La Fille de Papier de Guillaume Musso. (PDFDrive)
La Fille de Papier de Guillaume Musso. (PDFDrive)
1
Remerciements
La rédaction d’un mémoire de recherche est une belle expérience mais
ardue. Je me suis lancée dans ce projet en espèrent approfondir un sujet qui
me tient à cœur, et je me suis retrouvée avec mille et une questions qui m’on
fait doutées.
Je tiens aussi à remercier Mlle Hassina Bouzidi, Mme Dounia Djarou, pour
leurs conseils et soutiens, sans oublier Mme Sihem Guettafi,
Mme Aziza Benzid et M. Mounir Hammouda.
2
Dédicace
À
Mes parents, qui sont toujours là pour moi qui m’ont accompagnés
espérances.
Et surtout à Yousra.
3
Tables des matières
Remerciements …………………………………………………………… P 02
Dédicace ………………………………………………………………….. P 03
INTRODUCTION .............................................................................................. P 06
ANNEXE ……………………………………………………………..... P 60
4
Introduction
5
Dès le commencement de notre recherche scientifique, nous avons
développé un grand intérêt pour la littérature française. Cette littérature a connu
plusieurs courants de pensés à travers les siècles dont les auteurs ont écrit un
nombre important de chefs-d’œuvre. Jusqu'au XXIème siècle, la littérature
française reprend la forme la plus traditionnelle du roman, où les œuvres sont
devenues non conformistes à aucun courant littéraire. La littérature française
contemporaine est marqué par les écritures du moi, et même les romans de
fiction sont écrites à la première personne du singulier [ Je] pour donner force et
vie à l’histoire et aux personnages. Aussi, la réécriture des textes anciens surtout
les mythes gréco-romains sont devenus une tendance. Cette réécriture donne un
aspect antique au texte en liant le mythe à un contexte moderne précis.
Cela nous a donné l’ambition de travailler sur une œuvre qui résume les
caractéristiques de la littérature française de cette époque, alors nous avons choisi
La fille de papier de Guillaume Musso. Ce dernier est un roman fluide dans sa
lecture, il transporte le lecteur dans le monde de la production littéraire où un
auteur rencontre son propre personnage de fiction. En outre, l’auteur a bien
ficelé l’intrigue de son roman avec son style d’écriture assez unique où il met en
œuvre certains points fondateurs de la vie telle que l’amitié, l’amour et la remise
en question de soi.
En 2010, il publie La fille de papier, son septième roman, sorti chez les XO
Editions. L’histoire raconte la vie d’un jeune écrivain en déprime souffrant du
syndrome de la page blanche, par une nuit de tempête un des personnages
secondaires de sa trilogie La compagnie des anges, Billie Donelly, tombe d’une
6
ligne inachevée chez son créateur Tom Boyd. Au fil des événements, l’auteur et
le personnage vont retrouver le vrai sens de leurs existences.
D’après cela, nous pouvons dire que la relation qui lie l’écrivain Tom Boyd
avec le personnage Billie Donelly est une relation semblable à celle du mythe de
Pygmalion et Galatée d’Ovide. A travers cette réécriture mythique, Musso fait
de ses personnages protagonistes qui enfreignent toutes les règles de la fiction en
offrant à ses lecteurs un amalgame entre le monde réel et celui de la fiction. En
plus, nous avons remarqué une similitude entre la vie et le caractère de l’écrivain
avec ses personnages, c’est-à-dire, Musso met un peu de lui dans chacun de ses
personnages principaux et secondaires en même temps. Pour cela, nous avons
choisi La fille de papier de Guillaume Musso pour réaliser ce travail de recherche
qui se résume sous l’intitulé suivant : Réécriture mythique : personnages
protagonistes entre réalité et fiction dans La fille de papier de Guillaume Musso.
7
essayerons de prouver que les personnages spécialement Tom Boyd et Billie
Donelly sont créés en grande partie à l’image de l’auteur lui-même.
9
CHAPITRE 01:
Réécriture du mythe de Pygmalion et
Galatée dans La fille de papier
10
Dans le premier chapitre, nous allons d’abord mettre en évidence le style
d’écriture de l’auteur de Best-sellers Français, Guillaume Musso, puisque les
travaux sur ce dernier sont assez rares. Ensuite, nous traiterons ses techniques
d’écriture non seulement dans notre corpus La fille de papier mais aussi dans
d’autres romans de cet auteur. Ainsi, nous cernerons la dimension fantastique et
réelle dans cette œuvre pour savoir comment l’un des personnages principaux
Billie Donelly fait éruption dans la vie de son créateur Tom Boyd.
De ce dernier point, nous avons forgé notre réflexion qui tourne autour du
mythe de Pygmalion et Galatée, qui relate qu’un sculpteur du nom de Pygmalion
donne vie à une de ses statues « Galatée ». Dans cette partie, nous parlerons de
l’histoire du mythe Ovidien d’une manière plus détaillées. Tout en abordant
l’émergence du mythe de Pygmalion et Galatée et sa relation avec les
personnages protagonistes du roman : Tom Boyd et Billie Donelly.
11
biais de citations. Donc, le Nouveau Roman tente de surprendre, provoquer et
bouleverser l’esprit du lecteur pour qu’il adhère au sens du texte.
Notre corpus résume tous ces éléments que nous tenterons de les analyser à
travers le style d’écriture de Guillaume Musso, mais avant d’aborder le style de
cet écrivain, nous le présentons en premier lieu. Guillaume Musso est né en 1974
à la côte d’azur, France. Passionné par la littérature, il commence l’écriture
lorsqu’il était étudiant. A l’âge de 19 ans, il séjourne en New York USA, et il
travaille comme vendeur de crème glacée. De retour en France, il s’inscrit en
licence de sciences économiques, puis il décroche un poste de professeur. Suite à
un accident de voiture, il décide de raconter son expérience avec la mort
imminente à travers un enfant, dans son premier roman Et après publié chez XO
Editions en 2004.
Les romans de Guillaume Musso, sont des romans polars, et à l’eau de rose
où les personnages font face à des événements surnaturels, voire même
fantastiques. Les personnages Mussoliens1 ont souvent des origines modestes mais
des capacités intellectuelles assez élevées, ce qui leur permettent de changer leur
destin, et vivre le succès social dont ils rêvent, cependant, la réputation
professionnelle ne fait pas le bonheur de ses personnages. Alors, ils essayent de
retourner vers leur passé perdu, comme le montre cette phrase extraite de son
roman Je reviens te chercher : « Je crois que tu ne vas pas bien, Ethan. Malgré ta réussite, je
pense que tu n’es pas heureux. »2. La même idée est véhiculée par un extrait de Parce
que je t’aime : « … Sa réussite, son argent, sa voiture de luxe, son appartement à deux
millions de dollars : tout ça, c’était du vent et il le savait. »3. En ce qui concerne les
1
PROUST, Jean Marc, j’ai lu tout Guillaume Musso, in SlateFR, En ligne,
http://www.slate.fr/story/83369/guillaume-musso , consulté le 29/01/2017.
2
MUSSO, Guillaume, Je reviens te chercher, Editions Pocket, Espagne, 2014, p. 113.
3
MUSSO, Guillaume, Parce que je t’aime, p.p. 384, 385, En ligne, https://www.fichier-
pdf.fr/2014/11/29/parce-que-je-t-aime-g-musso-uploaded-by-m-benmoussa/parce-que-je-t-
aime-g-musso-uploaded-by-m-benmoussa.pdf consulté le 12/ 01/ 2017.
12
relations entre les personnages, Musso fait en sorte que c’est le destin qui les a
réuni, « Dés le début, une sorte de fil invisible s’était lié entre eux, comme si le destin avait
voulu en faire des alliés naturels devant les difficulté de la vie »4.
13
Palahnuik et Pulp Fiction de Quentin Tarantino… L’utilisation de tous ces
intertextes est une simple démarche afin de résumer l’ambiance et exalter le
suspense dans chaque chapitre, ce qui reflète la culture de l’écrivain. Aussi
plusieurs styles d’écriture sont mis en œuvre comme :
9
VILLANI, Jacqueline, Le Roman, Editions Belin, Paris, 2004, p. 7.
10
JENNY, Laurent, Méthode et problème, La fiction, En ligne,
https://www.unige.ch/lettres/framo/enseignements/methodes/fiction/fiintegr.html,
consulté le 11 /02/2017.
15
La fille de papier est le septième roman de Guillaume Musso, publié en 2010
chez les XO Editions. Dans cette œuvre, Musso peint une histoire inspirée d’un
film américain de Woody Allen, La rose pourpre du Caire. Après sa rupture avec
la pianiste française Aurore Valancourt, l’écrivain californien Tom Boyd plonge
dans la drogue et les antidépresseurs pour oublier son chagrin. Il ne parvient plus
à continuer l’écriture du dernier volet de sa trilogie La compagnie des Anges. Son
meilleur ami et agent Milo lui apprend qu’ils seront ruinés, et la seule chance qui
leur restait pour sortir de cette crise financière, est de terminer l’écriture du
troisième tome dans les délais proposés par la maison d’édition. Suite à cette
nouvelle, l’auteur a abusé des médicaments en essayant de mettre fin à ses jours.
Billie, l’un des personnages secondaires de cette trilogie tombe de la page 266, où
le roman de la trilogie des anges s’interrompe brusquement sur une ligne
inachevée, lorsque Billie essaye de retenir son amant Jack avant de tomber dans
la réalité, suite à une mal impression de 10 000 exemplaires du deuxième tome.
Fini par croire l’incroyable, Tom explique à Billie qu’il est en panne
d’inspiration. Elle, qui voulait tellement retourner dans son monde de fiction, lui
propose un marché qui consiste à lui rendre Aurore qui se trouve en Mexique
avec son nouveau copain Rafaël Barros. Si elle réussit sa mission, Tom devrait
écrire la suite de son roman et surtout de rendre heureuse la vie de Billie en
l’épousant à Jack. Plus tard, Carole et Milo, se rendront compte du départ de leur
ami. Ils se lancent à sa poursuite. Enfin, réunis, Billie de plus en plus fragile loin
de son monde. Tom est tenu à accomplir sa part du contrat en achevant le
roman et rendant vie à la fille de papier.
Ce qui est bien visible, c’est que La fille da papier est un roman à caractère
fantastique que réel parce que les marques de la fictionnalité sont flagrantes dans
le roman, commençant par le narrateur omniprésent c’est-à-dire un narrateur
homodiégétique qui à l’œil sur tout ce qui se passe autour de lui, c’est le héro du
roman. D’autre part, La fille de papier ne comporte rien d’hors normes, le
16
personnage principal est un être humain, plus précisément un enseignant qui
devient un écrivain, « avant de connaitre le succès, Boyd enseignait la littérature à des
adolescents… »11 (p. 12), et « Tom Boyd est devenu en quelque mois l’un des plus gros Best-
seller de l’année » (p.p. 11-12). Il mène une vie heureuse « l’écrivain a passé trois heurs
… à la recherche de la bague parfaite pour la femme qu’il fréquente… » (p22). Il a des amis
« … à part Carole, Milo je n’avait jamais eu qu’un ami en ce monde et qu’il était résolu à
tout tenter pour lui faire oublier son chagrin et lui redonner le goût de la vie » (p 38), qui fini
par bousculer « Aurore Valancourt et Tom Boyd la fin d’histoire d’amour » (p 24). Et
des soucis aussi. Après la rupture, l’écrivain ne trouve aucune motivation pour
vivre « … aujourd’hui, j’ai perdu le gout de tout : des gens, des livres, de la musique et même
des rayons du soleil qui se couchait sur l’océan » (p 83).
Le roman devient fictif voire même fantastique, car Tzvetan Todorov dans
son ouvrage Introduction à la littérature fantastique, définit le fantastique comme
suit :
Le fantastique, c’est l’hésitation éprouvée par un être qui ne connait pas
les lois naturelles face à un événement à apparence surnaturel.
" J’en vins à croire" : voilà la formule qui résume l’esprit du
fantastique. A la fois absolue comme l’incrédulité totale nous
mèneraient hors du fantastique, c’est l’hésitation qui lui donne vie.12
11
MUSSO, Guillaume, La fille de papier, Éditions Pocket, Espagne, 2013, p. 12.
12
TODOROV, Tzvetan, Introduction à la littérature fantastique, En ligne, https://www.etudes-
litteraires.com/figures-de-style/fantastique.php consulté le 10/02/2017.
17
Marqué par la situation aussi étonnante que véridique, l’auteur explique « Je
restai plusieurs secondes immobiles, sans vraiment comprendre le sens des ses paroles. Billie
Donelly était un personnage secondaire de mes romans. » (p 91). Aussi, pour rendre la
sortie de Billie du roman plus convaincante, il compare le personnage à l’être qui
tient devant lui « De Billie, elle avait l’allure élancée, dynamisme et sensuelle, la frimousse
lumineuse, le visage un peu anguleux piqué de discrètes taches de rousseur. » (p 91).
18
_ [...] Je n’ai pas voulu te croire, Tom, à propos de cette histoire
d’héroïne de roman tombé d’un livre, mais je suis bien oblige de
me rendre a l’évidence : ta copine est entrai de devenir un
personnage de papier
[…]
_ le monde de la fiction est en train de reprendre ses droits, lança
t’il en conclusion. (p 374).
19
Donc, à travers ce roman, la fiction a une statue d’alternative vitale à la
réalité que mènent les personnages, car la fiction est aperçue comme une
échappatoire du quotidien et aussi elle est vue comme un moyen de sauvetage
pour venir en aide aux personnages en danger. Commençant premièrement par
Tom Boyd qui a commencé l’écriture de l’histoire des anges afin de sauver son
amie Carole de son malaise « je ne savais pas quoi faire pour l’aider… je lui ai inventé
une histoire sans fin qui suivait l’itinéraire de Dalilah… et de Raphael, un ange gradin qui
veillait sur elle depuis son enfance…Elle disait que cette fiction lui servait de bouclier pour
affronter les épreuves de sa vie. » (p.288). Deuxièmement, quelques années plus tard,
la même fiction a fait de Tom un écrivain célèbre. Puis après sa dépression,
Milo fait en sorte qu’un personnage de cette même fiction, Billie, surgit du
roman pour sauver son ami Tom.
Les mythes basés sur des héros, sont les plus célèbres dans la mythologie
grecque, parce qu’ils véhiculent une image de l’individu qui s’applique à
découvrir les capacités qui somnolent en lui. Ces capacités lui permettent
d’affirmer sa personnalité et de sortir avec une instruction de morale. Grosso
modo, cela se récapitule dans les propos de l’historien et l’anthropologue
français, Jean-Pierre VERNANT
20
Le mythe est un récit traditionnel assez important pour avoir été
conservé et transmis de génération en génération à une autre au
sein d’une culture et qui relate des actions de héros ou d’être
légendaires dont la geste se situe dans un autre temps que le
nôtre13.
VERNANT, Jean-Pierre, Frontières du mythe, dans mythes grecs au figuré de l’antiquité, Editions
13
Les liens entre le mythe et le texte littéraire sont nombreux et étroits. Ils
font l’objet d’un nombre considérable d’études non seulement en littérature mais
aussi en psychologie, psychanalyse et en sociologie. Gilbert Durand considère
« la littérature, et spécialement le récit romanesque, comme un département du mythe. »15
15
DURAND, Gilbert, Le décor mythique de la chartreuse de Parme, Editions Corti, Paris, 1961, p.
12.
23
profonde, cachée et inépuisable. C’est un récit imagé et signifiant. Son
omniprésence dans les textes littéraires, n’est pas un acte nostalgique de retour
vers les anciens, mais ses réécritures puisent de cette source pour extraire leurs
décharges morales et symboliques, que les écrivains l’interprètent de multiples
manières. En outre, aucun texte n’est vierge. Tout texte littéraire comporte d’une
façon ou d’une autre les marques d’un autre texte. Alors, il ne s’agit plus d’écrire
mais de réécrire avec un brin d’imagination de l’auteur.
Donc, ce que nous sommes appelées à faire est d’extraire les mythèmes
que comporte La fille de papier. En général, les mythèmes sont les structures qui
permettent d’identifier le mythe exploité explicitement dans un texte, et surtout
d’extraire la signification et la représentation du mythe. Claude Lévi Strauss
définit les mythèmes comme suit « le regroupement des unités constitutives en « paquets
de relations », qui aboutit à des systèmes d’opposition binaires parfaits, est effectué de manière
tout à fait arbitraire. Une multitude d’autres « grosses unités constitutives » seraient tout aussi
justifiées que celles trouvées par l’anthropologue pour le mythe traiter.»17. Autrement dit, les
16
DURAND, Gilbert, Introduction à la mythologie, Mythe et société, Edition Albin Michel, Paris,
1996, p.184.
17
LEVI STARAUSS, Claude, Apports et apories de la méthode structuraliste : la notion de mythème, En
ligne,http://theses.univlyon2.fr/documents/getpart.php?id=lyon2.2010.fernandez_c&part=3
67888 consulté le 21/02/2017.
24
mythèmes sont les expressions qui correspondent parfaitement aux expressions
qui résument l’enchaînement et les étapes du récit mythique original.
D’une part, tout comme dans le mythe Galatée, la statue d’ivoire, prend vie
pour rendre à pygmalion la confiance qui la perdue vis-à-vis aux femmes, le
personnage de papier Billie a fait irruption dans la vie de son créateur pour lui
25
rendre sens à sa vie, « je compris tout de suite que les sentiments que j’éprouvais pour Billie
m’avait libéré de ma malédiction. En faisant reprendre pied dans la réalité, elle avait réussi à
retrouver la clé du cadenas qui verrouillait mon esprit » (p.431).
D’autre part, la réécriture du mythe prend de plus en plus forme quand les
deux personnages de Musso qui incarnent le mythe Ovidien tombent amoureux
l’un de l’autre « … j’étais désormais amoureux [de Billie]… » (p. 461). Et « un mince
filet la voix [de Billie] me murmure un fragile “je t’aime” … » (p. 564). Dans le mythe
ovidien, la déesse de l’amour Vénus donne vie à la statue Galatée, suite aux
prières de Pygmalion. Ce récit de Musso est écrit dans une époque
contemporaine, où les événements fantastiques ont tous une explication
rationnelle. Pour que ce texte soit adapté à la réalité de nos jours, Musso fait de
Billie, la fille de papier, une actrice de second choix « Billie [était] une simple
actrice… » (p. 578), qui joue une mascarade proposée par Milo l’agent de Tom
Boyd « je lui ai proposé 15 000 dollars, finit Milo par avouer. Quinze mille dollars pour
jouer le rôle de Billie, mais pas dans un film. Dans ta vie. » (p. 577)
26
dans l’ivoire blanc comme la neige un corps de femme d’une beauté telle que la nature ne peut en
créer de semblable. […] On aurait dit que cette femme était vivante et que seule la pudeur la
retenait de bouger »18. Après, le sculpteur passe de la création à l’idéalisation de la
statue. L’idéalisation est de « projetée sur la réalité laide la beauté d'une représentation
interne »19, or Pygmalion ne pouvait voir la beauté féminine qu’à travers sa
création, l’idéalisation est étroitement liée au refus de la réalité qui signifie le
manque. Alors, accepter la réalité c’est aussi accepter le manque.
18
OVIDE, Les métamorphose, Livre X, traduction de Georges Lafaye adaptée par Stanislaw Eon
du Val, En ligne, http://www.lelivrescolaire.fr/#!manuel/70/francais-6e/chapitre/1047/les-
metamorphoses-d-ovide/page/695026/pygmalion-et-galatee/lecon consulté le 24/12/2016.
19
COMELIU, Irimia, Le passé de l’idéalisation, une interprétation du mythe de Pygmalion, En ligne,
http://www.arches.ro/revue/no01/no1art8.htm, consulté le 25/01/2017.
27
Je vivais ailleurs, en transe, dans un état hypnotique prolongé.
Pendant ces périodes bénies, l’écriture était une drogue, plus
euphorique que la plus pure des cokes, plus délectable que la
plus folle des ivresses. Mais à présent, tout ça était loin. Très
loin. J’avais renoncé à l’écriture et l’écriture ne voulait plus de
moi. (p.232)
Dans notre corpus, l’écriture n’est pas perçue comme un simple travail ou
une passion, elle se mêle avec l’existence de l’écrivain. C’est justement ce que
Tom a essayé de faire comprendre à son ami Milo en lui disant « Ecrire un livre, ce
n’est pas comme fabriquer une voiture ou des barils de lessive… » (p. 71). Mais ce dernier
continue d’insister pour que Tom retrouve le goût de l’écriture car, pour lui, c’est
l’équivalent de retrouver le goût de vivre « … Le travail, c’est le meilleur des
médicaments. Et puis, écrire, c’est ta vie. C’est LA solution pour te sortir de cette
torpeur ! » (p. 65). Alors, rien ne pourrait rendre à Tom l’envie de l’écriture. Mais,
lorsqu’il se rend compte qu’il est amoureux de Billie, son personnage, et qu’elle
va mourir s’il n’écrit pas son troisième volet, il retrouve l’inspiration. En effet, il
explique à Milo que Billie est « … en train de dépérir dans un environnement qui n’est
pas le sien… » (p. 391), et qu’il faut « la renvoyer dans la monde de la fiction en écrivant
le troisième tome de mon livre. C’est sa porte de sortie du monde réel. » (p. 392). Autrement
dit, renoncer à l’écriture provoque la mort du personnage, c’est cette évocation
symbolique de l’impact de l’écriture sur l’écrivain que Musso exploite dans cette
œuvre.
28
En se basant sur le mythe de Pygmalion et Galatée, nous pouvons conclure
que le personnage de papier n’est qu’une autre facette de l’écrivain, qui est prêt à
tout pour lui redonner vie, et même de retrouver son désir perdu pour écrire.
Alors, Tom comme Pygmalion, ils ne pouvaient se laisser prendre par le désir et
les fantasmes, ils construisent une autre image d’eux-mêmes pour combler le
manque causé par la réalité en créant un état conflictuel où tout chagrin serait
absent.
20
MUSSO, Guillaume, Interview à propos de La fille de papier, Avril 2010, En ligne,
http://www.guillaumemusso.com/roman/la-fille-de-papier/ , consulté le 28/02/0217.
29
partir de cela, nous constatons que le personnage-narrateur Tom n’est que
l’écrivain lui-même Guillaume Musso, et le mythe de Pygmalion et Galatée
symbolise que la relation de Tom Boyd et Billy Donelly, mais celle aussi de
Musso et son image idéale de femme que Billie incarne.
30
CHAPITRE 02 :
Pour une étude psychobiographique des
personnages :
31
Dans cette seconde partie de notre recherche qui est consacrée à
l’autofiction, nous essaierons de prouver que dans notre corpus La fille de papier il
y a une étroite relation entre l’écrivain Guillaume Musso, le personnage principal
Tom Boyd et la voix narrative qui est homodiégétique. Aussi, puisque le nom
propre dans le roman est trop significatif, nous tenterons de faire une étude
onomastique des noms des personnages, spécifiquement le prénom Billie. Après
nous analyserons l’image de l’auteur qui est éparpillée entre les personnages
principaux de notre corpus.
Les écritures du moi ou la littérature intime est le genre qui regroupe les
récits racontés dans la plupart du temps à la première personne du singulier,
comme il est courant dans les correspondances, le récit de voyage, le journal
intime, les mémoires, les confessions, la biographie et l’autobiographie. En effet,
ce genre a vu le jour en 397- 401 avec Les confessions de Saint Augustin, en
racontant sa quête vers la foi, et en 1782 en France avec Les confessions de Jean-
Jacques Rousseau.
32
individuelle, en particulier sur l’histoire de sa personnalité »21. Par ailleurs, le mot
rétrospectif est illustre, l’autobiographie est un genre qui s’écrit dans un âge avancé
de la vie de l’écrivain, dans l’acte de la remémoration et la justification des
actions passées. Aussi, selon Philippe Lejeune « pour qu’il y ait autobiographie (et plus
généralement littérature intime), il faut qu’il y ait identité de l’auteur, narrateur et du
personnage »22, cette identité doit être marquée par l’utilisation de la première
personne du singulier, par contre Lejeune accepte l’identité du personnage et du
narrateur sans que le [Je] soit employé. Alors, il faut hiérarchiser ce genre par
rapport au nom propre, car chaque énoncé écrit dans le texte autobiographique
est primordialement pris en charge par le nom de la personne qui figure sur la
couverture.
21
LEJEUNE, Philippe, Le pacte autobiographique, Edition du Seuil, Paris, 1975, p.14.
22
Ibid. p. 15.
23
LEJEUNE, Philippe, Pour l’autobiographie, Editions du Seuil, Paris, 1997, p. 234.
33
des écritures du moi selon deux critères : l’identité de l’auteur, le narrateur et le
personnage, et l’indication générique : pacte autobiographie ou pacte
romanesque. Ph. Lejeune a tout récapitulé dans ce tableau en laissant deux cases
vides. Doubrovsky qui était en train de rédiger son roman Fils a décidé de
remplir une des cases laissées par Lejeune, ce qu’il a écrit dans une lettre du 17
octobre 1977 publiée dans l’ouvrage de Moi aussi par Philippe Lejeune « …J’ai
voulu très profondément remplir cette case que votre analyse laissait vide, et c’est un véritable
désir qui à soudain lié votre texte critique à ce que je suis entrain d’écrire. »24. Évidement,
Fils est une œuvre dont le personnage principal porte le nom de l’auteur Serge
Doubrovsky, mais cela ne lui a pas empêché de signer un pacte romanesque
avec l’indication générique cité dans la première de couverture en créant un pacte
oxymoronique voire un pacte paradoxal.
24
LEJEUNE, Philippe, Moi aussi, Editions de Seuil, Paris, 1986, p. 63 cité par BOUHADID
Nadia, En ligne, http://www.memoireonline.com/08/08/1448/m_aventure-scripturale-
coeur-autofiction-kiffe-kiffe-demain-faiza-guene12.html consulté le 21/03 /2017.
25
DOUBROVSKY, Serge, Fils, Editions Galilée, Paris, 1977, quatrième de couverture.
26
LECARME, Jacques, L’autofiction, un Mouvais genre ? In Le dictionnaire du Sens agent, En ligne,
http://dictionnaire.sensagent.leparisien.fr/Autofiction/fr-fr/ consulté le 21/03 / 2017.
34
des événements imprévus et extraordinaires qui envahissent sa banalité
quotidienne, ce qui fait de cette autobiographie une autofiction à caractère
fantastique.
27
MUSSO, Guillaume, Site officielle, En ligne, http://www.guillaumemusso.com/lauteur/
consulté le 23 /03/2017.
35
cette passion pour les livres « … depuis que j’étais en âge de lire, j’avais toujours cherché
à m’enfoncer le plus loin possible dans l’imagination des romans… » (p. 394). Dans la
même source, il motionne que lors de son voyage en Amérique il a travaillé
comme vendeur de crème glacée, cette étape de sa vie apparaît dans La fille de
papier « … j’avais encore une demi-heure avant d’aller prendre le bus pour me rendre à Vénice
Beach où je vends des glaces sur le boardwalk. » (p. 285). Aussi, Musso avant d’être un
écrivain il était enseignant mais il l’a quitté après avoir signé un contrat avec les
XO Editions, comme Tom « Avant de connaitre le succès, Boyd enseignait la
littérature… Suite au succès de son premier roman, il a quitté l’enseignement après la signature
d’un contrat avec Doubleday… » . Aussi, pour aller plus loin dans notre analyse,
l’auteur Musso est né en 1974, mais il ne laisse pas une date de naissance exacte
pour son personnage narrateur Tom, mais ce passage nous montre qu’elles sont
identiques « 7 juillet 1994… C’était le jour de mon anniversaire, commençai-je. Le jour de
mes vingt ans… » (p.284), alors suite à la soustraction de 1994-20 nous
obtiendrons 1974. De ce fait, nous pouvons conclure que l’auteur et le
personnage narrateur ont la même date de naissance.
Ainsi, les indices qui relient la vie de l’auteur Musso au personnage Boyd
ne sont pas rares, car il lui a même attribué l’écriture de son roman La fille de
papier « Alors, j’ouvris un document sur mon traitement de texte et je lui donnai le titre de
mon prochain roman : La fille de papier. Pendant les cinq heures que dure le vol, j’écrivis d’un
jet le premier chapitre. Il débutait ainsi : chapitre 1 La maison sur l’océan. » (p. 592).
28
JOUVE, Vincent, Poétique du roman, Editions Armon Colin, Paris, 2009, p. 27.
36
personnage Tom Boyd qui est aussi un personnage narrateur et il est désigné
par [ Je] tout au long du roman.
Dans le roman, le nom propre n’est pas un fait du hasard, mais il est choisi
avec précaution par l’auteur de l’œuvre. Selon Michal Glowinski « Le choix d’un
prénom personnel entraine et inspire d’autres choix […] touche à la question fondamentale de
la place où est situé un récit donné dans les catégories des possibles narratifs »30. Le nom
propre est un système linguistique très symbolique dans le roman et dans les
genres biographiques où l’auteur est obligé de signer sur une identité homonyme
29
KAEMPFER, Jean, ZANGHI, Filippo, Méthodes et problèmes : La voix narrative, En ligne,
https://www.unige.ch/lettres/framo/enseignements/methodes/vnarrative/vn041000.html
Consulté le 27/ 03/2017.
30
GLOWINSKI, Michal, Sur le roman à la première personne, 1992, p 229, cité par HUBIER, S.
Littérature intimes : les expressions de moi, de l’autobiographie à l’autofiction, Editions Armon Colin,
2003, p 88.
37
c’est-à-dire que l’auteur, le personnage et le narrateur ont le même nom propre.
Par contre, les exceptions ne sont pas rares et notre corpus en est un. Dans ce
cas là, le nom propre devient un « aspect du dévoilement ou du jeu de cache-cache
instauré par l’auteur lui-même grâce aux procédés de l’onomastique »31. Alors, le nom
propre renvoie à une symbolique qui permet de dévoiler une vérité floue. Dans
notre corpus, Musso use de sa vie et de son prénom comme matière d’écriture
en se mettant derrière deux personnages romanesque de sexe opposer,
autrement dit, l’auteur porte non pas un masque mais un déguisement afin de
faire passer son lui-même dans une dimension imaginaire.
Dans un texte littéraire, il n’y a pas que le nom propre qui est symbolique,
mais aussi le morphème est porteur de sens. En outre, la lettre [B] renvoie à
Adam androgyne dans sa chute, elle est faite de deux demi-cercles, un [O] coupé
en deux par un diamètre vertical par la côte et coupé par un autre diamètre
horizontal d’un côté, deux âmes-sœurs partent vers leurs périples. La
lettre [B] est aussi le nombre [13], dont les deux chiffres réunis donnent le [B],
car le [13] est le chiffre traditionnel du passage de la mort à la Vie. Dans notre
corpus, le personnage Billie n’est pas apparu du néant mais de l’imaginaire du
protagoniste de l’histoire, comme Ève est sortie de la côte d’Adam. Elle a fait sa
parution quand son auteur a décidé de mourir, puis au cours des événements,
elle lui a appris à apprécier la vie encore une fois et d’avoir un nouveau départ.
Aussi, nous avons remarqué que le radical de Billie est [illi], et quand on l’écrit
31
WERLI, Laurence et KOUROUPAKIS-BIHAN, Ariane, Analyse du concept d’autofiction, En
ligne, www.iquesta.com/telechargement/Lautofiction-En-Question-117.htm consulté le
29/03/2017.
38
nous l’écrivons en majuscule, nous obtiendrons ILLI, et si nous lisons à
l’envers nous aurons 17/ 71. Suite à notre interprétation de la lettre B, il est clair
que cette suite de chiffres symbolise l’androgyne. Autrement dit, l’androgyne est
un mythe qui représente une créature qui porte en elle les deux genres humains,
masculin et féminin. Dans notre recherche, l’androgyne n’apparaît pas sur un
plan physique mais il est surtout psychique, car l’auteur s’identifie psychiquement
au personnage féminin et physiquement au personnage masculin. Pour percer le
secret derrière cette suite de chiffres, nous faisons appel à la numérologie, la
science des numéros selon Catherine Pont-Humbert :
De cela, nous pouvons dire que les deux personnages Tom et Bille font le
chiffre [7], et ils ne sont qu’une autre facette du créateur de cette fiction de
Musso. de la sorte, nous pouvons mieux expliquer les chiffres 17/71 comme un
reflet dans un miroir qu’il lui reflète son image, ses pensés, et ses passions, dans
la réalité le [1] cache le [7] dans ses profondeurs, tandis que dans la fiction le [7]
peut être extériorisé et exprimé par le [1].
En outre, l’auteur signe un pacte oxymorique dans tous les sens, il prend le
chemin de la contradiction en attribuant son identité onomastique à Billie. En
plus, sur un plan morphologique, Musso comme Tom fait partie selon la
33
Ibid. P. 108.
34
COLONNA, Vincent, L’autofiction (essai de la fictionnalisation de soi en littérature), P. 09, En
ligne, https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00006609/document consulté le 8/04/2017.
35
Ibid., P. 10.
40
classification du psychologue Pierre Daco dans l’étude du caractère au
tempérament Lymphatique dit aussi flegmatique, ce tempérament est décrit ainsi,
« Il semble stable et calme. Il est gras… Son activité est lente, il supporte très mal la douleur.
Il se tâte, et se croit à deux doigts de la tombe. Le lymphatique est très sensible à la suggestion
et à l’hypnose. »36. Nous constatons que cela est fortement touché dans le passage
suivant : « Je n'avais jamais été aussi proche du vide. Dans ma tête, des images terrifiantes s'entrechoquaient
: mon corps au bout d'une corde, le robinet de gaz dans ma bouche, le canon d'un revolver contre ma tempe. Tôt
ou tard, ma vie finirait sans doute comme ça. Au fond de moi, ne l'avais-je pas toujours su ? » (P. 85).
Dans ce passage, l’auteur dénonce le caractère douteux, faible et dépressif de son
personnage Tom. Aussi, dans d’autres passages, il le décrit comme négligeant
« Tom faisait peur à voir : hirsute, blafard, le visage mangé par une barbe à la Robinson
Crusoé… » (P. 39). En revanche, le caractère de Billie selon la description dans La
fille de papier son tempérament est appelé selon Daco « Le Bilieux, il est irritable, très
susceptible, agressif et téméraire ! Son corps est grand et maigre ; son teint jaunâtre. Le
colérique est « dur au mal » ; il reste stoïque et souffre sans se plaindre. C’est le type du
volontariste. »37 Ce qui est expliqué et décrit par l’auteur de notre corpus sur son
héroïne, comme dans ces passages : « elle avait l'allure élancée, dynamique et sensuelle,
la frimousse lumineuse, le visage un peu anguleux… » (P. 91) aussi sur le plan physique
elle est décrite ainsi « sa bouille manga, sa fraîcheur rieuse, son petit côté garçon manqué
qu'atténuaient ses yeux de lagon et ses jambes interminables. » (P. 96).
Pour la description morale, elle est plutôt comprise à travers le déroulement
de l’histoire et les actions de Billie, comme son nom l’indique. Elle est synonyme
de volonté et protection, mais elle est aussi courageuse face à sa maladie
cardiaque, ce qui l’a rendue pâle. Aussi elle est nerveuse et sensible aux les
critiques de son créateur Tom envers sa vie, et enfin téméraire parce que elle a
tout tenté pour que Tom retrouve sa passion pour l’écriture et une raison pour
continuer de vivre.
36
DACO, Pierre, Les prodigieuses victoires de la psychologie moderne, Éditions Marabout, Belgique,
1973, P. 339.
37
Ibid., P. 338.
41
Pour conclure, cette projection de l’auteur à travers son personnage
féminin n’est guère singulière, mais un phénomène courant dans la littérature
française. Nous citons Flaubert et son célèbre « Madame Bovary, c’est moi »38. En
outre, l’auteur décrit son propre portrait, le thème de double consiste une
parfaite union entre écrivain et ses personnages. Aussi, cette identification est
une stratégie d’écriture car elle n’est point corporelle mais elle est plutôt
psychique puisque elle lui permet de se remettre en question, d’exprimer son
point de vue sur son époque et la société à travers plusieurs personnages et
d’évoquer les mémoires du passé et de parler de l’instant présent. Cette
ressemblance autobiographique avec Tom et l’autre ressemblance onomastique
avec Billie n’est qu’une façon d’exprimer la réalité complexe qui ne peut être
racontée sous un seul tissu unit, c’est-à-dire à travers uniquement d’un
personnage. C’est alors que dans cette œuvre, chacun des personnages donne
une image sur l’auteur Guillaume Musso.
Dans le cas des récits à caractère autofictif, le personnage est créé à l’image
de l’auteur. Cette image de soi donnée par l’auteur à travers le texte relève de
l’ethos. En général, l’ethos représente les différentes valeurs et les
comportements que l’orateur exprime à travers sa personne lors d’un discours,
sa manière d’être et faire pour influencer les oratoires. Selon le dictionnaire du
Littéraire, la notion d’ethos est défini ainsi :
38
Note de lecture
39
ARON, Paul, SAINT-JACQUE, Denis, VIALA Alain, Le dictionnaire du littéraire, Editions
Puff, coll. Quadrique, Paris, 2010, P. 258.
42
En outre, l’ethos est le style de l’orateur pour capter l’attention et gagner la
confiance de l’oratoire en s’adressant à son imagination à travers son discours, il
se base sur l’argumentation. Aussi, l’ethos relève de l’éloquence : l’art de bien
parler, mais suite à l’apparition des mémoires, les genres autobiographiques et
surtout l’impression que cette notion d’image de soi s’est développée pour
mettre l’accent sur la figure de celui qui prend la parole sur un niveau textuel, et
elle est devenue l’éloquence écrite, « De plus, la littérature de fiction qui fait des
personnages des porte-parole de l’auteur, ou qui lue comme telle, impose une image de l’écrivain
dans son texte. »40, Alors, l’ethos est l’image que donne l’écrivain de lui-même par
le biais de la narration dans le texte littéraire, non pas par la représentation
préalable en public. Pour Aristote, l’ethos est une posture adoptée par
l’énonciateur pour faire adhérer les locuteurs à son positionnement idéologique,
pour donner une bonne impression et belle une image de soi pour capter
l’intention des interlocuteurs, car
D’autre part, la posture mise en œuvre par l’auteur n’exprime pas un sens
négatif mais sa manière d’être, le choix des expressions et la description que
l’auteur manipule par les personnages à travers son texte pour donner une image
sociale et psychique de lui-même.
De nous jours, la notion d’ethos occupe une place majeure dans l’analyse
du discours, et pareille en littérature, l’étude de l’image de soi que construit
l’auteur à travers son texte ne se limite pas aux genres autobiographiques mais
aussi elle s’élargit vers d’autres genres lyriques : fables, fictifs ou même le
fantastique.
44
une ligne depuis un an. Mon cerveau était figé. Les mots n’avaient fui, l’envie m’avait déserté,
mon imagination s’était tarie. » (P. 53) Le syndrome de la page blanche est une étape
fréquente dans la vie de chaque écrivain, mais contrairement aux grands écrivains
des époques passés, l’écrivain du XXème siècle cherche à être une vedette plus
qu’un auteur de fiction « Depuis deux ans, mon accession au rêve hollywoodien idoles. Au
détour des fêtes privées dans des clubs ou dans villas grandes comme des palais, j’avais pu
discuter avec des acteurs, des chanteurs et des écrivains qui m’avaient fait rêver lorsque j’étais
plus jeune. » (P. 56). Puis, l’auteur critique la facette cachée de la production des
films et les héros cinématographiques en parlant des coulisses Hollywoodiennes
qui sont moches à voir en réalité «… Dans la vais vie, les héros de mon adolescences
étaient souvent que des dépravés… Tout aussi triste : certaines actrices qui à était à l’écran
pleine de charme… dans réalité entre rails de coke, anorexie,… » (p. 56). Aussi, l’auteur
dénonce ce qu’on montre dans les médias n’est pas crédible. Ainsi, l’écrivain est
lui-même succombé à cette catégorie de gens « Mais quel droit avais-je de les juger ?
N’étais-je pas, moi aussi, devenu l’un de ces types que je détestais ? victime du même isolement,
de la même addiction aux médocs et du même égocentrisme versatile qui dans les moments de
lucidité menaient au dégoût de soi.» (P.56). En outre, à force de les admirer, il est fini
par être comme eux, il a perdu sa vraie nature et personnalité en côtoyant des
gens comme ceux-ci, commençant par Aurore qui a causé sa trouble psychique.
45
s'était relevée et, du ton d'une mère qui gronde ses enfants… » (P. 137). En devenant
adulte aussi, Tom côtoyait Aurore qui le fascine par sa culture et beauté et son
milieu social comparé avec le sien :
… Aurore est cultivée… Moi, j’ai été élevé dans un quartier de merde.
Ça gueulait tout le temps : cris, des injures, des menaces, des coups de
feu. Il n’y avait pas un livre, à part TV Guide, et ne n’y ai jamais
entendu Chopin ou Beethoven. Alors oui, ça me plaisait de côtoyer une
Parisienne qui me parle de Schopenhauer et de Mozart plutôt que de
dope, de rap, de tatouage et de faux ongles ! (P. 255)
46
contente pas de critiquer son écriture mais elle lui donne des conseils sur la vie
aussi « La faute à qui, à votre avis ? Et puis, sérieusement, Tom, lâchez un peu la bride
parfois. Soyez moins inquiet. Laissez la vie vous faire du bien au lieu de toujours la redouter. »
(P. 261).
Après avoir montré la face cachée des héros médiatiques, l’auteur remet en
question la célébrité en disant « la célébrité rend rarement meilleure la personnalité de
ceux qui y accèdent » (P. 318). Puis, il dirige les critiques sur les boutiques et les
magasins de beauté en déclarant que « l'endroit respirait le narcissisme et la vanité. »
(P.296). Aussi, l’auteur compare sa génération à celle qui a connu la valeur des
livres à celle d’aujourd’hui qui lisent moins « En vacances, les clients … préfèrent
généralement la plage à la lecture de Georg Wilhelm Friedrich Hegel. » (P. 388). Il dit cela à
propos de sa génération :
Le silence n'était troublé que par le bruissement des pages tournées et le
doux glissement de mon stylo sur le papier. Sur la table devant moi,
j'avais ouvert plusieurs ouvrages de référence…dont Qu'est-ce que la
littérature ? De Jean-Paul Sartre, Lector in fabula d'Umberto Eco et
47
le Dictionnaire philosophique de Voltaire. En deux heures, j'avais pris
une dizaine de pages de notes. (P. 389)
42
CLANCIER, Anne, Psychanalyse et anthropologie prospective, Colloque de l’université de Rouen,
Paris, 1973, P.32, En ligne, https://books.google.dz/books?id=V2z0CX6-
wtoC&pg=PA32&lpg=PA32&dq Consulté le 26/ 04/2017.
48
nous pouvons citer les trois études de D. Fernandez sur les productions
artistique de Mozart, Michel-Ange et Marcel Proust, cette analyse a montré qu’à
travers ces trois genres artistiques, ces auteurs éprouvent des conflits infantiles.
Dans notre corpus, l’auteur opte pour une écriture contradictoire à celle de
sa vie tout en laissant des brins de son propre vécu. Pour éclaircir, nous pouvons
citer que dans la réalité l’auteur répond dans une interview sur le syndrome de la
page blanche « Pas vraiment. Moi, j’ai plutôt le problème inverse : un trop plein d’idées ! »43.
Aussi, l’auteur Musso est fasciné par la culture américaine tendis que dans notre
corpus La fille de papier l’écrivain Tom Boyd éprouve une fascination pour la
culture française, et cela ne s’arrête pas là, Musso signe son autofiction avec un
diminutif de son nom à travers son personnage féminin Billie Donelly. Dans ce
dernier point, l’auteur fait de la fiction une échappatoire pour s’évader de la
banalité qu’impose le quotidien.
Et pour finir, l’auteur ne porte pas qu’un seul masque dans cette fiction
mais plusieurs. Il use de tous ses personnages pour donner une critique sur la
société ou pour parler de lui-même, il s’autocritique des fois et il parle de ses
qualités aussi. L’ethos de Musso est donné de multiples manières contrairement
au genre classique où l’ethos de l’auteur est représenté par le personnage
principal. Alors, pour conclure, Musso use d’une stratégie complexe pour écrire
un roman à caractère fictif plus qu’autobiographique dans le but de rendre cette
fiction fluide et attirante semblable à une comédie américaine des années 80.
43
MUSSO, Guillaume, Interview sur la fille de papier, Op. Cite. Consulté le 26/04/2017.
49
Conclusion
50
Au terme de notre travail de recherche intitulé Réécriture mythique :
personnages protagonistes entre réalité et fiction, nous pouvons affirmer que
Guillaume Musso en étant un des représentants de la littérature française de nos
jours, nous laisse face d’un roman contemporain que nous le qualifions autant
qu’un amalgame d’événements et de personnages qui transgressent toutes les
règles de la fiction.
Au début, nous étions attirés par l’aspect énigmatique que véhicule La fille
de papier et le fait que le personnage principal est un écrivain qui fait face à une de
ses créations nous a immédiatement fait penser à la présence d’une réécriture du
mythe Ovidien Pygmalion et Galatée. Cependant, nous ne sommes pas arrêtés là,
il fallait percer les profondeurs de notre corpus afin d’éclaircir le mystère derrière
ce roman. Nous avons comparé la vie de l'auteur Musso à celle de Tom Boyd et
nous avons constaté une certaine similitude entre les deux, ce que nous a laissé
dire que ce roman est un roman autofictionnel.
Alors, notre objectif était de démontre que l'auteur fait de ses personnages
principaux une incarnation du mythe de Pygmalion et Galatée. Aussi, nous
voulons prouver qu’à travers l'autofiction, l'auteur se cache derrière plusieurs
masques par le biais de la majorité de ses personnages pour parler de lui-même,
et de la société moderne.
Pour prouver tout cela, nous avons opté pour une méthode analytique, tout
en utilisant les approches critiques suivants: la mythocritique pour extraire les
mythèmes présents et de cerner la symbolique du mythe de pygmalion et
51
Galatée à travers notre corpus. De plus, nous avons opté pour une étude
psychobiographique en faisant appel à l’autofiction, la psychocritique,
l'onomastique et l'ethos car la psychobiographie est une étude de la relation de
l'écrivain avec son roman.
53
Références bibliographiques
54
Corpus :
- MUSSO, Guillaume, La fille de papier, Éditions de Pocket, Espagne,
2013.
Œuvres de Guillaume Musso :
- MUSSO, Guillaume, Et après, En ligne,
http://jsohn.free.fr/epub/Et%20Apres/Et%20Apres%20%20Guillau
me%20Musso.pdf
- MUSSO, Guillaume, Je reviens te chercher, Editions Pocket, Espagne,
2014.
- MUSSO, Guillaume, Parce que je t’aime, En ligne, https://www.fichier-
pdf.fr/2014/11/29/parce-que-je-t-aime-g-musso-uploaded-by-m-
benmoussa/parce-que-je-t-aime-g-musso-uploaded-by-m-
benmoussa.pdf
1. Ouvrages théoriques
55
- JOUVE, Vincent, Poétique du roman, Editions Armand colin, Paris,
2009.
- KRISTEVA, Julia, Séméiotiké : Recherche pour une sémanalyse, Edition du
Seuil, Paris, 1969.
- LEJEUNE, Philippe, Le pacte autobiographique, Edition du Seuil, Paris,
1975.
- LEJEUNE, Philippe, Pour l’autobiographie, Editions de Seuil, Paris,
1998.
- MILLY, Jean, Poétique des textes, Éditions Armand colin, Paris, 1992.
- PIERRE, Joëlle, Le personnage de l’instituteur, une certaine image de la
nation : construction de l’ethos dans le récit d’instituteurs français et turcs, Edition
de l’Academia Bruylant, Belgique, 2002.
- REUTER, Yves, Introduction à l’analyse du roman, Editions Armand
Colin, Paris, 2011.
- SHAW, Bernard, Pygmalion, Editions York classics, Beirut, 2002.
- VILLANI, Jacqueline, le Roman, Editions de Belin, Paris, 2004.
- VERNANT, Jean-Pierre, Frontières du mythe, dans mythes grecs au figuré de
l’antiquité, Editions Gallimard, Paris, 1996.
2. Dictionnaires et encyclopédies :
56
3. Mémoires et thèses en ligne :
57
- COMELIU, Irimia, Le passé de l’idéalisation, une interprétation de mythe de
Pygmalion, En ligne, http://www.arches.ro/revue/no01/no1art8.htm
- DOMINO, Maurice, La réécriture du texte littéraire Mythe et Réécriture, En
ligne, https://semen.revues.org/5383
- DENOYELLE, Corinne, Pour une stylistique des personnages de roman, En
ligne, http://www.fabula.org/acta/document8780.php
5. Sources sitographiques :
58
- LECARME, Jacques, L’autofiction, un Mouvais genre ? En ligne,
http://dictionnaire.sensagent.leparisien.fr/Autofiction/fr-fr/
59
Annexe
60
1. Les styles d’écritures
- Écriture imagé et manographie :
La fille
La fille
de
de
papier,
papier,
P. 113.
P. 180.
La fille de
papier, P.
274.
- Schématisation :
61
- L’imitation du modèle téléphonique et des boites mails :
- Diminution de l’écriture :
62
Résumé :
A partir des résultats que nous avons obtenus dans le du premier chapitre,
nous avons approfondi notre recherche par une analyse autofictive que l’auteur
l’a embellie par un caractère fantastique signé par un pacte oxymorique dans tous
les sens, car l’auteur a attribué des traits de sa propre vie à son personnage
masculin et il signe avec son nom par un diminutif à travers le personnage
féminin. Puis, nous avons essayé à démontrer l’image de l’auteur Musso à travers
les personnages principaux et secondaires dans ce récit.
Mots clés :
63
Abstract
Since our literary course we have been interested in French literature of the
21st century. This literature rejects the currents, it leaves the authors free in the
choice of themes and the ways of writing, for this, an amalgam of genders has
been created within a single text, our corpus represents a very representative
example of this contemporary French literature.
In our research work, we propose two chapters. In the first one we opted
for an analysis of the style of the author Guillaume Musso between changing
font of writing, schematization and monographic writing ... etc. Also, we extract
all the myths present in this work that belongs to the Ovid myth Pygmalion and
Galatea, while showing the impact of this mythical presence on Mussolien
writing in The girl on paper and the main characters Tom Boyd and Billie Donelly.
From the results we have obtained through the analysis of the first chapter,
we have deepened our research by an autofictive analysis that the author has
embellished by a fantastic character to sign by an oxymoronic pact in all the
senses, because the author attributed features of his own life to his male
character and signs with his name by a diminutive through the female character.
Then, we sought to demonstrate the image of the author Musso through the
main and secondary characters in the story.
Keywords:
64