non celles
que celle-ci aurait pu faire natre. Ainsi dans mon exemple on doit rserver l'application de
l'approbation la dcision de convocation de l'assemble.
265.cf. par ex. les actes individuels crateurs de droits P. DELVOLVE L'acte administratif, p. 194, SIREY 1983
266. Le mot vient du terme latin " sancire " qui signifie consacrer et par extension, il exprime l'ide d'une
confirmation. Ce faisant je distingue le mot " vto " qui exprime le rsultat d'une action: le refus de la " la
sanction ".
267.sur cette distinction voir S. REGOURD L'acte de tutelle en droit administratif franais p 131 L.G.D.J.1982
74
L'approbation peut rsulter de l'coulement d'un dlai. Ainsi l'ancien article L.121-31 du code
des communes prvoyait que les dlibrations des conseils municipaux taient excutoires
quinze jours aprs leur dpt auprs de l'autorit suprieure, si pendant ce dlai, le Prfet ne
les dclarait pas nulles de droit (art.L.121-32) ou ne les annulait pas pour confusion d'intrts
entre la collectivit et l'un de ses membres (art.L.121-35). Plus gnralement, on peut
considrer, que l'absence d'introduction d'un recours pour excs de pouvoir dans le dlai de
deux mois, constitue une approbation tacite de l'acte contest par ses destinataires (268).
En tout tat de cause, l'approbation doit tre expresse pour constituer une dcision. En effet S.
REGOURD a dmontr que ce que l'on appelait par commodit " approbation implicite", c'est
dire l'absence de manifestation d'un refus d'approbation dans un certain dlai de temps;
n'avait pas le caractre d'une dcision d'approbation (269). Le dlai est donn pour qu'une
dcision expresse de refus d'approbation soit le cas chant notifie mais son coulement sans
celle-ci ne fait pas natre une dcision d'approbation. En ce qui concerne la question de
l'organisation du pouvoir normatif, ce que l'on appelle approbation tacite, montre bien
qu'empcher n'est qu'une facult dont l'expression peut tre encadre dans le temps et/ou dans
la forme.
268.Ceci ne signifie pas que la contestation quivaut la facult d'empcher, puisque les recours ne sont pas
suspensifs.
270.Pour un aperu synthtique et critique de ces hypothses cf. S.REGOURD L'acte de tutelle en droit
Les faits attestent de l'existence d'une facult de statuer au profit des organes locaux, les
auteurs la reconnaissent (272) mais divergent sur son apprciation et particulirement sur sa
place dans la hirarchie des normes.
Si organes centraux et organes locaux disposent d'une facult de statuer, l'on voit bien, que
ceci est susceptible de venir contester l'unicit de la norme dans le niveau hirarchique
concern. En effet, pour Ch. EISENMANN la dcentralisation pure et parfaite ou la
dcentralisation imparfaite correspondent la situation dans laquelle " la suprmatie
appartient en dfinitive aux organes non centraux "(273). La thse de M. BOURJOL relative
l'autonomie du pouvoir rglementaire local correspond ce que Ch. EISENMANN prsentait
comme la dcentralisation.
272.Le fait qu'elle soit un objet d'tudes et de controverses le dmontre et particulirement la thse de B. FAURE
qui se consacre exclusivement l'examen du pouvoir rglementaire des collectivits locales, Universit de Pau et
des Pays de l'Adour 1992
juridiques qui se traduit par l'existence d'une norme unique par niveau dans la hirarchie des
normes.
Pour maintenir cette unicit de la norme la solution consiste instituer une facult d'empcher
au profit d'un organe central qui participera au processus normatif de la norme locale
garantissant ainsi l'unicit de la norme.
On ne saurait envisager en effet, dans un Etat deux normes d'autorit gale sans remettre en
cause la notion mme d'Etat. En effet, l'Etat exprime l'ide d'une puissance sans limite qui
dans un Etat de droit est traduite par la norme juridique. Emettre l'ide que la puissance
tatique puisse venir s'chouer sur une puissance locale, c'est remettre en cause l'unit de
l'Etat.
Manifestement le droit positif ne traduit pas une telle autorit, une telle puissance locale. En
effet en dernire analyse, les normes locales qu'il s'agisse de lois ou de rglements sont
suspendues leur admission, leur reconnaissance en qualit de normes par un juge.
Avant cette intervention, leur caractre normatif li leur constitutionnalit ou leur lgalit
n'est que prsum, ce qui justifie qu'elles ne disposent pas d'une autorit incontestable. Avant
cette intervention, elles ne sont que choses lgifres ou dcides et comme telles sujettes
annulation, traduisant ainsi en France la possibilit de rsister l'oppression reconnue par
l'article 2 de la dclaration des droits de l'Homme du 26 Aot 1789.
C'est finalement cette intervention qui va leur confrer une autorit incontestable.
Or cette intervention est toujours en dernire analyse l'expression d'un organe central qui sera
le plus souvent un juge (II) soit constitutionnel, soit administratif et ainsi si la norme
consacre est la norme locale, elle perd cet aspect pour devenir norme du systme juridique.
Cette intervention d'un juge dans le processus normatif est loin d'tre admise, bien que cette
77
dcision juridictionnelle dise LA norme applicable, confirmant ainsi qu' chaque niveau de la
hirarchie des normes n'existe qu'UNE norme.
Le juge a trop souvent t cart de la thorie de la sparation des pouvoirs en raison de cette
phrase de MONTESQUIEU selon laquelle la puissance "de juger, est en quelque faon,
nulle"(274). Cela tient aussi ce que "jusqu' prsent, la pratique franaise a ...retenu une
lecture partielle de la pense de MONTESQUIEU et de la doctrine de la sparation des
pouvoirs, faisant de la sparation un principe oppos au juge et non un principe de la garantie
des droits par le juge"(275).
Lorsque MONTESQUIEU distingue les deux facults, il montre bien qu'elles ne peuvent tre
envisages sparment, puisqu'il affirme qu'elles forment naturellement un tat de repos et que
donc seule leur utilisation dans un but commun donnera naissance au mouvement. La
distinction des deux facults ne produit donc pas une sparation, une division proprement
parler puisque le pouvoir est la rsultante de leur action rciproque. Il est l'intersection de
leur mouvement.
L. DUGUIT avait montr par ailleurs que la souverainet que l'on prsente comme indivisible
exclut que l'on envisage la sparation des pouvoirs (276) sauf considrer que cette sparation
ne met pas en cause l'unit et l'indivisibilit de la souverainet dans le cadre d'un " mystre de
la trinit politique calqu sur le mystre de la trinit divine "(277), c'est dire en rtablissant
l'unit du pouvoir.
275.T.S.
RENOUX L'apport du Conseil Constitutionnel l'application de la thorie de la sparation des pouvoirs
en France, Recueil DALLOZ 1991 Ch. p 169
276.L. DUGUIT Trait de droit constitutionnel, p 121 & s, tome 2, BOCCARD 1928
277.Ibid. p. 671.
78
indivision " du pouvoir entre deux organes dans la mesure o "aucun des deux ne peut
imposer sa volont l'autre, sans l'autre ou contre lui"(278).
Le dbat est ancien et s'est instaur propos du vto et de la sanction en matire lgislative.
L'affirmation selon laquelle ces procdures associaient leurs titulaires la formation de la loi a
t critique.
281.A. ESMEIN Elments de droit constitutionnel franais et compar, p.511, SIREY 1927
79
mconnaissait le principe (282). L. DUGUIT s'est lev contre cette faon de voir, puisque
selon lui MONTESQUIEU estimait " qu'il doit exister une action continuelle des deux
pouvoirs l'un sur l'autre, une vritable collaboration (283).
En admettant cette collaboration, d'autres auteurs vont contester que certaines procdures la
rvlaient.
Ch. EISENMANN a critiqu cette analyse. En effet pour l'auteur "les pouvoirs sont spars
ds lors qu'ils ne sont pas confondus, c'est dire ds que l'exercice n'en est pas attribu au
mme organe" (285). Or ceci est ralis en matire lgislative. Il considre que " si ...l'diction
des rgles lgislatives suppose leur adoption par plusieurs individus ou par plusieurs corps,
l'organe lgislatif sera form par leur runion. Participent donc au pouvoir lgislatif, ... les
individus ou les corps dont la Constitution exige le consentement pour l'diction, c'est dire
l'entre en vigueur, des rgles lgislatives..."(286). La sanction et le droit de vto ne se
distinguent pas car ils expriment tous les deux la possibilit de ne pas approuver et qu'ainsi ils
sont " deux modes d'exercice d'un mme pouvoir, le "droit d'arrter"..."(287).
282.Ibid. p. 499
284.R.CARRE DE MALBERG Contribution la thorie gnrale de l'Etat p 4OO, Tome 1, SIREY 1920,
rdition C.N.R.S.1962. Dans son ouvrage, La loi, expression de la volont gnrale, R.CARRE de MALBERG
justifiait l'ide de l'association de l'excutif la lgislation par la sanction, par une thorie allemande " qui
dcomposait la confection de la loi en deux oprations distinctes: d'une part, la fixation du contenu de la loi
(Gesetzesinhalt) ou adoption de son dispositif; et, d'autre part, l'mission du commandement lgislatif
(Gesetzesbefehl), qui imprime ce dispositif la force imprative et obligatoire de loi ". p 143, SIREY 1931,
rdition ECONOMICA 1984.
285.Ch. EISENMANN L'Esprit des lois et la sparation des pouvoirs p 180 Mlanges CARRE DE MALBERG
286.Ch.
EISENMANN L'Esprit des lois et la sparation des pouvoirs note 2 en bas de page 166 Mlanges CARRE
DE MALBERG, rimpression de l'd.1933, Librairie DUCHEMIN 1977
De la mme faon, M. TROPER dans sa thse (288) sur la sparation des pouvoirs et l'histoire
constitutionnelle considre " qu'un acte juridique a pour auteur tous ceux ... qui disposent
d'une participation dcisionnelle la procdure d'diction de cet acte, c'est dire tous ceux
sans l'accord desquels l'acte ne peut tre dict et ne peut produire aucun effet juridique "(289).
M. TROPER a repris l'analyse des deux auteurs pour rejeter celle de R. CARRE DE
MALBERG. Si certains contestent que ce vto fasse du Roi l'gal du pouvoir lgislatif, ils
admettent nanmoins que ce droit de vto fasse participer le Roi la fonction lgislative (290).
289.M. ROPER La sparation des pouvoirs et l'histoire constitutionnelle franaise, p. 24 L.G.D.J. 1980
290.G. BACOT L'Esprit des lois et Charles EISENMANN, p. 617 R.D.P. 1992
292.Ch.EISENMANN L'Esprit des lois et la sparation des pouvoirs, p. 180 Mlanges CARRE DE MALBERG
rimpression de l'd.de 1933 Librairie DUCHEMIN 1977
81
Pour CH. EISENMANN, il y aura semi - dcentralisation lorsqu'il y aura " la ncessit pour
les dcisions normatrices, pour l'diction des normes, du double consentement d'un organe
central et d'un organe dcentralis " et ce consentement s'exprime " si leur entre en vigueur
dpend d'une dcision librement prise par cet organe soit de la provoquer, soit de ne pas
l'empcher ..." (293).
Cette prsentation a t conteste par S. REGOURD dans son ouvrage relatif l'acte de tutelle
en droit administratif franais (294) et M. TROPER abondera dans son sens (295). Cependant
cette contestation ne dbouche pas sur une qualification de l'acte sous tutelle.
Pour S. REGOURD, la codcision repose sur la distinction contestable " de tutelle de lgalit
et de tutelle d'opportunit (296) et sur une analyse fonde sur des logiques diffrentes: une
logique normativiste et une logique volontariste (297).
Sur le premier point, on verra plus loin qu'effectivement la distinction tutelle de lgalit -
tutelle d'opportunit et plus gnralement de comptence lie ou discrtionnaire ne rsiste pas
l'analyse.
295.M.TROPER Libre administration et thorie gnrale du droit, le concept de libre administration, p 59,
ouvrage du colloque d'Arc-et-Senans des 19 & 20/4/1984 "La libre administration des collectivits locales",
ECONOMICA 1984
296.S. REGOURD L'acte de tutelle en droit administratif franais, p 335, L.G.D.J. 1982
297.Ibid. p 335
82
l'ide de "conjonction de volonts" mise par J. BOULOUIS en matire de tutelle sur les
caisses de Scurit Sociale (298). Cet auteur crivait "l'acte juridique soumis au pouvoir de
tutelle n'est parfait que par la rencontre de deux volonts concordantes: celle de l'autorit sous
tutelle et celle de l'autorit tutrice, quelles que soient par ailleurs les modalits de la tutelle,
car celles-ci concernent non pas la qualit du consentement de l'autorit tutrice mais
seulement les formes dans lesquelles il s'exprime "(299). Or, S. REGOURD constate que cela
s'carte du propos de Ch. EISENMANN pour lequel il y a codcision qu'en cas de pouvoir
discrtionnaire de l'autorit de tutelle, et S. REGOURD ajoute que la thse de J. BOULOUIS
aboutit l'inverse de celle de Ch. EISENMANN, car la codcision chez J. BOULOUIS
apparat dans la tutelle de lgalit car l'acte de tutelle et l'acte sous tutelle sont lis jusqu'au
moment o le juge tranche l'interprtation de la rgle suprieure applicable. A la recherche de
l'acte de tutelle, S. REGOURD ne pouvait manquer de constater la " totale htrognit entre
des hypothses recevant la mme qualification de tutelle "(300). Dans leur exercice, on verra
que ces deux tutelles sont tout autant discrtionnaires, la distinction est donc indiffrente
notre propos.
Sur le second point, savoir un raisonnement de Ch. EISENMANN fond sur des logiques
n'appartenant un mme champ, l'analyse de S. REGOURD apparat d'une efficacit
redoutable.
298.J. BOULOUIS La tutelle du ministre du travail sur les dlibrations des caisses de scurit sociale, note sous
301.Ibid. p. 373
Ceci conduit Ch. EISENMANN ne considrer dans le processus de cration des normes que
le "point frontire de l'diction", ne tenant pas compte ainsi "du monopole de l'organe non-
central au plan de l'initiative"(304). En effet, ceci conduit considrer qu'avant la dcision de
l'organe central il n'y a rien; l'initiative dcentralise est un "nant juridique" et ds lors on se
demande comment " l'intervention centrale s'accouplant avec un nant juridique puisse donner
vie une co-dcision "(305). Considrer que l'lment essentiel est le consentement de l'organe
central, conduit "admettre que la norme se dfinit essentiellement comme une manifestation
de volont dpourvue de contenu"(306).
Ceci conduit S. REGOURD nier l'unit qu'exprimait l'ide de semi-dcentralisation, pour lui
il n'y a pas " indivision entre volont dcentralise et volont centrale, ...il faut conclure ... au
caractre distinct de l'acte de tutelle vis vis de la personne contrle "(307).
b) la proposition de S.REGOURD
L'auteur distingue l'acte de tutelle de celui sous tutelle en s'attachant au fait que le premier est
un acte susceptible de faire l'objet d'un recours pour excs de pouvoir ou de donner naissance
un contentieux de la responsabilit. De cela il conclut que l'acte de tutelle a le " caractre
303.Ibid. p. 370
304.Ibid. p. 370
305.Ibid. p. 373
306.Ibid. p. 376
307.Ibid. p. 380
84
normateur "(308) alors mme qu'il affirme que jamais les actes de tutelle ne pourront " faire
peser des obligations de faire sur ses destinataires "(309).
Constatant que l'acte sous tutelle peut lui aussi faire l'objet d'un contentieux de l'annulation ou
de responsabilit, on pourrait penser, qu'aux mmes lments corresponde une qualification
identique mais l'on doit se satisfaire de la reconnaissance " d'une certaine existence juridique".
L'acte sous tutelle est alors qualifi de faon variable selon la tutelle qu'il supporte. Ainsi en
cas de tutelle par approbation "on est alors en prsence d'une norme dj inscrite dans l'ordre
juridique et provisoirement frappe d'inefficacit. Il en va diffremment au cas de tutelle
d'annulation. L'acte de tutelle ne porte alors plus sur le statut intermdiaire de l'efficacit, mais
directement sur la validit de la norme. On pourrait considrer qu'il en va de mme dans les
cas de substitution ... En ralit, le cas de substitution reste en marge ... Il est artificiel de
tenter de cerner la nature positive des rapports entre deux actes dont l'un est substitu l'autre.
Enfin comme l'annulation, l'autorisation met directement en cause un principe de validit,
l'acte non encore autoris n'est pas seulement inefficace, il est invalide "(310).
Cette longue citation met en vidence une dilution de l'ide de norme. Comment comprendre
que la norme dfinie comme rgle de conduite humaine puisse exister et tre inefficace
(hypothse de l'approbation), ne pas exister mais tre susceptible de contestation voire de
responsabilit (hypothses de l'annulation et de l'autorisation)?
L'auteur finalement propose de considrer l'acte sous tutelle comme un acte conditionn (311)
s'insrant dans " une conception "volutive" de la force juridique des actes administratifs "(312)
308.Ibid. p. 413
309.Ibid. p. 415
310.Ibid. p. 481
311. Il est important de noter ici que S. REGOURD ne le qualifie pas d'acte unilatral puisque cette qualification
312.Ibid. p. 490
85
au sein de laquelle il constituerait " une tape spcifique de l'acte "en mouvement" "(313) qui se
distinguerait de celle confrant l'autorit provisoire de chose dcide et qui permettrait de dire
que l'acte sous tutelle dispose de " "l'autorit conditionnelle" de chose dcide "(314).
S. REGOURD affirme, alors que " la notion de condition ne manifeste rien d'autre qu'une
modalit particulire d'intervention de l'Etat ... expression juridique de ce que la
dcentralisation suppose le maintien d'un lien entre l'institution primaire, tatique et les
institutions secondaires ...lien d'unit que matrialisent les actes de tutelle "(315).
Cette conclusion qui rtablit l'unit conteste l'origine, impose de fonder cette unit dont,
semble-t-il, la question de la centralisation-dcentralisation ne saurait se passer.
La sparation des pouvoirs concerne l'acquisition du caractre normatif par l'exercice successif
des facults de statuer et d'empcher. La norme, rsultat du processus ne doit pas tre
confondue avec l'acte juridique, lment du processus.
Selon H.KELSEN, " une "norme" est la signification d'un acte par lequel une conduite est ou
prescrite ou permise "(316). Ch. EISENMANN fait sienne cette analyse (317).
313.Ibid. p. 491
314.Ibid. p. 491-492
315.Ibid. p. 493
Sur cette base, il est impossible de considrer l'acte de tutelle et celui sous tutelle comme des
normes.
En effet, S. REGOURD l'a montr, l'acte sous tutelle ne peut prescrire une conduite puisque
cette prescription de comportement est suspendue l'intervention positive de l'organe central.
L'acte de tutelle ne peut non plus recevoir le titre de norme dans la mesure o il n'a pas de
contenu, ide contre laquelle s'levait, on l'a vu, S. REGOURD (318). En effet, l'acte de tutelle
(hors substitution) est un " oui " ou un " non ", et l'on voit bien que cet acquiescement ou ce
refus n'ont un sens que par rapport un rfrent, en l'espce l'acte sous tutelle.
Contrairement S. REGOURD qui affirmait que " la qualification d'acte unilatral recouvre
ipso facto le caractre normateur de l'acte de tutelle ..."(319), on ne peut reconnatre l'acte de
tutelle le caractre de norme.
318.S. REGOURD L'acte de tutelle en droit administratif franais, p.. 372, L.G.D.J. 1982
319.Ibid. p.413
321.Ibid.p.377
87
Dans l'hypothse de S. REGOURD, on peut d'autant moins considrer que l'acte de tutelle est
un acte normateur, que l'acte sous tutelle, auquel il se rapporte, n'a pas selon lui modifi une
norme prexistante dans la mesure o il refuse l'acte sous tutelle, le titre de norme.
Lors d'une annulation juridictionnelle, qui on le verra, est frquemment postrieure l'entre
en vigueur de l'acte, on se trouve dans le mme cas de figure, puisque l'acte annul l'est
rtroactivement, il est sens n'avoir jamais exist. On ne peut donc parler pour ces actes
d'annulation, d'actes normateurs ngatifs, puisque dans les faits, ils ne modifient rien dans
l'ordonnancement juridique.
Ces actes qui ne sont pas normateurs sont toutefois des actes juridiques, telle est l'opinion de
P. AMSELEK (322).
En raison des effets, des consquences de ces actes, ils ne sont pas quelconques. S.
REGOURD a montr et d'autres aussi, qu'ils taient susceptibles de faire l'objet de recours
pour excs de pouvoir, ce qui atteste de leur "existence juridique", c'est dire leur
reconnaissance par les normes.
L'intuition conduit les qualifier d'actes juridiques. Cette intuition demande tre fonde.
Pour H. KELSEN, " l'acte juridique est un fait crateur de droit " (323). Pour Ch. EISENMANN
" les actes juridiques sont des oprations par lesquelles des normes juridiques, sont poses,
322.P. AMSELEK L'acte juridique selon Ch. EISENMANN, p. 326 & s, tome 32 Archives de philosophie du
Ces dfinitions ne permettent pas, a priori, de dire que les actes de tutelle ou sous tutelle sont
des actes juridiques puisque ni les uns ni les autres ne font natre seuls une norme; ils sont
indissolublement lis dans la naissance de celle-ci " de la mme faon que la naissance d'un
tre vivant est inconcevable de la phase initiale de procration, le moment de la mise au
monde juridique renseigne incompltement, sur la cration de la norme "(325).
En crivant que l'acte juridique c'est " l'acte lui-mme envisag en tant qu'opration, c'est
dire en tant qu'ensemble de faits et gestes accomplir pour parvenir au rsultat dfini, c'est
dire l'apparition d'une norme juridique ..."(326) Ch. EISENMANN montre bien, que nous
concernant, c'est l'ensemble des deux actes qui pourrait recevoir la qualification d'acte
juridique et non l'un et l'autre.
En fait, obnubils par l'ide qu'UNE norme va natre, les auteurs en font le fruit d'UN acte
juridique.
327.S. REGOURD tirait de ce constat une conclusion diffrente, puisque selon lui, ainsi, l'enfant pourrait sortir de
deux ventres en n'ayant qu'une seule mre. cf. p. 371 de L'acte de tutelle en droit administratif franais prcit.
d'un acte juridique. Pourtant ils n'ont pas t l'abri de cette confusion-rduction comme le
montre le propos de Ch. EISENMAN faisant de l'acte juridique " l'ensemble des faits et
gestes" conduisant la norme.
En considrant l'ordre juridique comme un systme de justification dans lequel les actes
humains reoivent le titre de normes en conformit avec une norme prexistante ou avec une
procdure tablie, M. TROPER (330) montre que l'opration de justification dbouche sur
l'unit: LA NORME, mais celle-ci peut-tre le rsultat de plusieurs confrontations de l'acte
postulant au titre de norme avec la rglementation juridique, c'est dire avec l'arsenal de
justification.
Ces diffrents moments de confrontation constituent des actes juridiques au sens pos par P.
AMSELEK, c'est dire d'actes " ayant vocation manifester une prescription de normes " (331)
dans la mesure o ce sont des " actes de dire (332) institus par le droit pour l'exercice de
comptences d'autorit sociale, de fonctions sociales dirigeantes ..."(333).
On pourrait objecter, une fois encore que c'est uniquement ensemble, dans leur union que
l'acte de l'organe central et celui de l'organe non central manifestent cette vocation prescrire
une norme mais P. AMSELEK considre que "tout acte de dire qui se prsente comme
accompli dans l'exercice de telles fonctions doit tre qualifi - et est de fait couramment
qualifi - "acte juridique", mme s'il correspond un exercice dfectueux desdites
fonctions"(334) comme le montre la thorie du fonctionnaire de fait(335).
330.M. TROPER Systme juridique et Etat, p. 41, tome 31, Archives de philosophie du droit, SIREY 1986
331.P. AMSELEK L'acte juridique selon Ch. EISENMANN, p. 322, tome 32, Archives de philosophie du droit,
SIREY 1987
332.Ibid. p. 316, l'auteur dfinit l'acte juridique comme " un acte de parole, de dictio "
333.Ibid. p. 323
334.Ibid. p..323
90
L'existence juridique des actes de tutelle ou sous tutelle tablie par S. REGOURD dmontre
l'exercice de ces fonctions sociales dirigeantes et autorise donc qualifier les actes de tutelle
et sous tutelle, d'actes juridiques.
N'tant pas des normes, ces actes juridiques peuvent-ils prescrire des conduites aux hommes ?
Peut-il y avoir deux types d'actes prescriptifs de conduite, les normes juridiques et certains
actes juridiques ? La thse de R.G. SCHWARTZENBERG en apporte la dmonstration (336).
335. Sur cette question, cf. R. CHAPUS Droit administratif gnral, p. 753 & et 799 & s, MONTCHRESTIEN
1992
Sauf ruiner la dfinition de la norme, acte juridique justifi socialement, celle-ci ne saurait
tre contestable. La facult d'empcher qui s'exerce en dernier sur la facult de statuer,
figurera le moment de l'acquisition du caractre normatif.
Cependant ces actes ne disposent pas de la mme autorit que celle confre par le lgislateur
ou le juge. Cette autorit particulire est communment dsigne sous l'expression "d'autorit
de chose dcide" ou "privilge de l'excution pralable".
Pour dterminer cette autorit de chose dcide R.G. SCHWARTZENBERG prend comme
rfrences la chose lgifre d'une part et la chose juge d'autre part, qui prsentent toutes les
deux un caractre identique, selon l'auteur: l'incontestabilit.
L'limination de la loi comme terme de rfrence s'impose puisque son incontestabilit n'est
lie qu' sa situation en France et non l'une de ses qualits intrinsques. En effet, on sait que
si la loi en France est incontestable, mme depuis l'introduction du contrle de
constitutionnalit en 1946 (338), il n'en est pas de mme dans d'autres systmes juridiques
comme en atteste le rgime de la loi aux Etats Unis d'Amrique.
337.Ibid.p.43
338.La constitution du 27/10/1946 introduisait dans ses articles 91 & s un contrle de la constitutionnalit; la
constitution du 4/10/1958 le prvoit l'article 61
92
Ceci impose de trouver le critre de la norme pour la distinguer des simples actes juridiques
dcisoires. Ce critre est l'incontestabilit dans la mesure o l'on ne saurait admettre
d'hsitation sur son existence car la conduite des hommes en dpend.
339. Le fondement de cette prise en considration rsulte de sa place dans le processus de justification, notamment
de l'existence ou inexistence d'une facult de statuer susceptible de supplanter celle qu'il exprime: ex: art.45 de la
constitution du 4/10/1958, dlgation de signature.
340.P. AMSELEK Rflexions critiques autour de la conception kelsenienne de l'ordre juridique, p 15, R.D.P.
1978. Cependant l'auteur ne devrait pas utiliser l'expression " norme non valable " puisqu'ainsi que l'crit
M.TROPER " la validit est le mode mme d'existence des normes " dans l'article " La pyramide est toujours
debout! Rponse Paul AMSELEK, p 1532, R.D.P.1978
341.Ibid. p 18
93
b) Le moment de l'incontestabilit
Cette incontestabilit est acquise aux actes dots de l'autorit dfinitive de chose juge (342).
Cette incontestabilit est manifeste dans notre domaine. Un juge ne peut pas "recrer un acte
juridique" annul dfinitivement par un prcdent juge.
Pour comprendre cette autorit particulire de la chose juge, il faut analyser l'acte juridique-
norme. Cette analyse permettra de dterminer l'instant de l'obtention de l'incontestabilit.
L'existence de la norme est toute entire contenue dans cet acte de dire, qu'on l'empche et la
norme n'apparat pas, n'est pas rvle.
342.surla justification de cette autorit, cf. J. CARBONNIER Droit civil, Introduction, p..330 & s,
P.U.F.Thmis1988; L. JULLIOT DE LA MORANDIERE Droit civil, p. 163 & s tome 1, DALLOZ 1965; G.
MARTY & P. RAYNAUD, Introduction gnrale l'tude du droit, p..337 tome 1, SIREY 1972; R.G.
SCHWARTZENBERG L'autorit de chose dcide, p. 270 & s, L.G.D.J. 1969
344.P.AMSELEK L'acte juridique selon Ch. EISENMANN, p 317, tome 32, Archives de philosophie du droit,
SIREY 1987
94
L'acte juridique par de l'autorit de chose dcide sera celui rpondant a priori, en raison de
l'absence d'intervention de la facult d'empcher du juge, aux critres statiques et dynamiques
du label " norme juridique ". La norme juridique pare de l'autorit de chose juge sera celle
reconnue conforme par le titulaire de la facult d'empcher, aux critres dynamiques et
statiques de justification du label " norme juridique ". Avant l'intervention de la facult
d'empcher l'acte non central " demeure en perptuel procs et en ventuel devenir "(345) car il
lui manque l'autorit formelle et l'autorit matrielle que seule l'intervention de la facult
d'empcher est susceptible de lui donner.
Ce dernier mot sera le plus souvent l'oeuvre d'un juge mais il pourra s'agir aussi d'un organe
central dot d'une facult de statuer, ce qui ne sera pas sans consquence sur la qualification
de l'organisation du pouvoir normatif. On raisonnera sur l'intervention d'un juge dans la
mesure o l'appartenance d'un juge au processus normatif est de loin la plus conteste.
Mon argumentation repose non seulement sur le fait que le juge est crateur de droit mais
aussi sur l'inclusion du juge dans un processus normatif au sein duquel il serait une autorit
ncessaire.
Le propos aurait pu apparatre dplac tant notre tradition juridique et idologique s'opposait
en apparence l'affirmation, en se fondant sur la sparation des fonctions judiciaires et
administratives en vertu de la loi des 16-24 aot 1790 et du dcret du 16 Fructidor an III (346).
346.Art.13 loi 16-24 Aot 1790 " Les fonctions judiciaires sont distinctes et demeurent toujours spares des
fonctions administratives; les juges ne pourront peine de forfaiture troubler de quelque manire que ce soit les
oprations des corps administratifs, ni citer devant eux les administrateurs en raison de leurs fonctions." et le
dcret du 16 Fructidor an III dispose: " Dfenses itratives sont faites aux tribunaux de connatre des actes
d'administration, de quelque espce qu'ils soient, aux peines de droit." Code Administratif, p. 18 DALLOZ 21me
d. 1990
95
D'un autre point de vue, l'unit de la rglementation apparait avec l'originalit du statut
institutionnel du juge constitutionnel ou administratif.
Cela tient d'une part aux modalits de recrutement qui, concernant le juge constitutionnel
relvent le plus souvent d'organes politiques et concernant le juge administratif en France,
sont celles de l'administration " active ".
D'autre part, en France en matire rglementaire, cette unit de la rglementation est lie la
place du juge qui non seulement intervient en aval de la dcision mais aussi en amont. Ce
dernier point traduit, d'ailleurs, les consquences de la loi des 16-24 aot 1790 et la place
historique du juge administratif tant dans la procdure d'laboration des normes que dans le
contentieux administratif.
347.J. CARBONNIER dclare ce propos: " La conception actuelle est diffrente. Elle admet que le juge soit
crateur, non pas seulement interprte; et que s'il ne rencontre pas dans l'ordonnancement juridique prexistant
une rgle de droit adquate au cas de l'espce, il puisse s'en forger une l'aide de sa raison...Le juge agit alors
comme s'il avait faire acte de lgislateur". Droit civil, tome 1, p. 17 Thmis P.U.F. 6me d. 1965
L. DUGUIT refusait de voir dans le juge un normateur (tome 1, Trait de droit constitutionnel, p. 159 & s) mais
admettait la thse d'HAURIOU selon laquelle l'exception d'inconstitutionnalit peut tre invoqu devant tout
tribunal non seulement lorsque la loi " viole une rgle formelle de la constitution, mais encore toute loi qui viole
un principe essentiel la vie de l'Etat." Trait de droit constitutionnel, tome 3, p. 722 & s BOCCARD 1930
348.Cetteintervention plus grande du juge administratif tient ainsi que le signalait J. RIVERO, au fait qu'"il arrive
souvent qu'aucune rgle crite n'ait prvu le cas soumis au juge....Ds lors, le juge administratif n'avait qu'une
ressource: formuler lui-mme la rgle gnrale qui lui permettait de statuer." Droit administratif, p. 74 & s
DALLOZ 9me d.1980
96
A) Le juge normateur
Le juge crateur de droit sans doute, mais ce n'est pas sa dcision qui pose une norme mais
son raisonnement.
H. KELSEN (349) et sa suite Ch. EISENMANN (350) ont considr que les dcisions
juridictionnelles constituaient des normes juridiques individuelles, dans la mesure o elles
sont " des lments de rglementation d'une conduite humaine "(351). R. CARRE de
MALBERG tout en admettant le caractre crateur du juge refusait cette assertion en raison de
l'autorit limite de la dcision juridictionnelle (352). Pour L. DUGUIT " les juges ne sont que
des interprtes ...; ils ne peuvent jamais tre des crateurs "(353).
La querelle n'est pas nouvelle, il y a donc une certaine prtention y intervenir aprs d'aussi
minents juristes. On risque l'aventure malgr tout!
Dj, on constatera que le propos de H. KELSEN ne peut tre apprhend que lorsque la
dcision juridictionnelle solutionne un problme d'application du droit et non lorsque cette
dcision s'assimile une facult d'empcher. En effet dans ce dernier cas ; on l'a montr
partir de la notion de " normes ngatives " qui, sans doute avait inspir S. REGOURD ;
l'annulation du fait de sa rtroactivit ne modifie pas l'ordonnancement juridique et qu'ainsi
elle ne peut tre qualifie de norme. Le raisonnement est identique pour l'approbation.
349.H. KELSEN Thorie pure du droit, p 98, 318 & s, DALLOZ 1962
351.Ibid. p 349
352.R. CARRE de MALBERG Contribution la thorie gnrale de l'Etat, p 744 & s, Rimpression C.N.R.S.
risque de conduire jusqu' l'absurde et en tous cas l'excs "(354), mais aussi et surtout parce
qu'elle repose sur une assimilation errone du mode de cration des normes et du mode de
production des jugements.
Si l'on admet que l'ordre juridique est un systme de justification, la qualification d'un acte en
norme rsultera d'un raisonnement syllogistique dans lequel la majeure sera une norme (rgle
de procdure ou de fond) et la mineure un acte prtendant au titre de norme.
Le raisonnement du juge est tout autant syllogistique, mais il n'a pas le mme objet. Il ne vise
pas reconnatre la qualit de norme un acte mais dterminer si un acte, un fait est rgi par
le droit. Le rapprochement opr par le juge entre le droit et cet acte ou ce fait ne transformera
pas celui-ci en norme juridique. Messieurs MARTY et RAYNAUD avaient raison de
souligner la curiosit d'une telle conclusion, mais on comprend moins qu'ils aient pu
reconnatre la cohrence de la conception qui la sous-tendait (355).
S'il n'apparat pas possible d'admettre que les dcisions juridictionnelles constituent des
normes juridiques, l'expression "juge normateur" n'est pas pour autant condamnable. En effet
quel que soit l'objet de sa dcision - appliquer le droit ou exercer sa facult dempcher- le
juge est matre du contenu de son raisonnement. C'est cette matrise, toujours conteste, de
son apprciation du droit dans le cadre de son analyse syllogistique, qui autorise le recours
cette expression; ce n'est pas sa dcision elle-mme.
354.G. MARTY & P. RAYNAUD crivent: "Si toute concrtisation individuelle des solutions juridiques, dans le
cadre de rgles suprieures, fait partie du droit, il ne faut pas limiter aux seuls actes juridiques la vrit de cette
observation. Un simple fait en tant qu'il est susceptible de provoquer des consquences juridiques doit tre
galement plac parmi les sources du droit: l'infraction ...; le dlit ou quasi-dlit civil crateur de
responsabilit..." Droit Civil, Tome 1, p 227, SIREY 1972
2) Un raisonnement normateur
Cette contestation, toujours d'actualit, fonde sur la crainte d'un gouvernement des juges
remonte en France la rvolution de 1789 o, lorsque l'on a voulu tablir l'ordre judiciaire,
certains ont souhait interdire cette possibilit.
Ainsi PRIEUR (de la Marne) dclarait propos de l'interdiction de faire des rglements: " Je
pense qu'on pourrait ajouter l'article ces mots: " ni interprter une loi, ni l'tendre d'un cas
un autre; ni prononcer sur un cas qui ne serait prvu par la loi ". Pour appuyer mon
observation, je vous prierai de ne pas perdre de vue ce principe. Le juge doit appliquer la loi
au fait qui lui est dnonc; s'il n'y a pas de loi sur ce fait, et qu'il prononce, son jugement est
une loi "(356).
Ce refus de voir le juge hiss " au rang des sources formelles de notre droit priv positif " (357)
ainsi que l'exprimait F. GENY n'excluait pas un certain ralisme puisque ce dernier soulignait
que pour certains auteurs la sparation des pouvoirs " n'empchera jamais le juge de participer
dans une certaine mesure la lgislation "(358).
Cette consquence de l'action du juge apparait aussi bien dans l'activit du juge constitutionnel
que dans celle du juge administratif.
356.PRIEUR (de la Marne) Gazette Nationale-Le Moniteur Universel du 6 juillet 1790 Rimpression du Moniteur
Universel Rvolution Franaise Assemble Constituante Tome 5 p 5O PLON
357.F. GENY Mthode d'interprtation et sources en droit priv L.G.D.J. 1954 tome II, p. 35
En effet, si l'on considre le contrle de constitutionnalit aux Etats Unis, on s'aperoit que les
procdures de l'exception, de l'injonction et du jugement dclaratoire (359) ont conduit le juge
exercer " essentiellement une fonction lgislative "(360).
Ce constat vaut pour la France o l'laboration par le Conseil Constitutionnel du " principe de
constitutionnalit " (361) manifeste un " rgime d'nonciation concurrentiel des normes "(362)
tendant dans le processus normatif confrer au Conseil " le rle du Commandeur: celui qui
dit le dernier mot, qui n'intervient qu'une fois, mais dfinitivement "(363).
Concernant le juge administratif en France, il est banal d'affirmer qu'il a t "amen faire
vritablement le droit"(364) et dans le domaine des collectivits locales cette oeuvre apparat
dans les deux branches de l'intervention publique, savoir service public et police
administrative.
359.Sur ces procdures voir G. BURDEAU Trait de science politique, Tome IV, p. 468 & s, L.G.D.J. 2me d.
1969
363.C.EMERI Gouvernement des juges ou vto des sages, R.D.P. 1990 p. 349
364.G.VEDEL & P. DELVOLVE Droit administratif, tome 1, p. 89 Thmis P.U.F. 11me d. 1990
365.C.E.29 Mars 1901 Casanova p 59 & s G.A.J.A. SIREY 9me d.1990; voir aussi J.F. LACHAUME dans Les
grandes dcisions de la jurisprudence " Droit administratif ", p. 173 & s P.U.F. 1980
366.C.E. 26 Juin 1974 Socit La maison des isolants de France R.D.P. 1974 p 1486
100
Enfin pour illustrer la capacit normative du juge administratif il est difficile d'viter le trait de
G.BRAIBANT propos des communes: " Les communes font ce que le Conseil d'Etat leur
permet de faire et n'ont pas droit de faire ce qu'il leur interdit de faire "(370).
Cette capacit normative du juge doit tre apprhende dans le cadre du processus gnral de
production de la norme. En effet le juge constitutionnel ou administratif et en cela ils se
distinguent fondamentalement du juge judiciaire, relvent part entire du processus
normatif.
Le juge constitutionnel (371) ou administratif (372) sont des lments organiques du pouvoir
normatif lgislatif ou rglementaire. L'affirmation n'est pas nouvelle mais toujours aussi
controverse.
367.C.E.30 Mai 193O Chambre syndicale du commerce en dtail de Nevers p 268 & s G.A.J.A. SIREY 9me
d.1990
368.cf. la jurisprudence en matire de projection cinmatographique p 577 & s G.A.J.A. SIREY 9me d.1990
369.cf. la jurisprudence relative aux moyens mettre en oeuvre en matire de police p 286 & s G.A.J.A. SIREY
9me d. 1990
370.G. BRAIBANT Les liberts locales devant le juge administratif Actes du Colloque " La dcentralisation pour
371.D. ROUSSEAU voque Le Conseil constitutionnel comme " un organe essentiel du processus lgislatif " ou "
comme un acteur fondamental du processus complexe de fabrication des lois." Droit du contentieux
constitutionnel p 69 MONTCHRESTIEN
372.G.VEDEL & P.DELVOLVE rappellent que " la lgalit n'est pas seulement un appareil extrieur bornant
l'action de l'Administration par le jeu des rgles constitutionnelles ou lgislatives. Elle est aussi une entreprise
101
En d'autres termes cette facult d'empcher qu'elle s'exprime avant ou aprs l'entre en vigueur
de l'acte, fait corps avec la facult de statuer.
La proscription des arrts de rglement qui s'impose au juge judiciaire est traduite par
l'autorit relative de la chose juge dont l'une des consquences malgr la jurisprudence, c'est
dire l'effet cumulatif des jugements, rside dans l'incapacit du juge porter atteinte
l'existence mme de la norme dont il est le bras "sculier".
d'"auto-limitation institutionnelle ", comme le montrait le doyen HAURIOU, puisqu'elle implique la soumission
de l'Administration ses propres dcisions et au droit labor par le juge administratif sorti de son sein..." Droit
administratif, tome 1, p. 532 coll. Thmis P.U.F.1990; voir cependant P.DELVOLVE qui n'voque pas cette
association du juge l'diction de la norme dans L'acte administratif, SIREY 1983.
373.cf. par exemple l'intervention du Tribunal constitutionnel au Portugal qui peut intervenir dans le cadre d'un
des juges, R.D.P. 1986 p. 658. L'auteur apprhende l'intervention des juges sans distinguer l'effet de leur
intervention or l'inapplication d'une rgle se distingue ncessairement de la suppression de la rgle, du fait du
maintien dans l'ordonnancement juridique de la rgle inapplique.
102
En effet aux Etats-unis " une loi inconstitutionnelle n'est pas une loi, elle ne confre aucun
droit, elle n'impose aucun devoir, elle n'accorde aucune protection, elle ne cre aucune
fonction; elle est d'un point de vue juridique, aussi inoprante que si elle n'avait jamais t
vote "(375) et de cela " dcoule l'effet rtroactif d'une dclaration d'inconstitutionnalit "(376).
Jamais l'action du juge judiciaire ne pourra aboutir un tel rsultat mme par l'effet cumul de
ses jugements et cela le diffrencie fondamentalement du juge constitutionnel ou
administratif.
375.A
& S. TUNC Le systme constitutionnel des Etats-Unis d'Amrique, p. 294 d. DOMAT
MONTCHRESTIEN 1954
376.Ibid. p 295
377.J.M. AUBY & R. DRAGO Trait de contentieux administratif, p. 425, tome 2, L.G.D.J. 1984
379.E.
LAFERRIERE cit par R. CHAPUS Droit du contentieux administratif p 124 2me d.
MONTCHRESTIEN 1990
103
Dans les deux cas - contrle de constitutionnalit ou de lgalit - obligation est faite aux
dtenteurs de la facult de statuer de s'en tenir ce que le juge reconnait comme correctement
nonc (380) pour la simple et unique raison qu' dfaut, la norme souhaite soit ne verra pas le
jour soit pourra disparatre par annulation. Ceci traduit ainsi l'ide que " la seule hirarchie est
celle des normes mises par l'organe de contrle par rapport aux normes soumises ce
contrle"(381).
L'on objectera mon propos que le juge ne peut appartenir au processus normatif puisque le
plus souvent son intervention est postrieure l'entre en vigueur de la rgle et qu'il ne peut
s'autosaisir.
Sur ce dernier point, il convient de constater que ceci ne constitue pas rellement un obstacle
l'exercice de sa facult d'empcher en raison du nombre important de ceux qui peuvent le
saisir. Il n'est pas indiffrent de rappeler cet gard, que c'est dans le domaine des relations
380.Cette "obligation" ne vaut que pour les titulaires de la facult de statuer soumis la facult d'empcher
concerne. Il est toujours possible d'envisager que des titulaires d'une facult de statuer non soumise cette
facult d'empcher puisse aller l'encontre de la volont du juge (ex. lois de validation pour les rglements
annuls en France en remarquant toutefois que le juge constitutionnel a considrablement encadr cette
possibilit partir de la dcision 80-119 D.C. du 22/7/1980 (A.J.D.A. 80 p 480 & 603) en considrant qu'il
n'appartenait " ni au lgislateur, ni au Gouvernement de censurer les dcisions des juridictions "; sur ce point cf.
B. GENEVOIS La jurisprudence du Conseil Constitutionnel, p. 280 & s, Ed.S.T.H.1988 et D. ROUSSEAU Droit
du Contentieux constitutionnel, p. 206 & s, MONTCHRESTIEN 1990).
381. J.M. AUBY Sur l'tude de la hirarchie des normes en droit public, lments de problmatique, p. 21 Mlanges
PELLOUX, L'HERMES 1980
104
organes centraux-organes locaux, que le juge en France a le plus largi la notion d'intrt pour
agir en le situant dans la qualit de contribuable local, et ce trs tt (382).
Cet intrt ne disparat pas, mme si l'on est membre de l'organe dlibrant et que l'on a
particip la dlibration (383).
Cette grande ouverture du juge en matire de recevabilit des requtes, s'est manifeste aussi
dans l'allongement de la dure pendant laquelle le recours pouvait tre introduit dans le cadre
du contrle de la lgalit des actes locaux en France. Le Prfet (384) ou le simple particulier
(385) voit le dlai interrompu par un recours administratif effectu auprs du titulaire de la
facult de statuer.
Ceci montre que concernant le caractre "a posteriori" de l'exercice de cette facult
d'empcher, l'absence d'auto-saisine du juge ne constitue pas un argument dirimant pour
refuser ma thse, d'autant que l'absence d'auto saisine constitue un moyen pour viter le
gouvernement des juges, c'est dire viter que l'exercice de la facult d'empcher n'influe
indirectement sur celui de la facult de statuer (386).
Ce caractre " a posteriori " de l'intervention du juge ne l'exclut pas du processus normatif. En
effet, exprimant une simple facult d'empcher, il suffit qu'elle puisse se traduire dans les faits
dans les meilleurs dlais. Le sursis l'excution permet de rpondre cette exigence et il
constitue cet gard un vto suspensif.
Le lgislateur franais a mesur, d'ailleurs, l'utilit de cette procdure suspensive puisque dans
la loi 82-213 du 2 mars 1982, il a assoupli au profit de l'organe central, le Prfet, reprsentant
383.C.E. 12 Juin 1992 Rgion Midi -Pyrnes, PETITES AFFICHES n 111 Sept.1992 p. 5
386.Surcette influence indirecte, cf. Y.GAUDEMET Le Conseil Constitutionnel et le Conseil d'Etat dans le
processus lgislatif, Actes du colloque C.C. & C.E. 21-22/1/1988, p 87, L.G.D.J.-MONTCHRESTIEN, 1988
105
Dans le mme sens, le juge dveloppe une jurisprudence qui permet d'obtenir, par rfr, la
suspension de l'application d'une dcision administrative dlivrant une autorisation (388).
L'annotateur de cette dcision, C. DEBOUY, contestait le maintien de l'interdiction pour le
juge d'enjoindre l'administration considrant qu'il s'agissait d'"une auto limitation qui ne
repose sur rien "(389). Il convient cependant de constater que l'injonction aboutirait
reconnatre au juge une facult de statuer et donc porter atteinte au principe de la sparation
des pouvoirs.
Enfin, empcher n'est qu'une possibilit, ds lors, si le juge n'est pas saisi, on peut considrer
que la norme, dont la publicit aura t ralise (390), reoit l'agrment de ses destinataires, du
peuple et des autres organes dots d'une facult de statuer ou d'empcher.
J.C. HELIN montrait opportunment que dans le cadre du contrle de lgalit en France, il y
avait place pour une "rgulation administrative des conflits" qui se manifestait "ni par une
application mcaniste de la rgle de droit, ni dans sa mconnaissance systmatique"(391).
387.
Sur ce sujet cf. F.P. BENOIT Les recours contre les actes des collectivits locales ENCYCLOPEDIE
DALLOZ COLLECTIVITES LOCALES, p. 4542-1 & s
388.Or les collectivits locales dlivrent de nombreuses autorisations; notamment en matire d'utilisation des sols
390. La loi 92-125 du 6/2/1992 relative l'administration territoriale renforce l'information des citoyens et donc
des organes de contrle, cf. M. BOURJOL La rforme de l'administration territoriale, commentaire de la loi du
6/2/1992 A.J.D.A. 1992 p. 140
391.J.C.HELIN La rgulation administrative du contrle de lgalit et le droit R.F.D.A. 1987, p. 765. Ceci se
remarque notamment dans les dsistements d'instance tents par les Prfets aprs tre arrivs une dcision
locale qui, dfaut, d'tre lgale leur apparaissait "acceptable", cf. par ex. note J.F. LACHAUME sous T.A.
POITIERS 30/4/1985, R.F.D.A. 1986, p.618
106
J. ROSSETTO tudiant l'volution des rgimes constitutionnels, a montr que celle-ci pouvait
avoir un caractre conventionnel, c'est dire tre " le fruit d'un accord entre les diffrents
pouvoirs publics "(392). Il constate que ces volutions " peuvent tre clairement formules dans
des dclarations expresses ou faire l'objet d'accords tacites "(393).
Ces propos corroborent l'ide de M. TROPER selon laquelle l'ordre juridique serait un
systme de justification des normes.
De son ct, la jurisprudence administrative en France montre que concernant les normes
locales, cette juridiction est en train "d'inventer au fil de sa jurisprudence, la lgalit pour y
enserrer la puissance de l'Etat " (394) et plus gnralement de tous les producteurs de normes.
Cette place du juge dans le processus normatif un impact fondamental sur " l'autonomie
locale ".
392.J. ROSSETTO Recherche sur la notion de constitution et l'volution des rgimes constitutionnels Thse
393.Ibid. p 310
394.L. COHEN-TANUGI Le droit sans l'Etat, p. 105, Coll. Recherches politiques P.U.F. 1987
395.MONTESQUIEU L'esprit des lois Livre XI, Chap.VI p 302 tome 1 GARNIER-FLAMMARION 1979
107
la hirarchie des normes car " celui qui est matre d'un pouvoir est virtuellement matre des
pouvoirs infrieurs " mais aussi partir de l'utilisation qu'a faite le " matre de son pouvoir
"(396). Or si le juge n'est pas matre d'un pouvoir au sens o l'entendait Ch. EISENMANN
puisqu'il ne dtient que la facult d'empcher, il dtient dans l'utilisation de celle-ci une cl de
l'quilibre de l'exercice par les organes centraux et locaux de leur facult de statuer.
Cette rflexion montre qu'il ne faut pas s'arrter la dfinition a priori de la facult de statuer
reconnue tel organe central et tel organe local car l'un et l'autre sont soumis au contrle
d'un organe central, juge constitutionnel ou administratif, qui participera la dtermination de
l'existence et de l'autonomie de la facult de statuer des organes non centraux. En effet, si la
facult d'empcher les organes non centraux permet la rsolution de notre quation " division
= unit ", le risque existe qu'elle ne se traduise en fait par la ngation de la division de la
facult de statuer. Ds lors, aprs avoir garanti l'unit, la centralisation-dcentralisation doit
garantir la division.
Mon propos a t de dmontrer que cette thse ne pouvait tre admise en l'tat.
L'intervention de cet organe central fera que la norme sera le produit de deux volonts, une
locale et une centrale; celle-ci intervenant en dernier consacrera soit par l'exercice d'une
facult d'empcher, soit par l'exercice d'une facult de statuer, l'unicit de la norme du niveau
hirarchique considr.
Il convient de rappeler toutefois que Ch. EISENMANN ne niait pas l'existence d'un "contrle"
mais il l'imputait la centralisation suprieure, c'est dire l'unit exprime par la norme
premire (398). Ainsi prenant l'exemple de l'activit administrative, il affirme que si la
dcentralisation ne commence qu' ce stade, cela "implique ... un contrle central sur les actes
ou le comportement des autorits locales qui en sont charges..." non parce qu'il y a
"dcentralisation, mais parce qu'elle est administration seulement, c'est dire activit seconde
..." et qu'ainsi "ce contrle - qu'on appelle traditionnellement tutelle - n'est pas du tout la
manifestation, la "traduction juridique" de la dcentralisation administrative; il est la
manifestation, la "traduction juridique", le corollaire ncessaire de la centralisation
lgislative"(399).
En admettant mme la justesse du propos de l'auteur, comment expliquer qu'il n'existe pas un
contrle, une tutelle sur les organes centraux et que seuls les organes locaux soient
destinataires de cette attention? Organes centraux et organes locaux ayant des " activits
secondes " au regard de la loi, comment l'activit seconde des organes locaux pourrait-elle
supporter le contrle d'un organe exerant lui-mme une activit seconde?
Si la rponse consistait reconnatre que les organes centraux sont chargs seuls de
l'excution des lois, cela reviendrait placer organiquement les organes centraux au-dessus
des organes locaux, ce qui n'est ni compatible avec sa dfinition de la dcentralisation, ni
compatible avec le droit positif qui ne traduit pas l'ide d'une subordination des organes
administratifs locaux aux organes centraux (400).
En fait selon lui, le principe d'unit ne s'exprimerait qu'au niveau de la norme premire mais
non celui de la norme seconde autorisant ainsi la reconnaissance d'une comptence
discrtionnaire au profit d'organes comptence personnelle limite, mais on ignore comment
398.Ibid. p 161
399.Ibid. p 162
400.B.FAURE Le pouvoir rglementaire des collectivits locales, p. 340 & s, Thse dactylographie, Universit
de Pau et des Pays de l'Adour, 1992
110
s'organisent les rapports entre les normes produites par ces organes, entre elles d'une part,
entre elles et celles produites par les organes centraux, d'autre part.
Ceci conduit reconnatre en fait deux types de solutions et non trois ainsi que l'crivait Ch.
EISENMANN; ces deux types tant ce qu'il dsignait comme la centralisation et la semi-
dcentralisation; la dcentralisation, telle qu'il l'entend, n'existerait pas en raison de l'absence
de normes prises exclusivement par des organes non-centraux.
2me PARTIE
Le juriste ne peut que constater des donnes juridiques, - en l'espce, qui participe au pouvoir
normatif ? - pour fonder son raisonnement, son expos sur le mode centralis ou non
centralis de production des normes dans l'ordre considr.
Ds lors, il convient de dterminer les critres juridiques de la distinction (Chapitre I), avant
d'examiner comment l'agencement de ces critres produit tel ou tel type de mode de
production des normes (Chapitre II).
Le thme de la centralisation - dcentralisation est de ceux, qui intressent les juristes depuis
fort longtemps. Il est curieux de constater cet gard, que cette proccupation ancienne se
caractrise par un empirisme o se mlent donnes sociologiques et juridiques, d'une part, et
affirmations premptoires, d'autre part (Sous-Chapitre I). Il est donc imprieux de fixer les
lments partir desquels la distinction centralisation - dcentralisation peut-tre envisage
(Sous-Chapitre II).
112
403.G. DARCY Le systme administratif franais, p.10, Ed. C.F.P.C.1982; cf. aussi B. REMOND & J. BLANC
Les collectivits locales p. 26, Presses de la Fondation nationales des Sciences Politiques & DALLOZ 1989
113
fondamentalement ces deux termes (404) puisque pour eux, la dconcentration est une modalit
de la centralisation exige par l'impossibilit pratique de la concentration (405).
Cependant J.F. LORIT remarque que " lorsque l'on voque les notions de dcentralisation et
de dconcentration ..., c'est pour en souligner la fois l'opposition et le caractre commun
(406).
Cette ambivalence des contraires des termes dont on cherche dfinir le sens, explique peut-
tre que d'autres auteurs distinguent, centralisation et concentration car crivent-ils " un
rgime peut tre la fois concentr et centralis ..." peut tre dconcentr sans tre
dcentralis ... peut enfin tre dcentralis ..."(407).
Cette distinction va reposer non sur une qualit propre la centralisation ou la concentration
mais sur une diffrence existant entre dcentralisation et dconcentration qui consisterait en
une organisation du pouvoir propre chacune.
Cette diffrence entre ces deux contraires est fonde sur le critre de l'autonomie de l'organe,
lment dterminant aussi le fdralisme.
La distinction est opre partir du critre de l'autonomie, dont on discutera "l'initialit" (A)
et de la personnalit morale qui sied toutes les situations, y compris aux situations de
dpendances (B).
405.Ibid. p. 11, cf. aussi F.P. BENOIT Le droit administratif franais, p. 98, DALLOZ 1968
407.G. VEDEL & P. DELVOLVE Droit administratif, Tome II, p. 388, P.U.F. Coll. Thmis, 1990
114
La centralisation est un tat "naturel" car la dcentralisation est prsente comme une
"concession"(408), le rsultat d'une "reconnaissance"(409). En d'autres termes, la centralisation
serait une donne, la dcentralisation le rsultat d'un dmembrement de l'Etat comme
l'exprime M. WALINE (410). La centralisation prcde la dcentralisation, ce qui explique
l'expression hier utilise en France, d'autorit suprieure, celle-ci tant celle qui concde ou
reconnat.
Cette constatation est importante car elle est la base de la distinction opre par les auteurs
entre fdralisme et dcentralisation et dconcentration. Ces termes expriment une mise en
oeuvre diffrente du principe d'autonomie: la dcentralisation et la dconcentration traduisent
l'octroi, le fdralisme le consentement mutuel.
Ceci est manifeste chez G. BURDEAU qui crit le " fdralisme ne veut pas dire unit, mais
union "(411) ou encore R. PELLOUX pour lequel le fdralisme " repose sur le consentement
des units composantes "(412). La manifestation de cette diffrence initiale rsiderait dans la
garantie constitutionnelle de l'Etat fdr (413) pour d'autres dans le fait que dans l'Etat
unitaire, " il n'existe qu'un seul ordre juridique, celui de l'Etat"(414), exprimant ainsi
408.R. CARRE DE MALBERG crit " la Selbstverwaltung est une facult d'administration, fonde non point sur
la puissance propre de la collectivit infrieure qui l'exerce, mais sur une concession manant de la collectivit
suprieure qui en a permis l'exercice ". Contribution la thorie gnrale de l'Etat, p. 170 et la note 14, Rdition
CNRS 1962 de l'dition SIREY 1920
409.G. BURDEAU crit " A lorigine de l'ide de dcentralisation il y a ainsi une reconnaissance de la libert de
l'organisme qui en bnficie ..." Trait de Science politique, Tome II, p. 369, L.G.D.J. 1967
411.G. BURDEAU Trait de Science politique, Tome II, p. 467, L.G.D.J. 1967
412.R. PELLOUX Brves rflexions sur le fdralisme, p.217, Etudes offertes J.J. CHEVALLIER, CUJAS 1977
413.F. LUCHAIRE & Y. LUCHAIRE Le droit de la dcentralisation, p. 19, P.U.F. Coll. Thmis, 1983
414.J. BOURDON, J.M. PONTIER & J.C. RICCI Droit des collectivits territoriales, p. 28, P.U.F. Coll. Thmis
1987
115
implicitement que cette unit n'existe pas dans un Etat fdral. Cette dernire affirmation
implique en contradiction avec la doctrine dominante, que l'Etat fdral ne constitue pas un
ordre juridique hirarchis, mais la co-existence d'ordres juridiques.
Sans tomber dans cet excs, la thse de la concession, de la reconnaissance ne peut tre
admise car elle fait de la dcentralisation, la dconcentration les seuls problmes tre saisis
par le droit; le caractre unitaire ou fdral de l'Etat serait une donne du systme. On ne peut
admettre ceci car si l'ordre juridique est un systme de justification, il fournit celle-ci pour
l'ensemble des concepts qui y ont cours.
En admettant mme cette prsentation de la question, resterait dterminer ce qui fait passer
de la centralisation la dcentralisation ou la dconcentration.
Il apparat que le principe d'autonomie ne constitue pas un critre discriminant. En effet alors
qu'il est prsent comme un lment de la distinction de la dcentralisation et du fdralisme,
notion relative elle aussi l'organisation du pouvoir, on se doit de relativiser la porte du
principe d'autonomie (415) permettant ainsi de passer " sans aucun hiatus, ..., de la
dcentralisation au fdralisme "(416), sans que l'on sache le moment o se produit le passage
de l'un l'autre.
415.Ibid.
p. 29, cf. aussi: Ch. DURAND De l'Etat fdral l'Etat unitaire dcentralis, p. 193, Etudes offertes A.
MESTRE: L'volution du droit public, SIREY 1956;
416.F.P. BENOIT Le droit administratif franais, p. 133, DALLOZ 1968; J. RIVERO voque la vanit d'une
Que cette autonomie soit ralise dans la personnalit morale des collectivits non centrales,
n'est pas vident. Ainsi en matire financire, l'autorit qui rglait le budget des communes en
France pouvait modifier les propositions du Conseil Municipal en recettes ou dpenses (417).
En matire domaniale, le domaine public d'une collectivit (418) peut voir son affectation
modifie par l'Etat (419). Au plan organique, la personnalit morale ne fait pas obstacle la
nomination et la rvocation des organes de la collectivit par l'Etat.
417.L. MORGAND La loi municipale, Tome II, p. 759 & s, Ed. BERGER-LEVRAULT 1963. La situation a
volu dans la forme avec la loi 82-213 du 2/3/1982 mais elle dbouche au fond sur une substitution.
418.J.F. LACHAUME rappelle que le droit de proprit des personnes publiques a t contest et accept " tant
entendu, que ce droit sera, dans son exercice, adapt - donc limit - pour tenir compte des exigences de
l'affectation du bien au public ou aux services publics ". L'volution de la proprit publique dans L'volution
contemporaine du droit des biens, p. 105 & s, Publications de la facult de droit et des sciences sociales de
Poitiers, P.U.F. 1991
117
Il importe donc de trouver le ou les critres objectifs permettant de distinguer ces modes
d'organisation du pouvoir auxquels renvoient ces termes. H. KELSEN l'a clairement affirm,
mais Ch. EISENMANN critique fortement son approche.
I) L'approche de H. KELSEN
Cette prsentation du droit est propre H. KELSEN qui la met en oeuvre pour dfinir la
centralisation et la dcentralisation.
419.J. DUFAU Le domaine public, Tome I, p. 177 & s, Ed. du Moniteur, 3me d.1990
118
Pour H. KELSEN, l'on doit apprhender le droit en s'attachant " connatre soit les normes
juridiques qui sont cres par des actes humains et qui doivent tre appliques ou obies, soit
les actes de cration ou d'application, et les actes d'obissance aux normes; la premire
option correspondra une thorie statique du droit, la seconde une thorie dynamique du
droit"(420).
Dans la thorie statique, " c'est en vertu de leur fond ou contenu que ses normes sont valables,
... c'est parce que leur validit peut tre rapporte une norme sous le fond de laquelle leur
propre fond se laisse subsumer comme le particulier sous le gnral "(421).
Cependant cela suppose qu'il existe une norme vidente de laquelle dcouleraient les autres.
Cette norme vidente rsulte d'une croyance, c'est dire d'un acte de volont l'tablissant
comme " norme vidente " et dont le contenu serait constitu par le principe d'observation des
commandements de l'autorit. C'est dire qu'une telle norme vidente ne peut " fournir que le
fondement de validit des normes reposant sur elle, elle ne peut fournir leur contenu de
validit "(422). C'est ce qui caractrise la thorie dynamique dans la mesure o " la norme
fondamentale prsuppose ne contient rien d'autre que l'institution d'un fait crateur de
normes, l'habilitation d'une autorit cratrice de normes, ou ... une rgle qui dtermine
comment doivent tre cres les normes gnrales et les normes individuelles qui reposent sur
cette norme fondamentale "(423).
Il y a une diffrence de point de vue entre ces deux thories qui semblent impliquer une
hirarchie entre elles. En effet ""la thorie statique du droit" envisage le droit l'tat de repos,
comme un systme de normes en vigueur ", alors que ""la thorie dynamique du droit", elle, a
pour objet le droit en mouvement, le processus juridique par lequel le droit est cr et appliqu
"(424). Il y a une antriorit du statique sur le dynamique qui apparat nettement lorsque
422.Ibid. p. 259
423.Ibid. p. 259
424.Ibid. p. 259
119
l'auteur affirme qu'il faut " observer que ce processus est lui-mme rgl par le droit. Car le
droit ... rgle lui-mme sa propre cration et sa propre application "(425).
Ceci explique la place que l'auteur va donner au point de vue statique dans l'analyse de la
question de la centralisation - dcentralisation.
Ce caractre secondaire du point de vue dynamique ressort de la diversit des lments qui
permettent de le saisir. Alors que le point de vue statique s'apprhende partir d'un lment
unique permettant une discrimination certaine des situations: la validit territoriale des
normes; " le point de vue dynamique porte, lui, sur les modes de cration des normes qui ont
un domaine de validit diffrent, sur les actes de cration de normes, et consquemment sur
les organes qui posent les normes "(427).
Aucun des lments dynamiques ne semblent avoir ainsi de caractre opratoire pour oprer
une discrimination entre des situations observes. En d'autres termes, les lments
dynamiques ne permettent pas seuls de caractriser la centralisation ou la dcentralisation.
H. KELSEN tablit donc ainsi un vritable primat du point de vue statique, qu'il confirme par
la suite en crivant que la collectivit juridique pourra tre " soit centralise soit dcentralise
425.Ibid. p. 259
426.Ibid. p. 416
427.Ibid. p. 416
120
(au sens statique) aussi bien s'il n'y existe qu'un seul organe de cration des normes que s'il y
en existe plusieurs..."(428).
Le seul critre opratoire rside donc dans la validit territoriale et le point de vue dynamique
est prsent comme tant l'expression du sens commun qui " associe la notion de
centralisation de prfrence la reprsentation de normes (valables pour le territoire juridique
tout entier) poses par un organe unique ... Alors qu'inversement la notion de
dcentralisation, on associe l'image d'une pluralit d'organes ... disperss travers le territoire
et dont chacun a comptence seulement pour poser des normes qui ne vaudront que pour une
fraction du territoire (429).
428.Ibid. p. 416
429.Ibid. p. 416-417; les mots ont t mis en italique par mes soins pour souligner la diffrence de langage de
l'auteur qui, lorsqu'il vise les lments dynamiques, utilise des termes qui impliquent un certain flou.
431.Ibid. p. 136
121
Ch. EISENMANN a montr que le problme ne pouvait rsider dans la question de la validit
territoriale des normes car la qualit de norme n'est pas attache un territoire mais au
caractre contraignant ou obligatoire de l'acte appel norme. Il a dmontr partir de la
dfinition mme de la norme juridique donne par H. KELSEN - son caractre obligatoire
pour ses destinataires - que l'on ne pouvait parler de validit territoriale dans la mesure o le
territoire n'est pas un destinataire de la norme (433).
Les normes ne sont pas destines un territoire mais aux hommes. Ceux-ci peuvent tre saisis
par la norme raison d'un lien qu'ils entretiennent avec un territoire et ainsi l'on voit que
"l'espace n'intervient que comme lieu des hommes ... le territoire ne faisait qu'exprimer
l'aspect spatial de la validit des rgles l'gard des hommes. Et ... soudain on le trouve entit
distincte, figurant dans le rglement de la validit ct des hommes, sur le mme plan, au
mme titre, grandeur indpendante et principale dtermine pour elle-mme" (434).
432.H. KELSEN Thorie pure du droit, p. 412 Traduction de la 2me d. par Ch. EISENMANN DALLOZ 1962
Le critre statique n'apparat pas apte, selon Ch. EISENMANN, expliquer l'ensemble des
situations juridiques.
Ds lors parler de norme individuelle locale ou centrale implique une seule " signification
possible: la norme individuelle centrale sera celle qui est excutoire contre son sujet en tout
point du territoire considr,... sera dite locale au contraire, la norme individuelle qui est
excutoire seulement sur une partie dtermine de ce territoire, dont par consquent
l'excution suppose que le sujet passif se trouve dans les limites de cette zone..."(436).
Il apparat qu'ainsi les expressions "norme centrale" et "norme locale" ont " un sens diffrent
pour les normes gnrales et pour les normes individuelles; ... en ce qui concerne ces
dernires, la dfinition de leur caractre central ou local ne repose plus sur le rglement de
leur validit, mais sur celui de leur force excutoire "(437).
436.Ibid. p. 116
437.Ibid. p. 116
123
On constate que l'on passe ici d'un dterminant qui est pour les normes gnrales la validit
territoriale un dterminant pour les normes individuelles qui est la comptence spatiale de
l'organe crateur.
Or il n'y a pas quivalence, identit de ces deux dterminants; le premier est une qualit
intrinsque de la norme, l'autre rsulte d'un lment extrieur la norme puisque li la
procdure de cration en ce qu'il a trait "la dtermination de la comptence des agents" (440).
Il conviendrait alors de dmontrer qu'il est assimilable au premier et qu'ainsi les notions
d'organe central ou d'organe non central ne sont "que des drivs des notions de norme
centrale et de norme non centrale"(441). Cette dmonstration est impossible car elle porte sur
deux objets, la validit et la comptence, qui n'appartiennent pas au mme champ, au mme
domaine d'interrogation.
Dans sa redoutable simplicit - les normes valent soit pour un territoire entier, soit pour une
partie - la thorie de H. KELSEN ne peut rendre compte de la ralit particulirement en ne
prenant pas " en considration la composition, ni le statut des organes qui les posent: s'agit-il
d'organes "locaux" semblables, tous galement soumis au pouvoir hirarchique d'un mme
organe central? N'est-ce pas un seul et mme individu ou un seul et mme collge qui poserait
les normes de mme objet valables pour une fraction de la collectivit? Ces donnes sont de
438.Ibid. p. 116-117
l'ordre dynamique; elles n'intressent ni n'affectent le domaine de validit des normes cres;
donc leur caractre: ce sont et restent des "normes locales"(442).
H. KELSEN considre que dans le second cas on est en prsence d'une dcentralisation (444).
Ch. EISENMANN conteste l'affirmation de H. KELSEN qui n'est vrifiable que s'il n'existe
pas de lien juridique entre les collectivits autre que la prsence fortuite, un moment donn,
d'un mme agent pour exercer sur ces collectivits la mme fonction normative (445).
En effet si l'identit d'agent rsulte d'une norme suprieure, le critre statique ne permettra pas
de dire s'il y a centralisation ou dcentralisation. Par contre cette identit rsultant de la norme
suprieure exprime la centralisation de la fonction normative exerce par l'organe commun
des collectivits.
442.Ibid. p. 114
443.Ibid. p. 120
444.H. KELSEN cit par Ch. EISENMANN dans Centralisation - Dcentralisation, p. 122, DALLOZ 1948
compte de la spcificit de ces collectivits en prenant des textes particuliers devrait tre
considr comme un organe "non central ", puisque la loi vote ne vaudrait que pour ces
collectivits. Cette proposition est irrecevable puisque le lgislateur a une comptence
personnelle illimite, ce qui ne l'empche pas de statuer pour des personnes territorialement
dtermines. Le rgime lgislatif de ces dpartements le montre puisqu'il met en uvre " le
principe d'assimilation signifiant que le droit applicable en mtropole l'est galement dans les
dpartements d'outre-mer "(448).
Ch. EISENMANN en arrive la conclusion que pour H. KELSEN "c'est du nombre d'actes
accomplir par l'agent pour crer des normes" que dpend "le jugement du caractre central ou
non central du pouvoir et de l'organe qui l'exerce"(449).
Ce faisant H. KELSEN glisse dans une analyse dynamique pour considrer non plus la
validit territoriale des normes mais le nombre d'organes qui participent la fonction
normative. Ainsi " La centralisation entendue au sens dynamique, atteint son degr le plus
lev lorsque toutes les fonctions doivent tre remplies par un seul et mme organe ... La
dcentralisation entendue au sens dynamique, atteint son degr le plus lev lorsque toutes les
fonctions peuvent tre remplies indistinctement par tous les sujets de l'ordre juridique (450).
L'auteur de la thorie pure du droit n'est pas le seul tre critiqu pour sa prsentation de la
question de la centralisation - dcentralisation, les tenants du "matrialisme"(452) recevront les
critiques de Ch. EISENMANN.
452.Ibid. p. 54
454.Ibid. p. 54
455.Ibid. p. 56
456.Ibid. p. 56
127
Ch. EISENMANN condamne cette vision qui s'attachant aux choses, dlaisse les hommes qui
sont les uniques destinataires de la rgle juridique (457).
Par ailleurs, on le verra, le critre matriel ne peut tre discriminant. L'affirmation n'est pas
nouvelle, puisque J. CHAPUISAT a attest la vanit de la recherche du critre de l'affaire
locale (458) et J.M. PONTIER a dmontr le caractre non opratoire de la notion de
comptence et l'impossible dfinition a priori de la comptence matrielle des collectivits
territoriales (459) ou de l'Etat.
Si l'on s'en tenait ce qu'crivait H. KELSEN, la chose serait entendue. En effet selon lui, " il
n'existe pas de conduite humaine qui serait exclue comme telle, en raison de son fond, de la
possibilit de devenir le contenu d'une norme juridique ... La norme fondamentale d'un ordre
juridique n'est pas une norme matrielle qui serait suppose comme norme fondamentale
parce que son contenu serait considr comme immdiatement vident ..."(460).
J'ai repris cette thse en premire partie (461) en montrant, que l'ide d'un critre matriel
permettant de distinguer partir de la norme seconde, les hypothses de centralisation et de
dcentralisation, suppose que la norme premire soit elle-mme matriellement dtermine;
sinon le critre matriel distinguerait simplement les organes centraux et non centraux sans
permettre de savoir qui produit des normes premires ou secondes.
Il convient de revenir ici sur cet aspect de la question: d'une part parce que cette affirmation de
l'minent juriste fonde sur l'ide que les "ordres juridiques ont pour l'essentiel un caractre
457.Ibid. p. 57
458.J. CHAPUISAT La notion d'affaires locales en droit franais, Thse Paris 1972; cf. aussi Les affaires
459.J.M. PONTIER L'Etat et les collectivits, la rpartition des comptences, p. 29 & s, Bibliothque de droit
dynamique" (462) contredit une autre de ses assertions selon laquelle "le processus juridique
par lequel le droit est cr ... est lui-mme rgl par le droit"(463), impliquant ainsi une
primaut du statique sur le dynamique (464); d'autre part parce que cela met en cause la notion
d'ordre juridique retenue ici.
En effet le systme juridique tel que l'entend M. TROPER, est un systme de justification
vertical qui se subdivise en un systme statique et un systme dynamique. "Dans le systme
statique, chaque nonc se donne comme obligatoire ... lorsque son auteur le justifie en
affirmant que son contenu est dduit d'un autre nonc. Dans le systme dynamique, chaque
nonc se donne comme obligatoire ... lorsque son auteur le justifie en affirmant qu'il a t
accompli conformment la procdure prescrite"(465).
462.Ibid. p. 261
463.Ibid. p. 96
464.H. KELSEN crivait: " l'on peut s'attacher connatre soit les normes qui sont cres par des actes humains ...,
soit les actes de cration ou d'application ...; la premire option correspondra une thorie statique du droit, la
seconde une thorie dynamique du droit ... " p. 96
465.M. TROPER Systme juridique et Etat, p. 41, tome 31, Archives de philosophie du droit, SIREY 1986
" Nul ne contestera, qu'entre l'ide de centralisation et celle d'organe central, il n'y ait une
corrlation naturelle trs troite, comme symtriquement entre l'ide de dcentralisation et
celle d'organe non central ..."(467).
468.Ibid. p. 8 & s
130
Ce critre pos pour distinguer les collectivits centralises ou dcentralises ne fait que
reprendre l'ide essentielle selon laquelle les hommes sont les uniques destinataires des
normes.
Il faut constater que pour l'auteur cette organisation de l'Etat par application du critre de la
comptence personnelle ne dbouchera pas sur une position exclusivement territoriale du
problme de la centralisation - dcentralisation. Selon lui " il en existera autant que de
principes de division possibles, c'est dire de caractres auxquels le lgislateur peut s'attacher
pour constituer les membres de la collectivit en plusieurs groupes distincts relevant chacun
d'un organe autre,..."(469).
Il en tire la conclusion que les organes ayant rgler la situation des hommes pourront avoir
une comptence personnelle visant les qualits personnelles des individus (comptence
ratione personae) ou visant leur relation avec un territoire (comptence ratione loci).
La dtermination de la comptence personnelle d'un organe se fera partir de l'une des deux
qualits des destinataires des normes ou des deux.
470. Ibid. p. 202, cf. aussi du mme auteur Les fonctions des circonscriptions territoriales dans l'organisation de
Le raisonnement de Ch. EISENMANN est curieux car il se rfre un critre matriel, qu'il
bannissait du raisonnement, et il abandonne, alors, la comptence personnelle pour dfinir les
organes centraux et non centraux.
La dcentralisation par services constitue une hypothse o selon l'auteur n'existent que des
organes centraux ou centraliss.
" C'est essentiellement propos des rapports entre Etat et collectivits locales que s'est forme
la notion de dcentralisation. Mais les mmes procds juridiques, ... ont t utiliss pour
mettre en chec la centralisation ... Certains services, nettement individualiss par leur objet
ou leur structure, sont mis en quelque sorte hors de la hirarchie, dots de la personnalit
juridique, d'un patrimoine et d'organes chargs de diriger leur action; ces organes bnficient
d'une certaine autonomie, l'autorit suprieure n'exerce plus sur eux qu'un contrle analogue
celui qu'elle conserve sur les collectivits. Normalement, ils reoivent le statut d'tablissement
public. A cette mthode, on donne en gnral le nom de dcentralisation par services, pour
tout la fois la rapprocher et la distinguer de la dcentralisation territoriale "(471).
Cette longue citation non seulement permet la prsentation de la notion mais aussi et surtout
de faire apparatre ce qui peut conduire l'assimilation avec les collectivits territoriales et
la distinction d'avec celles-ci.
La dcentralisation par services est une technique d'amnagement de l'Etat - collectivit (472)
qui s'effectue notamment par le recours l'tablissement public qui est pour certains " une
personne dcentralise "(473). La technique de l'tablissement public n'est pas exclusive car "
la gestion d'un service public peut tre confie des personnes morales "inclassables"(ordres
professionnels) ou des personnes prives "(474).
Pour Ch. EISENMANN la dcentralisation par services doit tre exclue du dbat relatif la
centralisation - dcentralisation, parce que la prtendue dcentralisation par services n'affecte
pas le caractre central ou non central des organes dans la mesure o il est indiffrent que le
titulaire du pouvoir de direction soit tel ou tel car ce qui importe c'est la comptence
personnelle de l'organe, c'est dire l'tendue des personnes qu'il touche.
Cependant le raisonnement de l'auteur ne peut tre reu. En effet alors qu'il considre
gnralement que le critre matriel ne peut tre l'lment discriminant; c'est celui qu'il utilise
pour qualifier la dcentralisation par services. Ce n'est qu' ce prix qu'il peut rejeter la
dcentralisation par services de la question de la centralisation - dcentralisation.
Or toute dcentralisation par services repose sur la distinction d'une qualit "non territoriale"
des destinataires de l'activit, c'est dire d'une qualit dtermine " ratione personae ", " d'une
qualit permanente des sujets eux-mmes "(476). Ainsi l'individualisation d'organes tels que
E.D.F.-G.D.F., la S.N.C.F., les caisses nationales de scurit sociale, les fdrations nationales
de sport, les Universits repose sur la " qualit permanente " d'abonn du gaz et de l'lectricit,
d'usager du chemin de fer, d'assur social, de licenci sportif et d'tudiant (477).
C'est donc contrairement sa thse de la comptence personnelle des organes qu'il excluait la
dcentralisation par services alors que celle-ci traduit ncessairement une comptence
personnelle dtermine "ratione personae" (478).
Cette exclusion s'explique par le fait que la dcentralisation par services ne modifie pas selon
lui le caractre central des organes.
477.concernant l'Universit, cf. M. BOUISSOU Les usagers de l'enseignement suprieur (Essai monographique
478.J.P. DUBOIS constate aussi cette curiosit du raisonnement de Ch. EISENMANN dans Le contrle
2) La dcentralisation par services n'est pas mise en uvre par des organes centraux
Le propos de Ch. EISENMANN ne s'intgre pas la ralit parce qu'il repose sur un
raisonnement contestable au regard de sa propre analyse.
La dcentralisation par services se prsente comme un amnagement de l'Etat qui " relve de
l'art administratif " crit F.P. BENOIT (479).
Or l'auteur rejette cette ventualit car " ce qui caractrise les services d'Etat, c'est que uniques
pour l'Etat tout entier, ils ont leur tte un organe central. Qu'importe que cet organe soit un
ministre ou non, un homme politique ou un technicien, ... Et voil pourquoi le passage de l'un
l'autre ne produit aucune mutation dans le caractre du service: il est et reste d'Etat, parce
qu'il est et reste un pour l'Etat "(480).
Le raisonnement de l'auteur apparat indiscutable. En effet par quel mystrieux moyen une
comptence, qui hier fondue dans la masse tait dtenue par un organe central, serait par son
individualisation, sa sortie de la masse exerce par un organe non central.
Cependant la ralit de ce que recouvre la dcentralisation par services, n'autorise pas cette
conclusion. En effet dans son cadre, il peut y avoir des organes comptence personnelle
limite "territorialement"; c'est dire que l'organe en cause aurait non seulement une
comptence ratione personae mais aussi ratione loci.
Ainsi par exemple, et sous la rserve d'admettre pour l'instant que le caractre discrtionnaire
est indiffrent; les conseils dpartementaux de l'ordre des mdecins (481), les caisses rgionales
et locales de scurit sociale (482), les chambres dpartementales d'agriculture (483) ... sont des
organes comptence personnelle limite ratione personae et ratione loci. Or les organes
nationaux de ces organismes seraient selon Ch. EISENMANN des organes centraux du fait de
leur naissance par scissiparit d'avec l'administration de l'Etat. En d'autres termes, la maison
"mre" ne serait pas organe non central mais ses "filiales" pourraient l'tre.
Pour rejeter l'ide que la dcentralisation par services relve de la dcentralisation, Ch.
EISENMANN est contraint d'abandonner sa thorie de la comptence personnelle des
organes.
481.Art. 91 Code de dontologie mdicale dans Guide d'exercice professionnel, Masson 1980
483.Art. L.511.1 & s Code rural et J.AUDIER Droit rural, p 19 & s, Ed. C.F.P.C. 1985
l'tablissement public, cf. F. GAZIER Etude sur les tablissements publics, E.D.C.E. 1984-85, p. 13. La formule
de l'tablissement public ne rsume pas le procd qui peut tre mis en uvre par des personnes prives
(organismes de scurit sociale par ex.).
.
136
Ceci ressort nettement du raisonnement syllogistique qu'il mne dans lequel la "majeure"
affirme que les services d'Etat sont grs par des organes centraux, la "mineure" reconnat que
le "service dcentralis" est un service d'Etat, et en consquence il est gr par un organe
central (485). J.P. DUBOIS constate que " c'est confondre "d'Etat" et "national" (486).
La centralisation - dcentralisation est une question propre que se pose le titulaire de la norme
premire, cependant il peut arriver que le titulaire de la norme seconde puisse se la poser et
organiser lui-mme une rponse. Dans tous les cas, il ressort que le but poursuivi est de
diffuser le pouvoir.
Cette diffusion du pouvoir se marquera par l'attribution d'une facult de statuer des organes
non centraux, frquemment mais non exclusivement, sur une base territoriale rduite, dans le
but d'associer les destinataires des normes la mise en place des lments de leur
subordination au droit.
486.J.P. DUBOIS Le contrle administratif sur les tablissements publics, p. 28, L.G.D.J. 1982
487.Pour rester dans son cadre, l'auteur devrait affirmer que tout organe central dispose d'une comptence
illimite, l'organe gestionnaire du service dcentralis ne dispose pas d'une telle comptence, il n'est donc pas au
sens de Ch. EISENMANN un organe central mais non central.
137
Ainsi A. LANZA peut affirmer, juste titre, que les collectivits " jouent dans l'Etat un rle
politique de plus en plus important qui les fait participer directement au fonctionnement du
systme constitutionnel. Elles conservent de fait une valeur constitutionnelle par la seule
mention qui en est faite dans les constitutions et alors mme que les textes constitutionnels
donnent au lgislateur ordinaire comptence pour modifier leur statut, leur tendue
gographique et le rgime d'administration locale "(491).
488.A. LANZA L'expression constitutionnelle de l'Administration franaise, p. 425 & s L.G.D.J. 1984
489.F. BURDEAU Libert, liberts locales chries, p. 40 & s, CUJAS 1983; A. LANZA L'expression
492.C.C. dcision 82-146 D.C. du 18 Novembre 1982 sur la loi lectorale municipale
493.J.CHEVALLIER & D. LOSCHAK montrent que " par la localisation, l'appareil d'Etat s'assure le contrle de
l'espace social et des contradictions qui y sont inscrites;...La production du local est donc un processus complexe:
d'une part elle est lie la projection des contradictions sociales dans l'espace, qui lui donnent son fondement
social; d'autre part, elle est lie la fonction propre qui est assigne l'appareil d'Etat dans la socit. Dans tous
les cas, elle ne saurait tre envisage indpendamment du systme de rgulation tatique, dont elle constitue un
des moyens d'exercice. Par l, le "local" se rvle insparable du "national"".Science administrative, tome 1, p.
319 L.G.D.J. 1978
138
Par ailleurs ces collectivits ont eu et conservent un "rle de substitut du pouvoir politique
lorsque celui-ci vient s'affaiblir ou tre contest au point de sembler inexistant"(496). Ceci
apparat aujourd'hui dans la loi du 15 Fvrier 1872 relative au rle ventuel des conseils
gnraux dans des circonstances exceptionnelles (497).
Enfin cette ide fondamentale d'association l'exercice du pouvoir par sa diffusion en tout
point du territoire est inscrite dans le code des communes.
L'article L 122-23 de ce code qui charge le Maire de l'excution des lois et rglements, des
mesures de sret gnrale et des fonctions que les lois lui auraient confres, fait de cette
autorit le bras sculier du pouvoir lgislatif comme du pouvoir rglementaire, on le qualifie
alors d'agent de l'Etat. Mais cela dpasse la seule personne du Maire puisque la collectivit
communale est appele par ses hommes et ses moyens financiers permettre, faciliter cette
action du Maire.
495.par ex. M. DE VOLNEY: "Nous avons, la vrit, l'autorit de l'opinion; mais cette puissance n'est que
morale. Nous ne pouvons faire excuter nos dcrets que par le secours des municipalits; ..." Gazette nationale du
15 au 17 Aot 1789, p 337 Tome 1, Rdition du Moniteur universel, PLON 1860; THOURET voque les
communes comme les dernires units " dans l'ordre du pouvoir excutif qui descend et finit elles ", p. 531,
Tome 1, Rdition du Moniteur universel, PLON 1860
497.Loi 15 Fvrier 1872 D.P. 1872.4.39 ou Code Administratif 1990 p. 337 & s
139
Le dveloppement des interventions de l'Etat dans toutes les sphres de la vie sociale a
contraint ce dernier dans un souci d'efficacit rationaliser sa dmarche.
Ceci se manifestera notamment par la volont d'expliquer aux destinataires des normes " les
raisons des dcisions prises, voire mme de leur donner un droit de regard sur ces dcisions "
(498).
Un des moyens utiliss pour mettre en uvre cette ide de participation a consist en un
"clatement des structures"(499) administratives dans le but d'une meilleure diffusion du
pouvoir en ne se fondant plus exclusivement sur une approche territoriale de la question.
L'aspect fonctionnel, reposant, on l'a vu, sur une individualisation "ratione personae" des
destinataires du service et des normes, devient ainsi un lment de l'organisation
administrative. Ceci, allant l'encontre de l'idologie de 1789 qui avait conduit la
498.J. CHEVALLIER & D. LOSCHAK Science administrative, p. 104, tome 2, L.G.D.J. 1978
499.Ibid. p 111
140
suppression des corporations et affirm que la loi tait la mme pour tous, explique la relative
lenteur du phnomne en France (500).
Cette technique est apparue comme une avance dmocratique, mais aussi comme une atteinte
la dmocratie (504). En effet " loin de viser faire disparatre les relations anciennes
d'autorit, la participation est destine assurer un meilleur contrle du systme par le
dveloppement des capacits rgulatrices de l'appareil d'Etat; sous couvert de dmocratie, la
participation aboutit en fait tendre le pouvoir de l'appareil d'Etat "(505).
Ainsi constatant que les personnes publiques participatives sont dpendantes financirement
de l'Etat, G.ORSONI crit que "l'autonomie affirme des personnes publiques ne saurait
empcher l'Etat de se mler troitement de leur gestion. ... le caractre de personne publique
500.Pour un aperu du phnomne hors de France, J. CHEVALLIER & D. LOSCHAK Science administrative, p.
501. cf. G.ORSONI Les personnes publiques participatives non territoriales, R.D.P. 1979, p. 87;
502. cf. Les associations et la vie administrative A.J.D.A. 1980, p 115 & s, J. CHEVALLIER Les associations
entre public et priv, R.D.P. 1981, p. 887 et F. SABIANI L'habilitation des personnes prives grer un service
public, A.J.D.A. 1977 p. 4
503. Il suffit pour s'en convaincre de se rappeler qu'un grand nombre d'arrts importants de la jurisprudence
administrative repose sur cette ralit: titre d'ex. cf. au G.A.J.A C.E.20/12/1935 Ets.Vzia, C.E.13/5/1938
Caisse primaire Aide et protection; les arrts Magnier C.E. 13/1/1961, R.D.P. 61 p. 155 ou .CE. 22/11/1974
Fdration des industries franaises d'articles de sport R.D.P. 1975 p. 1159 ...
504. Ainsi L. SFEZ crit: " ... la dmocratie reprsentative, en associant davantage les bnficiaires et les
"concerns", tend accrotre l'intgration et acclrer la fin d'une certaine dmocratie de la contestation chre
Alain et ... Mai 68." L'administration prospective, p. 170, Coll. A.COLIN, 1970
505.J. CHEVALLIER & D. LOSCHAK Science administrative, p. 365 tome 1, L.G.D.J. 1978, cf. aussi J.P.
DUBOIS qui au terme de son tude notait qu'une volution vers plus d'autonomie tait " conditionne par la
fourniture pralable d'une rponse claire l'interrogation sur les raisons d'tre de l'institution "tablissements
publics". ... organismes reprsentatifs de groupes humains ... (ou) instruments du pouvoir central ... " Le contrle
administratif sur les tablissements publics, p. 474, L.G.D.J. 1982
141
participative ne peut que trs difficilement s'opposer la rgle que la direction ou le contrle
soit la consquence du financement"(506).
Le but recherch semble bien tre en toute hypothse, l'adhsion des destinataires des normes
leur fond; adhsion qui se trouve facilite par la lgitimit confre aux organes par la
norme premire qui les tablit.
La dsignation des organes s'effectue en distinguant leur facult. La dsignation par la norme
premire ne fait pas problme, l'inverse de celle effectue par l'organe titulaire de la facult
de statuer "seconde".
Les facults de statuer et d'empcher se traduisant par des actes juridiques, il est possible de
leur appliquer le critre de la comptence personnelle pour dterminer les organes centraux et
non centraux dtenant chacune d'elles.
Cependant la distinction n'est pas si aise. Ainsi, lorsqu'un ministre approuve l'emprunt que
veut effectuer une collectivit sur le march extrieur (art. L.236-7 du code des communes),
506.G. ORSONI Les personnes publiques participatives non territoriales, p. 148, R.D.P. 1979. J. CHEVALLIER
crit: " ce n'est pas parce que l'administration se coule dans le moule associatif qu'elle glisse pour autant hors de
la sphre publique et se dilue dans la socit civile: la privatisation ainsi opre n'est en ralit qu'un artifice de
gestion, ... Par del le particularisme de leur statut, les associations de ce type participent en fait l'action
administrative et se situent du cot du public: le cadre juridique de l'association ne suffit pas garantir une relle
autonomie vis vis de la hirarchie administrative; partir du moment o l'administration par agrment ou par
convention, dlgue certaines de ses responsabilits une association et lui octroie certains privilges d'ordre
juridique ou financier, elle s'assure un droit de regard sur l'activit de l'association, qui place celle-ci sous sa
dpendance immdiate ". J. CHEVALLIER L'association entre public et priv, R.D.P. 1981, p. 897-898.
507.S. REGOURD De la dcentralisation dans ses rapports avec la dmocratie, p. 982, R.D.P. 1990
142
agit-il en qualit d'organe local ou central? Ou lorsqu'un canton suisse exerce son droit
d'initiative lgislative (art.93-2 de la constitution fdrale), le fait-il en qualit d'organe central
ou local?
Cependant l'affirmation de Ch. EISENMANN peut tre renverse (509). Tout organe central
qui participe la formation d'un acte non central a en fait un caractre non central. Or la semi
- dcentralisation consistant selon Ch. EISENMANN " faire dpendre l'entre en vigueur des
normes d'une double dcision libre, prise l'une par l'organe central, l'autre par l'organe
dcentralis "(510), cela implique, que l'organe central participant un acte non central n'a plus
le caractre central mais non central. Il est difficile de considrer le ministre qui approuve
l'emprunt comme un organe local, car mme si cette approbation est ncessairement
individualise, elle pse sur toutes les circonstances identiques. Ch. EISENMANN refuse
l'analogie au motif qu'elle " mconnat encore le fait que la notion de comptence dsigne un
simple possible, et que si l'action ne peut excder les limites de la comptence, la comptence,
elle, peut fort bien dpasser les limites de l'action "(511). Le raisonnement est surprenant, car si
en effet l'action peut tre infrieure la comptence, l'auteur a rapport expressment la
509.Ce que conteste Ch. EISENMANN en crivant: " On ne peut retourner les propositions prcdentes et dire:
seul un organe non central peut exercer une activit donne vis vis d'une fraction de la collectivit; autrement
dit: ds lors qu'un organe pose des normes valables seulement pour une telle fraction ou participe leur diction,
il n'a qu'une comptence limite cette fraction, ..., donc c'est, en ce qui concerne cette activit, un organe non
central". Centralisation - dcentralisation, p. 91
511.Ibid. p. 91
143
comptence aux destinataires des normes (512). Or, en l'espce, les destinataires tant une
partie seulement des membres de la collectivit, on doit considrer l'organe "central"
participant un acte applicable une partie de la collectivit, comme un organe non central.
Dans cette situation de semi - dcentralisation, Ch. EISENMANN utilise la notion d'organe
mixte qu'il dfinit comme l'organe " mi central - mi non central, mixte, s'il est form
d'lments centraux et d'lments non centraux, c'est dire d'lments dont -toujours pour
l'activit considre- les uns ont comptence envers la collectivit entire, les autres seulement
envers une partie dtermine de la collectivit"(513). Le problme est donc de dterminer qui
est central et qui est non central?
Dans son ouvrage Ch. EISENMANN avait donn de prime abord, une dfinition plus large du
caractre central ou non central, en considrant qu'est " central un organe qui est investi d'une
fonction l'gard de la collectivit toute entire ..." et non central l'organe " investi d'une
fonction qu' l'gard d'une fraction dtermine de cette collectivit ..."(514).
Cette fonction peut consister soit dans une facult de statuer, soit dans une facult d'empcher.
Concernant la facult de statuer, la comptence personnelle d'un organe dot de la facult de
statuer se dtermine toujours par rapport aux destinataires de l'acte prtendant au titre de
norme.
512."Ainsi le caractre central ou non central des autorits a-t-il trait au cercle de personnes dont leurs normes
513.Ibid. p. 68
514.Ibid. p. 8
144
d'empcher centrale peut paralyser seule une facult de statuer (515). Soit, elle ne peut seule
s'opposer la facult de statuer laquelle elle s'applique, auquel cas elle sera non centrale.
515.Admettre qu'une facult d'empcher non centrale puisse seule empcher une facult de statuer centrale, aboutit
considrer que l'organe central n'a pas autorit sur toute la collectivit puisqu'un seul peut s'abstraire de ce qu'il
pose et ainsi cela remet en cause l'existence mme d'un ordre juridique hirarchis.
516.H. KELSEN Thorie pure du droit, p. 300, DALLOZ 1962. P. BASTID en crivant que la constitution "
concerne l'organisation gnrale des pouvoirs de l'Etat dans leurs rapports avec les individus ..." renvoie cette
dfinition, mais avec une moindre prcision en raison de l'indtermination du sens de l'expression "pouvoirs de
l'Etat"; P.BASTID, L'ide de constitution, p. 27 Economica 1985
517.cf. F. SABIANI L'habilitation des personnes prives grer un service public, A.J.D.A. 1977 p. 4. A.
COUDEVYLLE considre que l'on ne peut parler de mandat au sens civiliste du terme, dans cette hypothse
assimilable une dlgation de pouvoir, La notion de mandat en droit administratif A.J.D.A. 1979 p. 17
Pour un ex. d'habilitation, voir le cas des fdrations sportives: cf. cet gard Le contentieux administratif du
sport, A.J.D.A.1984 p. 531, M. GROS & P.Y. VERKINDT L'autonomie du sport, fiction ou ralit,
A.J.D.A.1985, p. 699 et P. COLLOMB et J.M. RAINAUD Commentaire de la loi 92-652 du 13/7/1992
145
Cela pose plusieurs questions. Dans quelle mesure peut-il ainsi se dmembrer? Quel impact ce
dmembrement a sur notre question?
La constitution qui reprsente "le degr suprme"(518) des normes, ne cre pas le plus souvent,
l'ensemble des organes investis de prrogatives normatives, dans la mesure o la question de
la centralisation - dcentralisation peut se poser chaque tage de la hirarchie. Elle rglera
ncessairement la production des normes, qui lui seront immdiatement infrieures mais
laissera celles-ci ou d'autres le soin de rgler les productions infrieures. Elle pourra
cependant dfaut de rgler la production normative infrieure la norme seconde,
reconnatre l'existence d'organes non centraux appels participer cette production
normative, par exemple rglementaire, dans des conditions dfinir par la norme seconde.
Dans cette hypothse, la norme seconde ne pourra ignorer l'existence des organes reconnus par
la norme premire.
On l'a vu, l'hypothse est frquente en France o la constitution voque les collectivits
locales et laisse le soin la loi de rgler leur contribution l'activit normative (519). L'article
72 de la constitution actuelle en constitue un bon exemple mais il va aussi plus loin, en ce
qu'il reconnat les collectivits territoriales d'une part et le principe de leur libre administration
d'autre part, ce qui implique une limitation du lgislateur appel dterminer les principes
fondamentaux de cette libre administration.
Concernant les tablissements publics, l'on sait que la Constitution franaise de 1958 rserve
au lgislateur " la cration de catgories d'tablissements publics "(520). Or le contenu de la loi
"d'ouverture" d'une catgorie nouvelle n'est pas dtermin avec prcision car cette disposition
modifiant la loi 84-610 du 16/7/1984 relative l'organisation et la promotion des activits physiques ....,
A.J.D.A. 1992, p. 799.
de l'article 34 s'entremle avec d'autres: " garanties des liberts publiques, libre administration
des collectivits locales, rgime de la proprit, du droit du travail, de la Scurit sociale ...
"(521).
La garantie offerte par la citation dans la norme premire est affaire d'apprciation, nanmoins
elle constitue un lment important de la dialectique normative. Le Conseil Constitutionnel a
eu l'occasion de prciser l'intention du lgislateur le sens du visa dans l'article 72 non
seulement des collectivits territoriales mais aussi du principe de libre administration (522). Le
Conseil d'Etat a de nombreuses fois t amen effectuer une apprciation sur l'tendue de la
capacit normative des collectivits. A cette occasion, il convient de noter qu'il a reconnu aux
collectivits locales un vritable " pouvoir rglementaire local spontan dans l'application des
lois "(523).
Cependant on l'a crit, la cration des organes non centraux peut rsulter de la volont de
l'organe central titulaire du pouvoir normatif considr, qui s'automutile ainsi (524). La logique
veut, que fait par une autorit, il puisse tre dfait par elle (525), sous contrle du juge (526)
c'est dire que l'amputation serait essentiellement prcaire. En consquence, l'organe non
central ainsi cr ou l'habilitation ainsi donne, tant subordonns dans leur existence mme
521.F. GAZIER Etude sur les tablissements publics, p. 19, E.D.C.E. 1984-1985
522.La dcision du Conseil Constitutionnel du 8/8/1985 affirmant que le principe de libre administration suppose "
un conseil lu dot d'attributions effectives ; ..." C.C. dcision 85-196 DC du 8/8/1985, A.J.D.A 1985, p. 605
note L. HAMON et R.D.P. 1986 Chronique constitutionnelle de L.FAVOREU p. 462
523.B.FAURE Le pouvoir rglementaire des collectivits locales, p 54, Thse dactylographie Universit de Pau
et des Pays de l'Adour, 1992, cf. cet gard la dcision cite par l'auteur de cette thse et passe presqu'inaperue
C.E. 31/1/1990 District urbain de Montbliard, A.J.D.A. 1990, p 492
524.Une norme suprieure peut prvoir cette procdure en dgageant les grandes lignes de la dlgation du
pouvoir normatif sans remettre en cause la capacit d'apprciation du titulaire principal de ce pouvoir de
l'opportunit d'effectuer cette dlgation. L encore l'apprciation pourra tre confronte une autre, celle du
juge qui exerce en la matire un contrle restreint, aboutissant ainsi une dfinition mouvante de la capacit du
titulaire principal du pouvoir. Les fdrations sportives constituent l encore un bon exemple: C.E. 20/1/1989
Fdration de Karat Taekwuwdo, R.D.P. 1990, p. 575 et Leb. p. 874, C.E.19/6/1991 Fd. Franaise de boxe
amricaine, LE QUOTIDIEN JURIDIQUE 1992, n 47, p. 2
525. " Cr par dcret, l'tablissement public peut tre dissout par un acte de mme nature, ventuellement pris
"aprs avis du Conseil d'Etat", Les tablissements publics: transformations et suppressions, p. 63 N.E. Doc.
Franc. 4876, 1989
526. Qui exerce en la matire un contrle restreint: cf. en matire de dissolution d'tablissement public C.E. 5
Juillet 1989 Mme Saubot & autres Leb. p. 159 & 874, concernant les associations C.E. 14 mars 1990 Office
culturel de Cluny, A.J.D.A. 1990 p. 645
147
La dlgation doit tre "autorise par un texte adquat"(528) et ceci exclut qu'une collectivit
dlgue ses comptences un organisme (529) ou un de ses membres (530) en dehors des cas
prvus par les textes (531).
La dlgation ne doit pas porter sur l'intgralit des prrogatives du titulaire principal et donc
pour tre admise, le Conseil d'Etat considre que la dlgation doit prciser son tendue (532).
Ces principes ont t poss aussi par le Conseil Constitutionnel (533) qui considre qu'une
autorit nationale autre que le Premier ministre peut sur habilitation lgislative exercer afin de
mettre en uvre une loi, un pouvoir rglementaire " dans un domaine dtermin et dans le
cadre dfini par les lois et rglements "(534); ce cadre exige que l'" habilitation ne concerne que
des mesures de porte limite tant par leur champ d'application que par leur contenu "(535).
Si l'ensemble des tablissements publics (536) disposaient d'un pouvoir normatif (537), ces
limitations jurisprudentielles apparatraient bien thoriques; cependant en considrant
531.Ainsi par ex., les commissions de recours amiable des C.A.F sont incomptentes pour statuer sur les demandes
de remise gracieuse en matire d'A.P.L.; C.A.A. Lyon 14/6/1993 Min. de l'Equipement, LES PETITES
AFFICHES 1993, n 148, p. 11
532.Cf. C.E. 13/5/1949 Couvrat D.1950 p. 77, note J.G., et plus rcent C.E. 27/4/1987 Ministre de l'Economie c/
533.sur ce point cf. D. ROUSSEAU Droit du contentieux constitutionnel, p. 231, MONTCHRESTIEN, 1990,
536.Cf. la liste dresse par F. GAZIER concernant les tablissements nationaux, E.D.C.E. 1984-85 p. 62 & s.
148
Pour Ch. EISENMANN, l'organe non central sera dcentralis, s'il peut faire prvaloir sa
volont, c'est dire s'il dispose d'une comptence discrtionnaire. Cependant il convient de
s'intresser l'exercice de la comptence, plutt qu' la comptence elle-mme.
I) les diffrentes approches des rapports entre organes centraux et non centraux
537.Tous les tablissements publics ne possdent pas un pouvoir rglementaire, cf. titre d'exemple C.E. 22/12/
1978 Fdration nationale des distributeurs de films, Leb. p. 527 et avis du C.E. sur le pouvoir rglementaire du
Centre national de la cinmatographie E.D.C.E. n 31 1979-80 p. 210; C.E. 21/5/1982 BOURDAIS propos du
pouvoir rglementaire du "Service national du permis de conduire", R.D.P. 1983 p. 515, pour d'autres exemples
J.P. DUBOIS Le contrle administratif sur les tablissements publics, p. 353 & s, L.G.D.J. 1982, J. MOREAU
Droit administratif, p. 108, Coll. Droit fondamental, P.U.F.1989
Par ailleurs les tablissements publics ne sont pas les seuls dtenir un pouvoir normatif, puisque cette
possibilit est ouverte aussi aux personnes prives: cf. cet gard la dcision rendue en contrarit avec les
conclusions du Commissaire du Gouvernement, par le Conseil d'Etat le 27/4/1987 Comit interprofessionnel du
gruyre de Comt, R.F.D.A. 1987 p. 885
Il apparat que les techniques de contrle sont identiques qu'elles soient exerces dans le cadre
de ce que l'on appelle le pouvoir hirarchique ou dans le cadre de la tutelle (539).
Cette identit technique conduit la doctrine classique distinguer les rapports entre organes
centraux et locaux selon que les organes locaux sont ou non soumis un pouvoir
discrtionnaire. Cependant lorsque l'on entre dans le dtail de son analyse, on constate un
certain flou dans sa classification.
Ces techniques peuvent tre regroupes et discrimines au sein et par les facults de statuer et
d'empcher.
539.M. BOURJOL tudiant la tutelle sur les actes notait " qu'il existe une gamme de procds divers dont certains
sont d'ailleurs employs par le pouvoir hirarchique." Droit administratif, tome ,1 p. 105, MASSON 1972
540.cf. F.B. BENOIT Le droit administratif franais, p. 489 & s, DALLOZ 1968; R. CHAPUS Droit administratif,
Tome 1, p. 254 & s, 4me d.1988; M. HAURIOU Prcis lmentaire de droit administratif, p. 45 SIREY 1938;
J.MOREAU Droit administratif, p. 123 & s, coll. droit fondamental P.U.F.1989, J. RIVERO Droit administratif,
p. 319 DALLOZ 1980; G. VEDEL & P. DELVOLVE Droit administratif, tome 2, p. 392, 11me d. coll.
THEMIS P.U.F.1990, M. WALINE Droit administratif, p. 258 SIREY 1959
541.Les auteurs prcits F.B. BENOIT p. 136; R. CHAPUS p. 276; M. HAURIOU n'voque pas la substitution
dans les procds de tutelle ( p. 52 ) mais l'voque sans prciser son sens propos du contrle du Maire ( p. 178);
J. MOREAU p. 125; J. RIVERO p. 321; G. VEDEL & P. DELVOLVE p. 397; M. WALINE p 391
150
Si donc la technique des actes ne diffrencie pas pouvoir hirarchique et tutelle, la distinction
doit tre ncessairement fonde sur un autre critre ou alors les notions se confondent.
Cette distinction partir du caractre discrtionnaire ou non des actes apparait dans la doctrine
en ce que " le pouvoir hirarchique est un pouvoir inconditionn "(543), c'est dire un pouvoir
que le suprieur " possde de plein droit "(544) " sans qu'un texte soit ncessaire "(545).
Or ces affirmations renvoient toutes au pouvoir discrtionnaire tel que l'entend Ch.
EISENMANN, c'est dire la capacit de faire prvaloir sa volont personnelle (546).
A l'inverse la tutelle est prsente comme une comptence lie en ce que tous affirment,
qu'elle n'existe que par la loi (547).
Cependant la doctrine classique est d'une limpidit trouble. En effet, lorsqu'elle apprhende
les techniques de contrle on s'aperoit que la limite qu'elle dfinit a priori entre pouvoir
hirarchique et tutelle s'estompe gravement dans la mesure o elle fait pntrer dans la tutelle
un contrle dit d'opportunit qui n'est qu'un moyen d'imposer sa volont personnelle. Parmi
542. Les mmes auteurs: F.B. BENOIT p. 136; R. CHAPUS p. 270 & s; M. HAURIOU p. 52; J. MOREAU p.
125; J. RIVERO p. 321; G. VEDEL & P. DELVOLVE p. 396; M. WALINE p. 390 & s
547.F.P .BENOIT prcit p. 137; J. RIVERO prcit p. 319, J. MOREAU prcit p. 125 ...
151
Ch. EISENMANN considrait que l'on devait prendre en compte le caractre discrtionnaire
ou non des prrogatives exerces par un organe central sur un organe local pour qualifier une
organisation donne du pouvoir normatif (549). Cependant cette approche a t critique par S.
REGOURD et est critiquable partir de la dmarche mene par Ch. EISENMANN.
Ce caractre discrtionnaire permet de diffrencier les rapports entre organe local et organe
central mme lorsqu'ils prennent des formes identiques.
" L'autorit hirarchique est le droit d'un agent de faire, dans ses rapports avec un autre agent,
prvaloir sa volont personnelle, soit en le dirigeant, soit en le corrigeant "(550).
Pour l'auteur, seuls des pouvoirs discrtionnaires peuvent caractriser la volont personnelle.
Ces pouvoirs traduisant l'autorit hirarchique, sont selon lui ncessairement des pouvoirs
discrtionnaires, c'est dire " des pouvoirs qui comportent de la libert de dcision, une
option libre entre deux ou plusieurs dcisions possibles "(551).
548.L. MORGAND cite cet gard l'article 18 de la loi du 18/7/1837, La loi municipale, tome 1, p. 131,
BERGER-LEVRAULT 1963. Cette hypothse tait voque ainsi par M. HAURIOU: " L'acte peut tre annul
d'office sans cause dtermine " Prcis de droit administratif, p. 53 SIREY 1938
549.Ch. EISENMANN Centralisation Dcentralisation, p. 75 & s, p. 94 & s et 147 & s L.G.D.J. 1948
pas ncessaire pour qu'existe l'autorit hirarchique (552) car le pouvoir de direction dispose
d'autres garanties, " ne seraient-ce que les sanctions d'ordre personnel"(553).
Ch. EISENMANN montre cet aspect dans le cadre de sa critique des notions de concentration
- dconcentration qui n'ont trait qu'au "pouvoir formel de dcision"(554) dans la mesure o "les
comptences bien que fragmentes territorialement demeurent en ralit centrales du fait de la
dpendance hirarchique de leurs titulaires"(555).
En d'autres termes, l'organe dconcentr exprimerait en fait une comptence illimite. Ceci est
vrifi en droit positif. L'exemple du prfet de dpartement le dmontre. Si l'on suit Ch.
EISENMANN, son suprieur hirarchique pourrait "dterminer entirement les normes"(556)
qu'il devrait prendre. La ralit peut tre apparemment toute autre (557). Ainsi par exemple en
matire de police administrative, le Prfet, autorit de police administrative gnrale dans le
dpartement, est normalement selon l'analyse de Ch. EISENMANN un organe comptence
personnelle illimite en sa qualit de reprsentant hirarchiquement subordonn du
gouvernement qui est un organe comptence personnelle illimite.
Or le Prfet est seul habilit prendre des mesures de police destination des personnes en
relation avec sa circonscription (558). Selon E.PICARD, la police exerce par le Prfet lui
serait propre et ne saurait se confondre avec la police nationale nonobstant l'appartenance du
Prfet la mme personne juridique que l'autorit de police nationale. Qu'il fasse mal ou qu'il
552.Ibid. p. 79
553.Ibid. p. 79
554.Ibid. p. 145
J.C. GROSHENS Le pouvoir des suprieurs hirarchiques sur les actes de leurs subordonns, p. 140 A.J.D.A.
557
1966
ne fasse pas, nul autre que lui n'est autoris intervenir et cela se constate en matire de police
des sols (559).
Ceci pourrait conduire une reconnaissance du Prfet en qualit d'organe non central mais il
demeure un organe centralis car "l'autorit hirarchique n'est pas, ..., dans la vie
administrative, un vain mot, ..."(560) dans la mesure o le subordonn sait que " la
dsobissance sera sanctionne; elle le sera par la notation, ..., elle le sera, ventuellement, par
la voie disciplinaire "(561).
Selon lui si l'organe central est li par une volont qui lui est extrieure - par exemple une
prescription lgislative pour une autorit disposant de la puissance rglementaire - dans le
rapport qu'il entretient avec l'organe local on ne pourra pas parler de centralisation mais de
contrle.
Pour Ch. EISENMANN " un contrle est l'opration qui consiste vrifier si des objets
concrets sont conformes ou ne sont pas conformes au schma idal d'un objet correct, tel que
le dessine une norme que l'on peut appeler norme de contrle... Un contrle, c'est
essentiellement une vrification de conformit, de la conformit d'objets un modle, un
type, une norme "(562).
559.C.E. 11 Juin 1982 A. MESTDAHG p. 42 A.J.D.A.1983; dans cette affaire dont les faits sont antrieurs 1982
se posait la question de savoir si un Prfet avait pu lgalement retirer un permis de construire alors qu'en la
matire le code de l'urbanisme rservait dans cette hypothse au ministre seul un pouvoir gnral d'vocation (art.
R 421-23). Le juge va trancher en faveur du Prfet sur le fondement des dispositions lgislatives du code
d'administration communale (art.77) qui font du Prfet " l'autorit suprieure " charge du contrle et auxquelles
sont subordonnes les dispositions rglementaires du code de l'urbanisme.
560.J.C. GROSHENS Le pouvoir des suprieurs hirarchiques sur les actes de leurs subordonns, A.J.D.A. 1966
p. 140
562.Ibid. p. 167
154
" Il suit de l que les pouvoirs de contrle sont, selon la terminologie technique, des
comptences lies..."(563)
Ceci le conduit distinguer ce qu'il entend par autorit hirarchique de ce que la doctrine
classique et contemporaine apprhende dans l'ide de pouvoir hirarchique dans la mesure o
pour cette doctrine le pouvoir hirarchique n'exclut pas la comptence lie (564) alors que pour
EISENMANN il n'y a autorit hirarchique que si le pouvoir est discrtionnaire (565).
Ch. EISENMANN pour montrer cette relation triangulaire s'appuie cet gard sur l'exemple
du lgislateur dont les volonts sont imposes par l'administration ou par le juge (567) et
considre qu'ici il y a contrle au sens qu'il donne ce terme (568).
563.Ibid. p. 168
564.Cette absence de distinction entre comptence lie et comptence discrtionnaire apparait, selon Ch.
EISENMANN, dans le fait que la doctrine voque uniquement des techniques de " pouvoir " ( approbation,
suspension, annulation, rformation ) et non leur condition d'exercice pour dmontrer le pouvoir hirarchique cf.
par ex. R. BONNARD Prcis de droit public, p. 138 SIREY 1946, J. MOREAU Droit administratif, p. 123 & s
Coll. Droit fondamental P.U.F. 1989, R. ROLLAND Prcis de Droit administratif, p. 108 & s DALLOZ 1953, G.
VEDEL & P. DELVOLVE Droit administratif, tome 2, Thmis P.U.F. 1990
565.Ibid. p. 75 et 147
566.Ibid. p. 186
567.Ibid. p. 73-74 & 81 o EISENMANN dclare : " Telle est la situation , par exemple , lorsqu'un organe
administratif central - tel que le ministre de l'Intrieur - a simplement le droit ...d'assurer lui-mme l'excution des
rgles de la lgislation centrale , si les organes administratifs non centraux - Conseil Gnral , Conseil Municipal
, Maire - qui auraient du l'assurer ne l'ont pas fait, ...Il n'y a pas en ce cas rapport de supriorit ni d'autorit
hirarchique entre les deux organes administratifs ...S'il y a supriorit , donc centralisation , ce ne sera qu'entre
l'organe lgislatif central et l'organe administratif non central, ..."
568.Ibid. p. 191
155
Par contre ce que la doctrine classique appelle tutelle de l'opportunit correspond pour Ch.
EISENMANN un pouvoir discrtionnaire en ce que l'ide d'un contrle de l'opportunit
supposerait que l'on ait dfini au pralable la norme opportune et que les dcisions locales
soient l'occasion de cette opration de contrle rapportes cet "talon" de la norme
opportune.
L'incongruit, non admise par la doctrine (569), de la proposition est parfaitement dmontre
par Ch. EISENMANN (570) et ds lors nonobstant leur caractre discrtionnaire, les pouvoirs
de "contrle de l'opportunit" ne sauraient sanctionner " une vritable opration de contrle ",
ni assurer "une fonction de contrle"(571).
EISENMANN critique le fait que la doctrine ait intgr la notion de contrle (574) la
dcentralisation (575) car elle est pour lui " le corollaire ncessaire de la centralisation
lgislative "(576). Selon lui, les pouvoirs d'approbation, d'autorisation, d'annulation ou de
suspension sont des pouvoirs de contrle "lorsqu'ils ont le caractre li" mais s'ils sont
569. R. CHAPUS Droit administratif gnral, tome 1, p. 268 MONTCHRESTIEN 1988, J. MOREAU Droit
administratif, p. 126 Coll. Droit fondamental P.U.F. 1989, G. VEDEL & P. DELVOLVE Droit administratif,
tome 2, p. 394 Thmis P.U.F. 1990, voir cependant pour une analyse remarquable du prtendu contrle
d'opportunit P. DELVOLVE Le contrle de l'opportunit existe-t-il? Actes du colloque Conseil Constitutionnel
- Conseil d'Etat p. 269 L.G.D.J. & MONTCHRESTIEN 1988
571.Ibid. p. 178
572.Ibid. p. 191
575.Ibid. p. 160
576.Ibid. p. 162
156
b) La critique de S. REGOURD
S. REGOURD considre que cette thse repose sur un dogme "la supriorit hirarchique
dfinie comme le droit de faire prvaloir sa volont propre" et cela n'est en rien "une donne
du droit positif, une ralit juridique qui s'imposerait l'analyste"(578).
Selon cet auteur, en se plaant du seul point de vue du suprieur hirarchique, Ch.
EISENMANN oublie " le rapport normatif " qui lie le suprieur l'infrieur. S. REGOURD
crit: " Si l'on se place en effet du point de vue du subordonn, le rapport hirarchique se
trouve apprhend en termes de normes obligatoires quelle que soit " la part prise par la
volont personnelle de celui qui les dicte ..., le seul problme pos l'agent de degr infrieur
est de savoir si l'ordre, donn par l'agent de degr suprieur est juridiquement obligatoire. Ce
problme est simplement celui de sa conformit au droit en gnral et aux rgles de
l'organisation en particulier "(579).
Cette critique doit tre nuance car elle laisse croire que l'infrieur peut s'interroger sur le
caractre obligatoire de la dcision prise par son suprieur. Or il n'en est rien bien
videmment.
En effet, si cette dcision est une norme juridique, l'infrieur doit s'y conformer en raison
mme de cette qualit. Si cette dcision n'est pas une norme juridique (mesure d'ordre
intrieur par ex.) l'infrieur " doit se conformer aux instructions de son suprieur hirarchique,
577.Ibid. p. 166
578.S. REGOURD L'acte de tutelle en droit administratif franais, p. 45, L.G.D.J. 1982
579.Ibid. p. 46
157
sauf dans le cas o l'ordre donn est manifestement illgal et de nature compromettre un
intrt public "(580).
Cependant S. REGOURD constatait et c'est ce qui nous intresse que "le fait que l'ordre ait t
librement forg par l'agent de degr suprieur ou que ce dernier ait t oblig de le donner, n' a
... aucune incidence" sur la situation concrte de l'infrieur, qui demeure assujetti un devoir
d'obissance qui est moins li la "conformit au droit"(581), qu'"aux rgles de
l'organisation"(582) ainsi que le relevait J. RIVERO (583) la suite de l'article de J.C.
GROSHENS (584).
Cette indiffrence pour le subordonn du caractre discrtionnaire ou non de l'ordre qui lui est
donn, S. REGOURD l'illustre en voquant la hirarchie militaire qui lui permet, en outre de
contester la relation triangulaire dans laquelle Ch. EISENMANN ne voyait pas une hypothse
d'autorit hirarchique. Il constate en effet, qu'un subordonn peut avoir aussi des subordonns
et qu'il ne cesse pas " pour autant d'tre leur suprieur hirarchique " lorsqu'il leur fait
appliquer les ordres qu'il a reu lui-mme de son suprieur. L'auteur peut affirmer ainsi que "
la subordination hirarchique existe nonobstant le caractre personnel des ordres manant du
suprieur "(585).
580.A. PLANTEY Trait gnral de la Fonction Publique, p. 336 LITEC 1991; cf. aussi loi 83-634 du 13/7/1983
portant droits et obligations des fonctionnaires art.28, voir aussi P. DI MALTA Essai sur la notion de pouvoir
hirarchique, p. 137 & s qui reconnat l'infrieur un droit de remarque " mais, en principe, si ces observations
sont rejetes, l'infrieur devra obtemprer ".
582.Ibid. p. 46
583.J. RIVERO crivait: " Si l'autorit du suprieur existe, et si elle ne dispose pas, pour s'exercer, de ce pouvoir
de rformation par lequel on la caractrise traditionnellement, c'est qu'elle dispose d'autres armes, plus secrtes. "
et l'auteur constatait plus loin que "le subordonn, l'instruction reue, ne se sent pas libre, ... et son sentiment n'est
pas le fruit d'une illusion: en fait il n'est pas libre; la dsobissance sera sanctionn ..." A.J.D.A.1966, p. 154
584.J.C. GROSHENS Le pouvoir des suprieurs hirarchiques sur les actes de leurs subordonns, A.J.D.A. 1966,
p. 140
Or cette relation triangulaire est ncessairement prsente dans la relation hirarchique au sein
de l'administration puisque l'administration intervient au niveau de la norme seconde et
qu'ainsi l'agent quel qu'il soit est avant tout le subordonn de la loi (586).
Le critre de la volont personnelle doit-il tre abandonn pour autant? Je ne le pense pas, si
l'on admet qu'il ne s'applique pas la dfinition d'une comptence mais l'exercice d'une
comptence, que celle-ci soit lie ou non, importe peu.
En consquence les prrogatives d'un organe central envers un organe local doivent tre
apprhendes partir de la connaissance de leur caractre discrtionnaire ou non pour pouvoir
qualifier ensuite le mode d'organisation qu'elles traduisent.
Ainsi pour l'auteur il ne saurait y avoir comptence discrtionnaire lorsquun organe fait
respecter la volont d'autrui, tels les juges ou les administrateurs lorsqu'ils font respecter la loi.
Les techniques utilises (approbation, annulation par ex.) ne sont pas rvlatrices du caractre
discrtionnaire ou non du pouvoir exerc car "deux actes intrinsquement, matriellement,
identiques ... sont, du point de vue juridique, radicalement diffrents si le sont la base et le but
que leur assigne" une rglementation (587).
L'examen des diffrentes prrogatives dtenues par les organes centraux sur les organes
locaux montrent que s'il existe effectivement des hypothses o l'intervention de l'organe
586.R.CARRE DE MALBERG crivait: " La puissance hirarchique, en effet, n'existe pas pour elle-mme: elle
n'est confre aux administrateurs suprieurs, y compris le chef suprme de l'administration, que pour
l'accomplissement de la tche constitutionnelle qui incombe l'autorit administrative, c'est dire de la tche qui
consiste excuter les lois ". Contribution la thorie gnrale de l'Etat, tome 1, p. 518 C.N.R.S.1962
rimpression de l'd. SIREY 1920
central est conditionne et/ou rglemente (588) dans son contenu, c'est dire des hypothses
de comptence lie au sens d'EISENMANN, l'organe central dispose d'une apprciation
discrtionnaire de la ralisation des conditions de son intervention.
Ainsi il n'est pas faux d'affirmer que l'exercice d'une comptence lie s'apprciant
discrtionnairement, les rapports organes locaux - organes centraux ont toujours un caractre
discrtionnaire.
En fait la distinction opre par Ch. EISENMANN entre prrogatives discrtionnaires et lies
est identique celle opre entre contrle de lgalit et contrle d'opportunit. Cette
distinction entre comptence lie et discrtionnaire n'est pas opratoire pour apprcier la
nature des rapports entre deux organes dans la mesure o " dans la ralit, il n'existe pas de
diffrence de nature entre elles, mais seulement des diffrences de degr dans la libert
d'action reconnue par la loi et la jurisprudence aux autorits administratives "(589).
Son analyse peut sans difficult tre transpose dans un Etat fdral l'exercice de la facult
de statuer par les Etats fdrs et au contrle exerc sur les normes en rsultant notamment par
le juge constitutionnel et tendue en France l'exercice de la facult de statuer des
collectivits locales au contrle exerc par le Prfet sur celles-ci.
588.Ainsi le pouvoir de contrler peut tre simplement pos par la loi (= condition) et fix dans ses lments (=
590.P. DELVOLVE Existe-t-il un contrle de l'opportunit? Actes du colloque Conseil Constitutionnel -Conseil
591.Ibid. p. 295
160
Selon P. DELVOLVE, l'opportunit dans le contrle apparat en ce que son titulaire "est
matre du contrle exerc"(592), d'une part et " matre de la norme applique "(593), d'autre part.
L'examen des rapports Etat - Collectivits locales montre que dans un Etat fdral comme
dans un Etat unitaire le "contrleur" matrise "l'existence de son contrle" tout comme le
titulaire de la facult de statuer titre initial matrise la dcision d'exercer cette facult
nonobstant toute rgle lui imposant de le faire ou de ne pas le faire.
En matire de dcision initiale, on constate que lorsqu'un texte impose une conduite de faire
ou de ne pas faire un organe, celui-ci dispose en fait de la libert de s'y conformer ou non.
Ainsi par exemple, la loi (article L 163-1 du code des communes) implique pour les
collectivits locales de ne plus intervenir dans les matires dont la gestion a t transfre un
tablissement public de coopration intercommunale. Or il est patent que des collectivits
transgressent cette interdiction sans que cela ne dclenche le contrle de lgalit et sans que le
juge parfois saisi, n'y trouve redire. Communes, Prfet et Juge disposent en l'espce d'une
facult d'apprciation des matires transfres (594).
De mme en matire d'accs aux documents administratifs (art. L 121-19 code des communes
& loi 78-753 du 17/7/1978) l'autorit locale a l'obligation de permettre cet accs et de donner
592.Ibid. p. 295
593.Ibid. p. 304
594.Cf. cet gard Ch. BRECHON-MOULENES Les syndicats de communes, Encyclopdie DALLOZ
copie. Or l encore, il est manifeste que cette obligation de faire, en raison du contentieux
qu'elle suscite, est apprhende de faon trs libre par les lus locaux (595).
En matire de mise en uvre du contrle, cette mme libert d'apprciation peut tre
constate.
Ainsi aux Etats-Unis les cours dcident elles-mmes des dcisions qu'elles ne contrleront pas
en raison de leur nature politique (596) l'instar de notre thorie des actes de gouvernement.
Ainsi par exemple dans le rgime antrieur 1982, les articles L.212.4 et suivants du code des
communes prvoyaient que "l'autorit suprieure" se substituait aux lus municipaux lorsque
le budget n'avait pas t vot en quilibre rel (art. L 212-4), lorsque ces lus n'acceptaient pas
les mesures de redressement proposes aprs constatation d'un dficit dans l'excution du
prcdent budget (art. L 212-5 & s) ou lorsqu'une dpense obligatoire n'avait pas t inscrite
au budget (art. L 212-9).
Nous tions bien l dans une de ces hypothses o Ch. EISENMANN voyait une comptence
lie dans la mesure o l'administration ne pouvait se substituer la commune que dans les cas
prvus par la loi.
Or il est manifeste que la dcision de substitution du Prfet n'tait pas automatique, ds lors
que se prsentait un tel cas. Il y avait de sa part apprciation de l'opportunit d'agir et par
consquent malgr les dispositions du code des communes, comptence discrtionnairement
exerce.
595.cf. cet gard J.M. BECET La communication des documents au public, Encyclopdie DALLOZ
596.A. & S. TUNC Le systme constitutionnel des Etats-Unis d'Amrique, p. 270 DOMAT-MONTCHRESTIEN
1954, R.R. BOWIE & C.J. FRIEDRICH Etudes sur le Fdralisme, tome 1, p. 200 L.G.D.J. 1960
162
l'opportunit d'exercer le contrle sur la collectivit. En effet alors, seule la faute lourde
engage la responsabilit de l'Etat (597).
Il n'est pas indiffrent de rappeler ici que tant dans le rapport GUICHARD (598), que dans le
rapport AUBERT (599) les lus se plaignaient moins de la tutelle prfectorale marque d'une
empreinte politique que de celle exerce par les services extrieurs de l'Etat.
Aujourd'hui alors que cette tutelle a disparu avec l'intervention de la loi 82-213 du 2 Mars
1982, subsistent des hypothses o une partie de la doctrine au regard des dispositions de la
loi et la suite de certaines dcisions (600) considre que le Prfet est dans une situation de
comptence lie, telle notamment celle dcoulant du constat d'une illgalit l'occasion de
son contrle de lgalit (601).
Si effectivement la loi voque une obligation en disposant que le Prfet " dfre ...les actes..."
et donc une comptence lie elle prvoit tout aussi clairement une facult d'apprciation et une
comptence discrtionnaire dans la mesure o ce dfr ne concerne que les actes " qu'il
estime contraire la lgalit "(602).
En matire de dpenses obligatoires la loi du 2 Mars 1982 prvoit que le Prfet sur demande
de la Chambre rgionale des Comptes inscrit cette dpense au budget. L'on tait en droit de
croire et les premiers juges l'ont cru, que le Prfet, ds lors que la Chambre rgionale avait
constat le caractre obligatoire, tait tenu d'inscrire la dpense au budget. Le Conseil d'Etat
sur invitation de son Commissaire du Gouvernement qui ne croyait pas que la loi " ait dessaisi
substitution la responsabilit du "tuteur" a pu n'tre engage que lorsque la substitution tait illgale
C.E.24/6/1949 Commune de ST SERVAN SIREY Hebdo.1949.3.55; dsormais la jurisprudence commune de
Champigny (prcite) s'applique depuis l'arrt du C.E. 5/12/1958 Commune de DOURGNE R.D.P. 1959 p. 990
599.J. AUBERT La rponse des maires de France Commission des communes de France 1977
600.T.A. LYON 6 Fvrier 1984 Synd. mixte des transports en commun de la rgion lyonnaise, T.A LYON 10
Juillet 1984 Com. de FONS, note D. CHABANOL A.J.D.A. 1984 p. 570 & s; T.A. POITIERS 30 Avril 1985
com. de ROM, note J.F. LACHAUME R.F.D.A. 1986 p. 618
602.Sur cette question voir F.P. BENOIT Encyclopdie DALLOZ Collectivit locales, p. 4542-28 & s
163
Ainsi mme lorsque l'organe central est cens exercer l'encontre de l'organe local une
comptence lie, il dispose de fait d'une comptence discrtionnaire dans la mesure o c'est lui
qui apprcie la runion des conditions d'existence de la comptence lie.
P. DELVOLVE considre par ailleurs que l'opportunit dans le contrle rsulte de la matrise
"de la norme applique"(604).
On a vu que selon M. TROPER, la qualit de norme pouvait tre subordonne au fond d'une
norme dans le cadre d'un systme de justification statique. Cet auteur dans son tude
consacre au problme de l'interprtation et la thorie de la supra lgalit constitutionnelle
montre que c'est "l'interprtation - et donc l'application de la constitution - qui seule peut
confrer aux dispositions constitutionnelles la signification objective de normes"(605).
Ceci est important en ce qui concerne cette tude, car de nombreux textes posent a priori une
centralisation, c'est dire subordonnent la facult de statuer des organes locaux la volont
d'organes centraux tablissant ainsi " une centralisation statique ". Dans d'autres cas, comme
en France, la simple soumission des collectivits au respect de la lgalit peut dboucher sur
leur subordination, selon l'interprtation donne la lgalit.
604.P. DELVOLVE Existe-t-il un contrle de l'opportunit? P. 304 Colloque Conseil Constitutionnel- Conseil
605.M. TROPER crit: " l'acte de volont par lequel le constituant adopte une disposition constitutionnelle a la
signification subjective d'une norme. Mais il ne saurait avoir la signification objective que si l'ordre juridique
attache sa violation certaines consquences de droit. Or c'est prcisment, ..., l'interprtation qu'en donneront
les organes d'application qui permettront de dterminer s'il y a ou non violation ... . Le problme de
l'interprtation et la thorie de la supralgalit constitutionnelle, p. 143, Hommage Ch. EISENMANN 1975
164
Le principe droit central brise droit local est un exemple. Cette situation se trouvait dans la
constitution de l'U.R.S.S. dont l'article 74 disposait qu'" en cas de divergence entre la loi d'une
Rpublique fdre et la loi fdrale, cette dernire prvaut "(606), elle se trouve encore
l'article 31 de la Loi fondamentale du 23/5/1949 de l'Allemagne. On le verra, elle existe aussi
dans les communauts europennes.
La constitution italienne n'ignore pas non plus cette solution puisque les lois rgionales
doivent respecter les "principes fondamentaux fixs par les lois de l'Etat" et ne pas tre " en
opposition avec l'intrt national et avec celui d'autres rgions "(607). Dans le mme esprit la
Constitution portugaise dispose que les rgions ont en effet le pouvoir de " lgifrer, en
respectant la Constitution et les lois gnrales de la Rpublique, dans les matires qui
prsentent pour elles un intrt spcifique et qui ne sont pas rserves la comptence propre
des organes de souverainet "(608).
Plus surprenant est de constater que la Suisse prvoit un contrle des actes cantonaux partir
des lois fdrales puisque l'article 113 de la Constitution Suisse dispose que lors de son
contrle "...le Tribunal Fdral appliquera les lois votes par l'Assemble fdrale et les
arrts de cette Assemble qui ont une porte gnrale "(609).
DUVERGER P.U.F. 1989; depuis la rvision du 1/12/1988, cf. P. COLLEAS Le contrle de constitutionnalit
en U.R.S.S., R.D.P. 1990, p. 1035 & s
607.Art.117 Constitution de la Rpublique italienne du 27/12/1947, Constitutions & documents politiques p. 784
P.U.F.1989
608.Art.229 Constitution portugaise du 2/4/1976 cit dans La justice constitutionnelle au Portugal, p. 356
ECONOMICA 1989
609.Art.113 Constitution fdrale du 29 Mai 1874 Constitutions & documents politiques, p 848 M. DUVERGER
P.U.F. 1989
165
l'utilisation par le juge de " la rgle de raison "(610), quivalent de notre rgle du bilan, pour
apprcier la rationalit de la norme.
Le cas italien montre que cette subordination de la loi locale la loi centrale a t entendue
par la Cour Constitutionnelle italienne (611) pour laquelle " Les rgions devant ...tre
considres comme des organes reprsentatifs d'intrts de niveau rgional, il convient
d'admettre que l'ordre constitutionnel, en tant qu'il impose une individualisation de ces intrts
au sein des rgions ... exige, ... que revienne l'Etat la protection des intrts unitaires, qui
sont tels dans la mesure o ils ne sont pas susceptibles d'un fractionnement territorial"(612).
Au Portugal le pouvoir lgislatif des rgions autonomes est trs encadr comme l'affirme le
Tribunal Constitutionnel en dclarant: "le pouvoir lgislatif rgional est un pouvoir
conditionn, assujetti des limites diverses: il peut seulement traiter des matires prsentant
un intrt spcifique pour la rgion concerne et qui n'ont pas t rserves la comptence
propre des organes de souverainet; outre le fait de devoir obissance la Constitution, il ne
peut dicter des normes contraires aux lois gnrales de la Rpublique...."(613).
Il peut se faire donc, que dans des Etats dits fdraux cette uvre interprtative tende
gommer le caractre fdral au profit du caractre unitaire. Ainsi en Allemagne non seulement
l'article 31 de la Loi fondamentale du 23 Mai 1949 affirme la primaut du droit fdral sur le
droit local mais en outre la "Bundestreue ou fidlit fdrale" dgage par le Tribunal
constitutionnel a renforc la potentialit unitaire de l'Etat.
Mme si cette notion ne doit pas tre comprise " comme une obligation en quelque sorte
unilatrale des Etats-membres l'gard de la "Fdration", de l'"Etat central", de la
"Communaut", mais comme une fidlit due de part et d'autre, de la part de la Fdration et
610.G. BURDEAU Trait de science politique, tome IV, p. 461 L.G.D.J. 1969
611.S. FLOGAITIS La notion de dcentralisation en France, en Allemagne et en Italie, p. 222, L.G.D.J. 1979
612.Cour Constitutionnelle Italienne, Dcision 138 du 24/7/1972, Documents d'tudes -Le contrle de
613.Tribunal Constitutionnel du Portugal dcision 190:/87 du 4/6/87 La justice constitutionnelle au Portugal, cit
par F. MODERNE dans " Les rgions autonomes dans la jurisprudence constitutionnelles du Portugal", p. 357
ECONOMICA 1989
166
de la part des Etats-membres, au principe fdral, c'est dire l'ide selon laquelle la structure
fdrale implique complmentarit des deux niveaux qui s'paulent et s'appuient
mutuellement, ..."(614), il n'en apparat pas moins que c'est le principe unitaire contenu dans
l'ide de fdralisme qui se trouve ainsi consacr, dans la mesure cette notion se prsente
"comme un principe qui, la lumire de considrations suprieures, peut imposer des limites
l'exercice d'un pouvoir formellement accord"(615).
Le contrle tant administratif que juridictionnel de nos collectivits locales offrent l'envie
des exemples de l'tendue du pouvoir d'apprciation des " normes subjectives " en France.
La notion d'quilibre rel du budget mme claire par les dispositions de la loi 82-213 du 2
Mars 1982 est de cette nature en ce qu'il repose notamment sur une valuation sincre des
recettes et dpenses. Ceci conduira le Prfet exercer "un contrle de vraisemblance portant
la fois sur les recettes et les dpenses"(616).
Les Chambres rgionales des Comptes ont prcis le contenu de la notion en considrant que
ne doivent "figurer au budget... (que) des recettes dont le principe est acquis,"(617) tout en
reconnaissant que les ruptures peu importantes d'quilibre ne mettaient pas en cause "
substantiellement l'quilibre rel du budget "(618) alors que selon la circulaire du ministre de
l'Intrieur la "saisine de la Chambre n'est pas lie l'importance du dsquilibre constat"(619).
615.Ibid. 787
617.J.L. CHARTIER & A. DOYELLE La notion de sincrit des valuations budgtaires, A.J.D.A. 1984 p. 164
618.Ibid. p. 166
619.cit par J. CATHELINEAU Le contrle du budget Encyclopdie DALLOZ Collectivit locale, p. 7052-18
167
Elle peut se situer dans la procdure lorsque le Prfet n'effectue pas la mise en demeure
pralable en matire de police (620).
Elle peut rsider dans l'apprciation du fond. Ainsi avant la loi de 1982, l'article L 122-14
prvoyait d'une faon gnrale la substitution du Prfet au Maire ngligent (cette disposition
ne subsiste aujourd'hui que pour le Maire, agent de l'Etat). Cette facult d'abord interprte
comme autorisant la substitution lorsque le Maire n'excutait pas une dlibration du Conseil
Municipal a t par la suite interprte comme autorisant la substitution lorsque la loi mettait
la charge du Maire une obligation d'agir. La carence, la ngligence sont affaires d'espce et
donc subjectivement apprcies (621).
C'tait donc juste titre que la doctrine classique s'attachait l'effet du pouvoir de
rformation, d'instruction, d'autorisation, d'annulation et de substitution.
Cette conclusion a une consquence importante sur la dfinition des notions puisque dans la
thse de Ch. EISENMANN la summa divisio entre centralisation et dcentralisation est
l'absence de relations hirarchiques entre organes centraux et locaux lie l'absence de
pouvoirs discrtionnaires des premiers sur les seconds.
620.L. MORGAND La loi municipale, tome 1, p. 610 & s BERGER-LEVRAULT 1963, J. MOREAU Les
621.L. MORGAND La loi municipale, tome 1, p. 294 & s BERGER-LEVRAULT 1963, F.P. BENOIT
622.Ch. EISENMANN Centralisation - Dcentralisation, p. 107 & s et p. 165 & s L.G.D.J. 1948
168
Les propos prcdents cartent cette conclusion et exigent de fonder la distinction sur d'autres
critres.
La rpartition des facults entre organes centraux et non centraux sera le critre dterminant
chaque mode de production des normes. Il convient donc de poser les principes de cette
rpartition avant d'examiner les combinaisons permettant les diverses qualifications du mode
de production des normes.
Pour que la question de la centralisation - dcentralisation se pose, il faut que des organes
centraux et non centraux disposent d'une facult de statuer. S'agissant de distinguer
centralisation et dcentralisation, toute disposition d'une facult de statuer ne caractrisera pas
telle ou telle organisation du pouvoir normatif. Seule l'exclusivit de la facult de statuer d'un
organe central caractrisera la centralisation et seule cette mme exclusivit au profit d'un
organe non central caractrisera la dcentralisation. Il convient donc d'organiser l'exclusivit
des organes centraux et non centraux sur leur facult de statuer. La division de la facult de
statuer ne garantit pas cette exclusivit (Section I) que seule une facult d'empcher
rciproque est susceptible d'assurer (Section II)
La division de la facult de statuer entre organes centraux et non centraux n'est pas susceptible
de garantir le monopole des organes du fait notamment de la contestation de l'applicabilit des
principes y prsidant, l'Etat (I) et de la vanit de la mise en uvre des principes (II).
Diviser la facult de statuer implique de dterminer la comptence, la capacit des organes qui
en sont dots et donc dans l'hypothse de la dcentralisation que cette capacit puisse tre
limite. Cette limitation repose sur des principes qui n'ont pas une relle valeur opratoire (A)
et dont l'application l'Etat est conteste (B).
" Que ce soient les actes juridiques de droit public, que ce soient les actes juridiques de droit
priv, tous sont orients vers un certain rsultat qui est au-del du droit. Tous sont finaliss,
c'est dire suspendus , dirigs vers un but extra et mta juridique "(624).
Ce but, qui conditionne la validit des actes (625), c'est l'intrt gnral (626). Ce but s'impose
aux organes centraux (627) et non centraux (628) dans l'exercice de leur fonction normative.
623.J.C. DOUENCE considre qu'il ne convient pas d'voquer ainsi la capacit car capacit et spcialit
fonctionnent sur deux registres juridiques diffrents, cf.; La spcialit des personnes publiques en droit
administratif, p. 762, R.D.P. 1972. Si dans l'ordre juridique, la capacit est la possibilit de faire des actes
juridiques (l'aptitude l'activit juridique" crit J.L. AUBERT dans son Introduction au droit, p. 236, Coll.
A.COLIN, 1986), elle est lie ncessairement la dfinition des conditions de cette capacit qui varieront selon
les personnes et selon les actes. Or, l'aptitude des personnes publiques pour dicter des prescriptions peut tre
formule sur le modle des raisonnements mathmatiques, savoir " si et seulement si " elle s'exerce dans
l'intrt gnral. Cette ide est exprime par J. MOREAU lorsqu'il pose " le principe de conformit l'intrt
gnral " qui en raison du caractre vague de la notion d'intrt gnral exige "que les comptences des autorits
administratives puissent tre parfois plus troitement finalises ou spcialises "; Droit administratif, p 198, Coll.
Droit fondamental, P.U.F.1989
625. " ... tout acte des gouvernants est sans valeur quand il poursuit un but autre qu'un but de service public ". L.
626.M.P. DESWARTE tablit une antinomie entre intrt gnral et bien commun en se fondant sur l'idologie et
les pratiques des rvolutionnaires de 1789 et de leurs successeurs qui ont conduit rifier l'intrt gnral, le
dsincarner dans le cadre de l'quation: volont des reprsentants= volont gnrale= intrt gnral. M.P.
DESWARTE Intrt gnral et bien commun, R.D.P. 1988, p. 1289 & s; sur le "bien commun local" comme
fondement de la capacit locale, cf. J.M. PONTIER L'Etat et les collectivits locales, p. 176 & s, L.G.D.J. 1978
627.cf. par ex. en matire de police C.E. 24/6/1960 FRAMPAR G.A.J.A, p. 584 & s, en matire de service public
C.E. 13/11/1953 Ch. Synd. des industries et du commerce des cartouches de chasse D.54, p 553 (illgalit de la
cration car non expressment dcide par le lgislateur seul habilit reconnatre le caractre d'intrt gnral
d'une activit)
170
Ce but est poursuivi par l'ensemble des personnes publiques dotes d'un pouvoir normatif, il
n'apparat donc pas a priori comme un lment susceptible de permettre la division de la
facult de statuer entre organes centraux et non centraux. L'a priori peut tre nuanc, car ce
but d'intrt gnral exige " que les rgles dictes ... constituent effectivement des moyens de
l'atteindre "(629).
628.Cf. par ex. l'arrt du C.E. du 23/12/1970 commune de Champigny, R.D.P. 1971 p. 248 qui rappelle cette
obligation: " ... dans les conditions o il tait organis, ce service rpondait un besoin de la population et donc
un intrt public local ...". cf. pour des exemples d'absence d'intrt public C.E. 26/10/1973 GRASSIN, A.J.D.A.
1974, p 34 et T.A. d'ORLEANS 5/7/1970 Assoc. des riverains du Vieux Cher ... R.J.C.O. 1991, n 8, p. 72
630. Ainsi THOURET dans son rapport sur la constitution prsentait un projet d'tablissement des assembles
administratives " institues dans l'ordre du pouvoir excutif, (elles) en seront les instruments et les organes.
Subordonnes directement au roi, comme administrateur suprme, elles recevront ses ordres et les transmettront,
les feront excuter et s'y conformeront ". THOURET Rapport sur la constitution, Sance Assemble constituante
du 29 Septembre 1789, p. 530 Rimpression de la Gazette Nationale, PLON 1860
631.Expos des motifs du dcret du 25/3/1852 sur la dcentralisation administrative dans le recueil de J.
IMBERT, G. SAUTEL & M. BOULET-SAUTEL Histoire des institutions et des faits sociaux, p. 391, Coll.
Thmis, Textes et documents, P.U.F. 1961
632.Ibid.
doit accomplir seul ses propres fonctions au service du bien commun gnral et universel et
pour la ralisation de la justice distributive; il accomplit ces fonctions ... en assumant un rle
d'aide, de secours, de subsidiarit par rapport aux autres socits, dans la mesure o celles-ci
ne parviennent pas la solution des problmes qui leur reviennent normalement "(634).
La subsidiarit peut expliquer et justifier une certaine organisation de l'Etat dans la mesure o
elle " fournit une rponse la question abstraite de savoir, qui dans une organisation
complexe, doit disposer des comptences et des pouvoirs "(635). Cependant et en dfinitive il
convient d'admettre que la rponse fournie par le principe de subsidiarit dans la recherche de
l'efficience de la capacit, n'est pas opratoire pour l'organisation des facults de statuer dans
un ordre juridique, puisqu'elle consiste dans l'affirmation de la comptence de celui qui donne
au but d'intrt gnral sa meilleure effectivit (636). Cette apprciation sera plus aise
formuler a posteriori qu'a priori d'une part et son contenu pourra varier selon les donnes du
problme (nature de la comptence, importance de la collectivit non centrale, temps, ...),
d'autre part. Ainsi le principe de subsidiarit permettra a posteriori, aussi bien de reconnatre
pour un mme problme, en mme temps ou successivement, la comptence de l'organe
central et de l'organe non central.
Il n'est donc pas vou la prservation exclusive des comptences des organes non centraux
(637) pour lesquels il prsente nanmoins l'intrt de conduire les gouvernants "admettre le
bien fond de l'ide selon laquelle les autorits locales doivent disposer de certains
pouvoirs"(638). Il n'assortit pas ncessairement cette reconnaissance des moyens permettant la
prservation de ces pouvoirs.
634.J.Y. CALVEZ & J. PERRIN Eglise et socit conomique, p. 415, cits par J.M. PONTIER dans L'Etat et les
636.Ceci montre que la subsidiarit inspire le principe de proportionnalit utilis par le juge administratif en
France
637.Cette ambivalence de la subsidiarit a t remarque au niveau europen. Cf. Rapport public du Conseil d'Etat
pour 1992, p. 25
638.Ibid.
172
Il faut un complment. Le principe de spcialit pourrait l'tre car " l'affectation l'intrt
gnral qui imprgne tout le droit public (sera) renforce par une affectation une mission
dtermine qui caractrise la spcialit de l'tablissement "(639).
Selon Ch. EISENMANN, deux critres s'offrent pour dfinir cette comptence personnelle: la
comptence ratione personae et la comptence ratione loci. Il rejette le critre matriel pour
dfinir la question de la centralisation - dcentralisation car les affaires, matires et objets ne
sont intressants, que si l'homme entretient un rapport avec elles (641). Cependant il reconnat
que la "comptence territoriale" et la "comptence matrielle", telles que les envisagent la
doctrine, constituent " des talons de mesure de la comptence personnelle "(642). Il se refusera
toujours malgr tout insrer le critre matriel au sein de la comptence personnelle comme
en atteste le fait de considrer que la matire est un lment objectif des normes alors que la
comptence personnelle, serait un lment subjectif (643).
639.J.C. DOUENCE La spcialit des personnes publiques en droit administratif, R.D.P. 1972, p. 767
642.Ibid. p. 63
643.Ch. EISENMANN Cours de droit administratif, p. 249 & s, tome 2, L.G.D.J. 1983
173
(644). Gnralement on fait ce constat propos des collectivits locales lors de la recherche de
l'affaire locale (645) mais l'on oublie la figure symtrique, savoir l'impossible dfinition de
l'affaire tatique. En effet l'absence d'affaires locales implique ncessairement l'absence
d'affaires tatiques sinon l'on ne comprendrait pas que de l'une, on ne puisse dduire l'autre.
Oprer la division des facults sur la base du critre ratione loci, apparat ds lors comme la
seule solution rellement opratoire. La facilit que prsente la ralit physique est cependant
un leurre. En effet le territoire des collectivits ou des circonscriptions est inclus dans celui de
l'Etat et ainsi quand bien mme dirait-on que tel organe est comptent pour rgler la situation
des hommes entretenant avec un territoire certains rapports, il resterait dterminer si l'organe
est comptent pour rgler toutes les situations (quid des relations extrieures par ex.?) d'une
part et sur quels rapports avec le territoire se fonderait-on pour tablir cette comptence (ce
qui renvoie au critre ratione personae) d'autre part.
644.J.M. PONTIER crit: " Il n'y a pas de fonction qui soit proprement locale, toutes les fonctions accomplies par
les collectivits sont galement des fonctions tatiques ". L'Etat et les collectivits locales - la rpartition des
comptences p. 307, L.G.D.J. 1978
645.J.CHAPUISAT Les affaires communales, p. 470 A.J.D.A. 1976; J.M. PONTIER Semper manet. Sur une
647.Ibid. p. 572 et J.C. NEMERY De la libert des communes dans l'amnagement du territoire, p. 34 & s et p.
En tout tat de cause, l'Etat ne serait pas susceptible de voir sa capacit limite.
Cette spcialit est toujours admise pour les tablissements publics, elle est conteste pour les
autres personnes de droit public et particulirement l'Etat sur lequel se concentrera la
rflexion.
" L'Etat est, comme les autres personnes morales, soumis au principe de spcialit "(650). Cette
affirmation est loin de faire l'unanimit puisque certains auteurs admettent la spcialit des
personnes publiques, l'exception toutefois, de l'Etat, comme en tmoigne cette sentence de
G. BRAIBANT: " L'Etat par dfinition n'a pas de spcialit ... "(651).
Dire que l'opinion est gnrale (652), serait abusif mais la porte de l'affirmation contraire
demeure vanescente (653) ou pour le moins platonique; comme en atteste ce propos de M.
648.J.M. PONTIER L'Etat et les collectivits locales - La rpartition des comptences p. 572 & s L.G.D.J. 1978
649.S.REGOURD crit cet gard: " Le respect de l'initiative des organes non centraux constitue le dnominateur
commun des divers procds reconnus comme modalits d'expression de la tutelle. Mais cette caractristique
commune, ... pourrait n'avoir qu'une valeur contingente. S'il n'en est pas ainsi c'est qu'elle fonde galement
l'exclusion des procds jugs antinomiques de la tutelle ". L'acte de tutelle en droit administratif franais, p. 202,
L.G.D.J. 1982
650.M. MICHOUD cit par J.C. DOUENCE dans "La spcialit des personnes publiques en droit administratif",
651.G. BRAIBANT conclusions C.E. 29/4/1970 St UNIPAIN, A.J.D.A. 1970, p. 430; voir aussi sur cet arrt le
commentaire de M. WALINE concernant le principe de libert du commerce & de l'industrie; R.D.P. 1970,
p.1423
652.Elle est porte par des auteurs de renom; ainsi par ex. R. CHAPUS crit: " Le principe gouverne l'activit de
toute personne morale, publique ou prive, l'exception ncessaire de l'Etat"; Droit administratif gnral, p. 277,
MONTCHRESTIEN 1990 ou G. VEDEL & P. DELVOLVE qui crivent: "Les personnes morales publiques ou
prives ( l'exception de l'Etat) voient leur activit, leur capacit limites par le principe de spcialit, qui leur
interdit de faire des actes ne se rapportant pas l'objet qui est le leur "; Droit administratif, tome 2, p. 386
175
WALINE (654) pour lequel " il n'est pas de personnes morales qui ne soient plus ou moins
spcialises. L'Etat lui-mme, moins qu'il ne soit totalitaire, laisse de ct, par exemple, le
spirituel; il n'impose ses sujets ni religion, ni conception mtaphysique sur l'essence du
monde " (655).
Refus et acceptation de la spcialit tatique s'appuient sur les notions de personnalit morale
(656) (1) et de comptence gnrale (657) (2); les deux notions n'tant pas indiffrentes l'une
l'autre.
" Le principe de spcialit est inhrent la personnalit morale: il se fonde sur l'existence d'un
but atteindre "(658). Sans rejeter l'ide de personnalit morale de l'Etat (659), certains auteurs
653.par ex. J.C. DOUENCE crit: " le principe de spcialit a ... sa place dans l'organisation gnrale de l'Etat,
mme si par son tendue et sa souplesse, il perd une bonne part de sa spcificit ", La spcialit des personnes
publiques en droit administratif, R.D.P. 1972, p. 782; ou encore J.M. PONTIER qui crit: " Il n'y a rien de
choquant considrer que l'Etat, comme toutes les personnes publiques, est soumis au principe de spcialit.
Mais, ainsi pos, le problme est largement insoluble puisque l'on arrive dire que, plus ou moins, toutes les
personnes publiques sont soumises au principe de spcialit ", R.D.P. 1984, p. 1465
655.Mme aux Etats Unis d'Amrique, Etat a priori "non totalitaire", le spirituel n'est pas laiss de cot, puisque
dans la dcennie passe suite aux propos de R. REAGAN, une dizaine d'Etats ont adopt des lois tendant
imposer la prsentation du rcit biblique de la Gense comme thorie rivale de la thorie darwinienne; "la
dernire de ces lois ne sera abolie qu'en 1987 " cf. D. LECOURT Toujours le combat des valeurs contre Darwin,
LE MONDE DIPLOMATIQUE, Manire de voir "Etats-Unis, Fin de sicle", n 16, Oct.1992
656.cf. cet gard C.E. 29/4/1970 Unipain, A.J.D.A 1970, p. 430 dans lequel le juge dclare: " Considrant que le
principe de spcialit, qui concerne les personnes morales de droit public ..."
657.Comptence gnrale qui exclurait du principe les personnes qui en seraient dotes. cf. ce mme arrt dans
lequel le juge dclare que le principe ne s'applique qu'aux " personnes morales de droit public ayant une
comptence limite ..."
658.J.C. DOUENCE La spcialit des personnes publiques en droit administratif, p. 761, R.D.P. 1972
659.Surce rejet cf. J. CARBONNIER qui crit: " ... c'est par un abus technique que le droit public libral du XIX
me sicle, l'a coul dans la notion de personne morale, pour faire redescendre de l'empyre, les vieilles ides du
souverain et du prince. L'Etat est un concept irrductible tout autre. Il n'est pas dans le systme du droit, il est
ce systme." Droit civil, tome 1, p. 364, coll. Thmis, P.U.F. 1982 ou L. DUGUIT Trait de droit constitutionnel,
tome 1, p. 481 & s, BOCCARD, 1927.
Bien modestement, je me demande, si en matire d'organisation du pouvoir normatif, la thorie des personnes
morales est d'une quelconque utilit? Il suffit de constater cet gard que la thorie de la sparation des pouvoirs
se dispense de la personnalit morale, pour ne s'attacher qu'aux organes. Les autorits administratives
indpendantes en sont aujourd'hui la preuve manifeste.
176
montrent, que les consquences de la personnalit s'accommodent mal avec l'Etat alors que
pour d'autres les collectivits tant entres " dans la sphre du droit ... il n'y a pas de raison
pour que la question de la jouissance du droit et de la capacit juridique ne soit pas pose
leur occasion "(660).
La personne morale se caractrise en effet, par une capacit de jouissance (664), c'est dire "
l'aptitude tre titulaire de tels ou tels droits "(665) qui se distingue de la capacit d'exercice
"qui est l'aptitude pouvoir exercer soi-mme et sans autorisation les droits dont on est
titulaire"(666).
661F.P. BENOIT crit: "... en ce qui concerne l'Etat, ...; celui-ci a, ..., deux catgories de missions, de cration du
droit et de gouvernement, d'une part, et, d'autre part, de prestations de services et d'exercice de comptences
dfinies par le droit ... Ces deux catgories de missions sont trop htrognes pour qu'il soit permis de les
analyser comme tant les missions d'une seule et mme personne ... C'est donc dire que le vocable Etat cache
deux personnes juridiques distinctes: l'Etat - Nation, source du droit interne, et l'Etat -Collectivit, subordonn
ce droit comme toute autre collectivit. " Le droit administratif franais, p. 25, DALLOZ 1968
662.Ibid. p. 28
663.R. CARRE DE MALBERG Contribution la thorie gnrale de l'Etat, p. 13, rimpression de l'd. SIREY
665.L. JULLIOT DE LA MORANDIERE Droit civil, tome 1, p. 27, Dalloz 1965. Ainsi par exemple le Conseil
666.Ibid. Ainsi par exemple le Conseil municipal qui ne rgle les affaires communales que si le Maire le runit (il
a cependant une capacit d'exercice minimale) et dans les limites de l'ordre du jour de la runion
177
Il est clair qu'aux personnes morales est attache une capacit conditionnelle qui rsulte de la
subordination " un principe de spcialit, ce qui signifie que leur activit ne peut s'tendre
d'autres objets " que ceux qui leur ont t assigns (667).
Cette ide de capacit de jouissance concernant l'Etat, n'est pas reue par la doctrine (668), y
compris parmi les auteurs favorables la reconnaissance de la spcialit de l'Etat.
Ceci va se manifester tout d'abord par la distinction de la capacit et de la spcialit (669). J.C.
DOUENCE va tablir cette diffrence en considrant qu'" une association dclare est
incontestablement capable d'acqurir des immeubles titre onreux. Pourtant une telle
acquisition ne sera rgulire que si elle sert au fonctionnement de l'association; elle sera
irrgulire si elle vise un autre but ..."(670). Or ici l'auteur considre que l'association est
titulaire d'un droit, hors toute considration de but; qu'elle ne saurait exercer, que si et
seulement si elle l'exerce dans le but pour lequel elle a t cre. Il raisonne comme si la
capacit des personnes morales tait une capacit d'exercice soumise des restrictions et non
une capacit de jouissance. Les personnes morales ne disposent pas en soi de la capacit
juridique, c'est ce qui les distingue des personnes physiques.
Ce rejet de l'ide d'une capacit de jouissance applicable l'Etat se manifeste, ensuite, dans
l'invocation de la comptence gnrale des collectivits territoriales (671).
668.M. HAURIOU n'ludait pas la question puisqu'il s'interrogeait ce propos et intitulait un paragraphe de son
prcis: " Mesure dans laquelle les administrations publiques ont la jouissance des droits de puissance publique "
et il n'tait pas possible de dire qu'en fait il voquait une capacit d'exercice, puisqu'un autre paragraphe
s'intitulait: " De la capacit avec laquelle les administrations publiques peuvent exercer leurs droits et des
incapacits qui peuvent les frapper". Concernant la capacit de jouissance, sa rponse manquait de clart pour ce
qui concerne l'Etat, puisqu'il faisait rsulter cette capacit d'"une concession de l'Etat, opre par voie
lgislative." Prcis lmentaire de droit administratif, p. 31 & 32, SIREY, 1938
669.J.C. DOUENCE La spcialit des personnes publiques en droit administratif, p. 761, R.D.P. 1972
670.Ibid. p. 762
Tout en reconnaissant que " le principe de spcialit vaut pour l'Etat "(673), J.C. DOUENCE
montre qu'il a un impact juridique limit du fait de la vocation gnrale de l'Etat.
Cependant l'ide que le but des collectivits caractre corporatif serait fix sans ingrence
d'"une volont trangre" est en contradiction avec une vrit que J.C. DOUENCE rappelait
dans son article et selon laquelle "l'ide d'affectation une tche dtermine par une volont
extrieure "se retrouve en droit public" car elle est inhrente la notion gnrale de
comptence"(677).
672.M. MICHOUD cit par J.C. DOUENCE dans La spcialit des personnes publiques en droit administratif,
673.J.C. DOUENCE La spcialit des personnes publiques en droit administratif, p. 783, R.D.P.1972
674.Ibid. p. 765
675.ibid. p. 770
676.Ibid. p. 781
677Ibid. p. 766
179
L'absence de contrle de l'Etat est l'argument par lequel J.C. DOUENCE entend affirmer la
suite de M. MICHOUD (678), que la clause de comptence gnrale n'impliquerait pas
limitation de l'Etat et soumission en dfinitive au principe de spcialit.
Pour conclure sur ce point, il convient de remarquer que le raisonnement des auteurs
concernant cette clause de comptence gnrale, repose sur l'a priori qu'elle traduit une
capacit d'exercice, qui peut tre plus ou moins limite. Or, on l'a dit, la capacit dont dispose
l'Etat et les autres personnes morales est une capacit de jouissance spciale, ce qui la
distingue de celle des personnes physiques qui, sauf exception marginale est gnrale. La
capacit de jouissance des personnes publiques, c'est dire l'aptitude prendre des actes
juridiques est au plus gale la poursuite d'un but d'intrt gnral non prdtermin et au
moins la poursuite d'un but d'intrt gnral prdtermin. En d'autres termes, la spcialit
traduit le fait que les personnes publiques ne disposent que d'une capacit de jouissance, celle-
ci pouvant tre plus ou moins largement entendue.
678.M. MICHOUD crivait: " L'Etat est, comme les autres personnes morales, soumis au principe de spcialit, ...
Mais l'Etat souverain diffre des autre tres juridiques en ce qu'il n'a au-dessus de lui aucune autorit qui puisse
lui commander et l'obliger respecter ce principe." cit par J.C. DOUENCE dans La spcialit des personnes
publiques en droit administratif, p. 781, R.D.P. 1972
180
Cette insuffisance des principes, prsidant la rpartition des facults de statuer, garantir
l'exclusivit des facults de statuer distribues, apparatra dans leur mise en uvre par les
gouvernants.
II) La mise en uvre des principes par les gouvernants ne garantit pas le monopole des
facults de statuer distribues
La division de la facult de statuer qui sera opre, rpondra aux attentes de l'autorit qui
effectue ce partage. Elle devra compter toutefois avec les solidarits sociales qui se
manifestent ce moment. C'est cette autonomie relative de l'autorit organisatrice qui produira
la distinction entre organes caractre fondatif et ceux caractre corporatif.
679.Les tudes sur cette question sont suffisamment nombreuses pour se permettre d'tre bref. Il m'a simplement
paru important de souligner que l'vocation d'un territoire n'excluait pas et ne pouvait exclure une comptence
matriellement dtermine. Les crits sur l'intrt local, l'affaire locale ne montrent pas, me semble-t-il,
l'importance de la matire dans la reconnaissance de la facult de statuer. Il est vrai et cela ressort de la
jurisprudence, que la pratique de la maeutique de l'intrt local du juge autorise cet effacement dans la mesure
o par exemple, la reconnaissance de la dcentralisation industrielle comme intrt local, rsulte des
circonstances locales, de mme que l'ordre public local se dfinit localement. Cette ralit ne doit pas estomper le
caractre dialectique de cet accouchement et donc occulter que dans l'affaire la dcentralisation industrielle ou
l'ordre public sont des donnes matrielles. C'est sans doute parce que la matire " relations extrieures " est
particulire que le juge est rticent pour y trouver nonobstant " des circonstances locales " une affaire locale, cf.
cet gard T.A. St Denis de la Runion 18/12/1991 LES PETITES AFFICHES, 1993, n 74, p. 5
680.L'affaire locale tant celle que peuvent dterminer les conseils municipaux, gnraux et rgionaux; cf. art L
121-26 du code des communes, art 23 et 59 de la loi 82-213 du 2/3/1982 pour le dpartement et la rgion
681.Ex. en France: concernant les tablissements publics: art. L 121-3 code forestier chargeant l'O.N.F. de " la
mise en uvre du rgime forestier ..."; art.22 code du vin chargeant l'I.N.A.O. notamment de dterminer les
conditions de production des vins d'appellation ...; concernant les circonscriptions administratives de l'Etat art.
3,4 & 5 du dcret du 1/7/1992 portant charte de la dconcentration J.O. 4/7/1992 p 8898, concernant les
181
en lui attribuant une comptence gnrale ou une comptence sectoriellement dfinie (A).
Cette comptence peut tre affecte d'un lment territorial rducteur.
collectivits locales Art. L 121-26 code des Communes, art 23 & 59 loi n82-213 pour les dpartements &
rgions
182
Les organes caractre corporatif, tels les ordres, les organismes consulaires et les
collectivits disposent de la facult de fixer pour partie (682) leur comptence matrielle, dans
la mesure o la norme qui les tablit, reconnat une ralit sociale qu'elle entend exprimer
juridiquement (683). Cette libert s'exprime dans ce qu'il est convenu d'appeler la clause de
comptence gnrale, dont on a vu qu'elle permettait la mise en uvre du principe de
subsidiarit.
Cependant cette facilit, cette libert n'est plus strictement l'apanage de ce type d'organes (684).
La subsidiarit ne structure pas la pense des gouvernants uniquement dans le cadre des
rapports Etat - Collectivits. Elle a vocation aussi s'appliquer au sein mme de
l'administration tatique, comme en atteste la loi 92-125 du 6 fvrier 1992 relative
l'administration territoriale de la Rpublique qui dispose son article 2: " Sont confies aux
administrations centrales les seules missions qui prsentent un caractre national .... Les autres
missions, ..., sont confies aux services dconcentrs ... "(685).
682.J.C. DOUENCE note avec raison que cette libert rsulte toujours "d'une habilitation lgale" et qu'ainsi "
l'intrt collectif qu'elles poursuivent doit ncessairement avoir un caractre public. Quel que soit le contenu
prcis que l'on attache ce qualificatif, il n'est gnralement pas dfini par le groupement lui-mme, mais par une
rgle suprieure qui s'impose lui ". J.C. DOUENCE La spcialit des personnes publiques en droit
administratif, R.D.P. 1972, p. 771
683.Ce passage du social au juridique ne s'exprime pas sans tension puisque le principe mme de la
reconnaissance traduit une intgration ngatrice de la ralit sociale. cf. cet gard concernant la commune M.
BOURJOL Les biens communaux, et particulirement le titre IV "La nbuleuse organique communautaire",
p.327 & s, L.G.D.J.1989
684.J.C. DOUENCE montre que certains tablissements publics territoriaux disposent sous certaines conditions de
la possibilit de dterminer eux-mmes leur capacit. J.C. DOUENCE La spcialit des personnes publiques en
droit administratif, p. 797 & s, R.D.P. 1972; cf. le titre III de la loi 92-125 du 6/2/1992 relative l'administration
territoriale propos duquel M. BOURJOL voque l'ide d'"intgration matrielle " dans la mesure o les
nouveaux tablissements publics exercent " une comptence quasi gnrale, celle de la commune devient
rsiduelle, d'autant plus que d'autres comptences peuvent s'ajouter par la suite ". M. BOURJOL La rforme de
l'administration territoriale - Commentaire de la loi d'orientation du 6/2/1992 - A.J.D.A. 1992 p. 147; R.
ROUQUETTE considre aussi qu'il s'agit d'institutions qui " sont davantage des instruments d'intgration que
(de) simples instruments de coopration ... ." R. ROUQUETTE La loi d'orientation relative l'administration
territoriale de la Rpublique, LES PETITES AFFICHES 1992, n 144, p. 10
Le dcret 92-604 du 1er juillet 1992 portant charte de la dconcentration applique ces
dispositions lgislatives en confiant aux administrations centrales le rle "intellectuel" (686) et
aux administrations dconcentres les rles "d'excution" en distinguant matriellement cet
gard, la circonscription rgionale en charge du dveloppement conomique et social et
d'amnagement du territoire, alors que la circonscription dpartementale a la responsabilit de
la mise en uvre du reste de l'activit tatique dans le cadre toutefois d'une animation et
coordination rgionale, l'arrondissement, quant lui, est un cadre d'animation pour le
dveloppement local (687).
La clause de comptence gnrale et celle donnant capacit pour mettre en uvre une
politique synthtiquement dtermine (688) permettent sans doute la recherche de l'efficacit
dans la prise en charge de l'intrt gnral, mettant en uvre ainsi le principe de subsidiarit
(689). En revanche, elle ne permet pas a priori de dterminer l'organe qui doit intervenir, elle
constitue une justification juridique a posteriori de la comptence.
L'absence d'une spcialisation troite par la norme institutive, facilite en pratique, c'est dire
dans le cadre des rapports habituels entre les organes centraux et non centraux, un rglement
de la question de la division de la facult de statuer " l'amiable " (690), c'est dire selon un
686.Art.2 Dcret 92-604 du 1/7/1992 J.O.4/7/1992 p. 8898: "Les administrations centrales assurent au niveau
687.Ibid. art.3-4-5
688 cf. art 3 et chapitre IV & V de la loi 92 - 125 du 6/2/1992. Y. JEGOUZO constate " que le texte est beaucoup
plus prcis pour les communauts de villes que pour les communauts de communes. Pour les premires, il
dfinit avec une certaine prcision les comptences attribues. ... A l'inverse, ..., les communauts de communes
pourront donner ces comptences un contenu beaucoup plus diversifi ... ." Y. JEGOUZO Les communauts de
communes et les communauts de villes: rvolution, innovation ou redondance ? R.F.D.A 1993, p. 3, M.
BOURJOL voque cet gard l'ide de " comptences ne comportant que des ttes de chapitres ". M. BOURJOL
La rforme de l'administration territoriale - Commentaire de la loi d'orientation du 6/2/1992 - A.J.D.A.1992
p.147
689.Dans le rapport public du Conseil d'Etat pour 1992 M. LONG souligne la sympathie de la subsidiarit et de la
comptence gnrale en considrant qu'" en soi, le concept de subsidiarit est peu compatible avec la notion de
"liste de comptences" ...; la liste relve en effet d'une logique de "spcialit des comptences". P. 25.
690.J. CHEVALLIER dans un article montre que " le pouvoir de monopole public " peut constituer " une rgle de
bon fonctionnement interne du secteur public " qui s'exprime au travers du principe de spcialit dont l'objet est
d'viter les situations concurrentielles. Si malgr tout de telles situations existent, la recherche d'une solution peut
se faire de faon empirique " par une rpartition amiable des comptences ", la solution idale tant " d'associer
ces concurrents pour une exploitation commune ". Le pouvoir de monopole et le droit administratif franais
R.D.P. 1974 p. 21
184
Cette analyse peut tre transfre dans notre domaine pour aider la comprhension de la
rpartition des facults de statuer.
Par ailleurs, l'Etat a invit les collectivits prendre en charge des activits conomiques. Le
dcret du 5 Novembre 1926 en est la premire manifestation (695). Un dcret du 10 Novembre
691. Il s'agit de conventions implicites, que le juge peut faciliter en considrant que si l'un des acteurs n'a pas fait
usage des prrogatives qu'il dtenait pour prserver sa comptence; il ne peut ensuite prtendre que la violation
est illgale pour ce motif; cf. C.C. 30/7/1982 Dcision 82-143 DC "Blocage des prix et revenus", Rec. p. 57
692.J. ROSSETTO Recherche sur la notion de constitution et l'volution des rgimes constitutionnels, p. 425
693." L'Etat a la responsabilit de la conduite de la politique conomique et sociale, ainsi que de la dfense de
l'emploi. Nanmoins, sous rserve du respect de la libert du commerce et de l'industrie, du principe de l'galit
des citoyens devant les lois ainsi que des rgles de l'amnagement du territoire dfinies par la loi approuvant le
Plan..." articles 5, 48 et 66 de la loi 82-213 du 2/3/1982
694. La prise de participation d'une collectivit dans le capital d'une socit commerciale est une de ces actions
proscrites mais non empches - ex: la commune de Mamers avait pris pour relancer une distillerie une part
minime du capital d'une socit cf. Le Maine Libre 7 Juin 1980, La participation de dpartements au capital de
S.D.R. cf. J.C. HELIN Le dpartement et le droit de l'intervention conomique, Les Cahiers du Droit public 1986
p. 17. La constitution d'crans associatifs entre les collectivits et l'activit n'est pas toujours de nature prserver
les lus qui peuvent le cas chant supporter les dettes sociales de l'entreprise en cas de liquidation cf.
T.C.2/7/1984 Prfet, Corep du Loiret c/ T.G.I. Orlans A.J.D.A. 1984, p. 562
695.Dcret 5/11/1926 J.O. 7/11/1926 p 11894, l'art.14 soumet approbation " L'intervention des communes,
notamment par voie d'exploitation directe ou par simple participation financire, dans les entreprises, mme de
forme cooprative ou commerciale, ayant pour objet le fonctionnement des services publics, le ravitaillement et
185
1954 (696) autorisera l'octroi aux collectivits de prts et de bonifications d'intrts pour
faciliter la ralisation de zones industrielles. Le dveloppement de ces interventions conduira
l'Etat non les proscrire mais alerter les autorits de tutelle afin qu'elles veillent ce que le
comportement des collectivits ne nuise pas " la poursuite d'une politique nationale
d'orientation "(697). L'objectif de l'Etat demeurera la conjugaison des actions locales avec les
siennes, il le rappellera (698), la jurisprudence le consacrera (699) et le lgislateur le lgitimera
dans la loi du 2 Mars 1982. Ceci correspond l'ide d'association " pour une exploitation
commune "(700) que l'on peut retrouver en matire de relations internationales, domaine dans
lequel la comptence tatique a priori exclusive (701) "souffre" d'une concurrence locale qu'elle
s'emploie utiliser (702).
Cette apprhension de la finalit d'intrt gnral explique depuis les lois de dcentralisation
de 1982-83," les inflexions de comptences "(703) tant positives que ngatives constates
699.C.E.26 Juin 1974 Socit La Maison des Isolants de France A.J.D.A. 1975 p. 33: "Considrant que, dans le
cadre de la lgislation sur la dcentralisation industrielle et l'amnagement du territoire ..."
700.J. CHEVALLIER Le pouvoir de monopole et le droit administratif franais, R.D.P. 1974 p. 21.
701.C. AUTEXIER considre que la reconnaissance par la loi 92-125 du 6/2/1992 de la capacit " dans le cadre
de leurs comptences " signer des "conventions de coopration dcentralise" dmontre que cette comptence
leur tait dj reconnue, notamment dans le cadre de la clause gnrale de comptence. C. AUTEXIER De la
coopration dcentralise - commentaire du titre IV de la loi d'orientation du 6/2.1992 relative l'administration
territoriale, R.F.D.A. 1993, p. 416
702.I. HANNEQUART L'Etat fdr en droit international, p. 189 & s Thse dactylographie TOURS 1991; J.
FERSTENBERT Droit et pratique de l'action extrieure des collectivits locales, R.J.C.O. n 1 & 2, 1988;
Concernant les relations extrieures des collectivits locales cf. C.E.23/10/1989 Cme de Pierrefitte sur Seine,
Com. de St Ouen, Com. de Romainville A.J.D.A. 1990 p. 119 et T.A. LA Runion 18/12/1991 Lechat c/ Com. de
St Denis de la Runion, LES PETITES AFFICHES 1993, n 74, p. 5
703.J.M. PONTIER Les anamorphoses de la dcentralisation, 1re partie, LES PETITES AFFICHES 1992, n
137, p. 6
186
Au plan lgal, on peut considrer ainsi que le principe de subsidiarit fonde non seulement la
clause de comptence gnrale des collectivits qui exprime leur capacit pour agir dans
l'intrt gnral (706) mais aussi l'absence de cloison tanche entre les capacits " matrielles "
reconnues aux diverses collectivits, y compris l'Etat. La loi 83-8 du 7 janvier 1983 et celle du
6 fvrier 1992 (707) attestent cela et traduisent l'ide que " la subsidiarit pose le principe de la
"permabilit des comptences" (708).
La clause de comptence gnrale n'est donc pas un lment susceptible de garantir la facult
de statuer des organes centraux et non centraux. L'attribution de comptences spciales
n'apparat pas devoir mieux russir.
704.La loi 88-13 du 5 janvier 1988 limite les capacits d'intervention des communes en matire conomique, cf.
706.J.M. PONTIER Sur une clause gnrale de comptence, p. 1468 & s, R.D.P. 1984
707.Art 1 loi 83-8 du 7/1/1983: " Ils (communes, dpartements & rgions) concourent avec l'Etat l'administration
708.M. LONG Considrations gnrales sur le droit communautaire, p. 25, Rapport public du Conseil d'Etat pour
" La notion d'intrt gnral est fort vague. Il n'est donc pas surprenant d'observer que les
comptences des autorits administratives puissent tre parfois plus troitement finalises ou
spcialises "(709).
1) La spcialisation territoriale
La fixation des limites du territoire relve du droit bien entendu, mais celui-ci peut reprendre
des limites "ressenties" par les hommes (713) ou d'une faon gnrale celles dcoulant de
710.Ex en France: " hier " et concernant les dpartements: art.1 loi du 10/5/1838 D.P. 1838 p. 433, art.1 loi
18/7/1866 D.P. 1866 p. 70; concernant les communes: Titre II loi 18/7/1837 D.P. 1837 p. 305, art.1 loi
24/7/1867 D.P. 1867 p. 469; concernant les prfets: dcrets 25/3/1852 & 13/4/1861 sur la dcentralisation
administrative, dans J. IMBERT, G. SAUTEL & M. BOUTET-SAUTEL Histoire des institutions et des fais
sociaux, Coll. Thmis "Textes & Documents", P.U.F.1961; " aujourd'hui " loi 82-1153 du 30/12/1982
d'orientation des transports intrieurs, loi 82-213 du 2/3/1982 relative aux droits & liberts des communes ... , loi
83-8 du 7/1/1983 relative la rpartition des comptences entre les communes, dpartements ... complt et
modifie par la loi 83-663 du 22/7/1983, loi 85-30 du 9/1/1985 dite loi Montagne ...
711." Ce Pouvoir rglementaire est spcial, en ce qu'il se rapporte aux affaires d'intrt local ..."; M.BOURJOL
712.J.M.PONTIER L'Etat et les collectivits locales, la rpartition des comptences, p. 66, L.G.D.J. 1978
713.Ch. PETIT-DUTAILLIS montre que " le mot commune voque avant tout l'ide, ... d'un groupe qui s'est
constitu pour grer des intrts collectifs ".p. 21, Les communes franaises, ALBIN MICHEL 1970
188
l'histoire sociale (714), mais il peut aussi crer la limite de faon plus arbitraire, comme pour
les dpartements, sans que, toutefois ceux-ci n'aient t tablis sans tenir "compte des vieilles
solidarits historiques"(715). Pour les rgions, le territoire est n de l'accumulation positive et
ngative des prcdents (716).
Quel que soit le fondement du dcoupage, celui-ci n'apparat pas suffisant pour garantir le
monopole de la facult de statuer des organes. Le dcoupage territorial n'excluant pas l'identit
des matires que les organes centraux et non centraux peuvent voquer, l'intrt local ou
national constitue le seul moyen de partage. Or il n'existe pas de dfinition a priori de l'intrt
local comme de l'intrt national (717), et ds lors le territoire ne peut constituer seul un
lment garantissant la facult de statuer qu'exercent des organes dans son primtre. C'est
pourquoi la spcialisation territoriale est aussi ncessairement matrielle.
2) La spcialisation matrielle
714.M. BOURJOL montre concernant " l'ordre juridique communautaire", le lien entre l'intrt des hommes et un
territoire partir de " la trilogie agraire "Ager, Saltus, Sylva". Les biens communaux, p. 13 & s, L.G.D.J. 1989
716.Ibid. p 176, M. BOURJOL Droit et liberts des collectivits territoriales, p. 182, MASSON 1984
717.J.M. PONTIER L'Etat et les collectivits locales, la rpartition des comptences, p. 150 & s
718.J.M. PONTIER L'Etat et les collectivits locales, la rpartition des comptences, p. 94, L.G.D.J. 1978
719.ex. dans la loi 83-8 du 7/1/1983: Art 29 Les communes peuvent laborer des chartes intercommunales de
dveloppement ..., Art.59 Le permis de construire est dlivr par le Maire ...; dans la loi 83-663 du 22/7/1983:
Art.5 La Rgion cre des canaux ..., art.13 Le Conseil municipal dcide de la cration ...des coles lmentaires,
art. 34 Le Conseil gnral adopte un rglement d'aide sociale ...etc.
189
des besoins implique la gnralit des comptences des organes destins les satisfaire. Cette
impuissance fonde la seconde mthode, qui est plus pragmatique car consciente de la vanit
d'une dtermination numrative. Elle s'exprime dans la reconnaissance d'une comptence
gnrale ou sectorielle, d'un intrt local (d'affaires locales) distinct de celui de l'Etat (720).
Cependant ces deux tendances peuvent s'exprimer de faon concomitante, conduisant ainsi
s'interroger sur le maintien de la clause de comptence gnrale lorsque la loi attribue
expressment un domaine d'intervention une collectivit.
D'aucuns contestent cet gard le maintien de la clause gnrale de comptence (721) avec
laquelle, selon J. CHAPUISAT, la loi 83-8 du 7 janvier 1983 aurait rompu dfinitivement
pour reconnatre "qu'il n'est de comptences locales que par affectation"(722). D'autres, ont
considr que la loi de 1983 n'avait pas port atteinte la clause gnrale de comptence
laquelle auraient t adjointes des comptences coadministres par les collectivits locales et
l'Etat (723). Dans cette dernire hypothse, J.M. PONTIER (724) la suite du Professeur F.P.
BENOIT (725), propose de considrer que les lois attributives de comptences ont juste pour
effet d'tablir aux yeux des organes des collectivits concernes et ceux du juge, l'intrt
local justifiant les interventions de la collectivit dans le domaine en cause.
720.Ce pragmatisme on le trouve ds la rvolution concernant les communes, il sera confirm partir de 1871
pour les dpartements, 1884 pour les communes, 1982 pour les rgions.
721.J. CHAPUISAT Les affaires communales, p. 474, A.J.D.A. 1976 et du mme auteur "La notion d'affaires
722.J. CHAPUISAT La rpartition des comptences, A.J.D.A.1983, p. 83. Cette opinion est partage puisqu'elle
est exprime dans le Trait de Droit administratif de Messieurs A. DE LAUBADERE, J.C. VENEZIA & Y.
GAUDEMET, tome 1, p. 100: "La loi nouvelle indique qu'il n'existe de comptences locales que par
dtermination de la loi et carte l'ancien systme de la clause gnrale de comptence ..." L.G.D.J.1990; on la
trouve encore dans l'ouvrage de O. GOHIN Institutions administratives, p. 272, o il crit " il n'est plus
lgalement possible de faire rfrence dsormais, pour les communes ..., une quelconque clause gnrale de
comptence, laquelle ne saurait donc valoir que pour l'Etat ..." L.G.D.J. 1992
723.F. LUCHAIRE & Y. LUCHAIRE, Le droit de la dcentralisation, p. 254 & s, Coll. Thmis, P.U.F. 1983,
724.J.M. PONTIER Semper manet, Sur une clause gnrale de comptence, R.D.P. 1984, p. 1453 & s,
725.F.P. BENOIT Les attributions gnrales, p. 4010-1, n 54, Encyclopdie DALLOZ COLLECTIVITES
LOCALES
190
Ainsi l'attribution une collectivit d'un domaine d'intervention (726) n'exclurait pas de celui-
ci les autres collectivits. Cette faon de voir semble tre condamne par le Conseil d'Etat qui
parat avoir donn raison aux tenants de la thse de la comptence par affectation. En effet
dans une dcision relative une rgion, la Haute juridiction dclare que celle-ci "n'exerce pas,
en application de la loi, de comptence gnrale en matire conomique"(727).
726.Les lois de dcentralisation ont affirm ainsi la comptence particulire de telle ou telle collectivit dans tel ou
tel domaine, sans toujours exclure l'intervention d'autrui mais en affirmant une comptence de principe l'une
d'elles. Ex: en matire de transports scolaires la loi 83-663 du 22/7/1983 selon l'article 29 " Les dpartements ont
la responsabilit de l'organisation et du fonctionnement de ces transports ..."; en matire sociale, selon l'article 32
de la mme loi "Le dpartement prend en charge l'ensemble des prestations lgales d'aide sociale ..."; la Rgion
assure " la mise en uvre des actions d'apprentissage et de formation professionnelle continue ..."(art.82 loi 83-8
du 7/1/1983) et est comptente pour crer " des canaux et des ports fluviaux ..."(art.5 loi 83-663 du 22/7/1983)...
comptence gnrale ici, sans que le juge ne le dise, est en vertu des dispositions de la loi 82-213 du 2/3/1982,
celle de l'Etat qui " a la responsabilit de la conduite de la politique conomique et sociale, ainsi que de la
dfense de l'emploi ".
728.J.M. PONTIER La deuxime loi relative la rpartition des comptences entre l'Etat et les collectivits
729.Art. 4 de la loi 82-6 du 7 janvier 1982 qui dispose "Les aides directes sont attribues par la Rgion dans des
conditions fixes par un dcret en Conseil d'Etat ... Ces diffrentes formes d'aides peuvent tre compltes par le
dpartement, les communes ... lorsque l'intervention de la Rgion n'atteint pas le plafond fix par le dcret
mentionn l'alina prcdent". A.J.D.A.1982, supplment dtachable du numro de Mars.
191
En d'autres termes la spcialisation matrielle des comptences ne constitue pas une garantie
de la facult de statuer accorde aux organes. La spcialisation formelle des organes pourrait
tre une solution.
3) La spcialisation formelle
730.Y. MENY Politique compare, p 333, MONTCHRESTIEN 1991. Il est intressant de noter que l'auteur
prsente cette organisation comme " l'option dcentralise " du partage des tches entre administrations locales et
centrales.
d'empcher. Or tant dans le systme allemand que dans le systme europen, les organes non
centraux ne disposent pas d'une facult d'empcher les organes centraux comme en rend
compte l'article 37 de la constitution fdrale allemande et l'effet direct des normes
communautaires. Donc si effectivement la spcialisation formelle peut tre mise en uvre,
elle sera caractristique d'une organisation donne de la production des normes: la
centralisation et sa fille la dconcentration.
Seul l'exercice d'une facult d'empcher permet un organe de protger la facult de statuer
qui lui est reconnue.
Section II) La facult d'empcher, garantie des facults de statuer reconnues aux organes
La facult d'empcher dtenue par les organes non centraux ne doit pas remettre en cause
l'unit de l'ordre juridique et celle dtenue par les organes centraux ne doit porter atteinte
l'existence mme de la facult de statuer non centrale. Ces exigences contradictoires ne sont
pas satisfaites par la remise un juge de la facult d'empcher la fois les organes centraux et
non centraux (I). Pour satisfaire ces exigences, il faut que la mise en uvre des facults
d'empcher conduise prserver non pas la facult de statuer de celui qui exerce la facult
d'empcher, mais celle de celui que l'on empche (II).
193
I) La facult d'empcher du juge ne garantit pas la facult de statuer des organes centraux
et non centraux
Le contrle du juge ne peut en raison de ses modalits, et malgr une rigueur certaine, garantir
les facults de statuer (A), qui en dernire analyse se trouvent distribues par le juge (B).
732.Sur cette question cf. T.A. 18/12/1991 St Denis de la Runion Commune de St Denis, LES PETITES
En Autriche, les deux types de finalits du contrle sont prsents. L'un a pour objet de
dterminer sur saisine de la Cour Constitutionnelle par le gouvernement d'un Land ou le
Gouvernement Fdral, si un acte lgislatif ou excutif entre dans la comptence fdrale ou
dans celle du Land. L'originalit de ce contrle tient ce que " prendront part aux dbats non
seulement le Gouvernement requrant mais l'ensemble des Gouvernements des Lnder et le
Gouvernement Fdral "(733). L'autre est reprsente par le veto de la Chancellerie sur les lois
votes par les Dites lorsque " la dcision de la Dite est prjudiciable aux intrts de la
Fdration "(734).
En Italie et au Portugal, les deux aspects sont aussi prsents. L'article 127 de la constitution
italienne prvoit que le gouvernement peut s'opposer l'entre en vigueur de la dcision
rgionale pour dpassement de la comptence rgionale ou pour "opposition avec les intrts
nationaux ou ceux d'autres rgions"(735). Au Portugal, le Tribunal constitutionnel peut tre
saisi au motif d'une mconnaissance de la Constitution ou des principes qui y sont contenus,
par le Ministre de la Rpublique qui reprsente l'Etat dans la rgion considre.
Qu'ils s'agissent des "principes" reconnus par la constitution du Portugal ou des "intrts
nationaux" en Italie, l'on voit bien qu'il y a ici ouverture pour une libre apprciation de la
conformit la constitution et aux intrts nationaux. Le contrle effectu partir de ces
notions floues permet au juge de fixer les lments qu'il prendra en considration dans son
apprciation du respect de la lgalit ou des intrts nationaux. La notion de "fidlit fdrale"
en Allemagne, que l'on a voque prcdemment, le montre bien. Si le principe de fidlit
fdrale peut s'appliquer la fdration, " il est patent qu'il permet surtout de briser ce qu'on
pourrait appeler le ressort concurrentiel du fdralisme vritable "(736). De conscration
rcente, la "Bundestreue" remonte la constitution de l'Empire allemand de 1871 qui rsultant
de traits internationaux s'est maintenue par l'affirmation du principe de fidlit prsent par
BISMARCK, face aux craintes d'hgmonie prussienne, comme la garantie que la Prusse
"honorerait fidlement les engagements assums dans la Constitution de 1871, tant entendu
que les autres Etats devraient agir selon le mme esprit"(737).
Les objectifs du contrle ne limitent donc pas rellement l'exercice de la facult d'empcher
du juge et ne sont donc pas susceptibles de garantir les facults des organes, malgr les
caractres de cette facult d'empcher exerce par le juge.
En France, la spcialisation des organes est soumise l'apprciation du juge qui, sanctionnera
le dtournement de pouvoir, lorsque le but poursuivi est extrieur l'intrt gnral ou
l'incomptence, lorsque le but poursuivi est extrieur l'intrt gnral spcial, c'est dire
celui que l'organe pouvait prendre en charge dans le cadre de sa "spcialit". C'est ce dernier
aspect qui entre dans mon propos et qui prsente un rel intrt dans la mesure o, il peut
exister des accords entre organes qui constituent des entorses la spcialit.
S'agissant de constater le respect de la finalit d'intrt gnral, on comprend que le juge soit
particulirement rigoureux puisqu'il s'agit de dterminer qui peut dicter tel ou tel acte
juridique dont certains seront contraignants pour leur destinataires. L'incomptence " est
historiquement le premier cas d'ouverture pour excs de pouvoir. Elle reste encore le vice le
plus grave "(739). C'est un moyen d'ordre public, caractre propos duquel " aucune hsitation
n'a jamais exist "(740).
739.R. ODENT Contentieux administratif, p. 1776, tome V, LES COURS DU DROIT, 1980
196
Le juge s'attachera aussi bien au respect de la spcialit des organes non centraux par les
organes centraux, qu' l'inverse.
Ainsi, le Prfet est seul habilit recevoir " les dlgations de comptence donnes aux
reprsentants de l'Etat dans le dpartement "(743). De mme, si un tablissement public a t
cr pour organiser un service public, un ministre ne saurait prtendre organiser ledit service
(744). Cela s'applique aussi aux personnes prives; ainsi la comptence reconnue un ordre
professionnel pour dfinir, sous rserve d'approbation ministrielle, la liste des diplmes
autorisant l'exercice d'une profession exclut que le ministre dfinisse cette liste (745). Les
collectivits locales sont aussi protges contre les ingrences dans les intrts dont elles ont
la charge (746).
740.J.M. AUBY & R.DRAGO Trait des recours en matire administrative, p. 335, LITEC 1992;
741.J.M. AUBY et R. DRAGO Trait des recours en matire administrative, p. 347, LITEC 1992; R. ODENT
742.H. & L. MAZEAUD, J. MAZEAUD et F. CHABAS Leon de droit civil, tome 1, p. 412,
MONTCHRESTIEN 1983
743.C.E. 1/4/1992 Ministre de l'Economie et des finances c/ S.A."Bienne Auto", LE QUOTIDIEN JURIDIQUE
1993, n 64, p. 3
744.C.E. 14/10/1977 Synd. gn. C.G.T. du personnel des affaires sociales et Union synd. C.F.D.T. des affaires
sociales, A.J.D.A. 1977 p. 228 propos de la rglementation de l'exercice du droit de grve dans les
tablissements relevant de la tutelle d'un ministre; C.E. 15/3/1978 Synd. gn. de l'ducation nationale C.F.D.T. et
F.E.N., A.J.D.A. 1979, p. 42 propos de l'organisation par arrts ministriels des services de l'Institut national
de recherche pdagogique, tablissement public cr par un dcret
745.C.E. 11/7/1988 Conseil dpartemental de l'Ordre des mdecins des Alpes-Maritimes c/ Boucq, Leb. p. 291
746.C.E. 29/1/1960 Comit national de la meunerie d'exportation, Leb. p 69 (comptence respective des
A l'inverse, la comptence d'une autorit centrale, on ne saurait substituer une autre autorit.
Ainsi, si le Ministre est comptent pour rsoudre l'impuissance d'une Universit, le Recteur ne
saurait exercer cette attribution (747). De mme, un Conseil municipal ne saurait adresser des
directives au Maire agissant en qualit d'agent de l'Etat (748) ou rglementer les conditions
d'accs aux coles primaires de son territoire (749).
La nature du contrle du juge, ses effets et l'objectivit apparente des dcisions ne sauraient
occulter l'opportunit de telle ou telle dcision. Le juge est en fait le dispensateur des facults
de statuer.
Il appartient au juge de fixer la capacit de tel ou tel organe soit sur requte d'un organe
"victime" d'un empitement, soit sur recours du destinataire de l'acte. Dans cette action, le
juge, quelle que soit la prcision de la comptence attribue par la norme institutive de
l'organe, apparat comme un rpartiteur de capacits inspir par la subsidiarit.
n 0, 1987, propos des dcisions des conseils municipaux en matire de chemins ruraux; C.E. 19/4/1989
Commune de St Gilles - Croix-de-Vie, A.J.D.A.1989, p. 637 propos de la comptence des dpartements en
matire de ports de commerce et de pche; C.E.6/6/1986 Dpartement de la Cte d'Or, A.J.D.A. 1986, p. 594
propos des aides conomiques susceptibles d'tre institues par les collectivits
748.C.E.29/4/1983 Ass. de dfense des espaces ruraux et naturels de la commune de REGNY, A.J.D.A. 1983, p.
376
749.C.E.27/6/1990 Commune de St Germain sur Morin, A.J.D.A.1990 p 829, C.E. 7/12/1990 Di Lello
A.J.D.A.1991, p. 117
comptence, p. 167, Rapport final du Laboratoire d'tudes et de recherches sur les rformes administratives et la
dcentralisation, Facult de droit TOURS, 1988
751.Le Conseil constitutionnel dans sa dcision 81-132 D.C. du 16 Janvier 1982 propos de la loi de
nationalisation n'a pas " constitutionnalis " la libert du commerce mais la libert d'entreprendre s'autorisant
ainsi exercer un contrle restreint des motifs du lgislateur en matire de nationalisations, qu'autorisent les
198
Cette diffrence entre interventions locales ou centrales dmontre l'action constructive du juge
dans la dfinition de la capacit des organes. Le dysfonctionnement social de ce domaine a
conduit au profit des collectivits, l'admission lgale du commerce et de l'industrie comme
"but d'intrt gnral" (758) et la conscration, particulirement par le juge de l'excs de
pouvoir, d'un principe de libert des activits industrielles ou commerciales comme "moyen"
pour garantir, que ce but demeurera d'une part d'intrt gnral et d'autre part, qu'il constituera
un moyen permettant de dterminer lesquels des organes tatiques ou locaux le satisfont le
dispositions du prambule de 1946, et le cas chant sanctionner ses " erreurs manifestes d'apprciation" cf. B.
GENEVOIS La jurisprudence du Conseil Constitutionnel, p. 227, 252 & 291
752. L'interventionnisme public est fond sur le fait que le principe n'est ni gnral ni absolu et en consquence il
s'exerce "dans le cadre d'une rglementation institue par la loi" B. GENEVOIS La jurisprudence du Conseil
Constitutionnel, p. 227 S.T.H. 1988
753.par ex. C.E. 4/7/1984 Dpartement de la Meuse c/ Poilera R.F.D.A. 1985 p 58, note J.C.DOUENCE et
754.L. RICHER L'volution des rapports entre l'Administration et les entreprises prives, p. 919 R.D.P. 1981
755. F. DREYFUS La libert du commerce et de l'industrie, p. 223 Coll. Ladministration nouvelle, Berger -
Levrault 1973
756.Ceci est fond sur les dispositions de l'article 5 de la loi 82-213 du 2/3/1982 qui fait de la politique
757.T.A. POITIERS 9/10/1991 Prfet Charente-Maritime c/ Commune de Lagord, LES PETITES AFFICHES
mieux (759). Cette diffrence jurisprudentielle entre interventions tatiques et locales, montre
que le principe de subsidiarit ne conditionne pas en l'espce, l'action de l'Etat, puisque la
libert du commerce et de l'industrie, expression de la subsidiarit en matire conomique,
n'est pas opposable l'Etat (760). Le rle de rpartiteur de comptences du principe de libert
du commerce est devenu par ailleurs, subsidiaire (accessoire) dans la mesure o la loi 82-213
du 2 mars 1982 a affirm la comptence de l'Etat dans le domaine conomique. Cette
primaut de l'Etat a conduit le Conseil d'Etat considrer que la Rgion ne dispose pas d'une
"comptence gnrale en matire conomique"(761).
Dans d'autres matires, la subsidiarit amnera le juge prfrer l'acte local au dtriment de
l'acte central (762). Ceci pourra se faire en admettant la comptence de l'organe non central l
o, a priori en vertu d'un texte spcial tait prvu un acte d'un organe central (763).
759.cf.
Par ex. C.E. 6/6/1986 dpartement de la Cte d'Or, A.J.D.A. 1986, p. 594, C.E. 18/11/1991 Dpt des
Alpes maritimes, A.J.D.A. p. 231, note C.DEVES
762.Sur cette question cf. H.M. CRUCIS Les combinaisons de normes dans la jurisprudence administrative
franaise, L.G.D.J. 1991.
763.C.E. 11/6/1982 A. MESTDAHG, A.J.D.A. 1983, p. 42, propos du retrait d'un permis de construire par un
prfet alors que le code de l'urbanisme (art. R 421-33) prvoyait la comptence ministrielle. Le juge admettra
l'intervention prfectorale sur le fondement de dispositions lgislatives qui place le Maire, agent de l'Etat, sous
l'autorit de l'administration suprieure comprise comme tant le Prfet. La loi faisant ici succomber le
rglement, la comptence de l'organe non central a t admise.
764.ex.C.A.A. Paris 25/7/1989 Ministre des affaires sociales c/Centre nationale d'tudes et de formation des
industries de carrire, Leb. p 439 o le juge reconnat une comptence concurrente du 1er Ministre et du Prfet
de Rgion pour prendre dans le cadre de la participation des employeurs au financement de la formation
professionnelle continue une dcision de rejet des dpenses invoques par un organisme dispensateur de
formations.
200
Maire titulaire d'un pouvoir de police administrative gnrale dans sa commune. La logique
aurait voulu que selon l'adage "lex specialis generalibus derogat" et son corollaire "generalia
specialibus non derogant", une telle interdiction soit proscrite. Chacun connat cependant, la
jurisprudence (765) qui autorise le Maire contredire l'autorisation ministrielle, lorsque des
circonstances locales l'exigent mais en aucun cas exercer une sorte de "police spciale bis".
On peut raisonner plus gnralement et substituer ainsi l'ordre public l'intrt gnral, source
de toute action publique, qui peut se diffrencier notamment entre intrt gnral national et
intrt gnral local. On pourra considrer alors en copiant E. PICARD que les actions locales
765.C.E. 18/12/1959 Soc. "Les films Lutetia", G.A.J.A. p. 577, SIREY 1990
766.E. PICARD La notion de police administrative, p. 694 & s tome 2 L.G.D.J. 1984
767."On distingue traditionnellement deux types de combinaisons entre les polices, ...: la "juxtaposition" (dite
aussi complmentarit") et la "superposition"(dite "concours" ou encore "concurrence")". E. PICARD La notion
de police administrative, p. 685; L.G.D.J. 1984. Pour certains auteurs, il y a juxtaposition lorsque les buts de
police sont diffrents (ex. police gnrale et police spciale) et superposition lorsque les buts sont identiques (ex.
Maire-Prfet-1er Ministre)
768.Ainsi en matire cinmatographique, la police ministrielle est juxtapose celle du Maire, mais si celui-ci
intervient pour interdire la projection ou limiter le droit d'entre, elle se superpose celle du ministre. Pour E.
PICARD la confusion rsulte de ce que " la doctrine n'apprhende les actes ... en prsence que d'un seul point de
vue la fois: soit celui de la matire sur laquelle portent les actes, soit celui du but de ces actes, soit celui des
organes comptents pour les prendre ". Ibid. p. 686.
769.Ibid. p. 694
201
Comme en matire de police, on trouve dans le droit positif des situations dans lesquelles
l'intrt local, tel que le conoivent les lus locaux, a prvalu sur un intrt plus large, tel que
le concevaient d'autres lus locaux ou le Premier Ministre au travers de leur facult de statuer.
A la diffrence de ce que signalait E. PICARD en matire de police, cela ne se traduit pas par
une drogation ngative apporte par " la norme plus particulire ... la plus gnrale "(771)
mais une complmentarit positive accepte sinon recherche des deux normes comme le
montre l'arrt Ville de Nanterre (772). En d'autres termes, en notre matire les drogations
apportes par la norme locale la norme plus gnrale expriment un intrt local sans nier
l'intrt gnral territorialement plus tendu.
770.Ibid. p. 708
772.La jurisprudence relative la cration de services publics communaux l o existe dj un service public pris
en charge par une collectivit plus vaste ( Dpartement, Rgion, Etat )le montre, et c'est particulirement vrifi
en matire de services sociaux, domaine dans lequel la comptence privilgie du dpartement et les
comptences d'attribution de l'Etat n'excluent pas l'intervention communale Cf. P. LIGNEAU La dcentralisation
des politiques d'action sociale en France Actes du colloque de Varsovie 26-28/10/1988 Publications de la Facult
de Droit et des Sciences sociales de Poitiers P.U.F. 1990 p. 139, du mme auteur Dcentralisation & politique
sociale, A.J.D.A.1992, p. 77
773.C.E. 20/11/1964 Ville de Nanterre, J.F. LACHAUME Les grandes dcisions de la jurisprudence, p. 171,
P.U.F. 1980
202
Le domaine des subventions offre aussi des exemples de la mise en uvre par le juge de la
subsidiarit. En effet participe de la mme ide, l'admission du versement d'un crdit " en vue
de l'achat et de l'entretien d'un matriel d'incendie et d'une subvention destine une socit
prive de sauveteurs ", nonobstant l'existence d'un dcret fixant les conditions d'organisation
des services d'incendie par les communes (776).
Le juge, organe rpartiteur des comptences, n'apparat donc pas comme une garantie
suffisante des facults de statuer institues par la norme premire. Cette garantie ne sera
fournie que lorsque des organes centraux et non centraux disposeront d'une facult d'empcher
qui s'appliquera sur la facult de statuer oppose.
Lorsque MONTESQUIEU affirmait que le corps lgislatif "tant compos de deux parties,
l'une enchanera l'autre par sa facult mutuelle d'empcher" (777), il ne visait rien d'autre que la
774. C.E. prcit 20 Novembre 1964 Ville de Nanterre A.J.D.A. 1964 p. 686
775.C.E. 13 Mars 1985 Ville de Cayenne et autres A.J.D.A. 1985 p. 376. Dans cette affaire le juge fait prvaloir
l'intrt de la gestion de l'eau par le dpartement sur une gestion intercommunale en reconnaissant la lgalit du
refus du Prfet d'autoriser la cration d'un syndicat intercommunal. Son raisonnement fond sur l'absence
d'exclusivit communale en la matire tait aussi tay par le fait qu'avant la loi de nationalisation de l'lectricit
dans les D.O.M. il existait une rgie dpartementale de l'eau et de l'lectricit laquelle les communes avaient
remises les installations de production et de distribution.
776.C.E.24/12/1909 Commune de La Basse, Leb. p 1024, cit par J. SINGER Les subventions accordes par les
dpartements et commune, A.J.D.A. 1967, p. 510 cf. la note 19 qui cite le "considrant" intressant de la
dcision. Sur cette question cf. aussi J.M. PONTIER L'Etat et les collectivits, p. 129, L.G.D.J. 1978
garantie de la facult de statuer de chacune des assembles (778). Mutatis mutandis, ceci est
transposable aux relations des organes centraux avec les organes non centraux dans l'exercice
de la fonction normative.
Si le but de la facult d'empcher dtenue par un organe est de prserver la facult de statuer
dtenue par lui-mme ou un organe du mme genre (central ou non central), il faut que
l'exercice de cette facult d'empcher ne porte pas atteinte la facult de statuer dtenue par
l'organe ou un organe du mme genre (central ou non central) supportant la facult
d'empcher.
En d'autres termes il faut que la facult d'empcher dtenue par un organe central prserve la
facult de statuer de l'organe local (A) et la facult d'empcher non centrale doit prserver la
facult de statuer centrale (B).
778.Ceci apparat nettement dans le passage relatif la participation des "gens distingus" la lgislation: " La
part qu'ils ont la lgislation doit donc tre proportionne aux autres avantages qu'ils ont dans l'Etat; ce qui
arrivera, s'ils forment un corps qui ait droit d'arrter les entreprises du peuple, comme le peuple a droit d'arrter
les leurs ". Ibid. p. 298
204
- soit l'organe central titulaire de la facult d'empcher l'organe non central est lui-mme
titulaire d'une facult de statuer identique celle de l'organe non central (ex: le Prfet et le
Maire, agent de l'Etat);
- soit l'organe central titulaire de la facult d'empcher ne dispose pas d'une facult de statuer
ou elle est diffrente de celle dtenue par l'organe non central.
L'on voit bien que la situation du titulaire de la facult de statuer au plan local ne sera pas
objectivement la mme selon que l'on sera dans l'une ou l'autre de ces hypothses.
a) La confirmation de la centralisation
Dans ma premire proposition, c'est dire, lorsque le titulaire de la facult d'empcher est
aussi titulaire de la facult de statuer au plan non central (quelle que soit la "technique",
autorit hirarchique ou association ingalitaire), la remise de la facult d'empcher cet
organe central ne fait qu'accentuer le caractre centralis de l'organe non central (779). En effet
dans cette hypothse, ce qui compte, c'est qu'en fait l'organe central dispose du monopole de la
facult de statuer. Il n'y a donc pas dans ce cas sparation des pouvoirs entre organes centraux
et non centraux.
En matire de centralisation, ce monopole des organes centraux sur la facult d'empcher peut
trs bien, tre exerc par l'organe charg aussi de la facult de statuer, en donnant l'apparence
d'une division des facults de statuer et d'empcher entre organes centraux. Ce systme, que
nous avons pratiqu en France et que nous avons appel avec un sens inn de l'euphmisme
"justice retenue", tend heureusement s'estomper dans les Etats de droit.
779.S. REGOURD considre, que les procds de l'instruction, de la rformation et de l'acte - type constituent
l'expression d'une dpossession de l'initiative qu'il dfinit comme " le pouvoir de fixer "ne varietur" le contenu de
l'acte ". L'acte de tutelle en droit administratif, p. 205 & 208, L.G.D.J. 1982
205
La seconde proposition, o la facult de statuer est divise entre organes centraux et non
centraux, constitue le cadre thorique de la dcentralisation.
- l'organe central titulaire de la facult d'empcher dispose aussi d'une facult de statuer mais
personnellement illimite, c'est dire n'ayant pas le mme champ que celle de l'organe non
central (ex: dans le systme antrieur 1982, les hypothses d'approbation -intervention des
communes en matire conomique- et d'annulation - objet tranger aux attributions du Conseil
municipal- des dlibrations du Conseil municipal par le Prfet, reprsentant de l'Etat);
- soit l'organe central titulaire de la facult d'empcher ne dispose pas lui-mme d'une facult
de statuer personnellement illimite. Il s'agit gnralement d'un juge.
Dans ces deux cas, l'organe central dtient exclusivement la facult d'empcher l'organe non
central. L'organe central ne peut exercer lui-mme la facult de statuer de l'organe non central,
qui dtient ainsi le monopole de celle-ci.
Cependant, disposant dans le premier cas d'une facult de statuer "illimite", l'organe central
pourra intervenir mais son action vaudra pour l'ensemble de la collectivit et non
exclusivement pour les destinataires des actes de l'organe non central. Il y aura ici sparation
des pouvoirs entre organes centraux et non centraux dans la mesure o l'organe central ne peut
statuer dans la comptence reconnue l'organe non central.
Enfin dans le second cas, on se trouve dans la situation la plus favorable l'organe non
central, puisque l'organe non central disposant de la facult d'empcher n'est pas titulaire d'une
facult de statuer. Il y aura ici une sparation des pouvoirs qualitativement suprieure car
l'organe central ne peut statuer dans la comptence reconnue l'organe non central, ni imposer
l'ensemble ce qu'il n'obtient pas d'un seul.
L'autonomie de la facult de statuer non centrale ne sera pas la mme, si la facult d'empcher
s'exerce avant ou aprs l'entre en vigueur de la norme locale.
Montesquieu, en considrant que l'approbation d'un acte par un organe n'tait " autre chose
qu'une dclaration qu'il ne fait point usage de sa facult d'empcher " et drivait ainsi de cette
facult (780) avait eu conscience qu'un problme d'interprtation se posait pour cette modalit
particulire de la facult d'empcher qu'est l'approbation. Il pressentait un glissement possible
de l'empchement vers la facult de statuer. Il l'organisait mme dans la composition du corps
lgislatif. Ceci apparat particulirement, lorsque confiant une facult de statuer chaque
assemble de faon que " le corps (des gens distingus) ait droit d'arrter les entreprises du
peuple, comme le peuple a droit d'arrter les leurs "(781), il considre qu'ainsi le corps lgislatif
tant " compos de deux parties, l'une enchanera l'autre par sa facult mutuelle
d'empcher"(782). Le moment de l'exercice de la facult d'empcher n'est donc pas indiffrent
notre question.
Si la facult d'empcher s'exerce avant l'entre en vigueur de la norme non centrale, l'organe
central qui en est charg, dispose alors d'une possibilit d'entrave de l'action non centrale sans
commune mesure avec la situation rsultant de l'exercice de la facult d'empcher aprs cette
entre en vigueur. En effet dans cette hypothse le moment de l'exercice de la facult
d'empcher devient une des conditions, pour la norme non centrale, de l'obtention du caractre
excutoire.
782.Ibid. p. 302
207
Le choix entre l'une ou l'autre des options n'est donc pas indiffrent la ralit de la facult de
statuer non centrale et son importance n'chappera pas, si l'on sait qu'elle peut tre dtenue en
premier lieu par l'organe central disposant d'une facult de statuer.
Ce contrle a priori a exist en matire rglementaire en France et y existe encore, ainsi que
par exemple, aux Pays-Bas (783), au Royaume Uni (784). Il est utilis, on l'a vu, en matire
lgislative dans de nombreux Etats, tels par exemple l'Autriche, la Chine populaire, la France,
l'Italie ou le Portugal.
C'est dans ce cadre qu'apparat plus important, un autre lment de l'exercice de la facult
d'empcher: le caractre inconditionn ou conditionn de cet exercice. Si pour exercer sa
facult d'empcher l'organe dpend de l'intervention d'un autre (cas du contrle de
constitutionnalit des lois en France), sa facult d'empcher est moindre, que lorsqu'il peut
s'autosaisir (cas du Prfet).
C'est particulirement dans le cadre du contrle a priori que ces modalits peuvent tre
importantes.
Les modalits du contrle a priori peuvent tre trs varies mais l'on s'arrte gnralement sur
le caractre exprs ou non du veto, sur le dlai pendant lequel celui-ci peut-tre exprim.
783.sous la direction de Ch. DEBBASCH La dcentralisation en Europe, p. 242 Editions du C.N.R.S. 1981
784.Ibid. p. 144
208
Le caractre implicite ou exprs de l'empchement est peu important car il n'en modifie pas la
substance mais uniquement les donnes. En effet l'exigence d'un veto exprs en permet la
motivation, comme en Autriche (785); ce qui en cas de contentieux peut tre utile mais ne
change en rien la dcision d'empcher. Le non-exercice du veto dans le dlai prvu constitue-
t-il une dcision? S. REGOURD a montr qu'en France, la dcision implicite d'approbation,
n'est pas une dcision car l'coulement du dlai ne fait pas natre une dcision de l'organe
central mais uniquement la norme non centrale (786).
Ds lors le dlai dans lequel doit tre exerce la facult d'empcher constitue l'un des
lments fondamentaux car rvlateur de la ralit de la facult de statuer locale.
Si la facult d'empcher n'est pas enferme dans un certain dlai de temps ou si ce dlai est
long, son titulaire dispose alors de la possibilit d'annihiler ou d'amputer gravement la facult
de statuer locale.
L'absence de dlai (787) ou un dlai particulirement long (788) pour exercer la facult
d'empcher dans le texte l'instituant dnote une volont de contrle troit de l'organe non
central. D'une faon gnrale plus le dlai est long, plus se manifeste une limite la
"spontanit" de la facult de statuer non centrale exprimant ainsi une vritable intention
d'association de l'organe central la production normative non centrale. Un dlai "moyen"
comme en Autriche dans le cadre du veto (789) ou en France dans le cadre du veto royal
institu par la constitution de 1791 (790), mme si cette apprciation du dlai est relative,
785."Les motifs doivent faire apparatre, de manire claire, comment le Gouvernement Fdral est arriv la
conclusion que la dcision de la Dite nuit aux intrts de la Fdration", dans C.S.DOUIN Le fdralisme
autrichien, p. 144, note 286, L.G.D.J. 1977
786.S. REGOURD L'acte de tutelle en droit administratif franais, p. 130, L.G.D.J. 1982
787.ex dans la constitution de la Rpublique populaire de Chine du 4/12/1982 les articles 67, 100 & 116 qui
prvoient le contrle du Comit permanent de l'Assemble populaire nationale sur les dcisions locales, ne fixent
pas de dlai pour l'exercice de ce contrle.
788.ex l'article 49 du C.A.C. prvoyait des dlais qui en matire de concession pouvaient tre de 6 mois, cf.
789. Le dlai est de huit semaines, cf. C.S.DOUIN Le Fdralisme autrichien, p. 144, L.G.D.J.1977
790. Le dlai est de deux mois compter de la prsentation au Roi cf. Art.4, Section III, Chapitre III, Titre III
Constitution du 3/9/1791
209
permet l'change entre l'organe central et l'organe local. Cette recherche de l'association de
l'organe central la production normative locale est plus ou moins avoue selon les objectifs
affichs du contrle a priori, on l'a vu, mais aussi selon qu'il existe ou non une possibilit de
dpasser l'empchement de l'organe central.
b) Le dpassement de l'empchement
Si l'organe non central ne peut pas dpasser l'empchement dcid par l'organe central, en
d'autres termes si nous sommes en prsence d'un veto absolu ou difficilement surmontable, la
facult de statuer reconnue l'organe non central perd de sa ralit.
Lorsque le contrle a priori est effectu dans le but d'assurer la conformit de l'acte non
central aux normes suprieures, le veto est gnralement dfinitif. Cependant il existe des
hypothses o mme dans ce cas, soit la dcision locale n'en est pas moins valide, soit l'organe
local peut le surmonter.
Ainsi en Suisse les cantons selon les dispositions de la Constitution fdrale, sont tenus " de
demander la Confdration la garantie de leurs constitutions "(791), cependant ceci " ne doit
pas tre interprte comme une condition ncessaire de validit mais comme une mesure, lie
au pacte fdral, de contrle de lgalit et de conformit par les autorits fdrales garantes
"(792) et ainsi "le refus ventuel de garantie ... ne dtruit pas la validit du ou des articles
contests, en droit cantonal "(793).
Ce n'est qu'aprs cet ventuel dpassement du veto gouvernemental, que l'on trouvera un veto
dfinitif. En effet si cette majorit est obtenue, le Gouvernement n'est pas dmuni puisqu'il
793.Ibid. p. 192
210
peut dans le dlai de dlivrance du visa, saisir la Cour Constitutionnelle qui statuera en dernier
ressort, sans donc qu'il soit possible pour l'assemble rgionale de dpasser le veto de la Cour.
L'inexistence au profit de l'organe central d'une facult de statuer non centrale, condition
ncessaire de la dcentralisation, et les modalits d'exercice de la facult d'empcher vont
constituer les lments principaux de l'interaction des organes centraux et locaux dans la
production de la norme non centrale. Cette interaction se structure autour de l'ide de lgalit
dont l'application demeure fondamentalement contingente car notamment elle intgre "les
intrts nationaux" ou autres principes supposs reconnus par les textes suprieurs, permettant
ainsi une rgulation des rapports entre organes centraux et locaux partir d'une lgalit "
gomtrie variable "(795). D'o la ncessit d'accorder aux organes non centraux, une facult
d'empcher les organes centraux, en veillant toutefois prserver la facult de statuer de ces
derniers.
794.P. BON La justice constitutionnelle au Portugal - Prsentation gnrale p. 122, ECONOMICA 1989
795.J.C. HELIN La rgulation administrative du contrle de lgalit et le droit, p. 281 de l'ouvrage collectif
La facult d'empcher non centrale ne doit pas pour autant annihiler la facult de statuer
centrale.
Il s'agit de reconnatre chaque organe non central la possibilit de formuler son opposition
un acte central qui porterait atteinte la division de la facult de statuer, telle que celle-ci a t
opre par la norme premire. Il s'agit donc d'un moyen permettant de prserver l'organisation
du pouvoir normatif remise en cause par l'acte central. Pour viter toutefois, que pour un
prtexte particulier, on invoque une atteinte l'organisation du pouvoir, ce veto pour russir
raliser l'empchement doit tre manifest par un certain nombre d'organes non centraux (au
minimum deux). De la pluralit de l'opposition natra la garantie de la facult de statuer des
organes non centraux que voulait mconnatre l'acte central empch, mais aussi la garantie de
la facult de statuer centrale qui n'est empche que sous conditions formelles.
Il convient de constater qu'une telle facult d'empcher remise des organes non centraux est
rare sans nous tre inconnue. En effet le constituant de 1793 avait prvu l'article 59 de la
212
constitution, l'exercice d'une telle facult d'empcher au profit des citoyens, puisque les lois
proposes n'acquraient le titre de loi que si le peuple n'exprimait pas son veto (796).
Plus proche de nous dans le temps et plus significative pour notre tude, la Suisse prvoit la
soumission des lois fdrales et des arrts fdraux " l'adoption ou au rejet par le peuple
lorsque la demande en est faite par 50000 citoyens ou par 8 cantons "(797). Ainsi les cantons et
les citoyens suisses se sont-ils opposs la volont fdrale de " mener une politique
conjoncturelle pour lutter contre l'inflation et le chmage "(798). Comparant l'volution du
nombre des communes en Suisse et en Europe et constatant que la Suisse a conserv
pratiquement le mme nombre de communes alors que les pays europens procdaient ou
tentaient de procder des coupes sombres, M. FRENKEL pense que ce rsultat est du
notamment au fait que la fusion de communes tait inimaginable car " elle aurait du tre
accepte par les lecteurs de ces mmes communes "(799).
Cette facult dont disposent les Suisses, explique pour certains le refus d'adhsion aux
Communauts exprim par les citoyens de cet Etat (800).
Il apparat donc, que les modalits de l'exercice des facults constituent les lments de
dfinition des diffrents types d'organisation du pouvoir normatif concern.
Sous - Chapitre II) Les modalits de mise en uvre des principes, fondement des concepts
796. Art.59 de la Constitution franaise du 24/6/1793 : " Quarante jours aprs l'envoi de la loi propose, si dans la
moiti des dpartements plus un, le dixime des assembles de chacun d'eux ... n'a pas rclam le projet est
accept ".
797.Art.89 Constitution fdrale de la Suisse du 29/5/1874; les termes en gras ont t souligns par nous.
798.M. CROIZAT Le fdralisme dans les dmocraties contemporaines, p. 106-107, coll. Clefs "Politique",
MONTCHRESTIEN 1992
799.M. FRENKEL Mcanismes de stabilit fdraliste: l'exprience helvtique, p. 36, Annales de la facult de
800.F. SAINT-OUEN La Suisse et la question de l'Europe politique, p. 26, Annales de la Facult de Droit de
Clermont-Ferrand, L.G.D.J. 1989, du mme auteur " Suisse et Communaut Europenne: deux modles
d'intgration opposs ? Documents dactylographis du colloque " La commune, l'Etat et le Droit; Bicentenaire de
la Rvolution et march unique europen, Facult de droit de TOURS, 9 & 10 Novembre 1989. Cette rticence
s'est exprime lors du scrutin du 6 dcembre 1992 rejetant l'adhsion de la Suisse l'espace conomique
europen; cf. J.F. FLAUSS La constitution suisse face l'espace conomique europen -chronique d'un
aggiornamento manqu-, R.D.P. 1993 p. 1601
213
La facult de statuer des organes constitue le centre du systme. Dans un cas comme dans
l'autre, il s'agit de la garantir, mais la mthode diffre selon que l'on dsire assurer le
monopole de l'organe central ou celui de l'organe non central.
Le monopole de la facult de statuer des organes centraux sera garanti soit par l'inexistence
d'organes non centraux, soit par la subordination de la facult de statuer reconnue des
organes non centraux celle des organes centraux. La premire mthode n'est cite que pour
mmoire, l'on peut mme se demander si elle a exist? Seule la seconde, retiendra l'attention.
214
"Sont centralises les activits dont la matrise appartient un organe central, c'est dire
unique pour tout l'Etat,..."(801).
Pour Ch. EISENMANN " Il y aura centralisation pure ou parfaite relativement une activit
lorsqu'elle est exerce exclusivement, donc entirement, par un organe ou des organes
centraux "(805).
802.Ibid. p. 70
803.Ibid. p. 71
805.Ibid. p 70
215
Dans mon hypothse ceci signifiera que facult de statuer et d'empcher sont exclusivement
entre les mains d'organes centraux.
Ceci implique de resituer d'une part la concentration et la dcentralisation par services dans ce
contexte.
Concernant la concentration (mot peu usit mais qui se dduit de la dconcentration, terme
largement rpandu par contre), Ch. EISENMANN affirme qu'il s'agit d'" un cas de
centralisation parfaite du pouvoir normateur "(806). Pour tablir son sens, Ch. EISENMANN a
t contraint de partir de ce que la doctrine entendait par dconcentration car peu d'auteurs la
dfinissaient positivement (807). Or la dconcentration est prsente comme l'augmentation
des "pouvoirs des agents locaux des gouvernants"(808), opration assimile par certains auteurs
807.M. HAURIOU l'utilisait et l'assimilait la centralisation puisque celle-ci tait le rsultat d'une triple
concentration:- " la concentration de la force publique aux mains de l'administration centrale ..." - "la
concentration du pouvoir de dcision ... "- "la hirarchie des agents "- Pour l'minent juriste, la concentration
excluait l'existence de pouvoirs propres de dcision pour les subordonns mais il constatait
qu'exceptionnellement tel pouvait tre le cas sans en tirer alors de conclusion sur le caractre concentr ou non
desdits subordonns. Prcis lmentaire de droit administratif, p. 41 & s, SIREY 1938.
Ds lors, il y a synonymie des deux termes. L'inverse respectif de l'un et l'autre correspond
une modalit de l'organisation du pouvoir normatif. La dconcentration (centralisation
imparfaite) relve de la centralisation car elle n'emporte qu'une sparation fictive de la facult
de statuer.
" On peut dire que la centralisation ne couvre pas seulement les hypothses d'exercice d'une
activit par des organes centraux - comptence illimite - mais galement celle de son
exercice par des organes centraliss ..." Par l mme " le domaine de la centralisation ne
s'arrte pas l o apparaissent des organes non centraux, il s'tend au moins jusqu'o ces
organes sont encore centraliss "(811).
Pour Ch. EISENMANN " lorsque des organes non centraux sont ainsi soumis l'autorit
hirarchique d'un organe central, on les dit centraliss ..."(814).
809.R. CARRE DE MALBERG Contribution la thorie gnrale de l'Etat, p. 170, note 14, SIREY 1920,
811.Ibid. p. 82
812.Ibid. p. 72 & s
813.Ibid. p. 83 & s
814.Ibid. p. 82
217
" L'autorit hirarchique est le droit de faire, dans ses rapports avec un autre agent, prvaloir
sa volont personnelle, soit en le dirigeant, soit en le corrigeant"(816). Les pouvoirs
hirarchiques se dfiniront comme " les pouvoirs, soit de direction ou commandement, soit de
correction ou redressement, qui permettent un organe de faire prvaloir sa volont
personnelle dans ses rapports avec un autre "(817).
Or l'examen du droit positif concernant les rapports entre subordonns et suprieurs montre
l'importance d'une subordination personnelle de l'infrieur, c'est dire d'une soumission de sa
personne en tant qu'tre social au suprieur.
Il est regrettable cet gard que Ch. EISENMANN dont toute l'analyse de la centralisation -
dcentralisation repose sur la notion de comptence personnelle, n'ait pas construit son
815.Ibid. p.72
816.Ibid. p.73
817.Ibid. p. 74
818.Ibid. p.75
218
raisonnement relatif l'autorit hirarchique sur le mme modle puisque cet aspect personnel
de l'autorit hirarchique ne fait l'objet que d'allusions et de renvois (819).
- " le pouvoir hirarchique est exclusif du pouvoir de substitution et cette rgle ne saurait
flchir que si un texte exprs le permet ..."(821);
- le pouvoir de rfection lorsqu'il exprime la volont propre du suprieur, c'est dire lorsqu'il
se traduit par un pouvoir de modification de l'acte de l'infrieur, n'existe pas non plus. En
effet, la rformation d'un acte s'analyse en " la runion dans un seul instrumentum d'une
dcision de retrait suivie d'une mesure de substitution "(822). Or le retrait des actes
administratifs par le suprieur n'est possible, dans le dlai du recours contentieux et sous
rserve du respect des droits acquis, tant pour les actes individuels que rglementaires, que
pour illgalit; ce qui exclut l'ide que le suprieur fasse prvaloir alors sa volont et la
substitution n'est pas admise, on l'a dit prcdemment. L'abrogation par le suprieur s'analyse
comme une substitution et ne peut tre imagine notamment en vertu du " paralllisme des
comptences " qui implique que " lorsqu'une autorit est comptente pour prendre un acte,
819.Ainsi Ch. EISENMANN reconnat que l'on peut obtenir la matrise d'une activit: " ... en donnant un organe
pour seul pouvoir sur les actes un droit d'annulation discrtionnaire - droit qui en lui-mme et lui seul ne fonde
pas, on l'a dj not, l'autorit et la supriorit hirarchique, mais en y joignant ces droits de rvocation et de
nomination discrtionnaires qui rendent matres des personnes ". Centralisation - dcentralisation, p. 78, note en
bas de page L.G.D.J. 1948
820.J.C. GROSHENS Le pouvoir des suprieurs hirarchiques sur les actes de leurs subordonns A.J.D.A. 1966 p.
140
821.Ibid. p. 146
c'est cette mme autorit qui est comptente pour prendre un acte contraire "(823). En outre le
retrait et l'abrogation constituent l'exercice de la facult d'empcher et non celle de statuer et
ne correspondent pas notre hypothse de monopole de la facult de statuer, puisque l'organe
central ne disposerait que de la facult d'empcher.
Dans le cadre de la centralisation par autorit hirarchique, ce qui fait le pouvoir du suprieur
sur l'infrieur ce n'est pas le fait qu'il puisse imposer sa volont l'infrieur en dictant un acte
que celui-ci n'aurait pas voulu mais le fait qu'il contraint l'infrieur dicter un acte qu'il ne
souhaiterait pas. L'infrieur " n'est pas libre, la dsobissance sera sanctionne; elle le sera par
la notation, dont dpend la carrire; elle le sera, ventuellement, par la voie disciplinaire "(824).
L'on voit alors que ce pouvoir personnel n'aura pas les mmes effets selon qu'il touchera le
subordonn dans "l'exercice d'une profession"(825) ou dans le simple exercice d'une fonction
non professionnelle, par exemple lective, dans la mesure o dans cette dernire hypothse "
l'obligation de fonction " du subordonn n'apparat pas directement intgre une hirarchie
des fonctions en ce que le subordonn ne tient pas la sienne du suprieur (826).
Ceci ne signifie pas que l'exercice d'une fonction non professionnelle ne puisse pas tre
encadr par une subordination personnelle de son titulaire mais simplement qu'elle n'aura pas
les mmes effets (827) puisque le risque est limit un lment du statut social, la perte de la
826.Ibid. p. 73
- pour les conseillers municipaux l'article L 121-23 du code des communes qui institue la dmission d'office du
Conseiller qui refuserait d'accomplir une des fonctions qui lui sont dvolues par la loi sans que la non-assistance
aux sances puisse tre assimile cette hypothse- C.E. 6/11/1985 Commune de Viry Chatillon R.F.D.A. 1986
p. 388-,
- pour le Conseil Municipal par l'article L 121-4 du code des communes qui institue la dissolution sans la
soumettre des conditions de fond mais des conditions de forme; ce qui n'a pas empch qu'elle ne soit
pratique qu'en cas de blocage institutionnel- cf. Y. MADIOT La dissolution des Conseils Municipaux R.D.P.
1974 p. 373-;
- pour le Maire et les adjoints par l'article L 122-15 qui institue la suspension et la rvocation en cas de faute
commise soit l'occasion soit en dehors des fonctions, ces sanctions sont soumises un contrle du juge portant
sur la matrialit des faits et leur qualification depuis l'arrt CAMINO du 14/1/1916 -cf. G.A.J.A. p. 178 SIREY
9me d.1990-;
220
fonction non professionnelle; alors que dans l'autre cas, le risque consiste en la perte du statut
social qui se dcompose en deux lments: la perte du travail et de la qualit de fonctionnaire.
Le plein sens de l'analyse de Ch. EISENMANN se trouve en fait, lorsque l'organe central ne
dispose pas d'un pouvoir professionnel sur l'organe non - central (hypothse des collectivits
locales), c'est dire lorsque le subordonn n'est pas intgr dans une hirarchie de fonctions.
C'est l en effet que l'on voit expressment reconnu par un texte ainsi que l'avait constat J.C.
GROSHENS le pouvoir de substitution. Le pouvoir personnel qui pse sur les autorits
locales que l'on appelait hier " tutelle sur les personnes " en l'absence du pouvoir relatif la
nomination, l'avancement n'est pas assimilable celui qui pse sur les fonctionnaires dans la
mesure o elles disposent d'une autonomie professionnelle; ce qui explique que le pouvoir de
substitution de l'autorit centrale l'autorit locale soit expressment prvu.
2) la question de la substitution
Le pouvoir de correction se traduit par l'acte de remplacer la conduite d'autrui par une
conduite diffrente " (828). Ce pouvoir de correction peut consister rformer soit une
conduite positive - un acte -, auquel cas il pourra s'exprimer par la possibilit d'effacer,
d'annuler cette conduite en y substituant une autre conduite; soit une conduite ngative - une
absence d'action -, auquel cas il s'exprimera par l'accomplissement d'un acte, c'est dire par
une substitution d'action.
- pour les conseillers gnraux par la loi du 7/6/1873 modifie par le dcret 70-216 du 17/3/1970 qui institue la
dmission d'office prononce par le Tribunal Administratif pour refus d'exercer une fonction prvue par la loi,
- pour le Conseil Gnral par l'article 43 de la loi 82-213 du 2/3/1982 qui institue la dissolution lorsque le
fonctionnement s'avre impossible,
- pour les Conseils Rgionaux par l'institution de la dissolution selon les critres de l'article 43 la loi 82-213 du
2/3/82, c'est dire pour fonctionnement impossible. Notons que concernant les conseillers rgionaux, la
dmission d'office pour refus d'accomplir une fonction prvue par la loi n'existe pas.
Par une argumentation technique dont la source se trouve chez MONTESQUIEU, Ch.
EISENMANN s'lve, juste titre, contre la doctrine franaise qui cartait (829) et qui carte
encore (830), des manifestations de l'autorit hirarchique celles dans lesquelles l'autorit
centrale dispose du pouvoir de substitution au motif qu'il s'agirait d'un pouvoir de contrle et
non d'une modalit de l'autorit hirarchique (831).
En effet dans l'tude de la substitution dans le cadre du contrle, l'on nous dit que cette
substitution doit tre exceptionnelle " sous peine de suppression de toute dcentralisation
"(832). Or nul ne s'interroge sur la nature du pouvoir qu'exprime, mme quand il est
exceptionnel, ce pouvoir de substitution. La conclusion est d'aprs ce raisonnement
relativement simple puisque s'il n'tait plus exceptionnel, il n'y aurait plus dcentralisation;
c'est donc que ce pouvoir n'exprime pas un pouvoir de contrle mais un pouvoir hirarchique
car la nature d'un pouvoir ne saurait tenir dans la dose de son administration; raisonner
diffremment revient confondre l'effet avec la nature. Dans son tude sur la notion de tutelle,
S. REGOURD a parfaitement soulign la curiosit du raisonnement de la doctrine sur la
substitution (833).
830. par ex. M. BOURJOL Droit administratif, tome 1, p. 102 MASSON 1972, R. CHAPUS Droit administratif
gnral, p. 254 & s MONTCHRESTIEN 4me d.1988, J. MOREAU Droit administratif, p. 122 & s Coll. Droit
fondamental P.U.F. 1989, G. VEDEL & P. DELVOLVE Droit administratif, tome 2, p. 392 & s coll. THEMIS
P.U.F.1990.
832.G. VEDEL & P. DELVOLVE Droit administratif, p. 397, tome 2, coll. THEMIS P.U.F. 1990
833.S. REGOURD La notion de tutelle en droit administratif franais, p. 157, L.G.D.J. 1982
222
Dans cette forme de centralisation l'organe central et l'organe non central participent la
dcision, le dernier en ayant la possibilit d'exprimer un refus de consentement l'diction de
la norme que l'organe central pourra dpasser en prenant la dcision soumise au consentement
de l'organe non central.
Pour qu'il y ait effectivement association ingalitaire, il faut, selon Ch. EISENMANN, non
seulement que l'organe central puisse imposer sa volont mais aussi qu'il puisse uniquement
prendre la dcision initie par l'organe non central ou soumise l'examen de celui-ci sinon "on
sortirait du cadre de ce systme pour se rapprocher d'un systme de simple consultation
pralable obligatoire " (834). C'est donc un simple droit de veto suspensif qui est confi
l'organe non central.
834.Ibid. p. 84
223
l'entier pouvoir de dcision, soit par un pouvoir de codcision - dans ce qui a trait la
protection du patrimoine ...ainsi que lorsque sont en cause certaines oprations d'intrt
national..."(835).
La centralisation peut exister aux diffrents niveaux de la hirarchie des normes et selon celui-
ci permettre de qualifier un type d'Etat, comme l'avait pressenti M. HAURIOU qui distinguait
centralisation administrative et centralisation politique, celle-ci exprimant notamment " l'unit
... dans la lgislation "(836).
Aujourd'hui encore l'Etat unitaire n'est pas prcisment dfini, un certain mode de production
de la loi le permet.
1) L'imprcision doctrinale
835. J.B. AUBY & H. PERINET-MARQUET Droit de l'urbanisme et de la construction, p. 46 & p. 49,
MONTCHRESTIEN 1989. A titre d'exemple, je citerai l'art. L 122-1-4 du code de l'urbanisme qui permet au
Prfet de procder la modification d'un schma directeur en vue de la ralisation d'une opration d'intrt
gnral.
836.M. HAURIOU Prcis lmentaire de droit administratif, p. 40, 4me d., SIREY 1938
224
En d'autres termes, le caractre unitaire de l'Etat ne saurait constituer lui seul un objet
d'tudes, puisqu'il faudrait pour l'apprhender le rapporter un dterminant variable selon les
auteurs.
Cette approche du phnomne tatique tend mme parfois vers la mystique comme le rvle la
" signification juridique " de l'Etat unitaire de G. BURDEAU qui affirme que c'est " celui dans
lequel l'organisation constitutionnelle rpond la triple unit du souverain, de la puissance
d'Etat et des gouvernants"(839).
838.M. PRELOT & J. BOULOUIS Institutions politiques et droit constitutionnel, p. 242 Dalloz 8me d.1980
839G. BURDEAU Trait de Science Politique, Tome II, p. 351 L.G.D.J. 2me d. 1967
225
Aussi la dfinition de l'Etat unitaire, "espce" la plus rpandue d'ordre juridique hirarchis
centralis, peut tre exprime ainsi: ordre dans lequel la loi, norme seconde au regard de la
norme premire constitutive (constitution), est produite par un ou des organes centraux ou
centraliss qui dtiennent l'exclusivit de la facult de statuer.
Il est aussi parfaitement possible dans un Etat unitaire, d'imaginer que des organes non
centraux soient associs la confection de la loi, la condition toutefois que ces organes
soient subordonns l'organe central ou aux organes centraux titulaires de la facult de
statuer, c'est dire soumis l'autorit hirarchique soit par subordination personnelle des
organes non centraux, soit par subordination de la facult de statuer non centrale au moyen
d'un pouvoir de substitution.
Cette hypothse qui exprime apparemment une division de la facult de statuer, constituera
une confusion au profit d'organes centraux et donc un cas de centralisation.
226
On verra que cette subordination n'existe pas uniquement dans ces contres lointaines,
puisque la France pour les T.O.M. et l'Union Europenne en matire de directives prsentent
ces caractres.
On peut dire pour conclure que l'Etat unitaire est celui dans lequel au mieux existe une
sparation horizontale du pouvoir contribuant ainsi caractriser son rgime politique.
841.Art.5 Constitution de la Rpublique populaire de Chine du 4 Dcembre 1982, Constitutions & documents
844.En affectant ce terme au mode de production du rglement, je reprends le langage commun qui spcifie
Longtemps dnonce, l'absence de dfinition prcise de l'Etat centralis, peut nous semble-t-il,
cesser si l'on veut bien se rfrer au mode de production du rglement.
1) L'imprcision doctrinale
La notion d'Etat centralis ou concentr comme celle d'Etat unitaire a donn lieu des
dfinitions trs varies qui ne se caractrisaient pas par leur clart mais plutt par leur
ambigut.
Ainsi pour G. BURDEAU " le pouvoir politique est dit centralis lorsque les agents de l'Etat...
monopolisent ... l'utilisation des procds de cration du droit positif "(845); ici l'on ne sait ce
que recouvre l'expression "agents de l'Etat", ni de quelle norme du droit positif il est question.
846.M. BOURJOL Principe de libre administration et statut du personnel, p. V, Cahiers du C.F.P.C. Oct.1983
847.L. FAVOREU Principe de libre administration et statut du personnel, p. IX, Cahiers du C.F.P.C. Oct.1983
228
premier parlait d'actes dtermins, le second embrassait tous les actes susceptibles d'tre
produits dans un Etat unitaire.
Ceci montre la ncessit de distinguer Etat unitaire et Etat centralis l'aide d'un critre clair
et dterminant, ce qui n'exclut pas, que l'on puisse avoir un Etat unitaire centralis.
L'Etat unitaire concernant le mode de production de la loi, norme seconde par rapport la
constitution, la centralisation (848) exprimera au profit d'organes centraux, le monopole de la
facult de statuer en matire rglementaire.
Je propose de reprendre cette ide mais en affirmant que la centralisation c'est l'unit dans
l'excution des lois ; c'est dire faire de cette unit non pas une consquence mais l'expression
mme de la centralisation.
848.J'avais jusqu' ce moment utilis le terme de centralisation de faon gnrique pour caractriser conformment
l'analyse de Ch. EISENMANN un mode de production des normes sans distinguer entre elles. Ds lors que
l'application de ce mode de production en matire lgislative permet de dfinir l'Etat unitaire, je propose de
rserver l'expression de centralisation ce mode de production en matire rglementaire. Aussi, sauf
spcification contraire, le terme de centralisation sera utilis dsormais exclusivement pour caractriser le mode
de production du rglement.
849.B. REMOND & J. BLANC Les collectivits locales, p. 26 Presses de la Fondation nationale des sciences
L'existence d'organes non centraux est plus commune ce niveau de la hirarchie des normes,
sans pouvoir porter atteinte au caractre centralis de la production rglementaire.
Ch. EISENMANN rangeait dans ce type d'organisation la dcentralisation par services qui
selon lui s'analysait toujours comme une simple modalit fonctionnelle de rpartition du
pouvoir normatif et non comme la question de la " division de la collectivit relativement
son appareil d'organes "(851).
Pour l'auteur la prtendue dcentralisation par services n'intresse pas le caractre central ou
non central des organes. En effet crit-il " ce qui caractrise les services d'Etat, c'est que,
uniques pour l'Etat tout entier, ils ont leur tte un organe central. Qu'importe que cet organe
soit un ministre ou non, un homme politique ou un technicien, qu'il dirige un groupe immense
de services fonctions assez diverses ou seulement un service trs spcialis: il s'agit toujours
d'une autorit nationale. Et voil pourquoi le passage de l'un l'autre cas ne produit aucune
mutation dans le caractre du service: il est et reste d'Etat, parce qu'il est et reste pour
l'Etat."(852). En d'autres termes la dcentralisation par services " ne signifie pas qu'une certaine
activit soit confie des organes distincts et indpendants pour diffrentes fractions de la
collectivit; elle ne se traduit pas par l'institution d'une multiplicit d'organes comptence
personnelle limite ..."(853).
J'ai montr prcdemment que la dcentralisation par services tait une modalit de la
dcentralisation personnelle. En consquence, on ne peut inclure ce type d'organisation de la
production normative dans le cadre de la centralisation pure et parfaite.
Il convient de rappeler que la dcentralisation par services rsulte de l'isolement d'une activit
au sein des activits d'une collectivit ainsi que le constatait Ch. EISENMANN.
Or qu'il s'agisse des Universits, des Chambres consulaires, des Fdrations sportives, des
Ordres professionnels, il y a bien l organisation de services autour de la distinction organes
centraux et non centraux, c'est dire partir de leur comptence personnelle limite.
Ch. EISENMANN contestait cette notion de dconcentration qui n'avait pas le mme objet
que sa problmatique centralisation - dcentralisation. Nous avons montr que la
dconcentration exprime une comptence personnelle limite, mais celle-ci tant subordonne
aux organes centraux, elle n'en traduit pas moins une hypothse de centralisation
rglementaire.
Selon Ch. EISENMANN la centralisation au sens gnral autorise l'association d'organes non
centraux la production de la norme. Dans un Etat centralis (au sens restreint), mme si l'on
constate l'existence d'une facult de statuer au plan non central, elle ne saurait traduire une
autonomie du rglement non central au regard du rglement national. En effet cette facult de
statuer au plan non central doit ncessairement tre subordonne celle qui s'exprime au plan
national pour que subsiste le caractre centralis de l'Etat.
853.Ibid. p. 26
231
Cela ne condamne donc pas la participation d'organes locaux l'diction des rglements mais
impose qu'en dernire analyse le dernier mot revienne l'organe central.
L'on pense invitablement alors la dconcentration, d'autant que G. BURDEAU en fait une
des conditions de la centralisation dans un Etat moderne (854).
Visant cet gard BONNARD, il crit: " la doctrine franaise ignore la notion de
centralisation pure ou parfaite, telle qu'elle se dgage de l'ide mme de centralisation. Pour
elle, la centralisation se limite, donc s'identifie la centralisation par autorit hirarchique,
forme radicale de la centralisation imparfaite: celle-ci apparat comme la centralisation,
purement et simplement. Il s'ensuit qu' ses yeux, la centralisation inclut tout comme la
dcentralisation, l'existence d'organes non centraux; c'est bien en effet son ide que la
centralisation ne se distingue de la dcentralisation que par le rglement diffrent des rapports
entre organes centraux et organes non centraux : l'essence de la centralisation serait le "
rattachement hirarchique " des organes non centraux aux organes centraux, le pouvoir
hirarchique des seconds envers les premiers "(857).
854.G. BURDEAU Trait de science politique, tome II, p. 362 L.G.D.J. 1967
856.Ibid. p. 145
857.Ibid. p. 142
232
En fait, la dconcentration s'exprime par une comptence personnelle limite et ainsi cette
organisation du pouvoir de dcision met en cause la structure du pouvoir normatif.
Par ailleurs aprs avoir montr que la centralisation pure et parfaite s'identifie la
concentration; Ch. EISENMANN montre que centralisation imparfaite et dconcentration sont
synonymes, en ce que les deux expressions recouvrent l'association d'organes non centraux
la dcision qui en dernire analyse appartient un organe central.
858.Ibid. p. 143
859.Ibid. p. 145
233
Le domaine de la police administrative que j'avais prcdemment mis de ct, illustre bien
cela, ainsi que la distinction entre les hypothses o l'organe central dispose ou non d'un
pouvoir personnel sur la profession de l'organe non central.
E. PICARD montre que le Prfet dans l'exercice de son pouvoir de police est amen prendre
"le mme acte de police" que ses collgues nonobstant des circonstances dpartementales
peut-tre diffrentes, sur le fondement de circulaires nationales. Cette action prfectorale de
"duplication" trouve son origine dans la subordination personnelle des Prfets. En effet, ni le
risque d'une substitution de l'autorit suprieure dont l'impossibilit est rvle par la
jurisprudence ainsi que l'a montr J.C GROSHENS (860); ni l'hypothtique reproduction des
mmes problmes dans plusieurs dpartements, ce qui par ailleurs, selon E. PICARD,
justifierait une intervention de l'autorit dcrtale et non des Prfets (861), n'expliquent cette
"duplication".
860.J.C. GROSHENS l'examen du pouvoir de substitution en arrive la conclusion que " le pouvoir
hirarchique est exclusif du pouvoir de substitution ". Le pouvoir des suprieurs hirarchiques sur les actes de
leurs subordonns A.J.D.A. 1996, p. 146
862.Ibid. p. 74
234
de l'urbanisme c'est le Prfet qui apprcie discrtionnairement, quand un projet est d'intrt
gnral. Plus gnralement en matire d'urbanisme, la dconcentration ressort du fait qu'en
l'absence de P.O.S., les dispositions du R.N.U. s'appliquent (863).
L'ordre public dans un Etat de droit, objet de la police administrative, doit tre dfini pour
l'ensemble de la collectivit, sauf admettre le retour la fodalit et l'on comprend alors que
ce soit dans le domaine de la police administrative que l'on trouve une vritable hirarchie
(864) entre le "rglement local" et le "rglement tatique"(865), infriorit qui se manifeste aussi
dans la subordination de l'organe local l'organe central soit au travers de la substitution soit
au travers du pouvoir personnel exerc sur le subordonn.
Le caractre "national" de l'ordre public explique sans doute aussi que les ressortissants de la
communaut europenne qui se sont vus reconnatre la possibilit d'tre lus dans les conseils
locaux, ne puissent tre Maire car cela aurait emport exercice du pouvoir de police par un
tranger (866).
En raison de ses consquences sur les liberts individuelles, l'ordre public devrait tre dfini
exclusivement par le constituant et le lgislateur afin de garantir la protection des liberts. La
ralit du droit positif montre que dans ce domaine, le rglement peut dfinir le contenu de
l'ordre public ainsi que l'atteste la rglementation en matire de scurit routire, par exemple
le port du casque pour les usagers des vhicules deux roues, ce que R.CHAPUS appelle "la
protection des individus contre eux-mmes"(867).
863.cf. cet gard l'effet de l'annulation d'un P.O.S. C.E. 25/11/1992 Assoc. des amis de St Palais sur mer, p. 173
A.J.D.A. 1992
864. C.E. 18.4.1902 Com. de Nris les Bains G.A.J.A. p. 68 SIREY 1990. Cette hirarchie imprgne les rflexions
des lus et de la doctrine qui de cette hypothse particulire tirent un principe gnral, cf. M. GIRAUD Rapport
snatorial n 33, 1re session ordinaire, 1981-82 sur le projet de loi relatif aux droits et liberts des communes...
p. 65; J.F. LACHAUME La hirarchie des actes administratifs excutoires en droit public franais, L.G.D.J.
1966
865. L'appellation rglement local ou tatique est utilise par simplification pour voquer l'organe local ou central
867.R. CHAPUS Droit administratif gnral, Tome I, p. 520, MONTCHRESTIEN 6me d.1992
235
La division de la facult de statuer entre organes centraux et non centraux est le critre
ncessaire d'une production dcentralise (au sens gnrique) des normes mais il n'est pas
suffisant, dans la mesure o, on l'a vu, la facult de statuer non centrale peut tre subordonne
la volont d'un organe central.
On l'a crit prcdemment, cette facult de statuer non centrale doit pour autoriser la cration
de normes tre assortie d'une facult d'empcher centrale (cf. 1re partie). Par ailleurs, les
organes centraux n'tant pas dpourvus d'une facult de statuer, ils ne doivent pas, par
l'exercice de celle-ci, porter atteinte la facult de statuer des organes non centraux (Sous-
section I). Selon le degr dans la hirarchie des normes, auquel interviendra cette
dcentralisation, on aura des types particuliers d'ordres juridiques (Sous-section II).
Il y aura dcentralisation parfaite lorsque la facult de statuer non centrale sera garantie dans
son existence et dans son exercice (I). L'atteinte ces garanties caractrisera des hypothses de
dcentralisation imparfaite (II).
I) La dcentralisation parfaite
La libert exige, que les facults de statuer et d'empcher soient spares. Cependant cette
obligation n'est pas facilement satisfaite, puisqu'on l'a vu, l'exercice de la facult d'empcher
emporte ncessairement apprciation de la facult de statuer et les conditions d'exercice de la
facult d'empcher peuvent conduire son titulaire possder en fait, sinon en droit la facult
de statuer (869).
Ce n'est pas en rglementant au fond les conditions d'exercice de la facult d'empcher que
l'on assurera l'autonomie de la facult de statuer, puisque l encore, le titulaire de la facult
d'empcher est juge des conditions de fond qui permettent l'exercice de son pouvoir
d'empchement (870).
Par ailleurs, la facult de statuer centrale peut nier l'existence de la facult de statuer non
centrale en s'appuyant sur le principe de subsidiarit. L encore l'intrt gnral support du
principe de subsidiarit ne peut tre l'lment protecteur de la facult de statuer non centrale,
puisque par dfinition il constitue la base commune de l'intervention publique dans les deux
cas.
869. On peut assimiler la facult de statuer l'initiative telle que la conoit S. REGOURD et pour lequel " Retenir
le principe du respect de l'initiative de l'autorit dcentralise, c'est ipso facto, retenir celui du respect des
dispositions choisies par ladite autorit. C'est prohiber l'intervention du pouvoir central dans la dtermination du
contenu de l'acte ". L'acte de tutelle en droit administratif franais, p. 208, L.G.D.J. 1982
870. cf. en matire de tutelle, S. REGOURD L'acte de tutelle en droit administratif franais, p. 337 & s, L.G.D.J.
1982, J.P. DUBOIS Le contrle administratif sur les tablissements publics, p. 283 & s, L.G.D.J. 1982
237
Ds lors reprenant l'ide de G. VEDEL, seuls " des critres formels ou organiques " (871)
peuvent garantir " l'ide de la sparation des pouvoirs, notion organique et formelle "(872).
Ces critres doivent permettre de garantir non seulement l'existence (A) mais aussi
l'autonomie (B) de la facult de statuer non centrale.
L'inscription de cette facult de statuer dans une norme suprieure constitue sans aucun doute
un lment important de cette garantie mais il demeure trs insuffisant (1). Ds lors, la
garantie de la facult de statuer non centrale rsultera fondamentalement de la participation
d'organes non centraux la formation des normes centrales (2).
1) L'insuffisante protection de la facult de statuer non centrale par son inscription dans la
norme suprieure
La dcentralisation (au sens gnrique) ne se conoit qu' partir de la norme seconde et l'on
imagine alors que la division de la facult de statuer opre par la norme premire est de
nature, en raison de son autorit sur les normes secondes, garantir la facult de statuer des
organes non centraux.
Cette protection apparat cependant illusoire. Il suffit pour s'en convaincre d'examiner le sort
rserv aux dispositions de l'article 87 de la Constitution de 1946 qui prvoyait l'excution des
dcisions des conseils municipaux et gnraux par leur excutif. Cet article n'a pas t mis en
uvre. Pour expliquer cette situation, les dbats du Comit Consultatif Constitutionnel
constituent une mine particulirement enrichissante.
Ainsi le 12 Aot 1958, dans la sance du soir, M. MIGNOT, parlementaire C.N.I., s'tonne de
la suppression " de toute rfrence au suffrage universel pour l'lection des conseils locaux et
872.Ibid. p. 31
238
L'impuissance laquelle veut faire accroire M. JANOT ou l'intention dlibre rvle par M.
TEITGEN, renvoient toutes les deux une absence de caractre normatif de ces dispositions
constitutionnelles (876). Les acteurs d'alors n'ont pas reconnu cet article 87 une porte
normative (877); ce qui conduisait M. JANOT condamner la vanit de telles dispositions en
dclarant: "...croyez-vous qu'il soit bon de donner des directives dans une Constitution, alors
que ces directives ont dj t donnes dans une Constitution antrieure et qu'elles n'ont pu
tre appliques?"(878).
873.M. BOURJOL Rflexions sur le pouvoir d'Etat et le pouvoir local. Contribution l'tude du pouvoir
rglementaire autonome, tome 2, p. 560, Cours polycopi D.E.A. 1982-83, Facult de Droit de Tours
Documents pour servir l'histoire de l'laboration de la Constitution du 4/10/1958, volume II, p. 443, LA
DOCUMENTATION FRANCAISE, 1988
875.M. TEITGEN, Sance du Comit Consultatif Constitutionnel du 12 Aot 1958, Documents pour servir
876.Ceci peut tre constat aussi pour des dispositions lgislatives; ainsi E.HERRIOT dclarait lors des dbats sur
les collectivits territoriales le 13/9/1946: " Je prtends que ces textes; les articles 75 et suivants sont ... tout fait
inoprants. ... Nous avons t, par le gouvernement de Vichy et, par la suite, par des gouvernements qui ont trop
peu ragi, privs des liberts que nous donnait la loi de 1884. Le texte de la commission ne nous donne mme
pas l'assurance de revenir au rgime de 1884 ". J.O. A.N.C., sance du 13/9/1946, p. 3729
877.P. BASTID constatait que " dans toute constitution crite, quelle qu'elle soit, il y a des parties mortes et des
Le propos est dangereux car il mconnat l'effet de l'inscription d'une disposition dans la
Constitution ds lors que quelqu'un peut la faire respecter. En suivant M. JANOT, nous
n'aurions jamais connu la jurisprudence du Conseil Constitutionnel fonde sur le prambule
de la Constitution, dont l'importance a encore t souligne rcemment (879). Si l'inscription
dans le texte constitutionnel est indiffrente notre question, on s'tonnera de la vigueur des
dbats consacrs celle-ci en 1946 (880).
L'inscription dans la Constitution confre une autorit relle, dont seuls les acteurs concerns
ont la mesure car "le pouvoir, l'influence ne rsident pas toujours en fait dans les organes que
les textes consacrent comme prpondrants"(881). Or, un des moyens permettant de donner vie
une disposition normative consiste dans le contrle du respect de cette disposition. A cet
gard, l'existence de la facult d'empcher du Conseil Constitutionnel, aujourd'hui, introduit
un lment valorisant les dispositions constitutionnelles relatives aux collectivits locales.
Cependant, la garantie de la facult de statuer non centrale ne sera jamais mieux garantie que
par ses titulaires, pour autant qu'on leur en donne la possibilit. S'agissant de les prmunir
contre l'exercice dfectueux de la facult de statuer centrale, la meilleure solution consiste
les associer celle-ci.
879.Lors de la rcente runion du Congrs, le premier ministre E. BALLADUR dclarait: " Depuis que le Conseil
Constitutionnel a dcid d'tendre son contrle au respect du Prambule de la Constitution, cette institution est
conduite contrler la conformit de la loi au regard de principes gnraux, parfois plus philosophiques et
politiques que juridiques, quelquefois contradictoires et, de surcrot conus des poques bien diffrentes de la
ntre ". Le Monde, samedi 20 novembre 1993, p 10
880.Ainsi par ex. P. BASTID dclarait: " ... les questions administratives qui y (titre X) sont traites nous
paraissent relever de la loi ordinaire plutt que de la constitution ". J.O.A.N.C. Sance du 5/9/1946, p. 3559, et
avant lui R. CAPITANT avait dclar: " ... ces dispositions ne sont pas du domaine constitutionnel et ne
devraient donc pas figurer dans le projet qui nous est soumis ". J.O.A.N.C., 2me sance du 16/4/1946, p. 1921
... ces propos s'opposaient ceux du rapporteur: " Nous affirmons ici et nous entendons affirmer dans la
Constitution que les pouvoirs publics comprennent le pouvoir local ". Sur cette question, cf. M. BOURJOL
Rflexions sur le pouvoir d'Etat et le pouvoir local, Contribution l'tude du pouvoir rglementaire autonome,
tome II, p. 546 & s, Cours D.E.A.1982-83, Facult de droit de Tours, Y. MENY Centralisation et
dcentralisation dans le dbat politique franais (1945-1969), p. 80 & s, L.G.D.J. 1974
Ainsi, le Prfet n'est pas comptent, sauf exception, en matire de police dans une commune,
mais il dispose de ce pouvoir sur toutes les communes du dpartement, pouvant ainsi tendre
l'ensemble ce qu'il n'arrive pas imposer l'une d'elles. De mme, il ne peut imposer une
commune une politique dtermine de logement social, mais les ministres peuvent, dans
l'intrt gnral, imposer un plan dpartemental pour le logement des personnes dfavorises
(882).
Le principe de subsidiarit permet ainsi qu'on l'a vu, aussi bien l'exercice d'une facult de
statuer par un organe central aujourd'hui, alors qu'hier elle relevait et/ou demain elle relvera
d'un organe non central.
Cette concurrence inhrente la reconnaissance d'une capacit pour agir au profit des organes
non centraux et centraux, ne doit pas conduire la ngation de la facult de statuer des
organes non centraux qui peut tre sauvegarde, soit par la participation de l'organe non
central la facult de statuer centrale, soit par l'octroi l'organe non central d'une facult
d'empcher l'organe central.
882.Loi 90-449 du 31/5/1990 visant la mise en uvre du droit au logement et dcision du C.C. du 29/5/1990
Ainsi que le constate J.C. MAZERES, " la reprsentation du local dans l'Etat n'est un
phnomne ni rcent ni exceptionnel" (883). Cet auteur distingue la reprsentation globale
organise par la Constitution franaise de 1958, de celle existante dans les Etats fdraux o
sont reprsentes les " collectivits composantes elles-mmes, et ... chacune d'entre elles, prise
en tant que telle pour tenir une place au sein d'un organe constitutionnel comptent pour la
collectivit d'ensemble "(884). Si, au plan de la reprsentation il existe une distinction entre les
deux formules, elle n'a aucun effet en ce qui concerne l'exercice du pouvoir normatif. Que la
reprsentation soit globale ou individuelle, l'organe qui en rsulte demeure un organe central
parce que la facult de statuer dont il dispose trait l'ensemble de la collectivit, il a une
comptence personnelle illimite. Mme si dans l'exercice de celle-ci, il ne peut sans doute se
dfaire de l'origine de ses membres, il demeure un organe central et cet gard il ne peut tre
considr comme l'organe "non central" participant la facult de statuer centrale.
Ds lors, seuls des organes non centraux, c'est dire des organes disposant d'une facult de
statuer personnellement limite peuvent tre associs la facult de statuer centrale afin de
garantir la facult de statuer non centrale que la constitution ou tout autre texte leur aurait
reconnue.
Cette association des organes non centraux la facult de statuer centrale est un lment de ce
que l'on appelle aujourd'hui le fdralisme coopratif, que M. CROISAT dfinit comme " la
recherche et la mise en uvre d'une coopration intergouvernementale pour atteindre des buts
communs, aussi bien en matire conomique que sociale ou culturelle, par des programmes et
des financements conjoints "(885).
884.Ibid. p. 619
885.M. CROISAT Le fdralisme dans les dmocraties contemporaines, p. 89 & s, Coll. Clefs "Politique",
MONTCHRESTIEN 1992
242
En France, la technique des contrats de plan relve de cette conception, puisqu'ils comportent
" des engagements rciproques des parties en vue de l'excution du plan et de ses programmes
prioritaires ... (et) portent sur les actions qui contribuent la ralisation d'objectifs
compatibles avec ceux du plan de la Nation"(886).
Cette technique peut sortir du domaine de la mise en uvre des politiques pour tre utilise
tant dans la dfinition de ces politiques qu'en matire normative. La rflexion et l'avance des
pratiques sur ce point, demeurent embryonnaires, mais devraient pour donner tout son sens
la notion de fdralisme coopratif connatre un dveloppement ncessaire.
A court terme, l'octroi aux organes non centraux d'une facult d'empcher les organes centraux
demeure l'lment le plus facile mettre en uvre pour garantir la facult de statuer non
centrale.
b) L'octroi aux organes non centraux de la facult d'empcher les organes centraux
La technique est de loin la plus aise mettre en uvre, ce qui explique qu'elle ft la premire
tre instaure.
On a voqu cet gard la constitution suisse qui permet huit cantons de demander un
rfrendum lgislatif (887), on pourrait y ajouter l'Italie o l'initiative de cinq conseils
rgionaux, un rfrendum abrogatif peut tre organis (888).
En France, dans la constitution de 1793, l'article 59 mettait en place cette facult d'empcher
qui pouvait tre surmonte par les assembles primaires. Aujourd'hui la facult d'empcher
des organes non centraux n'a pas disparu mais elle a t marginalise et joue dans des
886.Art.11 loi 82-653 du 29/7/1982 portant rforme de la planification. Sur cette question, cf. J.M. PONTIER
887.Cette technique n'a jamais t utilis, cf. sur cette question J. ROHR La dmocratie en Suisse, p. 295 & s,
ECONOMICA 1987
hypothses d'exercice local du pouvoir central. Ainsi, en matire d'urbanisme dans le cadre de
l'laboration d'un schma directeur sous la responsabilit de l'Etat (889), si un certain nombre
de communes reprsentant plus du quart de la population concerne, font connatre leur
opposition au schma labor, le Prfet ne peut l'approuver (890). Toutefois l'empchement
pourra tre surmont par un dcret en Conseil d'Etat (891). Autre exemple, le schma de
coopration intercommunale vaut initiative de cration des communauts de communes, de
villes ou urbaines dans le cadre des articles 69 et 70 de la loi 92-125 du 6 fvrier 1992, mais
les communes disposent d'une facult d'empcher, insurmontable, dans la mesure o le
primtre et la cration de l'organisme de coopration doivent tre approuvs la majorit
qualifie (892).
L'existence de la facult de statuer non centrale tant garantie, il faudra encore que son
autonomie le soit aussi, pour que la dcentralisation soit parfaite.
Cette autonomie sera obtenue parfaitement, lorsque la facult d'empcher sera exerce par un
organe central non dot d'une facult de statuer, d'une part et lorsqu'elle s'exercera a posteriori,
d'autre part. Lorsque l'un des critres ne sera pas satisfait, la dcentralisation ne sera
qu'imparfaite car alors elle sera rduite " un pouvoir d'initiative"(893).
891.Ibid. Sur la technique du dcret en Conseil d'Etat, comme moyen de protection des collectivits locales, le
Snat semble penser qu'elle constitue effectivement une bonne garantie, comme le montre sa saisine du Conseil
Constitutionnel propos du F.C.T.V.A., C.C.29/5/1990 Dcision 90-274, J.O.1/6/1990, p 6518 (11me
considrant)
892.cf. art. L.165-4 & L.167-1 & L.168.1 du code des communes.
1) La facult d'empcher ne doit pas impliquer une association la facult de statuer non
centrale
Si les auteurs s'accordent pour reconnatre que la facult de statuer et d'empcher constituent "
deux modes de participation la fonction lgislative "(894), un dbat doctrinal s'est instaur,
sur le point de savoir, si la facult d'empcher comprend " le droit de contribuer dterminer
le contenu de la loi "(895).
Relevant que Ch. EISENMANN avait crit que " le monarque participe donc au pouvoir de
lgifrer sur un pied d'galit avec le Parlement, puisque toute loi suppose l'assentiment de
l'un comme de l'autre "(896), G. BACOT affirme que " rien ne permet de dduire de ce droit de
veto, cette galit dans la participation la puissance lgislative "(897). Cette prtendue galit
rsulterait de l'occultation par Ch. EISENMANN de "la distinction faite par MONTESQUIEU
entre la "facult de statuer" et la "facult d'empcher""(898).
Il semblerait qu'en l'espce les propos de Ch. EISENMANN n'autorisent pas cette critique. En
effet celui-ci a parfaitement vu les deux facults et le contenu qui s'attache chacune d'elles;
894.M. TROPER La sparation des pouvoirs et l'histoire constitutionnelle franaise, p. 27, L.G.D.J. 1980. Cet
accord doctrinal s'est effectu en cartant la thorie de l'imperium de P. LABAND. Cf. P.M. GAUDEMET "Paul
LABAND et la doctrine franaise de droit public ", R.D.P. 1989, p. 973. Selon P. LABAND, ainsi qu'en rend
compte R. CARRE DE MALBERG, la puissance lgislative est toute entire contenue dans l'acte de
commandement qui lui donne " valeur imprative et obligatoire qui en fait une loi de l'Etat ". R. CARRE DE
MALBERG Contribution la thorie gnrale de l'Etat, p. 383 & s, SIREY 1920, Rimpression C.N.R.S. 1962.
R. CARRE DE MALBERG ne reconnaissait pas toutes les modalits d'empcher, la qualit d'association la
puissance lgislative, puisqu'il distinguait la sanction, associant le monarque la puissance lgislative, du veto
qui " loin de faire participer son titulaire la puissance lgislative, implique au contraire qu'il y est en principe
tranger". Ibid. p 400. Ch. EISENMANN s'est lev contre cette distinction dans un article clbre "L'Esprit des
lois et la sparation des pouvoirs ", Mlanges R. CARRE DE MALBERG, p. 165 & s, voir particulirement les
notes 2 de la p 166 et 167, DUCHEMIN 1977
896.Ch. EISENMANN cit par G. BACOT dans l'article L'Esprit des lois et Ch. EISENMANN, p. 621, R.D.P.
1992
897.G. BACOT L'Esprit des lois et Ch. EISENMANN, p. 621, R.D.P. 1992
898.Ibid.
245
puisqu'il crit: " la sanction ne rpond aucunement la dfinition ... de la facult de statuer: ...
; d'aprs cette dfinition, seul statue celui qui dtermine ou contribue dterminer le contenu
des rgles lgislatives, mais non pas celui qui uniquement donne son consentement leur
entre en vigueur, ce qui est prcisment la situation du monarque appel donner - ou
refuser - sa sanction aux projets de lois vots par le Parlement "(899).
Les propos de M. TROPER sont plus dlicats analyser car il affirme d'une part que les
facults de statuer et d'empcher sont deux modes de participation la fonction lgislative
(900) et d'autre part que " la facult de statuer ne dsigne pas seulement une simple
participation l'diction des lois mais le pouvoir lgislatif entier "(901) et " la facult
d'empcher comprend ... le droit de contribuer dterminer le contenu de la loi "(902).
Concernant la traduction "facult de statuer" en "facult d'dicter seul les lois", le propos de
M. TROPER doit tre rejet. En effet MONTESQUIEU crit: " lorsque, dans la mme
personne ... la puissance lgislative est runie la puissance excutrice, il n'y a point de libert
"(904). Ds lors, lorsque l'illustre auteur affirme plus loin que " si le monarque prenait part la
lgislation par la facult de statuer, il n'y aurait plus de libert "(905), M. TROPER ne saurait
899.Ch. EISENMANN L'Esprit des lois et la sparation des pouvoirs, p. 168, suite de la note 2 de la p. 167,
DUCHEMIN 1977. Toujours dans cette note mais en p. 169, l'auteur crivait encore: " Qu'il (le monarque) ait la
sanction ou le veto, sa situation est la mme, il ne concourt pas l'tablissement du texte de loi, il ne peut ni la
proposer ni l'amender;". Cette ide rapparat aussi et toujours dans cette note 2, p. 171.
900.M. TROPER La sparation des pouvoirs et l'histoire constitutionnelle franaise, p. 27, L.G.D.J. 1980
901.Ibid. p. 28, suite de la note 11 de la p. 27. Dans cette mme note, l'auteur semble lever toute ambigit
d'interprtation puisqu'il dit que l'on doit traduire "facult de statuer" par " facult d'dicter seul les lois".
902.Ibid.
903.G. BACOT L'Esprit des lois et Ch. EISENMANN, p. 623, R.D.P. 1992
905.Ibid. p. 302
246
en conclure, que la facult de statuer " n'est rien d'autre que la facult d'dicter seul les lois ".
Cette conclusion est errone, car elle repose sur l'oubli par M.TROPER, de la possession par
le monarque de la facult d'empcher, laquelle s'ajoutant la " facult de statuer", opre seule
la confusion ennemie de la libert, par fusion dans un mme organe des deux facults.
Concernant l'ide que "la facult d'empcher comprend ... le droit de contribuer dterminer
le contenu de la loi", il est vain de vouloir affirmer le contraire. L'empchement tant
l'expression de la volont humaine, on ne peut en effet douter que son exercice soit une
fonction du contenu de l'acte soumis au contrle. Cette facult a pour objet d'apprcier ce qui
doit ou non tre empch (906). Hors cette apprciation, la facult n'a aucun sens (907), elle n'a
d'existence que rapporte la facult de statuer.
Cependant pour MONTESQUIEU, il est tout aussi manifeste, comme le souligne G.BACOT,
que l'exercice de la facult d'empcher implique une drive de celle-ci vers la facult de
statuer.
MONTESQUIEU cette fin, prvoyait que les deux facults soient remises des organes
diffrents. Cette sparation organique des facults est effective, lorsque les organes sont
personnellement indpendants l'un de l'autre (908) et pour cela il ne faut pas que la puissance
excutrice soit " confie un certain nombre de personnes tires du corps lgislatif (sinon) il
n'y aurait plus de libert, parce les deux puissances seraient unies, les mmes personnes ayant
quelquefois, et pouvant toujours avoir part l'une l'autre (909).
906.cf. Ch. EISENMANN L'Esprit des lois et la sparation des pouvoirs, p. 189, note 1, DUCHEMIN 1977; G.
BACOT considre que cette apprciation a pour objet le respect du domaine de chaque organe et non une
quelconque association qualitative du monarque la lgislation, L'Esprit des lois et Ch. EISENMANN, p. 632,
R.D.P. 1992
907.cf.
cet gard la diffrence entre veto - sanction et promulgation, R. CARRE DE MALBERG Contribution
la thorie gnrale de l'Etat, p. 403 & s, SIREY 1920, Rdition C.N.R.S.1962 et du mme auteur La loi,
expression de la volont gnrale, p. 141 & s, SIREY 1931, Rimpression ECONOMICA 1984
908.Ch. EISENMANN montre que cette indpendance personnelle ne suffit pas tablir l'galit juridique entre
les organes, qui rsulte fondamentalement de leur "rapport fonctionnel". L'Esprit des lois et la sparation des
pouvoirs, p. 184, note 2, DUCHEMIN 1977
L'indpendance juridique exigeait que soit garantie l'autonomie de l'exercice des facults. A
cet gard, MONTESQUIEU exclut que le titulaire de la facult d'empcher (le monarque)
prenne part " la lgislation par la facult de statuer" et qu'ainsi " la puissance excutrice ne
faisant partie de la lgislation que par la facult d'empcher, elle ne saurait entrer dans le dbat
des affaires "(910). Cette exclusion du " dbat des affaires " supporte nanmoins la possibilit
de propositions de la puissance excutive mais "cela n'est mme pas ncessaire ... ; parce que,
pouvant toujours dsapprouver les rsolutions, elle peut rejeter les dcisions des propositions
qu'elle aurait voulu qu'on n'et pas faites"(911).
Ds lors que dans les faits l'exercice de la facult d'empcher conduit son titulaire s'immiscer
dans la facult de statuer qu'il contrle, il faut que le droit organise l'autonomie de cette
dernire, ainsi que l'crivait MONTESQUIEU.
La crainte est que le titulaire de la facult d'empcher ne se saisisse lors de son exercice, de la
facult de statuer reconnue l'organe non central. La solution rside dans la privation du
titulaire de la facult d'empcher de toute facult de statuer (a). Cependant mme ainsi, ce
910.Ibid. p. 302
911.Ibid. p. 302
912.S. REGOURD L'acte de tutelle en droit administratif franais, p. 211, L.G.D.J. 1982
248
Cette interdiction rsulte du principe de la sparation des pouvoirs et seul un juge, en vertu de
ce principe est susceptible de reprsenter par essence, cette prohibition.
Le juge administratif en France semble cet gard exemplaire puisqu'on lui conteste cette
obligation d'abstinence et son fondement.
En faveur de cette thse, on peut relever que J. CHEVALLIER avait dmontr que le juge
administratif avait utilis jusqu' l'octroi de la justice dlgue, l'injonction et la substitution,
913.C.C.Dcision 86-224 DC du 23/1/1987. Le Conseil a rserv au juge administratif sous rserve de certaines
exceptions, " l'annulation ou la rformation des dcisions prises dans l'exercice des prrogatives de puissance
publique, par les autorits exerant le pouvoir excutif, leurs agents, les collectivits territoriales ... ou les
organismes placs sous leur autorit ou leur contrle ", non pas en se fondant sur la loi des 16-24 Aot 1790,
laquelle il a dni valeur constitutionnelle, mais sur un principe fondamental reconnu par les lois de la
Rpublique traduisant la " conception franaise de la sparation des pouvoirs ". Cf. A.J.D.A. 1987, p. 345, note J.
CHEVALLIER, R.D.P. 1987, p. 1341, note Y. GAUDEMET, R.F.D.A. 1987, p. 287, note B. GENEVOIS et p.
301, note L. FAVOREU
914.J. CHEVALLIER L'interdiction pour le juge de faire acte d'administration, A.J.D.A. 1972, p. 69
915.F.MODERNE "Etrangre au pouvoir du juge, l'injonction pourquoi le serait-elle ? R.F.D.A. 1990, p. 803
916. Par ex. C. DEBOUY qui crit: " Cette limite ne nous parat plus acceptable. Chacun sait que l'interdiction de
l'injonction est une autolimitation du juge, qui ne repose sur rien ...", note sous T.A. ROUEN, Ord. de rfr,
13/5/1991 Assoc. de dfense de la fort de la Caboche ..., J.C.P. 1992, 21781; G. VEDEL et P. DELVOLVE
Droit administratif, tome 2, p. 357, Coll. Thmis; P.U.F. 1990; J.M. LE BERRE Les pouvoirs d'injonction du
juge judiciaire l'gard de l'administration, A.J.D.A. 1979, n 2, p. 14
249
moins parce que, cette poque "le Conseil d'Etat tait troitement li l'administration
active", que parce qu'il avait considr que ces techniques taient "compatibles avec les
pouvoirs normaux d'un juge"(917).
La fermet du maintien de cette abstention du juge administratif (918), malgr les invitations
pressantes d'abandon, qui lui sont envoyes, y compris aujourd'hui en s'appuyant sur le droit
communautaire (919), mrite qu'on s'y attache.
Chacun s'accorde aujourd'hui reconnatre que la proscription pose par la loi tait une
raction l'gard des parlements de l'ancien rgime et chacun cite cette occasion, LE
917.J. CHEVALLIER L'interdiction pour le juge de faire acte d'administration, A.J.D.A. 1972, p. 69
918cf. ce propos R. CHAPUS Droit du contentieux administratif, p. 543 & s, MONTCHRESTIEN 1990
919.C. DEBOUY dans la note au J.C.P. prcite semble croire l'abstention incompatible avec le droit
communautaire sur le fondement de la dcision de la C.J.C.E. du 19/6/1990 "Secretary of State for Transport ".
Cf. cette dcision l'A.J.D.A. 1990, p. 832, note P. LE MIRE. Cette dcision n'impose, ni n'implique la
possibilit d'enjoindre l'administration, mais rappelle la prminence du droit communautaire sur le droit interne
qui exige que le juge interne fasse usage de sa facult d'empcher (sursis en l'espce) pour ce faire. La loi 92-10
du 4/1/1992 relative aux recours en matire de passation de march, permet au juge d'ordonner " la personne
morale responsable du manquement, de se conformer ces obligations ". Pour appliquer cette loi, le juge
administratif a considr que l'on devait apprcier l'existence de l'obligation de publicit par "lots", T.A.
RENNES, Ord.Vice - Prsident dlgu, 26/1/1993 St Le DOUAINON, Droit Adm. Mai 1993, n 237
920."Les fonctions judiciaires sont distinctes et demeureront toujours spares des fonctions administratives. Les
juges ne pourront, peine de forfaiture, troubler de quelque manire que ce soit, les oprations des corps
administratifs, ni cits devant eux les administrateurs pour raison de leur fonction ". Art. 13 loi 16-24/8/1790
921. Sur cette question, cf. R.F.D.A. 1990, p. 689 & s, A.J.D.A. 1990 p. 579 & s
922.F. MODERNE "Etrangre au pouvoir du juge, l'injonction pourquoi le serait-elle?", R.F.D.A. 1990, p. 804
250
CHAPELIER selon lequel " les parlements taient dangereux, non parce qu'ils taient juges,
mais parce qu'ils taient administrateurs et lgislateurs "(923).
Si la loi de 1790 est l'expression de " la conception franaise de la sparation des pouvoirs "
en ce qu'elle interdit par son article 10, aux Tribunaux d'"empcher ou de suspendre
l'excution des dcrets du Corps lgislatif,..."(924); elle traduit par contre la mise en uvre de
la distinction des facults lorsqu'elle pose que " les tribunaux ne pourront prendre directement
ou indirectement aucune part l'exercice du pouvoir lgislatif ". Ces dispositions sont
transposables au juge administratif concernant l'administration.
La reconnaissance du juge administratif (le Conseil d'Etat) comme juge de l'excs de pouvoir
allait supprimer l'interdiction d'empcher, tout en laissant subsister l'interdiction de prendre
part au pouvoir normatif.
923. cf. J. CHEVALLIER Du principe de sparation au principe de dualit, R.F.D.A. 1990, p. 714, S. VELLEY
La constitutionnalisation d'un mythe: justice administrative et sparation des pouvoirs, R.D.P. 1989, p. 771
924.M. TROPER a montr que cette conception franaise s'accordait mal avec l'administrateur juge. La sparation
925.C.C. 80-119 DC du 22/7/1980, A.J.D.A. 1980, p. 481, sur cette question cf. D. ROUSSEAU Droit du
en principe (926) cette qualit parce qu'en vertu du principe de la sparation des pouvoirs, il ne
peut ni enjoindre le titulaire de la facult de statuer, ni se substituer lui.
Si ceci constitue une condition ncessaire, elle n'est pas suffisante car le moment de l'exercice
de la facult d'empcher peut permettre son titulaire de se saisir pour partie de la facult de
statuer.
La question du contrle a priori ou a posteriori est dtermine par rapport un moment: celui
de l'entre en vigueur de l'acte de l'organe non central.
Dans son tude relative l'acte de tutelle, S. REGOURD considre que celui-ci se caractrise
par son caractre " a posteriori ", ce qui " permet de singulariser l'ensemble des actes de tutelle
parmi la diversit possible des contrles de l'administration "(927). Seulement ce caractre a
posteriori ne se dtermine pas en fonction de l'entre en vigueur de l'acte, mais au regard de
"l'initiative" de l'acte, entendue comme le "choix du principe et (l') laboration du contenu.
L'acte de tutelle n'intervient qu'au plan de la sanction normative"(928).
Ceci implique que l'acte sous tutelle est un acte fini (929). La tutelle ne l'affecte qu'en
corrigeant l'imperfection juridique justifiant son absence d'entre en vigueur (930). Cette
affirmation apparat pour le moins surprenante, car elle est incompatible avec d'autres propos
de l'auteur. Peut-on, en effet, considrer l'acte sous tutelle comme un acte fini, lorsque la
926.En principe seulement, car il existe des hypothses dans lesquelles le juge dispose aussi d'une facult de
statuer, cf. cet gard J.M. AUBY & R. DRAGO " Les recours concernant les installations classes pour la
protection de l'environnement " dans Trait des recours en matire administrative, p. 660, LITEC 1992, cf. aussi
loi 92-10 du 4/1/1992 relative aux recours en matire de passation de marchs et T.A. RENNES Vice Prsident
Dlgu, 26/1/1993, St Le Douainon, Droit Adm., Mai 1993, n 237
927.S. REGOURD L'acte de tutelle en droit administratif franais, p. 215, L.G.D.J. 1982
928.Ibid. p. 211
929.A cet gard les propos de S. REGOURD et de M. TROPER sont identiques dans la mesure o ce dernier a pu
crire: " la facult de statuer ne dsigne pas seulement une simple participation l'diction des lois, mais le
pouvoir lgislatif entier ". M. TROPER La sparation des pouvoirs et l'histoire constitutionnelle franaise, p. 28,
suite de la note 11 de la page 27
930.S. REGOURD L'acte de tutelle en droit administratif franais, p. 459, L.G.D.J. 1982
252
tutelle conduit " la cration de la norme de contrle" (931). L'acte sous tutelle peut-il tre fini,
lorsque " l'opportunit constitue une norme de contrle "(932) finalise (933), lorsque " la tutelle
de lgalit n'est pas exclusive du "consentement" " ou enfin lorsque " la tutelle d'opportunit
consiste toujours en un "contrle""(934).
931.Ibid. p. 339
932.Ibid. p. 347
934.Ibid. p. 360
936.Expos des motifs du projet de loi de dveloppement des responsabilits locales, cit par M.BOURJOL Le
plan de dveloppement des responsabilits locales, tome 1, p. 10, Sminaire du D.E.S.S. Droit & Administration
des collectivits locales, Doc. polycopi, Facult de droit TOURS, 1978-79
938.O. GOHIN Institutions administratives, p. 505 & s, L.G.D.J. 1992; cf. aussi M. BOURJOL & S. BODARD,
Droit et liberts des collectivits territoriales, p. 122, MASSON 1984; F. & Y. LUCHAIRE Le droit de la
dcentralisation, p. 165 & s
253
Considrant qu'il est admis, que le motif conditionnant l'exercice de la facult d'empcher
n'est pas en soi de nature viter qu'elle ne drive vers une facult de statuer, seul le moment
de l'exercice de cette facult de statuer apparat de nature garantir " l'initiative " au sens de S.
REGOURD, c'est dire la facult de statuer.
Un contrle prventif, a priori, c'est dire avant l'entre en vigueur de la norme, doit selon G.
BURDEAU tre exerc "par un organe politique, puisqu'il s'agit, en somme, de participer, fut-
ce passivement, l'laboration de la loi"(939). La transposition au rglement ne fait pas
problme.
939.G. BURDEAU Trait de Science politique, tome IV, p. 373, L.G.D.J. 1969
945.D. ROUSSEAU Droit du contentieux constitutionnel, p. 385, MONTCHRESTIEN 1990. L'auteur crit: " Le
Conseil participe la formation de la loi ... directement ... par l'erreur manifeste, et par les diffrentes techniques
d'interprtation - neutralisante, directive, et constructive- il supprime certaines conditions d'application de la loi
et dicte ainsi leur conduite aux pouvoirs publics, ajoute des dispositions et complte le travail du lgislateur ou
encore l'invite donner sa loi un certain contenu".
254
En d'autres termes, le contrle a priori aboutit une sorte de bicamrisme entre l'organe
charg de la facult de statuer et celui dot de la facult d'empcher. Ce bicamrisme est
ingalitaire car il "profite" l'organe charg de la facult d'empcher qui dtient la cl de
l'entre en vigueur de la volont de l'autre organe (947). Lorsque MONTESQUIEU a souhait
faire de la facult d'empcher un lment de la facult de statuer, il l'a effectu en divisant
l'exercice de la facult entre deux chambres et non en dotant un organe exclusivement d'une
facult d'empcher, prtexte en fait l'exercice conjoint de la facult de statuer de l'autre
organe (948).
Si toute jurisprudence pse sur la fonction normative, il est vident que celle dont la formation
s'effectue l'occasion du processus normatif, fait de son titulaire un codcideur de l'acte en
formation. Le contrle a priori des actes non centraux, rpandu dans les pays d'Europe,
947.Le propos est volontairement excessif pour souligner le problme mais il convient de rappeler que le contrle
est motiv en droit, ce qui est une condition de son acceptation et d'autre part cette motivation est confronte
d'autres motivations potentielles car l'organe de contrle " ne dispose pas d'un monopole d'interprtation ", ce qui
participe aussi son acceptation. cf. cet gard: D. ROUSSEAU Une rsurrection: la notion de constitution,
R.D.P. 1990, p. 17. Cette limitation est prsente aussi dans le contrle a posteriori, cf. L. COHEN-TANUGI Le
droit sans l'Etat, p. 88 et s, P.U.F. 1985
948.MONTESQUIEU L'Esprit des lois, GARNIER-FLAMMARION, 1979. Il crit p. 298: "La part qu'ils (les
nobles) ont la lgislation doit donc tre proportionne aux autres avantages qu'ils ont dans l'Etat; ce qui
arrivera, s'ils forment un corps qui ait droit d'arrter les entreprises du peuple, comme le peuple a droit d'arrter
les leurs. Ainsi, la puissance lgislative sera confie et au corps des nobles, et au corps qui sera choisi pour
reprsenter le peuple, ..." et p. 302: "Le corps lgislatif y tant compos de deux parties, l'une enchanera l'autre
par sa facult mutuelle d'empcher ".
949.D. ROUSSEAU Droit du contentieux constitutionnel, p. 383, MONTCHRESTIEN 1990. Voir aussi Y.
GAUDEMET Le Conseil Constitutionnel et le Conseil d'Etat dans le processus lgislatif, p. 92 & s. Actes du
colloque Conseil Constitutionnel et Conseil d'Etat des 21 & 22/1/1988, L.G.D.J. & MONTCHRESTIEN 1988
255
apparat comme une participation des organes centraux la facult de statuer non centrale,
particulirement lorsqu'il peut donner lieu des "navettes" entre organe central et non central
comme en Italie et au Portugal.
Cette atteinte ne saurait tre totale, car il n'y aurait plus dcentralisation. Cela suppose donc,
l'existence formelle de la facult de statuer non centrale, mais l'absence de garantie relative
son effectivit. La garantie de l'existence de la facult de statuer non centrale rside dans
l'association des organes non centraux la facult de statuer centrale. C'est donc par la mise
950. Selon J.M. AUBY, O. GUICHARD serait l'origine du terme qu'il aurait utilis lors d'une intervention
devant les Prsidents des comits conomiques et sociaux le 22 fvrier 1977, cf. Aspect de la dcision
administrative en milieu local, Doc. Polycopis du colloque de Bordeaux des 21-22/6/1978, p 5
256
en uvre d'une sorte d'ingrence des organes non centraux dans la production des actes
centraux, que sera garantie la facult de statuer non centrale.
Cette association se manifeste soit par une participation la facult de statuer centrale, soit
par l'application sur celle-ci d'une facult d'empcher dtenue par les organes non centraux.
Le plus souvent une telle association sera refuse aux organes non centraux.
La division de la facult de statuer implique souvent une participation fonctionnelle (951) des
organes locaux, mais l'on se garde d'instituer juridiquement celle-ci, afin d'viter que les
organes non centraux puissent prtendre d'un droit.
Les organes non centraux se voient parfois reconnatre un droit d'initiative dans le cadre de la
facult de statuer centrale. Le plus souvent ce droit est au plus une invitation.
La Suisse, cet gard apparat plus respectueuse des organes locaux, puisque les cantons
peuvent mettre en uvre la procdure lgislative, en formulant par crit une proposition
auprs du Conseil Fdral, qui mettra un avis avant de transmettre l'Assemble fdrale,
qui statuera en dernire analyse. Cependant la procdure pourra faire intervenir une nouvelle
fois les cantons dans le cadre de consultations, permettant ainsi ceux-ci de suivre leur
initiative (952).
En France, le droit d'initiative des organes locaux n'est pas ignor, mais il est contrl par le
Gouvernement qui n'est nullement tenu de mettre en uvre une procdure normative
quelconque. Il s'agit plus d'une invitation l'initiative que d'une initiative relle. Ce droit de
proposition existait pour les dpartements d'outre-mer en matire lgislative et rglementaire
(957), il a t reconnu la Corse (958) et aujourd'hui toutes les collectivits territoriales
mtropolitaines pour demander l'diction d'une directive de protection et de mise en valeur des
paysages (959).
954.Ph. LAUVAUX Les grandes dmocraties contemporaines, p. 652, Coll. Droit fondamental, P.U.F.1990
956.Ibid. p. 198-199
957.Dcret
60-406 du 26/4/1960 relatif l'adaptation du rgime lgislatif et de l'organisation administrative des
dpartements de la Guadeloupe, de la Guyane, de la Martinique et de la Runion.
958.Art.27
loi 82-214 du 2/3/1982 portant statut de la Corse, A.J.D.A.1982, p 291, art.8 de la loi 82-1171 du
31/12/1982 portant organisation des rgions de Guadeloupe, de Guyane, de Martinique et de la Runion,
A.J.D.A.1983, p 151 et art.26 loi 91-428 du 13/5/1991 portant statut de la Corse, R.F.D.A.1991, p. 758
959.Art.1 Loi 93-24 du 8/1/1993 sur la protection et la mise en valeur des paysages ..., J.O.9/1/1993, p. 503
matire lgislative ou rglementaire, elle demeure entrebille par le Gouvernement qui peut
la refermer tout moment. Il est difficile de considrer alors que les organes non centraux
sont associs l'initiative normative, ce que confirment les modalits de fixation du fond des
actes.
S'agissant de protger la facult de statuer non centrale, la consultation des organes non
centraux apparat adapte cette fin, sans doute plus que la participation l'initiative des
organes non centraux. Elle est aussi plus facile mettre en uvre puisque les organes non
centraux sont amens se pencher sur un projet d'acte central sur lequel ils doivent formuler
un avis.
Si cette consultation, les conduit mettre un avis conforme, on pourra considrer que dans
cette hypothse, ils sont vritablement associs la facult de statuer centrale, puisque cela
exprimera la ralit reconnue en matire de bicamralisme galitaire. Il est entendu que cet
avis conforme ne peut tre individuel, il doit tre collectif sinon nous ne sommes pas dans un
ordre juridique hirarchis, puisque chacun pourrait s'abstraire de ce qui lui dplairait. Le
refus collectif permet de maintenir l'unit de l'ordre juridique tout en permettant cette modalit
de la sparation des pouvoirs.
En dehors de cette hypothse de l'avis conforme, les autres consultations ne peuvent tre
considres comme un mode de participation des organes non centraux la facult de statuer
centrale, car d'une part la consultation peut n'tre que facultative et d'autre part les organes
centraux peuvent surmonter l'opposition. Si la consultation est prvue par la loi, elle peut
n'tre que facultative en matire lgislative (961). Lorsque la consultation est obligatoire, le
961.Ainsi le Conseil Constitutionnel en France, a considr que l'inscription dans une loi d'une consultation
pralable de certaines collectivits avant tout projet de loi les concernant, "ne saurait avoir une quelconque
259
consultant se trouve la suite d'un avis dfavorable rendu par les organes non centraux,
devant une alternative troite, soit il prend l'acte malgr l'avis ngatif, soit il prend l'acte tel
que modifi par l'avis.
Ainsi mme s'il est tenu de consulter, l'organe central n'est pas tenu de se conformer l'avis,
empchant ainsi de voir ici une relle association la facult de statuer centrale.
2) Le refus d'une relle facult d'empcher au profit des organes non centraux
L'exercice de la facult d'empcher les organes centraux est la mthode la plus simple pour
associer les organes non centraux l'activit normatrice centrale. Son caractre radical fait
qu'elle se trouve strictement rglemente sinon surmonte.
Il faut distinguer selon que la facult d'empcher s'exprime par l'organisation d'un rfrendum
abrogatif la demande des organes non centraux ou par l'effet cumul de dcisions d'organes
non centraux.
Le rfrendum protgera la facult de statuer non centrale, lorsqu'il interviendra sur demande
d'organes non centraux car le plus souvent il est prvu sur initiative populaire. Cette
protection sera mieux assure lorsqu'il interviendra avant l'entre en vigueur des actes
centraux, et c'est ce qui distingue notamment la Suisse de l'Italie (962).
En Suisse, la possibilit pour huit cantons de demander, dans le dlai de 90 jours suivant la
publication d'une loi adopte par l'Assemble fdrale, l'organisation d'un rfrendum n'a pas
t utilise (963), mais comme la mme procdure tait ouverte aux citoyens, la formule a
connu malgr tout un certain succs.
incidence sur la rgularit de la procdure lgislative, laquelle relve de la Constitution et des lois organiques
prises pour son application". C.C.91-290 D.C. du 9/5/1991, R.F.D.A.1991, p. 429
962. Ph. LAUVAUX Les grandes dmocraties contemporaines, p. 104, Coll. Droit fondamental, P.U.F.1990
En Italie, l'inverse, le rfrendum demand par cinq conseils rgionaux par dlibrations
intervenues dans le dlai de quatre mois compter de l'ouverture de la procdure, intervient
l'encontre d'une loi applique (964). Si la condition d'une demande formule par cinq conseils
rgionaux (ou 500 000 signatures), n'apparat pas dissuasive, la procdure elle-mme est
particulirement encadre.
Au plan formel, d'abord elle s'tale dans le temps car les tapes sont fixes des dates
dtermines (965) d'une part et l'chance peut tre reporte pour diffrentes raisons -priode
d'interdiction de dpt de la demande ou dissolution- ce qui n'exclut pas des manuvres,
d'autre part (966). Au plan matriel, elle ne peut intervenir concernant les lois de finances,
celles qui autorisent la ratification d'un trait international ou qui portent amnistie, mais en
outre, elle est contrle par la Cour Constitutionnelle qui a tendu son contrle "aux structures
et aux thmes" de la demande (967) et enfin elle peut devenir caduque "par l'adoption
dissuasive d'une nouvelle loi par le Parlement"(968).
Cette lourdeur enlve sa crdibilit cette facult d'empcher, qui ce jour ne semble pas
avoir t mise en uvre par les conseils rgionaux.
L'empchement peut rsulter de l'expression cumule des refus d'un certain nombre d'organes
locaux. Le systme en matire lgislative ne semble pas exister, mais est assez rpandu en
matire rglementaire en France.
964.Ph. LAUVAUX Les grandes dmocraties contemporaines, p. 104, Coll. Droit fondamental, P.U.F.1990
965.Ainsi aprs la runion des signatures dans les trois mois qui suivent l'ouverture de la procdure, la demande
doit tre introduite entre le 1 janvier et le 30 septembre, la Cour de Cassation statuera sur la runion des
conditions entre le 31 octobre et le 20 novembre, puis la Cour Constitutionnelle admettra ou non la demande
entre le 20 janvier et le 10 fvrier
966.Ph. LAUVAUX Les grandes dmocraties contemporaines, p. 590-591, Coll. Droit fondamental, P.U.F.1990
967.Ibid. 591. Il est intressant de constater que la Cour peut contrler aussi la loi rfrendaire, le peuple
968.Ibid. p. 591
261
On l'a voqu plus haut, on l'examinera dans la troisime partie, mais d'ores et dj on peut
constater que si l'empchement est alors assez facilement ralis (969), il n'a qu'un faible effet,
car pour le surmonter le plus souvent un dcret en Conseil d'Etat suffit (970) et cette
intervention d'un organe central, mme non dot d'une facult de statuer, n'excluant pas une
"apprciation de l'opportunit"(971) n'apparat pas particulirement protectrice des organes non
centraux.
L'absence soit d'une facult d'empcher, soit d'une association la facult de statuer centrale
ne permettra de considrer qu'un Etat est dcentralis parfaitement. Il en sera de mme lorsque
l'autonomie de la facult de statuer non centrale ne sera pas garantie.
Chacun sait que les formes d'organisation du pouvoir sont, quant leur apprciation,
dpendantes des relations qu'entretiennent les organes du pouvoir. La distinction entre le
rgime parlementaire et le parlementarisme rationalis tient aux dispositions rgissant les
rapports entre les organes et non une diffrence dans les conditions de fond du
parlementarisme.
969.Ainsi en matire d'urbanisme, une proportion du 1/4 des communes peut empcher le Prfet d'approuver un
schma mis en uvre au titre des articles L.122-1-4 et L.122-3 du code de l'urbanisme, en matire de coopration
intercommunale une proportion d'un tiers des communes peut suffire (ex. art. L 163-1 du code des communes)
970.
Ex. art. L.122-3 du code de l'urbanisme ou pour l'adoption du plan dpartemental prvu par l'art.3 de la loi
90-449 du 31/5/1990 visant la mise en uvre du droit au logement
971.Y.GAUDEMET Le Conseil Constitutionnel et le Conseil d'Etat dans le processus lgislatif, p. 92, Actes du
colloque 21/22/1/1988 Conseil Constitutionnel et Conseil d'Etat, L.G.D.J. & MONTCHRESTIEN
262
Dans l'esprit de MONTESQUIEU, seule la libert doit tre prserve et pour cela il divise la
formation de la contrainte organise. Cette finalit de la sparation des pouvoirs apparat tant
dans la proposition du bicamrisme qui permet chaque chambre d'empcher que l'autre
n'atteigne les intrts qu'elle reprsente. Ici, l'empchement rsulte d'un bicamrisme galitaire
ou la remise d'une facult d'empcher au Roi afin de prserver ses intrts propres.
972.Les exemples du parlementarisme rationalis en France dmontrent l'inverse du but assign puisque la
rationalisation a donn lieu sous la IVme Rpublique une suprmatie du lgislatif et sous la Vme Rpublique
une subordination de ce lgislatif l'excutif.
263
Elle le devient cependant lorsque la dcision rserve ce dlgu les prrogatives de l'alina
3 de l'article 72. Il range ainsi parmi les accessoires la mise en uvre de la facult d'empcher
par les destinataires des actes locaux, comme en tmoignait dj le rgime de celle-ci avant
1982, puisqu'elle transitait ncessairement par ledit dlgu du Gouvernement (975).
Quel que soit le fondement de ce privilge - la lgalit mais pas exclusivement puisque
l'article 72 voque les intrts nationaux -, il tablit une hirarchie entre les intrts que la
facult d'empcher a pour but de protger, qui justifie que le dlgu du Gouvernement ait
toujours intrt agir.
Cette distinction n'allait pas de soi, puisqu'" en effet, la garantie offerte tous citoyens viss
par un acte administratif est la publication ou la notification, qui est rpute leur donner des
moyens suffisants de connaissance pour leur permettre de le contester utilement devant le juge
de l'excs de pouvoir. Le Conseil Constitutionnel aurait donc pu se rfrer cette prsomption
lgale de connaissance, fondement de toutes les procdures de contestation juridictionnelle
des actes administratifs, ... En optant pour un autre raisonnement juridique, qui vise
privilgier le reprsentant de l'Etat vis--vis de toutes les autres personnes touches par un
974. On ne sait quelle disposition constitutionnelle, le Conseil se rattache pour faire du dlgu du gouvernement
l'incarnation de l'Etat.
975.Ancien article L.121-34 du code des communes modifi par la loi 82-213 du 2/3/1982
264
acte d'une collectivit locale, le Conseil Constitutionnel s'est fond sur une conception
rgalienne, qui n'tait pas la seule possible du contrle de lgalit ..."(976).
Cette hirarchie "enregistre" par le lgislateur (977) aura pour consquence d'imposer la
transmission des actes les plus importants au dlgu du Gouvernement et d'en faire une
condition de leur entre en vigueur. A cette occasion le reprsentant de l'Etat rcupre une
occasion d'influer sur le contenu des actes locaux, c'est dire sur la facult de statuer.
En effet, " la lgalit du prfet n'est pas ... la lgalit du juge. Elle ne constitue pour lui, dans
la plupart des cas, que la toile de fond d'une ngociation plus vaste qui intgre de nombreux
lments d'opportunit, dont certains peuvent correspondre des intrts politiques,
conomiques, et sociaux dont il a galement la charge "(978).
Il s'en est suivi " une rgulation administrative du contrle de lgalit "(981) peu compatible
avec l'admission du monopole de l'organe non central sur la facult de statuer dont il est dot.
Son exclusivit sera encore conteste par le rgime du sursis l'excution.
976.A. RICHARD rapporteur sur la proposition de loi modifiant et compltant la loi 82-213 du 2/3/1982, cit par
A. DELCAMP dans son article " Les nouvelles conditions du contrle de lgalit sur les actes des autorits
locales, A.J.D.A. 1982, p. 501
978.J.C. HELIN Le Prfet, les lus et le juge, LES PETITES AFFICHES 1992, n 151, p. 14
981.J.C. HELIN La rgulation administrative du contrle de lgalit et le droit, R.F.D.A. 1987, p. 765
265
Or cette technique va tre organise concernant les actes non centraux, en privilgiant l'organe
central titulaire d'une facult de statuer, par rapport aux autres personnes intresses.
Classiquement le sursis ne peut tre obtenu en France, que s'il existe un risque de
consquences difficilement rparables et si des moyens srieux sont invoqus dans la requte
en annulation. Cependant mme lorsque ces conditions sont runies, le juge n'est pas tenu
d'ordonner le sursis (983). Il apparat donc comme une simple ventualit.
Lorsque le sursis est demand par le dlgu du Gouvernement, son octroi est obligatoire, si
un moyen srieux de nature justifier l'annulation est invoqu.
Le reprsentant de l'Etat dispose l d'une arme relle dans la ngociation, notamment en raison
de la complexit des procdures pralables aux dcisions et de la libert d'apprciation du juge
concernant certains moyens d'annulation. Ceci ne devait pas tre encore suffisant, puisque le
982.sur cette question, cf. R. CHAPUS Droit administratif gnral, p. 851, MONTCHRESTIEN, 1992
983.cf. sur cette question R. CHAPUS Droit du contentieux administratif, p. 820 & s, MONTCHRESTIEN 1990
266
La demande de sursis dans ces matires entranait automatiquement le sursis pendant un dlai
de trois mois pendant lequel le juge devait statuer sur la demande. Ce n'tait pas le retour de
l'approbation mais cette automaticit du sursis sur une priode aussi longue, paralysait la
facult de statuer de l'organe non central et mettait le reprsentant du Gouvernement en
position de force pour influencer le contenu de cette dcision.
Le Conseil Constitutionnel qui n'avait pas t saisi de ce problme va annuler les dispositions
de l'article 83 de la loi au motif que les prrogatives confres en l'espce au dlgu du
Gouvernement privaient " de garanties suffisantes l'exercice de la libre administration des
collectivits locales ... "(986).
La division de la facult de statuer entre organes centraux et non centraux peut intervenir au
niveau lgislatif ou rglementaire. Au niveau lgislatif la dcentralisation parfaite organise un
Etat fdral, au niveau rglementaire un Etat " libre administr ".
984. Il est permis de s'interroger sur la conception de la libre administration du lgislateur et particulirement sur
celle du Snat, pourtant reprsentant des collectivits, dans la mesure o cette assemble a toujours t favorable
un contrle troit des actes locaux par les prfets impliquant au moins la suspension de l'acte; cf. par ex. L. de
TINGUY Rapport n 307 Sur le projet de loi pour le dveloppement des responsabilits locales, tome II, p. 41,
Seconde Session ordinaire 1978-79, ou M. GIRAUD Rapport n 33 Sur le projet de loi adopt par l'Ass. Nat.
relatif aux droits et liberts des communes, des dpartements et des Rgions, tome 1, p. 99, Premire session
ordinaire 1981-82
985.Article 83 loi 93-122 du 29/1/1993 J.O. 30/1/1993 p. 1588. Ces dispositions ont t annules par le Conseil
Constitutionnel.
986.C.C.92-316 DC du 20/1/1993 J.O. 30/1/1993 p 1558. Cette dcision aprs celle de 1982, rend attentif
l'opinion de D. LOSCHAK qui voque les vigilances clipses " du Conseil. Le Conseil Constitutionnel
protecteur des liberts? POUVOIRS n 13, p. 41 & s
267
Aujourd'hui ce type d'Etat demeure dfini de faon confuse, nous proposons de le dfinir
partir d'une dcentralisation parfaite de la production normative lgislative (A). Cependant,
hormis la Suisse, les Etats n'pousent pas ce modle; ils sont imparfaitement dcentraliss en
matire lgislative (B).
A) L'Etat fdral
La dfinition doctrinale de l'Etat fdral centre sur la notion d'Etat ne permet pas une
dfinition claire de l'Etat fdral. Le mode de production dcentralis de la loi nous parat tre
le critre discriminant entre l'Etat fdral et l'Etat unitaire.
1) L'imprcision doctrinale
La dfinition de l'Etat fdral a fait l'objet de dbats doctrinaux particulirement vifs (987),
centrs particulirement sur la souverainet des Etats fdrs et de l'Etat fdral.
Il n'est pas possible de rappeler ces rflexions, mais il en ressort malgr leur richesse, un
sentiment d'impuissance. En effet, la doctrine n'a pu offrir la dogmatique juridique, une
dfinition de l'Etat fdral.
Le premier de ces lments exprime l'ide selon laquelle le fdralisme est une question
interne un ordre juridique. Ainsi A.HAURIOU crivait: " L'Etat fdral est une socit
d'Etats ayant entre eux des rapports de droit interne, c'est dire de droit constitutionnel, dans
laquelle un super - Etat est superpos aux Etats associs "(988). L'ide de socit d'Etats est
987.Pour un rappel de ces dbats, G. BURDEAU Trait de Science politique, tome 2, p. 484 & s, L.G.D.J. 1967
pour le moins curieuse et mme G. SCELLE qui l'on imputait la paternit de l'ide crivait
qu'il tait tout "aussi irrel de considrer qu'il puisse y avoir une socit d'Etats ou des socits
d'Etats superposes aux socits d'individus que de considrer l'Etat lui-mme comme une
socit de circonscriptions administratives. Cette dernire reprsentation nous semble absurde
lorsque nous l'envisageons sous l'angle de l'organisation tatique; la conception d'une socit
d'Etats ne le paratra pas moins sous l'angle de l'organisation internationale"(989). La notion de
super Etat, quant elle, est pour le moins a juridique.
Le troisime lment constituant le principe d'autonomie, se traduit par la possibilit pour les
Etats membres d'tablir leur constitution, de faire leurs lois, de choisir leurs gouvernants. Or,
ainsi que le montre M.H. FABRE, " si l'on prend l'expression d'autonomie constitutionnelle
dans son sens matriel, ...un tel critre n'est que quantitatif pour deux raisons:
- le droit pour l'Etat membre de rgler sa propre organisation n'est pas absolu ...
- le dpartement et la commune ont l'intrieur de leur statut administratif, le droit d'auto -
organisation "(992).
DUCHEMIN, 1977
990.G. BURDEAU, F. HAMON, & M. TROPER Manuel de droit constitutionnel, p. 54, L.G.D.J. 1988
991.M. BOURJOL & S. BODARD Droits et liberts des collectivits territoriales, p. 28, MASSON 1984
collectivit dite " Etat-membre" d'un Etat fdral et les provinces, dpartements, communes ...
etc. ... que contient un Etat unitaire dcentralis ..."(994).
Pour ma part, je retiendrai cette expression de R. PELLOUX, selon lequel "le fdralisme
apparat tout d'abord comme un mode d'organisation ..."(995) de la production de la norme
seconde, la rpartissant entre organe central et non central selon un critre de comptence
personnelle territoriale.
Dans un Etat fdral, il y a partage de la facult de statuer avec reconnaissance d'un monopole
au profit des Etats fdrs dans certaines matires et monopole de l'Etat fdral dans d'autres
matires, dfinies de faon a priori par la norme premire (la constitution). Cependant, on l'a
vu, la frontire est floue, elle est parfois mme non organise puisque les comptences
peuvent tre concurrentes; le principe de subsidiarit devant dans cette hypothse, rgler
l'attribution des comptences l'organe central ou non central.
L'on pourra, alors, dfinir l'Etat fdral comme l'Etat dans lequel la production de la norme
seconde appartient concurremment des organes centraux et non centraux qui disposent
rciproquement d'une facult de s'empcher.
994.Ch. DURAND De l'Etat fdral l'Etat unitaire dcentralis, Mlanges A.MESTRE p. 194, SIREY 1956
995.R. PELLOUX Brves rflexions sur la notion de fdralisme, p. 217 Mlanges J.J. CHEVALLIER, CUJAS
1977
270
Au vu de cette dfinition, la Suisse apparat le seul Etat dcentralis au plan lgislatif, et donc
le seul Etat fdral (996). En effet, l'Assemble fdrale dispose d'une facult de statuer sur
laquelle s'applique la facult d'empcher des cantons par voie rfrendaire et rciproquement,
les organes cantonaux dtiennent aussi une facult de statuer soumise une facult
d'empcher dtenue par un organe central non dot d'une facult de statuer, le Tribunal
Fdral. Cependant ce n'est pas vrai en toutes circonstances, puisqu'existe parfois un pouvoir
d'approbation du Conseil Fdral (art.102-13 de la constitution suisse).
L'Autriche prsente, en certaines matires les caractres d'un Etat fdral, il s'agit donc d'un
fdralisme partiel. En effet, en matire scolaire, de police routire, de cration d'autorits de
police fdrale " charges de questions relevant du domaine autonome d'excution du Land "
... les Lnder et la Fdration sont sur un pied d'galit dans la mesure o " une dcision
ncessitera pour son adoption deux lgislations concordantes, ou bien, l'une des deux
collectivits sera dote d'un veto absolu l'gard de la dcision de l'autre "(997).
Il semble donc que le fdralisme demeure une conqute faire. Le but ne semble pas
inaccessible car un certain nombre d'Etats n'en sont pas loigns.
Bien qu'un certain nombre d'Etats se dfinissent comme fdraux et ceci parfois depuis
longtemps, ils n'en prsentent pas tous les aspects, savoir la garantie de l'existence de la
facult de statuer non centrale et de l'autonomie de celle-ci. Selon les caractres de cette
absence de garantie, certains de ces Etats peuvent apparatre au seuil du fdralisme, d'autres
simplement sortis de la dconcentration lgislative sans en avoir "claqu la porte".
996.La recherche s'tant borne quelques Etats europens et d'outre atlantique, le propos doit tre vrifi pour
Curieusement ou peut tre en raison de cela, il s'agit des Etats qui se rclament depuis
longtemps du fdralisme. Sans prtendre l'exhaustivit, on y trouve les Etats-Unis
d'Amrique, le Canada, l'Australie, l'Allemagne qui sont des Etats qui ne reconnaissent pas
leurs Etats membres la facult d'empcher le lgislateur fdral.
Les Etats ayant juridictionnalis le contrle des actes non centraux, cette absence de garantie
rsultera de l'exercice a priori de la facult d'empcher les organes non centraux.
En effet, la facult d'empcher est dtenue par un juge gnralement constitutionnel en Europe
(998) ou ordinaire comme aux Etats-Unis d'Amrique (999). Il convient de bien dterminer la
prrogative dtenue par l'organe central, afin de ne pas confondre la facult de statuer et celle
d'empcher (1000). C'est donc partir du caractre a priori ou a posteriori que l'on dterminera
l'existence ou l'inexistence de la garantie de l'autonomie.
A cet gard, les Etats-Unis d'Amrique se distinguent des autres Etats fdraux dans la mesure
o la facult d'empcher s'y exerce a posteriori (1001), alors que dans les Etats europens, elle
s'applique le plus souvent a priori (1002). Cette facult d'empcher peut mme s'exprimer par
une approbation d'un organe dot d'une facult de statuer (cf. l'article 102-13 de la constitution
suisse qui prvoit dans certains cas l'approbation du Conseil Fdral).
998.cf.F. RUBIO LLORENTE Les relations entre le pouvoir central et les pouvoirs territoriaux dans la
jurisprudence constitutionnelle, p. 9, R.F.D.A. 1986
999.cf.
Y. MENY Politique compare, p. 307 & s, MONTCHRESTIEN, 1991, pour approche comparative par les
Prfets cf. Prfets franais et gouverneurs des Etats-Unis, ADMINISTRATION 1969, p. 26
1000.Ainsi
en Allemagne, l'article 37 de la constitution fdrale permet au gouvernement fdral de se substituer
un Land dfaillant, ce qui s'analyse comme une facult de statuer et non d'empcher
1001.Y. MENY Politique compare, p. 393 & s, MONTCHRESTIEN 1991, cf. aussi D. CUSTOS Le recours
constitutionnel devant la Cour Suprme amricaine, R.D.P. 1991, p. 1030
Les Etats qui exercent ce contrle a posteriori garantissent l'autonomie de la facult de statuer
non centrale. Cependant aux Etats-Unis d'Amrique, des procdures comme l'injonction ou le
jugement dclaratoire viennent altrer cette affirmation dans la mesure o elles permettent
d'attaquer une loi avant que celle-ci soit entre en vigueur (1003).
La dcentralisation lgislative peut n'tre pas organise, alors que le serait la dcentralisation
rglementaire.
Le niveau rglementaire est celui dans lequel, pour caractriser une "certaine autonomie" des
organes non centraux, on a forg l'expression de dcentralisation, avec l'imprcision que l'on a
vue. Je propose donc, l'instar de ce qui a t fait en matire lgislative, de dfinir la libre
administration comme un mode de production des normes rglementaires. L encore, cette
dfinition nous permettra de remarquer que pour l'essentiel les Etats semblent tre
dconcentraliss en matire rglementaire.
En raison de l'absence de reconnaissance au profit des organes non centraux d'une facult
gnrale d'empcher les organes centraux, il apparat que les Etats ne connaissent cette
organisation que de faon ponctuelle et ds lors la situation la plus rpandue est la
dconcentralisation rglementaire.
B) La dconcentralisation rglementaire
1003.sur ces procdures, cf. G. BURDEAU Trait de Science politique, tome IV, p. 470
273
Mme reconnue par une norme suprieure, cette facult de statuer n'est vritablement garantie
que lorsque les organes non centraux disposent collectivement d'une facult d'empcher les
organes centraux. On l'a dit l'instant, il n'existe pas de reconnaissance gnrale d'une telle
facult d'empcher, qui nanmoins peut tre organise parfois. Ainsi en France, il y a
dcentralisation rglementaire et donc libre administration, lorsque dans le cadre de la loi 92-
125 du 6 fvrier 1992, le schma dpartemental de coopration intercommunale prvoyant la
cration de communauts de communes ou autres, une faible proportion des intresses peut
s'opposer celle-ci (1004). Dans cette hypothse, il y a, en effet, protection de la facult de
statuer non centrale - la cration d'une structure de coopration - par une facult d'empcher
s'exerant sur une dcision du Prfet, organe central. Il s'agit d'une hypothse marginale, car
gnralement l'empchement peut tre surmont par une procdure dans laquelle, on le verra,
les organes locaux n'interviennent plus.
Cette situation rsulte soit de la capacit d'un organe central dot d'une facult de statuer,
d'empcher les organes non centraux, soit de l'exercice a priori de la facult d'empcher.
Il apparat qu'en Europe, la facult d'empcher les organes locaux est remise, sinon
gnralement du moins dans de nombreuses hypothses des organes centraux dots d'une
1004. 1/3 des communes reprsentant plus de la moiti de la population, cf. Art.69, 70 & 71 de la loi
274
facult de statuer (1005). Cette facult d'empcher n'excluant pas ultrieurement l'intervention
d'un organe central juridictionnel.
Par ailleurs en 1979, L. de Tinguy montrait dans un rapport snatorial (1006) que cette facult
d'empcher se manifestait souvent a priori, puisque sur les onze Etats cits par le rapporteur,
seule la Suisse ne connaissait pas l'approbation (1007).
Un bilan mme sommaire, de l'organisation des Etats tant au plan de la production des lois
que des rglements montre qu' l'exception de la Suisse et des rgions italiennes, les organes
non centraux ne disposent pas d'une facult gnrale d'empcher les organes centraux. Par
ailleurs, il ressort aussi que l'autonomie de la facult de statuer non centrale n'est pas toujours
assure d'une faon gnrale, puisque dans certains Etats cela peut varier suivant les matires;
pour certaines il peut y avoir dcentralisation et pour d'autres dconcentralisation ou
dconcentration suivant les garanties donnes la facult de statuer non centrale. Chacune de
ces dfinitions est, on le rappelle, exclusive de l'autre; c'est dire que pour un mme problme
on ne saurait avoir un organe qui soit la fois dconcentr et dcentralis. Mais pour des
problmes distincts, le mme organe pourra tre soit un organe dconcentr soit un organe
dcentralis du pouvoir normatif.
Cette htrognit des situations selon les matires dans un mme Etat, en d'autres termes
l'absence de reconnaissance gnrale de l'existence et de l'autonomie de la facult de statuer
non centrale, exclut que l'on puisse dire d'un Etat, il est dcentralis ou dconcentralis en
matire lgislative ou rglementaire. Pour chaque domaine d'intervention, il faut alors
examiner le mode de production des normes, pour dterminer le caractre de l'Etat en ce qui la
1006.L. de TINGUY Rapport 307 sur le projet de loi pour le dveloppement des responsabilits locales, p. 68,
Doc. Snat 2de Session ordinaire de 1978-79. Le rapporteur avait voqu la situation des communes d'Autriche,
Belgique, Danemark, Italie, Luxembourg, Norvge, Pays-Bas, R.F.A., Royaume-Uni, Sude et la Suisse.
1007.R. JAGMETTI affirme qu'il existe mme dans ce pays des hypothses d'approbation (ex. les plans
d'urbanisme), dans "Les comptences du pouvoir local en Suisse", p. 40 de l'ouvrage collectif "La
Dcentralisation en Europe", Ed. du C.N.R.S. 1981
275
Conclusion de la II me partie
L'absence d'admission gnrale au profit des organes non centraux d'une facult d'empcher
les organes centraux tient au caractre reprsentatif de la dmocratie. De mme que l'on
n'imagine pas que les citoyens puissent dcider eux-mmes de leurs affaires, l'on ne conoit
pas qu'une collectivit puisse directement participer aux dcisions qui l'intressent. Ds lors,
on concevra seulement de les associer par des reprsentants, dont le caractre "reprsentatif"
devrait tre li une reprsentation de type "diplomatique, ou encore du mandat tel qu'il est
prvu en droit priv" (1008). Or cette technique est pour le moins exceptionnelle, et ainsi la
dsignation par la collectivit elle-mme de son reprsentant n'apparat pas comme la
meilleure garantie de son autonomie, une reprsentation gnrique indirecte apparaissant " un
meilleur garant de la reprsentation des collectivits ou Etats composants "(1009). On ne
s'tonnera pas dans ces circonstances que le principe de subsidiarit ne puisse " tre interprt
ou utilis comme un argument pour contenir ou restreindre l'intervention de l'Etat "(1010).
A ce refus de la dmocratie directe et pour tre plus exact de procds de dmocratie directe,
s'ajoute pour expliquer notre phnomne de "parcellisation" de la dcentralisation,
dconcentralisation ..., le rejet de l'ide mme de collectivit.
1009.Ibid. p. 623
Dans le champ de forces prsidant l'diction de la norme suprieure qui pose les organes non
centraux, deux ples d'agrgation opposs apparaissent, soit les collectivits sont perues et
conues comme un moyen pour l'Etat - c'est dire "une manire d'tre de l'Etat" (M.
HAURIOU)-, soit elles sont constitutives de l'Etat au mme titre que les citoyens.
Ces ples interagissent en fonction des donnes historiques, sociales et conjoncturelles, mais
ainsi que le constate J.A. MAZERES, " la socit librale ... va systmatiquement chercher
carter toute reconnaissance juridique des notions de collectivit, de groupe ou de
communaut ..." (1011).
Produit de l'Etat, la collectivit locale ne pouvait se voir reconnatre une facult gnrale
d'empcher les organes centraux, sauf de faon exceptionnelle; ni voir reconnue l'autonomie
de sa facult de statuer dont l'existence peut tre nie (ainsi pour les collectivits territoriales
cres par la loi en France, ou pour les T.O.M., pour lesquels on verra, que le principe de
spcialit lgislative ne fait pas obstacle l'intervention du lgislateur mtropolitain) ou
1013.sur cette reconnaissance en France, cf. M. BOURJOL Dimension constitutionnelle des collectivits
1014."
L'opposition ... entre l'Ordre communautaire et l'Ordre tatique " (p. 9) dmontre l'inverse, cf. M.
BOURJOL Les biens communaux, L.G.D.J.1989
conteste dans son autonomie (variation du rgime de contrle sur les actes des collectivits
territoriales en France).
1017.Ibid.
1018.Sur cette question, cf. notamment J.P. DUBOIS Le contrle administratif sur les tablissements publics,
L.G.D.J. 1982
279
3me PARTIE
En effet la France, depuis la seconde guerre mondiale et particulirement depuis les annes
cinquante est engage dans un processus d'intgration en Europe (1019) et elle a tent, avec
l'exprience de la Communaut franco-africaine, une dmarche fdraliste. Or dans les deux
cas, la France apparat comme une "collectivit locale" dans la mesure o elle s'intgre dans
un ordre juridique qui la dpasse et dont l'organisation n'est pas sans effet sur les facults de
statuer et d'empcher de ses organes centraux (Chapitre I).
1019.Le trait C.E.C.A. a t sign Paris le 18 avril 1951 et les traits C.E.E et C.E.E.A. Rome le 25 mars
1957
280
Ce titre implique l'intgration de la France dans un ordre juridique dont la matrise lui
chapperait. Il apparat provocateur au regard de la vigueur de l'idologie de la souverainet
nationale.
Cependant aprs la seconde guerre mondiale, lorsque les relations de la France avec ses
anciennes colonies ont t voques, l'ide de "fdration" a t prsente. Elle n'a pas t
consacre sous la IV me Rpublique (1020), mais la V me Rpublique, tout en gommant le
mot "fdration" (1021), va mettre en oeuvre l'ide.
La rflexion doit tre ncessairement reprise puisque cette ide de " France, collectivit locale
" a resurgi dans l'actualit propos de l'Europe. Le rfrendum relatif l'approbation de
l'accord de Maastricht a fait jaillir une nouvelle fois le geyser de la souverainet nationale.
Depuis la seconde guerre mondiale, la question du fdralisme n'a pas t trangre certains
choix de la France.
Ainsi, mme si cette perspective n'apparat pas clairement dans les dbats constitutionnels en
1946 comme en 1958, elle ne pouvait en tre absente. En effet la question du fdralisme dans
la constitution en discussion impliquait pour chapper la logique coloniale, cette dimension.
1020.sur la nature de l'Union Franaise, cf. L. ROLLAND et P. LAMPUE Droit d'outre-mer, p. 59 & s, DALLOZ
1959 et M. BOURJOL Rflexions sur le pouvoir d'Etat et le pouvoir local, contribution l'tude du pouvoir
rglementaire autonome, tome 1, p. 284 & s, Cours polycopi D.E.A. 1982-83, Facult de droit de Tours
1021. Le titre XI de l'avant-projet utilisait le terme, qui a t supprim dans le texte final.
281
Soit la Rpublique intgrait ses colonies, soit la Rpublique s'intgrait un ensemble compos
d'elle et de ses colonies. Le premier projet de constitution de 1946 dans le titre VIII consacr
aux collectivits locales (1022) avait opt pour la premire branche de l'alternative, alors que la
constitution de 1946 choisira la seconde possibilit sans grand succs, puisque l'Union
franaise prvue par le titre VIII de la constitution " restera un cadre fdral dsesprment
vide "(1023). Les diffrents avant-projets de la constitution de 1958 propos des relations avec
les peuples des territoires d'outre-mer (1024) mettront en avant aussi, la seconde branche de
l'alternative. La constitution adopte en est l'expression ambigu.
La suppression du mot " fdration " dans les projets soumis rfrendum les 13 Octobre
1946 et 28 Septembre 1958 est rvlatrice des hsitations et rticences franaises mais aussi
des reprsentants des peuples concerns. Nanmoins le titre XII de la constitution de 1958
autorise aujourd'hui encore la rflexion sur le sujet, puisqu'il institue un ordre juridique au
sein d'une Communaut dans laquelle les Etats jouissent d'une autonomie normative.
1022.Art.112 du titre VIII du projet devenu art.114 du titre VIII du texte soumis rfrendum le 5 Mai 1946
1023.M. BOURJOL Rflexions sur le pouvoir d'Etat et le pouvoir local, Contribution l'tude du pouvoir
rglementaire autonome, p. 284, Cours dactylographi D.E.A. Droit public, Facult de droit, TOURS, 1982-1983
1024. Cf. M. MERLE La constitution et les problmes d'Outre-Mer, p. 146 & s, R.F.S.P. 1959; cf. aussi
Trois arguments sont avancs en faveur de l'ide de la Rpublique organisant des collectivits
en son sein. Le premier tient l'origine de la Communaut, le deuxime l'absence de
reconnaissance internationale de la Communaut et le troisime, sans doute le moins dirimant,
tient l'identit de certains organes propres la Rpublique et la Communaut.
283
La Communaut est une cration de la Rpublique Franaise, puisque c'est le titre XII de la
constitution du 4 Octobre 1958 qui l'institue et qu'il s'agissait d'une proposition du
gouvernement de la Rpublique (1025).
La Communaut n'est pas une union d'Etats, cette proposition n'ayant pas t prsente des
Etats distincts de la Rpublique mais des " peuples qui lui sont associs " et " les territoires
dont les populations n'auraient pas approuvs la Constitution ne recevraient aucun des statuts
dfinis par celle-ci et deviendraient, ds lors, des Etats indpendants "(1026).
Par ailleurs, les lois organiques auxquelles le titre XII renvoie " ne seront nullement des lois
fdrales, adoptes par les organes fdraux, mais des lois franaises labores et dcides par
les organes franais ..." (1027). En fait c'est par voie d'ordonnances prises sur le fondement de
l'article 92 de la constitution que le gouvernement franais a install la Communaut.
D'une part parce que les Etats membres l'exception de la France, ne peuvent " accder
isolment aux relations internationales. En ce domaine, leur sparation de la Rpublique
n'entrane pas d'autres consquences que de les placer en annexe de celle-ci, qui dtient seule
les comptences internationales pour elle et pour eux "(1029).
1025. La question pose aux lecteurs le dmontre: " Approuvez-vous la constitution qui vous est propose par le
gouvernement de la Rpublique . Ordonnance 58-734 du 20 Aot 1958 portant organisation du rfrendum J.O.
22 Aot 1958
1026.L. ROLLAND & P. LAMPUE Droit d'outre-mer, p. 417 & 418 DALLOZ 1959
1027. F. BORELLA Le fdralisme dans la constitution franaise du 5 Octobre 1958 A.F.D.I. 1958 p. 668
D'autre part parce que " la communaut n'a point la personnalit tatique au regard du droit
international "(1030). Mme si cette ventualit a t envisage (1031), elle a t immdiatement
carte (1032). C'est en fait l'unit de la communaut et de la Rpublique franaise qui a
prvalu comme en atteste les dcisions qui sont prises au nom " de la Rpublique franaise et
de la Communaut "(1033).
Les organes mis en place dans la Communaut sont frquemment des organes de la
Rpublique, qui se trouvent ainsi aux deux extrmits du fonctionnement de la Communaut.
1030.Ibid. 767
1031.F. DUMON La communaut franco afro - malgache p .27 Universit libre de Bruxelles 1960; et XXX Les
pays d'outre-mer de la Rpublique franaise, la communaut et les accords d'association, R.J.P.O.M. 1959 p. 346
p. 14
1035.Cet article disposait: " La participation des Etats-membres de la Communaut au collge lectoral du
Prsident de la Rpublique est fix par accord entre la Rpublique et les Etats-membres de la communaut ".
1036.F. LUCHAIRE & G. CONAC La constitution de la Rpublique Franaise, p. 919 ECONOMICA 1980
285
Ces lments font invitablement penser au rgime des territoires sous tutelle institu par les
articles 75 et suivants de la Charte des Nations Unies et plus prcisment au mandat auquel
elle a t substitue.
Le rgime de tutelle a remplac celui du mandat institu par les articles 22 et suivants du
Pacte de la S.D.N. au sein duquel on distinguait les mandats A concernant les pays les plus
volus pour lesquels " le Pacte prcisait le but final ...: l'indpendance "(1041) et les mandats B
et C qui " ne concernaient pas, comme les premiers, des nations destines tre organises en
Etat "(1042) et que le mandataire administrait comme "partie intgrante de son territoire"(1043).
1039.Art.4 Dcision du Prsident de la Communaut du 12/6/1959 relative aux conditions gnrales d'exercice du
1040.Art.1 Ordonnance 59-419 du 10/3/59 relative au contentieux administratif de la Communaut J.O. 15/3/1959
p. 6405
1042.L. ROLLAND & P. LAMPUE Droit d'outre-mer, p. 79-80 DALLOZ 3me d.1959
286
En effet, en vertu de ces accords de tutelle, la France tait "responsable de la paix, du bon
ordre, de la bonne administration et de la dfense du territoire "(1046). Ceci correspond
l'essentiel de la comptence communautaire dtermine l'article 78 de la Constitution de
1958. En outre, en vertu de ces accords, la France avait "pleins pouvoirs de lgislation,
d'administration et de juridiction sur le territoire et sous rserve des dispositions de la Charte
et du prsent accord, l'administration selon la lgislation franaise comme partie intgrante du
territoire franais "(1047). La constitution de 1958 en organisant la communaut n'a fait,
semble-t-il, qu'administrer selon la lgislation de la Rpublique des territoires appels pour
la circonstance "Etats-membres" qui ne seront pas reconnus au plan international.
1046.Art.3 des accords approuvs par l'Assemble gnrale de l'O.N.U. le 13 Dcembre 1966 cit par L.
1047.Art.4 des accords approuvs par l'Assemble gnrale de l'O.N.U. le 13 Dcembre 1966, cf. l'ouvrage de L.
A partir de ces lments on peut tre tent de nier l'existence d'un ordre juridique
communautaire et de dire que la constitution de 1958 met en place l'ordre juridique de la
Rpublique Franaise comprenant le titre XII de la constitution.
L'ordre juridique se dfinit, on l'a crit, comme " un systme de normes dont l'unit repose sur
le fait que leur validit toutes a le mme fondement: et le fondement de la validit d'un ordre
normatif est, ..., une norme fondamentale de laquelle se dduit la validit de toutes les normes
appartenant cet ordre "(1050).
1048.Conclusions ETTORI et note CH. ROUSSEAU sous C.E.3/7/1931 Karl & Toto Same, SIREY 1931, III, p.
129 & conclusions HEUMANN sous C.E. 12/7/1956 Sieurs M'PAYE, N'GOM et MOUMIE , R.J.P.U.F. 1956 p.
809
1049.M. BOURJOL voque la communaut comme le " "royaume arabe" retrouv " rappelant ainsi le propos de
Napolon III qui affirmait " L'Algrie n'est pas une colonie proprement dite... mais un Royaume Arabe.... Je suis
aussi bien l'Empereur des arabes que l'Empereur des franais ". Rflexions sur le pouvoir d'Etat et le pouvoir
local, contribution l'tude du pouvoir rglementaire autonome, cours polycopi, D.E.A. Droit public, Tome I, p.
296 Facult de Droit et des Sciences conomiques de Tours, 1982-83
Dans ma premire partie, j'ai affirm en outre, que l'existence d'un ordre juridique hirarchis,
lieu o se pose la question de la centralisation - dcentralisation, tait lie la possibilit pour
les destinataires des normes de se prvaloir de l'organisation du pouvoir normatif mise en
place par la norme fondamentale et celles prises par application. A cet gard, la Communaut
rpond imparfaitement cette exigence, mais elle ne se distingue pas en cela de la France elle-
mme.
On peut donc affirmer, que le titre XII de la Constitution (norme fondamentale au sens de H.
KELSEN) met en place un ordre juridique hirarchis distinct de l'ordre juridique franais, en
ce que d'une part, il organise la production de normes (qu'il tablit un systme de justification
selon M. TROPER) en attribuant des facults de statuer et d'empcher des organes centraux,
c'est dire comptence illimite donc ici communautaires, et d'autre part, il reconnat aux
citoyens de la communaut la possibilit de se prvaloir de cette organisation.
a) La facult de statuer
1051.L'volution
de la Communaut semble avoir fait natre au profit du Conseil Excutif " un rel pouvoir de
dcision, nonobstant les textes ". F.BORELLA L'volution de la communaut, A.F.D.I. 1959 p. 776
la direction des affaires communes et veille leur excution ". Cette prrogative prsidentielle
peut surprendre puisque selon l'article 80 de la Constitution, le Prsident de la Communaut
n'est pas un organe de celle-ci. Cependant ses prrogatives constitutionnelles au sein et sur le
Conseil excutif effacent cette apparence trompeuse, que l'ordonnance prcite a balaye avec
une autorit incontestable, puisque prise en vertu de l'article 92 de la constitution.
La comptence du Prsident est relative, selon l'article 78 alina premier "la politique
trangre, la dfense, la monnaie, la politique conomique et financire commune, ainsi que la
politique des matires premires stratgiques" et selon l'alina 2 s'y ajoute, "sauf accord
particulier, le contrle de la justice, l'enseignement suprieur, l'organisation gnrale des
transports extrieurs et communs et des tlcommunications".
Le Prsident de la Communaut n'est pas " proche d'un prsident en rgime prsidentiel "(1053)
comme on a pu l'crire, puisqu'il dtient le lgislatif et l'excutif communautaire, et
l'administration lui revient aussi, comme on le verra.
1053. F. BORELLA Le fdralisme dans la constitution franaise de 1958, p. 671, A.F.D.I. 1958
b) La facult d'empcher
Selon une jurisprudence tablie les juridictions franaises ne sont pas comptentes pour
connatre des litiges extrieurs l'ordre juridique qu'elles dominent (1057). Or, en matire
administrative le Conseil d'Etat a fait application de ce principe, aux dcisions administratives
des Etats membres (1058).
Par ailleurs, l'institution de la Cour Arbitrale charge de rsoudre les conflits survenus entre
Etats-membres partir notamment des dispositions constitutionnelles concernant la
Communaut, des lois organiques prises pour l'application du titre XII, des accords de
1057. sur cette question et en matire administrative voir J.M. AUBY et R. DRAGO Trait de contentieux
administratif, tome 1, p .74 & s L.G.D.J. 1984, concernant les Etats sous mandat cf. C.E. CAUSSEGUE & COT,
S.1930, III, p. 7 et C.E. Karl et Toto SAME S.1931, III, p. 129; en matire civile cf. H. BATIFFOL & P.
LAGARDE Droit international priv 1981
1058.C.E. 16/6/1961 Alibay Banjee R.D.P. 1961 p. 1106, C.E. 17/1/1962 Socit frigorifique des produits des
Sauf dcision expresse contraire manant d'un organe de l'ordre communautaire les
juridictions de la Rpublique sont incomptentes en matire communautaire, comme le
dmontre enfin la dcision du Prsident de la Communaut du 12 Juin 1959 attribuant le
contrle par la voie de la cassation des dcisions de justice rendues dans les Etats membres, au
Conseil d'Etat et la Cour de Cassation.
En consquence, il existe bien une facult d'empcher communautaire, qui selon les questions
relve d'organes communautaires diffrents. Il faut, en outre que les citoyens communautaires
puissent se prvaloir de l'organisation du pouvoir normatif communautaire.
3154
292
Cette exigence, fondement de l'Etat de droit, n'est que partiellement satisfaite dans la
Communaut puisque seuls les actes administratifs communautaires peuvent tre contests
directement par les citoyens communautaires.
Cette situation ne se trouve pas en matire lgislative puisque la Cour arbitrale qui, a priori,
pouvait intervenir en cette matire, ne peut tre saisie par les particuliers. En effet,
l'ordonnance 58-1264 du 19 dcembre 1958 dispose son article 20 que "la Cour arbitrale est
saisie par voie de requte prsente, soit par un Etat de la Communaut, soit au nom de la
Communaut", c'est dire par le Prsident de la Communaut.
Cependant cette exclusion n'apparat pas dirimante dans la mesure o dans chaque Etat les
particuliers peuvent saisir un juge l'occasion de l'application qui leur serait faite de la
"lgislation communautaire" et en dernire analyse ce juge est soit la Cour de Cassation et le
Conseil d'Etat de la Rpublique statuant en qualit d'organes communautaires. Ces hautes
juridictions sont composes alors de faon spciale, ainsi qu'en avait dcid la dcision du
Prsident de la Communaut relative aux conditions gnrales d'exercice du contrle de la
justice en date du 12 juin 1959 (1060).
En fait l'exclusion de la saisine de la Cour arbitrale par les particuliers est la Communaut,
l'quivalent de l'exclusion des particuliers de la barre du Conseil Constitutionnel en France;
c'est dire l'expression de la prsomption de perfection de la volont gnrale exprime par le
1060.Art.4, 2me alina de la dcision relative aux conditions gnrales d'exercice du contrle de la justice. Cf. p.
Chacun sait cependant que la Rpublique franaise tablissait par cette mme constitution un
ordre juridique qui lui tait propre et que les peuples d'outre mer en feront autant en se dotant
de constitutions (1061). Quelle place tiennent ces ordres juridiques nationaux dans l'ordre
juridique communautaire? En d'autres termes, comment s'intgrent-ils l'ordre juridique
communautaire?
L'existence de cette fdration suppose l'institution d'une facult de statuer et d'une facult
d'empcher au plan communautaire d'une part et l'existence au profit des Etats membres, d'une
facult de statuer non subordonne celle dtenue par les organes communautaires centraux
et d'une facult d'empcher ces organes, d'autre part.
La question se pose alors de savoir si ces diffrentes facults de statuer interviennent au mme
niveau hirarchique que celle des organes de la Communaut dots d'une facult de statuer en
matire lgislative?
Il apparat que les Etats membres disposent d'une facult de statuer en matire lgislative qui
n'est pas subordonne celle dtenue par le Prsident de la Communaut.
Pour que la Communaut soit une fdration, il faut que ces normes interviennent dans des
matires ne relevant pas du juge administratif communautaire soit directement, soit par la voie
de la cassation.
Concernant les facults de statuer locales, on constate que le Conseil d'Etat franais, dont on a
dit qu'il tait la fois juge du contentieux administratif communautaire et juge de cassation
des dcisions rendues par les juridictions locales, s'est reconnu incomptent pour juger de la
lgalit de la loi constitutionnelle adopte par l'Assemble lgislative du Gabon le 12 Fvrier
1959 (1062) au motif "qu'en vertu des dispositions combines des alinas premiers des articles
77 et 79 de la mme constitution, ces Etats "jouissent de l'autonomie" ds qu'ils ont exerc le
choix prvu l'art.76; qu'il rsulte de ces dispositions que les dcisions prises par les autorits
de ces Etats aprs la dlibration de leur Assemble territoriale les ayant transforms en Etats
membres de la Communaut et les ayant, par suite, rendus autonomes ne sont pas au nombre
de celles dont il appartient au Conseil d'Etat de connatre;...".
Ceci implique que la norme en question n'tait pas une norme administrative communautaire,
ni une norme administrative d'un Etat membre que le Conseil d'Etat aurait pu connatre par la
voie de cassation (1063). Il s'agissait donc d'une norme dont l'examen relevait le cas chant, de
la Cour arbitrale.
Par ailleurs le Conseil d'Etat s'est reconnu incomptent pour connatre directement d'un
recours form contre le dcret de convocation du collge lectoral en vue de procder
l'lection des dputs l'Assemble lgislative centrafricaine (1064).
Ces dcisions permettent de distinguer deux facults de statuer des Etats-membres, celle
relevant par voie de cassation du Conseil d'Etat que l'on qualifiera de rglementaire et celle
relevant de la Cour arbitrale que l'on qualifiera de lgislative et qui se situe au mme niveau
que certaines dcisions prsidentielles.
La rflexion sur la nature des dcisions prises par le Prsident de la Communaut doit prendre
en compte la situation antrieure 1958.
1063.Le C.E. n'tait pas comptent pour connatre directement des recours pour excs de pouvoir forms contre les
dcisions des autorits administratives d'un Etat membre sauf accord pass entre ledit Etat et la Rpublique
franaise C.E. 16/6/1961 KOTALIMBORA R.D.P. 1961 p. 1107
1065.XXX Les pays d'outre-mer de la Rpublique franaise, la communaut et les accords d'association,
Le Conseil d'Etat dans un avis du 13 Aot 1947 a considr " que les dcrets pris par
application des alinas 2 et 3 de l'article 72 de la Constitution manent d'une autorit
administrative; qu'ainsi, quelle que soit la matire sur laquelle ils portent, le recours pour
excs de pouvoir peut tre form contre eux "(1069). Or cette conclusion du Conseil d'Etat
n'tait pas vidente dans la mesure o concernant l'alina 3 de l'article 72, il tait prcis que
les dispositions particulires vises taient dictes " par drogation l'art.13 ...ainsi rdig:
"L'Assemble nationale vote seule la loi. Elle ne peut dlguer ce droit""(1070).
En tout tat de cause, cet avis ne peut pas tre appliqu en matire communautaire car on a vu
prcdemment que les institutions des Etats-membres n'taient pas des autorits
administratives de la Communaut, il serait surprenant que le Prsident de la Communaut
soit considr comme une autorit administrative de celle-ci et qu'en cette qualit ces
dcisions relvent du Conseil d'Etat, juge du contentieux administratif communautaire.
Par ailleurs, l'avis du Conseil d'Etat de 1947 doit tre replac dans son contexte, c'est dire
celui de dcisions prises par le Prsident de la Rpublique franaise dans l'ordre juridique
franais; alors qu'en 1958 nous sommes dans l'hypothse de dcisions prises par le Prsident
de la Communaut dans l'ordre juridique communautaire.
1067.L. ROLLAND & P. LAMPUE considraient que malgr le silence de l'alina 2 de l'article 72 de la
constitution, l'autorit titulaire du pouvoir d'extension tait le Prsident de la Rpublique, Droit d'outre-mer p.
146 DALLOZ 1959
1068.Ibid p. 147
1069. C.E. Avis du 13 Aot 1947 p. 64 Annexe 9 de l'tude de C. CHAVANON Les problmes de l'Union
franaise dans les avis du Conseil d'Etat, Etudes et documents du Conseil d'Etat 1956
On peut donc considrer que le titre XII partage la facult de statuer en matire lgislative
entre le Prsident de la Communaut et les Etats membres. Cette partition s'effectue sans que
la facult centrale subordonne la facult locale.
Le Prsident ne dispose ni de l'autorit hirarchique sur les organes des Etats membres, ni de
la possibilit de se substituer eux.
En consquence tant au plan organique que matriel, chaque Etat de la Communaut dispose
d'une totale libert dans la cadre dlimit par le titre XII et les ordonnances organiques.
Ainsi chaque Etat dsigne comme il l'entend ses gouvernants sans que le Prsident puisse
revendiquer une autorit hirarchique sur eux, ni directement, ni indirectement par
l'intermdiaire de ses reprsentants dans chaque Etat membre.
Par ailleurs, chaque Etat membre exerce librement sa facult de statuer pour tablir son "
ordre juridique particulier, sous la seule rserve des matires entrant dans la comptence de la
Communaut "(1073).
L'autonomie des Etats membres est ds lors uniquement soumise aux facults d'empcher
reconnues la Cour arbitrale et au Conseil d'Etat, organes communautaires.
L'unit de l'ordre juridique communautaire doit tre assure par un organe charg d'une facult
d'empcher s'exerant sur les facults de statuer susceptibles d'exister au plan local (I) mais le
caractre fdral est assur par une facult d'empcher exceptionnelle reconnue aux Etats
membres (II).
La Communaut a mis en place deux organes centraux qui, directement, disposent d'une
facult d'empcher. Par ailleurs, dans le cadre du recours en cassation, soit devant le Conseil
d'Etat, soit devant la Cour de Cassation, les particuliers pouvaient obtenir l'inapplication de la
norme communautaire illgale. Seuls les recours directs, ayant un effet erga omnes, seront
tudis ici.
1074.F. DUMON La communaut franco afro - malgache, p. 113, Universit libre de Bruxelles, 1960.
L'apprciation de son rle ne peut tre que relatif puisqu'elle " ne rendit aucun arrt et ne
donna, semble-t-il aucun avis "(1076).
L'article 84 de la Constitution la crant lui donne comptence pour statuer " sur les litiges
survenus entre les membres de la Communaut ".
Ses prrogatives sont importantes puisque l'article 3 de l'ordonnance lui donne plnitude de
juridiction et donc la possibilit d'annuler une dcision non conforme la lgalit
communautaire et ceci est raffirm par la porte rtroactive de ces dcisions comme le
1966
1077.F. DUMON La Communaut franco afro - malgache, p. 53 Universit libre de Bruxelles 1960;
F.BORELLA considre que " la comptence de la Cour l'apparente de fort prs une Cour suprme fdrale " Le
fdralisme dans la Constitution du 5 Octobre 1958 A.F.D.I. 1958 p. 674; XXX considre " que la Cour arbitrale
ne peut jouer le rle de rgulateur des comptences entre la Communaut et ses membres, rle qui est
normalement celui des juridictions fdrales suprmes".R.J.P.O.M.1959 p. 513
300
montre l'alina 2 de cet article qui lui donne "le pouvoir de rtablir les situations juridiques
dont elle aura constat la violation".
Les actes sur lesquels porte son contrle sont dtermins a contrario par la comptence
reconnue au Conseil d'Etat, juge administratif communautaire. En effet l'ordonnance
organique qui fixe la comptence du Conseil d'Etat, exclut de celle-ci les "recours entrant dans
la comptence de la Cour arbitrale".
En consquence la Cour ne peut tre saisie que d'actes non rglementaires, que je qualifie de
lgislatifs, d'une part et d'actes manant exclusivement des Etats-membres en vertu des
dispositions de l'article 84 de la constitution. Seuls, donc, les organes non centraux font l'objet
du contrle de la Cour Arbitrale et ainsi les dcisions prsidentielles sont hors de sa
comptence. Ceci n'empche pas la reconnaissance du caractre fdral car on trouve cela en
Suisse, pays du " vrai fdralisme "(1078) o seuls les actes cantonaux sont contrls.
Cependant cette absence de contrle des dcisions prsidentielles deviendrait critiquable si les
dcisions prsidentielles faisaient partie du bloc de lgalit communautaire (1079). Pour l'auteur
anonyme de la revue de l'outre-mer l'absence de caractre limitatif de la liste des rgles de
droit s'imposant aux Etats-membres rsultant de l'ordonnance relative la Cour Arbitrale,
impliquait qu'elle pouvait tre complte par les dcisions prsidentielles. Ici le dfaut
d'exemples paralyse le commentaire.
La facult d'empcher exerce a posteriori par un juge central sur la facult de statuer des
Etats membres et de la Communaut constitue un lment cl de la qualification de l'ordre
juridique communautaire. Cependant le caractre fdral ne pourra tre reconnu que si les
Etats membres disposent d'une facult d'empcher les organes communautaires.
1079.En Suisse, les actes cantonaux doivent respecter le droit fdral, mais dans ce pays les lois fdrales peuvent
faire l'objet d'un contrle populaire.
301
Cette facult d'empcher ne doit pas tre l'apanage d'un seul, avons-nous dit, afin de conserver
le caractre hirarchis de l'ordre juridique. Cette qualit est prsente dans le titre XII de la
Constitution de 1958 qui organise deux procdures permettant aux Etats membres d'obtenir le
respect de leur comptence personnelle.
Ces procdures sont exceptionnelles car elles ne permettent pas l'Etat membre de ragir sur
chaque loi communautaire d'une part et elles exigent l'accord exclusif de la Rpublique,
d'autre part. Ce dernier aspect altre le caractre fdral.
Les lois communautaires ne sont pas soumises l'accord des Etats membres, cependant si l'un
ou plusieurs d'entre eux considrent que la(les) loi(s) communautaire(s) excde(nt) les
comptences des organes communautaires, ils peuvent, soit revendiquer l'exercice de cette
comptence dans le cadre de l'article 78 de la Constitution, soit revendiquer l'accession
l'indpendance en vertu de l'article 86.
L'article 78 dispose son dernier alina que tout Etat membre peut obtenir en vertu d'un
accord particulier un "transfert de comptence de la Communaut" son profit. Ce transfert
portera sur des matires vises l'alina premier de l'article 78, mais aussi ncessairement sur
celles qui, par rfrence aux premires, auraient t saisies par les organes communautaires.
En d'autres termes, l'accord particulier permet de prciser par convention l'organisation du
pouvoir normatif dans la Communaut.
Pour l'auteur anonyme de la revue d'outre-mer, l'article 78 permettrait le transfert de toutes les
comptences de la Communaut sans que soit ralise l'indpendance de l'Etat membre
destinataire du transfert (1080).
1080.XXX Les pays d'Outre-Mer de la Rpublique franaise, la Communaut et les Accords d'association, p. 356,
R.J.P.O.M. 1959
302
Il est vrai que cette accession l'indpendance ne s'est pas effectue en respectant la procdure
prvue initialement puisque la demande des assembles ne fut pas suivie d'un rfrendum
(1082) et en raison de la modification constitutionnelle du 4 juin 1960.
Si l'on ne peut imaginer qu'un seul Etat fasse obstacle la production de la norme
communautaire, sauf renier le caractre hirarchis de cet ordre, il faut avouer que l'exercice
ncessaire de cette facult par deux Etats membres n'apparaissait pas particulirement
exigeant. En effet les accords exprimant cette facult d'empcher " ont donc pour parties
contractantes, la Rpublique franaise et un autre Etat, non pas la Communaut et l'un de ses
membres. C'est pourquoi les organes de la Communaut, et notamment le Snat,
n'interviennent pas dans la procdure de leur conclusion "(1083).
1081.L'alina 1 prvoit la transformation du statut d'un Etat membre que l'on doit entendre comme le " changement
affectant, non le rgime politique ou la consistance du territoire, mais la nature juridique mme de la collectivit
considre ... Le statut d'un Etat membre ne serait transform que si le pays considr cessait d'appartenir la
catgorie des Etats membres. ... La transformation ne pourrait donc rsulter que dans le retour au statut de
territoire d'outre-mer, ou dans l'acquisition du statut, soit de dpartement d'outre-mer, soit de toute autre
collectivit territoriale cre cet effet par une loi de la Rpublique franaise ". Ibid. p. 519-520. A la diffrence
de l'auteur, nous considrons qu'il s'agit bien d'une sortie de la Communaut pour entrer dans la Rpublique, tout
en demeurant rgi par la constitution.
1082.F.DUMON La communaut franco afro - malgache, p. 97, Universit libre de Bruxelles, 1960
1083.XXX, Les pays d'outre-mer de la Rpublique franaise, la Communaut et les accords d'association, p. 357,
R.J.P.O.M. 1959
303
Cette prsence ncessaire rsulte du contexte historique et imprime cette procdure d'une
"touche colonialiste". Nanmoins et c'est remarquable au regard de notre proccupation, la
facult est exerce par deux Etats sans que les organes communautaires n'aient intervenir,
sauf comme autorit de contrle du rfrendum prvu l'article 86. Cette initiative tatique
sera particulirement solennelle lorsqu'elle pourra dboucher sur l'indpendance puisque selon
l'article 86, l'accord doit alors tre prcd d'"une rsolution de l'Assemble lgislative de
l'Etat intress confirm par un rfrendum local". Ce formalisme particulier dans cette
hypothse relve " de l'ordre politique plutt que de celui du droit " dans la mesure o " la
demande ... prsentera politiquement une importance telle qu'elle constituera, en fait, une
vritable dcision et qu'on ne pourra manquer d'en tirer les consquences dans un accord
"(1084). En dehors de cette procdure singulire dbouchant sur l'indpendance, les accords
exprimant la facult d'empcher "ordinaire" sont approuvs par le Parlement de la Rpublique
et l'Assemble lgislative intresse (art.87 de la constitution).
Ces procdures, malgr leur caractre exceptionnel, permettent aux Etats membres de protger
la facult de statuer que leur reconnat le titre XII de la constitution. La participation oblige
de la Rpublique rduit la porte de cette facult d'empcher mais elle n'en rduit pas
totalement le crdit et nous autorise qualifier la Communaut, d'ordre juridique fdral.
Les Communauts europennes, dans lesquelles la France est aussi une collectivit locale, ne
semblent pas pouvoir tre qualifies de la mme faon que la Communaut franco-africaine.
Les rapports de la Rpublique Franais avec les Communauts europennes n'ont pas t
discuts comme ceux de la Communaut franco-africaine avec ladite Rpublique. Ceci tient
au fait que les Communauts europennes sont nes de traits internationaux, c'est dire
d'accords entre Etats souverains.
Dans les deux cas se pose la question de l'intgration de l'ordre juridique franais dans un
autre ordre juridique. La prsentation que l'on fait cet gard, des Communauts europennes
1084.Ibid. p. 521
304
n'est pas sans ambigut. Pour certains, il y aurait une sorte de "prvalence" des ordres
juridiques nationaux sur l'ordre communautaire en ce que " les normes de cet ordre juridique
... s'intgrent dans les ordres juridiques des Etats membres"(1085). Pour d'autres, le droit
communautaire est du droit interne (1086) car " fond sur les Traits, le droit communautaire
comporte une hirarchie de rgles qui constitue la lgislation fdrale des communauts. Cette
lgislation prsente tous les traits du droit interne: hirarchise, elle s'impose aux Etats-
membres; elle est applique selon les techniques propres au droit interne; enfin par son objet
elle comporte des rgles identiques celles d'une lgislation tatique ...Par sa nature, sa
technique, son objet, la lgislation communautaire est du droit interne" (1087).
Il semble bien l'examen, que les Communauts constituent un ordre juridique distinct de
celui des Etats membres (I). Dans la mesure o la division de la facult de statuer dans
l'espace communautaire et le monopole de l'exercice de cette facult de statuer ne semblent
pas pleinement garantis aux organes centraux et non centraux qui en disposent, la nature de
cet ordre pose question (II). La "comptence fdrale" absorbe peu peu les "comptences
fdres". Or comme l'ordre juridique communautaire est un ordre juridique hirarchis, ce
phagocytage conduit une subordination juridique des actes des Etats-membres ceux de la
communaut en vertu du principe droit fdral brise droit local.
1085.J. BOULOUIS Droit institutionnel des Communauts europennes, p. 169, MONTCHRESTIEN 1993. Cette
prsentation, toute empreinte de dualisme, tend faire accroire l'indpendance des ordres juridiques nationaux.
On verra, que ceux-ci s'intgrent l'ordre communautaire notamment par l'effet direct de celui-ci. En d'autres
termes, ce n'est pas la norme communautaire qui s'intgre la norme nationale mais celle-ci qui devient un
lment de l'ordre communautaire. L'ordre juridique communautaire phagocyte l'ordre national.
1087.Ibid.
305
Les facults de statuer en matire communautaire sont dtenues par des organes
communautaires et tatiques et elles donnent naissance des actes hirarchiss (1). Les traits
oprent une rpartition des comptences personnelles entre les organes communautaires et les
organes des Etats membres. Cette rpartition entre organes communautaires et tatiques a t
affecte par l'action des Communauts et par des traits modificatifs (2).
Chaque Etat, dans le cadre de sa comptence personnelle, demeure libre d'organiser sa facult
de statuer comme il l'entend. Aussi nous intresserons nous exclusivement l'organisation de
la facult de statuer reconnue aux Communauts en l'apprhendant au plan formel et au plan
matriel.
a) L'organisation formelle
A la hirarchie des actes ne correspond pas toujours une hirarchie entre les organes disposant
d'une facult de statuer.
306
Cette hirarchie rsulte de la distinction entre actes porte gnrale et actes porte non
gnrale effectue par la Cour de Justice.
Suivant la jurisprudence de la Cour, " un acte ... est porte gnrale lorsqu'il "tablit des
principes normatifs, pose de faon abstraite les conditions de son application et formule les
consquences juridiques qui en dcoulent" "(1088). Ont t, ainsi qualifis d'actes porte
gnrale, les dcisions prises en vertu de l'article 14 du trait C.E.C.A. et les rglements pris
en vertu des articles 189 et 161 des traits C.E.E. et C.E.E.A.
Parmi ces actes porte gnrale, on distingue ceux " dits de base" de ceux "dits d'excution",
ces derniers dcoulant des premiers.
Face ces actes de porte gnrale, existent des actes qui n'ont pas cette qualit mais qui
disposent ou peuvent disposer d'un effet direct dans l'ordre juridique communautaire. Il s'agit
des "actes directifs" et des dcisions.
Les actes directifs comprennent les recommandations de l'article 14 du trait C.E.C.A. et les
directives des articles 189 et 161 des traits C.E.E. et C.E.E.A. (1089). Cet ensemble se
caractrise par la dsignation d'un " objectif ou un rsultat obligatoire pour les destinataires
qui conservent le choix des moyens pour atteindre cet objectif ou obtenir ce rsultat "(1090).
Quant aux dcisions, elles se dfinissent comme des actes concernant " individuellement des
sujets dtermins "(1091).
1088.J. BOULOUIS Les institutions des Communauts Europennes, p. 186, MONTCHRESTIEN 1993
1089.Les recommandations s'adressent aux Etats ou aux entreprises, alors que les directives ne concernent que les
Etats
1090.J. BOULOUIS Droit institutionnel des Communauts europennes, p. 191, MONTCHRESTIEN 1993
1091.C.J.C.E. 14/12/1962 Fd. Nat. de la Boucherie en Gros, p. 26 Recueil des grands arrts, DALLOZ 1991
307
Si ces actes sont tous subordonns au respect des traits, il existe aussi entre eux une
hirarchie qui s'exprime par la supriorit des actes de porte gnrale sur les autres et
l'intrieur des actes porte gnrale par la suprmatie des actes "dits de base" sur ceux "dits
d'excution" (1092).
Cette hirarchie ne correspond pas une hirarchie entre les organes metteurs.
Seuls des organes institus par les traits peuvent dicter des actes communautaires, pourtant
des organes des Etats membres sont parfois appels la fonction normative communautaire.
Concernant les actes porte gnrale, leur auteur peut tre soit exclusivement la Commission
(art.14 trait C.E.C.A.), soit d'une faon gnrale le Conseil (1093) et exceptionnelle, la
Commission, notamment par dlgation du Conseil (1094).
Concernant les actes porte non gnrale, leur auteur peut tre aussi bien la Commission que
le Conseil.
1093.L. CARTOU Maastricht comment, 3me partie, LES PETITES AFFICHES, 1992, n 24, p. 11 & s
1095.R. KOVAR Le droit national d'excution du droit communautaire, essai d'une thorie de l'cran
1096.J. BOULOUIS Droit institutionnel des Communauts europennes, p. 193, MONTCHRESTIEN 1993
Cette organisation formelle du pouvoir normatif communautaire n'est pas le reflet d'une
division matrielle prcise de la facult de statuer.
Comme les intituls des traits institutifs en rendent compte, la rpartition des facults de
statuer dans l'espace communautaire s'est effectue en attribuant aux organes communautaires,
une capacit spcialise matriellement dtermine.
En d'autres termes les organes communautaires ne disposent pas d'une capacit juridique les
autorisant statuer dans l'intrt gnral, mais uniquement dans un intrt gnral
matriellement dfini.
Cependant et ainsi que le constate J. BOULOUIS pour la C.E.E., cette spcialisation "ne
constitue pas une limite trs rigoureuse tant il est difficile de dcouvrir une activit qui peu ou
prou, ne prsente d'aspect conomique"(1098).
Cette spcialisation a par ailleurs volu, tendant ainsi vers une comptence gnrale. Ceci
rsulte de l'action des Communauts elles-mmes sur le fondement des dispositions des traits
(1099). Ainsi en application de l'article 235, la C.J.C.E. a admis que le Conseil pouvait prendre
toutes dispositions appropries y compris dans le domaine des relations extrieures (1100). Ces
1098.J. BOULOUIS Les institutions des Communauts Europennes, p. 52, MONTCHRESTIEN 1993
1099.L'article 95 du trait C.E.C.A. dispose: " Dans tous les cas non prvus au prsent trait dans lesquels une
dcision ou une recommandation de la Haute Autorit apparat ncessaire pour raliser, ... l'un des objets de la
Communaut, ... cette dcision ou cette recommandation peut tre prise sur avis conforme du Conseil ...".Cet
article a t mis en oeuvre pour faire face la crise du charbon et de l'acier. Concernant les traits C.E.E. et
C.E.E.A. leurs articles 235 et 203 sont rdigs ainsi: " Si une action de la Communaut apparat ncessaire pour
raliser, dans le fonctionnement du march commun ( les termes en italique ne sont pas repris dans le trait
C.E.E.A.), l'un des objets de la Communaut, sans que le prsent trait ait prvu les pouvoirs d'action requis cet
effet, le Conseil, statuant l'unanimit sur proposition de la Commission et aprs consultation de l'Assemble,
prend les dispositions appropries ".
1100.C.J.C.E.
31/3/1971 Commission c/ Conseil (Aff. de l'A.E.T.R.) Recueil des Grands Arrts, n 13, p. 54,
DALLOZ, 1991
309
Par ailleurs, les Communauts ont vu leur champ d'interventions tendu par l'Acte unique
europen (1102) la recherche et au dveloppement technologique et l'environnement. Le
trait de Maastricht (1103) poursuit quant lui, l'extension des comptences communautaires
(1104).
L'on voit bien que la comptence personnelle des Communauts tend, parfois du fait du
raisonnement hardi de la Cour de Justice (1105), de plus en plus vers une comptence gnrale,
laquelle manquait la dfense, la politique trangre, ce qui opposait pour certains, la
Communaut aux Etats fdraux (1106). Ces matires relvent progressivement de la
comptence communautaire (1107).
Cette extension de la comptence communautaire, que l'on constate dans tous les Etats
fdraux (1108), pourrait tre justifie par le poids particulier dans le fonctionnement
1101.G.J OLY & D. QUINTY Le rle des Parlement europen et nationaux dans la fonction lgislative
1102. Acte unique europen sign le 17/2/1986 par 9 Etats et le 28/2/1986 par le Danemark, l'Italie et la Grce
1103.Les 9 & 10 Dcembre 1991 Maastricht ont t signs deux traits en vue de la constitution d'Union
Europenne, l'un porte sur l'Union politique, l'autre sur l'Union conomique et montaire
1104. Comptences nouvelles: Union montaire (titre VI), ducation, formation professionnelle et jeunesse (titre
VIII), culture (titre IX), sant publique (titre X), protection des consommateurs (titre XI), les rseaux
transeuropens (titre XII), l'industrie (titre XIII) ou tendues: Domaine commercial, conomique et social (titre
VI, VII, VIII & XIV), recherche et dveloppement (titre XV), environnement (titre XVI)
1105. Notamment en utilisant la thorie des comptences implicites dgages par la Cour Internationale de Justice
comme dans l'espce de l'A.E.T.R.( C.J.C.E. 31.3.1971 Recueil des grands arrts, p. 54, DALLOZ 1991
1106.Par ex.: P. SABOURIN L'Europe, fdration ou intgration d'Etats - Nation ? Documents polycopis du
Colloque "La Commune, l'Etat et le droit; Bicentenaire de la Rvolution et March unique europen, Facult de
Droit de TOURS, 9 & 10 Novembre 1989; T. DEBARD Les institutions communautaires et le modle fdral, p.
39, Annales Facult de Droit de Clermont-Ferrand, Fasc. 25, L.G.D.J. 1989
1107.Le trait de Maastricht poursuit l'institutionnalisation de ces matires instaure par l'article 30 de l'Acte
unique. En effet l'article B du trait dispose: "L'Union se donne pour objectif d'affirmer son identit sur la scne
internationale, notamment par la mise en oeuvre d'une politique trangre et de scurit commune intgrant
terme la dfinition d'une politique commune de dfense".
1108.S. RIALS Destin du fdralisme, p. 29, L.G.D.J. 1986; M. CROISAT Le fdralisme dans les dmocraties
communautaire, du constat de carence. L'analyse montre que cette procdure est trangre au
dveloppement de la facult de statuer communautaire.
Le principe de lgalit est ambivalent, ainsi que le souligne M.C. BERGERES, dans la mesure
o il vit " au travers de la censure des actes qui y portent atteinte " et par la possibilit, certes
plus exceptionnelle, d'" exiger l'diction d'un acte dont le dfaut sera constitutif d'une illgalit
... Les traits communautaires consacrent la double acception du principe de lgalit en
reconnaissant d'une part, le recours en annulation et, d'autre part, le recours en carence "(1109).
Le recours en carence vise " faire constater par la Cour de justice l'inertie illgale des
institutions "(1110). Cette procdure n'est pas sans affinit avec celle qui dans notre domaine,
conduit en France, le Prfet se substituer au Maire, qui n'aurait pas exerc son pouvoir de
police (1111). Cependant elle n'en a pas l'efficacit, puisqu'elle ne dbouche que sur une
dcision juridictionnelle constatant la carence dans laquelle la Cour de Justice ne peut " se
substituer juridiquement l'autorit dfaillante "(1112).
A cette diffrence finale substantielle, s'ajoute une certaine marginalit du recours, lie la
procdure elle-mme.
Le recours doit tre prcd d'une demande d'intervention adresse l'institution concerne,
afin qu'elle excute "l'obligation qui pserait sur elle"(1113). Cette adresse, vritable recours
1109.M.C. BERGERES Contentieux communautaire, p. 215, Coll. Droit fondamental, P.U.F.1989. L'auteur
souligne que cette ambivalence a conduit considrer, concernant le trait C.E.C.A., le recours en carence
comme un recours en annulation, alors que dans le trait C.E.E., il aurait une certaine autonomie; cf. p. 216-217
1110.J. BOULOUIS Droit des institutions des communauts europennes, p. 327, MONTCHRESTIEN 1993
1113.Ibid. p. 219
311
La carence rsulte de l'absence d'diction d'un acte dtermin et non de l'absence de mise en
oeuvre d'une politique et condition que cette abstention soit contraire au trait, ce qui rserve
l'hypothse d'un pouvoir discrtionnaire; et concernant le trait C.E.C.A. la condition que
l'abstention constitue un dtournement de pouvoir.
Ces lments montrent qu' l'vidence l'extension des comptences communautaires ne s'est
pas effectue sous la pression exerce par cette procdure, dans la mesure o pour l'essentiel
elle est rserve aux Etats membres car un particulier ne saurait la mettre en oeuvre pour un
acte porte gnrale dont par dfinition il n'est pas le destinataire, mais un parmi d'autres
(1116).
Cette facult d'empcher est dtenue exclusivement par un organe communautaire, la Cour de
Justice, et les particuliers ne disposent pas d'un accs gnral son prtoire.
1114.C.J.C.E.6/7/1971 Pays-Bas c/ Commission, Recueil C.J.C.E. p. 651, dans l'espce, un dlai de 18 mois tait
considr comme non raisonnable, cf. M.C. BERGERES prcit p.220, cf. aussi M. WAELBROECK, Recours
en carence, n 23, Encyclopdie DALLOZ COMMUNAUTAIRE,
1115.Le recours selon l'article 175 du trait C.E.E. doit tre introduit dans le dlai de deux mois compter de la
rponse de la Commission et dans le dlai d'un mois dans le cadre du trait C.E.C.A (art 35).
1116.J.
BOULOUIS note qu'au 31/12/1991, 47 procdures ont t introduites depuis l'origine, 30 ont t juges, et
seulement 3 ont donn satisfaction au requrant. Droit des institutions des Communauts Europennes, p. 332
312
Les traits ne confrent pas aux Etats membres une facult d'empcher qu'ils pourraient
exercer l'encontre de la facult de statuer des organes communautaires. Cependant, ils
peuvent saisir un organe communautaire donc central, qui dcidera ou non d'exercer une
facult d'empcher.
Les traits et le droit driv sont-ils rgis par les rgles du droit international ou manifestent-
ils une abrogation des frontires juridiques? La querelle du monisme et du dualisme a trouv
ici un terrain privilgi, y compris au sein mme d'organes communautaires, comme le
rvlent certaines dcisions de la Cour de Justice des Communauts Europennes (C.J.C.E.)
qui dans leur inclinaison moniste portaient des stigmates du dualisme (1117).
1117. Ainsi J.V. LOUIS constate que l'expression selon laquelle " la Communaut constitue un nouvel ordre
juridique de droit international " utilise dans l'arrt Van Gend & Loos du 5/2/1963 qui affirme l'applicabilit
directe du droit communautaire ne sera plus utilise dans la jurisprudence ultrieure. J.V. LOUIS L'ordre
juridique communautaire, p. 106, Office des publications officielles des Communauts, 1990
1120.Ibid. p. 294
313
Aussi ce dernier auteur pouvait-il affirmer que l'arrt Van Gend & Loos (1121) avait une "
porte rvolutionnaire l'gal du cas fameux Marbury c. Madison " (1122) car " l'exception de
la mention qui est faite dans la dfinition des rglements ..., les traits ne contiennent aucune
stipulation expresse qui confrerait de manire gnrale l'applicabilit directe leurs
dispositions ou celles des actes institutionnels"(1123).
La qualification de rvolutionnaire n'apparat donc pas excessive pour cette solution dgage
par la Cour confronte la question de savoir " si l'article 12 du trait C.E.E. a bien un effet
interne, en d'autres termes si les justiciables peuvent faire valoir sur la base de cet article, des
droits individuels que le juge doit sauvegarder "(1124)?
Plusieurs gouvernements dont celui des Pays-Bas concern par l'espce s'opposaient une
telle applicabilit directe. L'avocat gnral ROEMER avant de reconnatre que "celui qui est
familier avec le droit de la Communaut sait qu'en fait il ne s'puise pas dans des rapports
contractuels entre plusieurs Etats en tant que sujets du droit des gens ... "(1125), dclarait que
"si dans le droit de la Communaut les rdacteurs du trait avaient conu comme rgle
gnrale le principe de l'application directe des rgles du trait dans le sens d'une prminence
par rapport au droit national, la procdure de sanction pourrait se borner constater la nullit
des mesures contraires au trait "(1126).
1121.C.J.C.E. 5/2/1963 Van Gend en Loos, p 1, tome 1, Recueil des Grands arrts de la C.J.C.E., DALLOZ, 1991
1123.J. BOULOUIS Droit institutionnel des Communauts europennes, p. 233, MONTCHRESTIEN 1993
1124.J.V. LOUIS L'ordre juridique communautaire, p. 105, Office des publications officielles des Communauts
europennes, 1990
1126.cit par R. PINTO dans Les organisations europennes, p. 449, note 3, PAYOT 1965
1127.cit
par J.V. LOUIS dans L'ordre juridique communautaire, p. 106, Office des publications officielles des
Communauts, 1990
314
trait C.E.E., qui est d'instituer un march commun dont le fonctionnement concerne
directement les justiciables de la Communaut, implique que ce Trait constitue plus qu'un
accord qui ne crerait que des obligations mutuelles entre Etats contractants "(1128) et au final
elle pourra affirmer que "la Communaut constitue un nouvel ordre juridique de droit
international au profit duquel les Etats ont limit ... leurs droits souverains et dont les sujets
sont non seulement les Etats membres mais galement leurs ressortissants"(1129).
b) Le recours en annulation
Les recours institus par les traits pour prserver l'organisation du pouvoir normatif qu'ils
mettent en place, sont originaux. Le traditionnel recours en annulation est institu par les
traits (1130) mais s'y ajoutent des recours apprhendant "l'indiffrence" des Etats membres
dans le cadre du recours en manquement (1131) ou d'une institution communautaire dans le
cadre du recours en carence (1132). Ces deux derniers recours ne sont pas sans affinit avec
certaines procdures connues en droit franais des collectivits locales puisque le recours en
manquement voque la mise en demeure pralable une substitution qui rejoint alors le
recours en carence.
1128.Ibid. p. 106
1129.Ibid. p. 106
1130.Art.179 trait C.E.E., Art.146 trait C.E.E.A., Art.33 trait C.E.C.A.. L'action en annulation des actes des
institutions correspond notre recours pour excs de pouvoir la diffrence prs, toutefois, des conditions
restrictives de recevabilit
1131.Art. 88 Trait C.E.C.A., Art. 169 171 trait C.E.E. et Art.141 143 trait C.E.E.A.. Ce recours a pour
fonction de garantir l'accomplissement par les Etats membres, des obligations mises leur charge par les traits.
cf. M.C.BERGERES Contentieux Communautaire, p. 171, Coll. Droit fondamental, P.U.F. 1989
1132.Art. 35 trait C.E.C.A., Art.175 trait C.E.E., Art. 148 trait C.E.E.A.. Ce recours repose sur la
reconnaissance de l'acception positive du principe de lgalit, c'est dire sur la possibilit d'exiger " l'diction
d'un acte dont le dfaut sera constitutif d'une illgalit ". M.C. BERGERES Contentieux communautaire, p .215,
Coll. Droit fondamental, P.U.F. 1989.
315
Le recours en annulation, vritable recours pour excs de pouvoir, peut tre intent contre "
les actes unilatraux du Conseil ou de la Commission " (1133) et depuis peu du Parlement (1134)
la condition que ces actes soient "susceptibles de produire des effets de droit ou de nature
faire grief"(1135). La Cour ne s'attache pas des critres formels pour dterminer les actes
susceptibles d'tre dfrs devant elle en raison " du caractre minemment protiforme des
actes dicts ", la conduisant se dterminer au coup par coup.
Nous verrons que ce recours n'est pas ouvert n'importe quel requrant.
Sur le fond, les cas d'ouverture sont identiques ceux que l'on connat dans notre recours pour
excs de pouvoir.
L'existence relle de ce recours n'tant pas conteste, il importait simplement pour nous de le
constater ici, sans qu'il soit besoin d'approfondir son tude. Par contre la place des citoyens
dans le droit communautaire apparat plus fondamentale, d'abord parce que nous en avons fait
un lment de l'existence d'un ordre juridique hirarchis et ensuite parce que le droit
communautaire structurera ses grandes avances sur la ncessit d'assurer la protection de ces
citoyens.
On l'a crit, le droit du citoyen de se prvaloir d'un ordre juridique se manifeste par la
possibilit d'exciper des normes de cet ordre et ainsi de son organisation.
dans les domaines o la Communaut est comptente"(1136), semble satisfaire l'exigence sus -
nonce. Pourtant C. BLUMANN constate que "les traits communautaires n'assurent aux
particuliers qu'une protection juridictionnelle incomplte. Ceci se vrifie tant en ce qui
concerne les recours contre les institutions europennes que contre les Etats membres"(1137).
Il apparat en effet que le citoyen europen ne peut que difficilement se prvaloir directement
de l'organisation du pouvoir normatif devant la Cour de Justice, alors qu'il peut plus
facilement revendiquer ou contester l'application du droit communautaire qui lui est faite.
Les recours voqus prcdemment, sont exceptionnellement ouverts aux particuliers (a-1);
par contre ces derniers peuvent indirectement amener leur mise en oeuvre (a-2).
Seuls les recours en annulation et en carence sont accessibles aux particuliers; le recours en
constatation de manquement d'Etat tant introduit exclusivement par la Commission ou un
Etat membre.
Concernant les recours en annulation et en carence, les particuliers ne figurent pas parmi les
requrants privilgis qui sont " les requrants institutionnels " (1138) au sein desquels il a t
difficile d'admettre le Parlement europen (1139). Toutefois dfaut d'tre privilgis, certains
particuliers sont admis agir directement.
1137.C. BLUMANN Les mcanismes non juridictionnels de protection des droits du citoyen europen, p. 233,
1138.J. BOULOUIS Droit institutionnel des Communauts Europennes, p. 318, MONTCHRESTIEN 1993
1139.Le Parlement ne figure pas dans la liste des requrants privilgis rsultant des traits. C'est la Cour qui lui a
reconnu la capacit d'agir en matire d'annulation et exclusivement pour prserver ses prrogatives
institutionnelles (C.J.C.E. 22/5/1990 Parlement c./ Conseil, Cf. J. BOULOUIS prcit). Concernant le recours en
carence, le trait C.E.C.A. ne l'ouvrait pas au Parlement mais les traits de Rome l'ouvraient aux institutions des
Communauts, ce qui a permis la Cour d'admettre le recours en carence intent par le Parlement (C.J.C.E.
22/5/1985 Parlement c./ Conseil, cf. M.C. BERGERES Contentieux communautaire, p. 223, Coll. Droit
317
Concernant le recours en annulation, on distingue selon que les intresss se trouvent soumis
au trait C.E.C.A. ou non. Dans le trait C.E.C.A. la recevabilit des particuliers est limite
aux entreprises ou associations exerant certaines activits qui contestent "des dcisions
individuelles les concernant" ou "les dcisions ou recommandations gnrales qu'elles
estiment entaches de dtournement de pouvoir leur gard "(1140). Dans les traits de Rome,
toute personne physique ou morale peut contester les dcisions dont elle est le destinataire et
celles "qui, bien que prises sous l'apparence d'un rglement ou d'une dcision adresse une
autre personne, la concernent directement et individuellement"(1141).
Concernant le recours en carence, les particuliers ne sont admis agir que si " l'une des
institutions a manqu de leur adresser un acte autre qu'une recommandation ou un avis"(1142).
C'est donc avec un sens aigu de l'euphmisme que l'on peut dire que " la situation des
requrants non privilgis est pour le moins peu assure "(1143).
Cependant les particuliers sans restriction peuvent tenter de faire agir un requrant privilgi.
Cette action s'exprime l'aide du droit de plainte devant la Commission et du droit de ptition
devant le Parlement d'une part, et par l'action du Mdiateur cr par le Trait de Maastricht,
d'autre part.
fondamental, P.U.F. 1989). Sur l'utilisation de ces recours par le Parlement, cf. M. CHAUCHAT, Le contrle
politique du Parlement Europen sur les excutifs communautaires, p. 264 & s, et 274 & s, L.G.D.J. 1989
1140.J. BOULOUIS Droit institutionnel des Communauts Europennes, p. 319-320, MONTCHRESTIEN 1993
1141.Ibid. Ces restrictions sont amoindries par la possibilit pour les particuliers de contester une rglementation
communautaire par la voie de l'exception d'illgalit, cf. M.C. BERGERES Contentieux Communautaire, p. 275
& s, Coll. Droit fondamental, P.U.F.1989
1143.Ibid. p. 198
318
Les caractristiques de ces procdures consistent dans "la foi" du particulier dans l'institution
saisie, car elles ne sont susceptibles de dboucher sur une action directe de celle-ci que si et
seulement si, elle y concde.
Le droit de plainte devant la Commission est "un pur produit de la pratique ... (qui) permet
la Commission d'exercer son rle de gardienne des traits et en mme temps de recueillir le
maximum de donnes sur l'tat actuel d'application du droit communautaire"(1145). Son
formalisme rduit explique son succs croissant (1146).
1144.M. CHAUCHAT Le contrle politique du Parlement europen sur les excutifs communautaires, p. 261,
L.G.D.J. 1989
1145.C. BLUMANN Les mcanismes non juridictionnels de protection des droits du citoyen europen, p. 236,
1146.Ibid. p. 239
1147.L. CARTOU Maastricht comment, 3me partie, LES PETITES AFFICHES 1992, n 24, p. 6
1148.Sur l'intervention du Parlement dans une procdure devant la Cour, cf. M. CHAUCHAT Le contrle
politique du Parlement europen sur les excutifs communautaires, p. 250 & s, L.G.D.J.1989
1149. Art. 138 E Trait sur l'Union Europenne sign Maastricht le 7/2/1992, Imprimerie nationale
319
des particuliers qui pourront le conduire en cas de constat de mauvaise administration saisir
l'administration responsable et transmettre un rapport au Parlement.
b) Le recours prjudiciel
L'absence de tribunaux communautaires rpartis sur l'espace europen est pallie ainsi par la
mise disposition du droit communautaire, du juge national, dont la fidlit communautaire
n'est pas assure par l'existence d'un recours contre ses dcisions devant la Cour de Justice.
Le recours prjudiciel confre exclusivement, c'est dire nonobstant les conclusions des
parties, au juge national le soin de saisir la Cour de Justice d'une demande d'interprtation ou
d'apprciation de validit d'une rgle communautaire. Cette exclusivit est constitue en
obligation lorsque la dcision, qu'il est appele rendre, est insusceptible de recours (1150).
C'est le cas pour les dcisions rendues par le Conseil d'Etat et la Cour de Cassation, mais
celles-ci ne marquent pas un empressement particulier en faveur de cette procdure (1151). Le
juge national n'tant pas subordonn professionnellement aux juges communautaires, il
dispose d'une autonomie certaine.
1151.M.F. BUFFET-TCHAKALOFF La France devant la Cour de Justice des Communauts Europennes, p. 25,
ECONOMICA, 1985
320
On voit donc qu'une fois encore l'accs au prtoire de la Cour n'est pas systmatique et qu'il
repose pour une large part sur la connaissance par les praticiens du droit, juges et conseils, du
droit communautaire (1152).
En dfinitive le citoyen communautaire europen apparat moins bien protg, que le citoyen
communautaire franco-africain voqu prcdemment dans la mesure o ce dernier pouvait
dfrer directement les rglements communautaires au Conseil d'Etat, juge administratif
communautaire, et les rglements de son Etat par la voie de cassation la mme juridiction.
L'impossibilit d'un recours direct contre les actes lgislatifs communautaires ou d'Etats
devant la Cour Arbitrale tait compense par la possibilit de voir l'application de ces actes
soumise l'apprciation d'un juge de cassation communautaire.
L'organisation du pouvoir normatif dans la Communaut prsente les deux aspects. Ordre
juridique la fois dconcentralis et dconcentr en matire lgislative, l'ordre communautaire
peut voluer partir de cette ambivalence, vers une organisation de type unitaire.
1152.Me CELICE L'utilisation du droit communautaire par les particuliers et leurs conseils juridiques, p. 177 des
Actes du Colloque "Quel droit en Europe? Quel droit pour l'Europe?", LA DOCUMENTATION FRANAISE,
1990
321
L'antinomie des termes n'est qu'apparente. En effet l'ordre juridique communautaire prsente
de faon imparfaite des caractres d'une organisation fdrale du pouvoir normatif notamment
par la division de la facult de statuer qu'il opre entre institutions communautaires et Etats
membres (Sous - paragraphe II), mais l'intrieur de la comptence personnelle des organes
communautaires, les organes des Etats membres apparaissent comme des autorits
dconcentres en ce qu'ils disposent d'une facult de statuer subordonne la volont des
organes communautaires (Sous - paragraphe I).
L'organisation dconcentre des communauts emprunte le modle allemand (A) en ce que les
organes des Etats membres sont appels mettre en oeuvre le droit communautaire (B)
Selon Y. MENY, parmi les " multiples variantes organisationnelles du partage des tches
entre administrations centrales et administration priphriques ... on peut distinguer trois
orientations possibles: l'option hirarchique dont la France constitue le prototype, l'option
322
Seuls nous intressent les deux dernires hypothses, qui font appel l'intervention des
organes tatiques dans le domaine fdral.
"L'option galitaire" implique que " la Fdration et les Etats sont chacun pour ce qui les
concerne responsables de l'administration de leurs comptences respectives "(1154). En d'autres
termes la conception et la mise en oeuvre du droit fdral relvent d'organes fdraux et
notamment d'une administration fdrale distincte de celle mise en place le cas chant par les
Etats fdrs. Ainsi " le fdralisme amricain peut tre dfini comme "vertical", c'est dire
que Fdration et Etats possdent des pouvoirs propres et indpendants dont chaque niveau
assume en principe l'entire responsabilit, de la lgislation jusqu' la mise en oeuvre "(1155).
Ce " dualisme, des communauts et des niveaux de gouvernement. ... doit permettre
"l'harmonie du tout""(1156).
Cette solution galitaire "ne correspond pas aux traditions europennes, celle de la Suisse et
de l'Allemagne o c'est l'administration dlgue qui prvaut"(1157). Ceci explique sans doute
que l'organisation des communauts europennes soit calque sur le modle allemand dans
lequel selon l'article 83 de la Constitution fdrale "les Lnder excutent les lois fdrales au
titre de leurs propres attributions"(1158). Considrant en outre que, nonobstant le partage de la
facult de statuer en matire lgislative entre Fdration et Etats, les lois d'un Etat sont pour
1154.Ibid. p. 334
1155.Ibid. p. 419
1156.M. CROIZAT Le fdralisme dans les dmocraties contemporaines, p. 33, Coll."Clefs" Politique,
MONTCHRESTIEN, 1992
1157.Ibid. p. 67
1158.Art.83 Constitution fdrale du 23/5/1949, "Les constitutions de l'Europe des Douze", textes rassembls par
l'essentiel (90%) des lois fdrales, il apparat que les Lnder "sont avant tout des chelons
administratifs"(1159).
Dans cette fonction d'excutants, les organes des Lnder sont des organes subordonns aux
organes centraux car selon l'article 37 de la Constitution fdrale "si un Land ne remplit pas
les obligations de caractre fdral qui lui incombent en vertu de la Loi fondamentale ou d'une
autre loi fdrale, le gouvernement fdral peut ... prendre les mesures ncessaires pour que le
Land soit tenu, par voie de contrainte fdrale, de remplir ses obligations, " notamment en
donnant "des instructions tous les Lnder et leurs autorits"(1160).
Ainsi que le constate les auteurs (1161), cette menace de coercition est accompagne par un
dveloppement croissant de la coopration entre la Fdration et les Etats fdrs, donnant
naissance ce que l'on appelle le fdralisme coopratif, qui en R.F.A. a t institutionnalis
dans le cadre des "tches communes"(1162).
1160.Art.37 Constitution de la R.F.A. du 23/5/1949, Les Constitutions de L'Europe des Douze, p. 24 & 25
1161.S. RIALS Destin du Fdralisme, p. 60 & s, L.G.D.J. 1986, M. CROIZAT Le fdralisme dans les
dmocraties contemporaines, p. 99 & s, MONTCHRESTIEN 1992, Y. MENY Politique compare, p. 445 & s,
MONTCHRESTIEN 1991
excution"(1163). Cependant cette rgle de l'autonomie institutionnelle est lie "la ncessit
d'assurer l'uniformit, la primaut et l'applicabilit directe du droit communautaire "(1164).
Le contrle des Communauts sur la mise en oeuvre par les Etats du droit communautaire se
manifestera aussi bien sur les organes tatiques dots d'une facult de statuer que sur ceux
dots d'une facult d'empcher.
1163.J.V. LOUIS L'ordre juridique communautaire, p. 165, Office des publications officielles des Communauts
Europennes, 1990
1164.Ibid.
1165.J. BOULOUIS Droit institutionnel des communauts europennes, p. 139, MONTCHRESTIEN 1993. La
majorit qualifie de 54 voix est obtenu en affectant le vote de chaque Etat d'un coefficient pondrateur.
325
La volont d'assurer l'effet utile du droit communautaire va se traduire par une mise l'cart
des organes lgislatifs tatiques et par un encadrement des actions tatiques.
Quelle que soit la volont affiche (1166), la ralit d'une marginalisation des Parlements
nationaux demeure (1167). Ceci est li la primaut du droit communautaire qui dans l'espace
europen devient la norme seconde, la loi, (1168) dans le champ des comptences
communautaires. Ds lors la "loi communautaire", nonobstant son absence de caractre
dmocratique et peut tre en raison de cela, ne doit pas tre confronte la "loi tatique". Le
caractre "dlicat" d'une telle confrontation et l'aspect plus rationnel de l'intervention des
excutifs est parfaitement soulign par J.V. LOUIS selon lequel " le caractre souverain du
pouvoir lgislatif semble peu compatible avec la fonction d'excution du droit
communautaire, la procdure lgislative rouvre le dbat politique sur le fond des dispositions
communautaires arrtes et la sanction de l'"insubordination" parlementaire est inefficace. En
revanche, la procdure excutive est, ... simple et rapide, l'excutif qui a particip
l'laboration de la rgle au niveau du Conseil est mieux mme d'en apprcier la porte, sa
mission spcifique est d'excuter des dispositions qui limitent son pouvoir et, enfin,
l'intervention du Gouvernement ne "dpossde" les Parlements que d'une comptence lie et
formelle "(1169).
1166.Il n'est pas indiffrent de noter que la dclaration annexe au trait de Maastricht et relative au rle des
Parlements nationaux dans l'Union Europenne n'envisage que " d'encourager une plus grande participation des
parlements nationaux aux activits de l'Union europenne " et ceci prend la forme d'une intensification de "
l'change d'informations entre les parlements nationaux et le Parlement europen " d'une part et de la mise
disposition " des propositions lgislatives de la Commission ... pour leur information ou pour un ventuel examen
", d'autre part; p. 53 Trait de Maastricht, Imprimerie des Journaux Officiels, Paris
1167.G. JOLY & D. QUINTY Le rle des Parlements Europen et Nationaux dans la fonction lgislative,
1169.J.V. LOUIS L'ordre juridique communautaire, p. 168, Office des publications officielles des Communauts
Europennes, 1990
326
Ds lors, le droit communautaire n'est pas sans effet sur l'organisation du pouvoir normatif en
France. Ceci se remarque aussi bien en matire de directives que de rglements. En effet,
l'excution des rglements communautaires tant considre comme l'excution d'une norme
premire, elle relve selon l'interprtation du Conseil d'Etat du pouvoir excutif (1172)
nonobstant les dispositions constitutionnelles rpartissant dans la Rpublique la facult de
statuer des organes centraux (Parlement - Gouvernement). En matire de directives, l'avis du
Conseil d'Etat du 20 mars 1964 permettait d'appliquer pour ces dernires, les dispositions
constitutionnelles concernant la distinction loi - rglement, mais il apparat que le rglement
constitue le moyen privilgi de mise en oeuvre du droit communautaire (1173). Dans ces
conditions, l'application en France de l'arrt de la C.J.C.E. du 25 mai 1982 selon lequel
"chaque Etat membre est libre de rpartir comme il juge opportun, les comptences sur le plan
1170.La Constitution du 27/10/1946 permettait dans son article 91 de s'assurer de cela l'occasion de l'examen de
1171.C.C.92-308 DC du 9/4/1992, R.D.P. 1992, p 608, Cf. dans le mme ouvrage p. 589, l'tude de Y.
LUCHAIRE qui note que le Conseil se dmarque de sa jurisprudence du 25/1/1985 propos de l'tat d'urgence
en Nouvelle Caldonie (dans cette dcision le juge a accept d'examiner la constitutionnalit d'un texte
l'occasion de l'examen de celui qui le modifiait, C.C.25/1/1985 Dcision 85-187 DC, A.J.D.A. 1985, p. 362, note
P. WASCHMANN). La rponse du Conseil rend compte aussi de la complexit de la question pose: devait-il
pour apprcier la constitutionnalit des traits se rfrer la constitution de 1946 ? Comme il ne pouvait pas
juger en qualit d'organe de contrle de la constitutionnalit institu par celle-ci, il devait au titre de sa
comptence dans la constitution de 1958 intgrer dans le bloc de constitutionnalit, la constitution de 1946; ce
qui aurait t pour le moins original!! Ceci n'est peut tre pas indiffrent au contenu de sa dcision.
1172.C.E. 22/12/1978 Syndicat viticole des Hautes Graves de Bordeaux, A.J.D.A. Mars 1979, p 40, et R.D.P.
1979; p 1753-1754, confirmant ainsi l'avis du Conseil d'Etat du 20/3/1964 sur cette question.
1173.G. JOLY et D. QUINTY Le rle des Parlements Europen et nationaux dans la fonction lgislative
interne et de mettre en oeuvre une directive au moyen de mesures prises par les autorits
rgionales ou locales"(1174), pourrait tre envisage et aurait un fondement constitutionnel:
l'article 72 de la Constitution (1175).
Cette mise l'cart des lgislatifs saccompagne d'une surveillance des dcisions tatiques en
matire communautaire.
La subordination des Etats dans la mise en oeuvre du droit communautaire et notamment des
directives ne rsulte pas exclusivement de l'application directe mais aussi des conditions
fixes pour la mise en oeuvre du droit communautaire par une autorit tatique dote d'une
facult d'empcher ou de statuer.
Les Etats membres sont tenus par les dlais fixs par les actes communautaires et
particulirement les directives, pour lesquelles l'absence de mise en oeuvre par le ou les
organes tatiques comptents, dans le dlai prvu dbouche sur l'applicabilit directe.
Par ailleurs les Etats membres sont lis quant la forme et aux moyens qu'ils utilisent pour
mettre en oeuvre le droit communautaire.
Ceci se manifeste tout d'abord par la volont d'viter tout risque de confusion quant la nature
communautaire ou nationale de la norme juridique. En effet la Cour de Justice considre
qu'aucun procd " par lequel la nature communautaire d'une rgle juridique serait dissimule
aux justiciables " (1176) n'est admissible. Cette jurisprudence de la Cour vise lui garantir
l'exclusivit de l'interprtation du droit communautaire, qui pourrait tre conteste par
l'intgration dans un texte national du droit communautaire.
1174.C.J.C.E.
25/5/1982 Commission c/ Pays-Bas, Recueil 1982, p. 1833, cit par J.V. LOUIS L'ordre juridique
communautaire, p. 173, Office des publications officielles des Communauts, 1990
1175.Cette ide n'est pas partage par tous, ainsi le rapport public du Conseil d'Etat pour 1992 rappelle que l'Etat
est le " responsable exclusif de la mise en oeuvre du droit communautaire ".cf. p. 250 Rapport public 1992, LA
DOCUMENTATION FRANAISE
1176.C.J.C.E. 10/10/1973 Variola, Rec. C.J.C.E. p. 990, cit par J.V.LOUIS L'ordre juridique communautaire, p.
Ensuite, la mise en oeuvre du droit communautaire doit tre effectue de telle faon que le
caractre contraignant du droit communautaire ne fasse pas de doute. Ceci "exclut le recours
de simples pratiques administratives par nature modifiables au gr de l'administration et
dpourvues de publicit adquate "(1177). La mise en oeuvre doit respecter les formes prvues
par le droit communautaire, telle l'obligation de motivation dont le non-respect est sanctionn
par le Conseil d'Etat (1178).
Si les organes tatiques dots d'une facult de statuer sont troitement contrls au point qu'ils
peuvent tre soumis une facult d'empcher exerce par un organe communautaire central
disposant d'une facult de statuer communautaire, les organes tatiques dots d'une facult
d'empcher sont chargs d'exercer leur facult au nom et pour le compte des Communauts.
1177.J. BOULOUIS Droit institutionnel des Communauts Europennes, p. 193, MONTCHRESTIEN 1993 et
1178.C.E.9/7/1993 Assoc. F.O. Consommateurs, Droit Administratif Aot - Septembre 1993, p. 13, n 403
1180.Art.7 Directive du Conseil du 10/7/1975, cite par J.V. LOUIS ouvrage prcit
1181.Directive du 17/4/1972 relative la politique agricole cite par J.V. LOUIS prcit p. 177-178
329
L'ensemble de ces lments montre la pertinence du propos de L.CARTOU qui crivait que "
pour l'excution du Trait, l'Etat apparat avec un second caractre qui lui est inhabituel: celui
d'un excutant hirarchiquement subordonn "(1183). La formule "L'Etat, degr d'une
hirarchie"(1184) s'imposera d'autant mieux que la primaut et l'effet direct du droit
communautaire constitueront la charpente du systme.
L'affirmation de l'effet direct du droit communautaire a permis de vaincre " le maintien, dans
une mesure plus grande que les textes ne le prvoyaient, de l'influence tatique au sein de la
Communaut "(1185); la conscration de la primaut du droit communautaire sera fonde sur le
mme constat qui "rend plus ncessaire, ..., la protection judiciaire directe des personnes
prives "(1186) (A). L'effet direct des directives consacrera la subordination des Etats membres
en matire communautaire (B).
Cette primaut sera affirme par l'arrt de la Cour Costa c. / Enel du 15/7/1964 (1187), soit peu
de temps aprs la reconnaissance de l'effet direct.
1184.Ibid.
1185.M. LAGRANGE Avocat gnral prs la C.J.C.E., cit par R. PINTO Les Organisations europennes, p. 275,
PAYOT 1965
1186.Ibid. p. 149
1187.C.J.C.E. 15/7/64 Costa c./ Enel, p 158, tome 1, Recueil des grands arrts de la C.J.C.E., DALLOZ 1991
330
L encore la Cour de Justice des Communauts va fonder sa dmarche sur "les termes et
l'esprit du trait" pour affirmer l'existence d'un ordre juridique communautaire "intgr au
systme juridique des Etats membres" qui en tant que tel "s'impose leur juridiction"
nonobstant "une mesure unilatrale ultrieure qui ne saurait lui tre opposable"(1188).
L'effet direct qui procurait aux " particuliers l'occasion d'une action efficace pour la
sauvegarde de leurs droits "(1189), trouve dans cette dcision un nouvel lan car " la primaut
donne au juge national, devant lequel ces particuliers se prsentent, la raison de passer outre
les obstacles de son propre droit "(1190).
Le principe de la primaut sera raffirm sans aucune ambigut puisque la Cour considrera
que le juge national "saisi dans le cadre de sa comptence, a l'obligation d'appliquer
intgralement le droit communautaire et de protger les droits que celui-ci confre aux
particuliers, en laissant inapplique toute disposition ventuellement contraire de la loi
nationale que celle-ci soit antrieure ou postrieure la rgle communautaire"(1191).
Effet direct et primaut du droit international sont fonds selon la Cour sur le souci de
prserver les droits des particuliers et permettent de " dvelopper "une identit juridique" du
citoyen europen "(1192). La place de cette proccupation dans les dcisions de la Cour fonde
la reconnaissance de l'effet direct des directives.
1188.Ibid. p. 158
1189.Commentaire sous l'arrt Costa c./Enel, p. 163, tome 1, Recueil des grands arrts de la C.J.C.E.,DALLOZ
1991
1190.Ibid. p. 163
Les traits font participer les Etats membres la production normative communautaire de
faon essentielle dans le cadre des directives. En effet la comptence personnelle reconnue
aux Communauts laisse place des organes tatiques auxquels des facults de statuer en
matire communautaire sont reconnues par l'article 14 du trait C.E.C.A. et les articles 189 et
161 des traits C.E.E. et C.E.E.A.
Ces facults de statuer reconnues des organes tatiques en matire communautaire s'exercent
en vue d'un rsultat dtermin par la directive, l'Etat membre tant libre du choix de la forme
et des moyens pour y parvenir.
Cependant pour respecter le principe de la comptence exclusive que nous avons pos pour
dfinir les notions de centralisation et dcentralisation, cette reconnaissance d'une facult de
statuer en matire communautaire au profit d'organes tatiques doit tre accompagne de sa
subordination celle reconnue aux organes communautaires centraux.
Les institutions communautaires ne disposant pas d'un pouvoir personnel sur les organes des
Etats membres, cette subordination se manifestera par la reconnaissance de l'applicabilit
directe des directives, traduisant ainsi un vritable pouvoir de substitution des organes
communautaires aux organes tatiques.
Cette applicabilit directe pose par la Cour de justice se heurtait aux juridictions nationales et
particulirement au Conseil d'Etat franais (1). Cependant les juridictions nationales vont
voluer progressivement vers l'admission de cet effet direct des directives, admission que le
trait de Maastricht va rendre plus aise en supprimant l'un des moyens de rsistance (2).
La Cour de Justice consacre, par cette affirmation de l'effet direct des directives, un vritable
pouvoir de substitution au profit des organes communautaires. Cet aspect n'est peut-tre pas
332
indiffrent pour justifier l'attitude initiale du Conseil d'Etat, en ce qu'il implique une atteinte
la sparation des pouvoirs telle que la conoit la Haute juridiction administrative franaise.
L'applicabilit directe des directives va tre reconnue clairement dans l'arrt Van DUYN (1193)
de la Cour de Justice aprs qu'elle ait reconnu dans l'arrt St S.A.C.E., la possibilit pour un
particulier de se prvaloir du dlai inscrit dans une directive (1194).
Pour la doctrine et les gouvernements des Etats membres, "il fallait conclure a contrario de
l'article 189, alina 2, relatif au rglement, que les dcisions adresses aux Etats membres et
les directives n'avaient pas d'effet direct. La Cour de justice ... n'a pas suivi ce mode de
raisonnement. Elle s'est prononce en faveur de l'effet direct "vertical" des dcisions et
directives"(1195).
Cet effet direct repose sur l'absence "des mesures d'excution requises" ou sur "des mesures
non conformes une directive"(1196). Ces deux lments supposent d'une part qu'un dlai soit
donn pour l'excution de la directive et avant l'expiration de ce dlai, selon la Cour, la "
directive ne saurait produire d'effet "(1197), et d'autre part que soit vrifie la conformit des
1193.C.J.C.E. 4/12/1974 Van Duyn, Rec. C.J.C.E. p. 1337. Dans cet arrt la Cour reprend le raisonnement tenu
dans l'arrt Grad propos des dcisions (C.J.C.E. 6/10/1970 Grad, recueil des Grands Arrts de la C.J.C.E., p.
37)
1194.C.J.C.E. 17/12/1970 St S.A.C.E. Recueil des grands arrts C.J.C.E. p. 42, DALLOZ 1991
1195.J.V. LOUIS L'ordre juridique communautaire, p. 119, Office des publications officielles des Communauts,
1990
1197.J. BOULOUIS Droit institutionnel des Communauts europennes, p. 239, MONTCHRESTIEN 1993; cf.
mesures d'excution (1198) et plus gnralement du droit national avec les dispositions de la
directive (1199).
Le Conseil d'Etat a, selon l'interprtation qu'en a donne la doctrine, sonn la charge contre
cette interprtation des traits dans son "arrt Cohn - Bendit" en dclarant " que si ces
directives lient les Etats membres "quant au rsultat atteindre" et si, pour atteindre le rsultat
qu'elles dfinissent, les autorits nationales sont tenues d'adapter la lgislation et la
rglementation des Etats membres aux directives qui leur sont destines, ces autorits restent
seules comptentes pour dcider de la forme donner l'excution des directives et pour fixer
elles-mmes, sous le contrle des juridictions nationales, les moyens propres leur faire
produire effet en droit interne; qu'ainsi, ..., les directives ne sauraient tre invoques par les
ressortissants de ces Etats l'appui d'un recours dirig contre un acte administratif
individuel"(1200).
"L'esprit de rbellion" (1201) qu'exprimait cet arrt tait tout relatif car "l'arrt Cohn - Bendit
ouvrait la possibilit qu'une directive soit invoque l'appui d'un recours dirig contre une
mesure rglementaire contraire une directive "(1202).
Le fondement de ce refus de l'effet direct des directives tient au fait que selon le juge, le droit
communautaire n'est pas intgr au bloc de constitutionnalit. Ceci rsulte de la jurisprudence
qui refuse de considrer que le contrle d'une norme nationale au regard d'une norme
1198.C.J.C.E. 1/2/1977 Verband des Nederland Ondernemigen, rec. C.J.C.E. p. 127 (affaire dite des biens
d'investissement). Le juge vrifie si la mise en oeuvre est reste " dans les limites d'apprciation trace par (la)
directive " J. BOULOUIS Droit institutionnel des Communauts europennes, prcit, p. 238 et J.V. LOUIS
L'ordre juridique communautaire, prcit, p. 121
1199.C.J.C.E. 7/7/1981 REWE, Rec. C.J.C.E. p. 1837-1838, cit par J.V.LOUIS, L'ordre juridique
1200.C.E.22/12/1978 Cohn-Bendit, A.J.D.A. 1979, p. 41. Cette jurisprudence a t confirme rcemment, cf.
C.E.14/12/1992 Commune de FRICHE-MESNIL, Droit administratif, Fvrier 1993, p. 8, n+ 68, propos d'une
tude d'impact
1202.Ibid. p. 122
334
S'agissant alors d'apprcier si les conditions de la supriorit reconnue par la Constitution aux
traits sont runies, le juge est amen reconnatre la ncessit d'une intgration de la norme
internationale et notamment communautaire dans l'ordre national. En effet cette supriorit
n'est reconnue qu'aux normes internationales rgulirement ratifies ou approuves et sous
rserve de leur "application par l'autre partie"(1204).
1203.Cf. C.C.15/1/1975 I.V.G., recueil des grandes dcisions du C.C., p. 357, SIREY 1975, dans laquelle le juge
reprenant les dispositions de l'article 55 de la Constitution, considre que " la supriorit des traits sur les lois,
..., prsente un caractre la fois relatif et contingent " et qu'ainsi " une loi contraire un trait ne serait pas, pour
autant, contraire la Constitution; ..."
Par ailleurs, dans ces conclusions relatives l'arrt NICOLO (C.E.20/10/1989) , le Commissaire du
Gouvernement FRYDMAN, avec des motifs diffrents, ritre cette affirmation qui le conduit dclarer que la
suprmatie de la norme internationale " n'a pas en elle-mme entendu faire de la mconnaissance d'un trait par le
lgislateur une cause d'inconstitutionnalit de la loi. Adopter la thse inverse reviendrait d'ailleurs inclure dans
le bloc de constitutionnalit, ... l'ensemble des traits internationaux, ..."(soulign par nous): cf. R.F.D.A. 1989 p.
816
1204.Art.55 Consitution franaise du 4/10/1958. Pour F. HERVOUET "la question de l'application par les autres
parties ne se pose pas ..."; cette affirmation est contestable parce que le droit communautaire est l'origine du
droit international, d'une part et les traits mettent en place une procdure en constat de manquement d'Etat,
dmontrant ainsi que la question se pose effectivement, d'autre part; cf. F. HERVOUET Politique
jurisprudentielle de la Cour de justice et des juridictions nationales. Rception du droit communautaire par le
droit interne des Etats, R.D.P. 1992, p. 1270
335
Cette attitude est possible du fait de son intervention a priori (1206) mais elle n'est gure
compatible avec l'volution constate dans le comportement des juges nationaux chargs de
la mise en oeuvre du droit communautaire et notamment du droit driv.
Le juge administratif franais va reconnatre la supriorit du trait sur une loi contraire (1207)
et l'applicabilit directe des directives en droit franais imposant l'abrogation d'un rglement
(1208) et la mise l'cart de la loi qui autorise le Gouvernement fixer le prix du tabac (1209).
1205.F. HERVOUET, Politique jurisprudentielle de la Cour de justice et des juridictions nationales. Rception du
droit communautaire par le droit interne des Etats, p. 1268, R.D.P. 1992
1206.Ibid.
1208.C.E. 3/2/1989 Cie Alitalia, R.F.D.A. 1989, p. 391, Concl. N.CHAHID-NOURA, notes de L. DUBOUIS &
de O. BEAUD
1209.C.E. 28/2/1992 St anonyme Rothmans International France, R.F.D.A. 1992, p. 425, note L.BOULOUIS
1210.P. FRYDMAN Conclusions sur l'arrt NICOLO prcit, R.F.D.A. 1989, p. 816
1211.Ibid. p. 817
336
Or ceci implique ncessairement une lecture dualiste de la constitution de 1958, en phase ici
avec le Conseil Constitutionnel. Ceci ressort des conclusions du Commissaire du
Gouvernement FRYDMAN (1212) concernant la condition de rciprocit, de celles du
Commissaire du Gouvernement CHAHID-NOURAI (1213) concernant la date d'entre en
vigueur de l'obligation de rsultat fixe par la directive, de celles du Commissaire du
Gouvernement REY relatives au caractre suffisamment prcis de leur contenu (1214).
En toute logique avec cette jurisprudence, le juge administratif a t ainsi conduit interprter
la norme internationale, domaine normalement rserv l'Excutif, mais dans lequel le juge
s'est insr (1215). Le Conseil d'Etat a par ailleurs apport un dbut de rponse au Professeur
J.F. LACHAUME, qui, dans sa note sous l'arrt G.I.S.T.I. s'interrogeait " sur certains aspects
du rgime juridique des traits ..."(1216) et particulirement sur les conditions " de
l'introduction du trait ou de l'accord international dans l'ordre juridique interne ". En effet le
Conseil d'Etat a limit son contrle sur une dcision de suspension d'un acte international
celui de l'existence de la dcision et de sa publicit (1217).
1212.Ibid. p. 821
1213.N.CHAHID-NOURAI conclusions sur l'arrt Cie Alitalia, R.F.D.A. 1989, p. 401 & s
1214.J.L. REY Conclusions sur le jugement du T.A. de PAU 2/12/1992, R.F.D.A.1992, p. 283. Ce contrle de
l'applicabilit de la directive tait contenu dans la jurisprudence Cohn-Bendit puisque le Conseil d'Etat cartait
l'application de la directive " quelles que soient d'ailleurs les prcisions qu'elles contiennent l'intention des Etats
Membres " cf. A.J.D.A. Mars 1979, p 41
1216.Ibid. p. 937
1217.C.E.18/12/1992 Prfet de la Gironde c/ M.MHAMEDI, R.F.D.A.1993, p.. 333, Concl. F. LAMY et note D.
RUZIE
1219.C.C.30/12/1980 Dcision 80-126 Loi de finances pour 1981, R.D.P. 1982, p 150, note L. PHILIP p. 127,
propos des droits applicables aux alcools dans la loi de finances dans le cadre de la lgislation des communauts
1221.B. GENEVOIS Le droit international et droit communautaire, p. 210, Actes du colloque Conseil
1222.J. BOULOUIS souligne la " croissance considrable des arrts de la Cour sur des actions en manquement
d'Etat " attestant ainsi " d'une lvation progressive du degr de rsistance tatique l'observation du droit
communautaire ". Droit institutionnel des Communauts europennes, p. 347-348, MONTCHRESTIEN, 1993
1223.C.J.C.E. 14/12/1971 Commission c/Gouvernement de la Rpublique franaise, Recueil des Grands Arrts
Cour ait voulu se donner une arme additionnelle l'action en manquement en vue de
"convaincre" les Etats du ncessaire respect du droit communautaire et de la mise en oeuvre
des obligations en dcoulant selon elle.
Le principe contenu dans cette dcision, peut-il comme le pense E. PICARD constituer
l'annonce d'une intgration du droit communautaire en gnral dans le bloc de
constitutionnalit? Une telle ventualit pourrait tre une solution aux contradictions
souleves prcdemment mais cela suppose de ne pas prendre en considration que
1224.C.C.92-312 DC du 2/9/1992 Trait sur l'Union europenne, R.F.D.A. 1992, p. 950. Le Conseil tait saisi ici
1225.E. PICARD Vers l'extension du bloc de constitutionnalit au droit europen ? R.F.D.A. 1993, p. 47 & s
1226.La prvision de cette loi organique laisse supposer que la rforme sera mise en oeuvre par une directive
comme semble le confirmer la proposition ancienne (23/10/1989) de la Commission d'une directive sur " le droit
de vote des ressortissants des Etats membres aux lections municipales "cf. F. LUCHAIRE L'Union Europenne
et la Constitution, R.D.P. 1992, p. 941
339
l'hypothse de l'article 88-3 est particulire car fonde sur un renvoi exprs au trait, d'une part
et d'occulter l'article 55 de la Constitution et notamment la disposition relative la rciprocit,
d'autre part.
Ces lments sans liminer toute ambigut, sont de nature permettre au Conseil
Constitutionnel et autres juridictions nationales d'carter l'article 55 de la Constitution en
matire communautaire, supprimant ainsi tout risque de divergence entre la Cour de Justice et
ces juridictions.
Ceci permettra au droit communautaire pos par une directive de faire cran, obstacle
l'application du droit national et notamment l'application de principes structurant notre droit
tels celui de la libert du commerce et de l'industrie ou celui d'galit l'instar de ce que
dcrivait R. KOVAR propos de l'application des rglements communautaires par le juge
administratif (1229).
Progressivement sur ces piliers, primaut et effet direct du droit communautaire, s'est
organise la dconcentration lgislative communautaire. Or comme nous avons vu que la
1227.F. LUCHAIRE dans son article "L'Union Europenne et la Constitution (R.D.P. 1992, p. 933) a soulign que
cette rserve de rciprocit tait " "un facteur de complication" (Ibid. p. 940). S'agit-il d'une rserve relative
l'entre en vigueur du trait (cf. dcision 92-308 DC du C.C. du 9/4/1992) ou d'une rserve concernant son
applicabilit ? Pour F. LUCHAIRE la rciprocit en cause concerne la ratification du trait par les parties et non
les conditions de son application (Ibid. p. 962).
1228.C'tait l'opinion du Gouvernement comme l'avait exprim devant la commission de l'Assemble Nationale, le
garde des Sceaux M. VAUZELLE (Rapport A.N. n 2676 de G.GOUZES, p. 43, Docs. A.N. Seconde session
ordinaire 1991-1992). Le Snat n'a pas apprhend ainsi cette condition de rciprocit qui pour lui renvoie
l'article 55 de la Constitution (Rapport Snat n 375 de J. LARCHE p. 80, Docs. Snat Seconde session ordinaire
de 1991-1992)
1229.R. KOVAR Le droit national d'excution du droit communautaire: Essai d'une thorie de l'"cran
La garantie des facults de statuer des Etats membres repose la fois sur la reconnaissance de
celles-ci par un organe juridictionnel communautaire et sur la possibilit pour les Etats
membres de s'opposer la loi communautaire. L'exercice du recours en annulation et du
renvoi prjudiciel qui constituent le premier moyen, a dj t tudi; il reste examiner si les
Etats membres peuvent s'opposer directement une "loi communautaire".
La notion tait contenue en filigrane dans les trait C.E.C.A. et C.E.E. (1230); le premier
prvoyant l'article 5 que "la Communaut accomplit sa mission ... avec des interventions
limites", le second concernant les directives prvoit qu'elles lient simplement "quant au
rsultat atteindre". Elle n'avait pas, semble-t-il, t un instrument utilis par la Cour de
Justice pour limiter les comptences communautaires au regard des Etats membres, mais tout
au plus pour contraindre les institutions communautaires observer la rgle de la
proportionnalit (1231).
1230.F. BERGER Le principe de subsidiarit en droit communautaire, p. 41, LES PETITES AFFICHES 1992, n
79
1231.Ibid. p. 42
341
1233.Art.3B trait de Maastricht: " La Communaut agit dans les limites des comptences qui lui sont confres et
des objectifs qui lui sont assigns par le prsent Trait. Dans les domaines qui ne relvent pas de sa comptence
exclusive, la Communaut n'intervient, conformment au principe de subsidiarit, que si et dans la mesure o les
objectifs de l'action envisage ne peuvent tre raliss de manire suffisante par les Etats membres et peuvent
donc, en raison des dimensions ou des effets de l'action envisage, tre mieux raliss au niveau communautaire.
L'action de la Communaut n'excde pas ce qui est ncessaire pour atteindre les objectifs du prsent Trait ".
1234. Prsentant le principe, la Commission pour le dfinir crit: " Le trait propose dans un article spcifique
l'approche suivante: il prcise que la Communaut agit " dans les limites des comptences qui lui sont confres
...". Pour le reste, c'est dire " dans les domaines qui ne relvent pas de sa comptence exclusive, ...".
Commission Europenne - Bureau de reprsentation en France, L'Union europenne-le trait de Maastricht, p.
30, Fvrier 1992
342
Le principe de subsidiarit serait susceptible d'avoir une relle efficience dans la prservation
des facults de statuer tatiques si sa mise en oeuvre pouvait relever d'organes des Etats
membres. Or pour l'instant son application est confie la Cour de Justice, organe central,
dont la Commission nous dit, qu'elle devrait limiter son contrle sur le respect du principe, en
ne sanctionnant que l'erreur manifeste d'apprciation (1235). Les projets de contrle politique
du principe de subsidiarit alimentent les conversations, mais leur crdibilit apparat rduite,
dans la mesure o le Snat europen, que l'on voque ce propos, ne disposerait pas d'un droit
de veto d'une part et qu'il s'agirait encore d'un organe central, d'autre part (1236).
La porte restreinte du principe de subsidiarit apparat aussi dans les conditions de sa mise en
oeuvre.
Selon les termes du trait, l'intervention de la Communaut est subordonne deux conditions
cumulatives:
Ces deux conditions montrent bien l'ambigut du principe de subsidiarit qui "permet
d'largir l'action de la Communaut lorsque les circonstances l'exigent et, inversement de la
restreindre lorsqu'elle n'est plus justifie" (1237). L'largissement ou la diminution de la
comptence communautaire sera donc fonction de l'interprtation de ces deux conditions, ce
qui met plus encore en vidence l'importance de celui ou ceux qui seront appels formuler
cette apprciation.
1235.Ibid. p. 31
1236.F. BERGER Le principe de subsidiarit en droit communautaire, p. 43, LES PETITES AFFICHES, n 79,
1992
1237.Conseil Europen d'Edimbourg du 12/12/1992, cit dans le rapport public du Conseil d'Etat pour 1992, p. 25,
LA DOCUMENTATION FRANAISE
343
Si ce devait tre la Cour de Justice et afin que le principe de subsidiarit ait une porte relle,
il faudrait que l'intervention communautaire fasse suite un constat de manquement d'Etat,
procdure visant justement constater le dfaut de respect de ses obligations conventionnelles
par un Etat. En effet, cette procdure permettrait de rapporter l'absence de satisfaction aux
objectifs du trait, d'une part et l'incapacit de l'Etat d'y satisfaire seul, d'autre part. Le
caractre contradictoire de la procdure favoriserait aussi la mise en oeuvre du principe de
subsidiarit, mme si la dcision relevait exclusivement de la Cour (1238).
Le respect de cette procdure pralable, par laquelle la Cour de Justice rapporterait l'existence
de l'insatisfaction des objectifs du trait, ne semble pas devoir tre retenue pour deux motifs
essentiels. Le premier a trait au fait que la procdure en manquement d'Etat est traite de faon
"diplomatique" par la Commission, comme en atteste " le nombre de procdures engages par
la Commission et le nombre des arrts rendus "(1239). Ce caractre "diplomatique" n'apparat
pas compatible en raison de son aspect individualiste, avec le caractre gnral et objectif
prsent par la prservation de la facult de statuer des Etats membres. En tout tat de cause,
mme si la procdure du manquement d'Etat constituait le pralable ncessaire l'intervention
communautaire, il reviendrait la Cour de justice d'en constater la ralit, aboutissant
dplacer en aval de l'intervention des institutions sa justification, conduisant ainsi la Cour
s'octroyer une part dans le droit d'initiative que les traits rservent la Commission.
1238.En Autriche, ce dbat contradictoire existe lorsqu'il y a discussion sur la comptence respective des organes
centraux et non centraux, cf. C.S. DOUIN Le fdralisme autrichien, p. 136, L.G.D.J.1977. Il convient de
rappeler cet gard que l'intervention des Etats membres dans une procdure devant la Cour de justice des
Communauts est admise, ce qui dans notre hypothse permettrait l'instar du systme autrichien, d'largir le
dbat mme si d'aucuns considrent que cela " rintroduit un important lment subjectif " M. ISAAC cit par
M.C. BERGERES Contentieux communautaire, p. 107, Coll. Droit fondamental, P.U.F.1989
1239.M.C. BERGERES Contentieux communautaire, p .180, Coll. Droit fondamental, P.U.F. 1989. L'auteur fait
Les parlementaires franais marginaliss, peut tre plus encore que leurs collgues des autres
Etats membres, ont ragi afin de n'tre pas totalement absents des dbats europens. Cette
raction s'est manifeste par la cration dans chaque assemble d'une dlgation parlementaire
pour les Communauts europennes (1240). Ces dlgations ont exclusivement une mission
d'information des assembles sur l'activit des communauts et pour leur permettre d'exercer
leur activit, "le Gouvernement leur communique, ds leur transmission au conseil des
Communauts, les projets de directives et de rglements et autres actes communautaires ...
"(1241).
1) L'initiative du Snat
1240.loi
79-564 du 6/7/1979 modifiant l'ordonnance 58-1100 du 17/11/1958 relative au fonctionnement des
assembles parlementaires, J.O. Juillet 1979, p. 1643
1242.C.C.9/4/1992 Dcision 92-308 DC, cf. F.LUCHAIRE L'Union europenne et la Constitution, R.D.P. 1992, p.
589
1243.Eneffet le Conseil Constitutionnel a accept de contrler la constitutionnalit d'un acte international soumis
approbation parlementaire, cf.C.C.29 & 30 dcembre 1976 Dcision 76-71 DC relative l'lection de
l'Assemble europenne, R.D.P. 1977, p. 129 & s, note L. FAVOREU et L. PHILIP
345
cette possibilit aux actes communautaires. Or, ainsi que nous l'avons vu et que le rappelle F.
LUCHAIRE " les actes communautaires ne sont pas soumis l'approbation des Etats "(1244) en
raison de l'effet direct du droit communautaire.
Manifestement ces accords qui ne sont pas des actes communautaires au sens strict (1249) sont
susceptibles de permettre aux parlementaires franais d'agir sur le Gouvernement de la
1245.J. BOULOUIS Droit institutionnel des Communauts europennes, p. 201, MONTCHRESTIEN 1993
1246.Ibid. p. 200
1247.ex l'art. 220 du trait C.E.E. prvoit: "Les Etats membres engageront entre eux, en tant que de besoin, des
1249.Ibid. L'auteur remarque et ce n'est pas indiffrent ici, que l'affaire de l'A.E.T.R. montre que la Cour se rserve
Cependant cette modification constitutionnelle ne doit pas tre survalue, d'une part parce
que le Conseil Constitutionnel pouvait tre saisi par la voie de l'article 61 (1250), et d'autre part
parce que l'efficacit de l'article 54 au regard du principe de subsidiarit, est trs rduite
puisqu'elle permet la saisine du Conseil avant l'approbation parlementaire et non avant la
signature de l'acte international. L'accord de SCHENGEN sign le 14 juin 1985 et dont la loi
de ratification a donn lieu saisine du Conseil sur la base de l'article 61, dmontre la faible
porte de la modification de l'article 54, puisque les parlementaires ont t dans ce cas
longtemps ignors (1251).
1251.M. CHAUCHAT Schengen ou l'limination des frontires physiques, p. 29, R.J.C.O., numro spcial Avril
1992
347
Cette inquitude gouvernementale explique que cette tentative d'institution d'une facult
d'empcher les organes communautaires n'ait pas abouti avec la complicit de parlementaires,
qui redoutaient la contestation de l'esprit de la Constitution, qu'une telle autorit parlementaire
impliquait.
Le texte adopt par le Parlement constitue politiquement une avance limite, qui exprime en
outre le pitinement de l'instauration juridique d'une relle facult d'empcher au profit des
Etats membres. En d'autres termes la procdure est marginale tant dans l'ordre interne que
communautaire.
1252.cf. Rapport n 2676 de G.GOUZES au nom de la Commission des lois ...sur le projet de loi constitutionnelle
ajoutant la Constitution un titre: " De l'Union europenne", p 93 & s, Assemble Nationale, 2de session
ordinaire 1991-1992
1253.Ibid. p. 81-82
348
L'article 88-4 de la Constitution rvise ne prvoit la soumission aux Assembles que des
actes communautaires "comportant des dispositions lgislatives " et le Conseil Constitutionnel
considre qu'il s'agit d'actes " portant sur les matires que l'article 34 rserve la loi "(1256).
Le Snat, examinant la loi adopte par la chambre basse, aura donc eu beau jeu de souligner
que le texte qui lui tait transmis par l'Assemble Nationale ne faisait d'une part, que
constitutionnaliser " un dispositif dj en vigueur ", en se rfrant l'ordonnance 58-1100 du
17/11/1958 relative au fonctionnement des assembles et d'autre part qu'il tait plus restrictif
1254.Ceci n'est pas indiffrent la place des Parlements reconnue par le Trait
que les dispositions en vigueur puisqu'il ne vise que "les actes communautaires de caractre
lgislatif"(1257).
Par ailleurs le Gouvernement n'est tenu de suivre cette procdure que pour les propositions
d'actes communautaires, ce qui par renvoi la procdure dcisionnelle communautaire, ne
vise que les propositions de la Commission et ignore donc les hypothses dans lesquels le
Conseil joue le rle d'une structure de coopration intergouvernementale.
Enfin et peut-tre plus fondamentalement, la rvision vite soigneusement que l'avis des
Assembles soit politiquement trop lourd. Le terme "rsolution" utilis dans l'article pourrait
laisser croire par rfrence la pratique de la Troisime Rpublique, que le Gouvernement
serait contraint par leur contenu. Cette ide audacieuse a t repousse par le Conseil
Constitutionnel qui a rappel cet gard (1258) une jurisprudence ancienne (1259).
L'influence relativement limite des rsolutions dcoule du fait que " cette "soumission" ne
donnera pas lieu une loi vote par le Parlement, mais des rsolutions que chaque
Assemble peut prendre soit en sance plnire, soit par une dlgation spcialement dsigne
cet effet; ... Or (la constitution) mme rvise ne modifie ni le rgime des sessions, ni la
priorit reconnue l'ordre du jour voulu par le Gouvernement ... ; celui-ci aura donc une
certaine possibilit pratique d'viter des dbats en Assemble plnire..."(1260).
Cette nouveaut demeure donc d'une porte relative en droit interne. Dans l'ordre
communautaire, elle est dpourvue d'effet.
1257.Rapport n 375 de J. LARCHER fait au nom de la Commission des lois ..., p. 84-85, Snat, 2de session
ordinaire 1991-1192
1258. C.C. Dcision 92-314 du 17/12/1992 et Dcision 92-315 du 12/1/1992, R.D.P. 1993, p. 315 et s, cf. l'tude
Afin que les dispositions de l'article 88-4 de la Constitution aient une porte relle, il faudrait
que leur violation porte atteinte la lgalit de la dcision communautaire.
Or ce jour la Cour de Justice sanctionne uniquement les dfauts de consultation prvues par
les traits, ce qui exclut donc la violation de l'article 88-4 de la Constitution franaise (1261),
l'absence de consultation des Assembles franaises n'apparaissant pas assimilable la
consultation du Parlement europen, prvue elle par les traits et reconnue ce titre comme
formalit substantielle (1262).
Par ailleurs pour admettre le vice de forme substantielle, il faudrait considrer que le dfaut de
consultation des Assembles affecte la comptence du reprsentant du Gouvernement franais
au sein du Conseil des Ministres de la Communaut (1263).
Cette ide n'tait pas absente des dbats parlementaires et particulirement au Snat qui
considrant que " les Parlements nationaux sont les meilleurs garants ..., du principe de
subsidiarit "(1264), proposait d'accorder aux Assembles le droit de voter " des rsolutions
qui, sans avoir un effet impratif, ont une valeur plus qu'indicative "(1265). Finalement retenu
1261.sur la violation des formes substantielles, cf. M & D WAELBROEK Le recours en annulation, n 68 & s,
1263.Lors de la discussion de la rvision constitutionnelle, il avait t indiqu que " le Folketing danois peut
dfinir des positions de ngociation dont le Gouvernement ne peut s'carter qu'avec son accord ", le dput (de
l'opposition) qui faisait ce constat ajoutait: " Cette procdure, d'ailleurs contraire l'esprit des institutions
franaises, parait trop contraignante. Elle ne serait pas sans danger pour le fonctionnement des Communauts si
elle devait se gnraliser tous les membres ". Observations de M. ALPHANDERY au nom de la commission
des Finances, p 32, Annexe au rapport n 2676 de G. GOUZES relatif au projet de loi constitutionnelle ajoutant
la Constitution un titre " de l'Union europenne, A.N.2de session 1991-1992
1264.Rapport n 375 de J. LARCHE au nom de la Commission des lois sur le projet de loi constitutionnelle ..., p.
48, Snat, 2de session ordinaire 1991-1992
1265.Ibid. p. 53
351
dans la rdaction propose par le Snat, aprs de nombreux dbats sur la distinction avis -
rsolution, l'article 88-4 ne constitue pas " un obstacle autre que d'opportunit "(1266). Le
Conseil Constitutionnel saisi des rglements des Assembles dans le cadre de la mise en
oeuvre de l'article 88-4, a signifi tous les interlocuteurs " que la rsolution consiste
"mettre un avis"; en consquence, la rsolution "ne saurait porter atteinte aux prrogatives du
Gouvernement ", c'est dire qu'elle ne lie ni le Prsident de la Rpublique, ni le
Gouvernement que la Constitution charge de dterminer et de conduire la politique de la
Nation ... ou de ngocier et de ratifier les traits ..., simple avis, la rsolution n'a donc pas de
consquence juridique "(1267).
L'absence d'une facult d'empcher des Etats membres s'exerant sur la facult de statuer
communautaire empche que l'ordre juridique communautaire soit dit fdral. C'est une
hypothse de "dconcentralisation" lgislative qui connat en outre une organisation
dconcentre de la facult de statuer communautaire. Le dveloppement de cette dernire, en
l'absence d'une facult d'empcher tatique, conduira les Communauts plus encore vers le
modle allemand, c'est dire vers une subordination hirarchique du pouvoir normatif
tatique au pouvoir normatif communautaire, ce que d'aucuns appellent le fdralisme
horizontal, " en ce sens qu' l'exception de quelques comptences entirement dvolues aux
Lnder ..., la division passe entre le pouvoir lgislatif d'une part, dtenu pour l'essentiel par le
Bund et d'autre part l'excution, l'administration des dcisions tant fdrales que fdres
confies quasi exclusivement aux Lnder "(1268).
La place de la France " collectivit locale " dans la Communaut Franco - Africaine et dans
l'Union Europenne montre que la dcentralisation est aussi difficile accorder (Communaut
Franco - Africaine) qu' obtenir (Union Europenne).
1266.G. GOUZES cit par F. LUCHAIRE L'Union europenne et la Constitution - Les rglements des
1267.F. LUCHAIRE L'Union europenne et la Constitution - Les rglements des Assembles, p. 304, R.D.P. 1993
Nous entrons l, dans un large domaine, car il apprhende aussi bien les collectivits locales
que les hypothses dites de dcentralisation par services qu'elles s'expriment sous la forme de
l'tablissement public ou des personnes prives grant un service public.
Ce choix, en raison des nombreuses tudes publies, n'exclut pas une impression de rptition,
que notre perspective particulire permet, nous semble-t-il, de dpasser. L'tude des
collectivits locales dans notre pays, montre que leur statut n'arrive jamais, sauf hypothses
isoles en matire rglementaire, dboucher sur une dcentralisation, telle que nous l'avons
dfinie. En effet, la France est la fois dconcentre en matire lgislative et rglementaire
(Section I) et dconcentralise en matire rglementaire (Section II).
I) La dconcentration lgislative
" Dterminer le rgime lgislatif d'un pays, c'est dsigner les organes chargs d'dicter des
rgles pour ce pays et fixer leurs pouvoirs respectifs. Or lorsqu'il s'agit des pays d'outre-mer
faisant partie de la Rpublique Franaise ... des problmes particuliers se posent ce sujet. Sur
bien des points, en effet la lgislation de ces pays doit tre diffrente de celle de la mtropole.
La question apparat donc de savoir si cette lgislation spciale doit maner, en tout ou partie,
des mmes organes que celle de la mtropole ou d'organes diffrents "(1269).
L'affirmation du principe de spcialit lgislative est le rsultat d'une volution historique (1).
Le principe implique l'existence d'un domaine dans lequel la norme centrale n'est pas
applicable sans une volont expresse des organes centraux (2).
Annexs et loigns, les territoires d'outre-mer ne pouvaient tre grs directement par la
mtropole. Ces caractres physiques et politiques des territoires induiront en effet la
reconnaissance d'une spcificit territoriale en matire normative partir du XVIII me sicle,
qui permettra "dans les colonies, (de couvrir) un systme d'exploitation, esclavagiste d'abord,
d'hommes libres devenus "sujets" ensuite"(1270).
1270.M. BOURJOL Rflexions sur le pouvoir d'Etat et le pouvoir local - Contribution l'tude du pouvoir
rglementaire autonome, p 268, tome 1, Cours D.E.A. 1982-83, Facult de droit de Tours. cf. aussi P.
FAUCHON qui montre que le souci des colons d'"viter que les rformes dictes pour la mtropole puissent
bnficier aux colonies" se heurtait l'opinitret de l'abb Grgoire dans sa dfense des "gens de couleur", dans
"L'abb Grgoire, le prtre - citoyen", p. 46, Editions de la Nouvelle Rpublique, 1989
354
C'est une ordonnance royale en date du 18 Mars 1766, qui rompra avec le systme de la
soumission des territoires (alors colonies) aux normes nationales (1271). Dans cette ordonnance
de 1766 " le roi prescrit aux conseils suprieurs ou souverains de ne pas enregistrer sans
distinction toutes les ordonnances qui viennent leur connaissance. Ils doivent prendre cette
mesure qu' l'gard des ordonnances dont l'enregistrement a t spcialement prescrit par le
roi et qui ont t envoyes par le Secrtaire d'Etat aux autorits de la colonie. En dehors du
pouvoir central, il existe une rglementation importante qui est l'oeuvre des autorits
locales"(1272).
Cette ordonnance pose le ferment du principe de spcialit de lgislation, selon lequel les
rgles de mtropole ne sont pas ncessairement applicables outre-mer. Il sera mis en oeuvre
la rvolution franaise, puisque l'article 8 alina 2 du titre VII de la constitution du 3
septembre 1791 dispose que " les colonies et possessions franaises dans l'Asie, l'Afrique et
l'Amrique quoiqu'elles fassent partie de l'Empire franais, ne sont pas comprises dans la
prsente constitution ". Cette mise l'cart des territoires l'gard du systme normatif
organise par la constitution et confirme par le dcret des 24-28 septembre 1791 qui
confrera au conseil colonial la comptence normative pour le "rgime intrieur" (1273),
consacre la victoire des colons (1274).
1271.T. TUOT L'applicabilit des lois lectorales aux territoires d'outre-mer, Concl. sur C.E. ASS. 9/2/1990,
1273.Une instruction du 15 juin 1791 qui dclarait: " Les circonstances locales et la distance qui spare la colonie
des autres parties de l'empire, exigeant des modifications dans l'application des lois constitutionnelles du
royaume, celles qui rgiront la colonie seront proposes par l'assemble coloniale et dcrtes par le corps
lgislatif ..." avait prfigur ce systme, cit par M. BOURJOL, Rflexions sur le pouvoir d'Etat et le pouvoir
local - Contribution l'tude du pouvoir rglementaire autonome, p. 277, tome 1, Cours D.E.A. 1982-83, Facult
de droit de Tours.
1274.A laquelle l'abb Grgoire avait concernant le sort des gens de couleur, tent de s'opposer le 12 mai 1791 en
dclarant la Constituante: " Les colons vous disent qu'en organisant le rgime intrieur des colonies ils auront
grande attention de veiller au sort des gens de couleur, de leur accorder leurs droits. L-dessus je leur propose ce
dilemme: vous les leur accorderez ou vous ne les leur accorderez pas. Si votre intention est de ne les leur pas
accorder, vous voulez donc perptuer l'oppression; si vous voulez les leur accorder, accordez-les leur aujourd'hui
" cit par P. FAUCHON L'abb Grgoire, le prtre citoyen, p. 47, Ed. de la Nouvelle Rpublique, 1989
355
La dfinition de cette spcialit locale, c'est dire du domaine o l'organe central devra
spcifier expressment sa volont de statuer au profit de l'outre-mer, consacre " le triomphe de
la conception matrielle de la loi "(1282) dans la mesure o le partage de la facult de statuer
entre organes centraux et non centraux s'effectuera par voie d'numration des comptences
1275.La Convention rompra avec le principe et ceci se traduira dans la constitution du 5 Fructidor an III dont
l'article 6 dispose: " Les colonies franaises sont parties intgrantes de la Rpublique et sont soumise la mme
loi constitutionnelle ". Idem pour la constitution du 4 novembre 1848 dont l'article 109 demeurera cependant
inappliqu.
1277.Ildemeure toutefois visible dans la " rpartition "verticale" des matires entre le pouvoir lgislatif
(constituant, lgislatif ordinaire et lgislatif "dlgu") et le pouvoir excutif gouvernemental ". M.BOURJOL
Rflexions sur le pouvoir d'Etat et le pouvoir local - Contribution l'tude du pouvoir rglementaire autonome, p
281 & s, tome 1, Cours D.E.A. 1982-83, Facult de droit de Tours
1278.Ibid. p. 281
1280.Ibid.
p. 142, cf. aussi C. CHAVANON Les problmes de l'Union franaise dans les avis du Conseil d'Etat,
E.D.C.E. 1956, p. 52
1281.T. TUOT Conclusions sur C.E. Ass. 9/2/1990 prcit, R.F.D.A. 1991, p. 602
1282.M.BOURJOL Rflexions sur le pouvoir d'Etat et le pouvoir local - Contribution l'tude du pouvoir
rglementaire autonome, p. 275, tome 1, Cours D.E.A. 1982-83, Facult de droit de Tours
356
des uns ou des autres (a). Toutefois cette conception matrielle de la loi supporte des
concessions la conception formelle, lorsque le principe cde devant certaines lois (b).
Ainsi selon le dcret des 24-28 septembre 1791, la comptence du lgislateur " porte sur
l'exercice de la souverainet extrieure et intrieure et sur la protection des droits de l'homme
et du citoyen ... libre "(1283). La loi du 24 avril 1833 pratiquera de mme, tout en largissant la
comptence d'attribution des organes centraux qui sera rpartie entre le Roi et le Parlement
(1284). Cette dfinition matrielle, on l'a dit, servira dans le snatus-consulte du 3 mai 1854
une rpartition verticale du pouvoir normatif qui s'achve au gouverneur de la colonie qui "
reprsente l'Empereur " et excute les " lois, rglements et dcrets promulgus dans la colonie
..." et dont la distinction masque la concentration du pouvoir (1285).
1283.Ibid. p. 278
d'une manifestation de volont expresse; qu'il ne rsulte pas de l'exigence d'une manifestation
de volont expresse pour le second de ces deux domaines que, par a contrario, dans le premier
toutes les lois votes par le Parlement s'appliquent aux territoires d'outre-mer de manire
automatique, ..."(1287). Cette opinion fut partage par le Professeur P.LAMPUE pour lequel
l'alina 1 de l'article 72 ne faisait " que rserver certaines matires l'Assemble nationale
"(1288), mais ainsi que le constate T. TUOT, au contentieux cet avis ne fut pas " expressment
confirm"(1289).
Pourtant la doctrine considre que le principe de spcialit est toujours en vigueur. D'"une
situation de fait de spcialit lgislative"(1292) la reconnaissance d'un fondement
constitutionnel (1293) en passant par la reconnaissance d'un principe gnral (1294) les
justifications sont diverses mais elles s'appuient sur une jurisprudence tant constitutionnelle
(1295) qu'administrative (1296) importante.
1287.Avis du 23 mars 1948, annexe 13 de l'article de C. CHAVANON "Les problmes de l'Union franaise dans
1288.L. ROLLAND & P. LAMPUE Droit d'outre-mer, p 155, DALLOZ 1959, P.LAMPUE Le rgime
1290.J.C. DOUENCE Le statut constitutionnel des collectivits territoriales d'outre-mer, R.F.D.A.1992, p. 464
1292.Ibid. p. 140
1293.J.C. DOUENCE Le statut constitutionnel des collectivits territoriales d'outre-mer, R.F.D.A. 1991 p. 467
1294.P. LAMPUE Le statut constitutionnel des territoires d'outre-mer, R.D.P. 1984, p. 14; L. ROLLAND & P.
1295.sur le dtail de cette jurisprudence, cf. B. GENEVOIS La jurisprudence du Conseil Constitutionnel, p. 316,
S.T.H.1988 et J.M. AUBY Droit des collectivits priphriques franaises, p. 125 & s, Coll. Droit fondamental,
P.U.F.1992. Aux listes, il convient de rajouter les dcisions signales par J.C. DOUENCE la R.F.D.A.1992, p.
467, note 3
1296.Sans prtendre l'exhaustivit et en considrant les dcisions qui exigent ou n'exigent pas l'extension
expresse de la rgle nationale, cf. C.E. Ass. 27/2/1970 Sad Ali Tourqui, A.J.D.A.1970, p. 231; C.E.6/6/1986
Fd. des Fonctionnaires agents et ouvriers de la fonction publique et M.GOYETA, A.J.D.A.1986, p. 454; C.E.
358
Le Conseil Constitutionnel n'a pas suivi cette analyse puisque sa jurisprudence, partir de la
dcision du 22 juillet 1980 (1300) va tendre vers la confusion de la notion d'organisation
particulire " avec celle de lgislation applicable dans les territoires "(1301).
La modification de l'article 74 par la rvision constitutionnelle du 25 juin 1992 (1302) n'a pas
tabli une diffrence entre principe de spcialit et organisation particulire (1303). En effet les
29/4/1987 M. DOUTHERET, A.J.D.A 1987, p. 553; C.E.12/5/1989 Ministre des DOM-TOM c/Mme
PIERMONT, A.J.D.A.1989, p. 711; C.E. Ass. 9/2/1990 (2 espces) Elections municipales de Pouembout et
Elections municipales de Lifou, R.F.D.A.1991, p. 610; C.E.11/7/1990 Ministre de la dfense c/ Mabru et autres,
R.F.D.A.1990, p. 673; C.E.14/5/1993 Mme Smets, A.J.D.A.1993, p. 501.
1297.J.C. DOUENCE Le statut constitutionnel des collectivits territoriales d'outre mer, R.F.D.A. 1992, p. 467
1298.Ibid.
1299.P. LAMPUE Le rgime constitutionnel des territoires d'outre-mer, R.D.P. 1984, p. 9-10
1302.Cette modification voulue par le dput A. Lontieff afin de prserver les territoires de " l'activisme
communautaire "(O. GOHIN Institutions administratives, p. 396, L.G.D.J. 1992) ne semble pas en mesure
d'atteindre son objectif en raison de la primaut du droit communautaire. Toutefois, il convient de rappeler qu'
l'heure actuelle les T.O.M. ne sont pas, la diffrence des D.O.M., soumis au droit communautaire de faon
automatique; sur ce point cf. J. ZILLER Les DOM-TOM, p. 149 & s, L.G.D.J. 1991, et C.E. 12/5/1989 Ministre
des DOM-TOM c/ Mme PIERMONT A.J.D.A.1989, p. 711, note X.P RETOT
359
deux nouveaux alinas de cet article soumettent l'organisation particulire des territoires un
rgime diffrent, selon que la loi rgle le statut ou "les autres modalits de leur organisation
particulire". Ceci signifie d'une part que le statut fait partie de l'organisation particulire des
territoires (nul n'en doutait) et d'autre part, que, le statut comprenant " notamment, les
comptences de leurs institutions propres ", la jurisprudence du Conseil Constitutionnel
confondant statut et organisation particulire n'est pas dmentie, la seconde comprenant le
premier incluant lui-mme les comptences.
Ds lors, pour les territoires qui se sont maintenus dans la catgorie des T.O.M. dans les
quatre mois de la promulgation de la constitution de 1958 (1304), le contenu de leur spcialit
lgislative (c'est dire le domaine dans lequel une extension expresse de la loi nationale est
requise) tait alors au moins gal celui dcoulant de la loi cadre du 23 juin 1956 et des
dcrets la mettant en oeuvre.
1303.Le Professeur F. LUCHAIRE concernant la distinction statut-organisation particulire, considre que " la
rforme constitutionnelle en tablissant deux rgimes lgislatifs distincts pour l'organisation particulire d'une
part et le statut d'autre part claire cette distinction ". L'Union europenne et la Constitution, R.D.P. 1992, p. 972
1304.Le2me alina de l'article 76 permettait aux T.O.M. de choisir leur statut dans la constitution (Dpartements
ou Etats membres de la Communaut) dans un dlai de 4 mois fix par l'article 91 de la Constitution
Dans une circulaire du 21 avril 1988, le Gouvernement rappelle que " les lois ne sont en
principe applicables dans les territoires d'outre-mer qu'aprs consultation de leur assemble
territoriale deux exceptions prs ... "les lois dites de "souverainet""... (et)"les lois qui ne
touchent pas l'organisation particulire des T.O.M.""(1306). Si ces dernires impliquent une
apprciation matrielle des problmes, les lois de souverainet renvoient une apprciation
formelle.
L'ide de souverainet est matriellement plus consistante? L'examen rtrospectif des matires
entrant ou non dans la spcialit territoriale dans les textes de 1791 nos jours, confirme qu'il
existe un ensemble de matires lies selon le sens commun, la souverainet et aux droits de
l'homme et du citoyen, et qui non seulement, demeure de la comptence centrale, mais aussi
est dispens de la formalit d'introduction (1308). A ces lois tenant plus ou moins l'exercice
de la souverainet, il convient d'ajouter selon le Conseil d'Etat, le statut des agents de l'Etat
applicable quelle que soit la rsidence de l'intress (1309). Cette dcision du Conseil d'Etat
montre et le dbat rcent relatif au trait de Maastricht l'a rappel qu'il n'tait pas vident
1308.Ainsi trouve-t-on dans ce pouvoir normatif central irrsistible: l'exercice des droits politiques, les lois
criminelles, le rgime des douanes ... et ce, aussi bien dans le dcret des 24-28 septembre 1791, que dans la loi
du 24 avril 1833, que dans le snatus consulte du 3 mai 1854, que dans l'alina 1 de l'article 72 de la constitution
de 1946 et le dcret du 3 dcembre 1956, que dans les statuts poss par les lois du 6/9/1984 concernant la
Nouvelle Caldonie et la Polynsie franaise
d'apprcier matriellement l'tendue de la souverainet. Aussi le juge avait confirm cette part
de matires dans lesquelles la volont centrale s'appliquait sans rserve territoriale en
s'attachant aussi un critre formel.
Ici la conception matrielle de la loi qui prside le principe de spcialit fait une concession
la conception formelle, du fait de la reconnaissance du caractre irrsistible des lois
constitutionnelles (1310), des lois rfrendaires (1311), des lois organiques (1312) et des
conventions internationales (1313).
Concernant les lois organiques, il faut noter que la rforme constitutionnelle du 25 juin 1992
revient sur la jurisprudence du Conseil Constitutionnel et va imposer la consultation pralable
des assembles territoriales, lorsque matriellement la loi organique affectera le statut des
territoires (1314). Ceci accentue l'tendue de l'obligation de consultation et remet au juge
constitutionnel le soin de dterminer ce qui dans une loi organique est susceptible de porter
atteinte l'organisation particulire des territoires (1315). Cependant le champ du principe de
spcialit risque d'tre rtrci par des normes suprieures: les conventions internationales et
particulirement les normes europennes.
1310.C.E.22/1/1982 Butin (1re espce) et Ah Won (2me espce), A.J.D.A. 1982, p 477 et Chronique gnrale
de jurisprudence, p. 440
1311.F. LUCHAIRE L'Union europenne et la Constitution, R.D.P.1992, p 975. L'auteur considre que la
ratification du trait de Maastricht aurait du tre prcde d'une consultation des T.O.M. dans la mesure o il
affecte l'organisation particulire des territoires (rgime du franc C.F.P.) et les lois relatives la Polynsie et la
Nouvelle Caldonie prvoient leur consultation avant ratification de conventions intressant leurs comptences.
La ratification par le peuple balaie l'obstacle.
1312.C.C. 28 dcembre 1985, Dcision 85-205 DC, rec. p. 24. La rvision constitutionnelle du 25/6/1992 a rendu
1314.Cette rforme voulue par le dput A. LEONTIEFF pour prserver les TOM du droit communautaire ne
pourra sans doute pas avoir les effets attendus, car A. BERRAMDANE souligne que " le Conseil
(Constitutionnel) saisi d'un engagement international qui modifierait ou serait contraire une loi organique, ...
peut difficilement empcher son introduction dans l'ordre juridique interne " dans "Loi organique et quilibre
constitutionnel", R.D.P.1993, p. 760
1315.A. BERRAMDANE considre que " les lois organiques ... deviennent en pratique un instrument de
relchement de la contrainte la fois juridique et politique qui pse sur ce dernier " article prcit, p. 750 & s
362
1318.C.E. 14/5/1993, A.J.D.A. 1993, p. 501-502. Cette dcision de la Haute Juridiction Administrative est d'autant
plus intressante, si on la rapproche d'une dcision de la C.J.C.E rendue en formation plnire qui considre qu'
"un tribunal de Polynsie franaise est bien une juridiction d'un Etat membre au sens de l'article 177 du trait " et
qu'ainsi sa demande de dcision prjudicielle est recevable, C.J.C.E. (Plnire) 12 Fvrier 1992 B. Leplat
c/Territoire de la Polynsie, LES PETITES AFFICHES 1992, n 38, p. 10
1319.C.C.12/1/1993 Dcision 92-315 D.C. Rglement du Snat, R.D.P. 1993, p. 315, Commentaire F.
LUCHAIRE, p. 304
363
Alors que le principe de spcialit confre aux assembles territoriales, l'exercice du pouvoir
normatif en matire lgislative, les normes territoriales qui en rsulteront, n'auront pas le
caractre lgislatif, mais le caractre rglementaire. Ceci constitue un retour vers une
apprhension formelle de la loi.
1320.Y. BRARD Autonomie interne et sources du droit en Polynsie franaise, A.J.D.A.1992, p. 549
son tour le caractre rglementaire des actes pris par la Chambre des Dputs des Comores
(1322).
Cette dqualification permet au plan politique de dmontrer que " l'assemble territoriale n'est
pas un lgislateur territorial "(1323) nonobstant son lection au suffrage universel. Cette
dqualification n'est pas un mince avantage lorsque le lgislateur national souhaitera exercer
son pouvoir de substitution. La dqualification fonde sur l'indivisibilit de la Rpublique
dlite (1324) l'aspect fdral (1325) qui pouvait apparatre au regard d'une spcialit lgislative
matriellement indtermine.
Cependant le contrle par le juge administratif rsultant de cette dqualification n'est pas
identique celui exerc par le juge constitutionnel. L apparat la subordination, car la norme
territoriale est soumise un contrle de lgalit, qui permet de faire " respecter non seulement
les normes constitutionnelles, mais aussi les lois et les principes gnraux du droit, comme
(pour) toutes les autorits administratives"(1327).
1322.C.E. Ass. 27/2/1970 Sieur Sad Ali Tourqui et autres, A.J.D.A. 1970, p. 231, et Chronique gnrale de
jurisprudence p. 220
1323.Y. BRARD Autonomie et sources du droit en Polynsie franaise, A.J.D.A. 1992, p. 552
1324.Selon M.H. FABRE: "L'indivisibilit de la Rpublique refuse toute dcentralisation fdrale de l'Etat, soit la
division du pouvoir politique dans sa dimension verticale"; dans "L'unit et l'indivisibilit de la Rpublique,
ralit? fiction?", R.D.P.1982, p. 615
1325.Que T. MICHALON pense tabli dans son article " La Rpublique Franaise, une fdration qui s'ignore ",
1327.Y. BRARD Autonomie interne et source du droit en Polynsie Franaise, A.J.D.A.1992, p. 551
365
Concernant les lois, il ne peut s'agir que de celles dispenses de la formalit de consultation ou
de celles ayant fait l'objet d'une consultation et donc qui s'appliquent de faon expresse au
territoire.
L'application outre-mer des principes gnraux du droit n'tait pas vidente, dans la mesure o
" les principes gnraux du droit sont le reflet d'un certain ordre juridique; les territoires dots
de l'autonomie interne ont une grande latitude pour fixer leurs propres rgles de droit; doivent-
ils tre lis par les principes gnraux du droit mtropolitains?"(1328). Dans l'arrt Sad Ali
Tourqui le Conseil d'Etat a, concernant le principe d'galit, rpondu par l'affirmative (1329).
Par ailleurs, le juge administratif devait-il se limiter aux principes reconnus par le juge
constitutionnel ? Messieurs DENOIX DE SAINT MARC et LABETOULLE avaient envisag
cette solution dans leur commentaire de l'arrt du 27/2/1970. Cela aurait considrablement
rduit le champ d'intervention du juge administratif car " n'ayant pas comptence pour dgager
des principes gnraux de valeur constitutionnelle "(1330), il aurait t contraint de n'utiliser
que ceux "dcouverts" par le juge constitutionnel. Le Conseil d'Etat dans son arrt du 6 juin
1986, rpondra en affirmant que les actes territoriaux sont subordonns au respect du principe
gnral en vertu duquel " la nation assure la famille les conditions ncessaires son
dveloppement et garantit notamment l'enfant et la mre, la scurit matrielle " d'une part
et au respect du principe de non rtroactivit des actes, d'autre part (1331), et pour ce dernier "
nonobstant le caractre matriellement lgislatif de la dlibration litigieuse "(1332). Il s'agit l
de principes de valeur lgislative qui s'imposent donc l'organe territorial.
1331.C.E.6/6/1986 Fdration des fonctionnaires, agents et ouvriers de la fonction publique, A.J.D.A. 1986, p. 454
Ceci explique que le contrle de la lgalit " est souvent mal ressenti par les autorits
territoriales. Certaines de ses manifestations perues comme des atteintes l'autonomie
interne..., conduisent mme parfois dnoncer une sorte de jacobinisme juridictionnel "(1333).
On comprend qu'alors, l'irrespect de la spcialit des T.O.M. par le lgislateur soit aussi mal
ressenti.
La spcialit lgislative implique la reconnaissance d'un domaine normatif propre aux T.O.M..
Cependant cette comptence personnelle des organes des T.O.M. souffre la substitution
toujours possible des organes centraux, traduisant ainsi la dconcentration lgislative.
Ce pouvoir de substitution est encadr tant dans la forme (a) qu'au fond (b) mais cette dernire
limite est faible.
Elles tiennent la consultation pralable (a-2) et la nature de l'acte oprant la substitution (a-
1).
1333.Y. BRARD Autonomie interne et sources du droit en Polynsie Franaise, A.J.D.A.1992, p. 551
1334.La Nouvelle Caldonie illustre bien cette possibilit, puisque la procdure a t utilise environ une dizaine
de fois en 1985
367
La rvision constitutionnelle du 25 juin 1992 prvoyant que le statut des territoires est fix par
une loi organique exclut, que l'on puisse recourir dsormais cette procdure des ordonnances
(1335). En effet, depuis la dcision du Conseil Constitutionnel du 5 janvier 1982, on considre
que la procdure des ordonnances est inapplicable aux lois organiques (1336). Bien qu'il
remarque que la spcificit des lois organiques repose sur une volont de pondration du
bicamrisme ingalitaire, B. GENEVOIS pense que cette dcision du Conseil Constitutionnel
" n'est cependant pas rdige en des termes qui inviteraient considrer que, dans tous les cas,
l'emploi dans le texte de la Constitution du mot "loi" ne saurait viser que la loi ordinaire
"(1337). En tout tat de cause, le "dtournement de procdure" (1338) que constituerait le recours
l'article 38 aujourd'hui, serait plus encore avr. Le lgislateur ayant toujours consult les
assembles territoriales avant d'autoriser le Gouvernement lgifrer par ordonnances (1339), il
serait surprenant qu'il ne poursuive pas dans cette voie, mme si la lettre de l'article 74 semble
exclure le recours aux ordonnances.
Si cet article est appliqu strictement le domaine dans lequel la loi organique sera ncessaire,
s'tendra fort loin puisque selon l'article 74, les lois organiques "dfinissent notamment les
comptences de leurs institutions propres". L'adverbe "notamment" ouvre des perspectives
difficiles apprcier. Ainsi et au regard des statuts de la Nouvelle Caldonie ou de la
Polynsie Franaise, qui confrent aujourd'hui ces territoires une comptence gnrale et
l'Etat une comptence d'attribution, on s'aperoit que tout ce qui affectera cette situation
exigera une loi organique.
1336.C.C.5/1/1982 Dcision 81-134 DC, A.J.D.A. 1982, p. 85. Le juge considre que la loi d'habilitation
autorisant le Gouvernement prendre par ordonnances des mesures tendant modifier les dispositions relatives
aux pensions, aux retraites ... des agents de l'Etat ..., " ne mconnat pas davantage les dispositions de la
Constitution relatives aux lois organiques, ds lors que le texte soumis l'examen du Conseil Constitutionnel ne
permet aucunement l'intervention d'ordonnances dans des matires que la Constitution rserve de telles lois... ".
1339.Ibid.
368
L'exigence d'une loi organique reprsente vritablement une contrainte formelle pour le
lgislateur dans son pouvoir de substitution, mais il ne faut pas exagrer celle-ci car la loi
organique n'tablit pas le bicamrisme galitaire concernant les T.O.M., celui-ci reste limit
aux questions relatives au Snat.
La procdure de cette consultation pralable obligatoire, lui confre une importance que vient
dmentir la porte de l'avis formul, caractrisant ainsi la subordination des organes
territoriaux.
La rvision constitutionnelle du 25 juin 1992 n'a pas modifi cette obligation de consultation
inscrite ds l'origine dans la Constitution. Le juge constitutionnel veille au respect de cette
procdure, dont l'application est exige aussi par le Conseil d'Etat (1340).
L'absence de consultation pralable se traduit par l'inapplicabilit de la loi aux territoires, sauf
si les dispositions concernes sont insparables des autres dispositions de la loi (1341).
1340.F. LUCHAIRE Le statut constitutionnel de la France d'outre-mer, A.J.D.A.1992, p. 541. A propos de ces
consultations pralables, cf. aussi Y. GAUDEMET Le Conseil Constitutionnel et le Conseil d'Etat, Actes du
colloque des 21-22/1/1988, p. 94, L.G.D.J.-MONTCHRESTIEN 1988
1341.C.C.22/7/1980 Dcision 80-122 DC Loi rendant applicable le code de procdure pnale dans les T.O.M.,
A.J.D.A.1980, p. 481
Enfin cette consultation doit tre effectue en temps utile et en tout tat de cause les avis
doivent tre communiqus aux parlementaires avant l'adoption en premire lecture (1345).
Cette consultation n'a pas tre effectue pour les amendements un texte ayant fait l'objet
d'une consultation pralable, sinon cela paralyserait la procdure lgislative (1346).
Ce formalisme qui entoure cette consultation et vise "rendre opratoire cette obligation
constitutionnelle"(1347), n'illustre pas sa porte relle.
Le pouvoir du lgislateur exprime un rel pouvoir de substitution car non seulement il peut
lgifrer sans porter d'autres attentions aux territoires que la consultation obligatoire, mais
aussi il peut lgifrer dans n'importe quelle matire (l'article 74 droge aux articles 34 & 37)
pour l'ensemble des territoires, enfin et surtout il peut lgifrer dans telle ou telle matire pour
tel ou tel territoire (1348). En d'autres termes, le lgislateur national peut se faire lgislateur
territorial, et c'est l le critre de la subordination, du pouvoir normatif territorial.
1343.C.E.
Ass. 9/2/1990 (2 espces) Elections municipales de POUEMBOUT & Elections municipales de LIFOU,
R.F.D.A.1991, p 602, Concl. T. TUOT
1344.C.C.30& 31/10/1981 Dcision 81-129 DC Loi portant drogation au monopole d'Etat de la radiodiffusion,
tendue aux T.O.M. par voie d'amendement, Rec. p. 35
1346.C.C.23/5/1979 Dcision 79-104 Nouvelle Caldonie, R.D.P. 1979, p. 1731, Commentaire L. FAVOREU p.
1659
1348.C.C.30/12/1982
Loi de finances rectificative, Dcision 82-155 DC, R.D.P.1983, p. 385, Commentaire L.
FAVOREU et C.C.19/7/1983 Loi portant approbation d'une convention fiscale avec la Nouvelle Caldonie,
Dcision 83-160 DC, A.J.D.A.1984, p. 28, note J.P. JARNEVIC
370
Cette absence de limitation matrielle l'intervention du lgislateur se traduit par le fait qu'il
peut reprendre d'une main ce que l'autre avait accord. Ainsi, bien qu'ayant donn comptence
un territoire en matire fiscale, il peut lgifrer dans ce domaine (1349) et l'intervention d'une
convention fiscale entre le territoire et l'Etat ne peut avoir " ni pour objet, ni pour effet de
restreindre l'exercice des comptences confres au lgislateur par la Constitution"(1350).
Cette application de l'article 74 montre l'vidence que les territoires ne disposent d'aucune
garantie quant l'effectivit de leur capacit d'intervention en matire lgislative. Cependant,
sauf dnier la spcialit lgislative via la notion d'organisation particulire toute porte
relle, il est tout aussi vident que le lgislateur ne saurait supprimer la capacit normative en
matire lgislative. En d'autres termes, les territoires disposeront toujours du pouvoir
d'intervenir en matire lgislative mme si le champ concret de leurs interventions peut tre
limit l'extrme par la loi mtropolitaine d'application gnrale la Rpublique ou spciale
aux territoires ou l'un d'eux.
Cette substitution d'un organe central un organe local, que nous venons de voir en matire
lgislative, existe en matire rglementaire.
1350.C.C.19/7/1983 Dcision 83-160 DC Loi portant approbation d'une convention fiscale avec la Nouvelle
Caldonie, Rec. p. 43. Sur les suites administratives de cette affaire, cf. C.E.19/4/1991 Faure, R.F.D.A.1991, p.
525
1351.L. HAMON, note sous C.C.8/8/1985 Dcision 85-196 DC, A.J.D.A.1985, p. 611
1352.C.C.8/8/1985 Dcision 85-196 DC, Evolution de la Nouvelle Caldonie, A.J.D.A.1985, p. 605, note L
.HAMON p. 609
371
Traditionnellement la dconcentration est prsente selon deux axes. Elle peut tre en effet
horizontale, lorsqu'un organe comptence personnelle limite territorialement dispose d'une
capacit normative gnrale (en fait cette gnralit n'existe jamais, nanmoins on cite
toujours cet gard les Prfets de dpartement). Elle peut tre verticale lorsque l'organe
dispose d'une comptence personnelle limite matriellement et territorialement (les exemples
cits alors sont l'ducation nationale, l'inspection du travail et les finances:Impt et Trsor).
Dans les tablissements publics, la subordination des organes peut dcouler aussi de
l'existence d'un pouvoir de substitution dtenu par des organes centraux.
Cette dernire hypothse est de loin la plus courante, en ce qui concerne les collectivits
locales, car leurs organes ne supportent pas une subordination personnelle de nature garantir
effectivement la possibilit pour les organes centraux d'imposer leur volont. En effet, cette
subordination personnelle n'affecte pas les organes locaux dans leur vie professionnelle mais
uniquement dans l'un des lments de leur vie sociale: l'lection.
1353.J.P. DUBOIS Le contrle administratif sur les tablissements publics, p. 217 & s, L.G.D.J. 1982
Dans le cadre de cette recherche, l'on ne peut envisager l'ensemble de ces formes de
dconcentration du pouvoir rglementaire. Nous n'apprhenderons que celles relatives aux
organes de la collectivit territoriale la plus exemplaire cet gard, la commune (1355).
Ce choix qui, dans l'ensemble des hypothses de dconcentration porte sur une hypothse
marginale se justifie par son originalit lie au fait que ses deux organes peuvent tre aussi des
organes dconcentraliss du pouvoir normatif rglementaire.
Ce caractre attach des hypothses limites avant la loi 82-213 du 2 mars 1982, n'a pas
totalement disparu depuis l'intervention de cette loi. Il n'y a pas eu limination du pouvoir de
substitution mais changement dans le domaine d'application passant des finances locales
l'urbanisme.
1355.Le dpartement offre un exemple original de substitution dans le cadre de la mise en oeuvre du droit au
logement puisque l'laboration du plan dpartemental pour le logement des personnes dfavorises confie au
Prfet et au Prsident du Conseil Gnral peut en cas de dsaccord des deux autorits entraner la substitution
celles-ci des ministres intresss (art. 3 loi 90-449 du 31 mai 1990; cf. aussi la dcision du C.C.sur cette loi
C.C.29/5/1990 Dcision 90-274 DC, J.O.1/6/1990, p. 6518)
373
1) La dconcentration financire
Avant 1982 cette dconcentration visait garantir l'quilibre des finances et l'inscription des
dpenses obligatoires. Depuis cette anne, le dispositif en matire de finances est
"dconcentralis", malgr le maintien de la facult de statuer du Prfet.
L'article L.212-4 du code des communes imposait que le budget communal soit vot en
quilibre rel. Cette notion susceptible d'apprciation (1356) permettait au Prfet de faire des
propositions qui, si elles n'taient pas entendues, pouvaient tre imposes par le Prfet
substitu, alors au Conseil Municipal.
Lorsque le budget d'une anne s'tait sold par un dficit (1357), le Prfet, aprs intervention
d'une commission charge de proposer des mesures de redressement, pouvait, si ces mesures
n'taient pas retenues par le Conseil, les imposer de force.
Enfin, concernant les dpenses obligatoires, dont on ignorait la dfinition (1358), leur dfaut
d'inscription au budget entranait l encore substitution du Prfet.
1356.On peut apprcier un quilibre d'une faon comptable et donc quantitative ou d'une faon qualitative, en
considrant certains ratios. La loi 82-213 du 2 mars 1982 a prcis le sens de l'quilibre rel son article 8 en
retenant l'acception quantitative et comptable, mais s'esquisse une apprciation qualitative pour le moment non
intgre la notion d'quilibre rel, dans le cadre de la loi 92-125 du 6 fvrier 1992 relative l'administration
territoriale qui impose la communication de certains ratios (art.13 & s), d'une part et dans le cadre de l'article 104
du trait de Maastricht (et le protocole concernant les dficits excessifs) relatif la matrise des dficits publics
qui intgre la surveillance des finances locales, d'autre part.
1357.L'article L.212-5 fixait 10% des recettes de fonctionnement pour les communes de moins de 20000 h et 5
% pour les autres, le dficit susceptible d'ouvrir la procdure. Ces seuils ont t maintenus par l'article 9 de la loi
82-213 du 2/3/1982.
1358.Celle-ci a t donne par l'article 11 de la loi 82-213 du 2 mars 1982: elle comprend les dpenses imposes
L'article L.212-8 rglait ce pouvoir de substitution en affirmant que le Prfet " exerce, cet
effet, tous les pouvoirs dvolus au conseil municipal en matire fiscale et budgtaire ". La
prcision de la formule n'exige pas que l'on expose plus avant.
Seul un raccourci pourrait conduire considrer la procdure institue par la loi comme
mettant en oeuvre une dconcentration car le Prfet ne peut se substituer au Maire que si et
seulement si un tiers, la Chambre rgionale des comptes, admet que l'une des hypothses (1359)
de substitution est prsente. En effet, la substitution prfectorale n'est possible que si la
Chambre rgionale saisie par le Prfet (1360) partage l'analyse de celui-ci. Si en matire de
dlai de vote du budget, il n'y pas trop de problmes (1361) en raison du caractre mcanique de
l'intervention (1362), il n'en est pas de mme pour les autres motifs de saisine de la Chambre
qui, eux, peuvent donner lieu interprtation divergente entre le Prfet et la Chambre, malgr
l'effort d'claircissement des notions d'quilibre rel ou de dpense obligatoire opr par la loi
du 2 mars 1982.
La Chambre rgionale des Comptes doit, en effet, au risque d'tre dmentie par le juge
administratif, apprcier elle-mme si les conditions de son intervention sont runies, elle ne
peut se dcharger sur autrui et notamment le juge administratif, de cette obligation (1363). Cette
1359.La loi du 2/3/1982 prvoit 4 hypothses de substitution: le vote tardif du budget (art.7), l'quilibre rel non
assur (art 8), le dficit dans les comptes passs (art.9) et le dfaut d'inscription d'une dpense obligatoire (art.11)
1360.Ou toute personne intresse en matire de dpense obligatoire (art.11 loi 2/3/1982)
1361.La Chambre rgionale des comptes doit malgr tout trancher le point de savoir si la collectivit a reu les
informations ncessaires l'laboration du budget en temps utile, Cf. P. VARAINE & D. MALINGRE L'activit
des Chambres rgionales des Comptes, A.J.D.A.1985 p. 589
1362.Les budgets doivent tre communiqus au plus tard dans les 15 jours suivants la date limite d'adoption
988
375
La loi 83-8 du 7 janvier 1983 " en consacrant le principe de la comptence premire des
communes, ... renoue avec la tradition abandonne en 1943 "(1366). Cependant ce renouveau
doit tre largement pondr par la prise en considration des prrogatives de l'Etat qui
enferment " leurs comptences dans les filets d'une planification respectant une srie de
normes suprieures ..."(1367).
1364.J.M. AUBY Les actes des Chambres rgionales des Comptes, R.D.P.1984, p 1134
C.E.6/12/1989 CALIF, A.J.D.A.1990, p. 484, note J. MOREAU, plus gnralement sur la jurisprudence relative
aux dpenses obligatoires cf.C.E.23/3/1984 Organisme de gestion des coles catholiques de Couron, R.D.P.
1984, p. 1137, C.E.30/1/1987 Dpt. de la Moselle, R.D.P.1987, p. 785, note F. LLORENS p. 777
MONTCHRESTIEN 1989
1368.J.M. BECET La nouvelle rpartition des comptences, l'urbanisme, p. 122, Actes du colloque "La libre
administration des collectivits locales Arc et Senans 19-20 avril 1984, ECONOMICA, 1984
376
d'avoir eu des " proccupations multiples et ne (s'accordant) pas fatalement entre elles "(1369),
notamment au regard des rapports entre les collectivits et l'Etat. Ceci conduit J.CHAPUISAT
crire que " le nouveau droit de l'urbanisme met en place un espace conflictuel (1370) dans la
mesure o les choix tatiques en matire d'urbanisme et d'amnagement du territoire "ne sont
gure compatibles avec l'affirmation sans nuance des comptences communales et
intercommunales quant l'affectation des sols"(1371).
En ce qui nous concerne, l'autorit de l'Etat apparat dans les procdures de substitution qui
font du Conseil municipal un organe dconcentr du pouvoir normatif en matire d'urbanisme.
Cette possibilit de substitution existe lors de l'laboration des plans d'occupation des sols
(1372) et des schmas directeurs (1373) et elle est renforce par le fait que le Prfet peut prendre
l'initiative de l'laboration d'un schma (1374). Les hypothses dans lesquelles peut intervenir
son pouvoir de substitution, peuvent donner lieu apprciation, particulirement lorsqu'il
s'agit en matire de schmas de tenir compte des lois d'amnagement et d'urbanisme et des
rglements d'application (1375).
1369.Ibid. p. 123
1370.J. CHAPUISAT Le nouveau droit de l'urbanisme, p. 320, Actes du colloque " Vertus et limites de la
dcentralisation ", Clermont-Ferrand 2 & 3 mai 1985, LES CAHIERS DU DROIT PUBLIC, 1985
1371.F.MODERNE Analyse du projet de loi relatif la rpartition des comptences, p. 42, Actes de la journe
d'tudes de l'A.F.D.R.U. Rennes 24 septembre 1982, Ed. Ministre de l'Urbanisme, S.T.U, 1983
1372.Art.L.123-3-2 du code de l'urbanisme. Le Prfet peut demander des modifications du P.O.S. en cas de
dispositions illgales, mais aussi pour permettre la ralisation d'un schma d'urbanisme, satisfaire les besoins en
matire d'habitat ou rendre compatibles les dispositions du P.O.S. avec celles des villes voisines. A dfaut
d'introduction des modifications, le document est inopposable aux tiers.
1373.Art.L.122-1-3du code l'urbanisme. Le Prfet peut demander des modifications pour rendre compatibles le
document avec les prescriptions d'amnagement ou pour permettre la ralisation d'un projet d'intrt gnral. A
dfaut de modification le Prfet rend excutoire le schma modifi par ses soins.
1375.Art.L.111.1.1 du code de l'urbanisme. Le projet de loi 3077 du 25/11/1992 portant rforme du code de
l'urbanisme prvoit d'instituer des " directives territoriales d'urbanisme " qui permettront aux Prfets d'exercer
leur pouvoir de substitution car elles seront comprises dans le nouvel article L.111.1.1., sur cette question, cf.
Numro spcial Droit de l'urbanisme, A.J.D.A. Mai 1993, p 12, et M.LONG L'audit du droit de l'urbanisme,
R.F.D.A.1993, p 221
377
Ce pouvoir de substitution s'exerce aussi pour la modification des plans d'occupation des sols
(1376) et des schmas (1377). Le refus du Conseil municipal dans le cas de l'article L 123-7-1
l'vince de la dcision puisqu'il ne formulera qu'un avis comme dans la procdure de l'article
L.123-8.
Le juge encadre cette substitution, notamment en veillant aux motifs avancs (1378) et la
qualification de projet d'intrt gnral (1379) mais il laisse un vaste champ ouvert en
considrant que les prescriptions de l'article L.111-1-1 "doivent tre entendues comme des
mesures rglementaires prises en application des lois d'amnagement et non les lois
d'amnagement elles-mmes"(1380).
1376.Art.L.123-7-1 du code l'urbanisme permettant au Prfet de se substituer au Conseil municipal pour rendre un
plan compatible avec une prescription d'amnagement de l'article L.111-1-1 ou un projet d'intrt gnral ou un
schma et art.L.123-8 permettant de rendre un plan compatible avec une opration d'utilit publique
1377.Art.L.122-1-4 prcit
1378.C.E.9/4/1993 Com. de Contamines-Montjoie c./ Prfet de la Haute Savoie, R.F.D.A. p 1018, concl. J.C.
BONICHOT
international de Paris, C.E.30/10/1992, A.J.D.A.1992, p. 821, Concl. F. LAMY et p 830 note Y. JEGOUZO
1380. Propos du commissaire du gouvernement cit par H. JACQUOT dans sa note sous C.E.6/6/1992 Ass. des
L'existence d'une facult de statuer du Prfet, alors substitu au Maire (2) (1381), fait de ce
dernier un organe dconcentr qui supporte une subordination personnelle trs relative(1)
(1382).
Elu au suffrage universel indirect, le Maire ne doit donc pas sa "nomination" au Prfet, ni aux
suprieurs de celui-ci. Il s'ensuit invitablement une indpendance, dans la mesure o les
conditions d'existence de l'lu ne sont pas en cause. En d'autres termes l'lu n'est pas dans une
situation de salari, ce qui le distingue fondamentalement de celui (fonctionnaire ou plus
gnralement agent public) pour qui l'activit publique se dveloppe dans un statut salari.
Cette indpendance ne peut tre affecte par la simple volont du prfet ou du ministre ou du
Gouvernement, quand bien mme agirait-il en qualit de suprieur hirarchique du Maire.
En raison de l'association du Maire au pouvoir normatif (1383), son statut personnel souffre
malgr tout, qu'il soit port atteinte de faon limite l'expression du suffrage universel. En
effet, le mandat du Maire peut tre " suspendu " ou "interrompu"(1384).
Ces sanctions, applicables aussi bien lorsque le Maire agit en qualit d'agent de l'Etat ou en
qualit d'autorit municipale, ne visent pas la rpression de comportements dtermins. Ce
rgime rpressif pourrait constituer un moyen de subordination redoutable, si la procdure et
l'autorit charge de dcider ne garantissaient une certaine srnit. On pourrait craindre en
1381.L'lection du Maire au suffrage universel indirect, rend original le procd, qui ne lui est pas propre, puisque
les organes des tablissements publics le subisse (J.P. DUBOIS Le contrle sur les tablissements publics, p. 311
& s, L.G.D.J.1982)
1382.Lesorganes dirigeants des tablissements publics qui sont majoritairement nomms, subissent un rgime de
"dsinvestiture" relativement discrtionnaire, cf. J.P .DUBOIS Le contrle sur les tablissements publics, p. 250
& s, L.G.D.J. 1982
1383.L'ide d'un contrle sur les hommes ou les actes est inhrente l'organisation dconcentre ou dcentralise
du pouvoir normatif, seule la nature de ce contrle permettant de qualifier tel ou tel type d'organisation (cf.
supra).
effet que l'absence de dfinition des fautes conduisent des excs, mais il apparat que seuls
"des motifs de droit et d'intrt gnral ... peuvent en justifier l'exercice "(1385), mme si cela
intgre une sorte d'obligation de rserve (1386).
La sanction doit tre motive et avoir t prcde d'une procdure permettant l'lu de faire
valoir son point de vue d'une part et la sanction est prise par arrt ministriel pour la
suspension (1387) et par dcret en Conseil des Ministres pour la rvocation (1388) d'autre part.
Enfin les dcisions sont susceptibles de recours contentieux l'occasion desquels le juge
effectue un contrle restreint (1389) que le Professeur F.P. BENOIT justifie en relevant que ces
sanctions " sont des mesures dont l'application relve de l'art administratif et, parfois mme,
de la politique, au meilleur sens du terme, les rapports de l'Etat et des collectivits locales
tant, par dfinition mme, des rapports politiques (1390).
Ces circonstances qui distinguent fondamentalement l'agent public de l'lu, justifient que ce
dernier supporte un pouvoir de substitution le distinguant ainsi du fonctionnaire et montrant
rellement le Maire comme un organe dconcentr.
1387.Avant la loi 82-213 du 2/3/1982, la suspension tait prononce par le Prfet pour un mois et par le ministre
de l'intrieur pour trois mois. Ne subsiste aujourd'hui que la suspension pour un mois prononce par le ministre.
1388.La rvocation entrane l'inligibilit pour un an sauf renouvellement intgral des conseils municipaux.
1389.Le commissaire du gouvernement M. FRANC proposait dans ses conclusions sur l'arrt Wahnapo de
sanctionner la disproportionnalit excessive entre la faute et la sanction, mais il n'a pas t suivi par le juge,
C.E.27/2/1981 Wahnapo, A.J.D.A.1981, p. 480
1390.F.P. BENOIT Statut du Maire & des adjoints, p 492-44, ENCYCLOPEDIE DALLOZ COLLECTIVITES
Chacun connat les buts de la police municipale dfinis l'article L 131-2 du Code des
Communes, pour qu'il ne soit pas ncessaire de dvelopper ce point. La question est de savoir
si ces finalits sont diffrentes de celles fixes par l'article L 122-23 du Code des Communes
(1392). L'examen des missions exerces par le Maire, au titre de l'article L.122-23, montre que
le but poursuivi est identique celui dtermin par l'alina 1 de l'article L.131-2 du Code des
Communes. Les exemples cits par les auteurs, au titre de l'article L.122-23 montrent
l'vidence cette identit de but.
Ainsi, et sans tre exhaustif, la rglementation des conditions d'excution d'une rquisition
militaire (1393), le ramassage des objets des victimes d'un bombardement (1394), l'interruption
de travaux en violation des rgles d'urbanisme (1395), la suppression de panneaux d'affichage
1391.Les pouvoirs du Maire en qualit d'officier de police judiciaire et d'officier d'tat civil, ne font pas de lui un
1392.Art.L122-23 du Code des Communes: "Le Maire est charg, sous l'autorit " du reprsentant de l'Etat dans le
dpartement":
1. de la publication et de l'excution des lois et rglements;
2. de l'excution des mesures de sret gnrale;
3. des fonctions spciales qui lui sont attribues par les lois.
1393.C.E.27/5/1921 Tieulon, rec. p. 514, cit par F.P. BENOIT, Les fonctions du maire, p. 572-48, Encyclopdie
Les auteurs sont unanimes pour reconnatre que la dtermination de la collectivit pour
laquelle le Maire agit en matire de police, prsente des difficults particulires en raison "de
l'imprcision de la dfinition intrinsque des missions qu'il assume expressment au nom de
l'Etat "(1398). A cette indtermination s'ajoute celle relative la distinction entre police
administrative gnrale et spciale qui repose sur des critres incertains "dont aucun n'est
dterminant, mais dont la combinaison permet une clarification souhaitable"(1399). Enfin pour
apporter une dernire touche ce clair-obscur, il faut rappeler que le Maire n'est pas
dpossd de ses prrogatives, lorsque d'autres autorits peuvent intervenir (1400).
Comment expliquer rationnellement que les actes du Maire dans le cadre de l'article L 480-2
du code de l'urbanisme sont pris au nom de l'Etat, alors que ceux pris au titre de l'article R
123-27 du code de la construction et de l'habitation, le sont au titre de la commune, alors qu'ils
peuvent aboutir des consquences aussi lourdes sinon plus qu'un arrt de travaux (1401). Il est
vrai par contre que les consquences en l'absence d'action du Maire ou d'action inapproprie,
peuvent tre plus graves, que lorsque l'on laisse une construction s'affranchir des rgles
1396.C.E.17/7/1987 St Affichage Giraudy, rec. p. 578, C.E.30/1/1991 (2 espces) Ministre de l'Equipement ...c/
Ch. synd. franaise de l'affichage, et Min. de l'Equipement ... c/St Route et Ville, G.P. 1991, Panorama droit
adm. P. 86
1397.C.E.29/7/1987 France terre d'asile, rec. p. 263, T.A. Marseille SOIDIKI c/Com. de Marseille, G.P.1991,
1398.F.P. BENOIT Les fonctions du Maire, p. 572-49, Encyclopdie DALLOZ COLLECTIVITES LOCALES,
dans le mme ouvrage cf. aussi J. MOREAU "Les autorits de police municipale ", p. 2210-1 & s, enfin cf. Le
secrtaire de Mairie, Fasc."Responsabilits des communes", LITEC
1400.Ainsi le Maire peut agir pour rglementer la distance entre les ruches d'abeilles et les proprits voisines au
titre de l'article 207 alina 2 du code rural qui prvoit son intervention en l'absence de celle du Prfet prvue
l'article 206. Mais si le Prfet a pris un rglement, le Maire peut agir soit au titre de l'article 207 alina 1 du code
rural, soit au titre de l'article L.131-2 du code des Communes. Cf. T.A.CHALONS sur Marne 6/11/1990, G.P.
1991, panorama Droit adm. p. 96
1401.Le Maire peut ordonner sur le fondement de l'article R.123-27 du C.C.H. la fermeture d'un tablissement
recevant du public, Cf. C.E.4/3/1991 Ville de Tourcoing, G.P.1991, panorama de droit adm. p. 102
382
Le fait qu'un recours ne puisse tre intent par le Maire contre la dcision de l'autorit
suprieure, ne peut tre un critre de distinction, puisque cette impossibilit rsulte de la
reconnaissance du Maire en qualit d'agent de l'Etat (1403). Il en est de mme de la
responsabilit puisque, lorsque celle-ci "est mise en cause, il faut toujours songer examiner
en premier lieu si le Maire ... (a) bien agi au nom et pour le compte de la commune"(1404).
En consquence, on s'aperoit que rien au fond ne distingue les attributions du Maire, autorit
municipale et celles qu'il dtient dans le cadre de l'article L.122-23, il s'agit dans les deux cas
d'un pouvoir normatif s'exerant en matire de police administrative. Cette identit essentielle
explique que le Prfet dispose de pouvoirs analogues dans l'un et l'autre cas.
Les prrogatives du Prfet consistent dans la reconnaissance son profit, d'une facult de
statuer et d'une facult d'empcher. Seule la facult de statuer caractrise la dconcentration.
Cependant nous voquerons pour mmoire la facult d'empcher, qui n'existe que lorsque le
Maire agit en tant qu'agent de l'Etat. On verra malgr tout, que cette facult d'empcher n'est
pas trs loigne des prrogatives que le Prfet tient sur les actes de police municipale.
La facult de statuer se manifeste, elle, dans les deux cas par un pouvoir de substitution, alors
que la facult d'empcher se manifeste par un pouvoir d'annulation.
1403.Si le Maire ne peut agir contre l'autorit suprieure, la Commune le peut, C.E.10/3/1978 Com. de Roquefort
les Pins, A.J.D.A.1978, p. 346-347, cf. cependant dcision contradictoire C.E.14/1/1991 Com.de NOISIEL,
G.P.21-22-23/4/1991, p. 6, que n'a pas confirm la jurisprudence Ville de Paris, C.E.16/11/1992, R.F.D.A.1993,
p. 602
Lorsque le Maire agit en qualit d'agent de l'Etat, il est soumis l'autorit du Prfet qui exerce
son encontre, le pouvoir hirarchique. Il est manifeste, que cette autorit hirarchique
n'existe pas lorsque le Maire agit en qualit d'autorit municipale, puisqu'alors, en vertu de la
loi 82-213 du 2 mars 1982, il est soumis au contrle administratif.
Or, dans le cadre du pouvoir hirarchique, le Prfet pourrait annuler et rformer les dcisions
du Maire, son subordonn, alors que dans celui du contrle administratif, il ne peut que
dcider d'en appeler au juge pour obtenir l'annulation de l'acte municipal.
Cette diffrence doit tre relativise. En effet et selon J.C. GROSHENS, les pouvoirs du
suprieur sur son subordonn ne lui permettent ni de retirer, ni d'abroger, ni de rformer l'acte
pour inopportunit (1405). Le suprieur ne peut retirer l'acte qu'en raison de son illgalit et
dans le dlai du recours pour excs de pouvoir (1406). La rformation n'est pas possible car elle
s'analyse comme un retrait et une substitution raliss dans un mme instrumentum (1407) et la
substitution doit tre expressment prvue par un texte pour tre envisage (1408). Or ici, si la
substitution est prvue, elle ne permet pas d'intervenir, lorsque le Maire a agi, mais
uniquement en cas d'inaction. La rformation n'est donc pas possible mme en cas d'illgalit
de l'acte municipal.
1405.J.C. GROSHENS Le pouvoir des suprieurs hirarchiques sur les actes de leurs subordonns, A.J.D.A.1966,
p. 146 & s. Concernant l'abrogation cf. aussi J.M.AUBY L'abrogation des actes administratifs, A.J.D.A.1967, p.
133
1406.La dcision du Conseil d'Etat du 16/11/1992 Ville de Paris rappelle ces conditions en visant expressment le
motif (la violation du dcret du 15 janvier 1986) pour lequel le Prfet avait retir l'arrt du Maire, cf. la note de
J. MORAND-DEVILLER & D. MORENO R.F.D.A.1993, p. 609
1408.Ibid. p. 146
Cependant cette identit de but s'exprime dans des formes diffrentes selon que la Maire a agi
en qualit d'autorit tatique ou municipale.
Ces formes distinctes constituent a priori un critre dirimant. Cependant, si au titre de son
pouvoir hirarchique, le Prfet peut retirer lui-mme un acte illgal, il dispose en sa qualit
d'autorit de contrle de facilits qui aboutissent, en fait et parfois en droit, la mme chose.
Sans esquiver cette diffrence qui ressort des conditions formelles d'exercice de la facult
d'empcher, l'identit du but poursuivi dans les deux cas tablit une parent entre les
procdures, qui se transforme en identit lorsqu'il s'agit d'exercer une facult de statuer en lieu
et place de l'organe municipal. La substitution du Prfet au Maire est le moyen utilis dans les
deux hypothses et oprant l'appropriation de la facult de statuer du Maire par le Prfet, elle
exprime seule la dconcentration du pouvoir normatif dans ces hypothses.
1410.C.E.18/4/1986 Commissaire de la Rpublique d'Ille & Vilaine, R.F.D.A.1987, p. 206, Concl. M. ROUX
1411.La demande de sursis du Prfet est automatiquement suivie d'effet ds lors, qu'il invoque un moyen srieux
l'appui de sa requte en annulation, cf.sur ce point F.P.BENOIT, Les recours contre les actes des collectivits
locales; p. 4542-67, ENCYCLOPEDIE DALLOZ COLLECTIVITES LOCALES
1412.Ibid. p. 4542-69
385
Avant 1982, le Prfet au titre de l'article L 122-14 du code des communes, pouvait dans le cas
o le maire refusait ou ngligeait de faire un des actes qui lui sont prescrits par la loi se
substituer au maire. Cette substitution avait t l'origine, comprise comme permettant au
Prfet de se substituer au maire excutif local (1413), puis exclusivement lorsque celui-ci
devait, par la loi, avoir une attitude dtermine (1414).
Depuis la loi du 2 mars 1982, le Prfet ne peut se substituer au Maire, selon la nouvelle
rdaction de l'article L.122-14 du code des communes, que lorsque celui-ci agit "en tant
qu'agent de l'Etat", d'une part et en vertu de l'article L.131-13 du mme code, lorsqu'il n'a pas
satisfait aux obligations qu'il tient de l'article L.131-2 du code des communes, relatif la
police municipale, d'autre part.
Ds lors dans les deux hypothses qui nous intressent, le Maire supporte le pouvoir de
substitution qui s'exerce alors, selon les mmes modalits. Si ce pouvoir de substitution existe,
c'est parce que le Maire n'est pas professionnellement subordonn au Prfet.
L'identit des procdures de substitution prvues aux articles L 122-14 & L 131-13, rsulte
d'abord du fait que "la substitution n'est possible qu' propos d'actes "prescrits par la loi", c'est
dire qu'il ne s'agit "que d'une substitution de lgalit"(1415). Cette ide met en oeuvre
l'acception positive du principe de lgalit, selon laquelle le citoyen peut exiger l'diction d'un
acte (1416) et elle exprime, selon M.C. BERGERES, " l'ambivalence du principe de lgalit
"(1417). Ceci n'exclut pas ainsi, que l'on a pu dj l'crire, une apprciation des "circonstances"
1413.cf. sur ce point L.MORGAND La loi municipale, p .294, tome 1, BERGER-LEVRAULT, 1963
1415.S. REGOURD L'acte de tutelle en droit administratif franais, p. 160, L.G.D.J. 1982. F.P. BENOIT
considre que la substitution du prfet au maire, agent de l'Etat, ne dcoule pas de l'article L.122-14 mais de
l'article L.122-23 dans la mesure o l'auteur admet que le pouvoir de substitution est inhrent au pouvoir
hirarchique, sur ce point cf. Le fonctionnement de la municipalit, p. 532-290 & s, et Les fonctions du maire, p.
572-52
1416.On peut considrer qu'il s'agit l d'une consquence de la subsidiarit, car le citoyen n'a dlgu sa puissance
1417.M.C. BERGERES Contentieux communautaire, p. 215, Coll. Droit fondamental, P.U.F. 1989
386
de cette lgalit. Cette possibilit d'apprciation apparat aussi dans la dfinition de la carence
de l'autorit municipale, qui peut tre "quantitative" (absence d'action) comme l'implique
l'article L.122-14, mais qui peut tre aussi "qualitative" comme la rdaction de l'article 131-13
permet de l'envisager (1418).
Cette possibilit d'apprciation ne permet pas de distinguer rellement les deux hypothses,
qui par ailleurs sont runies par leur procdure de mise en oeuvre.
C'est le second point qui marque l'identit des deux hypothses de substitution. Elle n'est
possible dans les deux cas qu'aprs mise en demeure pralable. Cette procdure est
fondamentale (1419) car c'est elle qui, en droit, permettra au Prfet de s'emparer de la
comptence personnelle de l'organe substitu. Elle est le poste frontire entre l'exercice de la
facult de statuer par l'organe local et sa reprise par l'organe central.
Mme s'il s'agit d'une formalit dont l'auteur est celui qui doit se substituer, elle constitue une
formalit essentielle dont l'absence affecte la lgalit de l'acte du substituant (1420). Cette mise
en demeure (art. L. 131-13) ou cette rquisition (art.L.122-14) pralable permet l'lu de
connatre les motifs qui prsideront ventuellement la substitution. Elle reprsente donc une
protection de la facult de statuer du Maire. Cette protection est relative en raison du caractre
central de l'organe qui en assure le respect, mais celui-ci lui confre nanmoins une porte
relle.
Si l'on considre une dcision rcente du Conseil d'Etat (1421) relative au pouvoir du Conseil
municipal, et transposable la substitution du Prfet au Maire, l'importance de cette formalit
1418.Cet article envisage " tous les cas o il n'y aurait pas t pourvu par les autorits municipales "
1419.nous rejoignons S. REGOURD, cet gard, qui conteste le propos de Ch. EISENMANN, qui dvaluait cette
rgle de procdure. S. REGOURD, L'acte de tutelle en droit administratif franais, p. 161, L.G.D.J.1982. Il existe
une sorte de dconsidration des rgles de procdure ou de forme qui tend faire accroire que le seul droit est le
droit matriel.
1420.sur cette question cf. dans l'ENCYCLOPEDIE DALLOZ COLLECTIVITES LOCALES, F.P. BENOIT
Fonctionnement de la municipalit, p .532-30, & J.MOREAU Les autorits de police municipales, p. 2210-18
pralable n'chappera pas, car l'arrt est rendu dans un domaine o s'exprime une nostalgie
tutlaire! Le Conseil d'Etat, propos de l'application de l'article L 123-3-2 du code
d'urbanisme (1422), a illustr l'importance de cette mise en demeure pralable (1423). Il
considre que la lgalit de la mesure de substitution doit s'apprcier non seulement au regard
des motifs lgalement prvus pour fonder la substitution mais aussi du ou des motifs invoqus
au jour de la mise en demeure (1424). Applique la substitution du Prfet au Maire, cette
jurisprudence imposerait que les motifs de l'ventuelle intervention prfectorale communiqus
lors de la formalit pralable, soient ceux effectivement repris dans la mesure oprant la
substitution (1425).
1422.Cet article permet au Prfet de s'opposer l'acquisition de l'opposabilit aux tiers d'un P.O.S., si la commune
n'accepte pas les modifications qu'il propose. C'est la limite de la confusion des facults de statuer et
d'empcher puisque le Prfet empche pour voir statuer comme il l'entend. La commune peut toujours refuser,
mais elle tombe sous le rgime du R.N.U..
1423.Nous assimilons la demande de modification du Prfet une mise en demeure, puisque c'est elle qui permet
1424.Le commissaire du Gouvernement J.C. BONICHOT avait propos que le motif invoqu au jour de la mise en
demeure puisse tre remplac le cas chant par un motif li la lgalit. Il dclarait: " Quand le prfet s'oppose
un projet de plan d'occupation des sols pour des motifs de lgalit, sa dcision doit tre maintenue, ds lors que
le projet est illgal, mme si cette illgalit rsulte d'une irrgularit de la procdure d'laboration et quel que soit
le motif qui avait t retenu l'origine ". R.F.D.A. 1993, p. 1022. Si le raisonnement du commissaire du
gouvernement avait t suivi, cela aurait conduit admettre dans les motifs permettant la mise en oeuvre de
l'article L 123-3-2 du code de l'urbanisme, que certains n'taient pas des motifs de lgalit. Ceci n'aurait pas t
sans consquence sur notre propos, dans la mesure o la substitution n'est possible que pour faire respecter la
lgalit.
1425.Nous considrons que la loi 79-587 du 11/7/1979 relative la motivation des actes administratifs s'applique
dans cette hypothse car la substitution est une dcision individuelle qui restreint le principe de libre
administration pos par la Constitution.
388
La France n'a pas su se donner une constitution fdrale, elle refuse aussi une dcentralisation
rglementaire. Pourtant historiquement des lments d'une telle dcentralisation ont t mis en
place et cet gard l'anne 1982 a boulevers la situation des organes locaux dans le
processus normatif rglementaire (I). Cependant le lgislateur rejette encore l'institution d'une
dcentralisation en n'admettant pas que les organes locaux puissent disposer d'une facult
gnrale d'empcher les organes centraux en matire rglementaire (II).
1426.Ainsi et par exemple M. DEBRE s'adressant G. DEFFERRE dclarait: " Ici ou l, certaines apparences ne
peuvent dissimuler une rupture, dont d'ailleurs en termes politiques, vous affirmez le caractre capital, en
dclarant: c'est beaucoup plus qu'une rforme de l'Etat. C'est, en effet, une conception non unitaire, mais
fdrative de la France ". J.O. Dbats A.N. 28/7/1981, 2me Sance, p. 328
389
Ce rle fondamental, le Prfet l'excutait en 1982 en exerant une facult d'empcher sur les
organes non centraux, tout en disposant d'une facult de statuer centrale soit titre personnel,
soit par dlgation. Ce cumul de deux facults constituait un lment de la dconcentralisation
(a) qui tait renforc dans deux hypothses par le fait que le Prfet tait aussi un organe de la
collectivit ou de l'tablissement public (b).
On l'a crit prcdemment, l'exercice de la facult d'empcher par un organe central disposant
aussi d'une facult de statuer illimite ou tout le moins personnellement plus tendue que
celle des organes non centraux, n'est pas sans influence sur la facult de statuer non centrale.
En effet, le titulaire de la facult d'empcher peut imposer tous ce qu'il ne peut imposer un.
Or, le Prfet dtient titre personnel ou par dlgation une facult de statuer sur le territoire
dpartemental ou rgional. Le Prfet de dpartement est autorit de police gnrale en sa
qualit de "dpositaire de l'autorit de l'Etat" (1428) et par leur qualit de "dlgu du
Gouvernement" les Prfets de dpartement et de rgion sont "le point de passage obligatoire"
du circuit du pouvoir (1429) car ils traduisent les dcisions gouvernementales en termes
rglementaires.
1428.J. MOREAU, Brves remarques sur les termes juridiques officiels utiliss pour caractriser la nature et les
Il dispose donc d'un pouvoir normatif (1430) et de la capacit de prendre des actes juridiques
ncessaires ou utiles aux collectivits. Ainsi, il met en oeuvre des procdures administratives
(dclaration d'utilit publique, aides aux entreprises, ...), il contracte (convention en matire
d'emploi, conomique, ...) et il est ordonnateur secondaire et ce titre notamment, il rpartit
des crdits qui font l'objet son profit d'enveloppes globales (logements, hpitaux, ...).
Cette capacit juridique et financire du Prfet ne peut tre sans influence sur les organes
supportant cette facult d'empcher et qui sont, alors, la fois partenaires et contrls (1431).
Le rsultat apparaissait dans le rapport GUICHARD qui dclarait que "les communes sont
devenues en ralit des agents chargs d'appliquer les politiques ministrielles et de pourvoir
des quipements collectifs ou de grer des services publics pour le compte de l'Etat, sans
pouvoir envisager de politiques rellement autonomes, adaptes aux problmes rsoudre
localement"(1432).
La runion sur la personne du Prfet de deux facults impliquait donc une absence
"d'tanchit" de la facult de statuer des organes locaux, qui tait aggrave lorsque le Prfet
tait en mme temps, organe du dpartement et/ou de la rgion.
1430.ex. en matire sanitaire & sociale pour la cration et la fixation des tarifs des tablissements (sur cette
question, cf. P. LIGNEAU La dcentralisation des politiques d'action sociale en France, p. 147, Publications de
la Facult de Droit de Poitiers, P.U.F.1990, en matire de regroupement de communes notamment dans le cadre
de l'laboration du schma dpartemental prvu par la loi du 6/2/1992 ...
1431.cf. par ex. dans Actes du colloque 1 & 2 dcembre 1978, "Dcision et pouvoir", p. 137 & s et notamment les
interventions d'E. HERVE p. 157 et M. GIRAUD p. 165, coll.10/18, UNION GENERALE D'EDITION, 1979,
M. CASTELLS & F. GODARD Monopolville, l'Etat, L'Urbain, MOUTON, 1974
Ce systme qui a pris fin en 1982, faisait du Prfet du dpartement, l'excutif du Conseil
Gnral et du Prfet de rgion, l'excutif du Conseil Rgional, qui n'tait alors qu'un
tablissement public.
En qualit d'excutif du Conseil Gnral ou Rgional, il tait tenu d'excuter les dlibrations
de ces assembles sur lesquelles il n'exerait pas lui-mme la facult d'empcher ou seulement
par dlgation (1433) ou titre exceptionnel (1434) mais il en tait l'initiateur.
L'on voit bien, que ce ddoublement fonctionnel du Prfet, organe central par subordination
personnelle (1435) et organe local par la loi, ne pouvait tre sans influence sur la facult de
statuer de l'assemble locale. L'approbation des dlibrations des Conseils Gnraux en
matire de personnel (1436), ds lors qu'elles n'taient pas conformes aux propositions
prfectorales dmontre l'vidence cette influence.
Les modalits d'exercice de cette facult d'empcher accentueront les effets de la facult
d'empcher sur la facult de statuer non centrale.
Selon les collectivits, la mise en oeuvre de cette facult ne s'effectuait pas de la mme faon.
1433.ex. en matire d'emprunts, cf. sur ce sujet B. LEROUSSEAU Les emprunts des collectivits locales,
1434.Art.34 loi du 10/8/1871 Le Prfet pouvait prononcer la nullit des actes pris lors de runions illgales
1435.Cette subordination rsulte de l'aspect politique de la fonction prfectorale qui pour J. RIVERO tait aussi
essentiel que l'aspect administratif, J. RIVERO Droit administratif, p 314, DALLOZ 1965
1436.Art. 9 du dcret 59-36 du 5/1/1959 portant allgement du contrle administratif sur les dpartements
392
Pour les conseils municipaux, les dlibrations ne devenaient excutoires que quinze jours
aprs leur dpt auprs de l'autorit suprieure (1437), qui pouvait les annuler en raison de leur
nullit de droit (1438) ou de leur caractre annulable (1439) ou en refuser l'approbation si celle-ci
tait requise (1440) et qui pouvait tre discrtionnaire comme le montre J.L.GOUSSEAU en
matire d'approbation des emprunts extrieurs (1441).
Pour les dpartements, "avant 1926, ... le principe tait celui de l'approbation pralable" (1442)
et aprs le dcret du 5 novembre 1926, les dlibrations taient excutoires par elles-mmes,
sauf celles qui demeuraient soumises approbation (1443), " si dans le dlai de dix jours dater
de la fin de la session, le prfet n'en a pas demand l'annulation " pour violation de la loi "
(1444). Si dans un dlai de six semaines compter de la notification au Prsident du Conseil
Gnral de la demande d'annulation, celle-ci n'a pas t prononce par dcret en forme de
R.A.P., la dlibration devenait excutoire. Si dans un dlai de trois mois compter de leur
rception pour approbation dans les ministres, les dlibrations soumises approbation
devenaient excutoires. Le Prfet en tant qu'excutif tait le garant de l'inexcution de la
dlibration pendant le dlai.
1-les dlibrations d'un conseil municipal portant sur un objet tranger ses attributions ou prises en dehors de sa
runion lgale;
2-les dlibrations prises en violation de la loi ou d'un rglement d'administration publique.
1439.Art.L.121-35: " Sont annulables, les dlibrations auxquelles ont pris part des membres du conseil intresss
1440.Art.L.121-38 du code des communes qui soumettait approbation certains emprunts, les garanties d'emprunt,
1441.J.L. GOUSSEAU Les emprunts extrieurs des collectivits locales, Article dactylographi, p. 32, Facult de
1443.Dcret 59-36 du 5/1/1959 qui prvoyait l'approbation du budget en cas de dficit antrieur, de certains
emprunts, des garanties d'emprunt et des dlibrations en matire de personnel lorsqu'elles s'cartaient pour ces
dernires, des propositions prfectorales
1444.La jurisprudence n'est pas trs abondante sur cette tutelle des dpartements, toutefois cf. cit par G. VEDEL
dans son manuel de Droit administratif, p. 516, Coll. Thmis, P.U.F.1964, C.E.13/3/1953 Pensionnat St Louis,
rec. p. 132 et C.E. 7/11/1952 Conseil Gnral du Rhne, rec. p 494, concl. Chardeau, et M. BOURJOL qui avait
dnombr entre janvier et avril 1981, cinq annulations, trois refus d'approbation, et une substitution, Cours
dactylographi Administration rgionale et locale, p. 166 & s, 1981-1982, Facult de droit de Tours
393
Pour la rgion, les dlibrations taient excutoires de plein droit sous rserve d'une demande
de seconde dlibration formule par le Prfet dans les quinze jours. Cependant l'article 7 de
la loi du 5 juillet 1972 prvoyait l'annulation par dcret en Conseil d'Etat des dlibrations
contraires la loi ou portant sur un objet tranger aux attributions du Conseil Rgional et le
dcret 73-856 du 5 septembre 1973 relatif au rgime financier de la Rgion prvoyait la
ncessit d'une approbation pour certaines dlibrations comme en matire de garanties
d'emprunt (art.2 du dcret) ou concernant certains emprunts (art.16 du dcret). L encore le
caractre d'organe excutif du Prfet garantissait la non- excution de la dlibration dans
l'attente de la dcision gouvernementale.
Certes cette facult d'empcher, qu'elle s'exprime par l'annulation ou par l'approbation, tait
soumise au contrle du juge qui veillait sa rgularit et notamment ce qu'elle ait t prvue
par un texte (1445). Ce contrle a priori, renforc et garanti par le ddoublement fonctionnel du
Prfet pour le dpartement ou la rgion d'une part, et le fait que l'annulation ou l'approbation
soit prononce par un organe dot d'une facult de statuer d'autre part, font que la facult de
statuer de l'organe local se trouvait dans une troite dpendance de la volont de l'organe
central ou de son reprsentant dans la circonscription.
Cette situation tait le fruit d'une volution qui avait progressivement supprim le plus grand
nombre d'hypothses d'approbation (1446), comme se plaisait souligner le snateur M.
GIRAUD, rapporteur du projet au Snat (1447). Cependant ce n'est pas le projet de loi pour le
dveloppement des responsabilits locales, examin en premire lecture par le Snat en 1979
1446. Par ex.la loi du 31/12/1970 sur la gestion municipale et les liberts locales
1447.M. GIRAUD Rapport n 33 sur le projet de loi droits et liberts des communes, dpartements et des rgions,
(1448), qui va bouleverser les choses mais le projet de loi "Deferre" relatif aux droits et liberts
des communes, dpartements et rgions (1449).
B) La rupture de 1982
Le lgislateur va modifier les rapports organes centraux organes non centraux en s'attaquant
aux caractres fondamentaux de la dconcentralisation rglementaire franaise et les
modalits de la facult d'empcher mises en place, sont celles que l'on trouve en matire de
dcentralisation.
Ainsi, le Prfet (1451), appel pour l'heure Commissaire de la Rpublique, cesse de dtenir
d'une faon gnrale une facult d'empcher les organes locaux (1452). Il ne peut plus annuler
1448.Ainsi le projet de loi pour le dveloppement des responsabilits des collectivits locales adopt par le Snat,
maintenait l'approbation de certaines dlibrations, cf. Doc. A.N. n 1683, Seconde session ordinaire 1979-1980,
Sur ce projet de loi, cf. M. BOURJOL Le plan de dveloppement des responsabilits des collectivits locales,
Sminaire D.E.S.S. Droit et administration des collectivits locales 1978-79, Document dactylographi, Facult
de droit de TOURS
1449.Projet de loi n 105, Annexe au P.V. de la sance du 16/7/1981 Doc. A.N. Session de droit en application de
l'article 12 de la Constitution
1450.Toute forme d'approbation n'a pas disparu. On l'a vu en matire d'urbanisme avec l'approbation - substitution,
l'approbation existe aussi en matire de participation au capital de socits commerciales ou d'organismes but
lucratif n'exploitant pas un service public, cf. art. L.381 & s et R.381 & s du code des communes
1451.La mutation a t difficilement accepte par certains membres de la fonction prfectorale, cf. J.E. VIE,
"Adieu la "Prfectorale"", R.A.1981, p. 462 ou M. DOUBLET qui crit: " La suppression des Prfet: une faute
grave sur le plan de l'Etat ", R.A. 1981, p. 459
les actes, mais simplement les transfrer la juridiction administrative. Dsormais, non
seulement la facult d'empcher relve d'un organe central, non dot d'une facult de statuer-
la juridiction administrative -, mais en outre, le Prfet n'est plus un organe local de la
collectivit. L'excutif de toutes les assembles dlibrantes est dsormais lu par celles-ci, la
Rgion, par ailleurs, devenant "collectivit territoriale de la Rpublique". La fin du Prfet
"excutif" met fin la relative osmose institutionnelle, que la situation antrieure permettait.
Si le dpartement ou la rgion participent des politiques tatiques, ce sera sur une base plus
contractuelle, c'est dire plus dcentralise que dconcentre sans qu'il soit mis fin la fusion
des deux termes, comme on le verra.
Le caractre immdiatement excutoire des actes locaux, ds lors qu'il a t procd aux
formalits de publicit et de transmission, manifeste la rupture avec un systme dans lequel "
l'autorit tatique est "appele consentir ou refuser de consentir la dcision""(1453). La
facult d'empcher les organes locaux relve donc dsormais des tribunaux administratifs qui
sont saisis, soit par le Prfet dans le dlai de deux mois suivant la transmission des actes
celui-ci (1454), soit par une personne ayant intrt pour agir et dans les deux cas pour des
motifs de lgalit (1455). Cette "rvolution" dans l'acquisition du caractre excutoire se traduit
par un sursis l'excution dit "d'urgence" (1456) qui vise suspendre l'excution pratiquement
sans dlai. La transmission, condition du caractre excutoire des actes locaux, exprime ici,
par la diffrence qu'elle implique avec l'acquisition de ce caractre pour les actes de l'Etat, un
1454.Le Conseil Constitutionnel avait considr que la transmission au reprsentant de l'Etat tait lie
l'acquisition du caractre excutoire, cf.A.J.D.A.1982, p 294 et la note de J. BOULOUIS, p 303. Suite cette
dcision, le lgislateur est intervenu par la loi 82_623 du 22/7/1982 pour poser cette liaison entre caractre
excutoire et transmission au reprsentant de l'Etat, cf. A. DELCAMP, A.J.D.A. 1982, p. 500. La transmission
n'est requise que pour les actes les plus importants, qu'numre la loi (complt depuis d'ailleurs, notamment avec
la transmission de toutes les dcisions d'urbanisme), pour les autres le Prfet peut saisir le juge dans le dlai de
deux mois suivant sa prise de connaissance de l'acte.
1455.Ceci n'exclut pas une apprciation comme on l'a vu en premire partie et comme l'impliquait la dcision du
Conseil Constitutionnel qui affirmait que le reprsentant de l'Etat devait pouvoir assurer le respect de toutes les
dispositions de l'alina 3 de l'article 72, A.J.D.A.1982, p. 295. La circulaire du 5/3/1982 relative au contrle de
lgalit des actes des collectivits locales, reprenait cette ide en dfinissant la nature de l'apprciation que devait
effectuer les reprsentants de l'Etat, A.J.D.A.1982, p. 297
1456.G. KOUBI Acte excutoire et actes des autorits locales, R.D.P.1990, p. 1517
396
pas vers la dcentralisation du pouvoir normatif, mais non vers l'autonomie normative (1457)
inconciliable avec l'ide mme d'ordre juridique (cf.1 re partie). C'est une nouvelle
organisation du pouvoir normatif, autour des facults de statuer et d'empcher, qui s'esquisse
dans un ordre juridique donn et non l'instauration d'un nouvel ordre juridique.
Cette garantie est donne par le refus du Conseil Constitutionnel d'admettre que le dfr
prfectoral entrane automatiquement le sursis l'excution de l'acte local, d'une part, et par
l'apprciation de la lgalit au jour de la dcision et non au jour de la transmission, d'autre
part.
1457.G. KOUBI crit: " La transmission se prsente comme une des mthodes pour le pouvoir central de rguler
les activits juridiques des collectivits locales ", Actes excutoire et actes des autorits locales, R.D.P.1990, p.
1507
1459.Dlai d'un mois pos par l'art.44 de la loi 92-125 du 6 fvrier 1992
397
Cette disposition tait pour le moins curieuse, car elle accordait automatiquement, ce qui
faisait l'objet de la demande! Ou bien le lgislateur pensait que les actes dans les matires
concernes, devaient n'tre excutoires que pass un dlai de trois mois, ou bien il maintenait
les prrogatives du juge pour apprcier la runion des conditions du sursis! En fait, craignant
que la multiplication des hypothses dans lesquelles les actes locaux n'taient excutoires que
sous rserve de leur contrle pralable par le Prfet (1460), n'irritent les lus locaux, habiles
dnoncer un retour la tutelle, le lgislateur a prfr en conservant l'apparence d'un contrle
juridictionnel, amnager le rgime de ce dernier de telle faon obtenir un dcalage dans le
temps de l'excution des actes locaux.
Le Conseil Constitutionnel dans sa dcision du 20 janvier 1993 (1462) n'a pas t dupe du
procd qui a encouru ses foudres d'office. Ni les dputs, ni les snateurs n'avaient contest
la constitutionnalit de cette disposition. Concernant les Snateurs, ceci conduit s'interroger
sur les propos de A. DELCAMP, selon lequel " le Snat joue ... un rle non pas de tuteur,
mais de protecteur des lus locaux "(1463).
1460.cf. en matire d'urbanisme l'art.R.123-3-2 du code de l'urbanisme qui institue une approbation - substitution
(supra)
1461.M. BOURJOL avait dj voqu l'orientation " vers un vritable "gouvernement des juges"" propos de la
loi 92-10 du 4/1/1992 relative au recours en matire de passation de certains contrats et de la loi 92-125 relative
l'administration territoriale de la Rpublique, A.J.D.A.1992, p. 143.
1463.A. DELCAMP Le Snat et la dcentralisation, tome 3, p. 931, Thse pour le doctorat d'tat, Universit Paris
I
398
A quel moment doit tre apprcie la lgalit de la dcision locale ? Au jour o elle est prise
ou au jour de sa transmission ? La solution n'tait pas vidente mme si la solution applique
avant 1982 tirait vers ce principe (1464) montrant ainsi l'existence de l'acte sous tutelle
indpendamment de l'acte de tutelle. Il tait ds lors difficile d'admettre que la loi de 1982
modifie, en posant l'obligation de transmission, changeait cet tat de fait (1465).
1464.S. REGOURD montrait que l'acte sous tutelle, mme non approuv pouvait faire l'objet d'un recours pour
excs de pouvoir et pouvait crer des droits, "L'acte de tutelle en droit administratif franais, p. 457 & s,
L.G.D.J.1982
1465.Sur cette question, cf. F.P. BENOIT Le caractre excutoire des actes des collectivits locales, p. 4531 & s,
1468.Dans cette dcision, le juge avait considr que l'acte non publi et non notifi avait cr des droits,
1469.C.E.31/3/1989 LAMBERT, A.J.D.A.1989, p. 338 propos d'un internement psychiatrique par un Maire, qui
n'avait pas notifi la dcision l'intress. Dans une dcision ne concernant pas les organes locaux, le juge a
affirm "que l'existence d'un acte n'est pas subordonne sa publication ou sa notification ", C.E.21/12/1990
Conf. NAT. des Assoc. Familiales Catholiques, R.F.D.A.1990, p. 1075, Concl. B. STIRN, p. 1075
399
Il est vrai que cette jurisprudence permet certaines facilits l'organe local. Ainsi, la
nomination le 1er fvrier 1990 d'un employ communal sur un emploi spcifique cr par le
Conseil municipal sur le fondement de l'article L.412-2 du code des communes (abrog
aujourd'hui), tait lgale nonobstant la transmission de l'arrt de nomination postrieurement
la publication le 10 fvrier 1990 du dcret portant statut particulier du cadre d'emplois des
ingnieurs territoriaux, qui n'autorisait plus partir de cette date la nomination sur des
emplois spcifiques dans la filire technique (1470).
Cette garantie de la facult de statuer locale est pondre par les modalits de l'intervention du
juge.
Ce que l'on appelle la norme locale, n'est rien d'autre qu'une norme de l'Etat matriellement et
territorialement dtermine. Elle accde ce titre en supportant une facult d'empcher
centrale dont la mise en oeuvre peut tre plus ou moins rapide et efficace. A cet gard, le
rgime du dfr prfectoral, assimil largement un recours pour excs de pouvoir, et celui
du sursis l'excution des actes locaux visent maintenir l'unit du pouvoir normatif de l'Etat
dans le niveau hirarchique considr: le rglement.
1470.T.A. ORLEANS 5/3/1191 Prfet d'Indre & Loire c/ Com. de St Pierre des Corps, Req.90-1231, et sur les
L'assimilation du dfr au recours pour excs de pouvoir, si elle n'est pas totale (1471), permet
au Prfet d'exercer son contrle dans un dlai plus long que celui de deux mois compter de
la transmission inscrit dans la loi. Cette assimilation va se manifester par l'exigence d'un
recours motiv (1472) et par l'admission de la prolongation du dlai par un recours administratif
du Prfet (1473). Cette prolongation pourra aussi rsulter d'une transmission incomplte des
actes et de leurs annexes (1474) qui doivent toutefois tre strictement ncessaires
l'apprciation de la lgalit (1475).
Cette assimilation du dfr au recours pour excs de pouvoir doit permettre au Prfet de
saisir le juge avant mme la transmission et mme de faire un recours administratif dans cette
hypothse (1476), sans craindre de se voir opposer la connaissance acquise tant en raison de la
jurisprudence antrieure (1477) que des dispositions de la loi qui font courir le dlai du dfr
compter de la transmission.
C'est donc un vaste espace de "ngociation - persuasion"(1478) que cette assimilation lui ouvre
du fait de la dure importante du dlai pour introduire un recours. Cependant ceci ne conduit
pas diffrer juridiquement mais politiquement le caractre excutoire de l'acte. Le rgime du
1471.sur ce point cf. J. MOREAU Bilan jurisprudentiel du contrle administratif de lgalit, A.J.D.A.1992 p. 57 et
J.F. LACHAUME Contrle administratif, Fasc.1, n 48, JURISCLASSEUR ADMINISTRATIF Ainsi le recours
pour excs de pouvoir n'est pas possible contre les contrats, alors que le dfr le permet pour les conventions en
matire de march par ex.
1472.C.E.27/2/1987 Com. de Grand Bourg de Marie Galante, A.J.D.A.1987, p. 418, note X. PRETOT et
1474.C.E.13/1/1988 Mutuelle gnrale des personnels des collectivits locales, A.J.D.A.1988, p. 160
1475.Si le Prfet demande des pices non ncessaires l'apprciation de la lgalit, sa demande ne prorogera pas
le dlai, cf.C.E.31/3/1989 Dlle MEMET, A.J.D.A.1989, p 538, Concl. D. LEVIS et note J.B. AUBY, p. 548
1476.La loi 92-10 du 4 janvier 1990 relative aux recours en matire de passation de certains contrats renforcera
cette possibilit lorsque le Prfet sera "inform" par un tiers ls d'un manquement aux rgles de publicit. Le
Prfet ne bnficiant pas des dispositions de cette loi pourra toujours faire profiter le tiers non dsireux de mettre
en oeuvre la procdure prvue, de sa capacit de mettre en oeuvre ultrieurement le contrle administratif.
sursis renforce cette capacit du Prfet contenir l'acquisition du caractre excutoire des
actes locaux, mais cette fois-ci d'une faon juridique.
Le sursis l'excution comme son nom l'indique, permet de suspendre le caractre excutoire
de l'acte. Il constitue donc une atteinte directe la facult de statuer locale, prive alors " du
"privilge du pralable" dont bnficie l'administration "(1479).
Le sursis l'excution mis en place par la loi du 2 mars 1982 droge au rgime du sursis
applicable aux actes administratifs avant la loi. En effet, le Prfet peut demander en mme
temps que l'annulation de l'acte local, que soit ordonn le sursis l'excution en l'attente de la
dcision au fond (1480) et le juge doit faire droit cette dernire demande, si le Prfet invoque
au moins un moyen srieux l'appui de sa requte en annulation.
En supprimant l'exigence d'un prjudice irrparable dont la preuve est rclame dans le sursis
de droit commun, et en contraignant le juge prononcer le sursis si la condition pose est
ralise, le lgislateur a maintenu l'unit du pouvoir normatif. D'une part, l'exercice de la
facult d'empcher par un juge, organe central, garantit la facult de statuer centrale et d'autre
part, la limitation du contrle celui de la lgalit se rapporte alors la garantie de la
rpartition du pouvoir normatif (1481) opre par les normes suprieures, constitution, lois et
principes gnraux du droit, non seulement entre les organes chargs de mettre en oeuvre le
pouvoir rglementaire, mais aussi entre ceux-ci et ceux mettant en oeuvre le pouvoir lgislatif
(1482). Si la lgalit et donc la rpartition dudit pouvoir normatif, n'tait pas affaire
d'apprciation, on pourrait considrer que ce systme garantit ipso facto la facult de statuer
locale.
1479.G. KOUBI Acte excutoire et actes des autorits locales, R.D.P.1990, p. 1513
1481.D. CHABANOL crit: " Dans le mcanisme mis en place par les lois de dcentralisation, l'auteur de la
requte, par commissaire de la Rpublique interpos, est la collectivit nationale ou l'Etat, et son objectif n'est
plus d'obtenir un avantage individuel, mais d'assurer le respect des lois. A.J.D.A.1983, p. 73
1482.Mme si c'est un peu abrupt, on pourrait considrer que le contentieux de l'annulation des actes locaux est
exclusivement un contentieux de la comptence. Ainsi la violation de la loi ne serait pas autre chose que la
violation de la comptence du lgislateur...
402
Ces sursis tendent, sans pouvoir y parvenir, faire jouer la facult d'empcher exerce par le
juge, le mme effet que celle exerce hier par le Prfet. Elle ne peut y parvenir parce que le
juge n'est pas dot d'une facult de statuer, il n'est pas administrateur. Elle ne peut y parvenir
parce que mme si ce contrle de lgalit peut tre exerc en opportunit, il ne peut devenir
purement et simplement un contrle d'opportunit, qui mettrait en cause la lgitimit du
contrle. Alors, si la faon d'une asymptote, ce contrle peut tendre vers une simple
approbation, il apparat que s'il peut garantir la facult de statuer centrale, il risque de ne pas
garantir la facult de statuer locale, d'o la ncessit d'accorder aux collectivits territoriales
une facult d'empcher les organes centraux pour que le rgime de production des actes
rglementaires soit dcentralis.
Or, ce jour, une telle facult d'empcher reconnue des organes locaux et s'exerant sur la
facult de statuer centrale demeure une revendication, manifestant ainsi le maintien d'un
rgime de dconcentralisation.
Si, lorsque l'approbation des actes locaux est conserve, il n'y a pas de doute sur le caractre
dconcentralis du pouvoir normatif correspondant, on aurait pu penser que, lorsque le juge
exerce la facult d'empcher, le lgislateur avait tabli dans les hypothses vises, une
1483.G. KOUBI Acte excutoire et actes des autorits locales, R.D.P. 1990, p. 1517 & s
1484.C.E. Ord. Prsident Section du Contentieux 15/12/1982 Commune de GARCHES, R.D.P.1983, p. 211, note
R. DRAGO
1485.Art. 3 loi du 2/3/1982 modifie par la loi 82-623 du 22/7/1982, A.J.D.A.1982, p. 545 & s
403
dcentralisation du pouvoir normatif. Cela aurait t vrai si paralllement dans les mmes
matires, la loi avait reconnu aux organes locaux la capacit d'empcher les organes centraux.
Il n'y a donc rien de bien tonnant que cette rticence s'exprime dans notre domaine o l'on
envisage ni que les organes locaux puissent empcher les organes centraux (A), ni d'associer
ces organes locaux la facult de statuer centrale de telle faon que ce corps normatif " tant
compos de deux parties, l'une (enchane) l'autre par sa facult mutuelle d'empcher "(1488)
(B).
Ce refus concerne aussi bien les citoyens que les organes locaux.
1486.La question n'est pas nouvelle. Elle adonn lieu de nombreuses rflexions, cf. titre d'exemples: Y.
JEGOUZO " Le processus dcisionnel en matire nergtique: bilan et perspectives" p. 141, Etudes de la facult
de droit de Tours, ECONOMICA, 1984, B. TOULEMONDE "Les associations, l'environnement et le droit", p.
7, Travaux et recherches de la Facult de droit de Nantes, ECONOMICA, 1984. Il semble que la rponse se
borne amliorer la communication, cf. par ex. P. COUTEPEROUMAL "Une restructuration des dossiers
d'enqute publique pour une meilleure communication", Mmoire D.E.S.S., Service d'tudes techniques des
routes et autoroutes-Ministre des Transports, Juillet 1992
1487.sur ce point, cf. M.P. DESWARTE Intrt gnral et bien commun, R.D.P. 1988, p. 1289
Le droit franais prfre traiter la dissidence individuelle que l'opposition collective qui n'est
admise que marginalement.
Les conditions poses font que cette facult d'empcher n'en est pas une et qu'ainsi elle
apparat largement factice. En effet, tout dpend de la dfinition du primtre de consultation.
Si le primtre est dfini par le Prfet, comme c'est le cas dans les hypothses autres (1491) que
celle mettant en oeuvre le schma dpartemental de coopration intercommunale, on peut
videmment obtenir le rsultat souhait, l'instar des pratiques en matire de dcoupage
1489.Le Prfet dispose en la matire d'un pouvoir discrtionnaire, C.E.13 mars 1985 Ville de CAYENNE,
A.J.D.A.1985, p. 376, note L. RICHER. Cette solution adopte propos d'une cration la majorit qualifie
semble tre tendue aux hypothses o existe une unanimit des communes comme semble en rendre compte la
circulaire ministrielle du 12/5/1992 relative l'application de la loi du 6/2/1992 qui dclare: " Dans tous les cas,
le pouvoir discrtionnaire de cration d'un EPCI par le Prfet est pleinement conserv" Circ. Int.B.9200139C
1490.Ou celui de la commission dpartementale ayant arrt un schma prvoyant la cration de communauts de
communes, de villes ou urbaines. La loi 92-125 du 6/2/1992 cre une commission dpartementale de la
coopration intercommunale qui doit laborer un schma de cette coopration dans le dpartement prvoyant la
cration ou la modification de structures de coopration. Ce schma doit tre achev avant le 31/12/1993,
dernire chance fixe ce jour.
lectoral. Dans le cas de mise en oeuvre du schma, les manipulations apparaissent moins
possibles car elles supposent l'accord de la commission dpartementale de la coopration
intercommunale. En effet, les articles 69 et 70 de la loi du 6 fvrier 1992 prvoient que le
primtre des communauts urbaines et de villes est dfini dans le schma lui-mme, charge
pour les communes concernes de confirmer ou non ce primtre.
Si le refus collectif de la volont centrale n'est pas ou peu dvelopp, le retrait individuel est
plus facilement admis.
Ce titre provocateur est volontairement utilis pour montrer que dans une telle hypothse,
nous ne sommes plus dans l'exercice d'une facult d'empcher les organes centraux mais dans
l'exercice de la volont de s'abstraire pour soi d'un systme, d'un ordre (1495). Une volont
unique suffit pour que soit rejete l'application de la rgle celui exprimant cette volont. Une
telle capacit doit tre ncessairement marginale sauf admettre l'clatement du systme
juridique. De ce fait, elle devrait tre plus faiblement reconnue que la facult d'empcher
collective. En France, elle n'est pas une hypothse d'application gnrale pour la raison
voque ci-dessus mais elle est malgr tout plus tendue que la facult d'empcher collective.
De la mme faon que prcdemment, on remarquera que ce n'est pas tant de la volont
prfectorale, que de celles des communes initiatrices, que l'on cherche s'abstraire.
Mais on la trouve aussi en matire d'urbanisme, o une commune peut se retirer d'un schma
directeur si ses intrts essentiels sont menacs (1499). Cette hypothse est plus singulire
puisque l'on sait qu'un schma directeur peut tre mis en place ou modifi par volont des
organes centraux (1500).
1496.Code des Communes: Art.L.163-& pour les syndicats, art.L.164-1 pour les districts, art.L.167-1 pour les
communauts de communes
1497.Code des Communes: Art.L.165-4 pour les communauts urbaines et art.L.168-1 pour les communauts de
villes
1501.Lors d'un dbat sur le thme du rfrendum communal, M. AURILLAC considrait qu'"au-del, cette
question du rfrendum local se pose celle, plus gnrale, de la dmocratie directe en France, question qui
mriterait de rester un certain temps l'ordre du jour", Table ronde du Coline, CAHIERS DU SECTEUR
PUBLIC, Avril 1982, p. 25
1502.L'article 152 du projet de loi pour le dveloppement des collectivits locales prvoyait l'institution d'un
rfrendum dcisionnel dans les communes. Le rapporteur au Snat, L.de TINGUY, considra que cette
disposition tait inconstitutionnelle car elle mconnaissait l'article 72 de la Constitution qui prvoit l'exercice de
la libre administration par des Conseils lus. L. de TINGUY, Rapport n 307, p. 86, Seconde session ordinaire de
1978-79
407
la crainte d'une modification du systme politique mettant en cause l'"utilit sociale" des lus
(1504). La loi du 6 fvrier 1992 qui institue le rfrendum communal en dehors de l'hypothse
des fusions de communes (1505) en constitue une nouvelle dmonstration.
Sans nous attacher aux motifs de cette rticence, qui relve d'une autre tude, constatons qu'en
ce qui nous concerne la loi du 6 fvrier 1992 manifeste expressment la volont de ne pas
permettre la contestation de la volont des organes centraux par un ventuel rfrendum. Tout
est fait pour limiter la porte de cette consultation et en restreindre l'organisation.
Le rapport Vivre Ensemble (1506) considrait que toute prcaution tait illusoire en matire de
rfrendum local. Il semble pourtant, que celui institu par la loi du 6 fvrier 1992 est
susceptible d'apaiser les craintes.
Ses conditions font que l'on aura du mal croire que le rfrendum ne soit pas le plus souvent
"un plbiscite camoufl"(1507). D'abord, la consultation n'est pas d'initiative populaire, ensuite
la procdure permet d'viter les demandes non dsires et enfin l'interdiction d'organisation
cumule avec d'autres lections vite les agrgations dlicates.
1504.J.L. PEREAU, Quelle perspective pour le rfrendum communal en France aprs l'adoption de la loi sur
l'organisation de l'administration territoriale, LES PETITES AFFICHES 1992, n 114, p. 14. Cette crainte est
peut-tre lie aussi ce que l'on appelle la crise de reprsentation dont B.LACROIX disait qu'elle tait "
l'expression de l'inquitude, du dsarroi ou du dgot devant des formes dsordonnes et brouillonnes de
contestation, chez tous ceux au profit desquels fonctionnent la reprsentation: l'expression d'un sens commun
dominant comme tentative pour matriser symboliquement avant de tenter de matriser pratiquement un ensemble
de manifestations dont ils ignorent les causes et dont ils craignent les rsultats ", dans " La reprsentation ", Table
ronde du 2me congrs de l'A.F.S.P. Grenoble (janvier 1984), p. 184, ECONOMICA 1985
1505.L'article L.112-2 du code des communes permet la consultation des citoyens en cas de fusion de communes
Ces seuils protgent contre tout spontanisme dsordonn mme dans les communes de plus
de 3500 habitants puisque le systme lectoral permet la liste majoritaire de dtenir environ
75 % des siges.
Enfin, si ce seuil est atteint ou lorsque le maire a pris l'initiative, la dcision d'organiser la
consultation est dcide la majorit des suffrages exprims (1508). L encore, on constate que
le systme lectif dans les communes de plus de 3500 habitants constitue un verrou efficace.
Enfin la tentation plbiscitaire, il ne sera pas possible de succomber partir du 1er janvier
de l'anne civile prcdant l'anne des lections municipales.
Si l'on veut bien additionner ces diffrentes impossibilits temporelles, on constatera que les
hypothses de consultation seront marginales ou exigeront de savants calculs.
Ces restrictions formelles sont la mesure des conditions de fond poses par le lgislateur
pour viter que la lgitimit du suffrage universel ne vienne brouiller les cartes des rapports
entre organes centraux et non centraux.
1508.Dans les communes de moins de 3500 h, cette dlibration ncessaire apparat totalement superflue puisque
l'initiative mane obligatoirement de la majorit des membres du Conseil. Ds lors cette dlibration ne peut
avoir que pour objet de permettre le contrle des organes centraux sur la procdure lance.
409
L'origine de la mfiance l'gard du rfrendum local est lie son action sur le pouvoir
central (1509), par l'effet cumul des votes dans de petites circonscriptions (communes), ou le
sens d'un vote dans une grande circonscription (dpartement, rgion), ou les deux (1510).
Pour limiter la porte de l'expression populaire, la loi du 6 fvrier 1992 affirme haut et fort,
que le Conseil municipal n'organise qu'une consultation, qu'une demande d'avis, ainsi que
l'impose expressment le dernier alina de l'article L.125-2 du Code des communes. Le
citoyen ne dcide pas, il est invit participer la rflexion de ses lus.
Cependant toute consultation populaire voit son rsultat interprt comme politiquement
obligatoire, dfaut de l'tre toujours juridiquement (1511). Le rfrendum communal institu
par la loi de 1992, n'chappera pas cette fatalit et la provoque mme puisque la consultation
est organise sur une dcision (1512), et ainsi donc la transition vers un rfrendum dcisionnel
sera plus aise, mme si juridiquement le Conseil demeure le matre.
Aussi cette dviation tant difficile viter, le lgislateur limite la porte de la consultation,
notamment l'encontre des organes centraux, en ne l'autorisant que dans les communes et
pour des "des motifs locaux".
Seules les communes sont en effet expressment autorises par la loi de 1992, organiser des
rfrendums et cette exclusivit a t, ainsi que le montre F.LINDITCH, affirme par le
Ministre lors des dbats lorsqu'il refusa un amendement proposant d'largir le champ du
1510.Sur ce point cf. M. BOURJOL La rforme municipale, p. 86, Berger-Levrault 1975, J.L. PEREAU Quelle
perspective pour le rfrendum communal ..., LES PETITES AFFICHES 1992, n 114, p. 12
1511.J.L. PEREAU voque un cas de rfrendum local dont le rsultat ne fut pas suivi par le Conseil municipal,
Quelle perspective pour le rfrendum communal ..., LES PETITES AFFICHES 1992, n 114, p. 10
1512. L'exigence d'une consultation sur une dcision est sanctionne par le juge, cf. T.A. LILLE 16/7/1992
Commune d'Haumont dans laquelle le juge annule la dlibration organisant la procdure au motif qu'elle porte
sur la mise en vidence et l'exposition des problmes communaux par le maire aux autorits, (dcision non
publie).
410
rfrendum d'autres collectivits (1513). Si malgr cette disposition claire, il n'est pas
impossible que les Dpartements et les Rgions prennent des initiatives de consultation (1514),
les Prfets et les juges pourraient enrayer ces tentatives, mme si dans le pass les premiers
n'avaient pas fait preuve d'une hostilit particulire l'encontre du rfrendum local (1515),
alors que les seconds le condamnaient systmatiquement (1516).
S'il est certain que la porte d'une consultation rgionale n'est pas la mme que celle organise
dans une commune, pour circonscrire mieux encore le risque d'une mise en cause des organes
centraux, le lgislateur a limit la consultation aux " affaires de la comptence de la
commune"(1517), excluant ainsi les "affaires nationales"(1518), mais aussi les comptences
transfres aux tablissements publics de coopration intercommunale, ce qui pourrait rduire
les hypothses la portion congrue.
Cependant, ainsi que le note J.B.AUBY, certaines affaires nationales exigent aussi une
dcision communale (1519), telles certaines dcisions en matire d'urbanisme (modification de
schma, de P.O.S.) permettant ainsi le cas chant d'en appeler au peuple, confrontant ainsi
une dcision populaire une dcision administrative centrale (1520). Le rfrendum local
1513.F. LINDITCH Rfrendum local et dmocratie reprsentative, LES PETITES AFFICHES 1992, n 50, p. 6
1514.La Rgion Centre envisagerait une telle opration pour choisir son nom ...!!
1515.Selon J.L. PEREAU, environ 140 consultations auraient t organises de 1971 1986, Quelle perspective
1517.T.A. Nantes 8/2/1993 Commune d'Avrill, non publi. Le juge annule la dlibration du Conseil d'Avrill
1518.F. LINDITCH Referendum local et dmocratie reprsentative, p. 6, LES PETITES AFFICHES, n 50, p. 6.
L'auteur semble considrer par ailleurs que la notion d'affaires de la comptence de la commune pourrait tre
plus restrictive que la clause gnrale de comptence, p 5. Sur ce point, cf. J.M. PONTIER Semper manet, sur
une clause gnrale de comptence, R.D.P.1984, p. 1443
1520.Si la consultation se rpandait, par exemple sur le parcours d'une infrastructure, deux logiques jouant sur
deux champs diffrents s'affronteraient: la logique administrative puisque la D.U.P. ne relve plus du lgislateur,
et la logique politique lie la lgitimit populaire. Le risque est rel et peut permettre un retour du lgislateur
dans ce domaine pour lever en quelque sorte le veto populaire. A suivre ...!
411
portant sur une dcision, on est la marge de l'association de l'organe local (ici, le peuple)
l'exercice de la facult de statuer centrale. Une telle hypothse est pourtant, tout autant que la
reconnaissance d'une facult d'empcher au profit des organes locaux, difficile envisager,
tant elle est contraire la tradition franaise.
On l'a dit, lorsque Montesquieu pense le lgislateur, il le conoit bicamral pour que les deux
assembles se limitent rciproquement, leur volont n'existant que par accord mutuel.
" Il manque au dialogue entre l'Etat et les institutions locales un organe rgulateur. En
proposant de le crer, la Commission a le sentiment de faonner l'un des quelques leviers
essentiels qui permettront d'empcher la dmocratie locale de retomber dans l'miettement et
la dpendance. C'est assurment l'ide la plus neuve qu'elle ait prsenter"(1521).
Sur cette base la Commission proposait la cration d'une Confrence nationale des institutions
locales "qui serait un organe de dialogue- mais d'un dialogue qui aboutit des dcisions"(1522).
Cependant pour l'essentiel, la Commission dotait la Confrence d'un pouvoir consultatif, sauf
1522.Ibid. p. 122
412
en matire de personnel local pour lequel tait propos la ""dstatisation" totale ou partielle
du pouvoir rglementaire"(1523). Ce pouvoir rglementaire tait confi cette Confrence,
organe dot de la personnalit morale et compos d'lus, de parlementaires, de fonctionnaires
d'Etat et locaux et de personnalits qualifies (1524).
Il n'tait plus question d'associer les collectivits l'exercice du pouvoir normatif central, mais
que l'Etat "abandonne une partie de son pouvoir rglementaire"(1525).
Cette ide va tre reprise par M. BOURJOL (1526) et conteste par L. FAVOREU (1527). Le
dbat sera ax sur l'existence et le fondement de ce pouvoir rglementaire local, son caractre
exclusif ou non et enfin sur la possibilit qu'il soit exerc par un organe distinct des
collectivits elles-mmes.
1523.Ibid. p. 424-425
1524.Ibid. p. 125-126
1525.Ibid. p. 424
1526.M. BOURJOL "L'tat du fonctionnaire local", Actes du colloque de Fontevraud 19-20/5/1978, p. 133,
CUJAS 1979; " Dstatiser le pouvoir rglementaire des collectivits locales ", CAHIERS du SECTEUR
PUBLIC, Janvier 1982, p. 30; "Elaboration du statut: comptence exclusive de l'Etat ou comptence partage",
CAHIERS DU C.F.P.C., octobre 1983, p V
1527.L. FAVOREU "Elaboration du statut: comptence exclusive de l'Etat ou comptence partage", CAHIERS
DU C.F.P.C., octobre 1983, p. V, "Liberts locales et liberts universitaires", R.D.P.1984, p. 689, "Libre
administration et principes constitutionnels", Actes du colloque d'Arc et Senans, p. 63, ECONOMICA 1984, Les
sources du droit de la fonction publique territoriale, R.F.D.A.1985, p. 309
1528.M. BOURJOL Libre administration des collectivits territoriales de la Rpublique, Fasc.2, n 36,
La dvolution du pouvoir rglementaire dans le cadre de l'Etat, selon J.M. AUBY, " ne peut
s'effectuer qu'au profit du premier ministre ... Mis part ce cas, le lgislateur peut librement
attribuer la comptence rglementaire au profit d'autorits de personnes publiques autres que
l'Etat ..."(1537).
1532.L. FAVOREU La problmatique constitutionnelle des projets de rforme des collectivits territoriales,
R.F.D.A.1990, p. 401
1536.M. BOURJOL Libre administration des collectivits territoriales de la Rpublique, Fasc.2, n 36,
1537.J.M. AUBY Le pouvoir rglementaire des autorits des collectivits locales, A.J.D.A.1984, p. 475
414
En toute logique, si ce pouvoir existe, il doit tre exerc par les " conseils lus " selon l'article
72 de la constitution (1538). J.M. AUBY se demandait d'ailleurs, s'il tait " conforme ce
principe de libre administration de donner comptence des organismes qui tout en tant
reprsentatif des autorits locales constituent des institutions qui sont imposes ces dernires
"(1539). Nanmoins dans un article ultrieur, J.M. AUBY considra que si le Parlement le
souhaitait, il pouvait "investir des comptences rglementaires les autorits locales plutt que
les autorits tatiques" en faisant alors "appel un ou des organismes reprsentatifs au plan
national des intrts locaux "(1540).
En tout tat de cause, si l'on admet l'existence de ce pouvoir rglementaire "local - national",
l'organe "local - national" titulaire de cette facult de statuer serait-il central ou non central? Si
l'on conserve la dfinition que nous avons emprunte Ch. EISENMANN, cet organe ayant
comptence pour prendre des rgles applicables aux collectivits serait par rapport au Premier
Ministre, un organe non central car disposant d'une comptence personnelle limite dfinie
par rapport une qualit des personnes destinataires de ses actes: les collectivits territoriales.
Il reprsenterait donc au sens de Ch. EISENMANN, une hypothse de dcentralisation
"ratione personnae".
Cependant par rapport aux destinataires des normes, qu'il serait amen prendre, il serait dot
d'une comptence personnelle illimite dfinie "ratione loci", et aurait donc un caractre
central. Il ne pourrait, ds lors, reprsenter pour celles-ci une hypothse de dcentralisation car
il exprimerait une comptence personnelle illimite (il aurait vocation rgler la situation de
l'ensemble des collectivits ou de certaines d'entre elles). Ds lors ce ne serait plus un pouvoir
rglementaire territorialement limit mais un pouvoir rglementaire central c'est dire
territorialement illimit.
En d'autres termes, la mise en place de cet organe "local - national" nous fait changer de
dcentralisation, l'on passe d'une dcentralisation territoriale une dcentralisation
1538.L. FAVOREU Elaboration du statut ..., CAHIERS DU C.F.P.C., octobre 1983, p .XI
1540.J.M. AUBY Le pouvoir rglementaire des autorits locales, A.J.D.A. 1984, p. 476
415
"matrielle". C'est toujours de la dcentralisation, mais elle n'a de local que la reprsentation
qui en est donne.
En dfinitive, la revendication d'un pouvoir rglementaire "local - national" n'a pas dbouch
sur des dispositions concrtes, alors que semble-t-il, l'article 72 de la constitution permettait
plus facilement de fonder une limite au pouvoir normatif central dans le cadre d'une
association la facult de statuer du Premier ministre.
Au plan gnral, le Conseil Constitutionnel a considr que le lgislateur pouvait confier "
une autorit de l'Etat autre que le Premier Ministre le soin de fixer des normes permettant de
mettre en oeuvre la loi"(1541). Qui peut le plus (obtenir un pouvoir normatif propre par
amputation du pouvoir central), peut le moins (partager l'exercice du pouvoir normatif
central). Cependant l'aphorisme exige d'tre nuanc, car le Conseil Constitutionnel a
considr, dans la mme dcision, qu'en subordonnant le pouvoir rglementaire du Ministre
au respect de " rgles gnrales fixes par la commission nationale de la communication et des
liberts ... le lgislateur a mconnu les dispositions de l'article 21 de la Constitution "(1542).
1542.Ibid. p. 107
416
Si on a pu parfois, fonder cette capacit (1543) sur la jurisprudence Jamart (1544), celle-ci ne
parat pas soutenir la solution donne par le Conseil d'Etat la question de l'application du
code des communes en matire de remboursement du versement transport l'employeur qui
assure "intgralement" le transport de ses salaris. Le district de Montbliard avait considr
qu'il pouvait imposer que le salari de l'entreprise soit dpos moins de 250 mtres de son
domicile, pour que la condition relative l'assurance de l'intgralit du transport soit ralise.
En considrant que le refus de remboursement pouvait tre fond sur ce motif, le juge
reconnat implicitement la lgalit du rglement du district (1545).
Il semble bien, par ailleurs, que l'on puisse trouver dans l'article 72 de la Constitution, le
fondement de ce pouvoir rglementaire local, comme l'exprime expressment la dcision du
Tribunal administratif de Versailles relative, une fois encore, la ville nouvelle de Cergy-
Pontoise (1546).
Si donc les organes locaux peuvent pallier la dfaillance de l'organe rglementaire central, il
n'existe pas d'obstacle juridique une division par le lgislateur de la facult de statuer en
matire rglementaire dans les matires intressant les collectivits territoriales. Cette ide est
sous-jacente dans un certain nombre d'hypothses d'exercice du pouvoir rglementaire dans
lesquelles les collectivits sont associes cet exercice par consultation pralable.
Ainsi, on rappellera, que le Comit des Finances locales institu par l'article L.234-20 du
Code des Communes peut tre consult " sur tout projet de loi, tout projet d'amendement du
Gouvernement ou sur toutes dispositions rglementaires caractre financier intressant les
collectivits locales "(1547). Cette facult se mue en obligation pour tout projet de dcret (1548).
1546.T.A.7/12/1984 Prfet du Val d'Oise c/ S.C.A.A.N. Cergy-Pontoise, A.J.D.A.1985, p. 286, note J.C.
1548.Ibid.
417
Cette procdure sur le respect de laquelle veille le Conseil d'Etat (1549), ne peut tre toutefois
reconnue, comme un partage de la facult de statuer, dans la mesure o l'avis du comit des
finances ne lie pas le Gouvernement.
Cependant les espoirs doivent tre mesurs, car le Conseil Constitutionnel semble incliner
vers le mme raisonnement que celui tenu pour les autorits indpendantes. En effet, propos
de la Corse, le Conseil Constitutionnel a fait preuve d'une certaine rserve l'gard de l'ide
(1552), qu'une dcision antrieure avait inaugure (1553).
Dans sa dcision relative la loi sur le droit au logement le Conseil Constitutionnel admet que
les organes locaux et centraux soient habilits mettre en oeuvre la loi par l'laboration
conjointe d'un plan dpartemental pour le logement des personnes dfavorises. Il considre
expressment que cela ne met pas en cause le principe de libre administration lorsqu'en cas
d'chec de cette laboration conjointe, les ministres concerns pourront se substituer ces
autorits pour exercer cette facult de statuer. De plus, mais cette fois-ci implicitement, il
reconnat que l'intervention d'une collectivit dans la rponse " une exigence d'intrt
national" n'est pas non plus contraire la constitution. Il est vrai que cette intervention d'une
collectivit territoriale dans une facult de statuer centrale est assortie d'un pouvoir de
substitution, mais il s'agit l, nanmoins d'un premier pas dans la reconnaissance par le
Conseil Constitutionnel d'une division possible de la facult de statuer centrale entre un
1550.Dcret 60-406 du 26 avril 1960 relatif l'adaptation du rgime lgislatif et de l'organisation administrative
1551.Loi 82-214 du 2/3/1982 portant statut de la Corse (art.27), Loi 82-1171 du 31/12/1982 portant organisation
des rgions de Guadeloupe, de Guyane, de Martinique et de la Runion (art.8), et Loi 91-428 du 13 mai 1991
portant statut de la Corse
1552.C.C.9/5/1991 Dcision 91-290 propos du statut de la Corse, cf.R.F.D.A.1991, p. 407, note B. GENEVOIS
organe central (le prfet) et un organe non central (le Prsident du Conseil Gnral). Cette loi
et cette dcision montrent que ce partage de la facult de statuer central peut tre ingalitaire
du fait de l'admission de la substitution possible des ministres. La loi relative la Corse (1554)
et la dcision du Conseil Constitutionnel affrente vont confirmer que le partage de la facult
de statuer en matire rglementaire n'est pas contraire la constitution, d'une part, mais les
organes locaux demeurent subordonns puisqu'elles interdisent la mise en oeuvre d'un
vritable droit d'initiative des organes locaux en la matire, d'autre part.
L'article 26 de la loi prvoit la consultation de l'Assemble de Corse " sur les projets de loi ou
de dcret comportant des dispositions spcifiques la Corse ". Le Conseil Constitutionnel en
considrant que seule la procdure lgislative tait indiffrente cette disposition, a reconnu
que la procdure normative en matire rglementaire pouvait supporter, sans tre contraire la
Constitution, une intervention obligatoire d'un organe non central (1555). En affirmant, pour la
premire fois, alors que l'occasion lui en avait t donn auparavant, "que le fait de prvoir la
consultation ...ne saurait avoir une quelconque incidence sur la rgularit de la procdure
lgislative " et en ne visant que celle-ci, le Conseil ouvre la porte un partage de la facult de
statuer entre organes locaux et centraux en conformit avec la constitution (1556).
Ds lors, il apparat que seules les conditions concrtes de ce partage sont susceptibles de
dboucher sur une inconstitutionnalit. On a vu avec la dcision relative au droit au logement,
que, cot collectivits locales, l'existence d'un pouvoir de substitution au profit d'organes
centraux n'tait pas susceptible d'enlever ce partage son caractre constitutionnel.
Avec la dcision sur le statut de la Corse, on voit que ce partage ne peut aboutir une libre
initiative des organes locaux, car le Conseil considre que la disposition prvoyant que le
premier ministre doit accuser rception de la proposition et indiquer le moment de sa rponse
1554.Sur le statut de la Corse, cf. R.F.D.A.1991, p. 706 notes de C. OLIVESI, T. MICHALON, J.P. PASTOREL
1555.Le Conseil d'Etat faisant respecter cette procdure, l'organe local voit non seulement reconnatre
1556.F. LUCHAIRE crit: " le Conseil a bien soulign que les restrictions qu'il introduisait ne valaient que pour le
domaine lgislatif; en effet, la loi peut toujours imposer au Gouvernement de consulter tel ou tel organisme avant
de rglementer une matire dtermine; ...", R.D.P.1991, p. 964
419
La disposition sanctionne tait loin de cette audace et finalement, spcifi matriellement (les
affaires intressant la collectivit), ce partage de la facult de statuer en matire centrale
demeure en outre, subordonn formellement tant dans sa mise en oeuvre initiale (loi sur le
statut de la Corse) que terminale (loi sur le droit au logement). En conclusion, on retrouve, la
mme ide que dans l'hypothse des autorits administratives indpendantes, le pouvoir
rglementaire du Premier Ministre ne peut tre partag de faon galitaire.
Ces lments, s'ils devaient tre maintenus dans leur rigueur par le Conseil Constitutionnel,
bloqueraient toute relle possibilit d'un partage de la facult de statuer en matire
rglementaire centrale entre organes locaux et centraux.
L'absence au profit d'organes locaux, d'une relle facult d'empcher la volont centrale, d'une
part et le manque d'une vritable division de la facult de statuer centrale entre organes locaux
et centraux en France, fait que notre pays est au mieux dconcentralis en matire
rglementaire, lorsqu'il n'est pas dconcentr.
1558.Considrant, ... que le lgislateur ne saurait, sans excder la limite de ses pouvoirs, enjoindre au Premier
ministre ..." .C.C. 91-290 du 9/5/1991, R.F.D.A.1991, p. 429
420
L'impuissance franaise concevoir une sparation des pouvoirs entre organes centraux et non
centraux, tant au plan lgislatif que rglementaire est sans aucun doute, lie notre histoire.
La position devient pourtant difficilement tenable. Elle suppose un double langage, l'un
escamotant la souverainet "qui apparat non plus comme un dogme intouchable, mais plutt
comme une addition de comptences"(1559), l'autre continuant de brandir le dogme pour
refuser au plan interne une relle dcentralisation (au sens gnrique du terme). Il n'est peut-
tre pas indiffrent de constater que les deux discours pour les organes centraux ne sont pas
ncessairement antagonistes dans la mesure o ainsi que le note P. COLLAS, les Etats
craignent que le principe de subsidiarit en Europe ne dbouche sur une entente complice des
Rgions et de l'Union Europenne en vue de dpouiller l'Etat national (1560).
1560.P. COLLAS Le trait de Maastricht et la souverainet nationale, Revue politique et parlementaire, 1992, n
960, p. 11
421
Ce double visage de la souverainet selon l'usage que l'on en fait, explique pour partie le refus
des Suisses d'adhrer l'Union Europenne, d'autant que s'y ajoute une rserve fondamentale,
quant au caractre dmocratique de l'Union (1561). Cette raction helvtique invite conclure
sur les liens entre la question de la centralisation - dcentralisation et la dmocratie.
1561.F. SAINT OUEN La Suisse et la question de l'Europe politique, p. 27 & s, Annales Facult de Droit de
Clermont-Ferrand, L.G.D.J.1989. L'adhsion l'espace conomique europen rejete par les suisses lors du vote
de dcembre 1992 montre leur attachement leur facult d'empcher, cf. J.F. FLAUSS La constitution suisse
face l'espace conomique europen ..., R.D.P. 1993, p. 1501
422
CONCLUSION GENERALE
Or Ch. EISENMANN dans son ouvrage de 1948 s'levait contre cette confusion, il crivait:
"Quel rapport pourrait-il en effet bien y avoir entre le caractre central ou non central des
organes, d'une part ... et, d'autre part, leur caractre dmocratique, ou autocratique ou
aristocratique? L'un correspondant au rglement de leur comptence personnelle, l'autre
1562.M. HAURIOU Prcis de droit constitutionnel, p. V, SIREY 1929, rimpression C.N.R.S. 1965
1563.J. BOURDON, J.M. PONTIER & J.C. RICCI Droit des collectivits territoriales, p. 79, Coll. Thmis P.U.F.
1987. Cette citation aurait pu tre extraite d'autres ouvrages, tant l'opinion est commune
423
celui de leur mode politique de dsignation, de l'"origine" de leurs pouvoirs, et du rapport qui
en rsulte entre eux et le groupe des gouverns"(1564).
En effet, on l'a vu, tant dans la dfinition retenue par l'illustre auteur que dans celle propose
ici, la centralisation - dcentralisation n'entretient aucun lien avec la question de la dsignation
des organes, dans la mesure o le caractre centralis ou dcentralis est indiffrent ce mode
de dsignation de l'organe. Une hypothse fait exception, celle de la dconcentration qui peut
se manifester par une subordination personnelle de l'organe non central, dont la nomination
peut tre un lment. En consquence, en elle-mme la nomination ne rvle pas
ncessairement ladite subordination personnelle, elle peut en constituer un indice tout au plus.
Il serait surprenant qu'il en aille autrement, car le nombre de personnalits nommes en France
et qui disposent, malgr tout d'un certain crdit d'indpendance, n'est pas ngligeable, le
Conseil Constitutionnel en rapportant la preuve. La nomination ne fait pas l'esclave, les
conditions qui l'entourent parfois.
Est-ce pour autant que la centralisation - dcentralisation n'entretient aucun lien avec la
dmocratie?
D'EDITIONS, 1963
1566. Ibid. p 78
1567.B. de JOUVENEL Du pouvoir, p. 462, Coll. Pluriel, Livre de Poche, HACHETTE, 1972
1568.Ibid. p. 462
424
Dans cette hypothse, on retrouve la dmocratie lorsque cette sparation des pouvoirs fait
intervenir le peuple comme dans un certain nombre d'Etats (Suisse, Italie, Etats-unis
d'Amrique) dans le cadre d'un rfrendum d'initiative populaire ou l'initiative d'organes
locaux. Cette intervention en matire d'empchement des organes centraux par les organes
non centraux, traduit l'unit du systme juridique en confirmant ou en infirmant la facult
d'empcher des organes non centraux et apparat comme une voie d'appel.
1569.Cette conception de la sparation des pouvoirs, n'est pas la conception franaise, toute entire attache la
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455
- TRIBUNAUX ADMINISTRATIFS
Introduction, p. 4
1re partie: La centralisation - dcentralisation, lment d'un mode de production des actes
juridiques, p 9
Chapitre I) La centralisation - dcentralisation se rattache la production des actes juridiques,
p 10
Section I) Le pouvoir normatif dans un systme juridique hirarchis, objet de la centralisation
- dcentralisation, p 12
I) L'organisation du pouvoir normatif dans le systme juridique, p 13
A) Une matire: le pouvoir normatif dans le systme juridique, p 13
1) Le systme juridique, lieu de la question de la centralisation - dcentralisation, p 13
2) La centralisation - dcentralisation, lment de la qualification des actes en normes, p 17
B) Un objet: l'organisation du pouvoir normatif, p 19
1) Un objet peru de faon marginale, p 19
2) Un objet rduit son aspect structurel, p 21
II) L'organisation dans un systme juridique hirarchis, p 24
A) Linternationalisation de cette organisation selon EISENMANN, p 25
B) Une internationalisation contestable, p 27
1) Le droit international ne rgle pas l'organisation du pouvoir normatif, p 28
2) L'impossible garantie de cette prtendue organisation internationale du pouvoir normatif, p
32
Section II) La centralisation - dcentralisation, technique d'insertion des actes dans l'ordre
juridique, p 34
I) Les rsolutions contradictoires de l'quation division=unit, p 36
A) Les positions doctrinales, p 36
1) Le rejet pur et simple de l'hypothse, p 36
2) L'admission de l'hypothse, p 38
459
a) La thse de la subordination, p 38
b) la thse de la conciliation, p 39
b-1) les rponses territorialistes, p 41
b-2) " la rponse "matrialiste"", p 43
B) le droit positif, p 45
1) Le caractre second des lois fdrales et de l'Etat fdr, p 45
2) Le caractre second des rglements nationaux et locaux, p 47
II) Les lments pour une solution de l'quation division=unit, p 49
A) La compatibilit des termes de l'quation, p 49
1) L'unicit de la rgle chaque niveau de la hirarchie, p 49
2) L'unicit de la norme n'implique pas la subordination de l'acte cart, p 52
B) La sparation des pouvoirs: hypothse de solution, p 56
1) La sparation des pouvoirs, arrire-plan de la centralisation - dcentralisation, p 57
2) La semi - dcentralisation, fondement du rapprochement, p 60
Chapitre II) La centralisation - dcentralisation se rattache la sparation des pouvoirs, p 63
Section I) L'identification des rapports entre organes centraux et non centraux l'exercice des
facults de statuer et d'empcher, p 64
I) Les moyens de la facult de statuer, p 64
A) La facult d'ordonner, lment de la facult de statuer, p 65
1) La distinction capacit - comptence, p 65
2) La distinction capacit comptence - pouvoir, p 67
3) La distinction capacit comptence - attribution, p 69
B) La facult de corriger, lment de la facult de statuer, p 70
II) Les moyens de la facult d'empcher, p 71
A) Le pouvoir d'approbation, lment de la facult d'empcher, p 71
B) L'annulation, lment de la facult d'empcher, p 74
Section II) Facults de statuer et d'empcher; instruments de l'unit du pouvoir normatif, p 75
I) Facults de statuer et d'empcher, lments d'un mme pouvoir, p 77
A) L'appartenance conteste de la facult d'empcher au pouvoir normatif, p 78
1) La contestation en matire lgislative, p 78
2) La contestation en matire de centralisation - dcentralisation, p 81
a) Le rejet par S. REGOURD de la co-dcision, p 81
b) la proposition de S. REGOURD, p 84
460
I) L'intervention des Etats membres et des organes communautaires dans le domaine lgislatif,
p 294
A) La capacit lgislative des Etats membres, p 294
B) La capacit lgislative du Prsident de la Communaut, p 295
II) L'absence de subordination de la facult de statuer des Etats membres celle du Prsident
de la Communaut, p 297
S/Paragraphe II) Les facults d'empcher dans la Communaut, p 298
I) La facult d'empcher communautaire, p 298
II) La facult d'empcher des Etats membres, p 301
A) Des hypothses extrmes, p 301
B) Une facult soumise au veto de la Rpublique, p 302
Section II) La France " collectivit locale " en Europe, p 304
I) Un ordre juridique distinct de celui des Etats membres, p 305
A) Les facults de statuer dans l'ordre communautaire, p 305
1) L'organisation des facults de statuer, p 305
a) L'organisation formelle, p 305
-La hirarchie des actes communautaires, p 306
-Les titulaires d'une facult de statuer communautaire, p 307
b) L'organisation matrielle des facults de statuer, p 308
2) L'exercice largement discrtionnaire de la facult de statuer, p 310
B) Les facults d'empcher dans l'ordre communautaire, p 311
1) L'absence de facult d'empcher au profit des Etats membres, p 312
a) Le refus d'une facult d'empcher tatique unilatrale ou l'effet direct du droit
communautaire, p 312
b) Le recours en annulation, p 314
2) Les facults d'empcher reconnues aux citoyens, p 315
a) Le difficile accs aux voies d'action directe en faveur du respect de l'organisation du
pouvoir normatif, p 316
a-1) L'admission exceptionnelle des recours directs des particuliers, p 316
a-2) L'action mdiatise des particuliers, p 318
b) Le recours prjudiciel, p 319
II) Un ordre dconcentralis et dconcentr, p 321
467