Art 1 Le Paradoxe de L' Attractivité Durable Cas Du Maroc 1970-2014
Art 1 Le Paradoxe de L' Attractivité Durable Cas Du Maroc 1970-2014
Résumé :
*
LEREG-ERASE : Laboratoire d’Etudes et Recherches en Economie et Gestion - Equipe de Recherches
Appliquées en Sciences Economiques. FSJES, Université Ibn Zohr Agadir ; Mail : [email protected]
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Revue CREMA ISSN: 2351-7735 N° 7 / 2019
INTRODUCTION
L’attractivité associée au développement durable (DD) présente un nouvel impératif de la
dynamique territoriale : celui de l’« attractivité durable » (AD). Un objectif complexe. Un défi
commun pour les firmes et pour les gouvernements. Les premières sont soumises aux
contraintes de compétitivité globale. Elles recherchent des rendements anticipés
satisfaisants, nécessaires à la réalisation de leurs projets d’investissements : un intérêt
profondément privé. Les seconds affrontent des contraintes de développement. Ils visent,
par leurs politiques publiques, l’assurance d’objectifs socioéconomiques : un intérêt
exclusivement public. L’AD résulte justement de la coïncidence, sous conditions de DD, entre
ces deux types d’intérêts privés et publics, souvent divergents.
En principe, les conditions du DD sont cantonnées dans l’articulation de ses fondements
socioéconomiques et écologiques. La finalité d’une telle articulation étant de soutenir le
développement humain et, par là même, d’améliorer le bien-être des populations (UNCTAD,
1998 ; Nourry M., 2008 ; OCDE, (2001)). Elle cautionne « les besoins des générations
présentes sans compromettre ceux des générations futures » (Bruntdland G.H., 1987, p:51).
L’appréhension de l’impératif de l’AD s’inscrit dans cette même finalité.
Selon une approche statique, l’attractivité est une forme de coïncidence simultanée entre
les objectifs de deux catégories d’acteurs. D’un côté, les firmes, particulièrement
multinationales (FMN) ; d’un autre côté, les gouvernements du territoire d’implantation.
Cette coïncidence simultanée d’intérêts privés et publics forme l’accord d’attractivité :
l’action d’investir par la FMN dans un ou plusieurs sites sélectionnés.
C’est une approche néanmoins très limitée. Car, l’attractivité n'est jamais un acquis. Elle
est un processus dynamique révélant la capacité continue d’un territoire { intégrer 1 les
chaînes, de production et/ou de réalisation, de valeur des FMN. Ceci dans le but de les
ancrer et de les retenir durablement sur les sites de tel territoire, sous condition de
consolidation de la fonction-objectif nationale d'ensemble (Ait Bari A, 2007, 2015). Un
territoire est donc attractif lorsque l’un ou plusieurs de ses sites présentent continuellement
une offre d'attractivité inégalable que d'autres sites des autres territoires ne peuvent
concurrencer. Il présente, par ailleurs, une AD si la dite offre d’attractivité s'exprime dans
une logique de DD. Celle mettant en avant la contrainte de la durabilité d’exploitation des
ressources pour répondre plus justement aux besoins présents et avenirs de l’humanité.
Par conséquent, l’option, pourtant bien soutenue, de séduire et d’attirer un maximum de
projets d’IDE est révolue. Car, l’attractivité basée sur la seule approche quantitative peut
présenter des coûts sociaux et écologiques. Ainsi, les politiques et les mesures d’attractivité
devraient contenir, au de-là de la mise en valeur des performances attractives d’un
territoire, les contraintes du bien-être de ses populations, de leur qualité de vie dans un
environnement écologique sein (Vivien F.D. et Zuindeau B., 2001). Il s’agit d’appréhender
l’AD dans une logique de système. Un système incluant, en plus des objectifs économico-
financiers, les autres contraintes socio-écologiques, fondements majeurs du DD. Des
contraintes qui deviennent donc endogènes au processus d’attractivité. Elles n’y sont plus
de simples externalités ou variables explicatives.
Le Maroc s’est désormais inscrit dans cette lignée d’AD. L’accueil prévu de la COP 22, qui
se déroulera à Marrakech, affirme cette tendance. D’où la pertinence d’interrogations sur
l’AD du Royaume pour l’IDE. Comment l’attractivité marocaine et son DD s’influencent-ils
1
Cette intégration se fait par l'une ou l'autre des caractéristiques de localisation productives, marchandes, financières,
économiques, institutionnelles, politiques, humaines, socioculturelles, historiques, géographiques, … qui forment l’offre
territoriale attractive pour l’IDE.
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du DD. Les possibilités de réduction des émissions de gaz { effet de serre, qui sont d’ailleurs
importantes dans le cas des activités polluantes, s’en trouvent donc réduites (Géronimi V.,
Schembri P., 2002). De plus, si la dépendance à l'IDE est forte, surtout dans telles industries
polluantes à forte intensité énergétique, les émissions de dioxyde de carbone seront accrues
en aggravant ainsi les déséquilibres écologiques (Grimes P. et Kento J., 2003).
Par conséquent, concilier les objectifs de l’attractivité et de DD est un défi { la fois des
firmes et des nations. Un défi pour deux raisons.
D’une part, l’efficacité globale de la firme dépasse sa seule logique de profit maximal. Elle
contient aussi, en plus de sa grandeur économico-financière et technologique, d’autres
dimensions humaines, sociétales, culturelles et environnementales (Wolff D., 2010). Ainsi,
allant des normes communautaires et écologiques, aux exigences de responsabilité sociale
d’entreprise (RSE), de l’investissement socialement responsable (ISR)2 et passant par
l’éthique d’entreprendre, l’approche en termes de DD impose désormais aux firmes
l’impératif de « compétitivité durable » (Reynaud E., et al., 2011).
D’une autre part, les pouvoirs publics sont appelés { l’intégration réelle des besoins du
DD dans leurs politiques de développement, territorial en particulier. Si les gouvernements
encouragent la tendance des firmes vers la consolidation du DD, ils ne devraient plus –eux
aussi– négliger les contraintes socio-écologiques dans leurs politiques d’attractivité 3. Pour la
conception d’une politique d’AD pour l’IDE, il y’a donc une tendance naturelle {
l’encastrement des objectifs d’attractivité et de DD. Cet encastrement a bien aussi de
fondements théoriques.
En effet, une littérature foisonnante a montré l’importance de l’IDE dans la dynamique
des spécialisations des territoires. Son rôle est aussi crucial dans leurs mutations
socioéconomiques et même écologiques. Ses impacts sur le DD en particulier sont liés à
plusieurs aspects, selon les pays et les périodes considérées. Ils dépendent, entre autres, de
la nature même de l’investissement, de la stratégie de la firme qui l’engage, des qualités
attractives du territoire d’accueil, de ses différents acteurs et de leurs interactions, de ses
institutions et de leurs politiques. D’où la diversité des effets attendus de l’IDE et de leurs
intensités sur les territoires d’accueils. La relation théorique entre l’attractivité et le DD est
donc évidemment complexe. Car elle s’inscrit dans cette diversité d’impact.
En outre, la politique du DD exige des dépenses nécessaires de promotion et de mise en
œuvre. Du côté des investisseurs, c’est l’image et la compétitivité de leurs entreprises qui
sont en jeu sous-contraintes de telles dépenses en DD. Celles-ci réduisent, à première vue, à
court terme, les chances d’augmenter leurs marges financières, mais peuvent par la suite, {
moyen terme, améliorer leurs notoriétés ! Le gage de préserver l'environnement suivant des
pratiques de production et de distribution saines et écologiques est devenu une condition
incontournable de compétitivité des FMN. C’est pourquoi celles-ci, pour exploiter les
qualités attractives d’un territoire (accès au marché, matières premières, ...) honorent
souvent les normes réglementaires environnementales à la fois du pays d'origine et
d’accueil (Christmann P., et Taylor G., 2001, Rugman etal., 1999). De surcroît, cette attitude
se transmis aux autres acteurs du tissus productif local à cause des cadres réglementaires de
plus en plus homogène (Vogel D., 1995 ;Pauly L., et Reich S., 1997) ; ce qui permet une
2Les principes d'investissement responsable sont institués en 2007 dans un pacte entre principaux investisseurs. Un
cadre soutenu par les programmes des Nations Unies pour l’«Environnement-Initiative Financière ». Pour plus de
détails, le lecteur peut se référer à la brochure PRI sur le site : www.unpri.org
3
Desindicateurs de performance et de développement durable, sous forme de tableau de bord et de « SustainabilityReporting
Guidelines », sont désormais établispar des organismes de notation indépendants.L’image pays est y souvent captée non
seulement par les droits et libertés économiques, mais aussi par des mesures de performance environnementale et sociale, de
respect des droits de l'homme, du travail et de bonnes gouvernance comme celles d’anti-corruption.
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D’où la modification des conditions de concurrence territoriale et, donc, de la pertinence des possibilités de « Trade-Off »
entre territoires pour séduire les investisseurs. Ceci est d’autant plus vrai dans un contexte de crises, à la fois écologique et
économique, où les questions du DD et d’attractivité s’encastrent l’une dans l’autre dans le nouveau concept d’AD en
combinant les intérêts privés et publics, souvent divergents.
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etstatistiques5. Notre choix porte sur les statistiques de l’IDE. Elles sont publiées par la
CNUCED suivant une méthodologie assez approuvée et agréée au niveau international. Deux
indices, tous en moyenne annuelle, semblent pertinents. Le premier, l’indicateur "Inward
FDI Performance Index". Le second est l’"Inward FDI Potential Index". Nous privilégions ici le
premier pour approximer l’indice de l’attractivité . Ce dernier prend en compte, en plus
de l’aspect relatif de la position marocaine en matière d’IDE attiré, la taille économique
relative du Maroc :
: Indice d’attractivité du Maroc, année . : Flux entrants d’IDE au Maroc, année , corrigé des flux liés aux
programmes de privatisation6. : Flux entrants d’IDE au niveau mondial, année . : Produit intérieur brut
du Maroc, année . : Produit intérieur brut du Monde, année .
La part du Maroc dans l’accueil des flux mondiaux d’IDE entrant correspond exactement
à sa part relative dans le PIB mondiale si . Un indique une performance
attractive nette, alors qu’un marque une moindre performance attractive. En
corrigeant l’ des flux d’IDE liés aux privatisations qu’a connu le Royaume entre 1993-
2005, il est clair que les performances attractives du « site Maroc » ont été souvent en
dessous de sa taille économique relative.
Graphique 1 : Évolution de l’indice d’attractivité du Maroc pour les flux d’IDE hors-
privatisations, 1970-2014.
4
0
1970
1990
2010
1980
2000
-1
IA IA Hors-Privatisations
Sources des données : CNUCED-WIR et Direction des Entreprises Publiques et de la Privatisation, du Ministère de
l’Economie et des Finances marocain.
2.1.2. Mesures du DD
Comme l’attractivité, le DD souffre également de problème de pertinence de mesure
dans toutes ses dimensions économiques, sociales, culturelles et écologiques. Là aussi
souvent c’est l’utilisation des indices synthétiques qui domine les travaux de recherches 7. Ils
5
Nombreuses recherches académiques, de sociétés de conseils et d’institutions indépendantes (IMD de Lausanne, FEMD,
Université de Harvard, la revue Foreign Policy, Ernst & Young, AT Kearney, …) ont utilisé des indicateurs synthétiques très
différents et élaborés selon des méthodologies diverses.
6
La source des statistiques des privatisations est la Direction des Entreprises Publiques et de la Privatisation, du Ministère de
l’Economie et des Finances marocain.Les valeurs en DH sont convertis en $ selon le taux de change en vigueur (1970-2014),
base données de la CNUCED.
7
Des indicateurs simples sont également utilisés. On trouve notamment le Greendex de la National Geographic et Globescan
(Institut de sondage). Il capte le changement des comportements de « consommation durable et responsable » des
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consommateurs. On peut trouver aussi des tableaux de bord, moins synthétiques, mais plus au moins détaillés de certains
traits du développement durable.
8
Le PIB et sa croissance, de plus, n’intègrent pas les activités et services non marchandes, ou dont le prix est inférieur au coût
de revient (éducation, santé, sécurité,...), gratuites ou non rémunérées (travail à domicile ou tâches ménagères, services aux
voisins, aides aux nécessiteux, ...). Ils ne prennent pas en compte également les activités informelles comme les trafics non
déclarés (de prostitution, d’organes, de drogues, ...) et le travail clandestin.
9
L’IEV mesure, en pourcentage du PIB, la réelle appréciation/dépréciation de l’épargne d’un pays en tenant compte non
seulement de l’épargne nationale brute mais aussi de la consommation du capital fixe, des dépenses en éducation, de la
dégradation de l’environnement par les polluants et leurs effets sur les ressources naturelles.
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2,0
1,0
0,0
1970
1980
1990
2000
2010
ID IDH
∑ ∑
∑ ∑ ∑
∑ ∑ ∑
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∑ ∑
∑ ∑ ∑
∑ ∑ ∑
∑ ∑
∑ ∑ ∑
∑ ∑ ∑
{
Les termes ci-dessous indiquent le test normalisé respectivement en et :
;
;
.
3. RESULTATS ET ANALYSE
Deux types de valeurs critiques pour un niveau de signification sont calculées (Narayan,
2005). Le premier type suppose que l’ensemble des variables sont I(0). Alors que le second
admet qu’elles sont I(1). L’hypothèse nulle d’absence de cointégration est rejetée lorsque la
valeur du test statistique excède la valeur critique de la borne supérieure. Elle est acceptée
quand la F-statistique est inférieure à la valeur de la borne inférieure. Si la valeur de F-
statistique est comprise entre les deux bornes, le test est inconclusif. Le tableau 1 reporte les
valeurs de la F-statistique quand les variables et sont considérées comme
dépendantes.
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∑ ∑ ∑ ∑
∑ ∑ ∑
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significatifs, révélant ainsi l’absence de causalité de long terme allant des variables
explicatives vers les mesures de développement durable (ID et IDH). Ce résultat cadre avec
ceux de l’approche ARDL pour la cointégration.
Bref, à long terme, quatre résultats majeurs sont à souligner :
Le premier, l’indice de durabilité écologique, noté , affecte négativementl’indice
de l’attractivité (IA), cependant cet impact n’est pas significatif. Olszak E., (2010), a trouvé
aussi un même impact négatif, mais significatif, dans son étude portant sur un échantillon de
27 pays de l’Union Européenne. Il a conclué sur une corrélation négative entre les
indicateurs de l’attractivités qu’il a utilisé et ceux de la dimension environnementale du DD.
Il suppose et vérifie que l’attractivité d’un pays est d’autant plus grande que son EEest
élevée. Celle-ci, dans notre analyse, { biocapacité constante, dégrade l’indice de durabilité
écologique considéré, donc le DD, ce qui affecte positivement ,mais de manière non
significative d’après notre test, l’attractivité marocaine. Inversement un ID amélioré la
réduirait.
Tableau 2: Estimation du modèle ARDL(3,4,4,4,4,2,3,1) sélectionné par critère de Schwarz10
Relation de long
Variable Coefficient Ecart type t-statistique Probabilité
LID -1.600542 1.041419 -1.536885 0.1328
LIDH -3.173485 1.592626 -1.992611 0.0537
LINFRA -0.022940 0.319669 -0.071763 0.9432
LKH 0.703369 0.610110 1.152856 0.2564
LOUV 0.567977 0.805254 0.705339 0.4850
QISP 0.169915 0.223308 0.760900 0.4515
INF -0.043015 0.031017 -1.386829 0.1738
C -8.009071 4.413427 -1.814706 0.0777
Modèle à correction d’erreurs (dynamique de court terme)
D(IA(-1)) -1.518477 0.122678 -12.377745 0.0000
D(IA(-2)) -0.625998 0.076671 -8.164701 0.0000
D(LID) 4.977996 0.498543 9.985084 0.0000
D(LID(-1)) -7.864142 0.560097 -14.040678 0.0000
D(LID(-2)) -9.951919 0.683647 -14.557097 0.0000
D(LID(-3)) -7.031654 0.578269 -12.159836 0.0000
D(LIDH) -7.732651 1.249937 -6.186432 0.0003
D(LIDH(-1)) -21.798401 2.113321 -10.314761 0.0000
D(LIDH(-2)) -22.908808 1.785882 -12.827727 0.0000
D(LIDH(-3)) -20.295189 1.393953 -14.559449 0.0000
D(LINFRA) 4.711351 0.449985 10.470018 0.0000
D(LINFRA(-1)) -3.542680 0.388713 -9.113860 0.0000
D(LINFRA(-2)) -3.143923 0.428021 -7.345251 0.0001
D(LINFRA(-3)) -1.029951 0.298158 -3.454380 0.0086
D(LKH) -3.835842 0.331089 -11.585547 0.0000
D(LKH(-1)) 0.889262 0.242516 3.666818 0.0063
D(LKH(-2)) 0.449297 0.225434 1.993028 0.0814
D(LKH(-3)) -0.797710 0.227069 -3.513079 0.0079
D(LOUV) 3.043127 0.512908 5.933088 0.0003
D(LOUV(-1)) -1.111929 0.453879 -2.449835 0.0399
D(QISP) -1.011030 0.120976 -8.357287 0.0000
D(QISP(-1)) 0.559368 0.095139 5.879469 0.0004
D(QISP(-2)) 1.706947 0.143297 11.911913 0.0000
10
Voir annexe 4 pour les retards sélectionnés.
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Le second est que l’IDH affecte aussi négativementet significativement l’IA. Une hausse
de 1% de l’IDH entraîne une baisse de 0.0317de l’IA. Ce résultat n’est pas conforme aux
conclusions d’autres études, notamment celles de Rothman D.,(1998) exploitant un
échantillon de 52 pays, et de Boutaud A.,(2005). Ces auteurs, par exemple, ont bien trouvé
une corrélation positive forte et significative entre l’EE et le DD, mesuré tantôt par le PIB par
habitant tantôt par l’IDH. Boutaud (1998) a montré qu’un IDH croissant est associé à une
forte EE.Si l’on admet ce résultat, à biocapacité constante, cette forte EE dégraderait l’indice
de durabilité considéré dans notre étude et donc, par référence à notre premier résultat,
cela améliorerait l’indice de l’attractivité. Ce qui contredit le résultat de notre test.
L’amélioration de l’IDH au Maroc est dû essetiellement, selon le rapport de
développement de la PNUD 2105, au travail. Plus qu’un emploi, c’est une valeur rendant au
citoyens leur dignité notamment via l’assurance des dépenses de santé et d’éducation, des
moyens de subsistance et donc un niveau de vie meilleur. Le droit de travail et des mesures
de protections sociales ont été mises en place et renforcées dans le Royaume. En plus des
salaires qui ont amorcer leur hausse avecle développement qu’a connu ce dernier, les
charges de protection sociale, désormais obligatoire pour les entreprises, amplifie les coûts
salariaux. Le déterminant majeur de l’IDE { stratégie verticale, modalité d’implantation la
plus répondue au Maroc durant la période étudiée, n’opère plus dans son attractivité. Une
hausse des salaires (donc de l’IDH) serait même un élément répulsif pour ce genre d’IDE
vertical pour le pays.
Le troisième montre que les effets des autres variables, sauf celle de l’infrastructure,
sont tous théoriquement attendus ;mais ils ne sont pas significatifs à long terme.
Le quatrième, annonce un terme d’erreur (ecm(-1)), qui traduit la vitesse de
convergence vers l’équilibre de long terme, bien négatif et significatif ; ce qui prouve
l’existence d’une relation de long terme stable.
Quant au court terme, les résulats des estimations des équations (2) et (3) montrent
aussi l’absence d’une causalité de court terme allant de l’IA vers l’ID et vers l’IDH11 :
l’attractivité du Maroc pour l’IDE, durant la période 1970-2014, n’a pas affecté son
développement durable. Dans un volet écologique, cette absence de causalité s’expliquerait
par la structure de ventillation sectorielle des IDE. Celle-ci montre l’importance des flux
accueillis classiquement dans l’immobilier, les télécommunication et multimédias, le
tourisme, les métiers financiers de banque et d’assurance, le textile, le commerce et plus
récemment dans l’offshoring et les énérgies renouvelable. L’IDE a investi également
l’industrie marocaine mais il s’est concentré traditionnelement dans l’agroalimentaire et
11
Les résultats de ces estimations ne sont pas reportés afin d’éviter de surcharger le document.
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plus récemment dans l’automobile et l’aéronautique. La part des IDE dans l’extraction
minière, activité souvent polluante, et dans l’exploitation d’autres richesses naturelles,
d’habitude dégradant l’environnement et la biodiversité, est peu significative dans le
Royaume, qui a instauréen plus la charte de l’environnement depuis 2010.
Par contre, la dynamique de court terme plaide pour une causalité (de court terme)
allant des variables explicatives, notamment l’ID,l’IDH et les autres variables, vers l’IA. A cet
horizon temporel toutes les variables ont un impact significatif. Les effets des variables de
développement durable (ID et IDH ) sont, ici aussi, négatifs sur l’attractivité : une
consolidation des efforts de DD, en augmentant l’ID et l’IDH, au Maroc avaient un effet de
court terme répulsif sur l’accueil de l’IDE.
Finalement, nous concluons donc sur une sensible altérité entre l’impératif du DD du
Maroc, mesuré dans ses dimensions socioéconomique et écologique, et celui de son
attractivité. Deux objectifs, de politiques publiques, divergents à concilier ! Un vrai paradoxe
d’«attractivité durable ».
CONCLUSION
Une fois justifier leconcept d’« attractivité durable », l’article étudie et analyse la
relation entre l’attractivité du Maroc pour l’IDE et son développement durable, durant la
période 1970-2014.
Au départ, après avoir esquissé les fondements théoriques d’une telle relation, un
modèle ARDL a été spécifié et estimé. Lorsque les indices de DD utilisés, { savoir l’ID et
l’IDH, sont considérés comme variables { expliquer, l’hypothèse nulle d’absence de
cointégration n’a pas été rejetée.L’approche ARDL a justifié, quand l’IA est considéré comme
variable dépendante, l’existence de relation de long terme entre l’attractivité du Royaume et
les dimensions socioéconomiques et écologiques de son DD. Elle a montré la présence de la
causalité au sens de Granger.
Ensuite, le modèle retenu est donc transforméen ECM, qui s’est révélé très significatif,
afin d’appréhender les paramètres de la dynamique de court termeassociée { la relation de
long terme. Les résultats des coefficients ont confirmé la conclusion de l’approche ARDL. Le
coefficient du terme de correction d’erreur est négatif et statistiquement très significatif. Il a
signalé une vitesse de convergence vers l’équilibre de long terme qui est relativement faible
mais stable. Une causalité de long terme significative, véhiculée par le terme de correction
d’érreur allant de la variableIDH, est détectée vers la variable d’attractivité ; mais non vers
celles du développement durable (ID et IDH). Résultat qui cadre avec ceux de l’approche
ARDL pour la cointégration : l’attractivité du Maroc pour l’IDE, durant la période 1970-2014,
n’a pas affecté son DD, peut être à cause de la structure de ventillation sectorielle des IDE
vers des activités non ou peu polluantes.
Au final, à long terme, les tests ont montré que l’ID affecte négativement l’IA, cependant
cet impact n’est pas significatif. L’IDH influence négativement et significativement l’IA. Les
effets des autres variables ne sont pas significatifs à long terme. Par contre, toutes les
variables ont un impact significatif à court terme sur l’IA. A cet horizon temporel, les effets
des variables de DD sont, ici aussi, négatifs sur l’IA : elles exercent plutôt un effet répulsif. Le
DD est donc une contrainte exogène dont il faut tenir compte dans la conception d’une
AD du « site Maroc ».Alors que l’attractivité du Royaumen’affecte et ne cause pas son DD. Au
Maroc, attractivité et DD sont deux objectifs, de politiques publiques, divergents à concilier !
Un vrai paradoxe d’«attractivité durable ».
Bien évidemment cette conclusion est à considérer avec précaution. Cela pour quatre
raisons majeures. Les résultats d’estimation sont { relier au nombre relativement faible des
observations associées avec huit variables. Les indices, souvent synthétiques, et données
exploitées ne sont pas sans biais de mesure pour approcher des phénomènes complexes :
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ANNEXE 1.
Données : variables, codes, sources
Variables Codes Sources
Indice d’attractivité IA CNUCED (UNCTAD, WIR)
Indice de durabilité écologique ID Global FootprintNetwork's National Footprint
Indice de développement humain IDH PNUD, WDI, Banque Mondiale
Capital humain KH UNESCO Institute for Statistics
Inflation INF Banque Mondiale
Infrastructure INFRA Banque Mondiale
Ouverture commerciale OUV OMC
Qualité des Institutions Sociopolitiques QISP Freedom Housse
ANNEXE 2.
Résultats du test ADF
38
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39
1.36
1.38
1.40
1.42
1.44
1.46
1.48
1.50
1.52
1.54
ARDL(3, 4, 4, 4, 4, 3, 2, 1)
ARDL(3, 4, 4, 4, 4, 3, 1, 4)
Revue CREMA
ARDL(3, 4, 4, 4, 4, 3, 2, 2)
ARDL(3, 4, 4, 4, 4, 3, 1, 1)
ARDL(2, 4, 4, 3, 0, 3, 4, 3)
ARDL(3, 4, 4, 4, 4, 3, 3, 1)
ARDL(3, 4, 4, 4, 4, 4, 2, 1)
ARDL(3, 4, 4, 4, 4, 3, 2, 4)
ARDL(3, 4, 4, 4, 4, 4, 1, 4)
ARDL(3, 4, 4, 4, 4, 3, 2, 3)
40
ARDL(2, 4, 4, 3, 0, 4, 4, 3) ANNEXE 4.
ANNEXE 3.
ARDL(3, 4, 4, 3, 4, 3, 1, 1)
ARDL(3, 4, 4, 4, 4, 3, 3, 2)
ISSN: 2351-7735
ARDL(2, 4, 4, 4, 0, 3, 4, 3)
Schwarz Criteria (top 20 models)
ARDL(2, 4, 4, 3, 0, 3, 3, 3)
Courbes de CUSUM et de CUSUMQ
ARDL(3, 4, 4, 3, 4, 3, 1, 4)
ARDL(3, 4, 4, 4, 4, 4, 1, 1)
Nombre de retards sélectionnés à l’aide du critère SIC
ARDL(3, 4, 4, 4, 4, 3, 1, 3)
ARDL(3, 4, 4, 4, 4, 4, 2, 2)
ARDL(2, 4, 4, 3, 1, 3, 4, 3)
N° 7 / 2019