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La Vérité Sur Le Wahhabisme

Le document présente la doctrine du wahhabisme et son fondateur Mohamed Ibn Abd al-Wahhab. Il détaille comment il a été rejeté et excommunié par les savants musulmans de son époque pour ses idées hérétiques et son ignorance des fondements de l'islam.

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La Vérité Sur Le Wahhabisme

Le document présente la doctrine du wahhabisme et son fondateur Mohamed Ibn Abd al-Wahhab. Il détaille comment il a été rejeté et excommunié par les savants musulmans de son époque pour ses idées hérétiques et son ignorance des fondements de l'islam.

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La vérité sur le wahhabisme : des Saoud à Daech

21-27 minutes

Récemment les médias occidentaux ont opéré un tournant radical à propos du wahhabisme. Ils en parlent
ouvertement, alors que jusqu’ici ils faisaient silence sur cette doctrine. Cela signifie que les USA s’apprêtent
à lâcher l’Arabie Saoudite et le Qatar. Cela fait des mois que je dis publiquement que l’Arabie Saoudite va
bientôt imploser.

Le présent texte est une clarification s’appuyant sur de solides et incontestables documents et faits
historiques ; loin du storytelling saoudien. Il s’est imposée à moi après qu’un certain nombre de jeunes
musulmans, ayant acquis une éducation religieuse et des certitudes sur youtube, m’aient réclamé des preuves
quant à ce que j’avançais à propos de l’histoire et de la doctrine wahhabite, dont ils ignorent apparemment
tout, s’accrochant à la fable que les wahhabites leur racontent, à savoir que Mohamed Ibn Abd al-Wahhab
aurait revivifié la religion musulmane, qu’il aurait été un fondamentaliste ayant appelé les musulmans à
revenir au véritable Islam

Je ne reviendrai pas ici sur l’alliance fondatrice entre Mohamed Ibn Abd al-Wahhab et la tribu des Saoud,
les différentes phases d’expansion des wahhabo-saoudiens (du milieu du XVIIIe siècle à l’instauration du
dernier royaume saoudite en 1932), les grands massacres qui les ont accompagnés[1] – qui ont servi de
modèle à l’Armée syrienne libre (ASL), al-Nosra (al-Qaïda) et Daech… –, le soutien que les wahhabo-
saoudiens ont reçu des Britanniques, puis des Etasuniens, combiné au sponsoring des pétrodollars, dans le
but de faire de la doctrine wahhabite la nouvelle orthodoxie de l’Islam. Sans oublier la façon dont les
réformistes de l’Islam, les disciples de Mohamed Abduh, dont Rachid Ridha (le maître de Hassan al-Banna),
ont au préalable promu et légitimé, avec l’argent des Saoud, le wahhabisme dans les pays arabes.

Tout ceci je l’ai exposé dans mon ouvrage Occident et Islam – Sources et genèse messianiques du sionisme,
en replaçant dans une perspective historique, eschatologique et géopolitique, le rôle du wahhabisme et du
réformisme islamique, dont l’origine est, comme je l’ai expliqué, messianique.

Je me limiterai ici aux débuts du wahhabisme, à sa doctrine et à l’attitude des grands savants et muftis
contemporains de Mohamed Ibn Abd al-Wahhab, afin de livrer un point de vu exclusivement islamique sur
le wahhabisme.

Mohamed Ibn Abd al-Wahhab et sa doctrine

muhammad bin Abdul wahab

Mohamed Ibn Abd al-Wahhab[2] (1703-1792) est issu d’une famille de savants ; son père, Abd al-Wahhab,
était un juge respecté auprès duquel il apprit les bases de la théologie, mais avant qu’il ne termine le cursus,
il quitte sa terre natale (le Nadjd) afin de trouver des maîtres auprès desquels il pourrait étudier. Il se rend
d’abord dans le Hedjaz (région de la Mecque et de Médine), revient chez lui avant de partir en Irak, à
Bassora (ville majoritairement chiite). Après un séjour de quatre années, vers 1727, il en est expulsé, et
retourne dans le Nadjd, dans la province de Huraymala, où se trouve son père.

Vers 1740 il rédige son plus célèbre ouvrage : Le livre de l’unicité divine (qui fait seulement 50 pages), et
décide de prêcher publiquement, mais son père l’en empêche ; nous comprendrons par la suite pourquoi. Par
ailleurs, la tradition voulait que le fils ainé du juge lui succède, or, le père de Mohamed Ibn Abd al-Wahhab
nomme à sa place son frère cadet, Suleyman, qui succède donc au père au poste de juge. De fait, Mohamed
Ibn Abd al-Wahhab est désavoué par son père.

Si vous voulez comme Olivier Cromwell (1599-1658) ou Ibn Abd al-Wahhab, imposer une nouvelle
idéologie pour subvertir une religion majoritaire et bien établie, vous devez commencer par vous présenter
comme étant un fondamentaliste – au sens du retour à la pureté originelle –, et dans le même temps, pointer
du doigt vos « coreligionnaires » comme étant déviants au regard des fondements de la religion dont vous
prétendez être le revivificateur et le représentant.

C’est précisément ce qu’a fait Ibn Abd al-Wahhab. Dans son ouvrage, Le livre de l’unicité divine – pauvre
du point de vu intellectuel et théologique – il énonce des banalités relatives à l’unicité divine, dogme
fondamental de la foi monothéiste dont tout musulman d’hier et d’aujourd’hui est familier. Mais le but du
livre d’Ibn Abd al-Wahhab n’était pas, comme il le prétendait, de rétablir les fondements de la foi que les
musulmans auraient oublié, mais plutôt, les accuser d’être des associateurs, des impies et des mécréants,
avec pour objectif de leur imposer sa doctrine.

Il accusera ouvertement les musulmans d’Arabie et des régions avoisinantes d’être des païens, des
adorateurs des saints et de leurs tombeaux.

Dès lors, en 1740, il commence à envoyer des lettres à ses partisans comme à ses ennemis et aux musulmans
dans leur généralité. Ces lettres, dont je livre ci-dessous un extrait, comportent des menaces à peine voilées
ainsi que l’ombre de l’excommunication (takfir) :

« La croyance dominante en la sainteté (il fait allusion aux saints que des musulmans vénéraient) et en des
choses semblables est de l’associationnisme. Si vous en êtes convaincus, vous devrez savoir aussi que ceux
qui disent que nous ferions mieux de cesser d’accuser les gens d’impiété et de leur faire la guerre se
trompent. Nous vous conseillons seulement de connaître et d’appliquer la religion de Dieu et de son
Prophète, si tant est que vous apparteniez à la communauté de Muhammad. »[3]

Dans ces quelques lignes, il accuse l’ensemble des musulmans d’associationnisme (shirk) et d’impiété, et les
menaces de leur faire la guerre s’ils ne se soumettent pas à lui.

Or, le Prophète Muhammad a dit (hadith notoire et authentique) : « Ma communauté ne tombera jamais
d’accord sur une erreur. »

Par conséquent, Mohamed Ibn Abd al-Wahhab, conformément à ce hadith, ne pouvait être dans la voie de la
Vérité et les musulmans dans l’erreur.

Le mouvement que l’on appelle aujourd’hui takfiri, vient précisément de cette doctrine de
l’excommunication érigée par le bédouin Ibn Abd al-Wahhab. Takfir signifie excommunier ; le mouvement
takfiri excommunie toute personne qui ne partage pas les idées du wahhabisme, ce qui justifie d’après eux
l’exécution de « l’impie ». Une arme politique aussi cruelle qu’efficace.

Mais le Prophète Muhammad a déclaré au sujet de celui qui dit d’un musulman qu’il est mécréant : «
Lorsqu’un musulman dit de son frère qu’il est mécréant, l’un des deux l’est nécessairement. Si l’homme est
tel qu’il l’a décrit, il sera traité comme tel, sinon l’accusation se retournera contre lui (celui qui l’a
prononcée) »[4]

La combinaison de ces deux seuls hadith du Prophète suffirait pour conclure qu’Ibn Abd al-Wahhab était un
mécréant. Ce qui va dans le sens des avis de la totalité des savants de son époque qui se sont prononcés sur
son cas (j’y viendrai plus bas).

Dans une de ses lettres, Ibn Abd al-Wahhab expose son système d’excommunication et désigne ceux qui
sont visés par l’accusation d’impiété. D’une façon assez habile mais sans aucune base théologico-juridique,
il élargi le champs de l’excommunication à tous ceux qui ne partagent pas son avis :

« Celui qui connaît l’unicité divine et n’agit pas en conséquence est un infidèle, obstiné comme le Pharaon
ou Satan. Et celui qui innocente le coupable d’un tel acte, qu’il s’agisse des Anciens ou des impies de notre
époque, est lui-même un infidèle ! Ils sont tous coupables de la grande impiété, c’est-à-dire de
l’associationnisme. »[5]
Ibn Abd al-Wahhab intègre à l’associationnisme toute une série d’actes qu’il juge impies et ne laisse aucune
échappatoire au musulman « coupable », sinon celle de l’excommunication.

Cette nouvelle doctrine, qui ne se fonde sur aucune science islamique, ne manque pas de choquer les savants
contemporains à Ibn Abd al-Wahhab.

Mohamed Ibn Abd al-Wahhab excommunié par les savants

Ce que les musulmans et les partisans du wahhabisme ignorent aujourd’hui, c’est que la totalité des grands
savants de l’époque d’Ibn Abd al-Wahhab l’on désavoué, ne lui reconnaissant aucune qualification
théologique, et l’accusant d’être un innovateur, un égaré, un hypocrite, un athée, un rusé, un manipulateur et
un faux prophète[6].

Ces accusations extrêmement graves venant de savants et de muftis d’Arabie, d’Irak et du Yémen, se sont
faites, dans la plupart des cas, sans concertation, ce qui donne plus de valeur encore à leur jugement (j’y
reviendrai). Tous les savants qui l’on réfuté l’ont déclaré hérétique, lui ont dénié le statut de savant
moujtahid (habilité à interpréter le Coran) et ont constaté qu’il ne maîtrisait pas la douzaine des sciences
religieuses. Les savants ne s’arrêtèrent pas là, ils réfutent une à une les thèses d’Ibn Abd al-Wahhab,
démontrant ainsi qu’il est un hérétique et un inculte ignorant les fondements même de la théologie[7].

Je commencerai par le propre frère de Mohamed Ibn Abd al-Wahhab, Suleyman (qui était magistrat à
Huraymala), et qui lui a écrit ce qui suit, dans une lettre qu’il rédigea vers 1753 et dont le titre est Les
Foudres divines réfutant le wahhabisme (c’est à Suleyman Ibn Abd al-Wahhab que revient la paternité du
néologisme wahhabisme) :

« Depuis huit ans plus personne n’est musulman sauf les contrées qui t’obéissent… Que Dieu nous garde
tous de l’égarement ! »[8]

Suleyman apostrophe son frère et lui pose cette question : « Quel est le nombre des piliers de l’Islam ? », à
quoi Mohamed répond « cinq », alors Suleyman lui rétorque : « Pourquoi alors ce sixième pilier sur
l’impiété des musulmans ? »[9]

Entre 1740 et 1745, alors que la prédication de Mohamed Ibn Abd al-Wahhab débute, le magistrat et mufti –
le mufti a une autorité juridique, il est autorisé à émettre des avis juridiques (fatwas) – de Riyad, Suleyman
ibn Suhaym (1717-1767), après un échange épistolaire avec Ibn Abd al-Wahhab, rédige une lettre adressée
aux savants d’Arabie :

« Je porte à votre connaissance qu’un innovateur est apparu dans notre pays, un ignorant, un égaré qui égare,
sans science sans piété ; il a commis des méfaits redoutables dont certains se sont déjà propagés, et d’autres
encore limités à notre contrée. Je veux justement en informer les ulémas (les savants), héritiers des
prophètes, afin qu’ils mettent un terme à son égarement et à son ignorance. Il a détruit les tombes et brûlé
des livres de prières populaires ; il prétend que, s’il le pouvait, il détruirait la Pierre noire de la Kaaba ; il
considère que les gens depuis six cents ans sont dans l’ignorance… Mais d’où tire-t-il ce savoir ? En a-t-il
reçu la révélation ? Ou le diable le lui a-t-il soufflé ? Je vous en supplie ! Faites-le savoir aux pauvres gens
qu’il a séduits par des artifices, et parez au plus pressé avant qu’il ne soit trop tard ! »[10]

Dans la région de l’Ahsa, un savant nommé Al-‘Afaleq (mort en 1751) attaque Ibn Abd al-Wahhab dans une
lettre s’appelant Les traditionalistes se moquent de celui qui prétend renouveler la religion. En 1745, le
même Al-‘Afaleq rédige une réponse au livre d’Ibn Abd al-Wahhab (Le livre de l’unicité divine) sur lequel
il dit :

« L’unicité divine est un crédo à propos duquel l’umma (la communauté musulmane) est unanime
(conformément au hadith du Prophète précité), sauf ce faux prophète »[11]

Un autre savant, al-Hudari, dans un libelle qu’il diffuse, écrit :


« Au sujet de la réfutation de l’innovateur Ibn Abd al-Wahhab qui opère en ce moment au Nadjd, persistant
dans son égarement et son obstination… »[12]

Voilà pour les réfutations venues du Nadjd (région d’origine d’Ibn Abd al-Wahhab).

Suite à cela, des réfutations sont venues de savants du Hedjaz (région de la Mecque et de Médine), à
commencer par les maîtres qu’Ibn Abd al-Wahhab a eu durant sa scolarité à la Mecque, M. Ibn Suleyman al-
Kurdi et M. Ibn Hayet al-Sanad, qui le soupçonnent d’athéisme.

Al-Kurdi, dans une lettre qu’il envoie à son ancien élève, lui écrit :

« Eh ! Abd al-Wahhab, je te conseille de cesser de médire des musulmans. Si quelqu’un croit en


l’intercession et non en Dieu, prends la peine de lui prodiguer de bons conseils ; s’il persévère, accuse-le
d’impiété intuiti personae, mais tu n’as pas le droit d’accuser la grande masse des musulmans de laquelle tu
t’es toi-même exclu (toujours en conformité avec le hadith du Prophète). Dieu n’a-t-il pas dit que : « celui
qui suivra un autre sentier que celui des croyants, nous le brûlerons au feu de la géhenne » (IV :115) ? Mais
comme on dit : le loup ne s’attaque qu’aux brebis égarées. »[13]

En 1743, les muftis issus des quatre écoles de droit musulman sunnite (malikite, chafiite, hanafite et
hanbalite) avalisent et commentent une réfutation contre Ibn Abd al-Wahhab intitulée Le Livre de la
prévention de l’égarement et de la répression de l’ignorance, rédigée par un savant égyptien résidant à la
Mecque du nom de al-Tandatawi[14].

En plus du Yémen[15], des réfutations viennent d’Irak où en 1776, le savant Ali ben Abdallah as-Suwadi
écrit Tabernacle qui éclaire la réfutation du wahhabisme. Il conclut sa lettre ainsi, s’adressant à Abd al-
Wahhab :

« Hé ! Lourdaud et diable obstiné, si tu as compris ce qui précède, comment peux-tu accuser d’impiété celui
qui atteste qu’il n’est de dieu que Dieu et que Muhammad est son Prophète. »[16]

Quelques années après la mort d’Ibn Abd al-Wahhab (1792), son livre, Le livre de l’unicité divine, est lu par
un conseil de savants à Bagdad dont fait parti l’imam de la mosquée de Bagdad, Abd al-Khattib Affendi al-
Rawi. Voici ce qui ressort de l’analyse du livre faite par ce conseil :

« Après examen, le livre comprend des questions disparates d’inégale valeur. Son auteur est de ceux qui ne
connaissent qu’une partie de la charia[17], qu’il n’a pas pris la peine d’approfondir ; il n’a pas eu de maître
qui l’eût dirigé sur le droit chemin, l’eût orienté et lui eût appris les sciences nécessaires qui guident vers la
voie juste. »[18]

Les attaques contre la doctrine d’Abd al-Wahhab, sa « pensée » et contre les wahhabites qui lui succèderont,
sont multiples et viennent de toutes parts ; essentiellement de savants sunnites – les savants chiites le
réfutent aussi, à l’unisson avec les sunnites – alors même que les wahhabites se réclament du sunnisme. Il
est important de rappeler que l’opposition au wahhabisme – qui voue une haine viscérale au sunnisme autant
qu’au chiisme – faisait l’objet d’un consensus entre les savants sunnites et chiites.

Nous n’avons ici rapportées que quelques unes des nombreuses réfutations et des dénonciations dont
doctrine wahhabite a fait l’objet ; réfutations qui se poursuivront à travers les siècles, et ce jusqu’à nos jours,
à l’exemple du Sheikh d’Al-Azhar (le centre intellectuel de l’Islam sunnite), Yusri al-Azhari, en 2012[19].

Près d’un siècle après la mort d’Abd al-Wahhab, Ibn Girgis s’en prend aux wahhabites dans un texte qui
s’appel Le plus Dur Jihad (1887-1888) où il exprime la position musulmane sunnite traditionnelle à laquelle
les wahhabites sont étrangers, à savoir que seuls les quatre fondateurs d’Ecole du droit (Malik, Abu Hanifa,
Chafii, Ibn Hanbal), héritiers des prophètes, sont dotés de l’ijtihad (l’effort d’interprétation du Coran dont
découle les règles du droit) absolu. Ils sont seuls dignes d’imitation leur rappelle-t-il. Or, ajoute-t-il, « en ces
temps-ci, de prétendus savants s’improvisent en créateurs d’Ecole alors qu’ils sont les plus ignorants des
hommes, obstinés, corrompus et polémiques, des déments qui méritent l’emprisonnement et le châtiment
perpétuel »[20].

Nous conclurons cette série de réfutations par la preuve (si ce n’était pas déjà prouvé) qu’Ibn Abd al-
Wahhab n’était pas un véritable savant, mais un imposteur. En 1883, Zayni Dahlan (1817-1886), le mufti de
la Mecque, dresse un bilan des réponses faites à Ibn Abd al-Wahhab :

« Au total, nombreux sont ceux qui l’ont réfuté, d’Orient et d’Occident ; ils appartiennent aux quatre écoles,
y compris la sienne, le hanbalisme ; ils lui ont posé des questions à la porté des débutants, auxquelles il n’a
pas été en mesure de répondre. »[21]

Valeur théologico-juridique des avis des muftis et savants sur le wahhabisme

Nous venons de le voir, il y avait consensus (ijma’) entre les savants des quatre écoles juridiques sunnites,
du Nadjd, du Hedjaz, du Yémen et d’Irak au sujet de Mohamed Ibn Abd al-Wahhab et sa doctrine.

Du point de vue du droit musulman, en théorie, il y a consensus sur un cas juridique, lorsque tous les
moujtahid (savants capables d’interpréter le Coran) du monde musulman sont unanimes[22].

Dans le cas du wahhabisme, il y avait accord entre un nombre précis de moujtahid ; mais précisons qu’à
cette époque, se sont prononcé les savants des régions qui ont eu connaissance de l’existence d’Abd al-
Wahhab et de sa secte. Au XIXe siècle, les savants du Maghreb ont à leur tour réfuté le wahhabisme[23].

Toutefois, des oulamas (savants) pensent qu’il est impossible d’avoir un véritable consensus, dans la mesure
où l’on ne peut connaître tous les moujtahid de la planète ainsi que leur avis à tous sur un cas juridique.
Partant de là, le fondateur de la quatrième école de droit musulman, Ahmad ibn Hanbal (780-855) a conclu
que : « Celui qui prétend qu’il y a eu consensus ment. Il se peut que les spécialistes se soient contredits à
propos de la question sans le savoir et qu’il ne le sache pas. Il vaut mieux dire : à ma connaissance, il n’y a
pas eu de conflit d’opinions sur cette question »[24].

En réalité, ce que l’on qualifie d’ijma’ (consensus), à l’exemple des jugements consensuels émis par les
Compagnons du Prophète, est un avis concerté entre un groupe de personnes présentes à un moment donné,
possédant le savoir et la compétence nécessaires pour juger du cas porté devant elles[25].

Historiquement, l’avis concerté n’a existé qu’à deux époques : celle des premiers califes et Compagnons du
Prophète (Abu Bakr, Omar, Othman et Ali) et au cours de quelques Califats omeyyades en Andalousie.

En dehors de ces deux périodes, chaque moujtahid répondait aux cas juridiques qui lui était soumis dans son
pays et sa société[26].

Il existe deux types de consensus[27] :

Le consensus explicite (al-ijma’ as-sarih) : tous les moujtahid d’une époque donnée expriment leur accord
sur un avis juridique de manière explicite.

Le consensus implicite (ali-ijma’ as-soukouti) : une partie des moujtahid d’une époque s’exprime sur un cas
juridique, tandis que le reste des moujtahid n’exprime aucun avis. Celui-ci a une valeur moindre, sauf pour
les savants hanafites, car selon eux le silence d’un moujtahid sollicité ne peut exprimer que son accord.

Au vu des éléments historiques et théologico-juridiques présentés, les jugements que les savants et muftis
ont portés sur le wahhabisme, à la fois individuels et concertés, sont des plus solides de l’histoire de l’Islam,
concernant une secte[28].

Comme l’a écrit l’ancien juge du Caire, inspecteur des tribunaux et professeur à la faculté de droit du Caire,
Abd al-Wahhab Khallaf (1888-1956) : « Le consensus sur un avis juridique devient une loi religieuse
coercitive. Si le même cas se présente aux moujtahid des époques suivantes, ils doivent adopter le jugement
prononcé par leurs prédécesseurs et s’abstenir de tout nouvel effort de réflexion sur ledit cas. Ainsi, une loi
religieuse résultant de l’ijma’ est définitive, indiscutable et ne peut être ni contredite ni abrogée. »[29]

Nous attendons donc que les savants contemporains aient le courage d’adopter le jugement prononcé par
leurs prédécesseurs.

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