Français : l'homme et la science
Essai : Certains disent qu'"il faut se méfier du progrès scientifique et technique et y renoncer". Qu'en pensez-
vous?
-------Rédaction---------
Autrefois, la grande masse du peuple était tenue dans l'ignorance. De nos jours,
l'instruction est largement répandue. Autrefois, le taux de mortalité était très élevé.
Aujourd'hui, grâce au progrès scientifique, l'espérance de vie a considérablement
augmenté. Cependant, certaines personnes n'hésitent pas à manifester leur
scepticisme vis-à-vis de ce progrès scientifique dont «il faut toujours se méfier » et
auquel on doit même « renoncer » puisque ce dernier « n'a pas empêché les guerres,
les violences, les injustices ».Bien au contraire, ils trouvent qu'« il les a même
rendues plus aigues », précisent-ils. Or, ces gens ont-ils tout à fait tort d'afficher leur
crainte face à l'avancée redoutable de la science et de la technologie ou d'y renoncer
catégoriquement ? Tout d'abord, ces gens ne cessent d'affirmer que les avantages
acquis grâce au progrès scientifique et technologique paraissent contrebalancées par
les inconvénients puisque la physique, à titre d'exemple, qui nous a, appris beaucoup
sur la structure de la matière, a ouvert l'appétit à certains chercheurs-criminels et
inhumains pour créer des armes de destruction massive. Leur appréhension paraît
tout à fait légitime puisqu'elle a été toujours justifiée au cours de l'histoire mais surtout
après le lancement de la première bombe atomique sur Hiroshima. C'est la raison
pour laquelle un grand écrivain comme Albert CAMAUS n'a pas hésité à annoncer au
lendemain de cet évènement tragique que « La civilisation mécanique vient de
parvenir à son dernier degré de sauvagerie ». Or, ceci n'a point empêché différents
pays à se lancer dans une course folle et effrénée à l'armement en vue de
s'approprier les armes les plus sophistiquées : armes biologiques, bactériologiques,...
En outre, ces derniers ajoutent que, de nos jours, le monde se plaint du fossé
numérique qui s'est creusé entre les pays riches et les pays pauvres en matière des
apports des nouvelles technologies et de communication. D'autant plus que cette
fracture a créé des inégalités sur plus d'un plan même à l'intérieur même d'un seul
pays, à savoir l'inégalité des sexes puisque la femme ne bénéficie pas encore de ces
apports sur le même pas d'égalité que l'homme. Pire encore, on assiste aujourd'hui à
des détournements affreux et abominables de ce progrès, dans le domaine des
neurosciences qui conquièrent notre société avec une rapidité déconcertante ! C'est
le phénomène de l'imagerie cérébrale qui donne l'illusion que l'on a un accès direct à
la pensée, à la boîte noire qu'est le cerveau, ce qui permettrait de lire les pensées
des gens ! Ainsi, après avoir passé au crible tout l'ADN humain pour trouver le gène
de la criminalité, de la timidité, de l'intelligence, du cancer ou de la tabagie, nombre
de scientifiques tentent désormais de déceler dans le cerveau l'aire de l'agressivité
ou des valeurs morales, ce qui permettrait d'identifier les individus potentiellement
dangereux pour la société.
Or, ce ne sont que les publicitaires, les économistes, les industriels qui vont en
profiter parce qu'ils voient dans les neurosciences une façon d'atteindre la part
d'irrationnel impliquée dans nos choix, qu'il s'agisse d'une décision d'achat ou d'un
bulletin de vote! Voilà pourquoi notre cerveau les intéresse, réellement ! Mais que les
images cérébrales reflètent ou non la vérité importe peu, du moment qu'elles
fournissent des informations exploitables ! Mais aussi les services secrets peuvent en
user pour espionner les gens et poursuivre des terroristes présumés !!...Sans parler
encore des phénomènes des OGM (Organismes Génétiquement Modifiés) ou du
clonage qui constitue, à lui seul, un bouleversement radical redoutable de l'ordre
naturel ! Ce sont ces abominations qui ont poussé différents artistes et écrivains à
renoncer à ce progrès excessif jusqu'à exprimer leur simple mais fervent désir de
retourner au passé glorieux et sain au sein de la nature sauvage et vierge loin des
tapages de la maudite modernité. L'écrivain français contemporain J.M.G LE
CLEZIO, qui a décroché dernièrement le Prix Nobel pour la littérature, n'a pas cessé,
de sa part, de dénoncer cette vie exécrable dans les villes de fer en invitant l'homme
à faire un « Retour sur ses pas » qui le délivrerait de l'asservissement et de
l'aliénation de la vie moderne. Et pourtant, la science ainsi que les connaissances
acquis grâce à la recherche sont normalement neutres, bien qu'elles soient toujours
étroitement liées à des motivations politiques ou matérialistes. « Il serait-donc- juste
de critiquer non pas l'avancement de nos connaissances, mais l'utilisation qu'on en
fait », comme l'a annoncé Jean CAZENEUVE dans La raison d'être. Autrement dit, «Il
ne faut pas jeter le bébé avec l'au de bain». En réalité, pour que notre civilisation
renaisse sous une forme nouvelle, il faut étendre nos connaissances et continuer à
avancer. Mais, s'il est difficile d'accepter le progrès technologique incontrôlé et d'en
nier les conséquences désastreuses, il serait absurde de renoncer à l'industrialisation
et déraisonnable de se nourrir d'illusions. Or, rêver de retourner au passé ne doit pas
nous pousser jusqu'à rêver de replonger dans l'« l'âge des cavernes » car ceci serait
une aberration intolérable. Puis, « négliger la science, c'est nous fermer aux grands
espoirs, c'est nous condamner à vivre la même monotone existence », selon le
physiologiste français Charles RICHET.
En résumé, on peut dire que le progrès des connaissances ne suffit pas car « il faut
que le développement intellectuel s'emploie au bien et non au mal », comme l'a
confirmé Charles RICHET. Donc, les conséquences de ces progrès comme leurs
applications sont bonnes ou mauvaises selon la volonté de ceux qui les convertissent
en moyens d'action. Ainsi, au lieu d'adopter cette vision anti-progrès, trouvons les
moyens efficaces qui permettraient de contrôler davantage les recherches et de
promulguer les lois interdisant toutes les formes de manipulations ou de
détournements de ces progrès. Conjuguons plutôt nos efforts en vue d'endiguer la
voie aux manipulateurs et aux profiteurs malhonnêtes ! Pour cela, il est bon de garder
toujours une lueur d'espoir en l'avenir car il semble que nous disposons encore d'un
grand nombre de solutions qui sont en mesure de contrecarrer les méfaits des excès
signalés. En effet, avec certains investissements, par exemple, les usines peuvent
cesser de polluer l'air et l'eau, les villes nouvelles peuvent être plaisantes, la
télévision est capable d'offrir de bonnes émissions et on peut construire sans gâcher
les plus beaux paysages, pour ne citer que quelques exemples qui nous touchent de
plus près.