Archives de pédiatrie 15 (2008) 1133–1138
Les dysphonies de l’enfant
Dysphonia in child
R. Nicollas a,*, A. Giovanni b, J.-M. Triglia a
a
Service d’ORL pédiatrique et chirurgie cervico-faciale, hôpital d’enfants de La Timone, 264, rue Saint-Pierre,
13385 Marseille cedex 05, France
b
Fédération ORL, CHU La Timone, 264, rue Saint-Pierre, 13385 Marseille cedex 05, France
Disponible sur Internet le 28 avril 2008
Résumé
Les dysphonies sont un motif de consultation fréquent dans la population pédiatrique. La plupart du temps, il s’agit d’un
forçage vocal, plus rarement d’une pathologie organique congénitale, le clinicien doit avoir à l’esprit la possibilité qu’il s’agit
d’une papillomatose laryngée et doit donc l’éliminer formellement par un examen fibroscopique. Au cas où ce diagnostic
serait confirmé, un traitement au long cours est à programmer, qui associera chirurgie et traitements médicaux divers.
Dans les autres cas, la prise en charge pourra associer chirurgie et rééducation orthophonique en fonction de l’étiologie
retrouvée.
ß 2008 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.
Summary
Dysphonia is a frequent reason for consultation in children. Most of the time, this presentation is the consequence of a
vocal abuse, however, the physician has to be aware that an organic lesion, such as laryngeal papillomatosis can exist and so
perform a flexible laryngoscopy. In case of laryngeal papillomatosis, surgery and several medical treatments will be
proposed for a long time. In other cases, speech therapy, sometimes associated with surgery, will be performed.
ß 2008 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.
Mots clés : Dysphonie ; Papillomatose laryngée ; Forçage vocal ; Phonochirurgie ; Rééducation orthophonique
1. INTRODUCTION dysfonctionnelles, résultant d’un forçage vocal. Leur traitement
est essentiellement du domaine de la rééducation orthopho-
Si les épisodes dysphoniques aigus survenant dans un nique. Plus rarement, on retrouve d’autres lésions bénignes, de
contexte d’infection rhinopharyngée sont banals chez l’enfant, nature vraisemblablement congénitale, comme les kystes et les
la dysphonie peut devenir chronique et constituer un motif sulcus. D’autres causes, prenant leur origine hors de la
fréquent de consultation. Elle serait le trouble le plus fréquent structure des cordes vocales, ne seront pas développées dans
de la communication chez l’enfant, touchant 6 ou 7 % de la cet article ; il s’agit des paralysies laryngées, de certaines
population d’âge scolaire [1]. sténoses sous-glottiques ou d’atteintes endocrinométaboli-
Le premier objectif du clinicien est d’évoquer et d’éliminer ques.
une papillomatose laryngée, même s’il s’agit d’une affection Les progrès techniques rendent aujourd’hui possible un
relativement rare. La cause la plus fréquente de dysphonie traitement chirurgical sûr et atraumatique des cordes vocales.
chronique de l’enfant est l’ensemble constitué par les lésions Toutefois, les indications doivent toujours être posées après
nodulaires et prénodulaires, également appelées laryngopathies une évaluation précise de la fonction vocale, permettant
d’apprécier les possibilités de la rééducation orthophonique.
Un rappel anatomophysiologique sur la phonation et sur
* Auteur correspondant. l’évolution de la voix dans l’enfance est nécessaire avant
Adresse e-mail :
[email protected] (R. Nicollas). d’aborder la pathologie elle-même.
0929-693X/$ – see front matter ß 2008 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.
doi:10.1016/j.arcped.2008.03.001
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2. ANATOMOPHYSIOLOGIE DE LA Chez le grand enfant comme chez l’adulte, le plan glottique
PHONATION représente la partie la plus étroite du larynx, contrairement au
nourrisson et au petit enfant. Ce fait est la conséquence du
Au plan physique, on considèrera que l’organe vocal changement de forme globale du larynx qui s’inscrit au début de
comporte trois parties : l’excitateur, le vibrateur et le la vie dans un tronc de cône à sommet inférieur, puis dans un
résonateur. parallélépipède lorsque le larynx est mature [4]. On observe
L’excitateur correspond à la colonne d’air véhiculée par également une augmentation de volume des cavités endo-
l’arbre aérien inférieur jusqu’à la sous-glotte incluse. laryngées en rapport avec la croissance des cartilages.
Les cordes vocales (plan glottique) constituent le vibrateur, À la naissance, l’angle antérieur du cartilage thyroı̈de fait un
les résonateurs étant représentés par le reste du tractus vocal angle de 1308, puis il devient plus aigu. Les cornes supérieures
depuis la sus-glotte jusqu’aux lèvres. et inférieures s’allongent et écartent le cartilage thyroı̈de de l’os
La vibration cordale a fait l’objet de nombreux travaux, mais hyoı̈de, agrandissant l’étage vestibulaire du larynx. Ainsi,
il semble qu’elle soit le fruit d’un modèle dit « à relaxation » bien l’agrandissement du volume des ventricules de Morgagni peut
décrit dans la littérature [2,3]. Ce modèle fait appel à un être compris comme un moyen de « libérer » les mouvements
glissement de la muqueuse sur le ligament cordal grâce à de la corde vocale et d’éviter des contacts parasites avec les
l’espace décollable de Reinke. Cet espace est absent à la bandes ventriculaires [1].
naissance et apparaı̂t au cours des premières années de vie sans Les modifications histologiques et morphologiques qui
que l’âge exact de son apparition ne soit déterminé avec viennent d’être évoquées font apparaı̂tre la notion d’évolution
précision. de la voix chez l’enfant avant même la mue. Cette évolution a
Les modifications anatomiques du larynx sont également récemment été mise en évidence lors de la réalisation d’une
nombreuses et concernent tant le plan topographique que base normative de données sur la voix de l’enfant [5].
morphologique.
Au plan topographique, on assiste à une descente du larynx 3. PAPILLOMATOSES LARYNGÉES
avec l’âge ; le bord inférieur du cricoı̈de se projette en regard de
C4 à un an, de C5 à deux ans, de C6 à cinq ans, du bord inférieur Elles sont liées à une infection par Human papillomavirus
de C6 à dix ans et au-delà. L’étage glottique est constitué, pour (HPV), essentiellement de sérotype 6 ou 11. L’incidence exacte
sa part, des apophyses vocales, des cartilages aryténoı̈des et des est difficile à préciser, mais elle est estimée à un nouveau cas
cordes vocales. pour 100 000 habitants chaque année. Une nette prédominance
Chez l’enfant, il a un aspect plus ovalaire que chez l’adulte. masculine est retrouvée avec deux patients sur trois de sexe
Les aryténoı̈des sont, dans un larynx immature, proportion- masculin, et la fourchette d’âge préférentielle va de deux à dix
nellement plus gros et les apophyses vocales ont une insertion ans. La gravité de cette forme juvénile tient à son évolution
plus antérieure que dans un larynx d’adulte ( fig. 1). Il en résulte imprévisible, marquée par un très fort potentiel de récidive et la
l’existence d’une échancrure postérieure plus profonde et possibilité de survenue de dyspnées aiguës sévères, en cas de
d’une véritable corde vocale cartilagineuse. forme floride. Certains patients en détresse respiratoire aiguë
ont dû être trachéotomisés, mais la réalisation de ce geste doit
être la moins fréquente possible, car il est connu comme étant
un facteur favorisant de diffusion trachéale de la papillomatose.
Le caractère très récidivant est très probablement lié au fait
qu’il existe des « réservoirs » viraux constitués par la muqueuse
respiratoire. Ce fait est confirmé par l’identification de
particules virales dans le noyau de cellules respiratoires de
patients en rémission.
Cliniquement, le maı̂tre symptôme est la dysphonie, qui est
le plus souvent isolée. Une fibroscopie nasopharyngolaryngée
retrouvera des lésions mûriformes caractéristiques ressem-
blant à des végétations ou à des villosités rouges ou rosées,
centrées par un point plus sombre correspondant à l’axe
conjonctivovasculaire ( fig. 2). Elles sont plus ou moins
volumineuses, en touffes ou en plaques.
Que ces lésions soient bien vues ou qu’il existe un doute,
une endoscopie sous anesthésie générale sera réalisée, afin de
confirmer le diagnostic et de pratiquer un bilan d’extension
initial de la maladie. L’endoscopie intéressera la totalité des
voies aériennes supérieures et de la trachée jusqu’aux bronches
Figure 1. Comparaison schématique du plan glottique chez l’enfant
lobaires. Des biopsies en vue de typage viral et afin de
(en haut) et chez l’adulte (en bas). A : apophyse vocale ; B : glotte rechercher une dysplasie seront effectuées selon les centres.
postérieure ; C : cartilage aryténoı̈de. Lors de cette endoscopie, le traitement sera commencé. Il
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de routine. Il doit, en général, être suivi d’un comportement de
modération.
L’usage exclusif du comportement d’effort vocal peut
provoquer une irritation de l’appareil phonatoire, l’amenant
à forcer de plus en plus. Il s’agit là du cercle vicieux du forçage
vocal pouvant aller en s’aggravant jusqu’à des altérations de la
muqueuse laryngée (nodules, polypes).
Les causes du forçage vocal sont toujours très intriquées et
demandent un interrogatoire et un examen soigneux. On
retrouve les suivants :
des états inflammatoires du larynx. Très fréquents chez
l’enfant, il peut s’agir d’une altération mécanique transitoire
du fonctionnement des cordes (laryngite, œdème laryngé),
elle-même consécutive à un traumatisme direct (intubation),
à un abus d’usage des cordes vocales (hurlements, cris, chant
excessif), à un épisode allergique, à une toux, à une infection
de voisinage (angine, rhinopharyngite) ou à un simple
refroidissement. La possibilité de l’existence d’un RGO doit
toujours être envisagée ;
des lésions organiques des cordes vocales essentiellement
congénitales ;
des facteurs psychologiques. Il est classique d’opposer deux
« styles » d’enfants porteurs de forçage : l’enfant turbulent et
Figure 2. Vue endoscopique d’une papillomatose laryngée. La lésion est
l’enfant renfermé, timide dont l’état de tension est masqué.
localisée au bord libre des deux tiers antérieurs de la corde vocale droite,
occupe la commissure antérieure et déborde à la partie tout antérieure de la Au total, le tempérament nerveux émotif, un peu rigide est
corde vocale gauche. souvent en cause ;
la présence d’un dysphonique dans l’entourage peut intervenir,
soit par imitation acoustique, soit par l’existence d’éléments
consiste en l’exérèse des lésions papillomateuses, soit au laser, organiques congénitaux générateurs de perturbations aéro-
soit au microdébrideur. dynamiques expliquant certaines prédispositions familiales ;
Dans les formes sévères (de par la localisation ou une déficience du contrôle audiophonatoire peut être en
l’importance et la fréquence des récidives), des injections cause, l’enfant laissant installer spontanément sa phonation
locales de cidofovir pourront être proposées [6]. dans une tonalité plus confortable pour sa fonction auditive ;
Des traitements généraux ont également été proposés dans des anomalies organiques pharyngées ou vélaires responsa-
les formes graves. L’indo-3-carbinol est largement utilisé par les bles de difficultés articulatoires (fuite nasale sur les
Anglo-saxons. L’interféron-a est également proposé, mais consonnes occlusives) nécessitant une augmentation
nécessite une surveillance très étroite du fait de sa toxicité compensatrice de l’énergie laryngée.
hématologique. Enfin, des antiviraux, tels que la ribavirine, ont Dans les dysfonctions non compliquées, l’enfant est
également été utilisés. fréquemment « enroué », notamment après l’école, une
manifestation sportive ou un autre événement propice à
4. PATHOLOGIES DYSFONCTIONNELLES « l’expansion » vocale. La voix est en général aggravée, un peu
rauque, variable dans la journée ou d’un jour à l’autre. Un enfant
Il s’agit de troubles causés par l’abus ou le malmenage vocal, plus grand pourra se plaindre d’un hemmage, d’une gêne
atteignant surtout le garçon (deux cas sur trois). Elles sont très phonatoire plus ou moins douloureuse.
fréquentes (50 à 75 % des troubles chroniques de la voix chez La fibroscopie du larynx en consultation pourra retrouver
l’enfant) et peuvent être responsables de véritables lésions divers aspects selon la cause et l’intensité du forçage vocal, tels
organiques correspondant aux nodules des cordes vocales qu’un défaut d’affrontement des cordes à leur partie
(laryngopathies dysfonctionnelles) dont la disparition à la postérieure, une bascule antérieure des aryténoı̈des, un
puberté est classique, mais n’est pas toujours vérifiée [1]. serrage des bandes ventriculaires qui peuvent parfois se
toucher.
4.1. Forçage vocal Au niveau des cordes vocales, des sécrétions à hauteur du
bord libre sont fréquentes et peuvent être confondues avec des
Le forçage vocal est une dysfonction due à l’usage immodéré nodules ; il existe parfois un aspect rosé et plus ou moins
de l’« effort vocal ». Il correspond à une augmentation tuméfié de toute la muqueuse cordale. Cette situation est
momentanée des tensions lors de la production vocale. S’il est parfois appelée « état prénodulaire ». Cet examen permet aussi
spontanément adopté dans certaines circonstances, il est très de rechercher des dysfonctions compliquées, également
consommateur d’énergie et ne peut pas être un comportement dénommées laryngopathies dysfonctionnelles.
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Au plan pratique, la fibroscopie consiste en l’introduction
d’une fibre d’environ 2,5 mm de diamètre dans l’une des fosses
nasales qui aura pu faire, au préalable, l’objet d’une anesthésie
locale avec de la lidocaı̈ne adrénalinée (ou naphazolinée si l’enfant
a plus de six ans). L’opérateur fait alors franchir au fibroscope le
plan du voile du palais et s’immobilise au-dessus du larynx. La
phonation est étudiée en faisant dire un « i » tenu au patient. Dans
la grande majorité des cas, si tout a bien été expliqué à l’enfant au
préalable, l’examen peut être réalisé sans problème.
4.2. Laryngopathies dysfonctionnelles
Il s’agit de lésions organiques développées au niveau des
cordes, parfois susceptibles de régresser si le forçage disparaı̂t.
4.2.1. Nodules fibreux (kissing nodules)
Relativement symétriques, ils sont situés au niveau de la
partie médiane de la corde ligamentaire, souvent au bord
inférieur de la corde ( fig. 3). C’est en raison de la brièveté de
celle-ci chez l’enfant que les nodules se situent chez lui à l’union
du premier et du deuxième quarts antérieurs de la corde. Figure 4. Vue endoscopique d’un nodule œdémateux de la corde vocale
droite. La lésion de la corde vocale gauche est intermédiaire entre nodule
œdémateux et kissing nodule.
4.2.2. Nodules œdémateux (ou pseudokystes
séreux)
Ce sont des formations nodulaires arrondies, translucides, nodulaire ( fig. 4). Lorsqu’ils présentent une muqueuse d’aspect
de taille variable, mais ils sont toujours centrés sur le point rosé, ils peuvent être appelés angiectasiques.
4.2.3. ¨dèmes en fuseau
Ce sont des lésions allongées tout au long de la corde vocale,
qui semble épaissie dans son ensemble. Cet aspect est
particulièrement fréquent chez l’enfant (aspect en grain d’orge).
La voix est altérée par la présence de la lésion : grave,
rauque, plus ou moins voilée. Il existe de brèves extinctions ou
« désonorisations ». La dysphonie est permanente, mais
souvent variable dans la journée avec un démarrage matinal
difficile, une amélioration dans la matinée, puis une nouvelle
aggravation en fin de journée, surtout après la classe.
Même en l’absence de traitement, il arrive que les facteurs
qui avaient déterminé l’entrée dans le forçage vocal cessent et
qu’une évolution favorable des lésions soit observée. C’est en
particulier le cas à la puberté où les modifications anatomiques,
comportementales et psychologiques entraı̂nent un remanie-
ment complet de la fonction vocale. À cette période, il n’est
pas rare d’observer une disparition complète des lésions
nodulaires.
4.2.4. Traitement médical
Le traitement médical correspond au traitement des états
inflammatoires de la sphère ORL et du RGO. Il ne doit jamais
être négligé.
4.2.5. Rééducation
La rééducation s’attache à la dysfonction vocale, c’est-à-dire
qu’elle doit corriger les mécanismes vocaux perturbés et, en
Figure 3. Vue endoscopique de kissing nodules des cordes vocales. On note particulier, diminuer l’effort vocal. L’enfant apprend à bien
un aspect inflammatoire des cordes témoignant des phénomènes de forçage utiliser son « excitateur », en apprenant à maı̂triser sa
vocal. respiration, son vibrateur grâce à des exercices (souffle dans
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une paille) qui permettent de rééquilibrer les pressions sus- et
sous-glottiques. La disparition des lésions n’est pas l’objectif
premier de la rééducation, ni la persistance des nodules, la
sanction d’une rééducation mal conduite. Certaines lésions
persistent, en effet, alors que l’enfant a réussi à se débarrasser
de presque toutes ses mauvaises habitudes vocales. C’est la
meilleure situation possible pour proposer une microchirurgie
qui aura toutes les chances de succès.
La technique de la rééducation de la voix chez l’enfant sort
du cadre de cet article, mais quelques points doivent être
connus du laryngologiste.
Elle doit être présentée de manière ludique mais surtout
très adaptée à chaque enfant, et il ne peut pas y avoir de
rééducation type.
La production de la voix met en jeu la boucle audiopho-
natoire, et la rééducation ne peut pas se cantonner à des
vocalises ; l’enfant dysphonique doit aussi apprendre à écouter
sa voix (et celle des autres) pour mieux la maı̂triser. L’enfant se
lasse vite, surtout lorsque les résultats de la rééducation ne Figure 5. Vue endoscopique d’un kyste épidermique de la corde vocale
sont pas immédiats et il est préférable d’interrompre une série gauche.
de séances pendant quelques semaines ou quelques mois plutôt
que d’épuiser la bonne volonté d’un enfant motivé. Par ailleurs,
pour des raisons tenant à la fois aux modifications anatomiques ( fig. 5). Certains d’entre eux sont pourvus d’une petite
évoquées dans le premier paragraphe et à la coopération que ouverture permettant au kyste de se vider spontanément.
nécessite une rééducation, l’âge minimum raisonnable pour Les sulcus se présentent comme un fin sillon au niveau du
entreprendre un tel traitement est aux alentours de six à huit bord libre ou un peu au-dessus de lui ( fig. 6). Souvent, il est
ans selon les enfants.
En cas d’échec de la rééducation chez un enfant motivé et
très gêné par sa dysphonie, un traitement chirurgical des
lésions peut être envisagé. Une option chirurgicale existe et
peut être proposée. On entre alors dans le cadre de la
phonochirurgie. Elle est menée sous anesthésie générale, aux
instruments froids ou au laser CO2, en fonction des habitudes
de l’opérateur.
La vraie question qui se pose est celle de l’indication
thérapeutique. Si l’amélioration vocale est jugée faible après une
rééducation bien suivie et bien comprise, nous proposons
l’intervention microchirurgicale suivie d’une nouvelle rééduca-
tion (12 à 20 séances). Si, au contraire, l’amélioration vocale est
satisfaisante, même avec des lésions persistantes sur les cordes
vocales, nous reposons le problème avec l’enfant et l’ortho-
phoniste pour choisir entre la poursuite des séances et une
simple surveillance.
5. LARYNGOPATHIES CONGÉNITALES
Les lésions organiques non nodulaires des cordes vocales
représentent 6 à 10 % des étiologies des dysphonies de l’enfant.
Les travaux de Bouchayer et de Cornut [7] ont clarifié leur
nosologie : les kystes épidermiques et les sulcus seraient deux
formes évolutives différentes d’une même famille d’origine
congénitale. Contrairement aux lésions dysfonctionnelles, leur
traitement idéal fait appel à la chirurgie, associée comme
toujours en matière de phonochirurgie, à une rééducation
orthophonique.
Les kystes épidermiques sont des formations plus ou moins Figure 6. Vue endoscopique d’un sulcus de la corde vocale droite. On note
arrondies, encapsulées au contenu en règle liquide, blanc nacré le sillon parallèle au bord libre de la corde vocale.
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l’analyse acoustique permettront peut-être d’améliorer nos
connaissances dans ces domaines.
Le traitement a été bien codifié par Bouchayer et Cornut [7]
et comporte les suivants :
une rééducation orthophonique pré- et postopératoire dont
le but est de diminuer le forçage vocal consécutif à la
présence de la lésion. Les mauvaises habitudes vocales
peuvent être très anciennes et, en l’absence d’une bonne
préparation orthophonique à l’intervention, être responsa-
bles de mauvais résultats postopératoires par persistance du
forçage ;
dans certains cas, l’amélioration de la voix est jugée suffisante
et la microchirurgie n’est pas nécessairement proposée. Il en
est de même des cas où le kyste semble disparaı̂tre à
l’occasion sans doute d’une vidange de son contenu ;
une chirurgie adaptée à chaque lésion dont la vérification du
diagnostic sous microlaryngoscopie en suspension est le
premier temps.
Figure 7. Vue endoscopique d’un pont muqueux de la corde vocale gauche. Dans tous les cas, l’enfant doit être motivé et bien
comprendre les raisons de la séquence thérapeutique ainsi
que la nécessité d’un repos vocal postopératoire.
presque virtuel et n’est découvert que par le déplissement de la
muqueuse lors de l’examen sous anesthésie générale. Le fond 6. CONCLUSION
de la poche adhère plus ou moins selon l’importance de la
réaction inflammatoire du chorion au plan du ligament vocal. La dysphonie est une doléance fréquente dont les causes
Les vergetures sont des lésions rarement observées chez sont variées. Après avoir éliminé une papillomatose laryngée,
l’enfant qui semblent se présenter comme une atrophie qui doit rester la préoccupation première du clinicien, on
localisée de la muqueuse et du muscle vocal, donnant un aspect distinguera deux groupes étiologiques : les pathologies
de dédoublement de la corde vocale. Le fond de la poche est fonctionnelles et les pathologies congénitales. L’interrogatoire
constitué par une muqueuse très atrophique, adhérant et la fibroscopie laryngée, parfois associés à une stroboscopie,
fortement au ligament cordal. pourront, dans la majorité des cas, permettre d’approcher le
Les ponts muqueux sont constitués par un axe ou cordon diagnostic. Parfois, un examen sous anesthésie générale sera
conjonctif d’un épithélium pluristratifié ( fig. 7). nécessaire. Quoi qu’il en soit, là encore à l’exception des
Les kystes muqueux par rétention sont rares chez l’enfant. papillomatoses laryngées, un traitement ne sera programmé
Le kyste contient un liquide muqueux. que si l’enfant est motivé et comprend la nécessité de tous les
Cliniquement, la dysphonie est typiquement ancienne, éléments de la séquence thérapeutique.
remontant parfois à la petite enfance. Cependant, certains
kystes peuvent augmenter de volume et ne se révéler qu’à RÉFÉRENCES
l’occasion d’un épisode infectieux, par exemple. Il est alors
difficile de faire cliniquement la part des choses avec une lésion [1] Giovanni A. Les dysphonies de l’enfant. In: Garabédian, et al.,editors. ORL
dysfonctionnelle d’autant que le comportement vocal peut être de l’enfant, 2e ed. Paris: Masson Édition; 2006.
[2] Giovanni A, Ouaknine M, Garrel R. Physiologie de la phonation. Encycl Med
celui d’un forçage vocal, ce dernier étant secondaire à la lésion Chir Otorhinolaryngologie 2003. 20-632-A-10.
sous-jacente. La fibroscopie laryngée peut être également [3] Garrel R, Scherer R, Nicollas R, et al. Using the relaxation oscillations
d’interprétation difficile. Si la stroboscopie est possible, on principle for simple phonation modeling. J Voice 2007 [Epub ahead of print].
pourra retrouver une rigidité plus ou moins localisée de la [4] Nicollas R, Paris J, Roman S, et al. Les dyspnées laryngées de l’enfant. Arch
corde vocale (diminution de l’amplitude des vibrations) qui, Pediatr 2003;10:179–84.
[5] Nicollas R, Garrel R, Giovanni A, et al. Evolution of normal voice in children
associée aux données de la fibroscopie, pourra permettre de between 6 and 12 years: database and non-linear analysis. J Voice 2007
poser un diagnostic. Toutefois, c’est souvent l’endoscopie sous [Epub ahead of print].
anesthésie générale qui permettra le diagnostic définitif. [6] Naiman AN, Ayari S, Nicollas R, et al. Intermediate-term and long-term
La voix est altérée de façon variable. Elle est classiquement results after treatment by cidofovir and excision in juvenile laryngeal
papillomatosis. Ann Otol Rhinol Laryngol 2006;115:667–72.
peu modulée, plutôt aggravée et rauque pour les kystes et
[7] Bouchayer M, Cornut G. Microsurgical treatment of benign vocal fold
plutôt plus aiguë et soufflée pour les sulcus, mais les formes lesions. Indications, techniques, results. Folia Phoniatr (Basel) 1992;44:
intermédiaires sont les plus nombreuses. Les progrès de 155–84.