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Bungunza Complet New

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2

BUNGUNZA
Ou la décolonisation spirituelle de
l’Afrique

3
4
Mfumu a Mbanza Mbongolo Ramsès

BUNGUNZA
Ou la décolonisation spirituelle de
l’Afrique

AK.

LES ÉDITIONS ALLIANCE KOONGO


Collection Spiritualité
5
© Les Éditions Alliance Koongo, 2016
ISBN : 978-2-312-04428-6
TL. : +242.05.734.17.35
À Mâma Kimpa Mvita, Mfumu Kimbangu, Mfumu
Matsoua, Tâta Boueta Mbongo, Tâta Mabiala-ma-
Nganga et Mâma Ngounga, héros de la lutte
anticoloniale.
Tous mes sentiments de gratitude aux membres du
K.B.B1., pour leur aide multiforme.
Mes remerciements vont spécialement à Kayemb
Uriël Nawej pour les précieux renseignements.

« L’Européen qui impose son ordre par les armes du


soldat et les chapelets du prêtre introduit le remords et
l’effroi. Ce faisant, il détruit une société qui repose sur
une morale plus sensée que la nôtre. Là où l’aumônier ne
voit que licence et vice, Orou, le vertueux Tahitien, lui
montre des lois qui ne contredisent pas la Nature. »

DIDEROT

1
Kimbangi Kia Balongo Bungunza (école de sagesse
Ngunza.)
« Soyons bien conscients que cette arrivée en Afrique
du Christianisme, par le canal de ses missionnaires
européens, avait pour but essentiel de servir de tremplin
à ceux dont le programme final était l’exploitation et le
pillage effréné des richesses de l’Afrique. Ne pensez pas
que le but réel des missionnaires était de nous amener
l’Évangile, pas du tout ! D’ailleurs, souvenons-nous
qu’étymologiquement ‘‘Évangile’’ veut dire ‘‘bonne
nouvelle’’, apporter l’Évangile serait donc ‘‘apporter la
bonne nouvelle.’’ Quelle bonne nouvelle ont-ils donc
apportée ? On n’en voit aucune ! Ce qu’on ne voit que
trop, hélas, c’est qu’ils ont apporté esclavage,
humiliation, racisme, larmes, sang et mort.
(…) Africains, je vous le dis et je vous le redis, la
Chrétienté porte une beaucoup plus grande
responsabilité devant les Cieux que le National-
Socialisme Nazi, les SS ou la Gestapo !»

KAYEMB URIËL NAWEJ, Poison Blanc : Un


Noir chrétien est un traître à la mémoire de ses ancêtres

« Un peuple qui rejette la religion de ses Ancêtres est


un peuple maudit et voué à l’esclavage. »

MBUTA MAYANGUI, guide du K.B.B.

8
« Un peuple sans religion est un peuple sans âme ;
un peuple sans âme est un peuple téléguidé. C’est un
peuple de moutons – de moutons enchaînés –, qui ne
broutent que l’herbe de l’enclos dans lequel ils sont
enfermés. C’est un peuple passif et dépourvu de sens
critique, qui se range facilement à l’avis de la majorité,
donc un peuple résigné, attentiste, fataliste et sacrifié à
la moindre belligérance, comme nos grands-parents
pendant la Première et la Seconde Guerre mondiale. Un
peuple sans religion est un peuple au destin limité et
prévisible, car décrété par d’autres sociétés, des
communautés plus rusées, plus fortes, plus voraces et
qui, longtemps avant nous, ont compris que l’acte
d’allégeance envers une religion importée est non
seulement un outrage à la mémoire des mânes des
ancêtres, mais surtout un manquement grave aux intérêts
de la tribu, de l’ethnie, du peuple ou du continent.
(…) Le nègre contemporain ne pourra prétendre être
libre que lorsqu’il aura fait voter, aux Nations-Unis, une
loi universelle concédant des droits et garantissant la
protection des religions autochtones contre l’hégémonie
culturelle des religions allochtones, en sorte qu’à
l’avenir les religions « sangsues » n’aient plus le droit de
phagocyter des croyances traditionnelles.
(…) L’Afrique a une multitude de visages culturels
méconnus qui n’attendent que le coup de sifflet pour
s’unir en une merveilleuse aquarelle où chaque visage,
chaque couleur aura sa place et sa raison d’être dans le
tableau de la civilisation noire. Ensemble, frères du
continent, reformons la magnifique aquarelle de nos

9
traditions respectives et bâtissons les Royaumes Unis de
Kama (Afrique).
(…) Qui sait parler aux Ancêtres est maître de sa
destinée. Le futur n’est énigmatique que pour ceux qui
ont brisé le pont qui relie les vivants et les morts.»

MFUMU A MBANZA MBONGOLO RAMSES,


Bungunza ou la décolonisation spirituelle de l’Afrique

10
Note au lecteur
et essai s’ouvre par deux fragments de textes2 suivis
C d’une note qui pose les jalons d’une révolution : la
Renaissance africaine, ou pour mieux le dire, le
Printemps nègre. Car c’est du nègre dont il est question,
du nègre contemporain. Ce dernier est au centre de cette
mûre réflexion sur l’acculturation, communément
appelée « aliénation culturelle » que le préfacier – en
observateur indépendant – vous aide à cerner en toute
objectivité. Dans cet imprimé, la note au lecteur joue le
rôle de panneau indicateur et de miroir fidèle. Si son côté
panneau indicateur présente aux Africains la direction à
suivre pour le salut du continent, son côté miroir fidèle
expose, avec une précision absolue, la physionomie
spirituelle contemporaine de la conscience nègre ou l’état
mental3 réel de l’Africain moderne. Bungunza ou la
décolonisation spirituelle de l’Afrique est charpenté en
deux plans consubstantiels : « Le joug d’airain » ou le

2
Citations.
3
Un état qui – vous en conviendrez –, n’honore nullement le
continent.
11
plan mental et « les prophéties du tam-tam » ou le plan
émotionnel.
Le plan mental, qui se distingue de l’autre par son
discours totalement affranchi de l’emprise des
conventions de la versification, est une dissertation
socioreligieuse sur les raisons souterraines du déclin de
la civilisation nègre en général et du royaume Koongo en
particulier. Tout en prescrivant la décolonisation
spirituelle de l’Afrique noire, Le joug d’airain rejette le
racisme et le religionnisme 4 ainsi que l’ignorance 5 et
l’indigence – prétendus moyens d’accéder aux « paradis
illusoires » échafaudés par des religions sangsues
(cupides, dominatrices et manipulatrices) au profit d’un
cheminement spirituel qui combine merveilleusement

4
Idéologie qui affirme la supériorité d’une religion, en prônant
souvent l'élimination des autres. Hostilité envers les personnes
d'appartenance religieuse différente. (Ce mot est un néologisme
officieux, une création de l’auteur.)
5
« Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à
eux ! 4 Heureux les affligés, car ils seront consolés! 5 Heureux les
débonnaires, car ils hériteront la terre! 6 Heureux ceux qui ont
faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés! 7 Heureux les
miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde! 8 Heureux ceux
qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu! 9 Heureux ceux qui
procurent la paix, car ils seront appelés fils de Dieu! 10 Heureux
ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des cieux
est à eux! 11 Heureux serez-vous, lorsqu'on vous outragera, qu'on
vous persécutera et qu'on dira faussement de vous toute sorte de
mal, à cause de moi. 12 Réjouissez-vous et soyez dans l'allégresse,
parce que votre récompense sera grande dans les cieux; car c'est
ainsi qu'on a persécuté les prophètes qui ont été avant vous. »
Matthieu 5, 3-12.
12
traditionalisme et futurisme pour une Afrique en action,
libre, prospère et émergente. Une Afrique en bonne santé
ou économiquement équilibrée qui vit le présent avec
l’œil gauche braqué sur le passé et l’œil droit orienté vers
le futur. Une Afrique consciente de son rôle dans l’avenir
de la planète. Une Afrique décomplexée qui se développe
sous la guidance de Né Mwanda-Koongo.
À l’inverse du premier volet, le plan émotionnel –
qui est entièrement assujetti aux règles du langage
poétique – est profondément enraciné dans les eaux
amères des grandes souffrances infligées aux bois
d’ébène, nom donné aux Noirs par les trafiquants
d’esclaves ou négriers. Ce volet met en relief les choses
que la raison ne saurait expliquer ou les propos que le
mental n’aurait pu exprimer avec tant de munitie
descriptive. Dans cette partie de l’ouvrage, les poèmes
ont été cousus, tissés, pièce par pièce. Ils ont été ajustés
et juxtaposés comme des veines jugulaires ou des artères
aortes pour puiser à la source du cœur l’émotion
poignante et sincère, les douleurs abominables et
l’indignation ressentie, les impressions – non pas en
couleur ou en noir et blanc, mais du Blanc envers le Noir
et du Noir envers le Blanc – traduites dans ce texte sous
la forme de volonté de puissance des dominateurs d’une
part, et de sentiment d’impuissance, d’insatisfaction, de
frustration, d’humiliation, de stigmatisation,
d’infériorisation, de « castration », de dévaluation, de
violation territoriale, de flétrissement, de ralentissement,
« d’étouffement », de harcèlement, d’anéantissement, de
« piqûre », de « morsure », de « brûlure », de
« salissure », de servitude, d’amertume, d’insécurité, de
13
morosité, de grisaille, de « vertige », bref de
déshumanisation endurée par les dominés, c’est-à-dire les
Noirs pendant la traite négrière, la colonisation et la
ségrégation systématique 6 des gens de couleur, d’autre
part.
Ici, l’auteur-narrateur se retire volontiers pour faire
place aux millions de langues liées, bouches
intentionnellement et stratégiquement muselées par une
poignée d’historiens racistes, d’une sordide malhonnêteté
intellectuelle, qui ont voulu masquer, aux yeux du
monde, la noirceur, la laideur et la « puanteur » de
l’esclavagisme, cette « plaie » béante – pas encore
totalement cicatrisée dans la chair noire de l’Afrique –
dont ce volet émotionnel constitue une terrible « effusion
de sang ». Le sang chaud de millions d’Africains –
mordus par les « requins » : négriers d’une cupidité
effrénée, d’une cruauté impitoyable, d’une violence
furieuse, armés jusqu’aux dents, dont les « crocs
crochus » se sont enfoncés profondément dans la chair du
continent –, mais aussi la sueur et les larmes des millions
d’êtres humains physiquement, moralement,
émotionnellement et spirituellement mutilés, découragés,
enchaînés, déportés, logés et nourris comme du bétail ou
essorés, exploités, violés, brulés vifs ou décapités comme
de la volaille. Cette poésie d’outre-tombe, voulue aussi
piquante et nauséabonde que des gousses d’ail, est le
témoignage atavique des héros de la résistance antiraciste
ou antiségrégationniste. Cette plume dramatique est aussi
à entrevoir comme le cri de plusieurs générations

6
Apartheid, etc.
14
d’hommes et de femmes entièrement désarmées devant
cette tragédie affreuse. C’est le cri du cœur, tardif, mais ô
combien nécessaire de femmes exilées, d’hommes
bâillonnés, d’enfants esseulés, de frères déportés, de
cousins poignardés, d’oncles pourchassés, de tantes
dépouillées, de nièces souillées, de neveux rossés, de
voisins étripés, d’amis trucidés, de croyances profanées,
de familles aux rêves abrégés, de communautés aux
espoirs entravés, de royaumes illégalement morcelés, de
peuples au destin brisé par le « marteau », le fouet et
l’arquebuse du conquistador (des siècles passés) ou du
ségrégationniste (missionnaires, Afrikaners du XXe
siècle) qui, au nom de la loi manifestement injuste des
conquêtes, s’est emparé des villages, des villes, des
terres, mais aussi de gisements multiformes, d’œuvres
artistiques et de la main d’œuvre qui – dans des
conditions inhumaines – a servi le conquérant, des siècles
durant, sans rechigner à la tâche et toucher le moindre
pécule pour autant.
Cette émouvante création littéraire a pour colonne
vertébrale un groupement de poèmes prophétiques,
formant « Les prophéties du tam-tam » : haruspications
énoncées à tour de rôle par le tam-tam (représentation
symbolique des mânes des Ancêtres dans la civilisation
Koongo) et les héros de la foi ngunza, religion liminaire
du peuple koongo7. Certains poèmes, telle la langue et

7
Echantillon qui sert d’exemple à l’auteur pour naviguer du
général (la civilisation Noire dans son ensemble) au particulier (la
civilisation Koongo qui a subi de plein fouet les ravages du
commerce des Noirs.)
15
précieuse inspiration d’un naufragé, traduisent un ardent
désir de vivre, d’échapper à une « mort » ou, pour parler
plus simplement, à un destin à la fois prévisible et
inéluctable : celui du cercle maudit de l’esclavage,
« schéma » en boucle, préconçu ou échafaudé par les
« petits dieux d’Orléans 8 » ou plutôt les « petits diables
d’Occident9 », marchands d’esclaves que l’on examine et
analyse à leur juste valeur à travers le « hublot de la
cellule du détenu » que symbolise le cœur du serf. Nul
besoin d’être épris de justice ou d’avoir une âme altruiste
pour remarquer que les mélodies lyriques de ces poèmes
dramatiques se jouent sur les notes les plus aigües de
l’octave émotionnelle. À la lecture des « prophéties du
tam-tam », vous conviendrez que d’aussi émouvantes
descriptions de la condition du nègre ne pouvaient jaillir,
en fait, que de cœurs blessés, d’esprits humiliés, d’âmes
opprimées, de mains liées, de chevilles empêtrées, de
bouches muselées, de cheveux mouillés, de narines
frémissantes et des yeux rougis de chagrin et d’effroi, qui
non seulement ont appris à scruter le bourreau colonial
avec la rage d’un lion battu – dressé par l’acier et
l’étrivière –, mais aussi avec la fureur d’un corps meurtri
qui a connu la pénétration du sabre et la charge de
l’escopette10 dans sa chair masculine ainsi que la
violence d’un phallus – très souvent enflammé par la
8
Négriers, tels que perçus par les Nègres à l’époque de la traite
négrière.
9
Esclavagistes, tels que perçus par certains Nègres à l’époque de
la traite négrière.
10
Arme à feu portative à bouche évasée qu'on utilisait du XVe au
XVIIIe siècle.
16
chaude-pisse et la syphilis – chez la gent féminine :
princesses, duchesses, comtesses déshonorées par des
saligauds irrévérencieux et des matelots concupiscents
dont le premier réflexe, en accostant sur les berges de
l’Afrique fut, avant toute chose, de jeter leur gourme
entre les jambes fraiches des belles jouvencelles
africaines, dont la désolation révolta une jeune
prophétesse qui alluma autour d’elle le feu de la
résistance, brasier d’une telle ampleur que son écho
retentit jusqu’au Vatican où ordre fut donné aux
« missionnaires-mercenaires » de capturer morte ou vive
celle que le peuple Koongo, dynamisé, aimait à appeler
Mvita-Kimpa11 ou Mama-wa-ndombi, la Vierge noire12
des Ngunza. À la tête d’une armée de rebelles, la jeune et
belle prophétesse de 22 ans résista farouchement contre
l’oppression coloniale jusqu’à ce qu’elle fût trahie et
prise entre les mailles du filet impérialiste, comme pour
confirmer l’adage : « On est jamais trahi que par les
siens. »
Pour décourager le peuple Koongo, Mvita-Kimpa fut
brulée vive sur la place du marché. Si des mains sur la
tête, des grincements de dents, des cris et des larmes

11
Mvita-Kimpa est le nom vibratoire de Kimpa-Mvita.
12
À qui certains écrivains et historiens de l’époque attachent
faussement le nom de Donna Béatrice pour enrayer, dans l’esprit
des générations futures, son appartenance à la religion Ngunza ou
faire croire qu’elle fut une fervente croyante de Saint-Antoine,
donc d’obédience catholique. Ce qui est une violation de
l’histoire ; si, comme le prétendent ces historiens, Kimpa-Mvita
était catholique, pourquoi se serait-elle encore rebellée contre les
pratiques esclavagistes opérées par les missionnaires du Vatican ?
17
montèrent du côté des conquis, des frottements de mains,
des rictus et des rires à gorge déployées s’échappèrent
parallèlement des gosiers goguenards des conquérants.
Mais le feu peut-il détruire un être né du feu des
origines ?
En agissant de la sorte, les assaillants avaient espéré
bruler jusqu’au souvenir de Mvita-Kimpa dans la
conscience de sa communauté. Mais peut-on bruler un
« palmier » profondément enraciné dans la mémoire d’un
peuple ?
Longtemps après le déclin du royaume et la chute du
« palmier », surgit un second « palmier » sur l’une des
rives du majestueux fleuve Congo, le prophète Kimbangu
Simon – Ngunza de pure souche, converti malgré lui au
protestantisme 13 –, qui face aux injustices coloniales
n’eut pas d’autres réflexes que de s’insurger contre
l’autorité. Arrêté, il est écroué pendant 30 ans, au grand
dam des membres du Kintuadi14, mais au grand bonheur
des colons, qui croyaient ainsi avoir résolu ce problème
épineux. Mais peut-on contenir entre 4 murs un être en

13
L’une des pratiques courantes des missionnaires de l’époque
était de convertir les irréductibles ou de donner l’impression de les
avoir convertis pour détourner leurs adeptes de la foi Ngunza,
religion des bisi-Koongo.
14
Mouvement spirituel créé par Simon Kimbangu. Ce mouvement
fut broyé par la machine coloniale et ses membres emprisonnés et
dispersés dans les 4 coins de la R.D.C.
18
parfaite harmonie avec les Bibâ-bia-mazulu ? Peut-on
seulement emprisonner le « Samson Noir 15 ?
Si tous les jours, Mfumu16 Kimbangu – comme
l’appelaient ses fidèles « lieutenants » – répond à l’appel
du régisseur de Mbula-Matadi17, tous les soirs il rejoint
ses disciples en secret pour les réconforter, les
encourager à tenir bon, car prédit-il : « L’heure arrive où
le Nkua Tulendo18 viendra... »
Parallèlement, un troisième « palmier », nommé
Matsoua André Grenard, contemporain de Kimbangu
Simon – dont le légendaire matricule 22 demeure à
jamais gravé dans la mémoire des Ngunza – avait vu le
jour sur l’autre rive du puissant fleuve Congo pour
éveiller les consciences des frères noirs… Telle est la
substance des « prophéties du tam-tam. » Mais que
symbolise le palmier ? Que représente le tam-tam ?
Pourquoi se sert-on du cola, du piment sauvage, de la
cendre, du raphia et du vin de palme dans la tradition
Ngunza ? Qui sont les Bibâ-bia-mazulu ? Quel est leur

15
Ainsi le désignaient l’autorité belge et l’Eglise catholique pour
avoir survécu à maintes tortures et aux multiples tentatives
entreprises pour l’assassiner.
16
Le Seigneur, le Guide, le Chef, le leader.
17
Nom générique des prisons en lingala. A l’origine, le terme
Mbula-matadi était essentiellement attribué aux prisons des forçats
casseurs de pierre. Ces prisonniers cassaient les pierres qui
permettaient aux colons de bâtir leurs édifices.
18
Le Maitreya, le Mahdi, le Nouveau Paraclet, le Machia’h,
l’Avatar Kalki, le Messie et dernier Messager de nos créateurs ou
Élohim de la Bible originelle, écrite en hébreu ancien.
19
rôle ? Et qui est le mystérieux Mfumu-Ngunza-
Tulendo que les Ngunza adorent avec respect ?
Tel est le questionnement qui découle de cette
réflexion dont le but recherché est de briser l’illusion,
d’ôter le « joug d’airain » du mental embrumé du nègre
contemporain, donc d’apporter aux déculturés et autres
affreux snobinards – qui seraient tentés d’observer le
Bungunza avec l’œil hautain des « civilisés » pour qui
tout ce qui est solidement fixé à la tradition n’est que pur
archaïsme – la preuve que nos ancêtres, contrairement
aux discours tenus par certains historiens corrompus par
le « virus » du racisme, n’étaient pas des cannibales,
mais des personnes responsables, regroupées dans des
sociétés organisées : des royaumes dont les croyances
gravitaient autour des mânes des ancêtres, des esprits de
la nature et du Dieu de leurs ancêtres.
Comme toute réflexion qui se respecte, un épilogue
boucle cet essai et fournit les raisons objectives qui ont
poussé l’auteur à plancher sur ces travaux. À l’instar de
la voix de la conscience, cette conclusion place le lecteur
– le nègre contemporain en particulier – devant un
carrefour : la soumission résignée ou l’option de la
grande rupture ? Le catholicisme ou la
déchristianisation ? Le statuquo ou l’érection des
puissants Royaumes Unis de Kama (l’Afrique) ou
simplement d’une Afrique spirituellement et
politiquement libre ?
MFUMU A MBANZA
MBONGOLO RAMSES,
Brazzaville, septembre 2015
20
Prologue

L’ initiation commence toujours par des choses


simples comme bonjour. Par référence à cette
notion universellement connue, qu’il nous soit permis de
vous ramener à l’abc du Bungunza : « Yengé kiéno.» Ce
mot à sens multiple et facile à prononcer signifie « que la
paix soit avec vous ! » ou « que la quiétude vous
habite ! » ou encore « que la sérénité vous escorte ! » On
peut également le traduire comme suit : « que votre cœur
demeure en paix ! » ; « que votre regard demeure dans
la sérénité ! » ou « que votre âme reçoive la quiétude ! »
ou encore « recevez la paix intérieure ! »
Aucune traduction n’est supérieure à l’autre ; tous les
sens se valent et, de surcroit, communiquent la même
énergie : la paix intérieure dont le monde à besoin pour
vivre, construire, s’instruire, s’unir, jouir, savourer,
avancer, engendrer, créer, émerger. Bref, sourire aux
aléas inhérents à l’existence. Yengé kiéno, phrase qui
s’accompagne de trois battements de mains et d’une
légère inclinaison de la tête est notre formule de
salutation traditionnelle. Dans le royaume de N’tôtila,
l’expression « Yengé kiéno » était pour les Bisi-Koongo
ce que les salamalecs sont pour les musulmans.
À titre informatif, le mot « mboté », qui se transmet
par un contact physique des paumes de la main, n’est que
la traduction de « bonjour », mot importé par les
Français. La salutation traditionnelle koongo est « Yengé
kiéno ». Quand ces mots sont suivis de trois battements
de mains et d’une légère inclinaison de la tête, le rituel ne
s’arrête pas qu’à l’âme en face de nous, mais se propage
jusqu’à l’esprit qui l’habite. D’où l’importance du
« Yengé kiéno » qui, loin de n’être qu’une simple
marque de civilité est un contact de l’esprit à l’esprit, par
le truchement de la parole. Si la civilité imposée par les
missionnaires pour déraciner jusqu’aux rudiments de
notre spiritualité voulait que l’on dise : « mboté », notre
tradition nous conseille de dire : « Yengé kiéno !»
Dans ce prologue, cette salutation s’adresse à deux
types de personnes : les initiés, d’une part et les profanes
d’autre part. Cette distinction par catégorie a pour but
d’inviter l’Africain actuel à s’interroger sur la place qu’il
occupe sur l’échiquier des traditions africaines ; car en
cet âge cyberculturel, autant un homme qui ne sait pas
faire usage d’un simple ordinateur est un analphabète
informatique, autant une personne qui est suprêmement
indifférente aux croyances de ses Ancêtres est un
analphabète culturel ni plus ni moins.
Et vous, cher lecteur, quel est votre place sur le
damier de vos traditions respectives ? L’acculturation,
longtemps observée en Afrique, a-t-elle été salutaire pour
le continent, pour votre pays ou pour vous-mêmes ?

22
Qu’est-ce donc que l’acculturation, sinon une
malédiction, un esclavage volontaire, un joug
psychologique dont l’Africain peut librement et
facilement se débarrasser ? Si hier elle lui avait été
imposée, aujourd’hui l’Africain n’est-il pas suffisamment
mûr pour l’accepter ou la rejeter ? Le Noir doit-il
continuer à cheminer aveuglement dans la voie maudite
d’un mariage culturel imposé, bâclé, raté, ou reculer pour
mieux sauter, autrement dit divorcer pour retourner
lucidement à ses vieilles amours traditionnelles ?
Sachez pour votre propre gouverne qu’un peuple qui
rejette la religion de ses Ancêtres est un peuple maudit et
voué à l’esclavage. Je répète : c’est un peuple maudit,
donc atteint de malédiction. Mais… qu’est-ce que la
malédiction ?
C’est un mot qui mérite que nous nous y attardions
un tant soit peu. Dans le contexte qui est le nôtre,
« malédiction » égale « souffrance. » Pour reconnaître la
vérité de ce commentaire, il suffit de se poser la question
suivante : l’Afrique n’est-elle pas l’une des régions
terrestres la plus christianisée, mais en même temps la
plus souffrante ? Qui, selon vous, est à l’origine de nos
souffrances, si ce n’est l’Occidental ? Comme vous
venez de le soupçonner, c’est l’Occidental qui façonne la
misère en Afrique. En bon marionnettiste 19, l’Occidental
qui est tout à fait conscient de cette réalité, et qui sait
parfaitement ce que l’on récolte20 lorsque l’on brise l’un
des plus chers commandements de la loi de Moïse –

19
Manipulateur.
20
La malédiction.
23
« honore ton père et ta mère », plus précisément tes
géniteurs, d’une part, et d’autre part, ton arbre
généalogique, donc tes Ancêtres et les mânes de tes
Ancêtres – a vivement exhorté le nègre à vilipender,
discréditer et outrager ses parents, c’est-à-dire son arbre
généalogique et par extension ses Ancêtres et ses
traditions afin que le nègre soit maudit 21. Ne dit-on pas :
« qui sème le vent récolte la tempête ? » Conscient de
l’immuabilité et la réactivité de la loi universelle de
cause à effet, l’Occidental a ainsi monté le nègre contre
sa propre culture.
Par bonheur, les lois universelles sont faites pour agir
de façon impartiale. La malédiction étant une souillure
ou une fabrication humaine, l’homme peut décider de la
conserver ou de s’en débarrasser. Qu’est-ce que la
malédiction ?
La malédiction est un engourdissement, une
léthargie, un « sommeil éveillé » qui se traduit par une
claudication prononcée de l’activité économique22,
politique23, scientifique24 et culturel25. C’est un état

21
Se référer à l’extrait du discours du roi Léopold II.
22
Pratiques organisées ayant pour objectifs la spoliation du
contribuable, au bénéfice d’une ethnie ou d’un parti politique ;
dilapidation des recettes du Trésor public ; gestion chaotique de la
manne pétrolière et des extractions minières.
23
Non-respect des règles du jeu démocratique ayant pour
conséquences de graves crises politiques ou des luttes fratricides.
24
Dans les pays maudits, la connaissance scientifique ne se limite
pas qu’aux quelques notions basiques et théoriques apprises à
l’école. On a tendance à croire que la technologie et l’innovation
doivent toujours provenir de l’extérieur ; car la science, « moteur »
24
similaire à la mort ou presque. Pour se soustraire à son
emprise, il faut la vaincre. Mais comment vaincre la
malédiction qui plane sur l’Afrique ?
Il n’y a pas trente-six façons d’y parvenir. Raison
pour laquelle nous vous invitons à guerroyer contre cet
état d’extinction spirituelle, de paralysie économique,
d’inaction scientifique, de stagnation socioculturelle, de
décès ou mort multisectorielle qu’est la malédiction, pour
sortir le continent noir de son incessante génuflexion ou
de sa vassalité séculaire.
En vérité en vérité, chaque religion travaille pour les
intérêts de son propre continent. Il suffit d’observer la
marche du monde pour le comprendre. Autant chaque
parent travaille pour le bien-être de sa propre famille,
autant les religions du monde agissent pour le bien-être
de leur propre continent ; aucun parent, digne de ce nom,
ne fournira plus de vivre aux enfants du voisin au
détriment des siens. Savez-vous que dans la vision des

du développement d’une nation, est malheureusement le cadet des


soucis des gouvernants,
25
L’industrie culturelle bat de l’ail. Aucune politique
d’encouragement culturel. Tout ce que le gouvernement entreprend
dans ce domaine honore plus le politique que l’artiste ou le
promoteur culturel. Chaque pierre posée dans ce domaine n’est en
fait qu’un signal envoyé à la communauté internationale sur la
« bonne gouvernance » ou la paix. Tout est calculé. Tout est
politisé. Tout est si rattaché à la politique que le ministère de la
Culture est bien plus politique que culturel. Il n’a de culturel que la
forme ; le fond est politique. Conséquence : ceux qui dans les pays
bénis auraient été de vrai businessman sont réduits à la condition
de « mendions », de chantre du pouvoir...
25
mânes des religions étrangères, nous autres Africains ne
sommes que les enfants du voisin ? Ils peuvent nous
servir une fois, deux fois, mais pas toutes les fois. Ils
peuvent nous aider un moment, pendant un certain
temps, mais pas tout le temps. Car, les meilleurs
morceaux – ce n’est que justice –, sont avant toute chose
pour la descendance directe, la lignée, donc le continent.
Telle est la vérité cachée des religions. Ce message est
sous-jacent dans le commandement : « honore ton père et
ta mère. » Puisque chaque fois que tu te souviendras de
ton père et ta mère, tu te souviendras volontairement ou
involontairement de tes grands-parents. Et quand tu
penseras à tes grands-parents, tu te souviendras de tes
ancêtres. Pareillement, quand tu penseras aux ancêtres, tu
connaîtras ton histoire. Quand tu connaîtras ton histoire,
tu connaîtras tes traditions. Or, connaitre ses traditions,
c’est honorer son père et sa mère, ses origines, sa famille,
son clan, sa tribu, son pays et, par extension, son peuple
et son histoire. Telle est la partie cachée de l’iceberg. Ce
n’est donc pas en vain que des peuples de pigmentation
différente habitent dans des continents différents. La
nature, contrairement à l’homme, est très ordonnée ; elle
n’entreprend jamais rien par hasard. Tout est
biologiquement organisé et géographiquement cordonné.
De même qu’à chaque race correspond un type de climat,
à chaque peuple correspond une religion pourvoyeuse de
bénédiction.
Pour votre gouverne, la bénédiction d’un peuple est
intimement liée ou passe nécessairement par sa religion.
Le secret de la bénédiction réside dans l’observance du
commandement : « honore ton père et ta mère. » C’est
26
aussi simple que ça ! N’allez pas chercher la bénédiction
de votre pays, de votre continent ou de votre peuple dans
des religions étrangères26. Ces religions ne vous
apporteront que leur culture, leur connaissance, mais pas
la délivrance ; seul celui qui donne la malédiction peut
retirer sa malédiction. Seuls vos propres ascendants
peuvent annuler cette malédiction. Car, comme nous le
rappelle Mama Ngunga27 : « Maudit soit celui qui
maudit son héritage28, car son salaire est l’esclavage. De
tradition en tradition, disent les Anciens, ce qui
t’appartient est à toi ; ce qui est à toi t’appartient. Ton
héritage est ta fortune ; ta fortune est ton héritage. Tes
parents sont ceux qui t’ont donné la vie ; ceux qui t’ont
donné la vie sont tes parents. Ta famille est celle dans
laquelle tu as grandi ; celle dans laquelle tu as grandi est
ta famille. Ton clan est celui de ta famille ; celui de ta
famille est ton clan. Ton village est le lieu où tu as vu le
jour ; le lieu où tu as vu le jour est ton village. Ta terre
est l’endroit où tu es né ; l’endroit où tu es né est ta
terre. Ton peuple est celui dans lequel tu es né ; celui
dans lequel tu es né est ton peuple. Ta tradition est celle
de ton peuple ; celle de ton peuple est ta tradition. Ta
religion est celle de ton continent ; celle de ton continent

26
Le refus ou rejet de canonisation du Cardinal Emil Biayenda,
malgré le poids du dossier fourni par le diocèse de Brazzaville en
dit long.
27
Considéré à tort ou à raison comme la réincarnation de Mvita-
Kimpa, Mama Ngunga est la digne héritière de l’action de Mvita-
Kimpa. Elle fait partie de la communauté des Ba-tâta-ba-Mpungu-
Tuléndo de la religion Ngunza. (cf. page 37)
28
Patrimoine foncier, matériel ou immatériel.
27
est ta religion. Ton continent est celui des mânes de tes
ancêtres. Celui des mânes de tes Ancêtres est ton
continent. Ta bénédiction viendra de ta tradition ; de ta
tradition viendra ta bénédiction.»
Aussi redondante qu’elle puisse être, les Anciens –
qui longtemps avant nous avaient compris que la
répétition est la mère des sciences – utilisaient ce genre
de formules pour imprimer ces vérités dans la conscience
des nouvelles générations. Tout ceci se résume en une
phrase : « On n’est jamais mieux que chez soi. » Autant
on n’est jamais si bien servi que par soi-même, autant
charbonnier est maître chez soi. Car la différence entre
chez autrui et chez soi réside dans le fait qu’autrui ne te
dira jamais : « tu es chez toi. » Mais il te dira, avec toute
la politesse du monde et la chaleur de son sourire : « fais
comme chez toi. »
Mais, religieusement parlant, peut-on être plus
catholique que le pape, au sens littéral du mot ? N’est-ce
pas pour cette même raison qu’il n’y a jamais eu un pape
noir au Vatican ? N’est-ce pas pour la même raison
littérale – puisque nous sommes en train d’analyser la
question sous un angle purement littéral – que le cardinal
Émile Biayenda de la République du Congo, en dépit des
témoignages et du poids du dossier fourni par
Brazzaville, n’a jamais été canonisé par le Vatican ?
Entre nous, n’est-ce pas faire preuve d’une ridicule
naïveté que d’espérer qu’un beau jour, le tableau blanc
de la sainteté occidental – miroir des Ancêtres européens
– sera souillé par une tache noire, fût-ce celle d’un
chrétien aussi pieux que le légendaire cardinal Émile

28
Biayenda ? En quoi croire sottement à cette possibilité
est-il différent d’espérer vainement que les poules aient
des dents ? Aurions-nous tort de croire que si les fameux
Saints occidentaux avaient vécu à l’époque de la traite
négrière – donc au temps où les nègres n’étaient encore
que des « babouins » dans l’entendement occidental ou
pour reprendre les mots délibérément insultants et
racistes du roi Léopold II, des « sauvages » – ils ne se
seraient pas empêchés de nous traiter comme tels ? Qui
peut affirmer, sans grand risque de se tromper, qu’il n’y a
pas eu, parmi les Saints de l’Église catholique, donc de
pieux défunts inscrits par le pape au nombre des saints,
de bons esclavagistes, comme il existe et qu’il a toujours
existé – et ce n’est plus un secret pour personne – des
prêtres pédophiles, pédérastes et des lesbiennes dans les
abbayes et les couvents dont les disques durs – pour ne
citer que ceux de certaines nonnes de Brazzaville – sont
remplis de films pornographiques ?
Réveillons-nous ! Combien de Saints l’Afrique n’a-t-
elle pas invoqué depuis la traite négrière à nos jours pour
que nos conditions de vie s’améliorent ? Combien de
tours de chapelets l’Afrique n’a-t-elle pas fait pour sortir
du marasme politico-économique dans lequel elle
patauge depuis l’arrivée du colon sur les côtes africaines
? Regardons la vérité en face : si, avec le catholicisme –
religion « humaniste » –, les conditions de l’Afrique
n’ont nullement changé hier, peut-on gauchement espérer
qu’elles changeront demain ? À quoi nous sert le
catholicisme s’il ne parvient nullement à nous faire
évoluer ? Quand un bras ou un pied nous empêche
d’avancer que faut-il faire ?
29
En laissant trop de place au catholicisme dans notre
pays, ne risquons-nous pas de perdre le maigre espace
qui nous reste ? Serions-nous fiers d’être impliqués dans
l’extinction de nos propres traditions ? Porterions-nous
aisément ce fardeau sans scrupule, sans regretter une
minute d’avoir contribué de près ou de loin, par action ou
par omission, à l’épuration d’une tradition, au génocide
culturel d’une civilisation ou à l’atomisation – au sens
chimique du terme – d’une religion ?
Nous exhortons l’Africain actuel à ne pas s’aviser de
jouer les Atlas, car cette posture – passez-moi
l’expression – atlasique 29 ne soulagera point ses épaules
du poids insondable de la culpabilité qui pourrait en
découler. L’étranger n’a que faire de l’avenir de nos
religions, et moins encore du destin de l’Afrique. Que
l’on ne se méprenne point ; la condition actuelle du
continent noir n’est que l’aboutissement d’un plan
antérieurement et savamment monté30 par ceux qui
29
Relatif à Atlas.
30
Référence à la conférence de Berlin : conférence internationale,
tenue de novembre 1884 à février 1885, qui a consacré les règles
du partage colonial en Afrique centrale. Organisée par
l’Allemagne et la France, la conférence de Berlin réunit les
délégués de quatorze nations : Allemagne, Autriche-Hongrie,
Belgique, Danemark, Espagne, États-Unis, France, Italie, Pays-
Bas, Portugal, Royaume-Uni, Russie, Suède, Turquie. Le
23 février 1885, les États participants édictent, dans un « acte
général », deux principes essentiels de la colonisation. Le premier
proclame la liberté de navigation sur le Niger et le Congo et la
liberté de commerce dans le bassin du Congo ; le second, aux
objectifs plus vastes, développe la théorie des zones d’influence :
chacune des puissances contractantes peut revendiquer l’annexion
30
avaient décidé de se partager le « gâteau africain31 ».
Sommes-nous trop stupides pour ne pas le deviner ou
suffisamment intelligents pour ne plus prendre part
consciemment ou inconsciemment, aveuglement ou
lucidement, à l’étranglement – mieux – l’enterrement de
nos religions liminaires ?

de territoires occupés en reculant indéfiniment ses frontières


jusqu’à ce qu’elles rencontrent une zone d’influence européenne
voisine. Cette extension territoriale suppose une occupation
effective et une notification immédiate des accords conclus avec
les dirigeants autochtones aux autres puissances contractantes.
Autre référence : le discours du roi Léopold II qui, en réalité, n’est
que la reproduction d’un schéma colonial portugais.
31
En fait, sans le formuler explicitement, les puissances
impérialistes de l’époque se partagent ce que le roi Léopold II a
appelé le « gâteau africain. »
31
32
PREMIÈRE PARTIE

Le « joug d’airain »

33
34
Chapitre I
Le joug d’airain
AK.

« Cet esclave absolu qui parle en souverain ment


lorsqu’il se dit libre, et porte un joug d’airain. »
CASIMIR DELAVIGNE, Louis XI, Gallica.

V oilà des mots très inspirateurs qui symbolisent la


condition réelle du nègre contemporain. Eh, oui !
Vous ne rêvez pas ; nous avons bien dit nègre
contemporain ou utilisé ce groupe de mots qui pourrait
choquer plus d’un Africain. Pourtant, dans notre champ
lexical, nous n’avons pas trouvé mieux pour décrire avec
entière exactitude la condition culturelle et spirituelle –
les deux étant intimement liées – qui est la nôtre, c’est-à-
dire de l’Africain des régions subsahariennes. C’est
pourquoi, cher lecteur, nous mettrons un point d’honneur
et de sarcasme à employer cette blessante expression,
quelle que puisse être votre opinion.
Comme nous l’avons dit supra, le nègre
contemporain est sous l’emprise d’un « joug d’airain »,
d’un puissant assujettissement auquel il s’est tellement
35
familiarisé, tellement adapté, tellement approprié qu’il a
la chimérique – mieux – la panglossienne32 impression
que « tout va pour le mieux comme dans le meilleur des
mondes. »
Depuis la décolonisation censée le rendre pleinement
souverain, affublé du costume rouge33de l’indépendance,
le nègre contemporain s’est oublié, puisque
l’indépendance qui eût raisonnablement été un acquis
immatériel n’a été qu’un costume d’apparat, une toilette
de carnaval pour célébrer le « dipanda34 », selon la
prononciation douteuse – et mal assimilée – des
tirailleurs et autres autochtones que le colon considérait à
juste titre comme des indigènes. Oui ! Nous ne le
contestons pas. Indigènes par rapport à sa civilisation
tout comme le colon fut – même si cela ne lui a jamais
effleuré l’esprit –, un véritable indigène par rapport à la
civilisation africaine… Retenez votre souffle, cher
lecteur. N’écarquillez pas les yeux. N’ayons pas froid
aux yeux, et surtout pas peur des mots. L’astuce est
simple. Ceux qui les créent (donc les mots) les utilisent
en leur faveur ou à leur profit. Ces gens-là ne sont pas
sans savoir qu’un mot ou une expression est un
« iceberg », en ce sens qu’il a plusieurs sens, et qu’il faut
du temps avant que certains sens, en immersion ou
encore imperceptibles à une époque donnée de l’histoire
de l’humanité, révèlent leur véritable nature, leur face
32
Relatif au docteur Pangloss, à sa conception (personnage
voltairien dans Candide ou l’Optimisme).
33
Car tissé avec les « fibres rouges » » du sang de nos valeureux
ancêtres.
34
Indépendance.
36
cachée, leur double sens, leur – passez-moi l’expression
– « multisensionnalité », à l’instar du mot
« indigène » (et ses flexions linguistiques) souvent perçu
comme un outrage unilatéral, mais qui – toutes
proportions gardées – est relatif.
Pour ne citer que ces quelques exemples, un
explorateur perdu dans la jungle africaine est ni plus ni
moins qu’un indigène vis-à-vis des autochtones. Autant
un Indien de l’Inde médiéval ou un Chinois de l’empire
jaune ou encore un Japonais de l’époque guerrière des
samouraïs eût été un véritable indigène dans l’ancien
royaume Koongo, autant un Koongo, un Zulu, un
Touareg, un Massaï, un Gaulois, un Viking, un Juif, un
Papou, un Polynésien, un Aborigène, un Grec, un
Mongol, un Arabe ou un Amérindien l’eût été dans
l'empire chinois, japonais ou indien. Parallèlement,
autant seront qualifiés d’indigénistes ceux qui évoquent
ou soutiennent la cause des populations dites indigènes
sous l’influence des colonisateurs, autant ceux qui
soutenaient la cause des premiers explorateurs en
captivité dans le puissant Empire Inca étaient traités
d’indigénistes par les Incas.
Il sied de retenir que l’indigénat n’est pas un état de
choses ou un terme uniquement applicable aux peuples
dits inférieurs, mais bien la traduction d’un fossé
civilisationnel – pourtant naturel –, de deux peuples. Ce
n’est donc pas – vous le savez – parce que l’Africain a
des cheveux crépus, que l’Asiatique a des yeux bridés ou
que l’Amérindien a une peau rouge ou encore que
l’Occidental a des yeux bleus – pour ne citer que ce trait

37
propre aux Européens – que l’un serait civilisé et que les
autres seraient des indigènes, ou que les autres seraient
civilisés et que l’un serait un indigène. Non. Ce n’est pas
cela qui fait l’indigénat, mais la différence
civilisationnelle ou de culture – au sens le plus large du
terme, y compris la religion.
En ce qui nous concerne, nous nous appesantirons
beaucoup plus sur la religion. Car c’est là que gît le
lièvre35. En lieu et place de la veste religieuse rouge
sang36, importée et taillée sur mesure par le colonisateur
pour nous asservir et nous maintenir dans la nuit noire
d’une illusion sans borne, une religion37 en harmonie
avec notre propre culture et appartenant intrinsèquement
à notre civilisation eût été mise en valeur ou « tirée » du
sépulcre dans lequel des missionnaires ou, pour mieux le
dire, des mercenaires racistes et impérialistes avaient
voulu l’engloutir.
Malheureusement, la religion venue par voie de mer
dans la boîte de conserve – que dis-je ! –, la boîte de
papyrus qu’est la Bible 38– comprenez mes émotions –, a
poursuivi son petit bonhomme de chemin dans les cœurs
des ex-indépendantistes ou supposés indépendants –
puisqu’encore sous le « joug d’airain » –, que sont les
35
Le nœud de l’affaire, du problème.
36
Le sang de Jésus.
37
Le Bungunza par exemple.
38
L’auteur affirme n’avoir rien contre la Bible qui, qu’on le
veuille ou pas est un livre de Sagesse incontestable. Son seul souci
est l’utilisation incorrecte que certains prêtres catholiques en font
pour parvenir à des desseins peu orthodoxes dont les conséquences
sont le visage actuel de l’Afrique.
38
nègres contemporains en général et les Koongo actuels
en particulier.

Comment sait-on fait avoir par l’Occident ?


Comment l’Afrique nègre en est-elle arrivée là ? D’où
vient l’aveuglement ? Qui diable l’a insufflé ?
Quatre groupes de questions nous aideront à fournir
une réponse lumineuse.

Groupe A
Que s’est-il passé dans la conscience du peuple
africain en général et Koongo en particulier pour qu’il en
vienne à oublier l’essentiel, c’est-à-dire ce qui faisait de
nous des Kamites39, des Bisi-Koongo purs et non des
marionnettes à la merci de l’Occident ou des pantins
enchaînés qui, tels des fous joyeux et agités, pensent
qu’ils sont en parfait état de liberté et/ou de santé, et que
le monde « apparemment » conscient n’est calme que par
pure ignorance ?

Groupe B
Au sortir du pays du Nil, après 4 siècles d’esclavage
passés en Égypte, les Hébreux avaient-ils emporté les
croyances égyptiennes en Israël ou simplement rendu à
Pharaon, ce qui était à Pharaon ? Avant l’apparition de
Moïse, les Hébreux vouaient-ils un culte aux divinités
égyptiennes ou en Jéhovah, leur propre Dieu ?

39
Africains : inflexion du mot Kama (nom originel de l’Afrique.)
39
Groupe C
Le message du Christ a-t-il été interprété dans le sens
voulu par Jésus ou – comme nous le soupçonnons –, il a
subi des déformations stratégiques et indépendantes de la
volonté du Christ ? Si déformation il y a eu, à quelle fin ?
Et au service de quel Dieu ? Celui-là même pour lequel
Jésus a donné sa vie et qui est universellement reconnu
comme un Père juste et bon ou au service inavoué d’un
démon infiltré, d’un tentateur rusé comme le serpent,
d’un illusionniste, champion du camouflage et de
l’esclavage – qui, d’une part, des siècles durant a
vainement essayé de christianiser l’islam et dont les actes
de barbarie ont, au fil des âges, engendré ou susciter le
radicalisme dans l’âme d’une certaine catégorie de
musulmans et – d’autre part, à avaler comme une
couleuvre les religions celtiques, et mis au pilori, passer
sous la lame impitoyable du bourreau ou brûler vif ceux
qui refusaient de se soumettre au christianisme ou
d’abandonner leurs anciennes croyances ? Jésus, roi de
paix et de justice, se serait-il frotté les mains en
apprenant que ses disciples ou plutôt ceux qui se sont
constitués disciples du Christ – lui-même n’ayant créé
aucune religion, sinon laissé un message, et ayant
personnellement choisi ses propres disciples pour éviter
toute interprétation erronée –, sont en train de soumettre
les autres par la force et en son nom ? N’est-ce pas le
catholicisme, religion, corrompue de l’intérieur, qui a
imaginé de terribles instruments de torture pour
« sorciers » – encore fallait-il le prouver – et

40
« hérétiques » comme Galilée : universellement reconnu
comme le symbole de la bataille livrée contre les
autorités40 pour la liberté de la recherche ? N’est-ce pas
en utilisant la même ruse et la même barbarie que le roi
Léopold II de Belgique avait soumis la République
Démocratique du Congo, sa grosse portion de
« gâteau » ?

Groupe D
Devons-nous continuer avec une religion qui ne nous
a que trop exploités ou revenir aux anciennes
« amoures » ? Un vieux proverbe africain ne dit-il pas
que c’est avec les vieilles marmites que l’on prépare les
meilleures soupes ? Doit-on choisir la liberté religieuse
ou demeurer dans l’illusion pieuse? Que signifie être
religieusement libre et que veut dire demeurer dans
l’illusion pieuse ? Voilà autant de questions auxquelles
nous tenterons d’apporter une réponse englobante.

À titre de rappel, cet essai est structuré en deux


niveaux : théorique et poétique. Pour cerner son contenu,
la théorie devra absolument faire corps avec la poésie.
De plus, la culture africaine étant essentiellement orale,
les proverbes, les poèmes, les contes, les légendes et les
prophéties seuls pourront nous permettre de toucher du
doigt l’âme de cette réflexion libre41. Le chemin

40
Allusion faite à la Sainte Inquisition.
41
Un essai est ouvrage en prose développant un sujet de façon très
libre.
41
littéraire42 que nous avons choisi étant affranchi de toute
contrainte, qu’il nous soit permis d’ouvrir « le bal » de
manière fort provocante avec la parabole du « pêcheur et
du poisson. »

42
Genre littéraire (essai).
42
Chapitre II
La parabole
du pêcheur et du poisson
AK.

« Dès ce moment Jésus commença à prêcher, et à


dire : Repentez-vous, car le royaume des cieux est
proche. 18 Comme il marchait le long de la mer de
Galilée, il vit deux frères, Simon, appelé Pierre, et
André, son frère, qui jetaient un filet dans la mer ; car ils
étaient pêcheurs. 19 Il leur dit : Suivez-moi, et je vous
ferai pêcheurs d'hommes. 20 Aussitôt, ils laissèrent les
filets, et le suivirent. »

Qui sont les poissons et qui sont les pêcheurs ?


Qui sont ceux qui tiennent le filet et qui sont les
prisonniers ?

A ussi futiles qu’elles puissent paraître, ces questions


méritent votre vive attention. Si la connaissance de
cette vérité cachée est un premier pas vers la libération
43
ou la décolonisation spirituelle, l’ignorance de la réalité
sous-jacente dans cette parabole biblique pourrait nous
garder à vie sous le joug d’une religion dominatrice et
vorace dont le passé est fortement maculé de sang : le
christianisme. Et qu’on le veuille ou pas, le christianisme
et le catholicisme sont, pour parler prosaïquement, le
tabac de la même pipe43.

De quelle nature est le filet utilisé par les pêcheurs


d’âmes chrétiens ?
Pour mieux comprendre le sujet, le lecteur doit
constamment garder à l’esprit qu’aussi vrai que le
christianisme et le catholicisme sont le tabac de la même
pipe, le filet des pêcheurs est non seulement un
instrument de capture, mais aussi une prison.

Quel est donc le filet utilisé par les pêcheurs


d’âmes chrétiens ?
Le puissant filet des pêcheurs d’âme est la parole.
« Allez et devenez des pêcheurs d’âmes », a dit le Christ.
Cela n’était pas une mauvaise chose, puisqu’il s’agissait
de convertir les athées et les païens aux messages du
Christ. Fort malheureusement, l’usage que le système
catholique a fait de cette phrase est allé au-delà même de
la vision pacifique du Christ. Loin de demeurer dans les
circonférences de la pensée christique, le Vatican y
perçut comme une sorte d’aval – qui n’en est pourtant
pas un –, pour assouvir ses visées expansionnistes.
Parfaitement conscient de la puissance spirituelle du
43
C’est exactement la même chose.
44
verbe du Fils de l’homme, chaque parole de Jésus de
Nazareth fut disséquée, examinée et exploitée dans le but
de satisfaire des intérêts égoïstes. « Le véritable amour
n’était pas celui qui attache en créant des peurs, mais
celui qui libère en donnant des ailes », a dit le prophète
Raël.
D’où, aux formules magiques suivantes : « nul ne
peut aller au père sans avoir vu le fils » ou à « celui qui
m’a vu a vu le père », nous recommandons fortement
d’opposer la formule ngunza suivante : « Wa yenda ku
zulu, waku watékéla ko44 ».
D’aucuns se demandent déjà pourquoi nous les
considérons comme des formules magiques. Eh bien,
nous les nommons ainsi parce que les deux premières
phrases possèdent une puissante charge de
transformation psychologique ; ces formules magiques
agissent directement sur le subconscient ; plus on y pense
ou les répète intérieurement, plus on succombe à leur
« charme hypnotique » au point de croire que tout ce qui
a existé avant, tout ce que nous avions spirituellement
réalisé avant en Afrique ou dans le monde est nul et non
avenu. C’est avec ces mots de pouvoir que les pêcheurs
d’âmes du Vatican ont, comme qui dirait, mis le grappin
sur les « poissons » que représentent les âmes naïves.
« Wa yendaku zulu, waku watékéla ko. » Cette phrase
est la preuve que les Bisi-Koongo – nous insistons bien
sur le nom « Bisi-Koongo», car au-delà de notre volonté
d’aider ou de satisfaire toute l’Afrique nous ne pouvons
44
On ne peut accéder au paradis que par le truchement d’un
devancier.
45
que défendre un peuple dont nous avons la parfaite
connaissance et pour lequel nous sommes prêts à mettre
notre main au feu ou à donner notre langue aux chats –,
n’étaient pas des fétichistes ou des athées – comme les
missionnaires catholiques ont voulu vous le faire croire –
, mais de bons Ngunza qui avaient la connaissance du
paradis, des ancêtres, des lois et des forces de la nature.

À propos des missionnaires


Les missionnaires, particulièrement les capucins qui
sont les pionniers de la christianisation du royaume
Koongo, furent tout-puissants à la cour de Mani-Koongo.
Pour ne citer qu’un exemple, le Père Bernardo Da Gallo
fut le conseiller du Mani-Koongo, le roi Pedro IV ; ce
missionnaire capucin était en quelque sorte son directeur
de cabinet. Le roi n’étant à ses yeux qu’une marionnette
convertie au christianisme, Bernardo Da Gallo était le
véritable maitre du royaume. À la manière du Cardinal
de Richelieu dans la cour de Louis XIV, Roi-Soleil, le
Père Bernardo Da Gallo tirait les ficelles du pouvoir.
L’histoire garde de ce missionnaire capucin et de ses
compagnons le souvenir de cruels bourreaux, de grands
brûleurs et d’impitoyables bastonneurs de Noirs.

Le christianisme est-il l’unique religion crédible


sur la face de la terre ?
Des siècles durant, les missionnaires catholiques ont
diabolisé le culte Ngunza. Ils l’ont attaqué, divisé,

46
martyrisé, et dispersé ses adeptes à travers le monde45. Ils
ont tout fait pour éteindre le culte Ngunza afin de
prouver aux yeux du monde que les Noirs n’avaient pas
de religion. Qu’ils n’en ont pas. Qu’ils ne l’auront
jamais. Et que l’unique religion crédible sur toute la
surface de la Terre est, et demeurera la grande Église
catholique romaine. Que d’égoïsme ! Que de mensonge !
Que de – passez-moi l’expression –, religionnisme 46 !

Qu’est-ce que le Catholicisme ?


À la lecture des allures pieuses des prêtres
catholiques et autres enfants de chœur, l’on serait
presque tenté de croire que l’Église catholique est la
religion par excellence. Mais ne vous méprenez point ;
ceux qui voient en l’Église catholique une incarnation
des vertus du Soleil seraient totalement déçus
d’apprendre ce qui suit : le catholicisme, religion de l’âge
de fer, est une religion de guerres : guerre contre le
druidisme (celtique), guerre contre l’islam (arabique),
guerre contre le sivaïsme et le brahmanisme (hindou),
guerre contre les croyances indiennes (d’Amérique du
Nord), guerre contre les religions précolombiennes
(d’Amérique du Sud), guerre contre le Bungunza
(d’Afrique centrale), guerre contre le Vaudou (d’Afrique
de l’ouest), guerre contre l’Omisme (Français). Bref,

45
La traite négrière.
46
Idéologie qui affirme la supériorité d’une religion, en prônant
souvent l'élimination des autres. Hostilité envers les personnes
d'appartenance religieuse différente. (Ce mot est un néologisme
officieux, une création de l’auteur.)
47
guerre contre tout mouvement religieux différent du sien
et porteur d’espoir et – par-dessus tout –, d’une part de
vérité.

Religion de l’intolérance
Le christianisme est la religion des religionnistes47.
« Celui qui n’est pas avec moi est contre moi. » Telle est
la philosophie du christianisme. La plus grave erreur de
Paul de Tarse fut d’avoir importé le message du Christ
aux impérialistes Romains qui, très tôt – plus
précisément à l’aube de la création du mouvement –,
avaient compris que les enseignements d’une telle valeur
morale étaient une lame à double tranchant ou un
« glaive » dont l’ambiguïté pouvait servir ou desservir
leurs desseins impérialistes.
À l’époque de Constantin 1er le Grand, période où ne
pas s’allier au message du Christ était presque synonyme
de creuser sa propre tombe, infiltrer le christianisme sous
le couvert de l’adhésion – dans le but inavoué de piloter
ses dirigeants de l’intérieur, de les manipuler, de
participer au premier concile œcuménique convoqué48 à
Nicée en 325 et à la traduction en latin de certains
manuscrits hébreux pour avoir la possibilité d’y infiltrer
quelques propos impérialistes du genre : « heureux les
pauvres, car le Royaume des cieux est à eux » ou « Il est
beaucoup plus facile à un chameau d’entrer dans le trou

47
Ceux qui dénigrent les membres de certains mouvements
religieux et affirment la supériorité du leur en méprisant tous les
autres (relatif au religionnisme).
48
Constantin 1er le Grand.
48
d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume
des cieux » ou encore « Cherchez d’abord le Royaume
des Cieux et le reste vous sera donné » –, fut un moyen
habile de garantir sa survie et de gagner la sympathie des
chrétiens où et des nouveaux convertis dont le nombre
grossissait chaque jour un peu plus.

Les différentes étapes de l’infiltration


La première étape consistait donc à adhérer. La
seconde, à gagner la sympathie des chrétiens pour
financer la construction des églises catholiques49. La
troisième étape à se hisser au plus haut sommet du
clergé. La quatrième, à rassembler les textes des apôtres
en un seul livre50 contenant la « vérité absolue », vérité
qui – comme nous l’avons démontré plus haut et le
prouverons dans les secondes qui suivent –, a été nimbée
de propos impérialistes : « Si l’on te frappe à la joue
gauche, donne la joue droite. » (Une façon voilée de
dire : si l’assaillant, le colonisateur ou le « voleur » est
devant ta porte, ne te défends pas. Laisse-toi faire. Subis
passivement l’autorité d’autrui, car les méchants auront
leur jugement dans les Cieux.
Qui a vérifié l’exactitude de ces « vérités
absolues » ? Où est la preuve que les choses se passent
ainsi dans les « Cieux » ? Ce même Dieu, qui est bon,

49
Sous le règne de Constantin 1er le Grand, plusieurs églises
catholiques furent construites à Rome et en Terre sainte où la mère
de l’empereur d’Orient et d’Occident (également chrétienne) aurait
trouvé la véritable croix sur laquelle Jésus fut crucifié.
50
Le Nouveau Testament.
49
juste (dont les propos sont immuables) et qui avait jadis
inspiré la loi et la peine du Talion aux Hébreux pour que
chacun prenne conscience du poids de la douleur qu’il
voudrait infliger à autrui, pouvait-il changer d’avis ou
revenir sur sa décision ?
Pour revenir à nos moutons, la cinquième étape
consistait à bâtir un empire. Un empire devant lequel les
rois, les royaumes ou les nations se soumettraient, non
pas par la force du glaive, mais par la force de
persuasion. « Au commencement était le verbe. » Le
verbe est, à n’en pas douter, l’arme la plus redoutable qui
soit, car s’il a pu créer le monde, il peut tout aussi le
détruire, sinon le diviser ou l’assujettir. Si le verbe peut
engendrer des paradis, il peut tout aussi créer des enfers.
Les textes compilés dans le document qui allait bientôt
s’appeler le Nouveau Testament n’était, aux yeux des
impérialistes romains (guerriers en tenue de moine ou
loups dissimulés sous des peaux d’agneaux) qu’une
« arme à destruction massive, un outil de lavage de
cerveau, une machine de soumission psychologique, un
appareil de claustration morale et spirituel ». Car autant
il promettait le paradis et la rédemption par la main
droite, autant le Nouveau Testament servait d’outil de
manipulation, d’aveuglement et d’assujettissement à
l’Empire romain, dont le siège ou plutôt le Saint-Siège,
comme on aime à le dire, avait stratégiquement été
construit dans la ville de Rome. Rome capitale du
Christianisme. Rome, véritable gendarme du monde.
Rome, pour mieux les contrôler. Car « tout chemin mène
à Rome. » Rome, ville de Jules César. Tout doit ou
devrait se faire en conformité avec Rome. « Rendez à
50
César ce qui est à César », à « Rome ce qui est à
Rome » ou aux « catholiques ce qui est aux catholiques »
; car « celui qui n’est pas avec nous est contre nous »,
autrement dit : « celui qui n’est pas avec César est contre
César. », « celui qui n’est pas avec Rome est contre
Rome » ou « Celui qui n’est pas avec les catholiques est
contre l’Église catholique ». Telle est le slogan implicite
de cette cité religionniste, dont le Vatican est le cœur. Un
cœur qui ne bat que pour dominer. Un cœur qui ne bat
que pour imposer. Un cœur qui ne bat que pour enrôler.
Dès l’an 1198, toute décision, toute pensée romaine
est dictée ou décrétée par le Vatican. Les rois et les
princes de Rome sont sous l’empire du Saint-Siège. Le
Vatican les tient – passez-nous l’expression – par les
couilles. Et sous le dos de Rome, le Vatican – n’ayons
pas peur des mots – se fait des couilles en or. La flotte et
les armées romaines sont sous la botte du Vatican. Le
Vatican s’en sert pour ses expansions impérialistes. Car
si des peuples aux religions millénaires comme les
Hébreux ont compris qu’on pouvait soumettre, par la
force, leur chair et non leur esprit, leur corps et non leur
foi, d’autres ne l’ont pas encore compris. « Le monde est
une immense mine d’or que la religion peut nous aider à
exploiter. Le verbe nous ouvrira les portes des
« Eldorados » que sont les continents », pense-t-on
furtivement. Les gisements, les trésors d’Égypte et les
tombeaux des Pharaons ayant été surexploités, ruinés et
pillés, il fallait absolument trouver d’autres territoires
d’approvisionnement ou d’enrichissement. Entre temps,
on fait planer la malédiction sur les tombeaux des
pharaons afin que seuls les archéologues à la solde du
51
Saint-Siège osent s’approcher de leur terrain de chasse
privé.

La preuve de la volonté de puissance du Vatican


sur le monde
Sur ce point, les propos du Pape Innocent III51 sont
très édifiants : « le pouvoir temporel des rois doit se
soumettre à la pleine souveraineté du pape, vicaire du
Christ et détenteur du pouvoir spirituel. » Distinguant
auctoritas pontificale et potestas royale, l’Église
catholique romaine voulait donner une double dimension
symbolique et séculière à la primauté européenne du
Saint-Siège. La manipulation mentale de l’Église va
jusqu’à imposer des sanctions spirituelles aux souverains
européens s’ils s’entêtent à placer leur souveraineté au-
dessus de la papauté ou, en termes plus précis, leurs États
au-dessus de l’Église. D’une Église qui déjà, au VIe
siècle, revendiquait les territoires dits restitués, perçus
comme une mythique « donation de Constantin. »
Pépin52 garantit l’autorité temporelle du pape sur les
territoires dits restitués. D’autres terres s’ajoutent bientôt
aux territoires du pape (donations, achats et conquêtes)
jusqu’à ce que les États pontificaux comprennent presque

51
Pape qui fut considéré comme l'un des plus grands et des plus
puissants papes du Moyen Âge. Théoricien de la théocratie
pontificale (1160-1216).
52
Pépin le Bref (v. 714-768), maire du palais d'Austrasie (741-
751) et roi des Francs (751-768).

52
toute l’Italie du Centre, atteignant leur expansion
maximale au XVIe siècle.
Très honnêtement, le pape – investi par les hommes
et non par l’autorité ou la volonté divine –, peut-il
imposer des sanctions spirituelles ? A-t-il seulement le
pouvoir d’agir sur le plan spirituel comme le Christ ? La
volonté humaine, entachée d’égoïsme, de cupidité et de
soif du pouvoir peut-elle prétendre représenter
valablement et sans défaillance ou trahison les voix
impénétrables du Seigneur ?
Cette démonstration n’est-elle pas la preuve
incontestable de la volonté de puissance du Vatican sur
les empereurs, les rois, les États, les continents et le
monde ?

La « Donation de Pépin »
Par une politique habile, faite d'alliance avec la
papauté et de conquêtes territoriales, Pépin – surnommé
le Bref à compter du IXe siècle – a su s'imposer comme
premier roi de la dynastie carolingienne.
Ayant déposé Childéric III pour incapacité en 751, Pépin
se fait élire roi la même année par les grands de Soissons
(novembre 751), et reçoit l'onction sainte des mains de
saint Boniface. Il devient ainsi le premier roi de la
dynastie carolingienne. Cette époque est marquée par un
rapprochement étroit entre les « Pippinides » (appellation
des premiers Carolingiens, du nom de Pépin) et la
papauté, rapprochement qui permet à Pépin le Bref
d'acquérir une réelle autorité monarchique.
Le 6 janvier 754, à l'entrevue de Ponthion, le pape
53
Étienne II, menacé par les Lombards du nord de l'Italie,
sollicite son aide. Après la conclusion de l'accord de
Quierzy-sur-Oise en avril, Pépin est couronné par le pape
le 28 juillet à Saint-Denis. Ce sacre lui confère une réelle
légitimité, puisqu'il devient par cet acte l'élu de Dieu.
Pépin lève ensuite une armée contre les Lombards en
754 et 756. Une fois la victoire acquise, il remet au pape
les territoires libérés, lesquels comprennent 22 villes de
l'exarchat de Ravenne, de l'Émilie et de la Pentacole.
Cette cession, appelée la « Donation de Pépin », permet
la création des États pontificaux, et fait naître en
Occident de nouvelles structures politiques et religieuses.

La relation entre l’Asie et le Vatican


La découverte des Indes, terre aux sols bénis par
Shiva, aiguisa l’appétit féroce et insatiable du Vatican.
Mais la résistance de l’Inde face à l’oppression spirituelle
du Vatican a été un formidable exemple du strict respect
des traditions. Parallèlement, les bouddhistes asiatiques
opposèrent une fin de non-recevoir aux tentatives de
conversion des missionnaires catholiques. « L’Asie n’est
pas à piller ! De plus, la Bible n’a rien à nous apprendre
que nous ne savons déjà », pensaient-ils. Tout le baratin
sur le paradis et l’enfer, les riches et les pauvres n’a pas
pu subjuguer les adeptes de Bouddha, et encore moins les
disciples de Confucius. En Chine, par exemple, seule la
domination administrative fut possible. Et ce,
spécialement dans la ville de Hong Kong, librement
cédée eaux Britanniques de 1842 à 1997.

54
Innocent III, fidèle reflet de la vision du Vatican
Le Pape Innocent n’était pas si innocent que son nom
l’indique ; sa vie est souillée d’entreprises les plus
controversées du pontificat : ses deux croisades. En
1209, après avoir dépêché en vain des prédicateurs pour
régler la question de la secte des hérétiques dualistes
albigeois sans combat, le pape lança une offensive dans
le Sud-Ouest de la France, contre la secte hérétique
dualiste des albigeois, dont les pratiques menaçaient
selon lui les institutions sociales traditionnelles. La
croisade provoqua une terrible effusion de sang, et le
pape dut multiplier les appels à la modération, sans
pouvoir arrêter le carnage ni vaincre l’hérésie.
Très concerné par la protection de la Terre sainte,
Innocent III y envoya la quatrième croisade. En 1204, un
bataillon de croisés envahit la ville chrétienne de
Constantinople et la mit à sac. Cet incident dramatique
devait empoisonner les relations entre les Églises
d’Orient et d'Occident pendant des centaines d'années ; il
fut aussi le prétexte de l'établissement, à Constantinople,
d'un royaume latin éphémère.

La relation entre l’Afrique et le Vatican


Pour s’approprier les terres africaines, il a fallu avant
tout conquérir les cœurs des Autochtones. « Ce qu’on ne
peut obtenir par les larmes, on peut l’obtenir par les
armes. » Quoique cette phrase ne soit pas consignée dans
la Bible, la pensée secrète des impérialistes ou
usurpateurs de la pensée chrétienne n’est pas si différente
de celle-là. Pour s’en convaincre, il suffit de remplacer
55
« les larmes » par « le verbe » et l’on obtient le sens ci-
après : « Ce qu’on ne peut obtenir par le verbe, on peut
l’obtenir par les armes. »
Beaucoup de royaumes et de peuples noirs ont subi
dans leur chair la morsure du Vatican. Réécrire l’histoire
des peuples noirs afin que jamais ils ne se souviennent de
leurs gloires anciennes. Redéfinir les dimensions de leurs
territoires pour les diviser afin de mieux régner. Prescrire
une langue officielle pour mieux les contrôler. Imposer le
christianisme pour mieux exploiter leurs ressources
naturelles et enfin coloniser, installer ou créer des bases
stratégiques sur le sol africain, pour étouffer toute forme
de résistance dans l’œuf, tel fut le plan machiavélique du
système catholique, exécuté par l’entremise de ses
tentacules occidentaux ou pays colonisateurs.

Quels sont les tranchants de l’épée catholique


romaine ?
Le premier tranchant est le clergé. Son but est de
déchirer, de briser, d’étouffer les religions rivales à
travers la présentation d’un Dieu unique et la promesse
d’un paradis illusoire, pure chimère pour assiéger les
consciences des ingénus et des manipulables. En réalité,
ce qui avait été fait pour devenir : un seul monde, une
seule religion où toutes les nations, toutes les traditions
convergeront vers un idéal d’unité, de paix et de non-
violence53 », est devenu dans l’esprit des tireurs de

53
Dixit Hamsa Manarah, Grand Maître de l’omisme.
56
ficelles du Vatican : « un seul Dieu, une seul religion,
une seule culture ou un seul peuple dominant. »

La confusion des catholiques romains


Ce que les catholiques romains n’ont pas compris
c’est que la religion n’était pas à voir comme un système
religieux unique, mais comme un arc-en-ciel. Mais dans
la conscience égoïste et arrogante de l’impérialiste
catholique, la définition originelle même du noble mot
« religion » a été tordue, déformée ou réduite au mot
« unique » plutôt qu’à « multitude », c’est-à-dire à
« confession », plutôt qu’à « religion » qui, en réalité,
n’est pas un système unique, mais multiple. Car dans sa
dimension spirituelle ou dans la vision du Créateur, le
mot « religion » revêt un sens plus large, puisque religion
égale liberté de croyances. Dans le diamant de la
religion, les croyances sont nombreuses. Dieu, dans son
immense bonté, a voulu que chaque race ait non
seulement sa propre couleur, mais aussi sa propre
religion. Ce que les catholiques ignorent, c’est que de
même que l’homme aime se couvrir d’habits de couleurs
différentes, Dieu adore se faire adorer de multiple façons,
donc par des traditions ou des cultures différentes.

57
58
Chapitre III
La diversité : une leçon
naturelle de tolérance

L a diversité des peuples, des races et des religions est


une leçon de tolérance que nous enseigne la nature.
Mais au lieu de s’en servir selon les prescriptions
divines, la religion catholique romaine, qui, à l’époque,
disposait de l’industrie nécessaire pour aller en guerre, a
simplement fait le contraire. Usant de ses moyens
militaires elle s’est lancée à la conquête de l’Afrique
avec la même détermination avec laquelle elle s’était
lancée à la conquête54 de la Terre sainte55.

L’importance de la diversité

54
Ici, l’auteur fait référence aux croisades : expéditions militaires
des chrétiens contre les musulmans pour la défense de la chrétienté
et la délivrance des lieux saints, le plus souvent.
55
Lieu du récit évangélique ou vécut et mourut Jésus-Christ, c'est-
à-dire l'actuelle Palestine.
59
Comme tout ce qui existe sous le soleil, la diversité à
sa place dans la création. Le plus bel exemple de cet
élément est l’arc-en-ciel, arc de lumière que l’homme a
toujours observé avec une joie tintée d’étonnement ; ça
fait toujours plaisir de voir un objet aussi beau et aussi
rare que la variété de couleur qui dans une sublime
harmonie forme ce que l’on appelle : arc-en-ciel. Dieu,
dans sa formidable et incroyable fantaisie créatrice aurait
très bien pu en faire un monochrome 56. Mais, il a préféré
un polychrome57, à l’image de la nature. C’est pareil pour
les croyances. Chaque famille a son nom, son ADN, sa
religion et ses esprits protecteurs. Le schéma est le même
dans les Cieux où même les anges son divisés en
plusieurs Cœurs – nous n’avons pas la prétention de vous
apprendre ce que vous savez déjà. Qu’il nous soit donc
permis de nous abstenir de les citer ; une telle digression
dans un sujet aussi important ne sera qu’une perte de
temps inutile…
Alors, si même les fleurs ne sont pas pareilles,
pourquoi voulez-vous que les religions se ressemblent ou
qu'elles soient uniques ? N’est-ce pas tuer l’œuvre de
Dieu que de vouloir que tous les peuples du monde
gravitent autour d’une seule et même religion ou d’une
seule et même doctrine ?
Il n’est pas rare d’entendre des catholiques affirmer
qu’ils aiment Dieu. Loin de nous l’idée d’en douter.
Toutefois, nous sommes en droit de dire que quiconque
prétend aimer Dieu et la nature est obligé de tolérer la

56
Object d’une seul couleur.
57
Object de plusieurs couleurs.
60
diversité, autrement dit d’accepter, dans son
environnement ou ailleurs, la présence naturelle – car
c’est la volonté suprême de la nature –, d’autres
religions : d’autres croyances, d’autres doctrines,
d’autres façons d’adorer et de concevoir l’Éternel des
armées.

Chaque religion à sa dignité


On ne peut pas prétendre aimer le Noir et rejeter
systématiquement sa religion. Avec la même tolérance
innée et bienveillante ou le même sourire sincère et
amical avec lequel le Noir a accepté le Blanc sur son sol
avec sa « valise » contenant sa religion importée, le
catholicisme, le chrétien doit apprendre à faire preuve de
tolérance religieuse. Car ça ne sert à rien de critiquer
l’extrémisme islamique quand l'on est soi-même radical
envers les croyances africaines.
Questions : pouvez-vous juger quelqu’un que vous
ne connaissez même pas ? Ne courrez-vous pas là le
risque de vous méprendre sur toute la ligne ? Pouvez-
vous réellement juger sans grand risque de vous tromper
un « démon » que vous ne connaissez point ? Et si, par la
suite, ce dernier se révèle angélique : que diriez-vous ?
« Ne jugez point, et vous ne serez point jugés; ne
condamnez point, et vous ne serez point condamnés 58
(...)
Ne jugez pas selon l'apparence, mais jugez selon la
justice59 (...)

58
Luc 6-37.
61
Vous jugez selon la chair ; moi, je ne juge personne
60
(...)»
Contrairement aux catholiques qui ignorent
pratiquement tout de nos croyances ancestrales, un
proverbe africain résume avec exactitude la nature du
regard du Ngunza sur le catholique : « la tortue, voisine
immédiate du crocodile, seule peut confirmer si le
crocodile a fait gras ou pas, car les deux sont
amphibies. »

« Ne jugez point »
Voilà les mots qui devaient être gravés sur les
soutanes et dans l’esprit des missionnaires ; ces trois
mots les eussent rappelés à l’ordre chaque fois qu’ils
eussent été tentés de diviser ou qu’ils eussent été sur
point de diaboliser, de désacraliser ou de passer à tabac
ceux qui étaient profondément ancrés dans leur religion
respective ou ceux qui, comme les missionnaires, avaient
fait – au vu et au su des membres de leur communauté
religieuse respective –, le serment de servir le Créateur –
car il n’existe en fait qu’un seul Dieu –, au péril de leur
vie. Dans ce lot, on peut encore ajouter ceux qui étaient
parfaitement conscients que s’attacher aux croyances
d’une religion étrangères est une offense à sa propre
tradition, à sa propre culture ou sa propre civilisation
pour la bonne raison que la religion est l’âme d’un
peuple ; un peuple sans religion est un peuple sans âme ;
un peuple sans âme est un peuple téléguidé. C’est un
59
Jn 7-24.
60
Jn 8-15.
62
peuple de moutons – de moutons enchaînés –, qui ne
broutent que l’herbe de l’enclos dans lequel ils sont
enfermés. C’est un peuple passif et dépourvu de sens
critique, qui se range facilement à l’avis de la majorité,
donc un peuple résigné, attentiste, fataliste et sacrifié à la
moindre belligérance, comme nos grands-parents
pendant la Première et la Seconde Guerre mondiale. Un
peuple sans religion est un peuple au destin limité et
prévisible, car décrété par d’autres sociétés, des
communautés plus rusées, plus fortes, plus voraces et
qui, longtemps avant nous, ont compris que l’acte
d’allégeance envers une religion importée est non
seulement un outrage à la mémoire des mânes des
ancêtres, mais surtout un manquement grave aux intérêts
de la tribu, de l’ethnie, du peuple ou du continent.
Nous pouvons encore ajouter : un peuple sans
tradition est un peuple sans lumière. Un peuple sans
lumière est un peuple aveuglé. Un peuple aveuglé est un
peuple à la merci des rapaces impérialistes… Ne peut
aspirer à la liberté que celui qui tient le flambeau. Nulle
liberté spirituelle n’est envisageable sans flambeau.
Nulles ténèbres de l’esprit ne peuvent être dissipées sans
flambeau. Nul flambeau ne peut être allumé sans l’aide
du feu. Le feu est l’origine de la liberté et la liberté est le
reflet du feu intérieur. Nulle âme enflammée ne saurait
être embastillée. Nulle âme née du feu ne saurait être
apprivoisée. Nulle âme tissée dans le feu de l’esprit ne
saurait tomber sous le « joug d’airain » des croyances
importées. Car le feu est l’origine de la lumière. La
lumière est le résultat de la connaissance. Toute
connaissance, toute lumière n’est que propagation du feu
63
ardent des origines. Le feu est lumière. Le feu ardent est
connaissance. Le feu ardent est liberté. Nul ne peut
soumettre le feu. Nul ne peut domestiquer le feu. Nul ne
peut constamment jouer avec le feu. Car le feu ardent n’a
point d'amis. Il n'a pour seul guide et unique compagnon
que lui-même... Feu, connaissance et liberté sont la base
du Bungunza. Le but du Bungunza est de transmettre
aux nègres contemporains le feu ardent de la liberté,
c’est-à-dire les éléments de connaissance qui leur
permettront de briser le « joug d'airain »

Les Églises de réveil : première tentative avortée


du printemps spirituel nègre
Ces églises qui auraient très bien pu changer le
visage culturel de l’Afrique – car elles avaient
spirituellement été programmées pour cela – ont
lamentablement failli à leur mission en adoptant la
politique du crocodile : « se cacher dans la rivière pour
échapper à la pluie. » Mais peut-on fuir l’eau en se
réfugiant dans l’eau ? N’est-ce pas s’exposer de plus
belle à l’action de l’eau que d’agir ainsi ? Faut-il
considérer cela comme l’achat d’un nouveau costume
spirituel ou simplement comme le fait de déshabiller
Pierre pour habiller Paul avec la même vieille tenue
décousue et pleine de souillures ou de taches

64
historiquement indélébiles d’un passé croisé 61 et
inquisitorial62 ?
Le problème avec les assemblées chrétiennes
africaines, c’est qu’en décidant de couper le cordon
ombilical avec le catholicisme, elles se sont perdues en
chemin, non pas parce qu’elles ne savaient plus où aller –
loin de là – mais parce que ceux qui, il y a 40 ans,
avaient obtenu la révélation du Printemps africain, non
seulement avaient surévalué l’ampleur de la chose – et
donc douter de la faisabilité d’une telle révolution en ces
temps où personne ne s’attendait à la pérestroïka, à la
chute du mur de Berlin, au souffle de la démocratie dans
le continent noir, à la cessation de l’apartheid, à la
libération de Nelson Mandela, à l’élection d’un noir à la
maison blanche, et à la forte croissance économique de la
Chine – mais encore, et surtout, parce que, comme
l’Apôtre Pierre qui avait renié trois fois son maître aux
temps chauds, les prophètes et les pasteurs africains, de
l’époque, n’avaient pas eu le courage de mener la barque
jusqu’au bout, c’est-à-dire de faire exactement ce qui leur
avait été demandé dans la prophétie de Mama Ngounga :
ramener les brebis égarées par le colon à la source des
traditions africaines.

Le cas Louzolo-Amour

61
Intolérant (lié à l’intolérance des croisés envers les musulmans à
l’époque des croisades)
62
Arbitraire (qui voit le diable partout où il n’y pas un crucifix ou
qui pense que Dieu, Seigneur de la diversité, est uniquement lié au
crucifix)
65
Louzolo-Amour, communauté religieuse congolaise,
qui aurait pu jouer un rôle majeur dans
l’affranchissement spirituel de l’Afrique s’est noyée dans
l’alcool en justifiant son ivrognerie dans le premier
miracle que Jésus fit : la transformation de l’eau en vin,
lors des noces de Cana. « 1 Trois jours après, il y eut des
noces à Cana en Galilée. La mère de Jésus était là, 2 et
Jésus fut aussi invité aux noces avec ses disciples. 3 Le
vin ayant manqué, la mère de Jésus lui dit : Ils n'ont plus
de vin. 4 Jésus lui répondit : Femme, qu'y a-t-il entre moi
et toi ? Mon heure n'est pas encore venue. 5 Sa mère dit
aux serviteurs : Faites ce qu'il vous dira. 6 Or, il y avait
là six vases de pierre, destinés aux purifications des
Juifs, et contenant chacun deux ou trois mesures. 7 Jésus
leur dit : Remplissez d'eau ces vases. Et ils les remplirent
jusqu'au bord. 8 Puisez maintenant, leur dit-il, et portez-
en à l'ordonnateur du repas. Et ils en portèrent. 9 Quand
l'ordonnateur du repas eut goûté l'eau changée en vin, ne
sachant d'où venait ce vin, tandis que les serviteurs, qui
avaient puisé l'eau, le savaient bien, il appela l'époux, 10
et lui dit: Tout homme sert d'abord le bon vin, puis le
moins bon après qu'on s'est enivré; toi, tu as gardé le
bon vin jusqu'à présent63. »
Louzolo-Amour et ses nombreux adeptes ont ainsi
raté leur « virage » pour sombrer dans le gouffre béant
d’une perdition qui fait d’Émile Loufoua-Sétikouabo 64
l’égale du Christ, sinon Dieu lui-même. D’une perdition
qui élabore pêle-mêle des théories sur la chimérique

63
Jean 2 ; 1-10.
64
Guide et fondateur de cette communauté religieuse.
66
« Nouvelle Jérusalem » que serait le Mont Kari-kari65.
Tel est le drame des religions africaines bâties sur les
cendres d’une rupture avec l’Église catholique romaine,
schisme mal orienté qui, loin de servir le continent noir,
se recroqueville sur des guides qui promettent le « visa »
du paradis moyennant des sacrifices multiformes,
souvent d’ordre financier. Soyons raisonnable ! Dieu
peut-il confier les clés du paradis entre les mains d’un
humain ? Les Saintes-Écritures ne nous enseignent-elles
pas que le paradis est protégé par des anges aux glaives
de feu ?

Que disait la prophétie ?


La prophétie de Mama Ngounga fut sans équivoque,
car une virgule en plus ou en moins, aurait très
certainement contrarié la mission.

65
La montagne sacrée des lousolifiés (adeptes du mouvement
spirituel Louzolo-Amour).
67
LA PROPHÉTIE DE MAMA NGOUNGA
(À ceux qui souffrent en silence)

Enfants du continent
Le temps n’est plus bien loin
Où de grands bouleversements
Éclaireront le firmament

Le Terre va changer
Le monde va bouger
La roue va tourner
Les murs vont tomber

De vieux prisonniers
Illustres combattants
De la libération du continent noir
Seront libérés en Afrique australe

Le soleil de la démocratie
Dardera ses rayons dorés
Sur les pays au parti unique

À la manière d’un gâteau


Les blocs autoritaires se disloqueront
En plusieurs portions
Pour permettre à vos nations

68
D’organiser des élections

De choisir librement
Ceux qui demain conduiront
Les destinées de vos nations

Au grand étonnement de l'Occident


Un homme de couleur
Sera placé à la tête
De la plus grande puissance mondiale

La Chine se réveillera
Et la puissance du dragon de l’est
Se manifestera dans le monde

L’éveil ou le sommeil éternel


De Mokili-Mbémbé66,
Le dragon du sud
Ne dépendra que de vous

Préparez vos jeunes gens aux changements


Préparez-les aux innovations
Préparez-les au retour à la tradition
Et à la redécouverte de la science67

66
Dragon en lingala : langue nationale (en République du
Congo).
69
De leurs anciennes civilisations

Enfants du continent
Combattez la mort
Pour vaincre la mort

Comme la Chine
Redressez l’échine
Pour le triomphe
De la puissante créature
Qu’est l’Afrique

Levez-vous pour vos nations


Afin que vos nations se réveillent
Ressourcez-vous dans votre glorieux passé

Réveillez vos morts


Exhumez vos traditions
Invoquez les Pharaons
Accueillez vos Ancêtres divinisés
Car leur retour est proche

67
Il s’agit ici de la science de l’ancienne Égypte, celle de ses
Dieux qui sont descendus du ciel dans leurs disques solaires
pour civiliser le monde (se référer au livre « Les Royaumes Unis
de Kama (Afrique», par Raël.)
70
L’heure de la récolte a sonné
Retroussez les manches
Et mettez-vous au travail

Vous devez absolument


Obtenir gain de cause
De la lutte que nous avions menée

De notre sang versé


Pour l’indépendance de l’Afrique
Vous devez tirer un bénéfice considérable :
La mutation positive du continent

L’Occident n’a jamais voulu


Que l’Afrique se redresse
L’Europe ne voudra jamais
Que Kama se redresse

Réveillez-vous !
Votre salut viendra
Ni de l’Occident ni de l’Orient,
Mais du Midi

Ce n’est ni le Christianisme
Ni le Bouddhisme
Et encore moins l’Islam

71
Qui déchargera l’Afrique noire
Du poids séculaire
De sa terrible malédiction

Seules les religions de vos Ancêtres


Peuvent vous sortir de cette impasse
La vérité, c’est que vous êtes maudits
C’est difficile à dire, mais c’est comme ça

Vous l’êtes parce que


Vous nous 68 avez tourné le dos
Vous l’êtes parce que
Vous avez abandonné vos traditions
Implorez le pardon des Ancêtres
Pour purifier le continent

Honorez vos Ancêtres


Redonnez-leur dans vos cœurs
La place qu’ils occupaient autrefois

Redonnez aux Ancêtres


Ce qui était aux Ancêtres

Nul doute.
Nul doute que le christianisme
68
Les Ancêtres (la tradition, la civilisation.)
72
Est la religion du progrès

Nul doute que le progrès


Est une bonne chose

Mais comme dira une âme sage69


Dans les temps futurs :

« Le progrès pour le simple plaisir du progrès


Ne peut jamais être encouragé

Préservez ce qui doit absolument être préservé


Perfectionnez ce que vous pouvez perfectionner
Et bannissez les pratiques
Qui devraient être proprement prohibées »

69
Joanne Kathleen Rowling, Harry Potter.
73
74
Chapitre IV
L’option de la réhabilitation
AK.

F rères et sœurs du continent, ne négligeons point ces


paroles d’outre-tombe. Suivons plutôt les conseils
avisés du tam-tam, en optant sans condition pour la
réhabilitation de nos croyances. Ouvrons les yeux !
L’époque où l’on pensait qu’être employé comme boy
par un maître étranger est une fonction honorable est
révolue. La période où l’on pensait qu’être engagé
comme tirailleur, dans l’armée française, est un travail
honorable est révolue. Le temps où l’on pensait que
devenir enfant de chœur dans une église catholique est un
ticket gratuit pour le paradis est révolu. Les stupides
années où nos vieilles mamans pensaient naïvement que
garder les enfants, de leurs maîtresses européennes, était
une marque de noblesse sont révolues. L’ère où l’on
croyait que Dieu ne pouvait qu’avoir une peau blanche
est révolue ! L’époque où l’on s’imaginait que le peuple
européen est forcément plus intelligent que le peuple
africain est révolue, puisque deux enfants de continents
différents élevés dans les mêmes conditions produiraient
75
les mêmes effets. Un petit européen, élevé dans une
famille africaine à l’ère de la colonisation, n’aurait pas
fait preuve de plus de sagacité qu’un petit africain pour la
simple raison qu’il aurait grandi dans une civilisation qui
n’accordait, à l’époque, que fort peu d’intérêt à la science
et à la technologie. À titre d’exemple : est-il possible
d’apprendre à articuler le langage des humains parmi les
animaux ? Le vieil adage africain ne nous recommande-t-
il pas, lorsqu’on entre dans un village où l’on danse d’un
seul pied d’en faire autant ? Ne dit-on pas, au-delà de nos
latitudes, que lorsqu’on vit avec les loups, il faut savoir
hurler [volontairement ou involontairement] avec eux ?
Pour revenir à nos moutons, nous disions donc que
l’époque où l’on s’imaginait que les peuples occidentaux
sont forcément plus intelligents que les peuples africains
est révolue. Parallèlement, l’heure des religions
importées comme des boites de conserve est plus que
jamais révolue.
Frères et sœurs du continent, il est temps de sortir
des sables mouvants des religions étrangères. Il est temps
de sortir du puits sans fond des religions importées. Il est
temps de sortir des griffes acérées des religions
extérieures. Il est temps d’effacer le jugement erroné
porté sur le tableau noir de nos religions ancestrales. Il
est grand temps de sortir de la méconnaissance profonde
des rites de nos religions traditionnelles. Il est plus que
jamais temps de réhabiliter les croyances combattues,
diabolisées et injustement interdites par les colons et les
frères missionnaires pour satisfaire les intérêts groupés et
indissociables du Vatican et de l’Occident.

76
Le but inavoué de la diabolisation
La diabolisation médiatique est un moyen efficace de
décrédibiliser, désacraliser, bafouer et pousser un peuple
à honnir, bannir, vomir ou maudire ses propres
croyances. Pour ne citer qu’un exemple, le nom
« Zambie » qui dans de nombreuses langues africaines
signifie Dieu a été tourné en dérision dans les films
d’horreur occidentaux où, le Dieu de nos Ancêtres
devient tout bonnement – dans la conscience universelle
–, un mort-vivant, un vampire ou un démon cannibale.
Tout cela, bien sûr, dans le but inavoué de renforcer
l’opinion « erronée » selon laquelle : « en matière de
spiritualité, tout ce qui provient de l’Afrique noire n’est
que cannibalisme, sorcellerie, fétichisme, charlatanisme,
artifice ou imposture. Bref, l’œuvre des démons. » Des
« démons » que les poètes, les écrivains et artistes du
Vatican ont toujours peints en noir, pour contraindre
l’esprit humain à rattacher instinctivement les peuples
africains à la couleur noire, et ainsi faire croire que tout
ce qui est Africain est noir : noir d’esprit, noir de cœur,
noir d’ignorance, noir de croyance, noir – n’ayant pas
peur des mots70 –, comme l’enfer.

La naissance de la Grèce
Nos religions ont été étranglées et saignées à blanc.
Leur sang a été goulument absorbé par des missionnaires
70
Puisqu’il sied de restituer les faits tels qu’ils étaient dans l’esprit
des bâtisseurs de la Place Saint-Pierre, la chapelle Sixtine et la
pinacothèque Vaticane.
77
catholiques aux crocs acérés – par ceux-là même qui,
conscients de leur état de « vampires » ont jeté
l’anathème sur « Nzambi », notre Dieu, en le faisant
injustement passer pour un « zombi.» Les masques
funéraires, les objets sacrés de nos religions ont été
dépêchés dans des musées occidentaux pour être
observés comme de simples objets d’art.
Déjà, en des temps très anciens, les dieux qui
faisaient la grandeur et la gloire de l’Afrique avaient été
déportés, débaptisés et mis au service d’un peuple de
pillards qui a volé et violé jusqu’à l’âme de l’Afrique.
Non satisfaits d’avoir épuisé nos richesses naturelles, non
satisfaits d’avoir volé notre connaissance scientifique,
littéraire et sportive, ils ont brûlé la bibliothèque
d’Alexandrie qui contenait des documents d’une valeur
inestimable, dont certains retraçaient la naissance de
l’Égypte.
Bien avant cela – près d’un millénaire avant
l’apparition d’Hésiode, de Homère et des célèbres Sept
sages de Grèce71 – ce peuple de pillards avait subtilisé les
trois flambeaux que les Ancêtres égyptiens avaient
hérités des Atlantes après le déluge : le flambeau des
Jeux Atlantique (renommé Jeux olympiques pour
brouiller les pistes de ses réelles origines), le flambeau
des Arts, et le flambeau des Sciences. Avec le temps, un
seul flambeau fut présenté au grand public, celui des
Jeux, donc du sport. Les autres furent jalousement

71
Solon d’Athènes, Bias de Priène, Chilon de Sparte, Cléobule de
Lindos, Périandre de Corinthe, Pittacos de Mytilène et Thalès de
Milet.
78
conservées, et transmis à quelques privilégiés issus des
grandes familles, elles-mêmes liées à des sociétés
secrètes initiées en Égypte. Ce savoir, volé en Égypte, fut
tout d’abord transmis de père en fils jusqu’à ce que
certains érudits jugent nécessaire de civiliser les peuples
barbares pour faire de l’Occident un pôle incontournable
de connaissance. Ainsi naquit la Grèce.
Mais en 305 av. J.-C., la fascination de la Grèce pour
l’Égypte poussa Ptolémée 1er – un général d’Alexandre le
Grand autrefois nommé satrape d'Égypte et de Libye –, à
se greffer au noble arbre « généalogique » des Pharaons
d’Égypte et à fonder la dynastie ptolémaïque. Il est
historiquement établi que Ptolémée 1er était le bâtisseur
de la bibliothèque d’Alexandrie. Mais ce que
« l’Histoire » ignore, c’est que de la même façon dont
Ptolémée 1er s’était autoproclamé Pharaon d’Égypte, il a
faussement déclaré être le bâtisseur d’une bibliothèque
qui non seulement existait déjà avant sa naissance, mais
contenait des papyrus datant de plusieurs millénaires
avant l’annexion du territoire égyptien par la Grèce. Le
seul « mérite » de Ptolémée 1er fut d’avoir transféré des
tonnes de parchemins, confisqués par les Soudanais, les
Assyriens et les Perses pendant la basse époque, dans la
cité d’Alexandrie et d’avoir ouvert cette bibliothèque à la
curiosité des érudits d’Europe et du monde. Mais tant de
sagesse, issue d’un empire conquis, pouvait-elle
demeurer longtemps ? Voir cette Bibliothèque rayonner
comme un phare irradiant sa lumière sur l’Europe et le
monde pouvait-il faire la joie des nouveaux maîtres du
monde que devinrent les Romains ? Cette bibliothèque
n’était-elle pas la preuve que l’Afrique n’avait pas pour
79
unique fonction que celle de berceau de l’humanité ?
Autant de parchemins, autant de manuscrits ne
représenteraient-ils pas déjà une menace pour tous ceux
qui nourrissaient des visées expansionnistes sur
l’Égypte ? Pouvait-on réellement soumettre un peuple
qui trouverait dans ses bibliothèques les « armes »
nécessaires pour faire obstacle à l’invasion ? Une telle
bibliothèque dans cette partie du monde n’était-elle pas
une insulte pour le reste du monde ? Conserver cette
bibliothèque en l’état ne constituerait-il pas déjà une
trahison en ce sens qu’elle remettrait de facto la thèse du
miracle Grecque, qui, du coup, devenait, le miracle
égyptien ? L’idée pourtant salvatrice de Ptolémée 1er fut
foulée aux pieds, et la Bibliothèque brulée au cours d’une
belligérance afin que l’Afrique ne garde de sa grandeur
pas autre chose en dehors des vestiges architecturaux,
édifices et monuments muets ou plutôt privé de l’usage
du verbe par ceux qui ont commis le « crime intellectuel
» de couper la langue à la plus grande bibliothèque du
monde et privé ainsi tout un continent de l’héritage
millénaire de ses ancêtres.

Extinction des derniers îlots de résistance


Peuple Koongo, prenez garde à ce que vous
consommez intellectuellement et spirituellement ! La
dépravation des mœurs n’est pas qu’une question morale,
mais spirituelle. Les médias, spécialement la radio, la télé
et l’Internet – outils indispensables et incontournables
des siècles contemporains –, servent bien souvent une
cause qui non seulement ne valorise pas la minorité et les

80
plus faibles, mais encore ne contribue qu’à dégrader
progressivement nos croyances au profit d’une
mondialisation apparente, mais qui – dans le fond – n’est
autre qu’une vaste et lente campagne d’écrasement,
d’engloutissement, d’anéantissement, d’extinction des
derniers foyers de propagation de tradition spirituelle
africaine ou « îlots de résistance » rescapés du déluge de
la colonisation.

Quelle est notre identité culturelle ?


De nos jours, on réfléchit comme le Blanc. On parle
comme le Blanc. On s’habille comme le Blanc.
Qu’avons-nous de personnel ? Quelle est notre identité
culturelle, si les prénoms mêmes que nous portons sont
importés et les dieux auxquels nous croyons sont venus
d’ailleurs ? Est-ce là une façon d’honorer le Dieu de nos
Ancêtres ? Qui sommes-nous au juste : des déculturés,
des acculturés ou des renégats ? De quel œil pensez-vous
que nos Ancêtres nous observent ? Peut-on être fier d’un
fils qui nous a reniés ? Peut-on seulement être fier d’une
postérité qui nous a tourné le dos ?

La vie continue-t-elle de l’autre côté du monde


physique ?
Étant donné que vous aviez pris la mauvaise habitude
de consommer ou de croire qu’en ce qui est importé,
qu’il nous soit donc permis – pour demeurer sur la même
longueur d’onde que notre lecteur – de tirer d’un livre
sacré, importé d’Occident, les arguments en béton armé
que nous vous défions de contredire. N’est-il pas écrit : «
81
honore ton père et ta mère ? » Au-delà des apparences,
ce 3ème commandement n’est-il pas une façon codifiée de
vous exhorter à honorer vos propres traditions ? Que
nous ont fait nos Ancêtres pour mériter un tel abandon ?
Ne vous est-il jamais arrivé de penser qu’ils pourraient
avoir besoin de vous ? Nous entendons déjà vos petites
voix dire : « Comment ils pourraient avoir besoin de
nous alors qu’ils sont morts depuis fort longtemps ».
Réponse : n’est-il pas écrit : « Laissez les morts enterrer
leurs morts ? »
Poursuivant notre série de questions : « Serait-il
possible que des âmes définitivement éteintes puissent
enterrer d’autres âmes éteintes ? »« Deux âmes éteintes
peuvent-elles se ranimer ? » Réponse : Jésus lui-même
n’est-il pas descendu aux enfers pour des raisons encore
mystérieuses pour les fervents croyants pratiquants de
l’Église catholique d’hier et d’aujourd’hui ? L’enfer
n’est-il pas positionné de l’autre côté de la vie où Jésus
s’était temporairement rendu ? Le fait que Jésus soit
descendu aux enfers et qu’il y ait tenu des activités n’est-
il pas la preuve biblique, puisque vous ne croyez qu’en la
Bible, qu’il y a bel et bien de l’activité ou de la vie de
l’autre côté de la frontière du visible et de l’invisible ?
Bref, contrairement à ce que vous croyez, les morts ne
sont pas morts ; seul le corps meurt, et non l’âme. La vie
continue de l’autre côté du monde physique. De plus,
l’autre monde n’est pas synonyme d’enfer, car bien des
âmes vivent dans des régions célestes différentes des
enfers, comme les Saints de l’Église catholique, les
Bodhisattva du Bouddhisme, les Ntinu ou Bibâ-bia-ma-
zulu des Ngunza etc.
82
Jésus sur la montagne de Gethsémani
« 1 Six jours après, Jésus prit avec lui Pierre,
Jacques, et Jean, son frère, et il les conduisit à l'écart sur
une haute montagne. 2 Il fut transfiguré devant eux; son
visage resplendit comme le soleil, et ses vêtements
devinrent blancs comme la lumière. 3 Et voici, Moïse et
Élie leur apparurent, s'entretenant avec lui. 4 Pierre,
prenant la parole, dit à Jésus: Seigneur, il est bon que
nous soyons ici; si tu le veux, je dresserai ici trois tentes,
une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie72. » Ce
verset n’est-il pas le témoigne de l'importance capitale
des Ancêtres dans le domaine spirituel ? Jésus, sur la
montagne de Gethsémani, s’était-il empêché de consulter
les siens pour trouver des réponses ?
En quoi cela est-il démoniaque à partir du moment
où Jésus lui-même, Messie de l’Église catholique, a fait
recours à cette méthode ? Ne serait-ce pas s'opposer à
vision christique que de s’opposer à la consultation des
Ancêtres ? Pendant que les catholiques nous interdissent
de consulter nos Saints – c'est-à-dire nos Ancêtres –, eux-
mêmes ne manquent pas de consulter les leurs – dont les
noms ont été intentionnellement donnés aux 365 jours de
l'année, afin que toute nouvelle recrue, donc nouveau
baptisé, se souvienne ou porte le nom de l’un de leurs
glorieux ancêtres. Tout cela dans le but inavoué
d'enterrer la mémoire de nos ancêtres. La démarche de
l'Église catholique romaine dans la glorification de ses
Ancêtres ne s’arrête pas là ; tous les 1er novembre, une
72
Matthieu 17 ; 1-4.
83
fête est célébrée en l’honneur de tous les Saints dans tout
l'espace chrétien : la Toussaint.
Questions : les Saints dont les catholiques se
souviennent tous les 1er novembre sont-ils vivants ou
morts ? Sont-ils fraichement morts ou décédés depuis
fort longtemps ? Dans la mesure où la plupart d’entre eux
sont morts depuis plusieurs siècles, ne constituent-ils pas
aujourd’hui ceux qu’il convient d’appeler les
« Ancêtres» ? En quoi donc invoquer les Saints, c'est-à-
dire les Ancêtres catholiques, est-il différents d’invoquer
les Ancêtres des religions africaines ? Et en quoi cette
pratique serait-elle sainte quand il est question des Saints
occidentaux, et diabolique quand il s’agit des Ancêtres
noirs, mieux, des saints des religions africaines ? La
célébration de la Toussaint dans les « colonies
catholiques » n’est-elle pas la volonté manifeste du
Vatican de marcher ou d’écraser la tête de nos Ancêtres
dans leur territoire respectif ? Si ceux73 censés nous aider
à mûrir74, donc les ancêtres, n’ont qu’un champ d’action
limité – à cause de la diabolisation, de la pression
spirituellement exercée par le Vatican et votre adhésion
massive au catholicisme –, comment pourront-ils aider
l’Afrique à sortir du joug d’airain, si elle ne se décide
pas à y mettre du sien ?
La diabolisation est un visage du religionnisme 75.

73
Les saints des religions africaines, les Balongo, les Batâta-ba-
Mpungu-Tuléndo ou Ntinu-mia-N’sanga.
74
Dans tous les domaines.
75
Idéologie qui affirme la supériorité d’une religion, en prônant
souvent l'élimination des autres. Hostilité envers les personnes
84
Chapitre V
Où va le monde ?
ans le Bungunza des origines ou Tikulu76, Dieu n’est
D pas perçu comme un Père transfiguré. Cette notion
– comme bon nombre de « consommables » spirituels
actuels – s’est introduite dans le royaume77 par bateau.
Elle est donc propre au Christianisme et inspirée, d’une
part, par la prière dominicale et, d’autre part, par la
considération de Jésus vis-à-vis de Dieu. Dans
l’entendement du Grand maître Jésus Christ78, Dieu n’est
pas un père au sens humain du terme, mais au sens
spirituel du mot. Dans l’entendement de Jésus, Dieu n’est
non pas un père physique ou céleste, mais un Principe
créateur, une Puissance suprême, une Source d’énergie

d'appartenance religieuse différente. (Ce mot est un néologisme


officieux, une création de l’auteur.)
76
La tradition.
77
Koongo-dia-N’totila.
78
Nous disions bien Grand Maître parce que nous en sommes
parfaitement conscient et vous comprendrez pourquoi.
85
renouvelable et intarissable qui d’une manière presque
similaire à un humain masculin qui décharge son liquide
séminal dans la matrice féminine pour engendrer la vie, a
actionné sa divine énergie dans l’incréé pour créer la
nature ou l’univers. Quand Jésus disait « mon Père », il
ajoutait toujours le complément du nom « qui est aux
Cieux » pour marquer ou faire remarquer la nuance.
Malheureusement, le commun des mortels, incapable
de percevoir cette différence, a dévalué ou diminué
mentalement la valeur spirituelle de cette image – car ce
n’est en fait qu’une image, un dessin, un croquis, mieux,
un schéma, donc une ébauche, la réalité elle-même étant
difficile à cerné ou à expliquer à des créatures pensantes
qui ne connaissent pas d’autres demeures que le monde
physique : « Il y a plusieurs demeures dans la maison de
mon Père. Si cela n'était pas, je vous l'aurais dit. Je vais
vous préparer une place79. »
Pour comprendre Dieu – car nul ne peut le connaître
avec exactitude – ou plutôt pour s’approcher de la
compréhension de Dieu, il faut d’abord connaître la
structure de l’univers, puis connaître ou comprendre ce
qu’il fait ou le rôle qu’il joue dans les différentes
demeures. Autrement, nous n’aurions qu’une idée vague
de Dieu. Une idée tellement vague qu’elle se
synthétiserait au mythe d’un Père transfiguré. Or, réduire
– que dis-je ! – rabaisser même mentalement, le Principe
créateur à la condition humaine du Père transfiguré a été
– et demeure puisque la pratique continue – une
gravissime erreur dont les dommages se sont répercutés
79
Jn 14-2.
86
dans la société. Car qui dit « Père », dit famille et qui dit
« famille » dit familiarité. Or familiarité égale absence de
barrière psychologique. Et, comme il est presque inutile
de le signifier, absence de barrière – donc de crainte et de
respect – conduisent inéluctablement au désordre, au
laisser-aller, au sacrilège, à l’engendrement des
sacrilegistes80. « Puisque Dieu étant un Père transfiguré,
il ne pourra que me comprendre. Dieu en sa qualité de
Père miséricordieux, va certainement me pardonner.
Dieu, dans la mesure où c’est un Père juste et bon, ne
pourra que tolérer mes choix », fussent-ils tordus ou
contre nature comme la zoophilie et l’homosexualité,
pour ne citer que ces deux exemples, importés
d’Occident, qui n’existent pas dans nos langues et dans la
culture africaine.

Où va le monde ?
« Il faut voter une loi pour légaliser
l’homosexualité. Ceux qui s’y opposent ne sont que des
conservateurs, des obscurantistes. »
Où va le monde ? Le respect de l’orientation
sexuelle, fût-ce déviationniste, fait désormais partie des
Droits de l’homme. Pour booster ces lois, les
sacrilegistes – car c’est ainsi qu’il convient de les appeler
– se sont constitués en lobbies puissants pour infiltrer les
plus hautes fonctions de l’État et s’octroyer ainsi le droit
de pratiquer librement et en toute légalité leur sexualité
tordue. Où va le monde ? Si, même les chiens, avec le
80
Ceux qui commettent des sacrilèges ou dont les actions sont
considérés comme des sacrilèges.
87
peu d’intelligence qu’ils possèdent, savent d’instinct
qu’il ne faut jamais se livrer à de telles bassesses,
l’homme avec tout son bagage intellectuel, toute sa
culture et tout son « discernement » – si tant est qu’il l’a
– n’est-il pas tombé plus bas qu’un animal ? Où va le
monde ? Certainement pas au paradis !

Condamnons l’homosexualité dans nos


Constitutions respectives
Après plusieurs millénaires d’activité continue, le
mythe psychologiquement puissant, mais aujourd’hui
révolu de Sodome et Gomorrhe a perdu sa vigueur
d’antan. À l’ère de l’Internet, cette noble légende ne
suffit plus pour contenir les appétits sexuels
déviationnistes des sacrilegistes. Faut-il inventer un
nouveau mythe à la hauteur de leur niveau
d’émancipation ? La grande question est : sommes-nous
encore à l’ère du mythe ? Quelle que puisse être votre
réponse, nous pouvons dire sans grand risque de nous
tromper, que nous sommes fort heureusement encore à
l’ère de la morale et que les États africains, ceux
essentiellement constitués d’Africains de pure souche –
et non d’une multitude de peuples, telle l’Afrique du Sud
qui a déjà accepté ce « contre principe81 » – peuvent
encore s’opposer à cette vague déferlante non pas avec la
manière forte de la secte Bokoharam qui procède par
décapitation, mais simplement en incrustant, par
exemple, une loi condamnant l’homosexualité dans leur
Constitution respective. Cela calmera le jeu pendant
81
Loi contre nature.
88
assez longtemps pour que cette honteuse pratique
occidentale, telle une maladie contagieuse cantonnée
dans une région désertique, meurt de sa belle mort sur le
sol africain…

La mendicité dévote
Outre l’homosexualité, la réduction du Principe
créateur à la condition de Père transfigurer a engendré ce
qu’il sied d’appeler la « mendicité dévote. » Dieu n’est
plus glorifié en tant que Principe créateur, mais en tant
qu’agent ou Patriarche condamné à subvenir aux besoins
multiformes de la communauté. Conséquence : l’homme
ne prie plus ; il quémande. Le croyant ne croit plus ; il
quémande parce que sa main est vide. Remplissez-la et
vous verrez qu’il n’aura pratiquement plus aucune raison
de se prosterner, puisque : « tout va pour le mieux comme
dans le meilleur des mondes. » Ce n’est qu’au moment
où la terre tremble que l’on se sent obliger de chercher un
abri, un « refuge ». Ce n’est qu’au moment où le ventre
bourdonne que l’on cherche un « parrain ». Ce n’est
qu’au moment où la guerre éclate que l’on ressent le
désir de s’abriter sous l’aile protectrice d’une divinité.
C’est quand le monde est contre nous que l’on cherche
un « allié. » Mais jamais quand tout va pour le mieux
comme dans le meilleur des mondes… Les prières
égoïstes de l’homme disent d’elles-mêmes à quel point
l’homme est « reconnaissant » envers le Principe
créateur, qui fort heureusement, et contrairement aux
idées reçues, n’a ni besoin de vos prières, ni besoin de
votre adoration, et encore moins de votre soumission

89
pour exister ou continuer à couver le monde dans ses
grandes ailes de lumière et d’amour. Ne dit-on pas que le
soleil brille pour tout le monde ? La pluie tombe-t-elle
pour une certaine catégorie de personnes ?

Dieu dans la tradition Ngunza


Dieu, c’est le Feu. Le Feu, c’est l’Esprit. L’Esprit,
c’est le Mystère, et le Mystère, c’est le Dieu caché. Le
Dieu caché, c’est le Grand Esprit qui engendre les âmes
enflammées, étincelles ardentes, hommes nés du Feu que
sont les Ngunza, adorateurs de Mfumu-Ngunza-Tuléndo,
le Grand Ngunza dont le cœur ardent éclaire le monde et
nous apporte la part de soleil et de joie dont chacun a
besoin pour son bien-être. Ngunza est donc le feu sacré,
le feu des origines. Or qui dit feu, dit énergie. Et qui dit
énergie, dit Principe créateur : incorporel, informe,
irréductible à la condition humaine, donc à ne pas
percevoir – même psychologiquement – comme un Père
transfiguré ou un vieillard : fatigué et débordé, assis sur
un trône, et qui observe ses créatures dans une
indulgence excessive qui encourage un relâchement des
comportements, surtout du côté des catholiques.

90
Chapitre VI
Les mânes, le tam-tam…
es mânes ou devrais-je dire, les mânes82
L bienveillants des Ancêtres constituent la lignée des
Ntinu, des Guides de l’autre monde. « Guides » parce
que ce sont des maitres spirituels et de « l’autre monde »
parce qu’ils ne sont plus de ce monde et résident dans la
région supérieure du Koongo : Koongo-dia-kimpévé83 ou
Koongo-dia-ma-Zulu84, c’est-à-dire le « Royaume des
cieux. » Étrange coïncidence, n’est-ce pas ? Pourtant, les
initiés du royaume de N’tôtila désignaient cette région
céleste – accessible aux Ngunza d’un certain rang – sous
cette appellation bien avant « la première prophétie du
tam-tam » : l’apparition des premiers explorateurs
portugais sur les côtes africaines.

82
Pour la compréhension du lecteur, le terme bienveillant n’est pas
utilisé dans ce groupe de mots pour la simple raison que cela
s’entend dans l’esprit de tout bon Africain, c’est-à-dire des
personnes liées aux valeurs traditionnelles de leur terroir.
83
Le royaume spirituel.
84
Le royaume des cieux.
91
Pour votre gouverne, le mot « Koongo », signifie
royaume. C’est donc une redondance ou un doublon que
de dire « le royaume Koongo ». La bonne expression est
« le royaume de N’tôtila ». Cependant, l’histoire de
l’Afrique et nos livres d’histoire ayant été écrits par le
Blanc, c’est-à-dire, par ceux qui n’avaient ou qui n’ont,
jusqu’alors, aucune maîtrise de nos langues, l’erreur s’est
glissée au point où le commun, non pas des
« Congolais » car cette maladroite francisation du terme
Koongo ne veut absolument rien dire – nous y
reviendrons –, mais des « Con-golais », car cons et
ignorants, l’ont avalé.
Si le mot « Koongo » signifie royaume, comment
désignait-on les gentilés ? diriez-vous.
La réponse est simple. On les appelait non pas les
« Koongo », mais les Bisi-Koongo, c’est-à-dire les gens
du Koongo ou les fils du royaume, si vous préférez. Pour
s’en convaincre, il suffit de prêter attention au folklore :
Bisi-Koongo85luya eh ! (Yayé) Luizakweno luakota mu
nkembo...
Les Ntinu sont des âmes vivantes. Quelques-unes
sont mortes pour la défense d’une cause juste. Mais
mêmes mortes, elles continuent à agir. Elles continuent à
nous informer, nous parler, nous inspirer. Cette force,
elles l’ont acquise de leur vivant. Cette immortalité, ces
âmes l’ont méritée dans la foi et dans l’action bienfaitrice
et salvatrice.

85
Gens du Koongo (ou fils du royaume) venez entrer dans la
gloire…
92
Une erreur à ne pas commettre
N’allez pas croire que pour évoluer il faut être mort.
N’allez pas croire qu’après la mort vous irez vous
reposer au paradis. Le paradis comme présenté par les
témoins de Jéhovah n’est que pure illusion. Car le monde
agit à la manière de la fourmi. Il n’y a de repos que pour
se préparer à mieux travailler. On ne poursuit pas dans
l’au-delà ce que l’on a inachevé ici-bas. Après la mort,
on renait sur Terre pour tout recommencer à zéro. Cela
s’applique à tout le monde, sauf aux Ntinu ou âmes
glorifiées qui décident elles-mêmes de demeurer dans
l’au-delà ou de renaître sur Terre.

L’importance des Ancêtres


Qui sait parler aux Ancêtres est maître de sa destinée.
Le futur n’est énigmatique que pour ceux qui ont brisé le
pont qui relie les vivants et les morts. Contrairement à ce
que l’on pense, les morts ne sont pas morts. Au-delà des
apparences, au-delà de la forme, la vie continue. Car la
vie, contrairement à nos croyances, est un fleuve qui
coule tranquillement. Chacun de nous n’est qu’une
goutte d’eau de ce Fleuve majestueux, de Ngunza, le
Grand Fleuve de vie, Fleuve spirituel, le Multiple dans
lequel chaque chose, chaque être, chaque créature
constitue un élément de sa Multitude. Ce Grand Fleuve,
nos Ancêtres l’appelaient respectueusement Mfumu-
Ngunza-Tuléndo.

Qui est Mfumu-Ngunza-Tuléndo ?

93
Mfumu-Ngunza-Tuléndo est le feu originel, le souffle
primaire, le fluide liminaire, la pierre fondamentale, la
lumière primordiale, l’origine des origines. Peu importe
le nom qu’on lui attribue, Mfumu-Ngunza-Tuléndo est
au-delà de la déclinaison nominale.
Dans la langue de Molière, la traduction de son nom
équivaudrait à peu près au « Seigneur-du-Feu-
bienfaisant» ou au « Seigneur-Feu-miséricordieux », car
le feu, vous le savez, est non seulement connu pour son
côté destructeur, mais encore pour ses qualités
bienfaitrices et purificatrices. Aussi vrai que Mfumu-
Ngunza-Tuléndo est le Grand Râ, Grand Soleil spirituel
ou Grand Volcan éternel dont le Ngunza n’est qu’une
insignifiante étincelle. Nul ne peut aller à Mfumu-
Ngunza-Tuléndo sans s’être purifié. Se purifier, c’est
brûler en nous les scories, les vieilles et laides habitudes :
l’orgueil, l’avarice, l’envie, la colère, la luxure, la
paresse, la gourmandise que sont les sept péchés
capitaux, contre lesquels il faut constamment lutter pour
demeurer une flamme allumée.

Que représente l’homme ?


L’homme n’est qu’une étincelle. Une étincelle
divine, à peine perceptible, appelée à devenir un brasier
ou à allumer en elle le brasier de la sainteté que d’aucuns
appellent l’illumination, donc le feu qui ne s’éteint plus,
car libéré « du danger du souffle du vent » que représente
la terrestre condition.

Les Bibâ
94
« Qui sait parler aux Ancêtres est maître de sa
destinée. Le futur n’est énigmatique que pour ceux qui
ont brisé le pont qui relie les vivants et les morts », dixit
Mfumu a Mbanza Mbongolo Ramsès.
Il existe deux types de Bibâ : les Bibâ du premier
degré (terriens) et les Bibâ-bia-mazulu du deuxième
degré (extraterriens). Si les Bibâ du premier degré86
symbolisent les mânes de nos Ancêtres terriens, ceux du
deuxième degré représentent le « Peuple du soleil »,
voyageurs interplanétaires que les mânes de nos Ancêtres
considéraient comme les Bibâ-bia-mazulu87 ou Bibâ-bia-
ntama88. Le « Peuple du soleil » est originaire de Nza-
yilémaka-tiya89 ; ce sont ces hommes venus de l’espace,
précisément de Sirius90 qui ont foulé le sol de Kama
(Afrique) à bord des Nkala91. Le « Peuple du soleil » est
père d’Osiris. L’expression « Osiris, fils du soleil, n’est
en fait que la contraction de l’expression « Osiris est le
fils du « Peuple du soleil92. »

86
Voir page 85.
87
Les Ancêtres stellaires.
88
Les Ancêtres des origines.
89
Du « Monde-du-feu-ardent » ou « Pays-des-flammes-
éternelles »
90
[Astronomie] La plus brillante étoile du ciel et de la
constellation du Grand Chien, d’une magnitude apparente de - 1,4.
91
Vaisseaux spatiaux en forme de crabe ou de disque solaire.
92
Nom que les anciens égyptiens donnaient aux Ancêtres
originaires de Sirius. Sirius étant une étoile bien plus brillante que
le soleil les anciens nommaient ces habitants « le peuple du
soleil. »
95
Que signifie être le fils du soleil ?
Être un fils du soleil n’a strictement rien à voir avec
la filiation. Être un fils du soleil signifie plutôt qu’on est
le messie, c’est-à-dire l’ambassadeur plénipotentiaire du
« Peuple du soleil » ou habitants de Sirius. Contrairement
aux enseignements de la théologie chrétienne – qui
d’ailleurs n’existait pas à l’époque –, le mot messie, tiré
de l’hébreu mashiah, lui-même dérivé de l’ancien
égyptien mash désigne le guide, le mentor, l’instructeur,
le civilisateur, bref le porteur de lumière dont la mission
est de sortir le monde des nuées de la nuit sans
connaissance.

La nuit sans connaissance


La nuit sans connaissance n’est autre que
l’ignorance. Car là où il n’y a pas de science, il y a
ignorance. La science est la première lumière d’une
civilisation. Une société ne devient civilisée qu’à partir
du moment où elle « crée » sa science ou ses premiers
instruments de travail : de chasse, de pêche, d’art,
d’artisanat, etc.… Car il faut de l’industrie pour créer. Et
cette industrie, aussi élémentaire soit-elle, est un élément
de l’échelle évolutive de la science, donc de la
connaissance.

Osiris, fils du soleil


L’interprétation erronée de l’expression codée
« Osiris, fils du soleil » a engendré, dans l’esprit
fantaisiste des premiers explorateurs de l’Égypte antique
– des Grecs pour la plupart –, une mythologie qui ôte à
96
Osiris sont caractère humain, donc physique et vivant
pour le réduire à une simple légende, à un personnage
imaginaire, chimérique, un dieu surnaturel et
inaccessible, né de l’union charnelle du « ciel » et de la
« terre. »

Existe-t-il des traces de l’existence du « Peuple du


soleil » ?
Le « Peuple du soleil » ou pour mieux le dire le
« Peuple du soleil Sirius » est le constructeur du Sphinx,
civilisateur de l’Égypte et du monde. Il est le détenteur
du savoir, de la science et de la technologie dont
l’Afrique a besoin pour sortir rapidement de l’abime de
la pauvreté et de l’ombre du sous-développement. De
l’Afrique, le « Peuple du soleil Sirius » attend une
réhabilitation. Ce peuple extraterrien93 attend patiemment
et silencieusement que le Kamite94, ce descendant rebelle
qui lui a tourné le dos sous l’incitation du colonisateur,
ouvre les portes de son coeur. Les Bibâ-bia-ntama ou
Bibâ-bia-mazulu attendent que l’Afrique, qui les a
complètement oubliés, leur bâtisse un Tibuka95. Quand
l’Afrique l’aura compris, le « Peuple du soleil » sortira

93
Par opposition au mot « extraterrestre » qui de nos jours renvoie
plus aux Aliens (créatures ou monstres de l’espace), le mot
extraterrien semble plus approprié pour décrire le « Peuple du
Soleil Sirius », hommes de l’espace dont les Kamites (Africains)
sont les descendants.
94
Africain.
95
Une ambassade, un espace d’accueil, un havre, un aérodrome,
une résidence privée.
97
de sa cachette céleste pour lui apporter la lumière96 sans
laquelle le continent noir est condamné à végéter dans le
puits de l’ignorance et de la pauvreté.

Le tam-tam
Les mânes sont sensibles au son du tam-tam comme
les abeilles sont attirées par le pollen des fleurs… Fait
d’un tronc d’arbre ouvragé et d’une peau de cabri fumée,
la magie du tam-tam résulte de sa double nature :
végétale et animale. De plus, sa mystérieuse tonalité est
jusqu’à preuve du contraire l’unique sonorité de l’univers
qui forme le « carré » ou se propage dans les quatre
règnes. Produit par la chaleur des mains humaines, le son
du tam-tam se diffuse alternativement du règne humain,
au règne animal. Du règne animal au règne végétal. Et
enfin, du règne végétal au règne minéral des esprits.
Cette migration du son à travers les différents règnes de
la nature est identique à la transmigration de l’âme. Avec
la même aisance, le son magique du tam-tam passe ainsi
de ce côté-ci du monde à l’au-delà, non seulement pour
transmettre nos joies et nos peines aux mânes des
ancêtres, mais aussi nos prières et nos vœux. Car les
Saints sont aux yeux des chrétiens, ce que les mânes des
Ancêtres représentent pour les Ngunza. La sainteté n’est
pas une invention catholique. De même que chaque
monde à ses démons, chaque religion à ses Saints. Et ce
n’est pas parce qu’ils portent des noms différents que
ceux habituellement connus du christianisme qu’ils sont

96
La science.
98
loin de l’être ou qu’ils ne sont pas dignes d’être appelés
ainsi.
Dans la langue sacrée qui est la nôtre97 (le Koongo)
le mot qui désigne la communauté des Saints est « Bibâ»
Et ce n’est pas parce que certains d’entre eux,
précisément ceux qui sont bien connus 98 – car, plus ou
moins contemporains – ont lutté pour la suppression de
l’esclavage, l’obtention de l’indépendance et plus que
tout autre chose la sauvegarde de notre culture – ou
devrais-je dire – du Bungunza (la religion du tam-tam, du
cola blanc, des piments sauvages99, de la cendre et du vin
de palme) qu’ils ne le sont pas.
Je vois déjà vos lèvres s’étirer de moquerie à
l’annonce du mot « vin de palme. » Oui, c’est bien cela ;
j’ai bien dit vin palme. Et ne peut se marrer que celui qui
ignore la valeur spirituelle du vin de palme.

Le vin de palme
D’aussi loin qu’on s’en souvienne, toutes les
religions du monde ont leur nectar. Certains nectars sont
abstraits, d’autres sont physiques comme la gandia100 des
97
La langue Koongo est notre Nsinga wa Mbila (téléphone
spirituel qui nous relie directement aux mânes des ancêtres.
Chaque langue est semblable à un étendard. Quand l’étendard des
Ancêtres est agité, ces derniers sont obligés de se manifester.
Comme il est presque inutile de le dire, invoquer les Ancêtres dans
des étrangères est un « coup d’épée dans l’eau. »
98
Kimpa Vita, Simon Kimbagu, André Grenard Matsou, Mama
Ngunga etc…
99
Nzo-za-nungu.
100
La drogue.
99
rastafaris, l’hydromel des Vikings, le vin des chrétiens,
etc. Pour les Ngunza, le vin de palme représente l’eau.
Mais pas n’importe quelle eau. Une eau blanche 101,
symbole de pureté.
Dans les bilokola bia bungunza102, répandre ou
renverser un peu de vin de palme à même le sol permet
de purifier le périmètre. Cette pratique est spirituellement
identique à l’aspersion d’eau bénite chez les chrétiens. À
la seule différence que ce n’est pas la même substance,
mais l’esprit est le même puisque le vin de palme
symbolise l’eau dont la pureté chasse les mauvais esprits
et attire les Bibâ (les Saints), donc les mânes des
Ancêtres, dont la présence neutralise les démons et autres
sorciers.

Le cola
Le cola est l’aliment traditionnel par excellence.
Aucune cérémonie digne de ce nom ne peut s’effectuer
sans y associer le cola qui est, comme qui dirait, le repas
des mânes. Certaines multinationales, qui ont compris les
vertus du cola, se sont enrichies en créant le Coca-cola,
produit universellement consommé. Si d’un point de vue
physique le cola a une valeur matérielle incontestable,
combien plus sur le plan spirituel ?
Dans la tradition ésotérique koongo, il y a deux
sortes de cola : le rouge des profanes et le blanc des
initiés. Le même produit selon son degré de fraicheur est

101
Au sens strict du mot.
102
Cérémonies Ngunza.
100
nocif pour une catégorie de personnes et pas pour
d’autres. Pour être un peu plus explicite, le cola rouge est
prisé par les consommateurs de viande rouge, tandis que
le cola blanc l’est par les Ngunza, initiés qui à certaines
périodes – surtout en période de Tikumbi-tia-yuma103,
s’abstiennent de consommer, selon leur propre terme,
« tout ce qui craint la mort », entendu par là tout ce qui
est chair ou viande, pour s’adonner parfois, un mois
durant, à un végétarisme pur et dur, un végétalisme digne
des fakirs indiens.

Le piment sauvage104
Très prisé par les sages, ce piment est différent du
piment ordinaire ; on l’utilise souvent dans certaines
cérémonies initiatiques. Le piment sauvage est un
dangereux aliment contre la sorcellerie. Dans les débits
de vain de palme où les sorciers ont l’habitude de
« tendre leurs filets », donc de jeter des sorts, la
consommation du piment sauvage neutralise
automatiquement toute attaque sorcière. Non seulement il
joue le rôle d’antidote, mais aussi de choc en retour ;
celui qui a le malheur de s’introduire mystiquement dans
le verre de l’autre subit l’effet du Nzo za nungu, c’est-à-
dire du piment sauvage. Sa douleur est presque similaire
à celle d’un ver de terre sur lequel on a aspergé du sel.
Pour saisir la force du « Nzo za Nungu », il faut se
référer à la racine du mot. « Nzo » (case.) « Za » (des)
« Nungu » (piments). Le vocable « Nungu » est tiré de
103
Jeûn sec.
104
Nzo za nungu (Case du piment).
101
« Lunungu », mot à double sens qui signifie en même
temps « piment » et « victoire. » Pour les initiés, les mots
« Nzo za nungu » sont beaucoup plus liés à la victoire
qu’à l’épice. Car « Lunungu » égale victoire ; c’est la
victoire par la douleur ; la victoire par le feu : le feu du
piment. Telle est la signification ésotérique du piment
sauvage.

Le raphia
Il représente l’univers végétal, la flore. Il est
spirituellement lié aux forêts, à la brousse, aux lacs, aux
fleuves, aux cours d’eaux qui serpentent dans les forêts.
L’initié vêtu d’un raphia ou d’un bout de raphia
s’harmonise directement avec la nature, notamment le
monde végétal. Or qui dit monde végétal dit également
ceux qui y dépendent, c’est-à-dire les insectes, les
animaux, les oiseaux et plus encore, les génies des forêts,
des ravins, des grottes, des lacs, des montagnes, des
plaines, donc de la terre, de l’air, des eaux et du feu. Cela
s’explique par le fait que « eaux » et « forets » sont
liées ; sans eaux, pas de forêts. Les arbres ont besoin
d’eau pour survivre. Car leurs racines se nourrissent
exclusivement d’eau. Et l’eau, c’est la vie. Dans les
écoles de sagesse Ngunza, une explication plus
exhaustive est donnée sur le mystère de l’eau. Bref,
porter le raphia, c’est s’harmoniser avec la nature.

La cendre
Tirée du charbon ardent, la cendre est l’exemple
même de la pureté. Nos Ancêtres l’utilisaient pour
102
former des cercles de protection contre les forces du mal
et autres figures géométriques sacrées pour faciliter le
contact avec les génies. Chez les Ngunza, la cendre joue
exactement le même rôle que le sel. Mais à la différence
du sel, on ne peut pas l’utiliser en cuisine. La cendre
permet de réchauffer les esprits.
Le Ngunza étant une étincelle potentielle, un esprit
froid ou malade ne saurait entrer en contact avec les
ancêtres. Pour faciliter le contact ou la connexion avec
les êtres de l’au-delà, les Ngunza utilisent la cendre,
symbole physique du feu, qui augmente les vibrations du
malade ou de ceux qui ont du mal à transpirer. Une fois
les vibrations augmentées, ces derniers peuvent
facilement entrer en contact avec les Balongo105 etc.

105
Autre nom des Batâta-na-ba-Mâma-ba-Mpungu-Tuléndo (Les
Saints dans la croyance Ngunza.)
103
104
Chapitre VII
Un changement de couleur
s’impose
AK.

L es temps changent ; les choses évoluent. Et les


Ngunza ne seront pas en marge de l’histoire. Il fut
un temps où nous étions en rouge. Rouge couleur
d’esclavage. Rouge couleur de larmes. Rouge couleur de
revendication. Rouge couleur de révolte. Rouge couleur
de révolution. Rouge couleur d’Apartheid. Rouge
couleur de ségrégation. Rouge couleur d’instabilité.
Rouge couleur de guerre. Rouge couleur de feu et de
sang : le sang versé pour la libération de l’homme noir.
Le sang versé pour la décolonisation. Le sang versé pour
la désaliénation culturelle. Le sang versé pour le salut de
la Patrie. Le sang versé pour l’affranchissement du
royaume. Le sang versé pour la libération de N’tôtila. Le
sang de trois cents nobles et une centaine de chefs
Koongo décapités par les Portugais en 1665, durant la
bataille d’Ambuila. Le sang de Kimpa-Mvita, brûlée vive
sur la place du marché. Le sang de Simon Kimbangu,
105
incarcéré pendant 30 ans. Le sang d’André Grenard
Matsoua, porté disparu. Le sang de Boueta-Mbongo,
décapité par les Français. Le sang de Mabiala-ma-
Nganga, brûlé vif dans une grotte par le lieutenant
Barratier. Le sang de Mama Ngounga, tuée et amputée
du sein. Le sang d’une Afrique soumise, etc.
Mais les temps ont changé et les choses ont évolué.
Pour la manumission de la nation, les Ngunza
d’aujourd’hui doivent tirer profit du sang versé par leurs
ancêtres. Or, ils ne pourront en profiter que lorsqu’ils
auront consciemment arrêté d’arborer les vêtements
rouges. Le Ngunza des temps modernes doit sortir du
four, sortir de la case rouge. Il doit abandonner la couleur
rouge pour entrer dans la charbonnière ou pénétrer dans
la case sombre. Dans la maison sombre comme le
charbon. Sombre comme le bois d’ébène. Sombre
comme l’invisible. Sombre comme l’inaccessible.
Sombre comme le soleil de minuit. Sombre comme la
face cachée de la lune. Somme comme l’arc-en-ciel
lunaire. Sombre comme un trou noir. Sombre comme le
mystère. Sombre comme le Seigneur du Feu mystérieux.
Sombre comme le Seigneur du feu des profondeurs.
Sombre comme le Seigneur du feu éternel. Sombre
comme le Seigneur du feu des origines. Sombre comme
le Grand fleuve de feu. Sombre comme le Grand océan
de chaleur. Sombre comme le Grand soleil spirituel,
Soleil radieux, Soleil brûlant, Soleil magnifique, Soleil
splendide, Soleil généreux, Gai soleil, Soleil doré, Soleil
glorieux, Soleil prodigue... qu’est Mfumu-Ngunza-

106
Tuléndo, Tiya-tua-kondo-ndilu 106, Tiya-tu-yumisaka-
langu107, Tâta-wa-vanga-zulu-na-n’tôto 108, Tiya-tua-
kondo-ntalu109, Ntinu-yaba-Ntinu110, Nkossi-yaba-
111 112
Nkossi , Tiya-tua-mpandu-zazo .
Ce changement de couleur peut étonner plus d’un.
Mais rassurez-vous. Ce n’est ni un effet de mode, ni un
puéril et futile désir de différenciation ou de démarquage.
Mais, c’est une question de reconquête de notre dignité ;
car s’habiller en noir, c’est honorer le continent noir.
S’habiller en noir, c’est revaloriser la terre de Kama
(Afrique). S’habiller en noir, c’est s’accepter en tant que
noir... Il n’est un secret pour personne que nombre de
Noirs ne sont pas fiers de la couleur de leur peau. Les
nombreux produits cosmétiques qu’ils achètent pour se
décaper la peau en disent long. La peau noire étant
faussement perçue comme subalterne, le Noir aliéné et
atteint du « virus » paralysant du sentiment d’infériorité
n’a qu’une seule obsession : rendre sa peau noire aussi
claire que celle d’un Européen. Conséquence : cancer,
dégradation ou vieillissement de la peau. Fait curieux,
c’est lorsqu’il n’a pratiquement plus de chair sur la peau
que l’aliéné abuse de produits décapants et dévalorisants.

106
Seigneur du feu des profondeurs.
107
Chaleur brûlante qui sèche les cours d’eaux.
108
Créateur du ciel et de la terre.
109
Le Feu inestimable.
110
Le Saint des saints.
111
Le lion des lions.
112
Le Feu de tous les mystères ; Feu des réalisations invisibles ;
Feu de la transformation des matières subtiles en matières
physiques.
107
Les Anciens disaient : « Mpésé ni ka yébélakua bombi
nsusu kalediaka muzimbakana ko. » Cette citation peut se
traduire de deux façons. En premier lieu : « la blatte a
beau se couvrir de cendre, le coq la reconnaîtra
toujours. » En deuxième lieu : « le cafard a beau se
poudrer le corps, jamais il ne passera inaperçu aux yeux
d’un coq. »
C’est pareil pour le Noir. Il aura beau se décaper la
peau, non seulement il ne pourra devenir plus blanc que
neige113, mais encore il ne pourra jamais blanchir sa
cervelle. Sa forme extérieure aura beau avoisiner celle de
l’Européen, sa personnalité demeurera aliénée,
enchainée, assujettie, dominée et embrouillée.
Nous disions donc que s’habiller en noir, c’est
s’accepter en tant que Noir. Et s’accepter en tant que
Noir, c’est réadopter nos traditions. Réadopter nos
traditions, c’est renouer avec les mânes de nos ancêtres.
Renouer avec les mânes de nos ancêtres, c’est rejeter la
malédiction. Rejeter la malédiction, c’est tourner le dos
aux religions étrangères. Tourner le dos aux religions
étrangères, c’est ôter le « joug d’airain.» Oter le joug
d’airain, c’est recouvrer sa liberté. Recouvrer sa liberté,
c’est reconquérir sa dignité. Reconquérir sa dignité, c’est
cesser de se prendre pour un animal. Et cesser de se
prendre ou de se comporter comme un animal, c’est
redevenir un être humain. Et redevenir un être humain,
c’est vomir le sentiment d’infériorité. Et vomir le
sentiment d’infériorité, c’est apprendre à apprécier la
mélanine. Et apprécier la mélanine, c’est se ranger dans
113
Personne de couleur blanche.
108
la droite ligne de la volonté de Dieu qui voudrait que
chacun soit en étroite harmonie avec son lignage, son
peuple et sa religion. L’extrait biblique ci-après en dit
plus qu’il ne semble dire : « 6 Voici ce que l'Éternel
ordonne au sujet des filles de Tselophchad : elles se
marieront à qui elles voudront, pourvu qu'elles se
marient dans une famille de la tribu de leurs pères. 7
Aucun héritage parmi les enfants d'Israël ne passera
d'une tribu à une autre tribu, mais les enfants d'Israël
s'attacheront chacun à l'héritage de la tribu de ses pères.
8 Et toute fille, possédant un héritage dans les tribus des
enfants d'Israël, se mariera à quelqu'un d'une famille de
la tribu de son père, afin que les enfants d'Israël
possèdent chacun l'héritage de leurs pères. 9 Aucun
héritage ne passera d'une tribu à une autre tribu, mais
les tribus des enfants d'Israël s'attacheront chacune à
son héritage. 10 Les filles de Tselophchad se
conformèrent à l'ordre que l'Éternel avait donné à
Moïse. 11 Machla, Thirtsa, Hogla, Milca et Noa, filles de
Tselophchad, se marièrent aux fils de leurs oncles; 12
elles se marièrent dans les familles des fils de Manassé,
fils de Joseph, et leur héritage resta dans la tribu de la
famille de leur père. 13 Tels sont les commandements et
les lois que l'Éternel donna par Moïse aux enfants
d'Israël, dans les plaines de Moab, près du Jourdain, vis-
à-vis de Jéricho114.»
La couleur noire est donc une réouverture sur
l’Afrique ; c’est un recentrage, un ressourcement
nécessaire. Il sied de retenir qu’à l’origine l’Afrique est

114
Nombre 36, 6-13.
109
un continent scientifique. Un continent qui a connu un
essor scientifique exceptionnel au temps des glorieux
Pharaons noirs d’Égypte, nos lointains Ancêtres
d’ascendance divine115. Si dans l’Antiquité – c’est-à-dire
à une époque où le niveau de conscience de l’humanité
était encore très bas –, l’Afrique a su prouver qu’elle
pouvait ériger des pyramides, briller et civiliser le
monde, que ne pourra-t-elle pas accomplir en ces temps
modernes, si elle met les avantages de la science et de la
tradition à son service ?
Pour votre gouverne, le noir est la couleur de la
science, de l’inconnu, du futur, car tout futur est noir
avant de s’éclaircir dans l’esprit humain. Tout futur est
une ombre avant de se concrétiser dans la matière. Le
noir – gardez-le bien à l’esprit – est la couleur de

115
Ce n’est pas en vain que les pharaons s’autoproclamaient fils de
Râ. N’est pas fils de Râ qui le veut ! A ce propos, la Genèse en ces
chapitre 6 ; 1-4 donne quelques fragments d’explications à ce
sujet : « 1 Lorsque les hommes eurent commencé à se multiplier
sur la face de la terre, et que des filles leur furent nées, 2 les fils de
Dieu virent que les filles des hommes étaient belles, et ils en
prirent pour femmes parmi toutes celles qu'ils choisirent. 3 Alors
l'Éternel dit: Mon esprit ne restera pas à toujours dans l'homme,
car l'homme n'est que chair, et ses jours seront de cent vingt ans. 4
Les géants étaient sur la terre en ces temps-là, après que les fils de
Dieu furent venus vers les filles des hommes, et qu'elles leur eurent
donné des enfants : ce sont ces héros qui furent fameux dans
l'antiquité. » Dès lors on peut se faire une idée de l’ascendance
divine des pharaons que d’autres livres plus clair et précis
expliquent sans ambigüité. (cf. Poison blanc : un noir chrétien est
un traître à la mémoire de ses ancêtres, de Kayemb uriël nawej ;
Les royaumes unis de kama (Afrique), de Raël)
110
Kama116. La couleur noire est celle d’Osiris, notre
ancêtre stellaire117, fils de Râ118. Le noir est la couleur
des pharaons. La couleur noire est donc la mieux
indiquée en cette période où se joue le destin de
l’humanité et particulièrement de l’Afrique. L’Africain
du 21ème siècle sera-t-il un homme libre ou un éternel
ignorant, prisonnier des religions sangsues, des cultures
et des produits importés ? Que gagnerait l’Afrique en
s’ouvrant à la science et aux nouvelles technologies ?
Que perdrait le continent noir en développant l’amour de
la science dans les cœurs des jeunes africains ? Que
perdrait l’Afrique si elle renonçait au christianisme et
renouait avec ses croyances ancestrales ? Que perdrait
l’Afrique si elle apportait aux religions traditionnelles la
touche scientifique qui a fait la gloire de l’Égypte
ancienne et dont l’Afrique contemporaine a grandement
besoin pour lutter contre la pauvreté, la malnutrition, les
maladies, etc. ? Que perdrait l’Afrique en associant
science et religion traditionnelle dans un merveilleux
mariage qui à coup sûr enfantera une émergence durable
et une indépendance spirituelle ?
La religion est une sorte de pagne. Les anciens
disaient : « Mlélé sompa kawu tomenaka matinu ko. »
Nul ne peut danser à son aise avec des habits d’emprunt ;
la crainte de la sueur, des déchirures ou des salissures
hante constamment l’esprit et plonge dans une sorte de

116
Le nom originel de l’Afrique (cf. Les royaumes unis de Kama
(Afrique), de Raël)
117
Venu des étoiles pour civiliser l’humanité.
118
Le Dieu des Dieux dans la croyance égyptienne.
111
« prison psychologique. » C’est pareil pour les religions
étrangères ; ce sont des boulets accrochés à nos chevilles,
des boulets qui nous emprisonnent et que l’on traine un
peu partout. « Sobéno mvuatu. Kaléno mu nlélé wa ba
kulu119. »
À l’orée de l’inévitable érection des Royaumes Unis
de Kama (Afrique), tout africain, amoureux et soucieux
de l’avenir de l’Afrique et du destin des religions
ancestrales, devrait longuement méditer sur la question et
encourager ce genre de réflexion dans son entourage, son
pays, son lieu de travail et les cercles de réflexion.

Les religions de nos Ancêtres sont nos talents


« 14 Il en sera comme d'un homme qui, partant pour
un voyage, appela ses serviteurs, et leur remit ses biens.
15 Il donna cinq talents à l'un, deux à l'autre, et un au
troisième, à chacun selon sa capacité, et il partit. 16
Aussitôt celui qui avait reçu les cinq talents s'en alla, les
fit valoir, et il gagna cinq autres talents. 17 De même,
celui qui avait reçu les deux talents en gagna deux
autres. 18 Celui qui n'en avait reçu qu'un alla faire un
creux dans la terre, et cacha l'argent de son maître. 19
Longtemps après, le maître de ces serviteurs revint, et
leur fit rendre compte. 20 Celui qui avait reçu les cinq
talents s'approcha, en apportant cinq autres talents, et il
dit: Seigneur, tu m'as remis cinq talents; voici, j'en ai
gagné cinq autres. 21 Son maître lui dit: C'est bien, bon
et fidèle serviteur; tu as été fidèle en peu de chose, je te

119
Changez vos vêtements. Reprenez l’habit des ancêtres.
112
confierai beaucoup; entre dans la joie de ton maître. 22
Celui qui avait reçu les deux talents s'approcha aussi, et
il dit: Seigneur, tu m'as remis deux talents; voici, j'en ai
gagné deux autres. 23 Son maître lui dit: C'est bien, bon
et fidèle serviteur; tu as été fidèle en peu de chose, je te
confierai beaucoup; entre dans la joie de ton maître. 24
Celui qui n'avait reçu qu'un talent s'approcha ensuite, et
il dit: Seigneur, je savais que tu es un homme dur, qui
moissonnes où tu n'as pas semé, et qui amasses où tu
n'as pas vanné; 25 j'ai eu peur, et je suis allé cacher ton
talent dans la terre; voici, prends ce qui est à toi. 26 Son
maître lui répondit: Serviteur méchant et paresseux, tu
savais que je moissonne où je n'ai pas semé, et que
j'amasse où je n'ai pas vanné; 27 il te fallait donc
remettre mon argent aux banquiers, et, à mon retour,
j'aurais retiré ce qui est à moi avec un intérêt. 28 Ôtez-
lui donc le talent, et donnez-le à celui qui a les dix
talents. 29 Car on donnera à celui qui a, et il sera dans
l'abondance, mais à celui qui n'a pas on ôtera même ce
qu'il a. 30 Et le serviteur inutile, jetez-le dans les
ténèbres du dehors, où il y aura des pleurs et des
grincements de dents120.»
Les religions de nos Ancêtres sont nos talents. Nous
devons les faire fructifier, les mettre en valeur au risque
d’être puni. Le poids de la malédiction qui pèse sur nous
est déjà trop lourd à porter pour l’additionner à une
punition supplémentaire.
En outre, si physiquement s’habiller en noir signifie
renouer avec la tradition et les civilisateurs stellaires,
120
Matthieu 25 ; 14-29.
113
d’un point de vue spirituel, cela sous-entend accéder à un
niveau de vie ou un degré supérieur. Un ngunza –
retenez-le une fois pour toutes –, est une flamme ardente,
une lave en fusion, donc une âme incandescente. Une
âme incandescente est une chose qui émet la lumière
rouge sous l’effet de la chaleur121. D’où la couleur feu,
c’est-à-dire rouge des Ngunza. Mais avant d’être au
rouge, c’est-à-dire d’être pénétré par les rayons
« brûlants122 » du Grand Soleil spirituel, le charbon123 est
au noir. De même après le passage au rouge, c’est-à-dire
chauffé, rougi et s’être débarrassé des « impuretés » que
symbolisent – uniquement dans ce cas de figure124 –, la
cendre blanche, le charbon incandescent perd sa lumière
rouge pour recouvrer son manteau d’ébène. Autant le
destin du charbon ardent est de redevenir noir, autant le
destin du Ngunza – peuple charbon – est de recouvrer
son naturel manteau noir des origines, donc de renouer
avec les Ancêtres et le mystère. La tradition et la science.
Les religions liminaires et les civilisateurs stellaires.
Par les temps qui courent, demeurer dans le rouge,
c’est mener une lutte perdue d’avance. C’est mener un
combat aveugle ; car la Patrie, longtemps endormie,
longtemps manipulée dans son sommeil a besoin de
combattre les yeux grand ouverts. Et cela ne dépend que
de nous de s’ouvrir à l’éveil ou de demeurer dans le
sommeil sempiternel. « Tournons la veste », tournons le
121
La Chaleur spirituel qui assèche les cours d’eaux.
122
Purificateur.
123
Le Noir ou le nègre (relatif au peuple charbon).
124
Ceci n’est qu’une illustration ; la cendre a une place importante
dans le Bungunza. Ce livre y consacre d’ailleurs un sous-titre.
114
dos aux croyances importées et arborons la couleur
charbon des ancêtres. N’ayez pas peur du Noir ; c’est la
couleur de votre peau, de votre intelligence, de votre
identité spirituelle, de vos religions. Chaque religion à sa
couleur. Les nôtres sont noires. Les leurs sont jaunes125,
rouges126, blanches127, verte128 etc. Elles correspondent
aux différentes traditions ou aux différents peuples :
charbon129, neige130, soleil131, sang132, sable133.
Les religions de Kama (l’Afrique) sont noires. Ne
l’oubliez jamais ! Autant il est difficile de voyager avec
le passeport d’un autre en cette ère biométrique, autant il
est difficile d’accéder au royaume des dieux-Créateurs134
avec une religion d’emprunt. Avec le même zèle que des
policiers au service de l’immigration, les gardiens
immatériels des traditions – des peuples et des religions –
ne vous laisseront pas passer. Ces entités vous renverront
sur terre pour apprendre la règle des quatre : « À chacun
sa famille. À chacun son peuple. À chacun son
continent. À chacun sa religion. »
125
Bouddhisme.
126
Hindouisme.
127
Christianisme.
128
Islam.
129
Monde noir.
130
Monde occidental.
131
Monde asiatique.
132
Monde Indiens.
133
Monde arabe.
134
26 Puis Élohim dit : « Faisons l'homme à notre image, selon
notre ressemblance, et qu'il domine sur les poissons de la mer, sur
les oiseaux du ciel, sur le bétail, sur toute la terre, et sur tous les
reptiles qui rampent sur la terre. » Genèse 1-26.
115
Etre Kamite135 et fonder ses espoirs sur une religion
étrangère, c’est être spirituellement flou ; c’est être ni
chair ni poisson, indistinct, informe, impur, mixte,
métissé, mélangé, mêlé, partagé, divisé, balloté, mitigé,
piégé et difficile à caractériser. C’est avoir des racines
noires et des feuilles blanches. C’est avoir un teint noir et
des cheveux jaunes ; c’est avoir un corps noir et un cœur
bleu. Bref, c’est de l’hybridité. Or le monde n’a que faire
des hybrides. L’hybridité – à ne pas confondre avec
l’hermaphrodisme –, n’est pas une création divine, mais
une déviation humaine. « (…) Aucun héritage ne passera
d'une tribu à une autre tribu, mais les tribus des enfants
d'Israël s'attacheront chacune à son héritage136. » Ce
principe s’applique à tous les peuples.

Confectionnons la clef de la libération


Africains, ne soyons pas nous-mêmes les sorciers de
notre propre peuple. Ne forgeons pas nous-mêmes la
prison dans laquelle nous seront enfermés. Mais
confectionnons plutôt la clef de la libération spirituelle
pour nous extraire à tout jamais du puits sans fond dans
lequel nos Ancêtres ont été poussés, indépendamment de
leur volonté, par des colons déchainés et armés. Soyons
de bon charbon noir et non des hybrides recouverts de
« cendre ». Le daltonisme spirituel est dangereux. C’est
une confusion impardonnable. En cette ère où
l’entendement humain est presque sur la même longueur
d’onde, où l’écriture n’a plus aucun secret pour
135
Africain.
136
Nombre 36, 6-13.
116
l’humanité, où les États ont appris à voter des lois
universelles, où la superstition est immédiatement remise
en cause, où l’on ne peut plus tromper le nègre avec des
« bonbons », des babioles ou un sac de sel ; en cet âge où
la peau blanche n’impressionne plus, où les gens de
couleur se marient librement avec les Blancs ; en ces
temps où l’on ne peut plus se permettre de soumettre des
êtres humains par le fouet, où l’on ne peut plus se
permettre de jouer les rois en terre étrangère ; en cette
période où les femmes ne peuvent plus être violées
impunément, où la femme exige la parité, où l’humanité
est entrée dans l’ère du numérique, en cette nouvelle ère
du Verseau, chacun doit être capable d’identifier sa
saveur spirituelle.
Pour votre gouverne, dans la sauce des religions,
notre saveur est celle du poivre noir et non du sel. Ne
l’oublions jamais ! Car il n’y a pas de place au paradis
pour les hybrides. Il n’y a pas de place au ciel pour les
déculturés. Il n’y a pas de place au Royaume des cieux
pour ceux qui ont rejeté leur héritage ou leur patrimoine
culturel. Loin de nous l’intention de vous effrayer, mais
c’est ainsi. « Maudit soit celui qui méprise son père et sa
mère137 ! » Qui rejette les siens ne sera pas admis parmi
les Anciens. Qui rejette son héritage n’aura rien le jour
du partage. Qui maudit sa race perdra sa place. Qui
bafoue son patrimoine est loin d’être un moine. Qui
collectionne les « aventures » n’a aucune culture. Qui
néglige sa religion est un pigeon. Qui bafoue sa religion
sera dévoré par les lions. Telle est la dure réalité.

137
Deutéronome 27-16.
117
118
Chapitre VIII
Décryptage d’un échantillon
d’images catholiques

A vec un peu d’attention, vous constaterez que le très


catholique tableau de Saint-michel écrasant le
dragon que beaucoup de croyants pratiquants africains
possèdent dans leur domicile respectif, offre deux réalités
sournoises : une première, teinté d’un racisme primaire.
Puis, une seconde, tissée dans la pure fibre
religionniste138.
La première réalité sous-jacente est celle d’un Blanc,
beau et majestueux. Un Blanc auréolé d’intelligence et
d’ôté d’une paire d’ailes blanche, symbole de science et
de technologie. Un Blanc en costume pittoresque,

138
Partisan de l’idéologie qui affirme la supériorité d’une religion,
en prônant souvent l'élimination des autres. Personne qui affiche
une hostilité envers les personnes d'appartenance religieuse
différente. (Ce mot est un néologisme officieux, une création de
l’auteur.)

119
représentation symbolique du soldat romain, du
missionnaire d’Afrique ou, pour mieux le dire, du garde
suisse139. Cette première image sous-jacente nous
présente donc un « ange », un « saint », un Blanc
rayonnant terrassant un Noir ténébreux. Un Noir
diabolisé, rabaissé, martyrisé, malmené. Un Noir,
soupesé, agressé, capturé. Un noir à la merci de
l’étranger. Un Noir psychologiquement détruit, soumis
par l’épée140 et mentalement abattu. Un Noir d’une
pigmentation et d’une laideur répugnante. Un Noir sans
espoir. Un Noir maudit. Un Noir à queue de dragon et
aux ailes de chauves-souris – créature mi-oiseau mi-
mammifère : autre façon de présenter la nature « mi-
homme mi-babouin141 » du captif nègre ou de l’esclave
noir qu’est potentiellement tout habitant du continent
noir. Ce tableau intelligent nous présente non seulement
l’image du Noir déshumanisé incarnant les forces du mal,
mais aussi de tout un peuple sous le « joug d’airain. »
D’un peuple condamné à la servitude. Bref, d’une lignée
prétendument maudite par Noé : « (...) Maudit soit
Canaan ! qu'il soit l'esclave des esclaves de ses frères !
26 Il dit encore : Béni soit l'Éternel, Dieu de Sem, et que
Canaan soit leur esclave ! 27 Que Dieu étende les
possessions de Japhet, qu'il habite dans les tentes de
Sem, et que Canaan soit leur esclave142 !» Le sens sous-

139
Membre d’un corps de troupe chargé de la sécurité du pape.
140
C’est-à-dire par les armes et la technologie occidentale par
extension.
141
Grand singe cercopithèque d’Afrique au museau allongé, dont
il existe plusieurs espèces.
142
Voir infra.
120
jacent de la première image est donc celui d’un peuple à
qui il fallait lentement et sûrement – puisque tel fut l’un
des principaux objectifs des missionnaires –, faire croire
que sa mélanine est à l’origine de ses malheurs. Car,
disaient les religionnistes et les esclavagistes, « Dieu ne
saurait être Africain ; il ne saurait l’être pour la simple
raison que la couleur africaine est celle d’un peuple
destiné à servir d’esclave aux personnes qui
appartiennent au groupe ethnique dont la peau,
faiblement pigmentée, est d'une couleur qui va du rose
pâle ou brun, et dont les yeux ne sont pas bridés. »

Qui est Noé ?


C’est un Juif qui a favorisé les gens de son peuple.
Comme nous vous l’avons dit supra, la bénédiction ne
peut venir que d’un ancêtre ou d’un patriarche, donc des
membres de sa propre lignée. En maudissant Canaan, le
patriarche Noé a favorisé les siens, car la bénédiction
n’est en fait qu’un traitement de faveur. Elle peut être
obtenue objectivement et réglementairement ou
injustement et illégalement, comme dans le passage
biblique suivant dont les esclavagistes se sont fortement
inspirés : « 1 Isaac devenait vieux, et ses yeux s'étaient
affaiblis au point qu'il ne voyait plus. Alors il appela
Ésaü, son fils aîné, et lui dit: Mon fils! Et il lui répondit:
Me voici! 2 Isaac dit: Voici donc, je suis vieux, je ne
connais pas le jour de ma mort. 3 Maintenant donc, je te
prie, prends tes armes, ton carquois et ton arc, va dans
les champs, et chasse-moi du gibier. 4 Fais-moi un mets
comme j'aime, et apporte-le-moi à manger, afin que mon

121
âme te bénisse avant que je meure. 5 Rebecca écouta ce
qu'Isaac disait à Ésaü, son fils. Et Ésaü s'en alla dans les
champs, pour chasser du gibier et pour le rapporter. 6
Puis Rebecca dit à Jacob, son fils: Voici, j'ai entendu ton
père qui parlait ainsi à Ésaü, ton frère: 7 Apporte-moi du
gibier et fais-moi un mets que je mangerai; et je te
bénirai devant l'Éternel avant ma mort. 8 Maintenant,
mon fils, écoute ma voix à l'égard de ce que je te
commande. 9 Va me prendre au troupeau deux bons
chevreaux; j'en ferai pour ton père un mets comme il
aime; 10 et tu le porteras à manger à ton père, afin qu'il
te bénisse avant sa mort. 11 Jacob répondit à sa mère:
Voici, Ésaü, mon frère, est velu, et je n'ai point de poil.
12 Peut-être mon père me touchera-t-il, et je passerai à
ses yeux pour un menteur, et je ferai venir sur moi la
malédiction, et non la bénédiction. 13 Sa mère lui dit:
Que cette malédiction, mon fils, retombe sur moi! Écoute
seulement ma voix, et va me les prendre. 14 Jacob alla
les prendre, et les apporta à sa mère, qui fit un mets
comme son père aimait. 15 Ensuite, Rebecca prit les
vêtements d'Ésaü, son fils aîné, les plus beaux qui se
trouvaient à la maison, et elle les fit mettre à Jacob, son
fils cadet. 16 Elle couvrit ses mains de la peau des
chevreaux, et son cou qui était sans poil. 17 Et elle plaça
dans la main de Jacob, son fils, le mets et le pain qu'elle
avait préparés. 18 Il vint vers son père, et dit: Mon père!
Et Isaac dit: Me voici! qui es-tu, mon fils? 19 Jacob
répondit à son père: Je suis Ésaü, ton fils aîné; j'ai fait
ce que tu m'as dit. Lève-toi, je te prie, assieds-toi, et
mange de mon gibier, afin que ton âme me bénisse. 20
Isaac dit à son fils: Eh quoi! tu en as déjà trouvé, mon
122
fils! Et Jacob répondit: C'est que l'Éternel, ton Dieu, l'a
fait venir devant moi. 21 Isaac dit à Jacob: Approche
donc, et que je te touche, mon fils, pour savoir si tu es
mon fils Ésaü, ou non. 22 Jacob s'approcha d'Isaac, son
père, qui le toucha, et dit: La voix est la voix de Jacob,
mais les mains sont les mains d'Ésaü. 23 Il ne le
reconnut pas, parce que ses mains étaient velues, comme
les mains d'Ésaü, son frère; et il le bénit. 24 Il dit: C'est
toi qui es mon fils Ésaü? Et Jacob répondit: C'est moi.
25 Isaac dit: Sers-moi, et que je mange du gibier de mon
fils, afin que mon âme te bénisse. Jacob le servit, et il
mangea; il lui apporta aussi du vin, et il but. 26 Alors
Isaac, son père, lui dit: Approche donc, et baise-moi,
mon fils. 27 Jacob s'approcha, et le baisa. Isaac sentit
l'odeur de ses vêtements ; puis il le bénit, et dit: Voici,
l'odeur de mon fils est comme l'odeur d'un champ que
l'Éternel a béni. 28 Que Dieu te donne de la rosée du
ciel et de la graisse de la terre, du blé et du vin en
abondance! 29 Que des peuples te soient soumis, et que
des nations se prosternent devant toi! Sois le maître de
tes frères, Et que les fils de ta mère se prosternent devant
toi! Maudit soit quiconque te maudira, et béni soit
quiconque te bénira.
30 Isaac avait fini de bénir Jacob, et Jacob avait à
peine quitté son père Isaac, qu'Ésaü, son frère, revint de
la chasse. 31 Il fit aussi un mets, qu'il porta à son père;
et il dit à son père: Que mon père se lève et mange du
gibier de son fils, afin que ton âme me bénisse! 32 Isaac,
son père, lui dit: Qui es-tu? Et il répondit: Je suis ton fils
aîné, Ésaü. 33 Isaac fut saisi d'une grande, d'une
violente émotion, et il dit: Qui est donc celui qui a chassé
123
du gibier, et me l'a apporté? J'ai mangé de tout avant
que tu vinsses, et je l'ai béni. Aussi sera-t-il béni. 34
Lorsque Ésaü entendit les paroles de son père, il poussa
de forts cris, pleins d'amertume, et il dit à son père:
Bénis-moi aussi, mon père! 35 Isaac dit: Ton frère est
venu avec ruse, et il a enlevé ta bénédiction. 36 Ésaü dit:
Est-ce parce qu'on l'a appelé du nom de Jacob qu'il m'a
supplanté deux fois? Il a enlevé mon droit d'aînesse, et
voici maintenant qu'il vient d'enlever ma bénédiction. Et
il dit: N'as-tu point réservé de bénédiction pour moi? 37
Isaac répondit, et dit à Ésaü: Voici, je l'ai établi ton
maître, et je lui ai donné tous ses frères pour serviteurs,
je l'ai pourvu de blé et de vin: que puis-je donc faire
pour toi, mon fils? 38 Ésaü dit à son père: N'as-tu que
cette seule bénédiction, mon père? Bénis-moi aussi, mon
père! Et Ésaü éleva la voix, et pleura.
39 Isaac, son père, répondit, et lui dit:
Voici! Ta demeure sera privée de la graisse de la terre et
de la rosée du ciel, d'en haut. 40 Tu vivras de ton épée,
Et tu seras asservi à ton frère; Mais en errant librement
çà et là, tu briseras son joug de dessus ton cou143. »

La loi de la bénédiction
Le texte ci-dessus prouve que la bénédiction est une
question de lignage et qu’elle ne peut provenir que de la
hiérarchie familiale, clanique et raciale. Méfiez-vous des
bénédictions des religions étrangères. Ce ne sont que des
chimères, des gouttes d’eau dans l’eau. Donc, une perte

143
Genèse 27-40.
124
de temps inutile ; car n’étant lié aux populations
étrangères par aucune filiation, aucune attache
généalogique, rien ne peut garantir une bénédiction ou
permettre à la bénédiction d’un prêtre catholique, d’un
imam musulman ou d’un moine 144 tibétain de se déverser
sur vous. L’Africain doit comprendre une fois pour
toutes que la bénédiction est un « liquide », une semence
dont l’ascendance du bénéficiaire constitue le réceptacle.
Peut-on récolter une importe quantité d’eau sans
réceptacle ? Même en se servant de nos deux mains,
nous ne saurions conserver cette « eau bénite » qui au
moindre faux pas ou à la moindre manœuvre malhabile
finira par se renverser ou s’évaporer sous la pression des
rayons solaires et autres voleurs de bénédictions. Telle
est malheureusement la loi de la bénédiction.
En réalité, ce que l’on obtient des religions
étrangères se résume à des bribes ou des déchets de
bénédiction. Bribes et déchets qui n’ont jamais, et ne
feront jamais, avancer l’Afrique. Devons-nous nous
contenter de ces résidus ou profiter librement de ce qui
nous revient de droit : la grande bénédiction de nos
ancêtres, bénédiction que seul le retour aux religions
traditionnelles pourrait permettre, établir et pérenniser ?

L’évocation des ancêtres, un passeport vers la


concrétisation de la requête
Un croyant est un guerrier qui lutte pour obtenir des
choses de l’invisible. Ce n’est pas en vain que l’on parle

144
Bouddhiste.
125
de soldat du christ. Car si les démons ont leurs armées,
l’Éternel a aussi ses armées. C’est pour cette raison
qu’on le nomme « l’Éternel des armées. »
Le mot « armées » s’applique en même temps aux
légions d’anges et aux armées de croyants, de toutes les
traditions qui lui sont fidèles. Comment le nègre
contemporain pourrait-il décrocher des bénédictions
dans l’invisible lorsque ses prières ne sont que des coups
d’épée dans l’eau ?
Explication : pour bénéficier des grâces du Seigneur
les Hébreux, pour ne citer que cet exemple, évoquent les
noms de leurs ancêtres. La formule utilisée est la
suivante : « Dieu d’Abram, d’Izac, de Jacob, de Moïse,
etc… »

Pourquoi le font-ils ?
L’évocation des Ancêtres est un véritable passeport
vers la concrétisation de la requête. Avant d’accorder une
réponse favorable à la prière, les intermédiaires – donc
ceux qui sont chargés d’acheminer les prières des vivants
vers le Seigneur – prennent d’abord la peine de vérifier si
le demandeur est en conformité avec la loi de la
bénédiction (voir chapitre 8). Si le principe exige que soit
maudit celui qui méprise son père et sa mère – donc sa
religion et sa tradition –, le même principe demande que
soit béni celui qui considère ses racines : sa culture et ses
ancêtres.

L’expression du religionnisme

126
Pour revenir à nos moutons, le deuxième sens caché
de l’image décryptée plus haut est : la domination de la
grande Église catholique romaine sur les religions
africaines. Pour l’Africain, accepter cette image équivaut
à applaudir ses propres malheurs. Car cet ange
dominateur n’est autre que la personnification de la
« pieuvre romaine » dont les tentacules écrasent les
religions africaines. Cette œuvre d’art qui représente non
pas l’Archange Michel, mais le Vatican, a été pensée et
conçue par des religionnistes dans le seul objectif de
manipuler la conscience spirituelle du continent noir.

Dieu est-il Européen ?


Comme les religionnistes et les esclavagistes l’ont dit
supra : « Dieu ne saurait être Africain... » S’il n’est point
Africain, c’est qu’il est semblable à la lumière. Et s’il est
semblable à la lumière, c’est qu’il est peut-être – nous
avons bien dit peut-être –, comme Jésus, donc
Occidental. Si Dieu est Occidental, peut-il favoriser
l’Africain ?
Dans le cas où la réponse est non, d’autres questions
fusent : pourquoi a-t-il créé le Noir s’il ne sert à rien ?
Parallèlement, pourquoi le Noir devrait-il continuer à
croire ou à se confier en un Dieu qui n’a strictement rien
à foutre de lui, de ses difficultés et de sa misère ? Faut-il
prendre pour argent comptant tous les ragots que
débitaient pêle-mêle les racistes et autres religionnistes :
« Dieu a déjà quitté l’Afrique. L’Africain est insignifiant
aux yeux du Créateur. Noir c’est noir, il n’y a plus
d’espoir »
127
Si la réponse est oui, qu’a donc fait l’Africain aux
yeux du Bon Dieu pour qu’il le traite avec autant de
sévérité que Lucifer, l’ange déchu ? N’ayant pas la
mémoire courte. Ne dit-on pas que Lucifer est le porteur
de lumière, qu’il n’est autre que l’ange qui s’est insurgé
contre Dieu ? Comment peut-il encore être Africain si
tant est qu’il est l’ange de la lumière ? La lumière a-t-elle
une coloration africaine ? Si Lucifer, comme on a
toujours voulu nous le faire croire, n’est pas noir,
aurions-nous tort de supposer qu’il est Blanc ? S’il est
Blanc, cela ne justifierait-il pas le comportement malsain
des esclavagistes et ségrégationnistes occidentaux à
l’égard des Africains pendant la traite négrière, la
ségrégation raciale aux États-Unis d'Amérique et en
Afrique du sud ?

Le diable : un véritable caméléon


Le mérite du caméléon qu’est le diable est de s’être
longtemps caché derrière la mélanine pour brouiller les
pistes de sa véritable nature qui, croyez-nous, est loin
d’être africaine. Kédika-mu-kédika145, si Lucifer était
Africain, il n’aurait pas permis à l’Européen de maltraiter
son peuple. Son silence coupable – qui ne dit mot
consent – prouve à suffisance qu’il n’est – et n’a jamais
été –, Africain. Autrement, son esprit retors et rebelle
aurait proposé son aide aux Africains, comme il le fit
anciennement dans le jardin d’Éden, où il apporta la
connaissance, la ruse et l’avidité non pas aux gens de
couleurs, mais aux Hébreux, donc aux Occidentaux. La
145
En vérité en vérité.
128
traite négrière n’est qu’une résultante de ce legs maudit,
de cet héritage prématuré, de cette connaissance nimbée
de ruse et d’avidité luciférienne qui contraignit Mfumu-
Ngunza-Tuléndo à chasser les enfants têtus et
désobéissants146 du Koongo-dia-mazulu.
Comme on peut le constater dans cette vieille histoire
Koongo, ce ne sont pas les Africains qui furent chassés
du jardin d’Éden. Loin de là. Cette mythologie n’est
point la nôtre. Et Adam et Ève, que l’on a toujours voulu
faire passer pour les Ancêtres de l’humanité, ne sont
nullement nos Ancêtres – car en toute logique et au-delà
de tout doute raisonnable, nos Ancêtres étaient et
demeurent, jusqu’à preuve du contraire, Africains
comme leurs lointains descendants que nous sommes.
Conclusion : Jésus n’est pas venu pour les Africains,
mais pour les Occidentaux ; car ce ne sont pas les
Africains – peuple chaleureux et discipliné –, ou les
Asiatiques – peuple laborieux et attaché aux valeurs
ancestrales –, ou encore les Amérindiens – peuple
conciliant et pacifique –, et encore moins les Arabes –
peuple commerçant et sociable – qui furent chassés du
Koongo-dia-mazulu147.
À la différence des Occidentaux, chassé par la petite
porte, les autres peuples étaient sortis par la grande porte.
Si les Hébreux avaient fait leur entrée dans le plan
physique de façon discrète et modeste, les Atlantes, les
Égyptiens, les Babyloniens, les Perses, les Chinois, les

146
Mono-Nsengé-Nsémpila (Adam) et Nziétélé-Enani (Eve).
147
Jardin d’Eden.
129
Hindous, les Aztèques et les Mayas y avaient eu accès de
façon glorieuse et avec de nombreux égards.
Ombrageux et revanchard, les Occidentaux jurèrent
de prendre leur revanche sur les peuples glorifiés : noirs
(Atlantes et égyptiens) arabes (babyloniens et perses)
jaunes (chinois et japonais) et rouges (indiens, aztèques
et Mayas).
Que vous l’acceptiez ou pas, la vie maculée de sang
d’Alexandre le Grand, roi de Macédoine (336-323 av. J.-
C.), grand conquérant durant l’Antiquité, dont le règne
marque la fin de la période classique grecque et dont
l’héritage est à l’aube de la civilisation hellénistique, fut
un exemple de la matérialisation de l’antique rancœur de
Caïn – fils du serpent148 et Ancêtres meurtriers des
Occidentaux bannis du paradis –, sur les autres peuples.

Peuple occidental, descendance du serpent ?


Caïn, premier descendant d’Adam et Ève n’a jamais
été le fils d’Adam, mais du serpent, car né de l’union
contre nature du serpent149 et d’Ève. Les Hébreux ont
tellement honte de ce passage biblique qu’ils l’ont
métaphorisé comme suit : « Le serpent était le plus rusé
de tous les animaux des champs que Yahvé Dieu avait
faits. Il dit à la femme : « Alors, Dieu a dit : Vous ne
mangerez pas de tous les arbres du jardin ? » La femme
répondit au serpent : « Nous pouvons manger du fruit
des arbres du jardin. Mais du fruit de l’arbre qui est au
148
Né de l’union sexuelle d’Eve et du serpent de la Genèse.
149
Dont double symbolisme représente à la fois la ruse et l’ange
déchu, donc le mal.
130
milieu du jardin, Dieu a dit : Vous n’en mangerez pas,
vous n’y toucherez pas, sous peine de mort. » Le serpent
répliqua à la femme : « Pas du tout ! Vous ne mourrez
pas ! Mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez,
vos yeux s’ouvriront et vous serez comme des dieux, qui
connaissent le bien et le mal. » La femme vit que l’arbre
était bon à manger et séduisant à voir, et qu’il était, cet
arbre, désirable pour acquérir le discernement. Elle prit
de son fruit et mangea. Elle en donna aussi à son mari,
qui était avec elle, et il mangea. Alors leurs yeux à tous
deux s’ouvrirent et ils connurent qu’ils étaient nus. »
Parfaitement conscient des véritables origines de son
peuple, Jésus ne se gênait point de s’adresser à lui en ces
termes : « 33 Serpents, race de vipères ! Comment
échapperez-vous au châtiment de la géhenne ? 34 C’est
pourquoi, voici, je vous envoie des prophètes, des sages
et des scribes. Vous tuerez et crucifierez les uns, vous
battrez de verges les autres dans vos synagogues, et vous
les persécuterez de ville en ville, 35 afin que retombe sur
vous tout le sang innocent répandu sur la terre, depuis le
sang d'Abel le juste jusqu'au sang de Zacharie, fils de
Barachie, que vous avez tué entre le temple et l'autel. 36
Je vous le dis en vérité, tout cela retombera sur cette
génération150. »
Ce passage n’a-t-il pas été suffisamment éloquent
pour comprendre une fois pour toutes que Jésus
s’adressait à son propre peuple ?
Ne confondant donc pas les choses ; le diable n’est
pas Africain. Il ne l’a jamais été. Il n’est pas Noir, mais
150
Mathieu 23 ; 33-36.
131
Blanc. C’est Jésus qui l’a dit – de façon plus ou moins
voilée.
Autre preuve : ce n’est pas un Africain qui a trahi
Jésus, mais Judas Iscariote151, un Juif de pure souche,
donc un Occidental.

Le message caché derrière l’image de Marie


écrasant le serpent
L’image de la vierge Marie, mère de Jésus, écrasant
le serpent est très significative. Elle révèle le travail que
la mère (la race) doit accomplir sur ses fils (sa
descendance152) pour préserver l’harmonie entre les races
: écraser les aspirations serpentines, nuisibles à
l’équilibre entre les races dont la traite négrière fut
l’exemple. Le péché originel ayant été commis par Ève
(donc la race symboliquement parlant), cette faute ne
pouvait être nettoyée que par la nouvelle Ève, Marie. Les

151
Judas Iscariote (mort vers 28 apr. J.-C.), dans le Nouveau
Testament, apôtre qui livra Jésus-Christ au sanhédrin. Natif de
Judée, Judas servait d'intendant à Jésus et à ses autres disciples.
Dans l'Évangile selon saint Jean (XII, 6), il est décrit comme
cupide et malhonnête. D'après les Évangiles selon saint Matthieu
et saint Marc, c'est l'avidité qui l'amène à livrer Jésus au Grand
Prêtre pour trente pièces d'argent. Dans les Évangiles selon saint
Matthieu, saint Marc et saint Luc, Jésus est conscient de sa
trahison. Quand Judas vit les conséquences de sa trahison, il fut
saisi de désespoir et se pendit. Le Nouveau Testament donne deux
versions différentes (voir Évangile selon saint Matthieu, XXVII, 3-
5 ; Actes des Apôtres, I, 16-20) de sa mort.
152
Le peuple Juif.
132
Esséniens153 furent choisi pour apporter le
154
« détergent » qui devait prurifier leur peuple. Mais les
Juifs155 – conscients de l’importance de la mission du
Christ –, le trahirent et le firent crucifier par les
Romains156.

Comment les racistes et les religionnistes


perçoivent-ils l’Afrique ?
Leur subconscient machiavélique a une façon toute
particulière de la percevoir : « l’Afrique est un dragon.
Un dragon noir qu’il faille enchaîner. Un dragon qui,
laissé en liberté, pourrait causer bien des dommages.
C’est un dragon qu’il faut endormir. Un dragon austral
dont-il faut exploiter la force. Un cracheur de feu
tropical dont il faut subtiliser la flamme. Un dragon ailé
qui, en liberté, pourrait devenir aussi puissant que la
Chine, pays du dragon d’Orient. »
C’est ainsi que l’Afrique ou plutôt l’Africain est
perçu dans l’œil des racistes et autres religionnistes. Ici,
la bête légendaire qu’est le dragon n’a pas été choisie par
hasard ; au-delà de l’assimilation fabuleuse du dragon
aux puissances ténébreuses dans l’entendement juif ou
occidental, le dragon est le gardien du trésor.
Contrairement à ce que l’on pense, le cœur du dragon,

153
Adeptes d’une secte juive (IIe s. av. J.-C.-Ier s. apr. J.-C.) dont
les membres formaient des communautés menant une vie
ascétique.
154
La bonne nouvelle.
155
Race de serpents, d’après le christ (référence Matthieu 23 ; 33).
156
Donc les Occidentaux.
133
comme celui de l’être humain, ne penche pas toujours du
côté du mal ; autant il existe des hommes de bien, autant
il existe des dragons bienfaisants, comme nous le
démontrent les mythes et les légendes orientales.
Le dragon dans les croyances asiatiques
Dans la mythologie de nombreux pays d’Extrême-
Orient, notamment en Chine et au Japon, le dragon
représente le pouvoir suprême. Sa figure, généralement
bienfaisante, connaît une grande popularité. Ainsi, en
Indonésie, le dragon est associé à la fertilité et offre une
protection contre les mauvais esprits. La Chine connaît
quant à elle toutes sortes de dragons, certains reliés plus
spécifiquement à la terre, d’autres à l’air ou à l’eau.
Munis à l’âge adulte, selon la tradition, de cornes de cerf,
d’oreilles, d’une barbe et d’écailles, les dragons chinois
naissent d’un œuf et connaissent plusieurs
métamorphoses au cours de leur longue vie. Des
distinctions de couleurs existent également entre eux. Au
sommet de la hiérarchie trône le dragon à cinq griffes
rattaché à la figure de l’empereur, lui-même dénommé
« Fils du dragon » et seul autorisé à orner des vêtements
à l’effigie de ce dernier. Au Japon, c’est le dragon à trois
griffes qui occupe la position suprême. Par ailleurs, en
Chine, le dragon incarne la connaissance et la sagesse,
valeurs symbolisées par la perle qu’il tient dans sa gueule
ou entre ses griffes, ainsi que la force. Au cours des
défilés traditionnels du jour de l’An chinois, des danses
mettant en scène des dragons de papier ou de toile sont
réalisées dans le but d’obtenir la prospérité durant la
nouvelle année.

134
Comme nous l’avons dit supra, le dragon est le
gardien du trésor. Sa large gorge représente les mines, et
le feu qui y couve n’est autre que les minerais, nés du
feu, source de richesse, d’émancipation et grandeur.
Dans la préhistoire, les peuples qui avaient la maîtrise du
feu étaient considérés comme supérieurs aux autres,
comme on peut le lire dans La guerre du feu, merveilleux
roman de Rosny J.H. Aîné157.
Soumettre la bête, c’est s’approprier la puissance et
la bienfaisance du dragon. Ce n’est donc pas par hasard
que dans les légendes médiévales les trésors sont gardés
par des dragons.

Peut-on en même temps aimer le Christ et le


vouloir sur une croix ?
La croix, comme nous l’enseignaient les Bibâ-bia-
ntama158, est le signe des quatre éléments : le feu, l’air,

157
Romancier belge naturalisé français, auteur de romans
préhistoriques, notamment la Guerre du feu, considéré comme
l’un des précurseurs du roman de science-fiction et du roman
d’anticipation.
158
Les Ancêtres stellaires ou Ancêtres venus des étoiles,
originaires de Nza-yilémaka-tiya (la planète représentée sur les
parois des pyramides et des temples égyptiens sous la forme d’un
disque solaire.) Nza-yilémaka-tiya dont la traduction en français
équivaut à « Monde-du-feu-ardent » ou « Pays-des-flammes-
éternelles » n’est autre que le soleil. Le soleil dans sa dimension
spirituelle, car si le soleil physique est inhabité, le soleil spirituel
est le siège des Bibâ-bia-ntama, nos Ancêtres stellaires,
équivalents des Élohim hébreux.
135
l’eau et la terre. « L’homme, disaient nos Ancêtres
stellaires, est une croix qui doit s’harmoniser... »
La croix est donc le signe d’une grande pureté. Bien
que la croix soit un signe de pureté incontestable,
l’Église catholique romaine a souillé sa croix en y collant
le christ crucifié, le christ agonisant, le christ dégoulinant
de sang, le christ impuissant, le christ mort sur la croix,
donc le christ humilié, car dans une tenue vestimentaire
qui n’honore pas le fils de Dieu. Les catholiques se sont-
ils déjà posé la question de savoir si le Christ est heureux
de se voir ainsi diminué ? La passion du Christ,
souffrances et supplices subis par le Christ avant sa mort
sur la croix, a été mystifiée, transformée en une sorte de
mystère de la passion...
Entre nous, le fait de garder le Christ sur la croix
n’est-il pas une façon indirecte de le vouloir mort, de
rejeter son enseignement ou de l’exploiter dans un sens
contraire à la vision de Jésus, comme nous l’avons
démontré dans ce livre ? Peut-on en même temps aimer
le Christ et le vouloir cloué sur une croix ? Peut-on avoir
les pieds et les mains crucifiés et aider ou agir
puissamment en faveur de l’humanité ? Et si la croix
représentait le « message crucifié », c’est-à-dire
l’enseignement bafoué de Jésus, que deviendraient les
milliers de croyants qui se sont jetés sur un crucifix qui
en fait, n’est pas exactement ce qu’il semble être ?
« Que celui qui a des oreilles pour entendre
entende159. »

159
Matthieu 11-15.
136
Chapitre IX
La bénédiction est un héritage
AK.

S i tu es né dans une famille bénie, tu seras béni. Tu es


né dans une famille honorable, tu seras honoré. Tu es
né dans une famille intelligente, tu seras intelligent. Tu es
né dans une famille de guerriers, tu seras un guerrier. Tu
es né dans une famille d’artistes, tu seras un artiste. Tu es
né dans une famille riche, tu seras riche. Tu es né dans
une famille royale, tu seras un prince. Mais si tu es né
dans une famille pauvre, ne sois pas étonné d’être
pauvre. Tu es né dans une famille de criminels, ne sois
pas surpris d’être un criminel. Tu es né dans une famille
d’escrocs, tu seras forcément un escroc. Tu es né dans
une famille de mendiants, tu seras un mendiant. Si tu es
un homme et que tu as le malheur de naître dans une
famille de voleurs, tu seras un bon voleur. Si tu es une
fille et que tu as le malheur de naître dans une famille de
prostituées, tu n’échapperas pas au piège de la
prostitution. Car la bénédiction comme la malédiction
font également partie de l’héritage. À titre de rappel,

137
relisons ensemble ce passage biblique : « Voici ce que
l'Éternel ordonne au sujet des filles de Tselophchad :
elles se marieront à qui elles voudront, pourvu qu’elles
se marient dans une famille de la tribu de leurs pères. 7
Aucun héritage parmi les enfants d'Israël ne passera
d'une tribu à une autre tribu, mais les enfants d'Israël
s'attacheront chacun à l'héritage de la tribu de ses pères.
8 Et toute fille, possédant un héritage dans les tribus des
enfants d'Israël, se mariera à quelqu'un d'une famille de
la tribu de son père, afin que les enfants d'Israël
possèdent chacun l'héritage de leurs pères. 9 Aucun
héritage ne passera d'une tribu à une autre tribu, mais
les tribus des enfants d'Israël s'attacheront chacune à
son héritage. 10 Les filles de Tselophchad se
conformèrent à l'ordre que l'Éternel avait donné à
Moïse. 11 Machla, Thirtsa, Hogla, Milca et Noa, filles de
Tselophchad, se marièrent aux fils de leurs oncles; 12
elles se marièrent dans les familles des fils de Manassé,
fils de Joseph, et leur héritage resta dans la tribu de la
famille de leur père. 13 Tels sont les commandements et
les lois que l'Éternel donna par Moïse aux enfants
d'Israël, dans les plaines de Moab, près du Jourdain, vis-
à-vis de Jéricho. »
Cela est aussi valable pour les religions. La
bénédiction de l’Afrique viendra d’Afrique et non
d’Occident. Ne cherchez pas à laver votre malédiction
raciale dans les eaux des religions étrangères. Elles n’ont
pas été programmées pour ça. Chaque religion à son
propre monde à gérer. Chaque religion a un ange. Et cet
ange a pour mission de gérer les personnes issues d’un
certain peuple, d’un certain code génétique, d’une
138
certaine lignée ou hérédité. Les anges des religions sont
comme des filtres qui ne permettent aucune infiltration,
aucun perturbateur, aucune perturbation de l’ordre
naturel divinement établi. Qu’on le veuille ou pas, c’est
ainsi. « Et le libre arbitre alors ? » diront certains. À
quoi sert-il, si ce n’est à avoir le choix ?
Sur cette question, l’illustre Shakespeare, en cinq
mots, a été suffisamment clair : « être ou ne pas être ? »
Mais notre réponse est la suivante : on ne choisit pas
sa couleur. Ou on est Noir ou on ne l’est pas. Mais si on
est Noir, alors on n’a pas le choix, car de même qu’on ne
choisit pas sa couleur, on ne choisit pas sa religion. On se
range. On se classe. On obéit au principe, à la grande
règle des 4, qui à l’instar de la loi de la pesanteur, ramène
le poids vers le bas et attire les peuples vers leur religion
respective. C’est la loi d’attraction ; celle-ci ne consiste
pas qu’à attirer vers nous tout ce que nous désirons
fermement, mais aussi à orienter les espèces et les
peuples dans la direction voulue par la nature. De même
que l’eau d’un fleuve coule toujours dans la même
direction, que l’aiguille du temps ne fait jamais marche
arrière ou que l’histoire – science de l’étude des hommes,
des sociétés et des évènements du passé – ne se
préoccupe jamais des évènements du futur, le mâle est
naturellement attiré par la femelle ; le chien est attiré par
la chienne ; le coq est attiré par la poule ; l’homme est
attiré par la femme...
C’est pareil pour les peuples ; chaque peuple est
naturellement attiré par sa religion respective. Un peuple
qui ne ressent plus aucune attirance pour sa religion est

139
semblable à un chevalier félon qui s’absout de toute
allégeance à la couronne160. Un peuple qui ne ressent
plus aucune attirance pour sa religion est semblable à un
soldat qui trahit son pays en pactisant avec l’ennemi. Un
peuple qui ne ressent plus aucune attirance pour sa
religion est semblable à une femme officiellement mariée
qui non seulement n’éprouve absolument plus rien pour
son conjoint, mais le trompe constamment avec d’autres
hommes. C’est un peuple infidèle, un peuple prostitué,
un peuple déculturé, un peuple aveuglé, un peuple borné,
un peuple dérouté, un peuple tordu, un peuple déréglé, un
peuple déviationniste. Bref, c’est un peuple à qui l’ange
gardien de sa religion spécifique a tourné le dos. D’où la
misère chronique et le manque de prospérité
permanent…

Question fondamentale spécialement posée aux


Africains : si l’ange gardien censé vous apporter la
bénédiction vous a tourné le dos, quel genre de peuple
êtes-vous devenue : béni ou maudit ?
« Que celui qui a des oreilles pour entendre
entende161. »

Les raisons farfelues qui ont permis à l’Église


d’autoriser la traite des Nègres
Asservir un être humain est une chose infâme qui
demande non seulement beaucoup d’audace, mais aussi,

160
Pouvoir royal.
161
Matthieu 11-15.
140
et surtout, de cruauté. Pour justifier son action, l’Église
catholique s’est inspiré d’une vieille légende juive
condamnant la descendance de Cham, fils de Noé, à
l’esclavage : « 18 Les fils de Noé, qui sortirent de
l'arche, étaient Sem, Cham et Japhet. Cham fut le père de
Canaan. 19 Ce sont là les trois fils de Noé, et c'est leur
postérité qui peupla toute la terre. 20 Noé commença à
cultiver la terre, et planta de la vigne. 21 Il but du vin,
s'enivra, et se découvrit au milieu de sa tente. 22 Cham,
père de Canaan, vit la nudité de son père, et il le
rapporta dehors à ses deux frères. 23 Alors Sem et
Japhet prirent le manteau, le mirent sur leurs épaules,
marchèrent à reculons, et couvrirent la nudité de leur
père; comme leur visage était détourné, ils ne virent
point la nudité de leur père. 24 Lorsque Noé se réveilla
de son vin, il apprit ce que lui avait fait son fils cadet. 25
Et il dit: Maudit soit Canaan ! qu'il soit l'esclave des
esclaves de ses frères! 26 Il dit encore: Béni soit
l'Éternel, Dieu de Sem, et que Canaan soit leur esclave !
27 Que Dieu étende les possessions de Japhet, qu'il
habite dans les tentes de Sem, et que Canaan soit leur
esclave! 28 Noé vécut, après le déluge, trois cent
cinquante ans. 29 Tous les jours de Noé furent de neuf
cent cinquante ans; puis il mourut162. »
Belle légende, n’est-ce pas ? Mais ne dit-on pas que
les légendes sont bâties sur des mensonges ? L’âge
mythologique de Noé en dit long163. Et même si ces

162
Genèse 9, 18-25.
163
« Tous les jours de Noé furent de neuf cent cinquante ans; puis
il mourut. » (Genèse 9-29)
141
légendes étaient vraies, le message de Jésus nous convie-
t-il à assujettir et commercialiser notre prochain, fût-il un
étranger ? N’était-ce pas à l’Église catholique – qui
contrôlait l’Europe –, de s’opposer à cet infâme
commerce ?
Fort curieusement – sous les ordres des papes –, ceux
qui étaient censés marcher sur les traces de Jésus de
Nazareth se sont fourvoyés en se comportant comme de
véritables brutes en Afrique noire. Les méthodes utilisées
pour « civiliser » l’Afrique n’étaient pas si différentes de
celles utilisées pour dresser les lions. Questions : les
Africains étaient-ils des lions féroces ou des chevaux
sauvages pour utiliser des armes à feu, des lassos, des
fouets, des filets, des chaînes, des cages, des sabres,
etc. ? Les femmes de couleur étaient-elles des bêtes
sauvages ou des poules pondeuses pour les violer
constamment dans les soutes des navires négriers, dans
les champs de coton ou dans les plantations de canne à
sucre ? Est-ce ainsi que le Nouveau Testament aurait
souhaité que l’on traitât nos semblables ? Les négriers et
autres missionnaires, venus, soi-disant, pour civiliser les
« petits sauvages » du continent noir avaient-ils la
soutane et le Nouveau Testament en poche lorsqu’ils
commettaient des exactions ou laissaient-ils la soutane et
la Bible dans les bateaux ou les Églises qu’ils avaient
implantées sur les cendres de nos religions traditionnelles
? Peut-on bâtir une Église juste et pacifique sur les
cendres d’une autre ? Est-ce normal de prêcher la bonne
nouvelle avec la main droite quand le vol, le viol, le
pillage, la brutalité, la torture et l’esclavage sont
perpétrés par la main gauche ? L’Église catholique a-t-
142
elle déjà fait un examen de conscience sur sa
participation active ou passive à la traite négrière ? Au
cours des quatre siècles d’esclavage, l’Église catholique
a-t-elle agi pour son propre compte ou pour le compte de
Jésus ? Reformulons la question : le catholicisme a-t-il
agi pour sa propre gloire ou pour la gloire du Christ ? Au
cas où la réponse serait « au nom du Christ », nous
défiant le Vatican de nous montrer, dans le Nouveau
Testament – car c’est le Nouveau Testament et non
l’Ancien Testament qui compile l’enseignement de Jésus
de Nazareth –, un verset dans lequel Jésus aurait mandaté
ses disciples juifs ou romains, donc Occidentaux (chaque
peuple étant – rappelons-le –, lié à sa propre religion) de
réduire les Africains à l’esclavage ? Dans le cas où le
Vatican aurait agi pour son propre compte, nous serons
en droit de lui poser la question suivante : Quel maître
sert-il : le Christ ou l’Antéchrist ?

143
144
Chapitre X
Séparons le bon grain
de l’ivraie
AK.

C e n’est pas le Christ, les apôtres ou la Sainte Vierge


qu’il faut blâmer ou condamner, mais plutôt ceux
qui ont usé du message du Christ tel un glaive pour
asservir les plus faibles et plonger des générations
entières dans l’ignorance totale de leur tradition
respective. Pour avoir fait cela, le Vatican mérite d’être
traduit en justice ; les pays d’Afrique noire et
d’Amérique du Sud devraient conjointement porter
plainte au Vatican pour religionnisme164 ou génocide
culturel. De plus, l’Église catholique, bourreau des
religions traditionnelles du continent noir, doit se voir
retirer le statut d’Église d’État au profit des religions

164
Idéologie qui affirme la supériorité d’une religion, en prônant
souvent l'élimination des autres. Hostilité envers les personnes
d'appartenance religieuse différente. (Ce mot est un néologisme
officieux, une création de l’auteur.)
145
liminaires comme cela se passe dans tous les pays
culturellement libres comme la Chine, l’Inde, les pays
Arabes etc. Ceux qui, acquis à la cause de l’Église
catholique romaine, seraient tentés d’y percevoir une
sorte de levée de boucliers auraient foncièrement tort et
n’auront qu’à s’en prendre à leur « cécité » qui leur
expose tout de travers et leur empêche de comprendre
qu’il s’agit là de la défense des droits inaliénables d’un
peuple, donc une réclamation légitime. L’Afrique
contemporaine est lasse des échanges ou des rapports
inégaux favorisant la domination des cultures des uns au
profit de celles des autres. L'Afrique réclame des
rapports culturels égalitaires. Pour une parfaite égalité
culturelle, nous proposons la création d’ambassades
culturelles inter-états, afin que les valeurs traditionnelles
et spirituelles des uns et des autres soient mises en valeur
dans ces espaces respectifs.

Les raisons d’une plainte


La culture, en tant que patrimoine immatériel, est
l’esprit même d’un peuple. Priver un peuple de sa
culture, c’est l’assassiner moralement. Si, à une échelle
plus basse, priver un peuple de sa culture équivaut à
l’assassiner moralement, combien plus si on le privait de
sa religion ? N’en ferions-nous pas un peuple automate,
un peuple robot, un peuple sans âme, manipulable et
inconscient comme les personnages virtuels des jeux
vidéo? Le joyeux nègre contemporain n’est-il pas là
dans une sorte de logiciel ou de cocon dans lequel il dort
paisiblement d’un sommeil éveillé ? N’est-il pas là dans

146
une condition semblable à un rêve lucide, avec un corps
profondément endormi et un esprit en mouvement ?
Qu’attend-il pour s’ouvrir à la réalité ? Qu’attend-il pour
se réveiller ? Qu’attend le nègre contemporain pour
sortir de son cocon pour voler librement, tel un papillon
savourant l’air frais de la liberté vraie, liberté différente
de la réalité truquée ou de la grande illusion du cocon, du
monde onirique, donc l’esclavage ?
Nous n’avons pas la prétention de détenir le
monopole de la vérité. Mais nous pouvons dire sans
grand risque de nous tromper que le chemin que nous
proposons, celui de nos Ancêtres, est loin d’être un
mirage ou une simple illusion. En outre, si – avec ses
belles promesses et sous le prétexte fallacieux de
séparation de pouvoir ou du retrait de l’Église dans la
gestion de l’appareil de l’État – la religion catholique,
dans laquelle nous nous sommes jetés à corps perdu et
qui se fiche pas mal de nous en fermant traitreusement
les yeux sur la politique européenne en Afrique, ne nous
a rien apporté, pourquoi continuer à la servir ? Pourquoi
persister à accompagner des égocentriques divisionnistes
qui, en réalité, ne sont que des loups cruels cachés dans
des peaux «d’agneaux innocents » ou des vers dans la
« pomme » de l’Afrique ?
Le nègre contemporain ne pourra prétendre être
libre que lorsqu’il aura fait voter, aux Nations-Unis, une
loi universelle concédant des droits et garantissant la
protection des religions autochtones contre l’hégémonie
culturelle des religions allochtones, en sorte qu’à l’avenir

147
les religions « sangsues » n’aient plus le droit de
phagocyter des croyances traditionnelles.

Le Réseau panafricain des Gardiens des


Traditions
Il fut un temps où les choses cachées ne pouvaient
plus être consignées sur un bout de papyrus à cause des
braquages et des embuscades des pillards soudanais,
Libyens, Assyriens, Grecs et Romains. Pour préserver
notre patrimoine immatériel165, les scribes – devenus
nomades après le déclin de l’Égypte – abandonnèrent
l’usage de l’écriture en faveur d’un moyen sûr
d’échapper à la spoliation du patrimoine : la transmission
par voie orale.
Au fil du temps, quand les derniers scribes bantous
rendirent l’âme, leurs lointains descendants installés au
cœur du continent avaient perdu l’usage des
hiéroglyphes. Conséquence, une bonne partie de
l’histoire de l’Afrique est restée sous silence.
Profitant de ce vide intellectuel, les historiens
occidentaux ont réécrit notre histoire en y excluant
expressément tout ce qui pouvait faire l’objet d’une
civilisation glorieuse et en s’appropriant l’Égypte
ancienne comme berceau de leurs Ancêtres celtes. L’un
des plus faramineux mensonges de l’histoire a été celui
de faire avaler au reste du monde que les Pharaons
étaient Européens. Si les pharaons étaient Européens,
pourquoi les Vikings qui – eux, étaient de véritables

165
Nos traditions, notre histoire et nos connaissances.
148
Occidentaux –, utilisaient un système d’écriture diffèrent
de le hiéroglyphe ? Pourquoi ces Européens dont la
tradition remonte à plusieurs millénaires n’ont-ils jamais
mentionné le nom de l’Égypte ?
La réponse est simple
L’incomparable éclat de la civilisation égyptienne a
rendu l’Européen jaloux au point de travestir l’histoire et
de s’approprier une généalogie qui n’est point la sienne.
Pour tromper le monde, les Grecs et les Romains se sont
greffés aux dernières dynasties égyptiennes166 dans le but
inavoué de revendiquer un passé glorieux qui n’a jamais
été le leur, comme ce fut le cas avec l’armée
d’archéologues qui, jusqu’à ce jour, conteste à tort la
théorie de « l’antériorité noire de la civilisation
égyptienne » de l’illustre archéologue africain, Cheikh
Anta Diop. Paix à son âme !
L’Afrique a donc connu une longue période de
soumission et de silence. Mais ce temps est révolu.
L’heure n’est plus à la parole volante, mais à l’écriture
« gravée dans la pierre ». Il est temps que la sagesse
africaine se commercialise. Il est temps pour l’Africain
de sortir ce qu’il a dans les tripes. Si c’est de la merde, ça
se saura. Mais si c’est du béton, alors aucun mensonge en
coton ne pourra le briser. Car béton et coton n’ont pas la
même nature et encore moins la même solidité. Il est

166
L’usurpatrice dynastie Ptolémaïque : famille macédonienne qui
gouverna l’Égypte au cours de la période hellénistique, depuis la
mort d’Alexandre le Grand en 323 av. J.-C., jusqu’à ce que
l’Égypte devienne une province romaine en 30 av. J.-C.

149
temps pour les initiés du continent de transmettre le
rameau des Ancêtres aux profanes. Il est temps d’épurer
les eaux usées. Il est grand temps de redonner leurs
lettres de noblesse aux croyances et aux traditions
oubliées. Il est temps de bâtir « l’Armée des Gardiens des
Tradition », afin que jamais plus notre riche patrimoine
culturel ne sombre dans l’oubli.

Les Royaumes Unis de Kama


L’histoire est un train dont chaque gare constitue un
évènement. Serions-nous d'éternels contemplateurs du
train de l’histoire ou des passagers du métro de
l’histoire ? Jusqu’à quand l’Africain va-t-il rater le train
de l’histoire ? Jusqu’à quand demeurera-t-il un figurant
dans le train de l’histoire ? Quand allons-nous enfin nous
décider d’écrire sur les pages de l’histoire ?
Africain, l’heure est venue de faire dérailler le train
de l’histoire. Le moment est venu d’orienter la
locomotive de l’histoire dans la voix salutaire de la
décolonisation spirituelle. Le moment est venu de
transcender nos intérêts égoïstes. Le moment est venu de
transcender nos intérêts personnels pour le bien de la
communauté africaine. Le moment est venu de rétablir
les frontières naturelles de nos territoires d’avant l’ère
coloniale. Le moment est venu d’agir pour la création des
Royaumes Unis de Kama (Afrique) où les hymnes de nos
territoires respectifs seront psalmodiés dans nos langues
respectives et non celle du colonisateur. Où les
enseignements seront donnés dans nos langues
respectives et non dans celle du colonisateur. Où les
150
religions d’État seront nos religions respectives et non
celles imposées par le colonisateur. Où la monnaie
d’échange sera notre propre monnaie et non celle du
colonisateur. Où les banques seront nos propres banques
et non celles du colonisateur. Où les mariages officiels
seront célébrés selon les us et coutumes de nos traditions
respectives et non celles du colonisateur.
L’un des bénéfices de ce ressourcement sera la
revalorisation et l’évolution rapide et favorable de
l’industrie artisanale. Ces métiers de nos ancêtres,
professions plus ou moins négligées qui caractérisent
notre identité culturelle cesseront de passer pour des
archaïsmes et susciteront des vocations. Il nous faut
recréer une nouvelle Afrique, une Afrique où le mot
« Africa » va désormais rimer avec authenticité et
technologie, traditionalisme et futurisme.
L’Afrique a une multitude de visages culturels
méconnus qui n’attendent que le coup de sifflet pour
s’unir en une merveilleuse aquarelle où chaque visage,
chaque couleur aura sa place et sa raison d’être dans le
tableau de la civilisation noire. Ensemble, frères du
continent, reformons la magnifique aquarelle de nos
traditions respectives et bâtissons les Royaumes Unis de
Kama (Afrique)...

151
152
DEUXIÈME PARTIE

Les prophéties du tam-tam

153
154
Note de l’éditeur

L e prélude poétique est un avertissement. Il met en


garde le lecteur dont la sensibilité pourrait être
heurtée par des mots ou des propos que la foi naïve aux
dogmes évangéliques s’ingénierait à considérer comme
déplaisants. Ce prélude est aussi une sorte d’oraison ;
c’est le souhait vibrant et retentissant d’un panafricaniste
qui espère de tout son cœur que ses « poèmes ardents et
puissants enflammeront l’octave la plus élevée du
discernement [du lecteur] afin qu’à jamais le joug
d’airain soit retiré du cou du nègre contemporain. »
Pour ce qui est d’Une colombe falsifiée, l’annonce
d’un grand malheur ne saurait s’effectuer avec le sourire.
C’est donc le cœur serré et la voix pleine d’émotions que
la prophétesse s’adresse à son peuple. Pour mieux
transmettre le poids insupportable de sa charge
émotionnelle, Mfumu a Mbanza Mbongolo Ramsès vous
offre un billet gratuit pour la terre de ses ancêtres. Il vous
entraîne au XVe siècle et vous invite à faire la
connaissance de Ntinu Kimpa-Mvita, la prêtresse
guerrière dont les terribles prophéties résonnent encore
de nos jours dans l’âme de ceux qui savent scruter dans
155
le miroir du passé, lire dans les signes du temps et
décrypter les murmures du vent. Si la colombe, comme
vous le savez, est l’incarnation de la paix, peut-on en dire
autant d’une colombe falsifiée ? Aurait-on tort de voir en
elle l’antonyme de la paix ?
Comme dans le meilleur des mondes, poème dédié
aux veuves infortunées, est un « pied de nez post
mortem » contre deux grandes figures de la littérature
française : Voltaire et Victor HUGO qui considéraient les
Africains comme des sous-hommes. Ce geste de dérision
et de moquerie est, d’une part, perceptible dans le titre
« Comme dans le meilleur des mondes », tiré de
Candide ou l’optimisme de voltaire, et, d’autre part, au
seuil du texte « par le plus beau soleil du monde », tiré
d’un texte de Victor Hugo. Bref, coudre sa poésie avec
des tissus littéraires empruntés ou inspirés des textes de
ces deux auteurs français ou, pour mieux le dire, ces
deux esclavagistes, est un bien joli pied de nez aux
racistes de tout poil.
Ruminement silencieux est une profonde
interrogation sur la condition de la femme noire pendant
la traite négrière. À travers une série de questions bien
ciblées, Kimpa-Mvita tente d’éveiller les consciences de
ses contemporains. Ce poème est aussi la traduction
fidèle de l’indignation qui fait boule de neige dans
l’esprit de Kimpa-Mvita. Le mauvais traitement que les
négriers font subir à son peuple, principalement aux
femmes, engendre en elle une âme de justicière.

156
Le soulèvement populaire est un cri de guerre, c’est
un appel aux armes qui évoque en même temps les
raisons de l’atteinte du point de non-retour.
Le Samson noir évoque la noire trahison d’un frère de
sang pendant que la prophétesse luttait pour la libération
de la nation ou qu’elle se bâtait contre cette injuste
oppression. Ce poème marque la fin ou plutôt l’arrêt
brutal de la rébellion de Kimpa-Mvita. Il dénonce la
monstruosité des colons qui ont harponné son fils unique
– un nourrisson –, pour faire pression sur elle. En dernier
lieu, Le Samson noir prédit l’avènement de Simon
Kimbangu.
Les Fées du feu est une sorte de réminiscence de
l’autodafé de Kimpa-Mvita par les moines capucins,
précisément les pères Lorenzo da Luca et Bernado do
Gallo. Tel un conte de fées, ce poème est le témoignage
de l’existence ou de l’action bénéfique des génies du feu
dans la croyance Ngunza. « Je vis une porte de feu
s’ouvrir dans le brasier bleu. Derrière ce rideau de
flammes azurées, je perçus ces créatures légendaires
dont souvent me parlait ma grand-mère… »
L’avènement de Mfumu Kimbangu est une promesse
prénatale faite à l’endroit de son peuple. Devant les
souffrances continuelles de son peuple, du haut du ciel,
Mfumu Kimbangu adresse un message d’espoir aux
médiums, aux devins, aux augures, aux sages et aux
prophètes. Il prédit son avènement et donne un aperçu du
rôle déterminant qu’il aura à jouer dans la lutte
anticoloniale.

157
La naissance du prophète n’est que la confirmation de
la promesse faite dans le poème précédent. La naissance
du prophète présente également les miracles qui ont
précédé et suivi la naissance du « jeune lion. »
Indignation témoigne du poids de l’indignation de
Mfumu Kimbangu contre l’oppression coloniale. « Je
suis indigné, car ceux qui nous prêchent l’amour ne sont
que des vautours aux paroles douces comme du
velours. »
Le printemps nègre prophétise la renaissance africaine
tant attendue. « Viendra le temps où le culte sera de
nouveau adressé à Mfumu-Ngunza »
L’avènement de mfumu Matsoua est une prophétie de
Boueta-Mbongo, héros de la lutte anticoloniale. Ce
poème est le monologue intérieur d’un condamné à mort.
Ce flot de pensées, gravé dans les annales invisibles du
temps, fut le dernier avant sa mise à mort par
décapitation.
Le Mea culpa du roi Makoko est l’aveu d’une faute
grave, celle d’un roi qui a cru bien faire « en signant de
[son] vivant [un] traité avec Pierre Savorgnan de
Brazza » et qui « demande pardon à [ses] contemporains
et à la postérité ainsi privée du droit de jouir
librement des » richesses de leurs sous-sols.
Promesse d’un ngunza est une lecture de
l’étonnement de Mfumu Matsoua devant l’ignominie des
colons, les calamités et l’exploitation abusive des
richesses naturelles.
Matricule 22 est le signe de l’amour, du lien profond
et indivisible qui existe entre Mfumu Matsoua et sa terre
158
natale. Matricule 22 est à la fois une prédiction et un
avertissement contre ceux qui seraient tentés de
s’opposer à « la grande révolution qui point à
l’horizon. »
Arrestation musclée retrace l’arrestation de Mfumu
Matsoua en février 1941. Ce poème nous aide à
comprendre que ce héros de la lutte anticoloniale savait
ce qui l’attendait et que, comme toutes les grandes âmes,
Mfumu Matsoua ne s’était pas dérobé à sa divine
mission : verser son sang pour la libération de la nation,
selon l’exemple du Prephète Jésus pour les Hébreux. Tel
est le message implicite de ce poème.
Retourne d’où tu viens est l’expression d’un profond
rejet : celui du colonialisme. À l’instar de L’avènement
de mfumu Matsoua, ce poème est un monologue
intérieur, mieux, un cauchemar dans lequel l’âme
tourmentée et remplie de haine de Mfumu Matsoua
s’adresse aux « corrupteurs d’Africains », au mal
personnifié, à savoir les missionnaires de la « religion de
Caïn », éventreurs des traditions africaines et
manipulateurs de consciences.
Première nuit dans la prison de Mayama met en
lumière un fait : « la colonisation n’est pas une
bénédiction. » Dans un jeu de mots intentionnellement
conçu pour évoquer certaines figures mythiques de
l’histoire chrétienne, Mfumu Matsoua nous aide à sonder
la profondeur de son exaspération. « Je maudis l’Africain
qui à l’instar de Juda m’a livré entre les mains des
Romains. »

159
Deuxième nuit dans la prison de Mayama. Dans cette
mûre réflexion, Mfumu Matsoua, déclame contre le
système colonial. Il révèle le revers de la médaille et
nargue ce système avilissant, cupide et égocentrique, qui
a laissé des stigmates indélébiles dans l’âme et la chair
du continent africain. Ce poème met en lumière les
travaux forcés, la déshumanisation, la domination, le
pillage, le viol, bref le sang, la sueur, le fouet et le
gourdin qui, en fait, constituent le véritable « héritage »
de la « civilisation. »
Troisième nuit en prison répond à une interrogation
en vogue à l’époque coloniale : « Le Noir a-t-il une
âme ? » À cette question, du fond de sa prison, Mfumu
Matsoua apporte une réponse de la plus belle eau :
« Peut-on en même temps rabaisser le Noir au stade
animal et s’autoriser à agir soi-même comme une
véritable bête sans craindre d’être taxé de créature sans
âme ? »
De la quatrième à la sixième nuit en prison, l’âme
pensive de Matsoua traduit son anxiété sur la résignation
fataliste de son peuple et l’avenir incertain du pays.
Dans Septième nuit en prison Mfumu Matsoua fait
remarquer que le Noir est prisonnier de l’illusion d’une
apparente évolution167 qui, en réalité, n’est qu’une subtile
régression, une dégradation ou dégringolade dans la
« roue infernale » de l’acculturation. « Tu crois t’être
enrichi, mais tu t’es appauvri. (…) Tu crois avoir trouvé
ta voie, mais tu t’es perdu. »

167
Civilisation et christianisme.
160
Onze mois plus tard est le dernier monologue de
Mfumu Matsoua avant sa disparition. Non seulement il
traduit le calvaire et l’état psychique de Mfumu Matsoua,
mais aussi l’émotion ressentie après l’annonce de son
exécution. « Très cher oiseau, puisses tes ailes d’ange
me porter haut, quand ces humains aux cœurs d’animaux
me feront la peau sous le drapeau. »
Un roi débusqué est la triste histoire d’un « roi »
incompris et banni par son peuple, Fulbert Youlou,
premier Président de la République Congo.
Appel aux gens du royaume est un appel à la
reconstruction du pont religion entre l’Africain
contemporain et les mânes de ses ancêtres. Selon
l’auteur, cette réconciliation passe par la reconversion
aux croyances ancestrales.
Le cri du tam-tam et contre vents et marées sont la
source d’inspiration de ce recueil de poèmes. C’est dans
ces deux poèmes absolument marquants et rédigés 30 ans
plus tôt par son père, Zounga Bongolo, que Mfumu a
Mbanza Mbongolo Ramsès a puisé la force nécessaire et
les mots qui composent ce recueil. S’il faillait résumé le
contenu de ce recueil en deux poèmes ce serait sans nul
doute Le cri du tam-tam et contre vents et marées, que
Mfumu a Mbanza Mbongolo Ramsès a expressément
inséré dans ce livre pour rendre un vibrant hommage à la
racine principale ou source paternelle dont il n’est que
l’humble goûte d’eau.
Que vienne le phénix du Koongo-dia-n’totila ! est
une évocation de l’action criminelle des colons et de la
sournoiserie des porteurs du message biblique ou
161
missionnaires chrétiens. Ce poème qui n’est autre que la
complainte du tam-tam, instrument traditionnel africain
par excellence et porte-voix des mânes des ancêtres,
lance une série de questions destinées à réveiller le
phénix qui sommeille en chaque enfant du continent :
« Qui portera le bouclier et le heaume ? Qui recollera
les morceaux du royaume ? Qui donc viendra en aide à
la nation ? Qui allumera l’étincelle flamboyante de
l’illumination ? »
Serment d’un prisonnier d’Ambuila est la promesse
solennelle d’un guerrier immortel, d’un personnage
anonyme incarnant la révolte, la bravoure et la
détermination des captifs de la bataille d’Ambuila. Une
bataille qui aux temps jadis opposa dignitaires et
guerriers du royaume Koongo contre les conquistadors
portugais en l’an 1665. Ce poème est le coup de gueule
incisif des indignés, donc des Ngunza des temps anciens
qui ont fait le serment de ne jamais courber l’échine ou
fléchir le genou devant la Bible, la croix et les dieux des
religions étrangères.
Sang d’Afrique est une adresse particulière à l’endroit
des Africains et des afrodescendants. Tout en rappelant
l’indivisible lien du sang qui unit mystiquement tous les
hommes de couleurs de la planète, ce poème est une
émouvante invite au ressourcement. « Sang d’Afrique
contraint à devenir chrétien. Sang d’Afrique martyrisé
par Caïn, n’oublie jamais d’où tu viens. »
MFUMU A MBANZA
MBONGOLO RAMSES,
Directeur des Éditions Alliance Koongo
162
PRÉLUDE POÉTIQUE
(Avis aux lecteurs)

Puissant est le chant du tam-tam


Quand il franchit les barrières du temps
Glouton est le ventre du tam-tam
Quand il réclame sa pitance

Brûlant est le cœur du tam-tam


Quand il exhume son passé
Choquant est le verbe du tam-tam
Quand il châtie les négriers

Violent est le message du tam-tam


Quand il rebondit sur le rivage
Exaspérante est la plume du tam-tam
Quand elle redresse les distorsions de l’histoire

Émouvante est la magie du tam-tam


Lorsqu’elle retrace la gloire des Anciens
Si par un malheureux hasard
Vous êtes sensibles comme une feuille

Fermez ce recueil
Pendant qu’il est encore temps
Car les mots qui y sont consignés

163
Sont loin d’être charmants

Les lettres qui y sont gravées


Prêtent un visage à l’innommable
Puissent ces poèmes de larmes et de sang
Remuer les cordes de votre jugement

Puissent ces poèmes ardents et puissants


Enflammer l’octave la plus élevée de votre
discernement
Afin qu’à jamais le joug d’airain
Soit retiré du cou du nègre contemporain

Bika inga dia chingassa bakulu béto dia kala inga !


Enkasukulu !

Mfumu a Mbanza Mbongolo Ramsès,


14 septembre 2015

164
UNE COLOMBE FALSIFIÉE
(Première prophétie de Kimpa-Mvita)

L’horizon est sombre


Le mal sous l’aspect d’une colombe
Survole les vieilles tombes
Pour y jeter son ombre

Sa blancheur n’est qu’un leurre


Méfiez-vous ; c’est un voleur
Son agréable senteur n’en fait pas une fleur
Méfiez-vous ; c’est un égorgeur

Au bord des marigots


Tapis sous l’ombre des roseaux
Diego Cao168 et les membres de son réseau
Sèmeront le chaos

Des papillons des mers


Viendront du pays de Voltaire
Pour moissonner la guerre
Et faire trembler la terre

Le mal viendra vous faire la cour


Il viendra vous marchander l’amour
168
Référence aux négriers portugais.
165
Ses promesses de velours
Vous joueront un bien vilain tour

Il vous séduira avec du sel


Une sapidité opposée au miel
Il abusera de la chair rouge de vos gazelles
Et violera impunément vos belles jouvencelles

Vos fils seront capturés


Vos filles seront marchandées
Leur nudité sera exposée
Et votre humanité, dévaluée

Vous ne vous laisserez pas faire


Vous vous révolterez comme l’éclair
Mais il vous mettra au fer
Pour vous faire taire

Vos forces seront neutralisées


Vos muscles seront molestés
Vos corps seront maltraités
Et vos sous-sols exploités

L’ébène sera dévalorisée


Le continent sera ensorcelé
Ses héros seront oubliés

166
Et les royaumes, morcelés

Dans les champs de café


Ils procèderont aux autodafés
Elles vous feront taffer
Leurs épouses aux allures de fées

Elles tenteront de vous allumer


Mais ne vous avisez point de les toucher
Car ce ne sera que ruse
Pour vous brûler vif au bucher

Dans les mines de charbon


Ils vous châtieront constamment
Leurs poings au feu gourmant
Vous arracheront nerveusement les dents

Dans les caves des bateaux


Vous exécuterez de pénibles travaux
Loin de vos paisibles hameaux
Vous serez traités comme des crapauds

Dans des îles lointaines, ils vous déporteront


Dans des terres lointaines, ils vous expédieront
Pour bâtir avec les larmes des innocents
Des colonies de sueur et de sang

167
L’acier, tel un serpent affamé,
S’enroulera sur vos poignets
Tels des lièvres pris aux lacets
Les nègres seront maîtrisés

Le chasseur fera de vos garçons


Les maçons de sa richesse
Et de vos filles, il fera
Les filandières de sa prospérité

Arrachés à votre immense tendresse


De vos enfants ils feront
Les instruments vivants
D’un noir commerce

L’odeur ne vous quittera plus


Et les larmes, non plus !
L’amertume ne vous quittera plus
Et l’indignation, non plus !

La saveur suave de la canne à sucre


Vous paraitra amer
Et la douceur exquise du coton
Vous semblera terne

On vous marquera comme du bétail

168
On vous vêtira comme de la volaille
On vous nourrira comme du bétail
On vous logera comme de la volaille

Les plus chanceux logeront assez bien


Dans les cases de leurs maîtres
Où ils ne mèneront pas moins
Qu’une vie de chien

Mfumu a Mbanza Mbongolo Ramsès,


23 août 2015

169
COMME DANS LE MEILLEUR DES MONDES
(Aux veuves infortunées)

Par le plus beau soleil du monde


Dans le désert d’une côte nue
Arraché mon fils fut
De mes bras gracieusement tendus

Par la plus belle lune du monde


Sans aucune retenue
Mon époux fut battu
Par des guerriers trapus

Par le plus beau jour du monde


Inhumée ma croyance fut
Effacée ma tradition fut
Par des espèces de vendus

Par la plus belle nuit du monde


Brisée mon immense joie fut
Par des malandrins malotrus
Aux pratiques tordues

Par le plus beau ciel du monde


Mon roi fut vendu
Mon ange fut déchu

170
Par des négriers dodus

Par la plus belle brise du monde


Enchainés mes rêves furent
Par de dangereux individus
Aux carapaces de tortues

Par le plus bel orage du monde


Inondée ma cour fut
Par de véritables sangsues
Crapules aux propos indus

Par la plus belle mer du monde


Vers des terres inconnues
Déporté mon frère fut
Par des guerriers charnus

Par le plus beau crépuscule du monde


Je réalisai la grande animosité
De notre belle humanité
Comme dans le meilleur des mondes

Mfumu a Mbanza Mbongolo Ramsès,


septembre 2015

171
RUINES ET DÉSOLATION
(Aux femmes victimes de viol)

Avant l’arrivée des Espagnols


Nos corps de rossignols
N’avaient jamais connu le vol
Ni la souillure du viol

Avant l’arrivée du conquistador


Chasseur de trésor
Aux allures de matador
On pouvait dormir comme des bienheureuses

Avant l’arrivée des explorateurs


Nos cœurs ignoraient la peur
Et recevaient constamment les honneurs
Qu’exige la coutume
Pour la cueillette d’une fleur

Avant l’arrivée du colon


Nos cuisses nues et nos mamelons
N’attiraient point les regards concupiscents
De ceux qui portent le pantalon

Avant l’arrivée de la marine


Nos belles et fraîches poitrines

172
Étaient la vitrine
De la chasteté de notre hymen.

Avant l’arrivée des couche-tard


Nos ventres ignoraient
L’humiliation du bâtard
Qui en traitre têtard
Naissait comme un cafard

Aujourd’hui, tout cela n’est plus que ruines


Car ceux qui se sont introduits
Avec un plan cruciforme dans la cour
Cachaient des canons et des arquebuses
Derrière leurs beaux discours

Mfumu a Mbanza Mbongolo Ramsès,


25 août 2015

173
RUMINEMENT SILENCIEUX
(De la vierge noire)

Royaume englouti
Dans les bras remplis de haine
De ceux qui nous prennent
Pour des ouistitis

Jusqu’à quand
Les machines de l’oppression
Auront-elles raison
De notre belle nation ?

Fleuve immense
Saturé de larmes
Tintés de sang
Versé par les armes

Jusqu’à quand
Allons-nous assister
Au carnaval pompeux
Des nouveaux croisés ?

Paradis des jouvencelles


Éden des hirondelles
Tombées dans les griffes

174
Des marchands de serfs

Jusqu’à quand
Demeurerons-nous impuissantes
Face aux humiliations
Des ignobles colons ?

Mfumu a Mbanza Mbongolo Ramsès,


03 septembre 2015

175
LA NON-VIOLENCE
(Aux frères d’Amérique)

En vérité
Les mentalités
Sont encore trop barbares
Pour que l’on cesse de se couper la barbe

Protester sans heurts


Défendre ses droits sans recourir à la violence
Est impossible en cet âge de fer
Dans cet enfer où l’homme est mis au fer
Et persécuté par ses propres frères

La non-violence
Belle perspective
Les fils de nos sœurs
Les filles de nos frères
Vendus sur la terre des peaux rouges
Verront cette époque
Eux, ils manifesteront dans la non-violence
Et gagneront leur indépendance

Mfumu a Mbanza Mbongolo Ramsès,


25 septembre 2015

176
LE SOULÈVEMENT POPULAIRE
(À la mémoire de la meneuse du soulèvement)

La tristesse a fait de moi une vengeresse


Je suis Kimpa-Mvita, la jeune prêtresse
Qui sème la détresse
Je suis la licorne noire, la justicière
Qui venge ses maîtresses

Et si pour cela on doit me traiter de pècheresse


En bonne déesse,
Je courberai l’échine pour montrer mes fesses
À tous les catéchèses
Qui tiennent mes sœurs en laisse
Comme s’ils avaient affaire à de simples ânesses

L’ivresse des représailles est si intense


L’envergure du ressentiment est si dense
Que je n’attendrai pas une minute de plus
Pour valser comme une Russe

Car qui va à la chasse perd sa place


Qui sème la honte récolte la révolte
Qui moissonne la peur récolte la terreur
Qui joue avec le feu brûle sa case

177
À présent, tremblez, beuglez, criez !
Car mon courroux est loin d’être doux
Pleurez, fuyez, hurlez !
Car ma haine est loin d’être tissée dans la laine
Les lignes doivent bouger,
Les choses doivent changer
Et le royaume doit être libéré

Notre volonté inébranlable


En est parfaitement capable
Ne vous en déplaise !

Mfumu a Mbanza Mbongolo Ramsès,


03 septembre 2015

178
LE SAMSON NOIR
(Deuxième prophétie)

S’envoler dans les airs


Traverser les rochers
Disparaître au fond des eaux
Revêtir l’aspect d’un animal
Se métamorphoser en toute sorte de plantes
Se fondre dans le décor de la nature
N’était pas le plus dur
Non ; ce n’était pas le plus dur

Le plus dur a été le coup fatal


Qu’ils m’ont porté dans le dos
La noire trahison d’un frère de sang
Pendant que nous luttions
Pour la libération de la nation
Pendant que nous nous bâtions
Contre une injuste oppression
Mon frère a succombé à la tentation
En me frappant là où ça fait le plus mal

Mon innocent petit garçon


Fut harponné tel un poisson
Par des colons aux visages menaçants
En voyant mon tendre enfant

179
Entre les mains de ces gens
Armés jusqu’aux dents
Mon esprit d’ordinaire serein perdit la raison
Et mordit à l’hameçon tendu par ces vils serpents

Et ce fut la fin de la rébellion


Pour ma part, je n’ai pas peur de souffrir
Mais je ne supporterai pas de voir mon fils mourir
Ils ont capturé la femelle
Qu’à cela ne tienne
Celui qui arrive est un mâle
Le mage qui arrive combattra le mal qui nous ravage
Si la bataille d’Ambouila a été physique
Celle qui point à l’horizon sera spirituelle

Mfumu a Mbanza Mbongolo Ramsès,


25 septembre 2015

180
LES FÉES DU FEU
(À la mémoire de Ntinu Kimpa-Mvita,
brûlée le dimanche 2 juillet 1706)

Le choix de l’autodafé
Fut pris après un bon café
Par des moines Capucin
Les pères Lorenzo da Luca
Et Bernado do Gallo

Cette décision fut prise


Par les missionnaires
Au cours d’un procès
Sans quérir la volonté
Des divines fées du feu

Un grand feu fut donc allumé


Avant de m’y jeter
Comme un sac de blé
Ou de m’y faire cuire
Tel du poisson salé

Avec mon fils premier-né


Adolescent bien attaché
Dans mon dos gonflé
D’aménité et de tristesse

181
De regret et de tendresse

Pour cet enfant maltraité


Par la folie et la méchanceté
D’une humanité déshumanisée
Jamais détresse
Ne fut si immense
La peur me glaça le dos
La chair de poule me piqueta les os
Mais les chaudes caresses du feu
Produisirent une extase bleue
Dans mon organisme étrangement anesthésié

Pendant que le monde hurlait de terreur


Et que je jouissais de bonheur
Pendant que les miens s’arrachaient les cheveux
Et déchiraient leurs vêtements malheureux
En témoignage de leur profonde indignation

Pendant que les larmes perlaient d’une part


Et que les cœurs se resserraient d’autre part
Pendant que les langues de feu m’enlaçaient
Gracieusement et gentiment
J’eus une vision

Je vis une porte de feu

182
S’ouvrir dans le brasier bleu
Derrière ce rideau de flammes azurées
Je perçus ces créatures légendaires
Dont souvent me parlait ma grand-mère

Je vis les Fées du feu


Me tendre la main en souriant
Kimpa-Mvita ! Kimpa-Mvita !
N’aie crainte
Nous sommes avec toi

Laisse ton corps


Et rejoins-nous
Viens, âme méritante
Viens entrer dans la gloire immortelle
Des Fils de l’Éternel

Sans hésiter un seul instant


Je tins la main en diamant
Du génie des cieux
Avant de disparaître
Derrière la porte de feu

Sous les cris et les larmes de ceux


Dont la vision limitée
Ne pouvait voir plus loin

183
Que le bout de leur nez

Et sous les yeux émerveillés de ceux


Dont la foi et la persévérance
Avaient permis de voir
Le temps d’une ascension
L’envol du phénix
Vers la région supérieure du royaume
Que les Anciens appelaient Koongo-dia-kimpévé169

Mfumu a Mbanza Mbongolo Ramsès,


14 septembre 2015

169
Le royaume spirituel. (Mbanza-Koongo ya mazulu,
Nsinda-Mpandu, Nkulu-Mbimbi.)
184
L’AVÈNEMENT DE MFUMU KIMBANGU

(Troisième prophétie)

C’est dans les champs de manioc


Loin des champs de coton
Que j’entendis le chant
Le son tonitruant du tam-tam

Pauvres princesses !
Pauvres altesses !
Pauvres duchesses !
Pauvres comtesses !

Les femmes ont les yeux suppliants


Ça n’a rien de bien charmant
Les filles ont été séparées de leurs amants
Sans recueillir leur consentement

Les maîtresses ont les tresses en détresse


L’or sous leur jupon est sans cesse exposé des pieds
aux fesses
Il me presse d’aller à la rescousse de ces déesses
Car tout cela me blesse

C’est dans les plantations d’ignames

185
À plusieurs lieues des plantations de canne à sucre
Que j’entendis le rugissement du tam-tam
Qui fit vibrer mon âme

Pauvres princesses !
Pauvres altesses !
Pauvres duchesses !
Pauvres comtesses !

Dans un temps relativement court


Quand la lune et le soleil feront l’amour
Dans un coin de la cour
Je naîtrai en plein jour

Pour apporter l’espoir


À ceux qui ont perdu la foi
Pour remplir mon devoir
Envers mon peuple
Et envers mon continent
Moi, Mfumu Kimbangu

Mfumu a Mbanza Mbongolo Ramsès,


23 août 2015

186
LA NAISSANCE DU PROPHETE
(Au digne enfant, le 12 septembre 1887)

Les Ainés disent que ma naissance fut précédée d’un


rugissement
Suivi d’un grandement de tonnerre
Les Anciens disent que ma naissance fut précédée
des circonvolutions d’un groupe d’aigles
Suivi d’une éclipse solaire

Pour témoigner sa grande joie,


Le tam-tam s’était mis à tambouriner tout seul dans
les bois
C’est à ces signes qu’ils surent que j’étais le digne
enfant
Prophétisé par Mama-wa-ndombi, la prêtresse
guerrière

Ma mère me confia que le jour de ma naissance


Une jeune dame, escortée
D’un adolescent d’une dizaine d’années
Tomba du ciel pour lui dire :
« Soit heureuse, fille du Royaume
Ta couvée est noble
Celui-ci est le jeune lion
Celui par qui les miracles s’accompliront »

187
Ayant ainsi parlé, elle regagna un ciel d’azur
Avec un sourire qui présageait une victoire future

Mfumu a Mbanza Mbongolo Ramsès,


26 septembre 2015

188
INDIGNATION
(Aux centaines d’amputés)

Je suis indigné
L’atrocité de l’étranger
A dépassé les limites de l’acceptable

Je suis indigné
De braves gens
Dignitaires du royaume sont publiquement humiliés

Je suis indigné
Des enfants sont maltraités
Et exploités à longueur de journée

Je suis indigné
Des mains sont coupées
Et exposées tous les jours comme des trophées

Je suis indigné
Des villages sont brûlés
Et rasés pour terroriser les entêtés

Je suis indigné
On utilise les Noirs
Pour capturer des Noirs

189
Je suis indigné
On voudrait faire croire à la postérité
Que ce sont les Noirs qui ont vendu leurs frères
Noirs
Je suis indigné
Ceux qui nous font du mal
Veulent truquer l’histoire et travestir la vérité

Je suis indigné
Car c’est à coup de fouet
Qu’ils nous obligent à renoncer
À nos anciennes croyances au profit des divinités
étrangères

Je suis indigné
Car ceux qui nous prêchent l’amour
Ne sont que des vautours
Aux paroles douces comme du velours

Mfumu a Mbanza Mbongolo Ramsès,


25 septembre 2015

190
LE PRINTEMPS NÈGRE
(Quatrième prophétie)

Viendra un temps
Où les enfants auront tout compris

Viendra un temps
Où les enfants auront tout appris

Viendra un temps
Où les enfants voudront effacer l’ardoise

Viendra un temps
Où les enfants feront table rase

Viendra un temps
Où les enfants voudront aller de l’avant

Viendra un temps
Où les enfants contempleront le firmament

Viendra un temps
Où les enfants regarderont vers l’horizon

Viendra un temps
Où les enfants entonneront la chanson

191
Viendra un temps
Où les enfants auront soif de libération

Viendra un temps
Où la nation remettra de l’ordre dans sa désignation

Viendra un temps
Où l’élu des mânes des Ancêtres viendra

Viendra un temps
Où l’enfant prodigue viendra

Viendra un temps
Où l’hostilité resurgira

Viendra un temps
Où la métropole abdiquera

Puis, viendra un temps


Où la civilisation engloutie rejaillira

Viendra un temps
Où le royaume morcelé se reconstruira

Viendra un temps

192
Où la lumière de Râ170 surviendra

Viendra le temps
Où le culte sera de nouveau adressé à Mfumu-
Ngunza171

Mfumu a Mbanza Mbongolo Ramsès,


24 Août 2015

170
Amon-Râ.
171
Nguza ou Mfumu-Ngunza-Tuléndo qui n’est autre que Râ
en Koongo, langue des Bisi-Koongo.
193
L’AVÈNEMENT DE MFUMU MATSOUA
(Prophétie de Bouéta-Mbongo)

Dans les temps futurs


Un autre que moi viendra
On le nommera Matsoua
Il apportera la foi
Qui redonnera espoir à Mfoua

Sa voix retentira dans les ravins


Du Congo d’en face aux pays voisins
Il créera une amicale
Pour soutenir le sang noir

On le traitera de faussaire et de mécréant


Jaloux, le colon le fera passer par mille tourments
Et pour un trafiquant, lui, qui pourtant
N’aura rien d’un délinquant

Matsoua ! Matsoua ! Matsoua !


Il ne passera pas un jour
Sans que son nom soit cité par le peuple
Et le colon

L’homme blanc le prendra en filature


L’homme blanc le privera de nourriture

194
L’homme blanc le prendra en chasse
L’homme blanc le prendra dans sa nasse

L’homme blanc infiltrera l’amicale

Pour le coincer comme un animal


Trahi par les siens,
Matsoua sera tué comme un chien

On le jettera dans une cellule


Cette amère pilule
Il la boira pour montrer aux incrédules
Que Mfumu-Ngunza-Tuléndo
Et les Balongo
Sont bel et bien vivants

La disparition de Matsoua
Sonnera le gang
De la lente et progressive séparation
Fracture religieuse
Entre l’autochtone et le colon

Matsoua sera de passage


Mais ne vous fiez pas à son âge
Derrière son apparence juvénile
Se cachera la sagesse sénile

195
La connaissance séculaire
De ceux qui,
Avant lui
Ont marché sur les traces des mânes

Et versé leur sang


Pour la libération
D’un royaume innocent
Et jadis puissant

Pour ma part,
Je pars,
Je vais rejoindre les ancêtres

Le temps qui m’a été imparti


A touché à son terme
Mais ne soyez pas triste

Comme je vous l’ai dit tant tôt


Un autre que moi viendra bientôt
Préparez-vous à le recevoir
Essayez de ne pas le décevoir

Sur ce, je vous dis au revoir


Car en réalité, il n’existe pas d’adieux
Les vivants et les morts

196
Sont unis par un lien permanent

Qui les aide


Chacun dans leur monde respectif
À poursuivre leur travail

Comme nous vous l’avions enseigné


Il suffit d’une prière
Pour ouvrir la porte qui nous sépare

Quand une prière est dite avec foi


Prononcée avec force et conviction
La loi d’attraction
Produit sa réaction

Alors, les Ancêtres invisibles


Deviennent perceptibles
Et aussi réels dans l’œil
Que des êtres matériels
Ne l’oubliez jamais,
Ngunza des temps modernes

Mfumu a Mbanza Mbongolo Ramsès,


Août 2015

197
MEA CULPA DU ROI MAKOKO
(Aux générations futures)

Moi, Makoko
Mfumu Ntôto
Je croyais avoir fait œuvre utile
En signant de mon vivant
Ce traité avec Pierre Savorgnan

Moi, roi de Mfoua


Seigneur de Mavoula
Comment ai-je pu faire confiance
À ces colons sans foi ni loi
Qui ont tué Bouéta-Mbongo ?

Comment ai-je pu abriter


Sous mon toit
Et accepter dans les limites
De mon territoire
Ceux pour qui ce traité
A été une réelle victoire ?

Comment ai-je pu parafer un accord

198
Qui, en réalité n’était qu’une sorte d’aval
Pour couper le sein de Mama Ngounga
Et faire du mal à nos descendants ?

Comment ai-je pu signer ce pacte


Qui cautionne les actes de pillage
Et de gaspillage de nos sous-sols
Par les habitants du pays des tournesols ?

Comment ai-je pu autoriser


À ceux dont nous sommes
Aujourd’hui la risée
Et qui ont brûlé Mabiala-Ma-Nganga
Le droit de dévaliser et de débaptiser
Le Koongo sacré des Anciens ?

Comment ai-je pu permettre


À des malotrus
De maltraiter les miens
Sous prétexte qu’il fallût
Construire un chemin de fer ?

Comment ai-je pu

199
Ainsi les exposer
À l’assaut du paludisme
Et de la mouche tsétsé ?

Comment ai-je pu
Les jeter en pâture
Aux fourmis magnans
Et aux piqûres de serpents ?

Comment ai-je pu
Permettre aux mercenaires
De jouer les missionnaires
Et d’ouvrir une chasse aux sorcières
Contre les Ngunza et les Nganga ?

Comment ai-je pu directement


Ou indirectement
Faire de l’étranger un roi
Et de l’Autochtone un rat ?

Comment ai-je pu permettre


Que la corruption, la trahison,
La dilapidation et autres violations

200
Gangrènent la nation ?

Comment ai-je pu, de près ou de loin


Permettre à l’étranger
Résidant à Mfoua d’encourager,
Les conversations dans une langue étrangère
Sur la terre de mes Ancêtres ?

Comment ai-je pu permettre à l’explorateur


De faire croire aux nationaux
Que communiquer dans leur propre langue
Est une chose aussi dégradante qu’avilissante
Et que le contraire est un signe de grandeur ?

Si je savais que le colon


N’était qu’un enfant turbulent
Qui ne sait tenir parole
Ou un drôle qui ne joue que les mauvais rôles
Je l’aurais expédié dans les bras de sa mère

Le vin est tiré, il faut le boire


Je demande pardon à mes contemporains
Et à la postérité ainsi privée du droit

201
De jouir librement des biens
De leur propre territoire
J’invite les Gardiens des mystères
Ainsi que tous les sages qui se sentiraient
Concernés par ce message de réparer l’erreur
D’un roi qui a cru bien faire
En tendant la main à l’étranger

J’invite mon peuple


À réparer la faute d’un Mfumu Ntôto
Qui a cru naïvement aux vaines promesses
D’un marchand d’illusion à qui la postérité
A fort malheureusement bâti un panthéon
Pendant que les mânes de leurs Ancêtres
Ne savent pas où s’abriter quand tombe la pluie

Qu’à cela ne tienne !


La porte de la case du Makoko
Est ouverte à tous les enfants du pays
Qui ressentent intuitivement mon appel

La bénédiction du Kikuruntu-Kia-kimpévé172

172
(Koongo) La Hiérarchie spirituelle Koongo.
202
Est disponible pour ceux qui pensent
Que l’accomplissement
De la Renaissance Africaine
A pour condition sine qua non
Le rejet du crucifix romain en faveur d’un
Retour à la hutte des ancêtres173

En vérité, en vérité
Les oreilles ne sont jamais
Plus longues que la tête174
M’lélé sompa kawu tomenaka ma tinuko175
Que celui qui a des oreilles
Pour entendre entende

Mfumu a Mbanza Mbongolo Ramsès,


Août 2015

173
Référence Les Gardiens des mystères, tome 2, par Ramsès
Bongolo.
174
(Traduction du proverbe koongo) Makutu kama yokaka ntu
ko.
175
(Proverbe koongo)
203
PROMESSE D’UN NGUNZA

Qui a coupé les fleurs qui bourgeonnent ?


Qui t’a arraché ta superbe couronne ?
Qui a changé la donne ?

Tout cela m’étonne !

Dis-moi, Koongo,
Paradis des escargots,
Des passereaux et autres oiseaux !

Qui a osé t’humilier ?


Qui a dérobé tes souliers dorés ?
Qui ? Oui. Qui a osé bafouer ton autorité ?

Dis-moi la vérité !

Qui est le rusé qui est venu comme une fusée


Dans le dessein secret de détrôner ton musée ?
Qui est le messager du pays du printemps et de l’été
Qui a assiégé tes berges enchantées ?

Qui diable a ourdi cet odieux complot ?


Qui est le voleur qui a dissimulé le marteau
Sous sa cape d’agneau ?

204
Qui est le vil corbeau
Aux apparences de colombe
Qui a creusé ta tombe ?

Qui a enfoncé le couteau


Dans ta peau sombre ?
Est-ce le diable en personne ?

Puisqu’il t’a assommé avec des mots


Nous riposterons avec mots,
Parole de Ngunza !

Mfumu a Mbanza Mbongolo Ramsès,


21 août 2015

205
MATRICULE 22
(Aux nègres contemporains)

Les racines de l’arbre mouvant que je suis


Sont profondément enfouies
Dans le Koongo de mes ancêtres
Mes branches en portent le drapeau
Mon tronc abrite le cœur du royaume
Mes oreilles sont des vallées
Mes narines sont des grottes mystérieuses
Mes cheveux sont d’immenses forêts sacrées
Où les singes et les oiseaux jacassent en toute liberté
Mes cils, paradis des lions et des éléphants
Sont des plaines très accueillantes
Peuplées de poissons fabuleux
Mes larmes sont des fleuves majestueux
Mes yeux lune et soleil
Dardent leurs rayons d’amour
Sur les collines herbacées de ma patrie chérie
Ma peau solide est un sol rempli de minerais
Les montagnes que sont mes épaules
Portent le poids du continent
Qui suis-je ? Atlas ? Non.
Héphaïstos ? Non plus !
Seulement Matsoua
Matricule 22

206
Pilote de la grande révolution
Qui point à l’horizon
Et qu’aucune tradition ne pourra contenir
La révolution culturelle qui se prépare
Aura la puissance des cataractes
Les flots qui en découleront
Inonderont l’océan d’ignorance
Dans lequel le nègre contemporain
Baigne depuis trop longtemps
Prenez pour argent comptant
Ce message du vent
Présage de l’ouragan
Qui tôt ou tard soufflera sur le continent

Mfumu a Mbanza Mbongolo Ramsès,


27 septembre 2015

207
ARRESTATION MUSCLÉE
(D’André Grénard Matsoua, en février 1941)

Le soleil ne s’était pas encore levé


Le coq n’avait pas encore fini de chanter
Que des hommes armés
Avaient rassemblé la maisonnée
En quête du futur prisonnier

Le tam-tam n’avait pas encore cessé de jouer


Qu’une troupe d’étrangers
Aux intentions cachées
Avaient secrètement décidé de m’arrêter
À l’aurore empourprée

La lune ne nous avait pas encore quittés


Que des hommes en uniforme s’étaient infiltrés
Dans les recoins de mon quartier
Les visages bien serrés
Pour mieux me défigurer

Mon heure a presque sonné


Puisque ma terrestre mission achevée
Il ne me reste plus qu’à retourner
Au royaume des Ainés
Au Koongo-dia-kimpévé
Mfumu a Mbanza Mbongolo Ramsès,
septembre 2015
208
RETOURNE D’OÙ TU VIENS

Esprit de serpent
Cœur de lion
Force d’éléphant
Gueule de grillon

Marchand d’illusion
Donneur de leçons
A beau mentir
Qui vient de loin

L’Afrique, qui n’a jamais connu pire


N’en veut plus de ton sourire
L’Afrique qui veut se reconstruire
Ne veut plus souffrir

Oui, regarde-moi bien !


Ouvre grand tes oreilles
Et réponds directement
À toutes mes questions

Peut-on faire confiance à un serpent ?


Peut-on confier un nourrisson entre les mains d’un
lion ?
Peut-on maîtriser la boulimie d’un éléphant ?
Peut-on trouver la paix et le silence dans l’antre d’un
grillon ?
209
N’est-ce pas avec le même sourire
Que tu as déversé ton ire
Pour bâtir un empire
Avec l’avidité des vampires
Sur la terre d’Afrique

Serpent d’airain
Père de Caïn
Langue de venin
Corrupteur d’Africains

Ton joug est une galère


Ta présence n’est que misère
Ta religion est un lion
Dont les crocs acérés se sont resserrés

Sur la chair noire du continent


Ta langue bifide n’est-elle pas lasse
De boire le sang d’un peuple innocent ?

Retourne d’où tu viens


Esprit malin
Car l’Afrique qui arrive
N’a plus rien à offrir
À la religion de Caïn

Mfumu a Mbanza Mbongolo Ramsès,


23 septembre 2015

210
PREMIÈRE NUIT DANS LA PRISON DE
MAYAMA
(Pensée de Matsoua aux Juda noirs)

J’ai de l’aversion pour les traîtres


Pour tous ceux qui se sont donnés la triste mission
De jeter leurs frères en pâture aux lions

J’ai beaucoup d’affection


Pour tous ceux qui sont prêts à mourir
Pour l’amour de la nation

La colonisation n’est pas une bénédiction


Je suis partisan de la libération
Je donnerai tout pour déraciner cette malédiction

J’ai de la haine envers les chiens


Et autres historiens qui disent dans leurs livres
Que nous sommes une race inférieure

Je n’ai aucune commisération


Pour les anges vagabonds
Qui véhiculent des mensonges
Sur nos traditions

Je ne manifeste aucune compassion

211
Pour les éclaireurs noirs
À la solde du clergé

Je plains le voisin
Qui m’a trahi pour une poignée de sel
Et une miche de pain

Je maudis l’Africain
Qui à l’instar de Juda
M’a livré entre les mains des Romains

Mfumu a Mbanza Mbongolo Ramsès,


25 août 2015

212
DEUXIÈME NUIT DANS LA PRISON DE
MAYAMA

(Les réflexions d’André Grenard Matsoua)

Civilisé ?
Oui, mais par le fouet

Civilisé ?
Oui, mais par les armes

Civilisé ?
Oui, mais par les larmes

Civilisé ?
Oui, mais par les chaînes

Civilisé ?
Oui, mais par les poings

Civilisé ?
Oui, mais par des claques

Civilisé ?
Oui, mais par le viol

213
Civilisé ?
Oui, mais par le vol

Civilisé ?
Oui, mais par la peur

Civilisé ?
Oui, mais par la cupidité

Civilisé ?
Oui, mais par la torture

Civilisé ?
Oui, mais par l’humiliation

Civilisé ?
Oui, mais par le sang

Civilisé ?
Oui, mais par l’intolérance

Civilisé
Oui, mais par la corruption

Civilisé
Oui, mais par la perversion

214
Civilisé
Oui, mais par l’aliénation

Civilisé
Oui, mais par le racisme

Civilisé
Oui, mais par l’inhumanité

Civilisé
Oui, mais par l’animosité

Civilisé
Oui, mais par la brutalité

Est-ce cela la civilisation ?

Mfumu a Mbanza Mbongolo Ramsès,


27 septembre 2015

215
TROISIÈME NUIT EN PRISON
(Le Noir a-t-il une âme ?)

Bonne question !

Comme un animal
Et aussi sûrement qu’un végétal
Le Noir n’a pas d’âme

Comme un bronze sculpté


Et aussi sûrement qu’un minéral
Le Noir n’a pas d’âme

Comme un cours d’eau


Et aussi sûrement qu’un courant d’air
Le Noir n’a pas d’âme

Comme la lune
Et aussi sûrement que le soleil
Le Noir n’a pas d’âme

Comme la pluie qui s’abat


Et aussi sûrement que des flocons de neige
Le Noir n’a pas d’âme
Comme les nuages dans le ciel
Et aussi sûrement que les étoiles
Le Noir n’a pas d’âme
216
Comme un avion en plein vol
Et aussi sûrement qu’un navire qui flotte
Le Noir n’a pas d’âme

Comme un véhicule qui roule


Et aussi sûrement qu’une bicyclette
Le Noir n’a pas d’âme

Comme un palais majestueux


Et aussi sûrement qu’un pavillon
Le Noir n’a pas d’âme

Comme le feu du bucher


Qui a décimé le corps de Kimpa-Vita
Le Noir n’a pas d’âme

Comme la hache du bourreau


Qui a tranché la tête de Bouéta-Mbongo
Le Noir n’a pas d’âme

Comme le couteau du missionnaire


Qui a raccourci le sein de Mama-Ngounga
Le Noir n’a pas d’âme

Comme les murs de pierre

217
Qui emprisonne 176 le prophète Simon Kimbagu
Le Noir n’a pas d’âme

Comme les chaînes des négrophobes


Qui emprisonnent les corps de moult africains
Le Noir n’a pas d’âme

Comme l’étrivière du colon


Qui a labouré mon corps
Le Noir n’a pas d’âme

Comme le gourdin de l’homme blanc


Qui a l’art de briser les dents
Le Noir n’a pas d’âme

Comme les larmes de crocodiles


Qui coulent souvent des yeux félons
Des nonnes de Sainte-Odile177
Le Noir n’a pas d’âme

Mais peut-on prétendre avoir une âme


Et se comporter envers les sans-âmes
176
Matsoua est contemporain de Simon Kimbangu. Dans cette
phrase, le présent de l’indicatif se justifie dans le fait qu’à l’époque
où cette pensée tourne dans l’esprit de Matsoua, Simon Kimbangu
était encore en prison.
177
Eglise Sainte-Odile à Hohenbourg (Alsace).
218
Comme des êtres sans aucune âme ?

L’âme n’est-elle pas cette chose noble


Qui nous distingue des animaux ?

Peut-on en même temps rabaisser le Noir


Au stade animal et s’autoriser à agir soi-même
Comme une véritable bête sans craindre
D’être taxé de créature sans âme ?

N’est-ce pas par son animosité que l’on reconnait la


bête ?

La violence des esclavagistes envers les corbeaux


d’Afrique
N’est-elle pas semblable à la grande animosité des
ours polaire ?

Mfumu a Mbanza Mbongolo Ramsès,


28 septembre 2015

219
QUATRIÈME NUIT EN PRISON
(D’André Grenard Matsoua)

Le pays est foutu


Nous passons des moments durs
Et je ne suis plus tout à fait sûr
Que tout redeviendra pur
Ma haine augmente comme la levure

Au fur et à mesure
Ma peau est pleine d’écorchures
Ma douleur est une déchirure
Dont chaque point de suture
Chaque fracture
Chaque fissure
Chaque ouverture
Fait mauvais augure
De la vie future
Que je passerai derrière ces murs

Mfumu a Mbanza Mbongolo Ramsès,


août 2015

220
CINQUIÈME NUIT EN PRISON
(Au peuple charbon)

Peuple charbon
Peuple déchu
Peuple méprisé
Peuple opprimé
Peuple égorgé

Peuple essoré
Peuple rabaissé
Peuple humilié
Peuple dégradé
Peuple dénigré

Peuple maltraité
Peuple bafoué
Peuple vilipendé
Peuple éploré
Peuple accablé

Peuple affligé
Peuple bouleversé
Peuple court-circuité
Peuple enchainé
Peuple dompté

221
Peuple apprivoisé
Peuple déraciné
Peuple déculturé
Peuple condamné

Écoute l’appel de ta mère


Écoute la voix de l’Afrique
Écoute le tam-tam des ancêtres
Danse au rythme du temps
Danse au rythme du feu
Qui libère de tout aveuglement
Qui libère de l’envoutement
Qui libère de la soumission

Écoute l’appel de ta mère


ô fils de la terre
Grand comme la mer
Est le cœur de ton Seigneur
Rayonnant comme le soleil
Sera ton éveil
Si tu retournes dans la hutte des Ancêtres

Mfumu a Mbanza Mbongolo Ramsès,


25 août 2015

222
SIXIÈME NUIT EN PRISON
(Koongo, qu’es-tu donc devenu ?)

Koongo,
Pays des bonobos

Koongo,
Héritage de nos Ancêtres

Koongo,
Royaume des Anciens

Koongo,
Terre d’espoir

Koongo,
Patrimoine précieux

Koongo,
Joyeux berceau

Koongo,
Terre commune

Koongo,
Qu’es-tu donc devenu ?

223
Koongo,
Je ne te reconnais plus

Mfumu a Mbanza Mbongolo Ramsès,


26 août 2015

224
SEPTIÈME NUIT EN PRISON
(Sur l’autre rive)

Tu te trompes, mon peuple


Tu te fais des illusions

Tu crois avoir grandi


Mais tu as rétréci

Tu crois avoir grossi


Mais tu as maigri

Tu crois avoir rajeuni


Mais tu as vieilli

Tu crois avoir blanchi


Mais tu as noirci

Tu crois t’être enrichi


Mais tu t’es appauvri

Tu crois t’être fait des amis


Mais tu t’es fait des ennemis

Tu crois avoir réussi


Mais tu as failli

225
Tu crois t’être libéré
Mais tu t’es emprisonné

Tu crois avoir trouvé ta voie


Mais tu t’es perdu

Car vérité et liberté


Sont deux entités

Qui siègent de l’autre côté


À Chimu-Koongo178

Mfumu a Mbanza Mbongolo Ramsès,


23 août 2015

178
Sur l’autre rive (cette métaphore désigne le monde
spirituel. Dans le contexte ci-dessus il désigne une religion autre
que le christianisme : celle de nos ancêtres).
226
ONZE MOIS PLUS TARD
(Mayama, 3 janvier 1942)

Au-delà de ces quatre murs


La verdure de la nature me manque

Le souffle du vent
Qui au paravent
Circulait librement
Dans mes poumons

A été remplacé
Par l’odeur polluée
Des défécations
Et des mictions

Je me sens impuissant
Comme un jeune hérisson
Faible et pal comme un chacal
Est-ce normal ?

J’ai pour pires ennemis


Les cafards, les souris et les fourmis
Qui grignotent mes habits

La guéguerre

227
Que nous nous livrons sans relâche
M’oblige à ne pas fermer l’œil de la nuit

Surtout à minuit
Où tous les chats sont gris
Car ils veillent comme des vautours
Tournent autour et surveillent les alentours

À la moindre faiblesse
À la moindre ivresse
À la moindre caresse de Morphée
Ces voleurs s’emparent de mon dîner

Quelquefois les rats


Ces scélérats
Se servent dans ma chair

Ces mammifères omnivores


Grignotent la peau de mes orteils
Et le bout de mes doigts
Pour y extraire ne fût-ce que l’odeur

L’odeur du dernier repas d’un Ngunza


Qui sera assassiné à la nuit tombée
Pour avoir dit non à l’oppression
Pour avoir tourné le dos à la colonisation

228
Par bonheur, je me suis forgé un ami
C’est grâce à lui que je survis
Mon ami est une pie
Qui tous les matins,
Me redonne la vie,
Le dialogue avec cet oiseau rare
Symbole d’espoir
Me préserve efficacement de l’ennui
De la solitude continue

Des sollicitudes d’une furieuse folie


Qui, en traitre pieuvre
Rêve de prendre ses quartiers
Dans les tréfonds de ma pensée

Bien que je ne puis ni le toucher ni l’approcher


J’ai appris à apprécier ce petit oiseau imaginaire
À sa juste valeur et à considérer son chant matinal
Comme une salutation amicale

Très cher oiseau


Puisse tes ailes d’ange me porter haut
Quand ces humains aux cœurs d’animaux
Me feront la peau sous le drapeau

229
Puissent tes yeux observer
Pour ne point oublier
La cruauté des étrangers
Sur la terre de mes Ainés

Puissent tes oreilles enregistrer


Chaque mot prononcer
Pour mieux les restituer
À la proche parenté

Puisse enfin ton bec rendre témoignage


Des larmes et du sang versé
Des querelles et des luttes menées
Pour le salut de la postérité

Mfumu a Mbanza Mbongolo Ramsès,


25 août 2015

230
UN ROI DÉBUSQUÉ
(Cinquième prophétie)

Vos noms seront défigurés


Leur sens sera supplanté par le non-sens

Sous le coup de la vodka


Le Koongo sera débaptisé
Le « Ka » sacré hérité du haut royaume 179
De Toutankhamon
Et qui rappelle nos égyptiennes origines
Sera stratégiquement remplacé par la lettre « C »
Dont l’anagramme phonétique est « S »
Ce, afin que le nom royal : « Koongo »,
Soit physiquement réduit à « Congo »,
Mot vide de sens
Et qui tactiquement
Ote sa couronne au « royaume »
Pour n’en faire qu’un territoire sans âme
Un territoire dépourvu d’histoire
Une nation vierge,

Née des cendres d’une ancienne colonie


Que les pilotes d’OVNI

179
L’Égypte vis-à-vis du royaume Koongo, le terme « haut »
désignant l’antériorité.
231
Venus de l’hexagone
Auront nommé « Moyen Congo »,
Un mot qui, une fois de plus,
Ne veut absolument rien dire

Le « Koongo » des « Mbemba180 »


Sera désormais appelé
« Congo » des « mbé-ba181 »
Le « Koongo » du « Mpemba182 »
Sera désormais nommé
« Congo » des « mbé-ba »
Le « Koongo » des « Bi-bâ »
Sera dorénavant rebaptisé
« Congo » des « bâ-bi183 »
Les « Bi-bâ » !
Voilà un mot miroir
Qu’ils voudront rapidement effacer de la mémoire
« Bi-bâ » dont la syllabe « Bâ » qui,
À l’instar du « Ka »,

180
Aigle (Phénix par extension).
181
Désordre au sens large du terme : social, économique,
administratif et politique.
182
Pays des Bâ, Terre Blanche (au sens de la lumière) encore
appelé Koongo-dia-ma-Zulu.
183
Les mauvais. Ce nom était attribué aux peuples cannibales,
nomades et forestiers aujourd’hui considérés comme autochtones,
et qui préférait vivre, en forêt, à l’état de nature plutôt que de
s’organiser en société civilisé ou en royaume.
232
Est un patrimoine hérité du Haut royaume,
Représente les âmes des morts,
Gardiens du Temple,
Gardiens de la tradition,
Symbolisés par un oiseau fabuleux
À tête humaine,
Esprits transcendants,
Libérés de l’emprise de la matière,
Promeneurs de l’astral,
Pour qui, l’au-delà,
De leur vivant,
N’avait plus aucun secret.

Spirituellement, le mot Koongo


Sera donc réduit à Songo,
Ou pour mieux le dire, à Nsongo,
Forme contractée de Mousongo
Qui avec l’évolution de la langue Koongo
Sera prononcé « Missongo »,
Cependant, son sens demeurera le même :
« Les douleurs de l’enfantement. »

La langue de l’assaillant
Retentira dans tout le pays
Et votre propre langue
Réduite à un simple dialecte

233
L’étranger, pour prouver sa supériorité
Vous contraindra a entonné,
Le chant, pourtant sacré de votre nation
Dans une langue mielleuse et faite pour diviser

Le premier roi
De ce « Congo » désuni
Un fils de Ngunza,
Converti, malgré lui,
Aux croyances étrangères,
Choisi par son peuple
Et contesté par sa communauté
Pour s’être lancé
En politique avec le signe du crocodile,
Animal amphibie,
Donc disposé à servir
Équitablement la nation et le colon,
Autrement dit à faire émerger
Des eaux du grand fleuve
Les anciennes croyances inondées,

Ce roi sera accusé d’avoir tout volé


Et chassé du trône, tel un pestiféré
Ce roi s’en ira, non sans laisser à son peuple
Qui l’aura ainsi parjuré,

234
Le poids d’une longue malédiction
Lancer sans hésitation

Oh, Youlou184 ! Qu’auras-tu donc volé


Pour mériter ce sort odieux !

Mfumu a Mbanza Mbongolo Ramsès,


24 août 2015

184
Fulbert Youlou, premier président de la République du
Congo. Fondateur en 1956 de l'Union démocratique de défense des
intérêts africains (UDDIA).

235
APPEL AUX GENS DU ROYAUME
(Message des mânes)

Habitants de N’tôtila
Cessez de couiner
Cessez de rêver
Cessez d’hésiter
Arrêtez de sangloter

Fils du Royaume,
Cessez de réfléchir
Venez vous rafraichir
Venez vous enrichir
Laissez-nous vous anoblir

Natif du royaume,
L’heure est venue
De revêtir la tenue,
De manger cru
Et marcher dans la rue

Gens du royaume,
Venez boire à la source
De ceux qui ont versé leur sang
Accomplis mille actions
Pour préserver les traditions

236
Frères du royaume
Ne vous méprenez pas
Venez partager le repas
De ceux qui, avant vous, ont fait le pas
Sur la voie royale du Bungunza

Mfumu a Mbanza Mbongolo Ramsès,


19 août 2015

237
LE CRI DU TAM-TAM

Mon cri n’est point semblable aux plaintes d’un


bélier
Qui vient devant vous greloter de froid
Pour vous accuser du viol de sa laine tendu.

Mon sort est plus crucial

Je suis le tout petit cabri turbulent


Auquel on arrache la peau pour réparer
Le tam-tam que j’ai troué par mégarde

Ma destinée est bien plus triste

Je suis ce tam-tam que l’on bat à longueur de nuits


Et mon bourreau
Le sacrifice, c’est moi

À tout festin, je tiens lieu d’offrande


Pire, ma peau de tam-tam a l’atroce devoir
D’égayer ceux qui se régalent de ma chair

Ma désolation est des plus profondes


Mes cris de douleur, mes râles et hurlement
Suscitent la joie immense, le délire

238
Parmi la gente stupide qui chante et qui danse
Pourtant, je suis le prophète de tous les temps

Hélas, je me résigne à ma triste vocation


Fidèle à ce proverbe de chez moi qui dit :
« Le cabri mourra, sa peau continuera à chanter. »

Zounga Bongolo

239
CONTRE VENTS ET MARÉES
(Aux combattants anonymes)

Contre vents et marées


Je cours ma destinée
Contre vents et marées
Je conquiers les années

Comme hier encore, mon calvaire je monte


Contre vents et marées
Mes épaules écrasées
Par le poids de la croix du raciste

N’est-ce pas lui, le Christ


Le sauveur raciste
Qui m’a abandonné
Contre vents et marées ?

Demain pareil, Satan sera à mes trousses


Contre vents et marées
Je poursuivrai ma course
Je ne hais ni les divins ni les satanés

Contre vents et marées


Mon espoir persiste
Contre vents et marées
Ma course est juste
Zounga Bongolo

240
QUE VIENNE LE PHÉNIX DU KOONGO-DIA-
N’TOTILA !

Toi qui passes ton chemin


Écoute les prophéties du tam-tam
Toi qui ne reviendras jamais
Écoute les prédictions du tam-tam

Toi esclave de « Balaam185 »


Rapporte ce récit à ta nouvelle « femme186 »
Toi qui as éteint ta flamme
Puissent ces mots reconstituer ton âme

Naguère, je chevrotais pour annoncer le bonheur


Naguère, je bêlais pour transmettre ma chaleur
Naguère, je bavardais pour réjouir les ménages
Naguère, je bramais pour détendre les méninges

Aujourd’hui, c’est dommage


Nul ne se soucie de mon ramage
Car ce qui fut beau, libre et sauvage
A subi l’outrage et les ravages de l’esclavage

Usant des lettres de ses pages

185
Homme blanc.
186
Culture
241
L’homme venu du lointain a travesti mon message
La sournoise douceur de son linge
A précipité le nègre dans son piège

Pour accomplir ses noirs desseins


L’homme du lointain a encouragé le pillage et le
braquage
Pour parvenir à ses fins
Il m’a farouchement jeté sur la plage

Moi, ce bout de bois,


Qui n’a ni jambes pour marcher sur la voie
Ni bras pour grimper sur les toits

Esseulé, condamné dans une grande cage


Loin des joutes verbales des sages

Désert est mon village


Sur cet inhospitalier rivage

Il n’y a plus de mains affranchies


Du poids des bagages
Pour chauffer ce dos refroidi
Qui souhaite vivement exprimer sa rage

Il n’y a plus de cordages

242
Autour des hanches larges
Pour se trémousser au rythme cardiaque
Des sonorités paradisiaques

Car mon maître a été kidnappé et déporté


Mon seigneur a été froissé et blessé
Mon créateur a été aveuglé et baptisé

Par la grande équipée


En mal de raison
En mal d’outil de persuasion
Et qui soumet par l’épée

Afin qu’au fil des saisons


Le bois d’ébène puisse oublier les lois de sa propre
maison
Afin qu’au fil du temps
Ses descendants pataugent dans la trahison

Afin qu’au fil des âges


La postérité tourne le dos à la nation
Afin qu’au rythme des âges
Ses enfants rejettent leur riche civilisation

Qui portera le bouclier et le heaume ?


Qui recollera les morceaux du royaume ?

243
Qui donc viendra en aide à la nation ?
Qui allumera l’étincelle flamboyante de
l’illumination ?

L’homme qui accomplira cette sage mission


Viendra surement d’une autre dimension
Il portera le glorieux numéro dix
Et sera certainement un phénix

Car il faut avoir un cœur bleu


Et de grandes ailes de feu
Pour fendre le joug d’airain
Qui tient au respect le nègre contemporain

Que vienne le phénix


Qui brisera l’obélisque
Pour libérer « l’odalisque 187 »
De sa prison métallique

Mfumu a Mbanza Mbongolo Ramsès,


21 août 2015

187
Ici l’auteur fait référence à l’Afrique.
244
SERMENT D’UN PRISONNIER D’AMBUILA
(Aux compagnons de détention)

Braves frères enchainés


En bateau convoyés
Sur les mers déchainées

Pauvres sœurs violées


À la nuit tombée
Par l’envahisseur assoiffé

Pauvres enfants abandonnés


Sans guide ni tuteur
À la merci du quotidien

Pauvres mères éplorées


Chagrinées par l’enlèvement
De vos rejetons

Pauvres veuves infortunées


Affectueusement ruinées
Par l’assassinat de vos chers conjoints

Pauvres vieillards stigmatisés


Impuissants devant l’action hostile du colon

245
Prêtres et prophètes bafoués
Par des missionnaires armés

Écoutez la promesse solennelle


D’un guerrier immortel

Retenez ces propos


D’un fils de N’tôtila,
Captif d’Ambouila188

Autant le jour que la nuit


Je remarcherai sur les traces de mes Ancêtres

Autant la nuit que le jour


Je lutterai pour reconquérir notre bien-être

Autant le jour que la nuit


Je délogerai ces larrons de nos terres

Autant la nuit que le jour


Armé de pierres, je bannirai ces pillards venus des
mers

Quoi qu’il arrive


Je ne cèderai nullement à la peur

188
Bataille d’Ambouila (1665)
246
Quoi qu’il m’en coûte
Je défendrai mes valeurs

Qu’il pleuve ou qu’il vente


Mes larmes ne couleront pas en vain

Bon gré mal gré


Mon corps ne sera pas livré comme du pain

Beau temps mauvais temps


Nul ne boira mon sang comme du vin

Bon an, mal an


Je maudirai les fils de Caïn

Éveillé ou endormi
Je honnirai ces prêtres malsains
Qui se font passer pour des saints

En brousse comme en forêt


Je ne décevrai point les miens

En savane comme en montagne


Je ne violerai point mon serment

En ville comme en compagne

247
Je ne serai pas le faible maillon

Dans la pression comme dans la sollicitation


Je ne vaquerai point dans les maudits champs de
coton

Dans la grêle comme dans la neige


Je soumettrai le colon

D’un jour à l’autre


Je retournerai sur la terre de mes ancêtres

Mort ou vif
Je réhabiliterai nos croyances d’antan

Mfumu a Mbanza Mbongolo Ramsès,


août 2015

248
SANG D’AFRIQUE
(Aux nègres contemporains)

Sève des profondeurs


Larmes des hauteurs
Fluide des platitudes
Vapeur des latitudes
Liquides des altitudes
Qui changent nos habitudes

Ta présence est douloureuse


Tu es l’écarlate amoureuse
Qui précède la vie
Et nous arrache à la vie
Toi qui succèdes à la douleur
Et qui ne pardonnes aucune erreur

Sang d’Afrique
Versé sur l’Atlantique
Sang de milliers d’Africains
Déportés par les Portugais et les Français

Sang d’Afrique
Consommé par les requins
249
Sang d’Afrique
Sueur des Afro-américains

Sang d’Afrique
Larmes des Martiniquais
Sang d’Afrique
Tiré des Dominicains

Sang d’Afrique
Extrait des Antillais
Sang d’Afrique
Extorqué des Brésiliens

Sang d’Afrique
Dépouillé des veines des Cubains
Sang d’Afrique
Dispersé en Colombie

Sang d’Afrique
Répandu au Venezuela
Sang d’Afrique
Fierté des Haïtiens

250
Sang d’Afrique
Contraint à devenir chrétien
Sang d’Afrique
Martyrisé par Caïn
N’oublie jamais d’où tu viens

Mfumu a Mbanza Mbongolo Ramsès,


août 2015

251
252
Épilogue

Bungunza ou la décolonisation spirituelle de


l’Afrique est le portrait de la détresse morale et des
douleurs physiques infligées aux Africains en général,
spécialement aux figures emblématiques de la lutte
contre l’oppression coloniale et icônes du Bungunza que
sont Ntinu189 Mvita-Kimpa, Ntinu Kimbagu, Ntinu
Matsoua, Ntinu Bouéta-Mbongo, Ntinu Mabiala-ma-
Nganga, Ntinu Ngounga, Ntinu Nzinga. Le but du jeu a
été de restituer les souffrances du peuple noir avec les
impressions, les sentiments et les émotions de ceux qui
les ont vécus dans leur peau. Cette réflexion qui s’inspire
en partie des témoignages, des anecdotes, des contes, des
légendes et des prophéties Ngunza, a pour vocation de
combler le vide documentaire que les historiens ont
malhonnêtement laissé dans le tissu de l’histoire
africaine. En dépit de son style plus ou moins
pamphlétaire, non seulement cette œuvre ouvre des pistes
de recherche ou lance pêle-mêle des fragments de vérités

189
Saint (e).
253
qui, associés à d’autres, combleront – nous en sommes
convaincus –, les pages vides du puzzle de l’histoire
noire, mais aussi, et surtout, elle pose les questions qui
« fâchent » : l’Église catholique a-t-elle servi ou desservi
l’Afrique ? Devons-nous continuer avec une religion qui
ne nous a que trop exploités ou revenir aux anciennes
« amoures », aux religions africaines qui n’attendent que
notre signal pour nous accueillir à bras ouverts et aider
l’Afrique à combler les trous laissés par des siècles
d’esclavagisme, de religionnisme190, d’ignorance et de
misères imposées par l’Occident ? Devons-nous, en ce
21ème siècle, demeurer dans la servitude spirituelle
volontaire ou choisir l’option de
l’affranchissement complet ? Pauvreté éternelle ou
développement perpétuelle ? Bref, christianisme ou
déchristianisation du continent Africain ?
Étant condamné à faire le choix entre un statu quo
aveuglant ou un schisme clairvoyant, puisse le choix du
nègre contemporain être divinement inspiré, guidé, aidé,
éclairé ! Puisse l’Africain moderne choisir l’option qui
donnera au continent noir ce qu’il y a de meilleur pour
son plein épanouissement !

190
Idéologie qui affirme la supériorité d’une religion, en
prônant souvent l'élimination des autres. Hostilité envers les
personnes d'appartenance religieuse différente. (Ce mot est un
néologisme officieux, une création de l’auteur.)
254
Quel que puisse être son choix, le nègre
contemporain devra garder à l’esprit qu’il est – qu’il le
veuille ou pas – l’héritier d’une culture qui risquerait de
s’éteindre s’il ne prend la mesure de la situation ou
refuse de tirer le bénéfice du sang versé par ses Ancêtres
pour la libération de l’Afrique. Ensemble, frères du
continent, méditons sur cette pensée de Tertullien191 :
«Le sang des martyrs devient la semence de l’Église. »
Que Mfumu-Ngunza, les Balongo et les mânes de nos
Ancêtres bénissent l’Afrique !

AK.

191
Tertullien (v. 155-v. 222), en lat. Quintus Septimius
Florens Tertullianus, premier écrivain chrétien de langue latine.
255
256
DU MEME AUTEUR :

• Les fils du serpent royal, Edilivre


• Le Comte de Fontainebleau, Edilivre
• La danse du patriote, Edilivre
• La saga des rois d’Asgard, Edilivre
• La saga des rois d’Asgard II, éditions du Net
• Les sorciers de l’île Tibau II, Edilivre
• Les sorciers de l’île Tibau III, Edilivre
• Les caprices de Monna Lisa, Edilivre
• Les caprices de Monna Lisa – tome II, éditions du Net
• Les caprices de Monna Lisa – tome III, éditions du Net
• Le Rastaquouère, Edilivre
• Atlantide, le paradis perdu, Edilivre
• Le trésor de Cassandre I, Edilivre
• Le trésor de Cassandre II, Edilivre
• Les gardiens des mystères – tome I, éditions du Net
• Les gardiens des mystères – tome II, éditions du Net
• Bungunza ou la décolonisation spirituelle de l’Afrique,
éditions du Net
• Terrorisme d’Etat – tome I, éditions du Net
• A propos du SNOPRAC – Alliance Koongo

257
Achevé d’imprimer par Corlet numérique
14110 Condé-sur-Noireau
Numéro d’imprimeur : 129502
Dépôt légal : décembre 2016
Imprimé en France
258

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