1.les Zooms Stratégie Dentreprise - 2e Édit
1.les Zooms Stratégie Dentreprise - 2e Édit
Stratégie
Le diagnostic stratégique
on
2e éditi
les zoom’s
Les stratégies business
Les stratégies corporate
Le déploiement des stratégies
d’entreprise
Johan BOUGLET Si la stratégie d’entreprise trouve ses racines dans l’art de
Ancien élève de
la guerre, elle est aujourd’hui devenue une discipline à 2e
part entière, organisée selon une logique particulière, avec
d’entreprise
stratégie d’entreprise
l’ENS Cachan, agrégé des enjeux qui lui sont propres. C’est elle que cet ouvrage
synthétise de façon claire et illustrée.
d’économie-gestion et
Pour cela, après un chapitre introductif qui présente les
docteur en sciences de différents aspects que revêt la stratégie, le livre adopte le plan
gestion de l’Université habituel de la démarche stratégique :
Paris Dauphine. Il est • l’entreprise réalise le diagnostic stratégique : la démarche
d’ensemble et le découpage stratégique ; le diagnostic
Maître de conférences stratégique externe ; le diagnostic stratégique interne ; les
à l’Université Paris Est relations entre éléments du diagnostic ; la synthèse ; Le diagnostic stratégique
Créteil Val-de-Marne, • elle définit les stratégies particulières de chaque activité, Les stratégies business
appelées les stratégies business : comprendre les stratégies
où il enseigne la business ; la création de l’avantage concurrentiel et sa
stratégie d’entreprise. conservation ; Les stratégies corporate
Il est l’auteur de • elle définit la stratégie au niveau de l’entreprise : ce sont Le déploiement des stratégies
les stratégies corporate : la spécialisation ; la diversification
nombreux travaux et ses différentes formes ; l’internationalisation. Il s’agit
dans le domaine de la en outre de décider des complémentarités que l’entreprise
entend faire jouer entre ses différentes activités ;
stratégie.
• elle détermine comment mettre ces stratégies en œuvre :
c’est le déploiement des stratégies avec, en particulier,
le choix de faire seul ou bien de faire faire (stratégie
d’impartition).
Cet ouvrage s’adresse à toutes les personnes qui souhaitent
Johan Bouglet
2e édition
découvrir la stratégie d’entreprise, en comprendre les
enjeux et en maîtriser la mise en œuvre. C’est le cas des
étudiants des BTS tertiaires, des étudiants des cursus universi-
taires en gestion (Licences, Masters, DUT, Licences profession-
nelles, etc.) et des étudiants en écoles de commerce.
J. bouglet
Prix : 18 E
ISBN 978-2-297-02065-7
Johan BOUGLET
Ancien élève de l’ENS Cachan, agrégé d’économie-gestion et docteur
en sciences de gestion de l’Université Paris Dauphine.
Il est Maître de conférences à l’Université Paris Est Créteil Val-de-
Marne, où il enseigne la stratégie d’entreprise. Il est l’auteur de
nombreux travaux dans le domaine de la stratégie.
Johan BOUGLET
Stratégie
d’entreprise
Le diagnostic stratégique
Les stratégies business
Les stratégies corporate
Le déploiement des stratégies
2e édition
La collection
traite de :
la comptabilité : Comptabilité générale – Comptabilité de gestion –
Comptabilité des sociétés
l’analyse financière
la fiscalité
le droit : Introduction au droit – Droit des sociétés – Droit commercial
et des affaires – Droit social – Institutions de la France – Institutions
de l’Union européenne
l’économie
le marketing
les relations humaines
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PARTIE 1
Le diagnostic stratégique
Chapitre 2 La démarche du diagnostic stratégique 29
1 – La logique d’ensemble du diagnostic stratégique 29
2 – Le découpage stratégique 30
•G6 stratégie d ’ entreprise
68
Chapitre 7 Application corrigée :
Quelles solutions pour le e-commerce ? 71
1 – Énoncé 71
A. Le cyberacheteur 71
B. Le développement de l’économie numérique 72
C. Quelle stratégie pour l’entreprise « Web Perf » ? 74
2 – Éléments de réponse 75
Partie 2
Les stratégies business
Chapitre 8 Comprendre les stratégies business 83
1 – Histoire de stratégies business 83
2 – Les problématiques liées aux stratégies business 85
Chapitre 9 La création de l’avantage concurrentiel 87
1 – Les stratégies de coût 87
A. La stratégie de volume 88
1) Le pouvoir de négociation 89
2) Les économies d’échelle 89
3) L’effet d’apprentissage 89
B. La stratégie d’impartition 90
2 – Les stratégies de différenciation 93
A. La stratégie de différenciation vers le haut 94
1) Définition 94
2) Les leviers commerciaux 95
3) La RSE comme support d’une différenciation vers le haut 99
4) Les normes ISO comme support d’une différenciation vers le haut 105
B. La stratégie de différenciation vers le bas 108
3 – Les stratégies de focalisation 110
Chapitre 10 La conservation de l’avantage concurrentiel 115
1 – Les ressorts de la conservation de l’avantage concurrentiel 115
•G8 stratégie d ’ entreprise
Partie 3
Les stratégies corporate
Chapitre 12 Présentation des stratégies corporate 135
1 – Histoire de stratégies corporate 135
2 – Les différentes stratégies corporate 138
Chapitre 13 La stratégie de spécialisation 141
1 – Définition 141
2 – Avantages et inconvénients de la spécialisation 141
3 – Une stratégie prisée par les PME 144
4 – Remarques sur la spécialisation 146
A. Spécialisation et focalisation 146
B. Une situation rare 146
Chapitre 14 La stratégie de diversification 147
1 – La diversification non liée 147
A. Définition 147
B. Une dimension financière centrale 148
Sommaire
151
2 – L’intégration horizontale 152
A. Définition 152
B. Intégration horizontale et synergies 153
C. Les limites de l’intégration horizontale 154
3 – L’intégration verticale 155
A. Définition 155
B. Caractéristiques de l’intégration verticale 156
C. Avantages de l’intégration verticale 158
D. Limites de l’intégration verticale 160
Chapitre 15 La stratégie d’internationalisation 163
1 – Définition 163
2 – Caractéristiques de l’internationalisation 164
A. L’internationalisation : un processus par étapes ? 164
B. Typologie de l’internationalisation 167
3 – Avantages et limites de l’internationalisation 170
A. Avantages de l’internationalisation 170
B. Inconvénients de l’internationalisation 172
Chapitre 16 Application corrigée : QCM sur les stratégies corporate 176
1 – Énoncé 175
2 – Éléments de réponse 179
Partie 4
Le déploiement des stratégies
Chapitre 17 Appréhender le déploiement des stratégies 187
1 – Histoire de déploiements de stratégies 187
2 – Les différentes modalités de déploiement 191
Chapitre 18 Faire seul 193
1 – Stratégie de croissance interne 193
2 – Stratégie de croissance externe 194
•G
10 stratégie d ’ entreprise
224
A. La contingence technique 224
B. La contingence environnementale 225
4 – Les configurations structurelles 226
A. Les composantes de l’organisation 226
B. Les processus de coordination 227
C. Typologie des configurations structurelles 227
Chapitre 22 Applications corrigées 229
1 – Cas d’étude : la structure de LVMH 229
A. Énoncé 229
B. Éléments de réponse 230
2–Q
uestion de réflexion : « Faire ou faire faire :
quels enjeux pour l’entreprise ? » 232
A. Énoncé 232
B. Éléments de réponse 232
Bibliographie 235
Index 237
Présentation Chapitre 1
de la stratégie
La stratégie d’entreprise trouve ses racines dans l’art de la guerre. Il s’agit notamment, dans un cas
comme dans l’autre, d’atteindre les objectifs stratégiques. La stratégie d’entreprise est aujourd’hui
devenue une discipline à part entière, organisée selon une logique particulière, avec des enjeux qui
lui sont propres.
1. Tarondeau, « Les Stratégies Fondées sur les Savoirs », L’Art de la Stratégie, Les Échos, 21/04/2000.
•G
14
Toute organisation, quelle que soit sa nature (entreprise, association...) ou sa taille, poursuit un
ensemble d’objectifs. Le schéma suivant, que l’on doit à Ansoff2, montre que l’on peut distinguer
trois niveaux dans l’entreprise : stratégique, tactique et opérationnel.
Les trois niveaux dans l’entreprise
Niveau
stratégique
Niveau tactique
Niveau opérationnel
Ansoff distingue ces trois niveaux pour montrer qu’il existe différents types de décisions (straté-
giques, tactiques et opérationnelles). Il est possible de reprendre cette distinction pour décrire les
différents types d’objectifs :
– les objectifs stratégiques engagent l’organisation sur le long terme et sont susceptibles d’in-
fluencer durablement la performance. Il s’agit par exemple de maintenir une position de leader, de
mener une politique d’acquisitions, ou encore de s’implanter sur de nouveaux marchés. Les objec-
tifs stratégiques définissent donc les grandes orientations de l’organisation et relèvent de la direc-
tion générale. L’encadré suivant donne certains objectifs stratégiques que s’est fixé le groupe
Areva ;
– les objectifs tactiques concernent l’encadrement et visent des effets sur le moyen terme
•G
15
(exemple : atteindre un positionnement particulier sur les nouveaux marchés visés, ce qui relève
de la direction commerciale) ;
– les objectifs opérationnels concernent quant à eux le court terme et permettent l’application
des grandes orientations. Alors que les objectifs stratégiques relèvent de la direction générale, les
objectifs opérationnels sont l’affaire des directions opérationnelles (financière, commerciale, des
ressources humaines...). Dans l’exemple du groupe Areva, chaque direction doit ainsi respecter
des plans de progrès, comportant des objectifs (opérationnels) en termes environnementaux et
sociaux : proposer des formations à l’écologie, organiser des cercles de réflexion réunissant les
collaborateurs... Ces objectifs opérationnels permettent d’atteindre l’objectif stratégique no 6
(« Faire du développement durable la valeur centrale du groupe, clé de son excellence opération-
nelle »).
Les objectifs stratégiques d’Areva3
1. Capitaliser sur son expérience et ses savoir-faire pour garantir un développement de ses activités dans
le respect le plus strict des conditions de sûreté, de sécurité et de prévention des risques.
2. Consolider son positionnement d’acteur de référence dans les solutions de production d’énergie
sans CO2 et d’acheminement de l’électricité.
3. Apporter des solutions innovantes pour répondre aux enjeux des électriciens, en valorisant l’exper-
tise du groupe, notamment à travers sa gamme intégrée de produits et services.
4. Renforcer sa présence internationale en Europe, Amérique du Nord et Asie.
5. Maintenir son leadership par le renouvellement des compétences et le développement de nou-
velles technologies.
6. Faire du développement durable la valeur centrale du groupe, clé de son excellence opération-
nelle.
3
La stratégie considère uniquement les objectifs stratégiques et vise à les atteindre. Elle se définit
alors comme « l’ensemble des décisions prises par la direction générale pour atteindre ses
objectifs à long terme ».
Pour saisir la notion de stratégie dans toute sa complexité, il est nécessaire de se pencher sur le rôle
crucial joué par la variable humaine dans la définition des objectifs à atteindre. L’étude des parties
prenantes est à cet égard riche d’enseignements.
Les parties prenantes (ou stakeholders) sont des acteurs qui, seuls ou en groupe, peuvent affecter
ou être affectés par l’activité de l’entreprise4. Il peut s’agir des salariés, des clients, des fournisseurs,
de l’État, des actionnaires, ou encore d’associations. Il n’existe bien sûr pas de liste exhaustive des
parties prenantes, et il revient à chaque entreprise de lister celles qui la concernent.
Pour identifier les parties prenantes, il est utile de recourir à une typologie. Plusieurs classifications
de parties prenantes existent. En effet, elles peuvent être respectivement :
– internes (exemple : les salariés) ou externes (exemple : les clients) ;
– alliées (exemple : certains fournisseurs) ou ennemies (exemple : les concurrents) ;
– primaires ou secondaires (voir le schéma page suivante).
On peut définir une partie prenante primaire comme un individu ou un groupe dont la partici-
pation continue est nécessaire à la survie de l’entreprise. De son côté, une partie prenante
secondaire est un individu ou un groupe qui affecte ou qui est affecté par l’activité de l’entreprise
mais qui n’est pas essentiel pour sa survie.
Les parties prenantes primaires et secondaires
Parties prenantes
secondaires
Parties prenantes
primaires
Entreprise
Chaque partie prenante poursuit ses propres objectifs. Par exemple, les salariés attendent une
sécurité de l’emploi, les actionnaires visent une rentabilité financière, et les clients ont pour but de
recevoir des produits sans aucun défaut. Il existe alors, au sein d’une entreprise, autant de buts
que de parties prenantes5.
Richard Cyert et James March6 parlent à cet égard de « sous-coalitions », qui sont en conflit
les unes avec les autres, chacune cherchant à faire primer ses objectifs sur ceux des autres. Cela
4. Cette définition est celle de Freeman : « Any group or individual who can affect or is affected by the
achievement of the organization’s objectives ». Voir Freeman, Strategic Management : A Stakeholder
Approach, Pitman, 1984.
5. Sans compter qu’une même partie prenante peut posséder plusieurs buts.
6. Cyert et March, A Behavioral Theory of the Firm, Prentice-Hall, 1963.
Chapitre 1 • Présentation de la stratégie
signifie que ce ne sont pas les objectifs de la firme qui sont poursuivis, mais ceux des sous-
coalitions les plus influentes. Cela remet donc en question l’hypothèse traditionnelle consistant
•G17
à assimiler les buts d’une organisation à ceux de son dirigeant. Il apparaît ici que les buts poursuivis
sont ceux de la sous-coalition dominante.
Dès lors, toute décision stratégique peut s’interpréter comme un compromis résultant de négocia-
tions entre sous-coalitions. En cela, les jeux politiques influencent le processus de prise de décision.
Par exemple, les grèves sont un moyen dont dispose la sous-coalition des employés pour faire
valoir ses intérêts dans les décisions.
Ces dernières années, les actionnaires ont été mis au centre des préoccupations (coalition domi-
nante). Le pouvoir dont ils disposent via les marchés financiers a créé le sentiment que les entre-
prises devaient être gérées principalement dans leur intérêt. La gouvernance d’entreprise (voir
l’encadré ci-dessous) met ainsi en œuvre un ensemble de moyens permettant de sauvegarder les
intérêts des actionnaires.
78
La gouvernance d’entreprise
La théorie de l’agence7 montre qu’il peut exister une divergence d’intérêts entre actionnaires et mana-
gers. Les dirigeants bénéficient en effet d’une asymétrie informationnelle qui leur permet de « mani-
puler » les informations qu’ils transmettent aux actionnaires, s’émancipant ainsi des contrôles qui
pèsent sur eux. Par exemple, les dirigeants peuvent avoir tendance à s’attribuer les bonnes perfor-
mances de l’entreprise qui résultent de la définition et la mise en œuvre d’une bonne stratégie ou
d’une gestion des ressources humaines efficace. À l’inverse, les mauvaises performances peuvent être
mises sur le compte du manque de chance ou de l’environnement externe. Cette situation informa-
tionnelle privilégiée, qu’elle soit financière, juridique ou technique, permet au dirigeant de maximiser
sa propre fonction d’utilité au détriment de celle des actionnaires (qui est de maximiser la valeur
actionnariale).
À côté de ces asymétries informationnelles, le dirigeant peut être tenté de conduire la stratégie de
l’entreprise en fonction de son propre intérêt. D’une part, en initiant des politiques de croissance,
car la rémunération du dirigeant est très souvent liée à la taille de l’entreprise. Mais toute opération de
croissance ne se traduit pas nécessairement par une création de valeur pour l’actionnaire. D’autre
part, en recherchant la diversification, qui permet au dirigeant de répartir son propre risque. Mais
si la diversification ne s’accompagne pas de synergies, il y a destruction de valeur pour l’actionnaire8.
Enfin, la réalisation par le dirigeant d’investissements spécifiques (« enracinement ») peut rendre
coûteux son remplacement par un autre dirigeant.
7. Jensen et Meckling, « Theory of the Firm : Managerial Behaviour, Agency Costs and Ownership Structure »,
Journal of Financial Economics, 1976.
8. Voir l’encadré « La préférence des marchés financiers pour les stratégies de recentrage » p. 148.
•G
18 stratégie d ’ entreprise
Au total, le système de gouvernance d’entreprise consiste à mettre en place des mécanismes internes
et externes capables de discipliner, contrôler et inciter les dirigeants afin de réduire cette divergence
d’intérêt potentielle entre actionnaires et managers non-propriétaires. C’est dans cet esprit que plu-
sieurs rapports ont établi des règles de bonne conduite pour les sociétés cotées (notamment, en
France, sont parus les rapports Viénot I en 1995, Viénot II en 1999, et Bouton en 2002). De même, la
législation récente régissant la vie des affaires précise les règles de gouvernance (aux États-Unis : loi
Sarbanes-Oxley de 2002 ; en France : loi sur les nouvelles régulations économiques en 2001, loi de
sécurité financière en 2003, loi Breton de 2005...). Malgré la multiplicité des cadres légaux nationaux,
on constate que ces règles de gouvernance visent à reconfigurer les relations actionnaires-dirigeants
dans un objectif exclusif de création de valeur actionnariale. Tous convergent vers une volonté de
réduire l’asymétrie informationnelle et les conflits d’intérêt dans le cadre du modèle d’agence.
L’étude des parties prenantes aide donc à prendre du recul par rapport à la notion de stratégie.
Elle permet notamment de comprendre que la stratégie dépend de ce que les individus
attendent de l’entreprise et de leur capacité à influencer ses objectifs.
Quels que soient les objectifs poursuivis, la démarche stratégique s’articule en quatre temps.
Temps 2 : Les stratégies au niveau de chaque activité
Quels sont les différents secteurs sur lesquels l’entreprise est présente ?
Quels avantages va-t-on mettre en avant sur chacun d’eux ?
Temps 3 : La stratégie au niveau de l’entreprise
Quelles complémentarités va-t-on rechercher entre les différentes activités ?
Temps 4 : Le déploiement des stratégies
Va-t-on mettre en œuvre les stratégies seul ou à plusieurs ?
La croissance va-t-elle se faire par rachat d’entreprises ou par développement interne ?
Chapitre 1 • Présentation de la stratégie
commencer par cette étape : avant de déterminer ce que l’entreprise souhaite faire dans le
futur, il est nécessaire de savoir ce qu’elle sait faire aujourd’hui et quelles sont les tendances des
marchés.
Le temps 2 consiste à choisir la manière dont l’entreprise va créer un avantage face aux concur-
rents pour chacune de ses activités. Pour cela elle mobilise les informations collectées lors du
temps 1 (données sur les concurrents, sur l’évolution de la demande...).
Le temps 3 a pour but d’articuler les différentes activités de l’entreprise, recensées dans le temps 2,
au sein d’un tout cohérent. C’est à ce niveau que les synergies9 vont être mises en évidence.
Le temps 4 finalise la réflexion stratégique. Une fois les grands axes définis (temps 2 et 3), cette
étape correspond à la concrétisation de la stratégie. À ce niveau, l’entreprise peut se développer
seule, former des alliances, recourir à la sous-traitance...
9. On parle de synergie lorsque la performance générée globalement par plusieurs activités est supérieure à la
somme des performances qui aurait résulté de l’exploitation isolée de chacune de ces activités. Elle se résume
par la formule « 1 + 1 = 3 ».
•G
20 stratégie d ’ entreprise
Le schéma suivant reprend ces différentes étapes à travers l’exemple de l’entreprise Décathlon :
La stratégie de Décathlon
Diagnostic interne Diagnostic externe
Forces : Opportunités :
– couverture quasiment complète du marché – marché du sport en croissance ;
en France ; – distribution très concentrée (protège ceux qui sont déjà
– marques propres. implantés).
Faiblesses : Menaces :
– image de discounter ; – entrée des grandes chaînes de distribution sur ce marché ;
– implantation avant tout française. – la croissance du « zapping sportif » diminuant le budget
alloué à chaque sport.
Activités :
– production d’articles de sport ;
– distribution d’articles de sport.
Stratégie sur chacune des activités :
Production : domination par les coûts
Distribution : domination par les coûts
Complémentarités entre activités
Mise en œuvre
– Développement de produits et de marchés seul (sans allié).
– Croissance avant tout par développement interne (plus que par rachat de structures déjà existantes).
À travers cet exemple, il apparaît que la stratégie doit être adaptée à son environnement pour y
apporter des réponses spécifiques. Or de nouvelles tendances émergent dans l’environnement
d’aujourd’hui, et doivent être intégrées à la réflexion stratégique.
Chapitre 1 • Présentation de la stratégie
Les deux enjeux majeurs d’aujourd’hui semblent être, d’une part, de savoir prendre des décisions
émergentes et, d’autre part, d’arriver à comprendre les tendances de demain.
La planification stratégique
Formulation d’objectifs
Identification du problème stratégique
Proposition de solutions envisageables
Évaluation des solutions proposées
Choix d’une solution
Mise en œuvre de la solution retenue
De nombreuses recherches montrent toutefois que les décisions stratégiques ne sont pas, pour
la plupart, prises selon ce schéma. Elles sont en effet avant tout émergentes, c’est-à-dire qu’elles
ne sont pas le résultat de plans volontairement élaborés, mais le produit d’une succession de
décisions ponctuelles. Pour que la série de décisions ponctuelles mène aux objectifs de l’entre-
prise, il est tout de même nécessaire que toutes ces décisions se réfèrent à une même vision d’en-
treprise.
•G22 stratégie d ’ entreprise
Stratégie
intentionnelle
Stratégie
réalisée
Stratégie
émergente
10. D’après Mintzberg, Ahlstrand et Lampel, Safari en Pays Stratégie, Village Mondial, 1999.
11. Mintzberg, Grandeur et Décadence de la Planification Stratégique, Dunod, 1994.
Chapitre 1 • Présentation de la stratégie
À l’inverse, prendre des décisions émergentes permet de changer de posture vis-à-vis de l’incerti-
tude et ainsi :
•G
23
À NOTER • Cela ne signifie pas que la planification doit disparaître, car elle présente bien des avan-
tages (notamment, il s’agit d’une grille de lecture structurée qui constitue une aide à la réflexion).
Tout l’enjeu est de fournir une représentation des objectifs que souhaite atteindre l’organisation à
moyen et long terme grâce à la planification, puis d’adapter la stratégie aux turbulences de l’environ-
nement à chaque instant.
Défi opérationnel
et technologique
Marque
Culture d’entreprise
Les sept défis
stratégiques
Qualité contemporains Innovation
Législation Leadership
•G
24 stratégie d ’ entreprise
6) Tendance n° 6 : la qualité
•G25
Le succès des compagnies aériennes low cost (Easy Jet, Ryan Air...) montre qu’il est possible de conju-
guer prix serrés et services corrects. Ce type de modèle économique pourrait bien devenir la norme.
La qualité devra rester au centre de la stratégie, que cette dernière soit orientée sur les coûts ou
sur la différenciation. Les services pourront être construits en partenariat avec les consommateurs.
7) Tendance n° 7 : la marque
Les tâches sont confiées de manière croissante à des prestataires externes. Dès lors, l’image d’une
marque dépendra pour beaucoup de ces agents extérieurs. Comment garder le contrôle d’une
variable aussi stratégique pour l’entreprise ?
La stratégie de marque devra s’élaborer en prévoyant un programme de risk management 12 met-
tant en évidence les conflits susceptibles de jaillir.
Munis de ces indications, nous pouvons aborder le premier temps de la stratégie : celui du
diagnostic.
12. Le risk management est un processus qui vise la maîtrise des risques auxquels est exposée une entreprise :
ceux qui proviennent de son environnement mais aussi les risques internes à l’entreprise.
Partie 1
Le diagnostic
stratégique
La démarche Chapitre 2
du diagnostic stratégique
Après avoir décrit la logique d’ensemble du diagnostic stratégique, nous en exposerons une notion
centrale : le découpage stratégique.
Entreprise
1. Découpage stratégique
2. Diagnostic interne :
DAS 1 DAS 2 DAS 3 – forces
– faiblesse
3. Diagnostic externe
La première étape est donc celle du découpage stratégique. Elle permet de recenser les différentes
activités de l’entreprise.
2 Le découpage stratégique
Le découpage stratégique, nous l’avons vu, est indispensable pour mener un diagnostic straté-
gique efficace. À cette fin, les théoriciens ont élaboré la notion de DAS. En pratique, le découpage
reste cependant parfois délicat à réaliser.
Identifier plusieurs DAS permet de mener un diagnostic externe différent pour chacun d’eux. En
effet, ils sont confrontés à des environnements différents. C’est pourquoi la séparation doit se faire
•G31
selon des critères permettant de différencier les conditions concurrentielles des différentes activités.
Les critères habituellement retenus sont au nombre de trois, comme le montre le schéma ci-dessous.
Les trois critères constitutifs d’un DAS
... un type
de clientèle
Un DAS
c’est à la fois...
En effet, selon le secteur auquel les clients appartiennent, ces derniers n’ont pas les mêmes attentes
ou les mêmes habitudes de négociation. De même, les logiques de marché ne sont par exemple
pas les mêmes selon que l’activité se situe au niveau national ou mondial. Enfin, les réseaux de
distribution ont une importance dans la manière d’exercer l’activité.
En théorie, un DAS peut donc se définir par un type particulier de clientèle, un marché pertinent
déterminé, et un réseau de distribution spécifique. Si deux activités ont deux critères en commun,
mais qu’elles diffèrent sur le troisième (par exemple l’une est distribuée via des magasins physiques
et l’autre par internet), on est alors en présence de deux DAS distincts. En pratique, on verra que
ces critères sont difficiles à identifier clairement.
Le diagnostic de chaque DAS doit déboucher sur l’identification des facteurs clés de succès (FCS).
Là réside l’intérêt de distinguer différents DAS, car les conditions de réussite ne sont pas les mêmes
sur chacun d’eux. Plus précisément, les FCS sont les éléments qu’une entreprise doit absolument
posséder pour être présente sur le DAS visé1. Comme chaque DAS est confronté à un environne-
ment différent, il est nécessaire de connaître les FCS pour chacun d’eux.
Par exemple, une étude2 a été menée pour recenser les FCS du secteur de la banque de détail en
Europe. Elle identifie quatre points indispensables à maîtriser :
– la proximité des agences ;
– la flexibilité des agences ;
1. Les FCS sont donc des conditions nécessaires mais non suffisantes. Si l’entreprise ne les possède pas, elle a
toutes les chances d’échouer sur le DAS. Mais ce n’est pas parce qu’elle les détient qu’elle va parvenir à s’im-
poser. Il lui faut également, pour y parvenir, posséder un avantage concurrentiel.
2. Il s’agit de l’étude intitulée « La banque de détail en Europe : les secrets d’un succès », par Christophe
Angoulvant, associé chez Roland Berger Strategy Consultants. Cette étude est plus largement commentée par
le journal Les Échos du 09/04/2008.
•G32
Tablette
Pâte à tartiner
de chocolat
Goûters
Confiserie
secs +
de chocolat
ultrafrais
Confiserie
de poche
En pratique, mener un découpage stratégique est périlleux pour au moins deux raisons :
– première raison : il est en partie subjectif. Pour une même entreprise, différents découpages
sont souvent possibles. De plus, le découpage peut se faire de manière plus ou moins précise.
Ainsi, il est nécessaire d’introduire un jugement pour différencier certains types de distribution. Il
paraît par exemple clair que la distribution en grande surface est différente de celle au détail.
Mais faut-il séparer la distribution en supermarchés de celle en hypermarchés (sont-elles à ce
point différentes) ? Ainsi, dans l’exemple du groupe Carrefour (schéma ci-après), le découpage
reposant sur la taille des magasins est subjectif (la distinction supermarchés/hypermarchés est
retenue) ;
Hypermarché
(ex. : Carrefour)
E-commerce Supermarché
(ex. : Ooshop) (ex. : Champion)
–d euxième raison : le découpage stratégique est souvent confondu avec la segmentation mar-
keting. Les deux sont en réalité très différents : le découpage stratégique renvoie à l’activité de
l’entreprise, là où la segmentation marketing traite de la demande qui lui est adressée. Certes, la
clientèle apparaît dans les deux, mais le niveau de précision est beaucoup plus poussé dans le cas
de la segmentation marketing.
Une fois le découpage stratégique réalisé, il est possible de rentrer dans le diagnostic straté-
gique proprement dit. Ce dernier débute le plus souvent par l’aspect externe avant de considérer
l’interne.
Le diagnostic Chapitre 3
stratégique externe
Le diagnostic stratégique externe se fait pour chaque DAS. Autrement dit, dans le cas de Ferrero, il
serait nécessaire de mener cinq diagnostics externes différents.
De nombreux outils permettent de réaliser le diagnostic stratégique externe. Avant de les pré-
senter, précisons qu’ils constituent une aide précieuse pour le dirigeant, mais qu’ils ne peuvent en
aucun cas se substituer au jugement humain. Ces outils permettent certes de gagner du temps, ou
encore de traiter efficacement l’information, mais il n’existe pas de « recette miracle » en stratégie
et c’est la qualité du stratège qui fonde la pertinence d’une stratégie.
Le diagnostic stratégique externe se fait sur quatre éléments pour chaque DAS :
– la demande ;
– l’offre ;
– l’intensité concurrentielle ;
– les groupes stratégiques.
Pour chacun d’eux, un examen de la situation générale de l’environnement permet de compléter le
diagnostic. Dans ce cadre, deux évolutions majeures de l’environnement doivent être prises en
compte : la place croissante que prend la RSE (responsabilité sociétale de l’entreprise) et les consé-
quences de la crise financière.
1 L’analyse de la demande
L’objectif est ici de mettre en évidence les opportunités et les menaces provenant de la demande.
Précisons que la demande dont il est question n’est pas seulement celle adressée à la firme
qui établit le diagnostic, mais celle qui s’adresse au DAS dans son ensemble (et donc également
aux concurrents).
Au gré des évolutions de l’environnement, la demande se modifie. C’est de ces changements que
naissent les opportunités et les menaces. L’entreprise doit donc disposer d’indicateurs lui permet-
tant de recenser systématiquement les transformations de la demande. Il est possible de dresser
une liste (non exhaustive) des variables à surveiller :
– fréquence des achats ;
– montant moyen d’un achat ;
– nature de l’acheteur ;
– nature du prescripteur ;
•G36
– motivations d’achat ;
– freins à l’achat ;
stratégie d ’ entreprise
– lieu d’achat.
Si une variable évolue, cela peut représenter une menace pour l’entreprise, par exemple si les
goûts des consommateurs s’éloignent des attentes satisfaites par l’entreprise (voir l’encadré ci-
dessous). Cela peut également constituer une opportunité, par exemple si un nouveau canal de
distribution (comme internet) apparaît, et que l’entreprise le maîtrise déjà. Enfin, une évolution
peut n’avoir qu’un effet neutre, s’il n’y a ni danger ni occasion de développement pour l’entreprise
sur ce DAS.
1
des niches, pour aller plus vite”, pronostique-t-elle. C’est ce qu’a fait par exemple Estée Lauder avec
•G37
2 L’analyse de l’offre
Les opportunités et les menaces peuvent également, sur chaque DAS, provenir de l’offre. Par offre,
on entend les caractéristiques du secteur auquel appartiennent les entreprises exerçant sur le DAS
considéré.
Par exemple, une activité en pleine croissance (comme celle du conseil en informatique) offre plus
d’opportunités qu’une autre activité arrivée à maturité (par exemple la vente de postes radio), car
le nombre d’offreurs peut augmenter sans que le secteur soit en situation de surcapacité.
Les indicateurs principaux permettant à l’entreprise de suivre l’offre sur un DAS et ses transforma-
tions sont regroupés dans le tableau ci-dessous :
Le phénomène de barrières à l’entrée signifie qu’il est difficile pour un nouvel entrant de s’im-
poser, en raison d’obstacles spécifiques au DAS étudié.
Ainsi, quand les coûts fixes sont importants, la firme doit investir beaucoup avant même d’avoir
commencé à exercer son activité, ce qui exclut les entreprises de taille modeste.
De même, les effets d’expériences signifient que plus une entreprise produit des biens ou des ser-
vices, et plus le coût unitaire de ces derniers diminue. En effet, l’entreprise apprend, grâce à la
pratique, à produire plus efficacement. D’autre part, elle bénéficie d’économies d’échelle (en
amortissant les coûts fixes sur des quantités produites plus grandes). Une entreprise en place dis-
pose donc d’un avantage sur des entrants potentiels car elle a déjà réussi à baisser son coût de
production unitaire, ce qui lui permet de vendre à un prix inférieur.
•G
38 stratégie d ’ entreprise
Les barrières à l’entrée peuvent enfin résulter de dispositions juridiques. Ainsi, certains secteurs
protégés sont organisés sous forme de monopole par la loi, ce qui empêche toute entrée d’un
nouveau concurrent.
Ici encore, l’évolution des indicateurs peut constituer une opportunité ou une menace pour l’entre-
prise, qu’il s’agit de prendre en compte :
–a rrivée d’une nouvelle technologie : cela peut être une menace pour les firmes en place, ou
une opportunité pour des prétendantes à l’entrée, si elle permet de remettre en cause les sources
de l’avantage concurrentiel (exemple : technologie numérique dans le secteur des appareils
photo) ;
– changement de législation : par exemple, l’ouverture du marché gazier français peut être
perçue par GDF comme une menace, là où des entreprises russes (Gazprom) ou algériennes
(Sonatrach) peuvent y voir l’opportunité de conquérir un nouveau marché ;
– réactions des firmes sur un secteur sur-capacitaire : comme dans le secteur du cirque (voir
l’encadré ci-dessous), elles cherchent à se différencier et modifient la structure de l’offre. Il peut
s’agir d’une opportunité, pour que les firmes se relancent, ou d’une menace, si elles conservent
leur ancien modèle économique.
2
Selon Porter3, l’intensité concurrentielle sur un DAS dépend des intervenants pouvant empêcher la
constitution ou la conservation d’un avantage concurrentiel. Plus précisément, il recense cinq
forces s’exerçant sur la firme :
Pouvoir de
Pouvoir
négociation des DAS de négociation
fournisseurs
des clients
Firme
Menace Menace
des entrants des produits
potentiels substituables
Rivalité entre
firmes concurrentes
– f orce no 5 : la menace des biens ou produits substituables. C’est lorsqu’un produit, différent
de celui de l’entreprise, vient tout de même le concurrencer car les deux produits répondent aux
mêmes besoins. Par exemple, les soupes de légumes constituent de plus en plus une alternative
de consommation aux produits traditionnels de snacking (chips...).
Porter précise que l’État peut être considéré comme une force supplémentaire, exerçant une
influence sur les cinq premières. Par exemple, il peut prendre des mesures protectionnistes pour
réduire la menace des entrants potentiels, ou légiférer pour protéger les fournisseurs en interdisant
aux distributeurs de vendre à perte. Il est possible d’étendre cette sixième force à l’ensemble des
pouvoirs publics (Commission européenne...).
À NOTER • L’opinion publique est parfois présentée comme une septième force. Elle prend en effet
toute sa place dans les débats sociétaux actuels. Ainsi, l’opinion publique exprime de manière crois-
sante ses attentes vis-à-vis des entreprises, notamment en matière d’écologie.
Dans la pratique, il est possible d’utiliser la grille ci-dessous. Elle permet de donner une note
comprise entre 1 et 5 pour chaque force4, et de conclure sur l’attractivité globale d’un secteur.
Cette grille est utilisée ici pour le secteur des SSII (société de services en ingénierie informatique).
Pouvoir de Menace
Pouvoir de Menace
Rivalité négociation de biens
Forces négociation des entrants
entre firmes des ou produits
des clients potentiels
fournisseurs substituables
Forte : Faible : Intermédiaire Faible : Intermédiaire :
Renouvellement Pas de (en – quasi- Diversification
rapide des fournisseur moyenne) : monopole de des constructeurs
produits véritablement – élevé pour Microsoft sur et des éditeurs
Windows (ce stratégique les grands les systèmes vers les services
Caractéristiques qui pérennise pour le secteur comptes ; d’exploitation informatiques
la position – faible pour PC ;
dominante de les PME ; – coûts fixes
Microsoft) – nul pour le élevés pour le
grand public. développement
de logiciels.
Notes 4 1 3 2 3
(entre 1 et 5)
⇒ Soit une note globale de 4 + 1 + 3 + 2 + 3 = 13, ce qui signifie que le secteur connaît globale-
ment une concurrence d’intensité moyenne5.
4. Une note de 1 correspond à une faible intensité. Une force extrêmement puissante aura donc une note
de 5.
5. La note moyenne des forces est en effet de 2,6 (13/5).
Chapitre 3 • Le diagnostic stratégique externe
Le modèle de Porter permet alors de juger si le DAS est source d’opportunités ou de menaces. Si
les forces sont puissantes, l’intensité concurrentielle est élevée et investir sur le DAS est risqué. À
•G41
l’inverse, dans le cas où l’intensité concurrentielle est faible, investir sur le DAS est potentiellement
plus rentable. Dans les cas intermédiaires, pour lesquels certains intervenants sont puissants et
d’autres moins, le diagnostic doit être complété par l’utilisation d’outils complémentaires, notam-
ment les cartes de groupes stratégiques.
Naturellement, le modèle de Porter connaît des limites (recensées dans le tableau ci-dessous).
Limite no 3 :
Limite no 1 : Limite no 2 :
un outil ne décrivant
un outil statique un outil non systémique
que l’existant
Dans un environnement souvent Le modèle est conçu pour analyser Il est parfois possible de créer des
turbulent, l’intensité des forces la stratégie d’une même activité. marchés complètement nouveaux.
peut varier rapidement. Toute Il ne tient pas compte des syner- Or ce modèle ne traite que des
représentation devient alors vite gies et interdépendances du por- DAS existants.
caduque. tefeuille d’activités des grandes
entreprises.
Malgré ces limites, ce modèle reste très pertinent pour l’analyse des DAS. Il peut être complété par
l’étude des groupes stratégiques.
6. Cet exemple est adapté de Colla, « L’expansion Internationale du Discount Alimentaire », Décisions marketing,
no 30, 2003.
•G
42 stratégie d ’ entreprise
Penny Dia
Plus Leader
Société Price Société
mère peu mère
diversifiée diversifiée
Aldi Norma
Lidl Netto
Soft discount
Chaque groupe stratégique adopte un type de stratégie particulier. Par exemple, le groupe com-
prenant Penny et Plus référence beaucoup de marques privées. Les entreprises qui le constituent
ne sont donc en concurrence frontale ni avec Dia et Leader Price (qui distribuent en majorité des
marques d’enseigne), ni avec le troisième groupe (qui opte pour une domination par les coûts).
L’analyse des groupes stratégiques révèle la structure de la concurrence sur un DAS. Elle peut donc
constituer une aide précieuse pour la détection d’opportunités et de menaces. Ainsi, lorsqu’un
groupe stratégique est déjà composé de nombreuses entreprises, tout entrant potentiel constitue
une menace. Si elle se concrétise et que le secteur devient sur-capacitaire, une deuxième menace
apparaît : celle d’une guerre des prix. En revanche, il peut s’avérer qu’un positionnement possible
n’est retenu que par peu (ou pas) de sociétés. Dès lors, entrer sur le DAS selon ce positionnement
constitue une opportunité.
5 L’analyse PESTEL
L’analyse PESTEL complète les rubriques du diagnostic externe examinées jusque-là. Elle consiste à
maintenir une veille sur l’environnement général de l’entreprise, décrit par six types de facteurs :
– politiques ;
– économiques ;
– sociologiques ;
– technologiques ;
– écologiques ;
– légaux.
Chapitre 3 • Le diagnostic stratégique externe
•G43
Chacune de ces dimensions est susceptible d’avoir une influence sur la demande, l’offre, l’intensité
concurrentielle ou la structure des groupes stratégiques. Par exemple, une augmentation du taux
de chômage, qui renvoie à une évolution des facteurs économiques, peut provoquer une baisse de
la demande sur les DAS où l’entreprise est présente. Cela vient alors renforcer les menaces pesant
sur l’entreprise.
Inversement, l’arrivée d’une technologie peut constituer une opportunité. Ainsi, la possibilité
de compresser des fichiers audio a permis aux distributeurs de disques (Fnac, Virgin) de concur-
rencer directement les maisons de disque à travers leurs portails d’achat de musique en ligne
(Fnacmusic.com et Virginmega.fr).
L’analyse PESTEL
Environnement
apparue en 1980 lors d’un congrès de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature. À
cette époque, le développement durable est principalement axé sur l’aspect écologique. Ce n’est
qu’à partir du Sommet de Rio (1992) que les interdépendances entre économie et cadre de vie
sont mises en avant.
Plus précisément, le développement durable repose sur trois piliers. Si l’un d’entre eux fait défaut,
c’est l’ensemble qui s’écroule.
Les trois piliers du développement durable
Économique
Développement
durable
Environnemental Social
Chacun de ces piliers est doté d’une nature propre. Le tableau ci-dessous fournit des exemples
quant à leurs contenus.
Lorsqu’une entreprise met des moyens en œuvre pour appliquer le principe général de développe-
ment durable, elle est qualifiée de « citoyenne », car elle assume sa « responsabilité sociétale » en
adoptant une posture « éthique ».
Aujourd’hui, la notion de développement durable correspond à une attente forte de l’opinion
publique. Une étude de l’Ifop montre ainsi que la préoccupation environnementale des Français est
désormais acquise : plus de 9 sur 10 sont préoccupés par la protection de l’environnement. De
plus, si l’enjeu environnemental est souvent présenté à travers des indicateurs planétaires (réchauf-
fement climatique, fonte des glaces, émissions de CO2...), les études Ifop démontrent qu’il s’agit
également d’une préoccupation très « quotidienne et individualiste » (vie locale, habitat, consom-
mation, qualité de l’air et de l’eau, etc.).
Chapitre 3 • Le diagnostic stratégique externe
identifie des objectifs mobilisateurs pour l’ensemble des acteurs de la société. Cette stratégie rend
le développement durable incontournable sur le plan légal et réglementaire. La Charte de l’envi-
ronnement est ainsi adossée au préambule de la Constitution de la France depuis le 1er mars 2005.
Son article 6 proclame : « les politiques publiques doivent promouvoir un développement durable ».
De cette stratégie, on peut citer quelques exemples :
– le renforcement de la fiscalité écologique dans les domaines des transports, des déchets, du
patrimoine naturel, des énergies renouvelables et des économies d’énergie ;
– des crédits d’impôt pour les particuliers en faveur des économies d’énergie et des énergies
renouvelables pouvant aller jusqu’à 50 % d’aide ;
– en application de la loi sur les Nouvelles Régulations Économiques (loi NRE), les entreprises
cotées en bourse sont tenues d’inclure dans leur rapport annuel des informations sociales et
environnementales.
Toutes ces raisons font qu’aujourd’hui les entreprises sont forcées d’intégrer le développement
durable à leur réflexion stratégique et d’adopter des politiques de RSE.
Ce nouvel environnement, dans lequel la RSE devient un « passage obligé », peut être envisagé de
deux manières par les entreprises : comme un outil de gestion permettant d’augmenter la rentabi-
lité, ou comme un cadre moral donnant un supplément d’âme à l’entreprise. Le tableau ci-dessous
précise ces deux façons d’appréhender la RSE.
environnementales qui sont mises en œuvre tout au long de la filière d’approvisionnement. Des
entreprises comme L’Oréal ont parfaitement intégré cette problématique en ayant recours à des
audits réguliers auprès de leurs sous-traitants.
L’autre évolution majeure de l’environnement, devant être pris en compte à tous les niveaux du
diagnostic externe, est la crise financière.
Quand le marché immobilier américain s’est retourné au début de l’année 2007, les ménages
n’ont pas pu rembourser leurs dettes. Ceci a provoqué la faillite des établissements prêteurs. Car
même en saisissant la maison, cette dernière avait une valeur inférieure à celle de départ.
Chapitre 3 • Le diagnostic stratégique externe
Le phénomène touche ensuite les banques. En effet, celles-ci avaient été nombreuses à investir
dans les établissements prêteurs, extrêmement rentables lorsque le marché immobilier était en
bonne santé. Mais avec la faillite des établissements prêteurs, les fonds investis auprès de ces der-
niers ont été réduits à zéro. Pour compenser les pertes d’argent sur le marché immobilier, les
banques (notamment BNP Paribas en France) se sont vues obligées de vendre leurs actions. Or, ces
cessions massives d’actifs de la part des banques ont provoqué aussi la chute des valeurs sur les
marchés financiers.
De plus, la faillite de plusieurs banques aux États-Unis et les difficultés de BNP Paribas en France
ont provoqué une crise de confiance sur les marchés financiers européens. En effet, les banques se
sont soupçonnées entre elles d’être contaminées par la crise des subprimes et ont refusé, par pré-
caution, de se prêter de l’argent. Par conséquent, certains établissements bancaires ont vite
manqué de liquidités et n’ont plus été capables d’honorer leurs engagements financiers.
Toutes les banques du monde étant liées par des accords financiers, la crise s’est très vite propagée
jusqu’en Asie à l’été 2007. Pour compenser le manque de liquidités, certains établissements ban-
caires ont été obligés de vendre leurs actions et obligations, ce qui a provoqué une chute des
valeurs boursières, en Europe puis en Asie.
Les banques centrales, aux États-Unis et en Europe, sont alors intervenues pour calmer la tempête,
du moins momentanément.
Les conséquences pour les différents acteurs économiques sont majeures (voir tableau ci-dessous).
La crise n'est plus seulement boursière ou financière, elle devient, plus largement économique.
Pour conclure, on voit bien que l’environnement actuel des entreprises est très changeant. Le
tableau suivant offre une synthèse des principales modifications récentes pouvant avoir un impact
sur l’activité des entreprises (cas de la France).
D – La sortie de crise
2011 est l’année de la sortie de crise. Dès le mois de mars, une étude de l’Insee montre que le cli-
mat des affaires est au plus haut depuis le début de la crise en 2007, et que l’activité repart dans
quasiment tous les secteurs : industrie, commerce, services… Le taux de chômage diminue égale-
ment, confirmant la reprise de l’économie.
Chapitre 3 • Le diagnostic stratégique externe
•G
49
Pourtant, les inquiétudes demeurent et témoignent de la fragilité de la reprise. Le recul des places
boursières à l'été 2011 est en effet venu nuancer les pronostics optimistes.
Dans ce contexte, les banques, tenues pour les grandes responsables de la crise, font l’objet d’une
attention particulière : l’opinion publique attend une meilleure régulation de leurs activités. Elles
sont d’autant plus observées que toutes affichent des bénéfices en forte hausse.
C’est dans ce sens qu’ont été créés des organes de contrôle, notamment l’Autorité de Contrôle
Prudentiel en France, ou encore le nouveau Système Européen de Supervision Financière. C’est
également dans le but d’éviter une nouvelle crise qu’ont été publiés, au niveau international, les
accords de Bâle III. Ces derniers introduisent de nouvelles normes de solvabilité obligeant les
banques à augmenter leurs fonds propres afin d’être plus résistantes face à d’éventuelles crises.
Pour cela, deux nouveaux ratios de liquidité doivent dorénavant être respectés : le « LCR » (Liquidity
Coverage Ratio) et le « NSFR » (Net Stable Funding Ratio).
De son côté, la France se dote d’une « loi de régulation bancaire et financière », comportant des
mesures de régulation et d'encadrement du système financier, notamment :
– l’encadrement des ventes à découvert ;
– la régulation des marchés dérivés et CDS7 ;
– le contrôle des agences de notation ;
– le renforcement du contrôle du secteur financier (grâce à l’Autorité de Contrôle Prudentiel) ;
– le renforcement des pouvoirs de sanction des gendarmes du secteur financier (le montant maxi-
mum des sanctions est porté à 100 millions d’euros) ;
– l’encadrement de la rémunération des opérateurs de marchés, notamment pour le niveau des
bonus.
Ce dernier point souligne l’attention portée au montant des bonus distribués par les banques à
leurs traders. En effet, le comportement de ces derniers est considéré par l’opinion publique
comme une des origines de la crise. En France, la tendance est à la baisse des bonus : BNP Paribas
a annoncé par exemple un recul de 16 % en 2010. Toutefois, la plupart des banques américaines
et plusieurs de leurs homologues européennes ont augmenté massivement les salaires fixes des
traders, trouvant ainsi un moyen de contourner l'interdiction des bonus garantis sur plusieurs
années. Dans le même ordre d’idée, les banques versent dorénavant d'importants bonus lors des
recrutements (« welcome bonus »).
système de Décembre 2007 sion de CO2, sanctionne ceux qui polluent et incite à l’achat de
bonus-malus véhicules propres.
Défiscalisation L’ensemble de la rémunération de l’heure supplémentaire, c’est-
des heures Octobre 2007 à-dire le salaire de base et la majoration, est exonérée d’impôt
supplémentaires sur le revenu et de charges sociales.
Cette mesure a mis en place des allègements visant à exonérer
Réforme de la loi
Août 2007 95 % des héritiers à l’intérieur du cercle familial (conjoints et
de succession
héritiers en ligne directe) seulement.
Le dispositif limite à 50 % des revenus le montant maximum de
Bouclier fiscal Août 2007
l'impôt payé.
Réforme de
Août 2007 Elle prévoit l’autonomie de toutes les universités.
l'université
Il s’agit d’organiser le dialogue social et la continuité du service
Service minimum Août 2007
public dans les transports terrestres réguliers de voyageurs.
La chaîne de valeur
Infrastructure
Développement technologique
Système d’information
Marge
Représenter la chaîne de valeur permet d’identifier les activités les plus créatrices de valeur. C’est
ce que l’entreprise fait le mieux, ce qui la distingue de ses rivales. Par exemple, le développement
technologique est primordial chez L’Oréal, qui fonde son avantage concurrentiel sur l’innovation
(et qui se traduit par le dépôt de plus de 500 brevets chaque année).
Elle permet aussi de comprendre l’imbrication des activités. Ainsi, la gestion des ressources
humaines peut engager des politiques visant à former des chercheurs ou des commerciaux. Elle
peut également instaurer une communication entre ces deux métiers, en sensibilisant par exemple
les chercheurs aux enjeux commerciaux. Ces interactions participent, au final, à la création de
valeur pour les clients.
Le diagnostic s’aide de la chaîne de valeur pour repérer certaines forces et faiblesses de l’entre-
prise. Si une activité permet de dégager beaucoup de marge, elle représente une force. L’entreprise
a tout intérêt à y consacrer ses efforts pour bâtir son avantage concurrentiel (par exemple, le
service après-vente chez Darty). Pour autant, une activité ne dégageant que peu de marge n’est
pas nécessairement néfaste à l’entreprise. Elle constitue une faiblesse seulement dans le cas où elle
présente un intérêt stratégique mais qu’elle n’est pas créatrice de valeur.
Enfin, une activité non stratégique ne dégageant que peu de marge a tout intérêt à être exter-
nalisée, c’est-à-dire confiée à un prestataire externe. Cela permet à la firme de se concentrer
sur son savoir-faire et de bénéficier des compétences de l’entreprise partenaire. L’externalisa-
tion ne devrait jamais porter sur des activités stratégiques, puisque cela induit des risques de
dépendance.
Chapitre 4 • Le diagnostic stratégique interne
Le schéma suivant revient sur les décisions à prendre à l’issue de l’analyse de la chaîne de valeur :
•G
55
Oui Non
La chaîne de valeur situe l’analyse au niveau global des activités. Pour étudier plus précisément les
aspects humains, il est nécessaire de se pencher sur les ressources et les compétences.
A – Les ressources
Les ressources sont constituées des actifs de l’entreprise. Elles peuvent être tangibles (ressources
humaines, ressources financières, équipements...) ou intangibles (réputation, brevets...).
•G56 stratégie d ’ entreprise
De nos jours, l’accent est particulièrement mis sur l’importance des ressources humaines, de plus
en plus perçue comme un levier puissant permettant d’atteindre la performance. Lengnick-Hall5
estime ainsi que « les ressources humaines procurent à l’organisation un avantage compétitif ». De
nombreuses entreprises mettent ainsi en avant la place centrale des individus dans l’atteinte des
objectifs6. Par exemple, Air France déclare que « les femmes et les hommes d’Air France consti-
tuent la première ressource de l’entreprise et travaillent, au quotidien, à la réussite de la Compa-
gnie »7. Dans cette vision, Air France investit de façon continuelle et significative dans la formation
pour augmenter la valeur de ses ressources humaines. Ainsi, 209 millions d’euros ont été dépensés
en 2006 dans la formation de ses personnels (soit 8,7 % de la masse salariale, un niveau très supé-
rieur aux obligations légales).
De façon logique, rien ne sert de disposer de ressources si l’entreprise ne sait pas les mettre en
valeur. C’est à ce niveau que les compétences interviennent.
B – Les compétences
Les compétences sont des processus permettant à l’entreprise de déployer ses ressources. Elles
peuvent être détenues par les individus ou l’entreprise.
1) Les compétences détenues par les individus
Les individus possèdent trois types de compétences : les savoirs, les savoir-faire et les savoir être :
– les savoirs peuvent être de nature technique, scientifique ou administrative (c’est-à-dire acquis à
travers des formations universitaires ou professionnelles). Ils sont explicites ou formalisés, ce qui
signifie qu’ils peuvent être transmis par le biais d’un « discours, une fois connus les règles syn-
taxiques du langage retenu et les concepts représentatifs de la sémantique de ce langage »8 ;
– les savoir-faire résultent de l’expérience des individus dans leur travail (tours de main, tech-
niques particulières liées à un poste...). Ils sont donc tacites et inséparables de l’individu qui les a
développés. Par conséquent, ils sont difficilement transmissibles par le langage (contrairement
aux savoirs). L’acquisition d’un savoir-faire passe alors par la réalisation en commun de travaux
ou de tâches spécifiques ;
– les savoir-être concernent l’ensemble des « savoirs que faire » de l’individu, par exemple sa
capacité à interpréter un contexte et à apporter une solution. Ils reposent à la fois sur l’expé-
rience de l’individu et sur son intuition.
Les entreprises ont compris l’enjeu qu’il y a à conserver et valoriser leurs ressources. Ainsi, IBM9 a
développé trois supports permettant de stocker et de rendre disponibles ses ressources :
– le mentoring : il repose sur la mise en relation de deux personnes : un mentor qui est possesseur
de connaissances et d’expériences significatives, et un élève qui tient le rôle d’acquéreur de
5. Lengnick-Hall, « Strategic Human Resources Management : A Review of the Literature and a Proposed
Typology », Academy of Management Review, Vol. 13, 1988.
6. Bien entendu, les entreprises cherchent également à motiver leurs salariés en délivrant de tels messages.
7. Source : site de Air France Corporate (http://corporate.airfrance.com/).
8. Reix, « Savoir Tacite et Savoir Formalisé dans l’Entreprise », Revue Française de Gestion, no 105, Septembre-
octobre, 1995.
9. Cet exemple est tiré de l’article de Mermoud-Thomassian : « Gestion des connaissances et dynamique
d’apprentissage : pour une reconsidération du rôle de la mémoire organisationnelle », Acte de l’AIMS, 2002.
connaissances ;
Chapitre 4 • Le diagnostic stratégique interne
– IBM Campus : c’est est un lieu de formation individuelle et collective : cours magistraux,
•G57
e-learning... ;
– KM (Knowledge Management) : cet outil utilise les technologies de l’information et de la
communication (Intranet, groupware, forums de discussion...) afin de capitaliser les expériences
et de développer de nouveaux savoirs grâce au travail coopératif.
Ces trois outils visent à pérenniser les différents types de ressources :
– les collaborateurs acquièrent différents types de savoirs par la formation (IBM Campus) ;
– les savoir-faire sont notamment transmis par le travail collaboratif de terrain (mentoring) ;
– les savoir-être risquent de disparaître lors des départs (retraite, débauchage par la concurrence...).
Pour éviter cela, l’outil KM rend explicite et mémorise les savoir être des individus et les rend
accessibles.
2) Les compétences détenues par l’entreprise
L’entreprise détient des compétences collectives : maîtrise des processus de contrôle, d’innovation,
ou encore de gestion de la qualité. Par exemple, la qualité d’un service bancaire dépend de la qua-
lité des interactions entre le back et le front office. La construction du service ne dépend pas seule-
ment du front office (personnel au contact), mais de l’organisation au sens global, c’est-à-dire
de tous les moyens et toutes les personnes sur lesquels ce personnel peut s’appuyer (gestion de
l’information, structure, organisation du processus de qualité...).
L’encadré ci-dessous montre comment le groupe Vallourec10 valorise ses ressources grâce à la maî-
trise d’un outil de gestion de l’information.
11
Un intranet pour fédérer les compétences11
« Depuis un an et demi, les salariés de Vallourec du monde entier peuvent échanger des informations,
des conseils et des bonnes pratiques via un réseau de communautés sur internet.
C’est un Web 2.0 version entreprise. Baptisé “Sharemind” ou “esprit de partage”, l’outil relie, en
quelques clics, les salariés de Vallourec du Brésil, des États-Unis, de France ou d’Allemagne. Idéal pour
un groupe décentralisé et très éclaté géographiquement. L’intérêt ? Créer des communautés, et donc
un lien permanent, entre personnes du même domaine d’activité ou partageant des centres d’intérêt
professionnels, travailler ensemble à distance sans se déplacer, identifier les experts (via un annuaire
des compétences individuelles et un moteur de recherche) ou les fournisseurs les plus fiables, échanger
des bonnes pratiques, partager des informations et des documents... “Cela nous permet de gagner
du temps, d’être mieux coordonnés et de mutualiser nos process et nos connaissances”, remarque
Estelle Michaut-Querrien, responsable “knowledge management”. Cet outil, qui a nécessité cinq ans
de travail et un budget de 270 000 euros, n’est pas seulement une bibliothèque de savoirs. C’est aussi
un accélérateur de performance. Si un accident du travail a lieu dans une usine, les autres sites de
10. Vallourec, société cotée en Bourse, est le leader mondial de la production de tubes sans soudure en acier.
11. D’après un article issu du journal Les Échos du 04/11/2008.
•G
58 stratégie d ’ entreprise
production en sont informés pour éviter que cela ne se répète. Cela permet aussi de tester les produits
aux quatre coins du monde et d’apporter des améliorations. Un groupe d’ingénieurs a ainsi réussi à
réduire de 15 % la consommation d’air comprimé dans l’usine de tuberie de Rouen.
Actuellement, il existe 37 communautés, pour 1 650 membres (dont 45 % l’utilisent au moins une
fois par mois) et 6 800 connexions mensuelles. Du cadre aux techniciens, tous les salariés peuvent
participer. On trouve des communautés métiers – R & D (les plus répandues, une vingtaine au total),
achats, RH, marketing ou informatique –, mais aussi des communautés d’une durée de vie plus ponc-
tuelle, liées à un produit ou à un projet... Chaque création répond à une demande du terrain. »
À NOTER • Dans l’exemple d’IBM, il s’agissait uniquement de conserver des ressources, notamment
grâce à l’utilisation d’un intranet. Le cas de Vallourec montre que le même outil peut servir à valo-
riser ces ressources, et devenir ainsi le support d’une compétence de l’entreprise.
Dans le cadre du diagnostic interne, il est nécessaire d’interpréter les ressources et les compétences
en termes de forces et de faiblesses. Cet exercice passe par l’identification des ressources et
compétences stratégiques.
12. Hamel et Prahalad, « The Core Competence of the Corparation », Harvard Business Review, Vol. 68,
1990.
Chapitre 4 • Le diagnostic stratégique interne
L’approche de Hamel et Prahalad (1990) ne se limite pas au simple recensement des compétences
fondamentales de l’entreprise. Elle participe à la « Resource Based View » qui opère un renversement
de perspective dans la pensée stratégique.
Jusqu’alors, l’accent était mis sur les opportunités et menaces de l’environnement. Le diagnostic
interne avait pour but de savoir si l’entreprise était en mesure d’y répondre.
La Resource Based View considère à l’inverse que dans un environnement changeant, la stratégie doit
être déterminée en se fondant sur des éléments stables : les ressources et compétences de l’entre-
prise. L’environnement n’intervient qu’après, afin de trouver les secteurs sur lesquels l’entreprise
pourra valoriser ses compétences.
Dans cette optique, toute l’activité d’une entreprise repose sur un nombre réduit de compétences
fondamentales. Hamel et Prahalad donnent l’image de l’entreprise comme d’un arbre dont les racines
seraient les compétences fondamentales.
Le diagnostic permet alors de faire ressortir les ressources stratégiques et les compétences fonda-
mentales. Elles représentent autant de forces sur lesquelles l’entreprise peut s’appuyer. Inverse-
ment, si une entreprise cherche à s’imposer sur un DAS et qu’elle ne dispose pas des ressources et
compétences nécessaires, cette absence constitue une faiblesse. L’entreprise peut alors chercher à
la réduire par acquisition des ressources et compétences manquantes13.
Rapprocher le diagnostic interne des caractéristiques de chaque DAS, comme cela vient d’être fait
brièvement, montre tout l’intérêt d’avoir une vision globale du diagnostic stratégique.
13. Nous verrons dans la Partie 4 que pour cela l’entreprise peut agir seule (par croissance interne ou externe)
ou à plusieurs (alliances, partenariats, externalisation...).
Les relations
entre éléments Chapitre 5
du diagnostic
La réflexion menée jusque-là a permis de recenser les opportunités et les menaces sur les différents
DAS, ainsi que les forces et les faiblesses de l’entreprise. Mais ces différents éléments ont été ana-
lysés séparément. Il est à présent nécessaire de se pencher sur les relations qu’ils entretiennent.
C’est l’objet des matrices de portefeuille d’activités.
Attraits
de l'environnement
–
+ Atouts de l’entreprise –
•G62 stratégie d ’ entreprise
Les matrices se distinguent entre elles principalement par la façon dont elles font la synthèse du
diagnostic. Par exemple, les opportunités/menaces peuvent être résumées par :
– le taux de croissance du marché (BCG) ;
– un indicateur composite (McKinsey) ;
– la maturité du métier (Arthur D. Little).
De même, les forces/faiblesses sont différemment appréciées, grâce à :
– la part de marché relative (BCG) ;
– un indicateur composite propre à chaque entreprise (McKinsey) ;
– la position de l’entreprise vis-à-vis des facteurs clés de succès (FCS) du DAS (Arthur D. Little).
Une autre distinction concerne le degré de précision recherché. Par exemple, la matrice du BCG
contient 4 cadrans, là où celle de McKinsey en retient 9 et celle d’Arthur D. Little 20. Naturelle-
ment, plus il y a de cadrans et plus l’analyse est précise. Mais l’outil perd alors une partie du carac-
tère synthétique qui fait sa force. De plus, une matrice comme celle de McKinsey est trop difficile à
mettre en œuvre dans le cas des PME. En effet, l’identification des facteurs significatifs pour
chaque dimension composite et ensuite leur pondération est une tâche délicate, qui exige la col-
lecte d’un grand nombre d’informations. Ces différentes raisons font que nous nous focaliserons
pour la suite sur la matrice BCG.
2 La matrice BCG
La matrice BCG tire son nom du cabinet de consultants qui l’a créée à la fin des années 1960 : le
Boston Consulting Group. Elle propose de placer sur un même graphique les opportunités, les
menaces, les forces et les faiblesses. Pour cela, elle contient deux axes :
– en abscisse apparaît la part de marché relative1 de l’entreprise. Cette mesure permet d’apprécier
si la firme est forte (part de marché importante) ou faible (part de marché réduite) pour un DAS
donné ;
– en ordonnée est indiqué le taux de croissance du marché2. Cet indicateur est un moyen d’évaluer
l’attrait d’un DAS (un taux de croissance élevé étant considéré comme une opportunité).
Le graphique obtenu contient quatre quadrants, dans lesquels les DAS sur lesquels l’entreprise est
présente sont disposés. Chaque DAS est représenté par un cercle dont le diamètre est propor-
tionnel au chiffre d’affaires dégagé sur ce DAS.
1. Il s’agit de la part de marché de l’entreprise rapportée à la part de marché des principaux concurrents.
2. Naturellement, l’indicateur utilisé est arbitraire et nécessairement réducteur. Cependant, c’est par rapport
à l’objectif de l’outil qu’il faut le juger. On s’intéresse ici principalement aux interactions entre éléments du
diagnostic, plus qu’à la précision des mesures.
Chapitre 5 • Les relations entre éléments du diagnostic
La matrice BCG
•G63
Fort
Vedette Dilemme
DAS
DAS
3
4
Taux
de croissance
du marché
Vache à lait Poids mort
DAS DAS
1 2
Faible
Les différents types de DAS ont des caractéristiques qui leur sont propres :
– les DAS « vaches à lait », comme leur nom l’indique, génèrent beaucoup de liquidités. Ils sont
de plus très profitables car ils ont été amortis (le marché est déjà mature). Mais l’entreprise ne
peut pas s’en contenter, car ils sont appelés à devenir des DAS « poids morts » quand ils attein-
dront leur phase de déclin. Alors la firme devra les abandonner ou les relancer ;
– les « vedettes » sont les DAS sur lesquels l’entreprise mise pour l’avenir. Ils sécrètent des fonds
substantiels, mais ne dégagent pas beaucoup de bénéfices car leur croissance réclame d’être
soutenue financièrement. L’enjeu est de maintenir l’effort sur ces DAS pour qu’ils deviennent
« vaches à lait » à terme ;
– les DAS « dilemmes » sont potentiellement rentables, mais coûtent beaucoup à la firme. Il y a
un vrai dilemme dans la mesure où l’entreprise a le choix entre les abandonner et continuer à les
soutenir sans être certaine qu’ils deviennent des « vedettes » ou des « vaches à lait » un jour.
La matrice BCG permet de comprendre les relations entre les DAS. Par exemple, une firme a besoin
de « vaches à lait » pour financer la croissance des « vedettes » et les « dilemmes ». De même, les
« vedettes » permettent de relayer les « vaches à lait » quand ceux-ci deviendront « poids morts ».
Cela signifie qu’une entreprise a intérêt à avoir un portefeuille d’activités équilibré, avec au moins
des « vaches à lait » et des « vedettes » (comme celui sur le schéma ci-dessus).
•G64 stratégie d ’ entreprise
L’utilisation de cet outil permet de compléter le diagnostic stratégique. Par exemple, un DAS
« vache à lait » est une force pour l’entreprise puisqu’il génère des liquidités. Mais si le portefeuille
est déséquilibré, il existe une menace pour l’entreprise : même pour le cas où elle est profitable sur
le moment, elle risque de péricliter si elle n’a pas préparé son avenir3.
Naturellement, comme n’importe quel outil, la matrice BCG comporte des limites. Il s’agit de les
connaître lors de son utilisation, et de tenter de les pallier. Mais elles ne doivent pas faire perdre de
vue l’intérêt (graphique et synthétique) de la matrice. Les principales limites reconnues sont listées
ici :
– un aspect réducteur : la stratégie est analysée uniquement par rapport au marché aval. Or, la
stratégie a un aspect beaucoup plus global que les simples relations avec le marché aval ;
– un manque criant d’analyse quant aux relations avec les fournisseurs et l’environnement de
l’entreprise ;
– une méconnaissance de certains secteurs où la concurrence se joue sur d’autres critères que les
coûts (concurrence par rapport aux clients, aux technologies...) ;
– une méthode non-universelle, renforcée par la difficulté à définir précisément ce qu’est un DAS.
Les éléments du diagnostic stratégique ayant maintenant tous été présentés, il s’agit d’en faire la
synthèse globale.
3. La matrice BCG permet aussi de comprendre le risque pesant sur les entreprises détenues, au moins en
partie, par des fonds de pension. En effet certains fonds exigent des entreprises qu’elles se focalisent sur un
petit nombre de DAS très rentables (les DAS « vaches à lait ») sans chercher à investir sur l’avenir (abandon des
DAS « vedettes » et « dilemmes »). Bien sûr, ces entreprises sont très rentables à court terme, mais leur survie
est menacée à plus long terme. Les fonds de pensions ne prennent pas véritablement de risques en agissant
de la sorte car ils ont toujours la possibilité de céder les titres des entreprises sur les marchés financiers, à partir
du moment où ces dernières deviennent moins rentables.
La synthèse Chapitre 6
du diagnostic stratégique
Les étapes du diagnostic stratégique menées jusqu’ici ont permis de collecter une grande quantité
d’informations. La dernière phase, cruciale, consiste à les synthétiser. L’enjeu est de mettre en pers-
pective les quatre composantes du diagnostic (opportunités, menaces, forces et faiblesses). En
conclusion, nous abordons les autres dimensions du diagnostic stratégique.
1 Objectifs de la synthèse
La synthèse du diagnostic stratégique vise à établir une adéquation entre ce que sait faire l’entre-
prise et les facteurs clés de succès (FCS) des DAS visés. Cette adéquation pourra alors s’obtenir
soit :
– en partant des DAS. Il s’agit de rendre l’entreprise capable de répondre aux FCS (acquisition de
ressources et de compétences stratégiques) ;
– en partant de l’entreprise. Il s’agit de trouver les DAS sur lesquels les FCS sont compatibles avec
les ressources et compétences stratégiques présentes de l’entreprise.
Comme le montre l’exemple du secteur de l’exploitation cinématographique, si une entreprise a
beaucoup de poids dans son secteur, elle peut également chercher à transformer les FCS d’un
DAS.
1
1. Exemple tiré de l’article de Roy, « Vertus de l’innovation stratégique pour les leaders du marché », Actes de
l’AIMS, Angers, 2005.
•G
66 stratégie d ’ entreprise
– un grand nombre de services sont associés à la projection des films : stationnement, restauration,
boutiques...
Désormais, tout nouvel entrant doit se plier aux nouveaux FCS pour prétendre entrer sur le DAS :
avoir une large capacité d’investissement, disposer de vastes espaces et proposer des services
annexes.
Plusieurs raisons peuvent expliquer la volonté des leaders du secteur pour modifier les FCS à ce
moment de l’histoire, alors qu’ils dominaient le marché :
– régénération du secteur : le secteur de l’exploitation cinématographique était alors en déclin ;
– recherche d’un nouveau modèle économique pour augmenter leur rentabilité : plus de choix dans
un espace plus confortable ;
– création d’un nouveau marché en périphérie ;
– accroître leur avance sur les concurrents en se différenciant davantage ;
– protection face à de nouveaux entrants, notamment les groupes anglo-saxons qui auraient pu à ce
moment-là exporter leur concept en France.
Pour que la synthèse réalisée apporte une valeur ajoutée au diagnostic stratégique, il est nécessaire
de faire plus qu’une simple liste des opportunités, menaces, forces et faiblesses observées. L’ana-
lyse doit être plus structurée. La matrice SWOT permet d’apporter cette plus-value.
Dans un second temps, la matrice SWOT est utilisée pour mener une analyse SWOT, visant à
déterminer les stratégies adaptées à la situation de l’entreprise dans ses environnements. Pour
cela, la démarche consiste à croiser les informations issues de la matrice.
Chapitre 6 • La synthèse du diagnostic stratégique
Analyse de la matrice
•G 67
Forces Faiblesses
Offre
Demande
Intensité
concurrentielle Opportunités 1 2
Groupes
stratégiques
PESTEL
Menaces 3 4
Relations entre
éléments
du diagnostic
Le diagnostic stratégique étant réalisé, l’entreprise sait dans quelles directions elle doit mener ses
efforts : saisir les opportunités et se protéger des menaces, en se fondant sur ses forces et en
palliant ses faiblesses. Ces orientations vont se concrétiser, de différentes manières, dans les stra-
tégies. Avant de les exposer en détail, un retour sur la démarche de diagnostic stratégique permet
de prendre du recul sur ses avantages et limites indirects.
À la fin des années 1920, Elton Mayo2 (1888-1949) mène une série d’expériences en collaboration
avec ses assistants de la Harvard Business School à l’usine de la Western Electric Company située à
Hawthorn, près de Chicago. Il fait notamment varier les conditions matérielles de travail (luminosité
des ateliers...) et observe le fonctionnement informel des groupes de travail.
De ces analyses, il ressort que la motivation des individus trouve essentiellement sa source dans les
relations humaines (sentiment de considération, participation aux décisions, cohésion du groupe...)
plus que dans les conditions matérielles de travail et que la motivation des individus entraîne la perfor-
mance de l’organisation. La conclusion principale est alors que pour améliorer sa productivité, une
entreprise doit tenir compte de l’aspect humain, en portant une attention particulière aux besoins
sociaux et d’estime des individus. Elle doit faire en sorte que les salariés se sentent intégrés à un
groupe social.
Naturellement, ceci remet en cause les principes de l’OST (Organisation Scientifique du Travail) de
Taylor puisque l’efficacité ne passe plus par la spécialisation du travail ou les seuls avantages matériels.
2
d’un simple outil, qui ne doit pas être considéré comme une recette sous peine de faire de la stra-
tégie un écueil pour l’entreprise.
Grâce à ces recommandations, il est possible de poursuivre l’exploration des stratégies des entre-
prises à tous leurs niveaux. Le premier d’entre eux est celui des stratégies par activité.
Application corrigée :
quelles solutions pour Chapitre 7
le e-commerce ?
1 Énoncé1
Les ventes sur internet sont portées par un élargissement de la clientèle et du marché. Selon le
ministère de l’Économie, des Finances et de l’Emploi2 et la Fédération du e-commerce et de la
vente à distance (Fevad)3, les ventes sur internet en France en 2006 ont passé la barre des 12 mil-
liards d’euros (et plus de 100 millions de transactions). Le commerce électronique a ainsi connu en
2006 une croissance de 37 %. En 2007, le chiffre d’affaires a augmenté de 35 % par rapport à
2006, à 16,1 milliards d’euros, pour 180 millions de transactions. En 2010, ce chiffre est même
passé à 31 milliards d'euros.
A – Le cyberacheteur
Selon les derniers résultats de l’Observatoire des Usages internet de Médiamétrie [...], le nombre
de cyberacheteurs au 4e trimestre 2006 a franchi un nouveau record avec 17,6 millions d’acheteurs
en ligne, soit une croissance de 31 % sur un an sur la même période. Par ailleurs, l’Observatoire
Médiamétrie relève que plus de 9 millions de Français ont acheté sur internet au cours des 30 der-
niers jours. En 2010, 77 % des Français ont acheté à distance.
L’une des explications de cet engouement est que pour de très nombreux consommateurs, acheter
sur internet permet d’augmenter son pouvoir d’achat. « On est effectivement dans une logique de
solderie permanente sur internet [...] » explique Philippe Moati, professeur de sciences écono-
miques et directeur de recherche au Centre de recherche pour l’étude et l’observation des condi-
tions de vie (Credoc)4.
Cette croissance s’accompagne d’une évolution du profil général des clients des sites de
e-commerce. Ainsi, la part des 50 ans et plus a progressé de 60 % en un an, note Médiamétrie. De
même, le nombre de cyberacheteuses augmente, plus de la moitié des femmes internautes s’est
déjà laissée tenter par l’achat en ligne (57,7 % au 4e trimestre 2006 contre 49 % au 4e trimestre
1. Cette application correspond au sujet national 2008 du DCG. Il a été actualisé à la marge.
2. http://www.pme.gouv.fr/
3. http://www.fevad.com/
4. Brafman, « Le e-commerce surfe sur le sentiment de baisse du pouvoir d’achat », Le Monde, 25 janvier
2008.
•G
72 stratégie d ’ entreprise
2005). Cette évolution du profil s’accompagne d’une véritable démocratisation observée par
Médiamétrie. 63 % des Français des catégories socioprofessionnelles les moins favorisées (CSP-)
achètent sur internet contre 52 % il y a un an, preuve que l’achat en ligne n’est plus l’apanage des
classes aisées et touche aussi désormais les internautes mois favorisés5.
Chaque année, 30 à 40 % d’e-commerçants supplémentaires apparaissent sur le marché français.
« 13 000 nouveaux sites marchands ont été créés, portant leur nombre total à 37 000. Alors qu’en
2005, plus de la moitié des sites réalisaient moins de dix commandes par mois, en 2007 ils étaient
60 % à réaliser entre 10 et 1 000 commandes par mois », note la Fevad. Le montant moyen d’une
transaction est passé à 91 euros en 2007, contre 88 euros en 2006. Le chiffre est resté à 91 euros
en 2011.
En moyenne, un acheteur en ligne dépense environ 800 euros et effectue près de neuf commandes
par un an sur internet. Désormais, un Français sur trois est un cyberacheteur. « Compte tenu du
fait qu’un Français sur deux est internaute, la marge de progression est donc importante », se féli-
cite Marc Lolivier, délégué général de la Fevad6.
Nombre de sites 5 400 7 500 15 000 24 000 36 000 47 000 64 000 82 000
« Passeport numérique »7).
•G
73
Ces dispositions s’inscrivent dans le prolongement de la loi sur la Confiance en l’économie numé-
rique parue au JO no 143 du 22 juin 2004. Cette loi favorise le développement du commerce par
internet en clarifiant les règles à la fois pour les consommateurs et les prestataires. Ainsi, les règles
du commerce électronique ont été renforcées, créant notamment à cet effet une responsabilité
globale du marchand en ligne sur l’ensemble de la vente, de la passation de commande à la four-
niture de biens, ou de prestation de services.
Quelles que soient leurs activités, les entreprises doivent avoir un site web marchand ou un
site vitrine. À part les pure players qui disposent uniquement d’un site web marchand (Pixmania,
Rue du Commerce...), les entreprises ne peuvent pas faire l’économie d’incursions actives dans le
B to C (grande surface, textile, Hi-fi, vidéo, etc.).
Bien souvent, un site marchand vise trois objectifs :
– développer un nouveau canal de vente ;
– développer la notoriété de la marque ;
– développer la synergie multi-canal et la complémentarité entre les magasins et le Web.
Cette diversité pèse sur la conception d’une offre cohérente pour les SSII (Sociétés de Services et
d’Ingénierie en Informatique) spécialisées dans le e-commerce. Mais quelles que soient les contin-
gences, les services e-commerce indispensables à une plate-forme marchande prennent en
compte :
– les solutions applicatives de e-commerce : comment concevoir, développer et faire évoluer les
solutions applicatives de la plate-forme e-commerce (catalogues, gestion des contenus, merchan-
dising, processus de commande, solutions de paiement, compte client, programme de fidélité) ;
– les solutions d’hébergement : mutualisé, dédié...
– les solutions marketing afin de mettre au point des scénarios et une stratégie valorisant l’offre,
les produits ou les services de l’entreprise.
Ces trois catégories de solutions constituent la chaîne de valeur du e-commerce et rares sont les
entreprises disposant d’un savoir-faire couvrant ces trois dimensions.
Dans ce contexte, les concurrents sont très nombreux. En effet, on estime qu’à chaque type de
solution correspondent des offres. Ainsi, des entreprises peuvent se spécialiser dans les solutions
applicatives, ou dans les solutions d’hébergement ou encore dans les solutions marketing.
Au niveau national, seules quelques grandes entreprises comme IBM, ATOS Origin ou UNILOG
proposent la solution applicative et d’hébergement à un prix excluant toute contestation possible
pour des petites structures. Leurs compétences expertes dans les domaines de l’informatique ainsi
que leur pouvoir de négociation créent des barrières à l’entrée pour la très grande majorité des
concurrents. Mais les offres de ces grands groupes souffrent le plus souvent d’un manque de vision
globale du champ d’intervention, puisqu’ils ne proposent que très rarement une solution marke-
ting. Ainsi, il n’est pas rare de voir cette activité sous-traitée auprès de partenaires locaux reconnus
et spécialisés dans les développements marketing. Les projets proposés par ces grandes entreprises
concernent le plus souvent des groupes aux projets très lourds à mettre en œuvre techniquement
avec une opérationnalisation sur plusieurs années.
Au niveau local, on rencontre ainsi davantage une offre fragmentée. On remarque la création
d’entreprises spécialisées dans une des trois solutions, attirées par les performances économiques
du secteur. Cependant, la sélection naturelle opérant, nombreuses sont celles qui rencontrent des
difficultés économiques et permettent ainsi d’envisager des opérations de croissance pour celles
qui réussissent à maintenir leur efficacité.
Pour les SSII localement implantées et de taille moyenne (environ 100 collaborateurs), la proximité
apparaît comme un atout distinctif, face aux grands acteurs de e-commerce. Cette proximité est
culturelle, perceptible en termes d’écoute et de langage commun. Elle facilite la communication.
Cette proximité doit être aussi physique en induisant une réelle disponibilité et un réel engage-
ment. Elle rassure le client.
L’expertise dans les trois solutions est aussi déterminante. L’approche globale permet d’aborder les
projets les plus ambitieux en véritable maître d’œuvre ; elle permet également de mettre en pers-
pective les projets de moindre envergure. Cette approche globale est rendue possible par un
savoir-faire dans les solutions marketing. Elle nécessite la mobilisation de ressources humaines aux
compétences expertes dans ces trois métiers.
Enfin, la capacité d’anticipation est aussi un atout indispensable. Cette anticipation associe réacti-
vité et créativité des équipes techniques mais implique aussi une veille technologique et une pros-
pective-client afin d’avoir en permanence une solution d’avance sur la concurrence ainsi que de
capturer et fidéliser ses clients8.
8. L’attractivité d’un site est fondamentale. On estime qu’à chaque « clic » sur son site, une entreprise perd
25 % des connectés. Il convient donc de trouver des solutions techniques évitant le « clic ». Ainsi, une récente
technique permet sans clic, mais juste en glissant la souris, de voir les caractéristiques d’un produit ou de voir
le contenu de son panier de commande par exemple.
Chapitre 7 • Application corrigée : quelles solutions pour le e-commerce ?
difficile pour une PME d’attirer les meilleurs talents, sauf à proposer des avantages en nature
conséquents.
•G75
Par ailleurs, l’entreprise est en difficulté sur le rich media (vidéo, son sur les sites) et est en retard
aussi sur les solutions applicatives open source ce qui l’empêche de cibler des PME de taille impor-
tante à la recherche de solutions peu coûteuses.
Web Perf semble avoir toujours refusé la confrontation avec les grands du secteur mais, fort de ses
compétences fondamentales, l’entreprise a misé localement sur une stratégie hybride consistant à
proposer simultanément un surcroît de valeur et une réduction de prix.
Le surcroît de valeur est développé par une offre personnalisée prenant en compte l’évolutivité du
site grâce à la maîtrise des compétences dans les deux métiers du e-commerce.
La réduction des prix est possible grâce à la loi de Moore : les progrès de l’informatique permettent
à Web Perf qu’une solution d’hébergement soit ramenée à quelques euros par mois mais cette
logique repose de plus en plus sur un modèle économique où, bien que les prix de l’hébergement
soient à la baisse, les services qui l’accompagnent sont de plus en plus onéreux (il faut anticiper par
exemple les bons leviers de génération de trafic).
Depuis la création de l’entreprise, cette stratégie s’est avérée payante puisque localement aucune
entreprise ne dispose des atouts de Web Perf. Mais ce type de stratégie nécessite d’être toujours
en avance par rapport à ses concurrents en proposant régulièrement de nouveaux standards de
prix et de valeur ; or, la concurrence commence à s’intéresser à cette pratique.
Aujourd’hui, l’entreprise souhaite revoir sa stratégie.
Questions :
1. Faites le diagnostic stratégique du secteur du e-commerce en utilisant l’analyse PESTEL et les
5 forces de Porter. Résumez votre analyse en termes d’opportunités et de menaces pour la société
Web Perf.
2. Établissez le diagnostic stratégique interne de la société Web Perf en termes de forces et de
faiblesses.
2 Éléments de réponse
1. Faites le diagnostic stratégique du secteur du e-commerce en utilisant l’analyse PESTEL et les
5 forces de Porter. Résumez votre analyse en termes d’opportunités et de menaces.
Pour rappel, l’analyse PESTEL consiste à maintenir une veille sur l’environnement général de l’en-
treprise, décrit par six types de facteurs :
– politiques ;
– économiques ;
– sociologiques ;
– technologiques ;
– écologiques ;
– légaux.
•G
76 stratégie d ’ entreprise
– plus des deux tiers des Français disposent d’un ordinateur. Ce pourcentage est de plus en
augmentation constante (+ 7 points en un an) ;
•G
77
firmes existantes nous mène à conclure que cette forte croissance n’est qu’une menace
modérée, dans la mesure où le marché présente encore de grandes capacités d’absorption ;
– les clients : la clientèle est nombreuse et atomisée : pendant le dernier trimestre 2006, 17,6 mil-
lions de Français ont procédé à un achat en ligne, soit 6 internautes sur 10, ce qui constitue un
record. La pression des clients s’exerce sur les prix (facilité de comparaison sur la toile) et sur la
réputation des sites vendeurs et des marques. Mais leur pouvoir de négociation reste globa-
lement faible ;
– les fournisseurs : les fournisseurs des e-commerçants sont les entreprises qui proposent des solu-
tions applicatives, des solutions d’hébergement, ou des solutions marketing. La pression des four-
nisseurs sera d’autant plus forte que les fournisseurs seront peu nombreux et/ou très spécialisés.
Au niveau national, le marché des solutions d’hébergement ou applicatives est très restreint :
seules quelques grandes entreprises comme IBM, ATOS Origin ou UNILOG en proposent. Leur
pouvoir est donc important.
En revanche, en ce qui concerne les solutions marketing, l’offre est locale et fragmentée. Les
e-commerçants peuvent donc faire jouer la concurrence et obtenir du sur-mesure ;
– les produits de substitution : ils présentent une menace si les mêmes besoins peuvent être
satisfaits par des prestations nouvelles (nouveau mode de vente, tout comme la Vente par Cor-
respondance était venue concurrencer la vente en magasin).
Pour l’instant aucune menace directe de substitution ne se profile, mais le e-commerce se posi-
tionne sur un créneau technologique en constante évolution, qui nécessite une attitude de veille
technologique.
À ce niveau de l’analyse de l’environnement, il est possible d’offrir un résumé en termes d’oppor-
tunités et de menaces pour la société Web Perf (tableau ci-après).
Chapitre 7 • Application corrigée : quelles solutions pour le e-commerce ?
Opportunités Menaces
•G79
La clientèle de Web Perf est composée de firmes Web Perf a maintenu sa place de leader en conser-
voulant développer la vente de leurs produits via vant toujours une avance sur ses concurrents. Mais
internet. Ces dernières sous-traitent la conception et rester le plus attractif en termes de rapport qualité/
le développement de leur plate-forme de e-com- prix demande des efforts constants et une attitude
merce ou recherchent un hébergement. de veille permanente. Certains concurrents peuvent
Or les chiffres fournis montrent que le e-commerce rechercher le même positionnement et concurrencer
en France est en forte progression (+ 37 % en directement Web Perf.
volume et + 35 % en valeur entre 2007 et 2006) : En étant absent du segment des solutions mar-
plus de 180 millions de transactions pour un chiffre keting, Web Perf se coupe non seulement de
d’affaires de plus de 16 milliards d’euros en 2007, et débouchés supplémentaires, mais prend également le
31 milliards en 2010. risque de perdre des clients recherchant une gamme
Cela va certainement se concrétiser par : complète de solutions en matière de e-commerce. Or
– une demande accrue de la part des entreprises du il est reconnu que l’expertise dans les trois solutions
e-commerce (actualisation et développement de leurs est déterminante. Une approche globale permet de
sites) ; traiter les projets en véritable maître d’œuvre, et donc
– une demande nouvelle de la part de sociétés qui de répondre à des demandes plus ambitieuses.
vont entrer dans le cybermarché. Une autre menace est d’ordre humain : il est vital
pour les entreprises du secteur d’innover de manière
continue et de maîtriser les technologies de pointe.
D’autre part, les progrès rapides des technologies Dans un métier aussi évolutif que l’informatique, la
liées à l’informatique font que les tarifs liés au compétence et la formation du personnel sont des
système informatique connaissent une baisse points essentiels. Or le marché de l’emploi en
rapide. Ainsi les coûts d’hébergement baissent de matière de e-commerce est aujourd’hui tendu,
façon régulière, ce qui permet aux SSII (comme Web et une PME ne pourra attirer et conserver les
Perf) d’augmenter le prix de leurs services sans que meilleurs talents qu’en proposant des avantages
la clientèle ne s’en soucie, car ces services devien- salariaux ou en nature conséquents. Web Perf ne
nent de plus en plus pointus et onéreux (veille com- doit donc pas ralentir son investissement en forma-
merciale, technologique...). tion de personnel.
Enfin, Web Perf a su mettre en avant ses avantages
concurrentiels de façon à brider la concurrence, ce
qui lui assure une place de leader dans son secteur
géographique. Cette position ne pourrait être contes-
tée que par les SSII déjà implantées, car les barrières
à l’entrée dans ce secteur sont fortes : son haut
degré de technicité des savoir-faire en protège les
entreprises.
•G
80 stratégie d ’ entreprise
2. Établissez le diagnostic stratégique interne de la société Web Perf en termes de forces et de
faiblesses.
Les forces et faiblesses de Web Perf sont synthétisées dans le tableau ci-dessous.
Forces Faiblesses
La première des forces de Web Perf est sa compé- La principale faiblesse de Web Perf est son absence
tence. Dans un domaine de haute technicité, elle du marché des solutions marketing.
maîtrise les solutions applicatives. Elle sait les adapter Or cette absence se fait sentir :
aux besoins et au système d’information de ses – au niveau local, puisque son offre aux PME du
clients, les faire évoluer en accord avec le développe- sud-ouest est incomplète. Or les solutions marketing
ment de leur e-commerce. permettent de mettre au point des scénarios et une
De plus, Web Perf bénéficie d’une très forte stratégie valorisant l’offre des clients ;
notoriété dans le Sud-ouest, et son expertise est – au niveau national. En effet, la réputation de la
reconnue. S’appuyant sur sa notoriété et son image, société Web Perf étant solidement établie, de grands
l’entreprise mise sur un surcroît de valeur de son éditeurs tels qu’IBM l’ont contactée pour le dévelop-
offre, tout en proposant des prix bas, sans pour pement de solutions marketing.
autant affecter la reconnaissance de sa compétence. C’est donc tout un segment du marché qui lui
Enfin, sa présence sur deux segments des services échappe.
informatiques aux entreprises, les solutions applica- La seconde faiblesse de Web Perf tient à un retard
tives du e-commerce et les solutions d’hébergement, sur certaines solutions applicatives :
lui permettent de jouer sur les synergies créées et – concernant le « rich media » pour la vidéo et le
de proposer une offre personnalisée prenant en son sur les sites. Il faut noter que la plupart des sites
compte l’évolutivité du site. des grandes entreprises font désormais appel à ces
Une vision plus complète de Web Perf nécessiterait techniques (Veolia par exemple). On peut donc
une analyse financière de sa situation, pour laquelle craindre que cette lacune ne se fasse bientôt sentir
nous n’avons aucune donnée. Nous pouvons toute- pour les sites de e-commerce qui recherchent toute
fois supposer que sa situation financière est saine, innovation technique et marketing leur permettant
puisqu’elle existe toujours au bout de 9 ans d’exis- de se démarquer de la concurrence et d’établir un
tence. avantage ;
– concernant les open sources, ce qui empêche Web
Perf de cibler les grosses PME à la recherche de solu-
tions peu coûteuses.
À NOTER • Il serait possible de regrouper l’ensemble des opportunités et menaces (question 1),
forces et faiblesses (question 2) dans un même tableau. Nous obtiendrions alors une matrice SWOT
permettant de dégager une stratégie adaptée à la situation de l’entreprise Web Perf. En l’occurrence,
il semble qu’une stratégie de diversification vers le marché des solutions marketing soit appropriée. Il
s’agit de contrer une menace, et l’entreprise possède les compétences nécessaires pour développer
les produits.
Partie 2
Les stratégies
business
Comprendre Chapitre 8
les stratégies business
L’entreprise adopte, pour chacun de ses DAS, une stratégie particulière (appelée stratégie busi-
ness). L’exemple du groupe Accor va tout d’abord montrer comment cela peut se concrétiser. Nous
présenterons ensuite les principales problématiques liées à ce type de stratégie.
Le groupe Accor1
« En 2006, le groupe Accor a initié une transformation en profondeur de sa stratégie. Ses frontières
ont été redessinées dans ses deux grands métiers, l’hôtellerie et les services, avec la mise en place de
nouveaux modèles économiques. Moins propriétaire de ses hôtels, et fort d’un large portefeuille de
marques complémentaires et attractives, Accor s’affirme comme un fournisseur de services hôteliers à
forte valeur ajoutée, et maintient d’ambitieux objectifs de développement.
Grâce à sa capacité d’innovation, Accor Services accélère son virage technologique pour être un
acteur de premier plan sur le secteur des services prépayés.
Malgré le ralentissement brutal des économies en 2008 et en 2009, et grâce à la stratégie mise en
place, Accor soutient sa dynamique de croissance, de développement et d’innovation dans ses deux
métiers, associée à la mobilisation et au professionnalisme de ses collaborateurs.
technologique pour proposer des services qui utiliseront les cartes, internet, la téléphonie mobile...
Avec 4 000 hôtels et près de 500 000 chambres implantées dans 90 pays, Accor réinvente en perma-
nence l’hôtellerie de demain.
Concrètement, cela se traduit par :
– la création de nouvelles marques, avec Pullman sur le marché haut de gamme, All Seasons sur le
marché économique non standardisé ;
– le repositionnement de Sofitel sur le marché du luxe ;
– des innovations permanentes dans les marques matures Novotel, Ibis, Mercure... pour toujours garder
une longueur d’avance, en termes de confort (recherche sur l’évolution de la literie, création de concepts
room pour Etap, Motel6), de technologies et connectivités dans les espaces à vivre...
Les stratégies sont élaborées, ici, au niveau de chaque activité. Rappelons qu’une activité est, dans
le vocabulaire de la stratégie, synonyme de DAS. Une entreprise aura donc autant de stratégies
d’activité qu’elle dispose de DAS différents. Sur chacun d’eux, nous l’avons vu, l’entreprise se
trouve face à une double problématique :
– créer un avantage concurrentiel ;
– conserver cet avantage concurrentiel.
En effet, il est souvent difficile d’atteindre le sommet, mais il est encore plus dur d’y rester. Diderot
affirmait déjà qu’il n’y a « rien de stable dans ce monde : aujourd’hui au sommet, demain au bas
de la roue. De maudites circonstances nous mènent, et nous mènent fort mal »2. Transposé au
monde des entreprises, cela signifie que les turbulences de l’environnement remettent en cause,
de façon continue, tout avantage acquis. Autrement dit, une fois au sommet, on est toujours au
bord d’un précipice...
Rentabilité
relative
Temps
Création Conservation de l’avantage
de l’avantage concurrentiel
concurrentiel
La rentabilité relative exprime la rentabilité de l’entreprise par rapport à celle de ses concurrents.
Elle indique donc le niveau de l’avantage concurrentiel de la firme.
Par ailleurs, les stratégies d’activité peuvent varier d’un DAS à l’autre, selon la nature de l’avantage
concurrentiel recherché. Plus précisément, Porter3 recense trois types de stratégies d’activité qu’il
nomme « stratégies génériques » :
– stratégies de coût : l’accent est mis sur le prix ;
– stratégies de différenciation : l’accent est mis sur la valeur perçue. C’est cette stratégie que
retient le groupe Accor avec des marques comme Pullman) ;
– stratégies de focalisation : l’accent est mis sur le prix ou sur la valeur perçue, mais ne vise qu’un
segment du secteur.
Les trois stratégies génériques de Porter
Variable stratégique
Cible
« Stratégies de focalisation »
Un segment
(focalisation (focalisation
fondée fondée
sur les coûts) sur la valeur perçue)
Une entreprise qui possède plusieurs DAS peut retenir une même stratégie business pour chacun
d’eux, ou opter pour des stratégies différentes parmi les trois stratégies génériques. Dans tous les
cas, il ne peut y avoir qu’une stratégie business pour un même DAS.
Enfin, la création et la conservation de l’avantage concurrentiel vont s’opérer différemment selon
la stratégie d’activité adoptée.
concurrentiel
Selon les conclusions de son diagnostic stratégique, une entreprise a le choix entre trois stratégies
d’activité sur chacun de ses DAS. Les caractéristiques de ces stratégies sont bien différentes. Cha-
cune présente notamment des avantages et des inconvénients spécifiques dans l’optique de créer
un avantage concurrentiel.
1. L’élasticité est un concept issu de l’économie. L’élasticité par rapport au prix désigne la variation relative de
la demande rapportée à la variation relative du prix. L’élasticité prix est normalement négative car la demande
baisse lorsqu’un prix augmente. Une élasticité inférieure à –1 (–1,8 par exemple) indique une forte sensibilité
au prix. L’élasticité prix est également un élément très important à prendre en compte dans le cadre de la poli-
tique de prix (dans la définition de la politique commerciale).
•G
88 stratégie d ’ entreprise
Concrètement, il existe deux leviers permettant d’abaisser les coûts. L’entreprise peut augmenter
sa part de marché au sein du DAS considéré (« stratégie de volume ») ou se concentrer sur son
cœur de métier (stratégie de recentrage, qui se traduit par une « stratégie d’impartition »).
A – La stratégie de volume
La stratégie de volume consiste à augmenter sa part de marché pour baisser les coûts. Le
lien entre la part de marché et le niveau des coûts s’observe grâce à la « droite d’expérience » :
La droite d’expérience
Coût
unitaire
Production cumulée
La droite d’expérience provient d’observations réalisées dans le secteur industriel. Elle constate que
plus une entreprise produit de biens et plus le coût unitaire de ces biens diminue. Selon les sec-
teurs, le coût unitaire diminue de 20 % à 30 % à chaque doublement de la production.
Trois mécanismes peuvent expliquer la relation décroissante entre coût unitaire et production
cumulée : le pouvoir de négociation, les économies d’échelle et l’effet d’apprentissage. Les entre-
prises optant pour une stratégie de volume vont chercher à activer ces mécanismes afin de baisser
leurs coûts (et donc leurs prix) :
Chapitre 9 • La création de l’avantage concurrentiel
Pouvoir Effet
Économies
de négociation d’apprentissage
d’échelle
L’apprentissage peut être organisationnel (mise en place de nouvelles procédures à tous les niveaux
– ressources humaines, marketing, finance... –, de nouveaux processus de production...) ou individuel.
Au niveau humain, John Dewey, célèbre pédagogue américain du début du xxe siècle, a ainsi sou-
ligné l’importance de l’expérience pratique dans la formation cognitive. Sa formule « learning by
doing »2 résume bien la logique de l’effet d’apprentissage.
Les grandes entreprises industrielles sont de fait toutes concernées par les logiques de volume. Par
exemple, les constructeurs automobiles doivent écouler en quantité afin d’amortir les frais de
recherche et développement. C’est ce qui pousse par exemple PSA à rechercher des débouchés en
Asie devant la baisse de la consommation européenne.
À côté de ces avantages, il existe des risques à pratiquer une stratégie de volume. Il n’est pas tou-
jours facile de répondre à ces menaces :
– une innovation technologique peut surgir et remettre soudainement en cause les avantages
détenus en termes d’économies d’échelle et d’effet d’apprentissage ;
– des pays offrant une main-d’œuvre qualifiée à moindre coût peuvent capter les investissements ;
– les distributeurs peuvent se concentrer et augmenter ainsi leur pouvoir de négociation ;
– le marché aval peut devenir saturé ;
– il est toujours possible que le marché se segmente, nécessitant alors la production de petites
séries ;
– les banques, sur fond de crise, n’octroient plus autant de fonds. Cela peut stopper une stratégie
de volume si l’entreprise ne parvient pas à trouver les prêts nécessaires.
Si ces menaces deviennent trop lourdes, l’entreprise peut choisir de se recentrer et d’opter pour
une stratégie d’impartition.
B – La stratégie d’impartition
Les fonctions de l’entreprise consomment toutes des ressources et, en contrepartie, apportent une
valeur ajoutée à l’offre. La stratégie d’impartition consiste à déterminer les fonctions appor-
tant le moins de valeur ajoutée pour les confier à un prestataire externe. Cela permet à
l’entreprise de concentrer ses efforts sur les fonctions créatrices de valeur, et de ne plus avoir à
assumer le coût des autres fonctions.
L’identification des fonctions à externaliser peut se faire grâce à la chaîne de valeur de Porter3. Par
exemple, l’organisation d’une chaîne logistique demande des investissements de plus en plus mas-
sifs (en infrastructure et en développement de l’expertise). C’est pourquoi aujourd’hui beaucoup
d’entreprises choisissent d’externaliser cette fonction en faisant appel à des « intégrateurs », qui
gèrent leurs flux logistiques (schéma page suivante) :
2. Littéralement « apprendre en faisant », ce qui peut se traduire par la formule « apprendre par la pratique ».
3. Cet outil a été présenté dans le Chapitre 4, p. 53.
Chapitre 9 • La création de l’avantage concurrentiel
L’externalisation de la logistique
•G
91
Infrastructure
Logistique Logistique
amont aval
Intégrateur
Le choix de l’impartition doit reposer sur un diagnostic solide. En effet, l’entreprise ne doit pas
perdre la maîtrise d’activités certes coûteuses, mais stratégiques4.
Ainsi, beaucoup d’observateurs émettent des réserves sur le recours aux « super-intégrateurs », qui
définissent et pilotent l’ensemble des flux physiques et informationnels de leurs clients, car les entre-
prises qui confient une partie de leur chaîne de valeur prennent le risque de devenir dépendantes.
Lorsque l’impartition se révèle être appropriée, de nombreux avantages peuvent apparaître, comme
le montre l’exemple des loueurs de voiture longue durée :
5
L’externalisation du financement et de la gestion des voitures5
« L’externalisation remonte à la surface avec les crises. Dans ces périodes chahutées et incertaines, les
entreprises voient fondre leurs disponibilités financières et leur visibilité. Elles cherchent donc davan-
tage à faire financer ou à faire faire ce qu’elles assumaient auparavant elles-mêmes en direct.
4. Voir le schéma portant sur les décisions à prendre à l’issue de l’analyse de la chaîne de valeur p. 55.
5. Article issu du journal Les Échos du 03/12/08.
•G
92 stratégie d ’ entreprise
Les compagnies aériennes, par exemple, se tournent plus volontiers vers le leasing que vers l’achat
pour leur flotte d’avions. De même, le financement et la gestion en propre de voitures cèdent le pas à
des solutions externes.
À ce besoin répond la double compétence des loueurs longue durée, qui financent et qui gèrent
“pour compte de”. Le premier de leurs services est le financement : un loueur achète les voitures à la
place des entreprises pour les mettre à disposition contre un loyer. Il y ajoute un bouquet de services
qui permet aux entreprises de se décharger de tout ou partie de la gestion de ces voitures, et donc
d’éliminer des charges fixes, notamment le personnel mobilisé pour cette gestion.
“La place des services est devenue tellement importante que le mot ‘loueur’ paraît désormais inap-
proprié. Les entreprises ne cherchent plus seulement une location ou un financement mais une solu-
tion globale de mobilité”, affirme Laurent Hermesse, responsable d’Alphabet France (BMW). “Ils ne
se contentent plus du financement. Ils veulent y adosser de plus en plus de services avec de la qualité
et du contenu”, souligne Marie-Ève Barril, responsable marketing Citroën Partenaire Entreprise.
En échange de services qui intègrent, selon leurs souhaits, maintenance, assistance, assurance, carbu-
rants..., les entreprises ne reçoivent qu’une facture globale. “En concentrant un maximum de services
chez un loueur contre un loyer fixe, elles y trouvent une plus grande visibilité”, ajoute Arnaud Desèvre,
de Sixt Longue Durée. »
L’exemple de l’impartition des technologies de l’information, qui est en pleine croissance, illustre
particulièrement bien ces différents points. Mahneke et al.6 estiment que les entreprises peuvent y
•G93
trouver de nombreux avantages. Ils distinguent à cet effet quatre raisons motivant les entreprises à
recourir à ce type d’impartition :
– raisons financières : réduction des coûts, augmentation des liquidités disponibles... ;
– raisons techniques : amélioration de la qualité des services en matière de technologies de l’infor-
mation, accès à une expertise de pointe... ;
– raisons stratégiques : concentration sur les activités clés de l’entreprise, utilisation des techno-
logies de l’information comme levier stratégique privilégié... ;
– raisons politiques : technologie de l’information appréhendée comme un outil de support,
insatisfaction à l’égard du département interne s’occupant des technologies de l’information...
Nach7 note quant à lui que si « les bénéfices de l’impartition semblent attrayants, les risques qui y
sont associés sont de taille ». À l’issue d’une analyse de la littérature, l’auteur recense les princi-
paux facteurs de risque liés à une impartition des technologies de l’information :
– perte du contrôle des ressources fondamentales en matière de technologie de l’information ;
– enfermement (il devient impossible de changer de fournisseur) ;
– déclin de la capacité d’innovation ;
– performance en-deçà des attentes ;
– coûts élevés de la transition des actifs ou de la gestion des contrats ;
– coûts élevés de la modification des contrats et/ou déclin de la qualité de service.
En complément à ces éléments, nous verrons8 que des théories issues des sciences économiques
permettent d’expliquer le choix de l’impartition.
Avant cela, abordons le deuxième type de stratégie possible sur un DAS donné. Il repose sur une
logique inverse à celle des stratégies de coûts. Ce sont les stratégies de différenciation.
6. Mahneke, Lucas Overby et Vang, “Strategic Outsourcing of IT Services: Theoretical Stocktaking and Empi-
rical Challenges”, Industry and Innovation, Vol. 12, 2005.
7. Nach, « Les Risques d’impartition des technologies de l’information : une analyse par la cartographie cogni-
tive », Actes de l’AIMS, Annecy-Genève, 2006.
8. Dans la Partie 4, p. 199 et s.
•G
94 stratégie d ’ entreprise
Politique Politique
Politique
de produit de distribution
de communication
La politique de produit
Gamme Marque
Valeur
Conditionnement
La gamme désigne un ensemble homogène de produits ou de services définis autour d’une tech-
nologie ou d’un marché, et aptes à satisfaire le même besoin générique. Elle possède deux dimen-
sions : la largeur (nombre de lignes de produits et de services) et la profondeur (nombre de produits
différents dans une même ligne). Une ligne est un ensemble de produits ou de services ayant une
caractéristique essentielle commune.
Par exemple, Garnier propose une gamme de produits cosmétiques. Sa largeur est composée de
six lignes (soin du visage, soin du corps, protection solaire, soin du cheveu, coiffants, coloration et
dermo-protection). La profondeur de la ligne « protection solaire » est formée de trois produits
(ambre solaire, ambre solaire autobronzant et ambre solaire UV ski).
•G96 stratégie d ’ entreprise
Une entreprise peut s’appuyer sur le concept de gamme pour se différencier. Quel que soit son
besoin, le consommateur sait qu’il pourra être satisfait par un produit de la marque concernée. Il
gagne en confort et peut rester fidèle à la marque.
La marque se définit comme un « nom, terme, signe, symbole, dessin, ou toute combinaison de
ces éléments servant à identifier les biens ou services d’un vendeur ou d’un groupe de vendeurs et
à les différencier des concurrents »11. Pour jouer son rôle, une marque doit alors présenter de nom-
breuses qualités. Notamment, elle doit être évocatrice, distinctive, et se mémoriser facilement. La
réputation provenant d’une marque à forte notoriété est indéniable. L’Oréal, Coca-Cola, ou Audi
ont ainsi une notoriété spontanée élevée, qui crée un sentiment d’unicité chez les consom-
mateurs.
Par ailleurs, afin de bénéficier de la réputation d’une autre marque, les entreprises peuvent recourir
à l’alliance entre marques (ou « co-branding ») : des firmes coopèrent pour élaborer un produit12.
L’enjeu en termes de marque est alors de savoir si elles vont le co-signer (Dell et Intel) ou non (Mer-
cedes et Swatch pour la voiture Smart).
À NOTER • D’un point de vue comptable, la marque est parfois inscrite au bilan. Cela traduit le fait
que la marque peut être valorisée. Elle devient un actif à part entière, participant à l’équilibre financier
de l’entreprise.
state drive), un système de stockage très innovant basé sur de la mémoire flash, offrant une
capacité de 128 Go. Les avantages sont multiples : un poids plume, une meilleure résistance aux
•G97
chocs (puisque, à la différence d’un disque dur, il n’y a pas de pièce en mouvement) et, enfin,
une faible consommation d’électricité.
À NOTER • Les études empiriques montrent que l’innovation accroît la performance des produits.
Mais l’innovation favorise également les réactions agressives des concurrents qui se sentent menacés
(déclarations sur son manque d’intérêt, son caractère dangereux...). Par conséquent l’entreprise inno-
vante doit prévoir ces réactions agressives pour savoir y répondre.
La dernière étape consiste à établir le plan de campagne, qui décrit le déroulement de la politique
publicitaire dans le temps. Dans cette optique, il est souvent nécessaire de tenir compte des effets
de saisonnalité. Et dans tous les cas, l’entreprise doit définir précisément la cadence à laquelle
seront diffusés les messages.
À NOTER • La publicité ne s’adresse aujourd'hui plus seulement aux consommateurs, mais égale-
ment à d’autres parties prenantes. Le lobbying, les relations publiques, le sponsoring, le mécénat ou
encore le marketing viral sont autant d’expressions de l’élargissement de la publicité à l’ensemble des
acteurs de la société.
Rôle Composition
Valeur
Animation
vertes ».
stratégie d ’ entreprise
Pour les entreprises qui se lancent réellement dans une démarche de RSE, la mise en œuvre de
cette dernière peut reposer sur plusieurs outils. Novethic17 recense cinq dispositifs, non exclusifs les
uns des autres :
Les dispositifs de la RSE
Adhésion
à des référentiels
Engagements
Relations avec
négociés
les parties prenantes
Audits Engagements
sociaux unilatéraux
17. Novethic, filiale de la Caisse des Dépôts, est un centre de recherche sur la RSE.
18. Les normes ISO font partie des référentiels pouvant donner lieu à une certification. Elles sont présentées
plus en détail dans la section suivante.
Chapitre 9 • La création de l’avantage concurrentiel
mance à moyen terme, ou encore s’engager dans des partenariats de labellisation de ses produits
(commerce équitable, labels écologiques portés par des ONG...). Ces engagements peuvent
•G
101
À NOTER • Pour les uns, les accords négociés témoignent de la volonté d'engagement des entre-
prises. Pour les autres ils renvoient davantage à la détermination des entreprises à ne pas laisser les
États leur imposer de nouvelles contraintes législatives.
qui se rendent dans les usines pour y interroger des salariés, des représentants du personnel et des
dirigeants sur les conditions de travail. Ces audits peuvent être réalisés en référence à une charte
ou code de conduite, propre à l’entreprise donneuse d’ordre, ou à des normes internationales,
comme SA 8000. Tous ces référentiels s’inspirent des principes de l’OIT (Organisation internatio-
nale du travail) sur le travail des enfants, le travail forcé, la liberté syndicale et la lutte contre la
discrimination.
À NOTER • L’audit social est critiqué à plusieurs égards : diagnostic le plus souvent ponctuel, il ne
propose pas toujours de pistes permettant de résoudre les problèmes qu’il identifie. Or, la notion de
RSE implique d’accompagner les fournisseurs dans la mise en place de meilleures conditions de tra-
vail, à un coût acceptable.
– la charte éthique : il s’agit d’un document recensant les valeurs et principes d’action des
•G103
entreprises. C’est un document de communication orienté à la fois vers l’interne (pour unifier les
comportements et motiver les collaborateurs) et l’externe (afin de montrer aux parties prenantes
que leurs intérêts sont compris et respectés) ;
– les tableaux de bord sociétaux : ils comportent des indicateurs permettant de vérifier la bonne
application des principes décrits dans la charte éthique. S’il y existe des écarts entre ce qui était
prévu et ce qui est mesuré, des moyens doivent être mis en œuvre pour réduire ces écarts.
Par exemple, la charte éthique du groupe PSA Peugeot Citroën revient sur les principes à la base
de son développement. Plus précisément, elle comporte cinq principes d’action (respect de la
légalité, respect de loyauté et de transparence, respect de la santé et de la sécurité au travail, res-
pect des droits des salariés, et respect de l’environnement) et cinq principes de comportement
(engagement professionnel, protection des biens de l’entreprise et confidentialité, limitation des
conflits d’intérêts, loyauté envers les clients et les fournisseurs, et étanchéité avec la sphère poli-
tique).
Enfin, de plus en plus d’entreprises créent une direction de l’éthique. Ainsi, L’Oréal s’est doté
d’un directeur de l’éthique, ayant notamment pour tâche de travailler sur la charte éthique et de
mettre en place les programmes de formation à la démarche citoyenne.
Danone est également très engagé dans sa démarche sociétale. L’encadré suivant montre les
moyens mis en œuvre par cette entreprise et les avantages qu’elle en retire en termes de perfor-
mance :
•G
104 stratégie d ’ entreprise
Il apparaît ici qu’une démarche RSE contribue à donner une image favorable de l’entreprise, ce qui
soutient sa stratégie de différenciation. Mais cette démarche permet également bien souvent de
•G
105
baisser les coûts, ce qui engendre une deuxième source de performance. Par exemple :
– équiper un immeuble d’ampoules basse consommation réduit les charges d’électricité ;
– réduire les émissions de CO2 (isolation thermique...) permet de diminuer les factures d’énergie ;
– définir des normes de sécurité dans les ateliers permet de faire baisser les charges sociales (moins
d’accidents du travail...).
À NOTER • Les entreprises peuvent se plier, d’un point de vue externe, aux pressions sociales de l’en-
vironnement, mais adopter, d’un point de vue interne, un comportement sans rapport avec les pra-
tiques affichées. Ainsi, nombre de firmes communiquent sur leur démarche citoyenne, mais ne
prennent en réalité que peu en compte les problématiques sociétales. Cela amène parfois des incohé-
rences fortes que les entreprises doivent apprendre à gérer (Phillip Morris, fabricant de cigarettes,
finançant des programmes d’aide à l’arrêt de la consommation de tabac)21.
21
4) Les normes ISO comme support d’une différenciation vers le haut
On l’a vu, une entreprise peut adhérer à des référentiels pour soutenir une stratégie de différencia-
tion vers le haut. Les normes ISO sont des référentiels particuliers, largement utilisés, qu’il convient
de présenter plus en détail.
ISO signifie « International Standards Organization ». Il s’agit de l’organisation internationale de
normalisation, créée en 1947, qui chapeaute tous les organismes de normalisation nationaux et
internationaux. Son objectif principal est donc le développement de normes internationales.
Une norme est un document, établi par consensus, qui fournit, pour des usages communs et
répétés, des règles, des lignes directrices ou des caractéristiques, pour des activités ou leurs résul-
tats, garantissant un niveau d’ordre optimal dans un contexte donné. Le but est de constituer un
langage commercial unique. Les négociations22 qui ont lieu au sein de cette organisation donnent
naissance à des normes reconnues dans la plupart des pays. Ces dernières sont très nombreuses
(plus de 17 000) et couvrent aujourd’hui tous les secteurs d’activité ainsi que toutes les étapes de la
production.
Parmi les nombreuses normes, certaines sont très largement utilisées et permettent aux entre-
prises qui les respectent de se différencier de leurs concurrents. Il s’agit notamment des normes
ISO 9000, 14000 et 26000. Nous allons les présenter successivement :
21. Autre exemple parlant : le Collège de France a organisé un colloque sur le développement durable. Il y a
notamment été question de « l’influence des cultures énergétiques sur la production vivrière ». Ce colloque est
organisé avec le soutien de Total, groupe pétrolier participant pourtant largement au développement des
agrocarburants. Or, ces derniers participent à faire augmenter le prix des aliments et portent atteinte à la pro-
duction vivrière...
22. L’ISO entretient des relations de travail avec les organismes nationaux et régionaux, par exemple le CEN
(Centre européen de normalisation).
•G
106
ISO 9000
stratégie d ’ entreprise
cessus, par leur nature transversale, sont considérés comme des supports au management par la
qualité :
•G107
Les entreprises qui s’internationalisent voient également dans ces normes une source de plus
grande crédibilité auprès des acteurs présents sur les nouveaux marchés.
Les normes ISO 14000 ne traitent toutefois que de l’aspect environnemental. L’ISO 26000 est une
norme plus globale, puisqu’elle concerne les trois piliers du développement durable (économique,
social et environnemental). L’ISO 26000, dont l’élaboration est très récente, permet aux entreprises
de connaître la qualité de leur politique de responsabilité sociétale. Plus précisément, cette norme
est censée :
– aider les entreprises à prendre en charge ses responsabilités sociétales ;
– fournir des lignes directrices pour :
• rendre opérationnelle la responsabilité sociétale,
• identifier et s’engager avec les parties prenantes,
• améliorer la crédibilité des rapports et déclarations à propos de la responsabilité sociétale ;
– mettre en relief les résultats obtenus et les améliorations ;
– accroître la satisfaction et la confiance des clients ;
– promouvoir une terminologie commune dans le champ de la responsabilité sociétale ;
– être cohérent et non pas en contradiction avec les documents, traités et conventions existants, et
les autres normes ISO.
ISO 26000 contient des lignes directrices et non des exigences. Elle n’est donc pas destinée à la
certification comme le sont les normes ISO 9000 et ISO 14000. Mais comme ces dernières, elle est
susceptible d’améliorer à la fois la qualité des produits et des services de l’entreprise. Par qualité,
on entend à la fois :
– la qualité intrinsèque (il y a une réelle amélioration) ;
– la qualité perçue (l’amélioration existe avant tout dans la représentation que le consommateur se
fait du produit ou du service).
Cette qualité, réelle ou seulement perçue, est un vecteur de différenciation vers le haut. Considé-
rons à présent la stratégie de différenciation vers le bas.
26. Ce type de stratégie se distingue de la stratégie de coût, car ici la valeur perçue est nécessairement faible.
Chapitre 9 • La création de l’avantage concurrentiel
•G109
La seconde condition de réussite est de parvenir à faire correspondre les attentes des clients, l’offre
des entreprises et le prix de revient des produits. L’analyse de la valeur est une méthode allant dans
ce sens (voir l’encadré ci-dessous).
L’analyse de la valeur
L’analyse de la valeur a été inventée dans les années 1950 aux États-Unis, et a d’abord été utilisée
dans l’industrie de la Défense. Elle vise à obtenir de meilleures performances grâce à des produits ou
services ajustés aux besoins des clients, en utilisant les ressources financières, techniques, en temps,
en compétences, justes nécessaires pour y parvenir. Autrement dit, l’objectif est d’abaisser le coût de
production en recherchant les économies réalisables sur chacun des postes de dépense sans réduire la
qualité ni les performances techniques.
Pour cela, cette méthode analyse les différentes fonctions d’un produit. Le but est de vérifier, pour
chacune, si elle correspond à un réel besoin, quel est son coût et comment il peut être réduit.
L’analyse de la valeur s’adapte aussi bien à la conception d’un nouveau produit qu’à la modifica-
tion d’un produit existant. Elle nécessite de bien identifier les différentes fonctions. Celles-ci se
décomposent notamment en fonction d’usage et fonctions d’estime.
Par exemple la principale fonction d’une montre est de donner l’heure (fonction d’usage). Mais elle
peut aussi remplir d’autres fonctions : être agréable à porter, à manipuler ou à regarder, donner une
impression de robustesse et/ou de légèreté, conférer une image valorisante de l’individu... Ces fonc-
tions figurent en principe dans un cahier des charges (document servant de base de travail pour la
conception d’un produit).
Sur chaque fonction, l’équipe en charge de l’analyse de la valeur observe les postes de dépenses pou-
vant être rognés sans diminuer la qualité apportée au client.
Souvent, les entreprises pratiquant ce type de stratégie réalisent une marge unitaire faible, et
doivent par conséquent produire des volumes importants pour dégager un profit.
Les entreprises les plus emblématiques de la stratégie de différenciation vers le bas sont les distri-
buteurs faisant du « hard discount » (Lidl, Dia, Netto...). D’autres exemples célèbres montrent que
cette stratégie, souvent déconsidérée en raison de son « manque de noblesse », peut pourtant
être très rentable (Tati, Bic...). Dell a ainsi choisi de pratiquer une stratégie de bas de gamme sur le
DAS des serveurs informatiques. La différenciation vers le bas lui a permis de devenir une référence
incontournable. Et la diffusion de son offre par internet lui ouvre la voie à un large marché.
La stratégie de différenciation vers le bas peut efficacement être relayée par la fonction marketing.
L’exemple du groupe Tati (voir l’encadré ci-après) en témoigne.
•G
110 stratégie d ’ entreprise
Le groupe Tati
Tati a toujours revendiqué une image particulière dans la distribution. Avant elle, aucune autre
enseigne n’avait à ce point mis l’accent sur la variable prix. Lingerie, chaussures, accessoires, layettes
pour bébés, vêtements pour femmes, enfant, ou homme, bazar, linge de maison, mariage... Autant
de produits proposés à des prix particulièrement bas. Par exemple, Tati offre des robes de mariée à
partir de 39 euros, alors que les offres concurrentes font débuter leurs gammes aux alentours de
150/200 euros.
Autour de cette notion de prix, un concept marketing s’est peu à peu mis en place pour relayer la
stratégie. La publicité dans les magasins qui représenterait à elle seule un tiers du budget communica-
tion de l’enseigne, est ainsi simplifiée à l’extrême, pour être facilement lisible. Tout repose sur l’affi-
chage prix.
Dans la même logique, des articles sont proposés sur le trottoir, le mobilier est réduit à sa simple fonc-
tion de support... Autant d’éléments qui permettent de créer l’« univers Tati » fait des tons rose et
bleu. Le consommateur fouille dans les bacs et a ainsi l’impression de « faire de bonnes affaires ». De
fait, le désordre est soigneusement organisé.
À NOTER • Certaines firmes revendiquent, à grand renfort de slogans énergiques, pratiquer des prix
bas : RueDuCommerce : « les meilleurs services, les prix les plus bas », Conforama : « le pays où la vie
est moins chère »... Mais il s’agit parfois d’affirmations, censées appuyer une campagne de promo-
tion. L’observation des prix pratiqués par ces entreprises montre qu’elles ne proposent pourtant pas
toujours réellement les prix les plus bas !
27. On voit ici une limite au concept de DAS. En réalisant un découpage stratégique plus fin, on pourrait
considérer que l’on est en fait en présence de deux DAS différents, la niche formant quasiment un DAS à part
entière.
Chapitre 9 • La création de l’avantage concurrentiel
•G111
Dans le second cas de figure, l’entreprise se focalise sur un segment particulier de la population. Ici
réside une nuance importante à saisir. Les stratégies de focalisation concernent en effet des seg-
ments stratégiques, et non pas des segments marketing. La différence est fondamentale,
puisque le découpage stratégique s’est fait en amont au niveau des DAS28. Il existe une différence
de nature entre les deux types de segmentation :
– un segment marketing correspond à une frange des consommateurs ayant des attentes homo-
gènes (âge, sexe, profession...). L’entreprise peut utiliser les mêmes ressources et compétences
pour satisfaire les attentes de deux segments différents ;
– un segment stratégique correspond à une partie du marché qui nécessite des ressources et
compétences particulières pour être satisfaite. L’entreprise doit alors réaliser des investissements
spécifiques. Cela signifie par exemple que les machines utilisées pour fabriquer une offre sur un
segment stratégique donné ne pourront être que difficilement réutilisables pour construire une
offre sur un autre segment.
L’ambiguïté vient du fait que dans les deux cas, on considère des sous-ensembles de la population.
Mais un segment stratégique concerne les aspects intrinsèques à l’entreprise, alors qu’un segment
marketing traite de la demande adressée à cette entreprise.
En se focalisant sur une niche, l’entreprise cherche à bénéficier de plusieurs avantages :
– répondre à une demande spécifique et jusque-là non satisfaite, pour laquelle les consommateurs
sont disposés à dépenser de l’argent. Il s’agit donc de capter une zone de profit sur laquelle peu
ou pas de concurrents étaient présents. De plus, les produits ou services étant plus rares, il est
possible de faire payer un surcoût au consommateur ;
– se protéger de la concurrence en créant un petit marché sur lequel l’entreprise est seule présente
(monopole) ;
– limiter les besoins d’investissement. Plus particulièrement dans le cas des PME, il peut être coû-
teux de s’adresser à un DAS entier. Se focaliser sur une niche permet de ne pas avoir à recourir à
la dette, ou encore de ne pas avoir à embaucher du personnel supplémentaire.
Des risques non négligeables existent cependant à se lancer dans une stratégie de focalisation,
notamment si :
– la cible se révèle être trop réduite pour être rentable ;
– des firmes puissantes, jusque-là absentes du segment, décident de s’y attaquer ;
– les attentes jusque-là spécifiques de la niche se banalisent ;
– un concurrent segmente encore davantage la niche.
C’est pourquoi, avant d’entamer ce type de stratégie, le diagnostic stratégique doit avoir solide-
ment établi qu’un certain nombre de conditions préalables sont respectées :
– la taille du segment doit être suffisamment réduite pour ne pas intéresser les concurrents plus
puissants (le chiffre d’affaires doit être suffisamment modeste pour ne pas couvrir des coûts fixes
importants). Cette condition ne signifie toute fois pas que le chiffre d'affaires à la focalisation est
systématiquement faible ;
– les ressources spécifiques détenues par la firme, qui lui permettent d’être présente sur le seg-
ment, doivent être difficiles à acquérir (pour que la firme reste protégée de la concurrence).
Rajoutons que le diagnostic stratégique doit être actualisé en continu, pour s’assurer que le seg-
ment conserve sa spécificité et que la demande y existe toujours.
À NOTER • Si les perspectives de profit et de croissance restent limitées, la focalisation est cependant
souvent recherchée par les entreprises de taille modeste qui trouvent dans la niche une protection
contre la venue de grandes entreprises. Lorsque les petites entreprises se développent, elles abandon-
nent cette stratégie pour envisager des politiques plus globales : stratégies de coût ou de différencia-
tion. C’est toute l’organisation qui doit alors être revue en fonction de la nouvelle orientation.
Précisons enfin que si les profits des firmes optant pour cette stratégie restent certes limités par
rapport à ceux des grandes entreprises du secteur, ils peuvent être, en valeur absolue, substantiels.
L’exemple de Axcan Pharma (voir l’encadré ci-dessous) montre qu’une stratégie de focalisation
peut être très rentable (l’entreprise a réalisé en 2007 un chiffre d’affaires de 349 millions de dollars
et a dégagé un bénéfice de 72 millions de dollars).
29
Au total, la société disposait, avant l’acquisition des produits d’Aventis, d’un portefeuille de trois
•G
113
familles de produits, avec une dizaine de formulations à différents stades cliniques, et de plusieurs
molécules en préclinique. Sa stratégie consiste à diversifier les formulations et à étendre les indications
thérapeutiques et géographiques, mais aussi, grâce aux profits que la société a su générer, à acquérir
des molécules à des stades de développement de plus en plus précoces pour s’assurer un relais de
croissance.
La stratégie d’Axcan s’est jusqu’à présent révélée pertinente. Son bénéfice (21,2 millions de dollars en
2002) a triplé au cours des trois dernières années pour une hausse de 52 % de son chiffre d’affaires
(132,4 millions de dollars). Cette amélioration des marges a pu être obtenue en maximisant l’utilisa-
tion de l’infrastructure commerciale. “Un visiteur médical bien formé à la gastro-entérologie peut sans
difficulté ajouter un certain nombre de produits du même domaine à son catalogue. Pour le médecin
spécialiste, c’est intéressant de disposer d’une gamme de médicaments plus large offerte par un labo-
ratoire vraiment spécialisé dans son domaine”, conclut Charles Gosselin. »
Le secteur bancaire, à travers la finance islamique, illustre les enjeux de la stratégie de focalisation. Ce
segment particulier, qui connaît une croissance soutenue depuis quelques années, consiste à réguler
les activités des banques par la loi islamique (voir encadré ci-dessous). Au Royaume-Uni, certaines
banques se sont focalisées très tôt sur ce segment : l’Islamic Bank of Britain, l’European Islamic
Investment Bank ou encore la Bank of London and Middle East. Il s’agit d’un marché en pleine crois-
sance, l’expansion étant notamment due à la migration intense des fonds épargnés par la population
musulmane (25% des humains) vers les banques islamiques. Toutefois, à mesure que le marché se
développe, tous les grands établissements bancaires intègrent des filiales traitant de finance isla-
mique (HSBC Amanah…), réduisant ainsi la marge de manœuvre des banques spécialisées.
La finance islamique
Les préceptes de l’islam ne sont, à plusieurs titres, pas compatibles avec la finance traditionnelle. La
finance islamique permet alors aux musulmans de recourir aux services des banques tout en respec-
tant les principes de la Charia (loi islamique). Cette dernière, en matière d’argent, pose :
- l’interdiction de l’intérêt (riba) ;
- le partage des pertes et profits entre le prêteur et l’emprunteur ;
- l’interdiction du hasard (gharar), ce qui empêche les comportements spéculatifs ;
- l’obligation d’adosser tout placement à un actif réel (le sous-jacent) ;
- l’interdiction des actifs illicites (haram). Notamment, il n’est pas toujours possible d’investir dans des
secteurs liés à l’alcool, au tabac, à l’armement, aux jeux de hasard, à la pornographie, aux loisirs, ou
encore à l’industrie porcine ;
- l’obligation de verser l’aumône (zakat), c’est-à-dire le versement d’un quarantième de la fortune
accumulée sur l’année.
L’existence de ces principes moraux rapproche la finance islamique de la logique de responsabilité socié-
tale de l’entreprise (RSE). Elle prend tout son sens dans le monde de l’après-crise, à la recherche d’un
cadre normatif pour les banques. En effet, les banques islamiques ont mieux résisté à la crise bancaire
que les autres, puisque l’interdiction de la spéculation ainsi que l’obligation d’asseoir les opérations sur
des sous-jacents réels ont réduit l’exposition aux crédits hypothécaires (les fameux subprimes)30
30. Le concept de RSE et les ressorts de la crise financière sont exposés dans le Chapitre 3, p. 43 et s.
La conservation
de l’avantage Chapitre 10
concurrentiel
Une fois l’avantage concurrentiel construit, le rôle du stratège consiste à assurer sa pérennité. Les
ressorts de cet exercice sont les mêmes d’un DAS à l’autre. Mais leur mise en œuvre diffère selon le
type de stratégie initialement choisi.
Avantage
concurrentiel
Selon Barney1, les ressources de l’entreprise doivent répondre à trois critères pour que l’avantage
concurrentiel soit durable. Elles doivent être rares, difficilement imitables et imparfaitement subs-
tituables :
Avantage concurrentiel
Si elles sont :
– rares ;
– difficilement imitables ;
– imparfaitement substituables.
Avantage
concurrentiel
durable
Définissons ce que Barney entend par ressources rares, difficilement imitables et imparfaitement
substituables.
Une ressource est rare si elle est distribuée de façon hétérogène entre les concurrents d’un même
DAS, et que seul un petit nombre de firmes la possède. Naturellement, la situation est idéale pour
une entreprise lorsqu’elle est la seule à posséder une ressource stratégique.
Par ailleurs, une ressource est difficilement imitable quand :
– elle est le fruit de l’histoire particulière de l’entreprise (elle est liée à la culture de l’entreprise) ;
– sa relation de cause à effet avec la performance est mal connue (c’est l’« ambiguïté causale »).
Cette ambiguïté peut provenir du caractère tacite des ressources exploitées ou de la complexité
des interactions entre les ressources. Autrement dit, les dirigeants de l’entreprise (et les concur-
rents) savent qu’il existe un lien entre telle ressource et la performance de l’entreprise, mais sans
être capables d’expliciter exactement quel est le processus qui conduit de la ressource à la perfor-
mance. C’est cette ambiguïté qui rend difficile l’imitation par un concurrent.
1. Barney, “Firm Resources and Sustained Competitive Advantage”, Journal of Management, Vol. 17, 1991.
Chapitre 10 • La conservation de l’avantage concurrentiel
Enfin, une ressource est imparfaitement substituable si elle est spécifique à la firme et que les
concurrents ne peuvent la remplacer par une autre pour réaliser les mêmes résultats.
•G
117
Il apparaît alors que l’avantage concurrentiel est d’autant plus solide qu’il trouve sa source dans
des ressources :
– intangibles (savoirs tacites...), car elles sont les plus difficilement imitables et substituables.
L’intuition des praticiens, issue de l’association de leurs qualités personnelles à l’expérience qu’ils
ont de leur métier, est par exemple largement tacite et ne peut pas être explicitée dans des pro-
cédures ;
– immobiles : par exemple, le goût d’un vin dépend en grande partie de la composition du sol sur
lequel les vignes ont poussé, et de l’ensoleillement auquel ces dernières ont été exposées. Un
concurrent ne peut pas reproduire à l’identique cette ressource attachée au terrain.
Les ressources humaines sont, dans ce cadre, considérées de manière croissante comme étant à la
base de l’avantage concurrentiel durable :
2 3 4 5
Pour établir cependant cette relation, le modèle proposé par Charles-Henri d’Arcimoles6 apporte une
clarification qui permet de mieux comprendre comment les ressources humaines sont susceptibles de
créer de la valeur pour l’entreprise. Des processus RH (par exemple : management de la performance,
gestion des hauts potentiels...) créent un avantage concurrentiel lié à la stratégie et à l’environne-
ment. Cet avantage concurrentiel est à la source de la création de valeur en augmentant le rendement
et en diminuant les risques.
[... Par exemple], les processus de recrutement, de rémunération, de carrière et de formation créent
un avantage concurrentiel déterminant qui permet aux entreprises Southwest Airlines et SAS Institute
d’avoir un rendement (productivité) exceptionnel et un personnel impliqué, diminuant ainsi considéra-
blement les risques sociaux. Ce qui est vrai pour ces entreprises peut l’être aussi pour n’importe quelle
autre entreprise, encore faut-il que les dirigeants soient convaincus de l’importance décisive du fac-
teur humain dans la bataille concurrentielle. La pénurie des talents, que de nombreux observateurs
prédisent à l’horizon 2010, ne pourra que renforcer l’importance grandissante du capital humain, y
compris aux yeux de ceux pour lesquels les ressources humaines ne constituent aujourd’hui que la
cinquième roue d’un carrosse dominé par la finance, le marketing-ventes, la R & D et la tech-
nique... »
6
Les stratégies business doivent donc non seulement procurer un avantage concurrentiel, mais elles
doivent également faire en sorte que celui-ci soit robuste. Nous allons voir que, concrètement, les
techniques à mettre en œuvre dépendent de la stratégie retenue.
6. D’Arcimoles, « Les DRH, nouveaux gérants des fonds d’investissement », communication présentée à l’ate-
lier de l’Anvie le 21 mars 2002.
Chapitre 10 • La conservation de l’avantage concurrentiel
Flexibilité
Flexibilité qualitative
Flexibilité Flexibilité quantitative
des ressources
financière organisationnelle des ressources
humaines
humaines
La flexibilité financière La flexibilité qualitative La flexibilité organi- Les entreprises peuvent
signifie que l’entreprise consiste à faire varier les sationnelle signifie que faire varier la quantité
doit disposer de res- tâches accomplies par les l’entreprise peut exter- de travail qu’elles utili-
sources financières excé- travailleurs. Elle peut être naliser ou internaliser sent en fonction de
dentaires pour être la obtenue en recourant à facilement les fonctions leurs besoins. Il existe
première à investir en cas des services extérieurs à selon la part qu’elles deux types de flexibilité
d’augmentation subite l’entreprise (marché du représentent dans la quantitative : interne et
de la demande. Cette travail ou sous-traitance), création de valeur totale. externe.
réactivité lui permet alors on parle alors de flexibi- Elle passe notamment
de conserver son avan- lité externe. La flexibilité par l’adoption d’une
tage en termes d’expé- interne est quant à elle structure souple.
rience et de résister à obtenue par un assou-
une hypothétique guerre plissement des règles de
des prix. l’organisation du travail
dans l’entreprise.
Aujourd’hui, la flexibilité des ressources humaines est devenue l’une des clés de la compétitivité
sur les coûts. Cela se comprend aisément puisque la masse salariale constitue toujours le premier
poste de dépense des entreprises. Une étude réalisée par PricewaterhouseCoopers montre
qu’aujourd’hui quatre grands groupes mondiaux sur cinq estiment ne pas utiliser à 100 % le
potentiel de leurs ressources humaines. Or, face à une concurrence mondiale de plus en plus
intense, les firmes doivent être capables de contrôler leurs coûts tout en conservant leur capacité
d’innovation. Et pour résoudre cette équation stratégique, la flexibilité (qualitative et quantitative)
est considérée comme l’élément déterminant.
•G
120 stratégie d ’ entreprise
L’étude montre qu’en moyenne, les entreprises jugent la flexibilité de leurs ressources humaines à
un niveau de 3,38 sur une échelle allant de 1 (flexible) à 5 (rigide). Cette forte rigidité s’exprime
tout d’abord sur la circulation des salariés au sein des entreprises. Pour pallier cette rigidité, plus de
60 % des entreprises interrogées par le cabinet d’étude ont lancé, au cours de ces trois dernières
années, des actions afin d’aligner les moyens humains sur les stratégies déployées. Il s’agit avant
tout d’offrir de nouvelles structures aux entreprises, en basant leur organisation autour des compé-
tences plutôt qu’autour des tâches et des métiers. Grâce à ces politiques de réalignement, les
entreprises estiment pouvoir réduire de 10 % les coûts liés aux ressources humaines et gagner,
dans le même temps, 10 % de productivité.
Les autres sources de flexibilité des ressources humaines résident dans l’adaptation de la durée du
temps de travail (flexibilité qualitative) et des effectifs grâce à l’utilisation des différentes formes de
contrats de travail (flexibilité quantitative). Plus précisément :
– il y a flexibilité quantitative externe quand l’entreprise fait varier le volume de sa main-
d’œuvre en recourant au marché du travail. À court terme, face à une variation de son activité,
une entreprise peut embaucher en Contrat à durée déterminée (CDD) ou recourir à des intéri-
maires. Cela peut être par exemple particulièrement utile à un fabricant de jouets pour la période
précédant Noël. Ainsi, quand l’activité revient à son niveau normal, l’entreprise n’a pas besoin de
licencier, puisque ces embauches ont été prévues pour la durée de suractivité ;
– on parle de flexibilité quantitative interne quand l’entreprise fait varier le temps de travail au
cours de l’année. Cette flexibilité peut être obtenue par le recours aux heures supplémentaires
(toutefois cela engendre des frais pour l’entreprise). L’autre possibilité est l’annualisation du
temps de travail, qui n’est plus défini sur la semaine (35 heures) mais sur l’année (1 600 heures).
En fonction des commandes ou de la charge de travail prévisible pour la semaine à venir, les tra-
vailleurs auront à accomplir une durée de travail différente. Selon les entreprises, cette durée
peut varier entre 0 et 48 heures, voire 52. Une dernière possibilité, en particulier dans les services
en contact avec la clientèle, est d’embaucher à temps partiel, et de recourir aux heures complé-
mentaires pour les heures où il y a plus de clients ;
– la flexibilité qualitative interne consiste à faire accomplir successivement plusieurs tâches dif-
férentes par le même salarié, en fonction des besoins. C’est ce qu’on appelle aussi la polyvalence
des travailleurs. On voit par exemple parfois le gérant d’un hôtel passer de l’accueil des clients, à
la comptabilité, voire au service des repas ;
– enfin l’externalisation consiste à faire exécuter certaines tâches annexes de la production
par des entreprises extérieures. L’entreprise se concentre sur les tâches essentielles à sa produc-
tion, celles qui réclament un savoir-faire particulier, et délègue le reste à des prestataires de ser-
vices. Par exemple, les chaînes d’hôtels externalisent souvent le nettoyage, ce qui réduit leurs
charges patronales.
Au total, la flexibilité permet de conserver l’avantage concurrentiel car elle est difficilement imi-
table. Ainsi, la flexibilité financière et la flexibilité organisationnelle dépendent des spécificités de la
firme :
– bien souvent, c’est parce qu’une firme a été la première à s’installer sur un DAS qu’elle dispose
d’une longueur d’avance sur ses rivales pour ce qui est du retour sur investissement ;
– de même, les grands groupes diversifiés peuvent affecter les bénéfices réalisés sur certaines acti-
Chapitre 10 • La conservation de l’avantage concurrentiel
vités à des investissements sur d’autres activités (alors que des firmes plus modestes ne peuvent
pas le faire) ;
•G121
– enfin, le temps de la structure est celui du long terme : même si une entreprise choisit de modi-
fier sa structure, l’ancienne a marqué les habitudes de travail et a contribué à façonner la stra-
tégie présente (Mintzberg7).
Ce dernier point montre qu’il existe une relation forte entre la stratégie de l’entreprise et sa struc-
ture. La relation existe dans les deux sens :
– d’une part, la stratégie détermine la structure. Selon la formule de Chandler8, « si la structure
ne suit pas la stratégie, la performance sera limitée ». Cela semble aller de soi. En effet, une
entreprise très diversifiée aura tout intérêt à recourir à une structure divisionnelle organisée par
divisions produits. De même une firme internationale verra un avantage certain à s’organiser en
divisions marchés, afin de développer des compétences permettant de tenir compte des spécifi-
cités locales. Inversement, on voit mal une TPE adopter une structure matricielle (c’est-à-dire
superposant des fonctions transversales9 avec des divisions clairement séparées) ;
– d’autre part, la structure oriente les choix stratégiques10. Ainsi une entreprise ayant une
structure divisionnelle dispose d’une plus grande flexibilité stratégique (les opérations d’investis-
sement et de désinvestissement sont largement facilitées). En revanche, elle risque d’être davan-
tage sclérosée : des divisions trop indépendantes peuvent avoir tendance à ne pas suffisamment
coopérer.
Au total, concluons avec Mintzberg11 que « la structure suit la stratégie comme le pied gauche suit
le pied droit », c’est-à-dire qu’aucune des deux ne précède l’autre et qu’elles sont indissolublement
liées.
7. Mintzberg, “The Design School: Reconsidering the Basic Premises of Strategic Management”, Strategic
Management Journal, Vol. 11, 1990.
8. Chandler, Stratégie et Structure, Éditions d’Organisation, 1972.
9. Exemple de fonctions transversales : le marketing, la finance, la production, la gestion des ressources
humaines...
10. Voir notamment Hall et Saias, « Strategy Follows Structure », Strategic Management Journal, Vol. 1,
1980.
11. Mintzberg, op. cit.
•G
122 stratégie d ’ entreprise
Différenciation Différenciation
vers le haut vers le bas
L’encadré suivant décrit l’exemple de Rhodia, qui mise sur sa capacité d’innovation pour conti-
nuer à se différencier. Cette entreprise cherche notamment à conserver son image d’entreprise
•G123
citoyenne :
12
En Chine, Rhodia axe son nouveau centre de R & D sur l’innovation durable12
« Rhodia a inauguré son premier centre de R & D à Shanghai, qui vise à renforcer ses capacités d’inno-
vation en Chine, où le groupe chimique français possède treize usines. “C’est le plus moderne du
groupe au niveau mondial. Nous nous sommes inspirés de ce que nous avons vu dans les meilleures
universités internationales”, commente Paul-Joël Derian, directeur de la R & D de Rhodia.
Si l’investissement global est considérable pour un pays comme la Chine, 6 millions d’euros sont
somme toute un montant très modeste en Europe pour un centre ultra high-tech, qui abritera 150
chercheurs formés localement sur 6 500 m2 d’ici à 2010. Il combine les technologies dernier cri en
matière d’infrastructures et de communication, mais aussi les techniques analytiques et les pilotes
industriels les plus sophistiqués.
Contrairement aux idées reçues, les normes environnementales ne semblent plus aussi laxistes en
Chine. “Elles sont même parfois plus sévères, car il y a actuellement une prise de conscience de la
rareté des ressources et des problèmes de pollution. Ce centre n’a rien à voir en termes de qualité et
d’exigence avec les installations existantes de ce pays”, souligne Paul-Joël Derian.
L’objectif du chimiste français est de participer à la mise sur les rails de la zone Asie-Pacifique vers la
voie du développement durable. Pour ce faire, les projets de recherche de ce nouveau centre sont axés
en priorité sur des solvants à faible contenu toxique et biodégradable, des formulations plus respec-
tueuses de l’environnement pour le recyclage du papier, des plastiques techniques visant à réduire le
poids des véhicules, plus économes en carburants, ou encore des luminophores pour des lampes à
basse consommation d’énergie. »
Cet exemple montre que développement durable et innovation sont liés. Dans cet esprit,
certaines entreprises s’appuient sur les idées de leurs collaborateurs pour faire émerger des
innovations durables : Sanofi a ainsi lancé les « Trophées climatiques », Alcatel les « Champions
du développement durable » et EDF les « Trophées du développement durable ». Cela est
aussi une manière pour ces entreprises de faire partager aux salariés leur engouement pour le
développement durable lorsqu’elle souhaite mettre ce dernier au cœur de leur stratégie.
2) Le marketing d’entretien
La communication est un moyen de faire ressentir une différence au consommateur. Pour être
durable, celle-ci doit être relayée par un marketing d’entretien, dont le but est de maintenir la
réputation de la marque. Les campagnes de publicité vantant les mérites d’une marque ou d’une
entreprise (exemple : Gaz de France) plutôt que ceux de leurs produits vont dans ce sens. C’est un
soutien aux ressources intangibles.
Pour qu’une stratégie de différenciation vers le bas soit viable à long terme, il faut que les res-
sources permettant de produire à des coûts bas ne soient que difficilement imitables, ou que l’en-
treprise pratique une « ombrelle des prix ».
1) Protection des secrets de fabrication
Afin que les ressources permettant de produire à des coûts bas soient difficilement imitables, les
entreprises cherchent à conserver au maximum les secrets de fabrication. C’est pourquoi les usines
produisant certains composants électroniques sont autant protégées des regards extérieurs
aujourd’hui13.
Les brevets sont une des manières permettant d’empêcher l’imitation. Ils protègent juridiquement
leur détenteur contre le risque de voir des concurrents s’approprier le fruit des investissements faits
en recherche et développement. Comme le montre l’article14 ci-dessous, le recours au système des
brevets est, dans ce cadre, en plein essor.
13. Sur ce point, voir les risques d’espionnage industriel liés à la stratégie d’internationalisation (partie 3).
14. Cet article est tiré du journal Les Échos du 15/05/08.
Chapitre 10 • La conservation de l’avantage concurrentiel
Les dépôts de brevets ne cessent d’ailleurs de progresser. Entre 1995 et 2005, leur nombre a aug-
•G
125
menté de 6,3 % par an aux États-Unis et de 5,8 % par an en Europe. “Pour les entreprises, la mon-
dialisation crée une concurrence accrue qui les incite à protéger leurs inventions, et les pousse à ne
plus tout faire seules, estime Dominique Deberdt. Par ailleurs, le recours aux technologies de l’infor-
mation permet de disséminer l’innovation plus facilement, tout en favorisant l’essor d’un marché des
droits de la propriété intellectuelle : avec ces outils, on peut désormais échanger ou vendre des
droits.” »
À NOTER • Un brevet n'est plus seulement une protection liée à un produit ou une technologie : il
est devenu lui-même un produit qui s'achète et se vend. Certes, ce marché est encore artisanal et
inefficace, mais il évolue rapidement, avec une prolifération d'initiatives privées et publiques qui favo-
risent sa mondialisation.
15. C’est la raison pour laquelle la Commission européenne demande régulièrement la fin des tarifs régle-
mentés en France, qui empêchent la concurrence de se développer.
•G
126 stratégie d ’ entreprise
Prix pratiqué C
par la firme B
en place
Fonction de coût
D
Production
cumulée
Plus la firme est installée depuis longtemps et plus elle se situe bas sur la courbe de coût du sec-
teur16 (prime au premier arrivé sur un DAS). Ici, la firme en place est descendue le long de cette
courbe et peut produire à un coût bas (point D). Ses coûts sont donc moins importants que ceux
d’une entreprise qui serait nouvelle sur le secteur (et qui devrait supporter les coûts d’entrée). Une
nouvelle entrante aurait ainsi des coûts élevés (point A).
Comme les consommateurs sont censés se tourner vers l’offre la moins chère, les concurrents sont
obligés de s’aligner sur ce prix. Et à ce prix, l’entreprise en place réalise une marge, représentée par
le segment rouge [CD] (c’est-à-dire la différence entre le prix qu’elle fait payer et le coût qu’elle
engage pour la production). À ce même prix, son concurrent potentiel aurait une marge négative
(il perdrait de l’argent), comme le représente le segment noir [AB].
Ce prix est appelé « prix ombrelle », car il décourage tout nouvel entrant potentiel de s’installer
sur le DAS.
16. La lecture de cette courbe est expliquée dans la section portant sur les stratégies de volume p. 88.
Chapitre 10 • La conservation de l’avantage concurrentiel
•G
127
Il est ainsi nécessaire de s’assurer que la cible visée ne se rétrécisse pas. Par exemple, le segment
des amateurs de disques vinyles se réduit, ce qui risque de rendre les lancements de production de
moins en moins rentables.
De plus, le nombre de concurrents doit rester limité pour que la demande adressée à chaque firme
soit suffisante. Par exemple, produire des chaussures pour les très grandes pointures n’est rentable
qu’à partir d’un certain nombre de paires vendues.
Enfin, la demande ne doit pas perdre sa spécificité. Aujourd’hui il n’existe que peu d’entreprises
comme Asus, fabricant taïwanais de produits informatiques, proposant des ordinateurs portables
spécialement destinés aux joueurs de jeux vidéo. Cette offre est pertinente car les jeux vidéo
consomment beaucoup de ressources et provoquent des ralentissements à l’écran. Mais la
demande pour de telles machines va-t-elle encore exister à mesure que tous les ordinateurs devien-
dront plus puissants ?
Application corrigée :
« En quoi la stratégie Chapitre 11
2 Éléments de réponse
Fusion GDF-Suez, abandon de la Fnac par PPR, internationalisation de Vinci en Russie... Quoi de
commun entre toutes ces décisions ? Certainement le désir pour ces entreprises, comme pour les
autres, de préparer l’avenir dans un objectif de performance.
Cette volonté de « maîtriser le destin, de choisir plutôt que de subir » était déjà décrite en 1953
par Octave Gélinier. C’était, pour lui, la stratégie. Pourtant, la stratégie semble être plus que cela.
Au cours du xxe siècle, de nombreux modèles de planification se sont développés, et des stratégies
génériques ont été recensées. Ainsi, le modèle de Harvard décrit-il le processus stratégique en plu-
sieurs étapes, encadrées par un modèle d’analyse précis, tenant compte à la fois de l’environne-
ment et des compétences de l’entreprise. Aujourd’hui, la démarche stratégique reste très influencée
par ce modèle, élaboré dans les années 1960, et complété dans les années 1970. C’est pourquoi
on peut définir la stratégie comme étant « l’ensemble des décisions de long terme prises par l’en-
treprise pour atteindre ses objectifs compte tenu de ses ressources et de ses environnements ». Sa
définition est centrale pour la survie de l’entreprise. Se poser la question : « En quoi la stratégie
est-elle l’une des clés de réussite de l’entreprise ? » est donc primordial. La réussite de l’entreprise,
au-delà de sa survie, peut s’appréhender comme sa capacité à atteindre ses objectifs, autrement
dit à être performante. Répondre à la question revient donc à saisir le fonctionnement même de la
démarche stratégique, et à identifier les éléments pour lesquels la prise en compte de l’environne-
ment et des compétences internes apporte de la performance. Mais si le modèle de Harvard reste
•G
130 stratégie d ’ entreprise
une référence, quelles sont les spécificités du monde d’aujourd’hui ? La notion de stratégie a-t-elle
encore évolué ? Dès lors, dans quelle mesure cette évolution participe-t-elle à la performance ? En
effet, l’environnement semble être aujourd’hui plus instable, plus imprévisible, caractérisé par une
prise en compte croissante des aspects humains, avec une concurrence plus intense et de plus en
plus fondée sur des aspects technologiques. D’Aveni (1995) parle à cet égard d’« hyper-compé-
tition ». Par définition, la stratégie n’apporte alors de performance que si elle parvient à inté-
grer cette nouvelle donne. En réaction à ce constat, nous posons la problématique suivante :
« comment et à quelles conditions la stratégie peut-elle être source de performance pour
l’entreprise ? ».
Nous répondrons à cette problématique à travers deux parties. La première montrera que la stra-
tégie engendre de la performance, et en cela qu’elle permet d’intégrer les analyses faites de l’envi-
ronnement et des aspects internes aux décisions de l’entreprise. La seconde considérera les
conditions que la stratégie doit respecter pour rester une source de performance. Notamment, elle
ne doit pas être figée et doit tenir compte des considérations liées à l’être humain.
Plan détaillé :
I. La stratégie est source de performance car elle permet d’agir en tenant compte de l’environne-
ment et des aspects internes pour créer un avantage concurrentiel
A. La stratégie permet de saisir les opportunités et de se protéger contre les menaces
1. Elle intègre les éléments issus d’une analyse de l’environnement économique
→ Analyse des 5 forces de Porter (1982).
→ Identification des opportunités et des menaces.
→ Exemple : Renault adopte une stratégie de coût en lançant des voitures à bas prix (Logan), ce
qui lui permet de répondre à la baisse du pouvoir d’achat en Europe et à la demande des pays en
voie de développement.
2. Elle intègre les éléments issus d’une analyse de l’environnement social
→ Analyse des institutions : les entreprises adoptent des décisions stratégiques pour se conformer
aux attentes des acteurs de l’environnement (même si ce choix n’est économiquement pas le
meilleur dans l’absolu).
→ Identification des opportunités (mode, lobbying...) et des menaces (nouvelles représentations
sociales auxquelles l’entreprise ne souscrit pas encore).
→ Exemple : les stratégies de différenciation intégrant des principes du commerce équitable. Elles
ne sont pas le résultat d’un pur calcul économique mais font en sorte que les clients se repré-
sentent la firme comme conforme à ce qu’ils en attendent. Ainsi le groupe Pernod se vante de
faire de la prévention auprès des jeunes adultes (différenciation) tout en ayant une politique tari-
faire très attractive lors des soirées étudiantes (pratique réelle).
Chapitre 11 • Application corrigée
B. La stratégie permet de s’appuyer sur les forces de l’entreprise et de pallier ses faiblesses
•G
131
II. La stratégie doit respecter certaines conditions pour rester source de performance et que l’en-
treprise conserve son avantage concurrentiel
La partie précédente a présenté les différentes stratégies au niveau des activités. Nous avons vu
que deux DAS d’une même entreprise peuvent faire l’objet de deux stratégies différentes. À pré-
sent, nous nous penchons sur les stratégies au niveau de l’entreprise dans sa globalité (le niveau
corporate).
Dans un premier temps, nous prenons l’exemple de Samsung pour montrer qu’une même entre-
prise peut recourir à différentes stratégies corporate. Nous exposons ensuite l’ensemble des straté-
gies corporate existantes.1
Samsung
1938
Fondation de Samsung à Taegu (Corée) par Byung-Chull, qui en sera le président jusqu’en 1987.
L’activité consiste alors à exporter des poissons séchés, des légumes et des fruits en Manchourie et à
Pékin.
1969
Création de Samsung-Sanyo Electronics (rebaptisée Samsung Electro-Mechanics en mars 1975 et ab-
sorbée par Samsung Electronics en mars 1977). Les activités technologiques de base développées alors
resteront des DAS de l’entreprise tout au long de l’histoire du groupe.
1970
Début de la production de téléviseurs noir et blanc par Samsung-Sanyo.
1974
stratégie d ’ entreprise
- Fondation de Samsung Petrochemical : Samsung investit dans l'industrie lourde, la chimie et la pé-
trochimie.
- Début de la production de lave-linges et de réfrigérateurs.
1981
Premières exportations de fours à micro-ondes vers le Canada.
1983
Début de la production d'ordinateurs personnels (PC).
1984
- Premières exportations de magnétoscopes vers les États-Unis.
- Création de Samsung Data Systems (rebaptisée Samsung SDS par la suite), qui propose des services
informatiques : intégration et gestion des systèmes, conseil et gestion des réseaux.
1987
Ouverture du Samsung Advanced Institute of Technology (centre de Recherche et Développement)
pour initier des activités dans l'électronique, les semi-conducteurs, les hauts polymères, le génie géné-
tique, les télécommunications sur fibre optique et l'aérospatiale.
1991
Développement des combinés de téléphones mobiles.
1993
Mise au point du tout premier vidéodisque numérique inscriptible (DVD-R).
1995
Développement par Samsung Heavy Industries de la première voiture électrique coréenne (la SEV-III).
1997
Développement du premier écran LCD TFT 30 pouces au monde.
1999
Mise au point du Smartphone (Wireless internet Phone).
2004
Meilleures ventes de téléphones mobiles en Russie.
2005
- Mise sur le marché du premier téléphone avec appareil photo 7 mégapixels au monde.
- Développement du premier écran OLED pour téléviseur 40 pouces au monde.
- Développement du premier téléphone à reconnaissance vocale.
- Développement du premier lave-linge vapeur avec défroissage intégral.
- Plus de 20 millions de téléphones cellulaires vendus aux États-Unis.
- Développement de la première puce mémoire Flash NAND 60 nm 8 Go au monde.
2006
Chapitre 12 • Présentation des stratégies corporate
•G
137
- Lancement du « Stealth Vacuum », l'aspirateur furtif, présentant le niveau de bruit le moins élevé au
monde.
- Lancement du premier lecteur de disques Blu-ray au monde.
2010
- Présentation du téléviseur le plus fin au monde (6,5 mm) au Consumer Electronics Show.
- Coopération à la création d'une fonderie avec Xilinx aux États-Unis.
- Développement du premier module DRAM de 40 nanomètres au monde.
- Annonce du premier téléphone mobile solaire, le « Blue Earth ».
- Samsung Fire and Marine Insurance se développe sur le marché chinois des assurances automobiles.
- Samsung annonce l'investissement futur de 20 milliards de dollars d'ici 2020 dans des nouveaux
projets liés à des secteurs tels que les soins de santé et la protection de l'environnement.
- Samsung Electronics annonce la création du premier package multipuce (MCP) avec PRAM (Mémoire
à accès sélectif programmable) destiné à être utilisé dans les téléphones mobiles.
L’exemple de Samsung met en lumière plusieurs éléments :
– une entreprise peut se diversifier, c'est-à-dire se développer sur d’autres activités que son DAS
d’origine. Ainsi, le groupe Samsung a démarré dans l’agro-alimentaire, puis s’est diversifié dans
l’électronique ou encore les assurances automobiles ;
– cette diversification peut être verticale (se rendre sur des DAS clients ou fournisseurs). Par
exemple, Samsung s’est orienté vers la production de lave-linges, de réfrigérateurs ou encore de
fours à micro-ondes utilisant ses propres composants électroniques ;
– cette diversification peut également être horizontale (les nouveaux DAS sont complémentaires
des précédents, sans être liés par un rapport client ou fournisseur). C’est ainsi que Samsung a
étendu ses activités vers le secteur de la pétrochimie ;
– une diversification horizontale peut coexister avec une diversification verticale ;
– une entreprise peut s’internationaliser. Ce fut le cas très tôt pour Samsung qui décida d’exporter
ses produits, d’abord vers la Chine, puis vers le Canada et les États-Unis, et enfin dans le monde
entier ;
– l’internationalisation peut coexister avec une diversification.
Toutes ces stratégies sont des stratégies corporate. D’autres stratégies sont évoquées dans
l’exemple de Samsung mais ne se situent pas sur le plan corporate. Il en est ainsi de la « croissance
organique » et des « acquisitions »2.
Enfin, il est question dans cet exemple de diversification et d’internationalisation. Mais d’autres
choix sont envisageables. La section suivante brosse un tableau de l’ensemble des stratégies corpo-
rate existantes.
se divise elle-même en plusieurs stratégies possibles, selon la nature des synergies recherchées :
diversification non liée, intégration horizontale et intégration verticale. Dans ce schéma, la stra-
tégie domestique n’est pas un choix à part entière. Elle ne se situe que par opposition à l’interna-
tionalisation. Une stratégie domestique consiste à faire de la spécialisation ou de la diversification
dans son pays d’origine.
Certaines stratégies corporate peuvent être menées de front, d’autres non. Parmi les mixages
impossibles, on trouve notamment « diversification + spécialisation » (une entreprise possède soit
un, soit plusieurs DAS, mais pas les deux à la fois).
Chapitre 12 • Présentation des stratégies corporate
1 Définition
La stratégie de spécialisation consiste à concentrer tous ses efforts sur un DAS unique. Une entre-
prise retenant cette option stratégique est dite « mono-activité ». Cela signifie que le périmètre
d’activité de l’entreprise se confond avec le DAS choisi, comme l’illustre le schéma ci-dessous.
La stratégie de spécialisation
Périmètre d’activité
DAS unique
Une telle stratégie a le mérite de la simplicité, comme nous allons le voir. Mais comparée aux
autres stratégies, elle figure parmi les plus risquées.
– e lle simplifie la gestion de l’entreprise. Chaque fonction donne toute son attention à une seule
activité ;
– elle donne une image claire de l’entreprise à ses parties prenantes ;
– le nombre de FCS1 à maîtriser est réduit ;
– l’expérience est plus facile à accumuler. Le coût unitaire de production diminue alors d’autant
plus vite, grâce aux effets d’expérience2.
Mais à plusieurs égards, ce choix est tout de même particulièrement risqué :
– être tourné vers une seule activité signifie adopter une structure spécifiquement dédiée et une
culture très orientée. Toute décision ultérieure de diversification devra lutter contre cette focalisa-
tion unidirectionnelle des énergies ;
– l’entreprise mise tout sur la même activité. Cette stratégie est hasardeuse dans le sens où le
risque n’est pas réparti entre plusieurs DAS.
Ce dernier point peut être illustré facilement grâce à la matrice BCG3. Imaginons qu’une entreprise
mise toutes ses ressources sur une seule activité. Quel que soit le quadrant dans lequel le DAS se
trouve, la conclusion est la même : le portefeuille est déséquilibré.
Taux
de croissance DAS
du marché unique
Si le DAS est une vedette, il finance lui-même sa croissance. Outre le fait que l’entreprise ne
•G
dégage alors pas de bénéfice substantiel, le risque est de ne pas réussir à transformer ce DAS en
143
Ventes
Temps
Vache
à lait
Vedette
Dilemme
Poids mort
Temps
Ce schéma montre qu’un DAS vache à lait, si rentable soit-il, risque de se transformer en DAS
poids mort à plus ou moins long terme. Même si elle est rentable, l’entreprise a un portefeuille
déséquilibré.
À NOTER • La courbe du cycle de vie représentée ici ne constitue pas la règle pour tous les DAS. Il
s’agit d’une constatation faite sur la moyenne des secteurs. En effet, certains DAS peuvent passer
directement de la croissance au déclin (effets de mode), là où d’autres ont une période de maturité
très longue (comme celui des boissons gazeuses).
Beaucoup d’entreprises estiment que les risques élevés que présente la spécialisation justifient de
recourir à une autre stratégie. Pourtant, cette stratégie reste utilisée, notamment par les PME.
moyenne l’aménage ; la petite s’y intègre ». Cela signifie que les PME subissent une pression
externe particulièrement forte. Pour l’auteur, cela se traduit par la mise en place d’une stratégie de
•G
145
Bourcieu8 note également qu’en période de forte instabilité institutionnelle (redéfinition des règles
économiques, sociales, politiques...), les PME ont, comme les grandes entreprises, la possibilité
d’agir sur leur environnement. Elles peuvent alors avoir recours à la diversification car elles veulent
« saisir les opportunités émergeant des transformations permanentes de l’environnement institu-
tionnel. [...] Les mutations permanentes des institutions économiques, politiques, sociales rouvrent
sans cesse de nouvelles possibilités pour les entreprises. Grâce à leur flexibilité organisationnelle
5. Dans ce cas, la stratégie corporate est celle de spécialisation, et la stratégie business (sur le DAS choisi) est
celle de différenciation.
6. Joyal, Julien, Dehaies et Ramangalahy, “A Typology of Strategic Behaviour among Small and Medium-Sized
Exporting Businesses. A Case Study”, International Small Business Journal, Vol. 15, 1997.
7. Saporta « Stratégies des Petites et Moyennes Entreprises », in Joffre et Simon, Encyclopédie de Gestion,
Economica, 1997.
8. Bourcieu, « Les Stratégies de développement international des PME face à la dynamique de l’environne-
ment institutionnel », Actes de l’AIMS, Angers, 2005.
•G
146 stratégie d ’ entreprise
(qui favorise la réactivité et leur permet de saisir rapidement les opportunités émergentes) et à leur
capacité de développer des relations de confiance avec les acteurs locaux (avantage concurrentiel),
les PME ont la possibilité de se développer sur de nouvelles activités, pas forcément en lien avec
leur métier ».
Avant de présenter ce type de stratégie (diversification), quelques remarques s’imposent quant à la
spécialisation.
A – Définition
La diversification non liée consiste, pour une entreprise, à avoir des activités sans rapport direct les
unes avec les autres. Ainsi, Ansoff1 parle de « diversification totale » pour désigner la stratégie
d’une entreprise agissant sur des DAS qui n’ont en commun ni le produit ni le marché. Mais, à ce
niveau, il peut tout de même exister des interactions entre les différentes activités si elles s’ap-
puient sur les mêmes ressources ou compétences.
C’est pourquoi on ne parle de diversification non liée que pour les logiques conglomérales. Au
sens strict, un conglomérat est constitué de DAS n’offrant aucune source de synergie entre eux,
comme l’illustre le schéma page suivante. Il est cependant difficile de ne trouver aucun rapport
entre deux activités. Un conglomérat peut alors s’entendre au sens large, c’est-à-dire comme une
entreprise ne choisissant volontairement pas des DAS porteurs de synergies fortes. Des groupes
comme General Electric ou Virgin en sont les archétypes. En effet, dans le cas de Virgin, quelles
complémentarités immédiates trouver entre le DAS de la téléphonie mobile et celui du transport
aérien ?
DAS 1
DAS 4
DAS 2
DAS 3
Selon cet auteur, les exigences de recentrage dictées par les analystes financiers ont été fortement
•G
149
influencées par les travaux des consultants comme McKinsey ou le Boston Consulting Group. Agis-
sant comme les guides des best practices, ils traduisent les différentes périodes du développement
des firmes à travers trois temps que l’on peut schématiser comme suit :
Les trois temps des stratégies des firmes à travers les travaux
des consultants selon Betbèze
Le temps des produits Le temps des questions Le temps des métiers
ou la matrice BCG ou Porter ou McKinsey
Années 1980
Années 1970 Années 1990
Transition
Le troisième temps annonce une logique financière de création de valeur. C’est ainsi que McKinsey,
dans la « démarche du pentagone » va identifier les opportunités de création de valeur par l’entre-
prise. Parmi celles-ci, la valeur externe potentielle est celle qui résulte d’une politique de recentrage
du portefeuille d’activités grâce à des cessions pour lesquelles l’entreprise n’est plus capable d’extraire
de la valeur ou au contraire grâce à des acquisitions qui lui permettront d’en dégager (Caby et Hiri-
goyen3).
Shleifer et Wishny4 relient les mouvements de conglomérisation et de recentrage avec le concept d’ef-
ficience des marchés : dans les années 1960 et 1970, les stratégies conglomérales ont été fortement
approuvées par les actionnaires pour être accueillies défavorablement dans les années 1980.
Comment expliquer ce revirement ? Les actionnaires, mieux informés, prennent davantage en compte
l’existence d’un « risque de diversification », résultant des divergences d’intérêts entre eux et les
managers. Le dirigeant est favorable à la diversification qui lui permet de se protéger contre une
conjoncture défavorable, des résultats médiocres ou une mauvaise gestion. Les actionnaires peuvent
redouter qu’une trop grande diversification n’altère les performances du gestionnaire (notamment les
capacités de suivi de la stratégie poursuivie) et n’entraîne une diminution de la performance globale
de l’entreprise. Les stratégies conglomérales et de recentrage sont ainsi l’illustration d’un classique
conflit d’agence et marquent l’avènement de nouveaux rapports entre actionnaires et dirigeants5.
Au total, selon de nombreux auteurs, les stratégies de recentrage des grands groupes, hier organisés
en multi-produits (dans les années 1970), ou multi-métiers (dans les années 1980), ne sont donc pro-
bablement pas étrangères aux nouvelles stratégies de portefeuille.
Populaires dans les années 1970, les entreprises diversifiées sont passées de mode, ce que résume
cette citation de Michael Useem6 pour le marché américain : “While diversification had been a hall-
mark of good management during the 1960s, shedding unrelated business had become the measure
during the 1980s and 1990s. De-diversification, back to basics, and a return to core competencies
have emerged as management ideologies for good reason. Wall Street generally applauds divestitures
of unrelated business lines”.
56
La logique des investisseurs financiers, si elle semble simple, n’est pas totalement infondée. Une
synthèse7 des recherches menées sur le sujet montre en effet que la stratégie la plus rentable
consiste à se diversifier « moyennement ». En effet, une diversification trop forte détruit les syner-
gies, et une diversification trop faible empêche d’en profiter.
Performance
Élevée
Faible Diversification
Faible Moyenne Élevée
Malgré les réserves évoquées ci-dessus, les entreprises trouvent de nombreux intérêts à mener une
stratégie de diversification non liée.
De manière symétrique, la diversification non liée présente des inconvénients (outre celui de
déplaire aux investisseurs financiers) :
– se diriger sur des DAS radicalement nouveaux pour l’entreprise nécessite des investissements impor-
tants, puisque les ressources actuelles (hormis les ressources financières) ne sont pas redéployées ;
– une entreprise décidant de se diversifier ainsi se dirige vers des activités pour lesquelles la
compétence de l’équipe dirigeante n’a pas encore été prouvée. Il y a donc un risque concernant
la possibilité réelle de l’entreprise à mener cette nouvelle activité (en a-t-elle vraiment la capa-
cité ?) ;
– l’image de l’entreprise est peu claire : quel est son vrai métier ? Où se situe concrètement son
savoir-faire ?
– le manque d’unité entre les DAS peut engendrer un manque de repères chez les salariés, qui ont
besoin de s’identifier à une culture dominante dans l’entreprise ;
– les dirigeants peuvent éprouver des difficultés à maîtriser tous les aspects des différentes acti-
vités. Leurs compétences risquent de ne pas être suffisamment larges.
Au vu de cette série d’inconvénients, certaines entreprises préfèrent adopter une stratégie de
diversification moins risquée : l’intégration horizontale.
2 L’intégration horizontale
Après avoir défini la stratégie d’intégration horizontale, nous en présentons les principales dimen-
sions, ainsi que les avantages et inconvénients.
A – Définition
L’intégration horizontale consiste, pour une entreprise, à posséder des activités complémentaires
(voir le schéma ci-dessous). Tous les types de complémentarité sont concernés ici (posséder des
clients communs, ou un même appareil de production...) exceptés ceux fondés sur l’existence
d’une filière8 (être à la fois client et fournisseur).
À NOTER • L’intégration horizontale, au même titre que la spécialisation, se définit parfois selon les
compétences plutôt que selon les DAS. En effet, les causes de la réussite ou de l’échec d’une firme
peuvent se trouver dans les ressources et compétences plutôt que dans les caractéristiques des
marchés. Dans ce cas, une firme spécialisée utilise une seule catégorie homogène de ressources et
compétences, alors qu’une firme intégrée horizontalement développe des ressources et compétences
nouvelles.
8. En effet, dans le cas, on est alors en présence d’une stratégie d’intégration verticale.
Chapitre 14 • La stratégie de diversification
Périmètre d’activité
Plus précisément, la complémentarité peut provenir de l’existence de synergies entre les DAS.
cinéma (il a notamment développé le standard de DVD haute définition Blu-ray). L’entreprise a
profité des synergies possibles entre ces deux pôles pour lancer la console de jeux PlayStation 3.
En effet, cette dernière est le couplage d’une console de jeux et d’un lecteur de salon haute
définition.
Dans l’exemple de Sony, les synergies à l’œuvre sont « productives ». Mais d’autres types de syner-
gies existent. Plus précisément, Chatterjee10 en recense trois :
Les trois types de synergies11 12
Synergies productives Synergies financières Synergies collusives
– économies d’échelle (plus on – répartition des risques ; – création d’un pouvoir de
produit et plus le coût unitaire – effet de taille sur le marché des marché11 ;
diminue car les coûts fixes sont capitaux ; – une plus grande concentration
répartis sur une quantité plus – allocation des capitaux plus effi- dans le secteur permet de fixer
grande) ; cace en interne. des prix monopolistiques.
– économies de champ.
Précisons ce que sont les économies de champ. Ces dernières apparaissent lorsqu’une entreprise
utilise ses ressources ou compétences existantes pour exploiter de nouveaux DAS. Cela lui permet
de valoriser ses savoir-faire, et de créer de la valeur sans avoir à réaliser une deuxième fois les inves-
tissements nécessaires. Ainsi, l’IGN (Institut Géographique National) était à la base uniquement
présent sur les DAS relatifs aux cartes géographiques. Il s’est ensuite diversifié vers d’autres DAS
pour profiter de ses compétences fondamentales en matière de géographie. Aujourd’hui, il pos-
sède une boutique commercialisant de nombreux produits liés : boussoles, GPS...
Enfin, l’intégration horizontale présente des limites. Il est nécessaire de les prendre en compte,
pour s’assurer que les risques encourus ne sont pas supérieurs aux bénéfices attendus des syner-
gies recherchées.
10. Chatterjee, “Types of Synergy and Economic Values: the Impact of Acquisitions on Merging and Rival
Firms”, Strategic Management Journal, Vol. 7, 1986.
11. Les synergies décrites dans ce tableau sont inspirées des travaux de Gardes. Voir notamment : Gardes,
« Fusions et acquisitions bancaires européennes : la performance des opérations transfontalières », Actes de
l’AIMS, Angers, 2005.
12. Selon Stigler, la décision de mener une diversification liée est avant tout motivée par la volonté de créer un
pouvoir de marché. Voir Stigler, “Monopoly and Oligopoly by Merger”, American Economic Review, Vol. 40,
1950.
–p
Chapitre 14 • La stratégie de diversification
•G
155
our que le partage soit efficace, il est nécessaire que les collaborateurs soient convaincus de son
utilité. Or, les managers ne le sont pas forcément : cela leur prend du temps, ils peuvent consi-
dérer les autres employés comme des concurrents, le partage n’est pas une activité rémunérée...
Ceci implique d’accompagner le mouvement d’intégration horizontale de mesures visant à favo-
riser le partage (culture de la coopération, rémunération basée sur la performance collective...) ;
– de manière plus générale, la mise en relation de différentes structures au sein d’un même groupe
pose nécessairement des problèmes de coordination, même si les individus sont de bonne volonté
(circulation des informations, mise en place de procédures, constitution d’un langage
commun...) ;
– parfois, les nouveaux DAS présentent le risque de faire concurrence aux anciens. C’est ce qu’on
appelle la cannibalisation (l’entreprise commercialise deux produits concurrents). Un diagnostic
stratégique bien mené doit permettre d’éviter un tel cas de figure.
À NOTER • Ces quatre limites mettent d’autant plus la stratégie d’intégration horizontale en péril
qu’elles risquent de se renforcer. Par exemple, si un nouveau DAS concurrence un autre déjà établi, il
y a d’autant moins de chance que les personnes en charge de l’ancien DAS acceptent de partager des
informations avec les nouveaux venus.
L’intégration horizontale peut être menée seule, ou de concert avec une intégration verticale. Ce
dernier cas de figure est réservé aux grands groupes, puisque son financement exige des ressources
considérables.
3 L’intégration verticale
Nous définissons ici la stratégie d’intégration verticale, avant d’en exposer les principales caracté-
ristiques, ainsi que les avantages et inconvénients.
A – Définition
L’intégration verticale signifie, pour une entreprise, posséder des DAS complémentaires au sein
d’une même filière de production. Par filière, on entend la succession des activités qui rythment la
vie du produit, depuis la phase de conception jusqu’à celle du service après-vente.
L’exemple du groupe Amadeus IT permet de saisir la logique de cette stratégie. Ce groupe, qui
exploite le système de réservation mondial de voyages et de billets d’avion (GDS), s’est intégré en
aval. Pour ce faire, il a acquis la société Opodo, spécialisée dans la vente en ligne des produits cor-
respondant. Opodo profite d’un accès privilégié au GDS et, en retour, permet à Amadeus IT de
lancer ses nouvelles solutions technologiques sur le marché (moteur de recherche pour la vente de
voyages à forfait...). Amadeus IT tire un avantage concurrentiel de cette intégration.
•G
156 stratégie d ’ entreprise
Dans cet exemple, la complémentarité provient de l’aval. Mais elle peut également être recherchée
vers l’amont, comme l’illustre le schéma suivant.
DAS 3
Intégration
vers l’amont
DAS 2
DAS 1
DAS 4 Intégration
vers l’aval
DAS 5
13. Les manières de mener une stratégie d’intégration font l’objet d’une partie entière (voir la Partie 4 sur la
mise en œuvre des stratégies).
Chapitre 14 • La stratégie de diversification
•G157
– s oit elle recourt à des partenaires en privilégiant une logique d’alliance avec ses clients ou four-
nisseurs. Les partenariats et alliances sont davantage utilisés pour mettre en œuvre la forme
atténuée d’intégration verticale (intégration des systèmes d’information).
En règle générale, on parle d’intégration verticale dans le cas où une entreprise incorpore la chaîne
de valeur d’un fournisseur ou d’un client à sa propre chaîne de valeur14. Par exemple, dans l’indus-
trie du transport aérien, les compagnies aériennes (compagnies de ligne) ont incorporé la distribu-
tion traditionnellement réalisée par les agents de voyage (intégration avale). Ces mêmes firmes
réalisent souvent elles-mêmes les tâches de restauration à bord (intégration amont).
Toutefois, l’intégration verticale peut aussi désigner une imbrication moins poussée des chaînes de
valeur, lorsque des firmes partenaires décident d’intégrer uniquement leurs systèmes d’informa-
tion. On parle alors d’optimisation de la chaîne logistique (ou supply chain). La supply chain désigne
l’intégration des flux de matériaux et d’informations circulant entre une entreprise, ses fournis-
seurs et ses clients, et ce jusqu’au client final, dans le but de répondre à la demande du marché.
L’image d’une chaîne avec ses maillons montre que :
– toutes les entreprises sont reliées, interdépendantes et forment une entité unique ;
– la satisfaction du client final passe par une bonne intégration de toutes les entreprises (grâce à
une bonne circulation des marchandises et des informations).
Dans ce cadre, la logistique est la partie de la supply chain qui planifie, met en œuvre et contrôle la
bonne intégration des flux physiques et informationnels. Elle a recours à des techniques permet-
tant aux firmes d’échanger plus efficacement, et d’être alors plus performantes. On se situe donc
dans une approche résolument transversale de l’entreprise.
Ainsi, la logistique participe à une meilleure gestion partagée des approvisionnements (GPA). Une
logistique efficace permet en effet de pratiquer le réapprovisionnement en continu, en transmet-
tant en temps réel les informations sur la demande et le niveau des stocks entre le fournisseur et le
distributeur. Plusieurs sources de gains apparaissent alors : réduction des stocks, meilleure réacti-
vité aux variations de la demande, baisse du nombre de ruptures de stocks...
Pour ce faire, la logistique peut s’adosser à une architecture informatique particulière : l’EDI
(échange de données informatisées). L’EDI utilise des réseaux (type Numéris) pour faire transiter
des documents banalisés associés aux flux de marchandises (avis d’expédition, factures...) de
manière automatisée. Ainsi, les documents ne sont saisis qu’une seule fois le long de la supply
chain, ce qui réduit le risque d’erreurs et permet un gain de temps.
Aujourd’hui, la communication est naturellement facilitée par l’utilisation d’internet et de ses
dérivés (extranet, intranet...). Par exemple, l’acquisition d’une station EDI reste coûteuse pour les
PME. En utilisant internet, elles peuvent avoir recours à un système moins onéreux : l’EFI (échange
de formulaires informatisés). Ce dernier leur permet en effet de se connecter au réseau d’une
entreprise plus importante.
Voyons à présent les raisons qui poussent une entreprise à retenir une stratégie d’intégration
verticale.
Dans un premier temps, les avantages recherchés par l’intermédiaire d’une stratégie d’intégration
verticale sont différents selon que l’entreprise s’intègre en aval ou en amont :
Précisons le dernier point (« augmenter son pouvoir sur ses concurrents »). Une entreprise peut
pratiquer la technique de l’écrasement (ou squeeze) des prix. Cette technique16 consiste à intégrer
un fournisseur que ne peut éviter de rencontrer un concurrent horizontal. Le prix du bien intermé-
diaire est vendu aux concurrents à un prix systématiquement supérieur au prix de cession interne
de la firme. Cette dernière peut alors proposer aux consommateurs des prix inférieurs à ceux de
ses rivaux. Non intégrés verticalement, ces derniers voient leurs profits « écrasés » entre le prix de
revient des matières premières (élevé) et le prix de vente (qui doit s’aligner sur la concurrence).
Dans un second temps, il existe des avantages communs aux stratégies d’intégration amont
et aval. Ces derniers concernent les économies générées par l’intégration :
15. Efficient Consumer Response, qui consiste à répondre le plus efficacement possible aux besoins du
consommateur.
16. Le squeeze est interdit par la règlementation de la plupart des pays car elle provoque une distorsion de la
concurrence.
17. Cette typologie est issue de Morvan, Fondements d’Économie Industrielle, Economica, 1991.
Chapitre 14 • La stratégie de diversification
Précisons ce que signifient les coûts de transaction. Il s’agit des coûts engendrés par le recours
au marché. Williamson18 distingue les coûts de transaction ex ante et les coûts de transaction
ex post :
– les coûts ex ante sont liés à la sélection des partenaires sur le marché :
• recherche de futurs partenaires,
• études sur ces partenaires,
• négociation,
• rédaction du contrat... ;
– les coûts ex post sont liés à l’incertitude pesant sur la transaction :
• inadaptation des clauses du contrat,
• renégociations,
• comportement de passager clandestin19 du partenaire,
• rupture contractuelle...
Williamson précise que la fréquence des transactions et la spécificité20 des moyens mis en œuvre
augmentent le niveau des coûts de transaction.
Dès lors, plus les coûts ex ante et ex post sont élevés et plus il est préférable d’internaliser la tran-
saction au sein d’une même organisation (plutôt que de recourir au marché). Bien entendu, s’orga-
niser sous cette forme fait apparaître d’autres coûts (les coûts de coordination). Au total, s’intégrer
est la meilleure solution lorsque les coûts de transactions sont particulièrement élevés et dépassent
les coûts de coordination.
Cela signifie que lorsque les investissements et les contrats sont très spécifiques, les coûts de tran-
saction sont élevés et une firme peut réaliser des économies en réalisant elle-même des tâches qu’il
serait coûteux de confier à un prestataire externe.
Pour illustrer cette analyse, Gertner et Knez21 prennent l’exemple de l’avionneur Boeing : « Les tran-
sactions sur le marché pour les biens et services liés verticalement ne fonctionnent pas bien quand
les acheteurs et les vendeurs sont contraints de réaliser des investissements qui les lient les uns aux
18. Williamson, Markets and Hierarchies: Analysis and Antitrust Implications, Free Press, 1975.
19. Un passager clandestin désigne, en économie, un acteur économique (ici une entreprise), profitant d’une
action (ici la réalisation des termes de l’accord conclu avec une autre entreprise), sans s’impliquer et réaliser sa
quote-part. Il bénéficie donc des retombées d’un effort industriel ou commercial sans avoir contribué à sa réa-
lisation.
20. Un actif (et donc un moyen de production) est d’autant plus spécifique qu’il est difficilement redéployable
pour une autre activité.
21. Gertner et Knez, « Intégration Verticale : Fabriquer ou Acheter ? », in L’art de la Stratégie, Les Échos,
26/05/2000.
•G
160 stratégie d ’ entreprise
autres. L’avionneur Boeing, par exemple, a intérêt à avoir des relations étroites avec ses fabricants
de composants. Ses fournisseurs doivent adapter leurs installations à la production d’un modèle
particulier et il convient d’avance avec eux des quantités, de la qualité et des délais. Par consé-
quent, Boeing n’a aucun intérêt à utiliser la concurrence sur le marché une fois qu’il s’est fixé sur
un fournisseur. Quand il a établi une relation avec des fournisseurs sélectionnés, les autres appa-
raissent comme de pauvres substituts. Le choix ne se situe plus entre le marché et une relation à
long terme, mais entre différentes formes de relations à long terme, depuis les accords contrac-
tuels entre l’acheteur et le fournisseur (alliance verticale) jusqu’à l’intégration verticale totale ».
À NOTER • De même que l’intégration horizontale et la diversification non liée, l’intégration verticale
permet :
– de répartir le risque opérationnel entre plusieurs activités ;
– de faire jouer des complémentarités financières ;
– d’accroître le pouvoir de marché (car le périmètre d’activité est lui-même plus important).
Comme pour toute stratégie, l’intégration verticale présente des limites qu’il s’agit d’intégrer à
l’analyse.
22. L’explication de cet argument peut également être comprise à partir de la stratégie d’impartition décrite
p. 90.
23. Une barrière à la sortie est un élément limitant la capacité d’une firme à se retirer d’un marché. Ses causes
peuvent être diverses : investissements spécifiques (difficilement redéployables), réglementation sociale limi-
tant les possibilités de licenciement, image de l’entreprise dépendante du DAS en question, forte intensité
capitalistique...
Chapitre 14 • La stratégie de diversification
firme. À être présente sur plusieurs métiers, la firme brouille en effet son image. Or les individus
qui y travaillent ont besoin d’agir par rapport à des références claires, ne serait-ce que pour que
tous les collaborateurs orientent leurs efforts dans le même sens. Le risque est, plus globalement,
celui de la dilution de la culture d’entreprise.
Ces limites ne sont pas des obstacles à l’intégration verticale. Il est simplement nécessaire que le
dirigeant prévoie les mesures nécessaires pour accompagner le changement. Par exemple, en
créant les conditions favorables à l’émergence d’une nouvelle culture commune aux différents
métiers (grâce à la mobilité interne du personnel, des séminaires communs...).
À NOTER • L’intégration verticale peut être le pendant corporate d’une stratégie business de diffé-
renciation. Ainsi, dans l’industrie de l’habillement, la plupart des acteurs recourent massivement à la
sous-traitance et aux délocalisations. Zara opte au contraire pour une intégration verticale totale (des
stylistes jusqu’aux magasins). Cela lui permet d’agir très rapidement (on ne compte que deux semaines
entre la conception d’un modèle et sa mise en vente dans les magasins) et de s’adapter plus vite que
ses concurrents aux nouvelles attentes des clients.
L’intégration verticale, au même titre que la diversification non liée, l’intégration horizontale et la
spécialisation, peut être menée de front avec une autre stratégie corporate : l’internationalisation.
La stratégie Chapitre 15
d’internationalisation
Après avoir précisément défini l’internationalisation, nous en exposons les caractéristiques, ainsi
que les avantages et inconvénients.
1 Définition
Face aux opportunités et menaces de l’environnement, la firme peut choisir de s’internationaliser,
c’est-à-dire d’étendre certaines de ses activités dans d’autres pays que celui d’origine (voir le
schéma ci-dessous). Le but de cette stratégie est notamment de mettre en valeur ses savoir-faire
hors des frontières, ou d’y trouver une source d’avantage relatif (main-d’œuvre moins coûteuse...).
Le marché pertinent, voire la clientèle, se modifie. Il s’agit alors de nouveaux DAS1.
La stratégie d’internationalisation
Périmètre d’activité
Europe Asie
DAS
DAS 1
Internationalisation 1’
DAS 4
DAS 2
DAS 3 DAS
3’
Par exemple, les banques françaises se sont lancées depuis quelques années dans des stratégies
d’internationalisation, avec une volonté de développer la croissance de leurs activités de banque
de détail à l’étranger. Ainsi, depuis 2005, BNP Paribas a réorganisé sa ligne de métier banque de
détail dans les pays émergents en plusieurs zones géographiques (Afrique, Océan Indien, Maghreb,
Europe de l’est...) avec une politique d’acquisition de banques de détail à l’étranger. Au Maghreb,
une zone en forte croissance, le groupe possède environ 250 agences : Maroc (BMCI), Tunisie
(UBCI) et Algérie (BNP Paribas El Djazaïr).
2 Caractéristiques de l’internationalisation
Il n’existe pas une manière meilleure que les autres de mener une stratégie d’internationalisation.
Comme pour les autres stratégies, il n’y a pas de « recette miracle », et c’est la manière d’utiliser
les outils de gestion qui fera que l’entreprise pourra sortir de ses frontières avec succès. Pourtant,
les études empiriques montrent que la plupart des firmes suivent des démarches internationales
comparables, et passent par plusieurs étapes clairement identifiées. Bien sûr, des contre-exemples
viennent relativiser la portée universelle de ces analyses. Mais ici encore, le type de stratégie retenu
peut être très différent d’une entreprise à l’autre. Le recours à une typologie nous aidera à saisir la
variété des situations à travers quatre types de stratégies d’internationalisation. Puis nous ferons le
bilan de l’internationalisation en termes d’avantages et d’inconvénients.
2. Johanson et Vahlne, “The Internationalization Process of the Firm: A Model Knowledge Development and
Increasing Foreign Market Commitments”, Journal of International Business Studies, Vol. 8, 1977.
3. Rhee et Cheng, “Foreign Market Uncertainty and Incremental International Expansion: The Moderating
Effect of Firm, Industry, and Host Country Factors”, Management International Review, Vol. 4, 2002.
Chapitre 15 • La stratégie d’internationalisation
– la connaissance générale : elle concerne les éléments à maîtriser quel que soit le pays visé.
•G
165
Les auteurs donnent l’exemple des similarités dans les processus de production ou de marke-
ting destinés à différents types de consommateurs (abstraction faite de leur localisation géo-
graphique).
Basly4 précise que la connaissance générale est relative au « know-how », c’est-à-dire au savoir-
faire5. « Cette connaissance permet à l’entreprise de connaître ses capacités à s’engager dans des
opérations internationales et les ressources qu’elle peut et doit mobiliser à cette fin. »
À NOTER • Connaissance spécifique et connaissance générale sont intimement liées. En effet, c’est
notamment grâce à la connaissance acquise sur les marchés étrangers que les managers développent
leur connaissance générale d’internationalisation.
Pour Johanson et Vahlne, le besoin de mener un apprentissage graduel pour acquérir des connais-
sances est d’autant plus fort qu’il existe une « distance psychologique ». Laghzaoui6 propose une
traduction de ce concept : « la distance psychologique renvoie à “l’ensemble des différences
culturelles et linguistiques ayant une influence sur la circulation de l’information et la prise de
décision dans les transactions internationales, pour expliquer qu’à mesure que l’expérience inter-
nationale s’accroît, la distance psychologique qui sépare [les entreprises] des nouveaux terri-
toires étrangers se réduit. La diminution de la distance psychologique favorise une progression
plus étendue et une utilisation plus complète des opportunités offertes par les différents pays
connus.” »
Ceci renvoie à la problématique des différences entre cultures nationales. La culture d’un pays a en
effet un impact direct sur les représentations que se font ses habitants. Dès lors, les organisations
qui opèrent au niveau international doivent tenir compte de ces différences pour être efficaces. Un
même message publicitaire humoristique peut ainsi rencontrer un franc succès dans un pays et ne
pas être saisi dans un autre pourtant proche géographiquement.
À NOTER • Dans un même pays, plusieurs cultures régionales peuvent exister et parfois dépasser le
degré d’identification de la culture nationale.
4. Basly, « Processus d’internationalisation de la firme : une relecture à la lumière des approches fondées sur la
connaissance », Actes de l’AIMS, Montréal, 2007.
5. Le savoir-faire peut se définir comme l’ensemble des connaissances acquises ou développées par une entre-
prise pour mettre en œuvre un procédé de fabrication ou un processus de gestion.
6. Laghzaoui, « Ressources et Compétences : Une Nouvelle Grille de Lecture de l’Internationalisation des
PME », Actes de l’AIMS, Montréal, 2007.
•G
166 stratégie d ’ entreprise
En 1980, Hofstede7 a étudié une entreprise multinationale implantée dans 64 pays, ce qui lui a
permis de recenser différents types de cultures. Il estime que les cultures se distinguent entre elles
selon quatre caractéristiques :
– le degré d’individualisme (c’est-à-dire le degré de priorité donnée à l’individu sur la collectivité) ;
– la distance hiérarchique (existant entre un subordonné et son supérieur) ;
– le contrôle de l’incertitude (le degré auquel l’ambiguïté et l’imprécision sont supportées) ;
– la domination de la masculinité (animée par l’ambition et la compétition) ou de la féminité
(recherchant le consensus).
Hofstede croise deux de ces critères et obtient quatre types de cultures :
Distance hiérarchique
Forte Faible
Fort France, pays latins Allemagne, Europe centrale
Contrôle
de l’incertitude Faible Pays arabes, Afrique, Asie, Inde Grande-Bretagne, pays nordiques
Devant la diversité des cultures, il y a un enjeu fort autour du management interculturel. Selon
Dupriez et Simons8, le management interculturel désigne la capacité à intégrer les valeurs des
cultures locales dans l’exercice des différentes fonctions de l’entreprise. Il s’agit par exemple :
– pour la fonction commerciale : de proposer des produits tenant compte des préférences des
consommateurs de chaque pays. Même les produits a priori très standardisés (boisson Coca-
Cola) en tiennent compte. Ainsi, le Coca-Cola light a un goût différent selon les pays : il est plus
sucré en Europe qu’aux États-Unis ;
– pour la fonction ressources humaines : de prendre en compte les difficultés de communica-
tion entre personnes de cultures différentes. Ainsi, les premières négociations lors du rapproche-
ment entre Renault et Nissan donnèrent lieu à des incompréhensions dues aux différences entre
les modes de communication en France et au Japon. Par exemple, il est tacitement accepté en
France de couper la parole lors d’une réunion, alors qu’il s’agit d’une attitude déplacée au Japon.
De même, un silence dans une réunion est signe de malaise pour des Français, là où les Japonais
y voient simplement un temps de réflexion.
Une entreprise peut, par ailleurs, rechercher volontairement à constituer des équipes managériales
composées de membres aux cultures variées. En effet, la diversité des représentations permet sou-
vent une meilleure réactivité et une plus grande inventivité. Ceci explique une fois de plus qu’une
entreprise puisse chercher à s’internationaliser de manière progressive, afin de se laisser le temps
de mettre en place les structures de management, par nature fragiles.
pas toujours. Il existe en effet des firmes qui s’internationalisent sans respecter les étapes décrites
par Johanson et Vahlne. Par exemple, le groupe Dexia est né en 1996 du rapprochement de deux
entreprises, l’une française (Crédit Local de France) et l’autre belge (Crédit Communal de Bel-
gique). Dès sa création, par nature, Dexia a eu une envergure internationale. D’autres entreprises
parviennent, dès leur création, à l’étape no 4 sans même recourir à des fusions transnationales.
Laghzaoui recense les raisons expliquant que des firmes puissent, aujourd’hui plus qu’hier, sauter
certaines étapes :
– les progrès technologiques provoquent une baisse des coûts de transport et de communi-
cation ;
– certaines ressources spécifiques individuelles émergent (expérience, formation...) ;
– certaines ressources intangibles sont davantage capitalisées (avancée technologique, relations
dans des réseaux...) et facilitent la reconnaissance et la conduite des opérations internationales.
Pour résumer, la plupart des entreprises qui décident de s’internationaliser le font par étapes pour
faciliter leur apprentissage, mais certaines parviennent à sauter des étapes du fait de leur environ-
nement et de leurs compétences spécifiques.
Au total, il existe dans l’économie des situations très variées, puisque certaines entreprises sont très
avancées dans leur internationalisation là où d’autres commencent tout juste à prospecter hors de
leurs frontières. Or, les problématiques de gestion sont différentes selon le degré d’internationali-
sation. Par exemple, le contrôle ou la circulation de l’information vont être plus ou moins intégrés
ou décentralisés. Le recours à une typologie va montrer qu’il est possible de regrouper la variété
des situations en un petit nombre de catégories.
B – Typologie de l’internationalisation
Bartlett et Goshal9 estiment que les stratégies d’internationalisation sont caractérisées par deux
dimensions :
– l’« intégration » : il s’agit de l’intensité avec laquelle le processus de coordination (façon de
connecter les activités effectuées dans plusieurs pays) est mené ;
– la « différenciation » : elle désigne la mesure dans laquelle la stratégie s’adapte à la demande
locale dans chaque pays.
À partir de ces deux dimensions, Bartlett et Goshal construisent une matrice et distinguent quatre
stratégies possibles :
Fortes
Stratégie
Stratégie globale transnationale
Forces
d’intégration
globale
Stratégie Stratégie
internationale multidomestique
Faibles
Ces stratégies correspondent à quatre niveaux d’internationalisation. Dans un ordre croissant d’im-
plication, on trouve :
– l’entreprise « internationale », qui se contente de gérer ses filiales à distance. L’engagement à
l’étranger est donc modéré ;
– l’entreprise « multidomestique », qui fonctionne également par filiales, mais leur laisse davan-
tage d’autonomie ;
– l’entreprise « globale », qui ne fonctionne pas par filiales. Ses fonctions et activités sont répar-
ties dans le monde entier, et la coordination reste centralisée. Il s’agit de s’adresser au mar-
ché mondial considéré comme un seul marché, sans différenciations. Cela permet de générer des
économies d’échelle autour de produits standardisés. La stratégie est formulée et contrôlée par
le siège central ;
– l’entreprise « transnationale », qui ne fonctionne pas par filiales et laisse beaucoup d’autonomie
à ses unités, ce qui autorise une forte réactivité sur le terrain.
Chapitre 15 • La stratégie d’internationalisation
•G
La Villarmois et al.10 décrivent les autres dimensions sur lesquelles se distinguent ces quatre stratégies :
169
La logique de ce type de stratégie tient dans la formule bien connue « Think global, act local11 ».
L’encadré
12 13
ci-dessous revient sur l’origine de ce terme.
Le terme de glocalisation12
« Il faut souligner que le rapport entre le local et le global n’est jamais direct et qu’il passe toujours par
des processus d’adaptation et d’interprétation. Pour illustrer l’interpénétration du global et du local,
Roland Robertson13 propose le néologisme de “glocalisation” qui conjugue les deux termes en insis-
tant sur le fait que le rapport entre eux est toujours une dialectique entre “particularisation de l’uni-
versalisme” et “universalisation du particularisme”.
10. La Villarmois, Benavent et Firmanzah, « Contrôle et apprentissage dans les entreprises mondialisées :
une analyse par les filiales », Innovation technologique : aspects culturels et mondialisation, Évry, 2005.
11. Levitt, « The Globalization of Markets », Harvard Business Review, Vol. 61, 1983.
12. Extraits de Dimitrova, « Le “jeu” entre le local et le global : dualité et dialectique de la globalisation »,
Socio-Anthropologie, Vol. 16, 2005.
13. Roland Robertson, “Glocalisation: Time-Space and Homogeneity-Heterogeneity”, in Global Modernities,
Sage Publication, 1995.
•G
170 stratégie d ’ entreprise
Robertson explique que l’idée de glocal se nourrit dans le contexte japonais où elle a été introduite en
premier dans le domaine de l’agriculture en tant qu’un processus d’adaptation des techniques agri-
coles à des conditions locales. Dans les années 1980, le terme de “glocalisation” a fait son entrée
dans le business japonais dans le sens de “localisation globale”, c’est-à-dire comme technique d’éla-
boration d’une perspective globale compte tenu des conditions locales. En termes économiques, la
“glocalisation” signifie faire du micromarketing, à partir d’une conception globale pour la production
et la distribution d’un produit à une grande échelle, viser divers consommateurs et inventer différentes
traditions de consommation. C’est une manière de faire de l’analyse psychologique dans le sens où il
faut se mettre “dans la peau” du local, dans le spécifique, le particulier des consommateurs potentiels
afin d’anticiper sur leurs réactions et leurs comportements face au produit “global” proposé. Autre-
ment dit, il faut miser sur un jeu dual, à la fois objectif et subjectif, composé des variables de local et
de global. »
Les grands constructeurs d’automobiles (Toyota, Renault...) pratiquent cette stratégie. De même,
Legrand, leader mondial de l’électricité à la maison, s’est fait un adepte de ce principe. Il vend
en effet des appareils électriques (interrupteurs...) et des accessoires pour le câblage des instal-
lations. Dans ce cadre, il a intérêt à organiser les grandes fonctions de manière centrale afin
de réduire ses coûts. Pour cela, il a choisi une structure composée de quatre divisions produits
au niveau mondial, chacune ayant la responsabilité de rationaliser les achats et d’accroître la
sous-traitance. Mais les normes d’électricité sont fort différentes d’un pays à l’autre (par exemple
entre la France et la Grande-Bretagne), et forment un tout très hétérogène. Cela nécessite alors de
se tourner vers les petits acteurs locaux, proches des distributeurs et installateurs, pour affiner
l’offre.
A – Avantages de l’internationalisation
Le paradigme OLI de Dunning14 recense trois avantages économiques apportés par la stratégie d’in-
ternationalisation :
– Ownership advantages (avantages liés à la propriété) : ils sont spécifiques à l’entreprise et relatifs
à l’accumulation de ressources intangibles (avancée technologique, expérience...) ;
– Localisation advantages (avantages liés à la localisation géographique) : ils sont constitués par
des facteurs institutionnels et productifs relatifs à un lieu géographique donné ;
14. Dunning, “The Eclectic Paradigm of International Production: A Restatement and some Possible Exten-
sions”, Journal of Small Business Studies, Vol. 19, 1988.
Chapitre 15 • La stratégie d’internationalisation
•G
171
15. L’internalisation renvoie à l’analyse de Williamson en termes de coûts de transaction (voir Chapitre 14,
la section portant sur la stratégie d’intégration verticale).
16. D’autres raisons expliquent le succès de Toyota aux États-Unis (4 % de part de marché en 1970 contre
21 % en 1981), notamment la crise pétrolière qui a réorienté la demande vers les petites voitures.
17. Cela était le cas au début des années 2000. Mais aujourd’hui les pays en voie de développement s’équipent
davantage en appareils numériques sans passer par l’Argentique.
•G
172 stratégie d ’ entreprise
Ventes
Courbe dans
le nouveau pays
Courbe domestique
Temps
B – Inconvénients de l’internationalisation
Cinq inconvénients majeurs existent. Pour chacun d’eux, l’entreprise doit trouver les moyens d’y
remédier pour accompagner sa stratégie d’internationalisation :
– la présence à l’étranger augmente les risques politiques, économiques et financiers. Cela est
d’autant plus vrai que l’entreprise est fortement impliquée dans les pays visés. Cet inconvénient
n’est un problème que dans le cas où l’entreprise est faiblement internationalisée (stratégies glo-
bale et transnationale), et qu’elle se rend dans des pays jugés « instables18 ». Dans le cas inverse,
l’inconvénient peut se muer en opportunité, puisque l’on a vu qu’une internationalisation large
permet de répartir les risques ;
– les coûts commerciaux s’accroissent également. Les dépenses de marketing sont notamment
plus élevées lorsque la firme choisit de s’adapter aux attentes des consommateurs locaux (straté-
gies transnationale et multidomestique). La conception des produits et de la communication
exige en effet dans ce cas une mobilisation forte des ressources (financières et humaines) ;
– plus l’entreprise propose ses produits dans des pays éloignés et plus :
• les coûts de transports augmentent (risque élevé dans le cas d’une entreprise « internatio-
nale » qui ne fait qu’exporter, mais risque réduit dans les autres cas),
• l’entreprise doit prendre en compte les législations locales (système de tenue des comptes...),
18. L’instabilité est par exemple plus forte dans les pays ayant des institutions fragiles (régime politique non
légitime aux yeux de la population...) ou présentant des dysfonctionnements (corruption...). Dans un autre
registre, Total a pris des risques en investissant massivement en Amérique du Sud (fluctuations erratiques des
économies, nationalisations forcées...).
Chapitre 15 • La stratégie d’internationalisation
• le risque de décalage culturel existe. Nous avons vu qu’un management interculturel permet
•G
173
de limiter ce risque ;
– la conséquence directe de ces trois éléments est que la gestion de l’organisation devient beau-
coup plus complexe. Les contrôles sont plus nombreux à mettre en place, les systèmes d’infor-
mation doivent être plus performants, la structure doit s’adapter... ;
– un risque très important est celui de la perte des technologies clés. En s’internationalisant, une
entreprise s’expose à de nombreux dangers. Citons entre autre :
• le recrutement des cadres partant à l’étranger par des entreprises locales concurrentes (débau-
chage),
• la contrefaçon : délocaliser la production fait que les machines et les processus sont plus faci-
lement observables par les acteurs locaux,
• l’espionnage industriel.
Revenons sur ce dernier point. L’espionnage industriel n’est pas un fait exceptionnel. Il fait partie
du quotidien des entreprises, et ce d’autant plus qu’elles s’internationalisent. La France, comme
beaucoup d’autres pays, prend des mesures pour contrer cette pratique, coûteuse pour les firmes.
Il existe ainsi en France un « plan triennal d’intelligence économique » établi par chaque préfet.
L’encadré suivant revient sur un ensemble d’avertissements donnés par le gouvernement canadien.
Il insiste sur les risques auxquels s’exposent les cadres en voyages d’affaires.
19
19. Extraits du bulletin d’information élaboré par le service canadien du renseignement de sécurité : « Moyens
Clandestins Employés au Détriment des Intérêts Canadiens », 1999. La version complète du bulletin est dispo-
nible sur internet : http://www.csis-scrs.gc.ca/nwsrm/wr/wr3-fra.asp.
•G
174 stratégie d ’ entreprise
cepté les conversations téléphoniques entre un cadre supérieur en voyage à l’étranger et le siège
social de son entreprise au Canada. »
De manière plus générale, « les entreprises actives dans d’autres pays deviennent parfois plus vul-
nérables à l’espionnage économique parce qu’elles ne peuvent exercer qu’un contrôle limité sur un
milieu des affaires qui n’est pas le leur et qu’un gouvernement peut utiliser des méthodes plus intru-
sives sur son territoire. Plus des informations sont importantes aux yeux d’un concurrent étranger, plus
le gouvernement risque d’être disposé à l’aider à les obtenir. En conséquence, si les bénéfices éven-
tuels sont suffisamment importants, les gouvernements étrangers peuvent recourir à diverses
méthodes pour compromettre les informations ou les technologies convoitées. Les serviettes et les
bagages peuvent être fouillés et les documents intéressants reproduits secrètement au point d’entrée
ou de sortie ou à n’importe quel moment pendant le voyage, lorsque le visiteur ne les a pas en sa
possession. De plus, à l’étranger, les services de renseignements du pays hôte ont accès aux chambres
et aux coffres-forts dans les hôtels ainsi qu’aux systèmes de communication locaux. »
Application corrigée :
QCM sur les stratégies Chapitre 16
corporate
1 Énoncé
À l’aide des éléments théoriques vus dans la Partie 3, vous compléterez le QCM (questionnaire
à choix multiples) ci-dessous. Pour chaque question il n’y a qu’une seule bonne réponse.
4. Sur la matrice BCG, dans quel quadrant trouve-t-on le produit d’une entreprise spécialisée ?
a) Vache à lait
b) Déclin
c) Vedette
d) Il peut être dans n’importe lequel des 4 quadrants
•G
176 stratégie d ’ entreprise
7. La spécialisation :
a) est la même chose que la focalisation
b) ne peut pas être menée en même temps qu’une focalisation
c) n’a pas de sens sans focalisation derrière
d) peut être menée en même temps qu’une focalisation
11. Les études montrent qu’en moyenne, les entreprises les plus rentables sont :
a) les conglomérats
b) les entreprises peu diversifiées
c) les entreprises très diversifiées
d) les entreprises moyennement diversifiées
Chapitre 16 • Application corrigée : QCM sur les stratégies corporate
12. La culture d’entreprise est généralement la plus forte dans une entreprise :
a) diversifiée (diversification non liée)
•G
177
b) spécialisée
c) intégrée verticalement
d) internationale
19. Les coûts de transaction modélisés par Williamson sont d’autant plus bas que :
a) les partenaires se font confiance
b) il y a de nombreuses transactions chaque jour à la Bourse
c) les contrats sont spécifiques
d) les investissements sont spécifiques
20. Lorsque les coûts de transaction sont élevés, une entreprise a intérêt à recourir à une
stratégie :
a) de spécialisation
b) d’intégration verticale
c) de développement durable
d) de focalisation
22. L’internationalisation :
a) doit être menée par étapes
b) peut être menée par étapes
c) ne doit pas être menée par étapes
d) ne peut pas être menée par étapes
23. L’internationalisation :
a) nécessite d’acquérir une connaissance spécifique
b) nécessite d’acquérir une connaissance générale
c) nécessite d’acquérir une connaissance spécifique et générale
d) nécessite surtout d’être déjà leader dans son pays
25. Pour Hofstede, il est possible de différencier les cultures nationales selon :
a) le contrôle de l’incertitude et la distance hiérarchique
b) le degré d’intégration et l’adaptation aux cultures locales
c) uniquement le degré d’intégration
d) uniquement l’adaptation aux cultures locales
Chapitre 16 • Application corrigée : QCM sur les stratégies corporate
26. Une internationalisation a d’autant plus de difficulté à être menée que la culture du
pays cible est :
•G
179
a) identique
b) proche
c) éloignée
d) fondée sur l’individualisme
28. Que signifient les lettres OLI dans le paradigme du même nom ?
a) Ownership – Localisation – Internalisation
b) Olson – Larson – Igmår
c) Only Local Investment
d) Only Large Income
2 Éléments de réponse
1. Bonne réponse : b
Le niveau « corporate » est celui des stratégies définies au niveau de l’entreprise dans sa globalité
(tous les DAS à la fois). À ne pas confondre avec le niveau « business » qui se situe au niveau de
chaque DAS (Partie 2).
verticale (le long des filières de ces différents métiers). Enfin l’internationalisation peut accompa-
gner n’importe quel autre type de stratégie corporate, car il s’agit de mener la même stratégie hors
de ses frontières d’origine.
Au sens strict, un conglomérat est constitué de DAS n’offrant aucune source de synergie entre
eux. Il est cependant difficile de ne trouver aucun rapport entre deux activités. Un conglomérat
peut alors s’entendre au sens large, c’est-à-dire comme une entreprise ne choisissant volontaire-
ment pas des DAS porteurs de synergies fortes. Des groupes comme General Electric ou Virgin en
sont les archétypes. En effet, dans le cas de Virgin, quelles complémentarités immédiates trouver
entre le DAS de la téléphonie mobile et celui du transport aérien ?
L’intégration horizontale consiste, pour une entreprise, à posséder des activités complémentaires.
La logique même de la stratégie repose sur la mise en œuvre de synergies : posséder des clients ou
un appareil de production communs aux activités...
L’intégration verticale permet de gagner en pouvoir de négociation : sur ses concurrents pour une
intégration en amont, et sur les distributeurs pour une intégration en aval (en développant son
propre réseau de distribution). À l’inverse, s’intégrer verticalement fait perdre en flexibilité. Par
exemple, en s’intégrant en amont, une entreprise s’empêche de changer de fournisseur. De plus, à
être présente sur plusieurs métiers, la firme brouille son image, à la fois en interne (salariés) et vis-
à-vis de l’externe (clients, fournisseurs, investisseurs...).
problématique des différences entre cultures nationales. La culture d’un pays a en effet un impact
direct sur les représentations que se font ses habitants.
des stratégies
Nous arrivons à la dernière étape de la démarche stratégique. L’entreprise a réalisé le diagnostic
stratégique, défini les stratégies sur chaque DAS ainsi que les complémentarités qu’elle entend
faire jouer entre eux ou non. Il lui reste à déterminer comment mettre ces stratégies en œuvre.
Dans un premier temps, nous prenons l’exemple du groupe Lagardère pour montrer qu’une entre-
prise peut déployer ses stratégies de différentes manières. Nous exposons ensuite l’ensemble des
modalités d’implémentation.1
Groupe Lagardère1
1826
Louis Hachette (1800-1864) acquiert à Paris la librairie Brédif et jette les bases de ce qui constitue
aujourd’hui les principaux métiers de Hachette dans le domaine des médias : le livre, la presse, la dis-
tribution.
1852
Louis Hachette met en place les premières bibliothèques de gare sur les réseaux de chemins de fer
naissants. Suivront, en 1900, les premières bibliothèques du métro parisien.
1945
– Création de Matra (Mécanique Aviation TRAction). La société entreprend l’étude et la création d’un
prototype bimoteur prévu pour la vitesse maximale de 800 km/h (le plus rapide des avions à hélices du
monde).
– Hachette crée ELLE et les premiers titres de son groupe de presse actuel.
1953
Avec Henri Filipacchi, Hachette lance Le Livre de Poche, toujours leader sur son marché.
1. Cet exemple rassemble des informations disponibles sur le site institutionnel du groupe Lagardère (http://
www.lagardere.com/groupe/historique-du-groupe/1826-1864-112.html).
•G
188
1983
stratégie d ’ entreprise
Matra Automobile lance le premier véhicule monocorps : l’Espace, commercialisé par Renault.
1985
Hachette lance l’enseigne Relais H.
1988
Hachette acquiert aux États-Unis l’éditeur encyclopédique Grolier et le groupe de presse Diamandis
qui deviendra Hachette Magazines Inc.
1990
Matra Espace et la division aérospatiale de Gec Marconi s’unissent : naissance de Matra Marconi
Space, première société spatiale européenne.
1991
Présentation de la nouvelle génération de l’Espace, développée et construite en étroite collaboration
avec Renault.
1992
– Après une année de profonde restructuration, naissent les sociétés Matra Hachette, issue de la
fusion absorption de Matra par Hachette, et Lagardère Groupe, société faîtière de l’ensemble du
Groupe.
– Alliance stratégique entre Matra Communication et Northern Telecom. Ce partenariat va permettre
à Matra de poursuivre son développement et de renforcer sa stratégie internationale dans le domaine
des télécommunications.
1993
Hachette Livre lance la première encyclopédie multimédia : Axis.
1994
– Percée du Groupe dans le secteur du multimédia. Présentation par Matra Hachette Multimédia
d’Epsis, premier procédé de substitution d’image à usage publicitaire.
– Rachat par Matra Marconi Space des activités spatiales de British Aerospace : Matra Marconi Space
devient le premier groupe spatial européen et le troisième mondial.
1995
Hachette Distribution Services acquiert la principale chaîne de magasins de presse au Canada : UCS,
et devient ainsi le 3e opérateur dans le secteur du commerce de détail de presse.
1996
– Regroupement des activités de Matra Défense et de BAe Dynamics au sein de la nouvelle société
Matra BAe Dynamics, 1re société européenne et 3e mondiale dans le domaine des missiles.
– Hachette Livre acquiert le groupe Hatier, 3e éditeur scolaire français.
1997
Chapitre 17 • Appréhender le déploiement des stratégies
•G
189
1998
– Création de Hachette Multimédia, fruit du regroupement du pôle multimédia de Hachette Livre et
des services en ligne éducatifs de Grolier Interactive.
– Développement d’Hachette Livre à l’international, avec les acquisitions anglaises d’Orion et Cassell.
– Rapprochement des activités d’Aerospatiale et de Matra Hautes Technologies devenant officielle-
ment Aerospatiale Matra le 11 juin 1999.
– Lancement d’Europe Infos par Europe 1 et Club-internet, le premier service d’info en continu sur
l’internet francophone.
1999
Acquisition de 80 % des actions de la société italienne Rusconi Editore.
2003
– Lagardère cède sur le marché l’intégralité de sa participation dans Renault.
– Lancement du magazine Public.
– Lagardère cède ses activités d’ingénierie automobile au groupe italien Pininfarina.
2004
– Lagardère acquiert 40 % d’Editis (anciennement Vivendi Universal Publishing).
– Lancement de Filles TV, première chaîne du cable destinée aux adolescentes.
– Acquisition par Hachette Livre de l’éditeur anglais Hodder Headline.
2005
Lancement des chaines Europe 2 TV et Gulli (en partenariat avec France Télévisions) sur la TNT gra-
tuite.
2006
– Hachette Livre acquiert l’éditeur américain Time Warner Books.
– Le groupe Lagardère monte sa participation à 20 % du capital de Canal+.
– Ouverture du kiosque numérique HDS Digital sur les sites Relay et Virgin Mega, offrant à l’inter-
naute la possibilité de télécharger une vaste gamme de titres de presse.
– Le groupe Lagardère devient le nouveau concessionnaire du site sportif et de loisirs de la Croix
Catelan (Bois de Boulogne, Paris) pour une période de vingt ans.
– Annonce du rapprochement des activités d’édition de magazines et des activités audiovisuelles et
numériques du Groupe. Hachette Filipacchi Médias et Lagardère Active sont transformées en sociétés
à Directoire et Conseil de Surveillance, dirigées par Didier Quillot.
– Lagardère acquiert la société Sportfive, leader européen dans la gestion des droits sportifs.
•G
190
2007
stratégie d ’ entreprise
– Lagardère Active procède à des acquisitions dans le numérique avec NextIdea, ID Régie et Jumpstart
Automative Media.
– Développement de Lagardère Sports : partenariat avec la Confédération Africaine de Football et
acquisitions des sociétés IEC In Sports et Upsolut.
– Lagardère Publishing fait l'acquisition de Grupo Patria Cultural (Mexique), de Piatkus Books (Angle-
terre) et de Pika, éditeur français de mangas.
2008
– Lagardère Active rachète Doctissimo et 100 % du groupe Psychologies.
– Lagardère Publishing fait l'acquisition de Numilog, première plateforme française de distribution de
livres au format numérique.
2009
– Association entre Lagardère Publishing et Lightning Source pour la création d'une co-entreprise
d'impression à la demande.
2010
– La branche Lagardère Sports devient Lagardère Unlimited et fait l'acquisition de Best, société améri-
caine spécialisée dans la représentation de sportifs et de célébrités.
– Lagardère Active et YouTube signent un partenariat stratégique de diffusion vidéo sur internet.
Cet exemple montre que le groupe Lagardère mène depuis longtemps des stratégies corporate
(notamment l’internationalisation et la diversification). Pour mettre en œuvre ces stratégies, le
groupe a pris, tout au long de son histoire, des décisions de diverses natures :
– certaines opérations ont été menées sans partenaires. Ainsi, en 1852, le groupe développe seul
les premières bibliothèques de gare. De même, en 1945, la création de Matra se fait grâce aux
ressources propres du groupe. La même année, le magazine ELLE est lancé sans avoir recours à
d’autres entreprises. C’est ce qu’on appelle la croissance interne ;
– d’autres opérations ont été réalisées grâce à l’acquisition d’entreprises déjà existantes. C’est le
cas en 1988, quand Hachette acquiert aux États-Unis l’éditeur encyclopédique Grolier et le
groupe de presse Diamandis. De même, en 1996, Hachette Livre acquiert le groupe Hatier ;
– une troisième catégorie correspond aux opérations de fusion, c’est-à-dire que l’entreprise se rap-
proche d’une autre pour n’en faire plus qu’une. Par exemple, en 1990, Matra Espace et la divi-
sion aérospatiale de Gec Marconi s’unissent pour donner naissance à Matra Marconi Space.
Dans la même logique, en 1998, le rapprochement des activités d’Aerospatiale et de Matra
Hautes Technologies est opéré, devenant officiellement Aerospatiale Matra le 11 juin 1999. Ces
fusions, ainsi que les acquisitions décrites plus haut, sont des opérations de croissance
externe ;
– la mise en œuvre passe enfin par des partenariats entre Lagardère et d’autres firmes. Ainsi en
1991, le lancement de la nouvelle génération de l’Espace se fait avec Renault. En 2010, Lagar-
dère Active signe avec Youtube un partenariat stratégique de diffusion vidéo sur internet.
Chapitre 17 • Appréhender le déploiement des stratégies
Il existe donc une forte diversité dans les options de mise en œuvre. Par exemple, la stratégie de
diversification se concrétise aussi bien par une croissance interne (en 2006, ouverture du kiosque
•G
191
numérique HDS Digital sur les sites Relay et Virgin Mega) qu’externe (la même année, le groupe
Lagardère monte sa participation à 20 % du capital de Canal+).
Toutefois, l’exemple du groupe Lagardère n’illustre pas toutes les manières de procéder (ainsi, le
recours à l’impartition n’apparaît pas). Pour cette raison, la section suivante expose l’ensemble des
politiques de déploiement des stratégies. Elle permet aussi de saisir les questions qui font qu’une
entreprise s’oriente vers une de ces politiques plutôt que vers les autres.
Faire ou Faire ou
faire faire ? faire avec ?
Faire Faire
faire Faire avec
Une fois les modalités de déploiement définies, l’entreprise doit choisir une structure, qui lui per-
mettra de relayer sa stratégie sur le plan interne. Pour Chandler2, la structure s’adapte en effet à la
stratégie et permet de mettre cette dernière en œuvre. Nous verrons qu’il existe plusieurs types de
structure, forts différents les uns des autres, mais qu’aucun n’est meilleur que les autres dans l’ab-
2. Chandler, Strategy and Structure: Chapters in the History of American Industrial Enterprise, MIT Press,
1962.
•G
192 stratégie d ’ entreprise
solu. Chaque type de structure est en effet plus ou moins bien adapté aux différentes stratégies.
Dans un premier temps, voyons en détail les différentes modalités de déploiement de la stratégie.
Avant d’envisager la possibilité de recourir à des partenaires externes, l’entreprise se pose la ques-
tion de savoir si elle peut, à elle seule, assurer la mise en œuvre de sa stratégie.
Faire seul Chapitre 18
Faire seul signifie, pour l’entreprise, ne pas recourir à un partenaire externe. Elle utilise ses propres
ressources et compétences afin d’exploiter les DAS voulus selon la stratégie choisie. Les ressources
et compétences peuvent être développées par l’entreprise elle-même (stratégie de croissance
interne) ou être intégrées par fusion ou acquisition (stratégie de croissance externe)1.
1. Dans les deux cas, on parle de « croissance ». Il convient d’expliquer ce que recouvre exactement ce terme.
Par croissance, on entend une augmentation de la taille de l’entreprise. Cette dernière peut se mesurer par
différents indicateurs : volume des facteurs de production (main-d’œuvre, consommations intermédiaires...),
valeur des produits commercialisés (chiffre d’affaires, parts de marché), ou encore résultats financiers (béné-
fice, capacité d’autofinancement...). Les entreprises cherchent généralement à croître pour réaliser leurs objec-
tifs (rentabilité...). Mais à certaines périodes (de crise notamment), le développement est parfois une condition
de survie. Par exemple les constructeurs automobiles sont à la recherche de la « taille critique » leur permet-
tant de pouvoir supporter la concurrence de plus en plus vive.
•G
194 stratégie d ’ entreprise
2. Il s’agit le plus souvent de deux sociétés, mais il peut y en avoir plus. Ainsi Masterfoods est né de la
fusion de trois des sociétés appartenant à Mars Incorporated en France : Mars Alimentaire, Doveurope et
Unisabi.
Chapitre 18 • Faire seul
Snecma
Safran
Sagem
L’acquisition3 est quant à elle l’opération par laquelle une entreprise en absorbe une autre. La
société absorbante demeure alors que la société cible n’existe plus en tant que telle. L’Oréal a ainsi
absorbé The Body Shop.
L’Oréal
L’Oréal
The body
shop
Bosch, par exemple, mène une politique d’innovation active. Cette dernière passe notamment par
une veille technologique visant à identifier et acquérir des firmes développant des produits ou pro-
cédés innovants. L’entreprise a ainsi réalisé une cinquantaine d’acquisitions majeures, dont Sigpack
(fabricant de machines industrielles) ou encore Telex Communications (électronique professionnelle).
D’autres raisons que l’acquisition de ressources et de compétences peuvent justifier l’utilisation de
la croissance externe :
– elle est plus rapide que la croissance interne. Ceci est un avantage clé lorsqu’il s’agit d’aller plus
vite que la concurrence, par exemple dans l’acquisition d’une technologie de pointe permettant
de lancer des produits innovants ;
– si la demande adressée à l’entreprise cible existe déjà, l’entreprise acheteuse bénéficie directe-
ment de la notoriété que sa cible a pu se constituer au fil des années ;
– l’opération peut se faire sans que l’offre n’augmente (ce qui évite une guerre des prix dans les
secteurs matures) ;
– elle permet parfois le contournement des barrières à l’entrée (par exemple, l’entreprise rache-
tée dispose de brevets, ou bien est déjà implantée dans un pays ayant érigé des barrières protec-
tionnistes) ;
– elle augmente le pouvoir de négociation (car la taille de l’entreprise augmente et avec elle le
volume de ses achats) ;
– elle permet de réaliser une plus-value financière si la cible est sous-évaluée (elle pourra être
revendue à un prix supérieur).
L’exemple d’Essilor, numéro un mondial de l’optique ophtalmique, illustre plusieurs de ces élé-
ments. En effet, en 2008, cette société a réalisé 25 opérations de croissance externe, ce qui lui a
permis d’augmenter son chiffre d’affaires de 93 millions d’euros. Le groupe a notamment acheté
Satisloh, premier équipementier mondial des laboratoires de prescription optique (ce qui repré-
sente sa plus grosse transaction pour un montant de 340 millions d’euros). Outre la saisie des
opportunités sur le marché (entreprises sous-évaluées...), la stratégie d’acquisition permet au
groupe Essilor d’accroître ses parts de marché et le montant de ses ventes, alors même que les
marchés connaissent aujourd’hui un ralentissement de leur croissance.
Cet exemple montre que la croissance externe peut être préférée aux autres modalités de dévelop-
pement. Toutefois, alors que la croissance interne et l’externalisation5 sont des choix à faire DAS
par DAS, la fusion concerne l’entreprise dans son ensemble. En effet cette stratégie a des répercus-
sions sur la totalité des activités de l’entreprise. Il en est de même pour les acquisitions de grande
envergure (le rachat d’Aventis a par exemple coûté 60 milliards d’euros à Sanofi-Synthélabo,
constituant ainsi la plus grosse opération mondiale en fusions-acquisitions de 2004). Le choix doit
donc être pesé avec la plus grande attention car il engage l’entreprise de manière massive sur le
long terme. En revanche, les acquisitions de filiales par les grands groupes peuvent être réalisées
en raisonnant au niveau de chaque DAS.
D’autres éléments viennent nuancer l’intérêt de cette stratégie. Notamment, son coût est le plus
souvent très élevé. Par ailleurs, le caractère discontinu et épisodique de la croissance externe en fait
de fusion sur deux est un échec. La raison semble en être que les aspects organisationnels, cultu-
rels et humains ne sont pas suffisamment pris en compte. Notamment, il est nécessaire d’accom-
pagner le changement. Par exemple, pour accompagner la fusion France Télécom – Orange6, le
personnel a été tenu au courant du projet d’intégration grâce à une lettre d’information interne
hebdomadaire (« Bright news »). Par ailleurs, des « Centres d’Excellence » ont permis d’harmo-
niser les pratiques (comme l’utilisation de la marque) dans les différentes filiales nationales.
6. Les éléments concernant cet exemple sont tirés de Joffre, « Le Management de l’Intégration dans les
Fusions entre Égaux », Thèse de doctorat, Université Paris Dauphine, 2006.
7. Cette théorie, développée par Williamson, est expliquée dans la Partie 3, p. 159.
•G
198 stratégie d ’ entreprise
Deux cas sont alors possibles, selon que les coûts de transaction sont inférieurs ou supérieurs aux
coûts de coordination, comme le montre le schéma ci-dessous.
Cas 1 Cas 2
Coûts Coûts
de transaction d’organisation
Coûts
d’organisation
Coûts
de transaction
fi Choix = fi Choix =
Stratégie de croissance interne Stratégie de croissance externe
En résumé, plus il est difficile et risqué d’acquérir une autre société, et plus une entreprise a intérêt
à se développer par elle-même (stratégie de croissance interne).
La croissance externe n’est pas toujours possible. Notamment, ce type d’opération est particulière-
ment coûteux. De plus, elle ne se justifie pas forcément (il n’est pas pertinent d’intégrer toute une
entreprise si on ne vise que certaines de ces ressources). De la même manière, les limites inhérentes
à la croissance interne empêchent parfois d’y recourir. Alors, dans ce cas, une troisième voie est
possible pour se développer. Elle réside dans la stratégie d’impartition.
Faire faire : Chapitre 19
stratégie d’impartition
Après avoir rappelé les principales caractéristiques de ce type de stratégie, nous nous pencherons
sur les aspects théoriques du risque d’impartition et sur sa gestion dans la pratique.
1 Caractéristiques
« Faire faire » correspond à la décision d’externaliser une partie des tâches pour une activité
donnée. On parle indifféremment de stratégie d’externalisation ou d’impartition.
La question de l’impartition a déjà été exposée, notamment lors de la présentation de la chaîne de
valeur de Porter1 et des stratégies de coût2. Par conséquent, nous n’abordons ici que les questions
liées aux relations entre l’entreprise et ses prestataires.
Rappelons simplement que l’impartition consiste, pour l’entreprise, à ne pas assurer elle-même
toutes les activités. Elle se justifie lorsque l’entreprise ne dispose pas de toutes les ressources et
compétences nécessaires à l’exploitation d’un DAS.
À NOTER • Une confusion parfois faite consiste à assimiler l’impartition à la sous-traitance. Or, la
sous-traitance n’est qu’une manière parmi d’autres d’organiser l’impartition. L’achat ou le louage de
services sur le marché, la franchise, ou encore le partage d’actifs par des filiales communes ou des GIE
(Groupement d’Intérêt Économique) offrent d’autres possibilités.
L’impartition peut s’avérer utile si elle permet à l’entreprise de se concentrer sur son cœur de
métier. Elle confie une tâche à un prestataire qui, lui, possède les ressources nécessaires à sa réali-
sation. La SAPN (Société des Autoroutes Paris-Normandie) a ainsi recours à Abiléo pour assurer sa
fonction marketing sur des projets spécifiques, exigeant des compétences fortes et spécifiques en
matière de vente d’abonnements auprès d’une clientèle de professionnels.
L’avantage principal, dans le cadre de la mise en œuvre des stratégies, consiste à faire peser l’incer-
titude sur les sous-traitants. Mais alors, l’entreprise perd le contrôle d’activités pouvant influencer
sa réputation. C’est pourquoi beaucoup de grandes entreprises mettent en œuvre un ensemble de
mesures permettant de se prémunir contre d’éventuels comportements déviants (non-respect des
niveaux de qualité, du droit du travail...).
L’exemple du cloud computing3 illustre cette problématique. Il consiste, pour une entreprise, à
recourir à des serveurs extérieurs afin d’effectuer le traitement de ses activités informatiques,
plutôt que d’utiliser ses propres machines. L’entreprise peut ainsi accéder à divers services en ligne
sans avoir à gérer une infrastructure complexe. Les applications et les données ne se situent plus
en interne, mais dans un « nuage » composé de serveurs distants interconnectés.
Au rang des avantages, le cloud computing permet tout d’abord de bénéficier des infrastructures
détenues par des acteurs spécialisés sur le traitement de bases de données (Amazon, Google,
IBM,…)4 ainsi que de leur savoir-faire. Ensuite, ces grandes entreprises parviennent à diminuer
considérablement les coûts liés à l’informatique en mutualisant les besoins de leurs nombreux
clients.
En contrepartie, dès lors qu’une entreprise recourt au cloud computing, elle doit considérer les
problèmes de confidentialité des données et de sécurisation de l'accès à l'application entre le client
et le serveur. De plus, elle peut perdre, au moins en partie, son savoir-faire relatif au traitement des
données. Enfin, les fournisseurs ne sont pas à l’abri de pannes. En avril 2011, le service de cloud
computing proposé par Amazon est ainsi tombé en panne, paralysant instantanément des milliers
d’entreprises.
Plus généralement, un ensemble de risques sont reconnus à la stratégie d’impartition.
3. Terme souvent traduit par « informatique en nuage » ou « infonuagique ». Les prémisses de cet outil
datent du début des années 2000. Mais c’est à partir de 2010 que les entreprises l’utilisent véritablement
comme un moyen de mettre en œuvre leurs stratégies.
4. Les autres acteurs de premier plan dans ce secteur sont Intel, Oracle, Red Hat et Microsoft.
5. Aubert, Patry et Rivard, « Gérer le Risque de l’Impartition des Technologies de l’Information », Gestion,
Vol. 28, 2004.
6. Nach, « Les risques d’impartition des technologies de l’information : une analyse par la cartographie cogni-
tive », Actes de l’AIMS, Annecy-Genève, 2006.
7. La théorie des coûts de transaction est présentée plus haut (voir la section relative au choix entre croissance
interne et croissance externe).
Chapitre 19 • Faire faire : stratégie d’impartition
taire est difficile à mesurer, la fréquence d’occurrence de l’activité ou le degré d’incertitude qui
•G
l’entoure sont élevés. Dans ces cas, le risque d’opportunisme est réel, sinon l’impartition est vrai-
201
semblable. »
L’impartition présente donc d’autant plus de risques que la transaction est peu fréquente, qu’elle
porte sur des actifs spécifiques, que le comportement du prestataire est difficile à mesurer et que
l’on ne connaît pas son degré d’opportunisme.
B – Théorie de l’agence
La théorie de l’agence8 distingue deux types d’acteurs, le « principal » et l’« agent ». Le principal
confie la réalisation d’une tâche à l’agent. Par exemple, un actionnaire confie la gestion de l’entre-
prise au dirigeant.
Dans le cas de l’impartition, le principal est l’entreprise qui délègue une tâche et l’agent est le pres-
tataire externe. La théorie de l’agence met en évidence que les deux types d’acteurs peuvent avoir
des intérêts divergents, voire conflictuels. Cela signifie qu’en ayant recours à l’impartition, l’entre-
prise prend un risque quant au prestataire. Ce dernier peut très bien ne pas avoir pour objectif de
satisfaire le donneur d’ordre, mais de maximiser son propre bénéfice (par exemple en comprimant
au maximum le coût des composants, quitte à fournir un produit non-conforme à la qualité
attendue par l’entreprise cliente).
« L’agent aspire à renforcer le degré de dépendance vis-à-vis de son client, alors que le principal
essaie de l’atténuer. Cette situation problématique s’accentue à cause de la distance des connais-
sances entre les deux acteurs. Les problèmes de mesure de performance prennent de l’ampleur, ce
qui engendre un comportement opportuniste chez le fournisseur. »
8. La théorie de l’agence est née des travaux de Jensen et Meckling. Voir notamment l’article fondateur :
Jensen et Meckling, “Theory of the Firm: Managerial Behaviour, Agency Costs and Ownership Structure”,
Journal of Financial Economics, 1976.
9. Cette théorie est présentée p. 155 et s.
10. Barney, “Firm resources and sustained competitive advantage”, Journal of Management, Vol. 17, 1991.
•G
202 stratégie d ’ entreprise
Les procédures légales, ainsi que le recours à des audits, apparaissent ainsi comme étant des
moyens privilégiés de lutte contre le risque d’impartition.
1 Caractéristiques
Il est avant tout nécessaire de préciser ce que l’on entend par alliance et par partenariat. Souvent,
les deux termes sont en effet confondus. Pourtant, ils renvoient à des réalités distinctes. Certes,
dans les deux cas, il s’agit d’accords passés entre plusieurs partenaires (deux le plus souvent). Mais,
contrairement au partenariat, l’alliance concerne des entreprises appartenant au même champ
concurrentiel. Prenons quelques exemples :
– alliances : Air France/KLM dans le secteur aérien (avant que les deux firmes ne fusionnent), Fiat/
General Motors chez les constructeurs automobiles (cette alliance fut un échec), EADS et Loc-
kheed Martin sur le marché des constructeurs aériens (en vue de remporter un contrat pour
équiper l’armée américaine)... ;
– partenariats : Toyota et EDF (pour la commercialisation d’une voiture hybride), Sagem et EDF
(pour la mise au point d’un boîtier permettant d’optimiser la consommation d’énergie). Dans les
deux cas, EDF coopère avec des acteurs qui ne sont pas des concurrents.
Par la suite, on emploiera uniquement le terme d’« alliance ». Celui de « partenariat » sera unique-
ment mobilisé lorsque le fait d’être sur le même secteur entraîne des spécificités dans la gestion
des entreprises.
Il y a alliance (ou partenariat) lorsque deux entreprises (ou plus) mettent en commun une
partie de leurs ressources ou de leurs compétences afin de poursuivre leurs stratégies. La
définition donnée ici, très large, englobe des formes d’alliance en réalité très différentes. Pour
mieux les identifier, Garette et Dussauge1 proposent une typologie. À cet effet, ils distinguent deux
grands types d’alliances :
– les alliances entre entreprises non concurrentes (ce qui correspond aux « partenariats ») ;
– les alliances entre entreprises concurrentes (qui sont des « alliances » au sens strict du terme).
Comme il apparaît sur le schéma suivant, chacun de ces grands types peut se décomposer en trois
catégories d’alliances, fort différentes les unes des autres.
Les six types d’alliances
Alliances Alliances
entre entreprises entre entreprises
non concurrentes concurrentes
A – Les joint-ventures
En droit français, une « joint-venture » ne correspond à aucune situation juridique précise. On ren-
contre généralement ces accords dans les secteurs de l’assurance, de la construction, de la
recherche et de l’innovation technologique. Une joint-venture désigne, en fait, toute forme de
coopération entre entreprises. Ces formes, diverses, ont toutefois des éléments communs :
– leur caractère contractuel : à l’origine de toute association entre entreprises, il existe toujours un
contrat fixant les modalités essentielles de cette coopération. Lorsque la coopération est destinée à
durer, les partenaires peuvent en plus souhaiter s’appuyer sur une structure juridique (société, GIE) ;
– leur nature associative : il y a mise en commun des moyens et des risques. En contrepartie,
la gestion de la joint-venture est conjointe ;
– la recherche d’un objectif déterminé qui est, comme pour tout projet, le plus souvent limité
dans le temps.
Les joint-ventures sont beaucoup utilisées dans les opérations internationales, entre une firme mul-
tinationale et une entreprise locale. Chacune y trouve son avantage : la firme multinationale pro-
fite de la connaissance détenue par son alliée quant au marché local ; en retour, la firme locale
bénéficie des compétences technologiques et des capacités de financement de la firme multinatio-
nale. Ainsi, Airbus et un groupe de partenaires industriels chinois2 ont conclu un contrat portant
2. Les partenaires chinois sont Harbin Aircraft Industry Group Company Limited (HAIG), Hafei Aviation Industry
Company Limited (HAI), Avichina Industry & Technology Company Limited (AVICHINA) et Harbin Development
Zone Heli Infrastructure Development Company Limited (HELI).
Chapitre 20 • Faire avec : l’alliance ou le partenariat
A320 d’Airbus.
L’intégration verticale désigne, dans une même entreprise, la réunion de deux activités : la produc-
tion finale de la première est l’un des composants utilisés par la seconde. La sous-traitance implique
quant à elle une relation de subordination, inscrite dans un contrat, obligeant le sous-traitant à
respecter les prescriptions du client. La coopération opérationnelle, souvent confondue avec le
partenariat vertical, « est simplement l’application chez les fournisseurs des principes du “juste à
temps”, fondés sur la qualité totale, les flux tendus et les plans de progrès. Ce mode d’organisa-
tion implique une réelle coopération entre un client et son fournisseur, mais, comme dans la sous-
traitance, le donneur d’ordre reste seul responsable du cahier des charges ».
3. Donada et Garette, « Quelles Stratégies pour les Fournisseurs Partenaires ? », Actes de l’AIMS, Lille, 2003.
4. D’après Donada et Garette, op. cit.
•G
206 stratégie d ’ entreprise
Enfin, le partenariat vertical existe « lorsqu’un client et un fournisseur acceptent de partager des
risques et des responsabilités pour concevoir et réaliser une fonction ou un sous-ensemble d’un
produit complexe, en coordonnant leurs compétences et leurs ressources. C’est une véritable colla-
boration stratégique qui repose sur le partage, la confiance et la dépendance mutuelle. Les parte-
naires coopèrent pour augmenter ensemble leurs gains, et accroître leurs avantages concurrentiels.
Dans ce cadre, le donneur d’ordres se comporte comme un client qui s’adresse à un partenaire
spécialiste et non plus à un subordonné. Concrètement, plutôt que d’imposer un cahier des
charges détaillé, le client précise les spécifications fonctionnelles et économiques du produit, et
c’est au fournisseur de décider des meilleurs moyens pour réaliser la commande. Le fournisseur
peut donc à son tour décider de prendre en charge l’intégralité du projet ou choisir d’en sous-
traiter une partie. »
Le partenariat vertical est donc un véritable choix stratégique (il n’y est pas question que des
aspects opérationnels), inscrit dans la durée, entre plusieurs entreprises ayant choisi de se faire
confiance. Par exemple, le constructeur taïwanais de téléphone mobile HTC a développé le
« Magic » en partenariat avec le moteur de recherche Google. Ce téléphone tente d’allier les
savoir-faire technologiques de HTC (terminal pesant 118 grammes, doté d’un clavier électro-
nique...) et de Google (il est équipé de l’ensemble des services de Google). Ainsi, sur la page d’ac-
cueil, on trouve quatre icônes : appeler, accéder à ses contacts, naviguer sur internet, et se localiser
grâce au GPS, avec le système de cartographie Google Maps.
gagner des entrées gratuites). Ce type d’alliance peut également porter sur des opérations croisées
(un produit d’une marque comporte des bons de réduction pour des produits d’une autre marque,
et vice-versa), des co-packagings, des produits cosignés (modèle Peugeot Roland-Garros, mousse
Yoplait au chocolat Côte d’Or)...
Autrement dit, le co-branding permet, de manière non-exclusive :
– de renforcer ou de modifier un positionnement ;
– de rechercher une synergie avec un partenaire ;
– d’accéder à de nouveaux segments de marché.
Voyons à présent les alliances entre firmes concurrentes. Il existe une certaine ambivalence dans ce
type de relation. En effet, les entreprises sont à la fois en situation de coopération et de compéti-
tion. C’est ce qu’on appelle la « coopétition ».
D – La co-intégration
La co-intégration correspond à la situation dans laquelle les firmes développent ensemble un pro-
duit intégrant le processus de chacune. Cela signifie que :
– les entreprises apportent des ressources et des compétences de même nature ;
– les produits finis sont différents pour chaque entreprise.
Les partenaires mettent en commun une ou plusieurs des activités de leurs chaînes de valeur7.
Cela permet aux deux firmes de réaliser des économies d’échelle sur la fabrication de composants,
et de se différencier sur le produit fini. Chacune y gagne donc en réduisant ses coûts, même si elle
reste en concurrence avec l’autre.
Ainsi, les groupes Volkswagen et Renault ont produit ensemble des boîtes de vitesse automatiques.
Cette fabrication commune, faite sur les mêmes chaînes de production, a permis de réaliser des
gains substantiels. Les boîtes étaient ensuite utilisées par les deux constructeurs dans leurs gammes
respectives. Dans un cas pareil, les deux marques peuvent continuer à se faire concurrence puisque
le consommateur final ne perçoit pas les similarités.
E – La pseudo-concentration
La pseudo-concentration vise le développement, la fabrication et la commercialisation d’un produit
ou d’un service commun. Comme pour la co-intégration, les entreprises apportent des ressources
et compétences de même nature, mais la coopération va plus loin :
– c’est un même produit qui est développé, fabriqué et commercialisé ;
– la mise en commun des moyens est plus large et correspond à un processus complet de création
de valeur (une chaîne de valeur dans sa globalité).
Les secteurs de prédilection de ce type d’accord sont l’aérospatiale (Airbus...) et l’armement
(EADS...). Mais d’autres DAS ne sont pas en reste. Par exemple, récemment dans le domaine éner-
gétique, un consortium composé d’EDF, Areva, GDF Suez et Total a participé à un appel d’offres
portant sur la construction de deux ou trois réacteurs EPR aux Émirats Arabes Unis.
De manière générale, les entreprises s’allient pour donner plus de poids à leur candidature et offrir
suffisamment de ressources humaines, techniques et financières à ce type de projets d’envergure
internationale. Dans le même exemple, les concurrents sont eux-mêmes des consortiums
(avec notamment Westinghouse, General Electric, Hitachi et Kepco). Des alliances semblent ici
incontournables au regard des ressources considérables à mobiliser.
F – La complémentarité
Pour deux entreprises, une alliance complémentaire consiste à avoir une activité commune, fondée
sur l’articulation de leurs compétences respectives. Ce type d’alliance est donc très différent de la
pseudo-concentration et de la co-intégration :
– les ressources et compétences ne sont pas de même nature ;
– le niveau d’engagement des partenaires est réduit.
Cela signifie que loin de mettre en commun toute leur chaîne de valeur (pseudo-concentration) ou
au moins une partie (co-intégration), les partenaires réalisent chacun pour le compte de l’autre une
des activités de la chaîne. Il n’y a donc pas de tâche commune. Chacun profite de l’expertise de
l’autre sur une activité pour laquelle il est lui-même moins compétent.
Garette et Dussauge estiment que les accords de commercialisation sont l’archétype de ce type
d’alliance : « sur un marché où elle est déjà implantée, une firme commercialise un produit initiale-
ment développé par une entreprise concurrente ». Par exemple, l’américain AT & T (fournisseur de
services téléphoniques) s’est allié au néerlandais Philips pour s’implanter en Europe. L’alliance
prend tout son sens quand les entreprises peuvent échanger leurs connaissances respectives des
marchés sur lesquels elles sont spécialisées.
Les six formes d’alliances que nous venons de voir sont toutes différentes. Elles présentent toute-
fois des avantages et inconvénients qui leur sont communs, par rapport aux autres modalités de
déploiement stratégique.
3 Avantages et risques
Les différentes formes d’alliance ont en commun la recherche d’un partage de ressources et de
compétences avec un allié. Mais de nombreuses autres raisons peuvent justifier le recours à cette
stratégie :
– la baisse des coûts de transaction8 : il est davantage possible de faire confiance à un partenaire
économique s’il est considéré comme un allié (relations à long terme...) ;
– la création d’économies d’échelle (en partageant les coûts fixes) ;
– la réduction de l’intensité concurrentielle (lorsque les firmes se « partagent » le marché) ;
– organiser une phase préparatoire avant une fusion : comme dans le cas de Renault – Nissan,
l’alliance est vécue comme une étape visant à mieux connaître l’autre entreprise, à l’image de
fiançailles avant un mariage ;
– l’accès à de nouveaux marchés, notamment à l’occasion des alliances commerciales ;
– la création de barrières à l’entrée : tout nouvel entrant réduirait les parts de marché des firmes en
place. Ces dernières peuvent donc s’entendre pour déterminer un prix ombrelle10 ;
– l’augmentation du pouvoir de négociation sur les clients et sur les fournisseurs ;
– l’augmentation du pouvoir concurrentiel : les firmes de taille intermédiaire peuvent s’allier pour
lutter contre la firme leader sur le marché.
Ajoutons qu’une alliance ne peut se justifier que si les activités réalisées en commun ne présentent
pas un enjeu stratégique majeur pour l’entreprise. Dans le cas d’une alliance par complémentarité,
le risque est en effet de voir les compétences fondamentales (à la source de l’avantage concurren-
tiel) devenir facilement imitables par l’entreprise partenaire.
Par ailleurs, il est nécessaire de respecter certaines conditions pour que l’alliance soit un succès
(mais qui génèrent des coûts de coordination) :
– la culture de chaque entreprise doit être comprise et prise en compte par sa partenaire ;
– toute l’organisation doit être tournée vers le partenaire ;
– le partenaire doit être de taille comparable (les alliances entre partenaires inégaux échouent
beaucoup plus souvent) ;
– la répartition des tâches doit être définie avec soin pour qu’il ne subsiste pas d’ambiguïtés ;
– les termes de l’accord doivent pouvoir évoluer si l’environnement se modifie ;
– un organe de surveillance doit veiller au bon déroulement de l’accord ;
– une confiance doit exister entre les partenaires ;
– l’alliance doit respecter la législation en la matière.
Précisons ce dernier point. Les alliances, notamment celles visant à créer des barrières à l’entrée,
doivent se faire dans le respect des règles juridiques. En effet, les pratiques qui entameraient le
libre jeu de la concurrence et le libre accès aux marchés sont interdites. Pour lutter contre les
ententes illicites, il existe en France et en Europe des lois anti-concentration (appelées lois anti-trust
aux États-Unis).
Ainsi, les textes communautaires prévoient que tout projet de concentration de nature à porter
atteinte à la concurrence, notamment par création ou renforcement d’une position dominante,
peut être soumis à l’avis du Conseil de la concurrence.
Ces dispositions ne s’appliquent que lorsque les entreprises concernées ont soit :
– réalisé ensemble plus de 25 % des ventes, achats ou autres transactions sur un marché national
de biens, produits ou services substituables ou sur une partie substantielle d’un tel marché ;
– totalisé un chiffre d’affaires hors taxes de plus d’un milliard d’euros, à condition qu’au moins
deux des entreprises aient réalisé un chiffre d’affaires d’au moins 300 millions d’euros.
Un cas célèbre d’entente est celui des trois opérateurs mobiles français (SFR, Orange et Bouygues
Telecom). En 2009, ils ont été condamnés à une amende pour entente et partage d’informations
relatives à la période allant de 1997 à 2003, entravant le bon déroulement du processus de
concurrence sur le marché de la téléphonie mobile, notamment sur la baisse de prix. Les trois opé-
rateurs ont reçu respectivement des amendes de 41, 35 et 16 millions d’euros. La cour d’appel,
détaillant sa décision, indique que les échanges d’informations étaient « de nature à atténuer ou
supprimer l’incertitude quant au caractère prévisible du comportement des concurrents [...] en
ayant pour effet de fausser ou restreindre de façon sensible la concurrence sur le marché de la
téléphonie mobile ».
Enfin, il existe des risques inhérents à la stratégie d’alliance. En établir une liste permet de les
connaître pour mieux les appréhender :
– les firmes alliées restent des partenaires économiques avec leurs propres objectifs. Le risque d’op-
portunisme est donc toujours présent. Le danger le plus grand est celui d’une rupture de l’al-
liance par l’un des partenaires. Dans ce cadre, les contrats d’alliance doivent prévoir un maximum
de dispositions en cas de litiges ;
– les grandes opérations d’alliances sont des opérations complexes à mener, qui exigent du temps
et des moyens. Or, les bénéfices attendus ne sont que des prévisions faites à la naissance du
projet. Une alliance ne devrait donc être menée que dans les cas où l’espérance des gains
attendus est suffisamment élevée ;
– les objectifs peuvent être communs à court terme, mais prendre des orientations différentes à
long terme. Les alliances ont donc tout intérêt à être limitées dans le temps, ou au moins à pré-
voir les évolutions possibles du contrat ;
– des entreprises aux cultures différentes, ayant parfois des habitudes de travail opposées, doivent
travailler ensemble. Des conflits culturels peuvent alors émerger, liés soit à la culture d’entreprise
(le style de management peut être autoritaire chez l’un, participatif chez l’autre), soit aux cultures
nationales, régionales... ;
– des difficultés de coordination peuvent survenir.
Tout au long de la vie d’une alliance, il est nécessaire de peser les avantages et inconvénients de la
coopération. Chaque entreprise doit en effet savoir si l’alliance est rentable pour elle, et s’il est
nécessaire d’améliorer certains de ses aspects dont la rentabilité n’est pas à la mesure des objectifs
fixés. C’est donc la question de la mesure de la performance d’un accord qui se pose.
un rapport entre les objectifs et les résultats alors que l’efficience mesure un rapport entre les
résultats et les moyens mis en œuvre. Prenons l’exemple d’une entreprise ayant pour objectif de
•G
211
faire croître sa part de marché de 15 % grâce à une campagne de publicité. On dira alors, si l’en-
treprise atteint les 15 %, qu’elle est efficace. Mais elle est plus efficiente si le budget publicitaire
nécessaire a été de 50 000 euros que s’il a été de 100 000 euros.
Ces précisions montrent que la notion de performance est complexe et multiple. Il est nécessaire
d’en avoir conscience pour traiter de la performance des alliances. Blanchot11 estime que l’on peut
définir la performance d’une alliance par trois dimensions :
Performance
des partenaires
Performance Performance
composite composite
Performance
des alliances
Performance Performance
de la relation de l’objet
Performance
composite
L’auteur introduit une quatrième dimension (« performance composite »), formée d’éléments
appartenant à deux des trois autres dimensions. Il donne ensuite des précisions sur les indicateurs
permettant de mesurer chaque type de performance :
– indicateurs de performance des partenaires : « il s’agit d’estimer les conséquences de l’alliance
sur, par exemple, la valeur boursière des partenaires, leurs résultats comptables, leur part de
marché, leur production d’innovations organisationnelles, de process ou de produit, leur acquisi-
tion de compétences... » ;
– indicateurs de la performance de l’objet de l’alliance : « si, par exemple, l’alliance sert un projet
d’implantation dans un pays étranger, la mesure pourra porter sur l’atteinte ou non des objectifs
11. Blanchot, « Alliances et performance : un essai de synthèse », Cahier de Recherche no 2006.1, Crepa/
DRM, 2006.
12. D’après Blanchot, op. cit.
•G
212 stratégie d ’ entreprise
que les partenaires s’étaient fixés pour une date ou période donnée, les résultats économiques
de l’éventuelle entité commune... » ;
– indicateurs de la performance de la relation, c’est-à-dire de « la manière dont les acteurs vivent
leurs rapports et jugent leur partenaire. Il s’agit alors de caractériser la relation à partir des com-
portements observables (fréquence des conflits ; capacité ou non à prendre des décisions
conjointes...) ou de mesurer les sentiments des acteurs en ce qui concerne la loyauté du parte-
naire, l’effort d’adaptation du partenaire, la conflictualité de la relation, les rapports de pouvoir,
l’intensité de la confiance mutuelle... » ;
– indicateurs composites : ils sont composés de plusieurs des trois axes précédents. « Par exemple,
quand on demande à des acteurs d’indiquer leur degré de satisfaction globale à l’égard de la
performance de leur alliance, on se situe au sein du “triangle” de la performance tel qu’il appa-
raît dans le schéma. Quand on s’intéresse au degré de réalisation des objectifs des partenaires,
que ceux-ci soient communs ou privés, initiaux ou émergents, on se situe plutôt sur l’arête “per-
formance des partenaires – performance de l’objet de l’alliance” ».
Pour assurer le suivi de la performance de l’alliance, les entreprises recourent à un manager d’al-
liances. Sa mission, parfois mal connue, n’en est pas moins primordiale. Notamment, il a en charge :
– de trouver les partenaires qui pourront apporter les contributions attendues, qui sont les plus
susceptibles d’être impliqués et avec qui la coordination sera la plus aisée ;
– de contribuer à la définition des modalités initiales de l’alliance, à la fois protectrices pour l’entre-
prise et favorables à la coopération. En particulier, il est important de préciser les objectifs visés ;
– de piloter l’alliance : mesurer les indicateurs de performance, mobiliser les hommes, mettre en
place les structures d’apprentissage...
Il en ressort que le métier de manager d’alliances est complexe et délicat :
13
Le manager d’alliances13
« De prime abord, on pourrait penser que le manager d’alliances est un manager comme les autres. Il
doit en effet exercer des rôles identiques : interpersonnels, liés à l’information et décisionnels. Toutefois,
il doit disposer de connaissances et de compétences spécifiques liées aux rôles de bâtisseur et de pilote
d’alliances. En outre, sa position d’interface le soumet, plus que tout autre, à des situations atypiques. Il
doit gérer les tensions inhérentes à la coopétition, jongler entre le dedans et le dehors, composer avec
au moins deux besoins, attentes et cultures d’organisation, mobiliser des acteurs exerçant des métiers
divers, renoncer à l’autorité hiérarchique dans le cadre des relations avec les partenaires, s’habituer aux
prises de décision conjointes ou concertées avec des acteurs potentiellement très différents... Si l’allian-
ceur est un manager, c’est donc un manager postmoderne, qui doit se départir des approches tradi-
tionnelles en situation hiérarchique (intra-organisationnelle). Il doit apprendre à exceller dans l’art de la
compréhension, de la facilitation, de la négociation, de la coordination transversale, et du management
de projet.
Sans doute, certains acteurs se retrouvent dans leur élément naturel quand ils sont au centre d’une
alliance. Mais pour beaucoup, un apprentissage est requis qui peut prendre deux formes complé-
13. Extrait de Blanchot, « Qu’est-ce qu’un manager d’alliances ? », Cahier de Recherche no 2006.3, Crepa/
DRM, 2006.
Chapitre 20 • Faire avec : l’alliance ou le partenariat
•G
213
mentaires. D’une part, il peut y avoir une exposition progressive et encadrée à ce type de situation. Ce
peut être le rôle d’un service ou département « alliances » que de gérer cette dynamique. D’autre
part, il peut y avoir des formations au management des alliances. Celles-ci sont encore peu fréquentes
dans les universités ou grandes écoles et souvent réservées à des publics de troisième cycle, dans le
cadre de formations continues. C’est aussi un signe de la relative nouveauté du métier. »
Recourir à une alliance peut apporter, nous l’avons vu, bien des avantages. Mais il est nécessaire de
se poser la question : une fusion avec le même partenaire ne serait-elle pas plus pertinente ? Autre-
ment dit, dans quels cas l’alliance peut-elle être préférée à la fusion ?
En conclusion, il est possible de synthétiser les quatre modalités de mise en œuvre des stratégies.
Selon l’importance relative accordée à chaque critère, le choix se portera sur une option différente :
Naturellement, d’un DAS à l’autre, une même entreprise peut utiliser des modalités de mise en
œuvre différentes.
À NOTER • En général, les entreprises procèdent d’abord par croissance interne. Une fois arrivée
à une certaine taille, elles recourent à la croissance externe. Toutefois cela n’est pas toujours vérifié
(par exemple des SSII ont très vite utilisé la croissance externe).
Enfin, ces différents types de mise en œuvre de la stratégie trouvent leur traduction concrète dans
la structure de l’entreprise.
Le déploiement
des stratégies Chapitre 21
À NOTER • Dans cette optique, « la structure suit la stratégie ». C’est la vision traditionnelle déve-
loppée par Chandler. Mais d’autres auteurs précisent que c’est parfois la relation inverse qui existe,
c'est-à-dire que « la stratégie suit la structure ». En effet, on peut penser que la stratégie s’élabore
en fonction des caractéristiques actuelles de l’entreprise. Par exemple, une entreprise organisée en
divisions produits développera plus facilement une nouvelle division produit qu’une division marché.
De plus, la structure influence la manière dont l’entreprise et ses dirigeants perçoivent la réalité et
façonnent leurs méthodes de travail. Dans ce sens, la stratégie dépend directement de la structure.
Ainsi, une large autonomie laissée aux filiales favorise l’émergence de nouvelles opportunités et la
prise de risque associée à une politique de diversification.
Revenons sur la définition de la structure proposée par Mintzberg. L’auteur parle de la « somme
totale des moyens employés pour diviser le travail en tâches distinctes et pour ensuite assurer la
coordination nécessaire entre ces tâches ». Les moyens utilisés sont multiples. Nous allons détailler
ici les fondements centraux d’une structure, à savoir :
– la forme (la « structure formelle ») ;
– le niveau de décentralisation ;
– les membres clés ;
– le niveau de spécialisation des tâches.
Nous montrerons également que seul un nombre restreint de combinaisons possibles entre ces
éléments s’observe dans la réalité. Ce sont les « configurations structurelles ».
À NOTER • S’il est difficile de déterminer le poids de la structure dans de bons résultats, en revanche,
il est possible de conclure qu’une structure inadaptée entraîne des mauvaises performances (Peter
Drucker).
A – La structure fonctionnelle
La structure fonctionnelle est, comme son nom l’indique, composée de fonctions, c’est-à-dire
d’activités de gestion homogènes : marketing, finance, production ou encore ressources humaines.
La division du travail est donc menée selon les compétences. L’ensemble des fonctions est placé
sous l’autorité directe de la direction générale, comme cela apparaît sur le schéma de la page sui-
vante.
Chapitre 21 • Le déploiement des stratégies à travers les structures
Direction générale
B – La structure divisionnelle
Lorsque l’organisation grandit, le dirigeant ne peut plus assurer seul la centralisation par fonctions.
L’organisation doit alors se structurer en ensembles homogènes dotés d’une certaine autonomie.
Ces ensembles portent le nom de « divisions », et peuvent être conçus autour de trois dimensions :
les produits, les marchés et/ou les types de clientèle. Ainsi, une entreprise peut formaliser sa struc-
ture en rapport avec les zones géographiques exploitées ; elle s’organisera par exemple autour des
divisions Asie, Afrique et Europe.
Les divisions, une fois mises en place, sont alors capables de mieux répondre aux environnements
pour lesquels elles sont spécialisées. Il est courant que les divisions retiennent, pour leur propre
fonctionnement, une structure fonctionnelle. Par exemple, une division « Asie » peut s’appuyer sur
ses propres services marketing et financiers.
Le schéma fourni page suivante est l’illustration d’une structure divisionnelle organisée en divisions
marchés. Dans cet exemple, les divisions présentent une structure fonctionnelle en interne.
•G
218 stratégie d ’ entreprise
Direction générale
des luttes de pouvoir, chaque division étant en concurrence avec les autres (pour l’attribution des
crédits, ou encore pour faire passer ses projets en priorité sur ceux des autres divisions...). Ce
problème, plus profond, nécessite un travail de remise en question de l’entreprise dans sa globa-
lité.
Face à ce constat, il est tentant de s’interroger sur l’existence d’une forme structurelle qui ne
retiendrait que les avantages des structures fonctionnelles et divisionnelles, sans en supporter les
inconvénients respectifs. La structure matricielle est une première réponse.
C – La structure matricielle
La structure matricielle est une superposition des structures fonctionnelle et divisionnelle. Dans une
telle structure, un individu appartient à une fonction donnée, et participe en même temps à une
division précise. Les fonctions apportent leur expertise, et les divisions permettent de coordonner le
travail concernant leur domaine.
La structure matricielle est particulièrement bien adaptée aux grands groupes mondiaux, qui réa-
lisent des économies d’échelle en centralisant leurs fonctions, et qui adaptent leurs produits ou
services aux spécificités locales. Le schéma ci-dessous montre un exemple d’une telle structure.
Direction générale
Direction
Direction Direction Direction
Ressources
Financière Production Marketing
Humaines
Produit 1
Produit 2
Produit 3
•G
220 stratégie d ’ entreprise
D – La structure en holding
La structure en holding est la forme la plus poussée de structure divisionnelle. Ici, les divisions
prennent la forme de filiales, dont la gestion est totalement autonome par rapport à la direction.
Cette dernière se contente de détenir des participations et de gérer le portefeuille d’activi-
tés comme un portefeuille d’actions. Par conséquent, une telle structure est adaptée aux orga-
nisations qui souhaitent posséder beaucoup de flexibilité sans véritablement prendre part
aux décisions stratégiques. Les conglomérats5 trouvent dans ce type de structure formelle un
moyen privilégié pour appliquer leur logique. Le schéma de la page suivante offre un exemple de
ce type de structure :
Direction générale
Les avantages d’une structure en holding sont ceux d’un portefeuille d’actions diversifié :
– une grande flexibilité (il suffit d’acheter et de vendre des actions pour acquérir ou se défaire d’ac-
tivités) ;
– une bonne répartition des risques (les valeurs des différentes actions ne sont pas liées entre
elles6) ;
– des coûts de fonctionnement réduits. La gestion ne nécessite qu’un personnel limité, avant tout
concerné par les aspects financiers.
Naturellement, des inconvénients viennent en contrepartie :
– comme les filiales sont très indépendantes, il existe un manque de synergie entre elles (notam-
ment les connaissances ne sont pas suffisamment partagées) ;
– le contrôle des filiales est limité ;
– il existe une décote pour les entreprises présentes en bourse.
Voyons à présent une structure laissant également une large autonomie de gestion à ses filiales,
mais en les intégrant dans un processus productif global, dépassant la simple sphère financière.
E – La structure transnationale
La structure transnationale soutient une stratégie d’internationalisation particulière, basée sur le
principe du « Think global, act local »7. Au sein de cette structure, la maison mère définit le rôle
des filiales. Ces dernières ont ensuite une large autonomie pour remplir leur mission et l’adapter
aux spécificités locales. Mais, contrairement à d’autres types de structure, les filiales sont en forte
interaction. En effet, chacune est spécialisée et met ses compétences au service de l’ensemble,
comme le montre le schéma de la page suivante :
6. Sauf en cas de crise systémique, c’est-à-dire lorsque c’est le système dans sa globalité qui est touché. Dans
ce cas, les valeurs de quasiment toutes les actions subissent les mêmes fluctuations.
7. Cette stratégie est présentée p. 169.
•G
222 stratégie d ’ entreprise
Filiale 1
Japon
Filiale 2 Filiale 5
Corée Canada
Direction
générale
Filiale 3 Filiale 4
Espagne Maroc
Direction générale
Direction
Direction Direction Direction
Ressources
Financière Production Marketing
Humaines
Produit 1
PROJET A
Produit 2
Produit 3
PROJET B
Ce type de structure, mouvante par nature, offre une grande flexibilité. De plus, construite sur le
modèle de la structure matricielle, cette forme permet de disposer d’experts issus des fonctions de
l’entreprise, et de les coordonner dans l’objectif particulier du projet. La différence avec la structure
matricielle proprement dite tient dans le caractère ponctuel des programmes.
Au total, la structure par projets est particulièrement adaptée aux organisations :
– ayant des missions ponctuelles réclamant de nombreuses compétences diversifiées ;
– évoluant dans des environnements turbulents.
Toutefois, certaines limites sont souvent avancées :
– comme toute structure transversale, la structure par projets présente des risques de conflits entre
catégories d’acteurs ;
– la recomposition continuelle des équipes peut entraver l’accumulation des connaissances.
Naturellement, aucune structure formelle n’est meilleure que les autres. Il est préférable de consi-
dérer que chacune est plus ou moins adaptée à la stratégie de l’entreprise.
–u
stratégie d ’ entreprise
ne entreprise spécialisée ou faiblement diversifiée (diversification liée) peut avoir intérêt à retenir
une structure fonctionnelle, qui offre l’avantage de la simplicité. Cela exige toutefois de ne pas
agir dans un environnement trop turbulent (la structure fonctionnelle présentant un degré de
rigidité relativement élevé) ;
– une entreprise intégrée (horizontalement ou verticalement) voit dans la structure divisionnelle
une forme correspondant à ses choix stratégiques. Ici aussi la rigidité associée à cette forme
structurelle exige d’agir dans un environnement plutôt calme ;
– une entreprise ayant fait le choix d’une internationalisation peut préférer une structure matri-
cielle ou transnationale. La seconde a l’avantage de permettre un contrôle plus strict des centres
de profit ;
– une entreprise souhaitant évoluer rapidement sur ses DAS, par exemple parce qu’elle est très
différenciée et que la source de sa différence est attachée à un élément naturellement versatile
(technologie de pointe...), peut choisir une structure matricielle ou par projet ;
– une entreprise ayant une logique financière voit dans une structure en holding la forme la plus
en phase avec sa stratégie.
Si la structure doit s’adapter à la stratégie, elle doit aussi être en harmonie avec les différents envi-
ronnements de l’entreprise. C’est le message des théories de la contingence structurelle.
A – La contingence technique
La principale contribution portant sur la contingence technique a été apportée en 1965 par l’an-
glaise Joan Woodward (1916-1971), professeure de management à Oxford9. Elle est la première à
avoir identifié une relation entre la structure d’une organisation et sa technologie. Plus précisé-
ment, elle observe que plus la complexité de la technologie est importante et plus l’organisation
présente certaines caractéristiques structurelles :
– le dirigeant a un contrôle étendu ;
– il existe un nombre élevé de niveaux hiérarchiques ;
– la part de main-d’œuvre directe dans la main-d’œuvre totale est grande.
Par ailleurs, pour de très faibles ou de très forts niveaux de complexité :
– la communication formelle est faible ;
– les procédures de contrôle sont peu développées.
8. La contingence désigne ce qui peut se produire ou non. Pour les organisations, il s’agit des variables de
l’environnement : elles peuvent être présentes ou non, et même varier selon les situations.
9. Woodward, Industrial Organization, Oxford University Press, 1965.
Chapitre 21 • Le déploiement des stratégies à travers les structures
Enfin, Woodward note qu’il existe une structure type associée à chacun des quatre types de pro-
cessus de production :
•G225
– le « projet » est adapté pour des produits uniques fabriqués en liaison avec les clients ;
– « l’atelier » convient pour de petites séries de produits peu standardisés ;
– la « production de masse » correspond aux besoins spécifiques des grandes séries de produits
standardisés ;
– la « production en continu » se plie aux exigences technologiques des produits uniques fabriqués
en continu.
Pour Woodward, plus une organisation se rapproche du type de structure associé à sa technologie
et plus elle est efficace.
B – La contingence environnementale
Les travaux portant sur la contingence environnementale montrent que pour être efficace, une
organisation doit adapter sa structure au type d’environnement dans lequel elle évolue. Avant de
les présenter, il est nécessaire de revenir sur les différents types d’environnements et de structures
décrits par les théoriciens de l’école de la contingence.
Emery et Trist10 identifient quatre types d’environnements (classés ici dans un ordre d’instabilité et
d’incertitude croissant) : placide aléatoire, placide regroupé, mouvant réactif et turbulent. L’apport
essentiel des deux auteurs est d’avoir mis en évidence qu’il n’existe pas un environnement unique.
Par ailleurs, Burns et Stalker11 classent les structures en deux catégories :
– les structures mécanistes : la hiérarchie est forte, les décisions sont centralisées, le contrôle est
autoritaire, la spécialisation des tâches est poussée et les procédures sont formalisées ;
– les structures organiques : la hiérarchie est plate et souple, les décisions sont décentralisées et la
définition des tâches est floue.
Ces deux séries de travaux sont la base sur laquelle s’appuie la réflexion de la contingence environ-
nementale.
Lawrence et Lorsch12 montrent que plus l’environnement est instable et incertain, et plus une orga-
nisation doit adopter une structure de type organique. À l’inverse, une structure mécaniste est
mieux adaptée à un environnement stable.
Les deux auteurs poussent l’analyse plus loin en précisant que l’organisation est un système lui-
même composé de trois sous-systèmes : scientifique, commercial et technico-économique. Chacun
d’eux est confronté à un environnement différent. Dès lors, il est nécessaire d’introduire une « dif-
férenciation », c’est-à-dire que l’organisation doit faire en sorte que chaque sous-système s’adapte
à son propre environnement. Mais la coordination entre les sous-systèmes est également essen-
tielle au bon fonctionnement de l’organisation : c’est l’« intégration ». Pour Lawrence et Lorsch,
l’efficacité d’une organisation dépend de l’équilibre trouvé entre différenciation et intégration. En
résumé, la performance est directement liée à la capacité de l’organisation à adapter sa structure
aux environnements.
10. Emery et Trist, The Causal Texture of Organizational Environments, Penguin, 1965.
11. Burns et Stalker, The Management of Innovation, Tavistock Institute, 1961.
12. Lawrence et Lorsch, Adapter les structures, Éditions d’Organisation, 1973.
•G
226 stratégie d ’ entreprise
À NOTER • Il est reproché aux théories de la contingence d’être déterministes : les gestionnaires
n’ont pas de marge de manœuvre sur leur environnement. Une autre faiblesse, du point de vue du
management stratégique, est que ces théories considèrent souvent l’environnement de façon trop
abstraite, vague et agrégée.
Nous avons vu qu’il existe plusieurs formes de structures, et que la forme doit être adaptée à la
stratégie, la technologie et l’environnement. Mais la structure ne se limite pas à sa forme. Voyons
quelles sont ses autres variables fondamentales.
Sommet
stratégique
Techno-structure Logistique
Ligne
hiérarchique
Centre
opérationnel
– la ligne hiérarchique : elle fait le lien entre le sommet stratégique et le centre opérationnel (il
s’agit notamment des cadres).
Aux côtés de la partie centrale, on trouve :
– la technostructure : elle s’occupe des études, et définit les principes de standardisation ;
– la logistique : elle a la charge des services indirects (transport, service juridique...).
Selon le type de structure, l’une ou l’autre de ces composantes joue le premier rôle. C’est la « com-
posante clé », dans le vocabulaire de Mintzberg.
À NOTER • Pour aller plus loin sur ce thème : il existe un lien entre les structures des entreprises
(niveau microéconomique) et l’économie d’un pays (niveau macroéconomique). Selon Chandler, la
croissance des grandes entreprises et la domination qu’elles ont exercée sur des secteurs vitaux de
l’économie ont en effet transformé la structure même de ces secteurs et celle de l’économie tout
entière.
228
•G
Cabinet de
Société Électricien Groupe diversifié Association,
Exemple Hôpital, université consultants,
stratégie d ’ entreprise
Selon ses dirigeants, la taille du groupe l’empêche de s’organiser directement par fonctions, car la
production est particulièrement hétérogène, la gamme étendue, et la communication est parfois
difficile entre les différents spécialistes. À l’inverse, l’organisation actuelle est censée permettre une
certaine flexibilité, en rendant plus rapide la prise de décision en réponse aux évolutions du
marché.
Questions :
1. À l’aide de ces informations, représenter schématiquement la structure de LVMH.
2. À quel type de structure formelle appartient-elle ?
3. Quels sont les risques que prend LVMH en retenant une telle structure ?
B – Éléments de réponse
1. À l’aide de ces informations, représenter schématiquement la structure de LVMH.
Direction générale
Dior De Beers
Tag Heuer Zenith FRED Chaumet OMAS
Montres LV
Ce schéma reprend les données de l’énoncé : le groupe LVMH est organisé en cinq branches, se
décomposant elles-mêmes en marques puis en fonctions.
Ici, par souci de clarté, seules les marques de la branche montres et joaillerie sont représentées.
Dans la même logique, seules les fonctions relatives à la marque FRED sont schématisées (de plus,
toutes les fonctions existantes n’apparaissent certainement pas, car l’énoncé ne donne pas de liste
exhaustive).
Chapitre 22 • Applications corrigées
La structure de LVMH est divisionnelle : les branches évoquées dans le texte sont en fait des divi-
sions, c’est-à-dire des ensembles homogènes dotés d’une certaine autonomie.
Ici il s’agit de divisions produits (les divisions peuvent être de trois natures différentes : produits,
marchés et/ou types de clientèle).
LVMH y voit plusieurs intérêts : « la taille du groupe l’empêche de s’organiser directement par
fonctions, car la production est particulièrement hétérogène, la gamme étendue, et la communica-
tion est parfois difficile entre les différents spécialistes. À l’inverse, l’organisation actuelle est censée
permettre une certaine flexibilité, en rendant plus rapide la prise de décision en réponse aux évolu-
tions du marché ».
Plus largement, les avantages associés à ce type de structure sont :
– la possibilité offerte de gérer les divisions comme des centres de profit (le principe étant de
donner des objectifs aux responsables des divisions, puis de laisser de l’autonomie à ces derniers
pour les atteindre) ;
– la plus grande disponibilité du dirigeant pour les aspects stratégiques ;
–u ne flexibilité stratégique (les opérations d’investissement et de désinvestissement sont facilitées).
Mais la structure du groupe n’est pas uniquement divisionnelle. En effet, chaque marque, à l’inté-
rieur des divisions, est organisée selon une structure fonctionnelle. Dans cette dernière, le travail
est réparti en fonction des compétences. Au niveau des marques, la structure fonctionnelle est
adaptée, car il ne s’agit que d’organiser une entité réduite. Plus précisément, LVMH peut y trouver
plusieurs avantages :
– le fonctionnement est simple ;
– la spécialisation par compétences facilite le développement de l’expertise au sein de chaque
fonction ;
– le dirigeant peut exercer un contrôle direct sur chaque fonction.
En résumé, LVMH adopte, à chaque niveau, le type de structure adapté à la situation :
– au niveau global, la complexité (grand nombre de marques...) nécessite une structure divi-
sionnelle ;
– au niveau local (de chaque marque), la taille réduite fait qu’une structure fonctionnelle suffit.
3. Quels sont les risques que prend LVMH en retenant une telle structure ?
Naturellement, aucune forme structurelle n’est la panacée, et il existe des risques à utiliser une
structure divisionnelle. Notamment :
– elle est coûteuse (chaque division est dotée de ses propres fonctions) ;
– elle porte le risque de scléroser l’organisation : des divisions trop indépendantes peuvent en effet
avoir tendance à ne pas suffisamment coopérer.
De plus, au niveau des marques, une structuration par fonctions présente des écueils potentiels :
– le directeur de la marque peut vite se trouver débordé par des problèmes opérationnels ;
– les responsables des différentes fonctions n’ont qu’une vision partielle de l’entreprise (manque
de coordination).
•G 232 stratégie d ’ entreprise
C’est pourquoi le groupe LVMH doit rester vigilant, notamment pour faire que les divisions coo-
pèrent dans l’objectif de la performance globale.
Une solution pourrait alors être de retenir une structure plus transversale, favorisant les relations
entre divisions : structure matricielle ou structure par projets.
B – Éléments de réponse
« Faire » consiste, pour une entreprise, à assurer elle-même la réalisation d’une tâche. « Faire »
s’oppose donc à « faire faire », qui renvoie à la situation dans laquelle la réalisation d’une tâche
est confiée à une autre entreprise. « Faire faire » peut prendre des modalités diverses : sous-
traitance, franchise, joint-ventures... La notion d’enjeu renvoie à « ce que l’on peut gagner ou
perdre ». Mis au pluriel, ce terme indique que les sources de succès ou d’insuccès peuvent être
•G233
multiples.
Il apparaît que l’entreprise peut être amenée à choisir entre « faire » et « faire faire ». Ainsi, depuis
les années 1960, on assiste à une tendance croissante des entreprises à laisser la réalisation de
certaines tâches (restauration, comptabilité...) à des prestataires externes. Ce choix est dicté par les
objectifs de l’entreprise, qui peuvent être économiques, sociaux, ou plus largement sociétaux.
Mais, en univers incertain, tout choix est porteur d’enjeux, puisque l’entreprise n’est pas assurée
d’en percevoir les gains espérés. Elle peut, en effet, aussi y perdre. Il y a par conséquent un intérêt
à saisir les éléments précédant au choix entre ce que Coase nomme, d’une part, l’internalisation,
et, d’autre part, l’externalisation (ou impartition).
De manière immédiate, un jeu de questions se pose : toutes les tâches d’une même entreprise
sont-elles également concernées par ce choix ? La même réponse est-elle apportée à toutes les
tâches ? Sinon, quels critères retenir ? N’existe-t-il pas des risques à choisir de façon tranchée entre
internalisation et impartition ? Le cas échéant, quelles solutions l’entreprise peut-elle mettre en
place ?
Pour répondre à ces questions, plusieurs postures sont envisageables. Il est d’abord possible d’étu-
dier les avantages et les limites de chaque solution. Mais cet exercice se révélerait vite redondant,
dans la mesure où les avantages de l’externalisation correspondent aux limites de l’internalisation,
et inversement. C’est pourquoi une autre logique semble préférable, consistant à analyser les
tenants du choix de l’une des deux solutions (puisque les arguments s’appliquent automatique-
ment, en négatif, à l’autre solution). Plus précisément, nous nous plaçons du côté de l’externalisa-
tion (plutôt que de celui de l’internalisation). En effet, les problèmes soulevés par l’externalisation
soulèvent des questions stratégiques (par exemple : l’entreprise ne risque-t-elle pas de perdre des
activités à la base de son avantage concurrentiel ?). Ainsi, nous retenons la problématique sui-
vante : « Quels sont les gains et les risques liés à l’externalisation, et existe-t-il des solutions
permettant de limiter les risques ? ». Nous proposons de répondre à la problématique à travers
deux parties :
– la première partie se penchera sur les avantages recherchés par l’externalisation, exprimés en
termes de flexibilité ;
– la seconde partie considérera les limites de l’externalisation, à la fois économiques et sociales,
afin de montrer les moyens pouvant être mis en œuvre pour y remédier.
•G
234
Plan détaillé :
stratégie d ’ entreprise
2 Les périodiques
Alternatives économiques
L’Expansion
•G
236
L’Usine nouvelle
stratégie d ’ entreprise
La Tribune
Le Monde
Les Échos
3 Netographie
AGEFI : http ://www.agefi.fr
AIMS (Association Internationale de Management Stratégique) : http://www.strategie-aims.com/
Alternatives économiques : http://www.alternatives-economiques.fr/
BFM : http://www.radiobfm.com/
Cas de stratégie : http://cas-de-strategie.editions-ems.fr/
CCI : http://www.cci.fr/
Direction générale de la compétitivité, de l’industrie et des services : http://www.pme-commerce-
artisanat.gouv.fr/
INSEE : http://www.insee.fr
QCM sur les entreprises : http://www.statapprendre.education.fr/insee/entreprises/qcm/qcmac
cueil.htm
Jeux d’entreprise en ligne :
– http://www.creatiel.info/cartel-simulation-entreprise/
– http://www.beingthebigboss.com/
– http://www.simuland.net/fr/index.php
L’Expansion : http://www.lexpansion.com/
L’Usine nouvelle : http://www.usinenouvelle.com/
La Tribune : http://www.latribune.fr
Les Échos : http://www.lesechos.fr/
Medef : http://www.medef.fr/
Ministère de l’Économie, de l’Industrie et de l’Emploi : http://www.industrie.gouv.fr
Mintzberg Henry (site personnel) : http://www.henrymintzberg.com/
MOCI (Moniteur du commerce international) : http://www.lemoci.com/
Porter Michael (site de l’institut dont il est directeur) : http://www.isc.hbs.edu/
Index
A Co-intégration, 207
Communication, 68, 97, 107, 123
Absorption, 188, 195 Compétences, 54, 56 et s., 66, 111, 152, 193, 203 et s.
Accords intersectoriels, 206 Compétences fondamentales, 59, 209
Acquisition, 14, 137, 149, 164, 194 et s. Complémentarité, 208
Activité de soutien, 53 Conditionnement, 95, 96
Activité primaire, 53 Configurations structurelles, 226 et s.
Adhocratie, 228 Conglomérat, 147, 220
Ajustement mutuel, 227, 228 Conservation de l’avantage concurrentiel, 115 et s.
Alliance, 157, 203 et s. Contingence environnementale, 225
Ambiguïté causale, 116, 117 Contingence structurelle, 224 et s.
Analyse de la valeur, 109 Coopétition, 207, 212
Approche par les ressources, 201 Coordination (processus de), 227
Audit social, 101-102 Coûts de transaction, 159, 197 et s., 208
Autonomie, 168, 216, 217, 221 Crise financière, 46 et s.
Avantage concurrentiel, 24, 38, 54, 87 et s., 115 et s., Croissance externe, 194 et s.
201 Croissance interne, 193 et s.
Croissance organique, 193
B Culture, 24, 116, 142, 161, 165, 166
Cycle de vie, 171-172
Barrières à l’entrée, 37, 171
Barrières à la sortie, 160 D
Bureaucratie mécaniste, 228
Bureaucratie professionnelle, 228 DAS, 30 et s.
Décision émergente, 21 et s.
C Décote de holding, 148
Découpage stratégique, 30 et s.
Cannibalisation, 155 Délocalisation, 161, 232
Centre de profit, 218, 224 Demande (analyse de la), 35 et s.
Chaîne de valeur, 53 et s., 90-91, 157, 171, 207, 208 Développement durable, 43 et s., 108
Cinq forces de Porter, 39 et s. Diagnostic stratégique externe, 35 et s.
Cloud computing, 200 Diagnostic stratégique interne, 53 et s.
Co-branding, 96, 206 Dilemme, 63, 142, 143
•G
238
I
Diversification, 147 et s. Impartition, 90 et s.
Divisionnelle (structure), 217 et s. Indicateurs de performance, 211 et s.
Domaine d’activité stratégique (voir DAS) Innovation, 24, 90, 96, 97, 122 et s.
Droite d’expérience, 88 Intégration horizontale, 152 et s.
Intégration verticale, 155 et s.
E Intensité concurrentielle, 39 et s.
Économies d’échelle, 37, 88 et s., 168 et s., 207, 208 Internationalisation, 163 et s.
Économies de champ, 154 ISO105 et s.
Écrasement des prix, 158
EDI, 157 J, K, L
Efficacité, 210, 211
Efficience, 210, 211 Joint-venture, 204, 205
Élasticité, 87 Knowledge management, 57
Enjeux contemporains, 21 et s. Leadership, 24, 106, 220
Entrants potentiels, 39 Logistique, 53, 54, 90, 91, 157, 227, 229
Entreprise citoyenne, 44
Espionnage industriel, 173-174 M
Éthique, 44, 103
Externalisation54, 90, 91, 120, 199, 202 Management interculturel, 166, 173
Manager d’alliances, 212, 213
F Marketing, 33, 94, 110 et s.
Marketing d’entretien, 123
Facteurs clés de succès (voir FCS)
Marque, 96
FCS31, 65, 142
Filière, 152, 155, 160, 205 Matrice BCG, 62 et s., 142
Finance islamique, 113 Matrice stratégique, 61, 62
Flexibilité, 92, 118 et s., 218, 220, 223 Matricielle (structure), 219, 220
Focalisation, 110 et s. Mécaniste (structure), 225
Fonctionnelle (structure), 216, 217 Modèle de Hofstede, 166
Fonds de pension, 64 Modèle Uppsala, 164
Forces de la concurrence, 39 et s. Motivation, 36, 68, 69
Fusions, 194 et s.
O
G
Objectifs stratégiques, 14 et s.
Gamme, 95-96 Offre (analyse de l’), 37 et s.
Globule (entreprise), 168, 169 Offre publique d’achat (voir OPA)
Glocalisation, 169-170
ONG, 102
Gouvernance, 17-18, 202
OPA, 195
Groupes stratégiques, 41, 42
Opinion publique, 40, 44
H Organique (structure), 225
Imprimé en France
Stratégie
Stratégie
Le diagnostic stratégique
on
2e éditi
les zoom’s
Les stratégies business
Les stratégies corporate
Le déploiement des stratégies
d’entreprise
Johan BOUGLET Si la stratégie d’entreprise trouve ses racines dans l’art de
Ancien élève de
la guerre, elle est aujourd’hui devenue une discipline à 2e
part entière, organisée selon une logique particulière, avec
d’entreprise
stratégie d’entreprise
l’ENS Cachan, agrégé des enjeux qui lui sont propres. C’est elle que cet ouvrage
synthétise de façon claire et illustrée.
d’économie-gestion et
Pour cela, après un chapitre introductif qui présente les
docteur en sciences de différents aspects que revêt la stratégie, le livre adopte le plan
gestion de l’Université habituel de la démarche stratégique :
Paris Dauphine. Il est • l’entreprise réalise le diagnostic stratégique : la démarche
d’ensemble et le découpage stratégique ; le diagnostic
Maître de conférences stratégique externe ; le diagnostic stratégique interne ; les
à l’Université Paris Est relations entre éléments du diagnostic ; la synthèse ; Le diagnostic stratégique
Créteil Val-de-Marne, • elle définit les stratégies particulières de chaque activité, Les stratégies business
appelées les stratégies business : comprendre les stratégies
où il enseigne la business ; la création de l’avantage concurrentiel et sa
stratégie d’entreprise. conservation ; Les stratégies corporate
Il est l’auteur de • elle définit la stratégie au niveau de l’entreprise : ce sont Le déploiement des stratégies
les stratégies corporate : la spécialisation ; la diversification
nombreux travaux et ses différentes formes ; l’internationalisation. Il s’agit
dans le domaine de la en outre de décider des complémentarités que l’entreprise
entend faire jouer entre ses différentes activités ;
stratégie.
• elle détermine comment mettre ces stratégies en œuvre :
c’est le déploiement des stratégies avec, en particulier,
le choix de faire seul ou bien de faire faire (stratégie
d’impartition).
Cet ouvrage s’adresse à toutes les personnes qui souhaitent
Johan Bouglet
2e édition
découvrir la stratégie d’entreprise, en comprendre les
enjeux et en maîtriser la mise en œuvre. C’est le cas des
étudiants des BTS tertiaires, des étudiants des cursus universi-
taires en gestion (Licences, Masters, DUT, Licences profession-
nelles, etc.) et des étudiants en écoles de commerce.
J. bouglet
Prix : 18 E
ISBN 978-2-297-02065-7