¶ 9-000-C-10
Physiologie de la sécrétion gastrique
A. Bado, I. Sobhani
L’étude de la sécrétion acide reste-t-elle de nos jours seulement d’un intérêt historique ? Nombreux sont
ceux qui ont oublié le rôle pivot qu’a joué l’acidité gastrique dans l’accession au rang de spécialité de la
gastroentérologie. C’est le domaine de la gastroentérologie qui a défini les contours de la spécialité et qui
a été le plus florissant en termes de connaissances. Les mécanismes de formation et de régulation de
l’acidité gastrique ont été largement étudiés pour tenter de mieux comprendre et traiter la maladie
ulcéreuse qui était le principal challenge clinique de l’époque. L’avènement et le développement de
l’endoscopie, la découverte des antagonistes des récepteurs histaminiques H2 (prix Nobel 1972),
l’identification de l’ATPase H+/K+ comme pompe à protons de la cellule pariétale et d’Helicobacter pylori
(prix Nobel 2007) comme facteur majeur de récidive de la maladie ulcéreuse sont les grandes étapes qui
ont permis à cette spécialité de grandir et d’atteindre son apogée. Cet article a pour but de passer en
revue les mécanismes physiologiques de régulation de la sécrétion acide gastrique en y intégrant les
nouvelles connaissances acquises. Il se termine par une analyse des altérations physiopathologiques
créées par l’infection humaine de la muqueuse gastrique par la bactérie Helicobacter pylori.
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Mots clés : Estomac ; Cellule pariétale ; Acide chlorhydrique ; Pompe à protons ; Ulcères gastroduodénaux ;
Helicobacter pylori ; Inhibiteurs ATPase H+/K+
Plan ¶ Mécanismes de régulation physiologique
des autres principaux constituants de la sécrétion gastrique 9
¶ Introduction 1 Ferments protéolytiques 9
Mucoprotéines 10
¶ Données histologiques et ultrastructurales sur la muqueuse
Facteur intrinsèque 10
gastrique 2
Glandes fundiques 2 ¶ Mécanismes de contrôle de la sécrétion gastrique
Glandes pyloriques 2 acide basale 10
Chorion 3 Sécrétion basale 10
¶ Composition de la sécrétion gastrique 3 Réponse sécrétoire gastrique à l’alimentation 10
Principaux constituants 3 ¶ Physiopathologie de la maladie ulcéreuse 11
¶ Mécanismes de la sécrétion acide gastrique 4 Facteurs de défense 11
Dépendance énergétique de la sécrétion 4 Facteurs d’agression 11
Théorie « redox » et théorie de la « dépendance de l’adénosine ¶ Conclusion 13
triphosphate » 4
Localisation des mécanismes actifs 5
Mécanisme de transport de H+ 5
Transport de l’eau 5
¶ Mécanismes de régulation physiologique de la sécrétion ■ Introduction
gastrique 5
Mécanismes de régulation à l’échelon cellulaire 5 La sécrétion gastrique représente la seconde des sécrétions
Hormones antrales ou gastrines 6 exocrines intervenant dans la digestion des aliments. Cette
Contrôle nerveux de la sécrétion gastrique 8 sécrétion est dominée par la sécrétion acide chlorhydrique et
Rôle physiologique 8 celle du facteur intrinsèque. Si les conséquences physiopatholo-
¶ Inhibition de la sécrétion gastrique acide 9 giques faisant suite à la suppression de cette sécrétion (cas de la
Inhibition liée à l’introduction d’HCl dans le duodénum gastrectomie totale et de la maladie de Biermer) sont surmon-
et le jéjunum supérieur 9 tables à court terme, à long terme des perturbations physiolo-
Inhibition liée à l’introduction des graisses 9 giques des fonctions digestives sous-jacentes sont susceptibles de
Autres facteurs d’inhibition de la sécrétion gastrique acide 9 se développer ainsi que des troubles hématologiques.
Gastro-entérologie 1
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9-000-C-10 ¶ Physiologie de la sécrétion gastrique
L’intérêt qui s’est porté sur l’étude de la sécrétion gastrique
vient aussi de ce que :
• la sécrétion gastrique (tout comme la motricité) est un
paramètre objectif et mesurable pour l’étude des influences
du système nerveux central sur les fonctions digestives ;
• la sécrétion acide gastrique représente un facteur majeur de 1
1
l’ulcérogenèse ;
• enfin, l’estomac comporte une fonction endocrine importante 7
(région antrale avec les cellules à gastrine et les cellules à 2 7
somatostatine). L’extraordinaire complexité des interférences
de cette glande endocrine avec le système nerveux et d’autres
3
substances hormonales fait de l’estomac un modèle de 3
référence pour l’étude des autres organes plus difficilement 4
accessibles.
5
■ Données histologiques 5
et ultrastructurales
8
sur la muqueuse gastrique 6
La muqueuse gastrique humaine, épaisse d’un peu moins de B
1 mm, est la structure la plus interne de la paroi de l’estomac. A
Elle recouvre intérieurement la musculeuse dont elle est séparée Figure 1. Unités fonctionnelles de la muqueuse gastrique : glandes
par la sous-muqueuse contenant les vaisseaux. Elle est formée fundique (A) et antropylorique (B). Les cellules D à somatostatine (5)
par : possèdent des prolongements cytoplasmiques qui vont au contact des
• l’épithélium de surface, constitué d’une couche de cellules cellules ECL (4) sécrétant l’histamine et des cellules G à gastrine (8). Ceci
contiguës ; expliquerait les actions paracrines de la somatostatine sur les cellules
• le chorion, ou lamina propria, composé d’un tissu conjonctif pariétales, ECL à histamine et G à gastrine. Les cellules progénitrices de
richement vascularisé et innervé ; il contient également le l’estomac sont situées dans l’isthme (7). Elles prolifèrent et se différencient
tissu lymphoïde associé à l’intestin (GALT), plus abondant vers le haut et le bas de la glande contrairement aux cellules progénitrices
dans l’antre que dans le fundus ; de l’intestin qui sont dans le fond des cryptes. 1. Cellule à mucus de
• la musculaire muqueuse, qui limite en profondeur la surface ; 2. cellule pariétale ; 3. cellule à mucus ; 6. cellule principale
muqueuse. Elle forme une mince lame faite de deux couches (pepsinogène).
de muscle lisse, circulaire interne et longitudinale externe.
Son tonus et sa contraction sont responsables du plissement
muqueux. s’accroissent en même temps que l’on observe une diminution
L’épithélium superficiel recouvre trois parties fonctionnelle- des tubulovésicules qui se pressent autour du canalicule.
ment différentes de l’estomac : Les cellules pariétales sécrètent l’acide chlorhydrique (HCl), et
• le cardia, peu développé chez l’homme, est constitué de une grande partie de l’eau et des électrolytes du suc gastrique [1].
glandes cardiales peu nombreuses formées de tubes anasto- Elles sont capables de produire en moyenne 30 à 35 mEq d’ions
mosés et dont les cellules ressemblent aux cellules à mucus ; H+ par heure au maximum de stimulation dans un volume
• la région fundique, composée de glandes fundiques tubuleu- liquide voisin de 250 ml. Elles sont de plus, chez l’homme, à
ses, rectilignes, qui s’enfoncent perpendiculairement à la l’origine du facteur intrinsèque que l’on retrouve dans le
surface épithéliale. Ces glandes comportent deux types réticulum endoplasmique granuleux de l’appareil de Golgi et
principaux de cellules : les cellules pariétales sécrétant l’acide dans les vésicules, et qui est nécessaire à l’absorption de la
chlorhydrique et le facteur intrinsèque, et les cellules princi- vitamine B12.
pales sécrétant le pepsinogène ;
• la région antropylorique, qui ne comporte pas de cellules Cellules principales
pariétales mais essentiellement des cellules à mucus. Les cellules principales sont de forme prismatique tronquée.
La surface totale moyenne de la muqueuse gastrique est de Elles sont plus petites et plus nombreuses que les cellules
800 cm2 et le volume muqueux moyen de 50 cm3. pariétales ; leur noyau est situé au pôle basal, les organites
principaux sont : un réticulum endoplasmique bien développé,
Glandes fundiques de grands sacs golgiens, de nombreux granules sécrétoires
entourés d’une membrane. Elles sécrètent le pepsinogène. Après
Ce sont des glandes tubuleuses simples, ayant un trajet stimulation sécrétoire, on assiste à une dégranulation des
rectiligne perpendiculaire à l’épithélium de surface jusqu’à la cellules principales et à une augmentation de l’activité peptique
musculaire muqueuse. Elles possèdent une lumière étroite et du suc gastrique. Contrairement aux cellules pariétales, les
sont constituées par des cellules spécialisées de quatre types cellules principales sont capables de se diviser. L’ingestion
principaux : les cellules à mucus des glandes, les cellules d’aliments dégranule les cellules principales, accroissant
pariétales, les cellules principales et les cellules endocrines l’activité peptique du suc gastrique après stimulation sécrétoire.
(Fig. 1).
Cellules pariétales Glandes pyloriques
Les cellules pariétales sont situées dans la moitié superficielle Courtes et tubuleuses ramifiées, elles convergent pour s’abou-
des glandes. Ce sont de grandes cellules piriformes à noyau cher à l’extrémité de cryptes profondes (Fig. 1). Elles sont
central, à extrémité apicale effilée et extrémité basale élargie. Elles composées de cellules exocrines sécrétant des mucines et du
sont très riches en mitochondries et possèdent de nombreux pepsinogène, et de cellules endocrines sécrétant de la gastrine.
lysosomes. Dans l’estomac de l’homme, le nombre de ces cellules
est estimé à 109. Elles sont caractérisées par la présence d’un Cellules à mucus
canalicule qui apparaît comme une invagination de la membrane On les divise classiquement en cellules de l’épithélium de
cellulaire apicale. Il est bordé de nombreuses microvillosités surface, des cryptes et de l’isthme des glandes, et en cellules
qui accroissent considérablement sa surface. Dans les périodes muqueuses claires des glandes fundiques, du corps et du fond
de sécrétion, le nombre et la longueur des microvillosités des glandes pyloriques.
2 Gastro-entérologie
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Physiologie de la sécrétion gastrique ¶ 9-000-C-10
Cellules endocrines de l’estomac l’histamine dans les cellules pariétales, redonnent de l’intérêt à
ces cellules dans la médiation de la réponse sécrétoire des
Les cellules endocrines déversent leurs produits de sécrétion cellules pariétales.
directement dans le sang à travers la membrane basale. Elles
existent tout au long de la muqueuse gastrique et l’on distingue
plusieurs types cellulaires : les cellules à gastrine (cellules G), les ■ Composition de la sécrétion
cellules à somatostatine (cellules D), les cellules glucagon-like
(cellules A-like), les cellules entérochromaffines sécrétant la gastrique
sérotonine et les cellules entérochromaffines-like (EC-L) sécré-
Le liquide sécrété par la muqueuse gastrique contient de
tant l’histamine.
l’eau, des électrolytes, des mucoprotéines, des protéines dont
Cellules à gastrine (cellules G) des enzymes protéolytiques et le facteur intrinsèque. La quantité
de sécrétion gastrique quotidienne peut être estimée entre 1,5 et
Elles siègent essentiellement dans l’antre, sont très clairsemées 2 l.
dans le duodénum et disparaissent au-delà de l’angle de Treitz.
Absentes du fundus, elles sont localisées au tiers moyen des
tubes glandulaires, dispersées ou parfois groupées en une dizaine Principaux constituants
par tube. Comme les cellules G, leur extrémité apicale atteint la
lumière du tube glandulaire et est hérissée de microvillosités.
Composition hydroélectrolytique
Les grains de sécrétion sont situés à la base de la cellule et sont Diverses théories, dont celle de Pavlov-Hollander et celle de
limités par une membrane lisse. L’excrétion du produit de Teorell-Obrink, ont été avancées pour rendre compte de la
sécrétion vers les capillaires se fait par diffusion. Une partie de composition élémentaire finale de la sécrétion gastrique. En fait,
la gastrine sécrétée par les cellules G semble aussi susceptible rien ne permet aujourd’hui réellement de dire qu’une théorie
d’être libérée dans la lumière gastrique et son rôle est à définir. est plus vraie que l’autre, aussi nous nous contenterons de
décrire ici les variations des électrolytes et du flux aqueux. Les
Cellules à somatostatine (cellules D) relations existant entre le débit d’eau et les concentrations et
Ces cellules ubiquitaires sont caractérisées par la présence de débits des ions sont bien illustrées par les Figures 2 et 3. Les
longs prolongements cellulaires qui les mettent en contact avec relations existant entre les concentrations des principaux ions
les capillaires sanguins et les cellules de voisinage (en particulier apparaissent sur la Figure 3. On s’aperçoit ainsi que la concen-
les cellules G). Elles ont ainsi une double fonction : paracrine tration des divers ions varie avec l’intensité de la stimulation,
essentielle mais aussi endocrine, qui aboutit à un effet inhibi- elle-même reflétée par les variations du flux liquide (Fig. 2) [2].
teur sur la sécrétion acide et la libération de gastrine. La Les concentrations de H+ et Na+ varient en sens inverse respec-
somatostatine pourrait aussi être libérée dans la lumière antrale. tivement de 0 vers la valeur maximale de 143 mEq/l et de 140
à une valeur voisine de 10 à 15 mEq/l.
Cellules A-« like » et P Il existe une relation linéaire entre le flux d’eau, et les débits
Elles siègent dans la muqueuse fundique et sont rares, de H+ et de Cl–.
présentes seulement chez le nouveau-né et le fœtus. Elles Au maximum des stimulations, la sécrétion gastrique n’est
sécrètent une substance glucagon-like, glucogénolytique. Les plus faite pratiquement que de HCl et de KCl. Les ions H+,
cellules P, présentes à la fois dans le fundus et l’antre, ont des Cl– et Na+ sont reliés par l’équation : [Cl–] = [H+] + [Na+].
granules sécrétoires de petite taille dont la sécrétion n’est pas Il existe aussi dans la sécrétion gastrique des bicarbonates, du
encore connue. Ca2+, du Mg2+, et en quantités très faibles des phosphates, des
sulfates et des iodures.
Cellules sécrétant la sérotonine
(ou cellules entérochromaffines de Kulchitsky-Masson) Mucoprotéines
Elles se trouvent tout le long du tube digestif et sont à Le mucus est formé par des macromolécules protéiques ayant
l’origine des tumeurs carcinoïdes. Leurs grains de sécrétion un groupement prosthétique glucidique. On les classe schéma-
contiennent la sérotonine. Elles sont nombreuses dans l’antre et tiquement en deux groupes : les glycoprotéines et les
la région fundique. L’apex cellulaire n’atteint pas la lumière
glandulaire. À côté de ces cellules endocrines reconnues par
leurs caractères ultrastructuraux ou la présence en leur sein de mEq -1
substances spécifiques, il a été mis en évidence, dans la paroi
gastrique, dans les neurones ou leurs extrémités, des neuropep- Cl-
tides tels le vasointestinal peptide (VIP), la neurotensine, les 150
endorphines dont le rôle physiologique est d’inhiber la sécré-
tion gastrique. H+
[H+][Cl-][Na+][K+]
Cellules sécrétant l’histamine (ou cellules EC-L)
100
De localisation uniquement fundique, ces cellules sont
globuleuses, le plus souvent fermées. Leurs granules sont
régulièrement sphériques, composés d’une matrice très dense ou
floconneuse, séparée par un halo d’épaisseur variable, d’une 50
membrane visible. Chez le rat, ces cellules contiennent de
l’histamine, ce qui a été vérifié également chez l’homme. Elles K+
sont situées le long du tube glandulaire, à côté des cellules Na+
pariétales.
0
10 20 30 40 50 60 70
K
Chorion HCO3N Volume sécrétoire ml/20 min
-25
Le chorion ou lamina propria contient des fibres collagènes
groupées en faisceaux étroits, de nombreux capillaires sanguins
Figure 2. Évolution des concentrations des divers ions constituant la
et lymphatiques, des filets nerveux et des cellules isolées
sécrétion gastrique en fonction du volume sécrétoire. Ces résultats ont été
(fibroblastes, lymphocytes, plasmocytes) ; parmi elles, des
obtenus à partir de la sécrétion basale et stimulée par des doses croissantes
mastocytes contenant de l’histamine et de l’héparine. La
de gastrine (d’après [2]). K indique la valeur en millilitres par 20 minutes
proximité de certaines de ces cellules avec les cellules pariétales,
du composant non acide.
leur contenu en histamine, la découverte des récepteurs H2 à
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9-000-C-10 ¶ Physiologie de la sécrétion gastrique
avec la membrane plasmatique, permettant leur expulsion dans
la lumière tubulaire. Le dosage sérique des pepsinogènes fournit
des renseignements similaires à ceux apportés par l’étude de la
160 Cl- sécrétion acide gastrique, mais ne la remplace pas dans l’explo-
ration fonctionnelle de l’estomac.
Facteur intrinsèque
140
Le facteur intrinsèque ainsi qu’un facteur de liaison, la
cobalamine, existent en quantité infinitésimale dans la sécrétion
gastrique. Ce sont des mucoprotéines qui n’ont pas de rôle dans
120
les phénomènes de digestion proprement dits, mais ont une
[Na+], [K+] ou [Cl-] mEq/l
importance fondamentale dans l’absorption de la vitamine B12.
100 Protéines diverses
Na+ + K+ Une certaine quantité de protéines provenant du plasma ou
du liquide interstitiel (albumines et globulines) passe à travers
80 la muqueuse gastrique. Cependant, la muqueuse gastrique paraît
également capable de synthétiser les immunoglobulines A.
Na+
60 Origine des constituants du liquide de sécrétion
gastrique
L’eau semble provenir des cellules pariétales, mais aussi des
40 cellules à mucus et de l’espace interstitiel. Les ions H+ et le
facteur intrinsèque sont sécrétés par les cellules pariétales. Les
ions Cl– et K+ proviennent des cellules pariétales, des cellules à
20 mucus et du liquide interstitiel. Les enzymes protéolytiques sont
K+ issues essentiellement des cellules principales du fundus. Enfin,
les mucoprotéines sont sécrétées par des cellules à mucus de
toute la surface de l’estomac.
0
-25 0 20 40 60 80 100 120 140
[H+] mEq/l ■ Mécanismes de la sécrétion acide
Figure 3. Relation linéaire entre H+ et Na+, K+ et Cl– dans la sécrétion
gastrique humaine. L’intersection avec les axes verticaux donne les valeurs
gastrique
des concentrations respectives de ces éléments à l’intérieur des compo- La connaissance des mécanismes de la sécrétion acide gastri-
sants pariétal et non pariétal (selon la théorie de Pavlov-Hollander). que a beaucoup progressé au cours de ces dernières années. Les
modèles expérimentaux in vitro ont permis d’étudier, par
exemple, les relations entre les compositions électrolytiques des
mucopolysaccharides. Les glycoprotéines elles-mêmes se divisent milieux séreux et luminal, de mesurer la différence de potentiel
en glycoprotéines neutres ou fucomucines, les plus importantes, transépithélial, ainsi que les flux ioniques nets.
et en glycoprotéines acides ou sialomucines. Chez les sujets dits
« sécréteurs », certaines de ces glycoprotéines ont l’activité Dépendance énergétique de la sécrétion
antigénique des groupes sanguins ABH. Les mucopolysacchari-
L’importance du débit et le niveau élevé de la concentration
des acides ou sialomucines d’origine proprement gastrique
en ions H+ de la sécrétion acide ne peuvent être expliqués par
existent en très faible quantité. En fait, la contamination
la mise en jeu de simples systèmes de diffusion. La concentra-
salivaire est responsable de la majeure partie des mucopoly-
tion en H+ dans le suc gastrique est un million de fois plus
saccharides présents dans la cavité gastrique.
élevée que dans le sang et requiert l’intervention de mécanismes
actifs.
Enzymes protéolytiques ou protéases L’énergie théorique (ET) peut être calculée et conduit aux
Ces enzymes sont encore incomplètement connues. La valeurs de 8 400 cal par équivalent d’ion H+ transporté et de
pepsine a été cristallisée par Northrop en 1930 à partir de 1 060 cal par équivalent d’ion Cl–. L’énergie minimale néces-
muqueuse de porc. Elle naît de l’activation d’un précurseur, le saire à la sécrétion d’une mole de HCl est donc de 9 460 cal.
pepsinogène, se produisant en milieu acide dès la sortie de la L’origine de cette énergie doit être recherchée dans le métabo-
cellule principale. Plusieurs fractions protéolytiques distinctes lisme oxydatif puisque l’anoxie inhibe complètement la sécré-
ont été identifiées dans la muqueuse gastrique humaine. Elles tion acide. Chez le mammifère, le glucose est le substrat
peuvent être séparées en : essentiel.
• pepsinogènes du groupe I qui ne se trouvent que dans la
muqueuse fundique, essentiellement dans les cellules princi- Théorie « redox » et théorie de la
pales, mais aussi dans les cellules claires du collet ;
• pepsinogènes du groupe II identifiés dans la muqueuse
« dépendance de l’adénosine triphosphate »
antrale et duodénale. Le couplage étroit existant entre le métabolisme oxydatif et
L’activation de ces pepsinogènes, proenzymes inactives, se la sécrétion acide gastrique a donné lieu au développement de
fait en présence d’HCl. Elle commence à partir de pH inférieur deux théories.
à 5,6 et se poursuit de façon autocatalytique. Elle aboutit à Dans la théorie « redox », la pièce maîtresse de ce mécanisme
séparer la pepsine de son inactivateur et de huit ou neuf autres serait un système cytochromique. Celui-ci fabriquerait le proton
peptides. à partir de substrats réduits en transférant un électron jusqu’à
La synthèse des pepsinogènes se fait probablement à l’inté- l’oxygène moléculaire. La mise en évidence récente dans la
rieur du réticulum endoplasmique. Les grains de pepsinogène membrane luminale de la cellule pariétale d’une oxydoréductase
sont ensuite transportés vers l’appareil de Golgi où ils sont à cytochrome b5 couplée à un système désaturase d’acide gras
encapsulés, puis migrent ensuite vers le pôle apical de la cellule a fourni un argument théorique important en faveur de cette
principale où ils s’accumulent. Lors de la stimulation, les théorie. Cependant, la participation de tels systèmes dans les
membranes entourant les grains de pepsinogène fusionnent mécanismes de transports de H+ demeure hypothétique.
4 Gastro-entérologie
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ce transport étant lui-même électriquement couplé à un trans-
M3 port de Cl– à travers un autre canal. L’analyse du transpritome
MP de cellules pariétales purifiées à 99 % et des études de transge-
Cytosol Lumière nèse ont permis d’identifier ce canal chlorure au KCNE2 [4].
G/CCKB gastrique
Ca2+ ATP P
Transport de l’eau
SSTR ATPase H+ E1 E2 H+ L’eau est le plus important constituant de la sécrétion acide.
(H+,K+)
Le fait que cette sécrétion soit approximativement isotonique
AMPc P conduit à penser que l’eau traverse passivement l’épithélium en
H2 K+ K+ réponse aux gradients osmotiques créés par les transports actifs
CI- CI- de H+ et Cl– , ce qui a été démontré par des expériences in vitro
Cellule pariétale sur muqueuse gastrique isolée, en imposant un gradient osmo-
tique artificiel. Une partie de l’eau sécrétée dans l’estomac
provient aussi de l’ultrafiltration du plasma due à la pression
Figure 4. Fonctionnement de l’ATPase (H+, K+). Ce schéma montre hydrostatique. Ce mécanisme d’ultrafiltration intervient surtout
l’alternance des états E1 et E2 de l’ATPase (H+, K+) assurant le contre- dans la production d’eau accompagnant la sécrétion « alcaline »
transport H+/K+ et le recyclage K+ à travers un canal couplé lui-même à un des cellules non pariétales.
canal transportant du Cl– (d’après [3]). M3 : récepteur muscarinique de
type 3 ; SSTR : récepteur de la somatostatine ; G : récepteur de la gas-
trine ; H2 : récepteur histaminique de type 2 ; MP : membrane plasmi-
que ; ATP : adénosine triphosphate ; AMPc : adénosine monophosphate
■ Mécanismes de régulation
cyclique. physiologique de la sécrétion
gastrique
La théorie de la dépendance de l’adénosine triphosphate Dans les conditions physiologiques, c’est-à-dire en réponse à
(ATP) considère que le métabolisme oxydatif n’est indispensable l’alimentation, la sécrétion gastrique est contrôlée par des
à la sécrétion acide que dans la mesure où il permet de fabri- mécanismes neurohormonaux de stimulation et de frein. Les
quer l’ATP, ultime substrat énergétique nécessaire et suffisant mécanismes de commande de la sécrétion gastrique sont
pour le transport de H+. Ce système, comparable à l’hypothèse devenus d’une grande complexité car, à l’intérieur d’un même
de la phosphorylation oxydative, est théoriquement capable mécanisme, existent des facteurs de stimulation et d’inhibition,
d’établir un gradient de H+ de plus de 108 entre les deux côtés c’est pourquoi nous les envisagerons d’abord de manière
d’une membrane. analytique puis une tentative de synthèse sera réalisée en
indiquant comment les mécanismes de régulation semblent
Localisation des mécanismes actifs s’ordonner au cours de l’alimentation.
Il a été possible de démontrer que l’activation de la sécrétion
acide produit une augmentation du pH intracellulaire et que, à Mécanismes de régulation à l’échelon
l’inverse, il existe une légère surconcentration de Cl – . Le cellulaire
mécanisme actif de transport de H+ doit donc être localisé
nécessairement sur la membrane luminale de la cellule et celui Les mécanismes régulant l’activation de la cellule pariétale
de Cl sur la membrane basale. ont été très largement étudiés. Comme les transports actifs pour
l’essentiel sont localisés à la membrane luminale, on peut
envisager trois niveaux de contrôle : les récepteurs, les systèmes
Mécanisme de transport de H+ intracellulaires de transduction et de transport de l’information,
Une enzyme spécifique de l’estomac a été identifiée sur la les pompes ioniques ou ATPases (H+, K+).
membrane luminale de la cellule pariétale : l’ATPase (H+, K+) ou Un certain nombre de récepteurs ont été localisés sur la
pompe à protons. Cette enzyme est stimulable par K+ et d’autres membrane basale de la cellule pariétale. Leur fonction est de
cations monovalents, mais ne l’est pas ou peu par Na+. De plus, reconnaître spécifiquement les médiateurs de la sécrétion acide
elle a un fonctionnement électriquement neutre et est insensi- et de former avec eux des complexes déclenchant la libération
ble à l’ouabaïne, ce qui la distingue de l’ATPase (Na+, K+). de seconds messagers intracellulaires. Ces médiateurs peuvent
Comme les ATPases (Na+, K+), les ATPases (H+, K+) compren- être activateurs ou inhibiteurs, ou sont de natures diverses :
nent deux sous-unités distinctes, a et b, associées sous forme hormones polypeptidiques (gastrine, somatostatine, sécrétine,
dimérique ou tétramérique (a,b)2. Les gènes humains de ces VIP, gastric inhibitory peptide [GIP], epidermal growth factor/
deux sous-unités ont été clonés et ont été localisés sur le bras transforming growth factor a), histamine, acétylcholine. Ils sont,
long du chromosome 19 pour la sous-unité a et du chromo- soit véhiculés jusqu’aux récepteurs par voie sanguine, soit
some 13 pour la sous-unité b. sécrétés de façon « paracrine » par des cellules et/ou les termi-
Dans la cellule pariétale au repos, l’ATPase (H+, K+) est mise naisons nerveuses.
en réserve sur des tubulovésicules intracytoplasmiques. Lorsque La gastrine, l’acétylcholine et l’histamine stimulent la
la sécrétion est stimulée, ces tubulovésicules migrent vers le pôle sécrétion acide de façon directe en activant leurs récepteurs
apical et fusionnent pour former un « canalicule sécrétoire » respectifs de la cellule pariétale et de façon indirecte en
bordé de microvillosités où se trouve alors concentrée toute augmentant la libération d’histamine à partir des cellules EC-L.
l’ATPase, représentant plus de 85 % des protéines membra- Un troisième récepteur à l’histamine, le récepteur H3, a été
naires. décrit sur la cellule EC-L [5]. Il s’agit d’un autorécepteur dont
Son fonctionnement peut être schématiquement (Fig. 4) [3] l’activation entraîne une inhibition de la synthèse et de la
décrit comme une alternance entre deux états : un état E1, non libération de l’histamine de la cellule EC-L (Fig. 5). Les princi-
phosphorylé, possédant des sites cytosoliques de faible affinité paux médiateurs, la gastrine, l’acétylcholine, l’histamine et la
pour K + , et un état E2, phosphorylé, présentant des sites somatostatine [6-8] , et également d’autres peptides tels les
extracellulaires de forte affinité pour K+. Chaque cycle catalyti- facteurs de croissance, interagissent directement avec leurs
que transporte un (ou deux) H+ vers la lumière gastrique et un récepteurs localisés sur la cellule pariétale pour contrôler son
(ou deux) K + dans l’autre sens. L’échange étant stœchio- activité sécrétoire. Tous ces récepteurs ont été effectivement
métrique, le transport net est électriquement neutre. Comme caractérisés par l’association de leur liaison à un signal biologi-
K + est nécessaire au transport de H + , l’hypothèse est que que : activation ou inhibition de l’adénylate cyclase accompa-
l’ATPase (H+, K+) est associée, sur la membrane sécrétoire, à un gnée d’une augmentation ou d’une diminution de l’adénosine
canal permettant le transport de K+ dans la lumière gastrique, monophosphate (AMP) cyclique intracellulaire respectivement
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compétition avec l’ion K+ pour se fixer sur la face luminale de
M3 l’enzyme. La deuxième série d’inhibiteurs, correspondant à des
Acétylcholine composés dont la structure est dérivée du benzimidazole,
constitue la classe des IPP. On peut citer l’oméprazole, le
Gastrine Ca2+
lansoprazole, le pantoprazole et d’autres « zoles » mises au point
postérieurement. Le mécanisme de tous ces IPP est une inhibi-
tion totale et irréversible de l’activité de transport de l’ATPase
Somatostatine HCI (H+, K+) due à une liaison covalente avec la sous-unité qui
SSTR ATPase « paralyse » l’enzyme dans une configuration inactive [9].
M1
Hormones antrales ou gastrines
Histamine AMPc
SSTR H2 Les éléments de stimulation de la sécrétion gastrique acide
sont essentiellement au nombre de deux : la gastrine et les nerfs
vagues.
Cellule pariétale Ces hormones jouent un rôle considérable dans la stimula-
Cellule EC-L H3 tion de la sécrétion gastrique, que ce soit par le « fond »
gastrinique qu’elles entretiennent ou par leur libération lors de
l’alimentation.
Figure 5. Mécanismes intercellulaires de régulation de la sécrétion
acide gastrique. M1 et M3 : récepteur muscarinique de type 1 et 3 ; SSTR : Biosynthèse et différentes formes moléculaires
récepteur de la somatostatine ; H2 et H3 : récepteurs histaminiques de
de la gastrine
type 2 et 3 ; EC-L : cellule entérochromaffine-like ; HCl : acide chlorhydri-
que ; ATP : adénosine triphosphate ; AMPc : adénosine monophosphate Comme de nombreuses hormones, la gastrine est d’abord
cyclique. synthétisée sous la forme d’une prohormone de 101 acides
aminés, la préprogastrine (Fig. 6). Après clivage du peptide
signal, à l’entrée du réticulum endoplasmique, la progastrine
pour l’histamine et la somatostatine. Le récepteur à l’histamine passe dans le Golgi et subit différentes modifications (sulfatation
sur la cellule pariétale est de type H2 et son gène a été cloné. de la tyrosine 87, phosphorylation de résidu sérine). Elle est
Les antagonistes H2 sont des antisécrétoires puissants d’un ensuite concentrée dans des granules sécrétoires où elle va être
grand intérêt thérapeutique. la cible de différentes enzymes (prohormones convertases,
Outre l’AMP cyclique, l’un des principaux médiateurs de la carboxypeptidase H). Celles-ci, par excision des séquences N- et
sécrétion acide stimulée par l’histamine, l’ion Ca++, est impliqué C-terminales, produisent la gastrine 34 et la gastrine 17 glycine-
comme le second messager de la gastrine et de l’acétylcholine. extended (présence d’un résidu glycine en C-terminal) : G34-gly
Les gènes des récepteurs à la gastrine (récepteur CCKB/gastrine) et G17-gly. Une dernière enzyme, la peptidyl-amidating mono-
et à l’acétylcholine (récepteurs muscariniques M 3 ) ont été oxygenase 1 (PAM), transforme ce résidu glycine et induit
également clonés à partir de cellules pariétales purifiées de chien l’amidation C-terminale de la G17 et de la G34, principales
et de lapin. Dans la cellule, l’AMP cyclique et le Ca++ possèdent formes synthétisées dans le tractus digestif et reconnues comme
leurs propres récepteurs qui, de façon indépendante ou associée, efficaces sur la sécrétion acide.
activent, en les phosphorylant, les sites réactifs d’activité Les cellules endocrines productrices de gastrine sont appelées
métabolique et les pompes ioniques. cellules G et sont retrouvées dans les tubes glandulaires antraux
Il existe également une inhibition spécifique de la cellule et la muqueuse de l’intestin grêle proximal. La G17 est essen-
pariétale, qui s’exerce par l’intermédiaire d’une action directe tiellement d’origine antrale alors que la G34 provient préféren-
sur la pompe à protons. Deux types de molécules inhibitrices de tiellement du duodénum.
l’ATPase (H+, K+) ou inhibiteurs de la pompe à protons (IPP), La découverte d’un rôle trophique des intermédiaires de
ont été développées. La première série correspond à des molé- maturation de la progastrine et spécialement de la G17-gly a
cules possédant une structure imidazopyridinique entrant en suscité un intérêt accru pour l’étude de cette maturation. Dans
Peptide Arg Arg Lys Lys Arg Arg
signal Tyr
RE
Préprogastrine
Signal peptidase
Progastrine
Golgi
Sulfotransférase SO4 (?)
Prohormone convertase SO4 (?)
Carboxypeptidase H SO4 (?)
Gly G34-Gly
Granule sécrétoire
SO4 (?)
Prohormone convertase PAM
G34-NH2
G17-Gly Gly NH2
SO4 (?) SO4 (?)
PAM Prohormone
convertase
G17-NH2 NH2
SO4 (?)
Figure 6. Biosynthèse et processus de maturation post-traductionnelle des différentes formes moléculaires de la gastrine. RE : réticulum endoplasmique ;
PAM : peptidyl-amidating mono-oxygenase 1.
6 Gastro-entérologie
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Physiologie de la sécrétion gastrique ¶ 9-000-C-10
la muqueuse antrale de rat, la cinétique d’apparition de la de la concentration artérielle, quel que soit le lieu de prélève-
G17 est la même que celle de la G17-gly, ce qui ferait de cette ment veineux. Ainsi, l’épuration de la G17 circulante survient
dernière un produit final de maturation et non plus un simple en de nombreux endroits, probablement dans les capillaires, et
intermédiaire. La G17 dériverait donc de la G34 par l’intermé- les reins apparemment n’ont pas de rôle spécial dans le catabo-
diaire d’une prohormone convertase et non de la G17-gly par lisme de la G17.
la PAM. Par ailleurs, l’action stimulante des formes gly dans la
sécrétion acide gastrique a été mise en évidence (mais à des Mode de fonctionnement des cellules sécrétant
doses pharmacologiques). Toutefois, sur des muqueuses antrales la gastrine
de patients atteints de maladie de Biermer, il n’a été retrouvé
Les cellules produisant la gastrine sont en contact, d’une part
que des concentrations faibles et transitoires de formes glycines
avec la surface interne de l’estomac, et d’autre part en profon-
étendues, ce qui pourrait suggérer l’existence d’un équipement
deur avec les structures nerveuses des plexus sous-muqueux de
enzymatique différent en prohormones convertases entre le rat
Meissner et sans doute aussi des plexus intramusculaires
et l’homme.
d’Auerbach. Ces plexus nerveux sont eux-mêmes en étroite
Toutes les gastrines ont en commun le tétrapeptide C-terminal
association avec les terminaisons nerveuses vagales. L’acétyl-
(Trp-Met-Asp-Phe-NH2) qui possède toutes les activités biologi-
choline n’apparaît plus aujourd’hui comme le seul médiateur de
ques de l’hormone, le reste de la molécule ne faisant que
la libération de gastrine, car les neuropeptides contenus dans les
potentialiser l’action du tétrapeptide. La pentagastrine, un
fibres nerveuses « bombésine/GRP » (gastrin releasing peptide, VIP,
pentapeptide de synthèse comprenant le tétrapeptide, est utilisée
etc.) sont capables de contrôler sa sécrétion.
pour les explorations fonctionnelles chez l’homme.
L’activité biologique des diverses formes moléculaires est
Facteurs d’activation de la sécrétion de gastrine
inégale. La G17 est la plus puissante. La G17-gly et la G34 sont
respectivement deux et cinq fois moins actives aux mêmes Deux variétés de stimuli sont habituellement décrites : des
concentrations. Cependant, les activités intrinsèques de la facteurs locaux et la stimulation vagale. Les facteurs locaux sont
G17 et la G34 à fortes concentrations sont identiques. représentés par la distension mécanique de l’estomac et surtout
Les dosages radio-immunologiques standards actuels ne par les sécrétagogues alimentaires. Chez le chien, la distension
permettent pas de distinguer les diverses formes moléculaires de de l’antre ou du fundus dénervé entraîne la libération de
gastrine circulant dans le plasma. Dans le plasma, à l’état basal, gastrine. Cet effet est inhibé par l’atropine, montrant qu’il s’agit
le rapport de la G34 et la G17 est de 2/1 ; après un repas la d’un réflexe local cholinergique. Chez l’homme, la distension de
concentration de la G34 double mais celle de la G17 quadruple l’estomac intact stimule la sécrétion acide, mais ne s’accompagne
de telle manière que le rapport est de 1/1. La G17 représente pas d’une augmentation importante de gastrine : cette réponse
environ 5 % de la gastrine à l’état basal et postprandial. semble médiée par les récepteurs b2- et b3-adrénergiques.
Les proportions relatives des diverses formes moléculaires Les sécrétagogues alimentaires ont un rôle important. Les
sont différentes dans le plasma et dans les tissus. La G17 pré- produits de la digestion des protéines alimentaires, acides
domine dans l’antre, représentant environ 90 % du contenu, la aminés aromatiques, amines alimentaires, sont de puissants
G34 représentant essentiellement le reste. Dans la muqueuse stimulants, à la fois de la sécrétion acide et de la libération de
duodénale, au contraire, la G34 représente plus de la moitié de gastrine. Les aminoacides qui sont les plus efficaces pour cette
l’hormone tissulaire, la G17 constituant le reste. libération gastrinique chez l’homme sont le tryptophane et la
phénylalanine ; l’accroissement de la gastrine sérique s’accom-
Importance relative des différentes formes pagne d’une stimulation proportionnelle de la sécrétion acide.
dans les cancers colorectaux L’administration des acides aminés dans le grêle ou par voie
Dans les tissus tumoraux, la progastrine est retrouvée dans intraveineuse stimule la sécrétion acide sans modification
100 % des cas, les formes amidées (G17 à 99 %) dans 69 % et significative du taux de gastrine plasmatique. Toutes les études
les formes gly-extended dans 44 %. Les concentrations dosées ont identifié la G17 comme le médiateur physiologique princi-
sont 100 fois inférieures à celles de la muqueuse antrale de pal de la sécrétion postprandiale.
sujets normaux. Cependant, il existe un sous-groupe de tumeurs Les lipides, les sucres, l’alcool et l’eau pure sont peu ou pas
dans lesquelles les concentrations peuvent atteindre jusqu’à actifs chez l’homme. En revanche, les sels de calcium stimulent
40 % du niveau antral. Le rapport G-gly/G-amidées est compa- la libération de gastrine qu’ils soient donnés per os ou par voie
rable dans les deux types de tissu, alors que le rapport intraveineuse.
G-amidées/G-totale (dosage de toutes les formes) apparaît La bombésine est un puissant stimulus de la libération de
supérieur dans les tumeurs. gastrine lorsqu’elle est injectée par voie veineuse chez le chien
Dans le plasma, les dosages à jeun sont en faveur d’une et chez l’homme. Les sécrétagogues alimentaires peuvent agir
sécrétion préférentielle d’intermédiaires de maturation, autres directement sur les cellules à gastrine ou indirectement par
que les formes G-gly (dont la concentration était inférieure chez libération d’une substance GRP.
les sujets ayant un cancer colorectal par rapport aux témoins),
dans les cancers colorectaux. Le dosage de gastrine totale était Libération vagale de gastrine
le meilleur discriminant entre cancers colorectaux et témoins, L’action du vague sur les cellules G a d’abord été démontrée
l’infection à Helicobacter pylori ne faisant qu’accentuer la chez le chien où les influx vagaux d’origine céphalique provo-
différence. quent la sécrétion de gastrine antrale. Chez cet animal, l’exci-
tation vagale par repas fictif ou par hypoglycémie insulinique
Dégradation entraîne la libération de gastrine. Cet effet est aboli par la
Les demi-vies de la G17 et de la G34 sont, respectivement, vagotomie et bloqué par de fortes doses d’atropine [10-12].
6 et entre 18 et 30 minutes. Leur dégradation est assurée par Chez l’homme, l’hypoglycémie insulinique et le 2-déoxy-D-
une endopeptidase neutre (ou enképhalinase ou EC 3.4.24.11) glucose entraînent une augmentation de gastrine plasmatique.
et l’enzyme de conversion de l’angiotensine, enzymes largement Le repas simulé a des effets qui ont été diversement appréciés,
répandues. mais en tout cas faibles. Pour certains, la quantité de gastrine
Les lieux de dégradation de la gastrine ne sont pas entière- bien que faible pourrait contribuer de manière non négligeable
ment connus. Le foie est capable d’inactiver le tétrapeptide à la réponse acide au repas simulé ou repas fictif. Toutefois,
terminal, mais dans les conditions physiologiques le reste de la après vagotomie fundique, la gastrine libérée n’est pas efficace
chaîne semble protéger le tétrapeptide et la traversée hépatique sur les cellules pariétales.
n’atténue que très peu l’activité biologique de l’hormone. Dans l’antre gastrique, il existe à l’intérieur des fibres vagales
Le rein semblait jouer un rôle majeur, mais récemment deux contingents de neurones dont les effets sont contraires.
l’étude d’échantillons veineux et artériels prélevés dans le rein, Les premiers sont excitateurs et ne sont pas dépendants de
l’intestin, le cou et les membres a montré que les concentra- l’acétylcholine libérée par des fibres vagales. Le second type de
tions veineuses de gastrine étaient plus basses de 20 % à 30 % fibres vagales est inhibiteur et serait cholinergique. Leur
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gastrine réduit l’absorption de l’eau, de Na + et K + dans le
Niveau fundique jéjunum et elle provoque la libération de calcitonine. Outre son
GRP Ach action sur la sécrétion acide, la gastrine exerce un effet trophi-
CGRP Cellule
EC-L que à différents étages du tube digestif : fundus, intestin grêle,
VIP pancréas et côlon.
Ach
Rôle trophique de la gastrine
Cellule D Cellule Depuis la description du syndrome de Zollinger-Ellison
pariétale (hypergastrinémie chronique d’origine tumorale responsable
H+ entre autres d’une hypertrophie du plissement gastrique et
d’hyperplasie des cellules EC-L), un rôle trophique de la gastrine
sur la muqueuse gastrique était suspecté ; plus récemment, ce
rôle a été suspecté dans la muqueuse intestinale.
Les états d’hypochlorhydrie spontanée (Biermer) ou provo-
H+ quée (antisécrétoires puissants) peuvent induire une hypergas-
Niveau antral trinémie dépendante de l’intensité de la réduction sécrétoire
GRP Ach gastrique. Cette gastrine libérée en excès est responsable de
CGRP l’hyperplasie des cellules endocrines fundiques, en particulier
Ach des cellules EC-L, comme de celle des cellules pariétales. Il existe
VIP
un lien entre la prolifération de ces cellules EC-L et l’hypergas-
trinémie comme le montrent les nombreuses études expérimen-
Cellule tales in vivo. L’utilisation de souris invalidées pour le récepteur
Cellule D GRP
G gastrinique (CCKB/gastrine) a permis de confirmer ce rôle
trophique de la gastrine qui s’exerce par l’intermédiaire du
Figure 7. Régulation peptidergique de type neurocrine et paracrine de récepteur CCKB/gastrine.
la sécrétion acide dans la muqueuse fundique et antrale. Ce contrôle
intègre les facteurs nerveux et hormonaux. Ach : acétylcholine ; GRP : Contrôle nerveux de la sécrétion gastrique
gastrin releasing peptide ; VIP : vasointestinal peptide ; + : effet stimulant ; - : C’est le deuxième mécanisme essentiel de régulation physio-
effet inhibiteur ; EC-L : cellule entérochromaffine-like ; HCl : acide logique de la sécrétion gastrique.
chlorhydrique. Les vagues contiennent des fibres motrices, sécrétoires,
vasodilatatrices, et des fibres sensitives. Les noyaux d’origine des
existence a été mise en évidence dans des études où l’atropine vagues sont dans le bulbe.
à très faible dose augmente le taux de gastrine basale, potenti- Les fibres afférentes sont :
alise la réponse gastrinique au repas fictif. Ces résultats mon- • des fibres sensitives venant des viscères digestifs et des fibres
trent que l’atropine bloque un médiateur cholinergique qui des poumons, du cœur et du larynx ;
normalement inhibe la libération de gastrine (Fig. 7). • des fibres transportant des influx sensitifs provenant des
Il existe un faisceau d’arguments en faveur d’une interaction bourgeons du goût, de l’épiglotte et des vallécules.
de type neurocrine du GRP sur la cellule G. Ces fibres à GRP qui Les fibres vagales efférentes naissent de deux noyaux princi-
sont sous l’influence d’afférences vagales activent la sécrétion de paux : le noyau ambigu et le noyau dorsal moteur du vague
gastrine et participent ainsi de façon indirecte à la stimulation situé à la partie moyenne du bulbe sous le plancher du IVe
de la sécrétion acide gastrique. ventricule.
Les noyaux bulbaires des vagues sont reliés à d’autres struc-
Facteurs de freination de la libération de gastrine tures nerveuses sus-jacentes, notamment l’hypothalamus et le
thalamus.
Le plus important et le mieux connu est le mécanisme
Des centres corticaux et sous-corticaux exercent un contrôle
dépendant du pH qui agit sur l’antre (Fig. 7). Tous les facteurs
sur l’activité vagale ; parmi ces derniers, l’hypothalamus
stimulant la libération de gastrine sont inhibés à un pH proche
antérieur qui est organisé en noyaux médians et noyaux
de pH 2. La libération de gastrine est ainsi modulée par un
latéraux. Le noyau médian est sensible aux variations de la
rétrocontrôle négatif où la sécrétion acide stimulée par la
glycémie et exerce une influence inhibitrice sur le noyau latéral
gastrine inhibe la libération de l’hormone. Le mécanisme
qui paraît constituer le véritable centre sécrétoire gastrique [13].
d’action des ions H + intragastriques sur la cellule G reste
Ces noyaux sont en relation avec des structures nerveuses sus-
toujours à élucider. Plusieurs mécanismes sont possibles : action
et sous-jacentes : le thalamus et les corps striés, le rhinencéphale
directe sur la cellule G par l’acidité gastrique conduisant à une
et plus généralement le système limbique. Le cortex aurait une
libération de somatostatine à partir des cellules D. Il est
influence modératrice sur la sécrétion gastrique. Les influx
maintenant bien établi que la baisse du pH entraîne une
vagaux sont transmis par les troncs des nerfs vagues qui après
augmentation de la somatostatine qui en retour inhibe directe-
un trajet cervical et thoracique se distribuent aux deux faces de
ment le récepteur à la somatostatine de la cellule G pour
l’estomac.
diminuer la libération de gastrine.
Outre certaines fibres nerveuses du vague et le pH acide,
d’autres peptides tels la sécrétine, le glucagon, le VIP, le GIP et Rôle physiologique
la calcitonin gene related peptide inhibent la libération de gastrine. L’action du système nerveux parasympathique sur la sécrétion
gastrique est essentielle. Elle s’exerce par l’intermédiaire de deux
Propriétés biologiques de la gastrine types de réflexes cholinergiques.
Ces propriétés sont liées au tétrapeptide terminal. Les princi- Dans les réflexes longs, les noyaux bulbaires du nerf vague
pales actions de la gastrine chez l’homme sont : sont stimulés par les fibres sensitives d’origine viscérale ou par
• l’action sécrétoire gastrique : sécrétion acide, sécrétion de les formations supérieures de l’hypothalamus (sensibles à
pepsine et du facteur intrinsèque ; l’hypoglycémie). Les voies efférentes empruntent aussi les nerfs
• l’action sécrétoire extragastrique : stimulation de la sécrétion vagues et se divisent en deux branches qui innervent la région
des enzymes pancréatiques, effet cholérétique, action trophi- fundique et l’antre prépylorique. Les réflexes longs stimulent
que sur la muqueuse gastrique fundique. directement les cellules pariétales, provoquant un état de
Les autres actions de la gastrine sont probablement plus sensibilisation des glandes fundiques à l’action de la gastrine.
pharmacologiques que physiologiques : action stimulante sur la Les réflexes courts siègent entièrement dans la paroi gastrique
musculature lisse de l’estomac, le sphincter inférieur de l’œso- et sont assurés par des stimuli mécaniques (distension antrale)
phage et les muscles lisses de l’intestin grêle et du côlon ; la et chimiques (alcalinité du bol alimentaire).
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Les divers effets secondaires à l’activation du nerf vague sont
les suivants : Nerf vague
• stimulation directe des cellules fundiques. Chez l’homme
normal, en réponse au repas simulé, ce stimulus représente au
maximum 40 % de la capacité sécrétoire maximale pariétale ;
• sensibilisation des cellules fundiques ou de l’action des autres
Ach
stimuli, en particulier gastrine et histamine ;
• libération de gastrine antrale et facilitation des sécrétagogues
locaux ; Cellule D
• action trophique sur la muqueuse gastrique ;
• sécrétion de pepsine : la stimulation vagale provoque la
sécrétion d’un suc gastrique plus riche en pepsine que celle Ach
produite par la gastrine. Cellule
La réponse sécrétoire à l’alimentation était naguère décompo- EC-L
sée en trois phases distinctes : céphalique ou nerveuse, gastrique VIP Histamine
ou locale, intestinale [1, 14]. L’intrication étroite et permanente CGRP
des mécanismes de contrôle nerveux et hormonal rend cette Ach H+
classification un peu artificielle bien qu’ayant une signification
GRP Cellule Ach
physiologique. On sait que les protéines sont stimulantes pour Ach
la sécrétion acide alors que les graisses et les solutions hyper- Cellule pariétale
D
toniques de glucose ou inertes sont inhibitrices.
Cellule
G
■ Inhibition de la sécrétion Somatostatine
gastrique acide Gastrine
La sécrétion gastrique est déclenchée par le repas et est
inhibée par des mécanismes de rétrocontrôle qui sont au
nombre de deux : Figure 8. Régulation physiologique intégrée de la sécrétion acide gas-
• autorégulation de la gastrine, pH-dépendante, située dans trique par les facteurs nerveux et hormonaux. Ach : acétylcholine ; GRP :
l’antre ; gastrin releasing peptide ; VIP : vasointestinal peptide ; + : effet stimulant ; - :
• mécanismes hormonaux d’origine intestinale mis en route effet inhibiteur ; EC-L : cellule entérochromaffine-like ; HCl : acide
soit par l’introduction d’HCl dans le duodénum, soit par chlorhydrique.
l’introduction des graisses ou de solutions hypertoniques ou
sucrées dans le jéjunum et l’iléon.
Autres facteurs d’inhibition de la sécrétion
Inhibition liée à l’introduction d’HCl gastrique acide
dans le duodénum et le jéjunum supérieur Bien d’autres facteurs de nature peptidique tels que l’urogas-
C’est la partie bulbaire du duodénum qui est la plus sensible trone, la vagogastrone, l’entéroglucagon, la neurotensine et les
à l’acidification. Le premier facteur impliqué est la sécrétine, peptides de la famille du neuropeptide Y (PP, PYY) sont capables
hormone de 27 acides aminés, produite par les cellules S du d’inhiber la sécrétion gastrique acide, mais à des doses le plus
duodénum. Elle inhibe la sécrétion gastrique acide à dose souvent extraphysiologiques.
physiologique par l’intermédiaire d’une réduction de la libéra- En ce qui concerne l’entéroglucagon ou oxyntomoduline, son
tion de gastrine antrale. Le deuxième facteur est la cholécysto- action principale est d’inhiber la sécrétion acide gastrique par
kinine produite par les cellules endocrines I du duodénum, qui des mécanismes indirects mettant en jeu une augmentation de
inhibe directement la sécrétion acide pariétale. La combinaison la libération de somatostatine.
de doses submaximales de sécrétine et de cholécystokinine- Parmi les autres facteurs, on peut citer les prostaglandines
pancréozimine (CCK-PZ) exerce un effet inhibiteur plus impor- (PG) qui sont retrouvées dans la muqueuse gastrique en grande
tant que celle exercée par chacune des deux hormones sur la quantité en conditions basales et prandiales. Parmi les PG
sécrétion acide gastrique. Nous rapprocherons de la sécrétine, le naturelles, les PGAl, PGEl et PGE2 sont efficaces pour inhiber les
VIP, le GIP, ou encore le GLP-1 pour ses analogies de séquences sécrétions acides basales et stimulées par les différents sécréta-
en acides aminés avec la sécrétine. Le peptide est l’un des gogues. Les PG agissent directement sur les cellules pariétales via
neuromédiateurs des fibres postganglionnaires vagales d’action des récepteurs spécifiques couplés à une inhibition de l’accu-
inhibitrice sur le fundus ; mais physiologiquement, l’action de mulation intracellulaire d’AMP cyclique induite par l’histamine.
ces fibres est supplantée par celle des fibres cholinergiques La Figure 8 représente la régulation intégrée de la sécrétion
stimulantes. Le GIP est aussi libéré en présence d’HCl mais gastrique acide par les facteurs nerveux et hormonaux.
surtout en présence de graisses, de sucres et de peptones
intraduodénaux.
■ Mécanismes de régulation
Inhibition liée à l’introduction des graisses physiologique des autres
L’introduction de graisses dans l’intestin inhibe la sécrétion
acide en réponse à un repas. Parmi les composés actifs sur la
principaux constituants
sécrétion gastrique, le GIP paraissait le candidat idéal à ce rôle de la sécrétion gastrique
inhibiteur, d’où son nom. Le GIP inhibe la sécrétion acide
gastrique stimulée par la gastrine, l’histamine et l’insuline, et la Ferments protéolytiques
sécrétion de pepsine stimulée par l’insuline. Mais le rôle
essentiel de ce polypeptide s’exerce sur le pancréas endocrine où À côté de la gastrine et de l’histamine, faibles stimulants, et
il provoque la libération d’insuline. des vagues, stimulants importants, d’autres éléments accroissent
La CCK est aussi libérée en présence de graisses introduites le débit de pepsine. Il s’agit de la sécrétine, de la CCK et des
dans l’intestin. Elle est un antagoniste compétitif partiel de agents cholinergiques. Parmi les facteurs limitant la production
l’action de la gastrine sur la sécrétion acide gastrique, mais de protéases gastriques, on trouve le GIP, la somatostatine et les
contribue très faiblement à réduire cette sécrétion. PG 16-16 diméthylées de synthèse.
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Mucoprotéines Facteurs déterminant la réponse à l’alimentation
La régulation physiologique du mucus gastrique met en jeu Puisque les fibres vagales véhiculent à la fois des influx
des facteurs mécaniques, et des facteurs hormonaux comme la stimulateurs et des influx inhibiteurs, il est probable que les
sécrétine, la CCK et la gastrine qui sont des stimulants de la mécanismes de stimulation et d’inhibition de la masse des
production de mucus. L’accent a surtout été mis sur le rôle des cellules pariétales entrent en jeu dès le début du repas, mais les
prostaglandines endogènes locales PGE2 dans la stimulation de mécanismes de stimulation prédominent nettement pendant la
la production de base de mucus comme acteurs de protection première phase de la réponse sécrétoire.
de la muqueuse gastrique vis-à-vis de l’agression de l’acidité
Phase céphalique
gastrique.
Son rôle est prouvé par les faits suivants :
Facteur intrinsèque • démarrage très rapide de la réponse sécrétoire à l’alimenta-
tion ;
Il est produit par les cellules pariétales et, comme la sécrétion • existence d’une réponse plus importante lorsque le repas est
acide, est stimulé par la gastrine, l’histamine et les agents ingéré que lorsqu’il est introduit directement dans l’estomac ;
cholinergiques. La réponse à une stimulation est marquée par • débit acide maximal quand on combine les effets stimulants
un pic initial suivi d’une rapide décroissance avec un bas d’un repas simulé, d’une part, et d’une grande quantité de
plateau de sécrétion. nourriture instillée dans l’estomac, d’autre part.
Cette phase céphalique prend une part importante pendant
la première heure du repas et diminue ensuite de manière
■ Mécanismes de contrôle prononcée, relayée par d’autres facteurs stimulants.
de la sécrétion gastrique acide Distension
basale La réponse à la distension fait suite à celle qu’induit l’activa-
tion céphalique de courte durée. Les influences respectives de la
Sécrétion basale distension fundique et de la distension antrale ont été étudiées
par la méthode du ballon intragastrique. La distension fundique
La sécrétion acide interdigestive ou basale (SAB) normale suit stimule la sécrétion acide gastrique sans influencer la produc-
un rythme circadien avec un maximum dans la soirée entre tion de gastrine, alors que la distension antrale isolée n’a pas
14 h et 23 h, et un minimum dans la matinée entre 5 h et d’effet chez le sujet sain. De plus, on a remarqué que la
11 h. Ces variations ne sont pas corrélées avec le taux basal de distension antrale réduisait la sécrétion gastrique stimulée par la
gastrine circulante [15]. La SAB est variable d’un jour à l’autre pentagastrine. Ces éléments suggèrent que la distension gastri-
chez le même sujet, car elle est susceptible d’être influencée par que active à la fois des phénomènes réflexes inhibiteurs et
de nombreux facteurs psychologiques et par l’environnement. activateurs.
Chez l’ulcéreux duodénal, la SAB est habituellement plus élevée Le taux maximal de sécrétion acide en réponse à la distension
que chez l’homme normal où elle représente environ 10 % de représente de 20 % à 50 % de la réponse acide maximale après
la capacité sécrétoire pariétale maximale. Seule la suppression de stimulation exogène. La distension du duodénum et du jéju-
l’antre gastrique et du contrôle vagal peut abolir la SAB chez num n’accroît probablement pas la sécrétion acide chez
l’homme. l’homme. Pendant les 2 premières heures d’un repas normal, la
Les cellules pariétales reçoivent en permanence l’action des distension gastrique interviendrait pour 20 % de la réponse
trois agonistes principaux de la sécrétion acide gastrique totale acide puis son action s’atténuerait sans disparaître au fur
(acétylcholine, histamine, gastrine). Il est plus probable que et à mesure que l’estomac se vide.
cette action des sécrétagogues soit en équilibre avec des élé-
ments inhibiteurs (somatostatine, épinéphrine, norépinéphrine, Stimulation chimique
sécrétine, dopamine, VIP et calcitonine). L’action chimique des aliments constitue le troisième méca-
nisme déclenchant la sécrétion acide lors d’un repas. Les acides
Réponse sécrétoire gastrique aminés et les peptides sont les stimulants chimiques les plus
à l’alimentation importants. Les repas glucosés n’ont pas d’effets, les repas gras
inhibent la sécrétion acide. Tous les acides aminés ne stimulent
Chez l’homme normal, l’alimentation est le stimulant pas également la sécrétion acide. En outre, les accroissements de
physiologique de la sécrétion acide gastrique [15, 16]. Son action débit acide sont parallèles aux augmentations de la sécrétion de
principale est déterminée par sa présence dans l’estomac et gastrine.
l’intestin grêle. Lorsque le pH gastrique devient inférieur à 3, l’effet inhibiteur
s’exerce avec netteté, renforcé par l’acidification duodénale.
Caractéristiques de la sécrétion gastrique acide Cependant, ces phénomènes inhibiteurs sont contrariés par le
provoquée par les aliments : profil et importance développement de stimuli qui naissent de l’entrée du chyme
de la réponse sécrétoire gastrique dans l’intestin grêle. Dans cette phase intestinale sont
La réponse sécrétoire résulte d’un équilibre entre des méca- impliqués les peptones intraduodénaux et les acides aminés,
nismes de stimulation et d’inhibition. La plus grande activité tandis que les graisses intrajéjunales ou les solutions de glucose
sécrétoire de l’estomac s’observe dès la première heure qui suit hypertonique sont inhibitrices.
l’ingestion du repas. Dès que le repas est ingéré, on constate
une augmentation du taux de sécrétion qui atteint un pic dans Médiation neurohormonale de la réponse
un délai de 30 à 60 minutes. Ensuite, la sécrétion gastrique sécrétoire à l’alimentation chez l’homme
décroît en marquant souvent un plateau de niveau assez bas
Intervention dans les mécanismes de stimulation
vers les troisième et quatrième heures, puis tend vers son niveau
de base. Les neurotransmetteurs impliqués dans l’activation de la
Dans les 30 premières minutes qui suivent le repas, le pH du sécrétion acide gastrique à travers la stimulation céphalique
contenu gastrique est voisin de celui du repas, puis, tandis que vagale et la distension gastrique ont été très largement étudiés,
la sécrétion gastrique augmente et que le repas s’évacue, à une mais leurs mécanismes d’action ne sont pas complètement
vitesse fonction de la nature des nutriments, le pH intra- définis.
gastrique décroît, atteignant des valeurs proches de 2 dès la Il est maintenant bien établi que la neuromédiation postgan-
seconde heure. Les réponses individuelles à un repas sont très glionnaire de la stimulation vagale directe des cellules pariétales
variables d’un sujet à l’autre, allant de 800 à 1 300 ml en est due principalement à l’activation des récepteurs muscarini-
4 heures, selon le type de repas. ques de l’acétylcholine. Cependant, le fait que l’atropine, qui
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Physiologie de la sécrétion gastrique ¶ 9-000-C-10
bloque l’action de l’acétylcholine, ne supprime pas complète-
ment la réponse acide au repas stimulé chez l’homme indique Nerf vague Facteurs
l’implication d’autres neuromédiateurs. De plus, ni la produc- gastriques
tion vagale de gastrine, ni le fond gastrinique ne sont essentiels
à l’activation vagale directe des cellules pariétales. Sur les 3. Augmentation de la masse
4. Métaplasie
cellules G à gastrine, les fibres vagales stimulatrices ne sont pas pylorique HCl cellulaire pariétale
uniquement cholinergiques mais également peptidergiques Hyperchondrie
(type GRP) tandis que les fibres vagales inhibitrices sont médiées
directement par l’acétylcholine et/ou par l’intermédiaire d’un Colonisation
neuropeptide, le VIP. Nous avons résumé sur la Figure 8 la par HP
régulation physiologique intégrée de la sécrétion acide gastrique
en y intégrant l’action neurocrine et paracrine. 1. Antrite à HP
Bulbite
La sécrétion acide gastrique provoquée par la distension
gastrique est médiée par des réflexes cholinergiques car elle est 2. Hypergastrinémie
réduite de façon importante par l’atropine ou par la vagotomie
Érosion
proximale.
L’augmentation dans le plasma de la concentration en Ulcère
G17 en réponse à un repas fait d’acides aminés est suffisante
pour rendre compte de l’ensemble de la sécrétion acide d’ori- Figure 9. Schéma physiopathologique actuel pour l’ulcère duodénal.
gine chimique lors d’un repas. Le rôle de la G34 est probable- La première étape serait l’infestation gastrique antrale par une bactérie,
ment faible. L’action stimulante directe des acides aminés sur la Helicobacter pylori (HP). HCl : acide chlorhydrique.
cellule pariétale n’a pas été mise en évidence chez l’homme.
Intervention dans les mécanismes d’inhibition
La deuxième ligne de défense est l’épithélium : les cellules qui
La médiation des mécanismes inhibiteurs contrôlant la le constituent sécrètent des glycoprotéines, des lipides et des
sécrétion acide gastrique postprandiale a constitué un domaine bicarbonates. Elles sont aussi capables de se débarrasser des ions
important de recherche pour la caractérisation de substances H+ qui pénètrent dans leur cytoplasme par neutralisation par
inhibitrices de la sécrétion acide. des bicarbonates provenant des espaces interstitiels, en échange
L’effet inhibiteur de l’acidification antrale, bien que fonda- d’ions Cl–. De plus, grâce à une Na+/K+ ATPase située à leur pôle
mental, est toujours mal compris. La somatostatine est impli- basal, elles peuvent expulser les H+ à l’extérieur.
quée en agissant directement sur les cellules G par effet local La troisième ligne de défense est la lamina propria. Elle
paracrine. La sécrétine libérée par l’arrivée d’acide dans l’intestin apporte l’oxygène et les bicarbonates par les capillaires sanguins
grêle a un effet inhibiteur très probable dans les conditions très fenêtrés.
physiologiques. Plusieurs autres peptides intestinaux (GIP, La quatrième ligne de défense est le processus de réépithélia-
entéroglucagon, VIP, CCK) libérés sous l’influence des graisses lisation, appelé restitution ou reconstruction, qui se fait par
ont un rôle inhibiteur certain de la sécrétion acide, les mécanis- migration de cellules provenant de la zone proliférative du fond
mes mis en jeu étant principalement liés à une augmentation des cryptes, et représente une composante essentielle de la
de la libération de somatostatine. défense muqueuse. L’atteinte est superficielle avec une mem-
brane basale intacte ; lorsque la brèche dans la paroi atteint la
■ Physiopathologie de la maladie sous-muqueuse, une restitution rapide de l’épithélium est
remplacée par un processus lent de réparation qui comporte une
ulcéreuse migration et une prolifération des cellules bordant la lésion.
L’ulcère est une autodigestion localisée de la muqueuse de
l’estomac ou du duodénum, causée par un déséquilibre entre les
Facteurs d’agression
facteurs agresseurs (acide chlorhydrique-pepsine) et les facteurs Agression chlorhydropeptique
de défense de la muqueuse gastrique et intestinale (renouvelle-
ment cellulaire, débit sanguin). La pepsine érode la couche de mucus superficielle mais son
action reste limitée en surface, car elle ne peut diffuser à
Facteurs de défense l’intérieur du gel, lequel est renouvelé en permanence. Une
protéolyse en profondeur seule est possible si préalablement le
La muqueuse s’oppose à la rétrodiffusion d’ions H+ d’origine revêtement muqueux a été éliminé par corrosion acide.
luminale au moyen de trois lignes de défense. La rétrodiffusion d’ions H+ dans la muqueuse constitue une
La première ligne de défense est la couche de mucus riche en phase essentielle de l’agression. Les médicaments antisécrétoires
bicarbonates. Elle se présente sous la forme d’un gel de consis- acides accélèrent la cicatrisation de la lésion et peuvent même
tance viscoélastique composé de glycoprotéines et de phospho- prévenir la récidive lorsqu’ils sont pris au long cours. Le risque
lipides qui lui confèrent des propriétés hydrophobes. Les d’ulcère est également accru si la sécrétion acide est augmentée.
bicarbonates et le mucus proviennent des cellules épithéliales. Cependant, l’hyperacidité est inconstante dans la maladie et elle
Les pepsines sectionnent les chaînes peptidiques des glyco- s’observe seulement chez un tiers d’ulcéreux duodénaux, donc
protéines et leur font perdre leur propriété viscoélastique. Les on peut conclure que, si la présence d’acide est nécessaire pour
ions H+ qui pénètrent dans la couche de mucus sont ralentis à provoquer un ulcère, elle n’est généralement pas suffisante (à
l’intérieur du gel et la plupart d’entre eux sont neutralisés par l’exception du syndrome de Zollinger-Ellison). La survenue d’un
des ions HCO3–. Cependant, une forte concentration acide dans ulcère paraît résulter de la conjonction de plusieurs éléments
la lumière (pH < 1,7) dépasse la capacité de neutralisation de la physiopathologiques [17] : acide et pepsine, cytoprotection,
ligne mucus-bicarbonate et les ions H+ arrivent au contact de défaut de réparation tissulaire et la présence d’une bactérie,
l’épithélium. Les PG de la série E stimulent la sécrétion de Helicobacter pylori. Le rôle de cette bactérie a conduit à repenser
mucus et de bicarbonate, et augmentent les flux sanguins le schéma physiopathologique, en particulier de l’ulcère duo-
muqueux. L’excitation du vague provoque également une dénal (Fig. 9).
sécrétion de bicarbonate.
Dans la maladie ulcéreuse ont été mises en évidence des Helicobacter pylori et maladie ulcéreuse
anomalies structurelles et des altérations fonctionnelles du gastroduodénale
mucus : la couche de gel est fragmentée, hétérogène et opaque
par endroits ; la proportion de glycoprotéines dégradées est Bactérie
excessive dans le gel et la viscoélasticité de ce dernier est Helicobacter pylori est une bactérie à Gram négatif isolée en
réduite, augmentant la perméabilité aux ions H+. 1983 par Warren et Marshall (qui ont reçu le prix Nobel
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9-000-C-10 ¶ Physiologie de la sécrétion gastrique
15 %
85 %
Augmentation Diminution de
la somatostatine la somatostatine
Diminution de Augmentation
la gastrine de la gastrine
Diminution de Augmentation Diminution
l’acide A de l’acide B de l’acide C
Figure 10. Infection par Helicobacter pylori (HP) et modification des sécrétions gastriques : sécrétions acides. Modèle illustrant les conséquences de l’infection
à Helicobacter pylori sur les paramètres sécrétoires de l’estomac. L’infection aiguë conduit à une augmentation de la somatostatine et à une diminution de
l’acidité gastrique. Quatre-vingt-cinq pour cent des patients infectés développent une gastrite totale associée à une réduction de la sécrétion acide gastrique
alors que seuls 15 % des patients infectés développent une gastrite antrale et sont prédisposés à développer un ulcère duodénal.
A. Infection aiguë.
B. Gastrite antrale.
C. Gastrite totale.
2007 pour cette découverte) à partir de prélèvements de Rôle dans l’ulcère
muqueuse antrale humaine. Cette découverte a eu deux consé-
L’ulcère duodénal s’accompagne de gastrite antrale dans 90 %
quences importantes : la mise en évidence d’une nouvelle des cas et dans 70 % des cas pour l’ulcère gastrique. Chez
espèce bactérienne, le genre Helicobacter auquel se trouvent l’homme, la bactérie est responsable d’une gastrite chronique
rattachés Helicobacter pylori, mais aussi d’autres germes égale- antrale de type B (Fig. 9). Des essais thérapeutiques montrent
ment présents dans l’estomac de certains animaux (Helicobacter une disparition de la gastrite après traitement antibiotique, et
mustelae, Helicobacter felis, etc.). une réapparition en cas de réinfestation par Helicobacter pylori.
Helicobacter pylori est une bactérie pathogène très répandue La maladie ulcéreuse est totalement contrôlée en cas d’éradica-
dans le monde. Elle colonise la muqueuse gastrique d’environ tion d’Helicobacter pylori et de disparition de la gastrite.
80 % de la population adulte. Les sujets colonisés présentent Le(s) mécanisme(s) reliant la bactérie à la survenue de l’ulcère
une gastrite asymptomatique, définie histologiquement comme reste(nt) controversé(s). L’ulcère duodénal se situe le plus
une gastrite chronique de type B, de localisation préférentielle- souvent au sein d’une zone de métaplasie gastrique du bulbe
ment antrale. La majorité de ces sujets reste asymptomatique, (90 % des cas), colonisée par Helicobacter pylori (50 % des cas).
mais chez quelques uns se manifestent un syndrome dyspepti- On trouve la métaplasie seulement dans 5 % à 30 % des cas
que, une maladie ulcéreuse gastrique ou duodénale, un adéno- Helicobacter pylori positifs sans ulcère. Toutefois, nombreux sont
carcinome ou un lymphome gastrique de type mucosa-associated les individus qui n’auront jamais d’ulcère duodénal malgré
lymphoid tissue. Ces évolutions différentes paraissent sous l’existence d’une gastrite antrale de type B. La présence d’Heli-
l’influence de facteurs de l’environnement et/ou liés au terrain cobacter pylori tout seul n’est donc pas suffisante. La réponse
(réponse de l’hôte) et, pour certains, seraient également liées inflammatoire de l’hôte qu’il entraîne et la production d’une
aux caractéristiques de la souche infectante. L’éradication de la toxine ulcérogénique vacuolisante pour certaines souches
bactérie entraîne la disparition de la gastrite et accélère la bactériennes pourraient être impliquées, mais ceci commence à
cicatrisation de l’ulcère, et surtout prévient les rechutes être controversé. Helicobacter pylori est aussi capable de modifier
ulcéreuses. la structure de mucus par les enzymes qu’il sécrète et d’altérer
Helicobacter pylori est une bactérie à Gram négatif, intégrée la muqueuse [18].
d’abord au genre Campylobacter et après à un nouveau genre : Enfin, la fréquence de récidives d’ulcères duodénaux diminue
Helicobacter. Ce genre bactérien est inclus dans un groupe fortement après l’éradication d’Helicobacter pylori [18, 19] tout
taxonomique qui réunit les bactéries adaptées aux mucus comme après vagotomie. Ce bénéfice est moins évident pour
digestifs. Toutes ces bactéries sont des bacilles à Gram négatif, l’ulcère gastrique. La durée de la rémission ulcéreuse est de 1 an
de morphologie spiralée ou incurvée, mobiles par une flagella- ou plus si Helicobacter pylori est éradiqué et seulement de 4 mois
tion bipolaire. Elles ont un métabolisme oxydatif microaéro- s’il ne l’est pas. De plus, les récidives après éradication sont
phile. Elles possèdent des enzymes qui leur permettent de souvent mais pas toujours en rapport avec une réinfestation par
coloniser la muqueuse gastrique, d’assurer l’équilibre du Helicobacter pylori. Il est probable que les facteurs humoraux
métabolisme bactérien et d’exercer leur pouvoir pathogène : une jouent un rôle plus prépondérant.
catalase, une oxydase, des amidases, des peptidases, des phos-
Rôle dans les sécrétions gastriques
phatases et surtout une uréase extracellulaire (qui leur permet
de produire de l’ammonium et des ions bicarbonates à partir de Un des problèmes posés par l’infection à Helicobacter pylori est
l’urée du milieu, alcalinisant leur environnement immédiat, la détermination de ses conséquences sur la physiologie gastri-
facteur d’adaptation partielle du germe à l’acidité de l’estomac). que (Fig. 10). Parmi les modifications gastriques, on trouve une
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Physiologie de la sécrétion gastrique ¶ 9-000-C-10
Cellule G Gastrine H+ H+ H+ H+
Pepsinogène
et HCI 2,0
G
Helicobacter Mucus Gradient
pylori PAF HCO 3 Mucus
- Mucus de pH
7,0
Effect direct RPAF
HCI
ATPase Cellules à mucus
Histamine Cellules
H2 épithéliales
Nα
méthylhistamine Cellules pariétales
SSTR
Cellule pariétale
Cellule EC-L
H3
Cellule D Somatostatine
Figure 12. Représentation schématique de l’épithélium superficiel de la
muqueuse gastrique. Les cellules à mucus et leur sécrétion (mucus et
Figure 11. Place de Helicobacter pylori dans la physiologie sécrétoire. G : bicarbonates), la couche de mucus de surface, constitueraient un véritable
récepteur à la gastrine ; RPAF : récepteur au platelet activating factor ; H2 et écran protecteur s’opposant à la rétrodiffusion des ions H+ libres dans la
H3 : récepteurs à l’histamine de type 2 et 3 ; SSTR : récepteur à la lumière gastrique : concept de barrière de protection mucus-bicarbonates
somatostatine ; EC-L : entérochromaffine-like ; ATP : adénosine tri- (d’après [21]).
phosphate.
augmentation du niveau de la gastrine basale et postprandiale gélifie la fibrine du sang et le collagène du conjonctif, il assure
(surtout de la forme G17 antrale), et une baisse de la somatos- surtout un pH indispensable à l’activation du pepsinogène et à
tatine lors de l’infection prolongée. Ces modifications seraient l’efficacité de la protéolyse pepsique. Il joue un rôle bactériosta-
relatives à la survenue de l’infiltrat inflammatoire antral. tique et est probablement un facteur important de l’absorption
Une des hypothèses pour expliquer cette hypergastrinémie intestinale de certains minéraux comme le calcium et le fer. Les
consiste en la modification du pH autour de la cellule G antrale, protéases amorcent la digestion des protéines, mais leur impor-
induite par Helicobacter pylori. Cette modification (augmentation tance est bien moindre que celle de la trypsine.
du pH par l’activité uréasique) entraînerait un état de stimula- L’acide chlorhydrique est également le stimulus de la libéra-
tion permanente de la cellule G. L’autre hypothèse est que tion duodénale de sécrétine, hormone de grande importance
l’hypergastrinémie est liée à la gastrite et par conséquent aux pour le contrôle physiologique du pancréas exocrine. Enfin,
médiateurs inflammatoires qui peuvent augmenter la sécrétion l’estomac sécrète le facteur intrinsèque qui est essentiel pour
de gastrine antrale [18, 20]. En effet, les cytokines, le facteur de l’absorption de la vitamine B12.
nécrose tumoral (TNFa), l’interféron gamma et l’interleukine 8 L’intérêt qui s’est porté à la sécrétion gastrique dans sa
sont capables de stimuler la libération de gastrine à partir de totalité provient pour une très grande part de l’importance que
cellules G isolées de chien in vitro. Enfin, la bactérie est capable jouent les sécrétions acide et peptique comme mécanismes
de produire le platelet activating factor (PAF), activateur de la essentiels de l’ulcérogenèse et dans le rôle protecteur probable
sécrétion acide, à partir de son précurseur le Lso-PAF, et d’éléments tels que les mucoprotéines et la sécrétion « alcaline »
d’induire vraisemblablement lors du début de l’infestation une gastrique : ces deux éléments réaliseraient une véritable barrière
hyperacidité gastrique. de protection muqueuse, en créant à la surface de l’estomac un
De plus, il a été rapporté, chez les sujets Helicobacter pylori gel muqueux bicarbonaté s’opposant à la diffusion des ions
positifs traités par une association d’IPP et de deux antibioti- H+ intraluminaux (Fig. 12) [21].
ques, une augmentation de l’expression de l’acide ribonucléique
messager (ARNm) de la gastrine et une diminution de l’expres-
sion de l’ARNm de la somatostatine. Ceci indiquerait que
Cet article a fait l’objet d’une prépublication en ligne : l’année du copyright
l’hypergastrinémie rapportée chez les sujets Helicobacter pylori peut donc être antérieure à celle de la mise à jour à laquelle il est intégré.
positifs serait liée à une diminution de la synthèse de somatos- .
tatine. Cette diminution de la somatostatine par la bactérie
pourrait expliquer l’accroissement de la réponse gastrinique en
réponse au repas et au GRP chez les sujets Helicobacter pylori
■ Références
positifs. [1] Bernier JJ. Physiologie de la digestion chez l’homme normal et opéré
La diminution de l’expression de la somatostatine dans du tube digestif. Paris: Doin; 1980.
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de type H 3 , à partir de l’histamine gastrique. La Figure 11 [3] Lewin MJM. Les inhibiteurs de la pompe à protons gastrique : mode
présente un modèle qui illustre les conséquences de l’infection d’action et intérêt thérapeutique. Med Sci (Paris) 1995;11:62-71.
par Helicobacter pylori sur la sécrétion gastrique (acide, somatos- [4] Roepke TK, Anantharam A, Kirchhoff P, Busque SM, Young JB,
tatine, gastrine). Les conséquences de cette hypergastrinémie sur Geibel JP, et al. The KCNE2 potassium channel ancillary subunit is
la sécrétion acide sont peu claires, avec des résultats contradic- essential for gastric acid secretion. J Biol Chem 2006;281:237-40.
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Gastro-entérologie 13
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A. Bado, Directeur de recherche ([email protected]).
Inserm Unité 773, Centre de recherche biomédicale Bichat Beaujon, UFR de médecine Paris 7- Denis Diderot, Site Xavier Bichat, 16, rue Henri-Huchard,
75890 Paris cedex 18, France.
I. Sobhani, Professeur des Universités, praticien hospitalier.
Service d’hépato-gastro-entérologie, Centre hospitalier universitaire Henri Mondor, 51, avenue du Maréchal De-Lattre-de-Tassigny, 94010 Créteil, cedex,
France.
Toute référence à cet article doit porter la mention : Bado A., Sobhani I. Physiologie de la sécrétion gastrique. EMC (Elsevier Masson SAS, Paris),
Gastro-entérologie, 9-000-C-10, 2011.
Disponibles sur www.em-consulte.com
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