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tS | Musique
Les instruments de musique dans le monde. Tome 1
Soucieux de répondre & une curiosité de plus en plus mani-
feste pour toutes les formes de culture et d’expression musi-
cales & travers le monde, ce livre propose une connaissance
concréte — histoire, facture, techniques de jeu — des instru-
ments de musique tels quis furent ou sont encore u
dans les civilisations les plus variées. Un tel propos conduisait
& abolir Pabsurde ségrégation entre les instruments des
musiques ¢ populaires » et « savantes », en méme temps qu’a
donner leur juste importance 4 nombre d’instruments extra-
‘européens encore trop mal connus.
Ce tome 1 comporte, outre une introduction indispensable
aux systémes de classification des instruments et A quelques
notions d'acoustique, les chapitres relatifs aux instruments a
percussion (du baton de rythme & la timbale d’orchestre) et
aux instruments @ cordes (de ’arc musical au piano de concert);
les autres catégories @instruments figurent dans le tome
suivant.
Frangois-René Tranchefort
‘A déja publié ?Opéra ; tome I. D’Orfeo d Tristan et tome II.
De Tristan a nos jours, dans la méme collection.
ee
ISBN 2.02.005694-1
Sa Vel.0@'
Francois-René Tranchefort
Les instruments
de musique
dans lemondeDU MEME AUTEUR Frangois-René Tranchefort
AUX. MEMES EDITIONS
oe Les
= instruments
de
musique
*
Editions du SeuilEN COUVERTURE
Georges Rhoner, Mozart (coll. de Vartiste).
Photo Lauros-Giraudon © ADAGP.
san 2-02-005694-1 (édition complete).
spn 2-02-005689-5 (tome 1).
© Editions du Seuil, 1980.
a loi du 11 mars 1957 interdit les copies ou reproductions destinges&
‘ne ullsaion collective. Toute representation ou Feproduction inter
left parquclaveprocede aus ce sit, sens I consentement
‘¢ Pauteur ou de ses ayants cause, et litte et constitue une conte
fagon sanctionne par lesartcies 425 et suivante du Code pénal.
aa
aw“
Avant-propos
‘Musiques. primitives, traditionnelles, folkloriques : autant de
musiques « différentes » découvertes, souvent avec pession, par un
tout nouveau public — jeune et de curiosité ardente pour des cultures
‘et des formes d’expression musicales hier encore si mal connues en
Occident *
Simultanément, de trés officielles statistiques révéleat un engoue-
ment sans précédent, dans nos sociétés, pour toutes les pratiques
instrumentales : non seulement celles du piano, de la guitare ou des
orgues électroniques, mais celles d’instruments anciens et des mul-
tiples folklores régionaux; et l'on s’initie dans ’enthousiasme au jeu
de quelque luth oriental, ou a celui des percussions d’Indonésie.
Mieux — nos compositeurs utilisent parfois ces instruments, ou
cherchent & reproduire leurs sonorités *
Le juste propos de ce livre apparait moins dans son titre que dans
Vintention qui I’a inspiré, et qui — nous espérons — se découvrira
au fil des pages : fournir au lecteur les moyens dune connaissance
conerére des instruments de musique en tant que « machines » &
faire des sons, « Machines » dont il est banal de remarquer combien
Je mélomane méme averti — plus attentif aux sonorités qu’elles, pro-
duisent qu’a leur histoire, 4 leur facture, de méme qu’a la technique
1. Et qui, & dire vrai, constituaient un domaine « réservé » de 'ethnomusi-
cologie. D'emblée, toutefois — et bien que les définitions en la matiere prétent
encore a discussion —, il convient de préciser. Les musiques dites « primitives »
sont celles des cultures qui ignorent Tecriture (ce qui ne signifi pas qu’elles
ne puissent étre, en bien des cas, fort élaborées). On réserve l'appellation de
« fotkloriques » a des musiques également de tradition orale, mais propres aux
cultures avancées — et qui se sont développées parallélement 4 leurs musiques
savantes: on les nomme done parfois « populaires ». Enfin, les musiques « tra-
ditionnelies » — le terme sapplique tout particuliérement au domaine extra-
européen — sont les musiques savantes des civilisations de haute culture, et,
par conséquent, ne peuvent étre confondues avec les. précédentes.
2. Notons ici que Debussy — parmi les premiers — stest interessé aux game-
Jans javanais lors de VExposition universelle de Paris, en 1883.8 Avant-propos
instrumental proprement dite — se préoccupe peu. Or, aux mains
du musicien, "instrument de musique est d’abord un outil dont le
maniement plus ou moins habile détermine l'efficacité; outil — note
J, Bran-Ricci — qui... « a la méme importance fonctionnelle que
‘celui du menuisier. I! est construit pour émettre des sons comme
le rabot pour amincir et aplanir le bois; comme celui-ci, il a des
services bien précis rendre’ ». Et, s'il est parfois un objet d’art,
C'est par surcroit; dans toute histoire de la facture instrumentale,
ares sont les instruments purement gratuits, qui figurent en général
parmi les « curiosités ».
‘Attaché done, & décrire les instruments de musique dans le
monde — des plus simples aux plus perfectionnés —, nous nous
sommes peu soucié d’en établir le catalogue exhaustif. Aux ambitions
encyclopédiques, nous avons préféré le choix d’instruments qui nous
paraissaient représentatifs dans toutes les « familles » connues ou qui
se signalaient par quelque singularité de leur facture, parfois de leur
jeu. On observe, dans I’évolution des sociétés humaines, que celles-ci
n’ont qu’exceptionnellement inventé leurs instruments de musique,
mais les ont accueillis parmi héritage des plus anciennes civilisations
pour les adapter, les transformer quelquefois suivant leurs godts et
leurs besoins. Nous avons donc tenu compte des influences et des
parentés, selon des aires géographiques et culturelles déterminées;
dis lors, les différents chapitres de ce livre consacrés a telle ou telle
famille — ou catégorie — d’instruments peuvent étre lus comme
des monographies successives. Mais, grdce a l'index joint en fin de
volume, on peut aussi consulter rapidement cet ouvrage pour un
instrument précis et pour ceux d’un méme lignage.
Insistons encore sur un point : il s’imposait d’abolir toute hiérar-
chisation des instruments — c’est 1d une grande legon de l'organo-
logie contemporaine. Ainsi, l'observation des factures instrumentales
a travers le monde conduit-elle a dénoncer l'absurdité d'une ségré-
gation — trop longtemps admise — entre instruments « savants »
et instruments « populaires »; importance organologique d'une
flate de Pan mélanésienne n’est pas moins évidente que celle de l'orgue
en Occident. On constatera qu’a l'une et & l'autre nous accordons un
intérét Equivalent (et, par conséquent, un nombre de pages sensible-
ment égal) — méme si, & premiére vue, tel instrument familier de
notre pratique occidentale parait injustement défavorisé.
I. Seience de la musique (article « Instruments de musique »); v. la biblio-
graphic, en fin du tI.
Avant-propos 9
La conception ni la rédaction de ce livre n’eussent été possibles
sans la constante référence & des auteurs réputés comme les meilleurs
spécialistes. Citons nos sources. Trois auteurs notamment nous ont
fourni une aide précieuse dans la vérification des origines de tel
instrument, dans la description des particularités de facture de tel
autre, ou dans celle de ses emplois hier et aujourd’hui. André Schaeff-
ner, d’abord, et son ouvrage Origine des instruments de musique, déja
ancien, mais qui demeure un modéle de Ja réflexion musicologique
oi domine un souci de I’analyse la plus minutieuse suivant les cri-
téres de I’ethnologie contemporaine; Alain Daniélou, d’autre pai
en tant que maitre d’euvre de la collection « Les traditions musi-
cales », collection qui comporte un ensemble d’études de haute qua-
lité publiées sous le patronage du Conseil international de la musique,
et qui constitue la plus sre introduction & différentes cultures musi-
cales & travers le monde ainsi qu’a leurs pratiques instrumentales *;
Mare Honegeer, enfin, sous la direction duquel ont paru deux volumes
de Science de la musique — remarquable dictionnaire réunissant
quelque trois mille articles consacrés notamment A la technique et
aux instruments —, qui ont été consultés en maintes occasions
Ainsi avons-nous souhaité présenter au lecteur une information qu’au-
thentifient les plus solides garanties.
1. V. Ja bibliographie, en fin du t. 11,
2, En particulier, nous sommes redevables & H.-H. Touma (musique arabe),
1. Vandor (Tibet), Tran Van Khe (Vietnam) et P. Landy Gapon); pour l'en-
semble des titres et references de eeite collection, v. la bibliographic, en fin du
“3.°Y. Ja bibliographie, en fin du t. ILNotions d’ acoustique
appliquées aux instruments
de musique
Lracoustique est « la science de la génération, de la propagation
et de l’audition des sons » (E. Leipp); le champ d’investigation est
donc immense, liant acoustique non seulement aux mathématiques
et a la physique, mais aussi a la physiologie',
Les instruments de musique sont — avec la voix humaine * —
les outils producteurs de sons musicaux : c’est donc, au premier
chef, le phénoméne de la « génération » des sons qui nous intéresse
ties brigvement ici. Les instruments de musique soat le siége de
vibrations — ensemble complexe de mouvements périodiques qui
sont propagés dans I’air pour atteindre notre oreille. Ces mouvements
peuvent étre visualisés graphiquement par des oscillations autour
d'une position d’équilibre; scientifiquement on les définit par les
notions d’amplitude, de période et de fréquence :
© L'amplitude désigne la distance qui s’établit — pour un point de
vibration donné — entre sa position de repos et celle de son écart
maximal.
* La période est la durée d’une vibration complete — la fréquence
représentant le nombre de vibrations complétes par seconde (se
mesurant, par conséquent, en périodes/secondes *).
L’observation du comportement des corps sonores pendant leur
vibration met en évidence la production de sons « foadamentaux »
et de sons « harmoniques » : par exemple, si l’on attaque une corde
Cresta-dire a l'étude du systeme auditif humain : le son est une sensation
comme la saveur ou Iodeur —, et n'existe que dans lorgane de l'oule
Crest done improprement que nous’ appelons « son » Te phénoméne physique
ui Tui donne nalssance.
2. Ou'on classe conventionnellement parmi les instruments « & vent »; on
sait cependant que, dans l'appareil phonatoire, le courant d'air expiré n'est
pas essentiel a la production du son.
3. Pour des informations complémentaires, nous renvoyons le lecteur qui
sefait intéressé &'R. de Candé, Dictionnaire de musique, articles « Acoustique >
et « Harmoniques » (Ed. du’ Seuil, Paris, 1961).12 Notions d’acoustique
avec un archet, un plectre ou les doigts, cette corde vibre librement
sur toute sa longueur; il se forme, en son centre, un « ventre » de
vibration qui représente les points d’amplitude maximale, et, &
chaque extrémité, un « nozud » qui correspond aux points d’amplitude
nulle; le son obtenu est Ie son fondamental de la corde. Mais si, de
autre main, on effleure cette méme corde en des endroits représentant
la moitié, Ie tiers, le quart, etc., de sa longueur, on crée artificiellement
des nceuds de vibration, et la corde vibre en se divisant en deux, trois,
quatre, etc., parties égales — produisant des sons d’une douceur
particuligre que l'on appellera sons harmoniques
Les sons harmoniques sont principalement utilisés dans Ie jeu
des instruments A cordes; mais ils ne sont pas absents dans celui
des instruments A vent (bien qu’ils ne présentent plus le méme carac-
tere exceptionnel que sur les instruments a cordes, et ne soient pas
qualifiés d° « harmoniques » dans le langage courant); enfin, une
oreille exercée pourra percevoir aisément les premiéres harmoniques
du son d'une cloche ou d’un gong (bien que — dans le cas des per-
cussions — on n’enregistre généralement que le son fondamental
‘comme une unité sonore précise).
L’acoustique fait intervenir enfin les notions de hauteur, d’inten-
sité et de timbre, qui définissent les trois qualités d'un son musical;
mais ces qualités ne sont que les effets d’un ensemble de conditions
physiques et psycho-physiologiques dont I’analyse s’avére complexe.
En simplifiant, on dira que :
© La hauteur d’un son dépend de sa fréquence : aux sons graves
‘correspondent de basses fréquences, aux sons aigus des fréquences
plus élevées (les sons audibles se situent lintérieur de certaines
limites, qui peuvent également varier de fagon importante d'un
individu a un autre).
¢ Lintensité désigne la force du son, proportionnelle & l'amplitude des
vibrations; mais si I’intensité physique se mesure objectivement,
Vintensité pergue demeure purement subjective et dépend notam-
ment du contexte de l’audition (ce qui fait parler le plus souvent
de « niveau sonore »).
@ Le timbre, enfin, est une qualité tres spécifique dont la définition
parait presque superfiue : c'est par elle que nous identifions cou-
1, C’est-t-dire correspondant aux harmoniques du son_fondamental. Cette
série des harmoniques est souvent désignée par le terme impropre de « réso-
hance »; or, la résonance est Ia denomination scientifique de ce que les musiciens
appellent vibration « par sympathie » (v. le lexique en fin du t. 11).
Notions d'acoustique 1B
ramment la nature de la source sonore; il s'agit néanmoins d’une
réalité acoustique complexe ot doivent étre prises en compte les
composantes harmoniques du son, ainsi que son intensité relative
‘ou ses modes d’attaque et d’extinction }; les matériaux qui entrent
dans la fabrication d’un instrument exercent également une influence
sur le timbre de ce dernier.
1. Un son ne commence nine s'éteint brusquement, avec toutes ses quaités
sa taissance et sa dsparition — phenomenes transitoies de durée variable —
jouent un role important Gans ies sensations auditives; st le timbre, en cht,
perma do resonate un instrument et de fe dtinguer dun autre ~ de pe
out A fat voisin i devient souvent dificite d'ideniner cst instrument qua
‘on coupe I’attaque ou I’extinction du son qu’il émet. CoeLa classification
des instruments de musique
L’organologie — « science des instruments de musique », a ce
titre considérée comme une branche importante de la musicologie
— recouvre, pour I’essentiel, trois domaines d’étude*. Le premier
est celui de la recherche des origines et des filiations, laquelle s‘appuie
principalement sur les données de |’ethnologie et de l’anthropologie;
un auteur comme A. Schaeffner a dressé un remarquable tableau
de la genése des instruments de musique @ travers le monde. Le
deuxiéme champ de recherche est I’étude pratique des instruments
qui s’attache a leur description matérielle, notamment aux parti-
cularités de facture et aux différentes techniques de jeu : cette partie
de l’organologie a aussi ses classiques — tel le traité de M. Praeto-
tius, De organographia, qui date des premiéres années du xvii® siécle*.
Les descriptions actuelles s’enrichissent des procédés mis en ceuvre
dans Tobservation des objets d’art (des rayons X A la macrophoto-
graphie); d’autre part, elles situent volontiers dans une perspective
sociologique l’instrument et I’instrumentiste, qu’elles replacent
dans leur contexte.
La classification des instruments constitue le troisitme domaine
de l’organologie. Il découle, en vérité, des deux précédents et a
suscité nombre de controverses entre spécialistes — aucun systéme de
classification absolument cohérent n’étant parvenu 2 épuiser une
matiére instrumentale extrémement riche, et toujours en évolution.
Etablis selon divers critéres théoriques ou pratiques, ces systémes.
1. Décrits, en particulier, avec une grande précision par J. Bran-Rieci'dans
Particle « Organologie » de Science de la musique (v. la bibliographic, en fin
du t I; une partie du présent chapitre s‘inspire directement de est article.
2. Ce ctlébre traité présente en particulier un Theatrum ins'rumentorum —
série de gravures constituant une iconographie proprement « scientifique >» qui
respecte a la fois les proportions et la perspective; cette iconographie Tut sans
doute la premiére du genre et reste d'un prix inestimable (v. Vencadré « Grands
traités d’organologie »)16 La classification des instruments
conservent leur validité dans le cadre d’une civilisation ou d’une
époque donnée : celui de la Chine ancienne, par exemple, ou — pour
V’Europe de la Renaissance — celui élaboré par un M. Agricola.
Aujourd’hui, néanmoins, c’est la classification congue par E. von
Hornbostel et C. Sachs en 1914 qui, par sa logique et l’exactitude
de sa terminologie, s’est communément imposée; malgré les nouveaux
principes de classification proposés plus tard par A. Schaeffner, les
grandes catégories définies par Hornbostel et Sachs furent adoptées
par l’ethnomusicologie, et ont inspiré les travaux les plus récents
et toujours en cours : une commission du Conseil international des
musées s'est, en effet, donné pour tiche le catalogage de tous les
instruments de musique selon des normes universellement admises
et reconnues.
Quelques grands systémes de classification
Le systime chinois
La culture musicale chinoise, qui — selon la tradition — s'est
manifestée dés le 1v° millénaire avant notre ére, a élaboré la plus
ancienne classification qui soit parvenue 4 notre connaissance. Cette
classification est reliée A un systéme musical complexe mais parfai-
tement cohérent dont I'influence a été déterminante dans tout
\'Extréme-Orient; systéme qui repose la fois sur des concepts
mythiques (avec de multiples relations A des idées morales ou cosmo-
goniques, peu familiéres & des esprits occidentaux), et — pour ce qui
concerne les instruments de musique — sur l"observation pratique
des matériaux de résonance.
Ainsi les instruments chinois ont-ils été de tout temps divisés en
huit classes — d’aprés les matiéres principales dont ils sont fabriqués :
le métal (les cloches, les gongs, les cymbales, le tambour de bronze,
la trompette...);
© Ia pierre (les lithophones ou la fldte de jade...);
Ia terre (V’ocarina, les tambours en terre...);
# Ie bois (les claquettes, le tambour de bois, le hautbois...);
# le bambou (la fldte de Pan, les fidtes droites et traversiéres);
La
=
classification des instruments
Quelques grands traités d’organologie
‘Traités anciens
Crest & partir du xvre sicle qu’ont &t& publiés les premiers grands
‘taités pratiques d’organologic, rédigés en langue vulgaire (alle-
‘mande) et par la méme rendus accessibles au plus grand nombre;
ainsi les deux traités de :
SEBASTIAN ViRDUNG, Musica getutscht (paru a Bale en 1511);
MARtIN AGRICOLA, Musica instrumentalis deutsch (édité & ‘Witten-
berg en 1528).
A leur suite, mais écrit en latin, parut :
‘Ornmak NACHTIGALL (dit Luscinius), Musurgia seu praxis musicae
@ Strasbourg, en 1536)
De grands «classiques» voient le jour au xvnsiécle; on citera surtout:
MicHAEL PRAETORIUS (non seulement théoricien, mais grand compo-
siteur luthérien), Syncagma musicum, Il. De organographia (a Wol-
fenbiitel, en 1618/1619);
Pine MARIN MeRsenne (mathématicien et philosophe), L’ Harmonie
tuniverselle (t Paris, en 1636/1637)
Preene Tricuer (in simple amateur de vaste culture), Traité des
instruments de musique (vers 1640)*;
‘ATHANASIUS KIRCHER (jésuite et savant allemand), Musurgia uni-
versalis (a Rome, en 1650).
‘Au xvi? sigcle, signalons en particulier :
de I'Italien F. Bonanni, Gabinetto armonico (publié & Rome en 1722)
1723);
des Frangais Diderot et d'Alembert, la section Luserie de leur
célebre Encyclopédie (parue & Paris entre 1751 et 1778).
‘Traités modernes
Aucun ouvrage important ne s’impose durant le xix° siécle —
siT’on excepte celui du belge Mahillon, dont la parution cependant
rhe commence que dans Jes années 1890, et ne sera achevée que dais
le premier quart du xx° siécle :
Victor MAHILLON, Catalogue deseriptif et analytique du musée ins-
trumental du Conservatoire royal de musique de Bruxelles (publi¢ &
Gand en 1893 et complété jusqu’en 1922, en cing volumes).
Quant aux grands traités modernes, ce sont ceux de :
Curr Sacus, Reallexikon der Musikinstrumente (Berlin, 1913), puis
Geist und Werden der Musikinstrumente (Berlin, 1929);
Eric Von Hornaostet. et Curt Sacus, Systematik der Musikins-
trumemte (paru en 1914 dans les Annales allemandes d’ethnologie)...
Et louvrage qui demeure fondamental
ANDRE SCHAEFENER, Origine des instruments de musique (Paris, 1936).
1. Ouvrage récemment réédité par les soins du musicologue Fr.
Lesure (¥. 1a bibliographie, en fin du t. 11). — 2. Ibid.
W18 La classification des instruments
# Ia calebasse (l'orgue bouche);
‘* Ia peau (les nombreuses variétés de tambours);
# Ia soie (c'est-i-dire les cordes : les cithares, Iuths et vidles).
Les systimes occidentaux
En Occident, les auteurs de traités anciens — M. Agricola au
xvt'siécle, P. Trichet ou le Pére Mersenne au siécle suivant — n’eurent
d’autre commune préoccupation que’ de décrire les instruments de
leur temps. Plusieurs systémes de classification furent néanmoins
proposés, qui — traditionnellement — distribuaient les instruments
en cordes pincées, cordes frottées, vents et percussions. Il fallut
attendre V. Mahillon et son Catalogue descriptif et analytique du
musée instrumental de Bruxelles pour voir paraitre, & partir de 1893,
une classification plus rigoureuse, fondée sur le mode de mise en
vibration en méme temps que sur la nature de la matiére vibrante;
cette classification — perfectionnée — devait inspirer le systéme de
Hornbostel/Sachs — le premier, on I’a dit, susceptible d°étre appliqué
sans lacunes graves & tous les instruments connus dans le
monde,
Organisée suivant le systéme numérique de Dewey, cette classi-
fication (1914) comporte quatre grandes divisions
*# Les idiophones (« le son est produit par la matiére méme de I’ins-
trument, grice A sa solidité et & son élasticité, sans qu’on ait
recours a la tension de membranes ou de cordes »).
* Les membranophones (« le son est produit par des membranes
fortement tendues »).
* Les cordophones (« une ou plusieurs cordes sont tendues entre des
points fixes »).
# Les aérophones (« l’élément vibratoire primaire est lair lui-méme »).
Les subdivisions s’opérent suivant un certain nombre de critéres,
parmi lesquels — pour les cordophones exceptés — un des plus
importants est le mode d°ébranlement (frappe directe ou indirecte,
secouement, grattement, friction, pilonnage, etc.)
S‘inspirant de principes sensiblement identiques, la classification
suggérée par A. Schaeffner (1936) a cependant apporté des notions
entiérement originales, en particulier dans la catégorie des idiophones
(extrémement détaillée, en raison méme de leur profusion dans les
sociétés dites primitives); cette classification est basée sur une divi-
La classification des instruments 19
sion en deux grandes catégories : instruments corps solide vibrant,
instruments a air vibrant.
La premiere catégorie se distribue en trois groupes :
© Instruments a corps solide non susceptible de tension (une majo-
rite des idiophones).
© Instruments a corps solide flexible (quelques autres idiophones).
‘ Instruments & corps solide susceptible de tension (les cordophones,
Jes membranophones).
La seconde catégorie englobe tous les instruments aérophones.
Enfin, le musicologue allemand A. Buchner a proposé, plus récem-
‘ment, la répartition des instruments en idiophones (la source sonore
étant une masse élastique), aérophones (la source sonore est lair
limité par les parois de I’instrument) et symphones (la source sonore
est une matiére rendue élastique par tension artificielle); cette der-
nigre catégorie recouvre a la fois les instruments & membranes et
tous les instruments & cordes. Mais — quel que puisse étre I'intérét
de cette derniére tentative de classification — c’est principalement
celle établie par Hornbostel/Sachs qui inspire la présentation géné-
rale des instruments de musique dans ce volume.Nota bene
Chiffrage des notes
Afin d’indiquer l’étendue de tel ou tel instrument, les noms des
notes sont affectés de chiffres — ou indices — qui précisent leur
‘emplacement parmi les différentes octaves constituant I'échelle sonore
pratique. C'est I'usage frangais qui est adopté dans ce livre; il est
Je suivant :
On notera que ces indices, qui s’appliquent A l’échelle tempérée
de la musique occidentale (v. le mot « échelle » au lexique), ne
fournissent souvent que des approximations pour beaucoup d’ins-
truments a travers le monde.
Illustrations
Le lecteur voudra bien remarquer qu’un grand nombre d’illus-
trations donnent a voir les instruments des musiques extra-euro-
péennes ou, lorsqu’il s’agit du domaine européen, des instruments
des musiques dites « populaires ». On n’a pas hésité — puisqu’il
fallait faire un choix — & leur sacrifier la plupart des instruments
de lorchestre occidental, pensant: que ces derniers étaient mieux2 + Nota bene
connus au moins dans leur aspect extérieur; et puis, il suffit d’aller
au concert...
On a préféré aussi les dessins & des photographies (celles-ci parais-
sant plus appropriées pour montrer les instruments entre les mains
de musiciens) : le dessin est souvent plus clair, plus « descriptif »,
et, supportant la retouche, a permis trés souvent la mise en valeur
de tel ou tel détail de facture sur lequel insiste Ie texte.
Lexique
Le lecteur, enfin, trouvera en fin du tome II un petit lexique lui
donnant des définitions aussi concises que possible pour des termes,
parfois techniques, couramment utilisés dans cet ouvrage.
Les instruments
a percussionPrésentation
Batons de rythme et tambours de bois
Hochets, sistres et sonnailles
Claquettes et castagnettes
Les cymbales
Les gongs
Les cloches
Les lithophones
Xylophones et métallophones
Guimbardes et sanzas
Racles et autres instruments a friction
Les tambours
25
a
34
42
46
50
RAESRR
93
Du baton de rythme & la timbale d’orchestre
Les instruments & percussion sont trés probablement les premiers
objets sonores que I’homme ait créés & des fins de bruitage et pour
rythmer le temps : temps — collectif et ritualisé — des travaux
journaliers ou des fétes saisonniéres, qu’accompagnaient déja de
simples battements de mains ou le martélement des pieds*. Leur
origine asiatique ou afticaine confirme, en bien des cas, la suprématie
de ces instruments dans les sociétés primitives : leur réle magique et
incantatoire y est trés nettement marqué — en méme temps que
leur fonction sociale et pratique (transmission de messages, par
exemple). Leur importance demeure considérable dans la plupart
des civilisations musicales traditionnelles — de l'orchestre de Cour
Japonais « gagaku » et du théatre d’ombres de Malaisic aux ensembles
‘de musique savante ou populaire du monde arabe. Largement répan-
dus dans I’Antiquité orientale et gréco-romaine, ils n’ont joué, dans
V'Europe médiévale et de la Renaissance, qu'un réle secondaire
— presque exclusivement militaire aux xvn® et xvm® siécles — pour
connaitre un nouvel essor dans I’orchestre symphonique avec H. Ber-
lioz; essor qui s'est affirmé au xx° siécle travers l'engouement
suscité par le jazz et, plus récemment, par les réalisations d'un groupe
tel que celui des « Percussions de Strasbourg » (v. chap. « Les for~
mations instrumentales »).
Le terme « percussion » englobe l'ensemble prodigieusement riche
— et hétéroclite — des instruments qui n’appartiennent ni aux
« cordes » ni aux « vents ». Un type de classification * longtemps en
1. « Avant d'étre « musique », Ja percussion est « contact », « parole »,
« toucher >; elle est aussi la vie, de son origine jusqu’a chaque présent. L’enfant,
‘és sa naissance, vit au rythme de sa propre percussion — bruits organiques,
gnomatepées des premiers mois...» U.-P. Vanderiched); v. a bibliosrapbie,
enfin du t.
2. Adopté par Berlioz dans son Grand Traité d'instrumentation et d’orches-
tration moderne (1856).26 Les instruments @ percussion
vigueur a consisté A distinguer les instruments & son déterminé
— de hauteur appréciable et dont le rdle est plutot mélodique (tels
les xylophones) — et les instruments son indéterminé émettant
des fréquences imprécises (par exemple, les castagnettes). Certains
organologues ont préféré considérer le matériau percuté — bois,
métal, peau —, d'autres le procédé gestuel dont résulte le son. Le
plus souvent aujourd'hui, c'est la distinction entre instruments
© idiophones » et instruments « membranophones » qui prévaut :
dans le premier groupe entrent les instruments constitués d’un maté-
riau sonore naturel, quel qu’en soit le procédé de percussion; le
second groupe est celui des instruments dont le son résulte de la
vibration d'une ou deux membranes fortement tendues *.
Les idiophones
De bois ou en métal — du simple baton de rythme au Glocken-
spiel d’orchestre —, les idiophones se subdivisent en quelques types
élémentaires, en fonction de leur mode d’ébranlement :
© Le pilonnage. Entrent dans cette catégorie les instruments les plus
archalques que sont le baton et la planche.
# Le secouement. Cas des hochets et des grelots.
© L'entrechoc. Cas des cymbales et des castagnettes.
* Le grattement et le frottement. Des racles en os & I"harmonica
de verres,
# Le pincement. Les guimbardes, par exemple.
© Le frappement. Figurent dans cette catégorie — la plus impor-
tante — les gongs, les cloches ou les xylophones.
Quant la forme qu’affectent ces divers instruments — et qui
varie considérablement —, on pourra distinguer :
« les instruments corps plein (baton, bloc, plaque, lame, etc.) :
claquettes, sistres, gongs, lithophones, xylophones...
«* les instruments & corps évidé, évasé ou tubulé (tuyau, coque, etc.) :
cloches, tambours de bois, hochets, grelots et sonnailles,
Enfin, nous retiendrons des instruments a effets spéciaux — des
«inclassables » en vérité —, de ’enclume utilisée par Richard Wagner
aux tambours de frein de John Cage.
1. Du point de vue acoustique, les pereussions peuvent étre & vibrations
‘« amorties » (le son meurt rapidenient) : plaques ou membranes: autres sont
4 vibrations « amorties » ou « entretenues » (le son peut étre tenu) : les lames.
Batons de rythme et tambours de bois 27
Les membranophones
Il existe deux types fondamentaux : les tambours a frappe et les,
tambours & friction — ceux-ci de moindre importance. Les premiers
sont des instruments & percussion directe : ils sont & membranes non
réglables (une grande partie des tambours a travers le monde) ou
A membranes réglables, c’est-A-dire & tension variable (les tambours
aisselle, par exemple, ou les timbales modernes). Les instruments
du second type — a autre mode d’ébranlement — constituent une
catégorie tout a fait particuliére, ot la membrane se trouve excitée
indirectement.
Batons de rythme
et tambours de bois
Les batons de rythme
Les BATONS DE RYTHME comptent parmi les instruments les plus
lémentaires, mais sans doute les plus importants dans le domaine
de la percussion : ils ont vraisemblablement suscité — dans les
sociétés archaiques — des recherches de sonorités toujours nouvelles,
qui engendrérent elles-mémes des modes de production sonore et
des instruments inédits.
Le baton de rythme, dont l'origine présumée serait malayo-poly-
nésienne, subsiste principalement dans certaines tribus primitives
’Océanie (Nouvelle-Zélande et Australie, iles de la Mélanésie). Tou-
tefois, "instrument semble avoir existe sur le continent asiatique
— depuis les cdtes de I’Afrique orientale jusqu'en Corée (on le ren-
contre encore en Malaisie) — et dans les deux Amériques (il fut
découvert, dans la seconde moitié du xvi siécle, sur la cote atlan-
tique du Brésil). Son emploi fut et demeure essentiellement magique
cet religieux; il peut étre joué en solo, mais accompagne le plus souvent
le chant dans certaines fétes cérémonielles : ainsi, les chants de pilon-
nage, en [’occurrence le pilonnage du taro dans les iles du Pacifique,28 Les instruments & percussion
ou du mil dans nombre de sociétés agricoles traditionnelles *. Simple
baton — mais plus souvent tuyau de bambou creux (parfois rempli
de particules diverses) —, l’instrument est percuté de plusieurs fagons :
soit directement sur le sol, soit contre un tronc d’arbre couché, ou
encore sur une auge (tantét au fond, tant6t sur les bords), un mor-
tier, une pierre. Ces différents modes de percussion permettent d’ob-
tenir des couleurs sonores d'une trés grande variété, et font supposer
que le baton de rythme aurait donné naissance au tambour de bois
(v. « Les tambours de bois »). La pratique la plus courante consiste a
tenir un baton dans chaque main et a réaliser un martélement cadencé :
tel est bien le cas des batons ordinaires ramassés au hasard par les
aborigénes d’Australie et frappés 4 terre par plusieurs exécutants
assemblés, ou du pilonnage quotidien auquel les femmes africaines
sont accoutumées.
Accordons néanmoins une attention particulitre au "AU NI MAKO
(« bambou du sol ») tel qu'il est utilisé de nos jours & Malaita, dans
les iles Salomon (Mélanésie)* : les tuyaux y sont de dimensions
variables — de 20 & 60 cm pour les plus courts, entre 90 et 140 cm
pour les plus longs; leur extrémité inférieure est obturée par un neeud
du bambou, I’extrémité supérieure est ouverte. Dans le jeu soliste,
V’exécutant est assis les jambes légérement écartées : il tient quatre
petits tuyaux de tailles et de hauteurs sonores différentes dans chaque
main, qu'il frappe sur une pierre posée entre ses cuisses; en outre,
deux tuyaux maintenus par les deux orteils percutent une pierre plus
Petite placée sous chaque pied; un seul musicien est donc capable
d'utiliser — 4 des fins purement mélodiques — dix tuyaux simulta-
nément; ce cas demeure toutefois exceptionnel. Plus fréquemment,
Jes tuyaux sont répartis entre plusieurs exécutants : ainsi, douze
tuyaux joués par trois musiciens — chacun frappant sur une pierre
quatre tuyaux —, deux tenus dans chaque main; l’ensemble appelé
«kiro » est composé de vingt-quatre gros tuyaux, chacun tenu par
un exécutant : les plus longs sont frappés verticalement sur le sol,
par quatre hommes; Jes vingt tuyaux plus courts sont maniés par
des femmes et des hommes, et frappés contre la paume de la main
gauche; la percussion rythmique des tuyaux accompagne deux chan-
teurs. Dans les chants de pilonnage évoqués plus haut, quatre tuyaux
1, D’oi Ia dénomination de « tuyaux pilonnants » couramment utilisse
par l'ethnomusicologic.
2. D'aprés D. de Coppet et H. Zemp, ‘Ard "Ard, un peuple mélanésien et sa
‘musique; ¥. la bibliographie, en fin du t.
Batons de rythme et tambours de bois 29
percutent un mortier circulaire attaché a des pieux fichés en terre :
une douzaine d’exécutants — qui sont des hommes — utilisent tour
A tour les tuyaux, en méme temps qu’ils exécutent des danses, ainsi
que des sifflements et des halétements rythmiques autour du mortier.
Les planches a percussion
utilisation rythmique de 1a plaque d’écorce ou de la planche
de bois demeure répandue dans de nombreuses régions d’Afrique,
ainsi qu’en Océanie. Un procédé consiste a frapper sur 1a planche
avec une baguette pour obtenir un rythme soutenu dans l’accompa-
gnement du chant et de la danse; l"emploi des boucliers percutés et
entrechoqués — pratique fort ancienne dans les combats et dans les
parades guerriéres — vise & stimuler les ardeurs, a effrayer 'ennemi
‘ou, simplement, 4 rythmer des danses plus pacifiques. Autre procédé
courant : l'usage des battements de pieds, soit sur une planche
courbe retournée contre le sol, soit sur une fosse recouverte d’écorce
qui fait office de chambre de résonance; dans ce dernier cas parti-
culigrement, le son est considérablement amplifié, et fournit une
sorte de bourdon rythmique dans le registre grave, éminemment
propice la danse,
Les récipients & percussion
des instruments & percussion découlent de la calebasse
— produit naturel dont les formes variées (ronde, oblongue, étranglée)
et la solidité ne pouvaient qu’étre abondamment exploitées dans un
trés grand nombre de sociétés primitives : sans parler des instruments
du type hochet (v. « Les hochets »), la calebasse évidée et séchée est
encore utilisée pour ses propriétés de résonance — frappée soit &
mains nues, soit avec des batonnets; on tire des sons étonnamment
variés de calebasses de tailles et d°épaisseurs différentes. L’utilisa~
tion d'autres maté 3 métaux, verre — pour la confection
de vases & percussion simple n’est qu'une conséquence logique :
cruches en poterie, boites métalliques, timbales suspendues, etc.,
sont alors adaptées & une recherche sonore déterminée. Citons au
moins le « pot-tambour » africain, qui est posé & terre, le col tourné
vers le haut; ouverture est ordinairement frappée a l'aide de feuilles
de palmier ou d’un éventail de vannerie, fe son émis étant d’autant30 Les instruments @ percussion
plus grave que le pot est plus volumineux; en Afrique occidentale
notamment, I’instrument est souvent associé A des rituels funéraires *
L'utilisation de Ieau versée dans différents réceptacles est un
procédé que peu de civilisations paraissent avoir méconnu : il consiste
& remplir de liquide — dans des proportions variables — des réci-
pients de dimensions identiques; l"inégale quantité de liquide modifie
Ia hauteur du son, selon qu’on frappe chaque récipient avec une
baguette. Ainsi, en Inde, emploie-t-on le DJALTARANG, constitué par
dix-huit petits bols de porcelaine posés en demi-cercle, et percutés
avec de petits bambous dont la téte est vétue de ligge ou de feutre.
De la méme facon, le BOUTENLLOPHONE européen est un jeu de bou-
les accordées chromatiquement suivant les niveaux d'eau, que l'on
frappe avec des batonnets de bois (E. Satie a confié un solo au
bouteillophone dans son ballet Parade); on peut aussi se servir de
verres pour la réalisation de mélodies simples.
Instrument africain essentiellement, le TAMBOUR D’EAU se compose
de deux demi-calebasses hémisphériques de tailles différentes, dont
Ja plus grande est remplie d'eau et la plus petite renversée et posée
sur la surface d'eau de la premiére; elles s’accordent en dosant le
niveau d’eau et en ajustant le volume d’air contenu dans la calebasse
renversée. Généralement, les tambours d’eau sont joues par paire
et donnent des hauteurs de son différentes; le musicien, trés souvent
une femme, se sert des mains ou de deux « cuillers » en calebasse
qui font office de baguettes. La populaire s1CARA DE AGUA mexicaine
est d'un type analogue : la calebasse retournée et immergée dans
Treau se frappe avec une baguette, tandis qu'une autre baguette sert
l'accord de l'instrument en plongeant la calebasse plus ou moins
profondément dans le liquide. En revanche, certains tambours d’eau
mélanésiens — en Nouvelle-Guinée, par exemple — sont constitués
d'un vase de bois & couvercle; on frappe sur ce dernier & mains nues,
Les tambours de bois
Les TAMBOURS DE BOIS — « tambours & fente » pour l'ethnomu-
sicologie — sont généralement constitués dun trongon d’arbre
1. Aux « tambours-pots » se rattachent aussi le 1G — cruche de terre a col
Giroit (Eventuellement bouteille) qui a trouve son emploi dans les orchestres
de jaz —, et la QUARTARA sicilenne | instruments, toutefois, dans lesquels on
souffle ou bourdonne, et qu’ll faut ranger parmi les aérophones.
Batoris de rythme et tambours de bois 31
creusé et vide grice & une fente pratiquée sur l'un des cétés . Frappés
avec les mains ou avec des maillets durs — parfois piétinés ou
frottés —, ils servent Ie plus communément & la transmission de
messages ou a I’accompagnement de danses. On les rencontre en
particulier dans les sociétés primitives d’Océanie, d'Afrique noire,
d’Amérique centrale et du Sud; mais ils figurent aussi dans certaines
civilisations musicales du Sud-Est asiatique et d’Extréme-Orient, et
ont été utilisés par des compositeurs occidentaux contemporains.
1, Précisons que lethnomusicologie différencie les variétés de tambour en
utilisant des termes (els que « tambour de terre », « tambour de sable », « tam-
bour-pot », « tambour d'eau », « tambour a fente », « tambour de bronze >,
« tambour & membrane », etc., tous types connus dans les soci¢tés humaines
les plus archatques; seuls ies tambours & fente — décrits ici — et ceux & mem-
brane (v. « Les tambours ») ont encore de nos jours une diffusion universe.32. Les instruments a percussion
Il existe deux types principaux : les tambours « a levres », oft
celles-ci sont formées par les deux bords de la fente et possédent
chacune un son différent; les tambours « 4 languettes », qui comportent
le plus souvent une fente double d’oi se détache une languette
vibrante; mais on trouve des types intermédiaires, suivant le nombre
et la forme des incisions pratiquées dans le bois et selon les modes
de percussion. Ces deux types coexistent en Océanie, et parmi les
plus remarquables, les « tambours-arbres » des Nouvelles-Hébrides :
instruments de grande taille, & traits anthropomorphes, sculptés dans
des troncs d’arbre qui demeurent plantés en terre et dont les deux
lavres s’élévent verticalement. On trouve ces mémes tambours-arbres
en Nouvelle-Zélande ou en Nouvelle-Guinée, ainsi que des modéles
plus réduits, qui peuvent étre posés au sol ou suspendus. Le petit
LaLt des files Fidji est placé contre la poitrine qui renforce la réso-
nance : il est tenu par un homme assis, et frappé par un autre homme
accroupi devant I’instrument, L’auge de bois — ou tambour « en
berceau » —, placée sur un support, est également utilisée : elle est
frappée intérieurement avec deux bates. Le NouNoUT mélanésien
(Nouvelle-Irlande, Nouvelle-Bretagne) pourrait étre rangé parmi les
racles; c’est un instrument de petites dimensions également — bloc
de bois découpé de telle sorte que s’en détachent trois languettes
en équerre, d°épaisseurs différentes, et qui produisent trois notes dis-
tinctes. L’exécutant pose I'instrument sur ses genoux et le frotte de
ses deux mains humides ou enduites de gomme naturelle; les trois
notes se fondent en une sorte de sonorité ronflante analogue & celle
du rhombe (v. cet instrument), qui fait du nounout I’attribut des
sorciers. Signalons enfin l’existence d’ensembles de tambours de bois
— dans les fles Salomon, par exemple —, composés parfois d'une
douzaine d'instruments de tailles différentes (fonctions solistes et
d’accompagnement) qui apparaissent au cours de grandes fétes
cérémonielles.
Ul existe dans certaines régions d’Afrique noire des tambours de
bois gigantesques — 10 m de haut environ — dont la sonorité porte
& longue distance et permet, dans un code rythmique préétabli, la
communication de messages, l'annonce d’événements importants de
la vie tribale. Mais I'instrument le plus courant — chaque village
‘ou chaque groupe ethnique en posséde plusieurs — est le fameux
TaM-TaM}, a fente simple ou double, et qu’on frappe avec des mail-
1. Qui peut désigner aussi de grands tambours & membrane (v. « Les tam=
bours »).
Batons de rythme et tambours de bois 33
loches en bois ou encapuchonnées (chiffon, caoutchouc, etc.); les
tam-tams portent fréquemment de remarquables sculptures, chaque
extrémité, par exemple, prenant la forme d’une téte d'animal toté-
mique; ils sont souvent utilisés par paire, chaque exemplaire présen-
tant des lévres qui donnent deux notes dont I’intervalle se retrouve
dans l'accord de nombreux instruments, et qui correspondent éven-
tuellement aux principes male et femelle,
Le TEPONASTLI aztéque, qui survit dans le Mexique actuel et dans
plusieurs pays d’Amérique centrale, est un petit tambour de bois
cylindrique & deux languettes incisées en forme de H, cont chacune
produit sa sonorité propre dans V'intervalle approximatif d'une
tierce. Les anciens exemplaires, qui étaient finement scu'ptés (formes
alligator, de puma, d’ocelot) et gravés (figurations symboliques ou
animaliéres), furent des instruments sacrés qui n°étaient joués qu’en
des occasions solennelles : au teponastli se joignaient des fates, des
racles, des maracas et différents tambours & peaux. Plus tard, le
teponastli se répandit dans la musique populaire indienne, pour
accompagner les danses; c’est dans cet emploi qu'il subsiste de nos
jours, sous diverses dénominations, jusqu’en Amérique du Sud,
‘Mentionnons également, sur ce continent, le TUNDULI des Indiens
jivaros (Equateur), a incisions multiples — carrées, circulaires, trian-
gulaires —, et le plus primitif pyADIKo d’Amazonie (ou « arbre de
danse »), qui repose aux deux extrémités sur des supports, et qui est
piétiné.
De petites dimensions, généralement pisciforme, le moxucyo
japonais — m6 vietnamien — comporte également une fente & deux
levres : il est frappé dans les temples pendant les cultes bouddhistes
(le m0 — instrument de signalisation — servant, quant a lui, a marquer
les heures civiles). Mais de plus gros instruments sont plus couram-
ment pereutés aux moments importants des cérémonies religieuses :
ainsi, entre autres, le Mu-v0, appelé « poisson de bois » en raison
de ses sculptures évoquant des nageoires; il s’agit d’une sorte de
grelot ou de cloche dépourvue de battant intérieur, taillée dans
du bois de camphrier, et qu’on tient a la main ou qu'on pose au
sol sur un coussinet; suivant la localisation de chaque percussion,
Pétendue peut atteindre deux octaves. Enfin, le cHou chinois est
1 « auge de bois » en forme de boisseau carré, frappé latéralement
Vaide d’un marteau de bais; il est voué également & la musique
rituelle, marquant particuligrement le début et la fin des strophes
dans les récitations.34 Les instruments & percussion
Le woop-BLock (de l'anglais = bloc de bois) — ou « bloc chi-
nois » adapté de I'instrument tel qu’on le pratique dans le thédtre
musical populaire d’Extréme-Orient — a fait son apparition aux
Etats-Unis dans le jazz, puis dans la musique de variétés; les premiers
compositeurs occidentaux qui ont utilisé ont été Ravel (Concerto
en sol) et D. Milhaud (la Création du monde). En palissandre ou
autre bois dur, il fut d’abord monoxyle (de forme rectangulaire),
puis muni d’une poignée — affectant une forme tulipée, ou a double
extrémité creuse et @ deux sons; dans la musique contemporaine, on
emploie plusieurs wood-blocks montés sur un support commun et
dont le jeu accordé peut atteindre trois octaves; ils sont frappés
avec des baguettes dures ou de petits marteaux qui provoquent une
sonorité forte et pénétrante.
Le TEMPELBLOCK (en anglais = « temple-blocks ») trouve aussi son
origine dans les « cloches de bois » extréme-orientales (v. précé-
demment); il fut introduit en Occident dans les années 1920, spécia-
Jement dans la musique légére de danse; mais des compositeurs tels
que Berg ou Varése n’ont pas négligé de l'employer pour des effets
de coloration, et il demeure présent dans la musique contemporaine.
Le tempelblock est composé de boules de bois aplaties de différents
volumes, pourvues d’une entaille, et généralement assemblées par
cing; elles sont frappées avec des maillets de bois ou recouverts
de feutre. L’instrument sonne sourdement, et sa hauteur est indéter-
minée; le timbre peut étre comparé & celui du registre grave du
xylophone moderne (V. cet instrument).
Hochets, sistres et sonnailles
Les variétés de hochets, de sistres, de grelots et autres sonnailles
sont innombrables et jouent encore un role considérable dans les
manifestations musicales et rituelles des sociétés primitives. Ce sont
tous des instruments secoués et, par A méme, & caractére exclusive-
ment rythmique — liés a la danse et associés trés souvent a des
cérémonies religieuses ou de magic,
Hochets, sistres et sonnailles 35
Les hochets
Le HocHeT compte parmi les plus anciens instruments : connu
ds Je Néolithique, il fut d’emptoi permanent dans les civilisations
de I'Indus, dans Egypte et la Gréce antiques of il assumait des
fonctions sacrées. Les hochets ont figuré, d’autre part, en Europe du
Nord et dans les civilisations indiennes de I’Amérique du Sud et
centrale : cet égard, des fouilles archéologiques ont permis la
découverte d’instruments en bronze (Irlande, vers 500 avant J.-C.)
et d’une grande variété de hochets en argile, souvent en forme de
vases ou de gobelets magnifiquement décorés (Mexique et Pérou,
vers 500 aprés J.-C.); des hochets de haute valeur artistique pro-
viennent soit de I’Amérique latine, soit de I’Américue du Nord-
Ouest (Colombie britannique, en particulier) : ils sont en bois sculpté,
A figurations symboliques.
Le hochet, tel qu'il subsiste aujourd’hui, est composé d’un récep-
tacle dans lequel sont enfermées des particules solides telles que
cailloux, graines, perles végétales ou métalliques, boulettes d’ar-
gile, etc., qui, A tout secouement, heurtent les parois internes du
réceptacle et le font résonner; dans certains hochets, les corps per-
cutants sont indépendants, fixés sur une armature, et frottent les
parois externes du réceptacle. Le plus souvent, celui-ci est constitué
d'une calebasse séchée, d'une noix de coco, d’un euf d’oiseau ou
une peau d’animal; on se sert aussi d’argile, de bois, d’osier tressé
ou de métal. La forme la plus courante est celle de la gourde sphé-
rique, munie d’un manche-poignée; il existe également des formes
tubulaires — baton évidé partiellement ou totalement —, et « en
gobelet » — oit la base creuse contient des graines. Parmi les hochets
fabriqués de matiéres animales — et qui s‘utilisent de nos jours —,
les instruments en carapace de tortue, en peau de rat, en cuir sont
les plus remarquables : ils proviennent le plus souvent de I’Amérique
du Nord; les Indiens de Patagonie, quant a eux, emploient des
hochets cylindriques ott une peau mouillée se trouve tendue sur une
armature; on trouve aussi nombre de hochets américains et africains
en vannerie qui imitent grossiérement la forme de la calebasse.
Mais le type le plus courant est précisément le « hochet-calebasse »
d'Afrique noire, qui résonne dans les accompagnements de danses et
de chants, et fréquemment entre les mains de femmes.
On retrouve les deux grandes variétés, a percussions externe et36 Les instruments & percussion
interne. Le hochet & percussion externe —en Afrique
équatoriale, particulitrement — est constitué par un
filet assez ache enveloppant une calebasse entigre
évidée; au filet se trouvent fixés des noyaux de fruits,
des cauris, ou méme des vertebres de serpent et,
éventuellement, des objets métalliques; certains exem-
plaires, plus rares, comportent des tiges de mil assem-
blées en couronne sur le pourtour de la calebasse.
Les hochets & percussion interne sont des calebasses
généralement de petites dimensions, évidées puis
remplies de coques de fruits, de graines séchées, etc.;
le plus souvent, une branche est passée a l'intérieur de
Ta queue de la calebasse, constituant avec elle une
poignée : tel est le cas du hochet 1kINoGULI, au
Rwanda. Certains hochets, enfin, sont formés de deux
petites boules creuses remplies de cailloutis ou de
perles végétales, et réunies par une ficelle, comme
les hochets BAGEZEGE congolais. Les hochets & pe
cussion externe sont saisis d'une main par la queue
de la calebasse, tandis que l'autre main enserre le filet
4 Vopposé de instrument. L’exécutant imprime un
mouvement de va-et-vient vertical ou horizontal au
filet, dont tous les objets percutants heurtent la calebasse. Les
hochets & percussion interne sont indifféremment secoués, tandi
que les petits hochets doubles sont entrechoqués : chaque main
tient une paire de hochets — la ficelle qui les relie étant glissée
entre les doigts, tandis qu'on fait tourner les poignets par sacca-
des,
Les différents types de maracas de I’Amérique centrale et du Sud
dérivent directement du hochet africain, Les MARACAS proprement
dits — instrument afro-cubain dénommé « boules de rumba » par
les Européens — se composent d'une paire de petites calebasses &
poignées, remplies de grains de sable, de semailles séches ou de
billes de plomb; l'une est son aigu, l'autre & son grave. Chacune
est tenue dans une main et I’on obtient une sonorité continue, d’in-
tensité variable, par le méme mouvement rotatif des poignets que
précédemment; il existe des maracas métalliques. Le CHOCALHO
brésilien est formé d’un cylindre creux en bois ou en étain, fermé
aux deux extrémités, et rempli de grains de sable ou de perles métal-
liques; il est utilisé dans la samba. La CABOCA — ou CABACA — en
Hochets, sistres et sonnailles 37
est une variante : la paroi est entourée de perles enfilées sur une grille
souple. Enfin, !"Acon antillais, employé dans les cultes vaudous,
contient des grains de corail mélés A des vertébres de serpent et
dont la signification magique demeure soigneusement cachée au
profane,
Les sistres
Une importante variété du hochet est le sistRs. Le sistre fut utilisé
en Egypte dés I’Ancien Empire, comme instrument de culte; a la
méme époque, il est représenté sur des bas-reliefs d’Ur et d’Akkad;
son existence est également mentionnée dans I’Ancien Testament.
Durant le Moyen Empire, le sistre servira encore aux célébrations
divines; puis on le découvrira de nouveau en Crite et, en Italie,
dans la civilisation étrusque. Il survit aujourd’hui dans les liturgies
abyssine et copte, ainsi que dans certaines régions asiatiques
Gusqu’en Nouvelle-Guinée occidentale) et, surtout, en Afrique
noire.
Le saiscuscnit de Vancienne Egypte consistait en un cadre de fer
en forme de S ou de fer & cheval que traversaient généralement trois
tiges horizontales disposées par étages, recourbées a Vextérieur du
cadre afin de sy maintenir; chaque tige portait une ou plusieurs
rondelles plates en métal; le cadre lui-méme était prolongé a sa base38 Les instruments a percussion
par une poignée finement sculptée. Chaque secouement latéral de
Finstrument provoquait l"entrechoc des rondelles entre elles et contre
Fune des parois du cadre (il semble également que les extrémités
reployées des tiges, lorsque celles-ci étaient mobiles, heurtaient le
cadre). Aujourd’bui, le sistre éthiopien — TsNAsIN d’Abyssinie —
rappelle son ancétre égyptien : c’est un instrument de culte, dont le
tintement argentin évoque la sonorité des clochettes utilisées dans les
églises chrétiennes; ses trois disques de métal — symbole de la Sainte-
‘Trinité — sont suspendus & laide de fils entre les branches de I’ins-
trument,
Le KURTAR de I'Inde — encore utilisé par les musiciens popu-
laires — se compose de petits disques de métal suspendus dans deux
cadres en bois; ces deux cadres sont tenus dans une main, et entre-
choqués par ouverture et la fermeture alternatives des doigts, ainsi
qu’on procéde avec une paire de castagnettes. Le KHARTAL du Rajas-
than est le trés proche parent de cet instrument : il s'agit dune paire
de claquettes en bois ajouré dans lesquelles sont insérées des cym-
balettes, que l'exécutant tient d’une main et secoue rythmiquement,
tandis qu'il pince un luth avec les doigts de l'autre main. Parmi les
sistres usités dans les folklores des peuples de I'Asie soviétique,
mentionnons particuligrement le sAFAiL de l'Ouzbékistan et du
Tadjikistan, instrament composé de deux baguettes en bois suppor-
tant des anneaux métalliques munis de rondelles en fer cliquetantes,
et le KARTSGANAG du nord de la Géorgie, que constituent des lamelles
rectangulaires enfilées sur une corde. Ces sistres populaires accom-
pagnent, avec d’autres instruments, toutes sortes de danses.
On rencontre le sistre dans l'ensemble de l'Afrique noire occiden-
tale; les plus représentatifS sont le wasaMpa du Sénégal, le WAN-
DYERMA du Mali et le KRINDIE de Cote-d’Ivoire. La dénomination
courante, adoptée par l'ethnomusicologie, est « sistre de calebasse » :
cet instrument se distingue des autres sistres dans le monde, en géné-
ral métalliques. Son ancienneté en Afrique occidentale n’est pas
prouvée'; il serait originaire d’Afrique orientale, peut-étre d’Ethio-
pie (v. précédemment); un instrument lui semble apparenté, mais on
ignore comment : le sistre de coques de fruits mélanésien qui est
un appareil de péche servant & attirer les requins. Le sistre africain
€tait originellement réservé & l’accompagnement des rituels de cir-
1, Un exemplaire datant de 1885 est conservé au Musée de I"homme, & Paris.
Hochets, sistres et sonnailles 39
WW
concision; aujourd’hui, il se joue également dans certaines cérémonies
funéraires — en Cote-d’Ivoire, par exemple —, ou dans de simples
pigces de divertissement comme soutien de la danse; instrument
rythmique par excellence, il est toujours intégré dans des ensembles
de percussions (tambours, hochets, etc.), et pratiqué uniquement par
des hommes.
existe plusieurs types : le plus courant se compose dune fourche
de bois; sur une des branches — en principe, la plus courte — sont
enfilées des rondelles de calebasse, de forme évasée et aux contours
dentelés le plus souvent; l'autre branche sert de mancke. Il est essen-
tiel que les rondelles soient disposées deux & deux, et que les parties
concaves de chacune d’elles soient tournées I’une vers l'autre; la
fourche méme de instrument est fréquemment sculptée (téte d”ani-
mal totémique, par exemple). Parmi les autres types, plusieurs
comportent une calebasse entiére évidée, d’assez. grandes dimensions;
contre cette calebasse frappent soit des fragments de tiges de mil qui
la ceignent, soit des morceaux de calehasse, enfilés comme précédem-
ment; ces types réalisent donc une combinaison du sistre et du hochet
(v. cet instrument). Enfin, un type intermédiaire comporte un manche
en rotin dont I'extrémité supérieure est maintenue courbée par une
corde : c’est le sistre « arqué », tel qu’on le rencontre au Sénégal. Le
sistre africain, tenu d’une main par le manche, de l'autre main par
Vextrémité de la branche supportant les rondelles, est généralement
secoué par des mouvements latéraux saccadés; un autre procédé
consiste & maintenir la fourche immobile, et laisser glisser du haut
de la branche tout le jeu de rondelles; dans un troisieme cas — au
Sénégal —, l’exécutant tient un sistre dans chaque main, et alternesegregates geeSgeeaateSageengeRTE eA gE ETE EES EISEESEEEESSE SESE EE ESSA EERSTE STS ESEEEEC EES ESE ESSE ESSE SECU ESET Sa ESSE PERSE EESEE ESSEC
40 Les instruments & percussion
monvements latéraux et verticaux. Lentrechoc des morceaux de
calebasse produit un fracas de bois, que le heurt de chaque partie
concave de rondelles amplifie notablement; il est le plus souvent
accordé au rythme des autres percussions, mais parfois aussi &
contretemps.
Le PANDEIRAS d’Amérique du Sud — qui est un d
pose de rondelles sur cadre, muni d’un manche de bois
duit dans Vorchestre européen; P. Boulez, entre autres, en a fait un
intéressant emploi dans son Marteau sans maitre.
Les sonnailles
Comme les hochets et les sistres, divers types de SONNAILLES ont
été utilisés dés la plus haute Antiquité. Elles sont généralement
constituées de chapelets ou de grappes de « grelots », les matiéres
végétales et animales étant le plus souvent exploitées dans les sociétés
Sonnailles africaines
Les sonnailles sont par excellence des
« bruiteurs » qui permettent au musi-
cien, ou au danseur, d’obtenir ces
sonorités complexes — impures aux
oreilles de I’Occidental — qui sont une
caractéristique des musiques d’Afrique
noire. Il n'est guére d’instrument qui
‘en soit assorti : plaques d’anneaux
vibrants prolongeant le manche des
luths, par exemple, ou grappes de
minuscules clochettes fixées aux parois des tambours... Outre les
bracelets & grelots — ceux-ci constitués par plusieurs renflements
du cercle du bracelet —, mention doit étre faite de volumineuses
sonnailles-jambiéres que portent les danseurs et qui, parfois, sont
leur unique accompagnement instrumental (cas des Bochiman
Afrique du Sud, cité par G. Rouget dans son tout récent livre
Ja Musique et ta Transe, p. 435).
Hochets, sistres et sonnailles 41
archaiques : coquillages divers, coques de fruits, noix de coco ou
noisettes..., ou, plus rarement, sabots d’animaux, par exemple. Ces
instruments, qui conservent une valeur magique dans nombre de
régions tribales, sont principalement destinés & sonoriser ou « brui-
ter » la gestique des danses , et se portent habituellement sur le corps
en colliers, ceintures, chevillidres, ou attachés aux vétements. Citons
ici — comme exemple isolé — les CASCABELLES mexicaines, petits
grelots en coraux, en argile ou en fruits séchés suspendus a la cein-
ture.
Les sonnailles métalliques, plus universellement connues de nos
jours, comportent de petits grelots — parfois des clochettes — en
bronze, en étain, en argent, unis en chevilligres, en genouilléres et,
trés fréquemment, en bracelets. Ce sont aussi des sonnailles & main,
telles les sonnailles en argent de I'Inde, aux sonorités cristallines, ou
le supsu japonais a grelots de bronze; il existe enfin des sonnailles &
poignée ou a cadre, comme celles qu’on trouve & Bali, en Afrique ou
dans les folklores sud-américains. Les sonnailles, d’autre part, ont
connu certaine faveur dans la musique occidentale, gréce aux diffé-
rentes sortes de grelots de traineau, dont Mozart, par exemple, a fait
usage (jeu de grelots accordés dans les Danses allemandes). Les gre-
lots européens furent le plus généralement constitués de boules de
métal ajourées — souvent en cuivre —, dans lesquelles était insérée
une petite bille métallique : ils furent, dans le monde rural, le princi-
pal accessoire du harnais des chevaux de trait, aprés avoir garni le
bonnet des fous dans les mascarades.
‘Mais instrument le plus remarquable fut le « baton a grelots »
appelé CHAPEAU CHINOIS, qui figura dans les musiques militaires
européennes a partir du xvi siécle, et qui survécut en Allemagne
jusqu’a la veille de la Seconde Guerre mondiale : le chapeau chinois
était en réalité d'origine turque (luttes des nations occidentales contre
V'Empire ottoman); il était composé d’une longue perche portant
des ornements métalliques et surmontée d’un croissant de lune —
sorte de chapeau « chinois » — auquel étaient accrochés grelots et
clochettes; I'instrument, trés sonore, était tenu a bout de bras et
secoué rythmiquement dans les parades et fanfares.
1. « Ty a une dialectique du mouvement et du bruit, de la danse et de la
résonance des sonnailles.., qui est un facteur constant Je la musique instru-
mentale » (G. Rouget, art. « Ethnomusicologie », in Ethnologie générale,
Encyclopédie de la Pieiade, Paris, NRF, 1968).a Les instruments & percussion
Claquettes et castagnettes
L’emploi d’objets identiques ou similaires, choisis pour leur qualité
sonore particuliére — et que Ion entrechoque —, a toujours consti-
tué un moyen privilégié de produire un accompagnement rythmique.
Connues dés I’Antiquité classique et orientale, les CLAQUETTES —
ainsi que fes cLiquerTes * — ont joué un réle non négligeable dans les
cultures musicales de I’Egypte ou de la Chine, par exemple, et l’on
trouve aujourd’hui ces instruments a divers stades d’évolution dans
beaucoup de régions du monde.
Les claquettes de l'ancienne Egypte furent utilisées par paires :
elles étaient composées de deux lames de bois ou d'ivoire (il y en eut
aussi en bronze, et méme en terre cuite), reliées par une charniére, et
évidées en leur centre et dans leur longueur; beaucoup d’exemplaires
qui subsistent sont sculptés en forme de main ouverte, ou décorés de
tétes animales et humaines. Le SCABELLUM antique, quant a lui, fut
tune sorte de semelle libre en bois ou en fer, fixée a la sandale, dont les
Grecs (sous la dénomination de « krompezion »), puis les Romains
firent usage comme instrument rythmique au théatre : le coryphée
Vutilisait pour marquer les accents; il annongait la fin des spectacles.
Les formes les plus primitives qui survivent
actuellement sont celles de pierres, d’os, de
baguettes de bois —droites ou courbes —qu’on
tient dans chaque main : elles sont usuelles en
Australie et dans les iles polynésiennes, comme
en Afrique du Sud et centrale. Le KEMANAK
balinais est formé de deux « cuillers » de métal,
tout comme les cuillers Locukts (qui peuvent
étre en bois), instrument typiquement russe que
des virtuoses parviennent & manipuler par quatre
‘ou cing exemplaires a la fois. Certains folklores
européens conservent également I’usage des
claquettes, telle la populaire TRICCABALLACCA
napolitaine — qui est un « claquebois » —
1, Le terme « claquette » s’appliquant & des objets articulés entre eux, et
celui de « cliquette » a des objets qui demeurent indépendants.
Claquettes et castagnettes a
composée de trois marteaux en éventail sur un socle : les deux mar-
teaux extérieurs viennent percuter celui du centre, qui est immobile.
Le KLEPAC tchécoslovaque (Moravie) est une claquette simple qui
résonne avec la crécelle rapkac (v. cet instrument) dans les fetes
villageoises, et la TRESTCHOTKA russe — une vingtaine de lamelles de
bois enfilées sur une corde — est jouée par les femmes lors des
mariages.
Les cliquettes asiatiques
Mais les instruments les plus remarquables sont asiatiques : les
musiques d’Extréme-Orient ont toujours utilisé diverses sortes d’ins-
truments & percussion en bois et de facture plus ou moins rudimen-
taire, dans les rites religieux, dans les divertissements de cour et,
plus particuliérement, au théatre. On ne peut faire état, ici, que de
quelques types représentatifs de cliquettes, et de leurs emplois les
plus courants. Ainsi, en Chine, le p’o-raN — instrument constitué
par six planchettes de bois groupées par faisceaux de trois; le P’At-
PAN — trois larges lames seulement; et leur variante, le THON
‘TcHOU — composé de douze lames de bambou disposées en éventail
Ie role de ces instruments est purement rythmique : ils indiquent
généralement les temps forts. Le PANG-TSEU est composé de deux gros
batons de bois dur entrechoqués : il s'emploie dans le théatre du Nord,
ainsi que dans la musique populaire. Enfin, le mu-v — ou « poisson
de bois » — est un battoir qui appartient, plus spécifiquement, au
groupe des tambours de bois (v. « Les tambours de bois »).
Le cat siNH TIEN, qui fait aujourd’hui partie de lorchestre de Cour
« Dai Nhac », est trés probablement une création vietnamienne; on
ne rencontre ce type d’instrument dans aucun autre pays d’Extréme-
Orient; il est ancien et a longtemps accompagné les chanteuses des
palais impériaux. Il est constitué de cliquettes & sapeques : ces cli-
‘quettes sont composées de trois planchettes d’inégales longueurs
(27, 20 et 18 cm respectivement); les deux premiéres portent & leur
extrémité des pointes en laiton garnies de sapeques en cuivre, la
troisiéme étant découpée en dents de scie. Pour marquer le rythme,
Pexécutant tient les planchettes munies de pointes dans la main
gauche et les entrechoque par le jeu des doigts : ces deux planchettes
font entendre un crépitement de bois, en méme temps que les sapeques
glissent avec stridence le long des pointes métalliques; simultané-
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