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(Collection U) Maurice Vaïsse - Les Relations Internationales Depuis 1945-Armand Colin (2008)

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HISTOIRE

Maurice VAISSE

LES RELATIONS INTERNATIONALES


DEPUIS 1945
Maurice Váísse

Les relations
internationales
depuis 1945
Onzième édition

ARMAND COLIN
Collection U
Histoire Contemporaine

Illustration de couverture : France, Paris : le mannequin de cire du violoncelliste


Mstislav Rostropovitch donnant un concert
après la chute du mur de Berlin est exposé, le 14.06.01
au musée Grévin, quelques jours avant sa réouverture
après plusieurs mois de travaux
© Pierre Andrieu/AFP

Maquette de couverture : L’Agence libre

Armand Colin
21, rue du Montparnasse
75006 Paris
© Armand Colin, Paris, 2008

© Armand Colin, Paris, 2005


ISBN 978-2-200-35352-0

Tous droits de traduction, d’adaptation et de reproduction par tous procédés, réservés pour tous
pays. Toute reproduction ou représentation intégrale ou partielle, par quelque procédé que ce soit, des
pages publiées dans le présent ouvrage, faite sans l’autorisation de l’éditeur, est illicite et constitue une
contrefaçon. Seules sont autorisées, d’une part, les reproductions strictement réservées à l’usage privé
du copiste et non destinées à une utilisation collective et, d’autre part, les courtes citations justifiées par
le caractère scientifique ou d’information de l’œuvre dans laquelle elles sont incorporées (art. L. 1 22-4,
L. 122-5 et L. 335-2 du Code de la propriété intellectuelle).
Avant-propos

es relations internationales constituent en elles-mêmes un sujet


L immense ; elles ne se limitent pas à la sphère étatique et concernent tou­
tes sortes d’activités humaines : les flux migratoires, dont le tourisme, les
relations culturelles, les activités économiques. Les courants transnationaux,
en particulier religieux, y jouent leur rôle. Depuis 1945, en outre, les relations
internationales ont connu un développement exceptionnel du fait de la mon­
dialisation des échanges et des communications. On voyage beaucoup plus
facilement et beaucoup plus rapidement. On sait en un instant ce qui se passe
à l’autre extrémité du globe. En un mot, nous vivons dans l’ère « du village
planétaire ».
Le sujet est trop grand pour être embrassé dans son intégralité : les aspects
politiques sont abordés en priorité dans cet ouvrage. Et les acteurs de cette
histoire sont les États ou les organisations gouvernementales.
Cependant, même en faisant l’impasse sur tous les autres aspects, la matière
reste considérable. Pour la clarté de l’exposé, elle est ordonnée par tranches
chronologiques : 1945-1955, 1955-1962, 1962-1973, 1973-1985, 1985-1992,
1992-2001, depuis 2001. À ces périodes correspondent des thèmes domi­
nants : la naissance et la confrontation d’un monde bipolaire ; la coexistence
pacifique ; la détente ; la nouvelle guerre froide ; la fin d’un monde bipolaire,
et la recherche d’un nouvel ordre mondial. Les choix des césures chronolo­
giques et des thèmes sont explicités dans le cours du récit, mais surtout pour
une période si proche, où l’on a du mal à discerner le durable du provisoire,
les dates clés choisies ne sont pas immuables et peuvent être contestées. Le
meilleur exemple réside dans la chronologie de la « guerre froide », à pro­
pos de laquelle les discussions sur la fin de cette période sont indéfinies :
est-ce 1953, avec la mort de Staline ? 1955, avec la coexistence pacifique ?
1962, avec la crise de Cuba ? ou bien 1989, avec l’année de tous les miracles à
l’Est ? En outre, les dates choisies sont de simples repères et non des bornes.
Par exemple, sur sa lancée la détente ne se termine pas en 1973 : elle trouve
son apogée en 1975 lors de la conférence d’Helsinki. Il n’empêche que depuis
1973, le monde ne vit plus tout à fait à l’heure de la détente. Enfin, les césu­
res chronologiques ne valent pas nécessairement pour le monde entier. Avec
l’entrée des mondes extra-européens dans les relations internationales, qui
4 ± Les relations internationales depuis 1945

étaient jusqu’alors le privilège des nations européennes, la « logique » des


cycles varie de l’un à l’autre.
Par-delà l’hétérogénéité de la période, c’est bien ce qui en fait sa spé­
cificité dans l’histoire de l’humanité. Depuis le xvie siècle, l’Europe domi­
nait le monde, le « découvrait », lui imposait ses langues, ses religions, ses
coutumes. Ce phénomène avait abouti au vaste mouvement de colonisation
du xixe siècle. Encore en 1939, la puissance résidait en Occident, même si
certains avaient pu discerner son déclin dès la fin de la Grande Guerre. Après
1945, la puissance ne réside plus en Europe, mais hors d’elle.
Les grands problèmes de la planète cessent de se confondre avec ceux du
monde européen. Sans accorder une importance prépondérante ou exclusive
au critère démographique, certains chiffres donnent à réfléchir. Entre 1950
et 2008, la population du monde est passée de 2,5 milliards d'êtres humains
à plus de 6 milliards 700 millions. La population de l’Europe est passée de
20 % à 10 % de la population mondiale. L’Asie compte aujourd’hui environ
4 milliards d’habitants, dont un milliard 300 millions pour la Chine, plus d’un
milliard pour l’Inde, 165 millions pour le Pakistan et 150 pour le Bangladesh,
128 millions pour le Japon. Les relations internationales sont de moins de
moins influencées par le monde européen et de plus en plus le fait des mon­
des extra-européens*. Dans un système international marqué par la mondia­
lisation, l’équilibre du monde se déplace vers l’Asie, et contrairement à ce
qu’on avait pu imaginer après 1989, les États-Unis n’ont pu instaurer leqr
ordre, et c’est pour l’instant le désordre impérial qui prévaut.

. Le présent ouvrage a été actualisé au 31 août 2008.


Chapitre 1

Naissance et confrontation
d’un monde bipolaire
(1945-1955)

e monde qui naît à la suite de la Seconde Guerre mondiale est profon­


L dément différent de celui d’avant-guerre. Sur le plan des relations inter­
nationales en particulier, cette période marque une césure capitale dans
l’histoire de l’humanité. C’est la fin de la prépondérance européenne. L’ère
des superpuissances commence.
La puissance se déplace du Vieux Monde vers les mondes extra-euro­
péens. Certes, dès la Grande Guerre, cette dérive s’était amorcée. La
Seconde Guerre « mondiale » a d’abord été une guerre européenne. Ruinée,
dévastée, l’Europe est hors d’état de jouer le rôle prééminent qui était le
sien. Les États qui se disputaient la primauté en Europe et dans le monde,
le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne, l’Italie, qu’ils sortent vainqueurs
ou vaincus, ne sont plus des puissances. Les nouveaux Grands, les vrais
vainqueurs, sont les États-Unis d’Amérique et la Russie soviétique. En 1945,
leur suprématie se mesure à la dissémination de leurs forces sur le globe.
Les Américains sont partout, en Europe comme en Asie ; les Russes en
Europe orientale, en Extrême-Orient. Pour un grand nombre d’habitants de
la planète, Américains et Russes deviennent des modèles.
Le changement des pôles de la vie internationale par rapport à l’avant-guerre
constitue, à l’évidence, un bouleversement ; mais la transformation va plus loin.
Elle concerne la nature même des rapports de force. Les grandes puissances
européennes étaient des États moyens par leur population, leur superficie et
leurs ressources. Les nouvelles grandes puissances sont des États géants.
De plus, plusieurs pays d’Europe avaient trouvé dans l’expansion coloniale
un prolongement qui faisait d’eux non seulement des puissances mondia­
les, mais aussi des États plus riches et plus peuplés. La guerre fait perdre
6 A Les relations internationales depuis 1945

à l’Europe son prestige auprès des peuples coloniaux et relance les mouve­
ments d’émancipation qui existaient çà et là.
Au concert européen succède un directoire des « trois Grands », Américains,
Anglais et Russes qui renforcent leur concertation à partir de 1943 et vont régler
le sort du monde d’après-guerre par les conférences de Yalta et de Potsdam.
Mais l’alliance étroite de la guerre fait place à la méfiance de l’immédiat après-
guerre et à la confrontation brutale. Ce n’est pas un monde uni qui sort de la
guerre, c’est un monde bipolaire.

La paix manquée (1945-1947)


Après six années de guerre, les Alliés veulent perpétuer la solidarité entre les
« Nations unies », régler les questions nées du conflit et assurer la paix du
monde par la création d’un organisme international. Mais la naissance d’une
nouvelle hiérarchie mondiale ne signifie pas pour autant le retour à la paix,
car si la grande alliance américano-soviétique permet certaines décisions
communes, elle cède bientôt à la méfiance.

Une nouvelle organisation mondiale


Il s’agit de créer un organisme en profitant de l’expérience de la Société des Nations
(SDN), qui avait échoué dans sa mission au cours de l’entre-deux-guerres. Dans la
charte de l’Atlantique (14 août 1941), le président américain, ED. Roosevelt, avait
esquissé les principes fondamentaux d’un nouvel ordre international. Le 1er jan­
vier 1942, à Washington, une vingtaine de dirigeants, dont Churchill et Roosevelt,
adoptent une déclaration aux termes de laquelle les « Nations unies » s’engagent
à mettre en place, sitôt la guerre finie contre l’Axe, un système de paix et de sécu­
rité. À la conférence de Moscou (19-30 octobre 1943), les représentants de la
Grande-Bretagne, des États-Unis, de la Chine et de l’URSS proclament la nécessité
d’établir aussitôt que possible « une organisation générale fondée sur le principe
d’une égale souveraineté de tous les États pacifiques ». Lors de la conférence de
Téhéran (8 novembre-2 décembre 1943), les trois Grands - Churchill, Roosevelt
et Staline - conviennent de mettre sur pied cette organisation, ce qui est fait par
des experts à la conférence de Dumbarton Oaks (septembre-octobre 1944).
Quatre mois plus tard, à la conférence de Yalta (4-11 février 1945),
Churchill, Roosevelt et Staline résolvent certaines questions épineuses,
comme celle de la représentation de l’URSS. Celle-ci, prétextant que l’Empire
britannique avec les dominions (comme le Canada, l’Australie, etc.) consti­
tue une entité unique dont néanmoins chacun des États est membre à part
entière, veut avoir autant de sièges dans la nouvelle organisation qu’il y a
de Républiques fédérées, c’est-à-dire 15 ; en fait, elle en obtient 3 : pour la
Fédération, l’Ukraine et la Biélorussie (ou Russie blanche). Les trois Grands
conviennent de tenir une conférence constitutive de l’Organisation des
Nations unies à San Francisco en avril-juin 1945.
Naissance et confrontation d’un monde bipolaire (1945-1955) ▼ 7

La création de l’ONU
L’ONU est définitivement fondée par la charte de San Francisco, signée
le 26 juin 1945 par cinquante États, où transparaissent les préoccupations de
ses créateurs. Il s’agit de créer une organisation efficace, réellement représen­
tative et dotée de larges compétences.
A Yalta, les trois Grands ont introduit dans le projet les dispositions qui
garantissent le maintien de leur prééminence. La Société des Nations était
paralysée par le principe d’unanimité. La nouvelle organisation doit être diri­
gée par un directoire de grandes puissances, membres permanents du Conseil
de sécurité et disposant d’un droit de veto (États-Unis, URSS, Royaume-
Uni, Chine, France). L’Assemblée générale incarne la démocratie à l’échelle
internationale, limitée par l’exercice du pouvoir des membres permanents à
condition qu’ils restent solidaires ou qu’ils aboutissent à un compromis.

L’organisation interne de l’ONU


Le Conseil de sécurité
Outre les 5 membres permanents, comprend des membres non permanents,
élus pour deux ans : au total, le Conseil comprend 11 membres en 1946, 15 à
partir de 1966. Son rôle est prépondérant pour les questions de maintien de la
paix et de la sécurité. Il peut prendre des résolutions qui imposent des obliga­
tions aux Etats. Il peut aussi adopter à la majorité des mesures plus ou moins
contraignantes, qui sont des « décisions ».
L’Assemblée générale r
Composée des délégués de tous les Etats membres (l’ONU compte 51 membres
en janvier 1946), elle élit les membres non permanents du Conseil de sécurité et
admet les nouveaux membres. Sa compétence est très étendue, mais elle ne peut
agir que par la voie de « recommandations » qui doivent être prises à la majorité
des deux tiers des membres présents et votants. L’Assemblée, sur proposition
du Conseil de sécurité, nomme le secrétaire général (le secrétariat est l’organe
administratif des Nations unies) qui joue un rôle de coordination, et peut avoir
un rôle politique important. À la suite d’un compromis soviéto-américain, c’est
le Norvégien Trygve Lie qui accède à ce poste.
D’autres organismes des Nations unies ont des compétences définies, comme le
Conseil de Tutelle pour le contrôle de l’administration des territoires coloniaux,
le Conseil économique et social, et la Cour internationale de Justice, qui siège
à La Haye.
Sont aussi rattachées diverses institutions spécialisées à l’ONU, comme le Fonds
monétaire international, la Banque internationale pour la Reconstruction et le
Développement, l’Organisation du ravitaillement et de l’agriculture (FAO), (’Orga­
nisation des Nations unies pour l’Éducation, la Science et la Culture (UNESCO).
Les secrétaires généraux de l’ONU
2 février 1946-10 novembre 1952 : Trygve LIE (Norvégien)
8 A Les relations internationales depuis 1945

31 mars 1953-18 septembre 1961 : Dag HAMMARSKjÔLD (Suédois)


3 novembre 1961-31 décembre 1971 : Sithu U THANT (Birman)
1erjanvier 1972-31 décembre 1981 : KurtWALDHEIM (Autrichien)
Vjanvier 1982-1er janvier 1997 : Boutros BOUTR.OS-GHALI (Égyptien)
1 "janvier 1997-1er janvier 2007 : Kofi ANNAN (Ghanéen)
Depuis le 1er janvier 2007 : Ban KI-MOON (Sud-Coréen)
Les États membres des Nations unies
(voir liste page 262) ■

Sa paralysie
Très vite, cependant, la rupture du front des vainqueurs paralyse le fonction­
nement de l’ONU. Le 19 janvier 1946, la Grande-Bretagne et les États-Unis
soutiennent une plainte adressée au Conseil de sécurité par le gouverne­
ment iranien contre l’URSS qui continue d’occuper l’Azerbaïdjan iranien, en
contradiction avec tous ses engagements.
À la Commission de l’énergie atomique de l’ONU, créée le 14 janvier 1946,
les États-Unis présentent le plan Baruch qui propose de remettre à un orga­
nisme international l'autorité pour le développement atomique, la propriété
des mines d’uranium et la mise en place d’un contrôle efficace, préalable à
l’arrêt de la production de bombes. Les Soviétiques repoussent le projet et
préconisent l’interdiction de l’usage de l’énergie atomique à des fins militai­
res et la destruction des bombes existantes. L’atmosphère est d’autant pluS
lourde que les affaires d’espionnage entretiennent une vive méfiance.

La conférence de Yalta (4-11 février 1945)


Elle réunit Churchill, Roosevelt et Staline qui résolvent les problèmes de
l’occupation de l’Allemagne et du gouvernement de la Pologne, alors que la
guerre n’est pas encore terminée.
¡Allemagne serait occupée par les armées des trois grandes puissances
qui s’attribuent une zone d’occupation, selon l’avance supposée des troupes
alliées en territoire allemand. Les Soviétiques recevraient le Mecklembourg, la
Poméranie, le Brandebourg, la Saxe-Anhalt, la Thuringe et les territoires situés
plus à l’est. Les Britanniques occuperaient le Nord-Est de l’Allemagne, y compris
la Ruhr ; les Américains, le Sud. Berlin constituerait un îlot à part, enclavé dans
la zone d’occupation soviétique. À condition que la zone d’occupation fran­
çaise soit prélevée sur les zones anglaise et américaine, Staline accepte que la
France soit puissance occupante à part entière et fasse partie de la Commission
de contrôle interalliée avec des droits égaux à ceux des autres.
La Pologne serait administrée par un gouvernement d’unité nationale issu
du comité de Lublin, prosoviétique, élargi à quelques membres du comité de
Londres, pro-occidental. On crée aussi une Commission des réparations pour
évaluer le montant de ce que les Allemands devraient payer à leurs victimes.
Naissance et confrontation d’un monde bipolaire (1945-1955) ▼ 9

L’Europe en 1947

Frontières de l'Allemagne 1
Frontières de fa Pologne j en ’“37
Frontières de 1947
Partage de l'Allemagne
République démocratique allemande
République fédérale allemande
O Partage de Berlin
Sarre, reliée économiquement à la France
Territoires italiens attribués FINLAND Gains territoriaux
à la Yougoslavie Base
de rU.R.S.S.
État libre de Trieste 4 NORVÈGE Pokkala
Oslo f concédée Helsinki
1947-1954 & à IU.RS.Sl*

IRLANDE -,
A ÔJjStockolm ESTONIE

DU NORD
LETTONIE ’o Moscou
DANEMA^ÎK^b
RÉPUBLIQUI
D'IRLANDE »Dublin LITUANI
Q Dantzig onigsberg
U. R. S. S.
Stetti
POLOGN

ELGIQUE Breslau
Ibucovineounord
LUX
Prague
BESS ARABI
SARR

udapest UKRAINE
FRANCE UTRICH SUBCARPATIQUE
HO GR
Trieste ISTRI ROUMANIE
Fiume Bucarest DOBROUDJA
MÉRIDIONALE
PORTUGA Zara Belgrade à la Bulgarie
YQUGOSLAVI BULGARIE
Madrid ectification
de frontières
au orofit de Rome' Ankara
rance O
ESPAGNE
TURQUIE

‘vMalte(G-B)

Source : L’Histoire contemporaine depuis 1945, R. Aron, Larousse.

Et l’on adopte une « déclaration sur l’Europe libérée », par laquelle on prévoit
d’organiser, dans tous les territoires européens libérés, des élections ouvertes
à tous les partis démocratiques et contrôlés par des représentants des trois
grandes puissances.
À Yalta, l’atmosphère est encore bonne, mais les signes d’une déchirure se
multiplient dans les mois qui suivent.
C’est d’abord l’établissement de l’emprise soviétique sur la Roumanie par la
mise en place d’un gouvernement communiste homogène (27 février 1945),
ensuite les arrière-pensées des chefs militaires alliés lors de la ruée sur les réduits
de résistance nazis. Une fois le Rhin franchi, le 23 mars, la tentation est grande
pour les troupes américaines de foncer sur Berlin pour y arriver les premières.
Le commandement américain laisse cependant les Soviétiques s’emparer
de la capitale du Reich et libérer la Tchécoslovaquie. Il accepte néanmoins la
capitulation d’armées allemandes à l’Ouest, comme celle d’Italie commandée
10 A Les relations internationales depuis 1945

La Pologne de 1939 à 1945

............... Ligne CURZON (1919) Le glissement de la Pologne vers ('Ouest


Les frontières de la Pologne V////X Territoires cédés à l'URSS
............... Le 1er septembre 1939 Territoires enlevés à l'Allemagne
------------ en 1945

Source : Le Monde.

par le maréchal Kesselring (avril 1945), et surtout la capitulation générale


le 7 mai 1945, signée à Reims au PC du général Eisenhower par le maré­
chal Keitel en présence d’un général soviétique. Malgré cela, Staline tient à
ce que le maréchal Keitel signe de nouveau la capitulation sans condition de
l’Allemagne au nom du nouveau chef de l’État allemand, l’amiral Dônitz, à
Berlin, le 9 mai au PC du maréchal Joukov.
La conférence de Potsdam (17juillet-2 août 1945)
Six mois à peine après la conférence de Yalta, une conférence au sommet réunit
les trois vainqueurs de l’Axe à Potsdam. Mais le monde entre-temps a beau­
coup changé. Roosevelt est mort le 12 avril, et avec lui l’idée de maintenir la
grande alliance ; son successeur H. Truman va devenir plus méfiant à l’égard de
l’Union soviétique. La capitulation de l’Allemagne et le succès de l’expérience
de la première bombe atomique ont bouleversé les données de la situation.
Naissance et confrontation d’un monde bipolaire (1945-1955) ▼ 11

Truman n’a plus autant besoin du concours de Staline dans sa lutte contre le
Japon. Quant à Churchill, présent à l’ouverture de la conférence, il est remplacé
après les élections anglaises gagnées par les travaillistes par le nouveau Premier
ministre Clément Attlee. Avant que cela soit rendu définitif par un traité de
paix, Staline impose un profond remaniement de la carte politique de l’Europe
orientale. L’URSS obtient le détachement du territoire allemand de la région de
la Prusse orientale : la partie nord, autour de la ville de Königsberg - rebaptisée
Kaliningrad -, est annexée par l’URSS et la partie sud-est remise à la Pologne.
C’est le territoire de la Pologne qui subit le plus de modifications. Comme
frontière orientale, l’URSS impose « la ligne Curzon » (du nom de lord Curzon,
secrétaire au Foreign Office, qui avait négocié en 1919 les frontières orientales
de la « nouvelle Pologne ») qui maintient dans l’orbite de Moscou tous les
territoires ukrainiens et biélorussiens. À l’Ouest, l’URSS obtient de laisser
la Pologne administrer tous les territoires allemands situés à l’est du fleuve
Oder et de la rivière Neisse occidentale, c’est-à-dire la Poméranie et la Silésie.
Les Occidentaux, qui avaient proposé un tracé plus « occidental » de la fron­
tière, acceptent provisoirement la ligne Oder-Neisse, jusqu’à la conclusion
d’un traité de paix. Mais les Soviétiques font tout pour pérenniser cette situa­
tion. Dès le 17 août, ils signent avec la Pologne un accord sur la délimitation
des frontières. Du coup, la Pologne passe de 388 000 km2 à 310 000 km2. Plus
de deux millions d’Allemands sont expulsés des territoires annexés. Deux
millions de Polonais sont rapatriés des territoires cédés à l’URSS.
Pour élaborer les traités de paix, les trois Grands décident la création d’un
organisme appelé Conseil des ministres des Affaires étrangères, composé
des représentants des cinq grandes puissances ayant le droit de veto à
l’ONU. Ce Conseil se réunit à plusieurs reprises : en avril 1946 à Paris, en
novembre-décembre 1946 à New York, en mars-avril 1947 à Moscou et enfin
en décembre 1947 à Londres, mais n’aboutit à aucune conclusion positive.

Les traités de paix


La conférence de Paris (juillet-octobre 1946) permet aux vainqueurs d’élabo­
rer des traités avec les cinq satellites de l’Allemagne (l’Italie, la Roumanie, la
Bulgarie, la Hongrie et la Finlande).
Avec l’Italie deux questions épineuses se posent : que faire des colonies
italiennes (Libye, Erythrée, Somalie) ? L’Union soviétique revendique une
tutelle sur la Tripolitaine. Le Royaume-Uni propose l’octroi de l’indépendance.
Finalement, on décide d’ajourner toute décision. En ce qui concerne Trieste,
disputée entre les Yougoslaves soutenus par les Soviétiques et les Italiens par
les Anglo-Saxons, elle fait l’objet d’un long débat diplomatique. Le traité de
Paris crée le territoire libre de Trieste, sous la tutelle de l’ONU. Mais cette
solution ne se révèle pas viable. Français, Anglais et Américains proposent
12 A Les relations internationales depuis 1945

en mars 1948 le retour du territoire libre de Trieste à 1 Italie ; Soviétiques et


Yougoslaves refusent ; et le statu quo est maintenu.
La Roumanie, qui perd la Bessarabie et la Bukovine du Nord au profit de
l’URSS et qui récupère la Transylvanie sur la Hongrie, n’a plus qu une étroite
façade maritime sur la mer Noire. La Bulgarie est ramenée à ses anciennes
frontières. Les clauses sont beaucoup plus dures pour la Hongrie qui revient
à ses frontières de 1920 ; celle-ci perd la Transylvanie, rendue à la Roumanie,
et la Ruthénie subcarpatique, annexée par l’Union soviétique, le sud de la
Slovaquie au profit de la Tchécoslovaquie, qui en expulse les habitants hon­
grois. La Finlande doit céder 43 700 km2 aux Soviétiques, qui la soumettent
à de lourdes réparations. En revanche, la conclusion de traités de paix avec
l’Allemagne, l’Autriche, le Japon semble plus difficile à atteindre.
[^Allemagne en particulier est l’objet d’un débat permanent et contra­
dictoire. La tutelle sur l’Allemagne, telle qu’elle est conçue en juin 1945, est
commune aux quatre puissances ; elle implique l’existence d’une autorité
suprême : le Conseil de contrôle composé des quatre commandants en chef.
Son siège, Berlin, est divisé en quatre secteurs, mais une autorité interalliée
de gouvernement, la Kommandantura, subordonnée au Conseil de contrôle,
assure l’administration de la ville. La tutelle commune suppose surtout l’en­
tente sur une politique. Mais si l’on y parvient pour l’objectif final, extirper le
national-socialisme et assurer la victoire de la démocratie en Allemagne, on
est en désaccord à peu près sur tout le reste.
D’abord sur le problème du territoire, que les alliés ont l’intention non seu­
lement d’occuper, mais aussi de tronçonner et de démembrer. Le 9 mai 1945,
Staline abandonne l’idée d’un démembrement de l’Allemagne et contraint les
Anglo-Américains à l’imiter. Tandis que ceux-ci souhaitent réinsérer l’Allema­
gne dans le concert des nations par l’unification économique de leurs zones - la
mise en vigueur de la bi-zone date du 17 décembre 1947 -, les Français, suivant
en cela la politique définie par le général de Gaulle, refusent toute idée d’unifica­
tion tant que n’auront pas été satisfaites leurs exigences et réclament le contrôle
de la Sarre ainsi que l’internationalisation de la Ruhr. On décide de prélever
les réparations, dont le principe avait été admis à la conférence de Yalta, sur le
potentiel industriel par le moyen de démontages d’usines. La France réclame
une application stricte des réparations, en particulier en charbon de la Ruhr.
De leur côté, les Soviétiques effectuent de larges prélèvements dans leur zone
d’occupation. Au régime de type marxiste (nationalisation, laïcisation du régime
scolaire et réforme agraire radicale) que les Soviétiques y établissent, les trois
puissances occidentales opposent la résurrection d’institutions politiques et éco­
nomiques libérales dans les zones quelles contrôlent. L’impuissance frappe alors
l’organisation quadripartite au niveau du Conseil de contrôle comme à celui de
la Kommandantura. Institué pour juger les criminels de guerre nazis, le tribu­
nal interallié de Nuremberg (20 novembre 1945-1er octobre 1946) prononce sa
Naissance et confrontation d’un monde bipolaire (1945-1955) ▼ 13

sentence (12 condamnations à mort, 7 à la prison), mais c’est le dernier acte


solidaire des alliés concernant la question allemande. L’Allemagne est devenue
un enjeu des relations internationales de l’après-guerre.
Les premières frictions
Bref, entre les alliés la confiance ne règne pas. La volonté de Staline de consti­
tuer un glacis autour de l’Union soviétique est évidente. La Pologne, où l’influence
soviétique et marxiste élimine systématiquement l’influence occidentale, en fait
les frais et cette affaire provoque les premières frictions graves entre Moscou d’une
part, Washington et Londres de l’autre. Des deux côtés, le temps est au durcisse­
ment. Quand le 5 mars 1946, Winston Churchill, qui n’est plus Premier ministre,
évoque dans son discours de Fulton (Missouri) « le rideau de fer qui, de Stettin
dans la Baltique à Trieste dans l'Adriatique, s’est abattu sur notre continent », il
désigne clairement le danger qui menace le monde : la tyrannie soviétique. Tout
en ajoutant qu’il ne croit pas que la Russie désire la guerre, mais les fruits de la
guerre et une expansion illimitée de sa puissance et de sa doctrine, il en appelle à la
vigilance et au renforcement des nations occidentales. De son côté, l’ambassadeur
américain à Moscou, George Kennan, souligne dans un rapport que le premier
impératif de la diplomatie américaine à l’égard de l’Union soviétique doit être « de
contenir avec patience, fermeté et vigilance ses tendances à l’expansion ».
Faut-il faire des concessions aux Soviétiques ou faut-il au contraire les
empêcher d’aller plus loin ? Cette dernière orientation finit par l’emporter.
L’esprit de Riga, capitale de la Lettonie - la tendance des diplomates améri­
cains comme Charles Bohlen et George Kennan qui ont appris le russe dans
les pays Baltes et sont partisans de la fermeté -, se substitue à l’esprit de Yalta
qui était celui de la conciliation.
Le passage de l’un à l’autre est symbolisé par la démission du secrétaire
d’État, James Byrnes, favorable à la poursuite des négociations avec les
Soviétiques. Son successeur, nommé le 9 janvier 1947, est le général Marshall,
ancien commandant en chef des troupes américaines en Chine. Ainsi, quel­
ques mois après la fin de la guerre, les vainqueurs sont désunis, ils ont échoué
dans leur tâche qui consistait à bâtir un monde nouveau. Et l’Europe n’est pas
le seul terrain de confrontation.

Le retour de la paix au Proche-Orient et en Extrême-Orient


Le Proche-Orient
Le retour de la paix est marqué par le réveil du panarabisme illustré par la
création au Caire de la Ligue arabe (mars 1945) et le début de la décoloni­
sation dans les territoires sous mandats français et britannique, dans un
contexte de rivalité avivée. L’après-guerre sonne la fin des espoirs anglais et
français de perpétuer leur influence au Proche-Orient. Du côté français, le
général de Gaulle veut tout à la fois amener à l’indépendance la Syrie et le
14 A Les relations internationales depuis 1945

Liban — territoires de l’ancien Empire ottoman qui avaient été confiés à la


France par la Société des Nations en 1919 — et obtenir des garanties pour les
intérêts économiques, culturels et stratégiques de la France dans la région.
Les incidents qui dégénèrent en mai 1945 aboutissent à l’intervention des
Britanniques intimant l’ordre aux Français de faire cesser le feu et à une
tension entre les deux alliés, la France suspectant la Grande-Bretagne de
profiter de son affaiblissement pour l’exclure du Moyen-Orient. Finalement,
troupes françaises et britanniques sont retirées dans l’été 1946.
EÉgypte, de son côté, compte obtenir de l’Angleterre la révision du traité de
1936, qui lui avait accordé une complète indépendance, sauf dans le domaine
de la politique étrangère, le retrait des troupes britanniques de la zone du
canal de Suez et l’intégration du Soudan anglo-égyptien dans l’État égyptien.
Les négociations entamées en 1946 aboutissent à une impasse. Il en est de
même entre l’Angleterre et l’Irak, dont le gouvernement décide de renoncer
au traité signé en janvier 1948 qui concédait des avantages stratégiques à la
Grande-Bretagne. En définitive, le seul allié sûr des Anglais est l’émir Abdallah
de Transjordanie qui, dans le traité d’alliance valable pour vingt-cinq ans signé
en mars 1946, accepte le stationnement de troupes britanniques.
En Iran, occupé pendant la guerre par les Britanniques et les Soviétiques,
l’évacuation des troupes étrangères suscite bien des difficultés sur fond de
rivalités pétrolières. Les troupes anglaises et américaines évacuent, mais les
Soviétiques maintiennent les leurs et suscitent des mouvements autonomis­
tes en Azerbaïdjan et au Kurdistan. Dans un climat de vive tension, le gouver­
nement iranien, soutenu par les Anglais et les Américains, réussit à réduire
les mouvements centrifuges et à se débarrasser des Soviétiques.
La Turquie, qui a déclaré in extremis la guerre à l’Allemagne, est l’objet
d’une vive pression soviétique pour obtenir des rectifications de frontières
en Anatolie, la révision des accords de Montreux (1936) sur la navigation en
mer Noire et la défense des détroits, ainsi qu’une « orientation plus amicale »
de sa politique. Aux exigences de Staline énoncées le 7 août 1946, Truman
réplique aussitôt par l’envoi de puissants moyens navals.
En Grèce - placée sous le contrôle militaire anglais -, les rivalités nées
de la guerre et de l’occupation dégénèrent en une véritable guerre civile en
Macédoine où Yougoslaves et Bulgares encouragent des mouvements sépara­
tistes. Les Britanniques n’en doivent pas moins employer la force pour restau­
rer la monarchie, tout en concédant l’effacement provisoire du roi. L’arrivée
de l’Armée rouge dans les États voisins, l’implantation de régimes commu­
nistes aux frontières nord de la Grèce, l’aggravation de la guerre froide relan­
cent une guerre civile impitoyable. En Méditerranée et au Proche-Orient où
leur influence est contestée et leur autorité bafouée, les Britanniques sont
contraints de renoncer à leur prépondérance. C'est l'un des aspects de la
relève de l’influence européenne dans le monde.
Naissance et confrontation d’un monde bipolaire (1945-1955) ▼ 15

L’Extrêm e-Orient
La défaite du Japon est scellée par la capitulation annoncée le 15 août 1945
par l’empereur Hiro-Hito. Elle bouleverse toute la situation en Asie du Sud-
Est. Le Japon lui-même est soumis au contrôle des États-Unis. En Chine,
les communistes dirigés par Mao Tsê-Tung raniment la guerre civile contre
le gouvernement de Tchang Kaï-Chek.
Au Japon, le général MacArthur - commandant suprême au nom des
puissances alliées - met en œuvre des réformes radicales tendant à le démo­
cratiser, à y détruire la prépondérance des grands trusts familiaux, les zai-
batsu, à prélever les réparations, à assurer l’occupation, à démanteler son
potentiel militaire. L’empereur Hiro-Hito n’est pas traîné comme criminel
de guerre devant la Justice alliée. Il est même placé au cœur de la nouvelle
constitution, comme symbole d’une nation démocratique. La politique dic­
tatoriale de MacArthur aboutit à écarter les autres puissances du règlement
de la paix au Japon. Conformément aux décisions des conférences du Caire
(1943) et de Yalta, le Japon perd de nombreux territoires : la Mandchourie et
l’île de Formose récupérées par la Chine, la Corée qui devient indépendante
mais divisée et disputée ; la partie sud de l’île de Sakhaline, la base de Port
Arthur et les îles Kouriles cédées à l’URSS, une partie des îles Ryu Kyu, les îles
Carolines et les îles Mariannes qui passent sous contrôle des États-Unis.
La Chine ne retrouve pas la paix, du fait de l’action soviétique en Mandchourie
et de la reprise de la guerre civile. Les accords sino-soviétiques d’août 1945
aboutissent à lier la Chine à l’URSS dans une alliance contre le Japon et à concé­
der aux Soviétiques des facilités concernant le chemin de fer de Mandchourie
et les bases navales de Port Arthur et Dairen. Après la déclaration de guerre au
Japon, les troupes soviétiques occupent la Mandchourie, qui était aux mains
des Japonais, et s y installent, favorisant la prise du pouvoir par les communistes
chinois. D’ailleurs, un peu partout en Chine la guerre civile se développe. Malgré
l’arbitrage de l’ambassadeur américain, le général Marshall, Tchang Kaï-Chek
veut réduire les partisans de Mao Tsê-Tung. Les incertitudes de la politique
américaine vont mener les dirigeants du parti nationaliste Kouo-min-tang, cor­
rompus et impopulaires, à la défaite face aux communistes en 1949.

La désunion des alliés


Beaucoup de problèmes ne sont donc pas réglés. Entre les alliés, et singu­
lièrement entre les États-Unis et l’URSS, la désunion succède à l’alliance.
La tension s’accroît, et deux blocs vont naître qui s’opposent l’un à l’autre
dans tous les domaines. Cette confrontation de deux blocs, l’un mené par les
États-Unis, l’autre par l’Union soviétique, semble à tous moments suscepti­
ble de dégénérer en un conflit ouvert et généralisé. Mais la troisième guerre
mondiale n’éclatera pas. Ce sera la « guerre froide ».
16 A Les relations internationales depuis 1945

À qui la faute ? On a invoqué le partage du monde à Yalta. En fait, en


février 1945, la carte de guerre dicte déjà largement les options de 1 après-
guerre, les Soviétiques ayant de larges atouts à faire prévaloir. D autre part, la
déclaration sur l’Europe libérée doit permettre une évolution démocratique
que les événements vont démentir. Donc, c’est moins les accords de Yalta que
leur non-respect qu’il faut incriminer.
Certains historiens attribuent à l’URSS la responsabilité de la rupture. Les
Soviétiques n’ont pas tenu tous les engagements pris à Yalta (en particulier la
déclaration sur l’Europe libérée) et ils ont mené une politique expansionniste
à laquelle les Américains ont dû réagir. D’autres rejettent au contraire les res­
ponsabilités sur les Américains. Ils expliquent l’expansionnisme soviétique
par la nécessité de contrer la politique hégémonique menée par les Etats-
Unis depuis 1945.

La guerre froide (1947-1955)


Deux ans après la fin de la guerre, l’Europe est coupée en deux blocs poli­
tiques et idéologiques, avec au Centre et au Nord quelques États qui res­
tent neutres. En Europe de l’Est, l’URSS engage à partir de 1947 une brutale
soviétisation. Les démocraties populaires sont mises au pas. Staline trouve
toutefois les limites de son empire en Yougoslavie, en Finlande et en Grèce.
Les États de l’Europe occidentale, qui ont choisi de s’alliéf aux États-Unis,
reconstruisent leur économie grâce au plan Marshall et s’engagent à tâtons
dans la voie de la coopération européenne.

La naissance des deux blocs


La relève américaine
L’année 1947 marque réellement une coupure. Les problèmes se multiplient en
Asie et en Europe. En Chine, la guerre civile tourne à l’avantage du communiste
Mao Tsê-Tung aux dépens du nationaliste Tchang Kaï-Chek. L’Indochine est en
proie à une guerre coloniale depuis la fin de 1946 et le sort de la Corée n’est pas
réglé. La situation de l’Europe et de ses alentours n’est pas meilleure. Des trou­
bles secouent la Turquie directement menacée par les visées de Moscou sur les
détroits de la mer Noire et sur les districts frontaliers de Kars et d’Ardahan. En
Grèce, depuis 1946, des maquis communistes s’opposent au gouvernement roya­
liste légal d’Athènes soutenu par les Britanniques qui y maintiennent 40 000 hom­
mes. A la fin de 1946, la situation est critique car la guérilla communiste menée
par le général Markos est facilement aidée par les trois États frontaliers de la
Grèce au nord : la Bulgarie, la Yougoslavie et l’Albanie. Et la Grande-Bretagne
qui fournissait aux gouvernements grec et turc une aide militaire et financière,
Naissance et confrontation d’un monde bipolaire (1945-1955) ▼ 17

constate qu elle ne peut plus faire face en Méditerranée orientale. Elle continue à
occuper l’Égypte, Chypre, l’Irak, la Transjordanie, la Palestine. Le 24 février 1947,
l’ambassadeur britannique à Washington informe le Département d’État que les
troupes britanniques seraient prochainement retirées de Grèce. En Palestine, qui
est encore sous mandat britannique, l’hostilité règne entre les Juifs qui veulent
créer un foyer national et les Arabes palestiniens soutenus par les États arabes
voisins. La Grèce, la Turquie, le monde arabe vont-ils à leur tour tomber sous
la domination communiste ? Et que va-t-il advenir de l’Europe de l’Ouest dont
l’économie doit être reconstruite ?
Pour la Grande-Bretagne, ruinée par la guerre et soucieuse de rendre
ses engagements compatibles avec ses possibilités financières, c’est l’heure
de la relève. Voulant alléger ses charges, elle est amenée à limiter ses pers­
pectives mondiales, à décoloniser et à accepter le rôle de brillant second
des États-Unis, déguisé sous le nom de « spécial relationship ». Pour les
États-Unis, attachés par tradition à ne pas s’engager hors d’Amérique, en
particulier en Europe, et tentés par un nouveau repli après une guerre dont
ils sortent la nation la plus puissante du monde, l’heure des responsabilités
internationales est arrivée.
C’est dans ces conditions que, le 12 mars 1947, le président Truman déclare
au Congrès que les États-Unis sont prêts à prendre le relais des Britanniques en
Grèce et en Turquie et lui demande donc de voter des crédits : « Le moment est
venu de ranger les États-Unis d’Amérique dans le camp et à la tête du monde
libre. » Truman franchit ainsi le pas qui mène son pays de l’isolationnisme,
traditionnel à la direction du monde occidental. Les principes de la nouvelle
politique extérieure américaine sont simples : c'est le maintien de la paix, la
diffusion de la prospérité et l’extension progressive du modèle américain.
Lors de la session du Conseil des ministres des Affaires étrangères qui se
tient à Moscou (mars-avril 1947) aucun accord ne se dégage sur le futur sta­
tut politique de l’Allemagne. Au désaccord succède bientôt la méfiance.
Dans plusieurs pays d’Europe de l’Ouest (France, Belgique, Italie), mal­
gré la participation de communistes au gouvernement, l’agitation sociale se
répand dans une atmosphère de grave crise économique.
Le problème, en effet, n’est pas seulement politique et militaire, il est aussi
économique. À l’issue de la guerre, seuls les États-Unis ont gardé leur capa­
cité économique intacte. Tous les autres pays sont dans le besoin et ressentent
une double nécessité ; ils doivent assurer la survie des habitants et importer
de grandes quantités de nourriture ou d’engrais pour améliorer la production
agricole ; ils doivent reconstruire leur industrie et donc acquérir des machi­
nes. Or les États-Unis sont le seul pays où ils peuvent s’en procurer. Mais pour
cela les pays européens ont besoin d’une quantité énorme de dollars, qu’ils
ne possèdent pas : c’est le dollar gap. Afin d’assurer le plein-emploi chez eux,
les responsables américains sont convaincus de l’intérêt pour eux-mêmes de
18 A Les relations internationales depuis 1945

remédier à ce problème. Celui-ci avait été résolu pendant la guerre par le


prêt-bail (prêt qui doit être remboursé ou restitué à la fin de la guerre) et
suspendu en août 1945 ; il fallait donc trouver autre chose que les expédients
de la liquidation des surplus américains à bas prix, des prêts consentis par
l’Export-Import Bank, toutes aides irrégulières et incertaines.
Le système monétaire international mis en place à la fin de la guerre est lui-
même insuffisant. La conférence monétaire réunie en juillet 1944 à Bretton
Woods dans le New Hampshire (États-Unis) choisit le retour au GoldExchange
Standard, qui fait du dollar le pivot du système monétaire international, car
les États-Unis, détenteurs alors de 80 % de l’or mondial, sont seuls capables
d’assurer la convertibilité de leur monnaie en métal. Chaque État signataire
peut utiliser l’or ou des devises convertibles en or — c’est-à-dire en fait le dol­
lar - pour garantir la valeur de sa monnaie et régler ses paiements extérieurs.
Chaque État s’engage à maintenir un taux stable de sa monnaie et à ne pas le
modifier, sauf en cas de déséquilibre. Ce retour à un système dans lequel les
parités seraient fixes est censé favoriser les échanges internationaux, mais il
implique des contraintes. Chaque banque centrale doit soutenir sa monnaie
de sorte qu’elle ne s’écarte pas de plus de 1 % de sa parité officielle.
Le Fonds monétaire international (FMI), qui fonctionne comme une caisse
de secours mutuel, est créé afin de consolider le système. Avant la guerre, un
État dont la balance était déficitaire voyait fondre ses réserves en or. Il était
contraint au dilemme déflation-dévaluation. Financé par l’ensemble de ses
membres, chacun souscrivant un quota proportionnel à son poids économique,
(1/4 en or, 3/4 en monnaie nationale), le FMI accorde aux pays qui souffrent
d’un déficit temporaire de leur balance des paiements des crédits sous forme de
droits de tirage. Dans un délai de trois à cinq ans, les pays emprunteurs doivent
les rembourser. Ils peuvent ainsi continuer de participer aux échanges interna­
tionaux sans contraintes excessives pour leurs nationaux. Quant à la Banque
internationale pour la Reconstruction et le Développement (BIRD), elle doit
financer les investissements à moyen et long terme. Les accords de Bretton
Woods, qui fondent un ordre monétaire nouveau, consacrent la primauté du
dollar, mais ils ne peuvent pas remédier à la pénurie en devise forte (dollargap).
Or, le problème est urgent : l’Europe a froid et faim.

Le plan Marshall
Le 5 juin 1947, le général Marshall, secrétaire au Département d’État, pro­
pose aux Européens, dans une allocution à Harvard, une aide collective pour
quatre ans, à charge pour eux de s’entendre sur sa répartition. Ce plan doit
assurer le relèvement économique de l’Europe, favoriser l’unification de leurs
efforts et donc augmenter leur résistance au communisme, et en même temps
permettre à l’économie américaine de maintenir sa prospérité. En principe, la
proposition s’adresse aussi à l’Europe de l’Est, y compris l’Union soviétique.
Naissance et confrontation d’un monde bipolaire (1945-1955) ▼ 19

Mais devant le refus de Moscou, les démocraties populaires se dérobent et


seuls seize pays - d’Europe occidentale principalement -, réunis à Paris en
juillet 1947, acceptent l’offre américaine.
L’Union soviétique voit alors dans le plan Marshall une manifestation de
l’impérialisme américain pour établir sa domination politique et économique
sur l’Europe.
De plus, comme au début les crédits tardent à arriver, la situation est cri­
tique en France et en Italie. Dans ces deux pays, les partis communistes sont
puissants et participent aux gouvernements issus de la guerre. En France,
les ministres communistes sont évincés du gouvernement Ramadier le 4 mai
1947. Il en est de même en Italie le 31 mai 1947. L’agitation se développe
avec de grandes grèves à l’automne. Leur caractère insurrectionnel ébranle
la centrale syndicale CGT dont les membres réformistes font alors séces­
sion. Partout en Europe, les communistes partent en campagne contre le plan
Marshall. Afin de remédier aux problèmes d’approvisionnement, en charbon
notamment, les États-Unis accordent une « aide intérimaire ».
En avril 1948, le Congrès des États-Unis vote YEuropean Recovery Program,
loi qui doit permettre l’aide américaine, assurée à 10 % sous forme de prêts et
à 90 % par des dons en nature, donc des produits américains, livrés aux gou­
vernements qui les vendent aux industriels. Par exemple, le montant de ces
marchandises, libellé en francs et payé au gouvernement français, s’appelle la
« contre-valeur ». Grâce à cette contre-valeur, le gouvernement français peut
faire des prêts publics à l’industrie ou à l’agriculture. C’est un système très efficace
et très cohérent qui permet le relèvement économique des pays européens.
La coopération des pays européens. En créant le 16 avril 1948 l’Organisa-
tion européenne de Coopération économique (OECE) chargée de répartir l’aide
américaine, les Européens s’engagent dans la voie de la coopération. De 1948 à
1952, l’aide accordée dans le cadre du plan Marshall à l’Europe s’est élevée à près
de 13 milliards de dollars, dont 3,2 pour le Royaume-Uni et 2,7 pour la France.

Répartition de l’aide entre les principaux pays européens


(en millions de dollars et en pourcentage)

Total % Dons %

Tous les pays 12 992,5 100 9 290 100

France 2 629 20,3 2 212,2 23,8

Italie 1 434,6 11,0 1 174,4 12,6

Pays-Bas 1 078,7 8,3 796,4 8,6

RFA 1 317,3 10,1 1 078,7 11,6

Royaume-Uni 3 165,8 24,4 1 956,9 21


20 A Les relations internationales depuis 1945

L’autre grand mérite de l’OECE consiste à libérer les échanges intra-européens


qui étaient caractérisés par leur organisation archaïque et l’existence de restric­
tions aux échanges (prohibitions, contingentements). À partir de 1950 (création
de l’Union européenne des Paiements), la politique de libéralisation de 1 OECE
prend tout son essor. L’accord général sur les tarifs douaniers et le commerce
signé le 1er janvier 1948, désigné par son sigle anglais GATT (General Agreement
on Tariffs and Trade) est un traité multilatéral conclu entre plus de 80 États qui
assurent plus des 4/5 du commerce mondial. Il vise à libéraliser le commerce
et à l’établir sur des bases stables, par l’abandon de toute discrimination et de la
pratique des contingentements. La répartition de l’aide accordée par les États-
Unis dans le cadre du plan Marshall, comme les différentes institutions créées
dans l’après-guerre sont le point de départ d’une solidarité économique des pays
occidentaux dans le cadre d’une guerre froide qui coupe l’Europe en deux.

L’Europe divisée en deux blocs antagonistes


Depuis 1947, la rupture est consommée, et l’Europe se scinde en deux blocs
antagonistes : d’un côté l’Europe occidentale rattachée aux Américains ; de
l’autre, l’Europe orientale soumise à l’influence soviétique.
La politique extérieure de l’URSS est fondée sur une obsession de la
sécurité, découlant de sa vulnérabilité à une éventuelle attaque atomique
américaine et de sa conviction d’une hostilité fondamentale du monde capi­
taliste. Elle a le comportement d’une citadelle assiégée et la volonté détendre
sa zone d’influence sur toute l’Europe orientale, ce qu’elle fait en Allemagne
de l’Est, Pologne, Tchécoslovaquie, Hongrie, Yougoslavie, Albanie, Bulgarie
et Roumanie. Ces États signent avec l’Union soviétique et entre eux des trai­
tés dirigés contre l’Allemagne et prévoyant des mécanismes d’assistance.
Ces alliances politiques sont renforcées par des mesures militaires comme
la nomination du maréchal soviétique Rokossovski en qualité de ministre de
la Défense nationale de Pologne (7 novembre 1949) et surtout par l’établisse­
ment de régimes communistes, les « démocraties populaires ».
La liquidation des partis non-marxistes s’accélère en Roumanie, Bulgarie,
Pologne et Hongrie. Et à Szklarska-Poreba (Pologne) en septembre 1947, les
représentants des partis communistes de 9 pays européens (URSS, Pologne,
Yougoslavie, Bulgarie, Roumanie, Hongrie, Tchécoslovaquie, Italie, France)
créent un bureau d’information pour servir d’organe de liaison entre les
partis communistes, le Kominform. Cet organisme apparaît, aux yeux des
Occidentaux, comme une reconstitution du Komintern (dissous durant l’été
1943) et par conséquent une volonté de durcissement de l’URSS. C’est en fait
un instrument de la politique soviétique. Il s’agit de resserrer les rangs autour
de l’URSS. Dans son rapport, le représentant soviétique Jdanov explique que
le monde est divisé en deux camps, un camp impérialiste et capitaliste dirigé
Naissance et confrontation d’un monde bipolaire (1945-1955) ▼ 21

par les États-Unis et un camp anti-impérialiste et anti-capitaliste mené par


l’URSS. Et il invite les démocraties populaires à imiter le modèle soviétique.
Toutefois, la Yougoslavie, leplusfidèle des alliés, refuse l’alignement suri’Union
soviétique. Le maréchal Tito, qui s’était imposé comme chef de la Résistance et
comme le plus bouillant disciple de Staline, n’accepte pas de se soumettre à ses
ordres. La crise éclate au printemps 1948 : le Kominform condamne publique­
ment Tito et le titisme comme un déviationnisme. Les démocraties populaires
rompent leurs relations diplomatiques et dénoncent leurs traités d’assistance
avec la Yougoslavie. Isolée dans le camp de l’Est, la Yougoslavie se rapproche de
l’Occident, sans toutefois abandonner son engagement marxiste. Mais l’inca­
pacité à mettre au pas la Yougoslavie constitue un échec de la politique soviéti­
que et le premier schisme dans le bloc communiste.
Si la détermination américaine fait lâcher prise à la menace soviétique
en Turquie, une guerre civile très cruelle fait rage jusqu’en octobre 1949 en
Grèce où les troupes gouvernementales commandées par le général Papagos,
aidées par la mission militaire américaine, forcent les guérilleros communis­
tes à se réfugier en Bulgarie et en Albanie.
La Finlande réussit à éviter d’être subordonnée à l’URSS ; elle s’accroche à
sa neutralité, elle n’est pas gouvernée par le parti communiste et elle tient bon
malgré des épreuves de force renouvelées.
Le cas de la Tchécoslovaquie estparticulier. C’est d’abord le seul État d’Europe
centrale à avoir expérimenté la démocratie pendant l’entre-deux-guerres.
Depuis les élections libres de 1946, remportées par le parti communiste, la.
Tchécoslovaquie est dirigée par un gouvernement de coalition, qui voudrait
tenir la balance égale entre les deux camps. Ce gouvernement est divisé sur
l’offre du plan Marshall. Les socialistes y sont favorables, les communistes y
sont hostiles et, avec l’aide des milices ouvrières, font pression pour renoncer
à l’aide américaine et forcer le gouvernement à choisir son camp. L’épreuve
de force, voulue par le parti communiste tchécoslovaque, aboutit le 25 février
1948 au contrôle du pouvoir par les communistes. Après cinq jours de crise, le
président Bénès accepte le nouveau gouvernement dirigé par le communiste
Gottwald. Tous les ministres y sont communistes, sauf le ministre des Affaires
étrangères, Jan Masaryk, qui se suicide le 10 mars. Les comités d’action entre­
prennent l’épuration des administrations. La frontière occidentale est fermée.
Le « coup de Prague » a réussi. C’est un moment fort de la guerre froide.
Le pacte de Bruxelles. Le coup de Prague a profondément impressionné les
Européens de l’Ouest qui voient soudain la guerre à leur porte. Ils prennent
conscience de leur impuissance s’ils restent désunis. À l’issue de la guerre, nul
traité ne lie la France et la Grande-Bretagne, divisées par des intérêts contradic­
toires surtout au Proche-Orient et en Allemagne. Après bien des tergiversations,
c’est seulement le 4 mars 1947 que G. Bidault et E. Bevin signent un traité
d’alliance et d’assistance mutuelle à Dunkerque, ville symboliquement choisie
22 A Les relations internationales depuis 1945

en souvenir de la bataille de mai-juin 1940. Ces dispositions sont surtout inspi­


rées par la crainte d’une résurrection du danger allemand. Mais la tension inter­
nationale croissante amène Français et Anglais à mettre au point avec les Belges,
les Hollandais et les Luxembourgeois un traité d’alliance, dit de 1 Union occiden­
tale. Le pacte de Bruxelles, signé le 17 mars 1948, est la première des alliances à
être dirigée non pas uniquement contre l’Allemagne, mais contre n’importe quel
agresseur. Il comporte un engagement d’assistance automatique contre toute
agression ; il organise un réseau de relations dans plusieurs domaines. Surtout
des instances militaires de l’Alliance sont mises en place dès le temps de paix,
symbolisées par l’installation d’un état-major interallié à Fontainebleau.
Ainsi en mars 1948, la crainte de la guerre réapparaît en Europe et amène
les Européens impuissants à se tourner vers les Américains pour les protéger
du danger soviétique.
De fait, cette menace est concrétisée par le blocus de Berlin, le « petit
blocus » qui commence en mars et se termine en juin, suivi du « grand » qui
dure un an, du 23 juin 1948 au 12 mai 1949. Ainsi le problème allemand est-il
au cœur de la guerre froide de 1948 à 1953.

Le problème allemand au cœur de la guerre froide


Lorsque Anglais et Américains unifient leur zone le 17 décembre 1947, les
Soviétiques protestent et réclament leur part de réparations. La France obtient
l’approbation des Anglo-Saxons pour un détachement politique de la Sarre
par rapport à l’Allemagne et son rattachement économique à la France.
Lors de la rencontre des ministres des Affaires étrangères de France (Bidault),
de Grande-Bretagne (Bevin), des États-Unis (général Marshall) et de l’URSS
(Molotov), à Moscou (mars-avril 1947), l’impasse est totale, aussi bien sur la
dénazification que sur les frontières orientales de l’Allemagne et les réparations.
En ce qui concerne le futur gouvernement de l’Allemagne, les vues des
anciens Alliés sont encore plus divergentes. La France désire une Allemagne
très peu centralisée à structure fédérale regroupant une douzaine de Länder.
L’Union soviétique au contraire réclame un État très fortement centralisé et
un contrôle international de la Ruhr, où elle aurait sa part. Les Anglais et les
Américains se prononcent pour un gouvernement fédéral fort, contrôlant les
Affaires étrangères, l’Économie et les Finances.
L’accord est également impossible sur le traité de paix avec l’Autriche, car
les Soviétiques réclament le contrôle d’une grande partie de l’économie, ce
que les Occidentaux refusent.
À la conférence de Londres (25 novembre-18 décembre 1947), aucun
progrès n’est réalisé. Molotov impute les difficultés à la « mauvaise foi »
des Occidentaux et refuse carrément toutes leurs propositions. Il réclame
l’organisation immédiate d’un gouvernement central allemand. Décidément,
Naissance et confrontation d’un monde bipolaire (1945-1955) ▼ 23

L’Allemagne de 1938 à 1945

SUÈDE
MER
MER BALTIQUE
DU
NORD Kœnigsbérâ
RUSSIE
Kiel PRUSSE^ BIANCHE
ORIENTALE
B re e Ha
POLOGNE
Dusse d Ber in
^BELGIQUE Varsovie
Bonn
Francfort

LUX. Protectorat
Lorraine de Boheme

Alsace
Munich
^FRANGE

SUISSE AUTRICHE

HONGRIE
0 100 200 300 km
YOU

Territoires du Reich avant 1938 IIIIIIHIIIIIIIll Territoires occupés par la Hongrie en


1938, 1939 et 1941
Territoires annexés en mars 1938
Territoires annexés en septembre 1938 ] Pays de l'Axe ou alliés de l’Axe
Territoires annexés en mars 1939 . Frontières du Reich en 1938
Territoires annexés en septembre 1939 Frontières du Grand Reich
Territoires annexés en 1940 Frontières des États en 1938
Territoires annexés en 1941 Frontières des territoires annexés par
l'Allemagne ou par ses alliés
Territoires sous administration allemande
Territoires occupés par la Wehrmacht Ligne Oder-Neisse

Source : Allemagne (Histoire), M. Eude, Encyclopaedia Universalis éditeur.

le problème allemand est devenu la pomme de discorde des anciens Alliés, et


la question du statut de Berlin en est le point le plus irritant.

Le problème du statut de Berlin et le blocus


En réalité, les Soviétiques n’avaient pas admis comme une situation normale
et définitive le statut de Berlin, avec quatre zones d’occupation. Ils considé­
raient que Berlin devait faire partie de l’Allemagne de l’Est. Ainsi, en mars 1948,
le maréchal soviétique Sokolovski décide d’arrêter les débats du Conseil
de contrôle interallié et peu de jours après, les Soviétiques annoncent qu’ils
confient à des Allemands de l’Est le contrôle de l’accès à Berlin-Ouest. Devant
le refus des Occidentaux, toutes les voies terrestres d’accès à Berlin sont blo­
quées : c’est le petit blocus de Berlin. Mais une crise plus grave se prépare.
24 A Les relations internationales depuis 1945

Berlin depuis 1945


1945 - 2 mai : Capitulation de Berlin, conquise par l’Armée rouge.
- 5 juin : Déclaration des quatre (États-Unis, URSS, Grande-Bretagne,
France) à Berlin.
Ils prennent en main l’administration de la ville dotée d’un statut spé­
cial et partagée en quatre secteurs.
- 22 novembre : Délimitation de couloirs aériens entre Berlin et les zones
occidentales.
1948 - 23 juin : Les Soviétiques commencent le blocus de Berlin ; toute circula­
tion routière et ferroviaire vers Berlin-Ouest est interrompue.
- 26 juin : Début du pont aérien.
1949 - 12 mai : Fin du blocus de Berlin.
1953 - 17 juin : Soulèvement à Berlin-Est et dans plusieurs villes de RDA.
1957 - 6 octobre : W. Brandt est élu bourgmestre de Berlin-Ouest.
1958 - 9-27 novembre : N. Khrouchtchev veut mettre fin au statut de Berlin qui
serait transformée en ville libre.
1959 - 11 mai-20juin : Échec de la conférence des ministres des Affaires étran­
gères à Genève.
1960 - 16 mai : Conférence au sommet avortée à Paris.
- 5 août : Les trois Grands occidentaux réaffirment leur volonté de main­
tenir par tous les moyens la liberté d’accès à Berlin.
1961 - 13 août : Construction du mur de Berlin.
1962 - février : Incidents dans les couloirs aériens de Berlin.
1963 - 26 juin : Visite du président Kennedy au mur : « Ich bin ein Berliner. »
1969 - 16 décembre : Les trois Grands suggèrent au Kremlin d’ouvrir une dis­
cussion pour améliorer la situation à Berlin et en particulier pour en
garantir le libre accès. Les Soviétiques acceptent.
1970 - 26 mars : Première rencontre à Berlin depuis 1959 des trois ambassa­
deurs occidentaux et de l’ambassadeur d’URSS.
1971 - 3 septembre : Accord quadripartite sur Berlin.
1972 - 3 juin : Entrée en vigueur du nouveau statut interallié de Berlin.
1987 - 30 avril : M. Honecker refuse d’assister à Berlin-Ouest aux cérémonies
du 750e anniversaire de la ville.
- 12 juin : Visite de Ronald Reagan à Berlin-Ouest. « Abattez ce mur,
M. Gorbatchev ! »
1989 - 9 novembre : Les autorités de RDA décident l’ouverture des frontières
et du mur. Nuit d’allégresse à Berlin : des milliers de Berlinois de l’Est
franchissent le mur.
-21 décembre : Le chancelier H. Kohl (RFA) et le Premier ministre
H. Modrow (RDA) se rencontrent à la porte de Brandebourg, réouverte.
1990 - 31 août : Le traité d’unification entre la RFA et la RDA est paraphé à
Berlin-Est.
Naissance et confrontation d’un monde bipolaire (1945-1955) ▼ 25

1991 - 20 juin : Les députés allemands votent en faveur du transfert de Bonn à


Berlin du siège du gouvernement et du Bundestag.
1999 - été : Installation du gouvernement allemand à Berlin. ■

À la suite de la conférence de Londres, en juin 1948, Français, Anglais et


Américains tombent d’accord pour unifier leurs trois zones d’occupation,
y organiser des élections à une assemblée constituante. Les Français, très
réticents à l’unification des zones, n’acceptent de signer qu’en échange de
la mise en place d’une autorité internationale de la Ruhr, qui exercerait un
contrôle non seulement sur la Ruhr, mais sur toute l’économie allemande.
Quoi qu’il en soit, c’est la voie ouverte à la constitution d’un État d’Allemagne

Berlin divisé en quatre secteurs d’occupation (1945)


26 A Les relations internationales depuis 1945

occidentale. Pour montrer leur volonté d’unification, les trois puissances


occidentales décident de créer une monnaie commune, le Deutsche Mark
(DM). Cette réforme monétaire déplaît aux Soviétiques qui, par mesure de
rétorsion, organisent un blocus terrestre total de Berlin. C’est l’épreuve de
force.
La réaction des États-Unis est immédiate. Ils décident de ne pas accep­
ter la situation de fait créée par les Soviétiques et de ravitailler Berlin-
Ouest par un pont aérien. Assurée à 95 % par les Américains, cette
opération va assurer pendant un an le ravitaillement de la ville et contrain­
dre les Soviétiques à céder. En juin 1949, ils lèvent le blocus de Berlin et
acceptent d’ouvrir à nouveau les autoroutes et lignes de chemin de fer qui
permettaient de ravitailler Berlin-Ouest, avec des contrôles soviétiques.
Le Conseil des ministres des Affaires étrangères, qui se réunit à Paris en
mai-juin 1949, sanctionne cet équilibre précaire. Berlin est devenue un
symbole du combat pour la liberté.
La constitution des deux États
Conformément aux accords de Londres, se réunit au cours de l’été 1948 la
Commission chargée d’élaborer la Constitution de l’Allemagne de l’Ouest.
Composée de représentants élus des onze Länder, elle soumet au printemps
1949 un projet de constitution rejeté par les commandants en chef. Un nou­
veau projet est accepté en mai 1949. Dans l’intervalle, les Occidentaux ont
négocié entre eux et ont signé en avril 1949 les accords de Washington. Le
but est d’octroyer à l’Allemagne toute l’autonomie compatible avec l’occupa­
tion alliée. Une distinction est donc faite entre les larges pouvoirs qui demeu­
rent aux mains des autorités d’occupation (désarmement, démilitarisation,
contrôle de la Ruhr, réparations, décartellisation) et les responsabilités qui
seront transférées au futur gouvernement d’Allemagne de l’Ouest. La Défense
et les Affaires étrangères restent de la compétence exclusive des alliés.
L’Allemagne ne peut signer de traité qu’avec leur accord et elle doit rester
totalement désarmée. Le gouvernement militaire de l’Allemagne est remplacé
par une Haute Commission alliée, composée de John MacCloy (États-Unis),
André François-Poncet (France) et du général Robertson (Royaume-Uni).
A la suite des accords de Washington, la Constitution allemande de nature
fédérale, « la loi fondamentale », est acceptée par les alliés et des élections
générales organisées en août 1949. Ce texte est un compromis entre les thè­
ses fédéralistes et les thèses centralistes. La République fédérale allemande
est une fédération de onze Länder, chaque Land ayant sa constitution propre.
Le Bundestag désigne un président de la République, sans grand pouvoir, et
un chancelier véritable chef du pouvoir exécutif. C’est le leader du parti chré­
tien démocrate (CDU), l’ancien maire de Cologne, Konrad Adenauer, sorti
victorieux des élections. Ainsi naît l’Allemagne de l’Ouest.
Naissance et confrontation d’un monde bipolaire (1945-1955) ▼ 27

Le 7 octobre 1949, l’URSS réplique en faisant de sa propre zone une


République démocratique allemande (RDA, en allemand : DDR), dotée, elle,
d’une constitution centralisatrice.
A partir de ce moment, la division de ^Allemagne est institutionnali­
sée et l’enjeu allemand se complique du problème de la réunification des
deux Allemagnes. Tour à tour le chancelier Adenauer (RFA) et le président
Grotewohl (RDA) lancent des initiatives spectaculaires tendant à organi­
ser des élections libres dans toute l’Allemagne. Aucun progrès n’est réalisé,
d’autant plus que la RDA reconnaît la ligne Oder-Neisse comme sa fron­
tière orientale alors que l’Allemagne occidentale la rejette vigoureusement.
Deux États allemands se développent parallèlement, chacun empruntant les
méthodes et les objectifs du camp où il se trouve, le capitalisme à l’Ouest, le
communisme à l’Est. À la suite des décisions accélérant la collectivisation
des terres et relevant les normes de production dans l’industrie, une grève
générale et une révolte populaire éclatent le 17 juin 1953 à Berlin-Est. Les
manifestants réclament au secrétaire général du parti est-allemand (SED) des
élections libres. L’état de siège est proclamé. La répression est terrible.
Mais l’Allemagne n’est plus seulement un enjeu. Elle devient également
un acteur. Si le gouvernement de l’Allemagne de l’Est limite ses ambitions
à être un satellite de l’Union soviétique, le gouvernement d’Allemagne de
l’Ouest manifeste d’emblée plus d’autonomie et signe en novembre 1949 les
accords de Petersberg avec les puissances occidentales. Ces accords mettent
pratiquement fin aux réparations en Allemagne occidentale. L’admission du
nouvel État au Conseil de l’Europe est compliquée par la volonté française d’y
faire entrer la Sarre, alors que Adenauer n’entend pas reconnaître l’existence
d’une Sarre autonome. Adenauer finit par accepter, sous réserve du gel du
statut de la Sarre. Le 2 mai 1951, la République fédérale d’Allemagne (RFA)
est admise comme membre de plein droit au Conseil de l’Europe. Entre­
temps, elle a été autorisée par les accords de Londres (mai 1950) et de New
York (septembre 1950) à rétablir un ministère des Affaires étrangères et à
reprendre des relations diplomatiques avec tous les pays.
La Sarre est le principal sujet de discorde franco-allemand. Le gouverne­
ment français et le gouvernement sarrois précisent en 1949 et 1950 le statut
d’autonomie politique de la Sarre et le rattachement économique de la Sarre
à la France en négociant une série de conventions. Tout en ne remettant pas
en cause le caractère provisoire du statut de la Sarre, ces conventions accor­
dent plus d’autonomie au gouvernement sarrois par rapport à l’autorité du
haut-commissaire. Mais elles renforcent aussi la situation de fait et le ratta­
chement de la Sarre à l’espace économique français, à l’encontre des buts du
gouvernement de Bonn dont la protestation prend la forme d’un Livre blanc
publié en mars 1950 et qui saisit toutes les occasions pour poser la question
de la Sarre, comme en 1952 la nomination du Haut Commissaire comme
28 A Les relations internationales depuis 1945

ambassadeur. La tension croissante entre la France et 1 Allemagne à propos


de la Sarre et la poursuite de la guerre froide expliquent la multiplication des
initiatives prises pour favoriser la construction européenne.

L’expansion communiste en Extrême-Orient


Les deux Chines : l’été de 1947 est un tournant dans la guerre civile en Chine.
Après avoir progressé au Henan, les nationalistes s’effondrent un peu par­
tout, malgré l’aide américaine. Une fois conquise toute la Chine du Nord en
octobre 1948, les communistes entrent à Pékin le 22 janvier 1949 et à Shanghai
le 25 mai. Tchang Kaï-Chek se réfugie dans l’île de Formose et abandonne la
Chine continentale à Mao Tsê-Tung qui proclame la République populaire
de Chine (RPC) le 1er octobre 1949. C’est la naissance d’un autre nœud de
la guerre froide en raison de l’opposition idéologique entre les deux Chines
et du problème des petites îles côtières restées aux mains des nationalistes
dans le Sud, Quemoy et Matsu, et plus au nord, les îles Taschen. Le casse-tête
diplomatique des deux Chines va empoisonner les relations internationales
pendant un quart de siècle. Faut-il reconnaître la Chine communiste ? Les
puissances occidentales hésitent à « lâcher » Tchang Kaï-Chek au profit de
Mao Tsê-Tung. Seule, la Grande-Bretagne, implantée à Hong Kong, recon­
naît le régime communiste en janvier 1950. À l’ONU, la Chine nationaliste
continue d’occuper le siège de membre permanent au Conseil de sécurité.
Aussitôt suivie par toutes les démocraties populaires, l’URSS reconnaît la
République populaire et lui procure la sécurité nécessaire.
L’alliance sino-soviétique traduit surtout leur commune opposition à la
politique des États-Unis et de leurs alliés. Le 14 février 1950, Mao conclut
avec Staline un « traité d’assistance et d’amitié mutuelles ». L’URSS s’engage
à évacuer la Mandchourie et Port-Arthur et à aider la Chine sur le plan éco­
nomique, technique et financier. Du coup, la situation est profondément
modifiée en Extrême-Orient où la RPC va désormais jouer un rôle actif en
Indochine et en Corée.
L’Indochine, enjeu idéologique. Depuis décembre 1946, les Français mènent
un combat ambigu en Indochine. Ils affirment vouloir protéger l'indépen­
dance et l’intégrité des États d’Indochine contre l’agression viêt-minh, mais
aucun gouvernement ne veut prendre l’initiative de négociations qui abouti­
raient au retrait français. Le combat colonial est une charge de plus en plus
lourde pour le budget et de la France qui reçoit une aide toujours plus consi­
dérable des États-Unis. À partir de juin 1950, la guerre d’Indochine prend un
tournant décisif. La guerre coloniale devient une guerre idéologique entre le
camp communiste, avec la Chine comme porte-drapeau, et le camp occiden­
tal, représenté par les Français soutenus par les Américains.
Naissance et confrontation d’un monde bipolaire (1945-1955) ▼ 29

En Corée aussi, les tensions nées de la guerre dégénèrent en un conflit idéo­


logique. La Corée était une colonie japonaise depuis 1910. Quand, à la fin de
la Deuxième Guerre mondiale, l’URSS a attaqué le Japon, le 8 août 1945, il
avait été entendu que les Soviétiques recevraient la reddition japonaise au
nord du 38e parallèle et les Américains au sud. Reste la question de la Corée.
La conférence de Moscou (décembre 1945) se prononce pour la formule de la
tutelle des grandes puissances, qui devrait favoriser la réunification du pays.
Mais le désaccord, qui n’empêche pas Américains et Soviétiques d’évacuer
le pays, aboutit rapidement à une impasse politique, à une tension entre le
Nord et le Sud et à une instabilité le long de la frontière du 38e parallèle. Le
25 juin 1950, les Nord-Coréens lancent une vaste offensive contre le Sud. Si
les origines du conflit sont encore obscures, ses conséquences sont claires.
Le déclenchement de la guerre va amener l’intervention des Américains qui
avaient dans un premier temps exclu la Corée de leur périmètre stratégique
en Extrême-Orient. De fait, ils décident alors de défendre les Philippines
(accord de garantie du 30 août 1951) ; ils apportent une assistance économi­
que et militaire à Formose et à la France en Indochine. Surtout ils décident
de faire du Japon leur allié.
Le Japon. Au lendemain de la guerre, le général MacArthur, commandant
suprême au nom des puissances alliées, avait entrepris de profondes réfor­
mes, tendant à démocratiser le Japon sur le plan politique et économique. La
guerre de Corée va constituer un test pour le loyalisme japonais, car les forces
d’occupation américaines sont réduites au minimum. En septembre 1951, à.
la suite de la conférence de San Francisco, les États-Unis signent un traité de
paix avec le Japon, qui déclare renoncer à divers territoires, Corée, Formose,
Pescadores, Kouriles, partie sud de Sakhaline. Du coup, le Japon, État vaincu
et occupé, se voit promu au rang de « sentinelle du monde libre » au large
de la Chine et de l’URSS. Le traité de sécurité de San Francisco (8 septembre
1951) accorde aux Américains de nombreuses bases militaires en territoire
japonais. Une autre ligne défensive est constituée dans le Pacifique par un
pacte de sécurité collective signé le 1er septembre 1951 à San Francisco entre
l’Australie, la Nouvelle-Zélande et les États-Unis (ANZUS).
L’intervention américaine en Corée se fait sous les auspices des Nations
unies, car le Conseil de sécurité dénonce l’agression nord-coréenne et, en
l’absence de l’URSS, décide d’intervenir en Corée. L’absence de veto soviéti­
que s’explique par le fait que depuis le 1er janvier 1950, les Soviétiques avaient
déclaré qu’ils ne siégeraient pas au Conseil de sécurité tant que la Chine
communiste ne remplacerait pas la Chine nationaliste à l’ONU. L’armée des
Nations unies, surtout composée de divisions américaines, secondées entre
autres par des troupes britanniques et un bataillon français, est dirigée par
le général américain MacArthur, le vainqueur de la guerre du Pacifique et
commandant suprême au Japon. Dans un premier temps (juin-août 1950), il
30 A Les relations internationales depuis 1945

consolide la tête de pont de Pu-San. Sa contre-offensive de 1 automne 1950


amène les troupes des Nations unies à franchir le 38e parallèle et les conduit
au voisinage de la frontière chinoise (septembre-novembre 1950). C est alors
que la Chine s’engage dans la guerre. L’intervention de centaines de milliers
de « volontaires chinois » force MacArthur à battre en retraite (novembre-
janvier 1951) avant qu’il ne parvienne par une contre-offensive à se rétablir
sur le 38e parallèle. En avril 1951, MacArthur réclame le droit de bombar­
der les bases de volontaires chinois, en Mandchourie, au risque d’une guerre
ouverte avec la Chine. Du coup, Truman le remplace par le général Ridgway,
qui se contente de tenir les positions acquises. Après deux ans de négocia­
tions, un accord sur le rapatriement des prisonniers, signé en avril 1953, a
bien du mal à être appliqué. La convention d’armistice signée à Pan Mun
Jon, le 27 juillet 1953, consacre une « paix blanche ». La frontière entre le
Nord et le Sud est très proche de celle de 1950, le long du 38e parallèle ; en
Extrême-Orient, aussi, le monde est divisé en deux, entre la Corée du Nord,
procommuniste, présidée par le maréchal Kim-Il-Sung et la Corée du Sud,
pro-occidentale, dirigée par Syngman Rhee.

Les deux camps face à face


Le camp atlantique
La conviction que l’Union soviétique représente un défi mortel pour le
monde libre pousse ce dernier à s’unir et à réarmer. Le pacte de Bruxelles
conclu entre la France, le Royaume-Uni et le Benelux était dirigé contre un
agresseur, quel qu’il soit. Mais ses participants, qui avaient en tête la menace
soviétique, eurent vite fait de constater l’impuissance de l’Union occidentale
face aux divisions de l’armée rouge. Aussi demandent-ils parallèlement aux
États-Unis d’adhérer au pacte de Bruxelles et de leur apporter une aide mili­
taire. Dès le 4 mars 1948, G. Bidault, ministre français des Affaires étrangè­
res, écrit au général Marshall, secrétaire au Département d’État, pour l’inviter
à resserrer sur le terrain politique et militaire la collaboration de l’Ancien et
du Nouveau Monde.
Depuis la doctrine Truman, les Américains, préoccupés d’endiguer le déve­
loppement du communisme, augmentent leurs dépenses militaires qui attei­
gnent 13 % du PNB en 1952, tiennent leurs forces militaires en état d’alerte et
créent une centrale de renseignements, la Central Intelligence Agency (CIA).
Ils ne refusent pas d’entamer des négociations avec les Européens. Mais aux
États-Unis, tout traité doit être, aux termes de la Constitution, approuvé par le
Sénat à la majorité des deux tiers avant d’être ratifié. Le gouvernement améri­
cain a donc estimé qu’il serait plus sage de faire voter par le Sénat une résolu­
tion préalable autorisant le pouvoir exécutif à conclure les alliances en temps
de paix. C’est la résolution Vandenberg (du nom du sénateur républicain,
Naissance et confrontation d’un monde bipolaire (1945-1955) ▼ 31

président de la Commission des Affaires étrangères du Sénat) votée le 11 juin


1948. Il s’agit d’une véritable révolution dans la politique étrangère des États-
Unis, qui ne contractaient d’alliances que pour le temps de guerre. Les pactes
vont devenir un instrument privilégié de leur sécurité nationale en temps de
paix. Désormais la voie est ouverte à l’Alliance atlantique, négociée à la fin de
l’année 1948 et au début de 1949.
Le Pacte atlantique, conclu pour vingt ans, est signé solennellement à
Washington le 4 avril 1949 par les représentants de douze nations (États-
Unis, Canada, France, Royaume-Uni, Benelux, Italie, Norvège, Danemark,
Islande, Portugal). L’Union occidentale est pratiquement vidée de sa subs­
tance, plusieurs de ses organes sont d’ailleurs absorbés par ceux de l’OTAN.
Le « standinggroup » (groupe permanent composé par des représentants des
États-Unis, de la Grande-Bretagne et de la France), qui siège à Washington,
est chargé d’assurer la direction stratégique de l’Alliance.
L’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN en français, NATO
en anglais) est à ce moment une alliance très souple stipulant qu’une attaque
armée contre l’un de ses signataires en Europe, en Amérique du Nord, en
Algérie, contre une des îles de l’Atlantique, équivaudrait à l’attaque contre le
territoire de tous, aboutissant à l’assistance mutuelle. Cette assistance mili­
taire n’est pas automatique et chaque pays conserve son armée et son com­
mandement. Il n’y a pas d’institutions prévues en période de paix, mis à part
un Conseil atlantique aux prérogatives plutôt vagues. Cependant, pour tous
les observateurs, l’OTAN place l’Europe occidentale sous la protection amé-.
ricaine. Aussi le Pacte atlantique est-il violemment combattu. L’Union sovié­
tique le considère comme un pacte agressif dirigé contre elle. Dans les pays
européens, les communistes y voient l’asservissement de l’Europe occiden­
tale aux États -Unis. Les neutralistes regrettent l’alignement sur l’Amérique.
Peu après, ces campagnes sont relayées par l’appel de Stockholm
(19 mars 1950) qui est le point d’orgue d’un vaste mouvement pacifiste animé
par des militants communistes dans le monde entier. Destiné à affaiblir la
riposte du camp occidental contre l’expansion communiste, le Conseil mon­
dial de la Paix recommande l’interdiction absolue de l’arme atomique.
En dépit de ces campagnes, le traité est rapidement ratifié par les douze
nations suivies en 1952 par la Grèce et la Turquie. Il entre en vigueur dès
août 1949 et il est accompagné par un programme militaire qui va prendre
une part croissante dans l’aide américaine à l’Europe. Mais ce n’est encore
qu’une alliance, sans automaticité ni organisation intégrée. Les événements
d’Extrême-Orient, et en particulier la guerre de Corée, vont profondément
modifier le système du Pacte atlantique par le biais de l’intégration militaire.
Le « new-look ». La guerre froide est surtout un affrontement idéologique
et la lutte contre le communisme passe par la propagande et la mobilisation
idéologique. Aux États-Unis, le sénateur du Wisconsin, MacCarthy, lance une
32 A Les relations internationales depuis 1945

violente campagne anticommuniste (9 février 1950) qui se transforme en une


véritable « chasse aux sorcières », mettant en accusation tous ceux qui sont
soupçonnés d’activités anti-américaines. En novembre 1952, les républicains
remportent les élections présidentielles. Le général Eisenhower est élu. Il a cri­
tiqué dans sa campagne électorale la politique de l’administration démocrate
qui a consisté à contenir le communisme (containment) et a préconisé une
politique de fermeté et de refoulement du communisme (roll-back). En fait, la
nouvelle administration républicaine renonce rapidement à cette politique, qui
risquerait de mener à une guerre généralisée. Le nouveau visage de la politique
américaine, le new-look, se résume alors à un aspect diplomatique : la pacto-
manie, et à un aspect stratégique : la doctrine des représailles massives.
Depuis 1945, les données stratégiques ont évolué. En 1949, l’URSS a fait
exploser une bombe A. Les États-Unis n’ont plus le monopole de l’arme ato­
mique et le conflit de Corée apparaît comme le modèle d’une guerre limitée,
certes, mais meurtrière, impopulaire et inefficace. Réfugiés dans le sanctuaire
mandchou, les Chinois sont hors d’atteinte. L’arme atomique ne permettrait-
elle pas d’imposer sa volonté à moindre frais à condition de ne pas limiter
les représailles à un seul territoire ? Les républicains adoptent en 1953 la
nouvelle stratégie définie par l’amiral Radford, président du Comité des chefs
d’État-Major, que l’on peut résumer par trois formules : représailles massives
(massive retaliation), riposte immédiate (instant retaliation), pas de sanc­
tuaire (no sheltering). À toute attaque, les États-Unis répondront immédiate­
ment par l’arme atomique. Nul territoire ne sera épargné. Ainsi les États-Unis
estiment-ils obtenir le maximum de sécurité au coût le moins élevé.
Le renforcement des alliances. Le nouveau secrétaire d’État, J.E Dulles, consa­
cre tous ses efforts à renforcer le réseau d’alliances conclues par Washington. En
Asie, il s’agit de contenir le communisme chinois et de faire échec à la « théo­
rie des dominos » : lorsqu’un pays tombe dans le camp communiste, ceux qui
l’entourent risquent à leur tour d’être entraînés. Déjà alliés dans le Pacifique
avec les Philippines, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et le Japon, les États-Unis
signent des traités de défense avec la Corée du Sud (1953), le Pakistan, la Chine
nationaliste et le Sud-Viêt-nam (1954). Mais le plus important est le pacte de
Manille, qui crée l’Organisation du traité de l’Asie du Sud-Est (OTASE), le
8 septembre 1954. Les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne, l’Australie, la
Nouvelle-Zélande, les Philippines, le Pakistan, la Thaïlande, s’engagent à ripos­
ter collectivement à une attaque contre l’un de leurs territoires ou contre toute
région au sud du 21e 30 nord, ce qui inclut l’Indochine, mais non Taiwan, lié
par le traité de défense sino-américain (2 décembre 1954) et sujet à une vive
tension en 1954-1955. Au Moyen-Orient, le pacte de Bagdad (février 1955)
regroupant la Turquie, l’Irak, le Pakistan, l’Iran et le Royaume-Uni crée un cor­
don protecteur aux frontières méridionales de l’URSS. En Amérique latine, les
États-Unis tentent d’entraîner les États latino-américains dans une croisade
Naissance et confrontation d’un monde bipolaire (1945-1955) ▼ 33

anticommuniste (conférence de Caracas en mars 1954) et de renforcer la cohé­


sion de l’Organisation des États américains par une conférence qui se tient du 19
au 22 juillet 1956 à Panama. Ils affirment leur étroite solidarité dans les affaires
mondiales et favorisent l’invasion du Guatemala (juin 1954) alors dirigé par le
gouvernement procommuniste du colonel Arbenz. Le Japon joue un rôle limité
et subordonné aux États-Unis. Ceux-ci, par l’article 9 de la constitution du 3 mai
1947, lui ont imposé un pacifisme institutionnel par lequel le Japon renonce au
recours à la force et à l’entretien de tout potentiel militaire. Or, à partir de la
guerre de Corée, l’Amérique le sollicite de réarmer et conclut le traité de 1951.
Les Japonais mettent en place une force défensive, bien qu’ils y soient farouche­
ment opposés et soient aussi hostiles aux expériences atomiques américaines
dans le Pacifique. Du côté soviétique, ils réclament les îles Kouriles, la partie sud
de Sakhaline, et surtout les îles au nord de Hokkaido (Habomai, Sikotan). Malgré
l’impasse des négociations sur le contentieux territorial, Japonais et Soviétiques
signent une déclaration commune mettant fin à l’état de guerre (octobre 1956)
et permettant le rétablissement de relations diplomatiques normales. Le Japon
est d’ailleurs admis à l’ONU le 18 décembre 1956.

La coopération européenne
La crainte d’une agression communiste en Europe occidentale est avivée par
le conflit de Corée et pousse les Européens à accélérer leur rapprochement
sur tous les plans.
La coopération économique. Les premières étapes se font surtout dans le
domaine économique. L’OECE organise à partir de 1948 une véritable collabo­
ration commerciale et monétaire entre les seize États européens qui bénéficient
du plan Marshall. Un mouvement d’opinion favorable à la création d’une fédéra­
tion européenne aboutit à la réunion d’un congrès à La Haye en mai 1948, qui
exprime le vœu de créer une Union européenne. Mais le désaccord franco-bri­
tannique ne permet pas d’aller bien loin. Les Français désirent la création d'une
assemblée consultative, embryon d’un futur parlement européen. Les Anglais ne
veulent pas entendre parler d’abandon d’une portion de la souveraineté natio­
nale et réclament la création d’un simple comité des ministres. Les uns et les
autres parviennent en janvier 1949 à un compromis en créant une Assemblée
consultative européenne à compétence limitée. Ce Conseil de l’Europe, ouvert
aux dix-sept pays membres de l’OECE, tient sa première session en août 1949 à
Strasbourg, mais il ne fait qu’esquisser une coopération politique et culturelle.
Plusieurs initiatives sont prises en vue de dépasser l’antagonisme
franco-allemand par la construction d’une Europe occidentale unie. La
plus importante d’entre elles est le plan Schuman. Le ministre français des
Affaires étrangères, Robert Schuman, adopte l’idée de Jean Monnet, alors
haut-commissaire au Plan, consistant à placer l’ensemble de la production
franco-allemande de charbon et d'acier sous une haute autorité commune
34 Les relations internationales depuis 1945

dans le cadre d’une organisation ouverte aux autres pays d Europe. Lobjectif
est de proposer des « réalisations concrètes créant d’abord une solidarité de
fait » et aboutissant à éliminer la traditionnelle rivalité franco-allemande.
Le plan Schuman (9 mai 1950) marque le passage d’une simple coopération
à une véritable intégration : il propose de mettre en commun la production
et la vente des produits sidérurgiques. La France, l’Allemagne occiden­
tale, l’Italie et les pays du Benelux créent la Communauté européenne du
Charbon et de l’Acier (CECA). Le Royaume-Uni, soucieux de préserver sa
souveraineté, se tient à l’écart de cette construction continentale. Le traité de
Paris (18 avril 1951) confie un pouvoir supranational à une Haute Autorité
composée de neuf membres, indépendants des gouvernements nationaux,
chargée de moderniser la production de charbon et d’acier et de développer
l’exportation commune. L’Autorité internationale de la Ruhr disparaît.
La coopération militaire. Mais les risques de guerre amènent les Européens
à envisager aussi une entente militaire et les Américains les pressent de réarmer.
En décembre 1950, l’OTAN décide de faire un effort collectif considérable et de
créer une organisation militaire intégrée ayant à sa tête le Quartier général des
Forces alliées en Europe, le SHAPE (Suprême Headquarters ofAllied Powers in
Europe), commandé par un général américain. C’est le général Eisenhower qui
est désigné. À la juxtaposition d’armées nationales se substitue une « force inté­
grée ». Un effort sérieux est entrepris pour simplifier, coordonner, harmoniser
tous les organes de l’OTAN, et l’on convient en 1952 qu’ils s’installent à Paris.
Encore faut-t-il des armes ! Les Américains les fournissent. Des crédits !
L’aide économique américaine se transforme graduellement en aide militaire.
Des hommes ! L’armée française est alors engagée en Indochine et le gou­
vernement américain ne veut pas que seuls ses GI (Government Issue, soldat
de l’armée américaine) défendent l’Elbe et le Rhin. Pourquoi ne pas réarmer
l’Allemagne occidentale ? C’est la suggestion que fait officiellement le gouverne­
ment américain en septembre 1950. Le refus de la France, qui s’oppose catégori­
quement au réarmement de l’Allemagne, place l’OTAN dans une impasse. Pour
tourner la difficulté, le ministre français de la Défense nationale, René Pleven,
propose en octobre 1950 de transposer dans le domaine militaire la philosophie
du plan Schuman. Il s’agit de créer une armée commune par l’intégration d’uni­
tés des six armées européennes concernées. Cela permettrait d’avoir des soldats
allemands et d’accroître les effectifs. Mais il n’y aurait pas d’armée allemande...
Les négociations pour l’armée européenne sont longues et modifient le projet
initial, puisque l’intégration des forces militaires doit se réaliser au niveau de
la division. Le traité instituant la Communauté européenne de Défense (CED)
n’est signé que le 27 mai 1952. Mais elle n’entrera pas en vigueur en raison des
réticences françaises. Pour les gaullistes, les communistes et une partie de
la gauche, la CED a le tort de constituer un embryon d’armée allemande, de
signifier la fin d'une force nationale autonome et enfin de soumettre l’armée
Naissance et confrontation d’un monde bipolaire (1945-1955) ▼ 35

européenne au commandement américain de l’OTAN. C’est l’objet d’un débat


permanent dans l’opinion française et entre les alliés. Les Américains font pres­
sion sur les gouvernements français successifs pour qu’ils honorent le traité de
la CED ratifié au demeurant par les Pays-Bas, la Belgique et l’Allemagne. Les
gouvernements français mettent en avant des « préalables » à obtenir avant la
ratification ou essaient de négocier des « protocoles additionnels ». Le secré­
taire au Département d’État, J. Foster Dulles, déclare en décembre 1953 que si la
France ne ratifiait pas le traité de la CED, il y aurait une révision déchirante de la
politique américaine en Europe. En août 1954, le nouveau président du Conseil,
Pierre Mendès France, propose aux cinq partenaires de la France divers amé­
nagements de nature à atténuer le caractère supranational d’un traité pourtant
proposé et rédigé par des Français. Face au refus des autres États, l’Assemblée
nationale française s’oppose définitivement à la ratification du traité de la CED,
par le vote d’une simple question préalable, le 30 août 1954.

Les responsables de la politique étrangère française


Les ministres des Affaires étrangères Présidents de la République
10 sept.44-16 déc. 46 : Georges Bidault
16 déc. 46-22 janv. 47 : Léon Blum Vincent Auriol
22 janv. 47-25 juil. 48 : Georges Bidault janv. 1947-déc. 1953
26 juil. 48-8 janv. 53 : Robert Schuman
8 janv. 53-19 juin 54 : Georges Bidault René Coty
19 juin 54-20 janv. 55 : P. Mendès France déc. 1953-janv. 1959
20 janv. 55-23 fév. 55 : Edgar Faure
23 fév. 55-1er fév. 56 : Antoine Pinay
1er fév. 56-14 mai 58 : Christian Pineau Charles de Gaulle
14 mai 58-1er juin 58 : René Pleven janv. 1959-avril 1969
1er juin 58-31 mai 68 : Maurice Couve
de Murville
31 mai 68-22 juin 69 : Michel Debré

22 juin 69-15 mars 73 : Maurice Schumann Georges Pompidou


15 mars 73-5 avril 73 : André Bettencourt juin 1969-avril 1974
5 avril 73-28 mai 74 : Michel Jobert

28 mai 74-27 août 76 : Jean Sauvagnargues Valéry Giscard d’Estaing


27 août 76-29 nov. 78 : Louis de Guiringaud mai 1974-mai 1981
29 nov. 78-22 mai 81 : Jean-François Poncet

22 mai 81 -déc. 84 : Claude Cheysson François Mitterrand


7 déc. 84-20 mars 86 : Roland Dumas mai 1981-mai 1995
20 mars 86-12 mai 88 : J.-B. Raimond
12 mai 88-29 mars 93 : Roland Dumas
36 A Les relations internationales depuis 1945

30 mars 93-17 mai 95 : Alain Juppé


17 mai 95-2 juin 97 : Hervé de Charette Jacques Chirac
2 juin 97-5 mai 2002 : Hubert Védrine mai 1995-mai 2007
5 mai 2002-30 mars 2004 : D. de Villepin
30 mars 2004-2 juin 2005 : Michel Barnier
2 juin 2005-18 mai 2007 : Philippe Douste-Blazy
Depuis le 18 mai 2007 : Bernard Kouchner Nicolas Sarkozy
depuis mai 2007

La solution de rechange est trouvée dans les deux mois qui suivent. Le
ministre britannique des Affaires étrangères, Anthony Eden, a l’idée de
redonner vie à l’Union occidentale et d’y faire admettre l’Allemagne et l’Italie.
Ainsi sont assurés à la fois un certain contrôle européen sur la future armée
allemande et la participation de la Grande-Bretagne au dispositif militaire
ouest-européen. Par les accords de Paris (23 octobre 1954), l’Union occiden­
tale devient l’Union de l’Europe occidentale (UEO) qui accueille l’Allemagne
et l’Italie ; l’Allemagne recouvre sa totale souveraineté et en particulier le droit
de réarmer. Cette reconstitution d’une force militaire allemande est toutefois
assortie de limitations : l’Allemagne doit accepter de ne pas fabriquer d’armes
atomiques, biologiques et chimiques, d’engins à longue portée, de navires de
guerre de plus de 3 000 tonnes, d’avions de bombardement stratégique. Les
Occidentaux abandonnent leur droit d’intervention en Allemagne et déclarent
vouloir associer celle-ci sur un pied d’égalité « aux efforts des peuples libres
pour la paix et la sécurité ». En mai 1955, l’Allemagne devient le quinzième
membre de l’OTAN. Et la Bundeswehr se constitue à partir de novembre 1955.
On assiste en outre à un rapprochement temporaire de la Yougoslavie avec
l’Occident, par l’intermédiaire du Traité d’amitié et de coopération signé à
Ankara (28 février 1953) entre la Grèce, la Turquie et la Yougoslavie, et du traité
de Bled (9 août 1954), qui est un accord de défense. Du coup, le contentieux
de Trieste est réglé par les accords de Londres (5 octobre 1954) qui prévoient
l’évacuation des troupes anglaises et américaines, l’établissement d’une admi­
nistration italienne et le maintien du port franc à Trieste. Mais le pacte balka­
nique perd toute cohésion à la suite du rapprochement soviéto-yougoslave de
1956 et du conflit entre la Grèce et la Turquie à propos de Chypre.

Le camp oriental et les premiers signes de dégel Est-Ouest


La cohérence du bloc oriental se manifeste par l’embrigadement idéologique,
dont le Kominform est le chef d’orchestre.
Il dénonce l'impérialisme américain, fauteur de guerre, il monte en épingle le
modèle soviétique, encense le génial Staline et vitupère le fourbe Tito. Les oppo­
sants sont partout pourchassés en Europe de l’Est. Non seulement la foi et les
ecclésiastiques sont persécutés, mais tout déviationnisme est proscrit, par le biais
Naissance et confrontation d’un monde bipolaire (1945-1955) ▼ 37

de purges et de procès qui écartent du pouvoir les dirigeants trop « nationaux »,


Gomulka en Pologne, Rajk en Hongrie (1949) et Slansky en Tchécoslovaquie
(1952). Jouissant de l’audience de nombreux intellectuels et artistes, les partis
communistes d’Europe occidentale sont amenés à participer à la guerre idéologi­
que et à dénoncer l’ingérence des États-Unis dans les affaires européennes.
Sur le plan économique, l’accent est mis sur l’industrie lourde et la collecti­
visation des terres. En réplique à la constitution de l’OECE, les États d’Europe
orientale (Bulgarie, Hongrie, Pologne, Roumanie, Tchécoslovaquie, Union
soviétique, suivies par l’Albanie et la République démocratique Allemande)
se regroupent le 25 janvier 1949 au sein du Conseil d’assistance économique
mutuelle (CAEM), ou COMECON, qui facilite leurs relations commerciales,
en partie au profit de l’Union soviétique.
Sur le plan militaire, l’Union soviétique a signé avec les démocraties popu­
laires et avec la Chine populaire des traités d’assistance mutuelle bilatéraux.
Isolé du monde occidental, le bloc oriental s’aligne sur le « Grand Frère ». À
la suite de l’entrée de l’Allemagne occidentale dans l’OTAN, il crée le 14 mai
1955 le pacte de Varsovie, quasiment calqué sur l’OTAN. Cette alliance
regroupe, sous un commandement soviétique, toutes les forces armées des
pays d’Europe de l’Est, sauf la Yougoslavie, qui avaient auparavant contracté
des alliances bilatérales.
La mort de Staline (mars 1953) ne met pas seulement fin, sur le plan poli­
tique, à un quart de siècle de dictature personnelle en Union soviétique. C’est
en effet une direction collective qui est mise en place, avec Malenkov comme
chef du gouvernement et Nikita Khrouchtchev, comme Premier secrétaire
du Parti communiste. Elle inaugure une période de « dégel », terme repris
d’un roman d’Ilya Ehrenbourg qui a pressenti le relatif courant de libéralisa­
tion s’amorçant en Union soviétique. Dégel intérieur, avec une amnistie, des
diminutions de peine et le début d’une déstalinisation qui provoque du même
coup une grave agitation : émeutes en Tchécoslovaquie (juin 1953), véritable
révolte à Berlin-Est (16 et 17 juin 1953). Partout, dans les démocraties popu­
laires, on assiste au dédoublement des fonctions de président du Conseil des
ministres et de Premier secrétaire du Parti. En Union soviétique, l’apparente
politique de détente s’accentue avec le remplacement à la tête du gouverne­
ment de Malenkov par le maréchal Boulganine (février 1955).
Le dégel de l’URSS en politique étrangère. Les signes de bonne volonté se mul­
tiplient. Le 20 juillet 1953, les relations diplomatiques avec Israël, rompues cinq
mois plus tôt, sont rétablies. Le 27 juillet est signée la convention d’armistice
en Corée. L’Union soviétique accepte la réunion proposée par Churchill d’une
conférence des quatre ministres des Affaires étrangères à Berlin (du 23 janvier au
18 février 1954) qui n’aboutit pas. Le 31 mars 1954, l’Union soviétique propose la
conclusion d’un pacte européen de sécurité collective. Elle apporte une contri­
bution à la conférence de Genève sur l’Indochine (26 avril-21 juillet 1954). Le
38 Les relations internationales depuis 1945

11 octobre 1954, les forces soviétiques évacuent Port Arthur. Le 26 janvier 1955,
Moscou met fin à l’état de guerre avec l’Allemagne.
Au printemps 1955, l’URSS promet de retirer toutes ses troupes d’occupation
de l’Autriche, à la condition que ce pays reste neutre. Désormais, un traité
de paix est possible. Le 15 mai 1955, les quatre grandes puissances signent à
Vienne le traité d’État qui met fin à l’occupation de l’Autriche qui s engage à
rester neutre et à refuser toute union avec l’Allemagne. L’Autriche peut être
membre de l’ONU et adhérer aux organisations non militaires. À la suite du
traité d’État, l’esprit de la détente permet la tenue à Genève d’une conférence
au sommet (18-23 juillet 1955) qui réunit le président Eisenhower, le maréchal
Boulganine accompagné de Khrouchtchev, le Premier ministre britannique
Eden, et le président du Conseil français, Edgar Faure. Les résultats en sont
maigres et le désaccord est total sur l’Allemagne, mais « l’esprit de Genève »
laisse espérer que la détente remplacera désormais la guerre froide. De fait, les
ouvertures soviétiques à la République fédérale allemande se concrétisent par
le voyage du chancelier Adenauer à Moscou (9-13 septembre 1955) et l’établis­
sement de relations diplomatiques entre l’URSS et la RFA.
Le problème allemand n’en reste pas moins le principal pôle de tension
entre l’Est et l’Ouest. L’URSS réagit avec vigueur à l’éventualité de la créa­
tion d’une Communauté européenne de Défense, qui comprendrait des
unités militaires allemandes, et à l’élaboration de l’Union de l’Europe occi­
dentale consécutive à l’échec de la CED. Elle multiplie les. appels au désar­
mement et à la sécurité de l’Europe et convoque à Moscou une conférence
(29 novembre-2 décembre 1954) à laquelle seules assistent les démocraties
populaires. Les Soviétiques répondent à l’intégration de l’Allemagne de l’Ouest
dans l’OTAN par la création du pacte de Varsovie, le 14 mai 1955. Regroupant
autour de l’URSS sept démocraties populaires (Pologne, Tchécoslovaquie,
Allemagne orientale, Roumanie, Bulgarie, Albanie, Hongrie), le pacte de
Varsovie est un traité d’amitié, de coopération et d’assistance mutuelle qui
comporte un commandement militaire unique confié à un maréchal soviéti­
que. Il confère au bloc oriental une structure solide et assume désormais un
rôle de gardien du bloc.
La conférence au sommet des 18-23 juillet 1955 et la conférence des
ministres des Affaires étrangères réunissant Dulles, MacMillan, Molotov
et Pinay (27 octobre-16 novembre 1955) butent sur le problème allemand.
Molotov récuse toute réunification de l’Allemagne si ce n’est par l’absorption
de la RFA dans la RDA. Le dialogue Est-Ouest semble bloqué. D’ailleurs, le
20 septembre 1955, l’URSS reconnaît la pleine souveraineté de la République
Démocratique Allemande.
La relative libéralisation permet un rapprochement de l’Union soviétique
avec la Yougoslavie. Depuis la rupture en juin 1948 et malgré l’isolement forcé de
la Yougoslavie, traitée comme un pays schismatique et coupée du camp socia­
Naissance et confrontation d’un monde bipolaire (1945-1955) ▼ 39

liste, Tito avait réussi à maintenir, à la grande fureur de Staline, le cap d’un pays
indépendant et attaché au socialisme, sans toutefois rejoindre le camp occiden­
tal. En se rendant à Belgrade avec Mikoyan et Boulganine (26 mai-3 juin 1955),
Khrouchtchev fait un geste de réconciliation. Il reconnaît la diversité des voies
conduisant au socialisme. Dans le même temps, la compétition Est-Ouest se
transporte hors d’Europe, où l’Union soviétique exploite la volonté d’émanci­
pation coloniale qui se répand dans le Tiers Monde.

La première phase de décolonisation


(1945-1955)
Les facteurs propres à la décolonisation
De 1945 à 1962, la décolonisation s’est faite en deux étapes : une première
dans l’immédiate après-guerre intéresse le Proche et le Moyen-Orient et l’Asie
du Sud-Est ; une seconde, qui commence en 1955, concerne essentiellement
l’Afrique du Nord et l’Afrique noire. Le tournant est l’année 1955, marquée
par la conférence de Bandoeng qui, dans l’unanimité, décide de hâter et de
généraliser la décolonisation et par la décision des États-Unis et de l’URSS de
ne plus limiter l’admission de nouveaux membres aux Nations unies, déci­
sion favorable à la libération des peuples colonisés.
La Seconde Guerre mondiale a profondément transformé les rapports
entre les métropoles européennes et leurs colonies. Elle a démontré la fra­
gilité des empires minés par les ferments nationalistes semés pendant le
conflit. Elle fait surgir deux grandes puissances, États-Unis et URSS, qui sont
chacune à leur façon anticolonialistes.
Par idéologie, l’URSS est favorable à la décolonisation qui va aboutir à
affaiblir les pays occidentaux. Elle la prône activement à partir de 1956. En
principe, les États-Unis soutiennent le combat des peuples colonisés pour des
raisons sentimentales et historiques. Ils accordent d'ailleurs l’indépendance
aux îles Philippines en 1946, mais ils ne prennent pas de position officielle
afin de ne pas embarrasser leurs alliés.

L’attitude des puissances coloniales


Le Royaume-Uni, dirigé par un gouvernement travailliste, a pratiqué volon­
tairement une décolonisation progressive ; les Pays-Bas s’y sont résignés.
Le cas de la France est tout à fait différent. Affaiblie par la guerre, elle
considère que son empire est le moyen de reconquérir une image de grande
puissance, sans opter franchement pour un statut d’association ou d’assimi­
lation. La conférence de Brazzaville, réunie par le général de Gaulle en 1944,
n’ouvre pas la voie à l’indépendance des colonies françaises, mais à plus de
modernisme et de libéralisme. La même idée préside à la mise en place de
40 & Les relations internationales depuis 1945

l’Union française prévue dans la Constitution de la IVe République. C est le


cadre dans lequel les territoires pourront évoluer soit vers l’assimilation soit
vers l’autonomie. Après 1958, la France s’engage dans la décolonisation. La
Belgique, après avoir espéré y échapper, suit.
Le sort des colonies italiennes n’avait pas été réglé par le traité de paix avec
l’Italie, qui entre en vigueur en septembre 1947. Mission en avait donc été
donnée aux Nations unies. Un an plus tard, il n’y a toujours pas d’accord. Au
printemps 1949, un compromis est mis au point par Ernest Bevin, ministre
anglais des Affaires étrangères, et son homologue italien, le comte Sforza. Il
prévoit l’accession de la Libye à l’indépendance, après un régime de tutelle
partagée entre l’Italie, la France et l’Angleterre. Il confie la tutelle de la
Somalie à l’Italie ; enfin il partage l’Érythrée entre l’Éthiopie et le Soudan.
Mais le compromis Sforza-Bevin est rejeté par l’Assemblée des Nations unies
en juin 1949, qui décide finalement de l’indépendance de la Libye avant 1952
et de celle de la Somalie après dix ans de tutelle italienne. Quant à l’Érythrée,
elle serait fédérée à l’Éthiopie. La Libye accède à l’indépendance le 1er janvier
1951 et se choisit un régime monarchique, les États-Unis et surtout la Grande-
Bretagne obtiennent d’y conserver leurs bases.

Le cas particulier de l’Amérique latine


En Amérique, la guerre contribue à renforcer les liens entre les Républiques
américaines, qui apportent plus ou moins leur contribution à la lutte contre
les puissances de l’Axe, à l’exception de l’Argentine. À la conférence interamé­
ricaine de Mexico (février-mars 1945) les États américains signent l’Acte de
Chapultepec qui met en place un système de sécurité collective en Amérique.
À la conférence de Rio de Janeiro (août-septembre 1947), ils signent le pacte
de Rio, qui est un traité interaméricain d’assistance réciproque.
L’Union interaméricaine est renforcée par une charte de l’Organisation
des États américains (OEA), signée le 30 avril 1948, qui groupe les vingt
républiques américaines. Toutefois l’après-guerre amène un refroidissement
entre les États-Unis et les pays latino-américains qui réclament l’évacuation
des bases militaires installées sur leur territoire et souhaitent bénéficier d’un
programme d’aide économique semblable au plan Marshall. L’arrivée au pou­
voir en Argentine d’un régime militaire en 1944 et l’élection en février 1946
du colonel Peron à la présidence de la République (1946-1955) aboutissent
à instaurer un régime inspiré de l’exemple fasciste et caractérisé par un popu­
lisme social aux accents nationalistes et anti-impérialistes. Du coup, les rela­
tions se tendent entre les États-Unis et l’Argentine.
Les républiques d’Amérique latine remettent aussi en question les pos­
sessions européennes (britannique, hollandaise, française). C'est le cas des
îles Falkland sous domination britannique, revendiquées par l’Argentine,
du Honduras britannique, convoité par le Guatemala, et des départements
Naissance et confrontation d’un monde bipolaire (1945-1955) ▼ 41

français dbutre-mer (Martinique, Guadeloupe, Guyane). Des troubles


secouent les pays d’Amérique latine où des nationalistes luttent pour l’indé­
pendance économique de leurs pays et où des coups d’État éclatent, comme
en mai 1954 au Paraguay (celui du général Stroessner) et des révolutions,
comme au Guatemala en juin 1954.

La décolonisation au Proche et au Moyen-Orient


Au Proche-Orient, les pays recouvrent peu à peu leur entière indépendance
alors que la création de l’État d’Israël, en 1948, et l’exploitation des richesses
pétrolières provoquent déjà des crises sérieuses avec l’Occident.
La fin des mandats. Au Liban et en Syrie, la contestation des mandats
confiés à la France par la SDN à la suite du démantèlement de l'Empire
ottoman et les manigances des Anglais qui dominent la région contrai­
gnent les Français à stopper toute velléité de mainmise sur ces territoires
et à promettre l’indépendance accordée au milieu de troubles très violents
en mai 1945. Alors que l’armée française commence à riposter, la Grande-
Bretagne lance un ultimatum à la France pour l’obliger à céder. Au mois
d’août 1945, l’indépendance de la Syrie et du Liban est acquise, mais ce
n’est ni de plein gré, ni avec enthousiasme. La pression des Anglais a été
déterminante. De son côté, le Royaume-Uni a accordé successivement l’in­
dépendance à l’Irak en 1930, à l’Égypte en 1936 (sous réserve de quelques
positions au Caire, à Alexandrie et sur le canal de Suez) et à la Transjordanie
en 1946 où la seule force armée valable est la Légion arabe dirigée par un
officier britannique, Glubb Pacha.
La création de l’État d’Israël, est cependant à l’origine du problème essen­
tiel. Né de la convergence d’une conviction millénaire - le retour à la Terre
promise - et des idées de Theodor Herzl (1860-1904), le sionisme (retour à
Sion = Jérusalem) amène les Juifs dispersés dans le monde entier à rejoindre
ceux qui étaient demeurés en Palestine. La puissance de tutelle, la Grande-
Bretagne, après avoir patronné l’idée d’un Foyer national juif par la déclara­
tion Balfour (1917), est revenue à une politique proarabe, consistant à stopper
l’émigration et à fractionner le territoire qui resterait sous influence anglaise,
mais la Seconde Guerre mondiale joue un rôle d’accélérateur : la révélation
du génocide renforce dans l’opinion publique la cause du sionisme et accélère
l’arrivée des Juifs en Palestine, qui sont 553 000 en 1945 contre 1 240 050
Arabes. Un climat de guérilla se développe entretenu par les organisations
juives contre les Anglais impatients de se débarrasser du fardeau. Aussi la
question palestinienne est-elle soumise en 1947 à une commission d’enquête
de l’Organisation des Nations unies qui recommande de constituer un État
juif, un État arabe et d’internationaliser Jérusalem selon un plan de partage,
accepté par les Juifs, mais rejeté par les Arabes.
42 A Les relations internationales depuis 1945

Sans attendre la réalisation du plan, la Grande-Bretagne décide de met­


tre fin à son mandat en mai 1948. Dès le 14 mai, les Juifs proclament 1 État
d’Israël, immédiatement reconnu par les États-Unis et l’Union soviétique.
Aussitôt les armées arabes pénètrent en Palestine. Les opérations militaires
(mai 1948-janvier 1949) tournent à l’avantage des Israéliens avec lesquels
les Arabes concluent des armistices. Les accords de cessez-le-feu mettent
un terme à la lutte armée, non à l’état de guerre. C’est le statu quo par rap­
port au plan de 1947, avec un tracé de frontières plus avantageux pour l’État
d’Israël. Mais ces frontières ne sont que des frontières de fait. Jérusalem
est partagée entre les Israéliens et les Transjordaniens, qui annexent la
rive droite du Jourdain et constituent ainsi la Jordanie en 1950. L’Égypte
annexe la bande de Gaza. En mai 1949, Israël est admis à l’ONU. La Ligue
arabe refuse de reconnaître le fait accompli et conclut un pacte de défense
entre pays arabes en avril 1950. Le problème de l’existence de l’État d’Israël
se complique du problème des réfugiés arabes de Palestine qui ont fui la
guerre et peuplent les camps dans des pays limitrophes. Dès cette époque
se trouvent réunies les conditions d’un problème insoluble, aux rebondis­
sements dramatiques.
L’instabilité politique. Face au nouvel homme fort, le roi Abdallah de
Jordanie, la Syrie connaît une grande instabilité politique et semble hésiter
entre une orientation pro-occidentale et une tentation neutraliste. L’assassinat
du roi Abdallah le 20 juillet 1951 met fin au rêve de constituer une « Grande
Syrie » autour de la dynastie hachémite. Afin d’apaiser les conflits du Proche-
Orient, les États-Unis, la France et la Grande-Bretagne adoptent une position
commune en mai 1950. Par une déclaration tripartite, ils décident de res­
treindre les ventes d’armes aux seuls pays qui s’engageraient à ne commettre
aucune agression, et surtout ils garantissent le statu quo territorial.
L’enjeu pétrolier. Les rivalités, dues aux riches gisements de pétrole du
Moyen-Orient, s’ajoutent aux problèmes politiques. Les États-Unis, par
compagnies privées interposées, tentent de s’assurer une part de la produc­
tion pétrolière de la région. Ils se heurtent aux intérêts britanniques. Les
compagnies pétrolières, l’Irak Petroleum Company, YAnglo Iranian Company,
le Kuwait OU Company et YAramco (en Arabie Saoudite), sont confrontées
aux nationalismes, à l’occasion de la construction d’oléoducs destinés à ache­
miner le pétrole vers la Méditerranée ou de la négociation de conventions.
Leurs profits sont considérables, puisqu’on 1950 l’Iran ne touche que 9 % de
royalties de YAnglo Iranian OU Company. Or la situation est explosive dans
le pays et le Premier ministre Mossadegh engage le combat. En mars 1951,
sous la pression des milieux nationalistes, menés par Mossadegh, le parle­
ment iranien décide de nationaliser les pétroles et en particulier les biens
de YAnglo Iranian Company. Cette crise tourne à l’épreuve de force anglo-
iranienne et à un conflit interne grave : Mossadegh est finalement arrêté le
Naissance et confrontation d’un monde bipolaire (1945-1955) ▼ 43

24 août 1953. Les intérêts anglais et américains retrouvent leur assise dans
un régime autoritaire sous la direction du Shah. Mais cette première bataille
économique préfigure la crise de Suez.
Le conflit anglo-égyptien. L’Égypte connaît une poussée de fièvre. Les
Anglais prennent en juin 1948 l’initiative de favoriser l’accession à l’indé­
pendance du Soudan, ce qui a pour effet d’y éliminer l’influence égyptienne.
Par réaction, en octobre 1951, le gouvernement de Nahas Pacha décide de
demander au Parlement l’abrogation du traité anglo-égyptien de 1936 (qui
devait rester en vigueur jusqu’en 1956) et la proclamation du roi Farouk,
« roi d’Égypte et du Soudan ». L’Angleterre s’y oppose avec vigueur et envoie
d’importants renforts dans la zone du canal, manifestant ainsi sa volonté
de s’y maintenir. Les États occidentaux proposent à l’Égypte d’assurer la
défense du canal par un organisme international commun auquel elle adhé­
rerait. A la suite d’émeutes anti-britanniques au Caire en décembre 1951 et
janvier 1952, la tension anglo-égyptienne est de plus en plus vive jusqu’à la
décision du roi Farouk de remplacer Nahas Pacha par un Premier ministre
plus conciliant (janvier 1952). Après le coup d’État d’un groupe d’officiers
sous la direction du général Neguib, le roi Farouk abdique (28 juillet 1952),
la monarchie est abolie et le général Neguib devient président jusqu’à son
limogeage et son remplacement par le colonel Nasser (printemps 1954). Le
grand dessein de celui-ci est l’union des peuples arabes. Il réussit à signer
avec l’Angleterre un traité définitif (19 octobre 1954) assurant l’évacua­
tion des troupes britanniques. Il adopte un neutralisme anti-occidental et.
annonce sa volonté d’anéantir l’État d’Israël.
Face à tous ces remous, la Grande-Bretagne soutient l’initiative de l’Irak
et de la Turquie de conclure un traité « pour assurer la stabilité et la sécurité
au Moyen-Orient » (24 février 1955). Au cours de la même année, le Pakistan
(23 septembre) et l’Iran (3 novembre 1955) adhèrent au pacte de Bagdad. La
Jordanie est l’objet de vives pressions pour s’y associer. L’Égypte de Nasser
et l’Union soviétique protestent vivement contre le Pacte de Bagdad, que les
États-Unis considèrent comme l’une des clés de leur système de défense.

La décolonisation en Asie
L’émancipation de l’Asie du Sud-Est est en partie une conséquence de la
défaite japonaise. En 1945, seule la Thaïlande était indépendante. En quel­
ques années, toutes les colonies, à l’exception des possessions portugaises de
Goa et de Timor, deviennent souveraines. En 1957, dix nouveaux États sont
nés. Cette émancipation provient du sentiment nationaliste et anti-européen,
des promesses faites pendant la guerre par les occupants japonais comme par
les puissances européennes, et des encouragements américains. La décolo­
nisation de l’Asie du Sud-Est se fait dans la violence et n’aboutit pas à une
stabilité totale.
44 A Les relations internationales depuis 1945

L’Inde avait depuis longtemps un mouvement nationaliste très organisé,


le parti du Congrès créé en 1886. Pendant la guerre, alors que l’expansion
japonaise menace l’Inde, le chef du parti du Congrès, Nehru, demande
l’indépendance immédiate et souhaite la participation de l’armée indienne
à la lutte contre le Japon. À la fin de la guerre, le nouveau Premier minis­
tre travailliste, Attlee, est très favorable à l’octroi de l’indépendance, mais
Naissance et confrontation d’un monde bipolaire (1945-1955) ▼ 45

la décolonisation est compliquée par le fait que l’Inde est une mosaïque
de races et de religions d’où émergent un groupe hindou et un groupe
musulman. Le parti du Congrès souhaite le maintien de l’unité indienne.
Regroupés dans la « Ligue musulmane », les musulmans ne veulent pas
se retrouver minorité religieuse et politique dans une Inde dominée par le
►parti du Congrès et ils réclament la création d’un Pakistan indépendant.
Les incidents deviennent de plus en plus violents en août 1946 et dégénè­
rent en une véritable guerre civile. Confrontés à une impasse, les Anglais
décident en février 1947 d’évacuer l’Inde.
Lord Mountbatten, vice-roi des Indes, est chargé de la mission d’acheminer
le pays à l’indépendance (août 1947), en y favorisant la partition : d’un coté,
l’Inde, État laïque, de l’autre, le Pakistan, État religieux musulman, formé du
Pakistan occidental, le Pendjab, et du Pakistan oriental, partie est du Bengale.
Les deux États indépendants s’associent au Commonwealth.
L’Inde réclame aussitôt la rétrocession des enclaves étrangères, portugaise
(Goa) et françaises (Pondichéry, Yanaon, Karikal, Mahé et Chandernagor).
Le Portugal refuse. La France attend 1954 pour céder ses comptoirs à l’Inde.
Les Pakistanais réclament le contrôle du territoire frontalier du Cachemire
attribué à l’Inde. Une guerre en 1947-1948 aboutit à une ligne de démarca­
tion, théâtre de futurs conflits territoriaux. Quant au Tibet, à l’autonomie
duquel tenait l’Inde, la Chine populaire en prend le contrôle total en 1950.
Occupée par les Japonais pendant la guerre, la Birmanie obtient du
Royaume-Uni son indépendance le 4 janvier 1948 et refuse d’entrer dans le.
Commonwealth. Le nouvel État est en proie à la guerre civile menée à la fois
par les communistes et par les populations Karen qui réclament leur autono­
mie. Très ancienne colonie espagnole, attribuée en 1898 aux États-Unis à la
suite de la guerre hispano-américaine, et occupées par les Japonais pendant
la Seconde Guerre mondiale, les Philippines deviennent indépendantes le
4 juillet 1946 et accordent des concessions économiques et des bases aérien­
nes et navales aux États-Unis pour une durée de 99 ans.
Pour l’Indonésie, la Seconde Guerre mondiale joue un rôle décisif. Le parti
nationaliste indonésien du Docteur Soekarno n’hésite pas à collaborer avec
les Japonais qui lui accordent l’indépendance.

Le Commonwealth
Cest l’ensemble des États et territoires qui sont issus de l’Empire britannique et
ont gardé entre eux des liens plus moraux que juridiques.
Le terme apparaît pour la première fois en 1921 dans le traité de Londres qui
reconnaît l’existence d’un nouveau dominion, l’État libre d’Irlande, qui s’ajou­
te aux autres dominions (territoires jugés assez évolués pour bénéficier de la
souveraineté interne sous la dépendance du souverain britannique), le Canada,
l’Australie, la Nouvelle-Zélande et l’Union sud-africaine.
46 4k Les relations internationales depuis 1945

En 1931, le statutdeWestminstersubstitueàl ’Empire une communauté de nations


britanniques (British Commonwealth of Nations) liés par un serment d’allégeance
à la Couronne britannique et par leur libre volonté d’association. En 1932, les
accords d’Ottawa établissent le principe d’une « préférence impériale ». La déco­
lonisation oblige à reconsidérer les définitions antérieures. Tous les territoires qui
se trouvaient sous juridiction britannique n’ont pas rejoint le Commonwealth. En
1949, le Commonwealth est défini comme un ensemble multi-ethnique et multilin-
guistique, dont le souverain britannique est le chef. Des conférences périodiques
de chefs d’État ou de gouvernement assurent un minimum de solidarité, que ren­
force l’institution à Londres d’un secrétariat pour le Commonwealth.

Malgré les départs de la Birmanie et de l’Irlande (1948), du Soudan (1956),


de la Somalie, du Koweït, de l’Afrique du Sud (1961 ), de la Rhodésie (1965),
d’Aden (1967) et du Pakistan occidental (1972), le Commonwealth compte en
1990 48 membres.

Etats membres (par ordre de date d’accès à leur indépendance)


Royaume-Uni Botswana : 30/09/1966
Canada : 01/07/1867 Lesotho : 04/10/1966
Australie : 01/01/1901 Barbades : 30/11/1966
Nouvelle-Zélande : 26/09/1907 Nauru : 31/01/1968
Inde : 15/08/1947 Maurice : 12/03/1968
Sri Lanka : 04/02/1948 Swaziland : 06/09/1968
Ghana : 06/03/1957 Tonga : 04/06/1970
Malaisie : 31/08/1957 Bangladesh : 16/12/1971
Chypre : 16/08/1960 Bahamas : 10/07/1973
Nigeria : 01/10/1960 Grenade : 07/02/1974
Sierra Leone : 27/04/1961 Papouasie-Nouvelle-Guinée : 16/09/1975
Tanzanie : 09/12/1961 Seychelles : 29/06/1976
Samoa occidentale : 01/01/1962 îles Salomon : 07/07/1978
Jamaïque : 06/08/1962 Tuvalu : 01/10/1978
Trinidad et Tobago : 31/08/1962 Dominique : 03/11/1978
Ouganda : 09/10/1962 Sainte-Lucie : 22/02/1979
Kenya : 12/12/1963 Kiribati : 12/07/1979
Malawi : 06/07/1964 Saint-Vincent et Grenadines : 27/10/1979
Malte : 21/09/1964 Zimbabwe : 18/04/1980
Zambie : 24/10/1964 Vanuatu : 30/07/1980
Gambie : 18/02/1965 Belize : 21/09/1981
Maldives : 26/07/1965 Antigua et Barbuda : 01/11 /1981
Singapour : 09/08/1965 Saint-Christophe et Nevis : 19/09/1983
Guyana : 26/05/1966 Brunei : 01/01/1984 ■
Naissance et confrontation d’un monde bipolaire (1945-1955) ▼ 47

La reprise en main par les Hollandais est difficile. Ils créent en 1947
une Fédération d’Indonésie, comprenant le territoire de Java, dirigé par des
Indonésiens, les autres territoires étant dominés par les Hollandais. La rupture
survient en 1948 après de nombreux incidents et l’échec de l’insurrection
cognmuniste à Java. La Haye croit alors le moment venu de reprendre le
contrôle du pays, mais après avoir engagé le combat, les Hollandais - sur la
pression des Américains, des Anglais et des Nations unies — doivent accepter
l’indépendance totale de l’Indonésie. Le 27 décembre 1949, La Haye aban­
donne toute souveraineté sur ce qui étaient les Indes néerlandaises à l’excep­
tion de la partie ouest de la Nouvelle-Guinée, revendiquée par les Indonésiens
et cédée en 1962 par les Hollandais.
En Indochine, aussi, l’occupation japonaise a été décisive. Le 9 mars 1945 les
Japonais liquident en effet les restes de l’administration française. Le 11 mars
1945, l’indépendance du Viêt-nam est proclamée et aboutit à la création d’un
gouvernement de coalition dirigé par Hô Chi Minh qui proclame la République.
L’empereur Bao Dai reconnaît cette République, mais préfère quitter le territoire.
Dès la fin de la guerre, le général de Gaulle décide de constituer une force expédi­
tionnaire, confiée au général Leclerc, pour reprendre pied en Indochine, évacuée
par les Japonais et occupée au nord par les Chinois, au sud par les Anglais. Les
difficiles négociations entre Français et Vietnamiens aboutissent le 6 mars 1946 à
un accord permettant aux troupes françaises de réoccuper le Tonkin. En contre­
partie, la France reconnaît la république du Viêt-nam qui devrait comprendre
les trois régions : le Tonkin au nord, l’Annam au centre, la Cochinchine au sud. '
La Fédération des États indochinois, comprenant le Viêt-nam, le Cambodge
et le Laos, serait associée à l’Union française. Mais la mise en œuvre de cet
accord est difficile. L’amiral Thierry d’Argenlieu, nommé haut-commissaire en
Indochine, érige la Cochinchine en République indépendante sous la tutelle
française. Cependant, en septembre 1946, Hô Chi Minh et le gouvernement
français signent les accords de Fontainebleau. Sur place, en Indochine, la situa­
tion s’aggrave brusquement après des incidents à Haiphong et le bombardement
de la ville par la marine française. Le 19 décembre 1946, une guerre commence,
qui va durer près de huit ans ; la France constate quelle ne peut pas imposer le
retour pur et simple à la situation d’avant-guerre, si bien que par les accords de
la baie d’Along elle met en place en juin 1948 un État vietnamien, avec à sa tête
l’empereur Bao Dai, et auquel elle promet l’indépendance totale.
À partir du déclenchement du conflit de Corée, la guerre d’Indochine
devient un autre front de la guerre idéologique entre l’Ouest et l’Est. En
janvier 1950, Hô Chi Minh obtient la reconnaissance diplomatique de son
gouvernement par Moscou et Pékin, qui lui apporte une importante aide
militaire. En octobre 1950, les forces franco-vietnamiennes subissent un
grave revers, ce qui prouve la montée en puissance du Viêt-minh. De son
côté, l’armée française, commandée par le général de Lattre de Tassigny
48 Les relations internationales depuis 1945

et puissamment aidée sur le plan matériel et financier par les Américains,


redresse un temps la situation.

Les guerres d’Indochine


1945 - 9 mars : Coup de force japonais contre le protectorat français du Viêt-nam.
- 2 septembre : À Hanoï, Hô Chi Minh proclame l’indépendance du
Viêt-nam.
- 5 octobre : Le général Leclerc s’installe à Saigon.
1946 - 6 mars : Accord Sainteny-Hô Chi Minh : la France reconnaît la République
démocratique du Viêt-nam en échange de son retour au Tonkin.
-juillet-septembre : Conférence de Fontainebleau.
- 24 novembre : Bombardement de Haiphong.
- 19 décembre : Soulèvement à Hanoi. Début de la guerre d’Indochine.
1948 - 5 juin : Déclaration de la baie d’Along : « La France reconnaît solennel­
lement l’indépendance du Viêt-nam. »
1950 - novembre : Graves revers français au Tonkin.
- décembre : De Lattre haut-commissaire en Indochine.
1952 - 11 janvier : Mort du maréchal De Lattre.
1954 - 26 avril : Ouverture de la conférence de Genève.
- 7 mai : Chute de Diên Biên Phû.
- 20/21 juillet : Accords de Genève : indépendance et partition provisoire
du Viêt-nam. Fin de la guerre d’Indochine.
1956 - 9 avril : Au Viêt-nam du Sud, le gouvernement Diêm ajourne la consul­
tation électorale prévue sur la réunification du pays.
1960 - 5 octobre : Le Viêt-nam du Nord se fixe l’objectif de la libération du Sud.
- 20 décembre : Création au Viêt-nam du Sud d’un Front de libération
national (FLN). Début de la guerre du Viêt-nam.
1961 - 16 décembre : Le président Kennedy décide d’élever à quinze mille les
effectifs militaires américains au Viêt-nam.
1963 - 11 juin : A la suite d’incidents sanglants entre bouddhistes et forces de
l’ordre, un bonze s’immole par le feu à Saigon.
- 1er novembre : Coup d’État à Saigon. Mort de Ngô Dinh Diêm.
1964 - 2/5 août : Incident naval du golfe du Tonkin.
- 7 août : Le Congrès adopte une résolution permettant une intervention
américaine en Asie du Sud-Est.
1965 - 7 février : Début des raids aériens américains contre le Nord-Viêt-nam.
- 8 juin : Début officiel de la participation des forces américaines aux
combats terrestres au Sud-Viêt-nam.
12/19 février : Coup d’État militaire à Saigon ; le général Thieu devient
chef de l’État, le général Ky, chef du gouvernement.
1966 - 30 août : Discours du général de Gaulle à Pnom Penh.
1967 - Importants bombardements américains.
1968 - février : Offensive du Têt.
Naissance et confrontation d’un monde bipolaire (1945-1955) ▼ 49

-31 mars : Le président Johnson annonce un arrêt partiel des bombarde­


ments.
- mai : Rencontres à Paris entre délégués américains et nord-vietnamiens.
- novembre : Arrêt total des bombardements.
1969 - janvier : Début de la conférence de Paris.
- 12 novembre : Manifestations aux États-Unis contre la guerre.
1970 - 29 avril : Intervention américaine au Cambodge.
1971 - 8 février : Intervention américaine au Laos.
- 26/31 décembre : Offensive américaine sur le Nord-Viêt-nam.
1972 - avril : Reprise des bombardements américains, contacts secrets à Paris.
- 30 décembre : Arrêt des bombardements et reprise des négociations.
1973 - 27 janvier : Signature des accords de Paris.
- 29 mars : Départ des derniers militaires américains de l’armée de terre.
1975 - 17 avril : Chute de Pnom Penh.
- 30 avril : Chute de Saigon ; fin de la guerre. Réunification du Viêt-nam.
- décembre : Le Laos devient une République populaire. ■

Mais la position militaire franco-vietnamienne ne tarde pas à s’aggraver en


raison du renforcement du Viêt-Minh et de la décision du Haut Commandement
français d’organiser dans le Tonkin occidental, à Diên Biên Phû, un centre de
résistance que l’armée viêt-minh attaque en mars 1954. Pendant les cinquante-
six jours de combat, l’intervention directe des États-Unis d’abord envisagée est
ensuite écartée.
Alors qu’une conférence se réunit à Genève pour discuter de la paix .
en Corée (après l’armistice de Pan-Mun-Jon de 1953) et d’un armistice en
Indochine, survient la nouvelle de la chute de Diên Biên Phû, le 7 mai,
qui accélère le processus de paix. Les négociations piétinent à Genève à
propos de la ligne d’armistice entre le Sud et le Nord et sur la date des
élections qui devaient permettre la réunification du Viêt-nam. Finalement,
un armistice est signé le 20 juillet 1954 qui divise l’Indochine en deux le
long du 17e parallèle : le Viêt-nam du Nord où dominent les communis­
tes, le Viêt-nam du Sud où régnent les nationalistes menés par Ngô Dinh
Diêm et soutenus par les Américains, dont l’influence se substitue à celle
de la France. Les troupes françaises doivent évacuer l’Indochine dans un
délai de quelques mois et des élections être organisées dans un délai de
deux ans, pour envisager une réunification du Viêt-nam. Après la Corée
et l’Allemagne, un nouveau pays est divisé par une frontière idéologique,
le « rideau de bambou ». C’est aussi la source de nouveaux conflits car les
États-Unis sont décidés à soutenir Ngô Dinh Diêm, qui élimine bientôt
l’empereur Bao Dai à la faveur d’une consultation populaire. Pour la France,
c’est à la fois la fin du boulet indochinois et le terme mis à une présence de
près de trois quarts de siècle dans cette région du monde, car les accords
de Genève sanctionnent la victoire d’un mouvement révolutionnaire sur
50 A Les relations internationales depuis 1945

L’Indochine en temps de guerre


Naissance et confrontation d’un monde bipolaire (1945-1955) ▼ 51

une puissance européenne et ouvrent la voie à la décolonisation du second


grand empire colonial.
Enfin, à l’occasion de la conférence de Genève, la Chine apparaît comme une
puissance avec laquelle il faut compter en Asie. Les accords sino-soviétiques
(signés le 12 octobre 1954) et les bombardements des îles côtières de Formose
(septembre 1954) attestent du réveil chinois.
Sous la direction de Nehru, l’Inde s’efforce de jouer un rôle mondial et de
prendre la tête du neutralisme et de l’anti-colonialisme. Tout en restant dans
le Commonwealth, elle rejette l’aide militaire américaine le 1er mars 1954,
condamne formellement les pactes, l’OTASE et le pacte de Bagdad, et fidèle
à la doctrine de Gandhi, elle met son point d’honneur à ne pas employer la
force. Elle obtient la cession des cinq comptoirs français de l’Inde dont le
rattachement est opéré le 1er novembre 1954, mais elle se heurte au refus
du Portugal de céder Goa. L’active politique extérieure de l’Inde se mani­
feste par les nombreuses rencontres entre Nehru et Chou en-Lai (juin 1954,
novembre 1956) et surtout celles entre Nehru et les dirigeants soviétiques,
qui favorisent de tout leur poids le « neutralisme » indien et l’axe neutraliste
autour de Nehru, Tito et Nasser.
Même si la confrontation entre les deux blocs persiste, le rôle des nou­
veaux États et leur volonté de dépasser la bipolarisation et la guerre froide
amènent à une autre conception des relations internationales. La confron­
tation continue, mais la guerre froide fait progressivement place à la coexis­
tence pacifique.
Chapitre 2

La coexistence pacifique
(1955-1962)

es années 1955-1956 ne sonnent pas la fin du monde bipolaire né au


L lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Elles ne sont pas non plus
celles de la fin de la guerre froide. Mais cette période intermédiaire, qui fait
passer le monde de la confrontation de deux blocs à la détente, est placée
sous le signe de la coexistence pacifique. Celle-ci est à la fois un nouveau
mode de relations Est-Ouest et une conséquence de « la naissance du Tiers
Monde ». En effet, à la première phase de décolonisation asiatique succède
une seconde vague surtout africaine. A Bandoeng, en 1955, en l’absence
des grandes puissances, les États récemment décolonisés proclament leur
volonté d’indépendance et de coexistence pacifique, et à Suez, en 1956, les
deux grandes puissances coloniales européennes subissent un revers diplo­
matique face à un État du Proche-Orient.
Le Tiers Monde proclame plus ou moins pacifiquement son intention de
ne plus être traité en objet de la politique internationale. Du coup, il compli­
que et enrichit le jeu des rapports de force Est-Ouest. La compétition éco­
nomique, la course aux armements et à l’espace se substituent peu à peu à
la confrontation idéologique. L’opposition idéologique rend impossible une
véritable paix. L’équilibre nucléaire rend improbable la guerre, selon la for­
mule de Raymond Aron : « Paix impossible, guerre improbable ». Entre les
deux blocs aussi, la coexistence pacifique triomphe, même si des crises vio­
lentes, comme celles qui affectent un ancien pôle de tension - Berlin - et un
nouveau - Cuba - ponctuent la période. Même à l’intérieur des blocs, des
lignes de rupture apparaissent, surtout dans le bloc oriental où, à la suite de
la déstalinisation, des crises secouent la Pologne et la Hongrie et des fissures
naissent dans l’alliance sino-soviétique. Dans le bloc occidental, ce sont les
pays européens qui, sortis de la reconstruction, s’organisent peu à peu.
La coexistence pacifique ( 1955-1962) ▼ 53

La deuxième phase de décolonisation


À la faveur des mouvements d’émancipation, naît un ensemble de pays
situés en Asie et en Afrique qui ont en commun d’être sous-développés et
de connaître une importante croissance démographique : c’est le « Tiers
Monde » (expression créée par Alfred Sauvy en 1952). Il prend conscience
de son existence lors de la conférence de Bandoeng en avril 1955. Il remporte
une victoire diplomatique à Suez. En l’espace de quatre ans, il devient multi­
ple et transforme l’Organisation des Nations unies.
La compétition Est-Ouest se transporte hors d’Europe, où l’Union sovié­
tique exploite la volonté d’émancipation coloniale qui se répand dans le Tiers
Monde. Certes, Khrouchtchev n’obtient pas que des succès : il essuie des
revers au Congo et dans d’autres pays africains. Mais c’est de son règne que
datent l’implantation soviétique au Proche-Orient et l’installation d’un régime
communiste à Cuba.
Au Proche-Orient, la fourniture d’armes tchécoslovaques à l’Égypte crée
une périlleuse situation de course aux armements que la nationalisation du
canal de Suez transforme en occasion de conflit.
La reculade diplomatique franco-britannique ouvre les portes du
Proche-Orient aux deux superpuissances qui ne vont plus cesser d’y mener
une lutte d’influence, sans toutefois s’y affronter. Les pays non-alignés sont
récupérés par la diplomatie soviétique, lors de la conférence de solidarité
afro-asiatique au Caire (décembre 1957), et à l’ONU, lors d’une tumultueuse
session (1960), Khrouchtchev vilipende les Occidentaux.

Bandoeng et Suez
C’est des pays asiatiques que vient l’initiative de la conférence de Bandoeng.
Elle intervient dans une conjoncture particulière : la fin des guerres de Corée
et d’Indochine et le règlement du contentieux sino-indien sur le Tibet par le
traité du 29 avril 1954 qui donne de la Chine une image plus pacifique, tout
en lui reconnaissant le contrôle sur le Tibet.
Cette conférence, qui se tient du 17 au 24 avril 1955 dans l’ancienne
capitale de l’Indonésie, marque un tournant dans l’histoire de la décolo­
nisation. Les initiateurs sont les chefs des gouvernements de Birmanie, de
Ceylan, d’Inde, d’Indonésie et du Pakistan (groupe de Colombo) qui déci­
dent de convoquer en Indonésie une conférence de pays africains et asiati­
ques. Parmi les 24 gouvernements représentés, trois tendances s’affirment :
une tendance pro-occidentale (Philippines, Japon, Sud-Viêt-nam, Laos,
Thaïlande, Turquie, Pakistan, Éthiopie, Liban, Libye, Liberia, Irak, Iran), une
tendance neutraliste (Afghanistan, Birmanie, Égypte, Inde, Indonésie, Syrie),
54 Les relations internationales depuis 1945

une tendance communiste (Chine, Nord-Viêt-nam), les positions des autres


États étant plus incertaines.
Aussi bien la condamnation du colonialisme, principal thème de la confé­
rence, est-elle la plus large possible. Le second thème de la conférence est la
coexistence pacifique, que prêche Nehru en prenant comme base d action
le Panch Shila, ces cinq principes insérés par l’Inde et par la Chine dans le
préambule de l’accord qu’elles ont conclu sur le Tibet, considéré en quelque
sorte comme un modèle des relations internationales nouvelles : respect de
l’intégrité territoriale et de la souveraineté ; non-agression ; non-ingérence
dans les affaires intérieures ; réciprocité des avantages dans les contrats ;
coexistence pacifique.
Aux « cinq principes », le Premier ministre pakistanais, Mohammed Ali,
oppose les « sept piliers de la paix », parmi lesquels le droit pour tout pays
de se défendre seul ou collectivement, qui justifie l’appartenance du Pakistan
à l’Organisation du traité de l’Asie du Sud-Est (OTASE). La Chine populaire,
en la personne du président du conseil chinois, Chou En-Lai, joue dans une
grande mesure le médiateur entre l’Inde et le Pakistan, et elle apparaît comme
une référence et un modèle pour le Tiers Monde en gestation.
Pour la première fois, une grande conférence a réuni des États du Tiers
Monde, sans la participation des États européens, des États-Unis et de
l’URSS. Le rendez-vous de l’afro-asiatisme coïncide en effet avec une nou­
velle étape de l’émancipation coloniale. Confusément, se fait jour l’idée que
les pays du Tiers Monde doivent rechercher une autre voie. La rencontre de
Nasser, Tito et Nehru à Brioni (18-20 juillet 1956) permet de promouvoir
le non-alignement. La traduction politique de cette idée consiste dans une
politique de bascule entre les deux blocs, expérimentée en vraie grandeur au
Proche-Orient.
Au Proche-Orient, le fait nouveau est le développement du nationalisme
arabe qui coïncide avec la percée soviétique dans le Tiers Monde. Par une
déclaration publiée le 16 avril 1955, les dirigeants soviétiques proclament leur
refus d’accepter plus longtemps le monopole occidental dans cette région que
le pacte de Bagdad vient encore de renforcer. Ce qui préface l’intervention
active de l’URSS en Méditerranée. Or après l’élimination du général Neguib
(mars 1954), le colonel Nasser se fait le champion du nationalisme arabe et
du panarabisme. Il ne cache pas son intention d’anéantir Israël, avec lequel les
États arabes se querellent en permanence depuis 1948. C’est dans cette pers­
pective qu’il conclut avec la Tchécoslovaquie le 27 septembre 1955 un impor­
tant contrat pour la fourniture d’armes tchèques et soviétiques : chasseurs,
bombardiers à réaction et chars. Le monopole britannique du commerce des
armes au Proche-Orient est ainsi brisé.
Nasser veut rendre son pays plus indépendant et obtient des Anglais l'éva­
cuation totale de son pays, y compris du canal de Suez. Avec le Yougoslave
La coexistence pacifique (1955-1962) ▼ 55

Tito, libéré du conflit de Trieste, et l’Indien Nehru, il lance l’idée du non-


engagement auquel la conférence de Bandoeng (1955) donne un contenu
positif : la lutte pour la décolonisation. Il veut sortir son pays du sous-
développement et espère obtenir des États-Unis le financement du barrage
d’Assouan, destiné à assurer l’irrigation en Haute-Égypte et à produire de
l’énergie électrique. Mais après avoir hésité, le secrétaire au Département
d’État, Foster Dulles, refuse le 19 juillet 1956 toute aide financière à un pays
décidément trop neutraliste, au moment précis de la conférence de Brioni
(18-20 juillet).
La riposte de Nasser est immédiate : le 26 juillet, il annonce la nationali­
sation du canal de Suez, propriété d’une compagnie où les intérêts français
et britanniques sont majoritaires. Il s’agit d’un triple défi : défi à l’ancienne
puissance colonisatrice britannique qui accepte mal la perte d’une des clés
de son empire, défi à la France qui reproche à l’Égypte de soutenir la rébel­
lion algérienne, défi à Israël auquel Nasser compte bien interdire le droit à
ses navires d’emprunter le canal de Suez. Les trois puissances ont ainsi des
intérêts convergents à mettre en échec le colonel Nasser. Pour les Français,
la nationalisation est l’occasion d’éliminer l’homme qui - tels les dictateurs
des années 1930 - entend bâtir un empire arabe et de mettre un terme à
la rébellion algérienne. Pour les Anglais, il s’agit d’empêcher qu’un pays ne
s’empare d’un point de passage vital pour leur nation et ne contrôle le canal
de Suez. Pour les Israéliens, il s’agit de déjouer la menace mortelle qui pèse
sur leurs approvisionnements et en réalité sur leur existence même en tant .
qu’État. Les négociations traînent. Une conférence internationale réunie à
Londres (ler-23 août 1956) n’aboutit pas à faire fléchir Nasser, non plus que la
conférence des usagers à Londres (18-22 septembre) et le Conseil de sécurité
à New York (5-15 octobre). Entre les Franco-Britanniques et les Égyptiens,
l’épreuve de force se prépare, Moscou soutenant l’Égypte, Washington refu­
sant d’envisager une solution de force en pleine période d’élection présiden­
tielle. Une opération franco-britannique, mise au point à Sèvres le 22 octobre
sous la direction du président du Conseil français, Guy Mollet, et du Premier
ministre britannique, Anthony Eden, est finalement lancée - après bien des
tergiversations - en coordination avec une attaque préventive israélienne.
Les troupes égyptiennes perdent alors le contrôle du Sinaï et de la plus grande
partie du canal de Suez. Mais, le 5 novembre, l’Union soviétique menace la
France et la Grande-Bretagne de ses fusées atomiques. Les États-Unis, qui
considèrent l’intervention comme un mauvais coup porté à l’Alliance atlan­
tique et aux Nations unies, se désolidarisent de leurs Alliés et pèsent sur la
livre sterling. Les pressions parviennent à faire céder Eden, puis Mollet. A
l’Assemblée générale de l’ONU, la France et le Royaume-Uni sont condam­
nés. Les forces franco-britanniques sont stoppées sur leur lancée le 6 novem­
bre à minuit. Les Anglo-Français évacuent leur tête de pont en décembre
56 A Les relations internationales depuis 1945

et les Israéliens, leurs conquêtes, au début de 1957. L’ONU interpose entre


Israël et l’Égypte des unités internationales de Casques bleus, placées égale­
ment à Charm-el-Cheikh, garantissant ainsi la liberté de navigation dans le
détroit de Tiran.
La crise de Suez ruine l’influence traditionnelle de la France et de la
Grande-Bretagne dans la région. Leur intervention militaire apparaît comme
une volonté de sauvegarder leurs intérêts économiques et politiques, c’est-à-
dire comme une évidente manifestation de colonialisme. Mais cette politique
de la canonnière a lamentablement échoué. Du coup, elle démontre que les
puissances moyennes n’ont plus de liberté d’action. Elles ont été « lâchées »
par leurs alliés, ce qui déclenche une crise au sein de l’OTAN. Le colonel
Nasser, qui a imposé la nationalisation du canal, sort victorieux de cette crise
et devient le champion incontesté du nationalisme arabe et de la décoloni­
sation. L’URSS se fait une image de défenseur des petites puissances contre
l’impérialisme. Moscou apparaît ainsi comme le principal allié du monde
arabe et enregistre une percée au Proche-Orient, où son prestige est confirmé
auprès de l’opinion publique arabe. Son influence s’affirme non seulement en
Égypte mais aussi en Syrie.
Les États-Unis, grâce à une attitude nuancée, réussissent à préserver leur
image dans la région. Par leur appui à la dynastie hâchémite, ils font bas­
culer la Jordanie du roi Hussein dans leur camp. Ils ne sont pas disposés à
abandonner à l’Union soviétique le contrôle politique du Proche-Orient. La
doctrine Eisenhower (5 janvier 1957), qui comporte une aide économique
et une assistance militaire des États-Unis à tout pays du Proche-Orient sou­
cieux de prévenir l’agression ou la subversion, est destinée à combler le vide
au Proche-Orient. L’Union soviétique réplique à cette menace de paix par le
plan Chepilov (11 février 1957) qui préconise la non-intégration des États
proche-orientaux dans des blocs militaires, la liquidation des bases étrangè­
res, etc.
L’effet le plus clair de l’affaire de Suez est l’élimination des influences fran­
çaise et anglaise de la région, où les deux superpuissances, appuyées l’une
sur l’Égypte et la Syrie, l’autre sur le pacte de Bagdad, la Jordanie et l’Arabie
Saoudite, se retrouvent face à face. Quant au canal de Suez, il est rendu inutili­
sable par les sabordages égyptiens, ce qui gêne énormément l’approvisionne­
ment pétrolier de l’Europe, et il est désormais contrôlé par l’Égypte. La Syrie,
dominée par le parti Baas, préconise l’unité du monde arabe, en commençant
par une fusion avec l’Égypte qui se concrétise dans une République arabe unie
(RAU) éphémère (1958-1961). À la suite du coup d’État des militaires irakiens
qui abolissent la monarchie (14 juillet 1958), même l’Irak rompt avec le pacte
de Bagdad, transformé alors en CENTO (Central Treaty Organisation). Afin
de marquer un coup d’arrêt à l’expansion du communisme, Américains et
Britanniques interviennent au Liban et en Jordanie pour réprimer l’agitation
La coexistence pacifique (1955-1962) ▼ 57

qui s’y développe (juillet 1958). Aux Nations unies, tous les pays de la Ligue
arabe proposent une résolution aux termes de laquelle le Moyen-Orient doit
être tenu à l’écart des querelles entre les grandes puissances (21 août 1958).
En outre, c’est à partir de la conférence de Bandoeng et de la crise de Suez
que se développe la deuxième phase de décolonisation qui se situe principa­
lement en Afrique.

La décolonisation en Afrique du Nord


La situation est très différente, selon qu’il s’agit de l’Algérie, territoire consi­
déré comme français où habite une forte minorité d’Européens, ou de la
Tunisie et du Maroc, protectorats ayant conservé leur souverain sinon leur
souveraineté. Mais, partout, la Ligue arabe manifeste son opposition à la
politique française en Afrique du Nord et apporte son soutien aux partis
nationalistes dans les protectorats du Maroc et de Tunisie et en Algérie. En
août 1951, les pays arabes décident de porter le problème marocain devant
l’Assemblée générale des Nations unies et, en décembre, ils interviennent
auprès du Conseil de sécurité à propos de la Tunisie.
Le mouvement nationaliste tunisien. Il est encouragé par la situation du
pays pendant la guerre ; occupée par les Italiens et les Allemands, la Tunisie
est le théâtre de batailles sanglantes et un terrain d’affrontement entre
Français. Dès sa libération, le bey Moncef, révoqué pour avoir collaboré avec
les Allemands, est remplacé par Lamine Bey. En 1951, le drame se noue. Les
revendications du parti traditionnaliste, le Destour, du parti occidentalisé
d’Habib Bourguiba, le Néo-Destour, et du syndicat UGTT (Union générale
des travailleurs tunisiens) sont stimulées par l’accession à l’indépendance
(en octobre) de la Libye voisine. Le leader de l’opposition, Habib Bourguiba,
en appelle à l’autonomie interne. Le bey lui-même réclame la réunion d'une
Assemblée nationale tunisienne et la constitution d’un gouvernement tuni­
sien responsable.
À partir de décembre 1951, des troubles secouent les campagnes en
Tunisie du Sud et la répression s’abat sur les responsables du Néo-Destour
(Bourguiba est arrêté) et les ministres du gouvernement tunisien. En
juillet 1952, la France propose un système de co-souveraineté dans le cadre
de l’Union française qui est rejeté. Le terrorisme sévit. Finalement, le nouveau
président du Conseil, Pierre Mendès France, se rend à Tunis en juillet 1954 et,
dans le discours de Carthage, il annonce que la France accorde l’autonomie
interne à la Tunisie : celle-ci dispose donc de son propre gouvernement, mais
reste subordonnée à la France en matière de défense, de politique extérieure
et de relations économiques internationales. Après trois ans d’exil, Habib
Bourguiba, le « combattant suprême », revient dans son pays (1er juin 1955).
58 A. Les relations internationales depuis 1945

La décolonisation de l’Afrique

Sahara occidental 1975-1979, Tunis


disputé entre la Mauritanie,
le Maroc et la guérilla 1956
1956
du Polisario

1956
iles
Maroc
Canaries

Egypte
^EHAyoun
Libye
[Î975] Saíwra}
occidental
bntanniques*e<' ?1956.

Mauritanie 11952-19931
Tchad Erythrée
Niger [i960] ]Khartum7. J ^Asmara
DakT Senegal7 . - ... [i960]
< Niamey 1-------- /
BathurstM-Gambie Bamako.Burkina. “ 11956]
Guinee^i |lS60|* Ouagadougou t-Lamy SoudàR
Bissau \ -i/Togo*: FwboI
Conakry^/Guineepni-'" „, Benin- I---------- 1 Éthiopie
Freetown!^ LbOte Ghana
Sierra Leonex/ République’
Centrafricaine Addis-Abeba
1196111 Monrovia^

Liberia Somalie
Cameroun

|1968| Guinée équatoriale Zaïre Kenya ■']


Mogadiscio
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et Principe I la <wt • *—
11975] |l960|,j.Congo Rwanda^K^aii •
Brazzaville , y Bujumbura'»Burundi \ /
Kinshasa
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Luanda Tanzanie
V Comores

Angola
Malawi
0 1 000 km
L Zambje*^L-
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S Britanniques
Namibie ¡I1',-------. <
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ySIWindhoeki
Mandat delSLjflH|| Botswana
«. Portugais l'Afrique du Sud t
G a bbroneV
déclaré illégal par ‘■I \
l'ONU en 1971.
fX! Espagnols Indépendance en 1990 baba sputo
sous le nom de Namibie Swaziland 1965 indépendance,
¿¿SMaseryT* lioccl 1980 la Rhodésie
Italiens
du Sud* y Lesotho devient le Zimbabwe

I I Pays jamais colonisés ... r ' 119661

Le Cap
|1966| Date d’indépendance

Les négociations franco-tunisiennes aboutissent à l’indépendance totale de la


Tunisie le 20 mars 1956.
Le rôle du souverain Mohammed ben Youssef au Maroc. Il a été beau­
coup plus marquant. Pendant la guerre, il est encouragé dans sa volonté
d’indépendance par le président américain Roosevelt. Dès la fin de la guerre,
les relations avec la France deviennent tendues en raison de la création par
La coexistence pacifique (1955-1962) ▼ 59

Allai el-Fassi de 1’« Istiqlàl », parti de l’indépendance, et du discours du sul­


tan à Tanger en 1947 où il exalte la Ligue arabe. Sous l'influence d’une partie
de la colonie française, la politique des résidents successifs (maréchal Juin,
général Guillaume) est de plus en plus ferme : ils insistent pour que le Sultan
désavoue l’Istiqlàl. Mais le discours du trône de novembre 1952 est un appel
au nationalisme marocain et on entre dans le cycle agitation-répression. À
la suite d’intrigues du pacha de Marrakech, le Glaoui, soutenu par des tri­
bus berbères, des colons français et certains hauts fonctionnaires français,
Mohammed ben Youssef est déposé, remplacé par un de ses cousins, et exilé
à Madagascar pendant l’été 1953. À partir de ce moment-là, la situation se
dégrade, avec en particulier des attentats dans les villes. En 1955, le gouver­
nement français décide de faire revenir le sultan en France et de négocier
avec lui les accords de la Celle-Saint-Cloud. En novembre 1955, Mohammed
ben Youssef obtient à la fois son retour sur le trône du Maroc (sous le nom de
Mohammed V) et la promesse de l’indépendance. Le 16 novembre, c’est son
retour triomphal à Rabat. Le 2 mars 1956, le Maroc accède à l’indépendance,
suivi quelques semaines plus tard par la Tunisie.
EAlgérie, déjà secouée à partir du 8 mai 1945 par une vive révolte, est
quant à elle un cas à part. Constituée de départements français au statut
particulier, peuplée par une importante minorité européenne (1 million sur
un total de 9 millions d'habitants en 1954), elle est considérée comme une
partie intégrante de la France. Aussi, lorsque la révolte éclate à la Toussaint
1954, les gouvernants successifs tiennent à faire respecter le maintien dans la
République, en l’assortissant de quelques réformes, dont le collège électoral
unique, c’est-à-dire un corps électoral composé indistinctement de musul­
mans et d’Européens.
Peu à peu, le Front de Libération nationale (FLN) réussit à étendre la rébel­
lion par la guérilla et le terrorisme. À partir de 1956, le gouvernement Guy
Mollet reconnaît la spécificité algérienne et il propose une solution en trois
volets : cessez-le-feu, élections et négociation. Mais il renforce son action
militaire en Algérie par l’envoi des jeunes appelés du contingent - ce que
les précédents gouvernements n’avaient pas osé faire en Indochine - et, à
l’extérieur, par l’arraisonnement de l’avion transportant les dirigeants de la
rébellion (22 octobre 1956) et par l’intervention à Suez (novembre). L’armée
française exerce son « droit de suite » en bombardant des unités du FLN
réfugiées dans le village tunisien de Sakiet Sidi Youssef (8 février 1958). Les
relations avec le Maroc, la Tunisie et les pays arabes sont de plus en plus
tendues. Les États-Unis et la Grande-Bretagne font pression sur le gouverne­
ment français pour qu’il accepte leurs bons offices afin de trouver une issue
au drame algérien, qui menace l’Alliance atlantique.
L'internationalisation de l’affaire d'Algérie est en marche. Chaque année, à
l’Assemblée générale de l’ONU, la France, mise en accusation, doit manœuvrer
60 A Les relations internationales depuis 1945

pour ne pas se trouver condamnée par une résolution afro-asiatique. La pers­


pective de l’ouverture de pourparlers aboutit à la révolte du 13 mai 1958 qui
donne au général de Gaulle l’occasion de revenir au pouvoir, car il est consi­
déré comme le seul homme susceptible d’éviter la guerre civile et de restaurer
l’unité nationale. Face au gouvernement provisoire de la République algérienne
(GPRA), créé par le FLN le 19 septembre 1958, tendu dans sa revendication
d’indépendance et dirigé par un modéré, Fehrat Abbas, le général de Gaulle est
animé du double souci d’éviter une nouvelle défaite coloniale et de se débar­
rasser du boulet algérien pour avoir les mains libres en politique étrangère.
Il formule progressivement une politique de développement économique, de
main tendue à la rébellion, d’association, d’autodétermination (16 septembre
1959) et enfin d'Algérie algérienne conduisant, à travers des crises politiques
et des coups de force (« semaine des barricades » en janvier 1960, putsch des
généraux en avril 1961), à de longues et difficiles négociations et aux accords
d’Évian (18 mars 1962). La France obtient la garantie des droits de la popula­
tion européenne, le maintien d’une présence militaire pendant trois ans, celui
de ses intérêts économiques au Sahara pendant cinq ans, et la promesse d’une
étroite coopération franco-algérienne. Le cessez-le-feu intervient le 19 mars.
La plupart des Européens quittent l’Algérie, qui proclame son indépendance
le 3 juillet 1962.

La décolonisation en Afrique noire


Avant 1957, il y a encore très peu de pays indépendants en Afrique noire. En
l’espace de cinq ans, de 1957 à 1962, presque toute l’Afrique va sortir du statut
colonial.

La décolonisation de l’Afrique anglophone


Elle se fait progressivement, territoire par territoire, en suivant des étapes, par la
procédure de négociations et d’enquêtes, et généralement de façon pacifique.
La première colonie britannique africaine à devenir indépendante
(6 mars 1957) est la Gold Coast (Côte de l’Or) qui, sous la direction du leader
indépendantiste Kwane N’Krumah, prend le nom de Ghana.
Le Nigeria devient indépendant le 1er octobre 1960, et la Sierra Leone, le
27 avril 1961. Le Tanganyika, ancienne colonie allemande, passée sous le contrôle
britannique, accède à l’indépendance le 28 décembre 1961, Julius Nyerere étant
Premier ministre. Devenue indépendante en décembre 1963, l’île de Zanzibar qui
connaît des troubles ethniques et politiques violents, constitue avec le Tanganyika
une république unie sous le nom de Tanzanie le 29 septembre 1964.
Au Kenya, la décolonisation est beaucoup plus difficile, car parallèlement
au parti indépendantiste de Jomo Kenyatta, se développe le mouvement
terroriste des Mau-Mau. La révolte dure jusqu’en 1955. C’est seulement en
La coexistence pacifique (1955-1962) ▼ 61

décembre 1963 que le Kenya accède à l’indépendance. Enfin, le 9 décembre


1962, l’Ouganda entre dans le Commonwealth comme pays indépendant.
En Afrique australe, outre l’Union sud-africaine, indépendante dans le
cadre du Commonwealth depuis 1910 et qui le quitte en 1961, les possessions
britanniques comprennent trois territoires : Rhodésie du Sud, Rhodésie du
Nord et Nyassaland, réunies dans une Fédération d’Afrique centrale. Celle-ci
éclate en raison de l’indépendance du Nyassaland (juillet 1964) qui prend le
nom de Malawi, de la sécession de la Rhodésie du Nord, qui devient la Zambie
et de la situation particulière de la Rhodésie du Sud où la forte minorité blan­
che, qui détient le pouvoir, décide de décréter par un geste unilatéral et sans
l’accord de la Grande-Bretagne, l’indépendance du pays (avril 1964). Malgré
le blocus instauré par les Britanniques et de nombreux États africains, la
Rhodésie du Sud persiste dans sa politique.

La décolonisation de l’Afrique noire française


Elle s’opère de façon tout à fait différente. La politique française est d’abord
une politique d’assimilation, puis elle évolue vers une indépendance en sui­
vant des normes générales dans le cadre de l’Union française.
Au terme de la Constitution de la IVe République, toutes les anciennes
colonies d’Afrique noire et de Madagascar deviennent les « territoires d’outre­
mer », leurs habitants deviennent citoyens français et élisent leurs représen­
tants dans les Assemblées françaises. Tout en étant divisées sur l’idée d’un
regroupement fédéral, les élites africaines qui se dégagent peu à peu aspirent
à plus d’autonomie à l’égard de la France.
La loi-cadre (ou loi Defferre). Le mouvement de décolonisation amorcé
dans le monde entier, de la conférence de Bandoeng en 1955 à l’indépen­
dance accordée au Ghana en 1957, pousse le gouvernement de Guy Mollet à
mettre en place un cadre d’évolution souple pour les pays d’Afrique noire et
Madagascar. C’est la loi-cadre votée le 23 juin 1956 qui prévoit une large auto­
nomie interne, avec des assemblées élues au suffrage universel direct et collège
unique dans chaque territoire, coiffées par une assemblée générale. Cette loi,
dite « loi Defferre », du nom du ministre qui en a assumé la responsabilité,
permet l’apprentissage de l’autogestion par les élites africaines, avec l’aide de la
métropole et dans la paix. Les territoires du Cameroun et du Togo, attribués
par mandat de la SDN en 1922 et devenus des territoires sous tutelle en 1946,
accèdent à l’indépendance. La république du Togo reçoit l’autonomie complète
en 1956 et devient indépendante le 24 avril 1960. De même pour le Cameroun,
le 1er janvier 1960, auquel s’unit le Cameroun anciennement anglais.
La Communauté. Après son retour au pouvoir, le général de Gaulle proclame
le droit à l’indépendance des peuples d’outre-mer. Mais il précise que les Africains
pourront choisir lors du référendum entre la Communauté avec la France et
l’indépendance dans la sécession. Le 23 septembre 1958, 11 territoires sur les
62 A Les relations internationales depuis 1945

12 anciennes colonies d’Afrique occidentale et équatoriale française acceptent


la constitution de la Ve République et de la Communauté qui donne à ces États
une large autonomie interne, mais qui conserve les compétences en politique
étrangère et défense nationale. Seule la Guinée de Sekou Touré refuse. En fait,
au cours de l’année 1960, tous les États africains membres de la Communauté
demandent à la France le transfert des compétences, accèdent ainsi à l’indé­
pendance et signent ensuite un traité d’association avec la France. C’est le cas
du Sénégal et du Soudan (groupés un temps dans la Fédération du Mali), de
Madagascar (26 juin 1960), puis des quatre États d’Afrique équatoriale, Congo,
Gabon, République centrafricaine, Tchad, enfin des pays de « l’Entente », Côte-
d’Ivoire, Dahomey, Haute-Volta, Niger, et en dernier lieu (19 octobre 1960) de la
Mauritanie, dont une partie du territoire est revendiquée par le Maroc.

La décolonisation du Congo belge


À la suite des modifications qui affectent l’Afrique noire francophone, la
fièvre nationaliste s’empare du Congo belge qui était la plus vaste et la
plus riche (grâce aux ressources en cuivre et en uranium de la province du
Katanga) de toutes les colonies européennes en Afrique noire. Alors que
la Belgique avait jusque-là pratiqué une politique paternaliste, elle accorde
brusquement l’indépendance (30 juin 1960) aux nationalistes congolais,
Kasavubu et Lumumba, qui la réclament. L’un devient chef de l’État, l’autre
Premier ministre. Mais dès sa naissance, cet État est la proie d’incidents
anti-Belges et d’une guerre civile qui met aux prises les « centralistes »
autour de Lumumba, alors chef du gouvernement, et les « fédéralistes » de
la province du Katanga conduits par Moïse Tschombé, qui fait sécession
et proclame l’indépendance de sa province. L’enjeu congolais est tel qu’on
assiste à une internationalisation du conflit. Les menaces soviétiques et
l’intervention des Casques bleus s’ajoutent aux conflits internes (opposi­
tion entre Kasavubu et Lumumba soutenu par l’URSS) et à l’entrée en scène
de l’armée congolaise dirigée par le général Mobutu. La confusion est à son
comble, à la suite de l’arrestation et de l’assassinat de Patrice Lumumba
(février 1961) et de la mort du secrétaire général des Nations unies, Dag
Hammarskjôld, (18 septembre 1961) qui se dépensait sans compter pour
aboutir à une solution. Finalement les sécessions sont réduites et l’unité
du Congo restaurée grâce aux forces de l’ONU. Mais l’ordre ne revient qu’à
l’accession au pouvoir du général Mobutu (novembre 1965).
Deux autres territoires, sous tutelle belge, le Rwanda et l’Urundi (devenu
le Burundi) accèdent à l’indépendance le 1er juillet 1962.

Les « résidus » de colonies européennes en Afrique noire en 1962


Les seuls territoires africains à ne pas avoir acquis leur indépendance en 1962
sont le Sahara espagnol, la Côte française des Somalis devenue territoire des
Afars et des Issas, et surtout les colonies portugaises : îles du Cap-Vert, de
La coexistence pacifique (1955-1962) ▼ 63

Sao Tomé et Principe, la Guinée portugaise, l’Angola et le Mozambique.


Le Portugal les considère comme des provinces et y applique une politique
d’assimilation. L’accession à l’indépendance des autres pays africains y suscite
des révoltes plus ou moins larvées.

L’évolution des Nations unies


Entre le mouvement de décolonisation et l’organisation des Nations unies, les
interactions sont évidentes. L’ONU, par les débats renouvelés sur la décoloni­
sation, pèse assurément dans le sens de l’indépendance des colonies, comme
le montrent les votes sur l’inscription à l’ordre du jour de l’Assemblée des
Nations unies sur la question algérienne. Il faut toutefois attendre 1961 pour
que les Nations unies votent une déclaration selon laquelle toute colonie doit
immédiatement recevoir son indépendance.
D’un autre côté, la décolonisation provoque un bouleversement de la
structure diplomatique internationale, en particulier à l’Organisation des
Nations unies, où l’apparition de nouveaux États ébranle une majorité tra­
ditionnellement inspirée par les États-Unis à l’Assemblée générale. Les nou­
veaux membres se servent des Nations unies comme d’une tribune, où les
positions occidentales sont mises en cause.
Le déclin du pouvoir du Conseil de sécurité. C’est précisément à ce
moment que le pouvoir réel passe du Conseil de sécurité, paralysé par
l’exercice du droit de veto, à l’Assemblée des Nations unies, où les pays du
Tiers Monde ont la majorité et où le groupe afro-asiatique fait la loi, privi­
légiant la lutte contre le colonialisme. Dans le même temps, le Secrétariat
général de l’ONU, de simple organe d’exécution, devient un véritable gou­
vernement international. Cette orientation est adoptée par le suédois Dag
Hammarskjôld qui succède comme secrétaire général de l’ONU (10 avril
1953-17 septembre 1961) à un autre Scandinave, le Norvégien Trygve Lie
(février 1946-1953). Ce diplomate s’entoure de collaborateurs authentique­
ment « dénationalisés », ce qui lui vaut d’entrer en conflit avec l’URSS, à
laquelle il refuse tout poste élevé dans l’appareil des Nations unies. Il orga­
nise avec efficacité la force d’urgence appelée à stationner sur le territoire
égyptien après la crise de Suez de 1956, les groupes d’observateurs militai­
res chargés d’une enquête sur les troubles du Liban en 1958 et surtout l’in­
tervention des Nations unies au Congo, où il trouve la mort le 18 septembre
1961 dans un accident d’avion.
Le déclin de l’autorité du Secrétariat général. Afin d’avoir prise sur le
Secrétariat général, l’Union soviétique réclame la substitution à un seul
homme d’un groupe de trois hommes : la « troïka », composée d’un occidental,
d’un communiste et d’un neutre chacun disposant du droit de veto. Elle veut
ainsi transposer, d’une certaine manière, le mécanisme du Conseil de sécurité.
64 A Les relations internationales depuis 1945

Ce projet n’ayant rallié qu’un nombre modeste de suffrages, 1 URSS, dans le


but de restreindre l’importance du Secrétariat et l’autonomie de ses activités,
soutient le 3 novembre 1961 la nomination du candidat des Afro-Asiatiques,
le Birman U Thant. Sa longue administration (1961-1971) est marquée par le
déclin continu de l’autorité du secrétaire général, bien que, dans un premier
temps, il réussisse à dégager les Nations unies de leur participation au conflit
congolais, après avoir réduit la sécession du Katanga, et qu’il mette en œuvre
la force de l’ONU destinée à s’interposer à Chypre, entre les communautés
grecque et turque.
Une série d’autresfacteurs contribue à diminuer la crédibilité des Nations
unies et de ses institutions. L’influence du groupe afro-asiatique décroît à la
suite de la violation de la charte par l’Inde elle-même qui s’empare par la
force de l’enclave portugaise de Goa (1961), des conflits indo-pakistanais
et sino-indien, et aussi des multiples coups d’État africains. Les diatribes
enflammées lancées par les délégués afro-asiatiques contre les régimes
sud-africain, rhodésien et portugais donnent une impression de verbalisme
et contribuent à l’altération de l’image de l’ONU dans l’opinion internatio­
nale. Deux des cinq membres permanents du Conseil de sécurité - l’Union
soviétique et la France - veulent limiter le rôle politique du secrétaire géné­
ral et refusent à U Thant toute délégation excessive en matière d’opérations
de maintien de la paix. Et le général de Gaulle ne se prive pas de critiquer
publiquement le « machin ».
Enfin, les interminables discussions sur le désarmement font également
beaucoup de tort à l’ONU. Le 15 novembre 1945, par la première résolution
quelle vote, l’Assemblée générale des Nations unies crée une Commission
de l’Énergie atomique (CEA) composée des onze membres du Conseil de
sécurité et du Canada. C’est à cette commission que, en juin 1946, le délégué
américain Bernard Baruch propose le plan qui porte son nom, consistant à
mettre en place une « Autorité du développement atomique » chargée de
contrôler la production mondiale de matières fissiles. Le délégué soviétique,
Andreï Gromyko, rejette aussitôt ce plan, car l’Union soviétique refuse le
contrôle international de ses installations atomiques. Il préconise, en revan­
che, l’interdiction de la production d’armes atomiques et la destruction des
stocks existants. L’impasse est totale.
Le 13 février 1947, le Conseil de sécurité crée une Commission des
armements de type classique. Le délégué soviétique, Litvinov, demande la
réduction proportionnelle au tiers de toutes les forces terrestres, aériennes
et navales. Les puissances occidentales réclament le recensement préalable
des armements existants, mais se heurtent au veto de l’Union soviétique qui
repousse tout contrôle.
L’impasse est donc aussi nette pour les armes conventionnelles que pour
les armes atomiques. Et en guise de protestation contre le refus de substituer
La coexistence pacifique (1955-1962) ▼ 65

la Chine de Pékin à celle de Formose, l’URSS se retire des commissions de


désarmement en 1950.
Quand les discussions reprennent, en 1954, le délégué soviétique,
Vychinsky, accepte devant l’Assemblée des Nations unies un plan de
compromis franco-anglais. L’URSS se rallie à l’imbrication des mesures de
désarmement classique et nucléaire. Elle n’insiste plus sur la réduction pro­
portionnelle des effectifs et armements conventionnels et elle paraît se ral­
lier à la nécessité d’un contrôle. Mais à la conférence au sommet de Genève
(18-23 juillet 1955), les chefs d’État ou de gouvernement ne peuvent se mettre
d’accord. Désormais, l’affaire du désarmement sera surtout traitée en dehors
du cadre des Nations unies, par le dialogue des deux super-Grands. Là aussi,
c’est un échec de l’ONU.

L’évolution des blocs


Peu à peu, les deux blocs en viennent à concevoir que leurs rapports ne ten­
dent pas nécessairement vers la guerre ouverte. Les premiers signes de dégel
remontent à la mort de Staline, mais la coexistence pacifique est à l’ordre du
jour dans le rapport de N. Khrouchtchev au XXe Congrès du parti commu­
niste de l’Union soviétique. La déstalinisation est à l’origine des fissures qui
apparaissent dans le bloc oriental. Dans le bloc occidental, un nouveau pôle
de puissance est en train de naître autour du Marché commun. La coexistence
pacifique ne signifie pas pour autant la fin des tensions. Dans un système
d’équilibre de la terreur, les crises de Berlin et de Cuba secouent le monde.

La déstalinisation et les crises polonaise et hongroise


Le XXe Congrès du parti communiste de l’Union soviétique est marqué par
la présentation de deux rapports, dont l’un secret, par le secrétaire général
du PCUS. Dans ce texte, Nikita Khrouchtchev admet la pluralité des orien­
tations dans l’édification du socialisme. C’est la voie ouverte à une certaine
autonomie pour les démocraties populaires.
La déstalinisation est à l’ordre du jour lors du XXe Congrès du parti
communiste de l’Union soviétique (14-25 février 1956) au cours duquel les
discours condamnent le « culte de la personnalité », évoquent les nouveaux
rapports Est-Ouest et insistent sur l’importance des pays « neutralistes »
et la diversité des voies nationales dans l’édification socialiste. L’essentiel
réside dans le rapport secret où Nikita Khrouchtchev - devenu entre-temps
l’homme fort du régime - dénonce l’ère stalinienne et le culte de la personna­
lité de Staline. La dissolution du Kominform (17 avril 1956) paraît laisser aux
démocraties populaires une plus grande indépendance vis-à-vis de l’Union
soviétique. Mais les crises polonaise et hongroise vont montrer les limites de
la déstalinisation.
66 A Les relations internationales depuis 1945

Depuis 1953, un relâchement général s’opère en Pologne et en Hongrie ;


des manifestations d’écrivains et d’étudiants critiquent certains aspects du
régime. En Hongrie, l’affrontement oppose le secrétaire général du parti,
Rakosi, au Premier ministre, Imre Nagy qui, après avoir dénoncé les abus de
la police et la collectivisation systématique des terres, est relevé de ses fonc­
tions le 14 avril 1955 et exclu du parti.
En Pologne, la « déstalinisation » aboutit à la réhabilitation de l’ancien
secrétaire général du parti ouvrier, Ladislas Gomulka, arrêté en 1951. En
effet, à la suite des émeutes des ouvriers de Poznan (juin 1956), l’Union sovié­
tique semble prête à intervenir dans la confrontation qui éclate en octobre
entre staliniens et antistaliniens. Khrouchtchev se déplace même à Varsovie
et finit par accepter le nouveau pouvoir polonais. L’épreuve de force tourne
donc à l’avantage de l’antistalinien Gomulka, élu premier secrétaire du parti
(21 octobre 1956), tandis que le ministre de la Défense, le maréchal soviétique
Rokossovski, est éliminé du Bureau politique du parti et de son poste. Malgré
ce véritable coup d’État, les Soviétiques acceptent ce changement, car les
nouveaux dirigeants polonais déclarent rester fidèles au pacte de Varsovie.
En Hongrie, les événements sont beaucoup plus dramatiques. Sur fond de
crise économique grave, l’effervescence politique se développe. Impuissant
face à l’agitation, Rakosi est contraint à démissionner en juillet. Les manifes­
tations d’octobre tournent à l’insurrection générale et nationale, après une
première intervention militaire soviétique le 24 octobre. Sous la pression
populaire, le nouveau gouvernement dirigé par Imre Nagy proclame la neu­
tralité de la Hongrie (1-3 novembre 1956) et le pluripartisme, et dénonce
le pacte de Varsovie. L’Union soviétique, qui dans un premier temps avait
retiré ses troupes, décide d’étouffer dans l’œuf la révolution hongroise. Elle
ne peut accepter ni le démenti politique qu’inflige cette affaire au dogme du
caractère irréversible des conquêtes communistes, ni la perte stratégique de
bases militaires au centre de l’Europe, ni la perspective d’élections libres en
Hongrie. L’armée soviétique rentre à Budapest le 4 novembre et y brise toute
résistance. Elle arrête Nagy et installe Janos Kadar au pouvoir. Celui-ci réta­
blit la toute-puissance du parti communiste hongrois ; la Hongrie réintègre
le pacte de Varsovie et la normalisation suit son cours. La répression de la
révolte hongroise par l’Union soviétique est approuvée par les communistes.
Elle est en revanche dénoncée par les pays occidentaux qui y voient la preuve
de la domination implacable du « Grand Frère » en Europe de l’Est. Après
une parodie de procès, Imre Nagy est exécuté le 17 juin 1958. Et Janos Kadar
devient le maître absolu du pays en décembre 1961.
L’Union soviétique a donc bien marqué les limites de l’autonomie qu elle accor­
dait à ses satellites. C’est un coup d’arrêt à la recherche de voies nationales vers le
socialisme. Lors de la célébration du 40e anniversaire de la révolution d’Octobre
(en novembre 1957), les partis communistes affirment l’unité du monde socia­
La coexistence pacifique (1955-1962) ▼ 67

liste dans une déclaration que n'approuve pas Tito. Mais des fissures, avivées par
les désaccords entre Chinois et Soviétiques, sont apparues dans le bloc de l’Est.
Dans le camp occidental, aussi, l’Europe s’organise face aux États-Unis.

La relance de la construction européenne


On assiste en effet à la construction d’un ensemble économique européen
qui serait susceptible de contrebalancer la puissance américaine. À la suite
de l’échec de la CED, l’occasion paraît favorable d’explorer les voies d’une
« relance européenne ».
La conférence des six ministres de la CECA réunie à Messine, sur invi­
tation du nouveau ministre italien des Affaires étrangères, G. Martino, le
1er juin 1955, décide de cette relance par le développement d’institutions
communes, la fusion progressive de leurs économies nationales, la création
d’un Marché commun, l’harmonisation de leurs politiques sociales et la créa­
tion d’une Communauté européenne de l’Énergie atomique.
Les travaux d’experts réunis à Bruxelles sous la présidence du ministre
belge des Affaires étrangères, Paul-Henri Spaak, aboutissent aux projets
d’Euratom et de Marché commun, où la dose de supranationalité est plus
faible que celle existant dans la CECA. À la Haute Autorité sont substitués
un Conseil des ministres et une Commission. Celle-ci est d’abord composée
de 9 membres puis de 14. Les commissaires, qui sont des experts, sont dési­
gnés par les gouvernements des États membres, mais ils ne les représentent
pas. Ils sont chargés d’élaborer la politique à suivre. Le Conseil des ministres,
qui réunit les représentants des gouvernements, est l’organe de décision. Il
examine les propositions de la Commission et statue selon la règle de l’una­
nimité. Après un délai de six ans, le traité stipule que la règle de la majorité
simple devrait prévaloir. Une assemblée et une cour de justice sont prévues.
La naissance du Marché commun. Les traités qui l’instituent sont signés
à Rome le 25 mars 1957. Le Marché commun est conçu comme une union
douanière. Sa réalisation doit être progressive : trois périodes de quatre ans ;
à chaque phase, les pays membres réduiraient leur tarif douanier à l’égard
des autres membres. Un tarif extérieur commun serait établi à l’égard des
pays tiers. D’autre part, les frontières s’ouvriraient progressivement aux mou­
vements internes de travailleurs et de capitaux. Les territoires d’outre-mer
seraient admis à titre d’essai.
L’Euratom. À l’origine, le but d’Euratom est de fournir à de bonnes condi­
tions l’énergie dont l’Europe a besoin et d’assurer une indépendance accrue à
l’Europe des Six en matière atomique. En fait, l’objectif assigné à Euratom ne
consiste pas à regrouper la production d’énergie atomique dans l’ensemble
des six pays. Une agence d’approvisionnement dispose d’une option d’achat
sur les minerais, matières brutes et matières fissiles produits dans les pays
68 A- Les relations internationales depuis 1945

membres et du droit exclusif de conclure des contrats portant sur la fourni­


ture de ces matières provenant de l’extérieur. Un contrôle minutieux, assorti
d’inspections sur place, serait exercé par la Communauté. Malgré les espoirs
mis dans cet organisme, Euratom se révèle être un échec. Les arrière-pen­
sées de la France, désirant réserver son indépendance atomique pour pouvoir
construire sa bombe, et la volonté américaine de limiter le degré d’autonomie
des pays européens dans ce domaine aboutissent à faire échouer les projets
les plus ambitieux. Lorsqu’en 1957, les six pays européens, sur l’initiative
française, envisagent de construire une usine de séparation isotopique qui
leur aurait fourni leur propre uranium enrichi, les Américains abaissent le
prix de ce produit à la disposition des pays européens, ce qui les dissuade
d’entreprendre ces coûteux investissements.
Les deux traités instituent donc une zone économique particulière, celle
de l’Europe des Six, une Europe continentale.
EAELE. Le Royaume-Uni, qui a refusé d’entrer dans le Marché commun,
tente de réaliser une vaste zone de libre-échange comprenant tous les pays
membres de l’OECE, ce qui engloberait donc le Marché commun et lui ôte­
rait toute sa spécificité. Devant le refus français, les Britanniques créent avec
d’autres pays européens (le Portugal, la Suisse, l’Autriche, le Danemark, la
Norvège et la Suède) l’Association européenne de Libre-Échange (AELE) par
le traité de Stockholm (20 novembre 1959).
De fait le Marché commun entre en vigueur le 1er janvier 1959 et prend,
malgré la concurrence de l’Association européenne de Libre-Échange une
réelle importance. La baisse des droits de douane et les élargissements de
contingents de marchandises se succèdent régulièrement. Les modalités
d’une politique agricole et d’une politique financière communes sont étu­
diées. Au point que le Premier ministre britannique, Harold MacMillan,
décide d’ouvrir au cours de l’été 1961 des négociations en vue d’entrer dans
le Marché commun.
Le règlement du conflit sarrois, s’il ne va pas dans le sens de l’intégration euro­
péenne, supprime le principal élément de tension entre la France et l’Allemagne.
Pour résoudre ce problème, le chef du gouvernement sarrois, J. Hoffmann, avait
lancé en mars 1952 l’idée d’européaniser la Sarre. L’accord sur les modalités est
difficile à trouver entre la France et l’Allemagne alors que la France en fait un
préalable à la ratification de la CED et que l’opinion publique sarroise évolue
pour sa part vers le rattachement pur et simple à la République fédérale. Le
plan Van Naters (du nom du rapporteur du Conseil de l’Europe) du 17 septem­
bre 1953 propose que la Sarre devienne territoire européen et siège des insti­
tutions européennes, avec un gouvernement local, dans le cadre économique
et monétaire français. Après l’échec de la CED, la France considère toujours la
solution de la question sarroise comme la condition d’un accord plus global. Le
23 octobre 1954, Français et Allemands adoptent le plan Van Naters, en spéci­
La coexistence pacifique (1955-1962) ▼ 69

fiant que le statut sarrois serait soumis à référendum. La consultation populaire


qui a lieu le 23 octobre 1955 tourne à l’avantage des partisans du rattachement
à l’Allemagne, qui rejettent le statut européen proposé. Afin de régler les moda­
lités du retour à l’Allemagne, les négociations franco-allemandes aboutissent à
l’accord d’octobre 1956. La Sarre doit être rattachée à l’Allemagne sur le plan
politique à compter du 1er janvier 1957 et à partir du 1er janvier 1960, sur le plan
économique. En échange, la France obtient des livraisons de charbon sarrois et
la canalisation de la Moselle, qui devait désenclaver la sidérurgie lorraine. Ainsi
disparaît la principale source de tension entre la France et l’Allemagne.

La coexistence pacifique et ses limites


Entre les deux camps, Est-Ouest, la coexistence pacifique succède à la guerre
froide. Dès la mort de Staline, s’était amorcé un dégel des relations, mais c’est
surtout en 1955 que la signature du traité de paix concernant l’Autriche et la
réconciliation des dirigeants soviétiques avec Tito illustrent le changement
de la politique extérieure soviétique.
Les facteurs sont essentiellement l’émergence du Tiers Monde et l’équi­
libre de la terreur. À la faveur de la décolonisation, sont nés en Asie et en
Afrique des États qui refusent l’alignement sur l’Est ou sur l’Ouest et veu­
lent vivre en paix : un nouvel acteur, le Tiers Monde, vient troubler le jeu
bipolaire. D’autre part, la menace d’anéantissement que font peser les armes
nucléaires n’est plus le monopole d’une seule puissance. Elle est bilatérale,
équilibrée, bref : elle se neutralise. Sur le plan de l’équilibre mondial, la crise
de Suez comme celle de Hongrie démontrent que les deux superpuissances
ont préféré ne pas s’affronter. Les dirigeants soviétiques, et en particulier
Nikita Khrouchtchev, sont plus rapides que les Américains à adapter leur
politique à cette évolution. Dans son rapport au Soviet suprême, le 31 octo­
bre 1959, Khrouchtchev abandonne l’idée d’une confrontation militaire iné­
vitable entre les systèmes capitaliste et communiste. Même si la victoire du
communisme reste l’objectif à long terme, la compétition doit se limiter aux
terrains économique et idéologique.
De fait, entre 1955 et 1962, le style des relations diplomatiques change :
les dirigeants soviétiques multiplient les voyages à l’étranger. Khrouchtchev
rencontre Eisenhower aux États-Unis en septembre 1959, de Gaulle en
France en mars 1960, Kennedy à Vienne en juin 1961. Et il privilégie désor­
mais la compétition économique avec les États-Unis, en prédisant qu’en 1980
l’Union soviétique aura largement dépassé les États-Unis en matière de pro­
duction. La victoire communiste doit se faire dans le domaine économique.
Mais la guerre froide n’en continue pas moins. Elle affecte particulière­
ment son « épicentre », Berlin, à partir de 1958 et elle s’étend à l’Afrique à
l’occasion des conflits de décolonisation, à l’Amérique latine avec la crise
de Cuba, et à l’Asie dans le détroit de Formose où les communistes chinois
70 ± Les relations internationales depuis 1945

bombardent les îles de la Chine nationaliste, Quemoy et Matsu (22-23 août


1958). Les Américains, par la voix de leur secrétaire d État J.F. Dulles, pren­
nent l’affaire très au sérieux et se déclarent prêts à aller jusqu à la guerre.
Cette crise dans le détroit de Formose intervient dans un contexte ambigu
des relations entre l’Union soviétique, qui a promis à son allié une aide
technique pour la fabrication d’un arsenal atomique, et la Chine qui se lance
dans une profonde transformation interne connue sous le nom de « Grand
Bond en avant », critiquée par Khrouchtchev lors de son voyage à Pékin en
juillet 1958. Il faut donc voir dans cette crise un signe d’indépendance de
la Chine à l’égard de l’Union soviétique, même si Khrouchtchev informe le
président Eisenhower que toute attaque contre la Chine communiste serait
considérée comme dirigée contre l’URSS. La crise s’apaise d’elle-même. La
question de Taiwan est gelée.

L’équilibre de la terreur
La diplomatie soviétique sait tirer parti du jeu de la dissuasion nucléaire en
brandissant contre la France et l’Angleterre au moment de la crise de Suez la
menace du feu nucléaire et en intimidant l’Amérique par l’utilisation de ses
succès dans l’espace.
Le succès soviétique dans l’espace. Le lancement du premier satellite arti­
ficiel de la Terre - le Spoutnik - par les Soviétiques, le 4 octobre 1957, et le
premier vol d’un homme dans l’espace, le Soviétique Gagarine (12 avril 1961)
représentent des exploits scientifiques et semblent prouver que l’URSS dis­
pose de fusées à longue portée qui, lancées de son territoire, peuvent attein­
dre les États-Unis. Ceux-ci prennent conscience de ce qu’ils croient être leur
retard, le missile gap. Ils décident d’entreprendre un effort gigantesque pour
le rattraper. Le 25 mai 1961, le président Kennedy relève le défi et demande
au Congrès un effort accru pour la conquête spatiale. C’est aussi le début
d’une nouvelle course aux armements destinée non à anéantir l’adversaire,
mais à l’essouffler et à garder la supériorité.
La nouvelle stratégie américaine. En même temps, les États-Unis infléchis­
sent leur stratégie. Le nouveau président, le démocrate J. F. Kennedy, affirme
la volonté des États-Unis de protéger le monde libre, mais, sous l’impulsion
du secrétaire à la Défense, R. MacNamara, les démocrates remplacent la
doctrine des représailles massives par celle de la riposte graduée. Celle-ci
vise à proportionner la riposte à la menace et à l’enjeu, suivant une escalade
savante allant du conflit conventionnel à la guerre nucléaire. Cette straté­
gie implique par conséquent la possession d’une panoplie complète d’armes
et, en particulier, le renforcement des forces conventionnelles américaines,
rendues plus mobiles, ainsi que dans l’ordre nucléaire, le développement de
nouveaux moyens de riposte - telles les fusées Polaris. Elle s’accompagne
d’une profonde réforme de l’administration de la Défense américaine, le
La coexistence pacifique (1955-1962) ▼ 71

Pentagone, dans le sens d’une centralisation du commandement suprême.


Malgré les inquiétudes américaines sur le missile gap, l’URSS est en fait très
en retard sur les États-Unis dans la course aux armements stratégiques. En
1962, Moscou dispose de 75 missiles intercontinentaux basés à terre et n’en
fabrique que 25 par an. Les États-Unis possèdent déjà 294 missiles intercon­
tinentaux et en fabriquent 100 par an. La supériorité américaine est encore
plus écrasante dans le domaine des missiles sous-marins et des bombardiers
intercontinentaux.
Les premières négociations pour le désarmement. L’autre conséquence de
l’équilibre de la terreur est la relance du désarmement. L’Union soviétique
s’en fait le champion, appuie le projet Rapacki de dénucléarisation de l’Eu­
rope centrale (1957-1958) et décrète un moratoire sur les essais nucléaires.
En 1958 s’ouvrent des négociations entre les trois puissances alors dotées
de l’arme atomique afin d’aboutir à un arrêt des expériences nucléaires dans
l’atmosphère. Parallèlement à ces pourparlers qui traînent en longueur, en
avril 1961 les gouvernements américain et soviétique décident de reprendre
les négociations dans un nouvel organisme, « le Comité des 18 », formé des
représentants des puissances occidentales, orientales et non-alignées. Lors de
la rencontre au sommet de Vienne (3-4 juin 1961), Khrouchtchev demande à
Kennedy que les négociations sur les essais nucléaires soient replacées dans
le cadre plus général du désarmement. En septembre 1961, les négociateurs
américain et soviétique, MacCloy et Zorine, s’assignent un objectif ambitieux,
le désarmement général et complet. Mais sa réalisation sera progressive, par
étapes, de durée déterminée, équilibrée. En fait, la convergence américano-
soviétique va entraîner l’abandon de la perspective d’une réduction générale
des armements. Les deux super-Grands préfèrent désormais la négociation
d’accords partiels et sélectifs.

Les crises de Berlin et de Cuba


Alors qu’on aurait pu croire la guerre froide terminée, celle-ci menace tout
spécialement son « épicentre », Berlin, à partir de 1958, mais elle affecte éga­
lement désormais les mondes extra-européens, l’Afrique et l’Amérique latine,
en particulier Cuba. À travers le développement de ces deux crises, c’est un
long apprentissage de la coexistence qui débouche sur la détente.
L’enjeu de Berlin. Dès 1948, l’ancienne capitale du Reich hitlérien constitue
un enjeu fondamental entre l’Est et l’Ouest. Berlin-Ouest devient un symbole
de liberté et l’objet même de la volonté occidentale de défendre cette liberté.
Mais le maintien de la présence occidentale à Berlin est ressentie comme une
remise en question permanente de la sphère d’influence soviétique et de l’édi­
fication d’une Allemagne communiste. Le flot des réfugiés est-allemands qui
passe par Berlin ne cesse de croître. En quinze ans, 3 millions d’Allemands
11 A Les relations internationales depuis 1945

émigrent ainsi de FEst vers FOuest, en profitant du statut de Berlin. Ce vote


« avec les pieds » atteint la crédibilité de l’Allemagne de FEst.
Malgré l’évolution générale de l’Allemagne, le statut de Berlin ne change
pas. Lorsque, le 23 octobre 1954, les accords de Paris instaurent la souveraineté
de l’Allemagne occidentale, ils maintiennent néanmoins les droits des puis­
sances occidentales à Berlin, en particulier l’occupation militaire.
Brutalement, le 10 novembre 1958, Khrouchtchev relance la question de
Berlin en reprenant à son compte la thèse est-allemande dénonçant le statut
quadripartite. La note soviétique du 27 novembre déclare que Berlin-Ouest
doit être rattachée à la RDA ou internationalisée sous le contrôle des Nations
unies. Si dans un délai de six mois, l’Union soviétique n’a pas obtenu satisfac­
tion, elle menace de signer un traité de paix séparé avec l’Allemagne de FEst,
qui détiendrait ainsi le contrôle des voies d’accès à Berlin-Ouest. C’est une
crise très sérieuse, car le problème est de savoir si les Américains accepteraient
de risquer une guerre nucléaire pour la défense du petit territoire lointain
mais symbolique de Berlin. Les Occidentaux refusent de traiter de la ques­
tion de Berlin en dehors d’un règlement d’ensemble du problème allemand,
qui n’aboutit pas lors de la conférence des ministres des Affaires étrangères
à Genève (mai-juillet 1959). Le voyage de Khrouchtchev aux États-Unis
(septembre 1959) permet d’apaiser la tension et de prévoir une conférence
au sommet des quatre puissances. Celle-ci, organisée à Paris en mai 1960,
est également un échec puisqu’elle achoppe sur la demande d’excuses de
Khrouchtchev suite au survol du territoire soviétique par l’avion espion U2
américain. Malgré les efforts de conciliation, la conférence est interrompue
aussitôt. Les quatre Grands se séparent. La tension réapparaît. L’atmosphère
s’alourdit encore du fait des réquisitoires violents de Khrouchtchev lors de
l’Assemblée générale des Nations unies, en septembre 1960. Lors de l’entre­
vue Kennedy-Khrouchtchev à Vienne (3-4 juin 1961), le dirigeant soviétique
réclame à nouveau la transformation de Berlin-Ouest en ville libre, dans le
cadre d’un traité de paix avec les deux Allemagnes. La crise connaît son apo­
gée lors de la construction, dans la nuit du 12 au 13 août 1961, du « mur de
Berlin » par les autorités est-allemandes. La limite entre les secteurs Est et
Ouest de Berlin est hermétiquement barrée. L’hémorragie de la population
est stoppée, mais le prix politique du « mur de la honte » est considérable.
Au lendemain de la crise, le rôle de Berlin comme enjeu politique dans les
rapports Est-Ouest semble perdre de son acuité.
Cuba : le bras de fer des deux superpuissances. L’île de Cuba, ancienne
possession espagnole, est, depuis la guerre hispano-américaine de 1898,
indépendante sur le plan politique. Mais située à 150 kilomètres de la côte
de Floride, elle vit sous la tutelle économique des États-Unis, qui y possèdent
aussi la base militaire de Guantanamo. La prépondérance du sucre dans les
exportations cubaines (80 % du total des exportations) renforce cette dépen­
La coexistence pacifique (1955-1962) ▼ 73

dance : si les États-Unis arrêtent leurs importations de sucre cubain, c’est


la ruine. Une révolte larvée règne dans l’île, dirigée par le dictateur Batista,
contre lequel un jeune avocat, Fidel Castro, anime depuis 1952 une lutte
armée qui se transforme en guérilla de partisans. Le 26 juillet 1953, il lance
une attaque qui échoue contre la caserne de Moncada et doit quitter le pays.
De retour en 1956, réfugié dans ses bases de la Sierra Maestra, Fidel Castro
entreprend, fin 1958, une offensive victorieuse. Le 31 décembre 1958, Batista,
abandonné par les Américains, s’enfuit, laissant le pouvoir à Fidel Castro et
à ses « Barbudos ».
Les relations entre le nouveau régime cubain et les États-Unis ne se
détériorent pas immédiatement. Mais au fur et à mesure que Castro veut
dégager Cuba de l’emprise des États-Unis, il noue des liens de plus en plus
étroits avec l’Union soviétique sur le plan diplomatique et sur le plan éco­
nomique. En juillet 1960, l’annonce par un proche de Castro, Che Guevara,
que Cuba fait partie du camp socialiste, est ressentie comme une atteinte
inadmissible à la doctrine de Monroe, qui récuse toute intervention de pays
non américains dans les affaires américaines. En octobre 1960, les États-Unis

La crise de Cuba
74 A Les relations internationales depuis 1945

suspendent toute aide financière, arrêtent toute importation de sucre dans


l’espoir d’asphyxier Cuba et rompent enfin les relations diplomatiques.
La tension s’accroît aussi du fait des activités des réfugiés cubains et des
effets de la réforme agraire sur les grandes compagnies américaines pro­
priétaires de terres. Des exilés cubains, hostiles au régime de Fidel Castro,
préparent une intervention militaire, avec le soutien américain. Mais leur
débarquement dans la baie des Cochons échoue (15 avril 1961), ce qui porte
un coup très dur au prestige du nouveau Président et accroît le raidisse­
ment du castrisme. Dans le but de renforcer les régimes anticommunistes
en Amérique latine et d’enrayer ainsi la contagion anti-castriste, Kennedy
propose en août 1961 à l’Organisation des États américains (OEA) un vaste
programme d’aide, 1’« Alliance pour le progrès » et, en janvier 1962, l’exclu­
sion de Cuba de l'OEA. De leur côté les Cubains demandent et obtiennent
des armes de l’URSS.
En octobre 1962, les services américains ont la certitude qu’en fait les
Soviétiques installent à Cuba des rampes de lancement de fusées de portée
intermédiaire, susceptibles d’atteindre le territoire américain. Apprenant en
outre l’arrivée imminente de cargos soviétiques transportant fusées et bom­
bes, le président Kennedy est confronté à un défi d’autant plus grave qu’il
dépasse l’enjeu cubain. Les Soviétiques cherchent-ils à mesurer la volonté
de riposte des Américains ? Ou veulent-ils contraindre les Américains à des
concessions sur Berlin ? Résolu à une politique de fermeté, Kennedy va négo­
cier « au bord du gouffre ». Il annonce, le 22 octobre, que la marine améri­
caine établit un blocus autour de l’île pour intercepter les navires soviétiques
et il demande à l’Union soviétique de démonter les installations existantes
et de cesser d’armer Cuba. On paraît être au bord d’une troisième guerre
mondiale. Le 26 octobre, à la faveur de discrètes tractations, Khrouchtchev
cède : il donne l’ordre à ses navires de faire demi-tour et il propose de mon­
nayer son acceptation des conditions américaines contre la promesse que
les États-Unis renonceront à envahir Cuba et qu’eux-mêmes retireront leurs
fusées installées en Turquie. Le 28 octobre, les Soviétiques acceptent de
démonter et de ramener en URSS l’armement offensif installé à Cuba. Mais
le règlement définitif du conflit tarde en raison de la mauvaise volonté et de
la méfiance de Fidel Castro.
La crise de Cuba est une date importante dans l’histoire des relations inter­
nationales. Elle constitue d’abord une vérification de la théorie de la dissua­
sion, avec l’escalade nucléaire suivie par un règlement pacifique. Elle confère
un prestige exceptionnel au président Kennedy qui a pu réagir à la provoca­
tion soviétique. Et elle révèle la supériorité américaine dans le domaine des
armes stratégiques.
En outre, la crise prouve que le dialogue des deux superpuissances est non
seulement nécessaire, mais possible : ainsi ont-elles réglé la crise cubaine,
La coexistence pacifique (1955-1962) ▼ 75

sans se préoccuper du gouvernement cubain qui proteste et tente de poser ses


conditions. La conscience de leur responsabilité nucléaire commune les incite
à rationaliser leurs rapports. En 1962, la coexistence pacifique n’apparaît plus
comme un thème de discours ou un argument de propagande, mais comme
une nécessité, qui a pour nom la « détente ».
Chapitre 3

La détente
(1962-1973)

’année 1962 ouvre une ère nouvelle de rapprochement et de coopération.


L Le règlement de l’affaire des fusées de Cuba, qui correspond aussi à la fin
de la crise de Berlin, fonde la détente et met un terme à la guerre froide. Les
conséquences en sont immenses.
Au cours des années 1960, on constate à la fois une bipolarisation crois­
sante de la vie internationale et une érosion du monolithisme des deux
blocs. La cohésion du pacte Atlantique, comme celle du pacte de Varsovie,
s’affaiblit et un schisme se développe entre l’Union soviétique et la Chine
populaire. Les super-grands amorcent un dialogue visant à limiter la course
aux armements : c’est l’ère de la détente. Cet accommodement fait d’eux
des « adversaires-partenaires ». La confrontation n’en continue pas moins
à travers les conflits localisés en Asie, en Afrique et au Proche-Orient.
Déjà contesté à partir de la conférence de Bandoeng par les nations du
Tiers Monde, l’ordre bipolaire apparaît à la fois consolidé par la conver­
gence relative des intérêts des deux Grands et menacé par les nouvelles
forces qui émergent au sein des deux blocs et dans le Tiers Monde. Quelle
que soit leur faiblesse militaire et économique, les pays du Tiers Monde
exercent une influence croissante : de simples enjeux de la confrontation
Est-Ouest, ils deviennent peu à peu des agents de la politique mondiale.

Le duopole américano-soviétique
L’évolution la plus spectaculaire de cette période est la volonté d’apaisement
des deux Grands qui renoncent à une stratégie de tension et s’engagent sur la
voie de la détente.
Du côté américain, au démocrate John F. Kennedy, assassiné le 22 novembre
1963, succèdent son vice-président Lyndon B. Johnson (1963-1968), puis
le républicain Richard Nixon (1968-1974). Cette période correspond à la fois
La détente (1962-1973) ▼ 77

à l’apogée de la puissance américaine, sur le plan stratégique et sur le plan


économique, mais aussi aux limites de cette puissance, avec l’intrusion d’un
satellite soviétique dans l’hémisphère occidental et le bourbier vietnamien
qui va paralyser sa politique étrangère et ternir son prestige.
Du côté soviétique, après la chute de Khrouchtchev (1964), critiqué pour ses
échecs en politique agricole mais aussi en politique extérieure, commence le
long règne de Leonid Brejnev, décédé le 10 novembre 1982. Lequipe Brejnev
enregistre ses plus grands succès sur le terrain de la politique extérieure.
Faisant preuve d’un dynamisme contrastant avec l’immobilisme à l’intérieur,
l’Union soviétique pénètre largement dans le Tiers Monde, renforce l’inté­
gration des « pays frères » et surtout obtient un dialogue privilégié avec les
Etats-Unis, ce qui donne une assise à la diplomatie soviétique et signifie que
Washington a renoncé à refouler l'influence de Moscou. Les dirigeants sovié­
tiques voient dans le duopole que leur consentent les États-Unis la consé­
cration de leur puissance. Ce que Khrouchtchev n’avait pas réussi, eux l’ont
obtenu.
La détente ne signifie pas le désarmement. La période correspond à une aug­
mentation considérable des armements, en particulier dans le camp soviétique,
qui fait un énorme effort pour rattraper son retard dans le domaine des arme­
ments stratégiques, car, en 1962, Washington dispose d’une nette supériorité. On
assiste donc à une course aux armements, notamment dans le domaine des mis­
siles à moyenne portée (2 000 à 4 000 km) IRBM (Intermedíate Range Ballistic
Missile), des missiles à grande portée (10 000 km) ICBM (IntercontinentalBallistic .
Missile) ou des missiles lancés à partir d’un sous-marin SLBM (Submarine
Launched Ballistic Missile). Les deux grandes puissances parviennent, au début
des années 1970, à l’accumulation d’un arsenal impressionnant et, probablement,
à une parité de fait.
Bien que les deux superpuissances accroissent sans cesse leur potentiel
militaire, elles évitent soigneusement tout affrontement direct et elles se
ménagent ; elles éprouvent d’ailleurs l’une et l’autre des difficultés internes
qui les contraignent à rechercher un modus vivendi.
Bavance américaine dans le domaine technologique. Après avoir pris une
avance scientifique et militaire (Spoutnik, 1957 ; Gagarine, 1961), l’Union sovié­
tique accumule les retards sur le plan des technologies de pointe. Ce sont en effet
des Américains qui, les premiers, marchent sur la Lune (le 21 juillet 1969) et eux
encore qui lancent, en 1973, le premier laboratoire spatial. En matière d’ordina­
teurs, l’avance américaine est considérable. Dans la compétition mondiale voulue
par les dirigeants de l’URSS eux-mêmes, les mérites du socialisme soviétique ne
triomphent pas aisément. Du côté américain, alors que l’expansion économique
se poursuit, le doute remplace la confiance en raison du maintien de zones de
pauvreté, de la ségrégation raciale, de la guerre du Viêt-nam et des scandales
politiques.
78 A Les relations internationales depuis 1945

La convergence d’intérêts pour la réduction des tensions internationales.


Aussi les années 1960 sont-elles marquées par la recherche d accords entre
les États-Unis et l’Union soviétique. Mais c’est surtout la période 1969-1973
qui est la phase la plus féconde de la détente. Elle correspond au passage
au pouvoir à Washington de l’équipe formée par le président Richard Nixon
et son conseiller pour les affaires de sécurité nationale, Henry Kissinger, et
à leur commune conviction du nécessaire désengagement américain. Les
États-Unis se considèrent toujours comme la première puissance mondiale,
mais ils ne veulent plus régner sans partage. Ils acceptent la parité nucléaire
avec l’URSS et vont bientôt jouer d’une diplomatie triangulaire Washington-
Pékin-Moscou. Kissinger considère que tous les problèmes doivent être liés
dans une négociation (linkage), ce qui explique que les accords concernent
tout autant le domaine scientifique et commercial que le domaine militaire.
Une sorte de connivence entre Américains et Soviétiques s’instaure qui éta­
blit une cogestion des affaires internationales : chaque Grand se reconnaît
le droit de faire régner l’ordre dans son propre camp et évite soigneusement
tout affrontement direct. La guerre du Viêt-nam est l’exemple remarquable
d’un conflit au temps de la détente qui concerne un pays du camp socialiste, le
Viêt-nam soutenu par Moscou, en butte à l'immense appareil militaire amé­
ricain. Aux pires moments de l’engagement américain, Moscou maintient et
renforce ses rapports avec Washington. Quant à l’intervention soviétique en
Tchécoslovaquie, elle ne trouble pas non plus le processus de la détente.

Les accords de limitation des armements


Dès le 1er décembre 1959, les deux principales puissances avaient convenu
de la démilitarisation de l’Antarctique. Après la crise de 1962, la convergence
des intérêts soviéto-américains apparaît plus nettement.
La politique de !’« arms control »
Différents accords sont négociés au sein de comités ad hoc ou à la faveur d’un
dialogue bilatéral. D’abord, Américains et Soviétiques conviennent d’établir
un contact direct pour éviter une escalade fatale. D’où la création, annoncée
le 20 juin 1963, d’une liaison permanente entre Washington et Moscou, le
télétype rouge.
Le traité de Moscou. L’autre mesure est symbolique, même s’il ne s’agit pas
d’une mesure de désarmement proprement dite. Depuis 1958, il était ques­
tion d’interdire les essais nucléaires dans l’atmosphère, essais qui avaient déjà
fait l’objet d’un moratoire interrompu en septembre 1961. Une conférence de
18 nations se tenait régulièrement à Genève sur le désarmement. À la suite de
la crise de Cuba, les États-Unis et l’URSS mettent un point final à des années de
négociations. Ils sont les initiateurs du traité de Moscou (5 août 1963), signé par
plus de 100 pays, qui interdit les expériences nucléaires dans l’atmosphère, dans
La détente (1962-1973) ▼ 79

l’espace extra-atmosphérique et sous la mer. La France et la Chine, qui mettent


alors au point leurs forces atomiques et ont besoin d’expérimenter pour parfaire
leur équipement, refusent d’y adhérer. Le traité de Moscou ne limite pas en effet
l’arsenal nucléaire des grands (États-Unis, Grande-Bretagne, URSS) qui conser­
vent, et sans le moindre contrôle, des stocks énormes et peuvent les accroître.
Ces puissances atomiques ne s’interdisent pas grand-chose ; en revanche, elles
invitent les autres pays, en y adhérant, à se priver des moyens de posséder eux-
mêmes des armes nucléaires. La portée militaire du traité de Moscou est donc
nulle. Mais sa portée politique est immense. Il concrétise un changement de
climat entre les deux Grands, qui concluent un accord que rejettent avec indi­
gnation la Chine dans le camp oriental, la France dans le camp occidental.
Le traité sur la non-prolifération des armes atomiques. La rencontre du pré­
sident Johnson et du président du Conseil Kossyguine à Glassboro (New Jersey),
les 23-25 juin 1967, permet la conclusion en juillet 1968 d’un traité sur la non-
prolifération des armes atomiques (TNP), signé par les États-Unis, l’URSS et la
Grande-Bretagne, et rejeté une nouvelle fois par la Chine et la France qui expéri­
mentent d’ailleurs leur bombe à hydrogène en 1967 et 1968 et refusent d’adhérer
à un traité consistant à leur interdire l’accès au club atomique. L’impact de ce traité
est considérable car il s’agit pour Américains et Soviétiques d’éviter que les armes
atomiques ne tombent dans n’importe quelles mains et, pour les Soviétiques en
particulier, d’empêcher l’Allemagne de posséder des armes nucléaires.
D’autres traités sont moins directement significatifs. Le 27 janvier 1967, celui
sur l'espace prévoit la non-militarisation de la Lune et des corps célestes ainsi.
que l’interdiction de la mise sur orbite d’armes nucléaires. Le 14 février 1967 est
signé le traité de Tlatelolco qui doit aboutir à la création d’une zone exempte
d’armes nucléaires en Amérique latine. Le Comité du désarmement siégeant
dans le sein de l’ONU et comprenant 18 membres sert de cadre à l’élabora­
tion du traité de dénucléarisation des fonds marins (11 février 1971) et de la
convention prohibant les armes biologiques (10 avril 1972).
Pour la plupart, ces accords sont conclus selon la philosophie de X’arms
control. Il ne s’agit pas de désarmer, mais de placer des limites au surarme­
ment. Les accords suivants affectent directement le potentiel militaire des
grandes puissances et leur équilibre nucléaire.

La limitation des armes stratégiques


Les États-Unis et l’URSS sont en train d’accumuler des armes de plus en plus
perfectionnées et se préoccupent du coût croissant des systèmes de mis­
siles anti-missiles (Anti Ballistic Missile ou ABM). Les ABM, dont le coût
est considérable, sont capables d’arrêter en vol les missiles ennemis avant
qu’ils n’atteignent leur objectif. Les Soviétiques en construisent un autour
de Moscou et les Américains un autour de Washington. En mettant ainsi à
l’abri une partie de la population civile, il s’agit, on le constate, d’une remise
80 Les relations internationales depuis 1945

en question de l’équilibre de la terreur : le risque réapparaît d une première


frappe et donc d’une guerre nucléaire. Le second progrès, c’est l’apparition du
missile à tête multiple, le MIRV (Multiple Independently Targeted Re-entry
Vehicle) qui permettrait d’atteindre plusieurs objectifs à la fois.
Les accords SALT 1. En juin 1968, s’amorce en effet une négociation sur la
limitation des armes stratégiques. Ces SALT (Strategie Arms Limitation Talks),
menés par le conseiller spécial du président Nixon, Kissinger, s’ouvrent à
Helsinki en novembre 1969 et, à la suite d’innombrables réunions, permettent
à Nixon et à Brejnev de signer à Moscou le 26 mai 1972 les accords SALT. Les
SALT comprennent deux parties : un accord provisoire et un traité. L’accord
consiste en un gel pour cinq ans des armements stratégiques, l’arrêt de la
construction de rampes de lancement fixe pour ICBM, les missiles interconti­
nentaux, et de lanceurs balistiques installés sur sous-marins (SLBM).
Le plafond pour les ICBM est de 1 054 pour les Américains, 1 409 pour
les Soviétiques ; pour les SLBM, de 650 pour les Américains et de 950 pour
les Soviétiques. Le traité limite à deux sites, ceux existant autour de Moscou
et de Washington et un autre pour une zone d’ICBM, les systèmes de défense
antimissiles (ABM). La logique de l’équilibre de la terreur est telle que, pour
que la dissuasion aboutisse à empêcher la guerre, il faut qu’au feu nucléaire
de l’autre chacun livre sa population en otage.
C’est la première fois que les deux grandes puissances, surmontant le
problème du contrôle, concluent un accord relatif aux armements qui ne
demande rien à d’autres pays. Pour la première fois aussi, elles limitent effec­
tivement la production de certains types d’armements. C’est enfin la première
fois qu’un accord reconnaît l’accession à la parité de l’URSS, ce qui constitue
une grande victoire pour elle. L’Union soviétique se voit même concéder une
supériorité numérique, sous prétexte d’un retard technologique.
Les rencontres des deux Grands. À l’occasion de la visite de Nixon à
Moscou (mai 1972), qui est la première visite officielle d’un président améri­
cain en URSS, une déclaration commune en douze points définit « les bases
des rapports mutuels entre les États-Unis et l’Union soviétique », un vérita­
ble code de conduite. Cet accord renforce le duopole américano-soviétique
et rapproche deux systèmes politiques où la raison d’État l’emporte sur les
exigences de l’idéologie. En moins de trois ans, les dirigeants des deux pays
se rencontrent quatre fois.
À l’automne 1972, une commission consultative permanente institution­
nalise le dialogue soviéto-américain. Il s’agit de transformer l’accord provi­
soire en traité définitif. C’est chose faite à l’occasion du voyage de Brejnev
aux États-Unis (18-25 juin 1973). Neuf accords, conventions ou déclarations
sont signés, dont l’engagement des deux puissances de prévenir la guerre
nucléaire, non seulement entre elles, mais encore entre l’une d’elles et des
pays tiers. Par là, les deux Grands s’octroient un rôle d’arbitres pour contrôler
La détente (1962-1973) ▼ 81

les crises qui risquent de dégénérer. Le troisième sommet (27 juin-3 juillet
1974) permet à Nixon et à Brejnev de signer divers accords dont la limitation
des expériences nucléaires souterraines. La rencontre de Leonid Brejnev et
du nouveau président Ford à Vladivostock les 23 et 24 novembre 1974 est le
dernier sommet de la détente. L’accord, qui prévoit pour tous les lanceurs
d’engins (ICBM, SLBM) un plafond de 2 400, doit servir de cadre au futur
traité SALT 2. Mais les négociations destinées à préparer l’accord définitif
s’enlisent par la suite.

Le développement des échanges pacifiques avec l’Est


Les échanges Est-Ouest profitent aussi de l’atmosphère de détente. Au temps
de la guerre froide, les relations commerciales avaient été pratiquement inter­
rompues entre l’URSS et les États occidentaux. Aussi le principe de l’embargo,
concrétisé par l’institution en 1949 du COCOM {Coordination Committee
for Multilatéral Export Controls - Comité de coordination pour le contrôle
multilatéral des échanges Est-Ouest) et l’établissement de listes de produits
interdits à l’exportation vers l’Est, prévalut longtemps. Tout transfert tech­
nologique était jugé dangereux dans la mesure où il pouvait être utilisé à des
fins stratégiques.
Au terme de l’Export Administration Act (1969), le Congrès des États-
Unis se prononce pour la croissance des transactions pacifiques avec lEst. Le
développement des échanges n’est pas limité au commerce. La coopération
dans le domaine de l’espace est couronnée dans l’été 1975 par la rencontre
dans le cosmos de deux capsules, l’une soviétique, Soiouz, l’autre améri­
caine, Apollo.
Les échanges commerciaux progressent nettement après 1965. En cinq ans
(1970-1975), les exportations occidentales à destination de l’Union soviétique
quadruplent. Les Soviétiques souhaitent se procurer à l’Ouest les produits agri­
coles et industriels qui leur font défaut. Les partisans de la détente - comme
l’avocat Samuel Pisar - soutiennent que la multiplication des liens économiques
et commerciaux entre l’Est et l’Ouest favorise la paix et accélère la libéralisation
interne du système communiste. Depuis le début des années 1960, l’URSS achète
en quantités de plus en plus massives du blé occidental. Elle commence aussi à
acquérir de nombreuses usines clé en main, en particulier dans les domaines
de la construction automobile et de la chimie. Dans le sillage de la rencontre
de mai 1972, l’accord commercial américano-soviétique, signé en octobre 1972,
concède à l’URSS la clause de la nation la plus favorisée (remise en question par
l’amendement Jackson de décembre 1974) et prévoit la fourniture de produits
agricoles et industriels, y compris des ordinateurs ; le volume du commerce
américano-soviétique passe de moins de 200 millions de roubles en 1971 à plus
de 3 milliards en 1979 ! L’ouverture au commerce occidental concerne aussi les
autres États du camp socialiste, en particulier la Pologne.
82 A Les relations internationales depuis 1945

La détente en Europe et I’« Ostpolitik »


Toute détente reposait sur le règlement du problème allemand et sur 1 améliora­
tion des relations de l’Allemagne de l’Ouest avec les États de l’Europe de 1 Est.
Trois questions n’avaient guère trouvé de solution pendant la période de la
guerre froide : la situation territoriale héritée de la guerre, le statut de Berlin
et l’existence de deux entités politiques allemandes, symbole de la division du
monde : la RFA et la RDA.

Le règlement du problème territorial


Jusqu’en 1969, la politique étrangère de la RFA menée par les trois chanceliers
chrétiens-démocrates (Konrad Adenauer 1949-1963, Ludwig Erhard 1963-
1966, Kurt Kiesinger 1966-1969) est celle qu’avait défini le chancelier Adenauer,
qui l’avait fondée sur le choix de l’Occident. Il noue, certes, dès 1955 des rela­
tions diplomatiques avec l’Union soviétique et amorce un rapprochement
prudent avec la Pologne, mais le poids politique des réfugiés et rapatriés le
contraint à une grande prudence et imprime une certaine raideur à la politique
étrangère ouest-allemande. Cette politique est fondée sur deux principes en
partie contradictoires : la volonté d’ancrer l’Allemagne fédérale à l’Occident et
en particulier à la construction européenne et en même temps la revendication
d’une Allemagne réunifiée, c’est-à-dire le refus de reconnaître l’Allemagne de
l’Est, considérée comme zone d’occupation soviétique, et la prétention de la RFA
à représenter tous les Allemands. La doctrine Hallstein (du nom du secrétaire
d’État aux Affaires étrangères) consiste à menacer de rompre les relations diplo­
matiques avec tout État qui reconnaîtrait le régime de Pankow (Berlin-Est).
L’Ostpolitik. À la suite des efforts de détente américano-soviétique et de la
politique à l’Est du général de Gaulle, la RFA qui profite des marchés de l’Europe
orientale s’ouvre à l’Est. FOstpolitik, esquissée dès 1966 par les gouvernements
de « la Grande Coalition » (comprenant à la fois des chrétiens-démocrates,
des sociaux-démocrates et des libéraux), est développée à partir de 1969 par
W. Brandt, qui sort vainqueur des élections, à la tête d’une coalition restreinte
aux sociaux-démocrates et aux libéraux. C’est lui qui va mener la politique de
rapprochement avec l’Est, à l’imitation de ce qu’a fait le général de Gaulle et de ce
que tente le président Nixon.
Le rapprochement des deux Allemagnes est préparé par les entrevues
d’Erfurt, le 19 mars 1970, et de Kassel, le 21 mai 1970, entre Willy Brandt et
le Premier ministre de l’Allemagne de l’Est, Willi Stoph.
L’accord RFA-URSS. Mais c'est avec les Soviétiques que les Allemands
commencent des négociations qui aboutissent au traité de Moscou du
12 août 1970. Aux termes de cet accord, Allemands de l’Ouest et Soviétiques
déclarent que l’objectif le plus important des deux parties est la paix et la
détente, reconnaissent l’inviolabilité des frontières européennes et maintien­
nent explicitement les droits des quatre puissances à Berlin.
Organisations internationales en Europe en 1968 La détente (1962-1973)

Source : Histoire contemporaine depuis 1945, op. cit.


▼ 83
84 A Les relations internationales depuis 1945

La reconnaissance de la frontière germano-polonaise. Les discussions


avec la Pologne achoppaient sur la question de la ligne Oder-Neisse, que les
Allemands de l’Ouest n’avaient jamais voulu reconnaître. Finalement, le traité
signé le 7 décembre 1970 affirme l’intangibilité de cette frontière. L’image du
chancelier W. Brandt agenouillé devant le monument élevé à la mémoire des
victimes du ghetto de Varsovie donne une dimension humaine à la réconci­
liation germano-polonaise.
Le statut de Berlin. Entre les deux Allemagnes, la difficulté essentielle reste le
problème de Berlin, en particulier la liberté d’accès à Berlin-Ouest. De longues
négociations permettent la conclusion le 3 septembre 1971 d’un accord quadri­
partite sur Berlin, stipulant le maintien des droits des quatre puissances occupan­
tes et la mise en place d’un statut spécial. Les Occidentaux acceptent que la ville
ne soit plus considérée comme un Land de la RFA ; les voies d’accès sont régle­
mentées avec minutie. De son côté, l’Union soviétique s’engage à ne plus entraver
la circulation et à améliorer la situation résultant de l’existence du « mur ». Cet
accord permet enfin d’entamer la réconciliation entre la RFA et la RDA.
La reconnaissance des deux Allemagnes. Les conversations aboutissent à
un texte aux termes duquel les deux États se reconnaissent et vont échan­
ger des représentants diplomatiques. Jusqu’alors, la RFA s’était considérée
comme représentante de droit de l’ensemble de l’Allemagne. Le traité avec
l’Allemagne de l’Est reconnaît explicitement qu’aucun des deux États n’a de
souveraineté en dehors de ses frontières actuelles.
Encore faut-il que le Bundestag, où le parti chrétien-démocrate est majo­
ritaire, approuve le traité. Les traités de Moscou et de Varsovie ne sont votés
le 17 mai 1972 que de justesse. Après une dissolution du Bundestag et de
nouvelles élections qui donnent une majorité plus confortable au gouverne­
ment de Willy Brandt, le traité fondamental entre les deux Allemagnes est
finalement ratifié le 21 décembre 1972.
L’une des conséquences essentielles de ce traité est la reconnaissance de la
RDA par de nombreux États occidentaux et l’admission des deux Allemagnes
aux Nations unies en septembre 1973. La consécration de la séparation juri­
dique des deux États allemands et X’Ostpolitik ont le mérite d’humaniser la
condition des populations allemandes séparées ; mais le fait d’accéder à la vie
internationale consolide les structures de l’État est-allemand.

La conférence d’Helsinki
La même ambiguïté préside à l’Acte final de la conférence d’Helsinki, point
d’orgue de la détente. Dès 1954, l’URSS, soucieuse de garantir les frontières euro­
péennes nées de la guerre, réclame une conférence sur la sécurité européenne.
Les Occidentaux, qui n’avaient pas accepté formellement la situation de fait que
l’Europe connaissait depuis Yalta et le rideau de fer, posent leurs conditions, en
particulier la conclusion d’un accord sur Berlin et la participation des États-Unis
La détente (1962-1973) ▼ 85

et du Canada. La détente donne l’occasion d’ouvrir des pourparlers préparatoi­


res à Helsinki du 22 novembre 1972 au 8 juin 1973, puis du 3 au 7 juillet 1973,
enfin de véritables négociations de septembre 1973 à juillet 1975.
Cette Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe (CSCE), à
laquelle sont représentés 35 États européens, adopte le 1er août 1975, un acte
final signé par de nombreux chefs d’État et de gouvernement, dont Leonid
Brejnev et Gerald Ford (qui a succédé à Nixon en 1974). Subdivisé en trois
chapitres ou « corbeilles », l’Acte final consacre de grands principes : égalité
des États, non-ingérence dans les affaires intérieures d’un autre État, autodé­
termination des peuples, inviolabilité des frontières européennes et renoncia­
tion au recours à la force pour régler les conflits. Il prévoit le développement
de la coopération économique, scientifique et technique. Enfin, il garantit la
défense des droits de l’homme et en particulier la notion de libre circulation
des personnes et des idées.

La question allemande de 1945 à 1990


1945 - 4/11 février : Conférence de Yalta : accord sur l’occupation et le désar­
mement de l’Allemagne.
- 7/9 mai : Capitulation de l’armée allemande, signée à Reims et à Berlin.
- 17 juillet/2 août : Conférence de Potsdam : accord sur les quatre zones
d’occupation, sur la dénazification, les réparations.
-20 novembre: Procès de Nuremberg (jusqu’au 1er octobre 1946).
1947 - 10 mars/25 avril : Conférence des Quatre à Moscou : échec sur l’Allemagne.
1 948 - Février : Bizone anglo-américaine.
-23 février : À Londres, conférence anglo-franco-américaine pour l’organi­
sation de l’Allemagne occidentale, son intégration à l’Europe occidentale
et l’autorité internationale de la Ruhr.
- 23 juin : Début du blocus de Berlin.
1949 - 23 mai : Entrée en vigueur de la « Loi fondamentale ».
- 15 septembre : K. Adenauer est élu chancelier de la RFA.
- 7 octobre : La RDA est proclamée.
- 22 novembre : Accords de Petersberg entre la RFA et les Trois occidentaux.
1950 - 23 juillet : W. Ulbricht est élu secrétaire général du SED (parti commu­
niste est-allemand).
1951 - 18 avril : La RFA adhère à la CECA.
1952 - 10 mars : Staline propose la réunification d’une Allemagne qui serait
indépendante des deux blocs.
- 26 mai : Accords de Bonn qui abrogent le statut d’occupation.
1954 - 25 janvier/18 février : Conférence des Quatre à Berlin : échec sur la ques­
tion allemande.
- 25 mars : L’Allemagne de l’Est devient un « État souverain ».
- 21/23 octobre : Accords de Paris : les alliés occidentaux affirment leurs
droits et obligations sur l’Allemagne dans son ensemble.
86 Les relations internationales depuis 1945

1955 - 9 mai : La RFA adhère à l’OTAN.


- 14 mai : Création du pacte de Varsovie. La RDA y adhère.
- 18/23 juillet : À Genève, conférence au sommet des Quatre Grands :
échec sur l’Allemagne.
-9/13 septembre : Visite d’Adenauer à Moscou.
- 8 décembre : Bonn déclare que la reconnaissance de la RDA par des
pays tiers constitue un acte inamical à l’égard de la RFA.
1957 - 1 "janvier : Intégration de la Sarre à la RFA.
1958 - 14 septembre : Première rencontre entre K. Adenauer et le général de
Gaulle à Colombey-les-Deux-Églises.
- 9 novembre : Début de la seconde crise de Berlin.
1959 - 10 janvier : L’URSS propose la signature d’un traité de paix avec les deux
Allemagnes.
1960 -16 rpai : Échec de la conférence « au sommet » de Paris.
1961 -13 août : Construction du mur de Berlin.
1963 - 22 janvier : Traité de coopération franco-allemand de l’Élysée.
- 16 octobre : Erhard succède à Adenauer.
1966 -10 novembre : Kiesinger succède à Erhard.
1967 - 1 "janvier : W. Ulbricht relance encore une fois son offre de confédération
des deux États allemands.
1969 - De juillet à septembre : Le gouvernement fédéral renonce à la doctrine
Hallstein. Willy Brandt devient chancelier de RFA.
1970 -19 mars-21 mai : Rencontres d’Erfurt et de Kassel entre Willy Brandt et
Willi Stoph.
-12 août : Signature du traité de Moscou entre la RFA et l’URSS.
- 7 décembre : Traité germano-polonais : reconnaissance de la ligne
Oder-Neisse.
1972 - 21 décembre : Signature à Berlin-Est du « traité fondamental » entre les
deux États allemands.
1973 - 19 juin : Traité Bonn-Prague qui annule les accords de Munich.
-18 septembre : La RFA et la RDA entrent à l’ONU.
1974 - 7 mai : Helmut Schmidt succède à W. Brandt.
1975 - 30 juillet/1er août : Acte final de la conférence d’Helsinki.
1982 - Octobre : Accession de H. Kohl à la chancellerie.
1983 - 23 octobre : Arrivée des Pershing en RFA.
1984 - Mars/avril : Afflux à l’Ouest des Allemands de l’Est.
1987 -7/11 septembre : Première visite d’Erich Honecker, chef de l’État est-
allemand, en RFA.
1988 - 7/9 janvier : Visite officielle d’E. Honecker à Paris.
- Août : Exode des Allemands de l’Est via la Hongrie.
1989 - 10 septembre : Budapest laisse les Allemands de l’Est se trouvant en
Hongrie gagner « le pays de leur choix ».
- 25 septembre : Manifestation à Leipzig.
La détente (1962-1973) ▼ 87

- 9 novembre : Les autorités est-allemandes décident l’ouverture des


frontières. Des milliers de Berlinois franchissent le mur.
- 28 novembre : Le chancelier H. Kohl présente au Bundestag un plan de
réunification.
1990 -Janvier: Manifestations en RDA.
- 10 février : M. Gorbatchev accepte l’idée de la réunification.
- 14 mars : Les quatre puissances alliées et les deux États allemands enta­
ment des pourparlers.
- 18 mars : Élections en RDA : victoire de I’« Alliance pour l’Allemagne »,
favorable à une réunification rapide.
- 1er juillet : Le deutsche mark devient la monnaie de la RDA.
- 16 juillet : Gorbatchev accepte le maintien d’une Allemagne unie dans
l’OTAN.
- 31 août : RFA et RDA signent à Berlin le traité d’union.
- 12 septembre : Traité de Moscou portant règlement de la question
allemande.
- 3 octobre : Unification de l’Allemagne. ■

La crise des blocs


La crise dans le bloc occidental
Plusieurs phénomènes concourent à modifier la physionomie du monde occi­
dental : l’évolution stratégique, la nouvelle puissance économique des États
européens qui s’organisent au sein de la CEE, la volonté française d’indépen­
dance nationale et la crise du système monétaire international.
La croissance, qui avait connu un essor remarquable depuis les années 1950,
est particulièrement nette dans les années 1960. Elle profite aux États-Unis dont
l’activité économique et financière est omniprésente. Mais c’est aussi le temps
des miracles économiques et de la montée en puissance de l’Europe et du Japon.

La crainte d’une suprématie américaine


L’évolution de la pensée stratégique aux États-Unis introduit à partir de
1961-1962 une contradiction au sein de l’Alliance atlantique entre les nécessi­
tés techniques et politiques. Comment associer les alliés à la décision dans une
stratégie de dissuasion ? Techniquement, la nécessité d'une unité de volonté en
temps de crise est indéniable. Pourtant si chaque décision doit être concertée,
la crédibilité de la dissuasion est affaiblie, et c’est alors consacrer le mono­
pole absolu de la décision au profit de la principale puissance de l’Alliance
et confiner les alliés dans une situation de subordination. Dans une stratégie
de représailles massives, les intérêts collectifs des alliés étaient protégés. Avec
la stratégie des représailles graduées, les alliés peuvent toujours craindre que
seuls les intérêts de la puissance dominante soient pris en compte. Dès le début
88 A Les relations internationales depuis 1945

de son mandat, le président Kennedy fait un important voyage en Europe, où il


évoque son souhait de transformer les relations transatlantiques.
La proposition américaine d’une Communauté atlantique. Le 4 juillet 1962
à Philadelphie, le président des États-Unis, John F. Kennedy, propose une redé­
finition des rapports de force entre les États-Unis et ses alliés par la formule du
« partnership ». La Communauté atlantique, qu’il souhaite instaurer, reposerait
sur deux piliers, les États-Unis d’Amérique et les « États-Unis d’Europe ». En
matière stratégique, la contrepartie au monopole américain de décision d’emploi,
« un seul doigt sur la gâchette », serait la constitution d’une force multilatérale.
Cela consisterait à faire de l’OTAN une nouvelle puissance nucléaire par
la création d’une force atlantique intégrée. Cette force serait composée de
25 navires de surface, portant chacun 8 missiles Polaris A 3 d’une portée de
4 600 km : l’équipage de chaque bâtiment serait au moins de trois nationalités
différentes. Ainsi seraient absorbées la petite force atomique britannique et
la force française, alors embryonnaire. Mais ce projet, de portée limitée puis­
que son potentiel aurait correspondu à 3 % de celui de la force nucléaire des
États-Unis, ne résout pas les contradictions politiques. L’emploi de la force
ne peut être décidé que par le consentement unanime des États participants
(parmi lesquels les États-Unis) qui ont tous un droit de veto, les États-Unis
conservant leur liberté d’action sur leur propre force. En décembre 1962, à
Nassau, le président Kennedy propose aux Britanniques de leur livrer des
fusées Polaris, en échange des fusées Skybolt commandées aux Américains.
C’est un premier pas vers l’absorption de la petite force stratégique britanni­
que dans la force américaine.
Le Royaume-Uni accepte de n’utiliser sa force nucléaire qu’en accord avec les
Américains, la France gaullienne n’entend pas renoncer à la constitution de sa
propre force de frappe nucléaire et fait échouer le projet de force multilatérale.

La politique française d’indépendance nationale


Le défi gaullien s’oppose, en effet, au grand dessein de Communauté atlantique.
Dès son retour au pouvoir, le général de Gaulle proclame son intention d’obtenir
une nouvelle répartition des responsabilités au sein de l’Alliance atlantique.
Par un mémorandum adressé au président Eisenhower et au Premier ministre
MacMillan, le 14 septembre 1958, de Gaulle propose de créer un directoire à
trois, habilité à prendre des décisions conjointes sur les problèmes qui intéres­
sent le monde entier et non pas seulement le territoire concerné par l’OTAN.
Le refus opposé par le président Eisenhower en octobre 1958 est fondé à la fois
sur l’idée que les autres alliés ne peuvent être tenus en marge des décisions du
directoire et la volonté de ne pas avoir les mains liées lors de l’emploi éventuel de
l’arme atomique. Le général de Gaulle, qui tient à disposer d’une force de frappe,
instrument d’une politique d’indépendance nationale, ordonne la poursuite du
programme atomique français, malgré les discrètes pressions des États-Unis.
La détente (1962-1973) ▼ 89

Des lois-programmes vont peu à peu donner à cette force les structures indis­
pensables. Aussi bien de Gaulle s’oppose-t-il, dans sa conférence de presse
du 14 janvier 1963, à la fois à l’entrée de la Grande-Bretagne dans le Marché
commun et à l’intégration des forces atomiques nationales dans l’OTAN.
Face aux présidents des États-Unis, Eisenhower, Kennedy puis Johnson,
de Gaulle pratique une politique d’indépendance nationale. Placé devant le
refus américain de son idée de directoire, il commence à distendre les liens
de la France avec l’OTAN. De Gaulle poursuit l’effort de la IVe République
pour doter la France d’un armement atomique indépendant. Refusant de se
plier aux pressions des deux grands pour arrêter la prolifération des armes
nucléaires, la France accède au club très fermé des puissances qui possèdent
l’arme atomique le 13 février 1960 et au Club thermonucléaire en août 1968.
Sur le plan de la politique étrangère, la France prend de plus en plus de ses
distances vis-à-vis des États-Unis. En 1964, de Gaulle accomplit un périple en
Amérique latine et il reconnaît la même année la Chine populaire, contraire­
ment aux souhaits américains. Il prend ses distances avec l’OTASE. Favorable
à la détente, il développe des contacts avec l’Est. Il observe le 23 juillet 1964
que « la répartition du monde en deux camps répond de moins en moins
à la situation réelle » et il accepte en février 1965 la proposition soviétique
de concertation entre Paris et Moscou sur l’Asie du Sud-Est : « L’Europe de
l’Atlantique à l’Oural » lui paraît le seul cadre possible du règlement des pro­
blèmes européens. Une longue série de décisions et de gestes semblables
aboutissent au retrait français de l’organisation intégrée de l’OTAN annoncé
lors de la conférence de presse du 21 février 1966.
La thèse française est fondée sur la distinction de l’Alliance et de l’Orga-
nisation. Celle-ci, progressivement mise en place depuis les années 1951-52,
est selon de Gaulle le fruit d’une véritable déviation de l’esprit atlantique.
La France refuse l’intégration tout en acceptant le maintien de l’Alliance. La
décision française pose de nombreux problèmes. Elle implique l’évacuation
des bases américaines et canadiennes établies en France. Elle crée une dif­
ficulté avec l’Allemagne où 60 000 soldats français font partie des unités de
l’OTAN. Y seraient-ils maintenus et sous quel statut ? En avril 1967, les bases
de l’OTAN en France sont évacuées. Plus de 20 000 soldats américains, plus
de 80 000 tonnes de matériel, neuf bases, une trentaine de dépôts améri­
cains sont transférés hors de France. Le SHAPE, commandé par le général
Lemnitzer, qui se trouvait à Rocquencourt, et l’État-Major américain, qui sta­
tionnait à Saint Germain-en-Laye, sont déplacés en Belgique. Le Conseil de
l’OTAN, installé place Dauphine à Paris, est transféré à Bruxelles.
C’est aussi un affaiblissement de l’Alliance. La France continue de participer
au Conseil atlantique dans la mesure où il traite de questions politiques, et de
collaborer à certains éléments d’infrastructure de l’Alliance atlantique, comme
le réseau radar NADGE, système d’alerte couvrant l’ensemble de l’Europe
90 Les relations internationales depuis 1945

occidentale. Les 14 partenaires de la France - 13, après le retrait du gouverne­


ment grec en 1974 — sont associés dans une organisation militaire intégrée diri­
gée par un conseil rebaptisé Comité des plans de défense. Le remplacement du
chancelier Erhard par Kurt Georg Kiesinger, en novembre 1966, contribue à faci­
liter l’accord sur le stationnement et le statut des forces françaises d’Allemagne,
réalisé le 21 décembre 1966. Et le rapport Harmel (du nom du ministre belge des
Affaires étrangères), adopté par l’Alliance en décembre 1967, entend ne pas bais­
ser la garde sur le plan militaire, tout en encourageant les efforts de détente.
Le rapprochement franco-soviétique illustré par le voyage en URSS en
juillet 1966 est perçu par les Américains comme la préface à un véritable
renversement des alliances. Le voyage au Cambodge en septembre 1966 est
l’occasion de critiquer ouvertement la politique américaine au Viêt-nam. De
même que dans le conflit du Viêt-nam de Gaulle s’écarte de la position amé­
ricaine, dans la guerre des Six Jours (juin 1967), il prend délibérément parti
contre Israël et donc contre les États-Unis. Son « Vive le Québec libre ! »,
lancé à Montréal en juillet 1967, fait scandale en Amérique du Nord. Le gou­
vernement canadien y voit une intervention dans les affaires intérieures du
Canada, puisque le général de Gaulle paraît défendre les partisans de l’indé­
pendance d’une des provinces de l’État fédéral canadien.
Fort du rétablissement monétaire réalisé depuis 1958 par la France, le
général de Gaulle n’hésite pas dans une conférence de presse retentissante
en février 1965 à prôner le retour à un système fondé sur l’or et l’abandon
de l'étalon-dollar, dont il dénonce les abus et les dangers. À ses yeux, le
déficit continu de la balance des paiements des États-Unis depuis la fin des
années 1950 donne à cette puissance un privilège anormal, nourrit l’inflation
mondiale et mine tout le système monétaire international.

La crise du système monétaire international


La crise du système monétaire oppose les Européens, qui veulent à la fois le
maintien de la protection américaine et la jouissance d’une totale autonomie
politique et économique, aux États-Unis, qui de leur côté entendent alléger
leurs charges financières sans renoncer à leurs prérogatives.
Le déficit commercial américain. À la fin des années 1950, le système moné­
taire international est le Gold Exchange Standard selon lequel le dollar, dont le
taux de change est absolument fixe (35 dollars pour une once d’or), est consi­
déré comme l’équivalent de l’or pour toutes les transactions. Mais la situation
économique évolue au profit des pays européens et aux dépens de l’économie
américaine. Les investissements massifs des firmes multinationales, les dépen­
ses des États-Unis à l’étranger (guerre du Viêt-nam) aboutissent à déséquilibrer
la balance commerciale jusqu’alors bénéficiaire. Du fait de ce déficit, trop de
dollars circulent dans le monde et le marché libre qui s’instaure auprès du mar­
ché officiel rend tout à fait impossible le maintien de la parité du dollar car l’once
La détente (1962-1973) ▼ 91

d’or coûte de 40 à 43 dollars sur le marché libre. D’ailleurs, le stock d’or des
Etats-Unis diminue, et en 1967, la France décide d’échanger ses dollars contre de
l’or. La RFA voit ses ressources augmenter grâce à ses exportations. Sa balance
commerciale et sa balance des comptes sont excédentaires. Elle refuse de rééva­
luer le mark, solution que préconisaient les Américains. En 1968, à la suite des
secousses internes, le franc est attaqué en juillet et en novembre, mais il résiste
grâce à la solidarité des gouverneurs des banques centrales des dix pays les plus
riches du monde. Si le général de Gaulle décide, le 24 novembre, de ne pas le
dévaluer, son successeur Georges Pompidou doit s’y résigner dès août 1969.
Tout au long des années 1960, les États-Unis doivent donc défendre le
dollar. La baisse de leurs réserves en or les accule même en 1968 à réserver la
convertibilité du dollar en or aux seules banques centrales étrangères. Mais
la balance commerciale des États-Unis devient déficitaire en 1971, pour la
première fois depuis 1893.
La suspension du Gold Exchange Standard. Pour couper court à la fuite spé­
culative des capitaux déclenchée dans l’été par l’annonce des mauvais résultats
du commerce extérieur américain, le président Nixon suspend brutalement
le 15 août 1971 toute convertibilité du dollar en or, y compris pour les ban­
ques centrales, ce qui revient à laisser flotter le dollar. Il prend par ailleurs des
mesures protectionnistes (en particulier une surtaxe de 10 % sur les importa­
tions) et annonce que les États-Unis n’assoupliront leur attitude que si leurs
alliés occidentaux acceptent de partager « le fardeau commun ». Nixon exige
des concessions commerciales et monétaires en contrepartie de la protection
militaire américaine. Le flottement du dollar aboutit à un marasme monétaire
et commercial, facteur d’inflation et de crise généralisée.
La dévaluation du dollar. En décembre 1971 (accord de la Smithsonian
Institution) et en février 1973, les États-Unis acceptent de dévaluer le dollar
et obtiennent une série de réévaluations des monnaies les plus performantes,
en particulier le yen et le mark. Ces mesures ont pour effet de casser en deux
l’Europe monétaire : d’un côté les États à monnaie forte, de l’autre les États à
monnaie faible. Le fonctionnement de la CEE s’en trouve perturbé d’autant
plus que la crise correspond à l’entrée dans le Marché commun, en 1972, du
Royaume-Uni, de l’Irlande et du Danemark.

La constitution de l’Europe des Neuf


Les traités de Rome avaient prévu une période transitoire de douze ans pour
l’abolition progressive des barrières douanières entre les États membres de la
CEE et la mise en place d’un tarif extérieur commun.
Au cours de la première étape (1959-1962), la libération des échanges
intracommunautaires portant sur les produits industriels se fait plus rapide­
ment que prévu, mais le passage à la seconde étape est plus délicat en raison
du démarrage du Marché commun agricole.
92 A Les relations internationales depuis 1945

Les succès de l’Europe des Six. De longues négociations (« marathons »


agricoles de janvier 1962, décembre 1963 et décembre 1964) permettent
au Marché commun de poursuivre ses progrès. Celui-ci ne comporte pas
seulement des aspects douaniers, mais il implique aussi une politique agri­
cole commune, comprenant l’organisation de plusieurs marchés importants
(céréales, lait, viande), la fixation de prix communs et la création d’un Fonds
européen d’Orientation et de Garantie agricole (FEOGA) chargé du finan­
cement de cette politique à laquelle la France tient beaucoup en raison de
l’importance du secteur agricole dans son économie.
L’Europe des Six se révèle être une réussite, même si sur le plan politique
les oppositions entre deux conceptions européennes, celle des partenaires de
la France (une Europe fédérale, à caractère supranational) et celle du général
de Gaulle (l’Europe des patries), empêchent l’organisation d’une Europe poli­
tique en 1961-62, au moment des projets de plan Fouchet. On se borne en
avril 1965 à décider la fusion des exécutifs des trois communautés (CECA,
CEE, Euratom). Un Conseil des communautés et une Commission unique
entrent en fonctions en juillet 1967.
Les mesures douanières. En octobre 1962, Kennedy avait obtenu du
Congrès le vote d’une loi douanière, le Trade Expansion Act, aux termes de
laquelle les Américains négocieraient avec les Européens dans le cadre du
GATT une baisse réciproque de 50 % de leurs droits de douane de façon à
stimuler le commerce transatlantique. Ces négociations, dites du Kennedy
Round, se terminent le 16 mai 1967 à Genève ; la CEE s’y affirme comme
le partenaire principal des États-Unis, capable de tenir tête à la première
puissance économique du monde, en vue d’appliquer à partir de 1968 un
désarmement douanier réciproque.
La crise de 1965. Provoquée par le refus de la France d’accepter une exten­
sion du rôle du FEOGA et le remplacement de la règle d’unanimité par celle
de majorité, elle est un reflet du différend entre les deux conceptions de
l’Europe. Pendant six mois, la France s’abstient de participer aux réunions du
Conseil des ministres de la CEE et pratique la « politique de la chaise vide ».
En janvier 1966, le compromis de Luxembourg permet à la France de repren­
dre sa place au Conseil en contrepartie du maintien de la règle de l’unanimité
lorsque des « intérêts très importants » sont en jeu. Le redémarrage effectif
du Marché commun au mois de mai permet d’achever l’union douanière le
1er juillet 1968 (un an et demi avant la date prévue).
La mise en place du « serpent monétaire » européen. En revanche, l’union
monétaire envisagée à la conférence de La Haye en décembre 1969 et définie
à Bruxelles en février 1971 sur la base du « rapport Werner » va rapidement
se trouver bloquée par les difficultés du système monétaire international de
1969 à 1971 et par la crise économique mondiale qui commence en 1973. Pour
échapper aux variations du cours du dollar, qui continue à fluctuer au gré de
La détente (1962-1973) ▼ 93

la spéculation, les pays de la CEE organisent en avril 1972 le « serpent moné­


taire » européen qui fixe les parités entre leurs monnaies et limite les marges
de fluctuation afin de préserver la régularité de leurs échanges. Pour corriger
les disparités de concurrence qui apparaissent au sein de la Communauté
quand les parités des monnaies sont modifiées, on crée un système de taxes
et de subventions, les « montants compensatoires monétaires » (MCM).
Les nouvelles demandes d’adhésion. Séduits par l’attrait du Marché
commun, plusieurs pays sollicitent leur adhésion ou une formule d'associa­
tion. La CEE conclut ainsi des accords avec la Grèce (1961), la Turquie (1963),
Malte (1970) et surtout, par les accords de Yaoundé (1963 et 1969), avec dix-
huit pays d’Afrique francophone.
La demande de conversations exploratoires du Royaume-Uni, en 1961,
suivie de celle d’autres pays de l’Association européenne de Libre-Échange
(AELE), se heurte en 1963 à l’analyse du général de Gaulle qui estime « que la
nature, la structure et la conjoncture propres à la Grande-Bretagne diffèrent
profondément de celles du continent ». Une nouvelle demande d’adhésion
britannique est posée par le Premier ministre travailliste Wilson en 1967,
moins par conviction européenne que pour secourir une économie mal en
point. Elle est rejetée une nouvelle fois par le général de Gaulle.
Les changements politiques en France et en Grande-Bretagne vont favo­
riser la solution de ces problèmes. En France, à la suite du référendum de
1969 qui entraîne la démission du général de Gaulle, Georges Pompidou
accède à la présidence de la République. Il poursuit la même politique exté­
rieure que celle de son prédécesseur, sauf sur la question de l’admission de
l’Angleterre dans le Marché commun, où lors de la conférence de La Haye,
en décembre 1969, il propose le triptyque : achèvement de l’Europe agricole,
élargissement à la Grande-Bretagne, approfondissement par la relance de la
construction communautaire. Aux élections générales du 18 juin 1970, en
Grande-Bretagne, les travaillistes sont battus et le pouvoir passe au conser­
vateur Edward Heath. L’arrivée des conservateurs facilite beaucoup la
négociation déjà entreprise à l’époque d’Harold Wilson. Les difficultés n’en
demeurent pas moins, ce sont la contribution de la Grande-Bretagne au bud­
get communautaire, le rôle de la livre comme monnaie de réserve et les liens
économiques préférentiels avec le Commonwealth (sur le sucre et le beurre
en particulier) que la Grande-Bretagne voudrait préserver tout en refusant de
respecter le traité de Rome qui implique, en cas d’importations extérieures, de
payer au budget de la Communauté un certain pourcentage. La négociation
aboutit à un compromis en juin 1971, consistant pour la Grande-Bretagne à
verser au budget communautaire un peu plus de 8 % en 1973 et presque 19 %
au bout de huit ans. Le cas des exportations de beurre de Nouvelle-Zélande
vers l’Angleterre est réglé par un statut spécial. L’intégration de la livre dans
le futur système monétaire européen est laissée dans l’ombre.
94 A. Les relations internationales depuis 1945

Le 22 janvier 1972, est signé à Bruxelles le traité d’adhésion non seulement


de la Grande-Bretagne mais aussi du Danemark, de l’Irlande et de la Norvège.
Par la suite, les Norvégiens refusent par référendum d’entrer dans le Marché
commun. L’Europe des Six devient le 1er janvier 1973 l’Europe des Neuf.

La crise dans le monde communiste


Les années 1960 se traduisent par un ralentissement du développement éco­
nomique en URSS, qui ne peut surmonter ses problèmes agricoles et ne par­
vient pas à rattraper son retard pour la production de biens de consommation.
Malgré les promesses de Khrouchtchev, pour qui le niveau de vie de l’Union
soviétique devrait rejoindre et dépasser celui de l’Ouest, il y a en URSS non
seulement un retard sur ce plan, mais un décalage technologique grandis­
sant. L’intelligentsia soviétique met en cause la bureaucratie, c’est-à-dire, en
dernier ressort, l’appareil du Parti. Ces difficultés sont la cause directe de la
chute de Nikita Khrouchtchev, qui cumulait les fonctions de Premier secré­
taire du Comité central du Parti communiste et de président du Conseil des
ministres, victime d’une révolution de palais le 15 octobre 1964.
Ses successeurs, Leonid Brejnev, secrétaire général du Parti commu­
niste de l’Union soviétique et Kossyguine, Premier ministre, sont confron­
tés au même problème de la modernisation de l’économie et de la société
soviétiques. La ligne Brejnev, qui refuse de libéraliser la yie des Soviétiques,
l’emporte et a aussitôt des répercussions tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du
pays. En février 1966, le procès intenté aux intellectuels Siniavski et Daniel et
leur condamnation prouvent la volonté des idéologues du parti, soutenus par
l’Armée rouge, de mettre au pas l’intelligentsia afin quelle soit dans la ligne et
serve la cause du parti. C’est le début du « regel culturel » et de l’exil intérieur
d’Alexandre Soljénitsyne.
Le modèle soviétique, terni par les révélations sur le Goulag, est contesté
par la Chine populaire et par les démocraties populaires où se font jour à la
fois des aspirations nationales et libérales.

Le schisme sino-soviétique
La naissance de l’antagonisme entre la Chine et l’Union soviétique remonte
aux années 1950, alors que des accords de coopération lient étroitement ces
deux pays. Le conflit est à la fois un classique conflit d’intérêt de puissance et
de territoire, mais aussi une opposition idéologique, qui éclate au moment du
XXe Congrès du parti communiste de l’Union soviétique, en 1956.
Dès 1957, face à un renforcement des liens entre les États-Unis et la Chine
nationaliste, l’Union soviétique ne réagit pas. Le gouvernement de Pékin
reproche aux Soviétiques de chercher la paix à tout prix et d’abandonner
la stratégie révolutionnaire pour s’engager dans le révisionnisme. Après un
La détente (1962-1973) ▼ 95

voyage à Moscou, Mao Tsê-Tung lance en 1958 le « Grand Bond en avant » et


les communes populaires et, dans le même temps, il fait bombarder les îlots
de Matsu et Quemoy et renforce les liens de la Chine avec les éléments les
plus révolutionnaires du Tiers Monde. C’est un double défi chinois à l’Union
soviétique et aux États-Unis. Khrouchtchev condamne l’expérience des
communes chinoises et il en vient finalement à suspendre son aide économi­
que et technique et à rapatrier les milliers d’experts et stagiaires que l’Union
soviétique entretenait sur le territoire chinois. Désormais, à la rivalité des
partis, à l’affrontement idéologique, se superpose la lutte implacable de deux
États qui éclate au grand jour en 1962. Éprouvée par les erreurs du « grand
bond en avant », isolée du bloc socialiste, la Chine resserre ses liens avec
l’Albanie (accords de janvier 1962). C’est dire l’isolement chinois.
En avril 1962, Moscou fomente des émeutes à la frontière du Sinkiang et
soutient l’Inde dans le conflit qui l’oppose à la Chine à propos du Tibet. Il
s’agit d’un conflit frontalier aggravé par la persistance du nationalisme tibé­
tain, personnifié dans le Dalaï Lama qui se réfugie en Inde. En septembre
et octobre 1962, la Chine lance une offensive victorieuse contre cette der­
nière. Les Chinois saisissent l’occasion de la crise de Cuba pour accuser les
Soviétiques d’avoir capitulé devant l’impérialisme américain. Le 12 décem­
bre 1962, lors d’une réunion des représentants des partis communistes à
Moscou, Khrouchtchev estime que « le danger principal est le dogmatisme
des dirigeants chinois » et il ironise sur la passivité du régime de Pékin face
aux « empiétements impérialistes » à Hong Kong, Macao et Formose.
À partir de 1963, à la cassure doctrinale entre Moscou et Pékin s’ajoute un
litige territorial, auquel l’accession de la Chine au club atomique, le 1er octobre
1964, donne tout son éclat. Les dirigeants chinois ripostent, le 8 mars 1963,
en déterrant le problème des « traités inégaux » imposés au xixe siècle par
la Russie qui aurait conquis sur la Chine d’importants territoires, auxquels
il faut ajouter un contentieux portant sur 600 îles sur les fleuves Amour et
Oussouri. Les Soviétiques répliquent que les acquisitions faites au xixe siècle
sont inaliénables et que les frontières de l’URSS sont intangibles.
Cette revendication territoriale n’atténue pas la confrontation idéologi­
que. Le 15 juin 1963, Mao Tsê-Tung adresse à Khrouchtchev une lettre par
laquelle, en vingt-cinq points, il récuse la prééminence du parti communiste
de l’Union soviétique. Aux yeux des Chinois, « les tsars du Kremlin » sont
des révisionnistes devenus un allié objectif des États-Unis. Une lutte s’engage
entre les deux États pour le leadership du communisme mondial, malgré une
courte trêve à la suite de la chute de Khrouchtchev.
Lorsqu’éclate en 1966 la révolution culturelle en Chine, les Soviétiques
prennent parti contre Mao Tsê-Tung et tentent de dresser contre le pouvoir
central les minorités nationales du Sinkiang. Après avoir fait exploser sa pre­
mière bombe A le 16 octobre 1964, la Chine expérimente la bombe H le 17 juin
96 Les relations internationales depuis 1945

1967. L’accession de la Chine au rang de puissance thermonucléaire pourrait


avoir incité les Soviétiques à envisager une attaque nucléaire « préventive » sur
l’arsenal atomique chinois au Sinkiang. En 1969, l'affrontement semble immi­
nent. Des combats ont lieu sur le fleuve Oussouri ; et la Chine, qui prend au
sérieux la menace soviétique, se prépare à une volte-face diplomatique.

La contestation en Europe orientale


La contestation idéologique entreprise par Pékin altère, dans les années 1960,
le prestige soviétique et a d’importantes répercussions sur les rapports entre
l’Union soviétique et les démocraties populaires. Si l’Union soviétique tolère
que la Roumanie prenne quelques initiatives, elle n’hésite pas à réprimer la
révolution tchécoslovaque.
En Yougoslavie, le problème fondamental, qui est celui de la coexistence
de plusieurs communautés nationales, se complique de la perspective de la
succession de Tito et de la contestation étudiante importée d’Occident.
Tito réussit à apaiser les tensions entre Serbes et Croates et à désamorcer
la contestation générale qui se développe en 1963, relayée en Yougoslavie
par l’opposition libérale de Milovan Djilas. Mais à la suite de l’intervention
soviétique en Tchécoslovaquie, la Yougoslavie - qui la désapprouve - est plus
que jamais isolée.
En Pologne, W. Gomulka, au pouvoir depuis quatorze ans, réprime vigou­
reusement les émeutes de Gdansk (14-15 décembre 1970) ; les troubles qui
s’étendent aboutissent au remplacement de Gomulka par Édouard Gierek au
poste de Premier secrétaire.
La Roumanie manifeste d’abord une relative autonomie au sein du Conseil
d’assistance économique mutuelle (COMECON) ; elle refuse la spécialisation
économique que veut lui imposer l’URSS, puis garde une certaine neutralité
dans le conflit qui oppose Moscou et Pékin et publie en 1964 une véritable décla­
ration d’indépendance. À partir du printemps 1966, les dirigeants roumains
affectent de considérer que le pacte de Varsovie est bien une alliance comme
les autres, que l’indépendance de ses membres n’est pas une fiction. Ils adop­
tent une politique extérieure originale, développant une attitude de neutralité
active dans le conflit du Proche-Orient, établissant des relations diplomatiques
avec l’Allemagne fédérale dès le 31 janvier 1967, au moment où la Hongrie, la
Bulgarie et la Tchécoslovaquie se rallient à la « doctrine Ulbricht » qui pose la
reconnaissance de la RDA et l’inviolabilité de ses frontières comme condition
préalable à l’établissement de rapports normaux avec le gouvernement de Bonn.
Lors de l’intervention du pacte de Varsovie en Tchécoslovaquie, le 21 août 1968,
Bucarest ne participe pas à l’opération et blâme même l’URSS de l’avoir réali­
sée. En août 1969, la Roumanie est le premier pays socialiste - en dehors de
l’URSS - à accueillir un président américain en la personne de Richard Nixon.
La détente (1962-1973) ▼ 97

La Tchécoslovaquie et le « printemps de Prague ». À la différence de la


Roumanie qui conserve un régime intérieur très rigoureux, la Tchécoslovaquie
connaît depuis 1963 une certaine libéralisation. Lors du Congrès du parti commu­
niste tchécoslovaque, en 1962, la déstalinisation se développe malgré le maintien
au pouvoir du stalinien Novotny. L’aspiration à la réforme économique s’ajoute
à l’aspiration à plus d’autonomie de la Slovaquie par rapport à la Bohême et à la
volonté clairement exprimée à la suite de la guerre israélo-arabe de juin 1967
d’une politique plus ouverte. Une aile « libérale » menée par le secrétaire du parti
slovaque, Alexandre Dubcek, conteste ouvertement Novotny, abandonné par les
Soviétiques. Le 4 janvier 1968, il démissionne de son poste de secrétaire général
du parti communiste. Le communiste modéré Dubcek lui succède, tandis que
le général Ludvik Svoboda est élu en mars chef de l’État. De plus en plus popu­
laire parmi les intellectuels et parmi les ouvriers, Dubcek croit pouvoir concilier
le système socialiste et le respect des libertés. Le programme d’action du parti
communiste tchèque, adopté en avril 1968, admet la création d’autres partis poli­
tiques et la libéralisation de l’information. C’est « le printemps de Prague ».
Une nouvelle loi constitutionnelle est préparée ; un nouveau gouver­
nement se met en place, dirigé par Cernik, partisan de la libéralisation et
l'économiste Ota Sik. L’Assemblée nationale élit comme président le plus
« libéral » des communistes tchécoslovaques, Smrkovsky. La préparation du
Congrès du parti communiste tchécoslovaque est l’occasion d’une confronta­
tion passionnée entre novotnistes et partisans des réformes.
Les Soviétiques considèrent le « printemps de Prague » avec méfiance.
Les milieux dirigeants des démocraties populaires craignent la contagion
qui est déjà sensible en Pologne et ils poussent les dirigeants soviétiques à
intervenir. En juillet 1968, Dubcek refuse une concertation proposée par les
dirigeants du pacte de Varsovie. Bien que le projet de révision des statuts du
parti tchécoslovaque, adopté à l’unanimité le 9 août 1968 par le Présidium,
rétablisse un certain nombre de libertés (vote secret et droit d’expression),
les réformes ne vont pas aussi loin qu’en Hongrie : le parti communiste doit
garder une situation prééminente, même si l’on parle d’un retour à un sys­
tème multiparti, et loin de prétendre à un statut de neutralité formelle, on ne
cesse de réaffirmer l’appartenance au pacte de Varsovie. Ce gouvernement
communiste tchécoslovaque bénéficie d’un large soutien populaire.
Le 21 août, les troupes du pacte de Varsovie appartenant à cinq pays (URSS,
Allemagne de l’Est, Pologne, Hongrie et Bulgarie) pénètrent sur le sol tchécos­
lovaque et se précipitent vers les objectifs les plus importants de Prague.
L’ambassadeur soviétique à Prague, Tchervonenko, et les Tchèques proso­
viétiques font arrêter les dirigeants du « printemps de Prague ». Mais la résis­
tance s’organise autour du président de la République, Svoboda, avec une grève
de protestation décidée par le Congrès du parti réuni clandestinement.
98 Les relations internationales depuis 1945

Les dirigeants tchèques libérés et réintégrés dans leurs fonctions sont convo­
qués au Kremlin et signent le 26 août les accords de Moscou, qui marquent
une limitation sérieuse à la libéralisation et aux réformes entreprises. Dès le
16 octobre, les Soviétiques imposent un nouveau traité impliquant le stationne­
ment « temporaire » de leurs troupes sur le territoire tchécoslovaque. L’agitation
antisoviétique n’en continue pas moins. En mars et avril 1969, à la suite d’un
véritable ultimatum du maréchal Gretchko, ministre soviétique de la Défense,
des incidents aboutissent à l’éviction de Dubcek de son poste de secrétaire géné­
ral du parti et à son remplacement par Gustav Husak ; la normalisation suit son
cours. Une vaste épuration du parti est organisée. La censure est rétablie.
L’URSS préserve ainsi de la contagion les autres satellites et fait triom­
pher une interprétation nouvelle du pacte de Varsovie connue sous le nom de
« doctrine Brejnev ». La souveraineté nationale de l’État socialiste est limitée.
Elle doit s’effacer au profit de l’intérêt général de la Communauté des États
socialistes. Mais l’intervention en Tchécoslovaquie a soulevé une réproba­
tion générale en Occident, y compris de la part des partis communistes ita­
lien, français et espagnol. Au sein du pacte de Varsovie, la Roumanie s’est
prononcée contre cette action, tandis que l’Albanie s’en est même retirée en
septembre 1968.
Lorsque la conférence des soixante-quinze partis communistes se réunit
à Moscou du 5 au 17 juin 1969, c’est à la fois la reconnaissance pour l’Union
soviétique de son rôle de direction du mouvement communiste internatio­
nal, mais aussi la fin du monolithisme, car la conférence proclame le principe
des voies différentes vers le socialisme.

Le Tiers Monde à Père de la détente


(1962-1973)
C’est dans le contexte des crises (de celle de Suez à celle de Cuba) que naît le
rôle international des pays du Tiers Monde. Mais il prend tout à fait son essor
à l’ère de la détente.
Uaffaiblissementdu rôle moral de l’ONLL L’affirmation des pays nouvellement
indépendants se fait par l’intermédiaire de l’entrée à l’Organisation des Nations
unies qui voit s’accroître le nombre de ses membres et s’alourdir ses problèmes.
En 1973, les Nations unies comprennent 135 membres. Les seuls États qui n’en
font pas alors partie sont la Suisse, les deux Corée, les deux Viêt-nam, Formose,
la Rhodésie du Sud et le Bangladesh. Sur ce total, 25 États se rattachent au camp
occidental, 12 au camp oriental, la plupart des autres se disent et se veulent
non engagés Les pays du Tiers Monde sont donc majoritaires et ils disposent
même de la majorité des deux tiers nécessaire pour faire passer les résolutions
au sein de l’Assemblée générale. L’ONU devient ainsi la caisse de résonance du
La détente (1962-1973) ▼ 99

Tiers Monde et en subit aussi les contre-coups. L’héritage de la décolonisation


est lourd. L’ONU est engagée dans une guerre au Congo, sans avoir les ressour­
ces nécessaires en troupes et en argent. Elle est menacée d’une faillite finan­
cière énorme. Le secrétaire général des Nations unies, Dag Hammarskjôld, qui
considère son rôle comme celui d’un arbitre, entre en conflit ouvert avec plu­
sieurs chefs de gouvernement. Au début de son mandat (1961-1971), le Birman
U Thant, qui représente précisément le monde afro-asiatique, réussit à dégager
les Nations unies du Congo et à affirmer à plusieurs reprises l’indépendance de
l’Organisation. Mais la période voit aussi l’affaiblissement des Nations unies.
Sous l’influence du groupe afro-asiatique, l’ONU passe son temps à protester
contre le régime d’apartheid en République sud-africaine, le régime raciste en
Rhodésie du Sud et le colonialisme sous toutes ses formes. Plusieurs dizaines de
résolutions très fermes se révèlent sans portée réelle. Le secrétaire général subit
l’érosion du rôle moral des Nations unies.
Les premières rencontres des pays non engagés. La plupart des pays du
Tiers Monde s’affirment aussi non engagés et disent rejeter l'alignement aussi
bien sur le camp occidental que sur le camp soviétique. La première confé-
rencé des pays non engagés se tient à Belgrade, du 1er au 6 septembre 1961, à
l’invitation du président yougoslave Tito, du président égyptien Nasser et du
président indien Nehru. Il s’agit pour les 25 États participants de manifester
leur réprobation de la politique des blocs, du néo-colonialisme qui substi­
tue les contraintes économiques aux liens politiques, et du surarmement des
grandes puissances. Les non-engagés poursuivent leur combat en réunissant
de nouvelles conférences, au Caire (1964), puis à Lusaka (1970), au cours des­
quelles ils insistent de plus en plus sur l’indépendance économique. La confé­
rence d’Alger, en septembre 1973, est la confirmation d’une nouvelle stratégie
de concertation entre pays producteurs de matières premières.
Les non-alignés n’ont pas alors de cohésion véritable. Ils connaissent
aussi des querelles internes. En définitive, l’entente se résume à condamner
l’impérialisme des Occidentaux tout en s'efforçant de tenir la balance égale
entre les deux Grands et à affecter un neutralisme de façade. Mais des divi­
sions apparaissent entre les tenants d’un strict neutralisme et les partisans
d’une action résolue contre le néo-colonialisme. Les tensions internationales
dans le camp oriental révèlent au grand jour les divergences idéologiques
entre Moscou et Pékin, entre lesquels le choix n’est pas simple. Néanmoins
des regroupements s’opèrent dans un cadre régional.

Les regroupements des États du Tiers Monde


Issus des frontières héritées de la colonisation, les territoires de ces États sont
souvent hétérogènes et constituent des entités artificielles. À partir de l’indépen­
dance, deux tendances contraires apparaissent : l’une tend à l’émiettement, l'autre
100 A Les relations internationales depuis 1945

au regroupement. L'union du Sénégal et du Soudan à l’intérieur du Mali n’a duré


que quelques mois. L’union de l’Égypte et de la Syrie au sein de la République
arabe unie a duré de 1958 à 1961. Le plus souvent, des États du Tiers Monde
ont préféré des regroupements plus vagues. Le Conseil de l’Entente comprend
la Côte-d’Ivoire, la Haute-Volta, le Dahomey et le Niger. Le panafricanisme, lui,
ambitionne de réaliser l’unité économique et politique du continent noir.
En décembre 1960, tous les États francophones à l’exception du Togo, du
Mali et de la Guinée constituent le « groupe de Brazzaville », favorable à la
coopération avec la France, qui se transforme en Union africaine et malgache
(UAM) au printemps 1961 et en Organisation commune africaine et mal­
gache (OCAM) en février 1964. Le nouveau président de l’ex-Congo belge
(devenu Congo-Léopoldville puis Congo-Kinshasa, enfin Zaïre) y adhère. Le
conflit du Biafra contribue à diviser l’OCAM.
À l’encontre des modérés du « groupe de Brazzaville » et du « groupe de
Monrovia », réunissant les douze pays du groupe de Brazzaville et d’autres
pays africains, notamment anglophones, se constitue en janvier 1961 le
« groupe de Casablanca » qui comprend le Maroc, le Ghana, la Guinée, le
Mali et la République arabe unie, groupe hostile au néo-colonialisme et aux
essais nucléaires français au Sahara. L’Afrique apparaît bien divisée.
À la faveur de la fin de la guerre d’Algérie, les tensions entre les deux
groupes de pays africains s’atténuent. À l’invitation de l’empereur d’Éthiopie,
Haïlé Sélassié, la conférence d’Addis-Abeba groupant 30 chefs d’État africains
adopte en mai 1963 la charte de l’Organisation de l’Unité africaine (OUA,
voir encadré ci-après).

Les pays membres de l’Organisation de l’Unité africaine


(mars 1993)
Algérie Mali
Angola Maroc*
Bénin Maurice (île)
Botswana Mauritanie
Burkina Faso Mozambique
Burundi Namibie
Cameroun Niger
Cap-Vert Nigeria
Comores Ouganda
Congo République arabe Saharaouie
Côte-d’Ivoire République centrafricaine
Djibouti Rwanda
Égypte Sao Tomé
Erythrée Sénégal
Ethiopie Seychelles
Gabon Sierra Leone
La détente (1962-1973) ▼ 101

Gambie Somalie
Ghana Soudan
Guinée Swaziland
Guinée-Bissau Tanzanie
Guinée équatoriale Tchad
Kenya Togo
Lesotho Tunisie
Liberia Zaïre
Libye Zambie
Madagascar Zimbabwe
Malawi
* A la suite de l’admission, en 1982, de la République Saharaouie, le Maroc a
quitté l’OUA. ■

Si l’OUA n’a pas fait progresser l’Afrique dans le sens d’une union plus étroite,
en revanche elle a joué un rôle non négligeable en promouvant les intérêts des
États africains, en s’opposant au démembrement du Nigeria par exemple.
Au Moyen-Orient, la Ligue arabe tente de favoriser le regroupement des
États arabes. Mais l’unité du monde arabe est également revendiquée par diffé­
rents leaders, comme Nasser, et par des forces politiques, comme le parti Baas.
En Amérique latine, l’Organisation des États américains est confrontée
au problème de Cuba, exclu en 1962 et réadmis en 1973, et à la question des
guérillas fomentées par les Cubains, en Bolivie, en Colombie et au Venezuela.
En janvier 1966, une conférence réunissant des délégués de gouvernements
ou de mouvements révolutionnaires d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine
choisit La Havane comme siège de l’Organisation « tricontinentale » censée
organiser partout la lutte anti-impérialiste.

Le développement économique et l’aide au Tiers Monde


Le fossé entre le niveau de vie des pays développés et celui des pays sous-
développés se creuse tout au long des années 1960, si bien que la différence
entre le produit national brut par habitant chez les uns et chez les autres est
énorme : 3 320 dollars pour les États-Unis, 60 dollars pour Haïti en 1964.
Le taux d’accroissement de la population, beaucoup plus fort dans les pays
pauvres que dans les pays riches, constitue un obstacle supplémentaire à des
changements en profondeur de l’économie de ces pays.
Le décollage économique est limité à quelques pays qui ont créé des foyers
industriels. Malgré un gros effort d’industrialisation, les pays sous-développés
restent d’abord des pays exportateurs de matières premières. Or les termes
de l’échange (rapport entre la valeur des exportations et celle des importa­
tions) sont défavorables aux pays en voie de développement. Tandis que les
prix de produits industriels en provenance du Nord augmentent sans cesse,
102 Les relations internationales depuis 1945

en raison de l’inflation, les prix des matières premières vendues par le Sud
baissent nettement. On assiste en fait à un « échange inégal » qui déstabilise
le Tiers Monde, rendant impossible sa croissance. Face aux nations « nan­
ties », se dressent des nations « prolétaires », qui réclament de l’aide.
Les formes de l’aide aux pays sous-développés. L’aide est soit privée, soit
publique. Elle peut prendre la forme d’investissements, de prêts ou de dons.
L’aide occidentale est prépondérante. De 1945 à 1970, sur une aide totale au
Tiers Monde de 165 milliards de dollars, les Occidentaux en ont fourni 90 %.
L’aide américaine est surtout économique et militaire tout en comprenant
aussi l’envoi de techniciens ou de missions, en particulier dans le cadre du
Peace corps. L’aide financière, qui peut être directe par le biais de l’Agency
for International Development (AID), passe le plus souvent par le canal de
firmes privées ou d’organisations internationales, comme la Banque mon­
diale. Cette aide s'adresse surtout à l'Asie (Chine nationaliste, Corée du Sud,
Thaïlande, Pakistan, Viêt-nam du Sud), en second lieu au Moyen-Orient,
enfin à l'Amérique latine et à l’Afrique. L’affaire de Cuba amène les dirigeants
américains à concentrer leurs efforts sur l’Amérique latine, avec un pro­
gramme d’aide décidé en août 1961 à la conférence de Punta del Este. Mais
l’Alliance pour le progrès ne remporte pas les succès escomptés, en raison des
réticences à la fois des entreprises privées et du Congrès. Après 1963, l’aide
américaine tend à diminuer en raison du coût de la guerre du Viêt-nam.
L’assistance soviétique, destinée à favoriser l’indépendance économique
des pays sous-développés, est sélective. Elle intervient dans le cadre de pro­
jets de développement planifié et elle accorde la priorité à l’électrification et
à l’industrie lourde. Comme l’Égypte, où l’URSS finance la construction du
barrage d’Assouan de 1958 à 1960, et l’Inde, où elle finance des aciéries, les
bénéficiaires de cette aide sont presque tous des pays neutralistes : Éthiopie,
Guinée, Ghana, Égypte, Syrie, Inde, Afghanistan, Indonésie, Yémen, Ceylan,
Irak. Les dons sont limités à des cas exceptionnels. Les prêts sont conclus
pour douze ans à un faible taux d’intérêt et les remboursements prévus en
monnaie locale ou en produits locaux. Cette aide est subordonnée au recours
au matériel et aux techniciens soviétiques. L’assistance technique est loin
d’être négligeable, surtout en Égypte, Yémen, Afghanistan, Inde, Indonésie.
L’assistance britannique est surtout économique et financière, organisée
autour de l’unité monétaire qui donne son nom à l’ensemble des pays, la zone
sterling.
La France consacre une part importante de son produit national brut
(près de 2 % en 1960) à l’aide aux pays d’Afrique du Nord, d’Afrique noire et
de l’océan Indien. La coopération (instituts, lycées, écoles, journaux, socié­
tés savantes, fouilles archéologiques) y est importante. Plus de 30 000 ensei­
gnants français exercent à l’étranger, dont la plupart en Afrique du Nord.
La détente (1962-1973) ▼ 103

La diminution et les limites de l’aide. Depuis 1960, la masse de l’aide


aux pays sous-développés a tendance à diminuer en raison des réticences
de l’opinion publique et du scepticisme croissant à l’égard de l’efficacité de
cette aide. De près de 2 %, la part du PNB français qui lui est consacrée
tombe à la fin des années 1960 à 0,68 %. Seule la coopération culturelle et
technique se développe. La France est en tête avec 52 300 coopérants, en
1970, dont 25 500 enseignants. Le Royaume-Uni envoie 29 000 personnes,
la République fédérale d’Allemagne 27 000.
De leur côté, les pays du Tiers Monde, conscients des limites et des
contraintes de ces politiques d’aide, préféreraient une organisation des mar­
chés des matières premières qui leur permettrait d’écouler leur production.
De fait le commerce entre États développés et États sous-développés
devient le problème prépondérant. En effet, pour les seconds, qui exportent
des produits agricoles ou des matières premières, l’influence des cours mon­
diaux de ces produits est déterminante.
L’échec des CNUCED. C’est l’objet des conférences des Nations unies
pour le commerce et le développement (CNUCED) d’essayer de résoudre ces
problèmes. Lors de la première CNUCED, qui se tient à Genève du 23 mars
au 15 juin 1964, 120 États sont représentés, dont 77 en voie de développe­
ment. Deux thèses s’affrontent : la thèse française, qui propose un accord
international pour fixer les prix (alors déterminés par le libre jeu du marché
mondial) et alimenter un fonds d’aide aux pays sous-développés, et la thèse
anglo-saxonne, hostile à toute tentative pour relever le cours des matières
premières et favorable à l’octroi de facilités pour l’exportation de produits
manufacturés des pays sous-développés. C’est l’impasse. La seule résolu­
tion de la conférence consiste à recommander de consacrer au moins 1 % du
revenu des pays industrialisés à l’aide au Tiers Monde. Les 77 pays en voie de
développement participant aux travaux de la CNUCED décident de créer une
structure spécifique, lors d’une conférence à Alger en octobre 1967, afin de
parler d’une seule voie. Mais l’unanimité de façade ne doit pas faire illusion ;
elle cache beaucoup de situations variées et laisse la place aux divisions.
La seconde CNUCED (UNCTAD en anglais), qui a lieu à New Delhi
du 1er février au 29 mars 1968, se prononce, à la suite des résolutions de la
conférence d’Alger, pour le système des préférences tarifaires à accorder aux
pays sous-développés.
La troisième CNUCED, qui se déroule à Santiago du Chili du 13 avril au
21 mai 1972, fait d’abord un constat d’échec : alors que les pays développés
occidentaux ont en 1970 un PNB par habitant de 3 200 dollars en moyenne,
le chiffre correspondant est de 750 pour l’Amérique latine, 270 pour l’Afrique,
260 pour l’Asie. La seule résolution importante consiste en une aide spéciale aux
25 pays les moins développés ayant un PNB per capita de moins de 100 dollars
par an et dont le PNB provenant de l’industrie est inférieur à 10 %.
104 A Les relations internationales depuis 1945

Force est de constater que ni l’aide, ni le commerce mondial ne permettent


aux pays sous-développés de surmonter leur sous-développement. Certains
pays producteurs de pétrole vont alors choisir la voie de l’union pour imposer
leur prix.
La création de l’OPEP. À l'issue de la Deuxième Guerre mondiale, les
royalties - sommes payées par les grandes compagnies pétrolières aux pays
propriétaires des gisements — étaient faibles : 12,5 % au Moyen-Orient. Le
Venezuela inaugure en 1948 le système dit Fifty-Fifty, soit des royalties de
50 %. Et une situation de conflit se développe entre les États et les grandes
compagnies américaines (Standard New Jersey, Socony Vacuum, Standard
California, Texaco, Gulf) et anglo-hollandaises (British Petroleum, Royal
Dutch Shell), groupées en consortium. Celui-ci décide en août 1960 de
réduire les prix du pétrole brut. Les pays producteurs réagissent en créant, le
15 septembre 1960, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP)
comprenant d’abord le Venezuela, l’Iran, l’Irak, l’Arabie Saoudite, le Koweit,
le Qatar, puis la Libye, l’Algérie, le Nigeria, Abu Dhabi. L’action de l’OPEP
consiste en un accroissement des royalties puis en la nationalisation de la
production. Ainsi l’Irak nationalise en 1972 XIrak Petroleum Cy. Avant même
la crise de 1973, les pays du Tiers Monde commencent à utiliser l’arme éco­
nomique dont ils disposent.

La modification des rapports internationaux


dans le Tiers Monde
Le Tiers Monde prend d’autant plus d’importance qu’il devient un enjeu entre
l’Est et l’Ouest. La crise des deux blocs est à la fois cause et conséquence de
profonds changements dans les rapports Nord-Sud. Tout se passe comme si,
dans une atmosphère de détente, les affrontements continuaient par pions
interposés dans des zones périphériques, en particulier en Asie et en Afrique,
avec la guerre du Viêt-nam et la crise du Proche-Orient.
La carte de l’Asie du Sud-Est est bouleversée par la poursuite de la décolo­
nisation, l’affirmation des nationalismes locaux et l’avancée du communisme.
En 1954, les États-Unis tentent de fédérer les États pro-occidentaux, Pakistan,
Philippines, Thaïlande, autour des trois grandes puissances occidentales. Mais
cette organisation, l’OTASE, dépérit peu à peu. Le Pakistan prend ses distan­
ces, en concluant en 1963 un accord avec la Chine pour se prémunir contre
la politique de son principal voisin, l’Inde, qui poursuit une politique d’amitié
étroite avec l’URSS, inaugurée par la visite de Khrouchtchev et Boulganine en
1955. Quant à la Thaïlande, au fur et à mesure que les Américains s’engagent
davantage au Viêt-nam, elle est transformée en une immense base militaire,
au grand dam des Thaïlandais.
La détente (1962-1973) ▼ 105

Les gouvernements philippins successifs, y compris celui dirigé par le pré­


sident Marcos, ont également tendance à réclamer l’évacuation des bases amé­
ricaines, mais ils ont besoin de l’appui américain dans leurs revendications sur
la région du Sabah, au nord-est de l’île de Bornéo, donnée à la Malaisie. Dans
cette région du monde, tout tourne autour de la guerre du Viêt-nam.

La guerre du Viêt-nam
Les accords de Genève de 1954 n’ont pas ramené la paix en Indochine. Deux
États se constituent de part et d’autre du 17e parallèle, le Nord-Viêt-nam
communiste et le Sud-Viêt-nam qui devient une république après avoir éliminé,
par référendum, l’empereur Bao Dai. La clause, qui prévoyait un référendum
sur l’unification du Viêt-nam dans un délai de deux ans, n’est pas respectée.
Les Etats-Unis soutiennent au Sud-Viêt-nam le régime du catholique
Ngô Dinh Diêm, le successeur de Bao Dai. Mais le mécontentement d’une
population à majorité bouddhiste favorise au sud du 17e parallèle la propa­
gande du Front national de Libération (FNL) et la subversion des Viêt-congs
soutenus par le régime du Nord-Viêt-nam. Des unités nord-vietnamiennes
s’infiltrent au Viêt-nam du Sud. L’engrenage de la guerre est enclenché. Les
Américains estiment essentiel d’intervenir pour maintenir un Viêt-nam du
Sud indépendant et libre de toute influence communiste. Des conseillers
militaires américains assistent Saigon. En janvier 1961, le président Kennedy
décide d’augmenter leur nombre, qui atteint 16 000 à l’automne 1963, au
moment de la chute de Ngô Dinh Diêm (le 1er novembre 1963), devenu de plus
en plus impopulaire. Le gouvernement américain est alors décidé à prendre
directement en charge la guerre du Viêt-nam. L’incident du golfe du Tonkin
(août 1964), lorsque des bâtiments de la marine américaine sont attaqués par
des vedettes nord-vietnamiennes, lui en donne le prétexte.
^intervention militaire américaine. Le président Johnson choisit, en août 1964,
avec l’accord du Congrès, d’intervenir massivement au Viêt-nam. Dès lors, les
effectifs américains ne cessent de croître jusqu’à atteindre 543 000 hommes en
1968. Les bombardements au nord du 17e parallèle visent à partir de février 1965
les objectifs militaires et, en juillet 1966, les abords d’Hanoi et d’Haiphong.
L’aviation opère sans relâche au Nord comme au Sud. Malgré son énorme
supériorité matérielle, l’armée américaine s’enlise dans une guerre faite à la
fois de guérilla et de batailles de grande ampleur. Au Viêt-nam du Sud, la
guerre bouleverse la société et déstabilise le pouvoir ; la population aspire à
la paix, les bouddhistes réclament l’ouverture de négociations. Hanoi inten­
sifie, avec l’aide conjuguée de Pékin et de Moscou, son aide au FNL. À la fin
de l’année 1967, d’ailleurs, l’opinion américaine évolue. Lors d’un sondage
d’octobre 1967, il y a plus d’Américains hostiles à la guerre du Viêt-nam que
d’Américains favorables. On voit se multiplier des marches pour la paix dans
106 A Les relations internationales depuis 1945

Le Viêt-nam en temps de guerre


La détente (1962-1973) ▼ 107

de nombreuses villes américaines, notamment le 22 octobre à Washington,


pour faire cesser les bombardements au Viêt-nam du Nord.
L’offensive Viêt-cong. Les responsables américains croient à une solution
militaire jusqu’au 31 janvier 1968 où, à leur totale surprise, le Viêt-cong déclen­
che « l’offensive du Têt » (nom du Nouvel An vietnamien) : plus de cent vil­
les et bases sont attaquées simultanément, y compris Hué et Saigon. La base
américaine de Khesanh est assiégée pendant plusieurs semaines ; la citadelle
de Hué est conquise. Des commandos viêt-congs pénètrent jusque dans le cen­
tre de Saigon. Une telle offensive montre que la situation est beaucoup plus
grave qu’on ne l’avait cru. Les troupes américaines ne peuvent espérer la vic­
toire. Le malaise de l’armée et la résistance croissante d’une partie de l’opinion
américaine à l’égard de la guerre du Viêt-nam obligent le président Johnson à
annoncer, le 31 mars 1968, l’arrêt partiel des bombardements sur le Nord et le
retrait des troupes américaines du Viêt-nam du Sud si le Nord-Viêt-nam en fait
autant. Hanoi accepte d’ouvrir en mai des négociations à Paris.
Le retrait américain. Jointe aux autres difficultés du monde occidental,
l’affaire vietnamienne provoque aux États-Unis une crise morale d’autant plus
profonde qu’ils encourent la réprobation mondiale. La crise souligne les limi­
tes de la puissance américaine ; elle soulève également une vive inquiétude
dans les régimes anticommunistes de Corée du Sud et du Viêt-nam du Sud,
car les Américains évoquent « la viêtnamisation de la guerre » et la nécessité
accrue de trouver avec l’URSS un modus vivendi.
Tandis que les bombardements continuent entre le 17e et le 20e parallèle et
que les manifestations hostiles se développent, les négociations, qui débutent
le 13 mai 1968 à Paris, achoppent rapidement. Le 1er novembre 1968, Johnson
annonce l’arrêt total des bombardements et l’élargissement de la conférence
de Paris au Viêt-cong et au Viêt-nam du Sud, bien que ces deux belligérants
refusent de siéger côte à côte.
Dès son entrée en fonction en janvier 1969, le nouveau président des États-
Unis, Nixon, met en application ses objectifs : la paix dans l’honneur et la
viêtnamisation du conflit qui permettrait de rapatrier progressivement les trou­
pes américaines. Mais en même temps, les États-Unis sont amenés à intervenir
contre les sanctuaires nord-vietnamiens du Cambodge et du Laos où Hanoi sou­
tient les Khmers rouges et le Pathet Lao, mouvement nationaliste progressiste né
en 1950 qui s’oppose au gouvernement laotien et qui a pris depuis le nom de Neo
Lao Hak-sat. Le premier retrait de soldats américains - 25 000 hommes - a lieu
dès juillet 1969. Au 1er mai 1971, il ne reste plus que 325 000 soldats américains.
La viêtnamisation du conflit ne signifie pas forcément la fin des hostilités,
parce que le Viêt-nam du Nord - dont le dirigeant Ho Chi Minh meurt le
3 septembre 1969 - tient à l’unification du pays et que la péninsule indo­
chinoise est secouée par des bouleversements. Au Viêt-nam du Sud, le FNL
crée un « gouvernement révolutionnaire provisoire » (GRP).
108 Les relations internationales depuis 1945

Au Cambodge, dont la neutralité avait été louée par le général de Gaulle


en 1966, le prince Norodom Sihanouk est renversé le 18 mars 1970 par un
coup d’État, fomenté par le général Lon Nol soutenu par les États-Unis. Dans
un premier temps, ceux-ci franchissent la frontière et vont intervenir ensuite
avec leur aviation pour bombarder des groupes de Khmers rouges qui entre­
tiennent la guérilla.
Pendant ce temps, Norodom Sihanouk crée un gouvernement cambod­
gien en exil. Communistes cambodgiens et partisans de Sihanouk entament
la lutte contre le gouvernement de Lon Nol et contre leurs alliés américains.
Le 3 juin 1970, devant la pression de l’opinion américaine, Nixon annonce
que les forces d’intervention américaines au Cambodge - soit à peu près
30 000 hommes - seront retirées avant le 1er juillet.
Quant au Laos, le régime neutraliste mis en place au début de 1960 avec
l’accord américain, consacré par le traité de 1962 et dirigé par le prince
Souvanna Phouma, il est sapé par les interventions de la CIA et attaqué par
les révolutionnaires laotiens, groupés autour du Pathet Lao et commandés
par le prince Souphanouvong, qui est le demi-frère de Souvanna Phouma.
La « fin » de la guerre et la situation au Cambodge. Une offensive géné­
rale de l’armée nord-vietnamienne et de celle du Gouvernement révolu­
tionnaire provisoire (GRP) déclenchée en mars 1972 amène les Américains
à reprendre leurs bombardements sur le Nord-Viêt-nam. L’échec de cette
offensive facilite la reprise des pourparlers secrets engagés à Paris entre
Henry Kissinger, conseiller de Nixon, et le Nord-Vietnamien Le Duc Tho.
Américains et Nord-Vietnamiens se mettent d’accord en octobre, mais le
général Thieu, qui gouverne le Viêt-nam du Sud, ne veut rien entendre et
les bombardements américains reprennent. Le 27 janvier 1973, enfin, est
conclu à Paris un accord de cessez-le-feu assorti de dispositions comple­
xes : retrait total des troupes étrangères (c’est-à-dire surtout américaines)
du Sud, formation d’un Conseil national de la réconciliation comprenant
des membres du FNL devenu GRP et prochaines élections libres. Un accord
semblable est conclu au Laos, un gouvernement provisoire d’Union natio­
nale rapidement contrôlé par le Pathet Lao est créé, et un régime commu­
niste instauré. Les accords de janvier 1973, confirmés par la conférence de
Paris (mars 1973), mettent théoriquement fin à la guerre du Viêt-nam.
Au Cambodge, le général Lon Nol, proaméricain, est de plus en plus
menacé par les Khmers rouges. Au Viêt-nam même, les hostilités se poursui­
vent entre Sud-Vietnamiens, Nord-Vietnamiens et GRP. Mais les États-Unis
ont récupéré une liberté d’action diplomatique. Le 29 mars 1973, les troupes
américaines ont achevé d’évacuer le Viêt-nam.
En août 1973 l’aviation américaine cesse d’intervenir au Cambodge.
La situation se détériore alors progressivement. L’affaiblissement puis le
remplacement de Nixon, démissionnaire le 8 août 1974 en raison de l’affaire
La détente (1962-1973) ▼ 109

du Watergate, par Gerald Ford accentue le pourrissement de la situation.


Soutenus par la Chine et l’URSS, les Khmers rouges s’emparent de Phnom
Penh le 17 avril 1975. Sous couvert de créer un homme neuf, le nouveau
régime se livre à un véritable génocide.
Parallèlement, les soldats de Hanoi et du GRP progressent au Sud-Viêt-nam.
Pendant que les derniers Américains évacuent dans d’effroyables condi­
tions, les assaillants rejettent toute négociation avec le général Duang Van
Minh, nouveau chef du Viêt-nam du Sud, et le 30 avril 1975 Saigon est prise
et rebaptisée Hô Chi Minh-Ville. C’est la faillite de la politique américaine
d’intervention directe. Le prestige de l’Amérique, géant qui s’est acharné sur
un petit sans en venir à bout, en ressort terni.

Le rapport des forces en Asie


Au début des années 1970, trois forces dominent l’Asie du Sud-Est : le Viêt-nam,
l’Inde et la Chine. Fort de sa puissante armée, le Viêt-nam a de toute évidence
les moyens et l’ambition de s’étendre largement en Asie du Sud-Est. Soutenu
par l’Union soviétique, il défie à la fois les États-Unis, dont il met l’armée en
échec, et la Chine populaire.
Certes l’Indonésie est sur le plan de la population le cinquième pays
du monde (après la Chine, l’Inde, l’URSS et les États-Unis) ; mais consti­
tuée d'un chapelet d’îles, elle n’est pas une forte puissance militaire. En
septembre 1965, un coup d’État amène l’élimination sanglante du parti
communiste indonésien, l’éviction du président Soekarno et la prise du
pouvoir par l’armée.
La suprématie de l’Inde dans le subcontinent indien
L’Inde est forte non seulement de son immense population, mais aussi d’une
armée bien entraînée et du soutien sans faille de l’Union soviétique.
Un conflit de frontières l’oppose au Pakistan à propos du Cachemire qu’elle
avait progressivement annexé. À la suite des heurts entre communautés, en
1962, le Pakistan conclut en 1963 un accord de délimitation de frontières avec la
Chine pour se prémunir contre la politique de son principal voisin, l’Inde. Une
courte guerre éclate en août 1965, à laquelle la rencontre de Tachkent, organisée
à l’initiative de l’Union soviétique en janvier 1966 entre les dirigeants pakistanais
et indiens, met fin sans résoudre pour autant le problème du Cachemire.
Le Pakistan, État musulman, est en outre agité en raison des mauvaises
relations existant entre ses deux provinces, séparés par plus de 1 500 km, le
Pakistan occidental où la langue principale est l’urdu, et le Pakistan oriental,
composé du Bengale oriental, où la langue principale est le bengali. Leur seul
point commun est l’appartenance à la religion musulmane. Les difficultés
sont dues au fait que la richesse du Pakistan provient essentiellement des
110 A Les relations internationales depuis 1945

exportations de jute et d’autres produits agricoles cultivés au Bengale, pays


surpeuplé et très pauvre, qui n’en profite pas.
Cela provoque, dès le début des années 1960, la création d’un mouvement
de protestation dirigé contre le Pakistan occidental et la dictature du géné­
ral Ayub Khan, au pouvoir depuis 1958. Le chef du parti bengali, le cheikh
Mujibur Rahman, est arrêté en 1968 sous prétexte d’avoir conspiré avec l’Inde
contre le Pakistan. En 1969, le régime d'Ayub Khan s’effondre de toutes parts.
Il est d’ailleurs renversé en 1970 par un autre général, Yahia Khan, qui orga­
nise des élections au suffrage universel.
CAwami League revendique l’autonomie du Pakistan oriental dans un
régime fédéral qui laisserait le pays maître de son économie et de ses finan­
ces. Aux élections de décembre 1970, il obtient la majorité loin devant le
Parti du peuple dirigé par un adjoint de Yahia Khan, Ali Bhutto, mais sans
pour autant accéder au pouvoir.
En même temps que la tension monte au début de l'année 1971 entre
l’Inde et le Pakistan, l’un soutenu par l’URSS, l’autre par les États-Unis et la
Chine, l’Awffli League réclame l’indépendance du Bangladesh, quelle pro­
clame d’ailleurs le 26 mars 1971 dans un climat de guerre civile et de ten­
sion internationale. L’URSS et l’Inde signent en effet le 9 août 1971 un traité
de paix, d’amitié et de coopération qui modifie l’équilibre stratégique dans
la zone et permet à l’Inde de tirer parti de la situation. Le 3 décembre 1971,
l’Inde intervient au Pakistan oriental. Le Pakistan réagit en envahissant le
Cachemire. Les combats, qui tournent à l’avantage de l’Inde, aboutissent
en décembre 1971 au remplacement de Yahia Khan par Ali Bhutto à la tête
du Pakistan occidental, à l’indépendance du Bangladesh et finalement à la
toute-puissance stratégique de l’Inde dans le subcontinent indien.

L’entrée de la Chine dans le système international


Après vingt années d’isolement, dû à la fois à l’ostracisme des puissances occi­
dentales et à la révolution permanente interne, la Chine entre dans le concert
mondial à la fin des années 1970. À vrai dire, la diplomatie chinoise avait fait des
progrès décisifs en Asie du Sud-Est, en Afrique du Nord et au Proche-Orient, à la
suite de la conférence de Genève (1954) et de celle de Bandoeng (1955).
Dix ans après sa proclamation, la République populaire de Chine est un
pays qui compte, même s’il est proscrit de l’ONU par la volonté américaine.
Mais la révolution culturelle et le schisme sino-soviétique provoquent un
repli sur soi, qui se manifeste par un recul de son influence dans le monde, y
compris en Asie du Sud-Est. La Chine s’enferme dans la dénonciation de la
double hégémonie soviéto-américaine, et tente de nouer des relations avec
des pays qui refusent l’alignement, comme la France qui reconnaît la Chine
populaire le 27 janvier 1964. L’isolement et les échecs de sa politique exté­
rieure amènent la Chine à transformer ses orientations, à se rapprocher de
La détente (1962-1973) ▼ 111

l’Occident et à s’ouvrir à l’étranger. Son potentiel démographique et écono­


mique, sa puissance militaire en font aussitôt un des acteurs de poids. Mais
quels sont ses desseins en politique étrangère ? Veut-elle s’affirmer au plan
mondial comme la troisième superpuissance ? Ou limite-t-elle ses ambitions
à son rôle de puissance régionale asiatique ? Passée du second rang dans le
camp socialiste au troisième rang dans le concert mondial, la Chine veut-elle
diffuser son propre message idéologique par un soutien aux mouvements de
libération ou va-t-elle se convertir à la Realpolitik, en nouant des liens avec
les Etats, quelles que soient leurs appartenances idéologiques ?
Inaugurée en avril 1971, la nouvelle politique extérieure chinoise a
comme axes le refus de l’hégémonie soviétique et le rapprochement avec les
États-Unis. Devant le congrès du parti communiste chinois, le 24 août 1973,
Chou En-Lai met au défi Moscou de prouver sa volonté de détente : « Retirez
vos troupes de Tchécoslovaquie, de la République populaire de Mongolie ou
des quatre îles japonaises des Kouriles septentrionales ! »
Préparé par la mission secrète d’Henry Kissinger à Pékin en juillet 1971
et diverses démarches comme la tournée en Chine de l’équipe américaine
de ping-pong, le rapprochement sino-américain est une surprise de taille.
Depuis 1949, les États-Unis contestent, avec une remarquable continuité,
toute représentativité à la Chine populaire, et ont foi en Formose. De son côté,
la Chine de Mao a toujours refusé énergiquement la théorie des deux Chines
et voué aux gémonies l’impérialisme américain. Ce retournement, concrétisé
par le voyage étonnant du président Nixon à Pékin du 21 au 28 février 1972, .
est dénoncé par Moscou, mais il permet à la Chine de sortir de son isolement,
au moment où l’Inde renforce ses relations avec l’Union soviétique.
Lorsque la Chine entre le 26 octobre 1971 à l’ONU, par substitution pure
et simple de la Chine populaire à la Chine nationaliste, y compris pour le
siège permanent et le droit de veto au Conseil de sécurité, l’événement a une
portée mondiale. L’un des porte-parole du Tiers Monde accède au premier
plan de la scène internationale.
La Chine qui entretient des relations, tant avec les pays proches de l’URSS
qu’avec des États modérés, voire dictatoriaux, gagne du terrain sur l’Union sovié­
tique. En Afrique, son aide aux jeunes États apparaît à la fois plus désintéressée
que l’assistance soviétique et plus proche des besoins des pays sous-développés.
Malgré l’insuffisance de ses moyens, elle s’engage dans des centaines d’actions
de coopération : infrastructure routière et ferroviaire en Tanzanie et Somalie
par exemple. Au Proche-Orient, elle accorde son appui aux mouvements pales­
tiniens et elle tente de se démarquer aux yeux des pays arabes en dénonçant
lors de la guerre de Kippour « la collusion » soviéto-américaine et en refusant
de voter le projet de résolution de cessez-le-feu présenté par les deux grands le
22 octobre 1973. En Asie, la Chine voyant dans le traité soviéto-indien et le pro­
jet Brejnev de système de sécurité collective des manœuvres destinées à l’isoler,
112 A Les relations internationales depuis 1945

sabote le plan soviétique. En Amérique latine, la Chine accorde au Chili de


Salvador Allende une aide financière supérieure à celle donnée par Moscou. Elle
cherche — en vain — à s’opposer à l’influence prépondérante soviétique dans 1 île
de Cuba. Elle soutient les revendications des États latino-américains et elle sous­
crit au traité sur la dénucléarisation de l’Amérique latine. En septembre 1973, au
sommet des pays non alignés, à Alger, l’Union soviétique est au banc des accu­
sés. Le harcèlement chinois a porté ses fruits dans le Tiers Monde.
La Chine noue aussi des relations avec les États d’Europe occidentale et
la Communauté européenne, dans lesquels elle voit des « zones intermédiai­
res », propres à ruiner l’hégémonie des Grands. Le discours de bienvenue de
Chou En-Lai lors du voyage du président Pompidou en septembre 1973 est
clair : « Nous appuyons les peuples européens qui s’unissent pour préserver
leur souveraineté et leur indépendance nationales. »
Le rôle du Japon. Dans un continent en profonde mutation, la situation
du Japon est originale : asiatique par sa géographie, il est radicalement diffé­
rent de ses voisins et appartient en fait au monde occidental. Dirigé par des
gouvernements conservateurs, lié étroitement aux États-Unis et à ses alliés,
dont Formose, il se réconcilie avec la Corée du Sud (22 Juin 1965). Désireux
de sortir du tête-à-tête exclusif avec les États-Unis, et d’ailleurs engagé par
le président Nixon (discours de Guam, 1969) à un effort adéquat en matière
de défense, le Japon ne peut rester indifférent à la modification des rapports
internationaux et en particulier à l’éveil de la Chine. Les deux pays concluent
en mars 1971 un accord commercial. Le rapprochement Se concrétise par
le voyage du Premier ministre Tanaka (25-30 septembre 1972). Le Japon
reconnaît la République populaire comme le seul gouvernement chinois.

L’Amérique latine, nouvel enjeu entre l’Est et l’Ouest


On pourrait imaginer une Amérique latine pacifique, éloignée des ten­
sions internationales. Effectivement, en 1967, par le traité de Tlatelolco, on
convient de la dénucléarisation de l’Amérique latine. Et les États-Unis, à la
suite de l’accession de Fidel Castro au pouvoir à Cuba, semblent vouloir se
préoccuper davantage de leur continent, mais 1’« Alliance pour le progrès »,
lancée par Kennedy en riposte au castrisme et aux risques de subversion en
Amérique latine, échoue. Le Congrès des États-Unis, préoccupé par le déficit
de la balance américaine des paiements, mesure chichement les crédits et les
destine de préférence aux régimes les plus conservateurs.
Defait, l’Amérique latine est le théâtre de violents affrontements. Des forces
révolutionnaires, confrontées à la misère de leurs pays, poussées par l’exem­
ple cubain et bénéficiant parfois du soutien de certaines fractions de l’Église
catholique, se lancent dans la lutte, en ayant recours à la violence. Face à
cette situation trouble, qui menace leur sphère d’influence traditionnelle, les
États-Unis sont amenés à soutenir des dictatures comme celle de Duvalier à
La détente (1962-1973) ▼ 113

Haïti ou à intervenir, dans le but d’empêcher une subversion communiste.


C’est ainsi qu’à la suite de graves incidents, les États-Unis interviennent en
avril 1965 pour rétablir l’ordre en République dominicaine. Le président
Johnson entend montrer la détermination des États-Unis à défendre la région
contre les tentatives de subversion.
Contrairement à l’objectif recherché, les sentiments antiaméricains se
développent, ce qui favorise les entreprises castristes. Dans plusieurs États
(Colombie, Bolivie, Pérou, Chili) naissent des foyers révolutionnaires.
En 1966, Fidel Castro réunit à La Havane la conférence dite « tricontinen-
tale », pour créer une organisation de solidarité des peuples d’Asie, d’Afrique
et d’Amérique latine. Et des leaders cubains, en particulier Che Guevara (tué
en Bolivie en octobre 1967), s’engagent dans la guérilla.
Les coups d’État se succèdent, le plus retentissant étant celui du Chili en
septembre 1973. L’avènement d’un régime socialiste, dont le président Salvador
Allende, élu régulièrement en septembre 1970, perd rapidement l’appui des classes
moyennes, aboutit à tendre les relations avec les États-Unis. Le 11 septembre
1973, un coup d’État militaire dirigé par le général Pinochet et soutenu par la CIA
renverse le gouvernement de Salvador Allende et provoque sa mort.

Les suites de la décolonisation en Afrique


Parce que leurs frontières sont un héritage de la colonisation, les États
africains sont souvent des constructions artificielles, ne respectant pas
l’unité des ethnies. Toute une série de conflits existent potentiellement.
Ainsi la république de Somalie, créée en 1960 par la réunion de la Somalie
britannique et de la Somalie italienne, revendique un territoire situé au
sud-est de l’Éthiopie, l’Ogaden et l’ex-côte française des Somalis, devenue
le territoire des Afars et des Issas, convoitée également par l’Éthiopie en
raison de l’importance stratégique de Djibouti. Un autre conflit a opposé
le Maroc à la république islamique de Mauritanie, devenue indépendante
en 1960, et que le royaume chérifien prétendait annexer. Le conflit s’est
apaisé, et le Maroc a fini par reconnaître la Mauritanie en 1969, mais les
deux États ont des prétentions sur le Sahara espagnol. Il y a également un
conflit algéro-marocain, à propos du Sahara dont une partie est revendi­
quée par le Maroc. À la suite de l’indépendance de l’Algérie, qui se voit
reconnaître par la France la souveraineté sur la totalité du Sahara, un bref
conflit armé éclate en octobre 1963, sans aucun résultat. Mais depuis la
crise du Congo, en 1961, se fait jour la conviction que toute modification
des frontières risque d’avoir de graves répercussions dans l’Afrique entière
et que la constitution d’États-nations, comme en Europe, pourrait être
génératrice de graves troubles. Le principe d’intangibilité des frontières est
donc adopté par l’Organisation de l’Unité africaine.
114 A Les relations internationales depuis 1945

La guerre du Biafra est le plus grave conflit territorial de cette période en


Afrique. Le Nigeria (928 000 km2, 55 millions d’habitants en 1963), territoire le
plus riche d’Afrique occidentale, grâce notamment à ses ressources pétrolières,
est devenu indépendant en 1960. C’est une Fédération dominée politique­
ment par les Haoussas et les Peuls, musulmans du Nord. Au Sud-Est, les Ibos,
chrétiens qui habitent en majorité le Biafra, supportent mal cette domina­
tion et la répression exercée à la suite de l’assassinat du Premier ministre, sir
Abubakar Tafewa Balewa, le 17 janvier 1966, et de celui de son successeur le
général Ironsi. La tension monte et aboutit à la proclamation, le 30 mai 1967,
de l’indépendance du Biafra et à une guerre civile, puisque le gouvernement
fédéral n’accepte pas la sécession de cette région riche en pétrole.
Le gouvernement nigérian, soutenu par la plupart des pays du Tiers
Monde, soumet le Biafra à une guerre impitoyable. De son côté, le Biafra est
isolé. Il ne réussit à obtenir la reconnaissance internationale que de quatre
États africains et de Haïti. Les grandes puissances prennent elles aussi le parti
du gouvernement fédéral. Invité à reconnaître le Biafra par certains États afri­
cains, le général de Gaulle se prononce pour le droit des peuples à disposer
d’eux-mêmes ; et la France ne manque pas d’encourager la sécession biafraise,
de même que la Chine populaire ; mais ces appuis limités sont insuffisants à
aider efficacement le Biafra qui, vaincu, dépose les armes en janvier 1970.

Le Proche-Orient d’une guerre à l’autre


Le Proche-Orient est la région du monde la plus enfiévrée. Elle connaît des
retournements de situation politique et deux guerres.

La guerre des Sixjours


La guerre des Six Jours, en juin 1967, apporte à Israël le contrôle de la
Cisjordanie et du Golan et crée des problèmes durables. Les Palestiniens
affrontent l’État hébreu et certains États arabes et n’hésitent pas à recou­
rir au terrorisme international. En 1973, la guerre du Kippour va, par ses
conséquences en matière énergétique, contribuer à bouleverser le cours de
l’économie mondiale.
A la suite de la crise de Suez (1956), les Casques bleus stationnent d’une
part le long de la frontière israélo-égyptienne, du côté égyptien, d’autre part à
Charm-el-Cheikh, position fortifiée à l’est du Sinaï dans le golfe d’Akaba proche
du port israélien d’Eilat, le seul débouché d’Israël sur la mer Rouge. Cette paix
instable voit se confirmer les positions des grandes puissances dans la région.
L’Union soviétique renforce ses liens avec l’Égypte de Nasser, et les États-Unis
remplacent la France dans son rôle de protecteur de l’État d’Israël.
La détente (1962-1973) V 115

Le 18 mai 1967, Nasser demande au secrétaire général de l’ONU, U Thant,


de retirer les forces de l’ONU du territoire égyptien - en particulier de
Charm-el-Cheikh - et interdit aussitôt après le golfe d’Akaba à tout trafic
israélien. Tandis que l’Égypte reçoit le soutien de l’URSS et des pays arabes
(Syrie et Jordanie), le parti de la guerre l'emporte en Israël qui reçoit l'appui
des États-Unis.
La guerre préventive, déclenchée le 5 juin par une attaque de l’aviation israé­
lienne, se solde par une éclatante victoire d’Israël. L’armée israélienne fonce vers
le Sinaï, s’emparant de Gaza à l’ouest et de Charm-el-Cheikh à l’est, s’installe
sur la rive est du canal de Suez et lève le blocus du golfe d’Akaba. Dès le 7 juin
commence une offensive vers le nord-est, la Cisjordanie et la vieille ville de
Jérusalem, qui jusque-là faisait partie de la Jordanie. Les Israéliens prennent le
plateau du Golan aux Syriens. Tant que le cessez-le-feu n’est pas accepté, les
Israéliens continuent d’avancer ou de fortifier leurs positions le long du canal.
L’Égypte se résigne au cessez-le-feu le 8 ; la Syrie, le 10. Au moment où se termine
cette offensive, le territoire occupé par les Israéliens passe de 20 300 km2 à
102 400 km2. Dès le 23 juin, malgré l’opposition des Nations unies et des grandes
puissances, le Parlement israélien annexe la partie arabe de Jérusalem.
Les négociations au sein et en marge des Nations unies aboutissent le
22 novembre 1967 au vote de la Résolution 242 des Nations unies qui stipule
qu’Israël doit se retirer de tous les territoires occupés, selon le texte français,
et de certains des territoires occupés, selon une interprétation de la version
anglaise, et affirme le droit de chaque État de la région de vivre en paix à
l’intérieur de frontières sûres et reconnues.
Du point de vue israélien, la guerre des Six Jours est ambiguë, car elle se
solde par une victoire mais elle pose à Israël le problème de savoir que faire
des territoires occupés. Elle est humiliante pour les Arabes, qui entendent
bien les récupérer.
Différentes voies sont explorées pour rechercher un règlement. Le général
de Gaulle, qui a pris parti d’emblée contre l'agression israélienne et décidé
du coup l’embargo sur les avions, puis sur les pièces de rechange, propose
une concertation des quatre grandes puissances, idée rejetée à la fois par les
Israéliens et par les Arabes. Les Nations unies décident d’envoyer un média­
teur, l’ambassadeur suédois Gunnar Jarring qui propose un plan comprenant
le retrait des forces israéliennes, la fin de la belligérance, la liberté garantie de
la navigation, y compris des navires israéliens sur le canal de Suez et dans le
golfe d’Akaba, et enfin une solution apportée au problème des réfugiés pales­
tiniens. En dépit de plusieurs années d’efforts, cette mission échoue en 1971.
Les Américains déploient une grande activité diplomatique car ils esti­
ment que le déséquilibre en faveur d’Israël créé par la guerre des Six Jours est
mauvais. Le secrétaire d’État William Rogers mène une négociation limitée
pour aboutir à un véritable cessez-le-feu. En effet, de part et d’autre du canal
116 * Les relations internationales depuis 1945

de Suez, Égyptiens et Israéliens continuent une guerre d’usure : fusillades et


opérations limitées. La mission Rogers permet la conclusion d’un accord de
cessez-le-feu le 7 août 1970, prolongé jusqu’en mars 1971. Cet accord n’est
pas renouvelé, mais les accrochages ont à peu près cessé. Il a fallu plus de
trois ans pour qu’on aboutisse à un arrêt des combats après la guerre des Six
Jours.

Les conflits israélo-arabes


1896 : Theodor Herzl publie L’Étatjuif.
1916 : Accords Sykes-Picot.
Novembre 1917 : Déclaration Balfour.
1919 : Mandat britannique sur la Palestine.
1939 : Livre blanc britannique sur la Palestine.
Novembre 1947 : Plan de partage de la Palestine par l’ONU.
14 mai 1948 : Proclamation de l’Etat d’Israël.
Mai 1948-juin 1949 : 1re guerre israélo-arabe.
26 juillet 1956 : Nasser nationalise le canal de Suez.
22-24 octobre 1956 : Accords secrets de Sèvres.
29 oct.-6 nov. 1956 : Guerre israélo-égyptienne.
L’armée israélienne fonce vers le Canal.
15 novembre 1956 : Arrivée de forces de l’ONU.
19 mai 1967 : L’Egypte exige le départ des Casques bleus et bloque
par la suite le détroit de Tiran.
5-10juin 1967 : 3e guerre israélo-arabe.
L’armée israélienne conquiert la Cisjordanie et le Golan.
22 novembre 1967 : L’ONU vote la Résolution 242.
1969 : Yasser Arafat devient président de l’OLP.
28 septembre 1970 : Mort du colonel Nasser.
6-22 octobre 1973 : 4e guerre israélo-arabe.
19-21 novembre 1977 : Visite de Sadate en Israël.
Septembre 1978 : Entretiens de Camp David entre Carter-Sadate-Begin.
26 mars 1979 : Traité de paix israélo-égyptien.
6 juin 1982 : Opération « Paix en Galilée » lancée par Israël au Liban.
Décembre 1987 : Début de \’lntifada dans les territoires occupés.
Novembre 1988 : L’OLP proclame l’État palestinien et accepte la Résolution
242.
Octobre 1991 : Ouverture de la conférence de Madrid.
13 septembre 1993 : Accords d’Oslo signés à Washington. Reconnaissance
mutuelle Israël-OLP.
17 octobre 1994 : Traité de paix israélo-jordanien.
Septembre 1995 : Accords d’Oslo IL
23 octobre 1998 : Accords de Wye Plantation : restitution de territoires à
l’autorité palestinienne.
La détente (1962-1973) ▼ 117

Juillet 2000 : Échec de Camp David IL


Septembre 2000 : Début d’une nouvelle intifada.
Décembre 2000-
janvier 2001 : Plan Clinton. Négociations deTaba.
Mars-avril 2002 : Réoccupation partielle de la Cisjordanie : opération
« Mur de protection ».
Avril 2003 : Lancement de la « feuille de route ».
Septembre 2005 : Évacuation par Israël de la bande de Gaza.
Été 2006 : Opération « Punition adéquate » au Liban de l’armée
israélienne.
Printemps 2007 : Blocus de la bande de Gaza.
(cf. aussi Chronologie Israël/Palestine p. 222) h

L’autre aspect de la politique américaine est la réglementation des ven­


tes d’armes. Les Américains s’efforcent d’obtenir que l’on cesse la livraison
d’armes, dans un camp ou dans l’autre et que dans le cas contraire, cela
soit dans une perspective d’équilibre. Mais c’est sans grand succès. Ainsi, la
France qui prétend ne pas envoyer d’armes dans les pays du champ de bataille
(c’est-à-dire les pays limitrophes d’Israël) vend cent avions Mirage à la Libye,
provoquant les protestations des États-Unis et l’indignation d’Israël qui fait
état de l’utilisation par les Égyptiens de ces Mirage.
Aussi les Israéliens sollicitent-ils des armes américaines très modernes,
notamment les avions Phantom, que les Américains ne leur fournissent qu’au
compte-gouttes.

Le problème palestinien
Non seulement la guerre des Six Jours ne règle rien, mais elle déstabilise
toute la région, désormais en proie à une violence plus ou moins contenue.
En outre, elle accélère l’affirmation de la résistance palestinienne qui se déve­
loppe depuis la création en mai-juin 1964, lors du premier Congrès national
de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), dont la charte révisée en
juin 1968 récuse le partage de la Palestine et la création de l’État d’Israël.
Le problème palestinien n’est pas né en 1967, mais il s’exacerbe considéra­
blement à partir de la guerre des Six Jours. Jusqu’à 1967, en effet, la Jordanie
détenait une partie de la Palestine, la Cisjordanie. En 1967, la Jordanie la perd,
ainsi que Jérusalem. Elle est ainsi limitée à une frontière longeant le lac de
Tibériade, le Jourdain, et la mer Morte. Or c’est en Jordanie que s’étaient déjà
réfugiés la plupart des Palestiniens ayant fui Israël. Les militants de la nation
palestinienne s’organisent pour lutter contre Israël et instituer la subversion
en Cisjordanie. Ils lancent des coups de main, préparent des attentats ; ils
finissent par constituer un État dans l’État et menacer l’autorité de la dynastie
118 Les relations internationales depuis 1945

Israël de 1967 à 2002

1967: APRÈS LA GUERRE SITUATION EN 2002


DE SIX JOURS □ Autonomie partielle
de la Cisjordanie et
□ Territoires occupés du territoire de Gaza
par Israël (évacuation
du Sinaï en avril 1982) ■ Zones et villes contrôlées
par l'Autorité palestinienne

50 km I------- 1-------- 1

Source : D’après Le Monde.

Hachémite (du nom de la famille qui a régné sur les lieux saints de l’Islam
pendant un millénaire et dirige le royaume de Jordanie).
En septembre 1970, le roi Hussein décide d’utiliser l’armée pour rétablir
l’ordre dans les camps palestiniens. C’est l’opération « Septembre noir ».
Les heurts sont sanglants et les arrestations nombreuses, malgré un début
d’intervention de la Syrie. La répression est si forte que beaucoup de
Palestiniens quittent la Jordanie pour le Liban, la Syrie et même Israël, et
que le régime du roi Hussein est mis en quarantaine par les autres pays
arabes.
Les Palestiniens chassés de Jordanie, étroitement surveillés en Israël,
se réfugient au Liban et multiplient les actes de terrorisme dans les aéro­
ports ou de piraterie aérienne. Un commando palestinien sème la terreur
en s’attaquant à l’équipe israélienne aux Jeux olympiques de Munich, en
septembre 1972.
La détente (1962-1973) ▼ 119

Jérusalem

œk« Route d'accès avec contrôle administratif israélien « Ligne verte «

Les bouleversements internes


De la guerre des Six Jours à celle du Kippour, le Proche-Orient est secoué
par des coups de force qui bouleversent l'échiquier régional. Mettant à profit
le désengagement américain dû au processus de la détente et à la guerre du
Viêt-nam, l’Union soviétique y marque des points, même si elle n’enregistre
pas uniquement des succès.
Au Soudan, un coup d’État en mai 1969 amène au pouvoir le général
Nemeiry qui met fin aux bonnes relations qui existaient avec l’URSS. Les 2 000
conseillers soviétiques sont chassés du pays et les communistes soudanais
120 A Les relations internationales depuis 1945

pourchassés. Malgré une tentative de coup de force de ceux-ci en juillet 1971,


le général Nemeiry se maintient au pouvoir.
En Irak, en juillet 1968, le général Aref est renversé par le général Bakr,
à la grande satisfaction de l’Union soviétique. Le parti Baas, laie, socialiste
et nationaliste revient au pouvoir. D’ailleurs, l’un des dirigeants du Baas,
Saddam Hussein, va négocier à Moscou un rapprochement important qui
aboutit à la signature d’un véritable traité d’alliance entre l’Irak et l’URSS, le
9 avril 1972. Aux termes de cet accord, l’URSS s’engage à fournir à l’Irak des
armes soviétiques et à lui acheter son pétrole pour faire pièce à la puissante
Irak Petroleum Company, que le gouvernement irakien décide de nationali­
ser le 1er juin 1972.
En Syrie, le coup d’État du 13 novembre 1970 amène au pouvoir Hafez
el-Assad qui élimine des dirigeants prosoviétiques. Toutefois, les Soviétiques
font tout pour maintenir de bonnes relations avec Damas en fournissant en
quantité des armes à la Syrie, ainsi que des MIG 21 et des fusées SAM. Et
les Soviétiques s’entremettent pour réconcilier les frères ennemis du Baas,
l’Irak et la Syrie.
En Égypte, le colonel Nasser, qui meurt le 28 septembre 1970, est remplacé
par son adjoint, Anouar el-Sadate. Les bonnes relations soviéto-égyptiennes
se poursuivent, grâce à la livraison de MIG 23 et d’engins SAM et à l’envoi de
conseillers militaires qui atteignent le chiffre de 20 000. En 1971, le président
Podgorny vient inaugurer le barrage d’Assouan. Et le Tl mai 1971, un traité
d’amitié soviéto-égyptien est signé au Caire, aux termes duquel les deux pays
s’engagent à une non-ingérence réciproque dans leurs affaires intérieures, à
l’accroissement de leur coopération militaire et de l’aide économique soviétique,
en échange de facilités de relâche pour la flotte soviétique de Méditerranée dans
les ports syriens et égyptiens. Toutefois, l’Égypte s’inquiète d’une trop grande
dépendance à l'égard de l’URSS. Elle soutient la lutte du général Nemeiry au
Soudan contre le coup de force communiste. Le 18 juillet 1972, elle chasse les
conseillers soviétiques et annonce une « fusion totale » avec la Libye et la Syrie.
En Libye, l’armée fomente un coup d’État qui chasse du pouvoir le
1er septembre 1969 le roi Idris et proclame la République libyenne. Le colonel
Kadhafi devient le chef du gouvernement. Cette révolution nationaliste de type
pronassérienne est d’abord anticommuniste. Au sommet des pays non engagés
à Alger en 1973, Kadhafi attaque violemment Fidel Castro, accusé detre l’allié de
l’URSS et de ne pas être en état de participer à une conférence de non-engagés.
L’Union des Républiques arabes entre l’Égypte et la Libye, amorcée en
1971 et confirmée en 1972, se heurte à de nombreux obstacles, dont la dis­
symétrie entre un pays de 3 millions d’habitants et un autre de 40 millions.
En 1973, alors que Sadate fait savoir son manque d’enthousiasme, Kadhafi
organise une marche de Libyens sur l’Égypte. Des incidents se produisent à la
frontière, près de Marsa-Matrouk. L’affaire est sans suite.
La détente (1962-1973) ▼ 121

La guerre du Kippour
En 1973, l’occasion d’une guerre paraît propice au successeur de Nasser,
Anouar el-Sadate. Israël est désapprouvé par plusieurs États européens, dont
la France, en raison de son obstination à garder les territoires conquis en
1967. Son isolement diplomatique est croissant. Malgré les efforts du nou­
veau Premier ministre israélien, Mme Golda Meir, qui voyage partout, les pays
arabes réussissent à obtenir de nombreux pays, en particulier africains, qu’ils
rompent leurs relations avec Israël.
Les efforts de l’ONU sont dans l’impasse. Le Conseil de sécurité se pro­
nonce le 26 juillet 1973 sur un texte vague mentionnant l’évacuation des ter­
ritoires occupés par Israël, voté par treize États, la Chine s'abstenant et les
États-Unis mettant leur veto. Le monde arabe a retrouvé une certaine unité,
voire une certaine puissance. Il a acquis le concours de l’URSS, qui soutient
plus que jamais la cause arabe.
L’attaque égypto-syrienne est déclenchée le 6 octobre 1973, en plein
Ramadan (fête musulmane), le jour même de Kippour (fête juive). La surprise
est donc totale. Les Égyptiens bousculent la défense israélienne, franchis­
sent le canal et avancent dans le Sinaï sur un front de 180 km, tandis que les
Syriens pénètrent dans le Golan, s’emparent du mont Hermon et de la ville de
Kuneitra. Les premières contre-attaques israéliennes sont infructueuses, car
elles se heurtent à une forte résistance des Syriens et des Égyptiens, très bien
équipés en armes modernes. Néanmoins, à partir du 12 octobre, les Israéliens
regagnent du terrain. Le 19 octobre, non seulement ils ont reconquis tout le
Golan, mais ils avancent jusqu’à 30 km de Damas. Le redressement israélien
est plus lent au Sinaï, les forces égyptiennes étant plus nombreuses. Toutefois
dès le 8 octobre, une division israélienne, commandée par le général Ariel
Sharon, s’enfonce entre la deuxième et la troisième armée égyptienne, atteint
le canal de Suez le 15, et établit même une tête de pont sur la rive ouest.
Chacune à son tour, les grandes puissances s’efforcent de parvenir à un
cessez-le-feu. Le 19 octobre, Brejnev invite Kissinger à Moscou et c’est dans
la nuit du 21 au 22 que le Conseil de sécurité par 14 voix et une abstention
(Chine) vote la Résolution 338 : cessez-le-feu dans les douze heures, applica­
tion de la Résolution 242, négociations pour une paix juste et durable. Mais
les Israéliens poursuivent les opérations jusqu’au 23 pour achever d’encercler
la troisième armée égyptienne et avancent jusqu’à 70 km du Caire. Aussitôt,
les Soviétiques menacent d’intervenir pour voler au secours de Sadate et les
Américains mettent leurs forces stratégiques en alerte. La guerre atomique
est évitée car la collaboration globale américano-soviétique découlant des
accords SALT est plus importante que la confrontation régionale. De leur
côté, les Américains poussent fortement les Israéliens à négocier directement
avec les Égyptiens. Ces négociations du kilomètre 101 vont aboutir à un pre­
mier accord, le 11 novembre, puis à un second plus complet en janvier 1974.
122 A. Les relations internationales depuis 1945

La guerre du Kippour a plusieurs conséquences importantes. En premier


lieu, elle révèle une chose totalement nouvelle : l’égalité de valeur sur le champ
de bataille entre Arabes et Israéliens. Même si Israël a remporté la victoire, les
Arabes ont bien combattu, à la fois sur le plan humain et sur le plan technique.
L’humiliation de juin 1967 est bien loin. La deuxième leçon de la guerre, c’est
la vulnérabilité d’Israël, qui incite l’État hébreu à une prudence encore plus
grande en ce qui concerne le sort des territoires occupés. La troisième leçon,
c’est que la guerre ne résout rien. Elle incite donc à la négociation. L’initiative
diplomatique revient aux États-Unis, seuls susceptibles de faire pression sur
Israël. Mais les Arabes continuent de refuser la conclusion de toute paix sépa­
rée. La question palestinienne apparaît désormais comme le problème n° 1.
La portée essentielle de la guerre du Kippour est d’avoir poussé les Etats pro­
ducteurs de pétrole riverains du golfe Persique à utiliser un formidable moyen de
pression sur le monde occidental, l’augmentation du prix du pétrole, qui quadru­
ple en trois mois. Cette décision est la cause immédiate de la crise économique
dans laquelle le monde bascule en 1973, et qui change radicalement le contexte
international. Alors que les deux Grands imposent aux belligérants un arbitrage
qui met fin à la guerre et qu’ils confirment ainsi un véritable condominium amé­
ricano-soviétique sur les affaires mondiales, sous le signe de la détente la déstabi­
lisation gagne peu à peu pour aboutir à une « nouvelle guerre froide ».
Le bilan des années de détente est impressionnant. La question allemande
paraît réglée. La Chine populaire entre dans le concert des nations. La paix
revient au Viêt-nam. Et les deux Grands mettent fin de concert à la guerre du
Kippour. La conférence d’Helsinki, qui consacre le triomphe de la détente, en
est aussi la dernière manifestation, car depuis 1973, le monde est entré dans
une ère d’instabilité et les Occidentaux constatent que les Soviétiques ont
davantage qu’eux profité de la détente, en faisant reconnaître le statu quo ter­
ritorial en Europe et en étendant leur influence en Asie et au Proche-Orient.
Chapitre 4

Un monde déstabilisé
(1973-1985)

i la césure de 1973 paraît justifiée, elle ne signifie pas que la détente s’efface
S tout à coup pour laisser la place à une « nouvelle guerre froide ». En fait,
la dynamique de la détente continue jusqu’en 1975, point d’équilibre d’un
monde en pleine évolution.
En 1975, la conférence d’Helsinki consacre le statu quo territorial de
l’Europe et les participants affirment leur volonté de poursuivre et d’appro­
fondir la détente. Mais sous l’effet de la crise pétrolière, du désordre monétaire
et de la multiplication des tensions, c’est la déstabilisation qui domine dans
tous les domaines. La chute de Saigon, le 30 avril 1975, signifie la fin d’une
guerre de trente ans, mais aussi l’écroulement de la politique d’endiguement
menée par les États-Unis, dont c’est le premier grand revers depuis la fin de
la Deuxième Guerre mondiale. La puissance américaine paraît condamnée
au déclin. Elle perd toute influence en Indochine. Elle recule en Amérique
centrale. De cette perte de prestige, l’Union soviétique tire profit. Elle marque
des points en Asie du Sud-Est, en Amérique centrale, en Afrique.
Les difficultés du dialogue entre les deux superpuissances semblent substituer
une nouvelle guerre froide à la détente dont on se demande si elle n’était pas illu­
soire. Les conflits locaux se multiplient à la fois sur d’anciens lieux et de nouveaux
terrains d’affrontement, sans pour autant menacer la paix mondiale. La montée
de l’intégrisme islamique, la révolution iranienne, l’aventurisme de la Libye de
Kadhafi, l’expansionnisme du Viêt-nam, les troubles qui secouent l’Amérique
latine et l’Afrique sont autant de manifestations de ce monde déstabilisé.
Est-ce la fin de la détente ? Ou est-ce la fin du monde bipolaire et la mani­
festation de la réorientation des rapports internationaux, substituant une
dimension Nord-Sud à la dimension Est-Ouest ? Les caractéristiques de cette
période sont l’accroissement des problèmes dans le Sud et la naissance de ten­
sions dans des parties de la planète réputées pour leur calme : plus aucune
terre ne semble à l’abri de conflits ayant une dimension planétaire. En outre,
124 Les relations internationales depuis 1945

l’antagonisme entre le Nord et le Sud, fondé sur l’échange des matières premiè­
res et des produits industrialisés, s’exacerbe. L’accent se déplace des problèmes
Est-Ouest aux problèmes Nord-Sud, en fait le plus souvent Ouest-Sud.

La crise économique et ses effets


La crise économique qui commence en 1973 met fin à la croissance qui avait
prévalu au cours des « Trente glorieuses ». Les chocs pétroliers ne sont pas le
seul facteur des dérèglements de la croissance des prix et de l’emploi.

Les différents aspects de la crise


Le désordre du système monétaire international
La situation de désordre monétaire international, quoiqu’elle ne soit pas nou­
velle, joue un rôle très important.
Ce désordre est dû à la chute du dollar, véritable étalon monétaire, miné par
la décision prise sans aucune concertation par le président Nixon de détacher
le dollar de l’or (15 août 1971), et la sanction de cette politique anarchique. Du
coup, le déficit de la balance des paiements américaine se creuse et l’ampleur
des liquidités internationales, provenant des bénéfices des exportations de
capitaux américains en Europe (euro-dollars) ou de pétrole du Moyen-Orient
(pétrodollars), s’accroît. Les principales monnaies flottent et le système ima­
giné à Bretton-Woods est bien mort. Mais c’est seulement à la conférence de la
Jamaïque, en janvier 1976, que les pays occidentaux décident de le remplacer.
Au terme de cette réunion, il n’y a plus de prix officiel de l’or, et les changes
flottants sont légalisés à l’intérieur de certaines marges. Le véritable capital de
réserve du système monétaire est assuré désormais par les Droits de tirages
spéciaux (DTS) en fonction desquels sont définies les nouvelles parités.
Les DTS sont un nouvel étalon de change international qui fonctionne
dans le cadre du Fonds monétaire international (FMI). La valeur des DTS est
définie par un ensemble de monnaies des différents pays industriels, en des
proportions variables. La pondération du système donne 30 % de l’ensemble
au dollar et maintient par conséquent la primauté financière des États-Unis.
Il s’agit d’une démarche décisive vers une stabilité des taux de change et vers
une stabilisation du commerce mondial, fortement perturbé par ailleurs par
les effets des « chocs pétroliers » de 1973 et 1979-1980.
Les chocs pétroliers
Le détonateur du choc pétrolier de 1973 réside dans les décisions prises par
les pays arabes producteurs de pétrole les 16 et 17 octobre 1973, alors que
la guerre israélo-arabe n’est pas encore terminée, décisions qui portent sur
l’embargo de vente du pétrole vers certains États, la réduction de la produc­
tion et surtout l’augmentation des prix.
Un monde déstabilisé (1973-1985) ▼ 125

En fait, les facteurs d’une crise sont présents depuis longtemps. Ce sont,
d’une part, l’accroissement énorme de l’utilisation du pétrole comme source
d’énergie, d’autre part, la volonté des producteurs d’en tirer les plus forts
bénéfices possibles.
La croissance de la part du pétrole dans la consommation d’énergie est
remarquable. En 1950, elle représentait 37,8 % contre 55,7 % pour le charbon.
En 1972, pétrole et gaz représentent 64,4 % du total. Grosso modo, la part du
pétrole est passée d’un tiers à deux tiers, au moment où la quantité d’énergie
dépensée annuellement dans le monde triplait.
Le secondfacteur est la volonté croissante des États producteurs de pétrole
d’en profiter eux-mêmes. Jusque vers 1960, l’exploitation des gisements de
pétrole était essentiellement le fait des grandes compagnies pétrolières qui,
en échange de concessions d’exploitation, reversaient aux États des royal­
ties. Divers États se sont efforcés de se débarrasser de cette emprise, comme
le Mexique et l’Iran en 1951. Or, à l’exception des États-Unis et de l’Union
soviétique, la plupart des pays industrialisés gros consommateurs de pétrole
n’en produisent pas ou presque pas. C’est le cas de l’Europe occidentale, à
l’exception de la Grande-Bretagne et de la Norvège (grâce au pétrole trouvé
en mer du Nord), et du Japon.
La production est concentrée au Venezuela, au Nigeria, en Indonésie
et surtout autour du golfe Persique, et notamment en Arabie Saoudite,
en Iran, en Irak, au Bahreïn, au Koweit et au Qatar. La concentration a
des implications stratégiques et politiques. L’essentiel de la production de
pétrole passe par le détroit d’Ormuz, d’où l’importance du golfe Persique
et de l’océan Indien, sur le plan de la géostratégie. Les producteurs peu­
vent se concerter plus facilement ; cinq d’entre eux (Venezuela, Iran, Irak,
Arabie Saoudite, Koweit) ont créé d’ailleurs, le 15 septembre 1960 à Bagdad,
l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) à laquelle adhè­
rent peu à peu d’autres États. Désormais, chaque année, les pays de l’OPEP
tentent d’obtenir d’abord davantage de royalties, ensuite la nationalisation
totale de la production de pétrole. L’initiative revient dans ce domaine à
l’Algérie et à la Libye. Le 24 février 1971, le président Houari Boumedienne
annonce que l’Algérie nationalise à 51 % les compagnies pétrolières françai­
ses. Ainsi l’Algérie s’assure à peu de frais le contrôle du pétrole produit sur
son territoire. La Libye agit de même le 1er septembre 1973. Profitant, durant
l’année 1972, d’un accroissement de la demande des États du Nord, les pays
du Sud producteurs de matières premières autres que le pétrole agissent à
la hausse des cours et prennent le contrôle de secteurs économiques déte­
nus jusque-là par des compagnies étrangères. Les signes précurseurs d’un
bouleversement de l’ordre mondial existent donc avant octobre 1973.
Le 16 octobre 1973, les pays de l’OPEP décident que le prix du baril de
pétrole passe de 3 dollars à plus de 5 dollars. Le 17 octobre, les producteurs
126 Les relations internationales depuis 1945

arabes envisagent un système d’embargo contre les pays qui paraissent soutenir
Israël, en particulier les États-Unis et les Pays-Bas. En fait ces embargos seront
levés entre mars et juillet 1974. Ils décident aussi de réduire la production par
rapport à celle de septembre de 15 à 20 %, ensuite de 5 % par mois, tant qu’Israël
n’aura pas évacué les territoires occupés. Mais dès le début de l’année 1974, ce
système - qui nuit d’abord aux producteurs - est pratiquement abandonné. En
décembre 1973, les pays de l’OPEP décident de relever le prix du baril jusqu’à
11,65 dollars. En trois mois, le prix du pétrole a quadruplé.
Alors que les effets du premier choc pétrolier s’atténuent, l’effet de la
demande provoque un second choc (marqué par le doublement des prix de
décembre 1978 à décembre 1979) et la révolution iranienne et la guerre Iran-
Irak, un troisième. Le prix du pétrole atteint 34 dollars le baril à la fin de 1981.

Les conséquences de la crise


Les conséquences, qui concernent d’abord les pays industrialisés, sont graves.
Elles remodèlent peu à peu la physionomie de la planète.
Menacés d’une pénurie, l’Europe occidentale et le Japon, dont toute
l’économie repose sur le pétrole, sont saisis de panique. Partout, le renché­
rissement des prix aboutit à de graves perturbations. L’inflation, qui était de
l’ordre de 4 à 5 % par an, s’accélère, particulièrement en Grande-Bretagne et
en Italie. Aux États-Unis, en Allemagne et au Japon, l’inflation est combat­
tue par des plans d’austérité qui provoquent une baisse réelle de la produc­
tion et du niveau de vie. En France, le plan Barre de septembre 1976 a pour
effet de ralentir la croissance. Dans tous les pays, la hausse des prix met un
frein à l’expansion. Au cours de l’année 1975, par exemple, la croissance
du PIB est négative aux États-Unis (- 0,7 %), au Royaume-Uni (- 0,7 %),
en Allemagne (- 1,6 %), et très faible en France (0,2 %). Les effets en sont
clairs : difficultés accrues pour les entreprises, faillites et développement
du chômage. Cette crise est la combinaison d’une récession limitée et d’une
certaine inflation : la « stagflation ».
Quant aux pays sous-développés, leurs disparités s’accusent, car ils ne
sont pas affectés de la même façon par la crise. D’un côté, on trouve les États
producteurs de matières premières, en particulier exportateurs de pétrole,
ou ceux qui bénéficient de la délocalisation d’activités et deviennent les
nouveaux pays industriels, telle l’Arabie Saoudite dont le PNB augmente
de 250 % en un an (1973-1974). De l’autre, les pays pauvres qui ne sont pas
producteurs de pétrole et pour lesquels les frais d’importation du pétrole
sont tout à fait insupportables. Même au sein de l’OPEP, on assiste à une
division entre les États soucieux de ménager les économies occidentales
en n’augmentant pas inconsidérément les prix de l’or noir, comme l’Arabie
Saoudite, et ceux qui, comme l’Iran et la Libye, sont décidés à profiter au
maximum de la manne pétrolière.
Un monde déstabilisé (1973-1985) ▼ 127

Les tentatives de réponse à la crise


Pour répondre aux décisions de l’OPEP, la diplomatie américaine suggère
de créer, face au syndicat des producteurs, un syndicat de consommateurs
dans le cadre de l’Organisation de Coopération et de Développement éco­
nomique (OCDE). C’est l’Agence internationale de l’énergie (AIE), qui com­
prend les pays de la CEE (excepté la France), les États-Unis, le Japon, le
Canada, l’Espagne, la Suède, l’Autriche et la Turquie. La France, qui rejette
cette formule contraire à sa politique d’amitié avec les pays en voie de déve­
loppement, tente d’instaurer un dialogue Nord-Sud en invitant à Paris des
pays du Nord (les États-Unis, le Japon, la CEE) et des pays du Sud (Algérie,
Arabie Saoudite, Iran, Venezuela, Inde, Brésil, Zaïre) dans deux conféren­
ces préparatoires, l’une en avril 1975, qui achoppe sur l’ordre du jour (les
uns veulent le restreindre au pétrole, les autres l’étendre à l’ensemble des
matières premières), l’autre en septembre 1975, qui décide la tenue d’une
conférence élargie et non restreinte au pétrole. Celle-ci se tient à Paris
du 16 au 18 décembre 1975 et réunit 7 membres de l’OPEP, 12 pays sous-
développés et 8 pays industrialisés. Elle bute de nouveau sur la question du
pétrole. La négociation est réouverte à Paris de mai 1977 au début 1978,
mais elle n’aboutit qu’à réaffirmer les grands principes d’un nouvel ordre
économique international et prévoit la création d’un fonds spécial d’aide au
Tiers Monde de 1 milliard de dollars.
À la conférence au sommet de Cancun (Mexique), le 22 octobre 1981,
22 chefs d’État occidentaux et du Tiers Monde conviennent d’ouvrir des
négociations globales dans le cadre des CNUCED. Dans cette tentative de
dialogue Nord-Sud, la CEE fait preuve d’originalité en établissant des rela­
tions privilégiées avec 35, puis 46, puis 58 pays d’Afrique, des Caraïbes et
du Pacifique (ACP) par les accords de Lomé I (28 février 1975) et Lomé II
(31 octobre 1979) qui comprennent, outre des facilités commerciales et
des offres d’aide financière, des garanties des recettes d’exportation. Cette
convention prévoit une aide financière quadruple de celle qui était prévue
par celle de Yaoundé. Elle met en application une stabilisation des prix des
matières premières agricoles. Il s’agit d’une politique de coopération multi­
latérale, qui a l’avantage de ne pouvoir être accusée de néocolonialiste.
Entre les grands pays industrialisés, on constate un début de concer­
tation, mais les résultats en sont limités. Les 6 membres d’origine du club
(États-Unis, France, Grande-Bretagne, Allemagne, Japon, Italie) qui se réu­
nissent à Rambouillet en novembre 1975 à l’initiative de V. Giscard d’Estaing
deviennent 7 (d’où le nom de « Groupe des sept » ou G7) par l’adjonction
du Canada en 1976, et même 8, l’année suivante avec la participation du
président de la Commission de la CEE. Ils se rencontrent chaque année au
niveau le plus élevé.
128 * Les relations internationales depuis 1945

Les sommets des pays industrialisés (G7 et G8)


1975 - 15-17 novembre : Rambouillet
1976 - 27-28 juin : Porto-Rico
1977 - 7-8 mai : Londres
1978 - 16-17 juillet : Bonn
- 28-29 décembre : Jamaïque (entretiens non officiels)
1979 - 5-6 janvier : Guadeloupe (sommet informel)
- 28-29 juin : Tokyo
1980 - 22-23 juin : Venise
1981 - 19-21 juillet : Ottawa
1982 - 4-6 juin : Versailles
1983 - 28-30 mai : Williamsburg
1984 - 7-9 juin : Londres
1985 - 2-3 mai : Bonn
1986 - 5-6 mai : Tokyo
1987 - 8-10 juin : Venise
1988 - 19-21 juin : Toronto
1989 - 14-15 juillet : Paris « sommet de l’Arche »
1990 - 9-11 juillet : Houston
1991 - 15-17 juillet : Londres
1992 - 6-8 juillet : Munich
1993 - 7-9 juillet : Tokyo
1994 - 8-10 juillet : Naples
1995 - 16-17 juin : Halifax
1996 - 27-28 juin : Lyon
1997 - 20-21 juin : Denver (le G7 devient G8)
1998 - 15-18 mai : Birmingham
1999 - 18-19 juin : Cologne
2000 - 21-23 juillet : Okinawa
2001 - 20-22 juillet : Gênes
2002 - 26-27 juin : Kananaskis (Canada)
2003 - 1er-3 juin : Évian
2004 - 6-8 juin : Sea Island (États-Unis)
2005 - 6-8 juillet : Gleneagles (Grande-Bretagne)
2006 - 15-17 juillet : Saint-Pétersbourg
2007 - 6-8 juin : Heiligendamm (Allemagne)
2008 - 7-9 juillet : Toyako (Hokkaido) ■

De même, sur le plan commercial, les négociations du GATT connues sous


le nom de Tokyo Round (1973-1979) aboutissent à un accord prévoyant de
nouvelles réductions tarifaires et l’adoption de codes destinés à combattre les
entraves aux échanges. Mais ces accords n’empêchent pas la multiplication
de mesures protectionnistes. Les souhaits de coopération internationale pas­
sent souvent après les exigences de l’intérêt national. En fait, le changement le
Un monde déstabilisé (1973-1985) ▼ 129

plus important vient des États-Unis quand, en 1979, sous l’influence du direc­
teur du Federal Reserve Board, Paul Volcker, les Américains font le choix de
s’attaquer à l’inflation en limitant la croissance de la masse monétaire grâce à
une augmentation sans précédent des taux d’intérêt. Les capitaux affluent aux
États-Unis et font monter le cours du dollar. Le prix de plus en plus élevé de
celui-ci accentue partout le repli déflationniste et contraint tous les pays à une
politique d’austérité. Du coup, les économies occidentales touchent le fond de
la dépression : croissance nulle, taux record de chômage. Les pays du Tiers
Monde, fortement endettés en dollars, voient monter le poids de leur charge
financière à cause de la hausse du prix du dollar. Pour éviter la banqueroute, ils
recourent à l’emprunt auprès des institutions financières internationales qui les
contraignent à une politique d’austérité souvent dramatique.
Bref, la crise rend plus intense la compétition économique y compris entre
pays alliés. Elle provoque une détérioration profonde des paiements exté­
rieurs. Elle donne aux relations internationales une âpreté due à la crainte
d’une pénurie des produits de base nécessaire pour la sauvegarde du niveau
de vie. La lutte pour le contrôle des produits de base et des grandes voies de
communication devient elle aussi plus âpre.

La crise des rapports soviéto-américains


Du milieu des années 1970 au milieu des années 1980, le monde traverse une
nouvelle phase de tension internationale. Les raisons en sont nombreuses et
complexes. La crise économique et ses effets rendent plus difficiles les rap­
ports internationaux. La conjoncture politique et le rôle des dirigeants à la
tête de l’URSS et de l’Amérique ont aussi leur importance.

La remise en cause du duopole


L’érosion de l’influence américaine
À la suite de l’affaire du Watergate, s’ajoutant au traumatisme profond provo­
qué par la guerre du Viêt-nam, la démission de Nixon (8 août 1974) aboutit
à la fois à une perte d’influence et à une crise de conscience de la politique
étrangère américaine. En 1973-1974, obsédés par l’idée d’éviter toute nouvelle
intervention (no more Vietnam), les Américains semblent renoncer à l’exer­
cice de leurs responsabilités dans le monde. Ils éprouvent l’érosion de leurs
moyens d’influence. Ils n’ont plus ni la supériorité économique, ni la supério­
rité stratégique. Le repli diplomatique est général, sauf au Proche-Orient, où
le président Carter signe les accords de Camp David le 17 septembre 1978.
Face aux désordres de l’Iran et à la prise d’otages des membres de
l’ambassade américaine à Téhéran le 4 novembre 1979, face à l’invasion
de l’Afghanistan, les États-Unis paraissent impuissants. L’échec d’un raid
130 Les relations internationales depuis 1945

américain pour tenter de récupérer les otages (25 avril 1980) porte un coup
sérieux à la crédibilité de l’outil militaire américain et de l’exécutif paralysé
par cette affaire. Les divergences de l’équipe au pouvoir et la volonté morali­
satrice du président Carter, qui met au premier plan la défense des Droits de
l’homme et renonce à fabriquer l’arme neutronique, renforcent l’impression
d’une Amérique incertaine et déclinante. À vrai dire, le changement d’orien­
tation a lieu du temps de Carter qui prévient en janvier 1980 que toute tenta­
tive pour s’assurer le contrôle du golfe Persique sera considérée comme une
attaque lancée contre les intérêts vitaux des Etats-Unis.
Avec l’élection de Ronald Reagan (1980-1988), l’Amérique s’affirme à nou­
veau comme leader du monde libre, décidée au redressement, pour réarmer
massivement et restaurer l’autorité des États-Unis dans le monde face à une
Union soviétique menaçante, 1’« empire du mal ».

Les zones d’expansion de l’influence soviétique


En Union soviétique, c’est la fin du règne de Brejnev, fort malade et qui meurt
en novembre 1982, et un interrègne sous ses éphémères et âgés successeurs
louri Andropov (novembre 1982-février 1984) et Constantin Tchernenko
(février 1984-mars 1985). L'interruption du dialogue entre les deux superpuis­
sances est aussi la conséquence de cette absence de relations et de ce manque
de confiance entre les dirigeants américains et l’équipe soviétique. Or cette
période correspond à une grande offensive soviétique dans le Tiers Monde
où, tout en combattant l’influence chinoise, l’Union soviétique se taille un
empire étendu. Entre autres, elle intervient militairement en Afrique (Angola,
Éthiopie) par Cubains interposés et envahit l’Afghanistan. Elle agit souvent en
se servant des États ou des forces déléguées que sont Cuba, la RDA, la Libye,
le Viêt-nam. Les Soviétiques n’utilisent pas toujours la force ouverte, mais le
plus souvent l'assistance économique et militaire, et surtout ils multiplient les
traités avec les États les plus lointains. Tout se passe comme si Moscou avait
exploité le désengagement américain pour avancer partout ses pions.

Le duopole en question
Cette crise des rapports soviéto-américains ne met pas un terme à la concer­
tation mutuelle afin d’éviter toute confrontation armée, mais elle remet en
cause la cogestion des affaires internationales par les deux superpuissances.
Les signes visibles de la crise sont la dénonciation des accords commerciaux,
la diminution du nombre des accords militaires, et surtout la raréfaction
des rencontres américano-soviétiques. En décembre 1974, le Congrès lie
l’octroi à l’URSS de la clause de la nation la plus favorisée à un relâchement
des contraintes pesant sur les Juifs soviétiques désireux d’immigrer. Il n’y a
pas de rencontre au sommet entre la réunion (Carter-Brejnev) de Vienne en
juin 1979 et celle de Genève en novembre 1985 (Gorbatchev-Reagan). Les
Un monde déstabilisé (1973-1985) ▼ 131

Américains ne participent pas aux Jeux olympiques de Moscou en 1980 ; par


rétorsion, l’Union soviétique, suivie par treize autres pays, ne participe pas
aux Jeux olympiques de Los Angeles de 1984. Un nouvel esprit de « guerre
froide » gagne les relations internationales. Avant même la conférence
d’Helsinki, Alexandre Soljénitsyne estimait que la détente était un leurre. Les
lendemains d’Helsinki confirment les prévisions pessimistes. La conférence
de Belgrade (octobre 1977) qui doit prendre le relais d’Heksinki s’achève par
un échec total, en raison de l’antagonisme des positions occidentale et sovié­
tique sur les Droits de l’homme...
Les Américains reprochent aux Soviétiques de tirer parti de la détente pour
obtenir des avantages unilatéraux, comme la reconnaissance sans contre­
partie du statu quo hérité de la guerre, la progression du camp socialiste en
Asie du Sud-Est et en Afrique, des accords de coopération leur permettant
de recevoir des produits de la technologie occidentale et des céréales. Enfin
les Occidentaux font grief aux Soviétiques d’avoir profité de la détente pour
continuer leur effort d’armement.

La course aux armements


Alors qu’Américains et Russes s’étaient mis d’accord pour limiter le nombre
de leurs missiles intercontinentaux (accord SALT de 1972), l’URSS se lance
dans une modernisation forcenée de son arsenal et réussit, sans violer la lettre
des accords, à tripler le nombre de ses ogives, en adaptant des têtes multiples
aux lanceurs de la nouvelle génération. De fait, depuis 1973, les Soviétiques
ont expérimenté avec succès des engins à têtes multiples (MIRV). En outre,
les Soviétiques mettent au point un missile de portée intermédiaire (4 000 à
5 000 km) échappant aux limitations de l’accord SALT : c’est le SS 20, qui peut
atteindre toute l’Europe occidentale et dont le premier essai a lieu en 1975,
l’année même de la conférence d’Helsinki.
Au début des années 1980, le bilan desforces, selon l’institut international
d’études stratégiques de Londres, fait apparaître l’URSS comme la première
puissance militaire du globe sur le plan des forces nucléaires. Non seulement
la supériorité des forces conventionnelles du pacte de Varsovie est écra­
sante, mais l’URSS installe en Europe orientale à partir de 1977 un réseau de
330 fusées SS 20. Cet arsenal gigantesque s’accroît au prix d’un effort finan­
cier considérable : 5 % du PNB pour les États-Unis, autour de 15 % du PNB
pour l’URSS autant qu’on puisse le savoir. La force de frappe ainsi obtenue
serait susceptible d’anéantir plusieurs dizaines de fois toute vie sur la planète.
C’est dire que la conception qui prévalait du temps de Nixon d’une détente
fondée sur la parité nucléaire et le gel des tensions a fait long feu.
Dès lors, les négociations sur la limitation des armements sont plus diffi­
ciles. Les discours soviétiques sur le désarmement reflètent-ils le souci des
132 A Les relations internationales depuis 1945

dirigeants de consacrer davantage d’énergie à l’économie soviétique ou un


trompe l’œil destiné à endormir la vigilance de l’adversaire, alors que 1 URSS
comble son retard stratégique ? Malgré tout, les négociations SALT II aboutis­
sent à Vienne (15-18 juin 1979) à la signature par Brejnev et Carter d’un accord
succinct. II limite le nombre (2 250) et le type (1 320 missiles à têtes multi­
ples maximum, dont 820 pour les engins ICBM sol-sol) des lanceurs nucléai­
res intercontinentaux pour chacun des deux pays. Le traité ne réduit pas la
course aux armements, il se contente d’en freiner la progression. Et d’ailleurs,
le Sénat américain refuse de le ratifier, car les accords sont jugés trop favo­
rables à l’Union soviétique. Des négociations sur la réduction des forces en
Europe, les MBFR (Mutual Balanced Forces Réduction) entamées à Vienne en
octobre 1973 avec la participation de 12 pays de l’OTAN et de 7 pays du pacte
de Varsovie, piétinent. Leurs interminables rencontres ne permettent ni d’éva­
luer le poids respectif des effectifs et des armements dans les deux blocs ni de
proposer des réductions et de mettre au point un système de contrôle accep­
table par tous. Surtout les entretiens sur les forces nucléaires à portée inter­
médiaire (FNI) qui s’engagent à Genève le 30 novembre 1981 ne débouchent
sur aucun résultat positif. Des négociations START (Strategie Arms Réduction
Talks) commencent le 29 juin 1982 à Genève, mais aboutissent rapidement à
l’impasse. C’est l’affaire des euromissiles qui est la plus grave.
Les euromissiles et l’initiative de défense stratégique. L’installation progres­
sive en Europe orientale des SS 20, fusées soviétiques à trois têtes nucléai­
res de 150 kilotonnes chacune, de portée intermédiaire (5 000 km), dirigées
vers l’Europe occidentale, et des bombardiers Backfire provoque l’alarme des
Européens. Si ces fusées soviétiques sont incapables d’atteindre l’Amérique,
elles menacent directement l’Europe et n’entrent pas dans les calculs de limi­
tation des armes stratégiques (+ de 5 500 km) concernées par les SALT IL
À la suite du discours alarmiste du chancelier allemand H. Schmidt
(octobre 1977) et de la rencontre au sommet informelle de la Guadeloupe
(janvier 1979), l’OTAN dénonce l’installation des SS 20 et prend en
décembre 1979 la « double décision » d’offrir la négociation à l’URSS ou,
en son absence, de moderniser et de renforcer les armements de l’OTAN en
Europe. Jusqu’alors, les armes nucléaires tactiques américaines entreposées
dans les États européens n’étaient pas susceptibles d’atteindre le territoire
de l’Union soviétique. L’installation de missiles intermédiaires américains en
Europe de l’Ouest, 108 fusées Pershing II à une seule ogive et d’une portée
de 1 800 km et 464 missiles de croisière de 2 500 km de portée expose donc
le territoire soviétique à une frappe nucléaire rapprochée et renforcée. Aussi
l’URSS tente-t-elle de s’opposer à la mise en œuvre de cette décision par des
propositions de gel et de réduction des armements et par une campagne
de propagande. Les États-Unis lancent l’idée de 1’« option zéro » proposée
par Reagan le 18 novembre 1981 (démantèlement des fusées soviétiques en
Un monde déstabilisé (1973-1985) ▼ 133

contrepartie de l’abandon du déploiement des Pershing et des Cruise). De


1981 à 1983, une vague de pacifisme s’affirme en Europe, surtout en Allemagne
et en Angleterre. Mais à la suite de la victoire de la coalition CDU-FDP aux
élections allemandes de mars 1983, les premières fusées Pershing II sont ins­
tallées en Allemagne de l’Ouest à la fin de 1983. C’est un succès inespéré pour
l’Alliance atlantique, un grave échec pour l’URSS. Du coup, celle-ci se retire
de toutes les négociations de désarmement et annonce un fort accroissement
de son arsenal nucléaire. La confrontation succède à la concertation et la
course aux armements reprend de plus belle. Présentée comme le moyen de
mettre fin à l’équilibre de la terreur, elle est relancée par les États-Unis, sous
le nom de « guerre des étoiles ».
L’Initiative de défense stratégique (IDS) annoncée le 23 mars 1983 par
le président Reagan consiste en un projet d’installation d’un bouclier spa­
tial de protection contre les missiles balistiques. Dans l’esprit du président
Reagan, il s’agit de libérer les États-Unis de la peur du nucléaire et peut-être
d’affranchir l’humanité du risque atomique. L’idée est de créer un système
défensif qui devrait, à l’horizon 2 000, rendre obsolètes les armes offensives
nucléaires en les interceptant et en les détruisant avant qu’elles n’atteignent le
sol des États-Unis. L’ampleur du programme (26 milliards de dollars), l’inno­
vation technologique qu’il suppose ont un caractère déstabilisant qui remet
en question le principe de la dissuasion mutuelle, constitue un risque supplé­
mentaire de découplage entre la défense de l’Amérique et celle de l’Europe, et
enfin apparaît comme un défi à l’Union soviétique. Ses dirigeants vont sans •
cesse réclamer la renonciation des États-Unis à l’IDS, en même temps qu’une
reprise des négociations sur le désarmement.
La course aux armements n’est d’ailleurs pas limitée aux deux Grands.
Les dépenses militaires ont en 1981 dépassé le cap des 450 milliards de dol­
lars, soit une dépense moyenne supérieure à 2 millions de dollars par minute.
Les ventes d’armes constituent l’un des poste-clés du commerce mondial.
Les États-Unis et l’URSS représentent à eux seuls plus de 72 % des ventes.
Derrière eux, la France et la Grande-Bretagne comptent pour 18 %. Du côté
des pays acheteurs, les pays du Moyen-Orient effectuent à eux seuls environ
57 % des achats mondiaux d’armements contre 13 % à l’Afrique et 12 % à
l’Amérique latine.
Les difficultés du dialogue américano-soviétique s’accompagnent de la remise
en cause de la cogestion des relations internationales. Le principe de non-ingé­
rence dans les affaires du bloc opposé est enfreint par exemple lorsque les États-
Unis soutiennent les dissidents des pays de l’Est ou lorsque l’URSS intervient
au Nicaragua, situé dans la sphère d’influence américaine. Cette crise des rap­
ports américano-soviétiques marque aussi la fin d’un certain condominium des
deux superpuissances. Leur influence décroît au moment même où émergent
de nouvelles puissances avides de responsabilité : Chine, Japon, Communauté
134 A Les relations internationales depuis 1945

européenne, pays de l'OPEP, pays non alignés. Du coup, les grandes puissances
ont du mal à contrôler les conflits périphériques et encore davantage à avoir
prise sur des acteurs régionaux et sur le terrorisme international.

Incertitudes européennes
Engagés dans la construction européenne et perturbés par la crise économique,
les pays de l’Europe de l’Ouest sont avant tout préoccupés par leurs propres
problèmes. En 1983, il y a plus de 12 millions de chômeurs dans la CEE, soit plus
de 10 % de la population active. Les tentatives de déstabilisation par des grou­
pes terroristes en Allemagne et en Italie (enlèvement et assassinat d’Aldo Moro
mars-mai 1978) échouent. En revanche, la démocratie marque des points, en
Espagne, après la mort de Franco (20 novembre 1975), en Grèce, après la chute
des colonels (24 juillet 1974) qui avaient instauré leur dictature en avril 1967, et
au Portugal après la révolution des Œillets (25 avril 1974) qui met un terme au
régime dictatorial qui survivait à la mort de Salazar (27 juillet 1970) et surtout
la victoire des modérés sur les extrémistes aux élections de 1976.

Une construction de l’Europe plus lente


La construction européenne progresse moins vite que dans la période pré­
cédente. Avec 252 millions d’habitants, 1’« Europe des Neuf », qui entre en
vigueur le 1er janvier 1973, apparaît comme la seconde puissance économi­
que du monde après les États-Unis. On envisage l’achèvement de l’union
douanière, déjà réalisée entre les six anciens pays membres, pour le 1er janvier
1978 et même la création d’une véritable union économique et monétaire.

Les difficultés de l’union économique et monétaire


En présence des difficultés, la Communauté européenne réagit en ordre dis­
persé. Face au désordre du système monétaire international, on constate un
manque de coopération et de solidarité entre les pays membres de la CEE ;
face au choc pétrolier et au bloc de l’OPEP, c’est l’absence de politique éner­
gétique commune.
L’attitude de certains États, désireux de protéger leur économie nationale,
remet également en question les dispositions et l’esprit communautaires.
L’Italie et le Danemark prennent des mesures protectionnistes. Surtout le
Royaume-Uni, où les travaillistes sont de retour au pouvoir en février 1974,
demande une renégociation du traité d’adhésion, à la fois dans le domaine
de la politique agricole commune et la contribution britannique au budget
communautaire. On se met finalement d’accord sur des mécanismes correc­
teurs qui prolongent la période transitoire.
La Communauté se concentre sur l’achèvement de l’LInion douanière, car en
raison de conceptions politiques trop divergentes, le projet d’union économique
Un monde déstabilisé (1973-1985) ▼ 135

et monétaire doit être ajourné. Le maintien de la politique agricole commune


se heurte d’ailleurs au mécontentement des agriculteurs (manifestations à
Strasbourg et à Bruxelles en 1980) et aux aléas des fluctuations monétaires
entre les pays membres. La production laitière de plus en plus excédentaire et
l’augmentation des dépenses agricoles contraignent les institutions commu­
nautaires à décider de plafonner l’une et de freiner l’autre.
La création d’un système monétaire européen. Le mécanisme du « ser­
pent monétaire » établi en 1972 pour limiter les variations entre les devises
européennes elles-mêmes maintenues proches du dollar (« le serpent dans le
tunnel ») est remis en cause à plusieurs reprises, impliquant plusieurs rééva­
luations du mark et l’affaiblissement d’autres monnaies communautaires. La
mise en place d’un système monétaire européen (SME) qui entre en vigueur
le 13 mars 1979 permet une relative stabilisation des taux de change grâce
à l’institution d’une monnaie de référence l’ECU (European Currency Unit),
défini par un « panier » de monnaies européennes dont la composition reflète
la part de chaque pays dans l’économie communautaire.
La Communauté européenne a, d’autre part, du mal à adopter une attitude
commune sur le plan énergétique, et en particulier pétrolier, ou pour lutter
contre l’inflation et le chômage et dans le domaine technologique ; face à
l’IDS, la Communauté tente de faire une Europe de la technologie, sous la
forme du projet « Eurêka ». Une crise grave éclate en 1984 à propos de la
contribution britannique aux ressources de la Communauté, trop élevée aux
yeux du Premier ministre, Mme Thatcher, qui réclame et obtient finalement
une compensation financière.

L’Europe en panne
L’Europe ne progresse pas non plus sur le plan politique. En octobre 1972,
la conférence au sommet de Paris envisage pour 1980 la transformation de
la CEE en une Union européenne susceptible de parler d’une seule voix en
matière de politique extérieure. Mais le chemin est plus long que prévu. Les
9-10 décembre 1974, à l’initiative du président Giscard d’Estaing, les chefs
d’État et de gouvernement décident d’institutionnaliser leurs réunions pério­
diques, qui se transforment en un nouvel organisme communautaire, le
Conseil européen, siégeant trois fois par an. Celui-ci s’affirme vite comme
un organe essentiel. Pour relancer la construction de l’Europe, on confie au
Premier ministre belge, Léo Tindemans, un rapport sur l’Union européenne.

La construction européenne
1930 - mai : Plan Briand d’Union européenne.
1944 - 5 septembre : Signature du traité d’Union douanière Benelux.
1947 - 5 juin : Le général Marshall propose un plan d’aide économique à
l’Europe.
136 A Les relations internationales depuis 1945

1948 - 17 mars : Pacte de Bruxelles instituant l’Union occidentale.


- 16 avril : Création de l’OECE.
- 7/10 mai : Congrès du mouvement européen à La Haye.
1949 - 4 avril : Signature du traité de l’Atlantique Nord.
- 5 mai : Création du Conseil de l’Europe.
1950 - 9 mai : Robert Schuman propose de mettre en commun les ressources
en charbon et acier des pays de l’Europe occidentale.
1951 - 18 avril : Signature du traité institutant la CECA.
1952 - 27 mai : Signature du traité instituant la CED.
1954 - 30 août : Rejet du traité CED par l’Assemblée nationale française.
- 23 octobre : Accords de Paris, création de l’Union de l’Europe occi­
dentale, ouverte à l’Italie et à l’Allemagne occidentale.
1955 - 172 juin : Conférence de Messine : la « relance européenne ».
1956 - 29/30 mai : Conférence de Venise, début des négociations en vue de
l’institution de la CEE et de l’EURATOM.
1957 - 25 mars : Signature des traités de Rome.
1959 - 1er janvier : Première étape du Marché commun.
1960 - 4 janvier : Convention de Stockholm créant l’AELE.
- 14 décembre : L’OECE se transforme en OCDE.
1961 -10/11 février : Les Six se prononcent pour une union politique
européenne.
- 9 août : Harold Macmillan demande l’adhésion du Royaume-Uni à
la CEE.
1962 - 14 janvier : Le Marché commun passe à la deuxième étape et adopte
les principes de la politique agricole commune.
- 17 avril : Echec du plan Fouchet.
1963 - 14 janvier : Veto français à l’entrée du Royaume-Uni dans la CEE.
- 20 juillet : Signature, à Yaoundé, de la convention d’association entre
la CEE et dix-huit pays africains et Madagascar.
1965 - 8 avril : Traité de fusion des exécutifs des trois communautés.
- 30 juin/1er juillet : Rupture des négociations sur le financement de la
politique agricole commune.
1966 - 28/29 janvier : Compromis dit « de Luxembourg ».
- 10 novembre : Nouvelle candidature britannique.
1967 - 3 juin : Entrée en fonction de la Commission unique.
- 27 novembre : Nouveau veto français à l’adhésion du Royaume-Uni
au Marché commun.
1968 - 1er juillet : Achèvement de l’Union douanière entre les Six.
- 11 décembre : Plan Mansholt de modernisation agricole.
1969 - 29 juillet : Yaoundé II.
- 172 décembre : Sommet de La Haye. Accord sur le triptyque : achè­
vement, approfondissement, élargissement.
1972 - 22 janvier : Signature à Bruxelles des traités d’adhésion des nouveaux
membres de la CEE (Danemark, Royaume-Uni, Irlande, Norvège).
Un monde déstabilisé (1973-1985) ▼ 137

- 26 septembre : Les Norvégiens se prononcent, par référendum,


contre l’adhésion à la CEE.
1973 - 1er janvier : Naissance officielle de la Communauté des Neuf.
1974 -9/10 décembre : Les Neuf décident de se réunir régulièrement en
Conseil européen et proposent d’élire l’Assemblée européenne au
suffrage universel.
1975 - 28 février : Signature à Lomé d’une convention entre la Communauté
et les quarante-six Etats d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique.
1979 - 13 mars : Entrée en vigueur du SME et de l’Ecu.
-7/10 juin : Première élection au suffrage universel de l’Assemblée
européenne.
1981 - 1 "janvier : Entrée de la Grèce dans la Communauté.
1986 - 1 "janvier : Adhésion de l’Espagne et du Portugal.
1987 - 1er juillet : Entrée en vigueur de l’Acte unique européen.
1989 - 9 décembre : Le Conseil européen adopte un plan d’Union économi­
que et monétaire.
1990 - 1 "juillet : Entrée en vigueur de la libération des mouvements de capitaux.
1991 - 9/10 décembre : Accords de Maastricht (Pays-Bas) sur l’union poli­
tique et l’union économique et monétaire.
1992 - 7 février : Signature du traité de Maastricht qui institue l’Union
européenne.
- 21 mai : Réforme de la PAC.
- 20 septembre : Par référendum, la France approuve le traité d’Union
européenne par 51,04 % contre 48,95 %.
1993 - 1 "janvier : Entrée en vigueur du « marché unique » de l’Europe des
Douze.
- 1"novembre : La CEE devient l’Union européenne (UE).
1995 - 1 "janvier : Entrée de l’Autriche, la Finlande, la Suède dans l’UE.
1997 - 2 octobre : Signature du traité d’Amsterdam.
1999 - 1 "janvier : Entrée en vigueur de l’Euro.
2000 - 10/11 décembre : Sommet de Nice : accord sur l’élargissement de
l’Union.
2002 - 1"janvier : L’Euro devient la monnaie unique de 12 Etats.
2004 - 1"mai : Entrée de dix nouveaux pays dans l’Union.
- 24 octobre : Les Vingt-Cinq adoptent à Rome le traité constitutionnel.
2005 - mai-juin : La France et les Pays-Bas rejettent le projet de traité
constitutionnel.
2007 - 1 "janvier : Entrée de la Bulgarie et de la Roumanie.
- 13 décembre : Signature à Lisbonne du projet de traité simplifié.
2008 - 12 juin : L’Irlande rejette le traité de Lisbonne. ■

À la suite de nombreuses discussions, le Conseil européen du 15 juillet


1976 prend la décision de faire élire un Parlement européen au suffrage uni­
versel. Cette élection doit se faire selon des modalités différentes dans chaque
138 Les relations internationales depuis 1945

pays et se présente en fait comme une juxtaposition d’élections nationales,


où les clivages de politique intérieure prédominent. En juin 1979, la première
élection du Parlement européen au suffrage universel aboutit à porter à la
présidence la Française Simone Veil qui cède son fauteuil en janvier 1982
au socialiste néerlandais Piet Dankert. Après les élections européennes de
juin 1984, c’est le Français Pierre Pflimlin qui est élu à la présidence, à laquelle
accèdent à leur tour sir Henry Plumb (1987) et Enrique Baron Crespo (1989),
Egon Klepsch (1992) et Klaus Hansch (1994). Malgré sa meilleure représen­
tativité, le Parlement européen n’a pas encore un rôle politique incontestable
mais il s’efforce constamment d’élargir ses compétences et son contrôle.
L’élargissement de la Communauté européenne aux Etats du sud de l’Europe
(Grèce, Espagne, Portugal) représente un autre défi, dans la mesure où les éco­
nomies de ces États sont moins avancées que celles de l’Europe du Nord et
de l’Ouest. L’adhésion de la Grèce, déjà associée à la CEE depuis 1961, inter­
vient en 1981. Quant à l’Espagne et au Portugal, qui ont posé leur candida­
ture en 1977, l’accord est difficile à réaliser en raison des réticences françaises
face à la concurrence qu’ils pourraient représenter. Il se fait les 29-30 mars
1985. Les deux États entrent dans le Marché commun le 1er janvier 1986. La
Communauté européenne regroupe alors 315 millions d’habitants.
Le pas décisif est franchi en décembre 1985 grâce à un accord entre les
Dix pour réviser le traité de Rome et établir d’ici au 31 décembre 1992 un
espace économique sans frontières en éliminant les barrières qui limitent les
quatre libertés (circulation des personnes, des marchandises, des services
et des capitaux). Le 17 décembre 1985 est adopté l’Acte unique européen
(regroupant en un seul instrument les textes du traité de Rome révisé, le
traité sur la coopération politique et un préambule sur l’Union européenne).
La création du grand marché intérieur aura des conséquences considérables
pour les producteurs comme pour les consommateurs.

Les malentendus transatlantiques


Entre les puissances industrialisées qui appartiennent au monde libéral et
capitaliste, les relations sont plus tendues, à la fois sur le plan économique et
sur le plan stratégique.

Les malentendus économiques


Des conflits économiques divisent de plus en plus les États-Unis, l’Europe occi­
dentale et le Japon. La crise crée des divisions, les accentue et révèle une résis­
tance inégale à la conjoncture difficile. Les États-Unis évitent le pire au prix d’une
politique du chacun pour soi. Le Japon accède alors au premier rang en main­
tenant le meilleur taux de croissance annuel des pays industrialisés. De 1975 à
1986, le total de ses exportations quadruple, ce qui suscite de vives tensions avec
Un monde déstabilisé (1973-1985) ▼ 139

les pays concurrents, États-Unis et États de la CEE. Chaque État est tenté par
le protectionnisme et accuse de déloyauté ses partenaires commerciaux dans
les domaines sensibles de la sidérurgie, de l’automobile et de l’électronique. Des
querelles éclatent en 1981 et 1982 à propos du commerce Est-Ouest, en parti­
culier des contrats signés avec l’Union soviétique et des sanctions américaines
appliquées aux firmes européennes travaillant sous licence pour la construction
du gazoduc soviétique en Sibérie. En 1982, la CEE adresse une mise en garde aux
États-Unis, accusés d’entraver par differents moyens le commerce international
et de le déstabiliser par les fluctuations du dollar. Un affrontement oppose en
1985 la France et l’Amérique à propos de l’ouverture au GATT de négociations
commerciales multilatérales à la suite du Tokyo Round (1973-1979). Dans le
cadre de l’Uruguay Round, les États-Unis tentent d’obtenir que la CEE renonce
aux subventions quelle accorde à son agriculture (5-9 décembre 1988).

Les malentendus politiques


Des événements de politique intérieure affectent le flanc sud de l’OTAN et
les alliés sont divisés face au renouveau de la tension Est-Ouest.
La détérioration des relations atlantiques. L’Alliance atlantique, fondée
sur un partage des responsabilités et charges financières, laisse la part la plus
lourde aux États-Unis, qui - il est vrai - assument aussi le commandement.
Cette situation héritée de l’après-guerre, lorsque l'Europe occidentale en était à
sa reconstruction, se modifie dans les années 1970, où les Américains veulent
réduire leur effort de défense et demandent aux Européens de prendre une part
plus importante des frais de défense à leur charge. Certains sénateurs propo­
sent même un retrait des forces américaines d’Europe. En 1971, la rupture avec
le système monétaire est un autre coup asséné à l’Europe. Afin d’améliorer les
relations atlantiques, Kissinger lance en 1973 l’idée d’une « année de l’Europe »,
qui aboutit à la déclaration d’Ottawa, adoptée en juin 1974. Ce texte rappelle les
fondements et les idéaux de l’Alliance atlantique et reconnaît la valeur des for­
ces nucléaires françaises et anglaises pour la dissuasion globale de l’Alliance.
Mais la crise a déjà commencé et pose des problèmes d’une tout autre gra­
vité. Secouées par le premier choc pétrolier, les démocraties libérales pren­
nent conscience de leur interdépendance. L’arrivée au pouvoir en Europe de
dirigeants plus soucieux de rechercher un compromis avec les Américains,
tels que le travailliste Harold Wilson en Grande-Bretagne (1964-1970 et 1974-
1976), le social-démocrate Helmut Schmidt en RFA (1974-1982), le libéral
Giscard d’Estaing en France (1974-1981), facilite l’institution de conféren­
ces au sommet dans le sillage de la Commission trilatérale qui regroupait
des personnalités d’Europe, des États-Unis et du Japon. Les sommets scan­
dent l’évolution des relations occidentales (Rambouillet, novembre 1975 ;
Jamaïque, 1976). À partir du sommet de Versailles (1982), un rôle particu­
lier en matière monétaire est assigné aux ministres des Finances des Cinq
140 Les relations internationales depuis 1945

(États-Unis, Royaume-Uni, RFA, Japon, France) auxquels se joignent parfois


ceux du Canada et de l’Italie, dit « groupe G7 ». La concertation trilatérale est
à la fois originale et importante, mais elle atteint vite ses limites. Les réunions
discrètes font place à des rassemblements à grand spectacle, faussés par la
médiatisation. Surtout, la coopération est très incomplète et se heurte à des
divergences d’intérêts, en particulier sur le plan des relations Est-Ouest.
Même sur le plan de la Défense, les alliés sont divisés et envisagent defaçon très
différente leproblème de l’avenir de la détente. À l’exception du Royaume-Uni, dési­
reux de préserver et renforcer ses liens avec les Américains, l’Europe occidentale,
dont les mouvements pacifistes dénoncent l’installation des euromissiles, est en
effet plus attachée que les États-Unis à préserver le dialogue avec l’Est. A la faveur
de la vague pacifiste, un véritable national-neutralisme se développe en RFA qui
refuse de sacrifier XOstpolitik à la nouvelle guerre froide américano-soviétique.
Mais par les élections de 1983, l’Allemagne de l’Ouest réaffirme sa fidélité atlan­
tique, tout en revendiquant - à l’occasion de l’année Luther - son identité natio­
nale allemande. Les États-Unis voient dans le comportement européen un risque
de neutralisation, d’autant plus que les contrats d’achat massif de gaz sibérien
sont interprétés comme le signe d’une dépendance des économies européennes
à l’égard du fournisseur soviétique.
L’Initiative de défense stratégique elle-même divise les Européens qui
perçoivent ainsi la menace d’un découplage de la défense américaine d’avec
celle de l’Europe, et la question d’une participation des alliés au programme
de l’IDS, proposée par les Américains, suscite les réticences des Européens ;
mais Anglais, Allemands et Italiens traitent avec Washington en 1985 et 1986.
De son côté, la France propose aux pays européens le projet Eurêka « pour
mettre en place l’Europe de la technologie ».
Américains et Européens sont aussi divisés face au conflit israélo-arabe :
politique proarabe de la part des gouvernements français et italiens ; politi­
que pro-israélienne des autres gouvernements. Des remous de politique inté­
rieure ou des conflits bilatéraux menacent aussi la cohésion de l’Alliance.
Les tensions au sein de l’OTAN. Le conflit de Chypre amène la Grèce à
quitter de 1974 à 1980 l’organisation intégrée et provoque une crise durable
entre elle et la Turquie, pourtant partenaires au sein de l’Alliance atlantique.
L’arrivée au pouvoir des socialistes grecs en octobre 1981 suscite un nou­
veau refroidissement des relations avec l’OTAN. La révolution portugaise
d’avril 1974, qui met fin à quarante ans de dictature, amène au pouvoir une
équipe gouvernementale comprenant dans un premier temps des ministres
communistes. L’accession au pouvoir à Malte en 1971 d’un gouvernement
travailliste pousse l’OTAN à déménager en 1974 son quartier général installé
dans l’île, qui accepte d’ailleurs en janvier 1981 un arrangement avec l’URSS.
En revanche, l’Espagne fait son entrée dans l’OTAN en juin 1982, tout en
gardant ses distances avec l’organisation militaire intégrée.
Un monde déstabilisé (1973-1985) ▼ 141

La crise du leadership soviétique


La séduction opérée en Occident par le communisme est beaucoup moins vive
qu’auparavant. Cet affaiblissement est évident si l’on se réfère aux résultats
électoraux des partis communistes occidentaux. Malgré l’abandon du principe
de la dictature du prolétariat et la volonté de réaliser désormais « le socialisme
dans la démocratie et la liberté », leur audience stagne ou décline.

L’Eurocommunisme
Dans les États d’Europe orientale, l’URSS se heurte de plus en plus à un refus
d’une direction du Parti communiste soviétique, dénommée « internationa­
lisme prolétarien ».
C’est par le biais de conférences européennes communistes que les
Soviétiques ont tenté de maintenir leur influence sur les partis communistes
européens. La première conférence européenne a eu lieu à Karlovy Vary, en
Tchécoslovaquie, en avril 1967. La deuxième conférence se réunit les 29 et
30 juin 1976 à Berlin-Est, après de longues négociations, mais elle ne consa­
cre, comme l’aurait souhaité Brejnev, ni la suprématie du Parti communiste
de l’Union soviétique, ni l’internationalisme prolétarien. Les partis tchécoslo­
vaque, allemand, hongrois, bulgare, polonais et portugais sont prêts à accep­
ter, mais d’autres n’hésitent pas à le refuser.
Parmi les partis communistes qui veulent manifester leur indépendance
à l’égard de l’organe soviétique, le Parti communiste italien joue un rôle de
leader, avec son Premier secrétaire, Enrico Berlinguer, tout auréolé de son
succès aux élections générales italiennes du 20 juin 1976 (33,7 % des voix). En
fait, le Parti communiste italien, qui n’hésite pas à critiquer l’URSS, envisage
l’éventualité d’un « compromis historique » avec la Démocratie chrétienne
qui lui permettrait d’accéder au pouvoir. Il approuve le Marché commun et
admet la présence de l’Italie dans le Pacte atlantique. Le parti communiste
français adopte une position médiane. En 1968, il se distingue pour la pre­
mière fois de la ligne soviétique en condamnant modérément l’URSS pour
son intervention militaire en Tchécoslovaquie et en 1972, dans le cadre
d’un « programme commun » avec le parti socialiste, il accepte l’OTAN et
la Communauté européenne. Finalement le Congrès de 1976 affirme les
principes d’indépendance et d’égalité souveraine de chaque parti et le libre
choix des voies différentes vers le socialisme. Construit autour du parti com­
muniste italien, qui y a attiré les partis communistes français et espagnol,
1’« Eurocommunisme » rejette l’idée d’un parti-guide et d’un État-guide et a
pour ambition de présenter une alternative à la fois à l’Ouest et à l’Est. Il se
définit par la volonté d’établir un lien étroit entre le socialisme, la liberté et la
démocratie - le contenu en est précisé lors d’une réunion à Rome du PCI et
du PCF en novembre 1975. Mais, par la suite, les positions des partis diver­
gent de plus en plus en raison des événements d’Afghanistan et de Pologne.
142 * Les relations internationales depuis 1945

La crise polonaise
En Europe de l’Est, à l’exception de la Bulgarie et de l’Allemagne de l’Est,
les démocraties populaires remettent en cause le modèle soviétique et
l’hégémonie moscovite. La Roumanie, sous la direction du gouvernement
de Nicolae Ceaucescu, se détache chaque jour davantage, tout en durcissant
sa dictature interne. Son autonomie se manifeste à plusieurs reprises dans
la crise du Proche-Orient. En Hongrie, Janos Kadar cherche à procurer un
bien-être matériel aux populations. En Tchécoslovaquie, après la « normali­
sation » qui a suivi les événements de 1968, le mouvement protestataire est
restreint à l’élite intellectuelle, les « signataires de la Charte 77 ».
Au contraire, en Pologne la révolte des intellectuels gagne, à la faveur de la
crise économique, la plus grande partie du monde ouvrier et paysan en pre­
nant appui sur un fort sentiment national et sur l’audience de l’Église catho­
lique, encore accrue par l’élection au pontificat de l’archevêque de Cracovie,
Carol Woytila, qui devient pape sous le nom de Jean-Paul II, le 16 octobre
1978. La visite de Jean-Paul II à Varsovie confirme le magistère d’influence
de l’Église en Pologne. À la suite d’une hausse des prix, des vagues de grèves
commencées en février 1980 aux chantiers navals de Gdansk contraignent
le parti communiste polonais à reconnaître l’existence légale d’un syndicat
indépendant « Solidarité », dirigé par Lech Walesa, et à signer les accords de
Gdansk, le 31 août 1980. Le 6 septembre 1980, E. Gierek cède son poste de
Premier secrétaire du PC polonais à S. Kanya, et le général Jaruzelski devient
Premier ministre en février 1981.
Au fil de l’année 1981, le fossé se creuse entre le parti communiste polo­
nais, centre du pouvoir légal, et la masse des travailleurs, soutenus par l’Église
catholique et surtout organisés dans le syndicat libre Solidarité, qui rassem­
ble près de 10 millions d’adhérents. La persistance des troubles et l’inquié­
tude des pays du pacte de Varsovie devant l’évolution inclinent à l’épreuve de
force. L’Union soviétique va-t-elle se lancer dans une intervention armée ?
Les Soviétiques finissent par pousser le général Jaruzelski, nouveau secrétaire
général du parti polonais, à procéder, le 13 décembre 1981, à un véritable
coup d’État militaire, destiné à rétablir l’autorité du parti.
Après une période de répression - état de siège, répression policière,
mise hors la loi de Solidarité en octobre 1982 -, le pouvoir tente de col­
laborer avec la hiérarchie catholique. Malgré la libération du leader de
Solidarité, Lech Walesa, en novembre 1982, couronné par le prix Nobel
de la paix en 1983, la levée de l’état de guerre à la fin de la même année et
les difficultés de la résistance intérieure, la stabilisation est longue à venir.
La crise polonaise retentit dramatiquement sur les relations Est-Ouest : les
Américains et les Français adoptent une politique de sanctions et suspen­
dent toute relation avec la Pologne, jusqu’à « la visite de travail » du général
Jaruzelski à Paris en novembre 1985.
Un monde déstabilisé (1973-1985) ▼ 143

Les tensions en Asie du Sud-Est,


en Amérique latine et au Proche-Orient
À la faveur de la crise économique, ce n’est pas seulement le dialogue entre
les grandes puissances qui est perturbé. Frappé par le surendettement et
une croissance démographique non contrôlée, le Tiers Monde aussi s’en­
fonce dans la guerre et la pauvreté. Contrairement à la période précédente,
qui avait vu un relatif regroupement et une certaine solidarité des pays du
Tiers Monde, la règle de l’égoïsme national semble triompher. Le dialogue
Nord-Sud déraille. Le monde arabe se déchire. L’Afrique craque de toutes
parts. Et à la conférence des pays non alignés à La Havane (3-9 septembre
1979), le maréchal Tito s’oppose à Fidel Castro qui veut faire du mouvement
une simple courroie de transmission des volontés soviétiques. Si l’Amérique
a tendance à se replier sur elle-même, l’Union soviétique intervient partout
soit directement, soit indirectement. Aux répercussions de leur confronta­
tion s’ajoutent les conflits bilatéraux, que les grandes puissances n’arrivent
plus à arrêter ni même à contrôler. Aux régions traditionnelles de tension :
Proche-Orient, Asie du Sud-Est, Amérique latine, viennent s’ajouter de nou­
veaux terrains d’affrontement : océan Indien, Afrique et Pacifique.

Les troubles en Méditerranée et au Proche-Orient


Permanence du rôle stratégique de la Méditerranée
Si, du fait des fermetures du canal de Suez et de la construction de superpé­
troliers, la Méditerranée a vu son rôle diminuer sur le plan économique, en
revanche son rôle stratégique demeure très important, et l’Union soviétique
y a réussi une percée recherchée depuis toujours.
La Méditerranée draine le sixième du trafic général et le tiers du trafic
pétrolier mondial. Elle est devenue un des points d’affrontement potentiel où
se côtoient les forces des superpuissances.
Face à la sixième flotte américaine qui peut faire relâche un peu partout,
une flotte soviétique croise en Méditerranée et trouve des côtes accessibles
en Algérie et en Syrie.
Pour compliquer les choses, les deux alliés orientaux de l’OTAN sont en
conflit à propos de Chypre. Peuplée surtout de Grecs (80 %) et d’une mino­
rité turque (18 %) et relevant de la souveraineté de l’Empire ottoman qui
en cède l’administration à la Grande-Bretagne en 1878, l’île de Chypre, lieu
privilégié de transit entre les différents rivages de la Méditerranée, a acquis
une valeur stratégique nouvelle depuis l’ouverture du canal de Suez (1869).
La solution au problème de la cohabitation des populations grecque et tur­
que dans l’île de Chypre ne pouvait être ni l’annexion du pays à la Grèce
144 ▲ Les relations internationales depuis 1945

Chypre
Un monde déstabilisé (1973-1985) ▼ 145

(l’Enosis), ni l’union à la Turquie. C’est un État indépendant et neutraliste,


dirigé par Mgr Makarios, qui voit le jour le 16 août 1960, à la suite des
accords de 1959. Sur fond de rivalité américano-soviétique en Méditerranée
orientale, de graves conflits opposent les deux communautés (1963, 1965,
1967) au point qu’une force des Nations unies (UNFICYP) y est présente
depuis 1964. Peu après les incidents de novembre 1973, qui ébranlent la
dictature des colonels (au pouvoir depuis 1967), le nouveau gouvernement
grec téléguide un coup d’État contre Makarios le 15 juillet 1974 et y installe
des dirigeants favorables à l’Enosis. Aussitôt, la Turquie décide d’intervenir
et en août, les forces turques occupent approximativement 40 % du terri­
toire dans le nord de l’île, ce qui provoque l’exode d’une partie de la popula­
tion grecque vers le sud et une ligne de démarcation (« ligne verte ») sépare
désormais une République turque de Chypre du Nord (proclamée en 1983)
du reste de l’île. Une fois de plus, la Grèce et la Turquie sont en guerre
ouverte, alors quelles sont toutes deux membres de l’Alliance atlantique,
plaçant les États-Unis dans l’embarras de devoir choisir entre deux alliés.
Sans sortir de l’Alliance, la Grèce quitte alors l’organisation militaire de
l’OTAN, quelle réintègre en octobre 1980. Malgré les négociations, la par­
tition de l’île en deux États entre peu à peu dans les faits. Les rencontres des
chefs de gouvernement turc et grec en janvier et juin 1988 n’ont pas permis
de faire évoluer le problème de Chypre.

Chypre, de l’indépendance à l’Europe


1960 Indépendance de Chypre.
1964 Premiers heurts entre les communautés grecques et turques. Une force
des Nations unies y est envoyée (UNFICYP).
1974 Coup d’État grec pour rattacher l’île à la Grèce. Le 20 juillet, l’armée
turque envahit le nord de l’île, qui se retrouve coupée en deux.
1982 Le nord de l’île se proclame « République turque de Chypre ».
1996 Échec de la médiation américano-britannique.
2004 Le 24 avril, référendum sur la réunification. Les Chypriotes grecs
répondent non. Les Turcs, oui.
Le 1er mai, entrée de Chypre dans l’Union européenne. ■

Les incidents américano-libyens. Après la chute en 1969 de la dynastie


Senoussie qui était étroitement liée aux États-Unis, la Libye établit des liens
privilégiés avec l’Union soviétique en 1974 ; elle s’engage dans une politique
d’armement effrénée et commence sa politique de déstabilisation systémati­
que en Afrique et au Proche-Orient. Les rapports d’hostilité entre la Libye du
colonel Kadhafi et l’Amérique du président Reagan dégénèrent en plusieurs
affrontements, dont le raid américain sur Benghazi et Tripoli le 15 avril 1986,
à la suite d'actes terroristes libyens.
146 A. Les relations internationales depuis 1945

La guerre toujours présente au Proche-Orient


Au conflit israélo-arabe s’ajoutent des tensions nouvelles qui contribuent à faire
du Proche-Orient une zone dangereuse pour la paix du monde. On assiste en
effet au renouveau de l’Islam, à la progression de l’intégrisme musulman et à la
volonté d’autonomie des acteurs régionaux. Les richesses considérables tirées
des revenus pétroliers permettent à certains États (Libye, Arabie Saoudite, Irak,
Émirats arabes unis, Koweit) d’acquérir un armement moderne. Sous l’influence
toujours plus grande des musulmans chiites, l’Islam joue le rôle principal dans
la révolution iranienne qui institue une « République islamique » (soumission
du peuple au Coran et au pouvoir de l’imam Khomeiny). Maître de la Syrie,
principal allié des Soviétiques dans la région, le président Hafez el-Assad aspire
à être l’unificateur des Arabes et le restaurateur de la Grande Syrie, groupant
autour de Damas le Liban, la Jordanie et le futur État palestinien. Riche de ses
pétrodollars, le colonel Kadhafi a aussi l’ambition de faire autour de la Libye
l’unité du monde arabe. L’Arabie Saoudite, qui s’est taillée la part du lion du
boom pétrolier, acquiert une situation prééminente.
Face à ces développements, les superpuissances ont peine à contrôler la
situation. L’Union soviétique dote la Syrie d’un matériel militaire considé­
rable et elle soutient les États révolutionnaires, comme l’Éthiopie, la Libye
et le Yémen du Sud. Surtout, elle marque par son intervention directe en
Afghanistan sa volonté de participer au contrôle du golfe Persique. Les États-
Unis s’efforcent de contrer les ambitions soviétiques dans la région par une
politique mêlant les interventions directes (Liban, golfe Persique) et l’appui
aux États modérés comme l’Arabie Saoudite et l’Égypte.
L’action des États-Unis, et en particulier du secrétaire au Département d’État,
Kissinger, est décisive dans le rapprochement israélo-égyptien commencé par
les contacts entre militaires dans le Sinaï au « kilomètre 101 ». La diplomatie
des « petits pas » de Henry Kissinger permet aux États-Unis de retrouver leur
influence dans la région. Mais le courage du président égyptien Anouar el-Sadate
permet d’aller plus loin encore. Le rapprochement des positions israélienne et
égyptienne se concrétise par le voyage étonnant du président Sadate à Jérusalem
(19-21 novembre 1977), puis par les accords de Camp David (5-17 septembre
1978) négociés sous l’égide du président Carter par Begin et Sadate, enfin par le
traité de paix signé à Washington entre Israël et l’Égypte (26 mars 1979). Grâce
à la participation et à l’appui des États-Unis, c’est d’abord la fin de l’état de guerre
qui existait depuis trente ans entre Israël et le plus puissant de ses voisins arabes.
L’Égypte obtient la restitution de ses terres occupées depuis 1967 : en exécu­
tion de ce traité, l’évacuation du Sinaï par l’armée israélienne est chose faite en
avril 1982. Mais toutes les tentatives ultérieures pour conduire à une paix géné­
rale dans la région se sont révélées vaines.
Cette politique aboutit à isoler complètement l’Égypte, non seulement des
pays arabes (Algérie, Libye, Irak, Sud-Yémen, OLP) qui constituent le « front
Un monde déstabilisé (1973-1985) V 147

du refus » (décembre 1977), mais aussi des pays modérés comme l’Arabie
Saoudite et la Jordanie. Le neuvième sommet arabe de Bagdad exclut l’Égypte
de la Ligue arabe et en transfère le siège à Tunis (novembre 1976). Sa poli­
tique audacieuse et la poussée des courants conservateurs coûtent la vie au
président Sadate, assassiné le 6 octobre 1981 par des intégristes islamiques.
Les facteurs religieux s’ajoutent aux causes politiques pour rompre l’unité du
monde arabe, plus divisé que jamais par la guerre Iran-Irak. La religion isla­
mique, avec les deux grands courants sunnite et chiite et avec ses nombreuses
sectes, s’affirme comme un ferment de division, contribuant à dresser des
États les uns contre les autres et à attiser les guerres civiles.
Non seulement la question palestinienne ne trouve pas de solution, mais la
situation empire. Depuis sa création en 1964, l’Organisation de libération de
la Palestine (OLP) s’efforce d’obtenir une reconnaissance internationale. En
septembre 1974, pour la première fois, l’ONU inscrit à son ordre du jour la
question palestinienne et non plus « le problème des réfugiés ». Et le leader
de l’OLP, Yasser Arafat, invité à parler devant l’Assemblée générale, prône
l’instauration d’un seul État démocratique de Palestine (13 novembre 1974).
La politique israélienne, menée par le chef du parti conservateur
Menahem Begin (1977-1983), consiste à nier la nation palestinienne et ne
veut pas entendre parler d’une reconnaissance de facto de l’OLP. Elle fait de
Jérusalem sa capitale en juillet 1980, annexe le territoire syrien du Golan en
décembre 1981 et encourage la colonisation juive en Cisjordanie. Les pays
arabes reconnaissent l’OLP comme seul représentant des Palestiniens et la
soutiennent moralement et matériellement. L’URSS la reconnaît à son tour et
proclame son attachement au maintien d’un État palestinien. Les États-Unis
préconisent la solution d'une patrie palestinienne dans le cadre de la Jordanie,
comprenant la Cisjordanie. Lors du sommet de Venise (13 juin 1980), les
membres de la Communauté européenne recommandant d’associer l’OLP
au processus de paix. Et le président Mitterrand se fait l’avocat de la création
d’un État palestinien dans son discours à Jérusalem le 4 mars 1982. Entre
l’immobilisme israélien et le terrorisme palestinien, c’est l’impasse.
Ancien mandatfrançais, indépendant depuis 1945, et cité comme modèle
d’équilibre intercommunautaire, le Liban n’est plus un havre de paix et de
prospérité. Il est déchiré par les rivalités traditionnelles entre chrétiens
maronites (catholiques de rite syrien) et musulmans (druzes et chiites), mais
aussi directement concerné par le conflit israélo-arabe, puisque les organi­
sations palestiniennes y sont implantées depuis leur éviction de Jordanie
en septembre 1970. De fait, le Liban est en proie à la guerre civile, ouverte
le 13 avril 1975 avec les affrontements entre militants des Phalanges chré­
tiennes et Palestiniens. Peu à peu l’État libanais se dissout en une série de
micro-communautés, d’autant plus que la Force intérimaire des Nations
unies (FINUL) est impuissante et que les États voisins interviennent. La
148 * Les relations internationales depuis 1945

Le Liban
Un monde déstabilisé (1973-1985) V 149

Syrie d’abord s’efforce à partir de 1976 d’arbitrer la situation par un soutien


alterné aux palestino-progressistes et aux forces chrétiennes. Israël ensuite,
confronté aux raids de Palestiniens réfugiés dans les camps au sud du Liban
(Fathaland) exerce des représailles, comme en mars 1978. Mais l’opération
« Paix en Galilée » de juin 1982 est d’une autre ampleur. Israël espère chas­
ser les forces de l’OLP et instaurer au Liban un pouvoir fort, qui établirait la
paix avec Israël. Le siège de Beyrouth conduit bien à l’élimination de l’OLP
du Liban, mais achève de désagréger le Liban dont le nouveau président
de la République, chef des milices chrétiennes, Bechir Gemayel, est assas­
siné (14 septembre 1982). L’intervention israélienne, qui rencontre plus de
résistance que prévu, se transforme en déroute et aboutit finalement au
retrait des forces israéliennes (juillet 1983). L’état intérieur du Liban amène
l’intervention d’une force multinationale « d’interposition » composée de
contingents américain, français, italien et anglais. Cette force, qui contrarie
les visées de la Syrie, est victime le 23 octobre 1983 d’un attentat qui coûte
la vie à 58 soldats français et 241 soldats américains ; elle se retire alors du
Liban. La paix paraît plus lointaine que jamais dans un pays dont les struc­
tures étatiques se décomposent littéralement, où les grandes puissances
n’osent plus intervenir, laissant la maîtrise du terrain à la Syrie.

Les luttes d’influence en Asie du Sud-Est


On assiste au redéploiement des grandes puissances dans cette région, redé­
ploiement marqué par le désengagement des États-Unis de la péninsule
indochinoise et relayé par une influence toujours plus grande de l’Union
soviétique, l’expansionnisme vietnamien et le développement d’un axe Pékin-
Tokyo-Washington, qui s’oppose à l’axe Moscou-Hanoi.

L’expansionnisme vietnamien
Lafin de la guerre. Le problème essentiel reste celui du Viêt-nam : les accords
de Paris du 27 janvier 1973 n'ont pas mis fin à la guerre entre le Nord et le
Sud, où les forces du GRP gagnent sans cesse du terrain aux dépens des
soldats du général Thieu. Le processus de réunification du Viêt-nam, au
profit du régime d’Hanoi, constitue une étape dans le projet stratégique
consistant à unifier l’ancienne Indochine pour mieux la protéger des visées
chinoises. C’est d’abord l’absorption du Sud par le Nord. En avril 1975, l’of­
fensive communiste est irrésistible, d’autant plus que le président améri­
cain Gerald Ford ne peut apporter l’aide militaire d’urgence sollicitée par le
gouvernement de Saigon, mais refusée par le Congrès. La résistance du Sud
s’effondre brutalement.
À la chute de Saigon et de Phnom-Penh (avril 1975) succède la trans­
formation du Laos en République populaire par la victoire du Pathet-Lao
150 A Les relations internationales depuis 1945

(décembre 1975). C’est toute l’ancienne Indochine qui passe au communisme.


Mais le désordre continue, aggravé par le génocide auquel se livrent les
Khmers rouges au Cambodge, rebaptisé Kampuchéa démocratique.
La guerre du Viêt-nam s’achève donc par un échec grave pour le prestige
américain et le désengagement des puissances occidentales se manifeste
aussi par la dissolution de l’OTASE (30 juin 1977). Toutefois la « théorie des
dominos » ne se vérifie pas au-delà des frontières de l’ancienne Indochine
française : la Thaïlande, malgré de sérieuses difficultés frontalières avec le
Cambodge et le développement de maquis communistes au Nord résiste à
la poussée révolutionnaire. Elle constitue le 8 août 1967, avec la Malaisie,
l’Indonésie, les Philippines et Singapour un groupement régional, l’Associa­
tion des nations du Sud-Est asiatique, l’ASEAN (Association of South East
Asian Nations), organisme de coopération économique et politique dont la
règle est le neutralisme. Il s’agit de constituer en Asie du Sud-Est une zone
de paix et de neutralité, libre de toute interférence de la part des puissances
extérieures à la région. Mais la crainte de l’expansion vietnamienne amène
l’ASEAN à se rapprocher des États-Unis, afin de faire barrage aux menées
subversives. Les États-Unis conservent donc un rôle dans la région, grâce à
ses relations étroites avec le Japon, la Corée du Sud, les pays de l’ASEAN, qui
lui louent les bases de Clark Field et de Subie Bay, et surtout la Chine.
Les protectorats vietnamiens : Laos et Cambodge. La République démocra­
tique du Viêt-nam, unifiée en 1975 par sa victoire et première puissance mili­
taire de la région, impose en juillet 1977 son protectorat au Laos qui devient
aussi un satellite de l’URSS. Au Cambodge, la stratégie expansionniste du
Viêt-nam se heurte au soutien actif de Pékin au régime de Pol Pot. Les com­
bats frontaliers nés de différends territoriaux et la dénonciation des massacres
des Khmers rouges fournissent au Viêt-nam un prétexte à une intervention
militaire (25 décembre 1978-7 janvier 1979) et à l’occupation du Cambodge.
Le Viêt-nam élimine le régime de Pol Pot et instaure un protectorat de fait.
Tout l’ensemble indochinois est reformé sous l’égide politique et militaire du
Viêt-nam. L’état de guerre endémique qui sévit dans la région, les massacres
et les pillages entraînent des migrations de Vietnamiens et de Cambodgiens
qui fuient leur pays, surtout par mer (d’où leur nom de boat-peoplé) et sou­
vent au péril de leur vie.

L’attitude chinoise face à la double hégémonie


L’Asie du Sud-Est constitue un enjeu dans le conflit sino-soviétique qui per­
siste. La succession de Mao Tsê-Tung et de Chou En-Lai - morts l’un et
l’autre en 1976 - n’apporte guère de changement à la politique extérieure
de la Chine ; celle-ci reste dominée par son rejet de la double hégémonie
des États-Unis et de l’Union soviétique, mais dans la pratique elle soutient
tout ce qui peut contrecarrer l’URSS en Asie et en Afrique et elle revendique
Un monde déstabilisé (1973-1985) ▼ 151

des territoires occupés par l’Inde. Considérant que l’URSS est devenue leur
« ennemi principal », les dirigeants chinois élaborent « la théorie des trois
mondes » : Etats-Unis et URSS forment le « premier monde », celui des impé­
rialismes ; l’Europe, le Canada et le Japon constituent un monde intermédiaire,
susceptible de s’opposer aux deux hégémonies ; enfin le « troisième monde »
comprend les pays en voie de développement, dont la Chine se prétend le lea­
der. C’est en fait une rivalité globale qui oppose les deux grandes puissances
communistes. En général, la Chine adopte une politique qui fait obstacle à
celle de l’Union soviétique. Elle maintient ses revendications sur des régions
frontalières de l’URSS, comme le Pamir, ou de l’Inde. Mais surtout elle entend
être la grande puissance de l’Asie du Sud-Est.
Face à l’Union soviétique et au Viêt-nam, liés par un traité d’amitié signé en
novembre 1978, la Chine s’inquiète de l’expansion vietnamienne au Laos et au
Cambodge. Craignant d’être prise en tenaille entre l’Union soviétique et son
allié vietnamien et voulant infliger une « leçon » au Viêt-nam, elle envahit pro­
visoirement les régions frontalières (17 février-3 mars 1979), sans que l’URSS
intervienne autrement que par des livraisons de matériel. Par son « opération
de police », la Chine fait désormais figure de gendarme de la région.
Le rapprochement sino-américain. D’autre part, elle poursuit le rappro­
chement avec l’Ouest, entamé au début des années 1970. Elle conclut en
août 1978 un traité de paix et d’amitié avec le Japon, comportant une clause
« antihégémonique », qui vise en fait l’URSS. Depuis le voyage de Nixon à
Pékin (21-28 février 1972) les négociations sino-américaines butent sur le
problème de Taiwan, que les Américains refusent de lâcher. À la suite de
l’arrivée au pouvoir de Teng Hsiao-Ping en Chine et de Carter aux États-
Unis, la Chine établit le 16 décembre 1978 des relations diplomatiques
avec les États-Unis qui reconnaissent la République populaire comme
l’unique gouvernement légal de la Chine. Le voyage de Teng Hsiao-Ping
aux États-Unis en février 1979 et la crise afghane confirment le rappro­
chement spectaculaire entre Pékin et Washington. Même si la Chine reste
un État marxiste-léniniste, il s’agit d’une véritable alliance de revers avec
l’Occident contre l’URSS.
L’amélioration des relations sino-soviétiques. Depuis 1982, Pékin semble
rechercher des relations équidistantes entre Moscou et Washington. Après
la mort de Mao Tsê-Tung, la Chine tourne le dos à la révolution culturelle ;
dès lors, le conflit avec l’Union soviétique perd une partie de sa dimension
idéologique. Sous l’impulsion de Teng Hsiao-Ping, le régime se convertit au
réalisme. Les relations s’intensifient en 1985, malgré la persistance des « obs­
tacles » à une normalisation, comme l’intervention soviétique en Afghanistan
et vietnamienne au Cambodge. Le retour à des relations plus cordiales se
poursuit avec le voyage de Gorbatchev en Chine du 15 au 18 mai 1989, qui
scelle la normalisation entre les deux pays après trente ans de brouille.
152 Les relations internationales depuis 1945

Le rôle du Japon et de l’Inde


Le Japon, devenu une superpuissance économique, est resté un nain politi­
que. Les relations extérieures d’un pays qui a longtemps limité son effort
militaire et s’est reposé sur l’alliance américaine pour sa sécurité ont été
essentiellement commerciales et financières. Les relations diplomatiques
ont été rétablies avec l’URSS en 1956, mais n’ont pas abouti à un traité de
paix, en raison de la revendication par le Japon des îles les plus méridiona­
les des Kouriles (au nord de Hokkaido) occupées par les Soviétiques depuis
1945. Avec la Chine, le Japon a signé le 12 août 1978 un traité de paix et
d’amitié. Le Japon est d’ailleurs devenu un partenaire commercial privilé­
gié de l’URSS et de la Chine. Depuis peu, le Japon veut se dégager de son
alignement traditionnel sur Washington et mettre sur pied une politique
régionale indépendante. Il conquiert l’un après l’autre les marchés sur le
dos des Américains, qui sont plus nombreux à croire en une menace écono­
mique japonaise qu’en une menace militaire soviétique ; le Japon inquiète
aussi les Européens par son expansion commerciale dans plusieurs secteurs
industriels clés, comme l’acier, l’automobile et l’électronique. Enfin, si le
programme de défense est mené à son terme, le Japon est en passe de deve­
nir une puissance militaire majeure dans l’Asie-Pacifique.
Quant à l’Inde, elle jouit encore d’une certaine autorité morale, grâce au
rôle historique joué par Nehru dans la création du mouvement des non-ali-
gnés, et cela bien qu’elle ait à maintes reprises sacrifié des positions neu­
tralistes en s’alignant sur la diplomatie soviétique (traité d’alliance de 1971)
afin d’obtenir son soutien contre ses deux principaux rivaux : le Pakistan et
la Chine. Mais elle est surtout préoccupée de résoudre ses contradictions
nationales et religieuses. Le mécontentement des sikhs, minorité religieuse
implantée au Pendjab et qui réclame une plus grande autonomie, se trans­
forme en révolte et provoque l’assassinat du Premier ministre, Indirà Gandhi
(31 octobre 1984).

La percée des pays de I’« arc du Pacifique »


LAsie est aussi la région des conflits « dormants ». La question de Corée, qui
n’est pas réglée par l'armistice de 1953, ressurgit en septembre 1983 lors de la
destruction d’un avion de ligne sud-coréen par l’aviation de chasse soviétique.
La situation de la Corée symbolise à la fois la division d’une nation en deux
Etats, le reflet de la division du monde et un risque permanent de reprise des
hostilités entre Pyong Yang et Séoul. C’est enfin un enjeu stratégique pour les
quatre grandes puissances présentes dans la région Asie-Pacifique : les États-
Unis qui y maintiennent des forces militaires depuis les années 1950, l'Union
soviétique au rôle croissant en Asie, la Chine et le Japon qui ont longtemps
rivalisé pour le contrôle de la Corée. Les intérêts parallèles aboutissent à per­
pétuer le statu quo. La Corée du Sud est devenue une puissance industrielle
Un monde déstabilisé (1973-1985) ▼ 153

L’Asie-Pacifique

Source : Le Monde

et commerciale qui connaît des tensions dues à la persistance d’une menace


militaire du Nord et au régime dictatorial.
La question de Taiwan est celle d’un pays, modeste par sa superficie et sa
population, isolé par la volonté de l’Occident. Elle est rendue d’autant plus
paradoxale que l’extraordinaire essor économique de Taiwan en fait une des
nouvelles puissances industrielles d’Asie, un des quatre « dragons ». La solu­
tion au problème de Taiwan est dans l’impasse car l’intégration à la Chine
populaire est refusée par Taipei.
Les pays de 1’« arc du Pacifique », la Corée du Sud, Taiwan, Hong Kong
et Singapour qui ont réussi une remarquable percée sur les marchés mon­
diaux, rivalisent avec les anciens centres industriels d’Europe et d’Amérique
du Nord, et participent ainsi à la redistribution des pôles de puissance dans
le monde.
154 A Les relations internationales depuis 1945

La déstabilisation de l’Amérique latine


Coups d’État et guérillas marquent la période et font de l’Amérique latine
une des régions les plus instables de la planète. Les causes de ces conflits sont
déjà connues. La fragilité des structures économiques, les disparités sociales
et la faiblesse des systèmes politiques facilitent l’extension des guérillas et
la progression des courants marxistes. La domination nord-américaine est
de plus en plus insupportable aux pays d’Amérique latine et en particulier
d’Amérique centrale, qui expriment leur désir d’indépendance vis-à-vis de
leur puissant voisin, dont la politique a d’ailleurs évolué.

L’influence du modèle cubain


La période est donc marquée par de violents soubresauts dus à la lutte entre
les mouvements révolutionnaires marxistes-léninistes et les régimes conser­
vateurs, au moment où plusieurs îles ou territoires britanniques (Jamaïque,
Barbade, Bahamas, Grenade, Bermudes, Belize) et néerlandais (Surinam)
accèdent à l’indépendance. Le développement économique s’accompagne de
telles disparités sociales qu’il favorise la contagion révolutionnaire menée à
partir de Cuba.
Non seulement Cuba est devenue la première démocratie populaire
d’Amérique, mais elle ne cache pas sa volonté d’exporter sa révolution par­
tout en Amérique latine. L’hostilité du gouvernement américain renforce la
popularité de Cuba et fait de Fidel Castro un des héros de l’anti-impéria-
lisme. Cuba soutient des mouvements d’émancipation en Afrique (Angola,
Guinée-Bissau) et agit à la fois pour son propre compte de missionnaire de la
révolution et pour le compte de Moscou. De 1975 à 1985, 200 000 Cubains
participent aux combats en Angola et en Éthiopie. Malgré sa dépendance à
l’égard de l’Union soviétique, son prestige est croissant dans le Tiers Monde,
comme l’atteste la tenue à La Havane (3-9 septembre 1979) du sixième som­
met des pays non alignés.

La crise du leadership américain


Jusqu’à la fin des années 1970, les États-Unis veillent au maintien du statu quo
politique dans l’hémisphère occidental. Certes, ce n’est plus une chasse gardée
des États-Unis. Depuis 1962, ils tolèrent l’existence d’un régime communiste,
allié de l’Union soviétique, dans leur sphère d'influence, mais partout ailleurs
ils pratiquent une politique d’endiguement du communisme, conforme à leurs
intérêts économiques et stratégiques. Ils désapprouvent l’expérience marxiste
menée au Chili par Salvador Allende, qui est renversé le 11 septembre 1973 par
un complot à la tête duquel se trouve le général Pinochet. Ils apportent ainsi
leur soutien à des dictatures et ils éliminent les dirigeants des États jugés dan­
gereux pour leurs intérêts et pour la stabilité de la région.
Un monde déstabilisé (1973-1985) ▼ 155

La politique de Carter (1976-1980). L’attitude des États-Unis à l’égard de


l’Amérique latine subit une profonde transformation sous la présidence de
Jimmy Carter qui proclame son attachement aux Droits de l’homme et au prin­
cipe de la souveraineté des nations. Ainsi, les États-Unis pratiquent une politique
d’aide sélective envers les États latino-américains, réduisant l’appui militaire et
financier aux dictatures du Chili et d’Argentine. Le traité sur le canal de Panama
(16 juin 1978) accorde à la république de Panama la souveraineté progressive
sur la voie d’eau transocéanique et doit supprimer à terme la zone du canal, ter­
ritoire cédé par la république de Panama aux États-Unis en 1903. Ainsi disparaît
une marque de l’impérialisme des États-Unis en Amérique latine.
Le bilan de l’application de la « doctrine Carter » reste cependant incer­
tain. Les forces révolutionnaires, inspirées ou non par le castrisme, en pro­
fitent pour occuper le terrain. Elles s’emparent ainsi du pouvoir dans l’île de
la Grenade, en mars 1979. Au Nicaragua, en juillet 1979, les guérilleros du
Front sandiniste de libération chassent le président Anastasio Somoza. Le
risque de contagion révolutionnaire et l’aide apportée par le nouveau régime
aux maquis du Salvador et du Guatemala inquiètent les États-Unis qui, à par­
tir de l’arrivée au pouvoir de Ronald Reagan en novembre 1980, réagissent
par une aide militaire et financière aux États et aux forces contre-révolution­
naires et par un plan d’aide aux Caraïbes.
Le plan Reagan de février 1982 pour l’Amérique centrale (Initiative pour le
bassin Caraïbe) vise à contenir la subversion en promouvant la démocratie, le
dialogue, le développement et la défense. L'intervention dans l’île de la Grenade,
en proie au désordre, le 25 octobre 1983, traduit la volonté du gouvernement
Reagan de réaffirmer son autorité dans les Caraïbes. Mais le principal problème
est celui du Nicaragua. Cette petite République, qui occupe une situation stra­
tégique dans les Caraïbes, connaît en 1978 une crise aiguë due à la confronta­
tion entre le Front sandiniste (du nom d’Augusto Sandino, 1895-1934, résistant
nicaraguayen qui s’est opposé avec succès à une intervention américaine dans
son pays en 1933) et la famille du président Somoza, qui règne sur le pays depuis
plus de quarante ans. Lâché par les États-Unis, le général Somoza abandonne
le pouvoir (17 juillet 1979) dans une atmosphère de guerre civile. L’aide amé­
ricaine au Nicaragua dirigé par les sandinistes est suspendue et la guerre civile
reprend en 1982, animée par les forces contre-révolutionnaires (Contras) sou­
tenues par l’Amérique de Reagan qui s’inquiète de la présence de Cubains et
de conseillers militaires soviétiques. Mais le Congrès rechigne à renouveler
l’aide militaire aux Contras et le groupe de Contadora (Mexique, Venezuela,
Colombie, Panama), créé en avril 1983, tente une médiation.
Dans leur volonté de maintenir une pax americana en Amérique latine,
les États-Unis doivent tenir compte de la volonté d’indépendance des diri­
geants latino-américains, de l’émergence de nouveaux acteurs comme le
Mexique, le Brésil ou le Venezuela, ainsi que des réserves formulées à l’égard
156 * Les relations internationales depuis 1945

de leur politique par des dirigeants occidentaux (comme celles du président


français, F. Mitterrand).
Cette « crise du leadership américain » sur l’Amérique latine se manifeste
clairement lors de la guerre des Malouines, au printemps 1982. Il s’agit dun
conflit territorial entre la Grande-Bretagne qui occupe les îles Malouines (ou
Falkland) depuis 1833 et l’Argentine qui récuse la souveraineté britannique et
les revendique comme son propre territoire. Ce conflit potentiel dégénère en un
affrontement aéronaval lorsque le président argentin Galtieri fait occuper par
surprise, le 2 avril 1982, Port Stanley, la capitale des Malouines. La guerre tourne
à l’avantage de la Grande-Bretagne, dirigée depuis 1979 par Margaret Thatcher,
la « dame de fer », qui n’hésite pas à envoyer toute la marine anglaise à 11000 km
de Londres pour récupérer des îles où vivent seulement 1 600 personnes. Le
14 juin 1982, les forces britanniques reprennent Port Stanley.
D’un point de vue géopolitique, l’enjeu est peut-être le contrôle du détroit
de Drake, c’est-à-dire l’itinéraire des sous-marins soviétiques entre l’océan
Atlantique et l’océan Pacifique. Sur le plan politique, la crise des Malouines
est mal venue pour l’Occident, qui affronte une contradiction fondamen­
tale. Les États-Unis doivent choisir entre deux types d’alliances, celle de
l’Atlantique-Nord et celle du continent américain. Le président Reagan
prend le parti de soutenir le Royaume-Uni, s’attirant ainsi le ressentiment
de l’Argentine et de nombreux États latino-américains (l’Organisation des
États américains reconnaît la souveraineté argentine sur les Malouines) et
permettant aux Russes et aux Cubains de marquer des points dans la région.
La défaite face au Royaume-Uni explique la chute du régime militaire et l’avè­
nement d’un régime libéral en Argentine. Le président Raoul Alfonsin est
élu président de la République et le nouveau régime entame des poursui­
tes contre les militaires de l’ancienne junte. De façon générale d’ailleurs, la
démocratie fait des progrès en Amérique latine. Le Venezuela et la Colombie,
depuis 1958, le Pérou en 1978, la Bolivie en 1981, le Brésil, l’Argentine et
l’Uruguay en 1984 passent de la dictature et du régime militaire à la démo­
cratie tandis que, après la chute de Duvalier (février 1986), Haïti cherche son
équilibre.

Nouveaux terrains d’affrontement


et nouveaux enjeux
Les ambitions soviétiques dans le Tiers Monde ont longtemps semblé se limi­
ter à l’Asie et au Proche-Orient. À partir des années 1970, la présence et les
intérêts soviétiques se sont considérablement diversifiés, dans l’océan Indien,
dans les Caraïbes, dans l’océan Pacifique et en Afrique où la percée soviétique
a été spectaculaire.
Un monde déstabilisé (1973-1985) ▼ 157

L’océan Indien

Le golfe Persique et l’océan Indien


L’Asie du Sud-Ouest est une région vulnérable où les antagonismes religieux
et les rivalités ethniques, les disparités sociales entretiennent un climat de
tension permanente, illustré par une forte instabilité politique (coups d’Etat
158 A Les relations internationales depuis 1945

au Pakistan, assassinats politiques en Inde). C’est aussi une région vitale pour
l’Occident.
Depuis la crise pétrolière, les grandes puissances accordent une impor­
tance stratégique accrue au golfe Persique, zone essentielle de la produc­
tion pétrolière, et aux routes de l’océan Indien. Par ailleurs, la « corne » de
l’Afrique commande le débouché de la mer Rouge. Or l’Occident s’inquiète
de la poussée soviétique qui s’exerce dans cette partie du monde à la faveur
de la disparition de deux alliés dans le Tiers Monde. À la suite de la chute
de l’empereur d’Éthiopie (12 septembre 1974), une junte militaire prend le
pouvoir en 1977 et s’aligne sur le modèle soviétique. L’Éthiopie devient l’al­
liée privilégiée de l’URSS qui s’appuie également sur l’Inde (traité de 1971),
l’Afghanistan (traité de 1978) et la république populaire du Yémen, ou Yémen
du Sud (traité de 1984). La flotte soviétique dispose ainsi de nombreux points
d’appui dans l’océan Indien. Afin de rééquilibrer le rapport des forces Est-
Ouest en Asie méridionale, les États-Unis n’ont d’autre choix que d’offrir en
1981 leur aide économique et militaire au Pakistan, aide supprimée en 1979,
et de renforcer leur base de Diego-Garcia (îlot de l’océan Indien loué à la
Grande-Bretagne).

Les répercussions de la guerre Iran-Irak


Née desfrustrations d’une modernisation trop rapide, la révolution islamique
qui, en 1978-1979 embrase l’Iran, puis abat le régime du Shah, aboutit à l’ins­
tauration d’une République islamique et bouleverse le paysage politique du
golfe Persique. Sous l’impulsion de l’imam Khomeiny, rentré de son exil en
France pour prendre la tête de la révolution iranienne (1er février 1979), le
nouveau régime adopte dans tous les domaines le contre-pied de la politique
pratiquée par le Shah, considéré par les États-Unis comme « le gendarme du
Golfe », du temps de Mohammed Reza. L’Iran se replie sur lui-même, rédui­
sant de 50 % ses ventes de pétrole, fermant ses frontières aux influences occi­
dentales et prêchant la révolution intégriste dans tout le monde musulman.
Le coup est dur pour l’Occident qui perd un de ses bastions avancés, direc­
tement sous influence de l’URSS par sa frontière avec celle-ci. La révolution
iranienne, par le prosélytisme chiite, sous-tend, renforce et stimule les mou­
vements radicaux islamiques non seulement au Proche-Orient mais dans le
monde entier, de l’Indonésie à l’Afrique noire, en passant par le Maghreb.
Toutefois c’est d’abord dans le golfe Persique que l’Iran constitue un agent de
déstabilisation, dont s’inquiète l’État irakien laïque.
C’est sur ces entrefaites qu’éclate la guerre Iran-Irak. Le 22 septembre 1980,
l’Irak décide d’attaquer l’Iran, en prétextant des incidents de frontière et en
dénonçant le partage des eaux du Chott-El-Arab, conflit traditionnel entre
deux pays que sépare une frontière de 1 500 km. Il s’agit de profiter des diffi­
cultés du nouveau régime de l’Iran pour reprendre ce que le Shah avait arra­
Un monde déstabilisé (1973-1985) ▼ 159

ché à l’Irak par l’accord d’Alger du 6 mars 1975, qui divisait le Chott-El-Arab,
voie d’eau formée par la réunion du Tigre et de l’Euphrate, en deux parties
attribuées à chacun des riverains.
Le commandement irakien croit en une guerre éclair, en profitant de
l’opportunité de la révolution islamique en Iran et de la faiblesse momentanée
de l’armée iranienne. Aux attaques irakiennes (septembre 1980-mars 1982)
succèdent les contre-offensives iraniennes (mars 1982-avril 1984). La guerre
éclair se transforme en une guerre longue : l’Iran forte de 40 millions d’habi­
tants ne s’effondre pas et l’Irak, dont la population est de 14 millions, s’affaiblit.
L’instinct patriotique iranien et les slogans khomeinistes donnent à l’armée
iranienne assez d’énergie pour mener des offensives contre l’Irak. Pendant
les quatre années suivantes (avril 1984-août 1988), Irakiens et Iraniens bom­
bardent tour à tour les villes de l’ennemi et attaquent les navires pétroliers,
provoquant l’internationalisation du conflit. Et la guerre a des effets dans le
monde arabe et au Proche-Orient. Elle révèle les dissensions interarabes. Elle
accélère les reclassements dans la région. L’Iran est soutenu par la Syrie et la
Libye. L’Irak est appuyé par les gouvernements arabes modérés - dont l’Arabie
Saoudite - effrayés des effets que pourrait avoir l’extension de la révolution
iranienne. Le conflit a enfin des conséquences sur la scène internationale et il
modifie les conditions de la compétition entre l’Est et l’Ouest.
L’enjeu de cette guerre, épuisante pour les deux protagonistes, devient
le contrôle du détroit d’Ormuz, par où transite tout le pétrole de la région.
Du coup, le golfe Persique est de plus en plus incertain et voit s’affronter
l’intervention concurrente des États-Unis et de l’Union soviétique. Celle-ci
opère d’abord un rapprochement avec l’Iran, puis renoue ses liens avec l’Irak.
Les États occidentaux perdent tout contact avec l’Iran, au fur et à mesure
de sa radicalisation politique et religieuse et de son soutien avéré aux pre­
neurs d’otages et aux terroristes. Les États-Unis soutiennent l’Irak, mais ils
fournissent secrètement des armes à l’Iran. Ils encouragent les États du golfe
(Arabie Saoudite, Émirats arabes unis, Qatar, Bahreïn et Koweit) à s’unir au
sein du Conseil de coopération du Golfe (26 mai 1981), afin de ne pas perdre
le contrôle du golfe Persique et des considérables réserves de pétrole.

Les réactions face à l’intervention soviétique en Afghanistan


L’événement le plus lourd de conséquences pour la paix mondiale est
l’intervention de l’armée soviétique en Afghanistan à partir de décembre 1979.
En 1978, ce pays archaïque et depuis toujours État-tampon entre la Russie et
l’Inde, est en proie à un coup d'État militaire qui renverse la monarchie et
met en place un gouvernement prosoviétique, dominé par Nur Muhammad
Taraki, chef de l’aile dure du parti communiste afghan. Celui-ci est assas­
siné en septembre 1979 par les partisans du secrétaire du parti, Hafizullah
Amin, que les Soviétiques considèrent comme incapable de faire face à la
160 Les relations internationales depuis 1945

guérilla contre-révolutionnaire. La rébellion se généralise et se transforme en


guerre civile. Aussi Moscou décide-t-il d’intervenir le 27 décembre 1979 en
Afghanistan, engageant plusieurs dizaines de milliers d’hommes et un maté­
riel considérable et mettant en place un nouveau gouvernement dirigé par
Babrak Karmal. S’agit-il, pour Moscou, d’un abandon délibéré de la politique
de détente ou d’un simple accroc à la coexistence ? Pourquoi cette attaque en
force contre un État limitrophe au risque de ternir son image ? Est-ce pour
défendre son glacis ou pour conquérir un avantage stratégique, au seuil du
golfe Persique ?
Les Soviétiques présentent l’intervention comme une opération idéologi­
que, justifiée par la « solidarité prolétarienne ». Il s’agit d’empêcher, conformé­
ment à la doctrine Brejnev, qu’un pays entré dans le camp socialiste en sorte.
Mais c’est aussi un acte stratégique : il permet de prendre position à proxi­
mité du golfe Persique, au contact direct du Pakistan, allié des États-Unis, et
de l’Iran, en pleine révolution.
Les Soviétiques n’ont probablement pas mesuré l’ampleur des réactions
que leur intervention susciterait. L’Assemblée générale des Nations unies
la condamne par 104 voix pour, 18 contre et 18 abstentions. Les minis­
tres des Affaires étrangères des pays islamiques, réunis en janvier 1980
à Islamabad (Pakistan), sont unanimes à dénoncer « l’agression contre
le peuple afghan ». Les pays occidentaux perçoivent cette intervention
comme une agression remettant en cause la détente, car sous le couvert de
l’idéologie, l’Union soviétique exige le développement infini de son fameux
glacis.
La riposte du président Carter, sous la forme d’un embargo d’ailleurs
partiel des ventes de céréales et des équipements de haute technologie à
l’Union soviétique et du boycott des Jeux olympiques de Moscou de 1980,
ne fait pas reculer les Soviétiques. En revanche, l’affaire d’Afghanistan a
pour effet de secouer l’Amérique, longtemps inhibée par le syndrome viet­
namien, et pèse dans le mouvement d’opinion qui aboutit à l’élection en
novembre 1980 du républicain Ronald Reagan, réputé pour son antisovié­
tisme et son hostilité à la détente. Sur le terrain, la ténacité de la résis­
tance afghane empêche l’armée soviétique d’obtenir une solution militaire
et l’amène en fait à une situation d’échec semblable à celle de la guerre du
Viêt-nam.

L’Afrique
Jusqu’en 1975, l’Afrique est restée en grande partie à l’écart de la confronta­
tion entre l’Est et l’Ouest, et dans la mouvance des États d’Europe occiden­
tale. Dans la période 1975-1985, l’Afrique, victime des rivalités des grandes
puissances, en proie aux famines, ravagée par des conflits armés, connaît une
détresse plus profonde que du temps de la colonisation.
Un monde déstabilisé (1973-1985) ▼ 161

L’accession à l’indépendance des dernières colonies


Certes, en Algérie et au Congo, la décolonisation - qui s’est opérée avec vio­
lence - a provoqué des affrontements. Mais d’une façon générale, la plupart
des Etats ayant acquis leur indépendance dans la paix ont maintenu leurs
liens avec leur ancienne métropole, en particulier par le biais de groupements
d’Etats, comme le Commonwealth, la Communauté française ou l’ensemble
des États francophones.
Les seuls territoires à n’être pas alors décolonisés sont les colonies portu­
gaises, qui deviennent indépendantes à la suite de la révolution portugaise
du 25 avril 1974. Dès le 6 mai, la junte propose un cessez-le-feu général aux
colonies. Le 26 août 1974 est signé à Alger un accord sur l’indépendance de
la Guinée portugaise (Bissau) et des îles du Cap-Vert ; le 6 septembre, inter­
vient l’accord de Lusaka sur l’indépendance du Mozambique où le Frelimo
(organisation armée du Front de libération du Mozambique) s’empare aussi­
tôt du pouvoir. Et le 26 novembre, c’est lé tour des îles Sao Tomé et Principe.
En Angola, plusieurs mouvements de libération se disputent le pouvoir et
proclament la République le 11 novembre 1975. L’UNITA (Union natio­
nale pour l’indépendance totale de l’Angola) est aidée par l’Afrique du Sud.
L’URSS et Cuba apportent un soutien de plus en plus important en matériel
et en volontaires au MPLA (Mouvement populaire de libération de l’Angola),
ce qui lui permet de prendre le dessus, sans toutefois pouvoir venir à bout de
la guérilla menée par l’UNITA. L’Angola accède donc à l’indépendance dans
une atmosphère de guerre civile.

Les raisons économiques de l’enjeu africain


Or le continent africain devient à la fin des années 1970 un enjeu capital
pour plusieurs raisons. Il est constitué d’États économiquement faibles et
politiquement instables, aux frontières artificielles, souvent déchirés par des
conflits sociopolitiques. Il recèle d’immenses richesses minières.
Au début des années 1980, l’Afrique produit une proportion notable des
minerais vitaux pour le monde industrialisé, soit 75 % des diamants, 70 % de
l’or et du cobalt, 50 % du vanadium et du platine, 30 à 35 % du chrome et du
manganèse, 20 % de l’uranium et du cuivre.
En outre, en raison de la multiplication des supertankers, le trafic pétro­
lier en provenance du golfe Persique vers l’Europe délaisse le canal de Suez et
emprunte la route du cap de Bonne-Espérance à l’extrême sud de l’Afrique.
Au début des années 1980, 60 % du pétrole à destination de l’Europe et 30 %
du pétrole à destination de l’Amérique passent par là. Le contrôle de cette
route et de ses étapes est essentiel. C’est pour toutes ces raisons que l’Afrique
- notamment l’Afrique australe - devient un enjeu stratégique majeur et une
nouvelle zone de compétition entre les deux blocs.
162 A Les relations internationales depuis 1945

L’implantation communiste
Le fait nouveau est l’intrusion des États communistes, URSS, Cuba, Chine,
sur la scène africaine qui, à la faveur de la décolonisation portugaise et des
révolutions malgache et éthiopienne, avancent leurs pions en Afrique.
La percée africaine de Moscou est due à sa solidarité inconditionnelle
avec les luttes de libération et à une importante aide financière aux mou­
vements de rébellion (SWAPO de Namibie, ANC de Rhodésie) ; la tournée
en Tanzanie, Zambie, Mozambique, de Nicolaï Podgorny (22 mars-1er avril
1977) est le premier voyage d’un chef d’État soviétique en Afrique noire.
L’intervention soviétique, fondée sur des moyens de transport considérables
— avions gros porteurs à long rayon d’action, puissantes flottes marchandes
et militaires -, n’est pas exempte d’à-coups, comme le montrent les échecs
subis en Égypte, au Soudan et en Somalie. C’est pourquoi son action est le
plus souvent indirecte. Elle prend la forme d’envoi de spécialistes, originaires
d’Allemagne de l’Est ou de Cuba.
La vocation africaine de Cuba, manifeste dès la tournée de Che Guevara
en 1965, se concrétise en 1975 par l’intervention massive des Cubains en
Angola. En Angola et au Mozambique, l’intervention des soldats cubains
(opération « Cariota »), eux-mêmes appuyés par l’envoi de matériel soviéti­
que grâce à un pont aérien, permet au Frelimo de triompher au Mozambique
et au MPLA de remporter en Angola contre les deux autres mouvements
de libération proches des Occidentaux. L’implantation militaire de Cuba,
en Angola, au Mozambique, en Éthiopie, en Tanzanie, au Congo, en Sierra
Leone, fait d’elle la première puissance étrangère sur le continent noir. La
relation Moscou-La Havane en Afrique est complexe. Cuba agit à la fois en
mercenaire de Moscou et de façon autonome en « missionnaire ». Du 12 au
30 mars 1977, Fidel Castro se rend tour à tour en Libye, Somalie, Éthiopie,
Tanzanie, Mozambique et Angola.
En Afrique orientale, l’Union soviétique s’implante d’abord en Somalie, à la
suite du coup d’État de Syad Barré en 1969. Elle lui apporte une aide écono­
mique et militaire, conclut même un traité d’amitié et de coopération. Puis en
1976, au terme d’un véritable retournement d’alliances, elle délaisse la Somalie
pour l’Éthiopie, devenue communiste après la chute de l’empereur Hailé Sélassié
(12 septembre 1974), remplacé par de jeunes officiers convertis au marxisme-lé­
ninisme. À la suite d’une tentative de coup d’État (3 février 1977), le lieutenant-co­
lonel Mengistu Hailé Mariam devient chef de l’État. Une répression impitoyable
s’ensuit. Et surtout, l’Éthiopie se lance à la reconquête de l’Ogaden, vaste plateau
semi-désertique peuplé de populations somalis que les troupes somaliennes ont
annexé à leur pays. Aidés par 20 000 soldats cubains, les Éthiopiens repren­
nent l’Ogaden en mars 1978 et viennent à bout de la guérilla menée par les
autonomistes de l’Érythrée, colonie italienne jusqu’en 1941, administrée par les
Britanniques jusqu’en 1952 et confiée depuis lors à l’Éthiopie par l’ONU.
Un monde déstabilisé (1973-1985) ▼ 163

En quelques années, l’influence soviétique a donc accompli des progrès


considérables. L’Angola et l’Éthiopie, membres du COMECON, le Mozambique,
le Congo, le Bénin, sont devenus des bastions de la politique de Moscou, qui
entretient par ailleurs de bonnes relations avec l’Algérie et la Libye.

Les réactions occidentales


Face à cette poussée, les réactions occidentales apparaissent limitées. Sous
la présidence de J. Carter, les États-Unis ont pris leurs distances par rap­
port à l’Afrique du Sud ; ils ont favorisé l’avènement au Zimbabwe (ex-
Rhodésie) d’un gouvernement dominé par une majorité noire et se sont
abstenus d’intervenir directement. En outre, hanté par l’affaire vietnamienne,
le Congrès refuse de voter des crédits pour une aide militaire nouvelle. La
présidence de Reagan correspond à une reprise de la politique de soutien
à l’Afrique du Sud, aux maquis anticommunistes, en particulier en Angola,
et aux régimes conservateurs, comme celui du Zaïre. La politique britanni­
que est discrète et dans certains cas, efficace, comme dans la transition du
Zimbabwe vers l’indépendance, en 1980. Mais la position du Premier minis­
tre Margaret Thatcher à l’égard de l’Afrique du Sud est jugée trop conciliante
et suscite en 1986 une grande crise au sein du Commonwealth.
De son côté, la France a presque sans interruption constitué unfrein à la dés­
tabilisation du continent africain et à l’expansionnisme soviétique. De fait, elle y
joue le rôle de gendarme régional. La France a conservé des liens privilégiés avec
certains États comme le Sénégal, la Côte-d’Ivoire et le Gabon ou en a noué de
nouveaux avec le Zaïre. L’implantation militaire de la France (10 000 hommes)
se situe en premier lieu dans des départements ou territoires d’outre-mer : îles
de la Réunion et Mayotte (qui, lors du référendum du 8 février 1976, a voté pour
le maintien de l’union avec la France à la différence des autres îles de l’archipel
des Comores), dans le territoire des Afars et des Issas, devenu indépendant le
27 juin 1977, et dans trois bases françaises, au Sénégal, en Côte-d’Ivoire et au
Gabon. La France a également passé des accords militaires avec la plupart de
ses anciennes colonies pour la fourniture d’armes et de conseillers militaires.
La France soutient les pouvoirs en place. Elle apporte son aide au Zaïre
pour sauver le régime du président Mobutu menacé en avril 1977 par l’incur­
sion au Shaba de troupes étrangères venant de l’Angola, puis lors de l’opéra­
tion de Kolwezi (19 mai 1978), cité minière que les Angolais menacent. Elle
intervient militairement au Tchad contre les incursions de la Libye et la gué­
rilla du Frolinat (Front de libération nationale du Tchad), et elle aide le Maroc
et la Mauritanie dans leur lutte contre le Front Polisario.
Mais l’Afrique n’est pas seulement le lieu de la confrontation des puissan­
ces. Elle compte aussi des acteurs régionaux, comme l’Algérie et la Libye.
164 A Les relations internationales depuis 1945

Les acteurs régionaux


LAlgérie, sous la direction de Houari Boumedienne (1965-1978), joue dans
les années 1970 un grand rôle dans l’orientation du mouvement des non-
alignés, les efforts de ce dernier pour un nouvel ordre économique mondial
et ses nombreuses actions de médiation entre l’Iran et l’Irak, la Libye et le
Tchad, et entre les factions de la résistance palestinienne. Elle incarne l’État
tiers-mondiste par excellence.
La Libye, pays très peu peuplé (4 millions d’habitants), mais doté
d’immenses ressources pétrolières, est dirigée, depuis la révolution du
1er septembre 1969 qui a renversé la monarchie, par le colonel Kadhafi.
Sa politique extérieure, marquée au début par le refus de la politique des
blocs et donc par son hostilité aux deux Grands, s’est muée en un rappro­
chement de plus en plus étroit avec l’Union soviétique. Mais c’est avant
tout un nationaliste arabe, qui met les richesses pétrolières de son pays
au service de l’Islam et de la propagande révolutionnaire. Au début des
années 1980, l’Occident voit la « main de Kadhafi » partout et la tension
entre les Américains et les Libyens atteint son apogée lors du bombarde­
ment de Tripoli et de Benghazi par une cinquantaine d’avions de chasse
et bombardiers américains dans la nuit du 14 au 15 avril 1986. Cependant
l’influence de Kadhafi est érodée par l’effondrement des prix du pétrole
à partir du début des années 1980 et par ses déclarations intempestives,
ainsi que par ses interventions militaires au Tchad.

Les conflits régionaux


Le Tchad, avec 1 284 000 km2 et moins de 8 millions d’habitants, est composé
de populations très variées, chrétiens et animistes au Sud, musulmans au Nord,
dont les conflits internes, attisés par la Libye voisine, aboutissent à une situation
de rébellion et à une intervention des troupes françaises et libyennes (avril 1978-
mai 1980). En 1979, les accords de Lagos reconnaissent le gouvernement de
Goukouni Oueddeï comme le gouvernement légitime qui, chassé du pouvoir par
un autre leader, Hissène Habré, en juin 1982, repart à la conquête de la capitale,
N’Djamena, aidé par les Libyens. La partie nord du Tchad est en effet convoitée
par la Libye dont les forces s’emparent de Faya-Largeau en juillet 1983. Après
beaucoup d’hésitations, le gouvernement français engage des unités parachu­
tistes dans le cadre de l’opération Manta, qui tourne court (août 1983-novem-
bre 1984) en raison de l’accord réalisé entre Paris et Tripoli concernant une
évacuation totale du Tchad (17 septembre 1984). Mais les attaques des troupes
prolibyennes de Goukouni Oueddeï se poursuivant, la France intervient à nou­
veau par le dispositif aérien Épervier (février 1986) et soutient Hissène Habré
dont les troupes reconquièrent les régions septentrionales occupées par les
Libyens (mars 1987), à l’exception de la bande d’Aouzou (114 000 km2) située
dans l’extrême nord du Tchad et annexée par Tripoli depuis 1973.
Un monde déstabilisé (1973-1985) ▼ 165

Le Sahara occidental, au temps de la colonisation, était devenu espagnol


par un accord avec la France. Cet espace désertique de 256 000 km2 attire les
convoitises des pays voisins devenus indépendants : Algérie, Mauritanie et
Maroc. Pour appuyer ses revendications sur ce territoire, le roi Hassan II du
Maroc lance une marche pacifique vers le Sahara occidental (novembre 1975).
Au moment de l’agonie du général Franco, des négociations tripartites abou­
tissent à un accord signé le 14 novembre 1975 entre l’Espagne, le Maroc
et la Mauritanie en faveur d’une autodétermination du territoire peuplé
de 74 000 habitants qui devrait aboutir à un partage entre le Maroc et la
Mauritanie. Le mouvement de libération, le Front Polisario (Front populaire
de libération de la Saghia el Habra et du Rio de Oro), constitué en 1973, favo­
rable alors à une union avec la Mauritanie, est poussé par l’Algérie à récla­
mer son autodétermination. Au moment du départ des soldats espagnols, il
proclame le 27 février 1976 la « République arabe Sahraouie démocratique »,
reconnue aussitôt par le gouvernement algérien. Les relations se tendent alors
entre le Maroc et l’Algérie jusqu’à de violents affrontements entre leurs trou­
pes respectives au Sahara occidental (janvier 1977). Le Front Polisario, de son
côté, mène une guérilla incessante sous forme de raids et de sabotages contre
la Mauritanie, qui se retire du conflit après la chute du président Moktar Ould
Daddah (10 juillet 1978), et surtout contre le Maroc qui souhaite conserver
la partie Nord, riche en phosphates. La reconnaissance par l’Organisation de
l’unité africaine de l’État sahraoui (février 1982) et son admission à l’OUA
(1984) provoquent une crise grave avec le Maroc qui, de plus en plus isolé en
Afrique, doit accepter le principe d’un référendum d’autodétermination.
C’est un exemple parmi d’autres de l’impuissance de l’Organisation de
l’unité africaine, qui non seulement ne réalise pas l’idéal panafricain, mais
fonctionne comme un simple cartel de chefs d’État. Bien loin de résoudre
les différends entre États-membres, l’OUA ne fait rien, sous le couvert du
principe de « non-ingérence dans les affaires intérieures des États » (article 3
de la charte de l’OUA). La balkanisation menace l’Afrique, où le jeu diploma­
tique se déploie à l’échelle des différentes sous-régions et où les critères de
division entre modérés et progressistes, entre francophones, anglophones et
lusophones, entre petits et grands États ne manquent pas. Face au Nigeria,
géant de l’Ouest africain (83 millions d’habitants et une armée non négligea­
ble), sept États de l’Afrique occidentale francophone ont conclu un accord de
non-agression et d’assistance en matière de défense (ANAD) le 9 juin 1977.
Du coup, l’Afrique reste l’enjeu de la confrontation internationale.
Le problème de l’Afrique du Sud devient dans les années 1970 un pro­
blème international. Cet ancien dominion britannique, devenu indépendant,
avait développé dans les années 1950, une politique de séparation raciale
(apartheid) sous la direction d’Henrick Verwoerd (1958-1966), John Vorster
(1966-1978) et Pieter W. Botha (1978-1989).
166 Les relations internationales depuis 1945

L’Union sud-africaine est un pays où la minorité blanche (20 %) est confrontée


à une forte population noire (près de 70 %), indienne et métisse (10 %). Après les
indépendances africaines, la décolonisation des territoires portugais (1974) et la
chute de Tsiranana, président de Madagascar (1972), l’Afrique du Sud n’est plus
à l’abri des événements extérieurs. Son glacis protecteur disparaît et, à l’intérieur,
on assiste à une résurgence du nationalisme noir antiapartheid, sous la direc­
tion - parfois contestée - de YAfrican National Congress (ANC) fondée en 1912.
L’Afrique du Sud est de plus en plus violemment critiquée et tenue en quaran­
taine par l’ensemble des pays africains qui veulent aider leurs frères de couleur. La
pression de la communauté internationale sur Pretoria s’accentue. Malgré l’ins­
tauration de l’état d’urgence, les violences se poursuivent dans les cités noires,
comme à Soweto en juin 1976 et en octobre 1977, à l’initiative de l’ANC.
Washington et Londres continuent de s’opposer à des pressions écono­
miques contre Pretoria. Quelles que soient la solidarité et la sympathie que
peuvent éprouver les gouvernements occidentaux à l’égard de la lutte de
la majorité noire, ils sont néanmoins sensibles aux enjeux économiques et
stratégiques. L’Afrique du Sud est placée à un carrefour géostratégique : la
route maritime du Cap est une des routes les plus fréquentées, en particulier
par les pétroliers en provenance du golfe Persique. Elle possède des mine­
rais précieux (or, platine, diamant) et des matériaux hautement stratégiques
(chrome, manganèse, vanadium). Enfin sa présence s’oppose à l’extension de
l’influence soviétique sur le continent noir.
De plus en plus isolée, l’Union sud-africaine essaie de renforcer sa position
vis-à-vis des pays africains voisins et multiplie la création d’États indigènes,
les Bantoustans : le Ciskei, le Venda, le Bophutha-tswana, le Transkei. Ces
pays sont théoriquement indépendants, mais toute leur économie dépend de
l’Afrique du Sud. Le régime du président Botha, en imposant sa supériorité
militaire à ses voisins, réussit à cadenasser ses frontières. Tout en poursui­
vant son aide aux mouvements de maquisards qui luttent contre les régimes
de Luanda (Angola) et de Maputo (Mozambique), Pretoria ne cesse de se
livrer à des incursions armées en territoire angolais, sous prétexte de pour­
chasser les nationalistes namibiens de la SWAPO. Le cordon protecteur de
l’Afrique du Sud comprend aussi la Namibie et la Rhodésie.
Le cas de la Namibie est particulier. Ancienne colonie allemande du
Sud-ouest africain, confiée en mandat à l’Afrique du Sud, cet immense terri­
toire de 824 000 km2 qui recèle des richesses minières considérables, est agité
par un mouvement de libération, la South WestAfrican People’s Organization
(SWAPO), soutenue par le MPLA et par l’Union soviétique. En Rhodésie, la
minorité blanche (4 %) de cette colonie de la Couronne britannique proclame
son indépendance contre le Royaume-Uni en 1965 et réussit à s’opposer avec
succès aux mouvements d’opposition noirs. La médiation britannique per­
met de faire évoluer la Rhodésie - sous le nom de Zimbabwe - vers la forme
Un monde déstabilisé (1973-1985) ▼ 167

d’une association au gouvernement des noirs et des blancs. Elle accède offi­
ciellement à l’indépendance en avril 1980.

Le Pacifique
L’océan Pacifique est depuis 1945 un des lieux d'affrontement des grandes puis­
sances dont l’importance s’accroît chaque jour davantage. Après la bataille du
Pacifique pendant la Seconde Guerre mondiale, la guerre froide tourne au
conflit ouvert, à l’occasion de la guerre de Corée et des conflits de décolo­
nisation. Les archipels accèdent à l’indépendance : après les îles Fidji (1970),
la Papouasie-Nouvelle-Guinée (septembre 1974), c’est le tour des Nouvelles
Hébrides, ancien condominium franco-britannique, qui devient un État sous
le nom de Vanuatu (juillet 1980). Sous l’impulsion des pôles de puissance et de
développement situés sur son pourtour, le Pacifique, qui était « l’espace vide »
soumis à l’influence américaine, apparaît comme un gigantesque échiquier où
une partie se joue à quatre : États-Unis, Union soviétique, Chine, Japon.
Face à la présence américaine de l’Alaska aux Philippines, grâce en particu­
lier à la concession des bases de Subie Bay et Clarke (jusqu’en septembre 1992),
en passant par les avant-postes d’Hawaï et de la Corée, l’Union soviétique
multiplie les bases navales, au Kamtchaka, à Sakhaline, à Vladivostock et à
Cam-Ranh et Danang, sur la côte du Viêt-nam.
Le Pacifique, au moment où il cesse d’être un « lac américain », suscite un
intérêt renouvelé des États-Unis pour cette région, vers laquelle se déplace
le centre de gravité du pays et où le commerce transpacifique dépasse en
importance les échanges transatlantiques. En outre, la reprise des relations
diplomatiques avec la Chine, le programme de modernisation et d’ouverture
économique annoncé par Teng Hsiao-Ping relancent la fascination améri­
caine pour l’Asie-Pacifique, malgré la concurrence de plus en plus vive du
Japon et des « Quatre dragons ».
Le Pacifique-Sud était par tradition une zone tranquille de micro-États
protégés par l’Australie agissant comme « gendarme régional » dans le cadre
du pacte de l’Anzus (Australie, Nouvelle-Zélande, États-Unis) signé en 1951.
Récemment, les tensions politiques se sont multipliées, entraînant coups
d’État comme aux Fidji, émeutes, crises constitutionnelles, et font apparaître
que les équilibres hérités de l’époque coloniale sont en train de se lézarder.
Les velléités isolationnistes des Néo-Zélandais, qui interdisent les escales de
navires nucléaires, remettent en cause l’Anzus, confirmant un peu plus l’Aus­
tralie dans son rôle de puissance militaire régionale. Les terres du Pacifique
ne sont plus à l’abri des convulsions internationales.
La Nouvelle-Calédonie est un des théâtres de ces affrontements. Le sort
de ce territoire français d’outre-mer, riche de son nickel et d’une population
de 150 000 habitants - Mélanésiens et Européens -, intéresse les pays rive­
rains du Pacifique. La souveraineté de la France sur la « grande île » y est
168 A. Les relations internationales depuis 1945

vivement contestée par le FLNKS (Front de libération kanake socialiste) et


l’état d’urgence instauré. Aux élections régionales de septembre 1985, les
anti-indépendantistes l’emportent, mais la violence continue. L’adoption par
référendum, le 6 novembre 1988, du statut de la Nouvelle-Calédonie et le
retour au calme ont apaisé ce conflit. Pour la France, l’enjeu est la présence
dans une région clé sur le plan économique et surtout stratégique. La France
tient à la libre disposition du Centre d’expérimentation du Pacifique, situé
à Mururoa à 1 200 km de Tahiti, dont la perte serait grave pour la force de
dissuasion, et à la possibilité d’effectuer des essais nucléaires, contestée par
les États de la région, et l’organisation pacifiste et écologique, Greenpeace
(affaire du Rainbow-Warrior, 10 juillet 1985).
Le poids économique de la région Asie-Pacifique, son importance straté­
gique en font désormais une région essentielle.
Chapitre 5

La fin du monde bipolaire


(1985-1992)

l faut remonter à 1985 pour saisir les origines immédiates de la fantastique


I accélération de l’Histoire, évidente depuis 1989. En fait, toutes les bases sur
lesquelles le monde a vécu non seulement depuis 1945, mais même depuis
1917, sont ébranlées. Les conséquences de la Seconde Guerre mondiale sont
effacées ; l’Allemagne unifiée et le Japon sont redevenus des puissances. Le
communisme chancelle et l’économie de marché paraît triompher partout.
L’Union soviétique, contrainte à un repli généralisé, éclate en plusieurs répu­
bliques. À la faveur de la fin de la guerre froide, les tensions s’apaisent ; le
modèle occidental de démocratie parlementaire s’étend, mais avec la résur- .
gence du fait national, le nouvel ordre international en gestation signifie-t-il
pour autant la fin des conflits ou un désordre généralisé ?
En contradiction avec l’affirmation sur « la fin de l’histoire », la guerre
du Golfe replonge le monde dans une atmosphère de guerre. En 1992, le
monde a radicalement changé mais il n’est pas devenu entièrement pacifique
et démocratique. Deux phénomènes dans l’ordre économique et dans l’ordre
politique, attestent du changement en 1985.
De 1985 jusqu’en 1990, le monde occidental connaît une forte expansion.
Deux facteurs expliquent la fin de la crise économique qu’avait connue le
monde depuis 1973. D’abord la baisse du prix du pétrole, en raison du ralentis­
sement de la demande, de l’arrivée sur le marché de producteurs non membres
de l’OPEP (Norvège, Royaume-Uni) et de l’augmentation des énergies de substi­
tution (énergie nucléaire). La chute de la consommation jointe à l’augmentation
de la production provoque des surcapacités énormes. Le deuxième facteur est
la reprise de la croissance, due au boom économique que connaissent les États-
Unis grâce à leur politique de désinflation ; avec une hausse des prix limitée et
une baisse sensible du chômage, leur nouvelle prospérité se transmet à toute
l’économie mondiale. Pour remédier aux fluctuations du dollar, les ministres des
Finances des sept pays les plus industrialisés s’accordent sur une stabilisation
170 A Les relations internationales depuis 1945

relative, concrétisée par les accords du Plaza à New York (22 septembre 1985) et
du Louvre à Paris (22 juin 1987). De 1985 à 1989, le monde occidental connaît
une nouvelle période d’expansion grâce aux progrès de la technologie, au déve­
loppement de l’informatique, à l’intensification des échanges et des services.
Mais ce retour de la croissance est fragile, ainsi que l’attestent un important taux
de chômage, les fluctuations des cours des valeurs boursières (comme le krach
du 19 octobre 1987 à Wall Street), et surtout la fragilité d’un système monétaire
international, toujours fondé sur les États-Unis, pays endetté et déficitaire.
Avant même la crise du Golfe (1990-1991), le monde occidental replonge
dans la récession caractérisée par la flambée momentanée du prix du pétrole,
la fragilité des marchés boursiers, le ralentissement de l’activité économique,
l’aggravation du chômage, d’autant plus que les principaux acteurs adoptent
des positions contradictoires quant aux taux d’intérêt.
Le deuxième phénomène est d’ordre politique. C’est l’accession au pouvoir
de Mikhaïl Gorbatchev, élu le 11 mars 1985 secrétaire général du Parti com­
muniste soviétique. Cet événement n’a pas seulement des conséquences sur le
plan intérieur. La perestroïka (restructuration) affecte tous les aspects de l’Êtat
et de la société soviétiques. Désormais, l’exigence de la glasnost (transparence)
enclenche le processus de rupture. Les changements à la tête de l’Union soviéti­
que, le retour d’exil (mai 1989) de l’académicien dissident Andreï Sakharov, assi­
gné à résidence à Gorki depuis 1980, l’élection de Mikhaïl Gorbatchev comme
chef de l’État (mai 1989) montrent que l’immobilisme brejnévien est bien mort.
En politique extérieure aussi, la politique de mouvement crée des ondes de
choc. Car, afin de consacrer l’énergie soviétique à la reconstruction économi­
que, Gorbatchev doit limiter les engagements internationaux de l’URSS.
En 1985, le redémarrage de l’expansion économique et la révolution gor-
batchévienne ont des répercussions considérables. Elles permettent la reprise
d’un dialogue constructif américano-soviétique, une véritable révolution en
Europe de l'Est et la détente planétaire. Une nouvelle configuration inter­
nationale prend forme.

La fin de la guerre froide


La fin de la guerre froide a des effets immédiatement positifs : règlement de
conflits régionaux, engagement du processus démocratique, mais elle n’est
pas « la fin de l’histoire » que certains escomptaient. Bien loin d’instaurer un
nouvel ordre mondial, elle engendre plutôt le désordre.

Ordre ou désordre mondial ?


Avec une facilité déconcertante, en quelques années, sinon en quelques mois, s’est
engagé le règlement de situations qui semblaient bloquées et de conflits réputés
interminables. Les deux Allemagnes se réunifient, le mur de Berlin est tombé,
La fin du monde bipolaire (1985-1992) ▼ 171

les troupes soviétiques ont quitté l’Afghanistan, la guerre Iran-Irak a pris fin, les
soldats viêtnamiens ont évacué le Cambodge, l’Afrique du Sud laisse la Namibie
accéder à l’indépendance. Non seulement les euromissiles sont démontés, mais
ils sont détruits, en application du traité FNI (Forces nucléaires intermédiaires)
qui apparaît comme le modèle du nouvel esprit Est-Ouest. Des signes de détente
apparaissent partout, entre le Maroc et le Front Polisario (30 août 1988), entre
Grecs et Turcs (premier sommet gréco-turc depuis 1978, en janvier 1988), entre
Chypriotes grecs et Chypriotes turcs (24 août 1988), entre Coréens du Nord et
Coréens du Sud (septembre 1990). Appelés pour rétablir l’ordre en 1987, mais
peu pressés de retirer leurs troupes, les Indiens finissent par évacuer le Sri Lanka
en juillet 1989. Les Éthiopiens négocient avec les Érythréens sous les auspices de
l’ex-président Carter (septembre 1989). Les relations diplomatiques sont rétablies
entre l’Argentine et la Grande-Bretagne le 15 février 1990. Les deux Yémen créent
un État unique le 21 mai 1990 mais se combattent en 1994. Catholiques et pro­
testants irlandais s’asseoient à la même table (juin 1991) et la déclaration anglo-
irlandaise (déc. 1993) annonce la fin de la guerre civile. Israéliens et Palestiniens
se reconnaissent mutuellement (9 septembre 1993). Le monde serait-il devenu
plus sage ? Et se convertirait-il à la démocratie ? D’un autre côté, l’heure est au
réveil des nationalismes et à la renaissance des intégrismes religieux, en Europe
centrale et orientale, mais aussi en Asie et en Afrique.

Une conversion difficile à la démocratie


Jusqu’à ces dernières années, la démocratie était un régime politique mino­
ritaire dans le monde, limité à l’Europe occidentale, à l’Amérique du Nord,
au Japon et à quelques autres États. La fin des années 1980 sont le théâ­
tre d’une universalisation de la démocratie. En Europe d’abord, avec la
démocratisation de l’Europe de l’Est. Certaines des démocraties populai­
res ont donné l’exemple, comme la Pologne (légalisation de Solidarité en
août 1988) ou la Hongrie, mais toutes suivent le même chemin à la suite
de manifestations (été-automne 1989). Après la constitution de gouver­
nements dirigés par des non-communistes ou composés en majorité de
non-communistes, interviennent des élections démocratiques ou partiel­
lement libres qui, généralement, expriment le rejet du régime et du parti
communistes. En Pologne, l’ancien leader de Solidarité, Lech Walesa, est
élu président (9 décembre 1990). En Roumanie, le régime dictatorial est
renversé (22 décembre 1989) et le dictateur Ceauscescu exécuté. Même
l’Albanie, dernier bastion du stalinisme en Europe, est entraînée dans la
spirale démocratique. Dans l’ex-Union soviétique, la démocratisation est
accélérée par l’échec du putsch conservateur (19 août 1991).
Hors d’Europe, aussi, la nouvelle détente est favorable à la chute des dicta­
tures et à l’établissement de régimes plus libéraux. En Argentine, en Uruguay,
au Brésil, de nouveaux présidents ont été élus au suffrage universel. Au Chili,
172 A Les relations internationales depuis 1945

la succession du général Pinochet est assurée en douceur (décembre 1989). Au


Paraguay, le général Stroessner, à la tête d’un régime dictatorial depuis 1954, est
renversé (février 1989) par un autre général qui se soumet aussitôt au verdict
des urnes. Au Nicaragua, l’opposition libérale remporte les élections contre
le candidat sandiniste (février 1990). La réconciliation nationale au Salvador,
conclue en janvier 1992, est définitivement scellée en décembre 1992.
En Corée du Sud, un civil (le premier depuis trente ans) est élu président
(février 1993). Aux Philippines, à la suite des élections présidentielles, après
plus de vingt ans d’un régime autoritaire (1965-1986), le président Marcos est
contraint de s’exiler sous la pression de la population, d’une partie de l’armée
et des États-Unis, et de céder la place à Mme Cory Aquino (25 février 1986).
Partout en Afrique, le pragmatisme l’emporte sur l’idéologie marxiste-léniniste
et le multipartisme se généralise (Gabon, Côte-d’Ivoire, Zambie). Au Bénin, le
régime marxiste-léniniste, instauré en 1972 après un putsch militaire, se libéralise
(28 février 1990). En Éthiopie, la dictature du colonel Mengistu (qui dure depuis
1977) est chassée du pouvoir (mai 1991). La relève démocratique a enfin lieu à
Madagascar avec l’élection présidentielle de février 1993. En Afrique du Sud, le
nouveau chef de l’État (14 septembre 1989), F. de Klerk, rassuré par le recul du
communisme dans les pays de la « ligne de front », confirme sa volonté de sup­
primer l’apartheid. Il fait libérer Nelson Mandela le 11 février 1990 et engage des
discussions avec des mouvements nationalistes noirs (dont l’ANC). Les dernières
lois d’apartheid sont abrogées (juin 1991) et les premières élections multiraciales
(avril 1994) donnent le pouvoir à l’ANC et à Nelson Mandela, élu président.
Mais l’évolution vers la démocratie connaît bien des exceptions. En Asie,
par exemple en mai-juin 1989 à Pékin, on assiste à l’écrasement du mou­
vement de libéralisation (symbolisé par les rassemblements étudiants place
Tiananmen) et à la normalisation, malgré la pression des Occidentaux ; la loi
martiale instaurée le 20 mai 1989 est levée le 10 janvier 1990. En Inde, l’assassi­
nat, en mai 1991, de Rajiv Gandhi (Premier ministre de 1984 à 1989) reflète la
crise qui secoue le sous-continent indien. Les affrontements religieux ensan­
glantent l’Inde et l’Afghanistan. En Amérique latine, le départ de Jean-Claude
Duvalier (7 février 1986) signifie la fin de la dynastie Duvalier en Haïti, mais
pas le retour à la démocratie mise à mal par un putsch (1991-1994). Des coups
de force secouent aussi le Venezuela (février et novembre 1992), le Pérou
(novembre 1992) miné par la guérilla du Sentier lumineux, la Colombie ron­
gée par le trafic de drogue, et le Brésil où, au terme d’une grave crise politique
(décembre 1992), le président Collor est contraint à la démission. En Afrique,
le Togo, le Zaïre sont agités par des soubresauts violents. En Algérie, à la suite
des émeutes d’octobre 1988, la voie ouverte à la démocratie (février 1989) est
semée d’embûches. Pour parer aux succès populaires du Front islamique du
Salut, l’armée prend le pouvoir (11 janvier 1992) et dépose le chef de l’État, le
président Chadli Bendjedid.
La fin du monde bipolaire (1985-1992) ▼ 173

Le dialogue américano-soviétique
Avant même l’arrivée de Gorbatchev à la tête de l’Union soviétique, l’évo­
lution est amorcée en 1984 à l’occasion de la reprise des négociations sur le
désarmement. En ce début d’année électorale aux États-Unis, le président
Reagan souhaite en effet renouer un dialogue réaliste avec l’URSS. En janvier,
la conférence sur les mesures de confiance et de sécurité en Europe s’ouvre
à Stockholm en présence des 35 signataires de l’Acte d’Helsinki. Les respon­
sables des diplomaties américaine et soviétique, Schulz et Gromyko, s’accor­
dent pour reprendre à Vienne les négociations sur les MBFR (Mutual and
Balanced Force Réductions) et même sur les armes stratégiques. Ils décident
également d’organiser trois négociations séparées sur les euromissiles, sur les
armes stratégiques et sur les armes spatiales.

La reprise du dialogue
Avec l’accession au pouvoir de Gorbatchev, l’Union soviétique lance une cam­
pagne de grande envergure en faveur du désarmement. Il s’agit d’une tendance
permanente de la diplomatie soviétique qui sème le trouble dans le camp
occidental, car elle correspond à l’autre objectif constant : une Europe dénu­
cléarisée et neutralisée, que Gorbatchev réactualise sous le nom de « Maison
commune européenne ». Enfin, elle répond à une exigence budgétaire : limi­
ter le fardeau considérable des dépenses militaires. L’URSS consacre alors
à ces dernières environ 16 % de son PNB (autant qu’on puisse le savoir), les
États-Unis 6,5 %, la France 3,9 % du PIBM.
Dès octobre 1985, à Paris, Gorbatchev propose de diminuer de moitié les
armes stratégiques des deux camps à condition que les États-Unis renon­
cent à la guerre des étoiles, et il s’adresse directement aux gouvernements de
Londres et de Paris pour négocier sur leur propre force de dissuasion.
La rencontre au sommet avec le président Reagan (19-21 novembre 1985)
à Genève est la première de ce genre depuis 1979. Elle jette les bases d’un
dialogue américano-soviétique durable. Les deux hommes ont tout inté­
rêt à s’entendre. Après plusieurs revers en politique extérieure (Irangate,
difficultés dans l’aide aux Contras du Nicaragua), le président Reagan veut
achever son mandat en pacificateur et non en boutefeu. Gorbatchev a lui
aussi besoin de succès en politique extérieure. Le dialogue est renoué, mais
le désaccord subsiste sur la guerre des étoiles que Gorbatchev dénonce
comme une tentative de tourner le principe de la parité stratégique,
reconnu par les SALT. Reagan, placé en porte-à-faux vis-à-vis de l’opinion
américaine et mondiale, refuse d’abandonner le projet de guerre des étoi­
les et il accuse l’URSS de ne pas respecter les accords de désarmement.
En revanche, une perspective d’accord apparaît sur les FNI, sur la base de
« l’option zéro », c’est-à-dire le démantèlement des SS 20, d’un côté, des
Pershing et Cruise de l’autre.
174 Les relations internationales depuis 1945

Tout au long de l’année 1986, Gorbatchev va multiplier les appels au


désarmement, qui vise à libérer la terre des armes nucléaires et des armes
« nouvelles » (laser, faisceaux de puissance) d’ici à la fin du siècle.
Tout cela est discuté lors de la nouvelle rencontre au sommet de Reykjavik
(11-12 octobre 1986). La surenchère entre Reagan et Gorbatchev est bien près
d’aboutir à un accord d’une vaste portée : réduction de moitié des armes inter­
continentales, suppression des armes à portée intermédiaire tirant à plus
de 1 000 km, gel des autres FNI. Mais Gorbatchev demande en outre que les
États-Unis s’engagent à renoncer à tout essai autre qu’en laboratoire de leur
bouclier spatial. Du coup, l’accord ne se fait pas. Sans avoir le moins du monde
consulté les Européens, les États-Unis ont failli consentir au retrait de leurs armes
nucléaires d’Europe, qui a été traité en objet de la négociation. L’élimination des
euromissiles aurait laissé intacte la supériorité du pacte de Varsovie en armements
conventionnels et en effectifs. Cela conduit Français et Allemands à rapprocher
leurs efforts de défense : manœuvres communes, création d’une Brigade franco-
allemande et d’un Conseil de défense franco-allemand, mais l’ambiguïté demeure
entre une puissance nucléaire indépendante et une puissance non nucléaire.

Les accords de désarmement


Au cours de l’année 1987, les discussions reprennent pour aboutirfinalement au
traité de Washington. Le 28 février, Gorbatchev abandonne le lien établi entre
tous les dossiers du désarmement et propose de négocier un accord sur les
FNI indépendamment des autres dossiers. Le 13 avril, il réitère sa proposition
d’option « double zéro », c’est-à-dire l’élimination non seulement des armes
d’une portée supérieure à 1 000 km, mais de celles qui tirent entre 500 et
1 000 km. Pendant que la bataille des euromissiles fait rage dans les chan­
celleries et dans l’opinion, surtout en Allemagne, l’élaboration du traité par
MM. Chevarnadze et Schulz est rapide. Le 8 décembre 1987, R. Reagan et
M. Gorbatchev signent le traité de Washington qui prévoit la destruction dans
un délai de trois ans de tous les missiles d’une portée de 500 à 5 500 km basés à
terre et stationnés en Europe. L’accord comporte de la part des Soviétiques des
concessions importantes : il n’inclut pas les systèmes nucléaires britannique
et français dans l’équilibre européen. L’URSS doit éliminer deux fois plus de
missiles que les États-Unis ; il est vrai que les SS 20 soviétiques sont obsolètes,
alors que les Pershing 2 américains sont des armes modernes et performantes.
Pour la première fois, Américains et Soviétiques acceptent non seulement un
accord de limitation d’armements, mais aussi la destruction d’armes nucléaires.
Toutefois, les armes concernées représentent 4 % des têtes atomiques accumu­
lées par les deux Grands et elles ne se situent pas sur leur territoire.
Autre nouveauté : des procédures détaillées de vérification sur place
sont acceptées par les deux parties. La signification en est claire : les deux
superpuissances ont accepté un désarmement qui ne les concernait pas
La fin du monde bipolaire (1985-1992) ▼ 175

directement et ont, de cette façon, sanctuarisé leur territoire. Les puissances


nucléaires européennes, France et Royaume-Uni, se trouvent d’un coup en
première ligne. Et le grand débat sur l’option « triple zéro » (armes à très
courte portée tirant en deçà de 500 km) ouvre la voie à la dénucléarisation
totale de l’Allemagne.
Du 29 mai au 2 juin 1988, à Moscou, une quatrième conférence au sommet
Reagan-Gorbatchev, aboutit à des accords techniques sur les essais de missi­
les et les expériences atomiques, mais c’est en fait les Droits de l’homme qui
sont au centre des discussions.
Après avoir annoncé, le 7 décembre 1988, à la tribune de l’ONU, la réduc­
tion unilatérale des forces armées soviétiques de 500 000 hommes et le retrait
dans les deux ans de 6 divisions, 5 000 chars et 800 avions stationnés en RDA,
Tchécoslovaquie, Hongrie, M. Gorbatchev rencontre R. Reagan et G. Bush.
Même si la supériorité militaire en armements et effectifs des forces soviéti­
ques demeure, ces propositions sèment le trouble dans l’Alliance atlantique. À
la conférence au sommet des membres de l’OTAN, à Bruxelles (29 mai 1989),
le principe de la modernisation des missiles à courte portée est maintenu, mais
il est lié aux progrès qui seront faits dans le domaine des armes convention­
nelles. Après la clôture des MBFR, sans résultat tangible, en février 1989, une
conférence sur les forces armées conventionnelles en Europe (FCE) réunit les
23 membres des deux alliances à Vienne, à partir de mars 1989.
La conférence pour l’interdiction des armes chimiques qui se tient à Paris
en janvier 1989 réaffirme le protocole de 1925 interdisant leur emploi, mais
on ne parvient pas à un accord pour en prohiber la fabrication, les Arabes s’y
opposant aussi longtemps qu’Israël se refuse à autoriser une inspection de ses
installations nucléaires.
Au cours de la rencontre Bush-Gorbatchev (2-3 décembre 1989), au large de
Malte, les deux chefs d’État annoncent l’ouverture d’une ère nouvelle dans les
relations internationales et décident d’accélérer les négociations sur le désar­
mement. De fait, lors de la conférence des ministres des Affaires étrangères de
l’OTAN et du pacte de Varsovie réunis à Ottawa (13 février 1990), l’entente se
fait sur la réduction des forces américaines et soviétiques à 195 000 hommes
en Europe centrale et orientale, en même temps que l’accord « ciel ouvert »,
c’est-à-dire le libre survol des territoires de l’OTAN et du pacte de Varsovie
par des avions de l’autre camp.
Au cours des entretiens Bush-Gorbatchev à Washington et à Camp David
(30 mai-3 juin 1990) une série d’accords prévoit les grandes lignes d’un
futur traité de réduction des armements stratégiques, allant jusqu’à 50 %.
Les États-Unis et l’URSS s’engagent à réduire de moitié leurs stocks d’armes
chimiques d’ici à l’an 2000.
Le 19 novembre 1990, à Paris, les 16 pays membres de l’OTAN et les
6 pays du pacte de Varsovie signent le traité sur la réduction des forces
176 A. Les relations internationales depuis 1945

Les arsenaux stratégiques des deux Grands avant le traité START


du 31/7/1991
(Portée supérieure à 5 500 km)

États-Unis URSS

Missiles Charges Missiles Charges

ICBM* 1 000 2 261 1 398 6 424

SLBM** 640 5 632 922 3 232

Bombardiers 317 4 956 160 ?

Total 1 957 12 849 2 480 + de 10 000

* Missiles intercontinentaux basés à terre.


** Missiles embarqués dans des sous-marins.
Source : Le Monde diplomatique (janvier 1988).

conventionnelles en Europe (FCE). Il s’agit d’éliminer les attaques par sur­


prise en Europe (de l’Atlantique à l’Oural) par le plafonnement de cinq caté­
gories d’armes classiques (chars, blindés, artillerie, avions, hélicoptères) et
le respect de la parité Est-Ouest. La disparition du pacte de Varsovie et la
dislocation de l’Union soviétique rendent d’ailleurs caduc le traité FCE.
Le 30-31 juillet 1991, lors d’une réunion à Moscou qualifiée de « premier
sommet de l’après-guerre froide », G. Bush et M. Gorbatchev souhaitent
établir un partenariat durable : le symbole en est la convocation conjointe
d’une conférence sur la paix au Proche-Orient. Surtout, le 31 juillet, les
deux chefs d’État signent le traité START (Strategie Arms Réduction Talks)
qui prévoit une réduction de 25 % à 30 % de leurs armements nucléaires
stratégiques (plus de 5 500 km de portée). On est loin des réductions de
50 % annoncées au début des négociations. En réalité, le nombre de têtes
nucléaires possédées par les deux superpuissances doit passer de 12 081
à 10 395 pour les États-Unis et de 10 841 à 8 040 pour l’Union soviétique.
Dans certaines catégories d’armes (SLBM : Sea-Launched Ballistic Missile)
toutefois, les plafonds autorisés sont supérieurs aux quantités détenues et
on s’achemine donc vers une restructuration des arsenaux. Il s’agit néan­
moins du plus important des accords de désarmement jamais conclus entre
les deux Grands depuis 1945.
Les présidents G. Bush (27 septembre 1991) et M. Gorbatchev (5 octobre
1991) font assaut de propositions audacieuses. Les États-Unis décident d’éli­
miner unilatéralement de leur arsenal nucléaire les armes tactiques basées à
terre et en mer et proposent à l’URSS l’élimination de tous les missiles balis­
tiques à têtes nucléaires multiples. Le plan soviétique prévoit une liquidation
totale des armes nucléaires tactiques, aussi bien au sol qu’en mer ou dans les
La fin du monde bipolaire (1985-1992) ▼ 177

airs, une réduction des effectifs de l’Armée rouge et un moratoire d’un an sur
les essais nucléaires.
Après la brève rencontre George Bush-Boris Eltsine, le 1er février 1992 à
Camp David, le sommet américano-russe de Washington (16-17 juin 1992)
permet aux deux chefs d’État de signer une charte de coopération et d’amitié
et de se mettre d’accord pour réduire encore leurs armements nucléaires stra­
tégiques respectifs. Par le protocole de Lisbonne (23 mai 1992), les États-Unis
obtiennent l’adhésion des États successeurs de l’Union soviétique aux accords
de désarmement et s’efforcent d'aboutir à la dénucléarisation de l’ex-URSS en
dehors de la Russie. De fait, toutes les armes nucléaires tactiques soviétiques
seraient regroupées en Russie depuis mai 1992 ; et les Américains ont rapatrié
aux États-Unis toutes les armes nucléaires tactiques basées à terre et en mer.
Le 3 janvier 1993, les présidents Bush et Eltsine (pour la CEI) signent à
Moscou le traité Start II, qui marque une nouvelle et très ambitieuse étape
dans le désarmement nucléaire, puisqu’il prévoit la disparition, dans les
dix ans, des deux tiers des ogives nucléaires stratégiques, passant d’environ
10 000 à 3 000 ou 3 500, et des missiles MIRV basés au sol. Le traité ne pourra
entrer en vigueur avant l’application de Start I, qui doit encore être ratifié.

La naissance d’une nouvelle Europe


L’Europe revient au centre des relations internationales. Plusieurs facteurs y
concourent : la construction de l’Europe, après avoir marqué le pas, reprend
et provoque des réactions dans le monde entier. Le désarmement que négo­
cient les superpuissances la concerne essentiellement. La nouvelle détente
et la faillite du communisme en Europe de l’Est constituent des événements
décisifs et positifs, mais ils ont aussi des effets déstabilisateurs. Le statu quo,
maintenu par la force des armées soviétiques, s’efface et laisse la place à un
vide qui fait peur, car « le rideau de fer, en se levant, démode tout le théâtre de
l’après-guerre ». Si la réunification allemande et l’éclatement de l’Union sovié­
tique ne s’accompagnent d’aucune violence, il n’en va pas de même ailleurs :
les problèmes de frontières resurgissent, les nationalismes sont exacerbés. La
guerre flambe de nouveau au cœur de l’Europe. Sur les plans économique,
stratégique et idéologique, la carte de l’Europe est profondément remaniée.
Elle est même bouleversée sur le plan politique.

Le reflux soviétique en Europe et la libération des pays


d’Europe de l’Est
Sur le plan militaire, la détente en Europe a des conséquences considérables. Pour
mesurer la portée du processus, il faut se référer à l’extraordinaire concentration
militaire qui s’y trouvait à la fin des années 1980. Sur le plan des effectifs, par
178 A Les relations internationales depuis 1945

exemple, on comptait en 1989 près de 1,5 million de soldats en Allemagne sur


un territoire plus petit que celui de la France : en RDA, 173 000 hommes dans
l’armée est-allemande et 380 000 soldats soviétiques, en RFA, 490 000 hommes
pour l’armée ouest-allemande, 264 000 soldats américains, 67 000 britanni­
ques, 50 000 français (plus les forces canadiennes, néerlandaises et belges),
auxquels s’ajoutent 11 000 militaires occidentaux à Berlin-Ouest. Sur le plan
des matériels, l’Alliance atlantique alignait 22 000 chars (dont 1 400 chars fran­
çais) contre 61 000 pour la seule Union soviétique.
Le ministre soviétique des Affaires étrangères propose, le 23 octobre
1989, la liquidation d’ici à l’an 2000 de toutes les bases militaires à l'étranger,
ainsi que de toute présence militaire en territoire étranger. Par le traité sur
la réduction des forces conventionnelles en Europe (FCE), signé à Paris le
19 novembre 1990, la parité militaire est rétablie entre les deux alliances dans
le champ géographique couvert par le traité (de l’Atlantique à l’Oural). La
disparition du pacte de Varsovie jette un trouble sur les suites de ce traité et
les négociations ultérieures, mais finalement les 29 pays concluent à Helsinki
(30 juin 1992) un accord sur la limitation des effectifs qui doit permettre
l’entrée en vigueur du traité FCE. L’accord détermine, entre autres, les pla­
fonds d’effectifs (pour l’armée de terre) : 1450 000 pour la Russie, 450 000 pour
l’Ukraine, 345 000 pour l’Allemagne, 325 000 pour la France. Les Américains,
tout en réduisant leurs effectifs en Europe, sont décidés - à la demande des
Européens - à maintenir des forces militaires sur le continent européen.
Dans le domaine idéologique et politique, la faillite du communisme en
Europe de l’Est est pour une part le constat d’un échec, d’autre part le reflet
d’une nouvelle politique soviétique. D’autres facteurs y concourent : le rayon­
nement du pape Jean-Paul II, renforcé par ses multiples voyages, en parti­
culier en Pologne (1979, 1983, 1987, 1991), le rôle des Églises chrétiennes et
l’image de l’autre Europe diffusée par la télévision, toutes choses qui remet­
tent en cause la division de l’Europe.
On assiste depuis 1985, mais tout spécialement depuis 1989, à des boule­
versements dans les régimes communistes dEurope de lEst, et d’abord à un
relâchement des liens idéologiques entre l’Union soviétique et les démocra­
ties populaires. Auparavant, chaque fois qu’un pays d’Europe de l’Est faisait
mine de bouger, les froncements de sourcil du « grand frère » suffisaient en
général à faire tout rentrer dans l’ordre. Cet interventionnisme avait d’ailleurs
été formalisé dans la doctrine Brejnev de 1968. Or, non seulement les diri­
geants soviétiques relâchent leur emprise sur l’Europe de l’Est, mais ils font
savoir que le pacte de Varsovie n’interviendra plus dans les affaires inté­
rieures des pays frères et que l’armée soviétique quittera le territoire de la
Hongrie et de la Tchécoslovaquie. Et la conférence au sommet du pacte de
Varsovie, en décembre 1989, va jusqu’à condamner l’intervention de 1968
en Tchécoslovaquie. Le retournement est considérable. Pour autant, l’Union
La fin du monde bipolaire (1985-1992) ▼ 179

soviétique n’abandonne pas l’Europe, qui est même au centre de la diploma­


tie soviétique, avec l’idée de « maison commune européenne ». Confronté
aux problèmes économiques et ethniques en Union soviétique, Gorbatchev
lâche du lest, reprenant ainsi la vieille tactique russe, perdre de l’espace pour
gagner du temps.
Les solidarités du bloc oriental volent en éclats. Lors de la réunion des diri­
geants du COMECON (9-10 janvier 1990) à Sofia, son fonctionnement est
remis en cause, et une réforme profonde envisagée ; dix-huit mois plus tard
(28 juin 1991), l’alliance économique est dissoute. Il en est de même du pacte
de Varsovie. Les demandes quasi simultanées de retrait des troupes soviétiques
stationnées en Tchécoslovaquie (75 000 hommes), en Pologne (45 000 hommes)
et en Hongrie (60 000 hommes) lui portent le coup fatal. Les dirigeants du
pacte de Varsovie, réunis à Budapest, décident le 25 février 1991 la dissolu­
tion du pacte en tant qu’organisation militaire, totalement dissoute le 1er juillet
1991. Et en juin 1991, les troupes soviétiques achèvent leur retrait de Hongrie
et de Tchécoslovaquie.
De l’Elbe au Caucase, l’effondrement du bloc communiste fait resurgir les
rivalités ethniques et nationales, remettant en question les frontières. Dans
un premier temps (décembre 1989), les dirigeants de l’Alliance atlantique et
ceux du pacte de Varsovie soulignent leur volonté de maintenir les frontières
et les organisations politico-militaires existantes en Europe. La dégradation
est telle qu’au cours de l’été 1991 les Occidentaux se résolvent à cautionner
les démarches d’indépendance, tout en s’inquiétant des pressions migratoires
qui pourraient résulter de la crise profonde que traversent les pays d’Europe
de l’Est, et en assistant - impuissants - à la multiplication des conflits. La
transition vers l’économie de marché et la démocratie est difficile, comme le
prouve le retour en force d’ex-communistes, en Russie, avec leur succès aux
élections législatives de décembre 1995 et en Pologne, avec la défaite de Lech
Walesa aux élections présidentielles (novembre 1995).

L’unification allemande
La question allemande a été brutalement et inopinément posée à la suite de
l’écroulement du régime de la RDA.
Avant la construction du mur de Berlin, près de 3 millions de citoyens est
allemands avaient déjà voté avec leurs pieds. La fin de l’hémorragie humaine
allait-elle permettre la naissance d’un véritable État, une Prusse rouge, natio-
nal-marxiste ? On aurait pu penser que le mur aidant, XOstpolitik aurait
consolidé la RDA. En fait, il n’en est rien, et l’exode des Allemands de l’Est
s’est précipité en août-septembre 1989, en contournant le mur par la brèche
hongroise. À l’hémorragie s’ajoutent des manifestations de rues contre les diri­
geants. Finalement, le 9 novembre 1989, le « mur de la honte » et la frontière
180 A Les relations internationales depuis 1945

interallemande sont entrouverts grâce à une décision administrative du gou­


vernement de la RDA. Dès le 10 novembre au matin, des milliers de Berlinois
de l’Est se ruent à l’Ouest, pour revenir chez eux peu de temps après. C’est la
chute du symbole le plus criant de la guerre froide et de la division de l’Allema­
gne, mais l’exode continue, au rythme de 2 000 par jour, car le niveau de vie en
RFA est de deux à trois fois supérieur à celui de la RDA.
Cette ouverture et les bouleversements politiques internes en RDA posent
le problème de la réunification allemande. Des manifestations ont lieu, par
exemple à Leipzig (novembre 1989), pour réclamer une réunification rapide.
La décomposition interne de la RDA crée un vide que la puissance de la RFA
est en mesure de combler. Le chancelier Helmut Kohl prend tout le monde de
vitesse en rendant public un plan en dix points qui vise à la réalisation de l’unité
allemande dans le cadre de structures confédératives (28 novembre 1989), sans
évoquer l’intangibilité des frontières et en particulier de la ligne Oder-Neisse.
En fait, l’accélération des événements, et en particulier le succès des partisans
d’une unification rapide aux élections en Allemagne de l’Est (18 mars 1990),
bouleverse tout le calendrier politique et bouscule les chancelleries.
Les réactions étrangères sont prudentes. Au sommet de Strasbourg
(8-9 décembre 1989), les Douze acceptent le droit à l’autodétermination du
peuple allemand, tout en l’entourant de conditions. La France nie vouloir frei­
ner la réunification de l’Allemagne et se prononce pour une confédération
associant la CEE renforcée et les pays de l’Est devenus démocratiques. L’Union
soviétique accepte l’idée de l’unification des deux États allemands en reconnais­
sant son caractère inéluctable (3 janvier 1990), mais, dans un premier temps,
elle s’oppose à l’idée d’une Grande Allemagne, membre de l’Alliance atlantique.
À la Pologne, qui réclame un traité garantissant l’intangibilité de la frontière
germano-polonaise, répondent les atermoiements du chancelier Kohl, qui finit
par rassurer les voisins de l’Allemagne (6 mars 1990).
La question allemande revient au premier plan de l’actualité. La réunifica­
tion est en effet assortie de nombreuses inconnues. La perspective d’une Grande
Allemagne (80 millions d’habitants), pesant d’un poids économique très lourd
au sein de la Communauté, ne constitue-t-elle pas un risque pour l’Europe ?
L’Allemagne réunifiée restera-t-elle dans l’OTAN ou deviendra-t-elle neutre ?
L’Allemagne de l’Ouest pourrait-elle être tentée de troquer la réunification contre
la neutralisation d’une Europe centrale dénucléarisée ? Bien que l’ancrage de
l’Allemagne fédérale à l’Ouest soit solide, la dynamique de la réunification pré­
occupe davantage le gouvernement ouest-allemand que tout autre chose. Kohl
fait des gestes vers l’Est, en acceptant l’option « double zéro » et même « triple
zéro », en renonçant à l’allongement de la durée du service militaire (avril 1989),
en accueillant Gorbatchev (juin 1989) et en se ralliant à son objectif de « maison
commune européenne ». Alors qu’on avait craint que la RFA ne bascule à l’Est,
seule possibilité pour obtenir la réunification, c’est le contraire qui se passe.
La fin du monde bipolaire (1985-1992) ▼ 181

L’effondrement du régime communiste est-allemand et le ralliement de la


population aux partis proches du chancelier ouest-allemand, lors des élec­
tions du 18 mars 1990, permettent d’aboutir à l’unification. L’union moné­
taire entre les deux Allemagnes entre en vigueur le 1er juillet 1990. Les deux
Etats allemands sont associés aux conversations des quatre puissances garan­
tes du statut de l’Allemagne (États-Unis, Grande-Bretagne, France, URSS).
De son côté, l’Union soviétique reconnaît le caractère inéluctable de l’uni­
fication (janvier 1990), mais repousse dans un premier temps (12 février) le
maintien de l’Allemagne unie dans l’OTAN, que M. Gorbatchev accepte par
1’« accord historique » du Caucase (16 juillet), moyennant une réduction
des effectifs de la future armée allemande à 370 000 hommes et le finan­
cement du retrait des soldats soviétiques de l’ex-RDA avant la fin 1994. Le
traité « portant règlement définitif de la question allemande » est paraphé à
Moscou le 12 septembre. L’Allemagne, pleinement souveraine, accepte tou­
tefois un plafond de ses effectifs militaires et une renonciation aux armes
nucléaires. La voie est désormais libre pour l’unification, qui intervient le
3 octobre 1990. Les derniers soldats russes quittent Berlin le 31 août 1994,
et les troupes occidentales le 8 septembre. L’Allemagne est une nouvelle
grande puissance de 80 millions d’habitants, dont le rôle de pivot peut faire
craindre l’orientation vers une « Europe allemande », même si le coût de la
réunification est plus élevé que prévu. La question allemande n’est pas la
seule inconnue de la nouvelle donne européenne.

La dislocation de l’Empire soviétique


L’effondrement du communisme soviétique débouche sur la dislocation de
l’Union soviétique, confrontée à une triple crise :
- idéologique, car le rôle dirigeant du communisme et du PCUS est non
seulement remis en cause (13 mars 1990), mais le PC russe se voit même
interdire toute activité après le putsch manqué (19 août 1991) ;
- économique, en raison de la désorganisation de l’économie soviétique
(inflation, déficit budgétaire, endettement extérieur) ;
- politique, car l’engrenage des réformes démocratiques déstabilise le pou­
voir soviétique et démontre son incapacité à se réformer sans changer
radicalement de système : Mikhaïl Gorbatchev, devenu président de
l’Union et apprécié à l’étranger (prix Nobel de la paix, 1990), peine à arbi­
trer l’affrontement entre conservateurs et partisans des réformes et doit
abandonner son poste de secrétaire général du PCUS (24 août 1991).
Cause et conséquence de la fin du communisme, la dislocation de l’empire
s’accélère. Chacune à leur tour, les Républiques proclament leur souveraineté.
Dans les pays Baltes, Lituanie, Lettonie, Estonie, disputés depuis des
siècles par Slaves, Germains et Suédois, indépendants de 1920 à 1939,
182 A Les relations internationales depuis 1945

annexés par l’Union soviétique dans le cadre du Pacte germano-soviétique


du 23 août 1939, occupés par les Allemands de 1941 à 1944 et réannexés
par l’URSS, des manifestations, en août 1989, réclament leur autonomie et
le retour aux Républiques baltes. À la suite d’une année de tensions, l’indé­
pendance des trois pays est reconnue en août 1991. Trois ans plus tard, il
n’y a plus de troupes russes.
À la faveur de l’échec du putsch (19-21 août 1991), déclenché par les éléments
conservateurs (PCUS, armée et KGB), à la veille de la signature du nouveau traité
de l’Union, le Congrès des députés octroie de larges pouvoirs aux Républiques,
le « centre » conservant la tutelle de la politique étrangère et militaire. Mais les
La fin du monde bipolaire (1985-1992) ▼ 183

Républiques sont de plus en plus réticentes à accepter une limitation de leur


souveraineté. La dislocation de l’Union soviétique s’accélère alors. À la suite
de la Géorgie (9 avril 1991), la Moldavie, ancienne Bessarabie, arrachée à la
Roumanie par l’Union soviétique par les accords Molotov-Ribbentrop de 1939
et récupérée à la faveur de la guerre, proclame son indépendance (août 1991).
Puis c’est le tour de l’Azerbaïdjan, de la Kirghizie et de l’Ouzbékistan. La séces­
sion de l’Ukraine (1er décembre 1991) et son refus de signer le traité de l’Union
signent l’arrêt de mort de l’Union soviétique. Les présidents de Russie, Ukraine
et Biélorussie s’entendent (8 décembre 1991) pour créer une Communauté
d’Etats indépendants (CEI), à laquelle toutes les autres Républiques - sauf
la Géorgie qui s’y joint en septembre 1993 - adhèrent (21 décembre 1991).
La Russie hérite de l’ex-Union soviétique le siège de membre permanent du
Conseil de sécurité de l’ONU et la responsabilité des forces nucléaires stratégi­
ques. En revanche, l’Ukraine, la Moldavie et l’Azerbaïdjan obtiennent le droit
de créer leurs propres armées nationales. Isolé et privé de tous ses pouvoirs,
M. Gorbatchev donne sa démission (25 décembre 1991).
En raison des déficiences de la CEI, qui demeure une coquille vide, les
États de l’ex-Union soviétique s’organisent entre eux. Les cinq pays de l’Asie
centrale (Kazakhstan, Turkménistan, Ouzbékistan, Tadjikistan, Kirghizie)
esquissent un rapprochement régional. La Russie et l’Ukraine signent un
accord de coopération politique et économique (juin 1992). Partout, les for­
ces centrifuges sont à l’œuvre : en Géorgie, du fait des Abkhazes et des cli­
vages religieux opposant les Ossètes, chrétiens, aux Ingouches, musulmans ;
en Azerbaïdjan, du fait des Arméniens dans le Haut-Karabakh (enclave
arménienne, chrétienne, en pays musulman). La Russie a des rapports diffi­
ciles avec l’Ukraine (à propos de la flotte de la mer Noire), la Biélorussie, le
Kazakhstan (à propos des armes nucléaires).
La transformation de la Russie est radicale. C’est en vérité un nouveau
pays qui a abandonné toute référence au marxisme-léninisme et toute idée
de mission historique dans le monde. Les réformes politiques (instauration
d’un régime semi-présidentiel fort) et économiques (mise en place de l’éco­
nomie de marché) suscitent un climat trouble et de brèves épreuves de force
(21 septembre-4 octobre 1993). Sur le plan extérieur, l’objectif de la Russie
est de faire partie du « monde civilisé » - par la participation à toutes les
instances internationales comme le FMI et la Banque mondiale - et de coller
au plus près à la politique américaine, tout en prenant garde de ne pas appa­
raître comme le brillant second et en faisant monter les enchères. Cette poli­
tique résolument tournée vers le monde occidental est évidemment liée aux
avantages que la Russie en attend. Elle est d’ailleurs invitée à participer à cer­
taines réunions du G7. Sur le plan national, la Russie est elle-même menacée
d’éclatement. Sa population est certes plus homogène que celle de l’ex-URSS,
184 A Les relations internationales depuis 1945

mais les Républiques autonomes s’agitent. La Russie invoque la protection


des minorités russes et russophones pour y imposer sa loi.

Le réveil des nationalismes


et la remise en cause des frontières
La faillite des régimes d’Europe de l’Est s'accompagne d’une résurgence des
nationalismes et des problèmes de frontières. Du temps de la guerre froide,
la seule frontière dont on parlait, c’était le « rideau de fer ». Et la doctrine de
l’internationalisme prolétarien avait étouffé toute revendication nationale ou ter­
ritoriale. Les régimes communistes avaient fait de la résolution des problèmes
de nationalité une de leurs priorités. Avec la disparition de ces régimes, les vieux
conflits nationaux, un moment occultés, resurgissent. Ce réveil des nationalismes
menace directement les frontières nées de la Seconde Guerre mondiale.
Les problèmes de frontières reviennent au premier plan. Brutalement,
l’Europe retrouve ses démons de 1914 et redécouvre que l’empire des
Habsbourg, qui regroupait tous les peuples d’Europe centrale, avait des avan­
tages. Le sursaut polonais est fondé en grande partie sur le ressort de la nation
polonaise, liée à l’Église catholique. En Hongrie, des manifestations nationa­
listes ont lieu le 14 mars 1989 à l’occasion de la mort de l’impératrice Zita,
dernière reine de Hongrie. En Roumanie, la minorité hongroise (3 millions
de personnes) qui habite la Transylvanie, ancienne province hongroise,
revendique son autonomie. Les minorités roumaines s’agitent en Moldavie
ex-soviétique. Des tensions apparaissent entre Hongrois et Slovaques. Le cas
le plus dramatique est celui de la Yougoslavie.
En Yougoslavie, le lent effondrement du système communiste à partir de
la mort de Tito en 1980 s’est accompagné d’une résurgence des nationalismes
et des passions que la fermeté de Tito avait réussi à maîtriser au lendemain
de la Seconde Guerre mondiale, en imposant un État fédéral comprenant six
Républiques (Slovénie, Croatie, Bosnie-Herzégovine, Serbie, Monténégro,
Macédoine) et deux provinces autonomes (Vojvodine, Kosovo). À l’heure du
post-communisme, la Yougoslavie est le territoire le plus sensible du vieux
continent pour des raisons très anciennes. Depuis la mort de l’empereur
romain Théodose (365), la ligne de fracture entre Rome et Byzance, catholi­
ques et orthodoxes, Croates et Serbes, coupe l’ex-territoire yougoslave en deux.
Si la conquête slave n’y change rien, la conquête turque fait passer la frontière
entre l'Empire ottoman et celui des Habsbourg au milieu de la Yougoslavie
et fuir beaucoup de Serbes orthodoxes, qui s’installent sur les confins de la
Croatie catholique. Sur les ruines des empires, et dans le fracas des crises
balkaniques qui ont déclenché le premier conflit mondial (attentat de Sarajevo,
28 juin 1914), les vainqueurs inventent un royaume des Serbes, Croates et
Slovènes, divisé en trois groupes linguistiques (slovène, serbo-croate, macé­
La fin du monde bipolaire (1985-1992) ▼ 185

donien) et religieux (catholique, orthodoxe, musulman), mélange condamné


à exploser. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les antagonismes s’exacer­
bent, déchirent le royaume yougoslave et laissent des traces dans la mémoire
collective (le massacre des Serbes par les Oustachis, nationalistes croates). Aux
rivalités ancestrales opposant les Serbes aux Croates et aux Slovènes s’ajoute
la question des minorités nationales, car aucune des Républiques n’a une
population homogène. C’est particulièrement le cas en Bosnie-Herzégovine
où la mosaïque ethnique mêle 44 % de musulmans, 31 % de Serbes et 17 %
de Croates. L’éclatement de la Yougoslavie provient de la conjonction entre la
crise du système communiste et celle de l’État multinational. Le drame se noue
en mai 1991 à l’occasion de l’élection à la présidence collégiale de la Fédération,
dont Slovènes et Croates réclament la dissociation en plusieurs États souve­
rains. Des affrontements interethniques ont lieu. Slovénie et Croatie procla­
ment leur indépendance (juin 1991), en raison de l’intervention de l’armée
fédérale (largement composée de Serbes) qui entend faire respecter les droits
des Serbes en Croatie. Les démarches de la Communauté européenne pour
promouvoir un règlement négocié ont un effet limité.
Enfin la Tchécoslovaquie, créée à la suite de la Première Guerre mondiale
sur les ruines de l’Autriche-Hongrie, éclate en une République tchèque et
une Slovaquie qui divorcent pacifiquement (1er janvier 1993), après soixante-
quatorze ans de vie commune. La balkanisation, fruit des nationalismes, ronge
l’espace européen dont le seul pivot de stabilité est l’Europe des Douze.

Vers l’Union européenne


La décision prise à Luxembourg, le 13 juin 1988, par les ministres des
Finances de libérer complètement les mouvements de capitaux au sein de la
Communauté à partir du 1er juillet 1990 joue comme un déclic. C’est un pas
décisif vers la constitution d’un marché de 345 millions de consommateurs à
niveau de vie élevé. À la veille de l’échéance du 1er janvier 1993, les attaques
de Washington et de Tokyo s’avivent contre la « forteresse Europe », accusée
de constituer un marché intérieur imprenable. Au terme d’un énorme effort
d’harmonisation et de libéralisation, l’avènement du grand marché sans fron­
tières intérieures est une date importante pour la construction européenne.
En fait, les négociations du GATT ont bien érodé le tarif extérieur
commun et suscité une croissance notable du commerce mondial. A la suite
des quatre premières négociations commerciales (1947, 1949, 1950, 1956),
le Dillon round (1960-1962), le Kennedy round (1964-1967), le Tokyo round
(1973-1979) ont abouti à une réduction considérable des tarifs douaniers
industriels. La conférence réunie à Punta del Este depuis septembre 1986,
et dite pour cette raison Uruguay round, achoppe sur les produits agri­
coles, les services, l’audiovisuel. États-Unis et Canada demandent aux
186 Les relations internationales depuis 1945

1995
L Europe en

La fin du monde bipolaire (1985-1992) ▼ 187

Européens la suppression des subventions agricoles en particulier dans le


domaine des oléagineux (soja-tournesol) et un meilleur accès au marché ; les
Européens réagissent en insistant sur l’agressivité commerciale du Japon et
sur le protectionnisme américain en matière aéronautique. Intervenant peu
de temps après la réforme de la politique agricole commune (qui substitue
au régime de prix garantis un système d’aides directes à la production et qui
impose à la fois la mise en jachère de 15 % des terres et la baisse de 29 %
des prix des céréales), l’accord de Blair House conclu (19 novembre 1992)
par la Commission européenne avec les Américains (réduction du montant
des exportations subventionnées et plafonnement des surfaces plantées en
oléagineux) est violemment rejeté par les Français, principaux producteurs
européens. Le compromis réalisé (14 décembre 1993) permet la signature
de l’acte final du cycle de l’Uruguay (15 avril 1994) à Marrakech, obligeant
121 pays à un démantèlement sans précédent de leurs barrières douanières.
Les négociations qui vont aboutir aux accords de Maastricht sont ardues,
en particulier l’harmonisation des fiscalités et l’Union monétaire. Malgré
l’entrée de la livre sterling dans le système monétaire européen le 8 septembre
1990, les Anglais écartent l’idée d’une monnaie unique ; en Allemagne, la
Bundesbank et les milieux d’affaires sont hostiles à toute précipitation. À
Strasbourg (9 décembre 1989), le Conseil européen met au point un plan
d’Union économique et monétaire (UEM) qui doit, au terme de trois étapes
(la première débutant le 1er juillet 1990), être symbolisée par l’adoption d’une
monnaie commune. Si elle se réalisait, cette UEM impliquerait des trans­
ferts de souveraineté plus importants que tous ceux qui l’ont précédé. Le
Conseil européen de Dublin (28 avril 1990) souligne l’urgence d’accélérer la
construction politique de l’Europe, dont l’absence dans le conflit du Golfe et
l’impuissance dans la crise yougoslave confirment la nécessité d’une politi­
que de défense commune. Afin de sortir de l’impasse, Français et Allemands
proposent le 14 octobre 1991 de renforcer les responsabilités des institutions
européennes en matière de défense et ils annoncent la création d’un corps
d’armée franco-allemand élargi à la Belgique, au Luxembourg et à l’Espagne.
Les progrès des négociations permettent au Conseil européen de
Maastricht (9-10 décembre 1991) d’aboutir à un accord sur les questions éco­
nomiques et monétaires et sur les questions politiques. Le principe d’une poli­
tique étrangère et de sécurité commune est posé, et le droit de vote accordé
aux ressortissants des pays de la CEE dans les élections locales du pays de
leur résidence. Le plan d’Union économique et monétaire, qui doit se réaliser
en trois étapes, prévoit - si du moins les politiques économiques sont suffi­
samment convergentes - la création avant le 1er janvier 1999 d’une monnaie
unique, ce qui signifie une perte de souveraineté en matière monétaire. Le
traité d’Union européenne, signé le 7 février 1992, tout en reprenant l’essen­
tiel des dispositions des traités de Rome, a pour ambition d’organiser dans la
188 A Les relations internationales depuis 1945

plupart des domaines une vie communautaire et de faire exister une Union
européenne au niveau supranational dans des secteurs clefs comme la mon­
naie ou la politique étrangère. Conformément au principe de subsidiarité, la
Communauté n’intervient que dans la mesure où les objectifs de l’action envi­
sagée ne peuvent être réalisés de manière suffisante par les États-membres.
La Grande-Bretagne, toutefois, obtient de réserver sa participation à l’UEM et
au volet social. La ratification du traité ne pose pas de problème, sauf excep­
tions : les Danois le rejettent (2 juin 1992) avant de l’approuver (18 mai 1993) ;
les Français l’approuvent (20 septembre 1992) timidement. Les Anglais finis­
sent par le ratifier (2 août 1993).
Malgré ces remous, l’Europe occidentale bénéficie d’un indéniable pou­
voir d’attraction et constitue un pôle d’influence dans le monde. La CEE
est fort sollicitée d’apporter son aide, à la fois par l’Europe de l’Est et par le
Tiers Monde. Elle conclut le 15 décembre 1989 un accord avec les 68 pays
ACP, qui consacre une augmentation de l’aide de l’Europe au Tiers Monde :
c’est Lomé IV. Elle crée une Banque européenne pour la Reconstruction et
le Développement (BERD), qui a pour vocation d’assister financièrement les
pays d’Europe de l’Est. Bref, l’Europe occidentale se trouve dans la situation
paradoxale d’être un pivot de stabilité dans le monde, sans avoir pour autant
la possibilité d’exercer une influence déterminante dans l’équilibre des forces
mondiales. Elle hésite en outre sur son devenir et son statut.

Une Europe à géographie variable


La disparition du mur de Berlin et du rideau de fer rendent à l’Europe sa pléni­
tude géographique. En même temps, la disparition de l’hégémonie soviétique
implique un risque de balkanisation et impose donc la recherche d’une struc­
ture. L’Europe des Douze doit-elle s’élargir au risque de s’affadir et de perdre
son originalité ? Les Douze de la CEE et les sept membres de l’AELE concluent
(22 octobre 1991) un traité instaurant un Espace économique européen (EEE),
qui apparaît comme un galop d’essai avant l’adhésion à la Communauté.
Cependant, le rapprochement ne se fait pas sans heurts, comme le prouve le
refus du peuple suisse de ratifier l’EEE (6 décembre 1992). Et que répondre aux
pays de l’Europe de l’Est qui souhaitent connaître la prospérité et entrer à leur
tour dans la Communauté ? La Pologne, la Hongrie, la République tchèque et
la Slovaquie constituant le groupe de Visegrad font l’apprentissage de la coo­
pération régionale, présenté comme un préalable à l’adhésion. Afin de régler
les problèmes de frontières et de minorités, le pacte de stabilité en Europe
adopté le 22 mars 1995 vise à promouvoir la diplomatie préventive.
Seule organisation rassemblant, outre les États-Unis et le Canada, tous les
États européens, y compris l’Albanie (juin 1991), la Conférence sur la sécurité
et la coopération en Europe (CSCE) entend jouer un rôle croissant. Lors de la
La fin du monde bipolaire (1985-1992) ▼ 189

2e conférence au sommet de la CSCE (21 novembre 1990) est signée la Charte


de Paris pour une nouvelle Europe : les trente-quatre pays membres célèbrent
la fin de « l’ère de la confrontation et de la division », saluent la « démocra­
tie comme seul système de gouvernement », et décident d’institutionnaliser
la CSCE. Malgré l’adoption à Berlin (19-20 juin 1991), d’un mécanisme de
consultation, la CSCE apparaît pour l’instant vouée à l’inefficacité.
190 Les relations internationales depuis 1945

^Alliance atlantique est confrontée à une reconversion profonde. Conçue


pour faire face au danger quasi exclusif du pacte de Varsovie, elle doit adap­
ter ses structures militaires à une situation profondément modifiée : le repli
de l’armée soviétique et le retrait d’Europe d’une bonne partie des GI qui,
de 320 000 en 1990, passent à 133 000 en 1994. Victorieuse de l’organisation
rivale, elle doit répondre aux besoins de sécurité des États d’Europe centrale
et orientale, inquiets de se trouver dans un « vide stratégique ». Elle doit aussi
prendre en considération les tentatives de l’Europe des Douze de doter l’Union
européenne d'une politique de sécurité (6-7 juin 1991) et d’en confier le bras
séculier à l’UEO. Les initiatives se multiplient. L’OTAN réorganise son dispo­
sitif militaire en créant une force de « réaction rapide » (28-29 mai 1991) et
en s’orientant vers la création de corps d’armée multinationaux, en particulier
germano-américains (avril 1993), parallèlement à la décision franco-allemande
(octobre 1991) de créer un Eurocorps qui a vocation à devenir l’embryon d’une
armée européenne. En novembre 1991, le sommet de l’OTAN reconnaît que
d’autres institutions qu’elle-même, en particulier la Communauté européenne,
l’UEO et la CSCE ont un rôle à jouer en matière de défense et de sécurité. La
décision du 4 juin 1992 de mettre les forces et infrastructures de l’Alliance au
service de la CSCE pour des missions de maintien de la paix donne à l’OTAN
pour la première fois la possibilité d’intervenir hors de la zone d’application du
traité. Mais le rôle qui consiste à assurer la sécurité de la FORPRONU dans
l’ex-Yougoslavie est limité. En Bosnie, par la création de la Force de réaction
rapide et par l’IFOR, l’OTAN s’investit dans un nouveau type d’intervention, en
coopération avec les forces de ses ex-adversaires ou neutres.

Le monde de l’après-guerre froide


La fin de la guerre froide ne fait pas disparaître les occasions de conflit. La
détente planétaire observée depuis 1985 est due d’abord à la détente entre
les deux superpuissances, ensuite au vaste désengagement de l’URSS (imité
en cela par les forces déléguées cubaines), enfin à l’effondrement soviéti­
que. Cette détente prend des formes variées : réduction des tensions, terme
mis à plusieurs conflits régionaux, démocratisation. Favorisés par le sous-
développement, les luttes d’influence, les tribalismes, les particularités natio­
nales et religieuses resurgissent partout.

Une Asie tout en contrastes


On y constate un essouflement des conflits, sauf celui du Cachemire, et une
diversification croissante : à l’Asie orientale (y compris la Chine côtière) pros­
père s’oppose le toujours pauvre sous-continent indien.
La fin du monde bipolaire (1985-1992) ▼ 191

Le désengagement le plus spectaculaire est le retrait de l’armée soviétique


d’Afghanistan. L’URSS, qui était intervenue militairement en Afghanistan, y
menait une guerre quasi coloniale dans laquelle elle s’était peu à peu enlisée.
Quand M. Gorbatchev devient secrétaire général du PCUS, la guerre dure depuis
cinq ans et ressemble de plus en plus à la guerre du Viêt-nam. Une armée dispo­
sant d’armements et de matériels puissants, aux effectifs relativement limités,
ne peut venir à bout de la résistance d’un peuple fruste aidé par le Pakistan, les
États-Unis, la Chine et les pays du Golfe. Le durcissement des combats s’accen­
tue. La possession par la résistance afghane de missiles anti-aériens Stinger fait
perdre aux Soviétiques la maîtrise du ciel en 1987, et les opérations menées par
l’armée soviétique pour dégager les centres susceptibles de tomber aux mains
de la résistance tournent court. Pour M. Gorbatchev, sortir l’Union soviétique
du bourbier afghan est un objectif prioritaire, car l’offensive de paix soviéti­
que ne peut être crédible tant que l’Afghanistan est occupé. Les négociations
ouvertes à Genève prennent aussitôt un tour décisif. Le chef du gouvernement,
Babrak Karmal, qui freine les négociations, est remplacé le 4 mai 1986 par le
général Najibullah. Après le sommet Reagan-Gorbatchev de décembre 1987 à
Washington, les événements se précipitent. La diplomatie soviétique fait tout
ce qu’elle peut pour obtenir un cessez-le-feu et mettre sur pied un gouverne­
ment de coalition. Le 14 avril 1988 intervient l’accord sur le retrait des troupes
soviétiques négocié par le gouvernement de Kaboul, le Pakistan, l’URSS et les
États-Unis. Malgré des difficultés dans l’application, le retrait des troupes sovié­
tiques s’achève le 15 février 1989 dans les délais prévus.
D’autres conflits, dans lesquels l’URSS n’était pas autant impliquée que
dans la guerre d’Afghanistan, mais où elle était néanmoins engagée politi­
quement etfinancièrement s’arrêtent pour les mêmes raisons générales. C’est
le cas de l’intervention du Viêt-nam au Cambodge. Dès novembre 1987,
le Viêt-nam commence à rapatrier quelques unités et annonce le 5 avril
1989 le retrait total de ses troupes. À l’invitation de la France une confé­
rence sur l’avenir du Cambodge réunissant tous les acteurs, de l’ancien roi
- le prince Norodom Sihanouk - au Premier ministre en place, Hun Sen,
qui se tient à Paris en août 1989 n’aboutit pas. Après le départ des soldats
vietnamiens, la guerre civile fait de nouveau rage. Une tentative pour faire de
l’ONU le pivot d’un règlement du problème cambodgien parvient à regrou­
per (septembre 1990) les quatre factions khmères sous la présidence du
prince Sihanouk et à prévoir un cessez-le-feu. L’accord de paix, qui finale­
ment est signé par tous les participants le 23 octobre 1991, place en effet le
pays sous la tutelle des Nations unies jusqu’à l’organisation d’élections libres.
Par la Résolution 945 (28 février 1992), le Conseil de sécurité vote l’envoi de
22 000 hommes et crée l’Autorité provisoire de l’ONU (APRONUC), chargée
d’acheminer le Cambodge vers une situation normale. Malgré les entraves des
192 Les relations internationales depuis 1945

Khmers rouges, l’APRONUC, qui réussit à organiser des élections générales


(mai 1993), achève sa mission (novembre 1993) sur un bilan plutôt positif.
Cette diminution de la tension dans la péninsule indochinoise explique
que les tentatives de M. Gorbatchev pour renouer le dialogue avec la Chine
aboutissent. À Vladivostock (28 juillet 1986), M. Gorbatchev se déclare prêt
à créer un climat de bon voisinage, et sa visite officielle en Chine (16-18 mai
1989) permet la normalisation des relations sino-soviétiques, renforcée par
la visite du secrétaire général du PC chinois à Moscou (mai 1991) et celle du
président chinois Jiang Zemin à Moscou (septembre 1994).
La guerre Iran-Irak aussi s’est arrêtée, le 20 août 1988, mettant fin à un
conflit de huit ans qui a provoqué la mort d’un million de personnes. En dépit
de ses efforts et de la supériorité de son armée, toutes les actions de l’Irak
sur les installations pétrolières iraniennes, sur les villes, sur les frontières ont
été des échecs relatifs et se sont heurtées à des parades efficaces de l’Iran,
qui a même contre-attaqué en s’emparant de la ville de Fao, en février 1986,
ville reconquise par l’Irak en avril 1988 seulement. On a assisté à une inten­
sification des combats, avec utilisation de missiles et recours aux armes
chimiques. Le monde s’en est accommodé tout en armant les protagonistes
jusqu’à ce que le pourrissement du conflit inquiète la communauté interna­
tionale. Deux facteurs y ont contribué : les menées subversives et terroristes
de l’Iran, dont l’ombre se trouve derrière les prises d’otages et les attentats
de septembre 1986 à Paris amenant à la rupture des relations diplomatiques
avec la France, et les émeutes de La Mecque (31 juillet 1987), fomentées par
les chiites contre la dynastie gardienne des lieux saints de l’Islam.
Le deuxième facteur d'internationalisation concerne le golfe Persique, qui
devient un lieu potentiel d’affrontement en raison des attaques contre le tra­
fic maritime et des menaces qui pèsent sur l’approvisionnement pétrolier. Les
États d’Europe occidentale décident d’envoyer, en août 1987, des navires de
guerre dans le Golfe afin de rassurer les États producteurs de pétrole du golfe
Persique, de barrer la route à une éventuelle exploitation de la crise par les
Soviétiques et de maintenir l’accès au pétrole.
Finalement, la lassitude des combattants, les revers de l’armée iranienne et
la pression internationale amènent en juillet 1988 l’Iran, de plus en plus isolé
dans le monde arabe, puis l’Irak, à accepter le cessez-le-feu exigé par l’ONU
le 20 juillet 1987 et à entamer des pourparlers. L’accord sur le cessez-le-feu
est annoncé par le secrétaire général des Nations unies, Perez de Cuellar, le
8 août 1988 et entre en vigueur le 20 août, après l’arrivée de 350 observateurs
des Nations unies.
La fin de la guerre Iran-Irak, le rétablissement des relations diplomatiques
de l’Iran avec la France le 16 juin 1988, suite à la libération des otages fran­
çais, la mort de l’imam Khomeiny (3 juin 1989) ne mettent pas un terme aux
tensions internationales dans le golfe Persique.
La fin du monde bipolaire (1985-1992) ▼ 193

Carte politique du Proche-Orient (1985)

La guerre du Golfe, causée par l’invasion du Koweit par l’Irak, replonge le


monde pour sept mois, dont six semaines de conflit armé, dans une atmosphère
de guerre. Derrière le contentieux qui oppose l’Irak au Koweit se cachent
d’une part la volonté de Bagdad de s’assurer le leadership du monde arabe,
d’autre part la nécessité pour l’Occident industrialisé de protéger le « grenier à
pétrole » qu’est le golfe Persique. Pour y avoir un vrai débouché, l’Irak convoi­
tait tout ou partie du Koweit, principauté de la famille al-Sabah, protectorat
britannique indépendant depuis 1961. Ce pays, possédant d’immenses res­
sources et réserves pétrolières, était une proie tentante pour un Etat endetté.
Enfin, Bagdad accusait le Koweit de contribuer à la stagnation du prix du
194 4k Les relations internationales depuis 1945

pétrole et réussit d’ailleurs, le Tl juillet 1990, à faire pression sur l’OPEP pour
augmenter de 18 à 21 dollars le prix de référence du baril.
À la suite de plusieurs semaines de tension et de vaines négociations,
l’armée irakienne, aguerrie par le conflit avec l’Iran et suréquipée grâce
au matériel d’origine soviétique et française, envahit le Koweit le 2 août et
l’annexe le 8 août 1990.
Face à cette violation flagrante du droit international, les États-Unis — sui­
vis d’un certain nombre d’États - réagissent par la mise en place d’un impor­
tant dispositif militaire en Arabie Saoudite, qui vise à protéger les États du
Golfe menacés par l’expansionnisme irakien et à faire pression sur l’Irak par
un très sévère embargo, auquel le Conseil de sécurité de l’ONU donne son
appui total le 6 août par la résolution 1661.
Pour desserrer l’étreinte, l’Irak décide de renoncer le 15 août à ses conquê­
tes territoriales sur l’Iran, enjeu d’une guerre de huit ans, de revenir à l’accord
de 1975 et de retenir prisonniers au Koweit et en Irak les étrangers présents.
La crise du Golfe a de graves répercussions, sur le plan de la tension interna­
tionale, l’approvisionnement en pétrole et l’augmentation de son prix, enfin
le marasme des marchés financiers.
Face à la première grave crise survenant dans l’après-guerre froide,
on constate un sursaut de la communauté internationale. Américains et
Soviétiques condamnent d’une même voix l’agression. Le Conseil de sécurité,
qui n’est plus inhibé par le veto d’un membre permanent, prend résolution
sur résolution. Et les Américains rassemblent une impressionnante armada
en Arabie, retirant, dans ce but, le tiers de leurs forces d’Europe, ce qu’ils
n’auraient jamais pu faire sans la fin de la guerre froide et la passivité du
Kremlin, qui lâche ainsi son principal protégé au Proche-Orient.
Tandis que les renforts affluent dans le Golfe, les menaces et les affirma­
tions d’intransigeance se multiplient tant à Bagdad qu’à Washington. La coali­
tion anti-irakienne autour des Américains (400 000 hommes) regroupe aussi
bien des Occidentaux (29 000 Britanniques, 12 000 Français) que des Arabes
(Saoudiens, Égyptiens, Syriens, Marocains). L’opération déclenchée sous le
nom de « Tempête du désert » se déroule en deux phases : bombardements
aériens intensifs à partir du 17 janvier 1991 et offensive terrestre du 24 au
28 février. Elle aboutit à la libération du Koweit et à l’occupation d’une partie
de l’Irak, mais non à la chute de Saddam Hussein. Celui-ci garde même les
moyens de réprimer des révoltes internes (chiites et kurdes) dans lesquelles,
malgré la violence de la répression antikurde, les États-Unis répugnent à
intervenir. Par la Résolution 687 (avril 1991), le Conseil de sécurité fixe les
conditions d’un règlement définitif du cessez-le-feu, contraignant l’Irak à
payer des dommages de guerre et à prendre à sa charge l’élimination de ses
armes de destruction massive pour le priver de toute capacité d’agression.
La fin du monde bipolaire (1985-1992) ▼ 195

L’Afrique à l’abandon
On aurait pu croire qu’à la faveur de la fin de la guerre froide les principaux
conflits seteindraient en Afrique ; mais il n’en est rien : les affrontements
tribaux et la montée du banditisme se multiplient dans un continent laissé
à l’abandon, frappé par l’ampleur de la dette et le sous-développement. Avec
la fin des blocs, l’Afrique cesse d’être un enjeu de la rivalité entre les deux
camps et perd de son importance stratégique et diplomatique. Des forces
antagonistes coexistent : poussée de l’intégrisme musulman, présence active
du catholicisme (voyages de Jean-Paul II en 1982, 1985, 1990, 1992, 1993,
1995), progrès de la démocratie face aux régimes dictatoriaux.
Le règlement de l’affaire de Namibie et la guerre civile en Angola. Depuis
son indépendance en 1975, l’Angola n’a jamais connu la paix. Le Mouvement
populaire de libération de l’Angola (MPLA) est contesté par deux autres
mouvements, le FNLA et l’UNITA, dirigée par Jonas Savimbi, qui en 1986
contrôlait au moins le tiers du pays. Face au gouvernement angolais, sou­
tenu par une aide soviétique, cubaine et est-allemande, l’UNITA bénéficie de
l’aide américaine et sud-africaine, à la poursuite des militants nationalistes
namibiens. La Namibie est en effet administrée par la République sud-afri­
caine, qui se prévaut d’un mandat de la SDN donné en 1920. Mais l’Assem-
blée générale de l’ONU l’a révoqué en 1966 et reconnu en 1973 la South West
Africa People’s Organization (SWAPO) comme seul représentant authenti­
que du peuple namibien, qui y mène une guérilla. Face au MPLA, soutenu
par Moscou et La Havane, l’UNITA réussit à maintenir une rébellion anti­
marxiste et contraint l’État angolais à consacrer la moitié de son budget aux
dépenses militaires. Le conflit s’aggrave depuis 1985, avec une pression amé­
ricaine accentuée et un resserrement des liens avec Moscou (mai 1986). À la
fin de 1987 et au début de 1988, des combats importants s’y déroulent sans
qu’aucun des deux camps ne semble en mesure de l’emporter militairement.
Toutes les tentatives de règlement négocié se heurtent au refus de Pretoria
de retirer ses troupes de Namibie et de reconnaître son indépendance, tant
que les forces cubaines stationnent en Angola et donnent un appui armé à la
SWAPO. Les pourparlers entre l’Angola, Cuba, l’Afrique du Sud et les États-
Unis aboutissent à un accord de cessez-le-feu le 8 août 1988 et au retrait
des troupes sud-africaines d’Angola le 22 novembre 1989. Deux traités signés
aux Nations unies le 22 décembre 1988 prévoient l’accession de la Namibie
à l’indépendance, qui est proclamée le 21 mars 1990, et le départ progressif
des forces cubaines avant le 1er juillet 1992. Le retrait des Cubains, qui avait
permis l’installation (en 1975) et le maintien à Luanda d’un gouvernement
prosoviétique, marque l’échec des ambitions soviétiques sur l’Afrique. Un
accord supervisé par l’ONU (mai 1991) ramène la paix en Angola. Contestée
par le président de l’UNITA, la victoire du président du MPLA, Eduardo dos
Santos, aux élections présidentielles (septembre 1992) donne le signal d’une
196 A Les relations internationales depuis 1945

nouvelle guerre civile qui s’étend à l’ensemble du pays. Un accord de paix


entre le gouvernement de Luanda et l’UNITA intervient en novembre 1994,
ouvrant un espoir de paix en Angola, après vingt ans de guerre civile, tandis
qu’au Mozambique les premières élections libres ont lieu en octobre 1994.
Au Sahara occidental, malgré les succès diplomatiques et militaires du
Polisario, la position marocaine ne cesse de se renforcer. La réconciliation
spectaculaire avec l’Algérie, en mai 1988, après douze ans de rupture, profite
au Maroc en privant le Polisario du soutien inconditionnel de son allié algé­
rien. Dès le 30 août 1988, le Front Polisario accepte l’instauration d’un cessez-
le-feu et l’organisation, sous le contrôle de l’ONU et d’une force de maintien
de la paix créée en avril 1991, d’un référendum permettant à la population
sahraouie de choisir entre l’indépendance et l’intégration au Maroc.
Au Tchad, le processus de paix engagé depuis le cessez-le-feu du
11 septembre 1987 paraît solide. Tchad et Libye reprennent des relations
diplomatiques normales le 3 octobre 1988 et signent un accord-cadre pour le
règlement du différend territorial tchado-libyen le 31 août 1989. La souverai­
neté du Tchad est reconnue (février 1994) sur la bande frontalière d’Aouzou
(114 000 km2), occupée par l’armée libyenne depuis 1973. Mais le pays est
instable (Hissène Habré est chassé du pouvoir le 1er décembre 1990 par son
ancien adjoint, Idriss Debi, armé par la Libye).

Un Proche-Orient instable
Le Proche-Orient continue detre une région fragile et troublée, confrontée
à de multiples facteurs d’instabilité : baisse des revenus due aux fluctuations
du prix du pétrole, accroissement démographique, faiblesse des structures
étatiques, surarmement, terrorisme et montée de l’intégrisme islamique.
Endémique depuis les années 1960, le terrorisme s’est aggravé dans les
années 1980. Il frappe le Liban, en particulier en 1983, et d’autres pays du
Proche-Orient, s’attaque aux moyens de transport (détournement du Boeing
de la TWA en juin 1985, de l’Achille Lauro en octobre 1985, nombreux
actes de piraterie en 1986) et aux capitales d’Europe occidentale, à Vienne
(décembre 1985), à Berlin (avril 1986), à Rome et à Paris (septembre 1986).
Les acteurs sont de petits groupes autonomes en théorie, mais qui à l’occa­
sion se muent en prestataires de service pour des États — Libye, Syrie, Iran -
qui s’en servent comme d’un instrument politique.
Face à cette nouvelle situation, les grandes puissances font preuve de
circonspection. L’Union soviétique abandonne sa politique de soutien à
tous les extrémismes et s’efforce même de renouer avec Israël. Les États-
Unis décident de se désengager du Liban. Mais ils n’entendent pas rester
sans réaction face au terrorisme, comme l’attestent l’arraisonnement par
la chasse américaine de l’avion transportant les pirates de \Achille Lauro,
La fin du monde bipolaire (1985-1992) ▼ 197

le raid sur Tripoli et Benghazi en avril 1986 et la destruction de deux Migs


23 libyens (janvier 1989).
Au Liban, après le départ de la force d’interposition en février 1984 et le
retrait israélien du sud du pays, on assiste au retour en force (juillet 1986) des
Syriens qui avaient dû évacuer Beyrouth en août 1982. Le Liban s’enfonce
dans les luttes confessionnelles entre sunnites et chiites et devient un enjeu
entre la Syrie et l’Iran, par milices interposées. À l’expiration du mandat
d’Amine Gemayel, en septembre 1988, la situation devient inextricable, les
Syriens, qui veulent empêcher la reconstitution d’un véritable État libanais,
s’imposent par des bombardements intensifs de Beyrouth-Est. Après six
mois de combat, le cessez-le-feu intervient (22 septembre 1989). Par l’accord
de Taëf (22 octobre 1989), la Syrie se voit reconnaître son rôle et sa présence
au Liban par les pays arabes. Cet accord cautionné par les grandes puissances
permet l’élection d’un nouveau président de la République libanaise (novem­
bre 1989), au grand désarroi des chrétiens divisés quant à l’attitude à adopter.
La signature d’un traité syro-libanais (22 mai 1991) consacre le rôle prépon­
dérant de la Syrie au Liban.
Espoir de paix dans le conflit israélo-arabe. Jusqu’en 1993, le problème pales­
tinien s’aggrave en raison de l’immobilisme de la politique israélienne et de la
radicalisation de l’opposition palestinienne. Une révolte naît en décembre 1987
et gagne en profondeur les territoires occupés : c’est 1’Intifada. Par la répression
quelle provoque, elle suscite un trouble profond dans la société israélienne et
accentue l’internationalisation du problème palestinien.
L’OLP, qui était affaiblie et en perte de vitesse, en retrouve une nouvelle
vigueur (sommet de la Ligue arabe à Alger, 7-9 mai 1988), comme le montre
l’invitation adressée à Yasser Arafat à se rendre au Parlement européen à
Strasbourg (13-14 septembre 1988). Le 15 novembre 1988, le Conseil national
palestinien proclame la création d’un État palestinien en acceptant la Résolution
242 (adoptée après la guerre des Six Jours) et reconnaît implicitement l’existence
d'Israël. On observe des modifications significatives du rôle des grandes puissan­
ces. Depuis l’arrivée de M. Gorbatchev au pouvoir, l’URSS s’efforce d’ouvrir son
jeu vis-à-vis d’Israël. Une mission israélienne exploratoire est reçue à Moscou
en juillet 1988 et les Juifs soviétiques sont autorisés à émigrer en Israël.
Quant aux Américains, ils annoncent le 14 décembre 1988 qu’ils sont
prêts à ouvrir un dialogue substantiel avec les représentants de l’OLP. Des
pourparlers ont lieu à Tunis. Mais, la longue crise gouvernementale israé­
lienne (mars-juin 1990) et l’intransigeance du gouvernement Shamir empê­
chent tout progrès malgré les efforts égyptiens (plan Moubarak) et américains
(plan Baker). Les affrontements sanglants, qui se multiplient, provoquent
l’intervention du Conseil de sécurité qui vote une résolution sur la protec­
tion des Palestiniens dans les territoires occupés (20 décembre 1990). A la
faveur de la guerre du Golfe et de la coalition anti-irakienne, le secrétaire au
198 ± Les relations internationales depuis 1945

Département d’État, James Baker, rallie les principaux protagonistes à l’idée


d’une conférence internationale sur le Proche-Orient. Coparrainée par les
États-Unis et l’Union soviétique, la conférence de la paix, qui s’ouvre à Madrid
le 30 octobre 1991, réunit pour la première fois Israël, ses voisins arabes et
les Palestiniens. Après la victoire du parti travailliste aux élections législatives
(23 juin 1992), le nouveau gouvernement israélien relance le processus de
paix au Proche-Orient en admettant la validité partielle de la Résolution 242
et en annonçant un gel partiel des implantations juives dans les territoires
occupés, où la tension reste vive.
À la suite de conversations secrètes entre Israël et l’OLP, un accord de recon­
naissance mutuelle est signé officiellement à Washington le 13 septembre
1993. La « déclaration de principe sur les arrangements intérimaires d’auto­
nomie » prévoit l’autonomie des territoires occupés et le retrait des for­
ces israéliennes de la « bande de Gaza et de la zone de Jéricho d’abord ».
L’autorité palestinienne s’y installe en mai 1994. Israël et la Jordanie signent
un traité de paix (26-27 octobre 1994) et établissent des relations diplomati­
ques (novembre 1994).

La situation en Amérique centrale et en Amérique du Sud


En Amérique centrale, si marquée par la guerre froide, la situation politique
est apaisée. La guerre civile a cessé au Nicaragua, et au Salvador on célèbre
la réconciliation nationale. Un peu partout, des élections libres se dérou­
lent sans encombres. Sous l’impulsion du FMI, des réformes de structure
commencent à avoir des effets sur la santé économique de pays comme
l’Argentine et le Chili. Et des efforts d’unification économique régionale
(MERCOSUR) aboutissent.
Le rôle de l’Union soviétique y est profondément transformé. La visite
que fait M. Gorbatchev à Cuba (avril 1989) ne permet apparemment pas
de convaincre Fidel Castro des charmes de la perestroïka. Moscou prend
ses distances, retire des troupes (été 1991) et ne lui fournit plus d’aide éco­
nomique. Quant aux États-Unis, préoccupés au plus haut point par leur
« arrière-cour », ils oscillent entre l’immobilisme (ou le multilatéralisme
par OEA interposée) et l’interventionnisme, qui ne trouve plus sa justifica­
tion dans le souci de protéger sa sécurité nationale, mais de combattre le
fléau de la drogue.
Au Nicaragua, malgré l’opposition du Congrès, le président Reagan veut
aider la rébellion antisandiniste, les Contras. Des fonds leur sont illégalement
versés (Irangate). Finalement l’administration décide de ne plus accorder
d’aide militaire aux Contras (mars 1989), mais elle n’accepte pas non plus la
poursuite des livraisons d’armes soviétiques aux sandinistes.
La fin du monde bipolaire (1985-1992) ▼ 199

La démarche préconisée par les cinq chefs d’État d’Amérique centrale


(7 août 1987) indique les voies à suivre : démocratisation, pacification, coo­
pération régionale. Un accord de cessez-le-feu est conclu entre le prési­
dent Ortega et les Contras (23 mars 1988). Des élections libres ont lieu en
février 1990 avec le concours des casques Bleus et donnent, contre toute
attente, la victoire à la candidate de l’Union nationale d’opposition, Violeta
Chamorro, qui l’emporte sur le candidat sandiniste, le président sortant
Ortega. Les Américains lèvent l’embargo. La Contra démobilise. Est-ce la fin
de la guerre civile au Nicaragua ?

Carte politique de l’Amérique centrale

Source : Le Monde.

Au Panama, après deux années de pressions diplomatiques, les Etats-


Unis lancent l’opération militaire « Juste Cause », le 20 décembre 1989, dans
le but déclaré de restaurer le processus démocratique. En réalité, elle a pour
mission de chasser du pouvoir et d'arrêter le général Noriega qui avait modi­
fié les résultats des élections favorables à l’opposition (mai 1989). Le refus de
Noriega de collaborer avec les États-Unis contre le régime sandiniste n’expli­
que pas tout. Le contentieux entre les deux pays concerne la zone du canal
de Panama, concédée à perpétuité aux États-Unis par le traité de 1903, où
ceux-ci entretiennent 12 000 hommes et dont les accords signés (septem­
bre 1977) entre Carter et le président panaméen Omar Torrijos prévoient la
restitution à la république de Panama avant le 31 décembre 1999.
200 A Les relations internationales depuis 1945

Au Salvador, le gouvernement et les rebelles signent (31 décembre 1991)


un accord de cessez-le-feu mettant fin à une guerre civile qui a tué environ
90 000 personnes en douze ans : c’est la réconciliation nationale, scellée en
décembre 1992 et contrôlée par une mission des Nations unies (ONUSAL).
En Haïti, l’exil de Jean-Claude Duvalier (1986) n’a permis au pays de
retrouver ni la stabilité, ni la démocratie en raison du coup d’État militaire
en septembre 1991. Les sanctions décidées par l’ONU, et les pressions exer­
cées par les États-Unis finissent par faire céder la junte (septembre 1994) ; la
présence des casques bleus, surtout américains, permet l’élection paisible du
successeur du président Aristide.
Un autre aspect dans la recomposition de ce paysage mondial est le renou­
veau du rôle de l’ONU. Longtemps, l’organisation internationale a été tout à
fait impuissante à faire respecter la paix et incapable de prévenir des conflits ;
elle a obtenu des résultats minces dans le domaine du désarmement qui, au
contraire, a progressé grâce aux négociations bilatérales américano-soviétiques.
La coexistence, au sein des Nations unies, d’États énormes par leur superficie
et leur population (comme la Chine et l’Inde) et de micro-États (Seychelles,
Sao Tomé) aboutit à un éparpillement extraordinaire, renforcé par le principe
d’égalité entre États aux contributions financières tout à fait inégales, les États-
Unis assumant à eux seuls 25 % du budget de l’organisation.
C’est un forum universel de 185 États membres, qui reflète les tensions d’un
monde multipolaire et qui sert de cadre à des négociations et des initiatives mul­
tiples. L’ONU est redevenue un lieu de dialogue et l’attribution du prix Nobel de
la paix 1988 aux forces de l’ONU sanctionne un prestige retrouvé. Il est signi­
ficatif que la fermeté manifestée lors de l’invasion du Koweit par l’Irak révèle
en particulier une volonté nouvelle de faire respecter une certaine conception
du droit international et de faire prévaloir le rôle des Nations unies. Celles-ci
sont davantage sollicitées que par le passé dans le processus de résolution des
conflits régionaux (accession de la Namibie à l’indépendance, règlement de
l’affaire d’Angola, guerre du Golfe, administration du Cambodge pacifié, orga­
nisation du référendum au Sahara occidental, affaire du Kurdistan, Somalie,
Yougoslavie). De 1988 à 1992, l’ONU a lancé autant d’opérations de maintien
de la paix qu’au cours des quarante années précédentes. Quelque 80 000 Bérets
bleus (observateurs non armés) et Casques bleus (soldats armés) servent sur
tous les continents. L’ONU a néanmoins beaucoup de mal à participer à l’élabo­
ration d’un nouvel ordre mondial.
Chapitre 6

À la recherche
d’un nouvel ordre mondial
(1992-2001)

u tournant du siècle, on se trouve à l’aube d’un monde nouveau, mou­


A vant et imprévisible. La plupart des fondements de la deuxième moitié
du xxe siècle, mais aussi du siècle tout entier, ont été balayés ou sont déva­
lorisés. Favorisée par la baisse des cours du pétrole, la reprise de l’économie
mondiale, lente à se réveiller en 1992 et 1993, se signale par des performan­
ces remarquables de 1994 à 2000 : croissance dans les pays anglo-saxons,
émergence de nouveaux pays industrialisés, en particulier asiatiques, et elle
s’étend même à l’Europe, engluée jusque-là dans le marasme et le chômage.
La mondialisation est en marche avec l’extension du libre-échange aux
anciens pays d’économie collectiviste, l’adoption généralisée des lois du
marché, l’explosion de la nouvelle économie et la tendance à la mobilité des
capitaux, avec pour conséquence une interdépendance accrue de la planète,
sans pour autant qu’existent des moyens de régulation adaptés. À preuve,
la crise financière partie de Thaïlande (juillet 1997), suivie par la crise russe
(août 1998) et celle du Brésil menacent la prospérité mondiale. L’Amérique
latine, l’Asie et l’Afrique sont toutes trois affectées par la chute des cours des
matières premières et les producteurs de pétrole par celle des cours de 1’« or
noir », que ne peuvent enrayer les réductions de production décidées par les
membres de l’OPEP, sauf au cours de l’année 2000 où le prix du baril triple en
un an, faisant craindre un nouveau choc pétrolier et confirmant l’OPEP (40 %
de la production mondiale et trois quarts des réserves mondiales) dans son
rôle d’interlocuteur incontournable des pays consommateurs.
Alors que, depuis 1945, la guerre froide avait octroyé un poids considé­
rable aux réalités militaro-stratégiques et à la diplomatie des États, la situa­
tion est plus complexe : le nucléaire est dévalorisé, la guerre est mise hors jeu
dans les sociétés développées, tout en continuant ailleurs ou selon des modes
202 Les relations internationales depuis 1945

La situation pétrolière mondiale en 2000

Pays consommateurs (3e trimestre 2000) Pays producteurs


(en millions de barils/jour) (en millions de barils/jour)

incluant les condensais et les gaz


Total 75,5 Total 76,6- liquéfiés (1,7)

Répartition des réserves de pétrole Prix du pétrole


(en milliards de barils) (en dollars par baril)

Irak 112,5 De 1972 à 1984 : cours de l'arabian light au jour le jour


De 1985 à 2000 : cours du brent

Source : BP
À la recherche d’un nouvel ordre mondial (1992-2001 ) ▼ 203

nouveaux : les Américains mènent des opérations militaires à distance au


moyen de missiles. Des acteurs non étatiques ou transnationaux jouent un rôle
de plus en plus important dans les relations internationales. Aussi bien n’est-ce
pas un monde multipolaire qui succède à l’ancien monde bipolaire, mais un
univers chaotique marqué par une Amérique à la fois sur-puissante et limitée
dans son efficacité, une Russie incertaine, une Asie gravement perturbée, une
Afrique décidément en proie aux troubles, un Moyen-Orient dans l’impasse.
De nouveaux centres de puissance apparaissent dans les aires géographiques,
troublées à nouveau, et aspirent à jouer un rôle de gendarme régional.

La fin du système Est-Ouest


Le cadre Est-Ouest n’est plus. L’ordre bipolaire né à l’issue de la Seconde
Guerre mondiale a fait place à un « remembrement de l’espace politique inter­
national ». Certes, les États-Unis et la Russie - héritière des forces stratégiques
soviétiques - restent les deux Super-Grands par leur puissance militaire.
Dans le domaine militaire, les États-Unis et l’Union soviétique ont fait un
effort notable non seulement par l’arrêt de la course aux armements nucléai­
res, mais aussi par un réel désarmement avec l’élimination des euromissiles, le
démantèlement partiel des arsenaux nucléaires stratégiques et la réduction du
volume des armes nucléaires tactiques. La fin de la guerre froide donne lieu à
un ralentissement général des dépenses d’armement (15 % de baisse en 1992 par
rapport à 1991) et à une certaine perte en importance du nucléaire. En raison
d’une opinion très sensibilisée, le nucléaire militaire est encadré et marginalisé.
Les cinq puissances nucléaires (États-Unis, Grande-Bretagne, France, Russie,
Chine) conservent encore un arsenal formidable, mais elles sont contraintes à le
réduire. Confrontés à la modification de la menace et aux nécessités budgétaires,
les États-Unis renoncent à l’IDS (13 mai 1993) au profit d’un programme antimis­
siles moins ambitieux. À Moscou, le 14 janvier 1994, le président Clinton conclut
avec le président ukrainien Kravtchouk et Boris Eltsine un accord prévoyant le
démantèlement de l’arsenal nucléaire de l’Ukraine. Les 27 et 28 septembre 1994,
à Washington, les présidents Eltsine et Clinton s'engagent à accélérer le désarme­
ment nucléaire et à faire progresser leur nouveau « partenariat ». La conférence
organisée par les Nations unies (avril-mai 1995) aboutit à proroger indéfiniment
le traité de non-prolifération nucléaire (TNP), conclu en juillet 1968 et entré en
vigueur en 1970 pour une durée de vingt-cinq ans et auquel ont adhéré la France
et la Chine en 1991. À quelques exceptions près, les pays non détenteurs de l’arme
nucléaire s’engagent pour toujours à y renoncer. Le 11 avril 1995, les cinq grandes
puissances détentrices de l’arme nucléaire s’engagent à ne pas utiliser cette arme
contre les pays non nucléaires signataires du TNP. Le moratoire n’est respecté
ni par la Chine ni par la France, qui décide en juin 1995 une ultime campagne
d’essais nucléaires (septembre 1995-janvier 1996) qu’elle avait interrompue
204 A Les relations internationales depuis 1945

en 1992, ce qui suscite de violentes protestations dans le Pacifique sud et une


réserve hostile même chez les alliés de la France, sauf la Grande-Bretagne. En
mars 1996, les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France se rallient au traité de
Rarotonga de dénucléarisation du Pacifique sud conclu en 1985. Dix pays d’Asie
du Sud-Est signent à Bangkok (15 décembre 1995) un traité faisant de la région
une zone exempte d’armes nucléaires. Le 11 août 1996, les pays d’Afrique signent
le traité de Pelindaba de dénucléarisation de l’Afrique, auquel adhère la France.
L’opposition de l’Inde jette une ombre sur la signature du traité d’interdiction des
essais nucléaires, CTBT (Comprehensive Test Ban Treaty) le 25 septembre 1996.
D’ailleurs, l’Inde effectue en mai 1998 plusieurs essais auxquels répliquent six
essais pakistanais. L’apparition de deux nouveaux États dotés d’armes nucléaires,
qui n’étaient d’ailleurs signataires ni du TNP de 1968 ni du CTBT de 1996, est
un facteur d’instabilité grave pour l’équilibre stratégique en Asie et pour la survie
du régime de non-prolifération. Le Sénat américain refuse d’ailleurs de ratifier le
CTBT (octobre 1999). Et quand les cinq grandes puissances s’engagent à éliminer
totalement leurs arsenaux nucléaires (mai 2000), cet engagement apparaît pure­
ment formel. La ratification du traité de désarmement nucléaire Start II (réduc­
tion du nombre d’ogives nucléaires à 3 500 pour les États-Unis et à 3 000 pour la
Russie) est ajournée par la Douma - le traité est finalement ratifié par la Russie en
avril 2000 -, qui refuse de consacrer ainsi le sommet russo-américain de Moscou
(ler-3 septembre 1998), le dernier remontant à mars 1997 à Helsinki.
Faisant état d’une menace balistique globale provenant de pays disposant
d’armes de destruction massive, les Américains entendent lui opposer une
défense antimissile {National Missile Defense ou NMD), qui serait déployée
en 2005. Le projet américain de bouclier stratégique est présenté à Moscou
(3-4 juin 2000) par Bill Clinton à Boris Eltsine, qui y voit une rupture dange­
reuse de l’architecture stratégique, fondée sur le traité ABM de 1972 et donc
une remise en cause du principe de Yarms control. De leur côté, les Européens
sont déconcertés par le découplage de leur sécurité par rapport à celle des
Américains. Jugeant la doctrine de dissuasion nucléaire inadaptée aux réali­
tés du xxie siècle, le président G. W. Bush promeut (mai 2001) son projet de
bouclier antimissile (qui est au centre de ses entretiens avec Vladimir Poutine
à Ljubljana (Slovénie) le 16 juin 2001) et se prononce pour le remplacement
du traité antimissile ABM signé en 1972 avec l’Union soviétique.
Absorbée par ses problèmes intérieurs, la Russie cesse d’attiser les conflits et
se replie sur elle-même. Après Gorbatchev, sa politique extérieure est aux anti­
podes de celle de Brejnev. Les concessions sont impressionnantes et le rappro­
chement avec l’Ouest spectaculaire. Elle accepte l’unification de l’Allemagne et
son maintien dans l’OTAN. Elle abandonne sans combat le glacis européen. Elle
ne s’oppose pas à l’action des États-Unis contre l’Irak, client soviétique par excel­
lence. Elle apporte son concours aux Nations unies et n’utilise pas son droit de
veto. Bref, la Russie n’est plus qu’« une superpuissance réduite à la mendicité » ;
À la recherche d’un nouvel ordre mondial (1992-2001 ) ▼ 205

elle réclame en effet l’aide de l’Occident pour assurer le succès des réformes. En
juillet 1991, le sommet du G7 approuve la transition de l’URSS vers l’économie
de marché, sans promettre d’aide immédiate. En avril 1992 et avril 1993, le G7
décide un programme d’aide (dons, prêts, facilités de crédits) à la CEI et le som­
met du G7 allège la dette extérieure de l’ex-URSS (juillet 1992), mais le passage à
l’économie de marché, qui génère une hyperinflation, est une entreprise risquée.
Le remboursement des dettes dépend d’un accord sur de nouveaux crédits. La
Russie vit aux crochets du FMI et de la Banque mondiale, qui lui accordent des
prêts (février 1996), un rééchelonnement de sa dette auprès des banques, regrou­
pées au sein du Club de Londres (octobre 1997), et une nouvelle aide (juillet 1998)
contre l’engagement de réduire de moitié son déficit budgétaire. Or, la Russie
connaît à la fois une très forte inflation, une récession en 1997-1998 et une véri­
table faillite (été 1998). Lors des sommets du G7 à Halifax (juin 1995) et à Lyon
(juin 1996), la Russie est admise aux discussions politiques. Lors du G7 à Denver
(juin 1997), elle participe à tous les débats, mais les Sept ne sont pas d’accord
pour un élargissement permanent, et le Japon s’y oppose en raison du conflit sur
les Kouriles. Le 23e sommet du G7 à Birmingham (16-17 mai) accueille pour la
première fois la Russie comme membre à part entière. Le soutien économique
est confirmé, malgré les soupçons de détournement de fonds (septembre 1999).
La crise financière n’est pas le seul problème auquel la Russie est confron­
tée. En décembre 1994, l’armée russe intervient en Tchétchénie, république
musulmane membre de la Fédération de Russie en proie à la guerre civile, et
y mène une guerre dure, pour interrompre le processus de décomposition en
cours. L’armée russe s’enlise dans une guerre, interrompue par des trêves et
des accords de paix aussitôt remis en question (1996 et 1997). Favorisée par
les Occidentaux, la réélection d’Eltsine (juillet 1996) ne met pas un terme
au trouble politique mais, face aux progrès de l’OTAN, la Russie cherche
à recréer une entité juridique avec ses anciens partenaires de la CEI, qui
apparaît comme une institution formelle et inefficace. Du coup, différen­
tes unions régionales voient le jour, comme l’union politique et économi­
que entre la Russie et la Biélorussie, l’union douanière des Quatre (Russie,
Biélorussie, Kazakhstan, Kirghizstan), la communauté économique cen-
tralo-asiatique, la communauté autour de la Caspienne (Géorgie, Ukraine,
Azerbaïdjan, Moldavie). Parallèlement à ces regroupements, on assiste
aussi à la tendance inverse avec, par exemple en Azerbaïdjan, la République
autoproclamée (1992) du Haut-Karabakh, peuplée d’Arméniens. Dans cette
phase de transition démocratique, la Russie hésite à choisir son destin et
son évolution est énigmatique. En décembre 1999, Boris Eltsine annonce sa
démission et désigne comme successeur Vladimir Poutine, élu le 26 mars
2000 président de la Fédération de Russie. Comme Premier ministre,
celui-ci avait bâti sa popularité sur la volonté d’en finir avec la révolution
tchétchène en lançant la deuxième guerre en 1999.
206 A. Les relations internationales depuis 1945

Avec le déclin de la puissance moscovite et la Russie réduite un temps au rang


de comparse des États-Unis, la pax americana est-elle pour autant instaurée ?
Le tableau doit être nuancé dans le temps et dans l’espace. L’impressionnant
déploiement militaire, à l’occasion de la guerre du Golfe, renforce le rôle des
États-Unis comme « gendarmes du monde ». Mais ils ont dû faire financer
leur engagement par les Allemands, les Japonais et les Saoudiens. L’échec de
George Bush aux élections présidentielles de novembre 1992 exprime aussi la
volonté des Américains de se préoccuper d’abord d’eux-mêmes. L’arrivée de
l’Euro en 1999 constitue un défi à l’hégémonie du dollar et pose le problème du
fonctionnement du système monétaire international.
En fait, les États-Unis oscillent d’une démarche de « profil bas » à une
politique d’intervention « au nom du droit », et l’effacement de leur adversai­
re-partenaire soviétique les gêne tout autant qu’il les place dans une position
unique. Washington hésite entre activisme économique et prudence diplo­
matique. Les présidences Clinton (élu en 1992, il est réélu en novembre 1996)
sont d’abord marquées par une singulière atonie de la politique extérieure,
puis la Maison-Blanche prend en main le dossier de l’ex-Yougoslavie, inter­
vient militairement en Bosnie et décide de rénover l’OTAN, s’implique de
plus en plus dans le processus de paix au Proche-Orient, bref exerce un lea­
dership mondial, mal ressenti par ses alliés. Les hésitations de Washington
traduisent parfois les exigences de la politique intérieure, en particulier le
rôle du Congrès, plus important en période calme qu’en cas de tension inter­
nationale. La tendance américaine à « l’unilatéralisme » a pour limites les
échecs de sa diplomatie : impasse des négociations israélo-palestiniennes
malgré l’engagement du président Clinton (accord de Wye Plantation en
novembre 1998, discours à Gaza, Camp David II), menaces répétées à l’égard
des États rétifs ou « parias » (rogue States) comme l’Irak, qui suscitent des
vagues d’anti-américanisme et des violences (attentats contre les ambassades
en Tanzanie et au Kenya, août 1998) dans l’aire arabo-musulmane.
Quant à la Russie, elle supporte mal cette hégémonie américaine, même si
Boris Eltsine trouve utile de maintenir l’apparence d’un duopole, en exprimant
dans certaines occasions son désaccord. Afin de faciliter l’extension de l’Alliance
atlantique aux pays qui étaient membres du pacte de Varsovie et de l’URSS, on
crée le 20 décembre 1991 (à l’initiative américaine) une superstructure, le Conseil
de coopération nord-atlantique (COCONA, en anglais NACC). Lancé en jan­
vier 1994, au sommet de l’OTAN à Bruxelles, le Partenariat pour la Paix (PPP)
vise à promouvoir une coopération militaire entre les anciens adversaires. La
signature le 10 janvier 1994 par les seize pays membres de l’OTAN d’un docu­
ment politique proposé aux pays ex-communistes, pour participer au Partenariat
pour la Paix, est conçu comme la première étape vers une éventuelle adhésion
à l’Alliance, à laquelle Moscou oppose une méfiance persistante. Ainsi le 10 mai
1995, à Moscou, Eltsine refuse à Clinton l’extension de l’OTAN aux États d’Europe
À la recherche d’un nouvel ordre mondial (1992-2001 ) ▼ 207

centrale et l’arrêt de la coopération nucléaire russe avec l’Iran. Lors du sommet


russo-américain d’Helsinki (20-21 mars 1997), il s’oppose toujours à l’élargisse­
ment de l’OTAN, finalement accepté au cours de la rencontre (mai 1997) entre le
ministre russe des Affaires étrangères, Evgueni Primakov, et le secrétaire général
de l’OTAN, Javier Solana. En contrepartie de l’accord russe sur l’élargissement est
mis en place un Conseil conjoint permanent Russie-OTAN (acte fondateur signé
à Paris le 27 mai 1997), cadre institutionnel commode permettant d’associer la
Russie à toutes les décisions sur la sécurité en Europe, et un Conseil de Partenariat
euro-atlantique (CPEA), forum de consultation et de coopération en matière de
désarmement et de sécurité, destiné à remplacer le COCONA. En juillet 1997,
au sommet de Madrid, l’Alliance atlantique invite la Pologne, la Hongrie et la
République tchèque à la rejoindre, la Roumanie et la Slovénie étant mentionnées
comme prochains membres possibles.
La rénovation de l’Alliance adoptée par le Conseil atlantique de Berlin (3 et
4 juin 1996) porte sur une meilleure adaptation de l’OTAN aux nouvelles missions
apparues depuis la fin de la guerre froide et sur la volonté européenne de jouer
un rôle autonome en son sein, par l’émergence d’une « identité européenne de
défense » ; l’accord comporte notamment la possibilité pour les Européens d’opé­
rations avec les moyens de l’OTAN sans les Américains au sein de groupes de for­
ces armées internationales (GFIM). Mais il s’avère qu’en matière d’européanisation
des commandements régionaux, Washington impose ses idées ; la France, après
avoir repris sa place au comité militaire (décembre 1995) et au Conseil des minis­
tres de la Défense de l’Alliance (juin 1996), constate que les États-Unis ne tiennent
aucun compte de ses propositions, mais elle n’est pas suivie par ses partenaires
européens ; ainsi, les Anglais refusent (Amsterdam, 1997) la fusion de l’Union
européenne et de l’UEO. Au sommet atlantique de juillet 1997, la France juge
non remplies les conditions de son retour dans l’organisation militaire intégrée
de l’OTAN. Même si certains indices peuvent faire croire à la progression de
l’idée d’une défense européenne (volonté américaine de « partage du fardeau »
par les Européens, réunion franco-britannique de Saint-Malo en décembre 1998,
désignation de Javier Solana comme responsable de la PESC), d’importantes
divergences persistent sur la future complémentarité d’une défense européenne
avec une Alliance atlantique dominée par les États-Unis, réticents à l’égard d’une
vitalité trop forte. L’Espagne intègre la structure militaire de l’OTAN (décem­
bre 1997) et surtout les États de l’Europe de l’Est sont impatients de rejoindre
la seule organisation qui leur paraît susceptible d’assurer leur sécurité. 85 %
des électeurs hongrois se prononcent en faveur de l’intégration (16 novembre
1997). Dans la perspective de l’élargissement, la refonte des commandements
régionaux est approuvée en décembre 1997 et l’Alliance atlantique passe de 16 à
19 membres en mars 1999, en intégrant la Pologne, la Hongrie et la République
tchèque. La définition d’un nouveau concept stratégique lors du cinquantième
anniversaire de l’Alliance (avril 1999) divise les Alliés, qui ne s’accordent pas sur
208 Les relations internationales depuis 1945

la nature et l’extension (hors zone) des missions de l’OTAN et sur la nécessité


d’un mandat explicite de l’ONU pour engager une action militaire. La guerre du
Kosovo manifeste la prépondérance de l’OTAN, clef de la sécurité en Europe.
Malgré sa volonté de soutenir le régime serbe, l’enjeu n’est pas assez important
pour que Moscou mette fin aux efforts de coopération Est-Ouest.

Les secrétaires généraux de l’OTAN


Lord Ismay (Royaume-Uni) 1952-1957
Paul-Henri Spaak (Belgique) 1957-1961
Dirk Stikker (Pays-Bas) 1961-1964
Manilo Brosio (Italie) 1964-1971
Joseph Luns (Pays-Bas) 1971-1984
Lord Carrington (Royaume-Uni) 1984-1988
Manfred Worner (Allemagne) 1988-1994
Willy Claes (Belgique) 1994-1995
Javier Solana (Espagne) 1995-1999
Georges Robertson (Royaume-Uni) 1999-2003
Jaap de Hoop Scheffer (Pays-Bas) depuis 2004 ■
L’hégémonie des États-Unis se manifeste partout et tous les moyens sont
bons pour imposer sa politique. À l’ONU, Washington met son veto au renou­
vellement du mandat de Boutros Boutros-Ghali et impose le Ghanéen Kofi
Annan comme secrétaire général (décembre 1996) mais ne tient pas compte
de ses observations dans la crise irakienne et a tendance à substituer son action
propre à la politique multilatérale. Sur le plan économique, les Américains ont
davantage de difficultés à faire admettre leurs projets, qui suscitent l’irritation
des Européens. La loi Helms-Burton (mars 1996) vise à pénaliser les sociétés
étrangères commerçant avec La Havane, afin de renforcer l’embargo contre
Cuba. La loi d’Amato-Kennedy (août 1996) impose des sanctions à toute
société étrangère qui investirait plus de 40 millions de dollars par an dans les
domaines pétrolier et gazier en Iran et en Libye. La plainte des Quinze devant
l’Organisation mondiale du Commerce aboutit à la suspension de ces lois que
Washington renonce à appliquer (mai 1998). L’OMC est appelée à arbitrer
(juillet 1999) des conflits de plus en plus fréquents entre l’Union européenne
et les États-Unis (embargo de l’UE sur les importations de bœuf aux hormo­
nes d’Amérique du Nord, pratiques commerciales déloyales).
Les négociations sur le projet d’accord multilatéral sur l’investissement
(AMI), qui consistait - sous prétexte de favoriser les investisseménts - à
remettre en question les accords régionaux d’intégration économique, sont
suspendues (avril 1998). Le projet de nouveau marché transatlantique entre
l’Union européenne et les États-Unis est abandonné en raison du ralliement
européen aux idées françaises, hostiles à l’instauration d’un libre-échange
À la recherche d’un nouvel ordre mondial (1992-2001 ) ▼ 209

généralisé, et remplacé par l’idée d’un partenariat économique transatlanti­


que (mai 1998). Dans le cadre de l’OCDE, l’ultimatum américain menace de
boycotter des produits européens (novembre 1998) si Bruxelles ne revoit pas
ses quotas d’importation sur la banane avec les pays ACP, associés à l’Union
européenne dans le cadre de la convention de Lomé, afin d’ouvrir totalement
le marché européen aux bananes des multinationales américaines.

L’Europe de l’union monétaire


et la poudrière des Balkans
Depuis le « retournement du monde », l’Europe est « rentrée dans son histoire
et sa géographie ». Mais elle est encore loin de son unité. À la conférence au
sommet de Budapest (5-6 décembre 1994), les 52 membres de la CSCE, qui
devient l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE),
divergent sur les modalités d’organisation de la sécurité européenne. Lors du
sommet d’Istanbul (18-19 novembre 1999), les 54 chefs d’État et de gouver­
nement signent un nouveau traité sur la réduction des forces conventionnel­
les et une charte sur la sécurité en Europe.
Quant à l’Union européenne, les négociations en vue du quatrième élargis­
sement aboutissent à la faire passer (1er janvier 1995) de douze à quinze mem­
bres en y accueillant trois États : l’Autriche, la Finlande et la Suède mais pas la
Norvège (qui a pour la deuxième fois refusé d’adhérer en 1994 à la suite d'un
référendum défavorable). En janvier 1995, le Luxembourgeois Jacques Santer
succède à Jacques Delors à la présidence de la Commission. Reportée périodi­
quement, l’application de la convention de Schengen sur la libre circulation des
personnes entre sept pays de l’Union européenne entre en vigueur le 26 mars
1995. La construction de l’Europe a permis la constitution d’un bloc écono­
mique puissant qui recherche encore les voies de son unité politique, c’est-à-
dire de son approfondissement. Ainsi, l’échec de l’Europe en Bosnie montre
la nécessité d’une politique étrangère et de sécurité commune (PESC), un des
objectifs - avec la réforme des institutions - de l’infructueuse conférence inter­
gouvemementale (CIG) (mars 1996-juin 1997). Ne parvenant pas à réformer les
institutions de l’Union européenne avant l'élargissement à l’Est, la conférence
s’achève dans la confusion par l’adoption d’un texte de portée limitée (réduction
du nombre des commissaires, extension du domaine des décisions prises à la
majorité qualifiée). Le 2 octobre 1997, les ministres des Affaires étrangères des
quinze États membres de l’Union européenne signent à Amsterdam le traité
adopté en juin, qui complète le traité de Maastricht (1991) et prévoit de doter
l’Union d’une personnalité porte-parole d’une politique étrangère commune.
Exprimant sa volonté de voir avancer « l’identité européenne de sécurité et de
défense » (IESD), le sommet de Cologne (3-4 mai 1999) désigne Javier Solana
210 A Les relations internationales depuis 1945

comme le porte-parole de l’Union en matière de sécurité commune (PESC).


L’UEO transfère ses compétences en matière de défense à l’Union européenne.
Le sommet d’Helsinki (10-11 décembre 1999) décide la création d’une Force
d’action rapide européenne à l’horizon 2003. Le sommet de Nice (7-8 décembre
2000) en prévoit une structure permanente d’encadrement. Il s’agit donc de la
mise en place d’une politique de défense qui doit permettre aux Européens de
contribuer à leur sécurité sans être systématiquement tributaires de l’OTAN.
Dans la logique d’un grand marché sans frontières, l’union monétaire appa­
raît indispensable. Or, les interrogations pèsent sur le système monétaire
européen, soumis à des épreuves à répétition : sorties de la lire et de la livre
sterling ; rétablissement du contrôle des changes en Espagne, Portugal et
Irlande ; décision prise (ler-2 août 1993) d’élargir les marges de fluctuation des
monnaies à 15 % par rapport à leur taux pivot ; bref, c’est la dislocation du SME.
Pour relancer la mécanique de l’union monétaire, le sommet de Madrid
(15-16 décembre 1995) adopte le calendrier de passage à la monnaie unique,
baptisée « euro » ; le respect des critères de convergence, requis pour l’échéance
au 1er janvier 1999, pose bien des problèmes aux États membres, qui s’engagent
dans un pacte de stabilité budgétaire (septembre 1996) et doivent transférer
leur souveraineté monétaire à l’Europe. Pour éviter que les dérapages d’un pays
ne menacent la stabilité de l’ensemble de la zone euro, les Quinze s’entendent
sur des règles de discipline et prévoient des sanctions en cas de déficit supé­
rieur à 3 %. Le coup d’envoi à l’euro est donné les ler-2 mai 1998. Sa mise en
place se fait à la date prévue du 1er janvier 1999 avec les onze membres de
l’Union européenne, qui ont souhaité y participer (la Grande-Bretagne, la
Suède et le Danemark ont décidé d’attendre) et satisfont aux critères de conver­
gence (seule la Grèce n’est pas du lot). L’un des buts de l’unification monétaire
européenne est de rendre à l’Europe unie et à la Banque centrale européenne
mission de veiller à la stabilité des prix au sein de l’union monétaire et une place
face à la puissance financière du dollar. Mais l’euro ne soutient pas la parité avec
le dollar. L’euro ne s’impose pas comme monnaie de transaction commerciale.
Au lieu de servir de contrepoids au dollar, la devise européenne facilite une
américanisation de l’économie du continent. En revanche, les États de l’Union
européenne peinent à harmoniser leurs politiques de lutte contre le chômage,
qui touche alors 18 millions de personnes (sommet sur l’emploi en novem­
bre 1997 à Luxembourg).
L’approfondissement n’est pas le seul problème auquel se heurte l’Union
européenne : outre des oppositions internes (crise de la « vache folle », crise
franco-néerlandaise à propos de la présidence de la Banque centrale euro­
péenne), l’Europe est en effet appelée à l’élargissement aux pays d’Europe cen­
trale et orientale. Les négociations s’ouvrent en mars 1998. Lors du sommet
d’Helsinki (10-11 décembre 1999), les Quinze adoptent un texte traitant de
l’élargissement et décident d’accepter les candidatures de douze pays d’Europe
À la recherche d’un nouvel ordre mondial (1992-2001) ▼ 211

centrale (Estonie, Lettonie, Lituanie, Pologne, République tchèque, Slovaquie,


Hongrie, Roumanie, Slovénie, Bulgarie, Malte, Chypre), dont les adhésions
pourraient être effectives en 2004. À Nice (10-11 décembre 2000), le sommet
des Quinze aboutit à un compromis limité : les grands choix concernant notam­
ment la taille de la future Commission européenne et l’abandon du droit de veto
au Conseil européen sont reportés à plus tard. La parité entre les grands pays est
maintenue en ce qui concerne le nombre de voix au Conseil des ministres, mais
l’Allemagne renforce sa représentation au Parlement européen. La France, le
Royaume-Uni et l’Italie n’ont plus que 78 députés au lieu de 99 pour l’Allemagne.
Le seul résultat clair est l’accord sur l’élargissement de quinze à vingt-huit mem­
bres (les douze indiqués ci-dessus plus la Turquie à laquelle le sommet d’Helsinki
donne le statut de « pays candidat »). Mais comment accueillir les nouveaux
États sans une réforme des institutions de l’Union européenne, qui risque de
devenir une simple zone de libre-échange ? Un autre débat de l’agenda 2000
concerne le budget communautaire, que les plus gros contributeurs nationaux
(Allemagne, Pays-Bas) souhaiteraient limiter, à l’encontre des autres. Le finance­
ment de l’Union européenne (réforme de la politique agricole commune, fonds
d’aide aux régions les plus pauvres) constitue un autre dossier essentiel, évoqué
lors du sommet de Vienne (11-12 décembre 1998).
L’Europe est également secouée par la crise qui affecte la Commission
présidée par Jacques Santer. La démission collective (mars 1999) illustre le
212 Les relations internationales depuis 1945

renforcement des pouvoirs du Parlement européen, dont les élections sont


un succès pour le parti populaire européen. L’axe franco-allemand reste
solide, malgré des désaccords dans le domaine de la lutte pour l’emploi et
l’orientation du nouveau gouvernement allemand (animé et dirigé par le SPD
de Gerhard Schrôder et les Verts), à la suite des élections d’octobre 1998 qui
voient la défaite d’Helmut Kohl. L’Europe est donc confrontée à la poursuite
d’identités contradictoires : atlantique, communautaire, paneuropéenne,
nationale. Plusieurs États européens conservent un rôle disproportionné à
leur superficie et à leur population : le Royaume-Uni et la France ont une
ambition qui ne se limite pas à l’Europe. Ils disposent d’une force de dissua­
sion nucléaire, d’un magistère d’influence dans le monde (par Commonwealth
et francophonie interposés) et ils ont un siège de membre permanent au
Conseil de sécurité, privilège que revendique d’ailleurs l’Allemagne.

Les Présidents de la Commission européenne


Jean Rey (Belgique) Juillet 1967-Juillet 1970
Francesco Malfatti (Italie) Juillet 1970-Mars 1972
Sicco Mansholt (Pays-Bas) Mars 1972-Décembre 1972
François-Xavier Ortoli (France) Décembre 1972-Janvier 1977
Royjenkins (Royaume-Uni) Janvier 1977-Janvier 1981
Gaston Thorn (Luxembourg) Janvier 1981 -Janvier 1985
Jacques Delors (France) Janvier 1985-Janvier 1995
Jacques Santer (Luxembourg) Janvier 1995-Mars 1999
Romano Prodi (Italie) Mai 1999-Décembre 2004
Manuel Barroso (Portugal) Depuis décembre 2004 ■

Par l’unification, l’Allemagne accède dans la paix à une suprématie euro­


péenne qu’elle n’a pu atteindre par la guerre, même si son influence diploma­
tique n’est pas à la hauteur de son poids économique. La multiplication des
conflits régionaux l’amène à rendre possible la participation de la Bundeswehr
à des opérations militaires de maintien de la paix hors de la zone OTAN
(décision de la Cour de Karlsruhe du 12 juillet 1994) dans le cadre des Nations
unies. La puissance allemande s’affirme, aussi bien dans l’Union européenne
qu’à l’extérieur : avec la participation de 4 000 soldats de la Bundeswehr à
l’IFOR, l’Allemagne intervient militairement hors des frontières de l’OTAN.
De fait, le recentrage de l’Europe donne une place prépondérante à l’Allema­
gne dans l’Europe élargie.
L’implosion de la Yougoslavie en 1991 est à l’origine de conflits en chaîne
dans les Balkans, qui redeviennent une poudrière. Aucun des cessez-le-feu
conclus n’est respecté, et les États membres de la CEE (qui ne parviennent
pas à se mettre d’accord sur l’envoi d’une force européenne d’interposition)
en appellent au Conseil de sécurité de l’ONU (novembre 1991) et reconnais­
À la recherche d’un nouvel ordre mondial (1992-2001 ) ▼ 213

sent l’indépendance de la Slovénie et de la Croatie (15 janvier 1992), puis de la


Bosnie-Herzégovine (6 avril 1992). Sur les ruines de la fédération yougoslave,
la Serbie et le Monténégro proclament la République fédérale de Yougoslavie
(27 avril 1992), à laquelle les Serbes veulent agréger les enclaves à peuplement
serbe en Croatie et en Bosnie-Herzégovine, autour de Sarajevo encerclée et
bombardée par les forces serbes. Tandis que la guerre civile continue et pro­
voque - en raison de la « purification ethnique » - l’exode de milliers de réfu­
giés, une force de protection des Nations unies (la FORPRONU) de près de
15 000 hommes, dont I envoi dans ces zones a été décidé le 21 février 1992, doit
permettre de garantir les frontières litigieuses et d’assurer l’accès de Sarajevo.
Une FORPRONU II (forte de 6 000 hommes), envoyée en octobre 1992, a
bien du mal à faire respecter les trêves et à protéger les convois humanitaires.
Renonçant à imposer une solution militaire, l’ONU et la CEE coopèrent à la
recherche d’un règlement en Bosnie. Après le rejet (octobre 1992) du plan
Vance-Owen, la mise au point d’un plan de partition (Owen-Stoltenberg)
constitue une victoire pour les Serbes de Bosnie, qui contrôlent la plus
grande partie du territoire et qui rejettent (juillet 1994) le plan du « groupe de
contact » (États-Unis, Russie, Allemagne, France, Grande-Bretagne, Italie).
La menace de frappes aériennes par l’OTAN se révèle inefficace, et la guerre
continue en présence de 44 000 Casques bleus, dont le mandat est reconduit
dans l’ambiguïté (mars 1995).
À l’instigation du président Jacques Chirac, l’ONU vote le 16 juin 1995 une
résolution créant la Force de réaction rapide (FRR), dont la mission consiste
à appuyer les Casques bleus en Bosnie. Grâce à la fermeté retrouvée, un ces­
sez-le-feu intervient en octobre 1995 sur l’ensemble du territoire de la Bosnie-
Herzégovine. Les négociations de paix, qui ont lieu à Dayton (États-Unis) en
novembre 1995, aboutissent à un accord ratifié à Paris le 14 décembre. La
Bosnie reste un État aux frontières inchangées mais divisé en deux entités poli­
tiques autonomes : une fédération croato-musulmane (51 % du territoire) et une
République serbe de Bosnie (49 %). La FORPRONU cède son autorité à l’IFOR
(Implémentation Force), force multinationale de 63 000 hommes sous comman­
dement de l’OTAN, avec la participation de 20 000 soldats américains.
Les Balkans restent une poudrière sous la surveillance du groupe de
contact. Grâce à la présence d’une force multilatérale de stabilisation (la
SFOR, qui remplace l’IFOR) sous commandement américain, mise sur pied
en novembre 1996 et reconduite en juillet 1998, la paix s'installe en Bosnie,
où le processus de normalisation en cours (avec élections) est ponctué par
les poursuites et procès intentés contre les criminels de guerre. D’autres
provinces de l’ex-Yougoslavie sombrent dans la guerre civile. C'est en parti­
culier le cas du Kosovo, ancien berceau historique serbe (le 28 juin 1989, un
million de Serbes y ont célébré le sixième centenaire de la bataille de Kosovo
Polje, victoire des Turcs sur les Serbes), peuplé à 90 % d’Albanais musulmans,
214 4k Les relations Internationales depuis 1945

Les États issus de l’ex-Yougoslavie

Slovénie indépendante Croatie indépendante M Macédoine indépendante

Bosnie-Herzégovine EU République Fédérale de Yougoslavie (RFY)


Accords de paix (14 décembre 1995) Serbie (dont Voïvodine et Kosovo)
Monténégro
À la recherche d’un nouvel ordre mondial (1992-2001) ▼ 215

tentés par l’indépendance ou le rattachement à l’Albanie. Les affrontements


se multiplient en 1998 au Kosovo entre les séparatistes albanais et les for­
ces serbes, qui se livrent à l'épuration ethnique. Mais comment accepter
l’indépendance du Kosovo sans menacer la fragile stabilité des Balkans ? La
communauté internationale exhorte Belgrade - qui affirme qu’il s’agit d’une
affaire interne - à une solution politique ; face à l’échec de la médiation,
l’Union européenne décide des sanctions et l’OTAN lance une opération de
représailles contre la Serbie (juin 1998). Pour faire respecter la trêve, l’OSCE
déploie une mission de vérification et l’OTAN dépêche en Macédoine une
force d’extraction des vérificateurs. À la suite de l’échec des négociations de
Rambouillet et de Paris (février-mars 1999), l’OTAN déclenche une série
de frappes aériennes sur la Yougoslavie (24 mars-10 juin 1999) pour faire
céder Milosevic, accentuant ainsi l’exil des Kosovars chassés par l’épuration
ethnique serbe. Milosevic finit par accepter (28 mai 1999) les conditions
fixées par l’OTAN : évacuation des forces serbes du Kosovo, déploie­
ment d’une force internationale de sécurité du Kosovo (KFOR) d'environ
50 000 hommes venant de trente pays, synchronisé avec le retrait des forces
serbes, retour des réfugiés, statut d’autonomie pour le Kosovo administré
par la mission des Nations unies pour le Kosovo (MINUK). Les élections
générales en Serbie (24 septembre 2000) expriment le rejet de Milosevic,
chassé du pouvoir le 5 octobre. La République fédérale de Yougoslavie est
réintégrée dans les différentes instances internationales, surtout à la suite
de l’extradition de Milosevic (juin 2001) pour être jugé au Tribunal inter­
national de La Haye. La guerre de l’OTAN contre la Serbie et l’afflux de
réfugiés albanais du Kosovo suscitant des craintes quant à la viabilité de la
Macédoine, l’OTAN s’engage en août 2001 dans l’opération Moisson essen­
tielle (Task Force Harvest), afin de désarmer les rebelles albanais de l’UCK
en Macédoine. La République du Monténégro est la dernière à former, avec
la Serbie, la République fédérale de Yougoslavie.
En Irlande, après les manifestations et les violences de l’été 1996, un accord
de paix sur l’Ulster, conclu à Belfast en avril 1998 entre protestants et catholi­
ques d’Irlande du Nord, est approuvé par référendum en mai 1998 ; il prévoit
le maintien des liens de l’Ulster avec la Grande-Bretagne, tout en favorisant
le rapprochement de la province avec la République d’Irlande, avec la mise en
place d’un gouvernement autonome mixte (novembre-décembre 1999).

Persistance de l’opposition Nord-Sud :


des mondes violents
L’homogénéité du Tiers Monde n’existe plus et la frontière avec les pays indus­
trialisés, frappés par des crises économiques récurrentes et l’exclusion, bouge
216 Les relations internationales depuis 1945

sans cesse. Les mondes extra-européens sont concernés par trois menaces glo­
bales : le surarmement, l’endettement et le défi démographique, prouvant la per­
sistance et même l’aggravation du conflit Nord-Sud que, de l’Asie ex-soviétique
jusqu'en Afrique, l’intégrisme musulman attise malgré une situation économi­
que tout en nuances. Les États-Unis prennent la tête d’une croisade, qui vise
plusieurs pays du Proche-Orient, faisant penser à un conflit de civilisations.
Paradoxalement, le désarmement au Nord conduit à une attitude inverse
dans le Tiers Monde, engagé dans une véritable course aux armements. Frappés
par le manque de devises, les États successeurs de l’ex-Union soviétique bradent
les produits de leur industrie militaire. Le risque d’une prolifération horizontale
existe. Le nombre d’Êtats ayant acquis la capacité de se doter de l’arme atomique
s’accroît : outre Israël, après l’Inde (1974), l’Afrique du Sud (1979), le Pakistan
(1998) se profilent ceux qui sont en passe de la maîtriser : l'Irak, l’Iran, la Corée
du Nord. D’autres sont tentés de recourir à l’arme chimique pour compenser
leur infériorité. Les armes et technologies modernes sont susceptibles d’ébranler
la stabilité régionale et la sécurité internationale. On l’a bien vu à l’occasion de
la guerre du Golfe, dans un Proche-Orient devenu une zone à forte densité
d’engins balistiques, malgré le protocole MTCR (Missile Technology Control
Régime) de 1987. Le président Bush saisit cette occasion pour proposer un plan
tendant à éliminer les armes de destruction massive au Proche-Orient. Cette
idée est adoptée par les cinq pays membres permanents du Conseil de sécurité
de l’ONU, qui se concertent pour la première fois sur le commerce des armes
(8-9 juillet 1991) et tentent d’élaborer un code de bonne conduite. Le traité inter­
disant la production, l’emploi et le stockage des armes chimiques est signé à Paris
(15 janvier 1993) par 130 pays, qui devront détruire leurs stocks dans un délai de
dix ans et accepter un dispositif de vérification sur pièce et sur place.
^endettement du Tiers Monde se monte, au début de 1995, à 2 000 mil­
liards de dollars tandis que l’aide publique au développement atteint son
niveau le plus bas depuis 1970. Depuis le début des années 1980, une cin­
quantaine de pays sont en état de surendettement prolongé : plusieurs pays
latino-américains, l’Afrique - excepté la Libye et l’Algérie - les Philippines,
le Viêt-nam et l’Europe de l’Est. Cette situation dramatique contraint les
gouvernements à prendre des mesures exceptionnelles, comme le Mexique
et le Venezuela qui obtiennent le rééchelonnement de leurs dettes, et la
Côte-d’Ivoire qui annonce à ses créanciers en 1987 qu’elle ne peut les rem­
bourser en raison de la chute des cours du cacao et du café. Des manifesta­
tions et des grèves éclatent un peu partout. Le FMI devient la bête noire des
dirigeants de ces pays. L’allégement de la dette est au centre des travaux de la
CNUCED (1987) et du sommet mondial de Copenhague pour le développe­
ment social (1995). Malgré les progrès réalisés par certains États latino-amé­
ricains et les efforts de pays occidentaux qui annulent une partie de la dette
des trente-cinq pays africains (mai et juillet 1989) ou qui réduisent les dettes
À la recherche d’un nouvel ordre mondial (1992-2001) ▼ 217

publiques de la Pologne et de l’Égypte (janvier 1991), un malaise persiste. La


dévaluation de 50 % du franc CFA (12 janvier 1994) est un choc pour les pays
de la zone franc. La crise du peso mexicain contraint les États-Unis et le FMI
à intervenir (janvier 1995). Et les pays dits « émergents » membres du G15
(pays en développement) demandent aux pays industrialisés d’ouvrir leurs
marchés. Le G7 décide, lors du sommet de Lyon (juin 1996), d’alléger la dette
des pays les plus pauvres. À l’occasion de l’an 2000, les pays les plus riches
envisagent d’effacer la dette des plus pauvres.
Enfin, le défi démographique réside dans la double disparité, d’une part, entre
la croissance de la population et celle, moins forte, des ressources de la planète
et, d’autre part, entre des pays nantis, à bas taux de reproduction démographi­
que, et des pays pauvres, fragilisés par l’explosion démographique. Alors que
le nombre d’habitants de la planète en 1999 atteint les six milliards d’individus
(trois en 1960), la population des pays développés ne représente qu’un quart de
la population mondiale et elle dispose en moyenne des trois quarts des riches­
ses produites dans le monde. Aussi la conférence du Caire (septembre 1994)
insiste-t-elle sur le nécessaire ralentissement de la croissance démographique.
En trente ans, l’écart entre les pays riches et les pays pauvres a doublé. Les
inégalités Nord-Sud sont loin detre comblées par les aides publiques insuffi­
santes. « Bombe démographique » et migrations de populations constituent
des réalités des relations internationales. L’aide est donc une nécessité et le pro­
blème d’autant plus délicat à résoudre que le Tiers Monde est multiple et son
développement inégal. Certains pays profitent de leur intégration à l’économie
mondiale, d’autres en pâtissent : l’effondrement des prix du pétrole, de l’ordre
de 40 % en 1998, affecte les économies des pays producteurs, en particulier
ceux qui ont fondé leur développement économique sur les hydrocarbures et
sont les plus peuplés comme l’Algérie, l’Indonésie, le Nigeria.
Au cours des années 1990, différents facteurs menacent la stabilité de l’Asie,
l’Afrique connaît des troubles graves ; au Proche-Orient, concerné par une forte
poussée démographique et une baisse des revenus pétroliers investis dans des
appareils de défense, le processus de paix israélo-palestinien est dans l’impasse.
En Asie, au début des années 1990, les rivalités territoriales et militaires
semblent s’effacer grâce à la stabilité politique, à la croissance du commerce
intrarégional et à la prospérité économique. À la fin de ces mêmes années,
l’Asie est probablement la région la plus dangereuse de la planète, car les
rivalités persistent, même s’il n’y a plus d’affrontement idéologique. Ainsi,
la Chine populaire et l’Inde - sans relations diplomatiques depuis 1962 -
entament un dialogue (septembre 1993) en passant sous silence leur conflit
territorial. En avril 1996, Pékin et Moscou esquissent un rapprochement.
La très forte crise économique qui secoue l’Asie en 1997 et 1998 s’étend de
Thaïlande à toute la région et provoque un appauvrissement considérable de
la population : l’Indonésie est le pays le plus touché. Au Japon, la récession
218 A Les relations internationales depuis 1945

remet en cause les fondements du système de l’emploi même si le taux de


chômage (décembre 1998) reste relativement faible (4,4 %). Du fait de la crise,
les ambitions nationales s’affirment. En outre, le relatif effacement américain
et l’effondrement soviétique laissent face à face l’Inde et le Pakistan, dotés l’un
et l’autre de l’arme nucléaire, et promeuvent au rang de puissances régionales
l’Indonésie, l’Iran et la Turquie en plus de la Chine, du Japon et des pays de
l’ASEAN. Le Japon ne veut plus se contenter de jouer un rôle dans les rela­
tions économiques internationales : il revendique le statut d’acteur politique
aspirant à un siège de membre permanent au Conseil de sécurité de l’ONU
et il ne limite pas son action à l’Asie. Le Japon fait dépendre une normalisa­
tion de ses relations avec Moscou de la restitution des Kouriles méridionales
(report de la visite prévue au Japon de Boris Eltsine en septembre 1992).
On note une montée en puissance militaire de la Chine. Auréolée par la
rétrocession de Hong Kong (1997), elle manifeste un activisme en mer de
Chine et dans le Sud-Est asiatique, qui est le théâtre d’une course aux allian­
ces, et l’on assiste au resserrement des liens des petits États avec la puissance
américaine. À deux reprises (printemps 1996, automne 1998), la Chine mani­
feste son ambition de récupérer Taiwan et son mécontentement face à toute
manœuvre tendant à accroître la capacité défensive de l’île, dans le cadre du
système de défense américano-nippon. La transition entre le promoteur de
l’ouverture économique de la Chine et responsable de la répression du « prin­
temps de Pékin », Deng Xiao Ping (mort en février 1997), et Jiang Zemin
est un modèle de réussite. L’échange de visites entre Jiang Zemin aux États-
Unis (octobre 1997) et Bill Clinton en Chine (juin-juillet 1998) marque la
normalisation des relations sino-américaines et un tournant dans l’attitude
occidentale à l’égard de la question des droits de l’homme en Chine, qui cher­
che à conforter son influence en Asie du Sud-Est aux dépens des États-Unis,
inquiets par ailleurs de la coopération sino-pakistanaise en matière nucléaire.
Le contentieux sino-américain s’alourdit à l’occasion de la crise de l’avion-
espion (avril 2001) et des ventes d’armes à Taïwan. Après son repli annoncé
des Philippines, le maintien de la présence américaine en Corée du Sud et
au Japon peut avoir pour objectif de rassurer la région contre tout risque de
résurgence d’un impérialisme japonais et de toute menace chinoise.
Plusieurs pays d’Asie sont troublés : le Cambodge ne se remet pas de ses
années de feu (1975-1979) et de la sédition des Khmers rouges, et ne retrouve
pas sa stabilité politique malgré les élections de juillet 1998 et la mort de Pol
Pot. En Afghanistan, confronté à une coalition hétéroclite formée par la résis­
tance modérée qui n’avait pas accepté le cessez-le-feu et les milices islamistes, le
régime communiste s’effondre (avril 1992), mais les affrontements entre factions
afghanes aboutissent à la prise de Kaboul (septembre 1996) par les « talibans »,
religieux à majorité patchoune, qui ne parviennent pas à imposer leur loi sur
toute l’Afghanistan et la guerre y persiste, à l’initiative du commandant Massoud,
À la recherche d’un nouvel ordre mondial (1992-2001 ) ▼ 219

symbole de l'opposition assassiné le 9 septembre 2001. En Indonésie, durement


frappée par la crise économique, le président Suharto au pouvoir depuis 1967,
réélu en mars 1998, est contraint à la démission par les émeutes de mai. Du
coup, l’intégrité et l’unité de l’Indonésie semblent menacées, d’où la crise qui
secoue le Timor oriental : afin de mettre un terme aux atrocités commises par
les milices pro-indonésiennes décidées à s’opposer à l’indépendance, des forces
militaires sous la responsabilité de l’ONU y interviennent en septembre 1999. Et
ce pays devient indépendant en mai 2002. Après plusieurs mois de tensions, où
les Etats-Unis s’inquiètent des ambitions nucléaires nord-coréennes, la Corée
du Nord s’engage à geler son programme nucléaire (août-octobre 1994) et des
pourparlers sur la paix dans la péninsule coréenne sont entamés sous la dou­
ble égide de Pékin et de Washington (décembre 1997). Avec la rencontre des
deux présidents nord et sud-coréens le 14 juin 2000, inaugurant une « ère de
réconciliation et de coopération », le processus de réunification semble enclen­
ché. L’opposition entre l’Inde et le Pakistan à propos du Cachemire, auquel
New Delhi a consenti l’autonomie en 1996, est toujours vive : la guérilla sépara­
tiste se poursuit, les deux armées s’affrontent le long de la frontière commune
(août 1997 et mai-juin 1999) ; la tension régionale est vive, aggravée par l’acqui­
sition de l’arme nucléaire par les deux frères ennemis (mai 1998).
La situation de l’Afrique est contrastée entre les pays acquis au jeu démo­
cratique et des États où la démocratie est à l’épreuve de la misère (coup d’État
militaire au Nigeria, en Guinée, au Congo). La guerre civile accompagnée de
pillages et de massacres concerne particulièrement le Liberia (1996), le Niger
(juillet 1996), le Centrafrique (1996 et 1997), le Congo-Brazzaville (juin 1997),
la Sierra Leone (1997-1998), la Côte-d'Ivoire (1999-2000). Dans presque tous
ces cas, des forces d’interposition, souvent composées d’armées d’États afri­
cains, s'efforcent de rétablir l’ordre sous legide de l’ONU. Les prétentions de
l’Afrique du Sud à se poser en puissance régionale depuis la fin de l’apartheid
sont battues en brèche (Lesotho et Congo, 1998).
Un peu partout, des mouvements autonomistes armés sapent l’autorité de
l’État et le dogme de l’intangibilité des frontières est remis en cause. L’Éthiopie
est ébranlée par la guérilla des Érythréens et Tigréens. Au terme de trente ans de
guerre contre l’Éthiopie, les Érythréens accèdent à l’indépendance (24 mai 1993)
mais les deux États, qui se disputent une frontière commune, signent un accord
de paix (juin 2000). Après le départ (janvier 1991) du général Syaad Barré chassé
du pouvoir (qu’il occupait depuis octobre 1969) la Somalie, démembrée entre le
Nord et le Sud, sombre dans le chaos et la famine qui suscite l’intervention en
décembre 1992 d’une force militaire internationale d’urgence (Rendre l’espoir)
sous commandement américain. L’enlisement de ces forces contraint l’ONU à
engager 28 000 Casques bleus (4 mai 1993) dans une opération ONUSOMII, la
plus importante, par le nombre d'hommes et par le coût, que l’ONU ait engagée.
220 Les relations internationales depuis 1945

En raison de l’insécurité, l’ONU décide (novembre 1994) de mettre fin au man­


dat de l’ONUSOM, qui évacue en mars 1995.
La situation la plus grave concerne le centre de l’Afrique. Déclenchés à
la suite de l’assassinat des présidents rwandais et burundais en avril 1994,
des affrontements entre Tutsis et Hutus ensanglantent le Rwanda (où d’avril
à juin les Tutsis sont massacrés par les Hutus). Ce génocide (où plus de
500 000 personnes sont assassinées) amène la France à intervenir (juin-
août 1994) dans le cadre d’une opération humanitaire sous mandat de l’ONU
(Turquoise). À son tour, le Burundi est le théâtre de violences (mars 1995
et printemps 1996). Une force multinationale d’assistance humanitaire, mise
sur pied en novembre 1996, se saborde en décembre. La guerre civile qui
s’ensuit, la rébellion qui progresse au printemps 1997 aboutissent à la chute
du maréchal Mobutu (mai 1997), après plus de trente ans de pouvoir. Le chef
des rebelles, Laurent-Désiré Kabila, se proclame président de la République
démocratique du Congo. Mais il ne réussit pas à faire revenir l’ordre dans
un pays ravagé par des rivalités ethniques, des affrontements de potentats
locaux et les appétits des pays voisins, Rwanda et Ouganda. Lui-même est
assassiné en janvier 2001. Toutes les conditions sont réunies pour une implo­
sion du Centre et de la Corne de l’Afrique. Devenue le terrain d’affrontement
des armées des pays voisins et des groupes rebelles locaux, la République
démocratique du Congo s’enfonce dans une crise inextricable. Alors qu’on
avait pu croire la paix revenue en Angola, les accords de paix signés en 1995
à Lusaka sont enterrés, malgré la constitution d’un gouvernement d’union
nationale : la guerre civile reprend en Angola. Le Soudan est déchiré entre le
Nord musulman et le Sud chrétien et animiste, qui obtient son droit à l’auto­
détermination. Au Zimbabwe, une crise politique et économique (occupa­
tion des propriétés de fermiers blancs) secoue le pays (2001-2002).
En Algérie, malgré l’état d’urgence instauré par l’armée qui a pris le pouvoir,
le terrorisme se développe (assassinat du président M. Boudiaf le 29 juin 1992)
et la violence qui ravage le pays n’empêche pas l’élection du président sortant
Liamine Zeroual (16 novembre 1995). La multiplication des attentats crée une
véritable atmosphère de guerre civile, qui n’épargne pas les étrangers (assassi­
nats de religieux français en mai et août 1996). Le déchaînement de violences
en 1997 est tel qu’il suscite l’envoi de missions d’information des pays euro­
péens, qui n’ont pas plus de succès que les tentatives de dialogue du président
Liamine Zeroual, qui quitte prématurément le pouvoir (avril 1999). Malgré
l’espoir quelle soulève, l’élection d’A. Bouteflika ne met pas fin aux violences,
en particulier en Kabylie (août 2001). La question du Sahara occidental, dont la
souveraineté est revendiquée par le Maroc et dont l’indépendance est réclamée
par le Front Polisario, n’est toujours pas réglée. Prévu d’abord en janvier 1992
conformément au plan de paix de 1991, le référendum d’autodétermination est
toujours ajourné, en raison du différend sur la composition du corps électoral.
À la recherche d’un nouvel ordre mondial (1992-2001 ) ▼ 221

Au Proche-Orient, le processus de paix israélo-arabe reste fragile en rai­


son des violences des mouvements islamiques, qui multiplient les attentats
(février et mars 1996 en Égypte), des réticences de la Syrie face aux négocia­
tions et surtout de la politique intransigeante du gouvernement Nethanyahou
(mai 1996-mai 1999). Le nouveau Premier ministre israélien, qui n’a pas
reconnu la légitimité des accords d’Oslo, a en effet autorisé la reprise de la colo­
nisation en Cisjordanie et à Gaza, suscitant mécontentement et inquiétude des
Arabes (sommet de la Ligue arabe, juin 1996). Les déclarations de Beniamin
Nethanyahou sur la Ville sainte et la Cisjordanie en 1996, l’ouverture d'un tun­
nel archéologique dans la vieille ville de Jérusalem provoquent des affronte­
ments sanglants. Le cycle infernal attentats-répression reprend de plus belle
(tirs du Hezbollah sur la Galilée et massacre de Cana, avril 1996). Malgré les
efforts et les pressions des Américains (sommet à Washington, octobre 1996),
les discours de Jacques Chirac, les mises en garde des capitales arabes, les votes
de l’ONU (juillet 1997), le processus de paix lancé à Oslo en 1993 est dans
l’impasse et le gouvernement israélien contrôle toujours plus de 90 % des ter­
ritoires palestiniens occupés. Une nouvelle fois, les Américains s’impliquent
en organisant les négociations de Wye Plantation (octobre 1998), qui se ter­
minent par un accord selon lequel les Israéliens doivent se retirer d’une partie
de la Cisjordanie en contrepartie de l’engagement palestinien à lutter contre le
terrorisme. La visite de Bill Clinton à Gaza (décembre 1998) ne permet pas de
relancer le processus de paix. L’espoir naît plutôt de l’élection du candidat tra­
vailliste Ehoud Barak (mai 1999) au poste de Premier ministre : il réussit à sor­
tir Tsahal du bourbier du Liban sud, où l’occupation militaire qui dure depuis
1978 cesse en mai 2000, malgré l’absence d’accord avec la Syrie et le Liban.
En revanche, il échoue dans la solution du problème palestinien. Depuis l’accord
de Charm-el-Cheik (septembre 1999), les négociations israélo-palestiniennes sur
la mise en œuvre des accords de Wye River (octobre 1998) pour un accord-cadre
sur le statut définitif des territoires palestiniens, menées à partir d’avril 2000, ne
permettent pas de faire des progrès. Le nombre de colons en Cisjordanie et à
Gaza grimpe de 23 000 en 1988 à 200 000 en 2000. La rencontre de Camp David
(10-24 juillet 2000) entre Ehoud Barak et Yasser Arafat, organisée à l’initiative du
président Bill Clinton - qui jusqu’à la fin de son mandat s’implique à fond dans la
solution du conflit -, n’aboutit pas ; bien que pour la première fois les questions
de fond (Jérusalem-Est, colonies de peuplement, retour des réfugiés palesti­
niens) aient été abordées, le désaccord constaté entraîne un pourrissement de la
situation, qui dégénère (septembre 2000) dans des affrontements violents. Cette
nouvelle Intifada vise à établir un rapport de forces plus favorable lors des négo­
ciations, mais l’échec et la démission d’Ehoud Barak (décembre 2000) mènent
tout droit à l’élection du chef du Likoud, Ariel Sharon (février 2001) et à une
véritable situation de guerre (intervention de l’armée israélienne au Liban, en
Cisjordanie et dans la bande de Gaza, recrudescence du terrorisme).
222 ± Les relations internationales depuis 1945

Le processus de paix Israël-Palestine


13 septembre 1993 Israël et l’OLP signent à Washington des accords - négociés
à Oslo - de reconnaissance mutuelle, prévoyant une pério­
de intermédiaire de cinq ans d’autonomie de la Palestine.
Mai 1994 Accord sur l’autonomie de Gaza et Jéricho.
1 erjuillet 1994 Yasser Arafat rentre en Palestine et forme à Gaza l’Auto-
rité palestinienne.
28 septembre 1995 Un nouvel accord intérimaire (Oslo II) prévoit l’extension
de l’autonomie à toute la Cisjordanie.
4 novembre 1995 Assassinat de Yitzhak Rabin, remplacé par Shimon Pérès.
20 janvier 1996 Yasser Arafat est élu président de (’Autorité palestinienne.
1996 Retour au pouvoir du Likoud.
23 octobre 1998 Accord de Wye Plantation : retrait militaire israélien de
13 % de la Cisjordanie.
14 décembre 1998 Le Conseil législatif palestinien annule les articles de la
Charte appelant à la destruction d’Israël.
5 septembre 1999 Ehoud Barak et Yasser Arafat signent à Charm-el-Cheikh
une nouvelle version des accords de Wye Plantation.
21 mars 2000 Les Palestiniens contrôlent près de 40 % de la Cisjordanie.
11-25 juillet 2000 La réunion de Camp David (Clinton, Arafat, Barak) achop­
pe sur les questions des réfugiés et de la souveraineté sur
les Lieux saints.
20 septembre 2000 Début de la seconde Intifada après la visite d’Ariel Sharon
sur l’esplanade des mosquées.
16-17 octobre 2000 Sommet de Charm-el-Cheikh.
21-27 janvier 2001 Négociations àTaba (Égypte) sans accord.
6 février 2001 Ariel Sharon devient chef du gouvernement israélien.
4 mai 2001 La Commission Mitchell appelle à l’arrêt des violences, au
gel des colonies juives et à la reprise des négociations.
Juin 2001 Échec de la mission du directeur de la CIA, George Tenet.
28 mars 2002 L’Initiative saoudienne de paix (reconnaissance d’Israël
en échange du retour aux frontières de 1967) est adoptée
par le sommet arabe de Beyrouth et rejetée par Israël.
24juin 2002 Discours de George W. Bush, qui appelle les Palestiniens
« à changer de dirigeants ».
Décembre 2002 « Feuille de route » rédigée par le Quartet.
30 avril 2003 La « feuille de route » est rendue publique.
3 juin 2003 Sommet de Charm-el-Cheikh : George W. Bush déclare
que « le monde a besoin d’un État palestinien indépen­
dant et pacifique ».
1er décembre 2003 Lancement de l’initiative de Genève.
11 novembre 2004 Mort de Yasser Arafat.
9 février 2005 À Charm-el-Cheikh, Ariel Sharon et Mahmoud Abbas s’en­
gagent à faire respecter le cessez-le-feu. Israël prévoit le retrait
des colonies juives de la bande de Gaza en août 2005. ■
À la recherche d’un nouvel ordre mondial (1992-2001 ) ▼ 223

Le problème épineux de Ylrak suscite des crises graves. Depuis la guerre


du Golfe, l’Irak, qui était un des premiers exportateurs de pétrole du monde,
est soumis à un embargo sévère qui touche sa population mais n’entame pas la
solidité du régime dictatorial de Saddam Hussein. Les obstacles opposés aux
missions des inspecteurs de l’ONU, chargés de surveiller le démantèlement
du potentiel militaire irakien et les rodomontades de Saddam Hussein sont
un facteur de crise permanent (bombardements aériens en janvier 1993). En
novembre 1996, l’ONU accepte une levée partielle de l’embargo pour permet­
tre à Bagdad de vendre du pétrole, afin d’acquérir des vivres et des médica­
ments (Résolution « pétrole contre nourriture »). La rébellion du Kurdistan
amène l’intervention de l’armée irakienne et la réaction des Américains,
qui veillent au respect des zones d’exclusion aérienne. Surtout, les obsta­
cles opposés aux missions de l’ONU (en particulier l’UNSCOM), chargées
de veiller au désarmement de l’Irak et d’inspecter les sites susceptibles de
receler des centres de production d’armes de destruction massive, mènent
à des crises à répétition en 1996, 1997 et surtout 1998, qui sont résolues au
printemps par le secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, mais se soldent en
décembre 1998 par des frappes américaines et anglaises (opération Renard
du désert) et la volonté américaine d’obtenir la chute de Saddam Hussein.
Dégagé de sa période révolutionnaire en politique étrangère depuis la fin
de la guerre avec l’Irak, en 1988, YIran sort de son isolement en redevenant
un acteur régional important, composant avec la Russie à travers les répu­
bliques musulmanes, et prête au dialogue avec les États-Unis. En revanche,
la Turquie apparaît isolée dans la région. Sa candidature ayant été repous­
sée par l’Union européenne (décembre 1997), elle compte sur le soutien des
États-Unis, son alliance tacite avec Israël, elle combat la rébellion kurde et
veille sur la partie turque de Chypre.
À Chypre, les tentatives de relance des pourparlers intercommunautai­
res achoppent sur la reconnaissance demandée par la République turque
de Chypre du Nord, auto-proclamée en 1983, refusée par la République de
Chypre (partie chypriote-grecque). La perspective d’adhésion de cet État
à l’Union européenne, prévue pour la fin de 2003, pourrait-elle changer la
donne et favoriser la réunification de l’île.
En Amérique latine, la croissance économique, manifeste depuis le début
des années 1990, est remise en cause par la crise monétaire qui frappe le Brésil
en janvier 1999. Le bilan positif est loin d’avoir réduit la fracture sociale : l’écart
s’est creusé entre une élite riche et les masses appauvries (5 % de la population
y concentre 25 % des revenus), la corruption est le nouveau défi à relever. La
guerre civile sévit en Colombie, mais le Pérou et l’Équateur mettent fin à un
conflit frontalier vieux de 56 ans (octobre 1998). L’élection d’Hugo Chavez à
la présidence du Venezuela (décembre 1998), après celle de l’ancien dictateur
Hugo Banzer en Bolivie et la crise politique au Paraguay, manifeste un retour
224 A Les relations internationales depuis 1945

L’Irak en 1998
À la recherche d’un nouvel ordre mondial (1992-2001 ) ▼ 225

à 1 autoritarisme populiste. La militarisation de la lutte contre le narcotrafic, à


l’initiative des Etats-Unis, est parfois perçue comme l’expression de l’hégémonie
américaine. Fidel Castro fête en 1999 les quarante ans de sa propre dictature,
toujours en butte à l’hostilité des États-Unis qui maintiennent leur embargo
malgré la protestation sur place de Jean-Paul II (visite en janvier 1998).

Un monde unifié et fragmenté à la fois


Des tendances contradictoires gouvernent le monde au tournant du siècle. La
planète apparaît à la fois unifiée et fragmentée. Depuis 1945, la société inter­
nationale ne s’est pas seulement unifiée. Elle s’est aussi homogénéisée : aux
rapports de dominant à dominé, qui étaient la règle avant 1939, se sont peu à
peu substitués des rapports théoriquement égalitaires, faisant tripler le nom­
bre des acteurs étatiques en trente ans. On a assisté ainsi à la naissance et à la
diversification croissante du Tiers Monde. Face aux pays les moins avancés, qui
s’enfoncent dans le sous-développement et la guerre civile, les nouveaux pays
industrialisés - comme les « quatre dragons » (Hong Kong, Taïwan, Singapour,
Corée du Sud) - ont fait une percée économique remarquée, interrompue par
la crise née en 1997 en Thaïlande. D’autres fractures, intervenues dans les rela­
tions internationales à la suite de la Révolution d’octobre 1917 ou de l’expan­
sion communiste en Chine ou en Europe orientale, se sont comblées. Les États
issus de l’Union soviétique, la Chine et l’Europe orientale veulent participer à
la vie internationale. Le monde évolue donc vers un système plus homogène et
en même temps moins imprégné par l’idéologie.
Face à la multiplication des conflits, l’ONU est de plus en plus sollicitée, et
pour des missions chaque fois plus complexes. Elle risque l’enlisement et l’im­
puissance, comme on le constate au Cambodge ou en Somalie. En Yougoslavie,
la FORPRONU a été une force de paix inadaptée dans un pays en guerre, puisque
sa mission consistait à rester « neutre ». Ses capacités à désamorcer les conflits
de l’après-guerre froide doivent être réévaluées à la baisse. Le droit de veto avait
détraqué le Conseil de sécurité et l’avait frappé d’impuissance. La fin de l’affron­
tement Est-Ouest limite les cas du recours à ce droit, et l’ONU reste le seul cadre
à travers lequel l’URSS - puis la Russie - peut exercer un contrôle sur la politi­
que américaine, encore que celle-ci veuille avoir la capacité, à travers l’OTAN,
à agir d’elle-même. Mais lors de la célébration du 50e anniversaire des Nations
unies, en 1995, on constate surtout la quasi-faillite financière de l’Organisation.
Et il existe un fossé entre l’expansion du rôle de paix de l’ONU et sa capacité limi­
tée à gérer des opérations de plus en plus coûteuses. Néanmoins, le recours à
l’ONU est systématique : en Irak, au Cambodge, dans la crise des Grands lacs, en
Afrique ; dans l’ex-Yougoslavie ; en Albanie où une résolution de l’ONU autorise
le déploiement d’une force multinationale (avril-août 1997). Au Timor-Oriental,
colonie portugaise annexée par l’Indonésie en 1976 et où la guérilla fait rage
226 Les relations internationales depuis 1945

contre le régime de Djakarta, le référendum (août 1999) donne un résultat très


largement favorable à l’indépendance : devant la multiplication des violences,
le Conseil de sécurité de l’ONU décide l’envoi au Timor-Oriental d’une force
multinationale (INTERFET). Absente d’Afrique depuis ses débâcles en Somalie
et au Rwanda, l’ONU envoie des Casques bleus en Sierra Leone et des obser­
vateurs militaires en République démocratique du Congo, à la demande des
Africains eux-mêmes. En dehors de l’ONU, on assiste à une floraison de regrou­
pements d’États par affinités linguistiques (7e sommet francophone à Hanoï en
novembre 1997 ; réunion des États ibéro-américains) ou riverains d’une même
mer (Forum Asie-Pacifique, novembre 1998) ou d’un même continent (Sommet
des Amériques, avril 1998) ou bien encore intercontinentaux (Sommet des pays
d’Europe et d’Asie). Les antagonismes du monde se reflètent dans l’échec de la
conférence de Durban (septembre 2001) contre le racisme.
La perception de la terre comme un tout ne ressort pas seulement de la
sphère politico-idéologique. La planète est plus homogène sur le plan écono­
mique : le monde est façonné par le capitalisme américain. Créée le 1er janvier
1995 pour succéder au GATT, l’Organisation mondiale du Commerce (OMC)
s’efforce de favoriser les échanges par la libéralisation et contribue ainsi à la
mondialisation, à laquelle la Chine populaire apporte son poids démographi­
que (environ 1,3 milliard d’habitants). Les négociations lors du sommet de
l’OMC à Seattle (ler-3 décembre 1999) s’achèvent par un échec, en raison des
désaccords entre Américains et Européens.
Explosion démographique, réseaux mondiaux de communication, pro­
blèmes d’environnement, gaspillage des ressources vitales, élimination des
déchets, catastrophes naturelles ou technologiques (comme l’explosion, le
25 avril 1986, du réacteur numéro quatre de la centrale de Tchernobyl ou le
naufrage de XErika en décembre 1999) pèsent dans la vie quotidienne de cha­
que habitant de la planète, relativisent tous les antagonismes et ignorent les
frontières. En Europe, la crise de « la vache folle » inquiète les consommateurs ;
partisans et adversaires du nucléaire s’affrontent. Une catastrophe écologique
(feux de forêt de grande ampleur) affecte l’Asie du Sud-Est (automne 1997). La
communauté internationale s’efforce de s’organiser, avec des succès relatifs, en
particulier pour réduire les émissions de gaz carbonique dans l’atmosphère,
tenues pour responsables du réchauffement de la terre. Le sommet de New
York (23-27 juin 1997) n’incite guère à l’optimisme en raison des réticences des
Américains. Lors de la conférence de Kyoto (1er-11 décembre 1997), les pays
industrialisés prennent l’engagement de réduire de 5 % leurs émissions de gaz
à effet de serre d’ici à 2010 par rapport aux émissions de 1990. Mais les pro­
messes ne sont pas tenues (Bonn, novembre 1999 ; La Haye, novembre 2000)
et les Américains, d’abord conciliants, font savoir leur opposition (avril 2001).
Dans le domaine spirituel, le triomphe de Jean-Paul II lors de certains de ses
voyages, des Journées mondiales de la Jeunesse à Paris (18-24 août 1997) et au
À la recherche d’un nouvel ordre mondial (1992-2001) ▼ 227

Jubilé de l’Église catholique (2000), l’émotion ressentie dans le monde entier


lors du décès de la princesse Diana (31 août 1997) expriment aussi l’émergence
d’une société mondiale.
D’un côté, le monde est plus uni, de l’autre il est plus fragmenté. Outre
l’inégale répartition des ressources économiques et de la puissance politi­
que, militaire et démographique, on perçoit dans la recomposition du pay­
sage mondial une tendance à la constitution de groupements régionaux.
Dans la voie d’une étroite imbrication des économies de la planète, le multi­
latéralisme, prôné et entraîné par le GATT, est battu en brèche par la créa­
tion de blocs régionaux, tentés de constituer des refuges et des parades à
une mondialisation de l’économie : CEE ; UMA (Union du Maghreb arabe) ;
ASEAN ; ALENA (Accord de libre-échange nord-américain formé par
les Etats-Unis, le Canada et le Mexique, entré en application le 1er janvier
1994) ; projet de création d’une zone de libre-échange des Amériques (lancé
en décembre 1994) ; MERCOSUR, marché du Cône sud de l’Amérique
regroupant en janvier 1995 l’Argentine, le Paraguay, l’Uruguay, le Brésil, que
rejoignent le Chili et la Bolivie (juin 1996) ; APEC (zone de coopération
Asie-Pacifique qui regroupe 21 pays et territoires situés de part et d’autre
du Pacifique). Les représentants des quinze pays membres de l’Union euro­
péenne et des 71 pays ACP signent à Cotonou (23 juin 2000) un accord
destiné à prolonger la convention de Lomé. Le nouvel accord fait du non-
respect des droits de l’homme et de la corruption des motifs de suspension
du bénéfice de la convention et prévoit à terme la constitution de zones de
libre-échange entre l’Union européenne et les pays ACP. À Lomé (Togo), le
12 juillet 2000, le sommet des chefs d’État africains adopte l’acte constitutif
de l’Union africaine qui devrait, à terme, remplacer l’OUA. Des déclarations
de guerre opposent les blocs les uns aux autres et des pulsions protection­
nistes réapparaissent en raison de l’agressivité commerciale des produc­
teurs asiatiques et, à l’intérieur de l’APEC, les pays d’Asie font prévaloir
leurs intérêts face aux États-Unis, mais l’Union européenne s’entend avec le
MERCOSUR (décembre 1995).
En outre, l’ordre international légué par la Seconde Guerre mondiale est
ébranlé par la fin de la guerre froide. Aux disciplines et aux règles de cette
période succède un système déstructuré, instable. Trois piliers en sont fragi­
lisés : le modèle étatique, l’intangibilité des frontières, la non-ingérence.
Mis en cause par les phénomènes planétaires et par toutes sortes d’atteintes
(mafias, trafics, migrations clandestines), le modèle étatique s’avère incapable
de fonctionner dans un nombre de plus en plus grand de situations, comme on
l’a vu dans l’ex-URSS ou dans l’ex-Yougoslavie. Tout se passe comme si la dis­
parition de la dictature - et de la peur quelle engendrait - ravivait partout les
vieilles haines et les plaies qu’on prétendait cicatrisées. C’est également le cas
en Inde, en Turquie, au Mexique et au Canada, où les institutions résistent mal
228 A Les relations internationales depuis 1945

aux diversités ethniques, linguistiques et religieuses. Les risques d’éclatement


sont évidents en Indonésie, déjà menacée par la sécession du Timor-Oriental.
Même dans les vieilles nations d’Europe, des craquements séparatistes se font
entendre comme en Belgique et en Italie (manifestations pour la Padanie
en septembre 1996). En Espagne, le régionalisme se développe ; en Grande-
Bretagne, l’Écosse et le Pays de Galles s’affirment, et partout les flux trans­
nationaux (marchandises et hommes mais aussi marchés financiers, société
de l’information, narcotiques) remettent en question le rôle de l’Etat-nation.
Beaucoup de pays sous-développés connaissent une déliquescence des struc­
tures étatiques. Plusieurs conflits manifestent le brouillage de l’inter et de
l’intra-étatique. L’accession à la souveraineté est souvent un leurre : c’est le cas
pour bon nombre de micro-États, et d’autres voient leur souveraineté mise en
tutelle par les ingérences humanitaires et les mandats internationaux, comme
la Somalie ou le Cambodge. Et même dans les pays développés, on assiste à un
grignotage du principe de souveraineté, en raison de la pression de l’universa­
lisme et des engagements internationaux.
Un autre tabou - l’intangibilité des frontières - chancelle. En Afrique, où
l’OUA l’avait érigée à la hauteur d’un dogme, les frontières sont remises en
cause, en Éthiopie, au Soudan, en Somalie. En Europe, le statu quo territorial
était une règle absolue de la vie internationale, depuis les règlements consé­
cutifs à la Seconde Guerre mondiale. Helsinki l’avait réaffirmé. Et l’unification
allemande a évité le dérapage des limites territoriales ; le traité germano-
polonais (17 juin 1991) a d’ailleurs réaffirmé la frontière Oder-Neisse. Mais
le réveil des nationalités, les exigences identitaires remettent les frontières en
cause et ébranlent les États. L’implosion de l’Union soviétique, l’éclatement de
la Yougoslavie, la séparation à l’amiable de la Tchécoslovaquie en deux États
sont des événements considérables, qui bouleversent le carte de l’Europe et
l’acheminent vers une balkanisation pleine de dangers. Cette fragmentation
de l’espace est susceptible de susciter des conflits en cascade.
Face aux violences et aux risques d’implosion, un autre tabou est remis
en cause : celui de la non-ingérence dans les affaires internes des États. Par la
Résolution 688 du 5 avril 1991, le Conseil de sécurité a admis l’existence d’un
droit d’ingérence lorsque la violation des Droits de l’homme à l’intérieur d’un
État constitue une menace à la paix et à la sécurité internationales. Le droit
d’assistance humanitaire légitime les interventions de l’ONU en Irak et en
Somalie. L’aide au développement est de plus en plus souvent subordonnée à
une gestion saine et à une démocratisation. Enfin, on assiste à une évolution
du droit des gens. Créé par l’ONU en 1993, le Tribunal pénal international
de La Haye (TPI) juge les crimes de guerre commis dans l’ex-Yougoslavie
(mai 1996). En proie à de graves troubles en 1997, l’Albanie est secourue par
la communauté internationale (opération Albà). À Rome, lors d’une confé­
rence tenue sous l’égide de l’ONU (juin 1998), 120 pays adoptent (contre
À la recherche d’un nouvel ordre mondial (1992-2001 ) ▼ 229

le souhait américain) un projet de Cour pénale internationale permanente


compétente pour juger des génocides, crimes contre l’humanité, crimes
de guerre et agressions. L’ex-dictateur du Chili, le général Pinochet, est
arrêté en Grande-Bretagne et menacé d’être jugé par un tribunal espagnol.
L’extradition de Milosevic (juin 2001), pour être jugé par le Tribunal inter­
national de La Haye, apparaît à certains comme une avancée majeure. Et
l’OTAN a recours à la force contre la Yougoslavie, État souverain, pour des
raisons internes à cet État (mars 1999). Dans ce cas, la justification humani­
taire l’emporte sur le principe de souveraineté.
Dans ce monde nouveau de l’après-guerre froide, la sécurité n’est pas
moindre ; elle est fragilisée : réveil des nationalismes, exode de masses
d’immigrants qui fuient le désespoir et la famine, multiplication des conflits
intra-étatiques, terrorisme, éventuel recours incontrôlé aux armes nucléaires.
La menace n’est ni plus ni moins grande. Elle est mobile, versatile, fragmen­
tée, inattendue. L’utopie de paix perpétuelle qui semblait à portée de main au
printemps 1990 a fait place aux incertitudes d’un ordre international instable
et aléatoire.

Les opérations de maintien de la paix en cours

Source ONU
Chapitre 7

Le désordre impérial
(depuis 2001...)

e changement fondamental du système international, révélé par le choc


L du 11 septembre 2001, n’a pas fini d’étendre ses effets qui s’ajoutent à ceux
du phénomène de globalisation. D’où un paysage marqué par la révolution des
moyens de communication, l’émergence économique des puissances asiati­
ques, une grande sensibilité des régions développées aux risques, enfin par une
situation d'échec des États-Unis qui avaient cru imposer leur ordre.
La différence de rythme de croissance entre les économies développées et
émergentes est frappante : depuis 2000, la croissance est ralentie ou faible dans la
zone euro ou en Amérique alors que les performances des économies émergentes
sont remarquables : 7 % de croissance pour la Chine en 2003, 9 % en 2006-2007
pour l’Inde. La Chine devient l’une des quatre premières puissances économiques
mondiales, derrière les États-Unis, le Japon et l’Allemagne (d’après la Banque mon­
diale, décembre 2007). Avec la Chine et l’Inde, la Russie et le Brésil sont désormais
des acteurs économiques majeurs qui entendent prendre toute leur part dans ce
phénomène de mondialisation. Le groupe indien Mittal Steel s’empare du groupe
européen Arcelor et devient ainsi en juin 2006 le premier producteur d’acier
du monde. Le groupe japonais Toyota passe au premier rang des constructeurs
d’automobiles dans le monde. À travers ces exemples se révèle la puissance des
économies asiatiques. Mais il y a plus : la demande croissante des matières pre­
mières de ces économies génère une flambée des cours des matières premières et
des prix, et la lutte pour l’accès aux approvisionnements (2008), provoquant une
véritable crise alimentaire mondiale, qui donne même lieu à des émeutes de la
faim dans certains pays africains et asiatiques. Les problèmes énergétiques pren­
nent toujours plus d’importance, illustrée par le chantage russe aux livraisons de
gaz à l’Ukraine, la construction de l’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan permettant
d’acheminer le pétrole de la mer Caspienne jusqu’à la Méditerranée (sans passer ni
par la Russie ni par l’Iran), l’exploration de gisements éventuels au Groenland, les
multiples accords sur le plan du nucléaire civil (États-Unis/Inde ; France/Chine ;
Le désordre impérial (depuis 2001...) ▼ 231

Source : Département américain du commerce, AIE, Platts,


BP Statistical Review of World Energ/, juin 2007

France/Libye). La flambée du prix du baril de pétrole est telle qu’il atteint et dépasse
les 140 dollars au printemps 2008. La manne pétrolière est telle que, d’un côté la
Russie et l’Algérie remboursent leurs dettes, tandis que de l’autre les économies
développées d’Europe et d’Amérique subissent à la fois des restructurations, des
délocalisations et donc des suppressions d’emploi et à partir de 2007-2008 une
poussée inflationniste et une crise conjoncturelle due aux crédits trop facilement
accordés. La prolifération nucléaire et balistique, le trafic d’armes et le terrorisme
font peser une grave menace sur l’ordre mondial. Les sociétés développées sont de
plus en plus vulnérables et réagissent vivement aux risques liés aux phénomènes
naturels - comme le tsunami qui ravage les côtes de l'océan Indien (26 décembre
2004) et provoque la mort de plus de 200 000 personnes ou le cyclone Katrina
(août 2005) en Louisiane, les inondations en Indonésie (février 2007) - aux catas­
trophes écologiques, aux épidémies : trois millions de personnes sont mortes du
Sida en 2002 et le virus H5N1 de la grippe aviaire menace de se répandre (été
2005-hiver 2006). Face à la crise du système international qui atteint la crédibilité
de l’ONU, les États-Unis ont l’ambition d’incarner à eux seuls un nouvel ordre,
qu’ils tentent d’imposer au reste du monde. Mais la crise économique (en parti­
culier bancaire avec la crise des crédits immobiliers, août 2007) et les échecs de
l’ordre impérial (Iran Irak, conflit israélo-palestinien) causent une grave perte de
crédibilité des États-Unis et remettent même en cause les valeurs occidentales.

La guerre contre le terrorisme


Les attentats du 11 septembre 2001 contre le World Trade Center à New York
et le Pentagone à Washington signifient d’abord un passage à un nouvel âge du
232 A Les relations internationales depuis 1945

terrorisme. Ces attentats expriment un terrorisme singulier dans ses objectifs,


ses moyens et ses effets. Les objectifs visés ne sont en effet pas politiques mais
symboliques (l’emblème du commerce international et le siège de la puissance
militaire), les moyens utilisés combinent le recours aux avions et aux armes
blanches et le sacrifice de martyrs ; les effets se reflètent dans le nombre de
victimes (environ 3 000 morts), c’est-à-dire dans la destruction de masse.
L’émotion est immense dans le monde occidental, pour saluer les victimes
du terrorisme exercé par une poignée d’extrémistes islamistes. Comme l’Islam,
qui compte 1,2 milliard d’êtres humains, est divisé en de multiples courants (les
sunnites représentent 85 à 90 % du monde musulman ; les chiites sont surtout
nombreux en Irak : 50 % de la population, en Iran et au Yémen : 90 %), l’islamisme
n’est pas un phénomène homogène : surgi dans l’Iran révolutionnaire et chiite, il
semble à présent surtout actif dans les pays sunnites comme l’Arabie Saoudite,
où les organisations wahhabites dépensent dix milliards de dollars par an pour la
propagation de l’Islam et financent les mouvements islamiques. L’événement pose
la question de la vitalité de l’islamisme : dément-il les prévisions sur l’évolution de
l’Islam politique ? ou confirme-t-il le passage à un post-islamisme, qui se traduit
soit par l’ambition de conquérir l’appareil d’État, soit par la quête d’une union des
Croyants, soit enfin par une réislamisation des mœurs ? Quoi qu’il en soit, l’Islam
fondamentaliste hait par-dessus tout le matérialisme et l’économie de marché,
qu’il identifie avec les États-Unis, dont la politique est vécue comme partiale en
raison du soutien au gouvernement israélien, de la présence militaire américaine
en Arabie Saoudite, du maintien de l’embargo et des actions militaires contre l’Irak.
Ce vif ressentiment contre les États-Unis est largement partagé dans le monde
musulman. Il s’étend aux pays européens en 2006 à l’occasion de la publication en
janvier de caricatures du prophète Mahomet par des journaux et est ravivé par un
discours du pape Benoît XVI à Ratisbonne (12 septembre 2006).
A la suite du choc du 11 Septembre, l’administration américaine déclare la
guerre au terrorisme, avec une approbation quasi unanime, en particulier l’aval
du Conseil de sécurité, et la solidarité des membres de l’Alliance atlantique prêts
à faire jouer l’article 5. Une fois la surprise passée, l’administration G.W. Bush
désigne le premier ennemi : le régime taliban au pouvoir en Afghanistan depuis
1996 et protecteur de l’organisation islamiste Al-Qaïda dirigée par Oussama Ben
Laden, un Saoudien fanatique de la lutte contre les Infidèles. L’Afghanistan est
de nouveau au centre de l’actualité : pays ravagé par les guerres, les luttes tribales
et ethniques, l’ingérence des pays voisins et la misère des réfugiés du fait de la
position géographique de cet État-tampon, qui a toujours suscité les convoitises.
Depuis son accession au pouvoir en 1996, le régime taliban est l'objet de sanctions
de la part de l’ONU (résolution du 19 décembre 2000). Les Américains se lan­
cent donc dans une guerre contre l’Afghanistan. Cette coalition circonstancielle
paraît relever d’une conception nouvelle de l’action extérieure. Plutôt que d’avoir
recours à l’OTAN, la coalition est plus large et englobe des pays musulmans. La
Le désordre impérial (depuis 2001...) ▼ 233

L’Afghanistan

riposte militaire n’a été ni immédiate ni aveugle : les États-Unis ne sont plus le
gendarme du monde, mais « le shérif, justicier rassemblant autour de lui une
chevauchée de volontaires pour partir à la poursuite des hors-la-loi ».
Contrairement aux prévisions pessimistes prévoyant un enlisement de l’action
militaire et une déstabilisation du Pakistan, la riposte américaine montée contre
Al-Qaïda et les Talibans est un succès. La campagne militaire (« Justice sans
limite » rebaptisée EnduringFreedom « Liberté immuable ») est menée avec effica­
cité. Après les bombardements (qui commencent le 7 octobre 2001), la bataille ter­
restre menée par les forces de l’Alliance du Nord (coalition de minorités ethniques
opposée aux Talibans) est rapide et aboutit à évincer le pouvoir taliban (13 novem­
bre : chute de Kaboul, 6 décembre : chute de Kandahar) puis à l’accord pour le
234 A Les relations internationales depuis 1945

déploiement, sous mandat de l’ONU, d’une force internationale chargée d’assu­


rer la sécurité {International Security Assistance Force, ISAF) à Kaboul et dans sa
région, et à instituer sous l’égide de l’ONU un gouvernement intérimaire rassem­
blant toutes les factions afghanes. Dans les années qui suivent, surtout à partir
de 2005, les troupes de l’OTAN (américaines, britanniques et canadiennes) sont
confrontées à une guérilla de plus en plus dure et à des attentats suicides à répéti­
tion, qui contraignent l’ISAF, forte de plus de 40 000 hommes (dont les contingents
les plus importants sont américains, britanniques et allemands), à des demandes
incessantes de renforts et à étendre son champ d’action sur tout l’Afghanistan
(2006) : le président Sarkozy affirme l'engagement de la France, en acceptant d’y
renforcer sa présence de plusieurs centaines d’hommes (mars-avril 2008).

Les Américains face à la menace terroriste


L’autre effet de ces attentats est de susciter ou de révéler un changement pro­
fond dans les relations entre Washington et le monde. Alors qu’au cours de
ses premiers mois, l’administration G.W. Bush ne semblait guère s’intéresser
au monde extérieur, sauf pour promouvoir un système de défense antimissile,
supposé protéger l’ensemble du territoire américain contre les éventuelles
fusées des « États voyous », tout change le 11 Septembre. Même si dans le passé
d’autres chocs (Pearl Harbor, Spoutnik) ont pu ébranler le sentiment d’invul­
nérabilité des États-Unis, la principale nouveauté de l’après-11 Septembre est
la découverte de leur vulnérabilité, liée à leur ouverture. Les nécessités de
la lutte contre le terrorisme supposent une liberté d’action totale des États-
Unis, qui font un bilan très sévère de l’opération du Kosovo (mars-juin 1999).
Ils ne veulent plus être entravés par aucune contrainte internationale, notam­
ment dans l’emploi de la force, ce qui a pour conséquences des tensions dans
leur politique transatlantique et leur volonté de contourner l’ONU.
De fait, plusieurs attentats au cours des mois suivants (Djerba, Karachi,
Bali, Mombasa, Aden) attestent de la mondialisation de la menace terroriste,
qui s’exprime par des alertes répétées, avérées ou fausses. Les attentats de
Madrid (11 mars 2004) sont les plus meurtriers jamais commis en Europe.
En juillet 2005, plusieurs attentats (le 7 et le 21) ont lieu dans le métro et
des autobus de Londres, à Charm el-Cheikh (23), à Bali (1er octobre 2005),
à Amman (9 décembre 2005), à Casablanca (avril 2007), au Pakistan (juillet-
août 2007), en Algérie (juillet-août-décembre 2007).
La formation d’une coalition antiterroriste entraîne des revirements diplo­
matiques, provoquant dans un premier temps un rapprochement Washington-
Moscou-Pékin, une marginalisation de l’OTAN, une remise en question des
rapports entre les pays européens. Si, au-delà des discussions sur les armements
stratégiques, la Russie entend à certains moments reprendre son rôle de contre­
poids face à l’Amérique, le soutien apporté par Vladimir Poutine à G.W. Bush
Le désordre impérial (depuis 2001...) ▼ 235

lors de leurs entretiens à Washington (13-15 novembre 2001) manifeste sur­


tout sa volonté d’établir une relation de confiance et de coopération dans la lutte
antiterroriste, la Russie espérant gagner une latitude totale dans la guerre de
Tchétchénie, quelle présente comme un front de la lutte contre le terrorisme, en
échange de sa solidarité contre Ben Laden. Pour la même raison, la Chine prête
son concours de principe à la coalition (le terrorisme est d’ailleurs l’un des axes de
coopération du groupe de Shanghaï, forum de consultation régional créé en 1996
entre la Russie, la Chine, le Tadjikistan, le Kazakhstan et le Kirghizistan). Cet
alignement est symbolisé par la rencontre de Shanghaï (dans le cadre du sommet
de l’APEC, Forum de coopération économique Asie-Pacifique), le 20 octobre
2001, et la photo de Jiang Zemin, Vladimir Poutine (qui avaient cependant signé
à Moscou en juillet 2001 un traité d’amitié et de coopération et réitéré leur oppo­
sition au projet américain de bouclier antimissile) et George W. Bush.

L’Irak, nouvel objectif


À la suite de la guerre d’Afghanistan, les États-Unis développent de nouvelles
conceptions de l’emploi de la force à titre préventif et exposent toute une argu­
mentation contre l’Irak de Saddam Hussein, avec l’objectif affiché de rebattre
les cartes au Moyen-Orient, en créant une nouvelle organisation régionale fon­
dée sur la démocratie, la défense des libertés et les droits de l’homme.
Depuis la guerre du Golfe, l’Irak n’est jamais sorti de la ligne de mire de
l’administration américaine, décidée à se débarrasser du régime de Saddam
Hussein, et qui met en avant le danger des armes de destruction massive, la
connexion entre Bagdad et les organisations terroristes, enfin la volonté de faire
naître un Irak démocratique. De son côté, Bagdad proteste contre l’embargo
dont il est l’objet par le biais de la résolution « Pétrole contre nourriture »,
assouplie en mai 2002 par la résolution 1409. Tout au long de l’année 2002,
la tension monte, les États-Unis déployant dans la zone du Golfe des moyens
militaires considérables. Accusé de produire des armes de destruction massive
et de chercher à fabriquer une arme nucléaire, le régime de Bagdad dément
et accepte finalement que des inspecteurs de l’ONU et de l’AIEA - qu’il avait
expulsés en décembre 1998 - viennent contrôler la nature de son armement.
Dans un premier temps, Washington accepte de rechercher l’accord des
pays membres du Conseil de sécurité et la poursuite des inspections en Irak,
tout en faisant ressortir - par des révélations sur ses armements - le manque de
coopération de Saddam Hussein et en préparant l’intervention. Le 8 novembre
2002, la résolution 1441 (qui fixe un calendrier de reprise des inspections de
désarmement et qui exige de Bagdad une coopération complète) est adoptée
à l’unanimité des quinze membres. Mais, contrairement aux États-Unis qui
l’interprètent comme une autorisation d'intervenir si la coopération n’est pas
totale, la France estime que le dernier mot doit revenir à l’ONU. Face à l’opposi­
236 ± Les relations internationales depuis 1945

tion de la France, de l’Allemagne et de la Russie à une action de force qui ne serait


pas motivée par un rapport négatif des inspecteurs en désarmement et fondée
sur une résolution du Conseil de sécurité, les États-Unis et la Grande-Bretagne
décident de se passer d’une nouvelle résolution malgré une vague de protesta­
tions dans le monde. La guerre est rondement menée (20 mars-30 avril 2003)
et l’armée irakienne mise en déroute.
À la suite de la victoire des forces de « la coalition » (la Grande-Bretagne et
l’Australie y coopèrent), Washington crée en mai 2003 une « coalition des volon­
taires », force de stabilisation internationale d’une quinzaine de pays participants
(dont la Grande-Bretagne, la Pologne, le Danemark et l’Espagne), chargée sous
l’égide des États-Unis de sécuriser la reconstruction de l’Irak. Les États-Unis se pas­
sent ainsi des Nations unies et de l’OTAN, tout en réussissant à obtenir, le 22 mai
2003, l’aval du Conseil de sécurité dont une résolution confie à la coalition améri­
cano-britannique la gestion du pays et l’exploitation de son pétrole ; le 16 octobre
2003, la résolution 1511 confirme la « coalition » comme puissance occupante et
entérine le projet politique des États-Unis pour l’Irak. Des attentats de plus en plus
meurtriers, les prises et les exécutions d’otages, des affrontements autour des villes
saintes ensanglantent le pays et les révélations des sévices imposés par les troupes
américaines (avril 2004) jettent le discrédit sur l’occupation de l’Irak. En raison
de l’insécurité persistante, la transition démocratique y est retardée, mais le 8 juin
2004 le transfert de pouvoir à un gouvernement irakien est approuvé par le Conseil
de sécurité, ce qui représente un indéniable succès de la diplomatie américaine,
malgré le retrait des troupes espagnoles et philippines des forces d’occupation. Et
le Club de Paris allège la dette irakienne en novembre 2004. Le projet américain de
« Grand Moyen-Orient », vaste plan de remodelage d’une région allant du Maroc
au Pakistan et consistant à y favoriser le développement économique et la démo­
cratisation politique, qui suscite d’intenses discussions, est finalement adopté
sous une forme plus souple dite « Partenariat pour un avenir commun » lors du
G8 réuni à Sea Island (8-10 juin 2004) et mis en œuvre à Rabat (décembre 2004).
Surtout, le processus démocratique se met en place en Irak avec le succès des élec­
tions du 30 janvier 2005 et l’élection d’un Kurde comme président de la République
(6 avril 2005). Mais la multiplication des attentats suicides (été 2005, 2006) et un
véritable début de guerre civile entre Sunnites et Chiites (été 2006) contraignent
les Américains à renforcer leur présence militaire, d’autant plus que différents pays
(Italie, Pologne, Grande-Bretagne en partie) retirent leurs contingents.

L’Empire et le monde
Consciente de sa puissance militaire qui rencontre toutefois ses limites pour
pacifier l’Afghanistan et l’Irak, l’administration américaine pratique un unila­
téralisme sans complexe sous l’influence idéologique des néo-conservateurs
et elle entend imposer ses vues au monde, d’autant plus que le président
George W. Bush est aisément réélu le 2 novembre 2004.
Le désordre impérial (depuis 2001...) ▼ 237

Les présidents américains depuis 1945

Franklin D. Roosevelt 1933-avril 1945


Harry S. Truman Avril 1945-janvier 1953
Dwight D. Eisenhower Janvier 1953-janvier 1961
John F. Kennedy Janvier 1961 -novembre 1963
Lyndon B. Johnson Novembre 1963-janvier 1969
Richard M. Nixon Janvier 1969-août 1974
Gerald R. Ford Août 1974-janvier 1977
Jimmy Carter Janvier 1977-janvier 1981
Ronald Reagan Janvier 1981 -janvier 1989
George Bush Janvier 1989-janvier 1993
William J. Clinton Janvier 1993-janvier 2001
George W. Bush Janvier 2001 -janvier 2009

L’administration Bush dénonce (13 décembre 2001) le traité ABM de 1972


pour construire son bouclier antimissile (dont le déploiement commence en
décembre 2002), elle décline toute adhésion au protocole de Kyoto, elle refuse
de ratifier le traité créant la Cour pénale internationale et négocie des accords
afin de mettre ses ressortissants à l’abri d’éventuelles poursuites internationales,
elle rejette tout système contraignant de contrôle des armes biologiques, elle
développe une nouvelle doctrine envisageant de banaliser l’arme nucléaire et
elle adopte en 2003 un budget militaire en expansion, qui atteint 40 % du total
des dépenses militaires mondiales.
D’autres mesures de l’administration américaine suscitent la réticence de
ses alliés, comme son implantation en Ouzbékistan et au Tadjikistan, d’abord
acceptée par la Russie, qui voit les États-Unis s’installer dans une zone tradi­
tionnelle d’influence russe, comme ses menaces aux États (Iran, Irak, Corée du
Nord) suspects de complicité à l’égard des terroristes (discours de G.W. Bush,
29 janvier 2002), qui forment « l’axe du mal » ou les « postes avancés de la
tyrannie » : Cuba, Zimbabwe, Biélorussie, Iran, Birmanie, Corée du Nord
(discours de C. Rice, 18 janvier 2005). La décision du gouvernement américain
d’imposer de lourdes taxes sur les importations d’acier (mars 2002) provoque
la réprobation avant qu’il ne soit obligé de les retirer (fin 2003), face aux mena­
ces de représailles des pays européens et aux sanctions autorisées par l’OMC.

Les relations entre Washington et Moscou


Au cours de sa tournée européenne (mai 2002), le président G.W. Bush signe
avec Vladimir Poutine un accord de désarmement nucléaire, ramenant l’arsenal
des deux pays à un nombre d’ogives compris entre 1 700 et 2 200 d’ici à 2012
contre environ 6 000 au moment du traité (24 mai 2002), chaque pays demeurant
238 A Les relations internationales depuis 1945

libre de détruire ou simplement de stocker ces armes. Par cette déclaration du


24 mai, États-Unis et Russie se déclarent décidés à coopérer dans la lutte contre le
terrorisme, d’agir ensemble en Asie centrale et dans le Caucase, où Washington
obtient un droit de regard, et au Proche-Orient. Le partenariat avec la Russie
s’exprime aussi par la signature à Rome le 28 mai d’un accord créant « un
Conseil OTAN-Russie » pour mieux associer Moscou à l’Alliance atlantique. Le
22 novembre 2002, G.W. Bush rencontre V. Poutine à Saint-Pétersbourg : il en
ressort une véritable alliance russo-américaine face au terrorisme international.
Mais par la suite, les désaccords se multiplient entre Washington, qui critique la
dérive autoritaire du régime russe et dénonce la collaboration de la Russie avec
la Syrie, l’Iran et la Corée du Nord, et Moscou qui se rapproche de Paris et Bonn
à l’occasion de la guerre d’Irak et surtout soupçonne les Américains de vouloir
s’implanter durablement dans l’espace ex-soviétique. D’où une rencontre Bush-
Poutine pleine de méfiance réciproque, le 24 février 2005 à Bratislava, et le souci
de Moscou de jouer la carte européenne (Sommet de Paris, Chirac/Poutine/
Zapatero/Schrôder, 18 mars 2005). Au cours du sommet franco-germano-russe
de Compiègne (23 septembre 2006), Vladimir Poutine tient à rassurer Jacques
Chirac et Angela Merkel sur la politique énergétique de la Russie. La renatio­
nalisation de la politique étrangère de la Russie est évidente à travers les décla­
rations de Vladimir Poutine. Le 10 mai 2006, il appelle à développer le potentiel
militaire et économique de la Russie face aux États-Unis, « loup et forteresse » ;
en février 2007, il dénonce leur volonté de domination. La tension s’accroît
avec la proposition de Washington faite à Prague et à Varsovie d’accueillir des
installations du bouclier antimissiles américain, destiné à parer à des attaques
de la Corée du Nord et de l’Iran. Par mesure de représailles et dans le contexte
d’une tension des relations russo-américaines, la Russie suspend l’application du
traité sur les forces conventionnelles en Europe (30 novembre 2007). Et Vladimir
Poutine s’oppose à l’adhésion de l’Ukraine et de la Géorgie à l’OTAN. Son succes­
seur, Dimitri Medvedev lance l’idée d’un pacte de sécurité européenne destiné à
remplacer l’OSCE (discours de Berlin, 5 juin 2008).

Les relations entre les Etats-Unis et l’Europe


La division de l’Europe est manifeste. La crise d’Afghanistan provoque une mar­
ginalisation de son rôle et une « renationalisation » des politiques étrangères.
Faisant bande à part, Londres, Paris et Berlin s’engagent de façon bilatérale
aux côtés des Américains. L’événement révèle aussi la lourdeur de l’Europe
communautaire dans le domaine politico-militaire, empêtrée dans les procédu­
res. Si les Européens se retrouvent pour dénoncer l’unilatéralisme américain, ils
peinent à concilier leurs points de vue pour la définition d’une stratégie com­
mune. La crise irakienne a des conséquences bien plus graves. Elle révèle en effet
la désunion européenne ; elle met à nu la faiblesse militaire des États européens
Le désordre impérial (depuis 2001...) ▼ 239

et la domination de l’industrie américaine d’armement. Elle a pour conséquence


de diviser l’Ancien monde entre une « vieille Europe » rétive à l’ordre impérial
et une « nouvelle » Europe prête à suivre les États-Unis. Face à Paris et Berlin
opposés à la guerre, huit autres capitales de l’Union européenne et des pays can­
didats manifestent leur soutien à Washington (30 janvier 2003), et le groupe de
Vilnius (formé par dix ex-États communistes aspirant à l’adhésion à l’OTAN) se
déclare prêt à rejoindre une coalition en vue de désarmer le régime de Saddam
Hussein. Washington réagit très mal à l’intention affichée par certains États euro­
péens (France, Allemagne, Belgique) en septembre 2003 de mettre sur pied un
commandement autonome hors des structures de l’OTAN et apte à exécuter des
opérations militaires.

L’élargissement de l’Alliance atlantique


4 avril 1949 Les États-Unis, le Canada, l’Islande, la France, la Grande-Bretagne,
le Danemark, la Norvège, le Portugal, l’Italie, la Belgique, les
Pays-Bas, le Luxembourg signent le traité de l’Atlantique-Nord.
1951 La Grèce et la Turquie adhèrent à l’Alliance.
1955 L’Allemagne de l’Ouest rejoint l’Alliance.
1966 La France sort de l’organisation militaire intégrée de l’Alliance.
1982 L’Espagne entre dans l’Alliance.
1999 La Pologne, la République tchèque, la Hongrie intègrent l’Alliance.
2002 Partenariat pour la Paix avec la Russie.
2004 La Slovaquie, la Slovénie, la Roumanie, la Bulgarie, la Lituanie, la
Lettonie, l’Estonie rejoignent l’Alliance. ■

Décidé à Prague en novembre 2002, l’élargissement de l’Alliance à sept pays de


l’ex-Europe de l’Est (Bulgarie, Roumanie, Estonie, Lettonie, Lituanie, Slovaquie et
Slovénie) est officiel le 2 avril 2004. L’OTAN devient-elle une vraie organisation
militaire européenne ? En réalité, elle devient le bras armé de la politique américaine
avec la création d’une force de réaction rapide à projeter dans les zones de conflit,
qui se déploie désormais au-delà de sa zone traditionnelle. Ainsi, en avril 2003,
l’OTAN prend la direction de l’ISAF, force internationale d’assistance à la sécurité
en Afghanistan. À Nice (février 2005), les ministres de la Défense de l’OTAN dis­
cutent des moyens de renforcer les missions de l’OTAN en Afghanistan et en Irak.
Le sommet extraordinaire de l’Organisation (22 février 2005 à Bruxelles) déclare
que les États membres comptent « renforcer le rôle de l’OTAN en tant que forum
essentiel entre alliés sur les questions stratégiques et politiques ». Au sommet de
Riga (28-29 novembre 2006), les dirigeants des pays membres de l’OTAN réaf­
firment leur engagement militaire en Afghanistan ; à Bruxelles (14 juin 2007), ils
approuvent le principe du bouclier antimissiles, que les Américains voudraient
installer en Pologne et en République tchèque; Au sommet de l’OTAN à Bucarest
(2-4 avril 2008), l’élargissement de l’Alliance atlantique à l’Ukraine et à la Géorgie
240 Les relations internationales depuis 1945
Le désordre impérial (depuis 2001...) ▼ 241

est ajourné, en raison de l’opposition russe et des réticences de Paris et de Berlin,


qui doivent accepter sur pression américaine la perspective de l’adhésion de la
Croatie et de l’Albanie. Et un marchandage est en route entre la France, acceptant
de réintégrer l’organisation militaire de l’OTAN, et les États-Unis, qui se décide­
raient à reconnaître l’autonomie de la défense européenne (printemps 2008).

Les hauts et les bas de l’Europe


Sur le plan de la construction européenne, les succès alternent avec les échecs.
Certains des États conviennent entre eux au sommet de Laeken (décembre 2001)
de lancer la fabrication d’un Airbus militaire A-400M et les Quinze finissent
(2002) par se décider à financer le projet Galilea (système de navigation et
de positionnement), qui devrait mettre fin au monopole américain. Mais les
difficultés financières et les rivalités nationales retardent sa réalisation. La
« stratégie de Lisbonne », adoptée en 20Q0, ambitionne de donner à l’Europe
« l’économie de la connaissance la plus compétitive du monde » mais n’est guère
suivie d’effets. L’entrée en vigueur de l’euro dans la vie quotidienne de 300 mil­
lions d’Européens, le 1er janvier 2002, est un succès technique et un moment
historique de la construction européenne : dix ans après le traité de Maastricht,
douze États de l’Union européenne (Allemagne, Autriche, Benelux, Espagne,
Finlande, France, Grèce, Irlande, Italie, Portugal) partagent la même monnaie,
rejoints par la Slovénie (1er janvier 2007) puis par Chypre et Malte (1er janvier
2008). Mais les conceptions sur l’avenir de l’Union sont floues et antagonistes,
et le moteur franco-allemand grippé, alors que l’Europe est engagée dans une
course de vitesse entre l’élargissement et une tentative d’approfondissement :
la Convention pour l’avenir de l'Europe (présidée par Valéry Giscard d’Estaing)
est chargée de préparer la refonte de l’Union et d’élaborer une Constitution.
Après la discorde franco-allemande marquée par un affrontement sur le
financement de la PAC et l’échec du sommet de Nice (décembre 2000), le moteur
franco-allemand repart grâce à un accord dans le dossier agricole entre Jacques
Chirac et Gerhard Schrôder, qui célèbrent en grande pompe le 40e anniversaire
du traité de l’Élysée (janvier 2003), au risque de susciter la crainte d’un directoire
franco-allemand ou de jeter le trouble par le non-respect du pacte de stabilité
(dont ils souhaitent la réforme). En ce qui concerne la PAC, pour éviter une course
à la productivité, il y aura découplage entre les aides directes versées aux agri­
culteurs et le niveau de production, total ou partiel, à partir de 2007 dans le cas
des céréales et de la viande bovine ; les subventions seront liées à des critères de
qualité et le budget total de la PAC est censé être plafonné d’ici 2013. En décem­
bre 2002, le sommet de Copenhague accepte l’entrée dans l’Union de huit pays
d’Europe centrale et orientale : Pologne, République tchèque, Slovénie, Hongrie,
Estonie, Lettonie, Lituanie, Slovaquie, plus Malte et Chypre (bien que le plan de
règlement des Nations unies, qui aurait dû aboutir à la réunification de l’île, soit
242 A Les relations internationales depuis 1945

L’Europe à Vingt-Sept (2008)


Le désordre impérial (depuis 2001...) ▼ 243

rejeté par les Chypriotes grecs le 24 avril 2004). Cet élargissement, qui est officiel
le 1er mai 2004, a une portée plus symbolique (parce que cet élargissement clôt
le processus entamé avec la chute du mur de Berlin et la dislocation de l’Union
soviétique) que démographique (au total 75 millions d’habitants) ou économique
(leur revenu représente 1/3 seulement de celui des pays d’Europe occidentale).
Avec l’intégration de la Roumanie et de la Bulgarie en 2007, l’Union à vingt-sept
constitue un espace politique et économique de 493 millions d’habitants. Les
négociations d’adhésion de la Turquie commencent en octobre 2005, suscitant
un vaste débat. Chacun s’exprime sur le sujet. Lors de son voyage en Turquie
(28 novembre-ler décembre 2006), le Pape fait part de son nih.il obstat, comme le
Premier ministre Tony Blair qui en est un chaud partisan, à l’encontre de Valéry
Giscard d’Estaing qui y est hostile. En novembre 2006, la Commission gèle les
négociations avec la Turquie, qui refuse de reconnaître l’un des États de l’Union,
Chypre. L’approfondissement aurait dû précéder l'élargissement : il est bien plus
difficile à mettre en œuvre. Le projet de Constitution élaboré par la Convention
(juin 2003), qui modifie la pondération des voix au Conseil des ministres, en attri­
buant plus de voix aux quatre États les plus peuplés (Allemagne, France, Grande-
Bretagne, Italie), et qui prévoit la création d’un poste de président du Conseil
européen pour une durée de deux ans et demi renouvelable (afin de mettre fin à
la présidence tournante tous les six mois) et d’un poste de ministre des Affaires
étrangères de l’Union (à la fois haut représentant pour la PESC et commissaire aux
Relations extérieures), se heurte au refus de la Pologne et de l’Espagne de renon­
cer aux acquis du traité de Nice de décembre 2000. Après le fiasco du sommet des
12-13 décembre 2003, les Vingt-Cinq réunis à Bruxelles (18 juin 2004) adoptent
à l’unanimité le projet de traité constitutionnel, signé à Rome le 29 octobre 2004.
La nouvelle Commission européenne (novembre 2004), présidée par José Manuel
Durao Barroso, comprend 25 commissaires (au lieu de 20), un par État membre.
Afin d’éviter une paralysie des institutions sous l’effet de la règle de l’unani­
mité, qui reste en vigueur dans les domaines suivants : défense, fiscalité, droits
sociaux, droit de la famille, coopération pénale, on décide l’extension du vote à
la majorité qualifiée, définie à partir d’une double majorité réunissant 55 % des
États et 65 % de la population de l’Union (en 2005,297 millions d’habitants, soit
le total des populations allemande, française, britannique, italienne et une par­
tie de l’espagnole). Sur ce, se greffe la querelle de la directive Bokelstein (adop­
tée par la Commission le 13 janvier 2004), qui entend libéraliser les services
en faisant respecter les règles du pays d’origine en cas de prestations de ser­
vice temporaire : la menace du « plombier polonais » pèse sur la consultation
populaire destinée à approuver « la constitution ». Coup sur coup, la France,
le 29 mai par 54,68 % de non, les Pays-Bas, le 1er juin 2005 par 61,6 % de non,
rejettent par référendum le projet de constitution. Le double « non » français et
néerlandais plonge l’Europe dans une crise de confiance, d’autant plus que les
querelles franco-britanniques reprennent à la fois sur le « rabais » consenti à
244 A Les relations internationales depuis 1945

Madame Thatcher et sur la politique agricole commune, retardant l’accord sur


le budget de l’Union européenne élargie pour la période 2007-2013, finalement
adopté lors du sommet de Bruxelles (15-17 décembre 2005) : la Grande-Bretagne
accepte une réduction de son « rabais » ; la France souscrit à une remise à plat
de la PAC en 2008. À l’occasion du 50e anniversaire de la signature des traités de
Rome, les 27 dirigeants de l’UE signent à Berlin (24-25 mars 2007) une décla­
ration commune réaffirmant leur volonté d’union). Le projet de traité simplifié
présenté par le nouveau président de la République française, Nicolas Sarkozy,
permet de sortir de l’impasse. Signé à Lisbonne le 13 décembre 2007, ce nouveau
projet - s’il est approuvé - prévoit un président du Conseil européen élu à la
majorité qualifiée par le Conseil européen pour un mandat de deux ans et demi
renouvelable une fois, un haut représentant (et non ministre) chargé de la diplo­
matie européenne ; enfin, un nouveau système de vote doit éntrer en vigueur
entre 2014 et 2017, et les pouvoirs du Parlement sont renforcés. Le rejet du
traité par les Finlandais (12 juin 2008) ouvre une nouvelle période d’incertitude
pour l’Union européenne et ajourne les négociations qui devaient permettre à
la présidence française de faire entrer le traité en application au 1er janvier 2009.
Lancé le 13 juillet à Paris, le projet d’Union pour la Méditerranée qui regroupe
les États de l’Union européenne et ceux du Sud et de l’Est de la Méditerranée
reprend l’idée du processus de Barcelone à travers des projets concrets.

L’Europe de Six à Vingt-Sept


1951 Six pays (Belgique, Allemagne de l’Ouest, Italie, Pays-Bas, Luxembourg,
France) créent la CECA.
1957 Les Six instituent la CEE.
1973 La CEE s’élargit au Royaume-Uni, à l’Irlande, au Danemark.
1981 La Grèce adhère à la CEE.
1986 L’Espagne et le Portugal entrent dans la CEE.
1995 L’Autriche, la Finlande, la Suède entrent dans l’Union européenne.
2004 Chypre, l’Estonie, la Hongrie, la Lettonie, la Lituanie, Malte, la
Pologne, la République tchèque, la Slovaquie, la Slovénie entrent dans
l’Union européenne.
2007 La Bulgarie et la Roumanie intègrent l’Union ■

En dehors de l’Europe communautaire, les pays de l’ex-Yougoslavie sont


convalescents. La Bosnie est en paix grâce aux 12 000 soldats de la SFOR
relayés par 7 000 soldats européens envoyés en novembre 2004, mais elle n’est
toujours pas stabilisée. La fédération yougoslave formée par la Serbie et le
Monténégro (27 avril 1992) éclate à la suite du vote favorable à l’indépendance
des Monténégrins (21 mai 2006). Au Kosovo, sur lequel s’exerce depuis 1999 le
protectorat de l’ONU par l’intermédiaire de la MINUK, le processus de réta­
blissement de la paix et de retour à la stabilité est long. Des négociations sur
le statut final du Kosovo engagées en novembre 2005 butent sur le refus de la
Le désordre impérial (depuis 2001...) V 245

Serbie et de la Russie de consentir à l’indépendance de cette province, solution


pourtant préconisée par le médiateur de l’ONU (mars 2007). Sans l’aval des
Nations unies (en raison du veto russe), l’indépendance du Kosovo est procla­
mée le 17 février 2008 et n’est pas reconnue par tous les États européens, dont
certains craignent le risque de contagion. À l’occasion des élections présiden­
tielles, une crise secoue l’Ukraine et la « révolution orange » finit par porter
au pouvoir l’opposant pro-occidental Viktor loutchtchenko (décembre 2004),
ce qui constitue un succès pour les États-Unis, dont les forces s’installent aussi
en Roumanie et en Bulgarie et ravive la tension entre Moscou et Washington.
Depuis la fin de l’URSS (22,4 millions de km2,293 millions d’habitants en 1991),
l’immense empire russe ne cesse de rétrécir et de se contracter (17 millions de
km2 et 145 millions d’habitants pour la Russie actuelle), ce qui explique les ten­
tatives de la Russie pour déstabiliser ses voisins (la Transnistrie, région sépara­
tiste pro-russe de Moldavie, vote en faveur de son rattachement à la Russie).

Impasse au Proche et au Moyen-Orient


Au Proche-Orient, l'enchaînement des violences, des attentats et de la répres­
sion a ruiné les espoirs de paix de Camp David (juillet 2000) et de Taba (jan­
vier 2001). Deux facteurs structurent la région : la présence américaine plus ou
moins interventionniste et le conflit israélo-palestinien. Depuis l’élection d’Ariel
Sharon au poste de Premier ministre (6 février 2001) et sa confortable réélection
(janvier 2003), l’État d’Israël répond aux violences palestiniennes - en particulier
des attentats-suicides très meurtriers - par des assassinats ciblés (comme par
exemple celui du cheikh Yassine, chef spirituel du Hamas, en mars 2004), des opé­
rations militaires de grande envergure, en fait une réoccupation partielle des terri­
toires autonomes palestiniens, et la remise en cause de l'Autorité palestinienne, la
mise « hors-jeu » de Yasser Arafat et même son isolement total (mars-avril 2002).
Le monde arabe s’enflamme. Les dirigeants européens appellent à un retrait des
troupes israéliennes, mais les Américains laissent defacto un blanc-seing à Ariel
Sharon. Les répercussions du 11 Septembre sont ambivalentes. Dans un premier
temps, l’administration G.W. Bush se désengage du conflit israélo-palestinien,
adoptant toutefois une attitude jugée objectivement favorable au gouvernement
israélien. Après le 11 Septembre, les États-Unis se réengagent très prudemment,
dans un contexte où les protagonistes ne veulent pas faire la paix, et ils proposent
le vote par le Conseil de sécurité (13 mars 2002) de la résolution 1397 se pronon­
çant pour la coexistence de deux États, israélien et palestinien. Le plan de paix
lancé par la Ligue arabe à Beyrouth (mars 2002) est voué à l’échec (car il implique
le droit au retour des réfugiés palestiniens et le retrait d’Israël sur ses frontières
d’avant juin 1967). À l’automne 2002, une « feuille de route » est élaborée par
le « Quartet » (États-Unis, Russie, Europe, ONU). Elle se présente comme un
plan de paix en trois étapes, avec comme échéance finale la création d’un « État
246 Les relations internationales depuis 1945

palestinien, indépendant, démocratique et viable » aux côtés d’Israël. Une pre­


mière phase est consacrée à la fin de « la terreur et de la violence », au gel de toute
colonisation ; une deuxième phase (de juin 2003 à décembre 2003) se concentre
sur la création d’un État palestinien indépendant ; la troisième phase, qui aurait
dû s’achever en 2005, est destinée à parvenir à un « statut définitif » et à la fin du
conflit israélo-palestinien. Mais le projet, rendu public en avril 2003, reste lettre
morte et le « Pacte de Genève », plan de paix informel, lancé en décembre 2003
est une initiative privée. L’économie de la Cisjordanie et de la bande de Gaza est
désorganisée et l’édification par les Israéliens d’un mur de sécurité autour des
zones palestiniennes est déclarée illégale par la Cour internationale de Justice
(juillet 2004).
Notre route commence à Bagdad est le titre-programme des néo-conser­
vateurs qui espéraient, après être venus à bout du régime des Talibans en
Afghanistan et avoir abattu le régime tyrannique de Saddam Hussein, conver­
tir toute la région à la démocratie et résoudre du même coup le conflit israélo-
palestinien. Dans le sillage de la guerre d’Irak, les choses bougent : approuvé
par Washington, le Premier ministre israélien met en œuvre son plan de
désengagement de Gaza, tout en pérennisant dans le même temps les colo­
nies israéliennes de Cisjordanie. La mort de Yasser Arafat (11 novembre 2004)
lève un obstacle de taille à la relance du processus de paix. Son successeur,
Mahmoud Abbas, élu président de l’Autorité palestinienne (9 janvier 2005), et
Ariel Sharon proclament solennellement à Charm el-Cheikh, le 8 février 2005,
la fin de plus de quatre années de violence, mais le mouvement de la résistance
islamique (Hamas) conteste le pouvoir du chef de l’Autorité palestinienne et
les colons israéliens s’opposent à leur évacuation de la bande de Gaza, finale­
ment réalisée en septembre 2005 après 38 ans d’occupation. En janvier 2006,
la victoire aux élections législatives du Hamas, qui a célébré le retrait israélien
comme un succès, replonge la région dans le chaos car le mouvement islami­
que refuse de reconnaître l’État d’Israël, qui prend des mesures de rétorsion
contre l’Autorité palestinienne. Face à la multiplication des tirs de roquettes
contre Israël, Tsahal pénètre dans la bande de Gaza (juin-juillet 2006) et sur­
tout lance l’opération Punition adéquate au Liban (juillet 2006) : une véritable
guerre s’ensuit car le Hezbollah oppose une résistance acharnée et réplique
par des tirs de missiles sur Haïfa, provoquant l’exode de populations de part et
d’autre de la frontière. Plusieurs semaines sont nécessaires pour parvenir à un
accord (11 août 2006) sur la résolution 1701, appelant à une cessation « com­
plète » mais pas « immédiate » des hostilités et au renforcement de la FINUL
par plusieurs milliers de soldats italiens et français. De nouveau, au printemps
2007, l’armée israélienne intervient dans la bande de Gaza, désormais sous
le contrôle du Hamas et maintenue en état de blocus par Israël. Le président
George W. Bush tente bien de relancer le processus de paix, en réunissant le
Premier ministre israélien Ehoud Olmert et le président de l’Autorité pales­
Le désordre impérial (depuis 2001...) ▼ 247

tinienne (Mahmoud Abbas) à Annapolis (novembre 2007), mais les résultats


sont décevants : métastase d’Al-Qaïda un peu partout dans le monde, désas­
tre irakien, scission de la Cisjordanie et de la bande de Gaza, remontée en
force des Talibans en Afghanistan et du Hezbollah au Liban, retour en force
de l’Iran sur la scène régionale.
Au Liban, l’assassinat de plusieurs personnalités dont celui de l’ancien Premier
ministre libanais, Rafic Hariri (14 février 2005), provoque de puissantes manifes­
tations populaires qui remettent en cause la tutelle syrienne sur le Liban et enten­
dent obtenir une véritable indépendance par « la révolution des cèdres ». La
tension est à son comble (décembre 2006) et ne retombe pas en raison des affron­
tements inter-communautaires (2007-2008). Plus que jamais divisé, confronté
aux radicaux islamistes du Fath Aï-Islam, à la mauvaise volonté de la Syrie et
livré aux passions inter-communautaires, le Liban est incapable de procéder à
l’élection du chef de l’État jusqu’à l’accord inter-libanais de Doha (21 mai 2008)
qui permet de trouver un consensus avec l’élection du général Slimane.
Si Washington ne réussit pas à obtenir une amélioration de la situation
au Proche-Orient, en revanche, il obtient un succès partiel dans sa politi­
que de contre-prolifération. La Libye accepte de démanteler sous contrôle
international ses programmes d’ADM (décembre 2003). Depuis lors, la nor­
malisation des relations de la Libye avec les pays occidentaux s’effectue :
après que la Libye eut admis sa responsabilité dans les attentats de Lockerbie
(1988) et du vol UTA (1989), les sanctions commerciales sont levées par les
États européens (octobre 2004). Et les États-Unis rétablissent des relations
diplomatiques complètes avec Tripoli (mai 2006). La libération des infir­
mières bulgares (24 juillet 2007) et les visites croisées de Nicolas Sarkozy en
Libye et de Kadhafi en France scellent « le retour de la Lybie dans le concert
des nations ». En revanche, l’Iran, accusé de dissimulation et d’infractions
répétées, accepte dans un premier temps des inspections renforcées de ses
installations nucléaires. Mais l’élection de Mahmoud Ahmadinejad (24 juin
2005) marque un raidissement de l’Iran dans les négociations avec l’AIEA
et le groupe des trois États européens (Allemagne, France, Royaume-Uni).
L’Iran ayant repris l’enrichissement de son uranium, l’AIEA transmet le dos­
sier au Conseil de sécurité qui somme Téhéran (résolution 1696, juillet 2006)
de cesser ses activités, sans plus de résultat, car l’Iran défend son « droit » à la
technologie atomique et multiplie les provocations (avril et septembre 2007,
février 2008), malgré les sanctions qui lui sont imposées. Les Israéliens consi­
dèrent que leur sécurité est menacée. On parle de guerre.

Les conflits post-coloniaux en Afrique


^Afrique avec 13 % de la population mondiale pèse 3 % du PIB. Mais il faut se
garder de toute image générale et misérabiliste. Il existe des noyaux de pau­
vreté chronique en Afrique mais certains pays profitent de la mondialisation
248 Les relations internationales depuis 1945

Les conflits post-coloniaux en Afrique

Tunis

lies
Canaries
Maroc
Ö* Benghazi
Le Caire •

Algerie
El-Ayoun Libye

Sahara Égypte
occidental

Mauritanie Mali
Tchad Érythrée
Niger
Daka
962-199
Khartoum
1979-1990
Bathurst ♦O
1981
Guinée- Soudan 1962-1991
Bissau
Freetown
1967,1968
République
Sierra Leone
Monrovia
Centrafricaine^ Addis-Abeba
1980 . . Bangui
1971, Somalie
Cameroun

Guinée équatoriale Zaïre Kenya


19791 Libreville Ouganda^. Mogadiscio
Sao Tomé Gabon 2 ▲ 1959.1972.1990 _ 1950-1956
et Principe Congo Rwanda^ Kigali Nairobi

1965 V Bujumbura^fBurundi
Kinshasa 1966,1976, 1987 1972. 1988
Dares-Salaam
Zanzibar

. Tanzanie
Comores
fl 1976,1978,1989
Angola
Malawi

1956-1975
1975-1994

„ Mozambique
Namibie Zimbabwe/
0 1 000 km 1965-1989
Windhoek
Botswana Madagascar
Coup d'État O Gaborone •
/ Pretoria
Mbabane/*]^Maputo
O Insurrections et guerres
Swaziland

Conflit frontalier

Guérilla

et de la hausse des coûts des matières premières : la Chine (devenue le troi­


sième partenaire commercial de l’Afrique), les pays du Golfe y investissent
et la manne pétrolière fait par exemple de l’Algérie une puissance régionale.
Un nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (conférence du
NEPAD, à Paris en février 2002) entreprend de combiner la démocratisa­
tion et le développement économique du continent africain, qui décide de
transformer l’OUA en Union africaine (Durban, 8-10 juillet 2002). Quatre
Le désordre impérial (depuis 2001...) ▼ 249

chefs d’État africains plaident au G8 du 27 juin 2002 pour attirer les investis­
sements en Afrique et le G8 d’Évian (juin 2003) adopte un plan d’action pour
l’Afrique. Mais les problèmes sont surtout liés aux conflits post-coloniaux.
Malgré le voyage commun (janvier 2002) des ministres français et britan­
nique des Affaires étrangères pour relancer le processus de paix et accélérer
le retrait des armées étrangères du Congo, la guerre se poursuit en Afrique
centrale. Au moment du 22e sommet France-Afrique (20-21 février 2003),
on estime que la moitié du continent africain est impliquée dans des conflits
de nature variée. Dans la République démocratique du Congo (ex-Zaïre), la
région de l’Ituri (nord-est du Congo) est victime de conflits ethniques et de
la convoitise de ses voisins (Ouganda, Rwanda). Sa pacification est confiée
(mai 2003) par l’ONU à l’Union européenne (opération Artémis) : la guerre y
aurait provoqué la mort de près de 4 millions de personnes. Des élections libres
se déroulent au Congo-Kinshasa en juillet 2006 : est-ce la sortie du chaos et de
la terreur ? Madagascar connaît une crise politique grave (février-avril 2002).
En Angola, la mort du chef de l’UNITA» Jonas Savimbi (février 2002), permet
de conclure un accord (avril 2002) mettant fin à vingt-sept ans de guerre civile.
Le Liberia est secoué par de violents affrontements (été 2003). Devant l’échec
des Nations unies à faire accéder le Sahara occidental à un statut stable, Kofi
Annan (février 2002) puis le médiateur James Baker (juillet 2003) proposent
un référendum d’autodétermination : le conflit s’éternise dans l’indifférence
générale et continue d’être la pomme de discorde entre l’Algérie et le Maroc.
Les Nations unies (MONUG) interviennent au Burundi (juin 2004). Trois
conflits sont particulièrement graves : ceux de Côte d’ivoire, du Soudan et de
Somalie. La Côte-d’Ivoire, victime d’une guerre civile (après le long règne de
Félix Houphouët-Boigny de 1960 à 1993) aggravée par la mévente du cacao et
une crise d’identité (question de l’ivoirité), se brise en deux : entre Abidjan et
la rébellion du Nord (automne 2002-printemps 2003), l’armée française tente
de préserver les chances d’une solution. Mais la crise est durable : les accords
de Marcoussis (24 janvier 2003) ne sont pas respectés, les affrontements
continuent malgré la force dépêchée par l’ONU (ONUG) en février 2004,
et la tension franco-ivoirienne est à son comble en novembre. Mandaté par
l’Union africaine, le président sud-africain Thabo Mbeki négocie la fin des
hostilités (6 avril 2005). Mais le retour au calme ne se fait pas sans affronte­
ments (janvier 2006). Il faut attendre le printemps 2007 pour voir relancer le
processus de paix et s’effacer la frontière entre le nord et le sud du pays. Cette
médiation exprime la volonté du successeur de Nelson Mandela de donner à
l’Afrique du Sud un statut de puissance régionale.
Au Soudan, où un éphémère accord de paix (janvier 2005) met fin à une
guerre civile sans fin entre le Nord et le Sud, le conflit du Darfour (ouest du
Soudan) provoque la mort de plus de 200 000 personnes. À l’initiative de la
France, l’ONU (septembre 2007) vote le déploiement dans l’est du Tchad d’une
250 Les relations internationales depuis 1945

force européenne (EUFOR), chargée de protéger les réfugiés du Darfour et


de stabiliser l’est du Tchad et le nord de la Centrafrique, en appui d’une force
hybride des Nations unies et de l’Union africaine (MINUAD) déployée à partir
de juillet 2007, et de la MINURCAT (police des Nations unies). En Somalie, les
miliciens des « Tribunaux islamiques » s’emparent de Mogadiscio (5 juin 2006) :
la Somalie, considérée comme un possible repaire de l’organisation Al-Khaïda,
devient un État islamique, mais l'intervention de l’Éthiopie (juillet 2006)
permet aux forces loyalistes de rétablir la situation (décembre 2006). Et des
émeutes politico-ethniques éclatent au Kenya (décembre 2007-janvier 2008) et
au Zimbabwe (printemps 2008) contre le président Mugabe.

Virage à gauche en Amérique latine


Sur le continent américain, les problèmes sont surtout d’ordre économique, mais
l’instabilité politique est de retour en Amérique latine après une décennie 1990
caractérisée par les progrès de la démocratisation. Au sommet des Amériques,
à Québec (20-22 avril 2001), les États-Unis veulent faire aboutir pour 2005 le
projet de zone de libre-échange des Amériques (ZLEA, ALCA), grand marché
unique entre les 34 pays du continent, soit 800 millions de consommateurs, qui
réunirait ainsi tous les marchés régionaux américains. Le sommet des Amériques
(janvier 2004, à Monterrey) renouvelle cette perspective. Cette entreprise, parallèle
à l’extension du dollar comme monnaie des Amériques, manifeste le leadership
des États-Unis contre lequel s’élèvent les mouvements anti-mondialisation et
des États, comme le Mexique qui refuse de cautionner l’intervention des États-
Unis en Irak, et le Brésil avec l’arrivée au pouvoir de Lula da Silva (janvier 2002).
Et lors du quatrième sommet des Amériques (4-5 novembre 2005), le président
George Bush ne parvient pas à faire signer l’accord de libre-échange qu’il proje­
tait. D’ailleurs, les cinq pays membres du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay,
Uruguay, Venezuela) créent (décembre 2007) la Banque du Sud, destinée à se subs­
tituer au FMI et à la Banque mondiale. Confrontée à une faillite économique (le
pays est en récession depuis presque quatre années) et privée du soutien financier
du FMI depuis décembre 2001, l’Argentine est précipitée dans une crise politique
et sociale sans précédent (décembre 2001-janvier 2002) avant de se redresser (à
partir de juin 2003) et de rembourser l’intégralité de sa dette (janvier 2006). Avec
des nuances propres à chaque pays, l’orientation générale est marquée par une ten­
dance à la prise du pouvoir par la gauche : c’est le cas en Bolivie, où le socialiste Evo
Morales est élu président (pour la première fois un Indien) en décembre 2005 ; au
Chili avec l’élection de la socialiste Michelle Bachelet (janvier 2006) ; au Nicaragua
avec le retour au pouvoir (janvier 2007) du sandiniste Daniel Ortega, déjà chef
de l’État de 1979 à 1990. Le chef de file de la gauche en Amérique latine, Hugo
Chavez - un moment déstabilisé par un coup d’État militaire (avril 2002) -, réus­
sit à rétablir son autorité (août 2004). Réélu triomphalement en décembre 2006,
Le désordre impérial (depuis 2001...) ▼ 251

Les marchés régionaux sur le continent américain

il procède à la nationalisation des hydrocarbures, lance une révolution agraire


et s'efforce d’avoir un rôle sur le plan international, en intervenant par exemple
dans l’épreuve de force en Colombie entre le président Alvaro Uribe et les FARC
qui détiennent des otages, en particulier Ingrid Betancourt, finalement libérée le
2 juillet 2008, après plus de six ans de captivité. À Cuba, la répression se fait plus
stricte dans les dernières années de Fidel-Castro qui renonce (18 février 2008) à
sa charge de président du Conseil d’État et de commandant en chef. Depuis 2002,
Haïti connaît une crise politique due à la dérive dictatoriale du régime de Jean-
Bertrand Aristide, chassé du pouvoir par une insurrection armée (février 2004) :
là aussi, les Nations unies interviennent (MINUSTAH).

L’Asie, nouveau foyer de crises


LAsie devient un nouveau théâtre d’affrontement : de l’Afghanistan à la Corée, les
occasions de conflit ne manquent pas. La Corée du Nord déclenche une crise, en
annonçant (décembre 2002) quelle redémarre son programme de production
de plutonium, gelé en 1994, qu’elle se retire du TNP quelle avait signé en 1994 et
252 Les relations internationales depuis 1945

affirme posséder la bombe atomique (février 2005). Elle procède même à un essai
nucléaire souterrain (9 octobre 2006), suscitant la réprobation générale. Suite aux
négociations conduites à Pékin (à partir de février 2007), Pyongyang accepte de
mettre un terme à son programme nucléaire en échange de la fourniture d’éner­
gie et de garanties de sécurité par les États-Unis, et également (octobre 2007) de
démanteler ses réacteurs nucléaires. En outre, les dirigeants des deux Corée signent,
le 4 octobre 2007, une déclaration de paix entre les deux pays. En échange de sa
déclaration sur ses programmes nucléaires (26 juin 2008), Washington s’est engagé
à lever les sanctions qui pesaient sur la République démocratique de Corée.
La Chine apparaît de plus en plus comme le pivot de la région, imposant ses
bons offices dans la crise nord-coréenne, où les États-Unis ont du mal à faire
prévaloir leur politique. Pékin organise un sommet sino-africain (3-5 novembre
2006), qui accueille les dirigeants de 48 États africains et annonce que la Chine
va doubler son aide à l’Afrique. Inquiet des escalades verbales périodiques entre
Taïwan et la RDC, le Japon affirme ses préoccupations sécuritaires, en parti­
culier à l’égard de la Chine (problème de l'embargo sur les ventes d’armes), et il
n’hésite plus à se déployer sur le plan militaire à l’étranger (Irak, février 2004).
La rencontre au sommet indo-pakistanaise d’Agra (16 juillet 2001) achoppe sur
la question du Cachemire ; alors que les divergences semblent s’apaiser dans le
sillage de la guerre d’Afghanistan, la situation oscille entre l’escalade militaire
(mai 2002) et une volonté de normalisation (printemps 2004). Au Pakistan, le
régime du général Moucharraf apparaît ballotté entre les pressions des isla­
mistes et la toute-puissance de l’armée. Son rôle dans la prolifération nucléaire
(Iran, Libye, Corée du Nord) est mis en évidence, ce qui n’empêche pas les
États-Unis de lui accorder le rôle d’« allié majeur non-OTAN » (mars 2004).
Dans un contexte électoral de très grave violence et de crise multiforme, la
volonté de réconciliation nationale se termine en tragédie : quelques semai­
nes après son retour d’exil, Benazir Bhutto (Premier ministre de 1988 à 1990
et de 1993 à 1996) est assassinée à Rawalpindi (27 décembre 2007). L’Arabie
Saoudite, bastion - contesté par des réformateurs - de l’intégrisme musulman,
reste l’alliée des États-Unis dans la région et la cible des attentats d’Al-Qaïda.
Depuis la chute du régime des Talibans (13 novembre 2001), l’Afghanistan
chemine difficilement à la recherche d’institutions stables, sous le contrôle
de la communauté internationale. Deux ans après les accords de Bonn
(décembre 2001), la Loya Jirga approuve la constitution du nouvel État
construit sous les auspices des Nations unies et proclame la République isla­
mique à Kaboul (janvier 2004), qui se donne Hamid Karzaï comme premier
président élu démocratiquement (octobre 2004), mais l’insécurité y règne
malgré la présence de l’ISAF, dont l’OTAN a pris le commandement. Des
manifestations bouddhistes en Birmanie contre la junte militaire (au pouvoir
depuis 1962) se heurtent à la répression, de même qu’au Tibet confronté à
l’autorité centralisatrice de Pékin (printemps 2008).
Le désordre impérial (depuis 2001...) ▼ 253

La région du Caucase et l’Asie centrale sont de nouveaux foyers de crises, en


raison de l’essor pétrolier et gazier de ces régions. Le Caucase est politiquement
séparé en deux zones bien distinctes, le nord constitué de territoires autonomes ins­
tables au sein de la Fédération de Russie, dont l’Ossétie du Nord et la Tchétchénie ;
le sud avec les États de Géorgie, Arménie, Azerbaïdjan. La présence d’importants
gisements pétroliers, la question de l’acheminement du pétrole et son rôle de car­
refour entre la Russie et le Moyen-Orient expliquent l’intérêt de Moscou pour
la région, qu’il considère comme une zone d’intérêt stratégique prioritaire, d’où
sa volonté d’empêcher les rapprochements, d’éloigner les importuns (la Géorgie
est le troisième plus important récipiendaire d’aide américaine par tête d’habitant
après Israël et l’Égypte), et d’en finir avec la rébellion tchétchène. La guerre y est
marquée par la prise d’otages la plus meurtrière de l’histoire, en Ossétie du Nord
(septembre 2004), et les habitants d’Ossétie du Sud et d’Abkhazie, encouragés par
l’exemple kosovar et soutenus par la Russie, veulent obtenir la reconnaissance de
leur indépendance. La tension entre la Géorgie et la Russie (août 2007) est per­
manente : confrontée au souhait de la Géorgie de devenir membre de l’OTAN, la
Russie décrète l’embargo contre Tbilissi : la Géorgie est privée de livraisons de gaz
russe et elle ne peut exporter son vin en Russie. Face à la volonté de Washington
de renforcer sa présence économique et stratégique dans la région (obtenue à la
suite du 11 Septembre), Moscou tente de maintenir sa tutelle.
Le Caucase
254 A Les relations internationales depuis 1945

La mondialisation en débat
Les événements du 11 Septembre relancent le débat sur la mondialisation.
Elle est assurément en marche avec la frénésie de concentration qui a contri­
bué à uniformiser la production et à américaniser la distribution, avec l’entrée
officielle de la Chine dans l’Organisation mondiale du Commerce (11 décem­
bre 2001) : l’Empire du milieu, à l’économie performante, invité à partici­
per aux échanges mondiaux, ouvre un marché d’1 milliard 300 millions de
consommateurs et inonde le monde de ses produits. Le pays, qui représente
20 % de la population mondiale, choisi en juillet 2001 pour organiser les Jeux
olympiques de 2008, voit ainsi consacrée sa puissance économique, politique
et diplomatique, non sans inquiéter l’Europe en raison du flot d’exportations,
en particulier dans le domaine du textile (6 % du commerce mondial).

La libéralisation des échanges : l’exemple du textile


1974: L’Accord multifibre (AMF) instaure le principe des quotas
d’importation octroyés par les pays occidentaux aux pays en
voie de développement.
1995 : L’accord sur les textiles et les vêtements, conclu à Marrakech,
propose d’aboutir à la suppression des quotas en trois étapes
(1998, 2002, 2005).

1er janvier 2005 : La totalité des échanges mondiaux de textile est libéralisée. ■

Mais cette mondialisation suscite une opposition de plus en plus large, qui
se développe à la suite de la discussion en 1998 de l’Accord multilatéral sur
l’investissement au sein de l’OCDE. S’il avait été adopté, ce projet aurait accordé
aux multinationales qui investissent dans les pays étrangers les mêmes droits
qu’aux entreprises locales. Les négociations sont suspendues à la suite de la campa­
gne de protestation des mouvements anti-mondialisation, qui parviennent à faire
capoter la conférence de l’OMC à Seattle (novembre 1999), laquelle devait abou­
tir au lancement d’un nouveau cycle de négociations multilatérales. Cette nébu­
leuse d’associations, de syndicats, d’organisations non gouvernementales (ONG)
profite de toutes les occasions pour faire entendre sa voix (sommet européen
de Nice, décembre 2000 ; Forum économique mondial de Davos, janvier 2001 ;
sommet des Amériques à Québec, avril 2001 ; G8 à Gênes en juillet 2001). Les
institutions financières internationales (FMI, Banque mondiale) sont de plus en
plus critiquées : la crise qui secoue l’Argentine est imputée au FMI qui a suspendu
son aide financière. Le Forum social de Porto Alegre (février 2002) donne la répli­
que au Forum économique de Davos (réuni au même moment à New York). À
l’opposé des conceptions libérales, les propositions des altermondialistes visent à
taxer le flux des capitaux (comme le souhaite l’Association pour la Taxation des
Transactions pour l’Aide aux Citoyens, Attac), à supprimer les paradis fiscaux, à
Le désordre impérial (depuis 2001...) ▼ 255

annuler la dette des pays en voie de développement, à définir un nouveau système


de gouvernement mondial, à protéger l’environnement, à réorganiser la produc­
tion agricole (en renonçant aux OGM) et à promouvoir une démocratie participa­
tive. L’idée d’une taxe internationale sur les billets d’avion, pour relancer l’aide au
développement, est reprise par Jacques Chirac et le président du Brésil Luiz Inacio
Lula da Silva (septembre 2004), pour lancer Unitaid (juin 2006) destiné à financer
la lutte contre le sida, le paludisme et la tuberculose. Au sommet de la Terre à
Johannesburg (août-septembre 2002), les questions d’environnement et de déve­
loppement mondial sont au premier plan. À la suite des violentes manifestations
lors du sommet de Gênes (20-22 juillet 2001), les dirigeants du G8 conviennent
d’organiser des réunions moins ostentatoires à l’avenir, de renouer le dialogue
avec la société civile ; ils créent un fonds mondial de lutte contre les pandémies
(sida, paludisme, tuberculose), adoptent un plan pour développer l’investissement
et le commerce en Afrique, y améliorer la santé publique et l’éducation, lutter
contre la corruption et la faim, mais ils restent en désaccord sur la lutte contre
les émissions de gaz à effet de serre. La ratification du protocole de Kyoto par la
Russie en octobre 2004 permet son entrée en vigueur (février 2005). À Gleneagles
(7-8 juillet 2006), les dirigeants du G8 évoquent le changement climatique sans
aboutir à un accord sur le protocole de Kyoto. Face aux perspectives alarmistes,
des projets se multiplient pour remédier au changement climatique et pour une
gouvernance écologique mondiale (Paris, février 2007). Les dirigeants européens
parviennent à un accord (mars 2007), pour porter à 20 % la part des énergies renou­
velables dans la consommation énergétique de l’Union en 2020. À Heiligendamm
(6-8 juin 2007), les membres du G8 parviennent à un compromis : les Américains
acceptent de prendre en considération les objectifs de réduction des émissions de
CO2 (- 50 % d’ici à 2050), proposés par les Européens, et ils s’accordent sur une
aide exceptionnelle à l’Afrique pour lutter contre les maladies.

Protocole de Kyoto
1992 Signature à Rio de Janeiro d’une convention sur le change­
ment climatique.
Décembre 1997 Signature à Kyoto d’un protocole engageant les participants
à limiter les émissions de gaz à effet de serre de 5 % en 2012
par rapport au niveau de 1990.
Mars 2001 Opposition américaine au protocole de Kyoto.
Octobre 2004 Ratification par la Russie du protocole, permettant l’applica­
tion de l’accord international.
Février 2005 Entrée en vigueur du protocole de Kyoto.
Décembre 2005 La conférence de Montréal prolonge le protocole de Kyoto
au-delà de 2012.
Juillet 2008 Le G8 souhaite une réduction des émissions de 50% d’ici
à 2050. ■
256 A. Les relations internationales depuis 1945

Dans le cadre de l’OMC, c’est la conférence de Doha (Qatar) qui, en novem­


bre 2001, lance un nouveau cycle de négociations multilatérales pour libéraliser
les échanges. En septembre 2003, à Cancún, la réunion de l’OMC est mise en
échec par les pays du Sud, en particulier par un groupe de pays conduit par le
Brésil, l’Inde et l’Afrique du Sud, qui mène la bataille contre les subventions aux
exportations agricoles des pays riches, mais le 1er août 2004, les 147 membres de
l’OMC concluent un accord provisoire de libéralisation des échanges interna­
tionaux. Mais les négociations achoppent sur les subventions aux exportations
agricoles des pays riches. À Hong-Kong (décembre 2005), la conférence de
l’OMC décide quelles seront progressivement supprimées d’ici à 2013 et que
les pays du Sud se verront garantir la libre circulation pour 97 % de leurs expor­
tations à partir de 2008. En juillet 2006, les États-Unis et l’Europe renoncent au
cycle de Doha, que l’OMC tente de relancer en juillet 2007, en concluant un
accord uniquement sur l’agriculture, ce dont ne veulent pas les Européens et
en particulier les Français. Une nouvelle reprise des négociations échoue à l’été
2008, car les pays du Nord jugent que leurs concessions sur l’agriculture (sup­
pression de toute subvention à l’exportation en 2013) ne sont pas compensées
par les progrès dans le secteur de l’industrie et celui des services. Les questions
de commerce international deviennent toujours davantage contentieuses : ainsi
l’Union européenne obtient-elle en 2004 de l’OMC l’autorisation de prendre des
sanctions commerciales contre les États-Unis, qui favorisent leurs exportateurs.

Les négociations commerciales


Juillet 1944 Projet d’une Organisation internationale du Commerce.
30 octobre 1947 Signature à Genève des accords du GATT.
1947-1956 Le GATT entreprend un cycle de négociations multilatérales.
1960-1962 Dillon Round.
1964-1967 Kennedy Round.
1973-1979 Nixon puis Tokyo Round.
1986-1994 Uruguay Round.
15 avril 1994 Accords de Marrakech : création de l’OMC.
Novembre-
décembre 1999 Echec du cycle du Millénaire à Seattle.
Novembre 2001 Cycle de Doha.
Septembre 2003 Echec à Cancún.
Août 2004 Accord de libéralisation des échanges internationaux.
Décembre 2005 Accord sur la suppression progressive des subventions aux
exportations agricoles des pays riches.
Juillet 2008 Echec à Genève ■

Pauvreté et développement
Le choc du 11 Septembre rappelle opportunément le problème de la pauvreté
dans le monde et de la fracture Nord-Sud. Si la libéralisation des échanges a été un
facteur de décollage pour certains pays qui ont bénéficié de l’ouverture des mar­
Le désordre impérial (depuis 2001...) ▼ 257

chés occidentaux, le nombre de gens vivant avec moins de deux dollars par jour
n’a pas décru. L’Europe fait face à un afflux d’immigrants (par exemple dans tous
les pays bordant la Méditerranée ou aux Canaries) et se protège comme elle peut
contre l’afflux d’émigrants en Espagne et à Malte, malgré des drames humains :
tests de langue au Danemark, au Royaume-Uni et en Allemagne, « charters » ici
et là, opérations conjointes des polices européennes (patrouilles de bateaux et
d’avions), transfert de données personnelles, tensions raciales, régularisation d’un
demi-million d’immigrés clandestins en Italie (juillet 2006) et en Espagne (2005),
durcissement de la politique d’asile de la Suisse (2006). La toile de fond est en
réalité celle d’un rejet de l’ordre économique mondial et de la domination des pays
développés. Des mesures sont prises, en particulier par l’Union européenne qui
décide d’ouvrir - sous condition de délais - les frontières européennes aux impor­
tations agricoles en provenance des 49 pays les moins avancés de la planète. Face à
l’Occident fournisseur de subventions mais ressenti comme arrogant, les pays en
voie de développement réclament une aide plus conséquente, avec comme objec­
tif un pourcentage de 0,7 % du PIB et la réduction de moitié de la pauvreté dans
le monde d’ici 2015, en écho à l’adoption de ce projet par le sommet du millénaire
(New.York, 2000). On en est loin, puisque la moyenne des pays européens s’éta­
blit à 0,33 % de leur PIB et que les États-Unis y consacrent 0,10 %. La décennie
1991-2001 a été le théâtre à la fois d’une expansion économique sans précédent et
d’un repli du monde développé sur lui-même, au point que l’anti-libéralisme a fini
par s’identifier à l’anti-américanisme. Aussi bien l’onde de choc du 11 Septembre

Source : Banque mondiale, OCDE, Statistiques de 1999.


258 A Les relations internationales depuis 1945

relance la lutte contre la pauvreté dans le monde et pousse Washington à annoncer


un accroissement de son aide à la veille de la conférence de Monterrey (mars 2002).
En juin 2005, le G7 parvient à un accord sur l’effacement de la dette multilaté­
rale de dix-huit États pauvres, dont quatorze africains. Et les 7-8 juillet 2005 à
Gleneagles, les dirigeants du G8 annulent officiellement ces dettes et prennent
l’engagement d’augmenter l’aide publique au développement de 50 milliards de
dollars par an d’ici à 2010. En octobre 2005, le Club de Paris (regroupant plusieurs
pays créanciers) efface 60 % de la dette du Nigeria. En juin 2006, il annule presque
la dette du Cameroun. LAssociation internationale pour le développement (AID,
organe de la Banque mondiale) prévoit de dépenser près de 30 milliards d’euros
au profit des pays les plus pauvres au cours des années 2008-2011. Si le nombre
de personnes vivant avec moins de 2 dollars par jour (cf. graphique) est toujours
proche de 2,5 milliards, la proportion de pauvres recule depuis dix ans sauf en
Afrique subsaharienne (rapport de la Banque mondiale, 2008).

En panne de gouvernance mondiale


Le vrai problème de la mondialisation se reflète dans la distance grandis­
sante entre l’intégration humaine, économique, sociale et l’absence d’instan­
ces légitimes de gouvernance mondiale dans un monde profondément divisé.
Assiste-t-on à l’avènement d’un gouvernement mondial ? Des formes de régu­
lation apparaissent de façon embryonnaire, à travers l’ONU, le G8, l’OMC,
la Cour pénale internationale (CPI), mais elles constituent seulement des
embryons de gouvernance et elles sont elles-mêmes contestées, la dernière-
née, la CPI, dont le traité entre en vigueur en juillet 2002 et qui est installée
à La Haye depuis 2003. Compétente pour juger les génocides, crimes contre
l’humanité et crimes de guerre à partir du 1er juillet 2002, elle n’intervient que
lorsque les États sont jugés inaptes à engager des poursuites. Arrêté, Slobodan
Milosevic est déféré devant le Tribunal international de La Haye pour l’ex-
Yougoslavie, mais il meurt (mars 2006) avant la fin du procès et les États-Unis,
qui exercent des pressions pour mettre leurs citoyens hors de portée de la CPI,
menacent de ne plus participer aux opérations militaires mandatées par l’ONU
si leurs citoyens participant à ces opérations ne sont pas protégés. Ils obtien­
nent de plus de 80 pays la signature d’un accord bilatéral excluant le transfert
d’un citoyen américain vers la CPI. Le rôle des Nations unies comme fonde­
ment de l’ordre mondial est gravement mis en cause à l’occasion des guerres
dans l’ex-Yougoslavie, puis de la crise irakienne et d’aucuns évoquent même la
fin de l’expérience internationaliste du xxe siècle. Lors du 60e anniversaire de
l’ONU (14-16 septembre 2005), célébré en grande pompe, le projet de réforme
et d’élargissement du Conseil de sécurité se réduit à une simple déclaration
de principe et d’intention. On en reste donc au statu quo. Le Sud-Coréen Ban
Ki-moon succède comme nouveau secrétaire général au Ghanéen Kofi Annan.
Le désordre impérial (depuis 2001...) ▼ 259

Les réunions du G8 sont impuissantes à élaborer un plan d’action contre la


crise économique et le fait que les grands pays émergents (Chine et Inde) ne
fassent pas partie du club limite son autorité. L’OMC est gravement contestée
par les échecs répétés du cycle de Doha et la tentation au protectionnisme.
S’il y a deux mondes en conflit, ils transcendent les frontières des pays et
celles des religions : le fondamentalisme religieux et le capitalisme occidental
sont deux aspects d’un monde sans frontières. En réalité, dans certains pays,
il existe une peur profonde de la modernité qui, combinée avec l’inégalité, la
pauvreté, donne le sentiment d’être une victime du marché mondial, et en
essayant d’étendre par la force à l’ensemble du monde ses valeurs, l’Occident
provoque des réactions de rejet. Dans un contexte de conflits où les religions
sont mises en cause (11 Septembre, conflit indo-pakistanais, affrontements
religieux au Nigeria, guerre israélo-palestinienne), la rencontre interreli­
gieuse d’Assise (24 janvier 2002) entend démentir la thèse du conflit des civi­
lisations et du retour aux guerres de religion. L’hommage universel rendu à
Jean-Paul II (décédé le 2 avril 2005) lors de ses obsèques illustre bien le rôle
qu’il a joué à la fois dans le combat pour les droits de l’homme et pour la soli­
darité internationale, dans la chute du communisme, et dans son opposition
à toute guerre (Bosnie, Golfe, Irak), bref l’entreprise planétaire d’un pape mis­
sionnaire (104 voyages officiels), qui exprime à sa façon la mondialisation.
Pour encourager le dialogue entre l’Occident et le monde musulman, le pre­
mier forum de l’Alliance des civilisations, créée par l’ONU le 14 juillet 2005, se
réunit à Madrid les 15-16 janvier 2008. Il reste bien du chemin à faire et la mon­
dialisation n’est pas synonyme d’une extension des valeurs occidentales ou même
d’une coexistence pacifique des grandes religions, le choc des civilisations existe
bel et bien. Au contraire. Ainsi le chef d’État lybien estime-t-il dans un discours
au Togo (Le Monde, 18/6/08) que « ceux qui campent sur une religion autre que
l’Islam sont dans l’erreur » ! Tandis que le roi d’Arabie Saoudite Abdallah préside
à Madrid (16-18 juillet 2008) une conférence mondiale sur le dialogue interreli-
gieux. Que ce soit pour faire face au terrorisme ou pour protéger sa conception
de l’homme, partout, les libertés sont en recul. Les Britanniques doivent possé­
der une carte d’identité pour la première fois de leur histoire (février 2006). Le
centre de détention de Guantanamo détient des dizaines de « suspects », qui
sont retenus prisonniers en dehors de toute légalité. Aux États-Unis, le Patriot
Act (loi anti-terroriste) est prorogé (mars 2006). Dans le Conseil des Droits de
l’homme créé par l’ONU (mars 2006) pour remplacer la Commission des Droits
de l’homme, largement déconsidérée, les États les plus liberticides (Libye, Iran)
ont pris place dans ce Conseil grâce au système des quotas régionaux et de vote
bloqué. Cela n’augure rien de bon de la conférence de l’ONU (Durban II) sur
les droits de l’homme, prévue en 2009. À l’heure où l’on s’apprête à célébrer en
décembre 2008 le 60e anniversaire de la Déclaration universelle des Droits de
l’homme, c’est à un véritable recul que l'on assiste.
260 A Les relations internationales depuis 1945

Les voyages de Jean-Paul II

Liechtenste
1985
Danemark
I 1989 |-
|Aliumagne|
1980/1987 T
| 1996 |
Luxemb.
1985 h
Islande Pays-Bas
I 1989 | 1985 J-
Belgique
11985/1995 |
Irlande
| 1979 |
|Royaume-U.|
Suisse France 1982
I 1982/1984 I 1980/1983
Canada I 1985/2004 | 1986/1988
1984/1987 1996/1997
2002 Slovénie 2004

Croatie
États-unis 1994/1998
1979/1981 2003 Espagne
1984/1987 1982/1984
1993/1995 St Marin
1989/1993 Albanie
1999 Bahamas 1982 2003
Rép. Dom. 1993
1979 Portugal
1979/1984 Bosnie H.
Haïti 1992 Tunisie
11997/20031 1982/1983
Mexique [1991/2000 1996
Cuba Porto Rico [ Maroc
1979/1990 riqÔân Sénégal
Guatemala 1993/1999 LIM7°..I I 1984 I I 1985 |
Belize 2002 I [ | 1992 |
I 1983/1996 Ste Lucie
I 2002 Cap Vert
1986 |
| 1990 |
Honduras Jamaïque Curaçao
| 1983 | Nicaragua | 1993 | Gambie
| 1990 I
11983/1996 | | 1992
Salvador Trinidad et T.
Costa Rica 1985/1996 Guinée B.
11983/1996 | 1985 | 1990
| 1983 | Panama
| 1983 I
Guinée
Équateur I 1992 |J
I 1985 | Côte d'ivoire
Ghana
I 1980/1985 j P 1980 i
Pérou | 1990
Brésil
11985/1988 Burkina Togo
I 1980/1982
| 1991/1997 11980/1990 | | 1985 |
Bolivie
| 1998 Bénin Cameroun
11982/1993 | 11985/1995 |
Paraguay
| 1988 | Guinée Éq
| 1982 |
Chili Sao Tomé
| 1987 | 1992 |
Uruguay Gabon’
1987/1988 | | 1982 |

Argentine Congo
1982/1987 I | 1980 |
Afr. du Sud
I 1995 I
Botswana
I 1988 |
Le désordre impérial (depuis 2001...) ▼ 261

g
Tchéquie

Slovaquie

Pologne
1979/1983
1987/1991
1991/1995
1997/1999
2002
Finlande
1989 |
Estonie V
1993 |
Lettonie Lituanie Ukraine I Kazakhstan | Hongrie
| 1991/1996 |
Roumanie I

U Bulgarie
1999 1

Cl 2002 1
-H Géorgie 1
I I 1999 1 Japon
Syrie |
Azerbaïdjan Arménie 1981 |
2002 | | 2001 I
Liban
Pakistan Corée du Sud
J981 J 11984/1989 I
jypte | Jordanie
Inde
1986/1999 Thaïlande
-I 1984 |
Ouganda
-| 1993 | Philippines
Kenya ¡1981/1995 |
1980/1985
Sri Lanka
1995 ----------------- - Papouasie
---------------- 1995 11984/1995 |
Rwanda
1990 | Seychelles
Salomon
Burundi 1984 1
Tanzanie Bangladesh B Singapour Indonesie
I 1990 | I 1986 | I 1986 1989
Zambie
| 1989 |
Madagasv-cr
Maurice

La Réunion
Mozambique | 1989 |
1988 I

Malawi
1989 |

Swaziland
| 1988 |
N. Zélande
¡Zimbabwe | 1986 |
I 1988 |

Lesotho
| 1988 |
262 A- Les relations internationales depuis 1945

Les États membres des Nations unies


(192 États membres au 1er février 2008)

Pays Année Pays Année


d’admission d’admission

Afghanistan 1946 Cambodge 1955

Afrique du Sud 1945 Cameroun 1960

Albanie 1955 Canada 1945

Algérie 1962 Cap-Vert 1975

Allemagne 1991 Centrafricaine (Rép.) 1960

Andorre 1993 Chili 1945

Angola 1976 Chine 1945

Antigua et Barbuda 1981 Chypre 1960


Arabie Saoudite 1945 Colombie 1945
Argentine 1945 Comores 1975
Arménie 1992 Confédération helvétique 2002
Australie 1945 Congo 1960
Autriche 1955 Corée du Nord 1991
Azerbaïdjan 1992 Corée du Sud 1991
Bahamas 1973 Costa Rica 1945
Bahreïn 1971 Côte-d’Ivoire 1960
Bangladesh 1974 Croatie 1992
Barbade(La) 1966 Cuba 1945
Bélarus 1945 Danemark 1945
Belgique 1945 Djibouti 1977
Belize 1981 Dominicaine (Rép.) 1945
Bénin 1960 Dominique 1978
Bhutan 1971 Égypte 1945
Bolivie 1945 El-Salvador 1945
Bosnie-Herzégovine 1992 Emirats arabes unis 1971
Botswana 1966 Équateur 1945
Brésil 1945 Érythrée 1993
Brunei Darussalam 1984 Espagne 1955
Bulgarie 1955 Estonie 1991
Burkina Faso 1960 États-Unis d’Amérique 1945
Burundi 1962 Éthiopie 1945
Le désordre impérial (depuis 2001...) ▼ 263

Fédération de Russie 1945 Liban 1945


Fidji 1970 Liberia 1945
Finlande 1955 Libye 1955
France 1945 Liechtenstein 1990
Gabon 1960 Lituanie 1991
Gambie 1965 Luxembourg 1945
Géorgie 1992 Macédoine 1993
Ghana 1957 Madagascar 1960
Grèce 1945 Malawi 1964
Grenade 1974 Malaysia 1957
Guatemala 1945 Maldives 1965
Guinée 1958 Mali 1960
Guinée-Bissau 1974 Malte 1964
Guinée équatoriale 1968 Maroc 1956
Guyana 1966 Marshall (îles) 1991

Haïti 1945 Maurice (île) 1968

Honduras 1945 Mauritanie 1961

Hongrie 1955 Mexique 1945

Inde 1945 Micronésie 1991

Indonésie 1950 Moldavie 1992

Irak 1945 Monaco 1993

Iran 1945 Mongolie 1961

Irlande 1955 Montenegro 2006

Islande 1945 Mozambique 1975

Israël 1949 Myammar (Birmanie) 1948

Italie 1955 Namibie 1990

Jamaïque 1955 Nauru 1999

Japon 1956 Népal 1955

Jordanie 1955 Nicaragua 1945

Kazakhstan 1992 Niger 1960

Kenya 1963 Nigeria 1960

Kirghizstan 1992 Norvège 1945

Kiribati 1999 Nouvelle-Zélande 1945

Koweit 1963 Oman 1971

Laos 1955 Ouganda 1962

Lesotho 1966 Ouzbékistan 1992

Lettonie 1991 Pakistan 1947


264 A Les relations internationales depuis 1945

Palaos 1994 Sri Lanka 1955

Panama 1945 Suède 1945

Papouasie-Nvelle Guinée 1947 Surinam 1975

Paraguay 1945 Swaziland 1968

Pays-Bas 1945 Syrie 1945

Pérou 1945 Tadjikistan 1992

Philippines 1945 Tanzanie 1961

Pologne 1945 Tchad 1960

Portugal 1955 Tchèque (Rép.) 1993

Qatar 1971 Thaïlande 1945

Roumanie 1955 Timor oriental 2002

Royaume-Uni 1945 Togo 1960

Rwanda 1962 Trinidad et Tobago 1962

Saint-Kitts et Nevis 1983 Tunisie 1956

Saint-Martin 1992 Turkménistan 1992

Saint-Vincent et Grenadines 1980 Turquie 1945

Sainte-Lucie 1979 Tuvalu 2000


Salomon (îles) 1978 Ukraine 1945
Samoa 1976 Uruguay 1945
Sao Tomé et Principe 1975 Vanuatu 1981
Sénégal 1960 Venezuela 1945
Seychelles 1976 Viêt-nam 1977
Sierra Leone 1961 Yémen 1947
Singapour 1965 Yougoslavie 1945
Slovaquie 1993 Zaïre 1960
Slovénie 1992 Zambie 1964
Somalie 1960 Zimbabwe 1980
Soudan 1956
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A Antigua et Barbuda 46, 262
Abbas (Fehrat) 60 ANZUS 29
Abbas (Mahmoud) 222, 246 Aquino (Cory) 172
Abdallah dejordanie (émir) 42 Arabie Saoudite 42, 56, 104, 125, 126, 127.
Accord de libre-échange nord-américain 146, 147, 159, 194, 232, 252, 262
(ALENA) 227 Arafat (Yasser) 116, 147, 197, 221, 222,
Adenauer (Konrad, chancelier) 26, 27, 38, 245, 246
82, 85 Arbenz (colonel) 33
Afghanistan 102, 129, 130, 141, 146, 151, Aref (général) 120
158, 159, 160, 171, 172, 191, 218, 232, Argenlieu (Thierry d’, amiral) 47
235, 236, 238, 239, 251, 252, 262 Argentine 40, 155, 156, 171, 198, 227,
Afrique du Sud 46, 161, 163, 165, 166, 171, 250, 254, 262
172, 195, 216, 219, 249, 256, 262 Aristide (Jean-Bertrand) 200, 251
Agence internationale de l’énergie (AIE) Arménie 253, 262
127 Aron (Raymond) 52
Agence internationale de l’Energie Assad (Hafez el-) 120,146
atomique (AIEA) 235 Association des Nations du Sud-Est
Ahmadinejad (Mahmoud) 247 asiatique (ASEAN) 150,218,227
Albanie 16,20,21,37,38,95,98, 171, Association européenne de Libre-Échange
188, 215, 225, 228, 241, 262 (AELE) 68, 93, 136, 188
Alfonsin (Raul) 156 Attlee (Clement) 11,44
Algérie 57, 59, 100, 104, 113, 125, 127, Australie 6, 29, 32, 45, 46, 167, 236, 262
143, 146, 161, 163, 164, 165, 172, 196, Autriche 12, 22, 38, 68, 69, 127, 137, 185
216, 217, 220, 231, 234, 248, 262 209, 241, 244, 262
Ali (Mohammed) 54 Ayub Khan 110
Allemagne 8, 10, 11, 12, 14, 17, 20, 21, 22, Azerbaïdjan 8, 14, 183, 205, 253, 262
23, 25, 26, 27, 28, 34, 36, 37, 38, 49, 68,
69, 71, 72, 79, 82, 84, 85, 89, 90, 96, 97, B
103, 126, 127, 133, 134, 136, 140, 142, Bachelet (Michelle) 250
162, 169, 174, 175, 178, 180, 181, 187, Bahamas 46, 154, 262
204, 208, 211, 212, 213, 230, 236, 239, Bahreïn 125, 159, 262
241, 243, 244, 247, 257, 262 Baker (James) 197,198,249
Allende (Salvador) 112,113,154 Bakr (général) 120
Al-Sabah 193 Balfour (ArthurJ.) 41, 116
Amérique latine 250 Bangladesh 4, 46, 98, 110, 262
Amin (Hafizullah) 159 Ban Ki-moon 258
Andorre 262 Banque internationale pour la
Andropov (louri) 130 Reconstruction et le Développement
Angola 63, 100, 130, 154, 161, 162, 163, (BIRD) 18
166, 195, 200, 220, 249, 262 Banzer (Hugo) 223
Annan(Kofi) 8, 208, 223,249,258 Bao Dai (empereur) 47, 49, 105
Index ▼ 273

Barak(Ehoud) 221,222 Bulgarie 11, 12, 16, 20, 21, 37, 38, 96, 97,
Barbades 46, 262 142, 211, 239, 243, 245, 262
Barnier (Michel) 36 Burkina Faso 100, 262
Baron Crespo (Enrique) 138 Burundi 100,249,262
Barre (Raymond) 126 Bush (George) 175, 176, 177, 206, 216,
Barré (Syaad) 162,219 237
Barroso (José Manuel Durao) 243 Bush (George W.) 204, 222, 232, 234,
Baruch (Bernard) 8, 64 235, 236, 237, 238, 245, 246, 250
Batista (Fulgencio) 73 Byrnes (James) 13
Begin (Menahem) 116,146,147
Bélarus 262 C
Belgique 17, 35, 40, 62, 89, 187, 212, 228, Cambodge 47, 49, 90, 107, 108, 150, 151,
239,244, 262 171, 191, 200, 218, 225, 228, 262
Belize 46, 154, 262 Cameroun 61, 100, 262
Ben Laden (Oussama) 232, 235 Canada 6, 31,45, 46, 64, 85, 90, 127, 128,
Ben Youssef (Mohammed) 58,59 140, 151, 185, 188, 227, 239, 262
Bendjedid (Chadli) 172 Cap-Vert 62, 100, 161, 262
Benelux 30, 31, 34, 241 Caraïbes 127, 137, 155, 156
Bénès (Édouard) 21 Carter (Jimmy) 116, 129, 130, 132, 146,
Bénin 100, 163, 172, 262 £51, 155, 160, 163, 171, 199, 237
Benoît XVI 232,243 Castro (Fidel) 73, 74, 112, 113, 120, 143,
Berlinguer (Enrico) 141 154, 162, 198, 225, 251
Bermudes 154 Ceaucescu (Nicolae) 142
Betancourt (Ingrid) 251 CENTO (Central Treaty Organisation) 56
Bettencourt (André) 35 Cen trafique 219
Bevin (Ernest) 21, 22, 40 Cernik (Oldrich) 97
Bey (Lamine) 57 Chamorro (Violeta) 199
Bhutan 262 Charette (Hervé de) 36
Bhutto (Ali) 110 Chavez (Hugo) 223,250
Bhutto (Benazir) 252 Che Guevara (Ernesto) 73, 113, 162
Biafra 100,114 Chepilov (Dimitri) 56
Bidault (Georges) 21,22,30,35 .Chevarnadze (Édouard) 174
Biélorussie 6, 183, 205, 237 Cheysson (Claude) 35
Birmanie 45, 46, 53, 237, 252, 263 Chili 103, 112, 113, 154, 155, 171, 198,
Blair (Tony) 243 227, 229, 262
Blum (Léon) 35 Chine 4, 6, 7, 13, 15, 16, 28, 29, 32, 37,
Bohlen (Charles) 13 45, 51, 53, 54, 65, 70, 76, 79, 89, 94, 95,
Bolivie 101, 113, 156, 223, 227, 250, 262 102, 104, 109, 110, 111, 112, 114, 121,
Bosnie 184, 190, 206, 209, 213, 244, 259, 122, 133, 150, 151, 152, 153, 162, 167,
262 190, 191, 192, 200, 203, 217, 225, 226,
Botha (Peter W.) 165,166 230,235,248,252, 254, 262
Botswana 46, 100, 262 Chirac (Jacques) 36, 213, 221, 238, 241,
Boudiaf(président) 220 255
Boulganine (maréchal) 37, 38, 39, 104 Chou en-Lai 51
Boumedienne (Houari) 125,164 Churchill (Winston) 6,8, 11, 13,37
Bourguiba (Habib) 57 Chypre 17, 36,46, 64, 140, 143, 145, 211,
Bouteflika (Abd-el-Aziz) 220 223,241, 244, 262
Boutros-Ghali (Boutros) 8, 208 Clinton (Bill) 117, 203, 204, 206, 218,
Brandt (Willy) 24,82,84,86 221, 222, 237
Brejnev (Leonid) 77, 80, 81, 85, 94, 98, Collor (Ferdinando) 172
111, 121, 130, 132, 141, 160, 178, 204 Colombie 101, 113, 155, 156, 172,223,
Brésil 127, 155, 156, 171, 172, 201, 223, 251,262
227, 250, 256, 262 COMECON 37,179
Briand (Aristide) 135 Commonwealth 45, 46, 51,61, 93, 161,
Brunei 46, 262 163, 212
274 4k Les relations internationales depuis 1945

Communauté économique européenne E


(CEE) 67, 69, 87, 91, 94, 127, 134, 140, Eden (Anthony) 36, 38, 55
185, 187, 188, 212, 213, 227 Égypte 14, 17, 41, 42, 43, 53, 55, 56, 100,
Communauté européenne de Défense 102, 114, 115, 116, 120, 146, 162, 217,
(CED) 34, 38, 67, 68, 136 221, 222, 253, 262
Communauté européenne du Charbon et Ehrenbourg (llya) 37
de l’Acier (CECA) 34, 67, 85, 92, 136 Eisenhower (général) 10, 32, 34, 38, 56,
Comores 100,163,262 69, 70, 88, 89, 237
Confédération helvétique 262
Eltsine (Boris) 177, 203, 204, 205, 206,
Conférence sur la sécurité et la coopération
218
en Europe (CSCE) 188,190,209
Émirats arabes unis 146, 159, 262
Congo 53, 62, 63, 99, 100, 113, 161, 162,
163, 219, 220, 226, 249, 262
Équateur 223, 262
Erhard (Ludwig, chancelier) 82, 86, 90
Conseil dassistance économique mutuelle
(COMECON) 37,96 Érythrée 11,40, 100, 162, 262
Conseil de lEurope 27, 33, 68 Espagne 127, 134, 137, 138, 140, 165,
Corée 15, 16,28,29,31,32,33,37,47, 187, 207, 208, 210, 228., 236, 239, 241,
49, 53, 98, 152, 167, 251 243, 244, 257, 262
Corée du Nord 30, 237, 238, 251, 252, 262 Estonie 181,211, 239, 241,244, 262
Corée du Sud 30, 32, 102, 107, 112, 150, Éthiopie 40, 53, 100, 102, 113, 130, 146,
152, 153, 172, 218, 225, 262 154, 158, 162, 163, 172, 219, 228, 250,
Costa Rica 262 262
Côte-d’Ivoire 62, 100, 163, 172, 216, 219, Euratom 67,92,136
249, 262
Couve de Murville (Maurice) 35 F
Croatie 184,213,241,262 Falkland 40, 156
Cuba 3, 52, 53, 65, 69, 71,72, 73, 74, 76, Farouk(roi) 43
78, 95, 98, 101, 102, 112, 130, 154, 161,
Fassi (Allai el-) 59
162, 195, 198, 208, 237, 251, 262
Faure (Edgar) 35, 38
Curzon (lord) 11
Fidji 167, 263
Finlande 11, 12, 16, 21, 137, 209, 241,
D
244, 263
Dahomey 62, 100 Fonds monétaire international (FMI) 18,
Dalaï Lama 95 198, 205, 216, 250, 254
Danemark 31, 68, 91, 94, 134, 210, 236, Ford (Gerald, président) 81, 85, 109, 149,
239,244, 257, 262
237
Daniel (Youli) 94
Formose 15, 28, 29, 51, 65, 69, 95, 98,
Dankert (Piet) 138
111,112
Debi (Idriss) 196
Forum de coopération économique Asie-
Debré (Michel) 35
Pacifique 235
Defferre (Gaston) 61
Fouchet (Christian) 92,136
De Gaulle (Charles, général) 12, 13, 35,
39, 47, 60, 61, 64, 69, 82, 86, 88, 89, 90, France 5, 7, 8, 12, 14, 17, 19, 20, 21, 22,
91, 92, 93, 108, 114, 115 24, 26, 27, 28, 29, 30, 31,32, 34, 39, 40,
Delors (Jacques) 209 41,42, 45, 47, 48, 49, 55, 56, 57, 58, 59,
Diana (lady, princesse de Galles) 227 61, 64, 68, 69, 70, 79, 88, 89, 90, 91, 92,
Djibouti 100, 113, 262 93, 100, 102, 103, 110, 113, 114, 117,
Dominique 46, 262 121, 126, 127, 133, 137, 139, 140, 158,
Dônitz (amiral) 10 163, 164, 165, 167, 173, 175, 178, 180,
Douste-Blazy (Philippe) 36 181, 191, 192, 203, 207, 211, 212, 213,
Duang Van Minh (général) 109 220, 230, 234, 235, 239, 241, 243, 244,
Dubcek (Alexandre) 97, 98 247, 249, 263
Dulles (John Foster) 32, 35, 38, 55, 70 Franco (général) 134, 165
Dumas (Roland) 35 François-Poncet (André) 26
Duvalier (Jean-Claude) 112,156, 172, 200 François-Poncet (Jean) 35
Index ▼ 275

G Honecker (Erich) 24,86


Gabon 62, 100, 163, 172, 263 Hongrie 11, 12, 20, 37, 38, 52, 66, 69, 86,
Gagarine (Youri A.) 70, 77 96, 97, 142, 171, 175, 178, 179, 184, 185,
Galtieri (général) 156 188, 207, 211, 239, 241, 244, 263
Gambie 46, 101, 263 Houphouët-Boigny (Félix) 249
Gandhi (Indira) 152 Hun Sen 191
Gandhi (Mahatma) 51 Husak (Gustav) 98
Gandhi (Rajiv) 172 Hussein (roi) 56, 118
GATT (General Agreement on Tariffs and Trade) Hussein (Saddam) 120,194,223,235,
20, 92, 128, 139, 185, 226, 227 239,246
Gemayel (Amine) 197
Gemayel (Bechir) 149 I
Géorgie 183, 205, 239, 253, 263 Idris el-Medhi (roi) 120
Ghana 46, 60, 61, 100, 101, 102, 263 Iles Salomon 46
Gierek (Édouard) 96,142 Inde 4, 44, 45, 46, 51, 53, 54, 64, 95, 102,
Giscard dEstaing (Valéry) 35, 127, 135, 104, 109, 110, 111, 127, 151, 152, 158,
139,241 159, 172, 200, 204, 216, 217, 219, 227,
Gomulka (Ladislas) 37, 66, 96 230, 256, 263
Gorbatchev (Mikhaïl) 24, 87, 130, 151, Indochine 16, 28, 29, 32, 34, 37, 47, 48,
170, 173, 174, 175, 176, 179, 180, 181, •49, 53, 59, 105, 123, 149, 150
183, 191, 192, 197, 198, 204 Indonésie 45, 53, 102, 109, 125, 150, 158,
Gottwald (Klement) 21 217, 219, 225, 228, 231, 263
Grèce 16, 17, 21, 31,36, 93, 134, 137, loutchtchenko (Viktor) 245
138, 140, 143, 145, 210, 239, 241, 244, Irak 14, 17, 32, 41,42, 43, 53, 56, 102,
263 104, 120, 125, 126, 146, 158, 159, 164,
Grenade 46, 154, 155, 263 171, 192, 193, 194, 200, 204, 206, 216,
Gretchko (maréchal) 98 223, 225, 228, 231, 232, 235, 236, 237,
Gromyko (Andrei) 64, 173 238, 239, 246, 250, 252, 259, 263
Grotewohl (président) 27 Iran 14, 32, 42, 43, 53, 104, 125, 126,
Guatemala 33, 40, 155, 263 127, 129, 147, 158, 159, 160, 164, 171,
Guillaume (général) 59 192, 194, 196, 197, 207, 208, 216, 218,
Guinée 62, 63, 100, 101, 102, 219, 263 '223, 230, 232, 237, 238, 247, 252, 259,
Guinée-Bissau 101, 154, 263 263
Guinée équatoriale 101, 263 Irlande 45, 91, 94, 210, 215, 241, 244, 263
Guiringaud (Louis de) 35 Ironsi (général) 114
Guyana 46, 263 Islande 31,239,263
Israël 37, 41,42, 43, 54, 55, 90, 114, 115,
H 116, 117, 118, 121, 122, 126, 146, 149,
Habré (Hissène) 164, 196 175, 196, 197, 198, 216, 222, 223, 245,
Haïti 101, 113, 114, 156, 172, 200, 251, 253,263
263
Italie 11, 17, 19, 20, 31,34, 36, 40, 126,
Hallstein (Walter) 82, 86 127, 134, 136, 140, 141, 208, 213, 228,
Hammarskjöld (Dag) 8 236, 239, 241, 243, 244, 257, 212, 263
Hansch (Klaus) 138
Hariri (Rafie) 247 J
Hassan II (roi) 165 Jackson (Robert) 81
Haute-Volta 62 Jamaïque 46, 124, 139, 154, 263
Hawaï 167 Japon 4, 11, 12, 15, 29, 32, 44, 53, 87,
Heath (Edward) 93 112, 125, 126, 127, 133, 138, 139, 150,
Herzl (Theodor) 41,116 151, 152, 167, 169, 171, 187, 205, 217,
Hiro-Hito (empereur) 15 230, 252, 263
Hô Chi Minh 47, 48, 109 Jarring (Gunnar, ambassadeur) 115
Hoffmann (Johannes) 68 Jaruzelski (général) 142
Honduras 40, 263 Jdanov (Andreï) 20
276 A Les relations internationales depuis 1945

Jean-Paul II 142, 178, 195, 225, 226, 259 Lattre de Tassigny (général de) 47, 48
Jiang Zemin 192, 218 Le Duc Tho 108
Jobert (Michel) 35 Leclerc (général) 47, 48
Johnson (Lyndon B.) 49, 76, 79, 89, 105, Lemnitzer (général) 89
107, 113, 237 Lesotho 46, 101,219, 263
Jordanie 42,43, 56, 115, 117, 118, 146, Lettonie 13, 181, 211, 239, 241, 244, 263
147, 198, 263 Liban 14, 41, 53, 56, 63, 116, 118, 146,
Joukov (maréchal) 10 147, 196, 197, 221, 247, 263
Juin (maréchal) 59 Liberia 53, 101, 249, 263
Juppé (Alain) 36 Libye 11,40, 53, 57, 101, 104, 117, 120,
123, 125, 126, 130, 145, 146, 159, 162,
K 163, 164, 196, 208, 216, 231, 247, 252,
259,263
Kabila (Laurent-Désiré) 220
Lie (Trygve) 7, 63
Kadar (Janos) 66,142
Liechtenstein 263
Kadhafi (colonel) 120, 123, 145, 146,
Ligue arabe 13,57,101
164, 247
Lituanie 181,239,241,244,263
Kanya (Stanislas) 142
Litvinov (Maxim) 64
Karmal (Babrak) 160, 191
Lon Nol (général) 108
Karzai (Hamid) 252
Lumumba (Patrice) 62
Kasavubu (Joseph) 62
Luxembourg 92, 185, 187, 210, 212, 239,
Kazakhstan 183,235,263 244, 263
Keitel (maréchal) 10
Kennan (George) 13
M
Kennedy (John F.) 24, 48, 69, 70, 71, 72,
74, 76, 88, 89, 92, 105, 112, 185, 208, MacArthur (général) 15, 29, 30
237 MacCarthy (Joseph R.) 31
Kenya 46, 60, 101, 206, 250, 263 MacCloy (John) 26,71
Kenyatta (Jomo) 60 Macédoine 263
Kesselring (maréchal) 10 MacMillan (Harold) 38, 68, 88, 136
Khomeiny (imam) 146,158,192 MacNamara (Robert) 70
Khrouchtchev (Nikita) 24, 37, 38, 39, 53, Madagascar 59, 61, 62, 101, 136, 166, 172,
249, 263
65, 66, 69, 70, 71, 72, 74, 77, 94, 95, 104
Makarios (monseigneur) 145
Kiesinger (Kurt Georg) 82, 86, 90
Kim-Il-Sung 30 Malaisie 46, 105, 150
Kirghizistan 183,205,235,263 Malawi 46, 61, 101, 263
Kiribati 46, 263
Malaysia 263
Kissinger (Henry) 78, 80, 108, 111, 121,
Maldives 46, 263
Malenkov (Gheorghi M.) 37
139, 146
Klepsch (Egon) 138
Mali 62, 100, 263
Klerk (Frederik de) 172
Malouines 156
Kohl (Helmut) 24, 86, 180, 212
Malte 46, 93, 140, 175, 211, 241, 244,
257,263
Kominform 20, 36
Mandela (Nelson) 172,249
Komintern 20
Mansholt (Sicco) 136
Kossyguine (Alexis) 79, 94
MaoTsê-Tung 15, 16, 28, 95, 150, 151
Kouchner (Bernard) 36
Marcos (Ferdinand) 105,172
Koweit 46, 104, 125, 146, 159, 193, 194,
Markos (général) 16
200,263
Maroc 57, 58, 59, 62, 100, 113, 163, 165,
Kravtchouk (président) 203
171, 196, 220, 236, 249, 263
Kurdistan 14, 200, 223
Marshall (général) 13, 15, 16, 18, 19, 20,
Ky (général) 48
21, 22, 30, 33, 40, 135
Marshall (îles) 263
L
Martino (Gaetano) 67
Laos 47, 49, 53, 107, 108, 149, 150, 151, Masaryk (Jan) 21
263 Massoud (commandant) 218
Index ▼ 277

Maurice (île) 46, 100, 263 91, 96, 107, 108, 111, 112, 124, 129, 131,
Mauritanie 62, 100, 113, 163, 165, 263 151, 237
Mbeki (Thabo) 249 Noriega (général) 199
Meir (Golda) 121 Norvège 31, 68, 94, 125, 169, 209, 239,
Mendès France (Pierre) 35, 57 263
Mengistu (Hailé Mariam, lieutenant- Nouvelle-Calédonie 167
colonel) 162,172 Nouvelle-Guinée 47
MERCOSUR 198,227 Nouvelles Hébrides 167
Merkel (Angela) 238 Nouvelle-Zélande 29, 32, 45, 46, 93, 167, 263
Mexique 125, 127, 155, 216, 227, 250, 263 Novotny (Antonin) 97
Micronésie 263 Nyassaland 61
Mikoyan (Anastas I.) 39 Nyerere (Julius) 60
Milosevic (Slobodan) 215,229,258
Mitterrand (François) 35, 147, 156 O
Mobutu (Joseph, général) 62, 163, 220 Olmert (Ehoud) 246
Modrow (H.) 24 Oman 263
Moldavie 183,184,205,263 Organisation commune africaine et
Mollet (Guy) 55, 59, 61 malgache (OCAM) 100
Molotov (Viatchestav) 22, 38, 183 Organisation de Coopération et de
Monaco 263 Développement économique (OCDE) 127,
Moncef (Bey) 57 136, 209, 254
Mongole 111,263 Organisation de libération de la Palestine
Monnet (Jean) 33 (OLP) 117, 147, 197
Monroe (James) 73 Organisation de l’Unité africaine (OUA)
Monténégro 244, 263 100, 165, 227, 228
Morales (Evo) 250 Organisation des Etats américains (OEA)
Moro (Aldo) 134 • 33, 40, 74, 101, 156, 198
Mossadegh (Mehammad) 42 Organisation des Nations unies (ONU) 6,
Moubarak (Hosni) 197 7, 8, 11, 28, 29, 38, 40, 41,42, 53, 55, 57,
Moucharraf(Pervez) 252 59, 62, 63, 64, 72, 79, 84, 86, 98, 99, 103,
Mountbatten (lord) 45 110, 111, 115, 116, 121, 145, 147, 160,
Mozambique 63, 100, 161, 162, 163, 166, -191, 192, 194, 195, 200, 203, 208, 212,
196, 263 213, 216, 218, 219, 221, 223, 225, 226,
228, 231, 232, 234, 235, 244, 245, 249,
258, 259
N
Organisation des pays exportateurs de
N’Krumah (Kwane) 60 pétrole (OPEP) 104, 125, 127, 134, 169,
Nagy (Imre) 66 194, 201
Najibullah (général) 191 Organisation du traité de l’Asie du Sud-Est
Namibie 100, 162, 166, 171, 195, 200, 263 (OTASE) 32, 51, 54, 89, 104, 150
Nasser (colonel) 43, 51, 54, 55, 56, 99, Organisation du traité de lAtlantique Nord
101, 114, 115, 116, 120, 121 (OTAN en français, NATO en anglais) 31,
Nauru 46, 263 32, 34, 36, 37, 38, 55, 56, 76, 86, 87, 88,
Neguib (général) 43, 54 89, 132, 139, 140, 143, 145, 175, 178,
Nehru (Jawaharial) 44, 51,54, 55, 99, 152 179, 180, 190, 204, 205, 206, 207, 208,
Nemeiry (général) 119,120 210, 212, 213, 215, 225, 229, 232, 234,
Népal 263 236, 238, 239, 240, 241, 252, 253
Nethanyahou (Beniamin) 221 Organisation européenne de Coopération
Ngô Dinh Diêm 48,49,105 économique (OECE) 19,33,37,68,136
Nicaragua 133, 155, 172, 173, 198, 199, Organisation internationale du Commerce
263 (OIC) 256
Niger 62, 100, 219, 263 Organisation mondiale du Commerce
Nigeria 46, 60, 100, 101, 104, 114, 125, (OMC) 208, 226, 237, 254, 256, 258, 259
165, 217, 219, 259, 263 Organisation pour la sécurité et la
Nixon (Richard) 76, 78, 80, 81, 82, 85, coopération en Europe (OSCE) 209, 215
278 A Les relations internationales depuis 1945

Ortega (Daniel) 199,250 R


Oueddeï (Goukouni) 164 Rabin (Yitzhak) 222
Ouganda 46, 61, 100, 220, 249, 263 Radford (amiral) 32
Ould Daddah (Moktar) 165 Raimond (Jean-Bernard) 35
Ouzbékistan 183,237,263 Rajk(Laszio) 37
Owen (David) 213 Rakosi (Matyas) 66
Ramadier (Paul) 19
P Rapacki (Adam) 71
Pacha (Glubb) 41 Reagan (Ronald) 24, 130, 132, 133, 145,
Pacha (Nahas) 43 155, 156, 160, 163, 173, 174, 175, 191,
Pacte de Bagdad 32, 43, 51, 54, 56 198, 237
Pacte de Bruxelles 30 République arabe Saharaouie 100
Pacte de Varsovie 37, 38, 66, 76, 86, 96, République arabe unie 56,100
97, 98, 132, 142, 175, 176, 178, 179 République centrafricaine 62, 100, 262
Pakistan 4, 32, 43, 45, 46, 53, 54, 102, République dominicaine 113, 262
104, 109, 110, 152, 158, 160, 191, 216, République tchèque 185, 188, 207, 211, 239,
218, 219, 233, 236, 252, 263 241, 244, 264
Palaos 264 Reza (Mohammed) 158
Rhee (Syngman) 30
Palestine 17, 41,42, 116, 117, 222
Panama 33, 155, 199, 264 Rhodésie 46, 61, 98, 162, 163, 166
Ribbentrop (Joachim) 183
Papagos (général) 21
Rice (Condoleezza) 237
Papouasie-Nouvelle-Guinée 46, 167, 264
Ridgway (général) 30
Paraguay 41, 172, 223, 227, 250, 264
Robertson (général) 26
Pays-Bas 19, 35, 39, 126, 137, 208, 211,
Rogers (William) 115,116
212, 239, 244, 264
Rokossovski (maréchal) 20, 66
Pérès (Shimon) 222
Roosevelt (Franklin D.) 6, 8, 10, 58, 237
Peron (colonel) 40
Roumanie 11, 12, 20, 37, 38, 96, 97, 98,
Pérou 113, 156, 172, 223, 264
142, 171, 183, 184, 207, 211, 239, 243,
Pflimlin (Pierre) 138
245, 264
Philippines 29, 32, 39, 45, 53, 104, 150,
Royaume-Uni 7, 8, 11, 14, 16, 17, 19, 21,
167, 172, 216, 218, 264
22, 24, 26, 28, 30, 31,32, 34, 36, 39, 40,
Pinay (Antoine) 35,38
41,42, 43, 45, 46, 55, 56, 59, 61, 68, 79,
Pineau (Christian) 35
88, 89, 91, 93, 94, 103, 125, 126, 127,
Pinochet (Augusto, général) 113,154,
128, 133, 134, 136, 139, 140, 143, 156,
172, 229
158, 166, 169, 171, 175, 181, 188, 203,
Pisar (Samuel) 81
204, 208, 210, 212, 213, 215, 228, 229,
Pleven (René) 34, 35
236, 239, 243, 244, 247, 257, 264
Plumb (Henry) 138 Russie 5, 6, 13, 95, 159, 177, 178, 179,
Podgorny (Nicolai) 120,162 183, 203, 204, 206, 213, 223, 225, 227,
Poi Pot 150, 218 230, 234, 235, 236, 237, 238, 239, 245,
Pologne 8, 11, 13, 20, 37, 38, 52, 66, 81, 253,255,263
82, 84, 96, 97, 141, 142, 171, 178, 179, Rwanda 62, 100, 220, 226, 249, 264
180, 188, 207, 211, 217, 236, 239, 241,
243, 244, 264 S
Pompidou (Georges) 35,91,93,112
Sadate (Anouar el-) 116, 120, 121, 146,
Portugal 31, 45, 51, 63, 68, 134, 137, 138,
147
210, 212, 239, 241, 244, 264
Sahara occidental 165, 196, 200, 220, 249
Poutine (Vladimir) 204, 205, 234, 235,
Saint-Christophe et Nevis 46, 264
237,238
Sainte-Lucie 46, 264
Primakov (Evgueni) 207
Sainteny (Jean) 48
Saint-Martin 264
Q Saint-Vincent et Grenadines 46, 264
Qatar 104, 125, 159, 256, 264 Sakharov (Andrei) 170
Index ▼ 279

Salazar (Antonio de Oliveira) 134 Stroessner (général) 41,172


Salomon (îles) 264 Suède 68, 127, 137, 209, 210, 244, 264
Salvador 155, 172, 198, 200, 262 Suharto (président) 219
Samoa occidentale 46, 264 Suisse 68,98,257
Sandino (Augusto, général) 155 Surinam 154,264
Santer (Jacques) 209,211 Svoboda (Ludvik) 97
Santos (Eduardo dos) 195 Swaziland 46, 101, 264
Sao Tomé et Principe 63, 100, 161, 264 Syrie 13, 41,42, 53, 56, 100, 102, 115,
Sarkozy (Nicolas) 36, 234, 244, 247 118, 120, 143, 146, 149, 159, 196, 197,
Sauvagnargues (Jean) 35 221,238, 264
Sauvy (Alfred) 53
Savimbi (Jonas) 195,249
T
Schmidt (Helmut) 86,132,139
Schröder (Gerhard) 212, 238, 241 Tadjikistan 183,235,237,264
Schulz (George) 173,174 Tafewa Balewa (Abubakar) 114
Schumann (Maurice) 35 Taiwan 32, 70, 151, 153, 218
Schuman (Robert) 33, 34, 35, 136 Tanaka (Kakuei) 112
Sélassié (Haïlé) 100,162 Tanganyika 60
Sénégal 62, 100, 163, 264 Tanzanie 46, 60, 101, 111, 162, 206, 264
Serbie 244 Taraki (Nur Muhammad) 159
Seychelles 46, 100, 200, 264 Tchad 62, 101, 163, 164, 196, 249, 264
Sforza (comte) 40 Tchang Kaï-Chek 15, 16, 28
Shamir (Itzhak) 197 Tchécoslovaquie 9, 12, 20, 21, 37, 38, 54,
Sharon (Ariel) 121, 221, 222, 245, 246 78, 96, 97, 98, 111, 141, 142, 175, 178,
Sierra Leone 46, 60, 100, 162, 219, 226, 179, 185, 228
264 Tchernenko (Constantin) 130
Sihanouk (Norodom, prince) 108, 191 Tchervonenko (ambassadeur) 97
Sik(Ota) 97 Tchétchénie 205, 235, 253
Silva (Lula da) 250, 255 Tenet (George) 222
Singapour 46, 150, 153, 225, 264 Teng Hsiao-Ping 151,167
Siniavski (Andreï) 94 Thaïlande 32, 43, 53, 102, 104, 150, 201,
Slansky (Rudolf) 37 '217, 225, 264
Slovaquie 12, 97, 185, 188, 211, 239, 241, Thatcher (Margaret) 135,156,163
244, 264 Théodose (empereur) 184
Slovénie 184, 204, 207, 211,213, 239, 241, Thieu (général) 48, 108, 149
244,264 Tibet 45, 53, 54, 95, 252
Smrkovsky (Joseph) 97
Timor oriental 264
Société des Nations (SDN) 14,41,61
Tindemans (Léo) 135
Soekarno (Achmed) 45, 109
Tito (maréchal) 21,36, 39, 51, 54, 55, 67,
Sokolovski (maréchal) 23
69, 96, 99, 143, 184
Solana (Javier) 207, 209
Togo 61, 100, 101, 172, 227, 264
Soljénitsyne (Alexandre) 94,131
Somalie 40, 46, 101, 111, 113, 162, 200, Tonga 46
Torrijos (Omar) 199
219, 225, 228, 249, 250, 264
Touré(Sekou) 62
Somoza (Anastasio) 155
Soudan 14, 40, 43, 46, 62, 100, 101, 119, Transjordanie 14,17,41
120, 162, 220, 228, 249, 264 Trinidad et Tobago 46, 264
Souphanouvong (prince) 108 Truman (Harry S.) 10, 11, 14, 17, 30, 237
Souvanna Phouma (prince) 108 Tschombé (Moïse) 62
Spaak (Paul-Henri) 67 Tunisie 57, 59, 101,264
Sri Lanka 46, 171, 264 Turkménistan 183, 264
Staline (Joseph) 3, 6, 8, 10, 11, 12, 13, 14, Turquie 14, 16, 17, 21, 31, 32, 36, 43, 53,
16, 21, 28, 36, 37, 39, 65, 69, 85 74, 93, 127, 140, 145, 211, 218, 223, 227,
Stoltenberg (Thorvald) 213 239, 243, 264
Stoph (Willi) 82, 86 Tuvalu 46, 264
280 A Les relations internationales depuis 1945

U Verwoerd (Henrick) 165


U Thant (Sithu) 8,64,99,115 Viêt-nam 32, 47, 48, 49, 53, 77, 78, 90, 98,
Ukraine 6, 178, 183, 203, 205, 230, 239, 102, 104, 105, 107, 108, 109, 119, 122,
245,264 123, 129, 130, 149, 150, 151, 160, 167,
Ulbricht (Walter) 85,96 191, 216, 264
Union africaine (UA) 227 Villepin (Dominique de) 36
Union africaine et malgache (UAM) 100 Volcker (Paul) 129
Union de l’Europe occidentale (UEO) 36, VorsterQohn) 165
38, 190, 207, 210 Vychinsky (Andrei I.) 65
Union européenne (UE) 137,187,207,
208, 209, 210, 211, 223, 239, 241, 244, W
249, 256, 257 Waldheim (Kurt) 8
Union occidentale (UO) 30, 36 Walesa (Lech) 142,171,179
Uribe (Alvaro) 251 Werner (Pierre) 92
URSS 6, 7, 8, 11, 12, 15, 16, 20, 21, 22, Wilson (Harold) 93, 139
24, 27, 28, 29, 32, 37, 38, 39, 54, 56, 62,
63, 64, 65, 70, 71, 74, 77, 78, 79, 80, 81, Y
82, 84, 86, 90, 94, 95, 96, 97, 98, 102,
Yahia Khan (général) 110
104, 107, 109, 110, 111, 115, 119, 120,
Yémen 102,146,158,171,232,264
121, 129, 130, 131, 132, 133, 140, 141,
Yougoslavie 16, 20, 21, 36, 37, 38, 96, 184,
147, 150, 151, 152, 158, 161, 162, 170,
190, 200, 206, 212, 213, 225, 227, 228,
173, 174, 175, 176, 181, 182, 190, 191,
258,264
197, 205, 206, 225, 245
Uruguay 139, 156, 171, 185, 227, 250,
Z
256,264
Zaire 100, 101, 127, 163, 172, 264
V
Zambie 46, 61, 101, 162, 172, 264
Zapatero (Jose-Luis Rodriguez) 238
Van Naters (Marinus) 68
Zemin (Jiang) 235 . .
Vance (Cyrus) 213
Zeroual (Liamine) 220
Vandenberg (Arthur) 30
Zimbabwe 46, 101, 163, 166, 220, 237,
Vanuatu 46, 167, 264 250,264
Védrine (Hubert) 36
Zita (impératrice) 184
Veil (Simone) 138
Zorine (Valerian) 71
Venezuela 101, 104, 125, 127, 155, 156,
172, 216, 223, 250, 264
Table des cartes
et des encadrés

Cartes
L’Europe en 1947 ..................................... 9
La Pologne de 1939 à 1945 .................................................. 10
Répartition de l’aide entre les principaux pays européens
(en millions de dollars et en pourcentage).......................... 19
L’Allemagne de 1938 à 1945 ................................................ 23
Berlin divisé en quatre secteurs d’occupation (1945) .......... 25
L’émancipation de l’Asie...................................................... 44
L’Indochine en temps de guerre........................................... 50
La décolonisation de l’Afrique............................................. 58
La crise de Cuba.................................................................. 73
Organisations internationales en Europe en 1968............... 83
Le Viêt-nam en temps de guerre.................................. 106
Israël de 1967 à 2002 ............................................................. 118
Jérusalem .............................................................................. 119
Chypre.................................................................................. 144
Le Liban ................................................................................ 148
L’Asie-Pacifique .................................................................... 153
L’océan Indien....................................................................... 157
Les arsenaux stratégiques des deux Grands avant le traité
START du 31/7/1991 .............................. ............................ 176
La dislocation de l’Empire soviétique ................................. 182
L’Europe en 1995 ................................................................. 186
Carte politique du Proche-Orient (1985)............................ 193
Carte politique de l’Amérique centrale................................ 199
La situation pétrolière mondiale en 2000............................. 202
La répartition des fonds communautaires.......................... 211
Les États issus de l’ex-Yougoslavie ....................................... 214
L’Irak en 1998 ...................................................................... 224
Les opérations de maintien de la paix en cours................... 229
282 A Les relations internationales depuis 1945

Cours du pétrole depuis 1950.............................................. 231


L’Afghanistan....................................................................... 233
L’élargissement de l’OTAN.................................................. 240
L’Europe à Vingt-Sept (2008) ............................................... 242
Les conflits post-coloniaux en Afrique................................ 248
Les marchés régionaux sur le continent américain.............. 251
Le Caucase........................................................................... 253
Revenu annuel moyen par habitant (en dollars) .................. 257
Les voyages de Jean-Paul II............................................. 260-261
Encadrés
L’organisation interne de l’ONU............... 7
Berlin depuis 1945 ............................................................... 24
Les responsables de la politique étrangère française........... 35
Le Commonwealth............................................................... 45
Les guerres d’Indochine....................................................... 48
La question allemande de 1945 à 1990 ................................ 85
Les pays membres de l’Organisation de l’Unité africaine
(mars 1993).......................................................................... 100
Les conflits israélo-arabes ................................................... 116
Les sommets des pays industrialisés (G7 et G8).................. 128
La construction européenne................................................ 135
Chypre, de l’indépendance à l’Europe.................................. 145
Une Europe à géographie variable (avril 1999) .................... 189
Les secrétaires généraux de l’OTAN................................... 208
Les Présidents de la Commission européenne.................... 212
Le processus de paix Israël-Palestine................................... 222
Les présidents américains depuis 1945 ............................... 237
L’élargissement de l’Alliance atlantique ............................... 239
L’Europe de Six à Vingt-Sept................................................ 244
La libéralisation des échanges : l’exemple du textile ............ 254
Protocole de Kyoto............................................................... 255
Les négociations commerciales........................................... 256
Les États membres des Nations unies (192 États membres au
1er février 2008).................................................................... 262
Table des matières

Avant-propos ............................................................................... 3

Chapitre 1 Naissance et confrontation d’un monde bipolaire


(1945-1955) ................................... 5
La paix manquée (1945-1947).............................................. 6
Une nouvelle organisation mondiale..................................... 6
Le retour de la paix au Proche-Orient et en Extrême-Orient.... 13
La guerre froide (1947-1955)............................................... 16
La naissance des deux blocs..................................................... 16
L’Europe divisée en deux blocs antagonistes........................... 20
Le problème allemand au cœur de la guerre froide................. 22
L’expansion communiste en Extrême-Orient............................. 28
Les deux camps face à face.................................................... 30
La première phase de décolonisation (1945-1955).............. 39
Lesfacteurs propres à la décolonisation................................. 39 ■
La décolonisation au Proche et au Moyen-Orient................... 41
La décolonisation en Asie...................................................... 43

Chapitre 2 La coexistence pacifique (1955-1962).................. 52


La deuxième phase de décolonisation................................. 53
Bandoeng et Suez................................................................. 53
La décolonisation en Afrique du Nord.................................... 57
La décolonisation en Afrique noire........................................ 60
L’évolution des Nations unies................................................ 63
L’évolution des blocs............................................................ 65
La déstalinisation et les crises polonaise et hongroise.............. 65
La relance de la construction européenne............................... 67
La coexistence pacifique et ses limites.................................... 69

Chapitre 3 La détente (1962-1973)........................................ 76


Le duopole américano-soviétique....................................... 76
Les accords de limitation des armements............................... 78
La détente en Europe et 1’« Ostpolitik »................................ 82
La crise des blocs.................................................................. 87
La crise dans le bloc occidental.............................................. 87
284 A Les relations internationales depuis 1945

La crise dans le monde communiste....................................... 94


Le Tiers Monde à l’ère de la détente (1962-1973)................. 98
Les regroupements des États du Tiers Monde.......................... 99
Le développement économique et l’aide au Tiers Monde.......... 101
La modification des rapports internationaux
dans le Tiers Monde............................................................. 104
La guerre du Viêt-nam.......................................................... 105
Le rapport des forces en Asie.................................................. 109
EAmérique latine, nouvel enjeu entre l’Est et l’Ouest............... 112
Les suites de la décolonisation en Afrique.............................. 113
Le Proche-Orient d’une guerre à l’autre.............................. 114
La guerre des Six jours.......................................................... 114
Le problème palestinien......................................................... 117
Les bouleversements internes................................................. 119
La guerre du Kippour............................................................ 121

Chapitre 4 Un monde déstabilisé (1973-1985)...................... 123


La crise économique et ses effets.......................................... 124
Les différents aspects de la crise............................................. 124
Les tentatives de réponse à la crise......................................... 127
La crise des rapports soviéto-américains............................. 129
La remise en cause du duopole............................................... 129
La course aux armements........................................................... 131
Incertitudes européennes..................................................... 134
Une construction de l’Europe plus lente.................................. 134
Les malentendus transatlantiques......................................... 138
La crise du leadership soviétique........................................... 141
Les tensions en Asie du Sud-Est, en Amérique latine
et au Proche-Orient.............................................................. 143
Les troubles en Méditerranée et au Proche-Orient.................. 143
Les luttes d’influence en Asie du Sud-Est................................ 149
La déstabilisation de l’Amérique latine.................................. 154
Nouveaux terrains d’affrontement et nouveaux enjeux....... 156
Le golfe Persique et l’océan Indien.......................................... 157
EAfrique............................................................................... 160
Le Pacifique......................................................................... 167

Chapitre5 La fin du monde bipolaire (1985-1992)............... 169


La fin de la guerre froide....................................................... 170
Ordre ou désordre mondial ?............................................... 170
Une conversion difficile à ladémocratie.................................. 171
Le dialogue américano-soviétique............................ :............. 173
La naissance d’une nouvelle Europe..................................... 177
Table des matières ▼ 285

Le reflux soviétique en Europe et la libération


des pays d’Europe de l’Est...................................................... 177
L’unification allemande......................................................... 179
La dislocation de l’Empire soviétique..................................... 181
Le réveil des nationalismes et la remise en cause des frontières.. 184
Vers ¡’Union européenne........................................................ 185
Une Europe à géographie variable......................................... 188
Le monde de l’après-guerre froide....................................... 190
Une Asie tout en contrastes................................................... 190
EAfrique à l’abandon............................................................ 195
Un Proche-Orient instable.................................................... 196
La situation en Amérique centrale et en Amérique du Sud...... 198

Chapitre 6 À la recherche d’un nouvel ordre mondial


(1992-2001) ................................... 201
La fin du système Est-Ouest................................................ 203
L’Europe de l’union monétaire et la poudrière des Balkans .. 209
Persistance de l’opposition Nord-Sud :
des mondes violents............................................................ 215
Un monde unifié et fragmenté à la fois................................ 225

Chapitre 7 Le désordre impérial (depuis 2001...)................... 230


La guerre contre le terrorisme............................................. 231
Les Américains face à la menace terroriste............................. 234
235
L’Irak, nouvel objectif............................................................
L’Empire et le monde.................................... 236
Les relations entre Washington et Moscou.............................. 237
Les relations entre les États-Unis et l’Europe.......................... 238
Les hauts et les bas de l’Europe.............................................. 241
Impasse au Proche et au Moyen-Orient.................................. 245
Les conflits post-coloniaux en Afrique................................... 247
Virage à gauche en Amérique latine ..................................... 250
EAsie, nouveau foyer de crises............................................... 251
La mondialisation en débat...................... 254
Pauvreté et développement.................................................... 256
En panne de gouvernance mondiale...................................... 258

Bibliographie ............................................................................... 265


Index ............................................................................... 272
Table des cartes et des encadrés................................................... 281
11006439 - (I) - (4) - OSB 100° - NOC - MNL
Imprimé en France par EMD S.A.S. - 53110 Lassay-les-Châteaux
N° d'impression : 20062 - Dépôt légal : octobre 2008

Composé par Nord Compo Multimédia


7, rue de Fives, 59650 Villeneuve-d’Ascq
LES RELATIONS INTERNATIONALES
DEPUIS 1945
Histoire Débouchant directement sur l’actualité la plus
immédiate, cet ouvrage présente une synthèse globale
Géographie des relations politiques internationales depuis 1945.

Sociologie La fin de la Deuxième Guerre mondiale marque une


césure majeure dans les rapports entre nations. Face
au déclin des États européens, on assiste à l’ascension
Psychologie
des États-Unis et de l’Union soviétique, qui visent à
constituer autour deux des blocs homogènes. Leur
Sciences
affrontement est politique et idéologique : c’est la
humaines
guerre froide. Tandis que se développe ce conflit Est-
& sociales Ouest, les peuples colonisés s’émancipent de la tutelle
de l'Europe. Il n’y a plus guère de lieu sur la planète qui
Lettres ne participe peu ou prou aux relations internationales.
Langues
Philosophie Des années 1960 aux années 1980, le monde bipolaire
fait place à un monde multipolaire, où aux lieux
Economie traditionnels de conflits s’ajoutent, de nouveaux terrains
Science politique d’affrontement et de nouveaux enjeux

Les événements révolutionnaires des années 1989-1991


mettent un terme à la guerre froide. Dominée par
l’hyperpuissance américaine, la communauté interna­
tionale est à la recherche d’un nouvel ordre mondial que
le 11 septembre 2001 rend encore plus improbable.

Maurice VAÏSSE est professeur d’histoire des relations internationales à l’institut


d’études politiques de Paris. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages, notamment
Diplomatie et outil militaire de la France : 1871-1991 (Le Seuil) ; La Guerre au
XXe siècle (en collaboration avec J.-L. Dufour, Hachette) ; La Grandeur, politique
étrangère de De Gaulle 1958-1969 (Fayard) et La Paix au XXe siècle, Belin.

Cycle L, Cycle M, Cycle D, IEP, Classes préparatoires

ARMAND COLIN
www.armand-colin.com

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