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Master sciences juridique (temps aménagé)

Prévoyance 2 :

Le programme national de sécurité sociale

Réaliser par : Assya AIT AMAR

Hasnae MATRAH

Encadré par : Pr. OMAYMA ACHOUR

Année universitaire : 2021/2022


Introduction :

La protection sociale est l'un des domaines d'actions stratégiques et


prioritaires permettant de prévenir et de réduire les différentes vulnérabilités
économiques et sociales et d'améliorer les conditions de vie de la population.
Ainsi, des efforts considérables sont déployés pour la mise en place progressive
d’un système de protection sociale diversifié, aussi bien en termes de risques
sociaux couverts que d’instruments utilisés. Un système constitué d’abord de
deux grandes composantes : La composante assurance sociale de nature
contributive, dont les origines remontent aux caisses d’assurance des salariés
du secteur public qui ont été instituées au début du XXème siècle et, plus tard,
avec la mise en place de la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS) en 1959
pour les salariés du secteur privé ; et la composante assistance sociale de
nature non-contributive qui s’appuie sur un ensemble de programmes
d’assistance sociale ou d’aide sociale, dont l’institution la plus ancienne est
l’Entraide Nationale (créée en 1957)1. Historiquement, le régime d’assistance
sociale marocain a été articulé autour de politiques sectorielles comme l’appui
à la scolarisation des enfants et les soutiens (en nature ou services) aux
personnes en situation difficile.
Au Maroc, comme dans la plupart des pays du monde, les dispositifs du
système de protection sociale ont été développés de manière fragmentée sur
une période très longue. Aujourd’hui, le système de protection sociale au
Maroc se compose d’un système de sécurité sociale qui est contributif (CMR,
RCAR, CNSS, CNOPS…), d’un système de protection sociale partiellement
contributif (RAMED) et d’un système de protection sociale non-contributif
(Tayssir, Kafala, INDH, établissements de protection sociale pour les personnes
en difficulté…). Ces dispositifs fragmentaires ont été introduits au fur et à
mesure pour traiter des problématiques sociales et de développement humain
qui ont émergé au fil du temps.

Les programmes contributifs d’assurance sociale, tels que les pensions de


retraite, l’assurance maladie et l’assurance chômage, constituent une
composante essentielle d’une politique intégrée de protection sociale. A
l’opposé de l’assistance sociale, l’accès aux prestations d’assurance sociale est
indépendant du niveau de revenu, mais subordonné à des contributions

1
Projet de politique publique integree de la protection sociale 2020-2030 ; Ministère de
l’Economie, des Finances et de la Réforme de l’Administration
financières. L’objectif ultime des politiques d’assurance sociale est de
permettre une gestion adéquate des risques sociaux. Il s’agit en particulier de
protéger les individus contre les effets d’une perte de revenu due à la vieillesse,
l’invalidité, l’accident du travail, la maladie, le chômage, la mort d’un membre
actif de la famille ou d’un membre assurant la garde des jeunes enfants, etc.
Moins d’un tiers de la population active est couverte par une assurance sociale
(vieillesse, maladie, etc.). Le système d’assurance sociale au Maroc est loin de
fournir une protection adéquate. Ce système est fragmenté, sans oublier qu’il
ne couvre qu’une fraction limitée de la population active et ne protège pas les
personnes exclues de l’emploi dans le secteur formel.

L’adoption d’une nouvelle Constitution, en 2011, et la nécessité de mettre en


œuvre les dispositions de son article 31 qui dispose que « L’État, les
établissements publics et les collectivités territoriales œuvrent à la mobilisation
de tous les moyens à disposition pour faciliter l’égal accès des citoyennes et
des citoyens aux conditions leur permettant de jouir des droits :- aux soins de
santé ;- à la protection sociale, à la couverture médicale et à la solidarité
mutualiste ou organisée par l’État » ont contribué à l’élaboration cadre légal et
institutionnel . En outre, le Maroc adhère à la Recommandation de l’OIT
relative au socle de protection sociale et souscrit à l’Agenda onusien pour la
réalisation des ODD (pour lesquels l’élargissement de la couverture de la
protection sociale fait partie des cibles), ainsi qu’aux conventions sur les droits
(y compris ceux relatifs à la protection sociale) de groupes spécifiques comme
les femmes, les enfants, les personnes en situation de handicap.

Dans cet ordre d’idées, la protection sociale constitue aujourd’hui un enjeu


considérable notamment avec la montée des risques sociaux qui impliquent
des défis considérables en matière de cohésion sociale et de stabilité politique.
Ceci nécessite, entre autres, la mise à niveau nécessaire pour accompagner, au
mieux, les mutations constantes du monde du travail et les changements
démographiques des années à venir.

Annoncé par le souverain en juillet 2020, lors du discours du trône, le


programme national de la protection sociale est un projet à l’ambitieux
calendrier, devant s’étaler entre 2021 et 2025. Le Chef de l’État constatait en
effet que le dispositif actuel « est encore marqué par un éparpillement des
interventions et par un faible taux de couverture et d’efficacité » et indiquait
vouloir généraliser la protection sociale « au cours des cinq prochaines
années»2.

Suite à ce discours royal, une loi-cadre 09.21 relatif à la protection sociale a été
adoptée en Conseil des Ministres le 11 février dernier, afin de démarrer la mise
en œuvre de la réforme. Une loi-cadre qui constitue la pierre angulaire et le
cadre de référence pour la mise en œuvre de la vision éclairée du Roi dans le
domaine de la protection sociale, et la réalisation des objectifs fixés, dont les
plus importants sont le soutien du pouvoir d’achat des familles marocaines et
la réalisation de la justice sociale et spatiale.
De ce fait, notre problématique qui se pose : A quel point la loi cadre de
sécurité sociale pourra garantir à tout citoyen ses droits sociaux, en prenant
considération les ressources financières et humaines mises à sa disposition ?

Pour répondre à cette question, nous allons traiter le sujet en deux parties, la
première partie est consacrée aux fondements de la loi cadre, et une deuxième
partie qui traite les défis de financement et de régulation.

Plan :

I. La loi cadre : vers une unification du système de sécurité sociale


1. Les principes et objectifs directeurs
2. L’élargissement du public ciblé 

II. Les défis de financement et de régulation


1. De nouveaux mécanismes de financements
2. Une nécessité d’une bonne gouvernance

2
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marche
I- La loi cadre : vers une unification du système de sécurité sociale

Le programme national de la sécurité sociale est un programme encadré par la


loi cadre 09.21, visant la généralisation de la protection sociale à travers des
principes et objectifs directeurs.

1. Les principes et objectifs directeurs

Dans le cadre de la mise en place des articles 31 et 71 de la constitution, la loi


cadre a défini la protection sociale à travers une délimitation de son champs
d’intervention, à savoir :

L’assurance maladie :  est l’ensemble des dispositifs chargés d'assurer un


individu face à des risques liés à la maladie, aux accidents du travail, à
l'invalidité, à la maternité et au décès. Elle couvre tout ou une partie des
risques liés à la maladie, à la maternité et aux accidents de la vie privée et
professionnelle, les maladies professionnelles et les invalidités.
Ainsi, au Maroc le système de base obligatoire est un système contributif qui
couvre presque 10,7 millions de personnes. Celui-ci est géré par la CNSS pour
le secteur privé, les indépendants et professions libérales, et par la CNOPS pour
les fonctionnaires de l’administration publique. Toutefois, même en incluant
l’AMO-étudiant, seuls 36% de la population sont couverts. En outre,
concernant le paiement des prestations, le reste à payer reste élevé, ce qui va à
l’encontre du principe de solidarité, de mutualisation et d’unification, affirmé
par la loi 65-00 sur la couverture médicale de base. A ceci s’ajoute la lenteur du
processus d’adhésion des entreprises qui étaient exonérées dans un premier
temps, et qui avaient contracté des contrats d’assurance maladie privés pour
couvrir leurs travailleurs. Par ailleurs, l’expansion de l’assurance maladie pour
les indépendants avance très lentement et accuse des retards.

En fait, l'une des premières actions suite à l'approbation de la loi cadre est
portée sur l'activation de l'AMO de base pour la catégorie des professionnels et
travailleurs indépendants et personnes non-salariés tels les personnes qui
exercent une activité libérale assujettis à l'IR, selon le régime de la contribution
professionnelle unique.

L'action se poursuivra, en parallèle, pour faire bénéficier d'autres catégories


tels que agriculteurs, commerçants, et artisans de l'AMO, faisant observer que
des mesures seront prises sur les plan législatif, réglementaire, financier et
technique pour permettre aux catégories pauvres et précaires adhérentes au
RAMED de bénéficier de l'AMO à partir de l'année 2022.

Il est à noter qu’en plus d’un système contributif, on trouve un Système non-
contributif qui est le RAMED un programme d’assistance médicale déployé en
faveur des populations démunies. Il vise à combler les insuffisances de l’AMO
en termes de couverture, et a permis de couvrir près de 10 millions de
personnes supplémentaires. Le RAMED, accessible gratuitement, offre une
couverture des services de santé inferieure, à condition de respecter la filière
de soins qui doit commencer au centre de santé de rattachement et se
terminer, éventuellement, par le centre hospitalier universitaire (CHU). Même
si ce régime comporte certaines insuffisances qui affectent son
fonctionnement, il affiche un degré de progressivité plus élevé que les autres
régimes d’assurance maladie. Le système non contributif comporte aussi l’AMO
pour les étudiants inscrits dans les établissements universitaires publics.
Face à cette insuffisance, le programme national actuel vise à protéger la
catégorie vulnérables des risques de maladie, c’est ainsi que 11 millions sont
adhérents aux Régime d’Assistance Médicale « RAMED » bénéficieront du
régime de l'assurance maladie obligatoire avec les mêmes services et panier de
soins dont bénéficient actuellement les salariés du secteur privé. Il est à noter
que l'Etat prendra en charge les frais d’abonnement des 11 millions
bénéficiaires de l'actuel régime d'assistance médicale « RAMED » 3.

La protection des enfants et l’octroi de subventions aux familles non


couvertes :

La Déclaration affirme que la maternité et l'enfance ont droit à une aide et à


une assistance spéciale et que tous les enfants doivent jouir de la même
protection sociale sans discrimination. Le Pacte international relatif aux droits
économiques, sociaux et culturels de 1966 réaffirme le droit à la protection
sociale et met en exergue le besoin d’accorder une protection et une assistance
aussi larges que possible à la famille particulièrement quand qu’elle a la
responsabilité et la charge de l'entretien et de l'éducation des enfants. Le Pacte
prévoit aussi une protection spéciale aux mères pendant une période de temps
raisonnable avant et après la naissance des enfants ainsi qu’un congé payé ou
un congé accompagné de prestations de sécurité sociale adéquates pour les
mères salariées.
3
Exposé de Monsieur le Ministre de l’Economie, des Finances et de la Réforme de l’Administration devant la
Chambre des Conseillers en session plénière Mardi 9 mars 2021.
Dans ce sens, le Maroc dispose d’un système d’octroi d’allocations familiales
accordées aux salariés formels du secteur privé et salariés du secteur public,
excluant les indépendants. Ainsi que des programmes des transferts
monétaires ou en nature pour les femmes et enfants tel que : le programme
Taissir ; DAAM ; Dar talib et Dar taliba…

Cependant, la nouveauté apportée par le programme national de sécurité


sociale vise à unifier et combler les déficits de plusieurs systèmes et
programmes fragmentés et éparpillés. L’importante mesure adoptée par la loi
cadre envisage que tous les ménages, en particulier les plus démunis ou ceux
en situation de vulnérabilité, qu’ils aient ou non des enfants, bénéficieront
d’une compensation pour se prémunir contre les risques de l’enfance ou d’une
indemnité forfaitaire, et ce par le biais d’un ciblage plus efficace en adoptant le
Registre Social Unique.

La protection de la vieillesse :

La protection sociale des personnes âgées, connais des défis à savoir, le faible
taux de couverture des régimes de retraite, problème de non déclaration et de
sous-déclaration, notamment dans le secteur agricole, défis de mis en œuvre
de la retraite pour les indépendants et les non-salariés.

Suite à ce constat, la loi-cadre prévoit l’élargissement de la base des adhérents


au système de retraite pour y intégrer les personnes qui travaillent et qui ne
bénéficient d'aucune pension, à travers l’accélération du rythme de la mise en
œuvre du système de retraite pour les catégories des professionnels, des
travailleurs indépendants et des personnes non salariées exerçant une activité
libérale, une opération qui est en cours d’exécution en attendant son
application pour la catégorie faisant partie du système non contributif.

La protection des risques de perte d’emploi :


Sert comme principal garde-fou contre le risque de chômage. Elle dépend
d’une durée minimale de contribution et de conditions d’accès très strictes
pour une allocation mensuelle pour six mois, ainsi que la possibilité de
participer à des programmes de formation professionnelle.

Ceci sera conjugué à la généralisation de l’accès à l’indemnité pour perte


d’emploi pour inclure toute personne ayant un emploi permanent, en
simplifiant les conditions requises pour bénéficier de cette compensation et en
élargissant son utilisation.

Toutefois, aucun texte de loi relatif à la mise en œuvre de la protection des


risques de perte d’emploi, n’a été décrété.

Par ailleurs, il serait judicieux de signaler que ces objectifs, qui encadrent le
programme de la généralisation de la protection sociale, sont conçus à partir de
quatre principes fondamentaux, tels qu’ils sont édictés par la loi-cadre :

La solidarité : un principe fondamental de la sécurité sociale, au Maroc au


lendemain de l’indépendance la protection sociale a introduit des mécanismes
précieux de solidarité entre les générations et en leur sein tout en soulageant
les finances publiques et les familles de la prise en charge des prestations
fournies par les régimes en question à leurs assurés et leurs ayants-droits.

La non-discrimination: désigne que tous les citoyens sont égaux, et qu’ils ont le
droit d’accès à des prestations, en espèces ou en nature, et de continuer à en
bénéficier, sans discrimination, ce principe trouve ces fondements dans les
Convention internationales; et le préambule de la constitution marocaine
notamment l’article 31 « L’État, les établissements publics et les collectivités
territoriales œuvrent à la mobilisation de tous les moyens à disposition pour
faciliter l’égal accès des citoyennes et des citoyens aux conditions leur
permettant de jouir des droits :- aux soins de santé ;- à la protection sociale, à
la couverture médicale et à la solidarité mutualiste ou organisée par l’État ».

L’anticipation : est la planification à moyen et long termes de l’évolution des


dépenses en matière de protection sociale, ce principe repose sur une
évaluation périodique des impacts des interventions des différentes parties
prenantes.

Le concept d'anticipation devient un enjeu essentiel pour les structures


publiques et privées afin de réduire les conséquences de ces changements à
long terme, mais aussi à court terme. L'anticipation cherche en effet à sortir
d'une crise le plus rapidement possible ou à reprendre ou poursuivre une
activité quelconque.

L’implication : un principe primordial de la réussite des projets de la protection


sociale, cette réussite est tributaire de la forte implication de toutes les forces
vives de la Nation, sans exception, et en faisant preuve de patriotisme et de
responsabilité individuelle et collective. C’est donc un engagement de
l’ensemble des intervenants au niveau des politiques, stratégies et
programmes relatifs à la protection sociale.

«La responsabilité, le succès doit être partagé ; il est l’affaire de tous, de


chacun de nous, ou il n’est pas»4, comme l’a confirmé Sa Majesté le Roi dans
son discours à l’occasion de l’ouverture de l’année législative 2020/2021.

2. L’élargissement du public ciblé :

La loi-cadre n°09.21 relatif à la protection sociale, adoptée le parlement, est un


texte élaboré en application des Hautes Orientations royales et qui représente
une révolution sociale au Maroc, il vise principalement à protéger les
catégories pauvres et vulnérables, ainsi que les familles à revenu limité contre
les dangers relatifs à l'enfance, la maladie, la vieillesse et la perte d'emploi.

Ceci dit, le programme national aura pour but comme déjà préciser la
généralisation de la protection sociale, il doit permettre dans un premier temps
d’étendre la couverture médicale obligatoire dès 2022, « de sorte que 22
millions de bénéficiaires additionnels accèdent à l’Assurance maladie de base ».

Trois conventions-cadres portant sur la généralisation de l’AMO au profit de la


catégorie des professionnels, travailleurs indépendants et personnes non-
salariées exerçant une activité privée ont été signées à l’occasion du lancement
officiel de ce chantier. La première convention-cadre porte sur la généralisation
de l’assurance maladie obligatoire de base au profit des commerçants,
artisans, professionnels et prestataires indépendants soumis au régime de
contribution professionnelle unique, au régime de l’auto-entrepreneur ou au
régime de la comptabilité, qui concerne plus de 800.000 adhérents. La
deuxième porte sur la généralisation de l’assurance maladie obligatoire de base
au profit des artisans et professionnels de l’artisanat (environ 500.000
adhérents). La troisième concerne la généralisation de l’assurance maladie
obligatoire de base au profit des agriculteurs (environ 1,6 million d’adhérents)5.

4
Discours royal à l’occasion de l’ouverture de l’année législative 2020/2021
5
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marche
Ces conventions, ont été concrétisées par la promulgation des décrets
permettant la mise en place de cette partie du programme national de sécurité
sociale, à savoir l’AMO au profit des catégories susmentionnées6.

Par ailleurs, projet de la loi de finance 2022 a tracé la voie de la mise en place
du chantier de la généralisation de la protection sociale. Dans ce sens, l’année
2022 marquera le lancement de la deuxième étape de la généralisation de
l’accès à l’assurance de maladie obligatoire, à travers l’élargissement de la
population bénéficiaire aux catégories vulnérables, bénéficiant actuellement du
régime d’assistance médicale (RAMED).

L’étape suivante, selon le Souverain, sera la généralisation des allocations


familiales « qui bénéficieront ainsi à près de sept millions d’enfants en âge de
scolarité, au profit de trois millions de familles ». À partir de 2023 l’exécutif
veillera à accélérer la concrétisation du Registre social unique (RSU), dont la
finalité est de rassembler des informations socio-économiques recueillies
auprès des individus et des ménages afin d’identifier ceux qui remplissent les
conditions pour recevoir des prestations sociale 7, pour assurer plus
d’effectivité.

La troisième étape consistera en l’élargissement de la base d’adhérents au


système de retraite « en y incorporant environ cinq millions de Marocains
parmi la population active non titulaire d’un droit à une pension ».

Enfin, la dernière étape concernera la généralisation de l’accès à l’indemnité


pour perte d’emploi au profit des Marocains ayant un emploi régulier.

II- Les défis de financement et de régulation

Le projet de loi-cadre sur la protection sociale vient donc pour définir les
principaux objectifs du travail de l’Etat dans le domaine de la protection
social ainsi que les principes fondateurs et les mécanismes nécessaires pour
l’atteinte de ces objectifs notamment en matière de financement et de
gouvernance.

6
BO n°7043-bis publié le 30/11/2021
7
Larabi Jaidi, Le Registre social unique Enjeux et défis, PP-20/21
1. De nouveaux mécanismes de financements :

Selon le texte approuvé en Conseil des ministres, l’intégration des ramédistes


dans le régime AMO est actée.
Ainsi, le texte avance que la généralisation de l’assurance maladie passe d’une
part par l’intégration à l’AMO des personnes vulnérables bénéficiant
actuellement du Ramed et d’autre part, il passe par l’opérationnalisation
complète de l’AMO des travailleurs non-salariés pour qu’il englobe l’ensemble
des catégories concernées en adoptant les mécanismes nécessaires à cela,
notamment la simplification des procédures de paiement et de prélèvement
des cotisations.
Pour atteindre l’objectif de la généralisation de l’AMO, les autorités publiques
s’engagent à réformer le système national de santé et le réhabiliter.

Ainsi La généralisation des allocations familiales, quant à elle, repose sur trois
actions à savoir La réforme des programmes d’aides, relatifs à la protection de
l’enfance en vigueur (Tayssir,…) dans le sens de les regrouper et les généraliser
selon des critères d’éligibilité précis, La réforme progressive de la caisse de
compensation avec l’objectif de consacrer les marges budgétaires dégagées
grâce à la décompensation progressive pour financer les allocations familiales,
et L’adoption du registre social unique (RSU) comme outil pour un meilleur
ciblage des catégories sociales éligibles aux aides.

L’ensemble de ces réformes nécessite une importante enveloppe de


financement estimée à presque 14 MMDH rien que pour 2021 et 2022 dont 5,4
MMDH financés dans le cadre du système contributif et 8,5 MMDH financés
par l’Etat. Le point le plus critique étant le transfert des Ramédistes au régime
AMO et son impact sur l’équilibre du régime dans son ensemble.

La question qui se posait était de savoir qui assumerait le financement de la


couverture sociale de cette catégorie qui n’a pas le moyen de cotiser.

L’Etat opte pour un système hybride : un régime assurantiel avec une logique
subventionnelle où l’Etat assume en totalité ou en partie les cotisations de
cette population. C’est ce que détaille le projet de loi-cadre dans la partie
consacrée aux mécanismes de financement. Dans son article 11, le projet de
loi-cadre dispose la généralisation de la protection sociale repose sur deux
mécanismes de financement : un mécanisme basé sur l’affiliation pour les
personnes capables de cotiser dans le financement de la protection sociale et
un mécanisme basé sur la solidarité en faveur des personnes n’ayant pas la
capacité de supporter les droits d’affiliation8.
Dans le détail, le mécanisme d’affiliation consiste « en le paiement à l’avance
des droits d’affiliation par les assurés ou par des tiers en leur faveur, Il s’agit
des cotisations dues en application des textes législatifs en vigueur et des droits
complémentaires appliqués par l’Etat sur certaines catégories professionnelles,
dans le cadre du régime de la Cotisation Professionnelle Unique.
En ce qui concerne le second mécanisme basé sur la solidarité qui accorde le
droit aux personnes n’ayant pas la capacité de cotiser de bénéficier de l’AMO
et des allocations familiales, le projet de loi-cadre dispose dans son article 13
que ce mécanisme repose sur le paiement à l’avance des droits par l’Etat en
faveur de cette catégorie.
Les sources de financement qui seront utilisées par l’Etat sont : la part réservée
du budget de l’Etat, les recettes fiscales réservées au financement de la
protection sociale, les ressources disponibles suite à la réforme de la
compensation, les dons et Legs, toutes les autres ressources qui peuvent être
mobilisées en vertu de textes législatifs ou réglementaires.

2. Une nécessité d’une bonne gouvernance :

Le projet de loi-cadre sur la protection sociale réserve les articles 15 et 16 aux


dispositions relatives à la gouvernance.
Ainsi, le législateur incombe aux autorités publiques la responsabilité de
prendre l’ensemble des mesures nécessaire pour mettre en place un cadre de
gouvernance permettant l’harmonisation des différents régimes de la
protection sociale, notamment par l’adoption d’une instance unifiée pour la
gestion de ces régimes.
En effet, le gouvernement a mis en place une instance de pilotage qui permet
de suivre l’exécution de la réforme et d’organiser les interventions des

8
https://medias24.com/2021/02/12/generalisation-de-la-protection-sociale-le-detail-du-projet-de-loi-cadre/
différentes parties prenantes. Il s’agit de la commission ministérielle chargée
du pilotage de la réforme du système de la protection sociale.

Dans ce sens, la bonne gouvernance se manifeste par :

_ L'élaboration une stratégie nationale, consacrée par une loi-cadre, issue d’un
dialogue social mené à l’échelon national, et donnant lieu à un pacte de
génération, visant à fixer un équilibre clair et dynamique entre les besoins de
protection sociale du pays et les ressources nationales9.

_ Etablir un budget social de la nation, annexé à la loi de finance, soumis au


contrôle démocratique et au vote des deux chambres du parlement, après
consultation des partenaires sociaux et avis du CESE.

_Réformer la gouvernance de l’ACAPS, pour en renforcer l’indépendance et


modifier la composition de sa Commission de discipline afin de la limiter à des
personnalités qualifiées, désignées intuitu personae, sans lien de
représentation ou d’intérêt avec les organismes sous son contrôle.

_ Garantir la participation active des partenaires sociaux (employeurs et


travailleurs), dans l’ensemble des organismes de protection sociale et y
favoriser l’expression des représentants des assurés sociaux.

_Responsabiliser explicitement l’ensemble des conseils d’administration et des


autorités de tutelle sur le contrôle de l’efficacité des régimes en termes de
niveau de protection par rapport aux objectifs définis par la législation, de la
pérennité en termes financiers et économiques, de transparence dans
l’utilisation des ressources, et sur l’identification et la gestion des risques.

_ Responsabiliser les conseils d’administration en matière de surveillance des


actes de direction tout en veillant à prévenir rigoureusement l’ingérence des
conseils et de leurs membres dans les actes de gestion des organismes ;

_ Rationaliser la gouvernance de la CNOPS en séparant les structures et les


missions de gestion du régime d’assurance maladie de base des structures et
des missions de gestion des régimes mutualistes complémentaires et du régime
des étudiants.

9
Rapport du Conseil Economique, Social et Environnemental, La protection sociale au Maroc Revue, bilan et
renforcement des systèmes de sécurité et d’assistance sociales.
_ Restaurer et respecter les prérogatives de l’Agence Nationale de l’Assurance
Maladie (ANAM) dont la mission (article 59 de la loi 65-00) est d’assurer
l’encadrement technique et veiller à la mise en place des outils de régulation
de l’AMO et de veiller à la mise en place des outils de régulation du système ;

_ Mettre en place un système national d’information intégré en matière de


protection sociale, articulé autour de l’adoption d’un identifiant social national,
permettant la convergence des systèmes d’information de la protection sociale
et la dématérialisation des flux.

_ Créer un système de formation et d’études supérieures dans le domaine de la


protection sociale en général et dans celui de la couverture médicale de base
en particulier pour la formation de compétences en gestion et gouvernance des
régimes de protection sociale ;

_ Développer des campagnes publiques d’informations sur les droits à la


protection sociale et sur les conditions et les modalités d’accès aux prestations
des différents régimes avec mise en exergue des voies de recours à la
disposition des assurés et des ayants droits.

Conclusion :

Certes, le programme national de protection sociale est un programme


ambitieux qui vise la généralisation et l’unification du système de la protection
sociale, un système de protection sociale intégré qui protégerait tous les
citoyennes et citoyens et résidents du Royaume, en général, et les groupes
vulnérables, en particulier, contre les risques sociaux, à garantir la protection
de la classe ouvrière et de ses droits, ainsi qu’un tournant décisif sur la voie de
la réalisation du développement équilibré et de la justice sociale et spatiale.

Cependant, il faut s’interroger sur la performance du système sanitaire, et sa


capacité à accueillir une importante population. En plus et il capable de formé
des ressources humaines nécessaires et de mettre en place des
infrastructures ?
Une autre question s’impose au niveau de l’application de la protection de la
vieillesse : La loi cadre est-elle capable de remédier les insuffisances que
connait le système et de régénérer un système plus sécurisé et sécurisant ?

 Bibliographie :

111:‫ ص‬،1987 ‫ طبعة‬،‫ مطبعة النجاح الجديدة‬،‫ القانون اإلجتماعي‬:‫موسى عبود‬

Larabi Jaidi, Le Registre social unique Enjeux et défis,PP-20/21

La protection sociale au Maroc : les enjeux d’un chantier hors norme, 15 mai -
15 juin 2021 - Conjoncture N° 1036 – 23

Rapport du Conseil Economique, Social et Environnemental, La protection


sociale au Maroc Revue, bilan et renforcement des systèmes de sécurité et
d’assistance sociale.

HAUT-COMMISSARIAT AU PLAN PROSPECTIVE « MAROC 2030 »

 Webographie :

https://www.finances.gov.ma/ar/Pages/%D9%85%D8%B3%D8%AA%D8%AC
%D8%AF%D8%A9.aspx?fiche=5426

https://www.finances.gov.ma/fr/Pages/detail-actualite.aspx?fiche=5427

https://social.gov.ma/politique-publique-de-protection-sociale/

https://fnh.ma/article/actualite-financiere-maroc/generalisation-de-la-
protection-sociale-une-revolution-en-marche

https://medias24.com/2021/02/12/generalisation-de-la-protection-sociale-le-
detail-du-projet-de-loi-cadre/

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