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Université Mohamed Khider de Biskra

Faculté des Lettres et des Langues


Département des Lettres et des Langues Étrangères
Filière de Français

Réécriture mythique : personnages


protagonistes entre réalité et fiction dans
La fille de papier de Guillaume Musso.

Mémoire élaborer en vue d'obtenir le diplôme de Master


Option : Langues, littératures et cultures d'expression
française

Présenté par : KHIREDDINE Faiza

Sous la direction de : Mme. SOLTANI Fairouz

Année académique : 2016-2017

1
Remerciements
La rédaction d’un mémoire de recherche est une belle expérience mais
ardue. Je me suis lancée dans ce projet en espèrent approfondir un sujet qui
me tient à cœur, et je me suis retrouvée avec mille et une questions qui m’on
fait doutées.

Je n’aurais certainement terminé ce mémoire sans les précieuses


présences de quelques personnes qui ont cru en moi. Alors j’aimerais
prendre le temps de remercier tous ceux qui ont contribué de loin ou près à
la réalisation de ce travail.

Je remercie vraiment mon encadreur de recherche Mme SOLTANI Fairouz,


pour le temps qu’elle a consacré pour moi, son écoute, ses orientations. Et ses
encouragements qui ont illuminé mon parcours de recherche.

Je tiens aussi à remercier Mlle Hassina Bouzidi, Mme Dounia Djarou, pour
leurs conseils et soutiens, sans oublier Mme Sihem Guettafi,
Mme Aziza Benzid et M. Mounir Hammouda.

Enfin Merci à toutes mes amies Manel, Souhila, Yousra,


Fatima, Djamila et Amina.

2
Dédicace
À

Mes parents, qui sont toujours là pour moi qui m’ont accompagnés

dans chacun de mes pas avec amour, leurs sacrifices et

encouragements. J’espère être toujours à la hauteur de leurs

espérances.

Tous mes Frères et Sœurs, pour leur aide, compréhension, et pour

leur remarquable attention.

Et surtout à Yousra.

3
Tables des matières

Remerciements …………………………………………………………… P 02

Dédicace ………………………………………………………………….. P 03

INTRODUCTION .............................................................................................. P 06

CHAPITRE I : Réécriture du mythe de Pygmalion et Galatée dans La fille de


papier de Guillaume Musso.

1.1. Guillaume Musso : Un écrivain de Best-sellers……………….. P 11


1.2. La fille de papier : Roman fantastique ou réel ?………………….P 15
1.3. Pygmalion et Galatée : Histoire d’un mythe …………………..P 20
1.4. De Pygmalion et Galatée à Tom Boyd et Billie Donelly ………P 23

CHAPITRE II : Pour une étude psychobiographique des personnages.

2.1. Tom Boyd / Guillaume Musso : relation complexe …………P 32


2.2. La symbolique des prénoms ……………………………….....P 37
2.3. L’image de l’auteur à travers ses personnages ………………...P 42

CONCLUSION ……………………………………………………… ..P 50

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES ……………………………..P 54

ANNEXE ……………………………………………………………..... P 60

4
Introduction

« A quoi servent les livres s’ils ne ramènent

Pas vers la vie, s’ils ne parviennent pas à

Nous y faire boire avec plus d’avidité ? »

MILLER, Henry, Lire ou ne pas lire.

5
Dès le commencement de notre recherche scientifique, nous avons
développé un grand intérêt pour la littérature française. Cette littérature a connu
plusieurs courants de pensés à travers les siècles dont les auteurs ont écrit un
nombre important de chefs-d’œuvre. Jusqu'au XXIème siècle, la littérature
française reprend la forme la plus traditionnelle du roman, où les œuvres sont
devenues non conformistes à aucun courant littéraire. La littérature française
contemporaine est marqué par les écritures du moi, et même les romans de
fiction sont écrites à la première personne du singulier [ Je] pour donner force et
vie à l’histoire et aux personnages. Aussi, la réécriture des textes anciens surtout
les mythes gréco-romains sont devenus une tendance. Cette réécriture donne un
aspect antique au texte en liant le mythe à un contexte moderne précis.

Cela nous a donné l’ambition de travailler sur une œuvre qui résume les
caractéristiques de la littérature française de cette époque, alors nous avons choisi
La fille de papier de Guillaume Musso. Ce dernier est un roman fluide dans sa
lecture, il transporte le lecteur dans le monde de la production littéraire où un
auteur rencontre son propre personnage de fiction. En outre, l’auteur a bien
ficelé l’intrigue de son roman avec son style d’écriture assez unique où il met en
œuvre certains points fondateurs de la vie telle que l’amitié, l’amour et la remise
en question de soi.

Guillaume Musso est né en 1974 en Antibes, il est reconnu comme un


écrivain de Best-sellers français, il débute l’écriture d’après son propre expérience
avec la mort imminente suite à un accident de voiture. Cette expérience prend
vie dans son premier roman Et après… Publié en janvier 2004. Puis, il enchaine
avec un nouveau roman à chaque printemps.

En 2010, il publie La fille de papier, son septième roman, sorti chez les XO
Editions. L’histoire raconte la vie d’un jeune écrivain en déprime souffrant du
syndrome de la page blanche, par une nuit de tempête un des personnages
secondaires de sa trilogie La compagnie des anges, Billie Donelly, tombe d’une
6
ligne inachevée chez son créateur Tom Boyd. Au fil des événements, l’auteur et
le personnage vont retrouver le vrai sens de leurs existences.

D’après cela, nous pouvons dire que la relation qui lie l’écrivain Tom Boyd
avec le personnage Billie Donelly est une relation semblable à celle du mythe de
Pygmalion et Galatée d’Ovide. A travers cette réécriture mythique, Musso fait
de ses personnages protagonistes qui enfreignent toutes les règles de la fiction en
offrant à ses lecteurs un amalgame entre le monde réel et celui de la fiction. En
plus, nous avons remarqué une similitude entre la vie et le caractère de l’écrivain
avec ses personnages, c’est-à-dire, Musso met un peu de lui dans chacun de ses
personnages principaux et secondaires en même temps. Pour cela, nous avons
choisi La fille de papier de Guillaume Musso pour réaliser ce travail de recherche
qui se résume sous l’intitulé suivant : Réécriture mythique : personnages
protagonistes entre réalité et fiction dans La fille de papier de Guillaume Musso.

Par la suite, nous essayerons de répondre à la problématique suivante :

De Pygmalion et Galatée à Tom Boyd et Billie Donelly, comment cette


réécriture mythique se manifeste-t-elle à travers le texte de Guillaume Musso ?
Est-ce que les personnages reflètent-ils en partie l’image réelle de l’auteur lui-
même ?

De cette problématique découlent les hypothèses suivantes :

 L’écrivain Tom Boyd et sa création de papier Billie Donelly


incarneraient les deux personnages mythiques de pygmalion et
Galatée.
 Les personnages reflétaient l’ethos de l’auteur Guillaume Musso.

A travers cette recherche, nous avons comme objectif de rendre visible la


présence de la réécriture du mythe de Pygmalion et Galatée. Et par la suite, nous

7
essayerons de prouver que les personnages spécialement Tom Boyd et Billie
Donelly sont créés en grande partie à l’image de l’auteur lui-même.

Pour vérifier nos hypothèses, nous suivrons une méthode analytique, en


se basant sur les approches critiques suivantes : la mythocritique pour prouver
que l’auteur opte pour une réécriture du mythe de Pygmalion et Galatée et aussi
cerner l’impact psychologique et symbolique du mythe sur les personnages.
L’autre approche qui nous servira pour analyser cette œuvre est l’étude
psychobiographique, à la lumière de celle-ci, nous analyserons la psychologie de
l’auteur Musso qui signe un pacte autofictionnelle en attribuant des événements
autobiographiques à Tom Boyd, et en donnant un diminutif de son prénom à
Billie Donelly. Pour cela, nous faisons appel à l’onomastique pour comprendre la
symbolique des prénoms significatif dans notre corpus La fille de papier.

Le plan de notre recherche est composé de deux chapitres. Dans le premier


chapitre intitulé : Réécriture du mythe de Pygmalion et Galatée dans La fille de
papier de Guillaume Musso, il se compose de quatre sections, dont le premier
titre est Guillaume Musso : Un écrivain de Best-sellers : dans celui-ci nous
abordons les techniques d’écriture qui ont fait de cet auteur l’écrivain français le
plus lu de son époque à travers ses différents romans. La deuxième section est
consacré à l’étude de notre corpus La fille de papier entre deux aspects d’écriture
fantastique et réel, tandis que dans la troisième, Pygmalion et Galatée : Histoire
d’un mythe, nous mettons en lumière l’histoire du mythe Ovidien de la
métamorphose avec ses traits psychologiques et artistiques, et dans la dernière
section intitulé : De Pygmalion et Galatée à Tom Boyd et Billie Donelly nous
extrairons et analyserons les mythèmes présents dans notre corpus.

Le deuxième chapitre a pour titre : Pour une étude psychobiographique des


personnages. Ce chapitre est divisé en trois sections. La première section est
pour cerner la dimension autofictive dans le roman Mussolien à travers son
personnage Tom Boyd. Dans la deuxième section, nous partons pour une étude
8
onomastique des deux personnages protagonistes Tom et Billie pour prouver
que ces deux personnages sont le conscient et l’inconscient de l’auteur Musso,
et dans la troisième section intitulée : L’image de l’auteur à travers les
personnages, nous analyserons l’être et le paraître de l’auteur à travers les
personnages principaux et secondaires de La fille de papier.

9
CHAPITRE 01:
Réécriture du mythe de Pygmalion et
Galatée dans La fille de papier

« Le récit n'est plus l'écriture d'une


aventure, mais l'aventure
d'une écriture. »

Jean Ricardeau, Pour une théorie


du nouveau roman.

10
Dans le premier chapitre, nous allons d’abord mettre en évidence le style
d’écriture de l’auteur de Best-sellers Français, Guillaume Musso, puisque les
travaux sur ce dernier sont assez rares. Ensuite, nous traiterons ses techniques
d’écriture non seulement dans notre corpus La fille de papier mais aussi dans
d’autres romans de cet auteur. Ainsi, nous cernerons la dimension fantastique et
réelle dans cette œuvre pour savoir comment l’un des personnages principaux
Billie Donelly fait éruption dans la vie de son créateur Tom Boyd.

De ce dernier point, nous avons forgé notre réflexion qui tourne autour du
mythe de Pygmalion et Galatée, qui relate qu’un sculpteur du nom de Pygmalion
donne vie à une de ses statues « Galatée ». Dans cette partie, nous parlerons de
l’histoire du mythe Ovidien d’une manière plus détaillées. Tout en abordant
l’émergence du mythe de Pygmalion et Galatée et sa relation avec les
personnages protagonistes du roman : Tom Boyd et Billie Donelly.

1.1. Guillaume Musso : écrivain de Best-sellers

Notre corpus s’inscrit dans la littérature contemporaine, dite le Nouveau


Roman qui est apparu dans les années 50 afin de remettre en question le roman
Balzacien traditionnel. Les Nouveaux Romanciers ne suivent plus le déroulement
linéaire des événements, leurs écritures ressemblent plutôt à un puzzle que le
lecteur doit le construire. Les personnages sont désignés par des pronoms
personnels, aussi les indices temporels sont indéterminés et les souvenirs se
mêlent aux rêveries.

L’ambiance dans ce genre est une copie de la réalité, dont l’écrivain ne


véhicule aucun message idéologique à travers le texte littéraire. Mais, il évoque
des textes déjà existés, et fit recourt au phénomène de l’intertextualité, par le

11
biais de citations. Donc, le Nouveau Roman tente de surprendre, provoquer et
bouleverser l’esprit du lecteur pour qu’il adhère au sens du texte.

Notre corpus résume tous ces éléments que nous tenterons de les analyser à
travers le style d’écriture de Guillaume Musso, mais avant d’aborder le style de
cet écrivain, nous le présentons en premier lieu. Guillaume Musso est né en 1974
à la côte d’azur, France. Passionné par la littérature, il commence l’écriture
lorsqu’il était étudiant. A l’âge de 19 ans, il séjourne en New York USA, et il
travaille comme vendeur de crème glacée. De retour en France, il s’inscrit en
licence de sciences économiques, puis il décroche un poste de professeur. Suite à
un accident de voiture, il décide de raconter son expérience avec la mort
imminente à travers un enfant, dans son premier roman Et après publié chez XO
Editions en 2004.

Les romans de Guillaume Musso, sont des romans polars, et à l’eau de rose
où les personnages font face à des événements surnaturels, voire même
fantastiques. Les personnages Mussoliens1 ont souvent des origines modestes mais
des capacités intellectuelles assez élevées, ce qui leur permettent de changer leur
destin, et vivre le succès social dont ils rêvent, cependant, la réputation
professionnelle ne fait pas le bonheur de ses personnages. Alors, ils essayent de
retourner vers leur passé perdu, comme le montre cette phrase extraite de son
roman Je reviens te chercher : « Je crois que tu ne vas pas bien, Ethan. Malgré ta réussite, je
pense que tu n’es pas heureux. »2. La même idée est véhiculée par un extrait de Parce
que je t’aime : « … Sa réussite, son argent, sa voiture de luxe, son appartement à deux
millions de dollars : tout ça, c’était du vent et il le savait. »3. En ce qui concerne les

1
PROUST, Jean Marc, j’ai lu tout Guillaume Musso, in SlateFR, En ligne,
http://www.slate.fr/story/83369/guillaume-musso , consulté le 29/01/2017.
2
MUSSO, Guillaume, Je reviens te chercher, Editions Pocket, Espagne, 2014, p. 113.
3
MUSSO, Guillaume, Parce que je t’aime, p.p. 384, 385, En ligne, https://www.fichier-
pdf.fr/2014/11/29/parce-que-je-t-aime-g-musso-uploaded-by-m-benmoussa/parce-que-je-t-
aime-g-musso-uploaded-by-m-benmoussa.pdf consulté le 12/ 01/ 2017.

12
relations entre les personnages, Musso fait en sorte que c’est le destin qui les a
réuni, « Dés le début, une sorte de fil invisible s’était lié entre eux, comme si le destin avait
voulu en faire des alliés naturels devant les difficulté de la vie »4.

La thématique dominante dans la majorité des romans de Musso est le


retour dans le temps et la seconde chance, ce qu’il est fortement exploité dans Je
reviens te chercher ou Ethan, un jeune psychiatre à succès va essayer de rattraper
toutes les erreurs de sa vie, et de retrouver son assassin en une seule journée qui
va la vivre trois fois de suite. La partie surnaturelle est présente dans le roman au
fur et à mesure de la lecture, puis elle est expliquée d’une manière claire et
rationnelle.

Dans notre corpus, La fille de papier, nous avons remarqué en ce qui


concerne la forme de l’œuvre que l’auteur commence par introduire la vie de son
personnage principal qu’est un écrivain californien Tom Boyd tout en traçant
son chemin vers le succès dans le monde de la littérature, et sa relation avec la
pianiste française Aurore. Cela, est raconté à travers des coupures des journaux
connus mondialement tels qu’USA Today, Gramophone, Las Angeles Times et
Entertainment Today … ainsi que l’insertion de mails envoyés par des lecteurs
fans.
Après un prologue composé d’articles de journaux, tous les trente neuf
chapitres sont débutés par une épigraphe, des citations d’Emily Brontë, de
Friedrich Nietzsche ou de Stefan Zweig… Ce sont les noms des grands auteurs
qui ont inspiré Musso durant sa jeunesse. Aussi, nous avons constaté que l’auteur
utilise plusieurs références de chansons, cite-on celles d’Elvis Presley : Always on
my mind, la célèbre chanson Mexicaine La cucarachas, et celle de Léo Ferré :
Avec le temps… Ainsi que des répliques de films tels que Faight club de Chuck
4
MUSSO, Guillaume, Et après, p. 33, En ligne,
http://jsohn.free.fr/epub/Et%20Apres/Et%20Apres%20-%20Guillaume%20Musso.pdf
consulté le 12 /01/2017.

13
Palahnuik et Pulp Fiction de Quentin Tarantino… L’utilisation de tous ces
intertextes est une simple démarche afin de résumer l’ambiance et exalter le
suspense dans chaque chapitre, ce qui reflète la culture de l’écrivain. Aussi
plusieurs styles d’écriture sont mis en œuvre comme :

- L’écriture en puzzle : le roman est constitué de plusieurs suites


numérotées à côté du nom du lieu et la date où se trouve le
personnage. Tout cela dans un seul chapitre afin que les lecteurs
puissent avoir l’œil sur plusieurs scènes d’action.
- L’écriture en image et la schématisation 5 : afin de simplifier
l’explication des formules, des plans, et des stratégies.
6
- L’imitation du modèle téléphonique des messages et des mails :
l’utilisation des bulles de conversation, et pour les e-mails, l’auteur suit
le modèle proposé par Gmail.
- Le changement fréquent de police d’écriture 7 : si c’est en gras, cela
veut dire que le personnage parle à haute voix, si c’est en italique c’est-
à-dire qu’il s’agit des paroles non prononcées mais pensées par le
personnage.
- La diminution de l’écriture8 : le dernier paragraphe de la dernière page de
La fille de papier laisse chaque lecteur imagine une fin propre à lui, puisque
Musso l’a laissée ouverte.

Le style d’écriture de Guillaume Musso ne se différencie pas trop à


l’écriture de ses contemporains, mais il raconte avec un vocabulaire si simple que
familier une histoire simple, sur des futilités banales de la vie quotidienne qui
peuvent arriver à n’importe qui, n’importe où, et n’importe quand, sauf que le
fantastique est mêlé au réel.
5
Voir Annexe
6
Voir Annexe
7
Voir Annexe
8
Voir annexe
14
En quelques années, Guillaume Musso est devenu l’un des auteurs français
les plus lus de son époque. Son succès est dû à son style, dont l’une des
caractéristiques consiste à mêler les genres littéraires contemporains, en
accordant une place importante au fantastique et au suspense. Il parvient ainsi à
toucher un nombre important de lecteurs qu’il transporte dans un monde où
tout paraît possible. Son écriture est particulièrement dynamique, elle est
également à l’origine de l’engouement du public. Tout est mis en œuvre pour
attirer l’attention de ses lecteurs et les amener avec fluidité, et sans qu’ils se
rendent compte à la fin du roman. Autrement dit, l’écriture Mussolienne est en
train de vivre son âge d’or.

1.2. La fille de papier, roman fantastique ou réel ?

Le roman est un univers vraisemblable où les frontières entre la réalité et la


fiction sont floues. Selon Jacqueline Villani, le roman se définit comme « Une
œuvre en prose d’une certaine longueur où l’on distingue une histoire fictive entre des
personnages, eux même plus ou moins inventés9 ». Parfois le roman est aperçu comme
une passerelle entre les deux univers existant en parallèle. Autrement dit, sans les
enjeux de la fiction, le roman comportant les personnages et les événements, ne
serait qu’un témoignage ou un reportage. Selon Laurent Jenny, le monde fictif ne
peut être pensé du néant, mais il dépond toujours du monde réel.

On remarquera tout d'abord que les univers fictifs sont des


univers secondaires; ils ne sont pas pensables indépendamment
d'un premier monde, réel, sur lequel ils s'appuient (même l'univers
d'un conte de fées comporte beaucoup d'êtres et d'objets existant
dans le monde réel, ainsi que de lois causales lui appartenant: on y
trouve des hommes et des femmes, des châteaux, des chaudrons et
des balais, ainsi que, indépendamment des actes magiques, des
raisonnements et des enchaînements d'effets à partir de causes
matérielles). 10

9
VILLANI, Jacqueline, Le Roman, Editions Belin, Paris, 2004, p. 7.
10
JENNY, Laurent, Méthode et problème, La fiction, En ligne,
https://www.unige.ch/lettres/framo/enseignements/methodes/fiction/fiintegr.html,
consulté le 11 /02/2017.
15
La fille de papier est le septième roman de Guillaume Musso, publié en 2010
chez les XO Editions. Dans cette œuvre, Musso peint une histoire inspirée d’un
film américain de Woody Allen, La rose pourpre du Caire. Après sa rupture avec
la pianiste française Aurore Valancourt, l’écrivain californien Tom Boyd plonge
dans la drogue et les antidépresseurs pour oublier son chagrin. Il ne parvient plus
à continuer l’écriture du dernier volet de sa trilogie La compagnie des Anges. Son
meilleur ami et agent Milo lui apprend qu’ils seront ruinés, et la seule chance qui
leur restait pour sortir de cette crise financière, est de terminer l’écriture du
troisième tome dans les délais proposés par la maison d’édition. Suite à cette
nouvelle, l’auteur a abusé des médicaments en essayant de mettre fin à ses jours.
Billie, l’un des personnages secondaires de cette trilogie tombe de la page 266, où
le roman de la trilogie des anges s’interrompe brusquement sur une ligne
inachevée, lorsque Billie essaye de retenir son amant Jack avant de tomber dans
la réalité, suite à une mal impression de 10 000 exemplaires du deuxième tome.
Fini par croire l’incroyable, Tom explique à Billie qu’il est en panne
d’inspiration. Elle, qui voulait tellement retourner dans son monde de fiction, lui
propose un marché qui consiste à lui rendre Aurore qui se trouve en Mexique
avec son nouveau copain Rafaël Barros. Si elle réussit sa mission, Tom devrait
écrire la suite de son roman et surtout de rendre heureuse la vie de Billie en
l’épousant à Jack. Plus tard, Carole et Milo, se rendront compte du départ de leur
ami. Ils se lancent à sa poursuite. Enfin, réunis, Billie de plus en plus fragile loin
de son monde. Tom est tenu à accomplir sa part du contrat en achevant le
roman et rendant vie à la fille de papier.

Ce qui est bien visible, c’est que La fille da papier est un roman à caractère
fantastique que réel parce que les marques de la fictionnalité sont flagrantes dans
le roman, commençant par le narrateur omniprésent c’est-à-dire un narrateur
homodiégétique qui à l’œil sur tout ce qui se passe autour de lui, c’est le héro du
roman. D’autre part, La fille de papier ne comporte rien d’hors normes, le

16
personnage principal est un être humain, plus précisément un enseignant qui
devient un écrivain, « avant de connaitre le succès, Boyd enseignait la littérature à des
adolescents… »11 (p. 12), et « Tom Boyd est devenu en quelque mois l’un des plus gros Best-
seller de l’année » (p.p. 11-12). Il mène une vie heureuse « l’écrivain a passé trois heurs
… à la recherche de la bague parfaite pour la femme qu’il fréquente… » (p22). Il a des amis
« … à part Carole, Milo je n’avait jamais eu qu’un ami en ce monde et qu’il était résolu à
tout tenter pour lui faire oublier son chagrin et lui redonner le goût de la vie » (p 38), qui fini
par bousculer « Aurore Valancourt et Tom Boyd la fin d’histoire d’amour » (p 24). Et
des soucis aussi. Après la rupture, l’écrivain ne trouve aucune motivation pour
vivre « … aujourd’hui, j’ai perdu le gout de tout : des gens, des livres, de la musique et même
des rayons du soleil qui se couchait sur l’océan » (p 83).

Le roman devient fictif voire même fantastique, car Tzvetan Todorov dans
son ouvrage Introduction à la littérature fantastique, définit le fantastique comme
suit :
Le fantastique, c’est l’hésitation éprouvée par un être qui ne connait pas
les lois naturelles face à un événement à apparence surnaturel.
" J’en vins à croire" : voilà la formule qui résume l’esprit du
fantastique. A la fois absolue comme l’incrédulité totale nous
mèneraient hors du fantastique, c’est l’hésitation qui lui donne vie.12

Alors, la littérature fantastique est caractérisée par l’émergence du


surnaturel dans le réel, les événements énigmatiques s’enchaînent et il est difficile
d’affirmer s’il s’agit d’un fait naturel ou surnaturel. De cela, l’éruption d’un
personnage dans la vie d’un écrivain n’est pas un fait très répondu dans le
quotidien des auteurs, ce qui a poussé le protagoniste Tom Boyd à se demander
s’il s’agit d’une hallucination ou juste une admiration obsessionnelle « c’est moi
Billie… Billie Donelly, précisa-t-elle » (p.p. 90-91).

11
MUSSO, Guillaume, La fille de papier, Éditions Pocket, Espagne, 2013, p. 12.
12
TODOROV, Tzvetan, Introduction à la littérature fantastique, En ligne, https://www.etudes-
litteraires.com/figures-de-style/fantastique.php consulté le 10/02/2017.

17
Marqué par la situation aussi étonnante que véridique, l’auteur explique « Je
restai plusieurs secondes immobiles, sans vraiment comprendre le sens des ses paroles. Billie
Donelly était un personnage secondaire de mes romans. » (p 91). Aussi, pour rendre la
sortie de Billie du roman plus convaincante, il compare le personnage à l’être qui
tient devant lui « De Billie, elle avait l’allure élancée, dynamisme et sensuelle, la frimousse
lumineuse, le visage un peu anguleux piqué de discrètes taches de rousseur. » (p 91).

Dans le passage ci-dessous, le personnage narrateur nous confirme l’identité


de Billie qui n’admet pas toujours son irruption dans la réalité malgré les
remembrances physiques et psychiques frappantes. Par ailleurs, Musso explique
l’entrée du personnage dans la vie de l’écrivain par une simple faute
d’impression.
[…]
_ Parce que je suis tombée.
_ Tombée d’où ?
_ Tombée d’un livre. Tombée de votre histoire, quoi !
[…]
_ Je suis tombée d’une ligne, au milieu d’une phrase inachevée,
ajouta-t-elle en désignant sur la table, pour ne convaincre […]
Elle m’apporta l’exemplaire qu’elle ouvrit page 266[…] où
l’histoire s’arrêta brutalement :
Billie essuya ses yeux noircis pas des coulées de mascara […]
_ Je t’en supplie ! hurla-t-elle en tombant
_ Vous voyez, c’st écrit : « hurla-t-elle en tombant ». Et c’est
chez vous que je suis tombée. (p 94).

Ensuite, le personnage Billie se plaint de vivre dans un monde fictif qu’elle


juge fade et ennuyeux comparé au monde réel « Dans la vraie vie, tout a plus de goût
et de chair... Le monde de la fiction est tellement terne...Vous êtes peut-être très fort pour
raconter une histoire, pour peindre les émotions, les douleurs, les emballements du cœur, mais
vous ne savez pas décrire ce qui fait le sel de la vie : les saveurs. » (p. 249). Également, la
dimension fantastique ne s’achève pas dans le simple fait qu’un personnage
tombe d’une ligne inachevée, mais suite à la destruction des exemplaires
entamés, l’existence de cette dernière ne dépend plus d’un roman.

18
_ [...] Je n’ai pas voulu te croire, Tom, à propos de cette histoire
d’héroïne de roman tombé d’un livre, mais je suis bien oblige de
me rendre a l’évidence : ta copine est entrai de devenir un
personnage de papier
[…]
_ le monde de la fiction est en train de reprendre ses droits, lança
t’il en conclusion. (p 374).

Pour cela, l’écrivain est appelé à sauver sa propre création, en écrivant le


dernier tome de la trilogie des anges, et de sauver soi-même de la crise financière
causée par son ami. Seul un livre peut rendre l’équilibre dans leurs vies.
_ Il faut que j’écrive le troisième tome de nom roman pour
renvoyer Billie dans le monde de l’imaginaire.
_ Le monde réel est celui dans lequel nous vivons…
_ A l’opposé, le monde imaginaire est celui de la fiction et de la
rêverie. Il reflète la subjectivité de chaque lecteur. C’est la
qu’évoluait Billie…
_ … qi créé le monde imaginaire ?
_ … l’écrivain
_ ... je ne fait que la moitié de travail
_ Et qui fait l’autre moitié ?
_ Le lecteur … (p. 390-392)

Dans le passage ci-dessus, l’auteur n’aborde pas l’importance de l’écriture


du troisième tome pour redonner vie à son personnage, mais aussi il aborde le
rôle primordial du lecteur et la subjectivité qui permet au monde fictif de prendre
son sens entier.

D’un point de vue critique, à travers le fantastique, l’écrivain cherche à


démontrer la place importante qu’occupe le lecteur à côté de l’auteur. Le lecteur
et l’écrivain participent, tous deux dans la création du texte littéraire. L’auteur
encode et polit son texte, mais le message ne prend sa forme initiale qu’à
travers la réception de l’œuvre par le lecteur qui la décode afin de donner vie aux
personnages, aux lieux et aux événements par l’éclat de l’imagination.

19
Donc, à travers ce roman, la fiction a une statue d’alternative vitale à la
réalité que mènent les personnages, car la fiction est aperçue comme une
échappatoire du quotidien et aussi elle est vue comme un moyen de sauvetage
pour venir en aide aux personnages en danger. Commençant premièrement par
Tom Boyd qui a commencé l’écriture de l’histoire des anges afin de sauver son
amie Carole de son malaise « je ne savais pas quoi faire pour l’aider… je lui ai inventé
une histoire sans fin qui suivait l’itinéraire de Dalilah… et de Raphael, un ange gradin qui
veillait sur elle depuis son enfance…Elle disait que cette fiction lui servait de bouclier pour
affronter les épreuves de sa vie. » (p.288). Deuxièmement, quelques années plus tard,
la même fiction a fait de Tom un écrivain célèbre. Puis après sa dépression,
Milo fait en sorte qu’un personnage de cette même fiction, Billie, surgit du
roman pour sauver son ami Tom.

1.3. Pygmalion et Galatée : Histoire d’un mythe :

La définition moderne du mythe est l’équivalent de fable, puisque les deux


véhiculent une moralité et des valeurs humanistes. Le mythe puise ses origines
dans un système de croyances bien précis. Le mythe se trouve dans toutes les
civilisations antiques, Egyptienne, Gréco-romaine et Chinoise. Il donne des
explications aux phénomènes souvent inexplicables, il répond aux questions qui
tourmentent l’homme sur son entourage depuis l’existence. Ainsi, il établit
l’harmonie dans la relation entre les éléments de la vie naturelle et la vie sociale
de l’homme.

Les mythes basés sur des héros, sont les plus célèbres dans la mythologie
grecque, parce qu’ils véhiculent une image de l’individu qui s’applique à
découvrir les capacités qui somnolent en lui. Ces capacités lui permettent
d’affirmer sa personnalité et de sortir avec une instruction de morale. Grosso
modo, cela se récapitule dans les propos de l’historien et l’anthropologue
français, Jean-Pierre VERNANT

20
Le mythe est un récit traditionnel assez important pour avoir été
conservé et transmis de génération en génération à une autre au
sein d’une culture et qui relate des actions de héros ou d’être
légendaires dont la geste se situe dans un autre temps que le
nôtre13.

Issu de l’œuvre d’OVIDE, 43 AP. J.C – 18 AV. J. C, Les métamorphoses est un


long poème épique latin composé de quinze livres de douze mille vers. Ils
regroupent des légendes gréco-latines, en présentant les métamorphoses des
dieux et les mortels de la mythologie. La métamorphose Pygmalion figure dans le
dixième livre, à côté de plusieurs mythes tels que Orphée, le mythe d’Eurydice,
Myrrha et Atalante. Ovide raconte dans cette œuvre environ 250 fables, depuis
le Chaos originel jusqu'à l'apothéose d'Auguste César.

Le mythe de Pygmalion et Galatée est étroitement lié au mythe de Vénus.


Ovide commence le dixième livre des métamorphoses par l’histoire de Vénus.
Après la naissance de la déesse, elle était porté sur des eaux jusqu’à l’île de
Chypre, où elle passe toute sa jeunesse. La majorité des habitants de cette île
étaient des femmes. Malgré la légende, les habitants refusent de célébrer le jour
de la déesse Vénus comme il se doit, alors elle décide de les punir en faisant
d’elles des propétides. Par contre, dans cette île vivait un homme pieux :
Pygmalion.

Pygmalion, misogyne et révolté contre les femmes de l’île de Chypre, il


choisit alors de vivre célibataire. Cependant, grâce à son talant, il sculpte dans
l’ivoire si pure que la neige une femme qu’aucune créature égale à sa beauté. Il en
tomba éperdument amoureux de l’œuvre de ses mains. Elle était vierge,
contrairement aux femmes cannibales de Chypre. Elle était toute réelle, on dirait
vivante, seule la pudeur l’empêcher de bouger.

VERNANT, Jean-Pierre, Frontières du mythe, dans mythes grecs au figuré de l’antiquité, Editions
13

Gallimard, Paris, 1996, p. 25.


21
Pygmalion se mit à adorer sa statue, mais l’amour a dû faire une raison, et
pygmalion sait que sa bien-aimée était faite d’ivoire et dénudée de sentiments.
Triste de son sort, il se rendit au temple de Vénus, le jour de sa célébration, il y
porte des offrandes et il fit à la déesse des prières pour qu’elle lui envoie une
épouse semblable à sa statue. Vénus présente à la fête mais invisible aux
mortelles écoutait les supplies de Pygmalion. Dès qu’il retourna chez lui,
Pygmalion toucha la statue et soudan, il sentit que la froideur de l’ivoire a cédé la
place à une chaire humaine. La statue ouvra les yeux et découvrit le ciel au
même temps le visage de son amant.

Ce mythe, aussi ancien que fondateur, passionne les artistes peintres,


sculpteurs et littéraires à travers les siècles. Dès le XVIII e siècle, après que le
philosophe français Jean-Jacques Rousseau a nommé la statue d’ivoire
« Galatée » dans une pièce lyrique en un seul acte en 1762. Les réécritures du
mythe de Pygmalion et Galatée se succèdent l’une après l’autre dans tous les
domaines artistiques : en sculpture par Falconet en 1763, en peinture par
Lagrenée en 1781, et par Bernard Shaw en 1914, qui fut adapté non seulement au
théâtre et à la comédie musicale mais même au cinéma.

Pour parvenir à expliquer le succès de ce mythe ovidien, le seul qui a une


fin heureuse dans Les métamorphoses, nous commençons par faire la relation entre
sculpteur et statue autrement dit Pygmalion et Galatée.

Capitulant, le personnage mythique n’a pas pu aimé aucune des femmes de


l’île, jugées charnelles. Alors, il créa une statue, symbole de la pureté à ses yeux,
en lui attribuant ce qui lui juge parfait. Et il en est amoureux. Le fait de créer se
réduit à une manifestation narcissique, puis que l’art se définit par « l’expression de
ce qu’il y a de plus intime en soi »14. Précisément, la sculpture représente chez la
civilisation grecque antique, l’art le plus proche à la réalité et qui a atteint ses
14
Note de lecture.
22
perfections dans cette époque. Ainsi, grâce à Vénus, Pygmalion a réussi ce que
tous les artistes rêvent de réussir : donner vie à leurs œuvres. Ce mythe les
inspirent parce qu’il aborde les désirs profonds de chaque artiste, de rendre leur
création aussi parfaite que réelle.

Dans La fille de papier, la métamorphose est omniprésente non seulement


dans le déroulement de l’histoire qui dévoile une similarité entre le Mythe de
Pygmalion le jeune sculpteur qui donne vie à une de ses statue de marbre,
Galatée et Tom Boyd, un écrivain qui voit sa création de papier tomber chez lui.
Aussi, Musso compare la relation de Tom Boyd avec son personnage Billie
Donelly aux acteurs principaux de la pièce de théâtre de George Bernard Shaw
« J’étais Henry Higgins, elle était Eliza Doolittele. » (p. 457), puis l’auteur confirme
cette ressemblance en citant en bas de page qu’il s’agit de la pièce de Pygmalion
« 1. Les deux personnages principaux de la pièce Pygmalion de George Bernard Shaw. » (p.
457). À partir de ces deux derniers passages, nous allons extraire les mythèmes
présents dans notre corpus La fille de papier pour prouver la présence d’une
réécriture mythique de Pygmalion et Galatée.

1.4. De Pygmalion et Galatée à Tom Boyd et Billie Donelly

Les liens entre le mythe et le texte littéraire sont nombreux et étroits. Ils
font l’objet d’un nombre considérable d’études non seulement en littérature mais
aussi en psychologie, psychanalyse et en sociologie. Gilbert Durand considère
« la littérature, et spécialement le récit romanesque, comme un département du mythe. »15

A la lumière des mythes les plus connus de la mythologie grecque : Œdipe,


Ulysse, Orphée, et le mythe du Minotaure… Cet héritage antique inspire jusqu'à
nos jours les auteurs contemporains. Le mythe enferme en lui une vérité

15
DURAND, Gilbert, Le décor mythique de la chartreuse de Parme, Editions Corti, Paris, 1961, p.
12.
23
profonde, cachée et inépuisable. C’est un récit imagé et signifiant. Son
omniprésence dans les textes littéraires, n’est pas un acte nostalgique de retour
vers les anciens, mais ses réécritures puisent de cette source pour extraire leurs
décharges morales et symboliques, que les écrivains l’interprètent de multiples
manières. En outre, aucun texte n’est vierge. Tout texte littéraire comporte d’une
façon ou d’une autre les marques d’un autre texte. Alors, il ne s’agit plus d’écrire
mais de réécrire avec un brin d’imagination de l’auteur.

Cependant, l’analyse du mythe impose une approche critique, la


mythocritique, une discipline qui explore le mythe selon ses diverses
perspectives. Cette approche développée par Gilbert Durand, consiste selon lui à
« Déceler derrière le récit qui est un texte, oral ou écrit, un noyau mythologique, ou mieux un
patron (pattern) mythique »16. Pour forger cette nouvelle approche dans les années
50, G. Durand s’est basé sur les travaux de Charles Mauron sur la psychocritique
qui l’utilise pour expliciter la psyché de l’écrivain à travers l’œuvre littéraire, tout
comme la mythocritique qui consiste à analyser la psychologie de l’auteur sous
l’angle du mythe.

Donc, ce que nous sommes appelées à faire est d’extraire les mythèmes
que comporte La fille de papier. En général, les mythèmes sont les structures qui
permettent d’identifier le mythe exploité explicitement dans un texte, et surtout
d’extraire la signification et la représentation du mythe. Claude Lévi Strauss
définit les mythèmes comme suit « le regroupement des unités constitutives en « paquets
de relations », qui aboutit à des systèmes d’opposition binaires parfaits, est effectué de manière
tout à fait arbitraire. Une multitude d’autres « grosses unités constitutives » seraient tout aussi
justifiées que celles trouvées par l’anthropologue pour le mythe traiter.»17. Autrement dit, les

16
DURAND, Gilbert, Introduction à la mythologie, Mythe et société, Edition Albin Michel, Paris,
1996, p.184.
17
LEVI STARAUSS, Claude, Apports et apories de la méthode structuraliste : la notion de mythème, En
ligne,http://theses.univlyon2.fr/documents/getpart.php?id=lyon2.2010.fernandez_c&part=3
67888 consulté le 21/02/2017.
24
mythèmes sont les expressions qui correspondent parfaitement aux expressions
qui résument l’enchaînement et les étapes du récit mythique original.

En suivant le cheminement du mythe, Pygmalion, misogyne vers les


femmes de l’ile de Chypre, car elles étaient des propétides c’est-à-dire elles
sacrifient et dévorent les hommes. Ainsi est le caractère du personnage Aurore,
la pianiste française de 31 ans, qui vit le jour sans se soucier du lendemain et
multiplie ses relations amoureuses « … ses caprices de diva… son caractère entier se
manifeste jusque dans sa vie privé, [elle] proclame ne rien attendre de l’attachement amoureux
et adopte un carpe diem qui lui fait multiplier les conquêtes. » (P. 15). Un autre passage
montre que le personnage Aurore représente les propétides, cherchant que leur
plaisir personnel « profitant de son physique avantageux elle pose pour plusieurs magasines
de mode (des clichés glamour pour vanity fair, d’autre plus dénudés pour sports Illustrated… »
(P. 14).

Contrairement à Pygmalion, Tom Boyd ne choisit pas le célibat mais de


vivre avec cette femme « Aurore et Tom en amoureux au concert des king of leon… la
pianiste Aurore Valancout et l’écrivain Tom Boyd avaient l’air d’être plus proches. » (P. 20).
Au lieu de le sacrifier comme dans le mythe, elle le quitte pour quelqu’un d’autre
« La célèbre pianiste, qui vivait depuis plusieurs mois une belle histoire d’amour avec l’écrivain
Tom Boyd, a été aperçue la semaine dernière en compagnie de James Buglairi.» (P.24).
Cependant, elle ne dévore pas la chaire humaine mais l’âme de ses amants. Après
avoir quitté Tom, ce dernier, sombre dans la dépression et perd tout sens de vie,
A l’inverse, du personnage mythique Pygmalion qui s’est révolté dès le début
contre les propétides.

D’une part, tout comme dans le mythe Galatée, la statue d’ivoire, prend vie
pour rendre à pygmalion la confiance qui la perdue vis-à-vis aux femmes, le
personnage de papier Billie a fait irruption dans la vie de son créateur pour lui

25
rendre sens à sa vie, « je compris tout de suite que les sentiments que j’éprouvais pour Billie
m’avait libéré de ma malédiction. En faisant reprendre pied dans la réalité, elle avait réussi à
retrouver la clé du cadenas qui verrouillait mon esprit » (p.431).

D’autre part, la réécriture du mythe prend de plus en plus forme quand les
deux personnages de Musso qui incarnent le mythe Ovidien tombent amoureux
l’un de l’autre « … j’étais désormais amoureux [de Billie]… » (p. 461). Et « un mince
filet la voix [de Billie] me murmure un fragile “je t’aime” … » (p. 564). Dans le mythe
ovidien, la déesse de l’amour Vénus donne vie à la statue Galatée, suite aux
prières de Pygmalion. Ce récit de Musso est écrit dans une époque
contemporaine, où les événements fantastiques ont tous une explication
rationnelle. Pour que ce texte soit adapté à la réalité de nos jours, Musso fait de
Billie, la fille de papier, une actrice de second choix « Billie [était] une simple
actrice… » (p. 578), qui joue une mascarade proposée par Milo l’agent de Tom
Boyd « je lui ai proposé 15 000 dollars, finit Milo par avouer. Quinze mille dollars pour
jouer le rôle de Billie, mais pas dans un film. Dans ta vie. » (p. 577)

En plus, pour prouver la réécriture du mythe de Pygmalion et Galatée,


« J’étais Henry Higgins, elle était Eliza Doolittele.» (p. 457), les deux noms que cite
l’auteur renvoient aux deux personnages principaux qui incarnent les rôles de
Pygmalion et Galatée dans la pièce théâtrale de George Bernard Shaw. En les
comparant à ces deux derniers, Musso assume que ses personnages protagonistes
Tom Boyd et Billie Donelly incarnent respectivement Pygmalion et Galatée.

Par la suite, dans le mythe de Pygmalion, il y a un passage du fantasme à la


réalité. Pygmalion rejette toute relation conjugale en se délivrant au célibat, mais
il n’a pas pu empêcher son instinct et son désir refoulé de se manifester, sous
forme d’une statue d’ivoire, qui est une matière blanche et pure comme du lait. Il
lui a attribué tous les caractères qu’il désire dans une femme « il réussit à sculpter

26
dans l’ivoire blanc comme la neige un corps de femme d’une beauté telle que la nature ne peut en
créer de semblable. […] On aurait dit que cette femme était vivante et que seule la pudeur la
retenait de bouger »18. Après, le sculpteur passe de la création à l’idéalisation de la
statue. L’idéalisation est de « projetée sur la réalité laide la beauté d'une représentation
interne »19, or Pygmalion ne pouvait voir la beauté féminine qu’à travers sa
création, l’idéalisation est étroitement liée au refus de la réalité qui signifie le
manque. Alors, accepter la réalité c’est aussi accepter le manque.

En observant le découlement du mythe, Galatée n’a aucune existence


propre. Elle se contente d’être un objet idéal qui assume les désirs de son
créateur, même après que Venus lui a donné vie. Ovide ne cite aucune parole ou
geste commis par Galatée, il n’a même pas pris la peine de la nommer dans son
texte. Ce qui passionne Pygmalion est de créer un semblable de lui-même parfait.

Dans La fille de papier, Musso soulève la problématique de l’art d’écriture, il


peint en premier lieu, la décadence d’un auteur de best-sellers incapable de
produire un texte. Il mit en évidence la nature hypothétique d’un art instable, où
il fallait un événement personnel pour que cet art dépare entre les mains de
l’écrivain « Et la réalité était là : ma peine était toujours aussi lourde et je n’avais plus écrit
une ligne depuis un an. Mon cerveau était figé. Les mots m’avaient fui, l’envie m’avait déserté,
mon imagination s’était tarie. » (p.53). La citation ci-dessous explique que
contrairement aux écrivains qui utilisent des substantifs pour trouver
l’inspiration, pour lui l’écriture était de l’ordre de la nature

Je n’avais jamais eu besoin d’excitants pour écrire [...] lorsque


j’étais lancé, plus rien ne comptait :

18
OVIDE, Les métamorphose, Livre X, traduction de Georges Lafaye adaptée par Stanislaw Eon
du Val, En ligne, http://www.lelivrescolaire.fr/#!manuel/70/francais-6e/chapitre/1047/les-
metamorphoses-d-ovide/page/695026/pygmalion-et-galatee/lecon consulté le 24/12/2016.
19
COMELIU, Irimia, Le passé de l’idéalisation, une interprétation du mythe de Pygmalion, En ligne,
http://www.arches.ro/revue/no01/no1art8.htm, consulté le 25/01/2017.
27
Je vivais ailleurs, en transe, dans un état hypnotique prolongé.
Pendant ces périodes bénies, l’écriture était une drogue, plus
euphorique que la plus pure des cokes, plus délectable que la
plus folle des ivresses. Mais à présent, tout ça était loin. Très
loin. J’avais renoncé à l’écriture et l’écriture ne voulait plus de
moi. (p.232)

Aussi, nous remarquons que l’écrivain donnait des caractères personnifiés à


l’écriture « les mots m’avaient fui » (p.53), ou encore « l’écriture ne voulait plus de moi »
(p.232). De cela, nous pouvons déduire que son chagrin n’est pas dû à la perte
d’une femme mais à son art qui est l’écriture.

Dans notre corpus, l’écriture n’est pas perçue comme un simple travail ou
une passion, elle se mêle avec l’existence de l’écrivain. C’est justement ce que
Tom a essayé de faire comprendre à son ami Milo en lui disant « Ecrire un livre, ce
n’est pas comme fabriquer une voiture ou des barils de lessive… »  (p. 71). Mais ce dernier
continue d’insister pour que Tom retrouve le goût de l’écriture car, pour lui, c’est
l’équivalent de retrouver le goût de vivre « … Le travail, c’est le meilleur des
médicaments. Et puis, écrire, c’est ta vie. C’est LA solution pour te sortir de cette
torpeur ! » (p. 65). Alors, rien ne pourrait rendre à Tom l’envie de l’écriture. Mais,
lorsqu’il se rend compte qu’il est amoureux de Billie, son personnage, et qu’elle
va mourir s’il n’écrit pas son troisième volet, il retrouve l’inspiration. En effet, il
explique à Milo que Billie est « … en train de dépérir dans un environnement qui n’est
pas le sien… » (p. 391),  et qu’il faut « la renvoyer dans la monde de la fiction en écrivant
le troisième tome de mon livre. C’est sa porte de sortie du monde réel. » (p. 392). Autrement
dit, renoncer à l’écriture provoque la mort du personnage, c’est cette évocation
symbolique de l’impact de l’écriture sur l’écrivain que Musso exploite dans cette
œuvre.

28
En se basant sur le mythe de Pygmalion et Galatée, nous pouvons conclure
que le personnage de papier n’est qu’une autre facette de l’écrivain, qui est prêt à
tout pour lui redonner vie, et même de retrouver son désir perdu pour écrire.
Alors, Tom comme Pygmalion, ils ne pouvaient se laisser prendre par le désir et
les fantasmes, ils construisent une autre image d’eux-mêmes pour combler le
manque causé par la réalité en créant un état conflictuel où tout chagrin serait
absent.

Le mythe de Pygmalion n’est point un fait d’hasard dans La fille de papier,


mais c’est une stratégie d’écriture, un euphémisme qui a permis au personnage-
narrateur non seulement de recommencer sa vie à zéro, mais aussi à retrouver sa
raison de vivre qui est l’écriture. Autrement dit, à travers la réécriture du mythe
de Pygmalion et Galatée, l’auteur fait face à ses peurs, comme tous les écrivains :
se réveiller un jour sans pouvoir écrire un mot. Donc, le mythe représente une
perspective qui ne doit pas être négligée. Comme Galatée est sculptée à l’image
de tout ce qu’est pure pour Pygmalion, Billie symbolise une muse sortie de
l’inconscient de son créateur, c’est-à-dire le personnage Billie n’est qu’un reflet
de l’auteur.

En outre, puisque l’art de sculpter représente chez les grecques antiques la


projection de soi-même le plus intime, alors à travers le personnage de Billie,
l’auteur fait face à son image, qui lui est venu en secours lors du besoin. Ainsi,
nous remarquons que Billie est le catalyseur de l’action, et elle impose ses idées et
ses décisions à Tom le personnage-narrateur. Aussi, l’écrivain de cette fiction,
Musso a lui-même avoué dans une interview publiée en ligne « De tous les
personnages que j’ai pu créer depuis dix ans, Billie est mon préféré… J’ai hâte que les lecteurs
découvrent le personnage principal dont je suis tombé amoureux en cours d’écriture : cette
fameuse Billie qui me manque tant depuis que j’ai achevé l’écriture de ses aventures… »20. À

20
MUSSO, Guillaume, Interview à propos de La fille de papier, Avril 2010, En ligne,
http://www.guillaumemusso.com/roman/la-fille-de-papier/ , consulté le 28/02/0217.

29
partir de cela, nous constatons que le personnage-narrateur Tom n’est que
l’écrivain lui-même Guillaume Musso, et le mythe de Pygmalion et Galatée
symbolise que la relation de Tom Boyd et Billy Donelly, mais celle aussi de
Musso et son image idéale de femme que Billie incarne.

30
CHAPITRE 02 :
Pour une étude psychobiographique des
personnages :

« Je n’ai jamais parlé

d’autre chose que de moi. »

A. Robbe-Grillet, Le miroir qui


revient.

31
Dans cette seconde partie de notre recherche qui est consacrée à
l’autofiction, nous essaierons de prouver que dans notre corpus La fille de papier il
y a une étroite relation entre l’écrivain Guillaume Musso, le personnage principal
Tom Boyd et la voix narrative qui est homodiégétique. Aussi, puisque le nom
propre dans le roman est trop significatif, nous tenterons de faire une étude
onomastique des noms des personnages, spécifiquement le prénom Billie. Après
nous analyserons l’image de l’auteur qui est éparpillée entre les personnages
principaux de notre corpus.

2.1. Tom Boyd / Guillaume Musso : relation complexe

Les écritures du moi ou la littérature intime est le genre qui regroupe les
récits racontés dans la plupart du temps à la première personne du singulier,
comme il est courant dans les correspondances, le récit de voyage, le journal
intime, les mémoires, les confessions, la biographie et l’autobiographie. En effet,
ce genre a vu le jour en 397- 401 avec Les confessions de Saint Augustin, en
racontant sa quête vers la foi, et en 1782 en France avec Les confessions de Jean-
Jacques Rousseau.

Depuis longtemps, le terme autobiographie a été victime de la biographie.


La distinction entre les deux notions est claire. La biographie est le fait qu’un
auteur raconte la vie de quelqu’un d’autre, souvent un homme politique ou une
célébrité à la troisième personne du singulier, par exemple : Chateaubriand par
André Maurois. La biographie est objective et cherche à reproduire l’authenticité
des événements historiques. Tandis que l’autobiographie est le fait de raconter
subjectivement avec la première personne de singulier [Je] son propre vécu,
souvenirs, et mémoires. Le mot autobiographie puise ses racines du grecque, il
est formé de trois parties : Graphien veut dire écriture, Bios est vie et autos veut
dire soi-même. Selon Philippe Lejeune « une autobiographie est un récit rétrospectif en
prose qu’une personne réelle fait de sa propre existence, lorsqu’elle met l’accent sur sa vie

32
individuelle, en particulier sur l’histoire de sa personnalité »21. Par ailleurs, le mot
rétrospectif est illustre, l’autobiographie est un genre qui s’écrit dans un âge avancé
de la vie de l’écrivain, dans l’acte de la remémoration et la justification des
actions passées. Aussi, selon Philippe Lejeune « pour qu’il y ait autobiographie (et plus
généralement littérature intime), il faut qu’il y ait identité de l’auteur, narrateur et du
personnage »22, cette identité doit être marquée par l’utilisation de la première
personne du singulier, par contre Lejeune accepte l’identité du personnage et du
narrateur sans que le [Je] soit employé. Alors, il faut hiérarchiser ce genre par
rapport au nom propre, car chaque énoncé écrit dans le texte autobiographique
est primordialement pris en charge par le nom de la personne qui figure sur la
couverture.

L’autobiographie est une confession, une action de dénudement


psychologique de la personnalité, un dévoilement de l’intime intérieur et des
événements du passé de l’existence d’une personne ou d’un écrivain plus
précisément en respectant le pacte de la sincérité autobiographique. Autrement
dit, l’écrivain signe un pacte, un genre de contrat, explicite ou implicite, avec le
lecteur qui le mis dans l’obligation de se montrer tel qu’il est sans embellir ou
enjoliver la vérité, « car une autobiographie, ce n’est pas quand quelqu’un dit la vérité sur sa
vie, mais quand il dit qu’il la dit »23, mais cela n’empêche pas que l’auteur tombe face
à des obstacles tels que l’oubli, les failles et l’insuffisance de la mémoire, pour
cela des écrivains font recours à l’autofiction.

La notion d’autofiction est apparue pour la première fois sur la quatrième


de couverture d’un roman du critique littéraire et romancier Serge
Doubrovsky intitulé : Fils en 1977. L’invention de ce néologisme est due à une
réaction de Doubrovsky face aux travaux de Philippe Lejeune dans Pacte
autobiographique. Dans ce dernier, Lejeune a proposé un tableau de classification

21
LEJEUNE, Philippe, Le pacte autobiographique, Edition du Seuil, Paris, 1975, p.14.
22
Ibid. p. 15.
23
LEJEUNE, Philippe, Pour l’autobiographie, Editions du Seuil, Paris, 1997, p. 234.
33
des écritures du moi selon deux critères : l’identité de l’auteur, le narrateur et le
personnage, et l’indication générique : pacte autobiographie ou pacte
romanesque. Ph. Lejeune a tout récapitulé dans ce tableau en laissant deux cases
vides. Doubrovsky qui était en train de rédiger son roman Fils a décidé de
remplir une des cases laissées par Lejeune, ce qu’il a écrit dans une lettre du 17
octobre 1977 publiée dans l’ouvrage de Moi aussi par Philippe Lejeune « …J’ai
voulu très profondément remplir cette case que votre analyse laissait vide, et c’est un véritable
désir qui à soudain lié votre texte critique à ce que je suis entrain d’écrire. »24. Évidement,
Fils est une œuvre dont le personnage principal porte le nom de l’auteur Serge
Doubrovsky, mais cela ne lui a pas empêché de signer un pacte romanesque
avec l’indication générique cité dans la première de couverture en créant un pacte
oxymoronique voire un pacte paradoxal.

La première définition de l’autofiction a été proposée par son générateur


«Fiction, d'événements et de faits strictement réels. Si l'on veut, autofiction, d'avoir confié le
langage d'une aventure à l'aventure d'un langage en liberté. »25 Autrement dit, l’autofiction
est une technique narrative qui consiste à évoquer des souvenirs vécus
réellement par l’auteur puis les insérer dans un contexte d’événements fictifs ou
imaginaires, là où l’auteur peut négliger le pacte de sincérité imposé par
l’autobiographie ou faire l’économie des souvenirs, ou même changer les noms
de certains personnages et des lieux. Jacques Lecarme identifie deux sens de la
notion : « l’autofiction au sens strict du terme (les faits sur lesquels porte le récit sont réels,
mais la technique narrative et le récit s’inspirent de la fiction) et l’autofiction au sens élargi, un
mélange de souvenirs et d’imaginaire »26. Ainsi en appliquant cela sur notre corpus, il
ne faut pas négliger le côté fantastique du roman, car le fait que le personnage
Tom Boyd a qui l’auteur a attribué les traits autobiographiques est confronté à

24
LEJEUNE, Philippe, Moi aussi, Editions de Seuil, Paris, 1986, p. 63 cité par BOUHADID
Nadia, En ligne, http://www.memoireonline.com/08/08/1448/m_aventure-scripturale-
coeur-autofiction-kiffe-kiffe-demain-faiza-guene12.html consulté le 21/03 /2017.
25
DOUBROVSKY, Serge, Fils, Editions Galilée, Paris, 1977, quatrième de couverture.
26
LECARME, Jacques, L’autofiction, un Mouvais genre ? In Le dictionnaire du Sens agent, En ligne,
http://dictionnaire.sensagent.leparisien.fr/Autofiction/fr-fr/ consulté le 21/03 / 2017.
34
des événements imprévus et extraordinaires qui envahissent sa banalité
quotidienne, ce qui fait de cette autobiographie une autofiction à caractère
fantastique.

Dans notre corpus La fille de papier, l’auteur Guillaume Musso signe un


pacte romanesque où la fiction règne premièrement par l’indication générique
sur la couverture du roman, puis par le contenu de l’histoire, c’est un vrai
amalgame entre réalité et fiction. A vrai dire, nous avons constaté que l’auteur
Musso glisse quelques traits de sa propre vie dans les propos du premier
personnage protagoniste Tom Boyd qui est lui-même un écrivain de best-sellers
« … Tom Boyd est devenu en quelques mois l’un des plus gros best-sellers de l’année. » (P.p.
11.12). En ce qui concerne Musso, après avoir publié son premier roman Et
après, il est devenu auteur de 13 autres best-sellers.

Parallèlement, fasciné par le voyage et surtout aux Etats Unis d’Amérique


depuis sa jeunesse, Musso construit tous le décor de son roman sur des paysages
californiens, ainsi que des paysages Mexicains et Parisiens. D’après nos
recherches sur le site Google de localisation Google Map’s, nous avons
découvert que tous les lieux cité dans La fille de papier, sans exception, renvoient
à une référence géographique qui existe réellement. Ces lieux sont décrits
minutieusement par l’auteur pour qu’ils prennent vie dans l’imagination du
lecteur.

Ensuite, en se servant de ses propres expériences, Musso fait de son amour


pour la bibliothèque et de ses genres préférés en littératures, en musique et en
art ceux de son personnage Tom, mais aussi de son métier et même de son âge.
Dans sa biographie publiée sur son site personnel, il avoue qu’il « [passait] une
bonne partie de ses vacances dans les murs de la bibliothèque municipale dirigée par sa
mère »27, tout en dédiant ce roman à sa mère, son personnage Tom lui aussi a

27
MUSSO, Guillaume, Site officielle, En ligne, http://www.guillaumemusso.com/lauteur/
consulté le 23 /03/2017.
35
cette passion pour les livres « … depuis que j’étais en âge de lire, j’avais toujours cherché
à m’enfoncer le plus loin possible dans l’imagination des romans… » (p. 394). Dans la
même source, il motionne que lors de son voyage en Amérique il a travaillé
comme vendeur de crème glacée, cette étape de sa vie apparaît dans La fille de
papier « … j’avais encore une demi-heure avant d’aller prendre le bus pour me rendre à Vénice
Beach où je vends des glaces sur le boardwalk. » (p. 285). Aussi, Musso avant d’être un
écrivain il était enseignant mais il l’a quitté après avoir signé un contrat avec les
XO Editions, comme Tom « Avant de connaitre le succès, Boyd enseignait la
littérature… Suite au succès de son premier roman, il a quitté l’enseignement après la signature
d’un contrat avec Doubleday… » . Aussi, pour aller plus loin dans notre analyse,
l’auteur Musso est né en 1974, mais il ne laisse pas une date de naissance exacte
pour son personnage narrateur Tom, mais ce passage nous montre qu’elles sont
identiques « 7 juillet 1994… C’était le jour de mon anniversaire, commençai-je. Le jour de
mes vingt ans… » (p.284), alors suite à la soustraction de 1994-20 nous
obtiendrons 1974. De ce fait, nous pouvons conclure que l’auteur et le
personnage narrateur ont la même date de naissance.

Ainsi, les indices qui relient la vie de l’auteur Musso au personnage Boyd
ne sont pas rares, car il lui a même attribué l’écriture de son roman La fille de
papier « Alors, j’ouvris un document sur mon traitement de texte et je lui donnai le titre de
mon prochain roman : La fille de papier. Pendant les cinq heures que dure le vol, j’écrivis d’un
jet le premier chapitre. Il débutait ainsi : chapitre 1 La maison sur l’océan. » (p. 592).

Sur le plan narratologique, la narration est le champ de vue du narrateur.


Autrement dit, la perspective narrative que Vincent Jouve la définit « en tant
qu’un acte producteur du récit, suppose une instance à l’origine du texte. Pour dégager les
enjeux d’un récit, il est donc indispensable d’identifier le statut du narrateur et les focalisations
qu’il assume. »28 Ainsi, le statut et la focalisation qu’assume l’auteur de La fille de
papier est la focalisation interne en présentant le récit à travers les yeux du

28
JOUVE, Vincent, Poétique du roman, Editions Armon Colin, Paris, 2009, p. 27.
36
personnage Tom Boyd qui est aussi un personnage narrateur et il est désigné
par [ Je] tout au long du roman.

Dans ce cas de roman où le Je domine, le narrateur est homodiégétique


« lorsqu'il est présent comme personnage dans l'histoire qu'il raconte. Dans ce cas, s'il n'est pas
un simple témoin des événements, mais le héros de son récit, il peut aussi être appelé
narrateur autodiégétique. »29. Le niveau diégétique dans le roman fait que l’auteur, le
narrateur et le personnage aient une seule identité.

En somme, l’identité homonymique de l’auteur, narrateur et personnage


doit être appuyée sur une identité dynamique entre l’auteur et le personnage
spécifiquement. Autrement dit, l’auteur et le personnage protagoniste doivent
avoir la même identité onomastique, physique et aussi le statut civil, ce qui est
visible dans La fille de papier, où l’auteur et le personnage ont le même statut
civil. Cependant, dans ce roman autofictif, Musso ne donne pas de détails
morphologiques sur son personnage protagoniste masculin Tom Boyd, ni la
signification du prénom Guillaume correspondant avec le prénom Tom,
contrairement au prénom du personnage protagoniste féminin Billie.

2.2. La symbolique des prénoms :

Dans le roman, le nom propre n’est pas un fait du hasard, mais il est choisi
avec précaution par l’auteur de l’œuvre. Selon Michal Glowinski « Le choix d’un
prénom personnel entraine et inspire d’autres choix […] touche à la question fondamentale de
la place où est situé un récit donné dans les catégories des possibles narratifs »30. Le nom
propre est un système linguistique très symbolique dans le roman et dans les
genres biographiques où l’auteur est obligé de signer sur une identité homonyme

29
KAEMPFER, Jean, ZANGHI, Filippo, Méthodes et problèmes : La voix narrative, En ligne,
https://www.unige.ch/lettres/framo/enseignements/methodes/vnarrative/vn041000.html
Consulté le 27/ 03/2017.
30
GLOWINSKI, Michal, Sur le roman à la première personne, 1992, p 229, cité par HUBIER, S.
Littérature intimes : les expressions de moi, de l’autobiographie à l’autofiction, Editions Armon Colin,
2003, p 88.
37
c’est-à-dire que l’auteur, le personnage et le narrateur ont le même nom propre.
Par contre, les exceptions ne sont pas rares et notre corpus en est un. Dans ce
cas là, le nom propre devient un « aspect du dévoilement ou du jeu de cache-cache
instauré par l’auteur lui-même grâce aux procédés de l’onomastique »31. Alors, le nom
propre renvoie à une symbolique qui permet de dévoiler une vérité floue. Dans
notre corpus, Musso use de sa vie et de son prénom comme matière d’écriture
en se mettant derrière deux personnages romanesque de sexe opposer,
autrement dit, l’auteur porte non pas un masque mais un déguisement afin de
faire passer son lui-même dans une dimension imaginaire.

Pour commencer à éclaircir ce phénomène, le prénom Billie est un prénom


masculin et féminin, dérivé du prénom Guillaume, il puise son origine du
germanique ancien [Will] qui signifie volonté et [Helm] qui veut dire casque. En
autres termes, la symbolique du prénom Billie est fortement présente dans le
texte, car c’est grâce à elle que l’écrivain Boyd a retrouvé la volonté d’écrire.

Dans un texte littéraire, il n’y a pas que le nom propre qui est symbolique,
mais aussi le morphème est porteur de sens. En outre, la lettre [B] renvoie à
Adam androgyne dans sa chute, elle est faite de deux demi-cercles, un [O] coupé
en deux par un diamètre vertical par la côte et coupé par un autre diamètre
horizontal d’un côté, deux âmes-sœurs partent vers leurs périples. La
lettre [B] est aussi le nombre [13], dont les deux chiffres réunis donnent le [B],
car le [13] est le chiffre traditionnel du passage de la mort à la Vie. Dans notre
corpus, le personnage Billie n’est pas apparu du néant mais de l’imaginaire du
protagoniste de l’histoire, comme Ève est sortie de la côte d’Adam. Elle a fait sa
parution quand son auteur a décidé de mourir, puis au cours des événements,
elle lui a appris à apprécier la vie encore une fois et d’avoir un nouveau départ.
Aussi, nous avons remarqué que le radical de Billie est [illi], et quand on l’écrit

31
WERLI, Laurence et KOUROUPAKIS-BIHAN, Ariane, Analyse du concept d’autofiction, En
ligne, www.iquesta.com/telechargement/Lautofiction-En-Question-117.htm consulté le
29/03/2017.
38
nous l’écrivons en majuscule, nous obtiendrons ILLI, et si nous lisons à
l’envers nous aurons 17/ 71. Suite à notre interprétation de la lettre B, il est clair
que cette suite de chiffres symbolise l’androgyne. Autrement dit, l’androgyne est
un mythe qui représente une créature qui porte en elle les deux genres humains,
masculin et féminin. Dans notre recherche, l’androgyne n’apparaît pas sur un
plan physique mais il est surtout psychique, car l’auteur s’identifie psychiquement
au personnage féminin et physiquement au personnage masculin. Pour percer le
secret derrière cette suite de chiffres, nous faisons appel à la numérologie, la
science des numéros selon Catherine Pont-Humbert :

Les chiffres et les nombres expriment non seulement des quantités


arithmétiques, mais aussi des idées, des forces, et leur pouvoir de
symbolisation est immense. L’interprétation des nombres est l’une des
plus anciennes sciences symboliques…Au sens d’écriture secrète, de
cryptographie, chiffres et nombres sont des caractères de l’alphabet : le
cryptogramme se présente comme un texte indéchiffrable par tout autre
que son rédacteur ou son destinataire.32

De la citation ci-dessus, nous pouvons déduire que les chiffres et les


nombres sont eux aussi une source symbolique non négligeable, il suffit juste de
trouver leur sens pour décrypter l’écriture secrète de l’auteur. Ainsi le chiffre [1]
symbolise l’unicité et la création, nous pouvons l’attribuer à l’auteur de cette
autofiction Guillaume Musso. Le chiffre [7] signifie chez les Dogons africains la
somme de [4] symboles de féminité plus le chiffre [3] qui symbolise la
masculinité. Aussi chez les juifs le chiffre [7] est synonyme de la totalité humaine,
à la fois homme et femme. Ainsi, selon la méthode de C. Pont-Humbert :

La numérologie consiste à attribuer à chaque individu un chiffre en


procédant comme suit : il suffit d’additionner les valeurs numérique des
lettre [du prénom dans] un tableau d’équivalences accordant à chaque
lettre sa valeur de 1 à 9, puis de procéder à une réduction et à tirer une
32
PONT-HUMBERT, Catherine, Dictionnaire des symboles des rites et des croyances, Editions Jean-
Claude Lattès Hachette, Paris, 1995, p. 106.
39
interprétation du dernier chiffre obtenu en fonction de sa valeur
symbolique.33

En appliquant la théorie de Pont-Humbert, nous obtiendrons :

- Tom = 2+6+4 = 12 1+2 = 3


- Billie = 2+9+3+3+9+5 = 31 3+1 = 4

De cela, nous pouvons dire que les deux personnages Tom et Bille font le
chiffre [7], et ils ne sont qu’une autre facette du créateur de cette fiction de
Musso. de la sorte, nous pouvons mieux expliquer les chiffres 17/71 comme un
reflet dans un miroir qu’il lui reflète son image, ses pensés, et ses passions, dans
la réalité le [1] cache le [7] dans ses profondeurs, tandis que dans la fiction le [7]
peut être extériorisé et exprimé par le [1].

En somme, ce résultat peut être expliqué selon Vincent Colonna comme la


fictionnalisation de soi, il la définit comme « … une démarche qui consiste à faire de
soi un sujet imaginaire, à raconter une histoire en se mettant directement à contribution, en
collaborant à la fable, en devenant un élément de son invention. »34. Ce que nous
remarquons dans La fille de papier, l’auteur se glisse dans la peau des deux
protagonistes pour donner un effet fantastique à la banalité quotidienne dont il
vit, c’est ce que explique Colonna aussi « la fictionnalisation de soi consiste à s'inventer
des aventures que l'on s'attribuera, à donner son nom d'écrivain à un personnage introduit dans
des situations imaginaires. »35.

En outre, l’auteur signe un pacte oxymorique dans tous les sens, il prend le
chemin de la contradiction en attribuant son identité onomastique à Billie. En
plus, sur un plan morphologique, Musso comme Tom fait partie selon la
33
Ibid. P. 108.
34
COLONNA, Vincent, L’autofiction (essai de la fictionnalisation de soi en littérature), P. 09, En
ligne, https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00006609/document consulté le 8/04/2017.
35
Ibid., P. 10.
40
classification du psychologue Pierre Daco dans l’étude du caractère au
tempérament Lymphatique dit aussi flegmatique, ce tempérament est décrit ainsi,
« Il semble stable et calme. Il est gras… Son activité est lente, il supporte très mal la douleur.
Il se tâte, et se croit à deux doigts de la tombe. Le lymphatique est très sensible à la suggestion
et à l’hypnose. »36. Nous constatons que cela est fortement touché dans le passage
suivant : « Je n'avais jamais été aussi proche du vide. Dans ma tête, des images terrifiantes s'entrechoquaient
: mon corps au bout d'une corde, le robinet de gaz dans ma bouche, le canon d'un revolver contre ma tempe. Tôt
ou tard, ma vie finirait sans doute comme ça. Au fond de moi, ne l'avais-je pas toujours su ? » (P. 85).
Dans ce passage, l’auteur dénonce le caractère douteux, faible et dépressif de son
personnage Tom. Aussi, dans d’autres passages, il le décrit comme négligeant
« Tom faisait peur à voir : hirsute, blafard, le visage mangé par une barbe à la Robinson
Crusoé… » (P. 39). En revanche, le caractère de Billie selon la description dans La
fille de papier son tempérament est appelé selon Daco « Le Bilieux, il est irritable, très
susceptible, agressif et téméraire ! Son corps est grand et maigre ; son teint jaunâtre. Le
colérique est « dur au mal » ; il reste stoïque et souffre sans se plaindre. C’est le type du
volontariste. »37 Ce qui est expliqué et décrit par l’auteur de notre corpus sur son
héroïne, comme dans ces passages : « elle avait l'allure élancée, dynamique et sensuelle,
la frimousse lumineuse, le visage un peu anguleux… » (P. 91) aussi sur le plan physique
elle est décrite ainsi « sa bouille manga, sa fraîcheur rieuse, son petit côté garçon manqué
qu'atténuaient ses yeux de lagon et ses jambes interminables. » (P. 96).
Pour la description morale, elle est plutôt comprise à travers le déroulement
de l’histoire et les actions de Billie, comme son nom l’indique. Elle est synonyme
de volonté et protection, mais elle est aussi courageuse face à sa maladie
cardiaque, ce qui l’a rendue pâle. Aussi elle est nerveuse et sensible aux les
critiques de son créateur Tom envers sa vie, et enfin téméraire parce que elle a
tout tenté pour que Tom retrouve sa passion pour l’écriture et une raison pour
continuer de vivre.

36
DACO, Pierre, Les prodigieuses victoires de la psychologie moderne, Éditions Marabout, Belgique,
1973, P. 339.
37
Ibid., P. 338.
41
Pour conclure, cette projection de l’auteur à travers son personnage
féminin n’est guère singulière, mais un phénomène courant dans la littérature
française. Nous citons Flaubert et son célèbre « Madame Bovary, c’est moi »38. En
outre, l’auteur décrit son propre portrait, le thème de double consiste une
parfaite union entre écrivain et ses personnages. Aussi, cette identification est
une stratégie d’écriture car elle n’est point corporelle mais elle est plutôt
psychique puisque elle lui permet de se remettre en question, d’exprimer son
point de vue sur son époque et la société à travers plusieurs personnages et
d’évoquer les mémoires du passé et de parler de l’instant présent. Cette
ressemblance autobiographique avec Tom et l’autre ressemblance onomastique
avec Billie n’est qu’une façon d’exprimer la réalité complexe qui ne peut être
racontée sous un seul tissu unit, c’est-à-dire à travers uniquement d’un
personnage. C’est alors que dans cette œuvre, chacun des personnages donne
une image sur l’auteur Guillaume Musso.

2.3. L’image de l’auteur à travers ses personnages :

Dans le cas des récits à caractère autofictif, le personnage est créé à l’image
de l’auteur. Cette image de soi donnée par l’auteur à travers le texte relève de
l’ethos. En général, l’ethos représente les différentes valeurs et les
comportements que l’orateur exprime à travers sa personne lors d’un discours,
sa manière d’être et faire pour influencer les oratoires. Selon le dictionnaire du
Littéraire, la notion d’ethos est défini ainsi :

En rhétorique, le terme d’éthos désigné la composante de


l’argumentation qui se rapporte à la personne de l’orateur. Pour agir
sur l’auditoire, celui-ci ne doit pas seulement user d’arguments valides
(logos) et toucher les cœurs (pathos) : il lui faut aussi affirmer son
autorité et projeter une image de soi susceptible d’inspirer confiance.39

38
Note de lecture
39
ARON, Paul, SAINT-JACQUE, Denis, VIALA Alain, Le dictionnaire du littéraire, Editions
Puff, coll. Quadrique, Paris, 2010, P. 258.
42
En outre, l’ethos est le style de l’orateur pour capter l’attention et gagner la
confiance de l’oratoire en s’adressant à son imagination à travers son discours, il
se base sur l’argumentation. Aussi, l’ethos relève de l’éloquence : l’art de bien
parler, mais suite à l’apparition des mémoires, les genres autobiographiques et
surtout l’impression que cette notion d’image de soi s’est développée pour
mettre l’accent sur la figure de celui qui prend la parole sur un niveau textuel, et
elle est devenue l’éloquence écrite, « De plus, la littérature de fiction qui fait des
personnages des porte-parole de l’auteur, ou qui lue comme telle, impose une image de l’écrivain
dans son texte. »40, Alors, l’ethos est l’image que donne l’écrivain de lui-même par
le biais de la narration dans le texte littéraire, non pas par la représentation
préalable en public. Pour Aristote, l’ethos est une posture adoptée par
l’énonciateur pour faire adhérer les locuteurs à son positionnement idéologique,
pour donner une bonne impression et belle une image de soi pour capter
l’intention des interlocuteurs, car

Tout ce qui, dans l’énonciation discursive, contribue à émettre une image


de l’orateur à destination de l’auditoire. Ton de voix, débit de la parole,
choix des mots et arguments, gestes, mimiques, regard, posture, parure,
etc., sont autant de signes, illocutoires et oratoires, vestimentaires et
symboliques, par lesquels l’orateur donne de lui-même une image
psychologique et sociologique41

D’autre part, la posture mise en œuvre par l’auteur n’exprime pas un sens
négatif mais sa manière d’être, le choix des expressions et la description que
l’auteur manipule par les personnages à travers son texte pour donner une image
sociale et psychique de lui-même.

Actuellement, la rhétorique est remise en question par les linguistes qui


abordent plutôt la notion d’énonciation : la manifestation du locuteur par la
40
Ibid. P. 259.
41
MAINGUENEAU, Dominique, L'ethos, de la rhétorique à l'analyse du discours, En ligne,
http://dominique.maingueneau.pagesperso-orange.fr/pdf/Ethos.pdf consulté le
15/04/2017.
43
modalité de se dire, et l’illocutoire : la force qui donne à la parole une capacité
d’agir sur les personnes. Dans l’analyse du discours, il existe de points de vue : le
premier, il mit en valeur la force de la parole et sur le dire et le faire, tandis que
le deuxième, mit en évidence la rhétorique d’Aristote et la philosophie du
langage.

Dans le domaine littéraire, l’ethos a des caractéristiques sociologiques,


l’ethos d’une personne se trouve dans ces racines, car l’écrivain est un être
humain qui acquit ses habitudes, comportement et personnalité suite au contact
avec la société. Aussi, chaque texte reflète non seulement l’auteur mais la société
de ce dernier.

De nous jours, la notion d’ethos occupe une place majeure dans l’analyse
du discours, et pareille en littérature, l’étude de l’image de soi que construit
l’auteur à travers son texte ne se limite pas aux genres autobiographiques mais
aussi elle s’élargit vers d’autres genres lyriques : fables, fictifs ou même le
fantastique.

Dans notre corpus, contrairement au pacte oxymorique qui se manifeste à


travers les deux personnages protagonistes de l’histoire Tom et Billie. L’image
de l’auteur se manifeste à travers d’autres personnages mais à des degrés
différents, c’est-à-dire que chez certains personnages l’image de celui-ci est
prévisible tandis que chez d’autres personnages cette images est moins claire.
Alors, nous commençons l’analyse de l’image de l’auteur à travers le personnage
protagoniste masculin Tom Boyd, celui qui partage avec Musso une similarité
autofictive. L’image de l’auteur se manifeste par l’autocritique des angoisses vis-
à-vis la sociologie de la production littéraire, le manque d’inspiration, et la
célébrité.

Dans les champs de la création littéraire, l’auteur décrit ses feints


d’inspiration « En réalité était là : ma peine était toujours aussi lourde et je n’avais plus écrit

44
une ligne depuis un an. Mon cerveau était figé. Les mots n’avaient fui, l’envie m’avait déserté,
mon imagination s’était tarie. » (P. 53) Le syndrome de la page blanche est une étape
fréquente dans la vie de chaque écrivain, mais contrairement aux grands écrivains
des époques passés, l’écrivain du XXème siècle cherche à être une vedette plus
qu’un auteur de fiction « Depuis deux ans, mon accession au rêve hollywoodien idoles. Au
détour des fêtes privées dans des clubs ou dans villas grandes comme des palais, j’avais pu
discuter avec des acteurs, des chanteurs et des écrivains qui m’avaient fait rêver lorsque j’étais
plus jeune. » (P. 56). Puis, l’auteur critique la facette cachée de la production des
films et les héros cinématographiques en parlant des coulisses Hollywoodiennes
qui sont moches à voir en réalité «… Dans la vais vie, les héros de mon adolescences
étaient souvent que des dépravés… Tout aussi triste : certaines actrices qui à était à l’écran
pleine de charme… dans réalité entre rails de coke, anorexie,… » (p. 56). Aussi, l’auteur
dénonce ce qu’on montre dans les médias n’est pas crédible. Ainsi, l’écrivain est
lui-même succombé à cette catégorie de gens « Mais quel droit avais-je de les juger ?
N’étais-je pas, moi aussi, devenu l’un de ces types que je détestais ? victime du même isolement,
de la même addiction aux médocs et du même égocentrisme versatile qui dans les moments de
lucidité menaient au dégoût de soi.» (P.56). En outre, à force de les admirer, il est fini
par être comme eux, il a perdu sa vraie nature et personnalité en côtoyant des
gens comme ceux-ci, commençant par Aurore qui a causé sa trouble psychique.

Egalement, le personnage principal masculin Tom Boyd est faible


psychologiquement, car il dépond toujours d’une femme de personnalité forte.
Commençant par son enfance qu’il passait avec son amie Carole « La seule
personne (mise à part Mlle Miller) avec qui j'ai de vraies conversations. Le lien qui nous unit
est unique. Il est plus fort que si Carole était ma sœur. Plus fort que si elle était ma petite amie.
C'est « autre chose » sur lequel j'ai du ma là mettre un nom. » (P. 287). Non seulement
durant son enfance, Carole est toujours femme de caractère en âge adulte
« Time’s up, les gars ! Bon, on arrête la blagues à deux sous, on s’assoit autour d’une table et
on prend le temps de s’expliquer au calme, d’accord ? Ainsi fut fait. » (P.137). Le
personnage de Carole incarne la mère absente tout au long du roman « Carole

45
s'était relevée et, du ton d'une mère qui gronde ses enfants… » (P. 137). En devenant
adulte aussi, Tom côtoyait Aurore qui le fascine par sa culture et beauté et son
milieu social comparé avec le sien :

… Aurore est cultivée… Moi, j’ai été élevé dans un quartier de merde.
Ça gueulait tout le temps : cris, des injures, des menaces, des coups de
feu. Il n’y avait pas un livre, à part TV Guide, et ne n’y ai jamais
entendu Chopin ou Beethoven. Alors oui, ça me plaisait de côtoyer une
Parisienne qui me parle de Schopenhauer et de Mozart plutôt que de
dope, de rap, de tatouage et de faux ongles ! (P. 255)

En outre, le personnage-narrateur est en train de vivre une crise identitaire,


à cause du rejet de ses origines. Cette fascination que Tom éprouve pour Aurore,
sa culture, et sa beauté est pareille à la fascination qu’éprouve Musso pour les
Etats Unis d’Amérique depuis son jeune âge. Nous voyons aussi que tous les
romans de cet écrivain sont bâtis sur un décor américain et tous ses personnages
sans exception sont d’origine américaine, mais nous remarquons aussi certains
passages nostalgiques vers la côte d’azure et la France en particulier. Dans notre
corpus, nous l’observons chez Billie, le personnage dont l’auteur s’identifie sur le
plan onomastique « Billie Donelly, née le 11 août 1984 à Milwaukee, près du lac de
Michigan. » (P. 123), le personnage a une identité américaine, mais sa ville natale
est la même de l’auteur Musso « A seize ans, en France, lors d’un voyage linguistique sur
la côte d’azure » (P. 123).

Puis, après la dépression, une troisième femme lui vient en secours, en


l’entraînant dans une aventure de redécouverte de son art. Ainsi, Billie est sortie
du roman de Tom et elle prend le diminutif de Guillaume. Autrement dit, ce
personnage se permet de critiquer son générateur « Vous êtes peut-être très fort pour
raconter une histoire, pour peindre les émotions, les douleurs, les emballements du cœur, mais
vous ne savez pas décrire ce qui fait le sel de la vie : les saveurs.» (P. 249), et elle ne se

46
contente pas de critiquer son écriture mais elle lui donne des conseils sur la vie
aussi « La faute à qui, à votre avis ? Et puis, sérieusement, Tom, lâchez un peu la bride
parfois. Soyez moins inquiet. Laissez la vie vous faire du bien au lieu de toujours la redouter. »
(P. 261).

De plus, l’auteur donne une autre image de lui-même en se comparant au


méchant de la fiction, le personnage Jack de la trilogie des anges. En fait, le
personnage Jack a un caractère opposé à celui de l’auteur Tom, le personnage le
plus proche à l’image de Musso qui est plutôt calme, serein et fidèle à ses
principes. Ce Jack est décrit comme suit : « j'avais en effet créé le personnage de Jack
comme un repoussoir. Il incarnait tout ce que je détestais ou qui me mettait mal à l'aise dans la
masculinité. Jack était mon opposé, le type d'homme que je haïssais, celui que je ne voulais pas
devenir. » (P.P. 459- 460). Aussi, il donne une autre image de l’homme matérialisé
à travers la description de la voiture de son ami Milo « Je ne te parle pas d'une
voiture, mon vieux. Je te parle dune œuvre d'art… » (P. 50) et qui le compile par
plusieurs qualités mais il déclare aussi que « l'ancien mauvais garçon de MacArthur
Park vivait comme une revanche sociale » (P. 55).

Après avoir montré la face cachée des héros médiatiques, l’auteur remet en
question la célébrité en disant « la célébrité rend rarement meilleure la personnalité de
ceux qui y accèdent » (P. 318). Puis, il dirige les critiques sur les boutiques et les
magasins de beauté en déclarant que « l'endroit respirait le narcissisme et la vanité. »
(P.296). Aussi, l’auteur compare sa génération à celle qui a connu la valeur des
livres à celle d’aujourd’hui qui lisent moins « En vacances, les clients … préfèrent
généralement la plage à la lecture de Georg Wilhelm Friedrich Hegel. » (P. 388). Il dit cela à
propos de sa génération :
Le silence n'était troublé que par le bruissement des pages tournées et le
doux glissement de mon stylo sur le papier. Sur la table devant moi,
j'avais ouvert plusieurs ouvrages de référence…dont Qu'est-ce que la
littérature ? De Jean-Paul Sartre, Lector in fabula d'Umberto Eco et

47
le Dictionnaire philosophique de Voltaire. En deux heures, j'avais pris
une dizaine de pages de notes. (P. 389)

En somme, Musso fait tomber son masque à travers la description de


plusieurs personnages non seulement les protagonistes. Tantôt, il parle de ses
qualités par le biais d’un personnage, tantôt il se critique par le biais d’un autre. Il
dénonce aussi la société narcissique et matérielle dans laquelle nous vivons
aujourd’hui, nul n’apprécie les moments simples de la vie qui sont souvent les
meilleurs instants, mais nous ne rendrons pas compte de cela que dans les
moments accablants « … les moments de répit étaient si rares que j’avais appris à les
apprécier. » (P. 52). En plus, l’auteur n’a pas focalisé son image de soi sur un seul
personnage mais sur plusieurs afin de rendre tous ses personnages attachent avec
un peu de lui-même tout au long du texte. L’auteur remet en question sa
dépression, ses sentiments et toute son existence à travers un antihéros qui
apprend en devenir un héro grâce à l’héroïne de son propre roman.

Ainsi, nous avons fait étude psychobiographique, qui sert à démontrer la


relation entre l’œuvre et l’auteur. La psychobiographie est un concept revendiqué
par l’écrivain Dominique Fernandez en 1967 afin d’analyser son propre roman
L’échec de Pavese. Cette méthode s’est inspirée de la psychocritique de Charles
Mauron et de la psychanalyse clinique pour bâtir ces principes. Fernandez
explique que c’est une « étude de l'interaction entre l'homme et l'œuvre et de leur unité saisie
dans ses motivations inconscientes »42, c’est-à-dire, que cette méthode met en parallèle
la vie de l’écrivain avec l’œuvre, la vie et l’évolution de la personnalité du
personnage. Aussi, la psychobiographie vise à assouvir les lacunes de la
biographie classique et de dénoncer les troubles psychologiques les métaphores
obsédantes et des conflits chez les écrivains à travers ce genre d’écriture. Ainsi,

42
CLANCIER, Anne, Psychanalyse et anthropologie prospective, Colloque de l’université de Rouen,
Paris, 1973, P.32, En ligne, https://books.google.dz/books?id=V2z0CX6-
wtoC&pg=PA32&lpg=PA32&dq Consulté le 26/ 04/2017.
48
nous pouvons citer les trois études de D. Fernandez sur les productions
artistique de Mozart, Michel-Ange et Marcel Proust, cette analyse a montré qu’à
travers ces trois genres artistiques, ces auteurs éprouvent des conflits infantiles.

Dans notre corpus, l’auteur opte pour une écriture contradictoire à celle de
sa vie tout en laissant des brins de son propre vécu. Pour éclaircir, nous pouvons
citer que dans la réalité l’auteur répond dans une interview sur le syndrome de la
page blanche « Pas vraiment. Moi, j’ai plutôt le problème inverse : un trop plein d’idées ! »43.
Aussi, l’auteur Musso est fasciné par la culture américaine tendis que dans notre
corpus La fille de papier l’écrivain Tom Boyd éprouve une fascination pour la
culture française, et cela ne s’arrête pas là, Musso signe son autofiction avec un
diminutif de son nom à travers son personnage féminin Billie Donelly. Dans ce
dernier point, l’auteur fait de la fiction une échappatoire pour s’évader de la
banalité qu’impose le quotidien.

Et pour finir, l’auteur ne porte pas qu’un seul masque dans cette fiction
mais plusieurs. Il use de tous ses personnages pour donner une critique sur la
société ou pour parler de lui-même, il s’autocritique des fois et il parle de ses
qualités aussi. L’ethos de Musso est donné de multiples manières contrairement
au genre classique où l’ethos de l’auteur est représenté par le personnage
principal. Alors, pour conclure, Musso use d’une stratégie complexe pour écrire
un roman à caractère fictif plus qu’autobiographique dans le but de rendre cette
fiction fluide et attirante semblable à une comédie américaine des années 80.

43
MUSSO, Guillaume, Interview sur la fille de papier, Op. Cite. Consulté le 26/04/2017.
49
Conclusion

50
Au terme de notre travail de recherche intitulé Réécriture mythique :
personnages protagonistes entre réalité et fiction, nous pouvons affirmer que
Guillaume Musso en étant un des représentants de la littérature française de nos
jours, nous laisse face d’un roman contemporain que nous le qualifions autant
qu’un amalgame d’événements et de personnages qui transgressent toutes les
règles de la fiction.

Au début, nous étions attirés par l’aspect énigmatique que véhicule La fille
de papier et le fait que le personnage principal est un écrivain qui fait face à une de
ses créations nous a immédiatement fait penser à la présence d’une réécriture du
mythe Ovidien Pygmalion et Galatée. Cependant, nous ne sommes pas arrêtés là,
il fallait percer les profondeurs de notre corpus afin d’éclaircir le mystère derrière
ce roman. Nous avons comparé la vie de l'auteur Musso à celle de Tom Boyd et
nous avons constaté une certaine similitude entre les deux, ce que nous a laissé
dire que ce roman est un roman autofictionnel.

A fur et à masure de nos lectures, nous nous sommes posés plusieurs


questions sur le moindre détail présent dans notre corpus jusqu’à l’arrivée à notre
problématique qui s’articule autour de la stratégie suivie par l’auteur pour réécrire
le mythe de Pygmalion et Galatée. Et de l’ethos de Musso à travers ses
personnages.

Alors, notre objectif était de démontre que l'auteur fait de ses personnages
principaux une incarnation du mythe de Pygmalion et Galatée. Aussi, nous
voulons prouver qu’à travers l'autofiction, l'auteur se cache derrière plusieurs
masques par le biais de la majorité de ses personnages pour parler de lui-même,
et de la société moderne.

Pour prouver tout cela, nous avons opté pour une méthode analytique, tout
en utilisant les approches critiques suivants: la mythocritique pour extraire les
mythèmes présents et de cerner la symbolique du mythe de pygmalion et

51
Galatée à travers notre corpus. De plus, nous avons opté pour une étude
psychobiographique en faisant appel à l’autofiction, la psychocritique,
l'onomastique et l'ethos car la psychobiographie est une étude de la relation de
l'écrivain avec son roman.

En se basant sur ces approches, nous sommes arrivés à confirmer nos


hypothèses à travers les résultats suivants :

- Premièrement : La fille de papier est une incarnation moderne du mythe de


Pygmalion et Galatée. Tout d’abord, par le cheminement de la narration :
dans notre corpus, l’écrivain et le sculpteur se trouvent devant une de
leurs créations animées, ce qui les entraînent dans une aventure entre
réalité et fiction. Puis, Musso compare Tom Boyd et Billie Donelly aux
les deux personnages principaux de la pièce théâtrale de Bernard Shaw
intitulé Pygmalion, ce qui a donné une raison de plus pour dire que La fille
de papier est la plus moderne des réécritures du mythe Ovidien Pygmalion
et Galatée.
- Deuxièmement : l’auteur Guillaume Musso ne se reflète pas en un seul
personnage mais dans la quasi-majorité de ces dernies, il use de
l’autofiction pour s’identifier à Tom Boyd. Puis, il opte pour un jeu de
nomination où il attribue à Bille Donelly un diminutif germanique de son
propre nom en signant un pacte oxymorique dans tous les sens. Ainsi,
nous pouvons dire qu’il s’identifie à ses deux personnages protagonistes,
mais il ne s’arrête pas là, Musso use de l’entourage de ces deux
personnages principaux pour donner plusieurs images de lui-même, afin
de critiquer la société et d’autres écrivains.

A travers ce travail de recherche, nous avons jeté un faisceau de lumière sur


La fille de papier, pour montrer la beauté de sa structure esthétique et la fluidité de
sa lecture. L’interprétation à laquelle nous avons abouti est une parmi une
multitude d’autres qui peuvent être effectuées prochainement dans le futur. Dans
52
ce mémoire, nous n’avons traité qu’un seul sens parmi plusieurs. Ainsi, le roman
peut être compris et interpréter de manières différentes ce qui fait de la
littérature un domaine interdisciplinaire et plurielle.

Pour conclure notre travail de recherche, Musso use cette stratégie


d’écriture pour offrir au lecteur un billet vers un monde où la fiction s’émaille
avec la réalité grisâtre pour la rendre plus égayée. Ainsi, nous laissons la piste de
recherche ouverte pour d’autres lectures et pourquoi pas d’autres quêtes de sens.

53
Références bibliographiques

54
 Corpus :
- MUSSO, Guillaume, La fille de papier, Éditions de Pocket, Espagne,
2013.
 Œuvres de Guillaume Musso :
- MUSSO, Guillaume, Et après, En ligne,
http://jsohn.free.fr/epub/Et%20Apres/Et%20Apres%20%20Guillau
me%20Musso.pdf
- MUSSO, Guillaume, Je reviens te chercher, Editions Pocket, Espagne,
2014.
- MUSSO, Guillaume, Parce que je t’aime, En ligne, https://www.fichier-
pdf.fr/2014/11/29/parce-que-je-t-aime-g-musso-uploaded-by-m-
benmoussa/parce-que-je-t-aime-g-musso-uploaded-by-m-
benmoussa.pdf
1. Ouvrages théoriques

- BARTHES, Roland, Le degré zéro de l'écriture, Editions du Seuil, Paris,


1988.
- DACO, Pierre, Les prodigieuses victoires de la psychologie moderne, Éditions
Marabout, Belgique, 1973.
- DOUBROVSKY, Serge, Fils, Editions Galilée, Paris, 1977.
- DURAND, Gilbert, Introduction à la mythologie, Mythe et société, Editions
d’Albin Michel, Paris, 1996.
- DURAND, Gilbert, Le décor mythique de la chartreuse de Parme, Editions
José Corti, Paris, 1990.
- HUBIER Sébastien, Littérature intimes : les expressions du moi, de
l’autobiographie à l’autofiction, Editions Armand Colin, Paris, 2003.

55
- JOUVE, Vincent, Poétique du roman, Editions Armand colin, Paris,
2009.
- KRISTEVA, Julia, Séméiotiké : Recherche pour une sémanalyse, Edition du
Seuil, Paris, 1969.
- LEJEUNE, Philippe, Le pacte autobiographique, Edition du Seuil, Paris,
1975.
- LEJEUNE, Philippe, Pour l’autobiographie, Editions de Seuil, Paris,
1998.
- MILLY, Jean, Poétique des textes, Éditions Armand colin, Paris, 1992.
- PIERRE, Joëlle, Le personnage de l’instituteur, une certaine image de la
nation : construction de l’ethos dans le récit d’instituteurs français et turcs, Edition
de l’Academia Bruylant, Belgique, 2002.
- REUTER, Yves, Introduction à l’analyse du roman, Editions Armand
Colin, Paris, 2011.
- SHAW, Bernard, Pygmalion, Editions York classics, Beirut, 2002.
- VILLANI, Jacqueline, le Roman, Editions de Belin, Paris, 2004.
- VERNANT, Jean-Pierre, Frontières du mythe, dans mythes grecs au figuré de
l’antiquité, Editions Gallimard, Paris, 1996.

2. Dictionnaires et encyclopédies :

- ARON, Paul, SAINT-JACQUE, Denis, VIALA Alain, Le dictionnaire du


littéraire, Editions Puff, coll. Quadrique, Paris, 2010.
- GARDES-TAMINE Joëlle, HUBERT, MARIE-CLAUDE,
Dictionnaire de la critique littéraire, Editions Armand colin, Paris, 2003.
- PONT-HUMBERT, Catherine, Dictionnaire des symboles des rites et des
croyances, Editions Jean-Claude Lattès Hachette, Paris, 1995.
- RADHOUANE, Nabil, Dictionnaire de stylistique, rhétorique et poétique,
Editions de Centre de publication universitaire, Tunis, 2002.

56
3. Mémoires et thèses en ligne :

- BOUHDID, Nadia, L'aventure scripturale au cœur de l'autofiction dans Kiffe


kiffe demain de Faiza Guène, Université Mentouri Constantine, 2008, En
ligne, http://www.memoireonline.com/08/08/1448/m_aventure-
scripturale-coeur-autofiction-kiffe-kiffe-demain-faiza-guene33.html
- COLLINS, Maxime, Autobiographie, autofiction et « Roman du Je », suivi
de : Comme si rien n’était, Mémoire de Maîtrise ès lettres, Université
McGill, Montréal, Québec, Janvier 2010, En ligne,
http://digitool.library.mcgill.ca/webclient/StreamGate?folder_id=0&
dvs=1491190613852~542
- HADJAM, Zina, Construction symbolique et soubassement mythique dans : Le
sommeil d’Eve de Mohamed Dib, Mémoire de Master, Université de
Mohamed Khider Biskra, 2014-2015, En ligne, http://dspace.univ-
biskra.dz:8080/jspui/bitstream/123456789/5881/1/Hadjam%20Zina.
pdf .
- KHIREDDINE, Roiya, L’autobiographie et l’autofiction dans Les mots de
Jean-Paul Sartre, Mémoire de Master, Université de Elhadj Lakhdar
Batna, 2009-2010, En ligne,
http://data0.id.st/ciel/perso/ecritures%20du%20moi/le0007.pdf .
- ZANADA, Imane, La charge autobiographique dans Le marteau pique-cœur
d’Azoue Begag, Mémoire de Master, Université Mentouri Constantine,
2009-2010, En ligne,
http://bu.umc.edu.dz/theses/francais/ZEN1222.pdf

4. Articles et revues en ligne :

- Andrée Chauvin-Vileno, Ethos et texte littéraire, En ligne,


https://semen.revues.org/2509

57
- COMELIU, Irimia, Le passé de l’idéalisation, une interprétation de mythe de
Pygmalion, En ligne, http://www.arches.ro/revue/no01/no1art8.htm
- DOMINO, Maurice, La réécriture du texte littéraire Mythe et Réécriture, En
ligne, https://semen.revues.org/5383
- DENOYELLE, Corinne, Pour une stylistique des personnages de roman, En
ligne, http://www.fabula.org/acta/document8780.php

- PROST, Jean Marc, j’ai lu tout Guillaume Musso, in Slate fr , En ligne,


http://www.slate.fr/story/83369/guillaume-musso

5. Sources sitographiques :

- ANONYME, Le mythe de Pygmalion, En ligne,


https://lemythe.wordpress.com/synthese/

- BAYARD, Groupe, Prénom Billie, En ligne,


http://www.prenoms.com/prenom/signification-prenom-
BILLIE.html#etymologie
- CLANCIER, Anne, Psychanalyse et anthropologie prospective, En ligne,
https://books.google.dz/books?id=V2z0CX6wtoC&pg=PA32&lpg=
PA32&dq

- COLONNA, Vincent, L’autofiction (essai sur la fonctionnalisation de soi en


Littérature), En ligne, https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-
00006609/document
- KAEMPFER, Jean et ZANGHI, Filippo, Méthodes et problèmes : La voix
narrative, En ligne,
https://www.unige.ch/lettres/framo/enseignements/methodes/vnarr
ative/vn041000.html
- LEBLANC, Julie, Introduction- écriture autobiographique, En ligne,
http://data0.id.st/ciel/perso/ecritures%20du%20moi/leblanc_fin.pdf

58
- LECARME, Jacques, L’autofiction, un Mouvais genre ? En ligne,
http://dictionnaire.sensagent.leparisien.fr/Autofiction/fr-fr/

- LAURANT, JENNY, Méthodes et problèmes La fiction, En ligne,


https://www.unige.ch/lettres/framo/enseignements/methodes/fictio
n/fiintegr.html

- LEVI STARAUSS, Claude, Apports et apories de la méthode structuraliste : la


notion de mythème, En ligne,
http://theses.univlyon2.fr/documents/getpart.php?id=lyon2.2010.fer
nandez_c&part=367888
- MUSSO, Guillaume, Interview à propos de La fille de papier, Avril 2010, En
ligne, http://www.guillaumemusso.com/roman/la-fille-de-papier/
- OVIDE, Les métamorphose, En ligne,
http://www.lelivrescolaire.fr/#!manuel/70/francais6e/chapitre/1047
/les-metamorphoses-d-ovide/page/695026/pygmalion-egalatee/lecon
- ROY, Bruno, Les écritures du moi et la fiction, En ligne,
http://id.erudit.org/iderudit/1705ac
- TODOROV, Tzvetan, Introduction a la littérature fantastique, En ligne,
https://www.etudes-litteraires.com/figures-de-style/fantastique.php
- VUIBOUT, Grégory, Le mythe de Pygmalion et de Galatée, En linge,
https://scribium.com/gregory-vuibout/le-mythe-de-pygmalion-et-
galatee-6sn2db
- WERLI, Laurence et KOUROUPAKIS-BIHAN, Ariane, Analyse du
concept d’autofiction, En ligne,
www.iquesta.com/telechargement/Lautofiction-En-Question-117.htm

59
Annexe

60
1. Les styles d’écritures
- Écriture imagé et manographie :

Je reviens te chercher, P.84

La fille
La fille
de
de
papier,
papier,
P. 113.
P. 180.

La fille de
papier, P.
274.
- Schématisation :

La fille de papier, P. 373. La fille de papier, P. 374.

La fille de papier, P. 394.

61
- L’imitation du modèle téléphonique et des boites mails :

L’appel de l’ange, P.p. 35- La fille de papier, P. 377


36.

- Changement de police d’écriture :

La fille de papier, P. 131.

- Diminution de l’écriture :

La fille de papier, P. 602. La fille de papier, P. 218.

62
Résumé :

Depuis notre cursus littéraire nous nous sommes intéressées à la littérature


française du XXIème siècle. Cette littérature insoumise aux courants, elle laisse les
auteurs libres dans le choix des thèmes et les manières d’écrire. Pour cela, il s’est
créé un amalgame de genres au sein d’un seul texte. La fille de papier représente un
exemple très représentatif de cette littérature française contemporaine.

Dans notre travail de recherche, nous proposons deux chapitres. Dans le


premier nous avons opté pour une analyse du style de l’auteur Guillaume Musso
entre changement de police d’écriture, la schématisation et l’écriture
monographique… etc. Aussi, nous avons extrait tous les mythèmes présents
dans cette œuvre qui appartiennent au mythe ovidien Pygmalion et Galatée, tout
en montrant l’impact de cette présence mythique sur l’écriture Mussolienne dans
La fille de papier et les personnages principaux Tom Boyd et Billie Donelly.

A partir des résultats que nous avons obtenus dans le du premier chapitre,
nous avons approfondi notre recherche par une analyse autofictive que l’auteur
l’a embellie par un caractère fantastique signé par un pacte oxymorique dans tous
les sens, car l’auteur a attribué des traits de sa propre vie à son personnage
masculin et il signe avec son nom par un diminutif à travers le personnage
féminin. Puis, nous avons essayé à démontrer l’image de l’auteur Musso à travers
les personnages principaux et secondaires dans ce récit.

Mots clés :

Mythèmes, mythe de Pygmalion et Galatée, mythocritique, style d’écriture,


personnages, onomastique, éthos, autofiction, psychocritique, le nouveau roman
français, le récit.

63
Abstract

Since our literary course we have been interested in French literature of the
21st century. This literature rejects the currents, it leaves the authors free in the
choice of themes and the ways of writing, for this, an amalgam of genders has
been created within a single text, our corpus represents a very representative
example of this contemporary French literature.

In our research work, we propose two chapters. In the first one we opted
for an analysis of the style of the author Guillaume Musso between changing
font of writing, schematization and monographic writing ... etc. Also, we extract
all the myths present in this work that belongs to the Ovid myth Pygmalion and
Galatea, while showing the impact of this mythical presence on Mussolien
writing in The girl on paper and the main characters Tom Boyd and Billie Donelly.

From the results we have obtained through the analysis of the first chapter,
we have deepened our research by an autofictive analysis that the author has
embellished by a fantastic character to sign by an oxymoronic pact in all the
senses, because the author attributed features of his own life to his male
character and signs with his name by a diminutive through the female character.
Then, we sought to demonstrate the image of the author Musso through the
main and secondary characters in the story.

Keywords:

Mythologies, myth of Pygmalion and Galatea, mythocritic, writing style,


characters, onomastics, ethos, autofiction, psychocritic, new French novel, story.

64

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