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1re Francais Madame de Lafayette La Princesse de Cleves Dissertation

Le document est une dissertation analysant si le personnage de roman doit nécessairement affronter des forces qui le dépassent. Il examine cette question à travers le roman La Princesse de Clèves de Madame de Lafayette. Le document souligne comment le personnage est soumis aux cadres sociaux, aux déterminations de classe et aux normes morales, mais peut aussi être divisé par des tensions internes.

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1re Francais Madame de Lafayette La Princesse de Cleves Dissertation

Le document est une dissertation analysant si le personnage de roman doit nécessairement affronter des forces qui le dépassent. Il examine cette question à travers le roman La Princesse de Clèves de Madame de Lafayette. Le document souligne comment le personnage est soumis aux cadres sociaux, aux déterminations de classe et aux normes morales, mais peut aussi être divisé par des tensions internes.

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Madame de Lafayette, La Princesse de Clèves : dissertation

Énoncé
Sujet : Le personnage de roman doit-il nécessairement affronter des forces qui le dépassent ?
Vous répondrez à cette question en vous appuyant sur La Princesse de Clèves de Madame de Lafayette ainsi que sur
des lectures personnelles.

Corrigé

Introduction
Si le héros de tragédie est souvent confronté à un destin contre lequel il lutte en vain, le personnage de roman
semble a priori moins entravé. La Princesse de Clèves nous offre pourtant le cas d'un personnage qui doit
sans cesse composer avec le poids de cadres auxquels il est difficile d'échapper. Peut-on alors dire que le
personnage de roman doit lui aussi affronter des forces qui le dépassent ? Cette question interroge les
relations que le personnage entretient avec le milieu dans lequel il est plongé. Nous commencerons donc par
souligner l'importance de la société avant d'interroger le rôle que peut aussi jouer la morale. Il sera cependant
nécessaire, pour finir, de souligner que le personnage peut parfois se retrouver face à lui-même.

Le rôle de la société
Un animal politique
L'être humain n'est pas solitaire, rappelle Aristote lorsqu'il le présente comme un « animal politique ». Le personnage
de roman est donc bien souvent aux prises avec un milieu social. Dans La Princesse de Clèves, nous faisons
connaissance avec la cour avant même de découvrir celle qui donne pourtant son nom au roman. « Jamais cour n'a
eu tant de belles personnes et d'hommes admirablement bien faits », annonce ainsi le narrateur durant ce défilé de
grandes figures de l'époque. Cette parade permet de mettre en valeur le duc de Nemours puis Mlle de Chartres. Cette
dernière passe en effet « pour une beauté parfaite, puisqu'elle donna de l'admiration dans un lieu où l'on était si
accoutumé à voir de belles personnes ». Celle qui devient ensuite la princesse de Clèves découvre rapidement qu'on
peut difficilement vivre éloigné du regard de la société. Même les scènes les plus intimes, comme celle de l'aveu à son
mari, sont ensuite transformées en sujet de conversation. L'héroïne de Madame de Lafayette ne peut rien contre les
intrigues et les rumeurs qui l'entourent et la menacent parfois. Le récit a sur ce point l'apparence d'un roman
d'apprentissage. Balzac suit au XIXe siècle un chemin similaire dans Le Père Goriot. Rastignac ouvre par exemple les
yeux sur une société qui le déçoit et qu'il défie en proclamant son célèbre « À nous deux maintenant ! ». Une partie de
lui s'éteint lorsqu'il se lance à la conquête de Paris.

Déterminations
Émile Zola rappelle en outre qu'il est difficile, pour un personnage, d'échapper à ses origines et son milieu social. Le
héros de roman est déterminé par ces forces qui sont parfois aussi puissantes que le destin. L'auteur des Rougon-
Macquart écrit par exemple dans Le Roman expérimental : « L'homme n'est pas seul, il vit dans une société, dans un
milieu social, et dès lors pour nous, romanciers, ce milieu social modifie sans cesse les phénomènes. » Le
personnage est donc aussi déterminé par la société, comme l'a en outre bien montré Nicolas Mathieu dans Leurs
Enfants après eux, roman qui a reçu le prix Goncourt en 2018. Mme de Clèves est elle aussi gouvernée par son origine
et son milieu social, même si ces facteurs déterminants n'ont pas la même fonction que dans les romans de Zola.
C'est d'ailleurs sa mère qui rassemble le poids de la famille et celui des conventions sociales en l'éclairant sur la cour.
Elle lui transmet également une série de conseils en l'invitant fermement à les suivre. Ainsi Mme de Chartres « prit de
grands soins de l'attacher à son mari et de lui faire comprendre ce qu'elle devait à l'inclination qu'il avait eue pour elle
avant que de la connaître ».
Le personnage est donc bien en partie gouverné par une société à laquelle il est difficile d'échapper. Mais ces
déterminations jouent aussi un rôle important lorsque les normes sociales deviennent des normes morales.

Le poids des valeurs morales


Leçons de morale
Le roman de Madame de Lafayette fait revivre « les dernières années du règne d'Henri second », comme l'annonce
l'incipit. Cette reconstitution, malgré un réel ancrage historique, est pourtant faussée. C'est en effet avec le regard du
e
XVII siècle que Madame de Lafayette observe le XVIe siècle. En portant à l'écran La Princesse de Montpensier,
Bertrand Tavernier a souligné le poids de la morale et des convenances dans cet autre récit de l'auteure. Le rapport
aux passions ou au corps est, d'après lui, un peu moins étouffant au XVIe siècle. On retrouve donc dans La Princesse
de Clèves certains codes esthétiques ou moraux de la préciosité. On sent aussi dans ce roman l'influence du
jansénisme. La mère de l'héroïne, avant d'expirer, met sévèrement sa fille en garde en lui rappelant qu'il lui faut
opposer la fermeté de « la vertu et [du] devoir » aux attraits de la passion : « vous êtes sur le bord du précipice : il faut
de grands efforts et de grandes violences pour vous retenir ». À la fin du roman, Mme de Clèves fait figure de modèle
en ayant réussi à suivre la voie de la morale « et sa vie, qui fut assez courte, laissa des exemples de vertu
inimitables ». Le chemin suivi par la princesse de Montpensier est tout autre : « une des plus belles princesses du
monde », pour n'avoir pas su résister à la tentation, meurt rapidement alors, écrit Madame de Lafayette, qu'elle
« aurait été sans doute la plus heureuse, si la vertu et la prudence eussent guidé toutes ses actions ».

Entre vertu et immoralité


Il ne faut pourtant pas considérer l'histoire du roman comme une longue suite de leçons de morale. Même le roman de
Madame de Lafayette résiste aux conclusions trop hâtives. Bien qu'il enferme l'héroïne dans un cadre en apparence
bien dessiné, il contient des scènes singulières et il laisse une part de liberté aux personnages. Ainsi, durant l'épisode
de l'aveu, Mme de Clèves transgresse une règle importante en avouant implicitement à son mari qu'elle en aime un
autre que lui. Elle a bien conscience de cette entorse aux convenances sociales et morales puisqu'elle annonce avant
toute chose : « je vais vous faire un aveu que l'on n'a jamais fait à son mari ». Cette scène a entraîné des débats
importants au XVIIe siècle et beaucoup l'ont jugée invraisemblable. Elle participe pourtant de l'originalité de ce récit et
de ce personnage. Le roman peut par conséquent déroger aux règles de son époque, allant parfois jusqu'à remettre
en question l'ordre établi. En 1857, Flaubert a même été jugé pour « outrage à la morale publique et religieuse et aux
bonnes mœurs ». Même si Madame Bovary a fini par être publiée, ce procès montre la dimension sulfureuse du
personnage imaginé par Flaubert. Au XVIIIe siècle, des personnages libertins comme ceux des Liaisons dangereuses
proposent en outre des leçons immorales aux lecteurs.
Le roman permet par conséquent de décrire le cadre moral dans lequel un personnage évolue. Reste que toutes ces
forces sont extérieures aux personnages : d'autres sont beaucoup plus personnelles, mais elles n'en sont pas moins
redoutables.

Une lutte contre soi


Des normes intériorisées
En étant privée de sa mère, la princesse de Clèves pourrait être libérée d'un regard aussi bienveillant que directif. Il
n'en est rien. Le personnage a en réalité parfaitement intériorisé les normes sociales ou morales pour les faire
siennes. C'est alors contre sa conscience que l'héroïne de Madame de Lafayette doit lutter. Le duc de Nemours
s'étonne de cette rigueur que plus personne n'impose à celle qu'il aime et qui l'aime également. La mort de
M. de Clèves pourrait en effet permettre aux personnages de vivre plus librement : « il n'y a plus de devoir qui vous lie,
vous êtes en liberté », lui rappelle-t-il. Mme de Clèves évoque certes « la destinée » qui a empêché que tous deux se
rencontrent avant son mariage, mais c'est bien « le devoir » qui semble en définitive conduire le personnage. « Ah !
Madame, […] quel fantôme de devoir opposez-vous à mon bonheur ? » déplore alors le duc de Nemours. Ce mélange
de remords et de vertu qui guide l'héroïne montre le rôle que peut jouer la conscience. Même des personnages moins
vertueux que Mme de Clèves peuvent faire cette expérience. Dans Thérèse Raquin, Thérèse et Laurent sont ainsi
rongés par leur conscience et leur crainte après le meurtre de Camille. C'est ce qui les conduit à leur perte alors que
personne ne les soupçonne. Dans la préface de son roman, Zola rappelle que ses personnages, « deux brutes », se
condamnent eux-mêmes : « ce que j'ai été obligé d'appeler leurs remords, consiste en un simple désordre organique,
et une rébellion du système nerveux tendu à se rompre ».

Tensions
Les personnages peuvent aussi être divisés et tiraillés par des forces opposées. La princesse de Clèves ne cesse de
faire cette expérience et la langue de Madame de Lafayette, à la fois limpide et sinueuse, traduit parfaitement cette
complexité. Même menacées par le devoir, les passions restent souvent bien vivantes. C'est par exemple ce que
confirment ces propos de M. de Clèves : « je n'ai que des sentiments violents et incertains dont je ne suis pas le
maître. Je ne me trouve plus digne de vous ; vous ne me paraissez plus digne de moi. Je vous adore, je vous hais, je
vous offense, je vous demande pardon ; je vous admire, j'ai honte de vous admirer. » C'est aussi ce que constate
inlassablement Mme de Clèves, qui est sans cesse écartelée entre sa crainte et son envie de voir le duc de Nemours :
« Depuis qu'elle l'aimait, il ne s'était point passé de jour qu'elle n'eût craint ou espéré de le rencontrer et elle trouva
une grande peine à penser qu'il n'était plus au pouvoir du hasard de faire qu'elle le rencontrât. » Cette plongée dans
des consciences tourmentées participe pleinement de la modernité de ce roman qui, tout en étant de son époque,
annonce aussi des expériences menées au XXe siècle. Dans une langue bien évidemment différente, Virginia Woolf
nous plonge par exemple dans des consciences particulièrement agitées.

Conclusion
Le propre du roman n'est donc pas seulement de confronter le personnage à une société qui peut à la fois l'inclure et
le menacer. Ce genre littéraire permet aussi de raconter des luttes plus intérieures, dans lesquelles le personnage
peut se retrouver finalement face à lui-même. On comprend dès lors le succès de La Princesse de Clèves qui, plus de
trois siècles après sa première publication, n'a sans doute rien perdu de sa singularité et de sa modernité.

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