Imagerie de L'adénomyose
Imagerie de L'adénomyose
Imagerie de l’adénomyose
M. Bazot, J. Nassar-Slaba, J. Rouger, A. Cortez, E. Daraï
L’adénomyose est une pathologie gynécologique fréquente touchant surtout les femmes après 40 ans et
responsable d’un tableau clinique peu spécifique. Le rôle de l’imagerie est de préciser le diagnostic, de
définir l’extension de l’atteinte et d’éliminer d’autres pathologies associées. L’échographie, qui est
l’examen de première intention, a une sensibilité et une spécificité variant respectivement entre 50 et
89 %, et entre 53 et 89 %, en fonction des pathologies associées. L’imagerie par résonance magnétique
(IRM) pelvienne peut être proposée lorsqu’il existe un doute diagnostique du fait de ses bonnes sensibilité
(de 78 à 89 %) et spécificité (de 67 à 93 %). Le principal diagnostic différentiel de l’adénomyose qui pose
problème en pratique quotidienne est la pathologie léiomyomateuse. Certains signes échographiques et
IRM sont à rechercher spécifiquement pour corriger le diagnostic, car la prise en charge thérapeutique de
ces deux pathologies varie souvent, en particulier chez les patientes ayant un désir de grossesse.
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Gynécologie 1
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Figure 1. Examen macroscopique d’un utérus globuleux adénomyo- Figure 2. Hystérographie (cliché de face en remplissage) retrouvant un
mateux présentant des parois asymétriques et des cavités intramyomé- utérus discrètement latérodévié à droite présentant de multiples images
triales. diverticulaires corporéales et fundiques, très évocatrices d’adénomyose.
hypertrophie musculaire est conjointement associée chez les retenir comme suffisamment sensible. Par ailleurs, ce signe n’est
patientes non ménopausées et doit, pour certains auteurs, être pas spécifique et peut être retrouvé lors d’extravasations
présente pour retenir le diagnostic d’adénomyose. Le nombre de vasculaires ou lymphatiques. L’hystérographie ne doit donc pas
foyers retrouvés par champ de microscope est variable, de rares être considérée aujourd’hui comme une technique fiable
à multiples, de siège superficiel ou profond, épars ou dissémi- permettant ce diagnostic. Néanmoins, cette sémiologie reste
nés. À l’examen macroscopique, l’utérus est ferme, augmenté de utile à connaître car elle peut être fortuitement retrouvée chez
taille, souvent globuleux avec des parois plus ou moins asymé- des patientes passant une hystérosalpingographie dans le cadre
triques, renfermant de petites cavités intramyométriales parfois d’un bilan d’infertilité. En effet, le rôle de l’adénomyose comme
hémorragiques à la coupe (Fig. 1). Il faut distinguer, à ce titre, facteur éventuel d’infertilité n’est pas encore bien défini, un
la pathologie focale et diffuse. L’adénomyose focale correspond gros utérus pouvant être associé à une diminution de la
à quelques foyers retrouvés sur une seule localisation myomé- réceptivité utérine et endométriale. [1]
triale. Elle est dénommée adénomyome si elle prend une forme
nodulaire à limites discrètement imprécises. L’examen macro-
scopique sur la pièce opératoire est le plus souvent indiscernable
d’un authentique léiomyome. L’adénomyose est dite diffuse Échographie transabdominale
quand existent de nombreux foyers disséminés dans de multi-
Les critères diagnostiques d’adénomyose retrouvés en écho-
ples sites myométriaux ou étendus de la superficie à la profon-
graphie par voie sus-pubienne sont la présence d’un gros utérus
deur du myomètre. Lorsqu’il s’agit d’une forme où les îlots
régulier hétérogène, présentant un aspect en « rayons de miel »
glandulaires sont particulièrement épars et diffus, un problème
avec de petites images kystiques de 5 à 7 mm. [7] Ce dernier
diagnostique peut se poser aux pathologistes pour la différencier
critère hautement évocateur n’a malheureusement pas été
d’un sarcome stromal endométrial de bas grade. L’imagerie est
confirmé par d’autres auteurs. [8] La sensibilité de l’échographie
alors utile pour orienter le diagnostic, en visualisant un
transabdominale varie selon les études entre 32,5 et 63 %, et sa
épaississement endométrial associé à la pathologie myomateuse
spécificité entre 95 et 97 %. [1, 9] Selon Bazot et al., si « un gros
dans le cas de la tumeur endométriale. [5] Enfin, il convient de
utérus régulier, éventuellement asymétrique, plus ou moins
rappeler l’association fréquente entre l’adénomyose et les
hétérogène, sans myomes individualisables, avec d’éventuelles
léiomyomes qui, s’ils sont recherchés systématiquement sur la
images kystiques intramyométriales » est considéré comme
pièce opératoire, sont présents dans environ trois quarts des cas
critère diagnostique, l’échographie transabdominale présente
d’hystérectomie.
une très mauvaise sensibilité, de 30 %, mais une excellente
spécificité, de 97 % (Fig. 3). [10] Elle ne permet donc pas le
diagnostic d’adénomyose et est souvent incapable de différen-
■ Données de l’imagerie cier une adénomyose des léiomyomes en raison d’une résolu-
tion insuffisante. Dans le cadre d’une pathologie myométriale
Le diagnostic en imagerie se base sur des critères diagnosti- indéterminée suspectée, il convient de coupler systématique-
ques indirects en rapport avec la visualisation de l’hypertrophie ment l’échographie transabdominale et l’échographie endovagi-
musculaire et d’autres, directs, expliqués par la présence des nale pour rechercher une adénomyose. Beaucoup d’utérus
foyers hétérotopiques endométriaux. L’intérêt des diverses volumineux « grossièrement hétérogènes » sont encore aujour-
techniques non invasives pour le diagnostic de l’adénomyose d’hui décrits à tort comme « myomateux » alors qu’il s’agit
est abordé de façon successive dans cet article. d’une adénomyose caricaturale. Dans ce cadre, l’échographie
endovaginale peut elle-même être non contributive du fait d’un
défaut de pénétration des ultrasons en profondeur, ce qui est un
problème similaire à celui rencontré lors de l’étude des utérus
Hystérographie polymyomateux volumineux.
L’hystérographie a été la première modalité d’imagerie utilisée
pour effectuer le diagnostic d’adénomyose. Golberger a rapporté
en 1949 un signe dit « caractéristique » en hystérographie, sous Échographie endovaginale
forme de multiples spicules de 1 à 4 mm de long, s’étendant de
l’endomètre au sein du myomètre [6] (Fig. 2). Cette sémiologie, Grâce à sa bonne résolution spatiale, l’échographie endovagi-
excessivement évocatrice, n’était présente que chez moins d’un nale a permis de définir des signes échographiques pertinents
quart des patientes explorées et ne permet donc pas de la pour le diagnostic d’adénomyose. Un certain nombre de critères
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■ Références
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Figure 14. Coupes successives chez une même patiente avec deux
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séries différentes retrouvant un hyposignal localisé hétérogène antérieur
1401-21.
disparaissant sur une séquence pratiquée quelques minutes plus tard.
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L’aspect est en rapport avec des contractions utérines.
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séquences (Fig. 14). Les métastases au corps utérin peuvent être Kurmann RJ, editor. Blaustein’s pathology of the female genital tract.
responsables de plages en hyposignal T2 sur un utérus globu- New York: Springer-Verlag; 1994. p. 487-527.
leux, en particulier à partir d’un primitif mammaire ou gastro- [5] Tamai K, Togashi K, Ito T, Morisawa N, Fujiwara T, Koyama T. MR
intestinal. Les antécédents de la patiente, l’association à des Imaging findings of adenomyosis: correlation with histopathologic
adénomégalies, de l’ascite ou des métastases ovariennes peuvent features and diagnostic pitfalls. Radiographics 2005;25:21-40.
orienter le diagnostic. La sensibilité et la spécificité de l’IRM [6] Golberger MA, Marshak RH, Hermel M. Roentgen diagnosis of
pour le diagnostic d’adénomyose, varient selon les études et adenomyosis uteri. Am J Obstet Gynecol 1949;57:563-8.
sont respectivement de 77,5 % à 89 % et de 67 % à 92,5 %. [7] Walsh JW, Taylor KJ, Rosenfield AT. Gray scale ultrasonography in the
Cette variation des résultats peut être expliquée par les diffé- diagnosis of endometriosis and adenomyosis. AJR Am J Roentgenol
rents critères diagnostiques retenus en histopathologie et en 1979;132:87-90.
IRM, les séquences d’acquisition utilisées et l’expérience du [8] Bohlman ME, Ensor RE, Sanders RC. Sonographic findings in
radiologue en imagerie gynécologique. [32]]. Une étude réalisée adenomyosis of the uterus. AJR Am J Roentgenol 1987;148:765-6.
par Reinhold et al. a pu montrer que l’IRM et l’échographie [9] Siedler D, Laing FC, Jeffrey Jr. RB, Wing VW. Uterine adenomyosis. A
endovaginale ont des précisions diagnostiques équivalentes, difficult sonographic diagnosis. J Ultrasound Med 1987;6:34-9.
avec une sensibilité de l’IRM de 86 % et une spécificité de [10] Bazot M, Cortez A, Darai E, Rouger J, Chopier J, Antoine JM, et al.
Ultrasonography compared to magnetic resonance imaging for the
89 %. [16] À l’opposé, Ascher et al. montrent que la sensibilité
diagnosis of adenomyosis: correlation with histopathology. Hum
de l’IRM est supérieure à celle de l’échographie endovaginale
Reprod 2001;16:2427-33.
(88 % versus 53 %). [12]
[11] Brosens JJ, de Souza NM, Barker FG, Paraschos T, Winston RM.
Les striations linéaires en hypersignal T2 radiant à partir Endovaginal ultrasonography in the diagnosis of adenomyosis uteri:
de l’endomètre, l’aspect de pseudoélargissement de l’endo- identifying the predictive characteristics. Br J Obstet Gynaecol 1995;
mètre, et une jonction endomètre-myomètre irrégulière et 102:471-4.
mal limitée, sont des signes fréquemment observés dans [12] Ascher SM,Arnold LL, Patt RH, Schruefer JJ, BagleyAS, Semelka RC,
l’adénomyose. Cependant, en présence d’un carcinome et al. Adenomyosis: prospective comparison of MR imaging and
endométrial, il est quasiment impossible de les différencier transvaginal sonography. Radiol 1994;190:803-6.
d’un envahissement tumoral du myomètre. [1] Il faut donc [13] Atri M, Reinhold C, MehioAR, Chapman WB, Bret PM.Adenomyosis:
s’assurer de l’absence d’une lésion tissulaire endométriale US features with histologic correlation in an in-vitro study. Radiol
concomitante. 2000;215:783-90.
Enfin, il faut rappeler un aspect moins fréquent de la [14] Fedele L, Bianchi S, Dorta M, Arcaini L, Zanotti F, Carinelli S.
pathologie qui est l’adénomyome. Il s’agit d’une lésion Transvaginal ultrasonography in the diagnosis of diffuse adenomyosis.
localisée, circonscrite en hyposignal marqué T2, souvent Fertil Steril 1992;58:94-7.
polypoïdale, faisant protrusion dans la cavité et, moins [15] Reinhold C, Atri M, Mehio A, Zakarian R, Aldis AE, Bret PM. Diffuse
fréquemment, intramyométriale ou sous-séreuse. [5] Son uterine adenomyosis: morphologic criteria and diagnostic accuracy of
aspect en IRM est identique à celui des léiomyomes, le diagnos- endovaginal sonography. Radiol 1995;197:609-14.
tic ne pouvant être évoqué que lorsqu’il est associé à des foyers [16] Reinhold C, McCarthy S, Bret PM, Mehio A, Atri M, Zakarian R, et al.
en hypersignal T1 ou T2. Le kyste adénomyosique est également Diffuse adenomyosis: comparison of endovaginal US and MR imaging
un autre aspect beaucoup plus rare de la pathologie. Il consiste with histopathologic correlation. Radiol 1996;199:151-8.
en une hémorragie dans un îlot glandulaire ectopique, entouré [17] Vercellini P, Cortesi I, De Giorgi O, Merlo D, Carinelli SG,
complètement ou partiellement par du myomètre, sous- Crosignani PG. Transvaginal ultrasonography versus uterine needle
muqueux ou sous-séreux. La lésion renferme un liquide en biopsy in the diagnosis of diffuse adenomyosis. Hum Reprod 1998;13:
hypersignal T1 entouré d’une paroi en hyposignal T2 marqué. 2884-7.
Occasionnellement, la paroi peut consister en deux zones, l’une [18] McCausland AM, McCausland VM. Depth of endometrial penetration
interne en hyposignal (comme la zone jonctionnelle) et l’autre in adenomyosis helps determine outcome of rollerball ablation. Am
externe en signal intermédiaire T2 (comme du myomètre), la J Obstet Gynecol 1996;174:1786-94.
lésion est alors appelée « utérus miniature ». [1] [19] McCausland V, McCausland A. The response of adenomyosis to
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Toute référence à cet article doit porter la mention : Bazot M., Nassar-Slaba J., Rouger J., Cortez A., Daraï E. Imagerie de l’adénomyose. EMC (Elsevier SAS,
Paris), Gynécologie, 150-A-30, 2005.
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