Eglise Du Silence Torturee Pour Le Christ
Eglise Du Silence Torturee Pour Le Christ
Richard Wurmbrand
© Reproduction autorisée, pourvu qu’elle soit gratuite, et que les sources soient indiquées
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Table des matières
Profil biographique
Introduction
III Libération
V L’église du silence
VI L’iceberg
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Profil biographique
Après quoi il fut transféré dans une cellule commune pendant cinq années durant
lesquelles la torture ne lui fut pas épargnée.
Au bout de huit ans, il fut relâché et reprit bientôt son apostolat dans l’Église
Clandestine. Deux ans plus tard, en 1959, il fut arrêté de nouveau et condamné à 25
ans de prison.
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politiques. Le « prix de base » était de 10 000 francs (1969). Richard Wurmbrand fut
payé 30 000 francs.
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Introduction
Cette Église, dont j’étais l’un des dirigeants, a décidé que je ferais tout mon possible
pour rejoindre le monde libre et vous délivrer ce message pressant. Par un miracle
extraordinaire qui va vous être raconté, j’ai pu survivre et l’atteindre, le monde libre.
Dans ce livre, j’accomplis la mission dont m’a chargé la fidèle Église qui souffre dans
les pays communistes.
Pour que ce message retienne votre pleine attention et vous presse d’agir, je donne
d’abord mon témoignage : il vous expose le travail qu’accomplit l’Église Clandestine.
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I. Un athée découvre le Christ
Orphelin de très bonne heure, privé de toute éducation religieuse, j’ai grandi dans
l’amertume et la pauvreté pendant les années difficiles de la première guerre mondiale.
Bref, à quatorze ans j’étais un athée déjà endurci, un sans-Dieu aussi convaincu que le
sont aujourd’hui les communistes.
Les livres que je lisais n’étaient certes pas de ceux qui pouvaient me donner la foi au
Christ ou en un Dieu quelconque. C’étaient là des notions que je haïssais comme
nuisibles à l’esprit humain. Et mon hostilité envers la religion croissait de plus en plus.
Mais, sans que j’y fusse absolument pour rien, car j’avais un détestable caractère, Dieu
me faisait — je l’ai compris plus tard — la grâce d’être de ceux qu’Il choisit pour
d’incompréhensibles raisons.
En dépit de mon athéisme, quelque chose d’inconscient m’attirait toujours vers les
églises. Il m’était difficile de passer près d’un de ces édifices sans y entrer. Et pourtant
je ne comprenais jamais rien à ce qui s’y passait. Les sermons que j’y entendais
n’éveillaient aucun écho dans mon cœur.
Mais si je détestais la fausse notion de Dieu que j’avais dans l’esprit, j’aurais aimé être
sûr qu’il existait quelque part, au centre de l’univers, un cœur aimant. Parce que j’avais
été trop privé des joies de l’enfance et de l’adolescence, je désirais ardemment qu’un
cœur plein d’amour battit aussi pour moi.
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Je vous salue, Marie, pleine de grâce ». Le regard fixé sur une statue de la Vierge
Marie, je répétai ces mots, encore et encore.
Et puis, un autre jour, moi, l’athée endurci, je me mis à prier Dieu. Voici à peu près en
quels termes : « Dieu, je suis sûr que tu n’existes pas. Si, par hasard, tu existes, ce que
je nie, ce n’est pas mon devoir de croire en toi. C’est toi, au contraire, qui as le devoir
de te révéler à moi ». L’athéisme ne me donnait pas la paix du cœur.
Souvent déjà j’avais lu la Bible par simple intérêt culturel. Mais celle qu’il me donna était
d’une autre sorte. Il me le dit par la suite : pendant des heures lui et sa femme priaient
pour ma conversion et celle de ma femme. Aussi, plutôt qu’en caractères d’imprimerie,
sa Bible était écrite en flammes d’amour allumées par ses prières. À peine pouvais-je la
lire ; je pleurais dessus en comparant ma triste existence à celle de Jésus, mon
impureté à la pureté de Jésus, ma haine à l’amour de Jésus. Et Jésus m’accepta parmi
les siens.
Peu après ma femme se convertit, elle aussi. Elle amena au Christ d’autres âmes qui, à
leur tour, en entraînèrent d’autres et c’est ainsi que naquit en Roumanie une nouvelle
communauté luthérienne.
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Vint alors le temps des Nazis, et nous eûmes beaucoup à souffrir. En Roumanie le
nazisme prit la forme d’une dictature entre les mains d’éléments orthodoxes extrémistes
qui persécutèrent aussi bien les Protestants que les Juifs.
Plusieurs fois, ma femme et moi, nous fûmes arrêtés, battus, traînés devant les juges
nazis. Pour lui éviter la mort, il nous fallut donner à mon fils Mihaï (Michel) un autre
prénom sans consonance juive.
Mais, pour grande qu’elle fût, la terreur nazie n’était qu’un avant-goût de ce qui devait
nous arriver sous les communistes.
Cette époque nous fut pourtant avantageuse. Elle nous apprit que nous pouvions
supporter d’être battus et qu’avec le secours de la grâce de Dieu l’esprit humain est
capable de surmonter d’affreuses tortures. Elle nous apprit la technique de l’apostolat
chrétien clandestin et nous prépara ainsi à des éventualités pires — et justement très
proches.
Poussé par le remords d’avoir vécu en athée, je désirais, depuis le premier jour de ma
conversion, porter témoignage auprès des Russes. C’est un peuple qui, dès l’enfance,
est plongé dans l’athéisme. Mon désir de l’atteindre allait être exaucé, et cela justement
pendant l’occupation nazie, qui encombra la Roumanie de milliers de prisonniers de
guerre russes parmi lesquels nous pûmes nous livrer à l’apostolat chrétien.
Des larmes roulèrent sur mes joues, et je me sentis comme si mon cœur allait se briser
en morceaux. J’avais donc devant moi un homme dont la volonté était annihilée, un
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homme qui avait perdu le plus riche présent de Dieu à l’humanité : la grâce de la
personnalité. Le lavage de cerveau avait fait de lui un outil aux mains des communistes,
prêt à croire ou à nier sur ordre. Il n’avait plus de pensée personnelle ; c’était le Russe
typique fabriqué par toutes ces années de domination marxiste. Après le choc que me
produisit cette constatation des résultats du communisme sur des êtres humains, je
promis à Dieu de vouer ma vie à ces hommes-là, de manière à leur rendre leur
personnalité et à leur insuffler la foi au Christ et à son Père.
Et pour les atteindre je n’eus pas besoin d’aller en Russie. Le 23 août 1944, un million
d’hommes de l’armée russe pénétrèrent en Roumanie, où, peu après, les communistes
prirent le pouvoir. Alors commença un cauchemar au regard de quoi les souffrances
endurées sous les nazis allaient nous paraître légères.
Les hommes sont responsables devant Dieu non seulement de leurs péchés
personnels, mais aussi des péchés nationaux. De la tragique captivité de tant de
peuples la responsabilité pèse sur les cœurs des chrétiens d’Amérique et d’Angleterre.
Il importe que les Américains sachent bien qu’ils ont — inconsciemment parfois — aidé
les Russes à nous imposer leur régime de terreur et d’assassinat.
Il faut qu’ils réparent en aidant les peuples captifs à venir à la lumière du Christ.
Une fois au pouvoir, les communistes usèrent envers l’Église d’habiles moyens de
séduction. Le langage de l’amoureux est le même que celui du séducteur. Celui qui
désire une fille pour la vie et celui qui la veut seulement pour une nuit et la rejettera le
lendemain disent tous les deux : « Je t’aime ». Jésus nous a appris à distinguer le
langage de l’amour de celui de la séduction et à reconnaître les loups sous les peaux
de brebis qui les déguisent.
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Des milliers de prêtres, de pasteurs et de desservants ne surent pas distinguer ces
deux langages quand les communistes prirent le pouvoir.
Soudain elle me dit : « Debout, Richard ! Ils ont craché au visage du Christ. Lave cette
honte » !
Alors je me levai et je pris la parole pour louer, non pas les assassins des chrétiens,
mais le Christ-Dieu à qui, dis-je, est due d’abord notre fidélité. Les discours du Congrès
étant diffusés, tout le pays put entendre le message du Christ proclamé du haut de la
tribune du Parlement communiste. Il me fallut plus tard payer cette audace, mais cela
en valait la peine.
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Les vrais Baptistes, que j’aime beaucoup, n’étaient certes pas d’accord ; ils restaient
fidèles au Christ et souffraient profondément. Mais leurs nouveaux dirigeants étaient
nommés par les communistes, et non plus par eux, qui ne pouvaient plus que les subir.
C’est d’ailleurs ce qui se passe encore aujourd’hui dans les hautes sphères religieuses.
Et bientôt, les renégats qui avaient abandonné le service du Christ pour celui du
communisme dénoncèrent ceux de leurs frères qui ne se joignaient pas à eux.
Après la Révolution russe, les chrétiens de Russie avaient créé une Église Clandestine.
L’arrivée au pouvoir du communisme et la trahison de nombreux dirigeants
ecclésiastiques nous incitèrent à créer de même en Roumanie une Église Clandestine 1
fidèle à prêcher l’Évangile et à élever les enfants pour le Christ, car les communistes
interdisaient cet apostolat, et l’Église officielle se taisait.
Avec d’autres, j’entrepris donc ce travail souterrain. La position sociale tout à fait
respectable que j’occupais et qui n’avait rien de commun avec une tâche de ce genre
me servait de couverture.
Prêcher l’Évangile à des Russes, c’est pour moi le ciel sur la terre. J’ai parlé à des gens
de diverses nations, mais je n’ai jamais vu un peuple assoiffé de l’Évangile comme
celui-là.
Un jour, un prêtre orthodoxe de mes amis nie téléphona qu’un officier russe voulait me
voir pour se confesser ; ne connaissant pas le russe et sachant que je le parlais, ce
prêtre avait donné mon adresse.
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Le lendemain, l’officier vint chez moi. Il aimait Dieu, il le désirait, mais n’avait jamais
ouvert une Bible, ni assisté à un office religieux (en Russie, très rares sont les églises),
ni reçu d’éducation religieuse.
Je lui lus d’abord le Sermon sur la montagne et les paraboles. Il écouta attentivement
puis se mit à danser de joie autour de la pièce en proclamant : « Comme c’est beau !
Comment ai-je pu vivre sans le connaître, ce Christ ? » C’était la première fois que je
voyais quelqu’un pareillement ravi par Jésus.
Mais je commis une gaffe. Sans l’y avoir préparé, je lus à cet homme la Passion et la
Crucifixion.
Apprenant brusquement que le Christ a été flagellé, crucifié et mis à mort, il tomba dans
un fauteuil et se mit à pleurer abondamment. Il venait d’entrevoir un Sauveur et ce
Sauveur n’était plus.
Il ne savait pas non plus que son Sauveur était sorti vivant du sépulcre. À cette nouvelle
étonnante, il se tapa sur les genoux et proféra un juron tout à fait ordurier mais qui, je le
crois, méritait assez le « sacré » par quoi il commençait. Après tout, cette grossièreté n’
était-elle pas l’habituelle manière de parler de cet homme ? Redevenu joyeux, mon
Russe s’écria : « Il est vivant ! Il est vivant » ! Et de nouveau bondissant d’allégresse, il
se mit à danser autour de la chambre. « Prions » ! lui dis-je. Il ne connaissait pas de
prière, il ignorait nos phrases pieuses. Il tomba à genoux en même temps que moi et
prononça ces mots : « Ô Dieu, quel chic type vous êtes ! Si j’étais vous et si vous étiez
moi, jamais je ne vous aurais pardonné vos fautes. Mais vous, vous êtes vraiment un
chic type. Je vous aime de tout mon cœur ».
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À mon avis, tous les anges du ciel durent s’immobiliser et se demander ce qu’ils
devaient penser de cette prière sublime sur les lèvres d’un officier russe. En tout cas,
celui-ci venait d’être gagné au Christ.
Dans une boutique, un autre jour, je rencontrai deux autres Russes, un capitaine et une
femme-officier, en train de marchander différents objets.
Comme ils s’entendaient difficilement avec le commerçant qui ne comprenait pas leur
langue, je m’offris à leur servir d’interprète, nous fîmes connaissance et je les invitai à
déjeuner chez moi.
Au début du repas, je leur dis : « Vous êtes ici dans une maison chrétienne où l’on a
l’habitude de bénir la table ». Je dis une prière en russe. Ils posèrent fourchettes et
couteaux et, se désintéressant de la nourriture, ils m’accablèrent de questions sur Dieu,
le Christ et la Bible, dont ils ignoraient tout.
La conversation ne fut pas facile. Je leur racontai la parabole de l’homme qui possédait
cent brebis et en avait perdu une. Ne la comprenant pas, ils me demandèrent : «
Comment cet homme pouvait-il être propriétaire de cent brebis ? Il n’y avait donc pas
de ferme collective communiste ? » Je leur dis ensuite que Jésus est Roi. Ils ripostèrent
: « Tous les rois furent de mauvaises gens qui tyrannisaient les peuples. Jésus fut donc
aussi un tyran ». Quand je leur eus raconté la parabole des ouvriers de la vigne, ils
dirent : « C’est bien fait ! Ils ont eu raison de se révolter contre cet accapareur ; son
vignoble devait appartenir à la collectivité ». Tout leur était nouveau. La naissance de
Jésus leur inspira ce mot qui, dans la bouche d’un occidental, eût été blasphème : «
Marie était donc la femme de Dieu ? »
Et cette discussion, comme beaucoup d’autres, m’apprit que pour prêcher l’Évangile
aux Russes, il faut employer un langage entièrement renouvelé.
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Le capitaine et la femme officier se convertirent ce même jour. Et pour notre apostolat
parmi les Russes leur aide nous fut ensuite très utile.
Nous ne nous contentions pas de ces contacts individuels. Nous pûmes tout aussi bien
travailler en petites réunions de groupes.
Les Russes étaient grands amateurs de montres. Ils en volaient à tout le monde. Ils
arrêtaient les passants dans les rues pour s’en faire donner. On rencontrait des soldats
avec à chaque bras plusieurs bracelets-montres et des femmes officiers qui portaient
un réveil en sautoir autour du cou. N’en ayant jamais vu jusqu’alors, ils n’en avaient
jamais assez. Quand des Roumains désiraient se procurer une montre, ils n’avaient
qu’à se rendre dans les baraquements de l’armée soviétique pour en acheter une,
laquelle était souvent celle qui leur avait été volée. On voyait donc fréquemment des
Roumains entrer dans les cantonnements russes. Et cela nous fournissait, à nous de
l’Église Clandestine, d’excellents prétextes pour pénétrer chez les occupants.
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cette troisième ». Plusieurs soldats se rassemblèrent autour de moi et chacun m’offrait
quelque chose à acheter. En riant, je dis : « Quelqu’un d’entre vous se nomme-t-il
Pierre ou Paul ? » « Oui, » s’écrièrent plusieurs. J’enchaînai : « Savez-vous
qu’aujourd’hui l’Église Orthodoxe fête saint Pierre et saint Paul ? » Quelques-uns des
plus âgés le savaient… « Savez-vous qui étaient saint Pierre et saint Paul ? » Ils
l’ignoraient tous. Je me mis alors à parler des deux apôtres. L’un des plus vieux soldats
m’interrompit. « Vous n’êtes pas venus pour acheter une montre, mais pour nous parler
de la foi. Eh bien ! Asseyez-vous et parlez. Mais gare ! Il faut se méfier chez nous. Les
copains ici présents sont tous de braves garçons. Quand je vous toucherai le genou,
vous parlerez de montres. Quand j’enlèverai ma main, vous pourrez reprendre votre
discours.
Très souvent, je pus renouveler de ces visites-là, grâce à des soldats russes chrétiens,
dont beaucoup de camarades trouvèrent ainsi le Christ. Et de cette façon des milliers
d’Évangiles furent secrètement distribués. Cela valut à nombre de nos frères et sœurs
de l’Église Clandestine d’être surpris et cruellement sanctionnés ; mais aucun ne trahit
notre organisation.
Quelles belles âmes que celle de ces Russes chrétiens ! « Nous le savons, disaient-ils,
l’étoile frappée de la faucille et du marteau que nous portons sur nos casquettes est
l’étoile de l’antéchrist ». Et ils ne cachaient pas leur chagrin.
Leur aide nous fut très précieuse pour la diffusion de l’Évangile parmi les soldats
soviétiques. Ils avaient, je peux l’affirmer, toutes les vertus chrétiennes, sauf une : la
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joie. Celle-ci, une conversion pouvait seule la leur donner, et elle disparaissait aussitôt.
Cela m’étonnait beaucoup.
De même que beaucoup se croient chrétiens qui en réalité ne le sont pas, de même
beaucoup de Russes se croient athées et en fait ne le sont pas.
J’ai eu devant moi un couple de Russes, tous deux sculpteurs. Quand je leur parlai de
Dieu, ils me répondirent : « Non, Dieu n’existe pas. Nous sommes des « bezboshniki »
— des sans-Dieu. Mais il nous est arrivé quelque chose qui vous intéresse et que nous
allons vous raconter. Nous étions en train, — poursuivit l’homme, — de travailler à une
statue de Staline quand un jour ma femme me dit :
- Mon cher mari, que penses-tu de notre pouce ? S’il ne s’opposait pas à nos doigts, si
les doigts de nos mains étaient comme nos orteils, nous serions incapables de tenir
marteau, maillet, outil, livre ou morceau de pain. Sans ce petit pouce, impossible serait
la vie humaine. Alors, qui l’a inventé, ce pouce ? Nous avons tous deux appris dans les
écoles marxistes que le ciel et la terre n’ont pas été créés par un Dieu, qu’ils existent
par eux-mêmes, et nous le croyons. Mais ce Dieu qui n’a pas créé le ciel et la terre
aurait-il seulement créé le pouce qu’il faudrait lui rendre grâce rien que pour cette petite
invention. Nous honorons Édison, Bell et Stephenson parce qu’ils ont inventé l’ampoule
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électrique, le téléphone, le chemin de fer et autres merveilles. Alors, pourquoi pas
l’inventeur du pouce ? Si Édison n’avait pas eu de pouce, il n’aurait rien inventé. Il est
donc juste de remercier le Dieu qui a fabriqué ce doigt.
Comme il arrive souvent aux maris dont les épouses font preuve de bon sens, celui-ci
se mit en colère : « Assez de sottises ! Tu as appris qu’il n’y a pas de Dieu. Enfonce-toi
ça dans la tête une bonne fois pour toutes. Dans le ciel, il n’y a personne ».
— Voici quelque chose de plus étonnant encore, répliqua la femme. S’il y avait au ciel
ce Dieu tout puissant en qui nos ancêtres ont eu la stupidité de croire, il serait tout
naturel que nous ayons un pouce ; car un créateur tout puissant peut tout faire, y
compris ce doigt-là. Mais s’il n’y a personne au ciel, eh bien ! moi, je suis décidée à
remercier ce créateur du pouce qui s’appelle personne.
Peu à peu leur foi grandit et leur montra aussi en Lui le créateur des étoiles, des fleurs,
des enfants, de toutes les beautés d’ici-lias. Ainsi, dans Athènes autrefois, saint Paul
trouva-t-il des adorateurs d’un « Dieu inconnu ».
Comment définir la joie de ce couple lorsqu’il apprit de moi que sa foi était bien fondée,
qu’en réalité il n’y a dans le ciel Personne au sens matériel de ce mot, que Dieu est un
pur esprit 2: esprit d’amour, de sagesse, de vérité, de force. Et que ce Dieu-Personne
les aime d’un tel amour qu’il a envoyé son Fils unique se sacrifier pour eux sur la croix.
Voilà donc des gens qui croyaient en Dieu sans le savoir. Et j’ai eu le précieux privilège
de les faire avancer d’un pas dans la connaissance de la rédemption et du salut. Une
fois, croisant dans une rue une femme officier russe, je m’approchai d’elle et lui dis en
m’excusant :
- Je sais qu’il est impoli d’accoster une inconnue dans la rue, mais je suis pasteur et n’ai
pas de mauvaise intention. Je voudrais vous parler du Christ.
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Alors elle se jeta dans mes bras et m’embrassa plusieurs fois. Situation plutôt gênante
pour un ecclésiastique. Je lui rendis quand même ses baisers dans l’espoir que les
gens nous prendraient pour des parents.
Je la conduisis chez nous. Là, je découvris avec étonnement qu’elle ignorait tout du
Christ sauf le nom. Elle ignorait qu’il est le Sauveur et même ce que signifie le mot salut
; elle ignorait sa vie et sa mort, son enseignement, son ministère. Et pourtant elle
L’aimait. Curieux cas psychologique : comment peut-on aimer quelqu’un dont on ne
connaît que le nom ?
- Enfant, j’ai appris à lire d’après des images : un âne pour A, une boule pour B, un chat
pour C, et ainsi de suite. À l’école supérieure, on m’a appris que défendre la patrie
communiste est un devoir sacré, on m’a enseigné la morale communiste. Mais à quoi
cela ressemble-t-il, un devoir sacré, une règle morale ? Pour comprendre, il m’aurait
fallu des images. Depuis j’ai appris que nos ancêtres possédaient des images pour tout
ce qui est beau, digne et vrai dans la vie. Ma grand-mère s’inclinait toujours devant
certaine image et elle me disait : « C’est le portrait de quelqu’un qui s’appelait «
Christos ». J’aimais ce nom rien que pour lui-même. Il devin t pour moi comme un être
réel et il me suffisait de le prononcer pour me sentir toute joyeuse.
En écoutant cette femme, je me rappelais ce mot de Paul dans son épître aux
Philippiens : « Au nom de Jésus tout genou fléchira ». Il se peut que, pour un temps,
l’antéchrist efface de ce monde la connaissance de la Loi divine. Mais il y a dans le seul
nom du Christ une puissance qui suffira à mener à la Lumière.
Cette femme officier eut le bonheur de trouver le Christ chez nous, et maintenant Celui
dont elle aimait le Nom vit en personne dans son cœur.
Toutes mes rencontres avec des Russes étaient pleines de poésie et profondément
significatives.
Une de nos sœurs, qui distribuait des Évangiles, donna un jour mon adresse à un
officier. Il entra un matin chez moi. C’était un lieutenant, bel homme de haute taille.
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- Je viens chercher la lumière, répondit-il.
Comme je commençais à lui lire certains passages des plus essentiels de l’Écriture, il
posa sa main sur la mienne et dit :
- De grâce, je vous en supplie de tout mon cœur, ne me lancez pas sur un mauvais
chemin.
J’appartiens à un peuple que l’on maintient dans les ténèbres. Dites-moi, s’il vous plaît,
si ce que vous lisez est la vraie Parole de Dieu.
Je tiens pour tragique que cette terre de Russie et ses populations soient encore si
privées de la Parole de Dieu, dont elles ont une telle faim, alors qu’il semble qu’elle ait
été écrite d’un seul jet presque tout entière pour elles.
Dans un train, un officier russe s’était assis en face de moi. Je lui parlais du Christ
depuis quelques minutes, quand tout à coup il m’interrompit par un flot d’arguments
athées : des propos de Marx, Staline, Darwin, Voltaire ri d’antres citations anti-bibliques
coulaient de ses lèvres. Sans me laisser la possibilité de le contredire, il s’entêta à
parler pendant plus d’une heure pour me convaincre de l’inexistence de Dieu. Quand il
eut fini, je lui demandai simplement :
- S’il n’y a pas de Dieu, pourquoi priez-vous quand vous êtes dans la peine ?
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- C’est moi qui vous ai questionné le premier. Je vous ai demandé pourquoi vous priez.
Répondez-moi, s’il vous plaît.
- Au front, avoua-t-il en baissant la tête, quand les Allemands nous encerclaient, nous
priions tous.
Nous ne savions pas comment prier. Aussi nous disions : « Dieu et âme de ma mère ».
Voilà sûrement une excellente prière au regard de Celui qui sonde les cœurs !
Je me rappelle Piotr (Pierre). Nul ne sait en quelle prison soviétique il est mort. Qu’il
était jeune ! Vingt ans peut-être. Venu en Roumanie avec son régiment, il se convertit
au cours d’une réunion clandestine et me pria de le baptiser. Je lui demandai ensuite
quel verset de la Bible l’avait impressionné au point de le pousser à venir au Christ.
C’était — dans le chapitre 24 de saint Luc qu’il avait attentivement écouté — l’histoire
de la rencontre de Jésus et des deux disciples sur la route d’Emmaüs. Quand à la
tombée du jour, les trois voyageurs atteignirent le village, Jésus fit comme s’il voulait
continuer son chemin.
- Cette attitude m’étonna. Jésus désirait certainement demeurer avec ses disciples.
Pourquoi donc leur dit-il qu’il ne voulait pas s’arrêter ? Parce que — j’ai pensé — il
voulait s’assurer qu’il était vraiment désiré. Quand il vit qu’il serait le bienvenu, il entra
plein de joie dans l’auberge avec ses compagnons. Or, les communistes sont au
contraire malpolis ; c’est par effraction qu’ils pénètrent dans nos cœurs et nos cerveaux.
Du matin jusqu’au fort de la nuit, ils nous obligent à les écouter ; par l’école, la radio, la
presse, les affiches, les films, les meetings athées, où que vous vous trouviez, que cela
vous plaise ou non, perpétuellement vous entendez leur propagande athée. Jésus, lui,
respecte notre liberté. Il frappe gentiment à notre porte. C’est par sa politesse qu’Il m’a
conquis.
Après sa conversion, Piotr risqua maintes fois sa liberté et sa vie pour introduire en
fraude des textes chrétiens et des secours matériels pour l’Église Clandestine, de
Roumanie et de Russie. À la fin, il fut pris. Je sais qu’en 1959 il était toujours en prison.
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Est-il mort depuis ? Est-il déjà au ciel ou continue-t-il sur terre le bon combat ? Je
l’ignore.
Dieu le sait.
Infatigables et pleins d’audace pour le Christ, ils trouvaient toujours insuffisant ce qu’ils
pouvaient faire en faveur de Celui qui est mort pour eux.
Une autre de nos activités secrètes : l’apostolat missionnaire près des Roumains eux-
mêmes.
Bientôt les communistes mirent bas leurs masques. Après avoir d’abord essayé de la
séduction pour se concilier les dirigeants de l’Église, ils se servirent de la terreur. Les
arrestations se comptaient par milliers. Gagner une âme au Christ nous devint alors
aussi dangereux que ce l’était depuis longtemps en Russie.
Et ce fut mon tour. Je rejoignis en prison des âmes que Dieu m’avait fait la grâce
d’amener au Christ. Dans ma cellule se trouvait un père de six enfants emprisonné pour
sa foi. Sa femme et ses petits étaient privés de tout. Peut-être ne les reverrait-il plus. Je
lui demandai :
- Ne m’en voulez-vous pas de vous avoir amené au Christ et d’être ainsi la cause de
tant de misère pour les vôtres ?
Il me répondit :
- Je n’ai pas de mots pour vous remercier de m’avoir conduit à notre Sauveur bien-
aimé. Je ne voudrais pas qu’il en fût autrement.
On conçoit que, dans ces conditions, la terreur ne facilitait pas notre prédication. Nous
réussîmes à imprimer plusieurs brochures chrétiennes et à les faire passer à travers la
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sévère censure des communistes. On y voyait sur la première page un portrait de Karl
Marx, avec, pour titre : « La Religion est l’opium du peuple », ou quelque chose
d’analogue. Le censeur en concluait qu’il s’agissait de publications communistes et
appliquait son tampon. Les premières pages étaient faites d’extraits de Marx, de Lénine
et de Staline — à la grande satisfaction dudit censeur — mais la suite contenait le
message chrétien.
Clandestine, notre Église ne l’est que partiellement. Comme un iceberg, elle se laisse
voir en partie. Nous fréquentions les manifestations communistes et nous y distribuions
nos « brochures ». À la vue du portrait de Marx, les assistants se disputaient pour les
acheter. Quand ils arrivaient à la page 10 et s’apercevaient que la suite parlait de Dieu
et de Jésus, nous étions déjà loin.
Oui, certes, les nouvelles conditions de vie nous rendaient très difficile l’apostolat
auprès de nos compatriotes roumains. Les oppresseurs communistes prenaient tout à
tous ; le fermier se voyait enlever champs et bétail ; le tailleur ou le barbier leur
boutique. Et les possédants n’étaient pas les seuls expropriés ; les pauvres eux aussi
souffraient beaucoup. Chaque famille, ou presque, avait un de ses membres en prison,
et la misère était grande. Certains demandaient : « Comment un Dieu d’amour peut-il
permettre le triomphe du mal ? » Mais, en ce Vendredi Saint où, mourant sur sa croix,
Jésus s’écria : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné? », les premiers
apôtres non plus ne pensaient pas qu’il serait facile de prêcher le Christ.
Le travail se faisait quand même, et cela prouve que c’est celui de Dieu, non le nôtre. À
de tels problèmes, la Foi chrétienne trouve toujours une solution. C’est ce que Jésus
nous a enseigné à propos du pauvre Lazare — aussi persécuté que nous l’étions — ce
pauvre Lazare gisant sur son grabat, mourant de faim et dont les chiens léchaient les
plaies, mais qu’à la fin les Anges transportèrent dans le sein d’Abraham.
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rue et se mettaient à chanter. La foule s’assemblait autour d’eux pour les écouter et ma
femme délivrait son message.
Un après-midi, tandis que j’étais occupé ailleurs, elle prit la parole devant des milliers
d’ouvriers, à l’entrée de la grande usine Malaxa, à Bucarest. Elle parla de Dieu et du
salut. Le lendemain, de nombreux ouvriers de cette usine se révoltaient contre les
injustices communistes. Beaucoup furent tués ; notre message leur était parvenu à
temps.
Nous étions membres d’une Église Clandestine, mais comme Jean-Baptiste, nous
parlions ouvertement du Christ devant les serviteurs et les maîtres.
Une fois, sur les marches d’un bâtiment officiel, deux de nos frères chrétiens montèrent
jusqu’à notre premier ministre, Gheorgiu Dèj. Pendant le peu de temps dont ils
disposèrent, ils lui parlèrent en témoins du Christ et le pressèrent de regretter ses
péchés et ses persécutions. Il les fit jeter en prison pour cet audacieux témoignage. Des
années plus tard, Gheorgiu Dèj tomba malade ; alors la graine évangélique qu’ils
avaient semée en lui et pour laquelle ils avaient tant souffert porta son fruit. À l’heure où
il en sentait le besoin, le premier ministre se rappela les mots qui lui avaient été dits et
qui, selon l’expression biblique, avaient été « rapides, puissants, et plus pénétrants
qu’un glaive à deux tranchants ». Tranchée la dure enveloppe de son cœur, il donna
son âme au Christ. Il confessa ses péchés, accepta le Sauveur, et commença à le
servir dans sa maladie. Peu après, il mourut, mais ce fut pour aller au Rédempteur qu’il
venait de trouver parce que deux chrétiens avaient bien voulu en payer le prix, deux de
ces courageux chrétiens exemplaires des pays communistes d’aujourd’hui.
Nous étions prêts à en payer le prix. Et l’Église Clandestine l’est encore. La police
secrète nous persécutait avec acharnement, parce qu’elle reconnaissait en notre Église
la seule résistance efficace, cette résistance spirituelle qui, laissée libre, eût sapé la
puissance des sans-Dieu. Elle voyait là, comme seul le démon sait voir, la menace la
plus directe contre elle. Elle savait que celui qui croit au Christ ne sera jamais un sujet
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aveugle et docile, qu’on peut emprisonner les corps mais qu’on n’emprisonne pas la foi
en Dieu. Et c’est pourquoi elle nous combattait très durement.
Quand je fus arrêté dans une rue puis maintenu des années durant au secret le plus
strict, un médecin chrétien demanda un emploi dans la police afin de pouvoir s’informer
de ma situation.
Ses attributions lui donnaient, avec l’accès aux cellules de tous les prisonniers, l’espoir
de me retrouver. Le croyant passé aux communistes, tous ses amis s’éloignèrent de lui.
Se promener sous l’uniforme des bourreaux, n’est-ce pas offrir au Christ un sacrifice
plus méritoire que de porter l’uniforme des prisonniers ?
Il me découvrit dans une cellule basse et ténébreuse et fit savoir que j’étais vivant. C’est
le premier ami que je revis pendant mon premier séjour de huit ans et demi en prison.
Sachant grâce à lui que je vivais encore, les chrétiens réclamèrent ma libération, quand
les prisonniers furent relâchés en 1956 à l’occasion de l’entrevue Eisenhower-
Krouchtchev. Je redevins libre pour quelque temps.
Sans ce médecin chrétien, je serais toujours sous les verrous, sinon dans la tombe.
Ces fidèles de l’Église Clandestine affiliés à la police nous furent souvent d’un grand
secours en nous signalant ce qui nous menaçait. Aujourd’hui encore des policiers
chrétiens protègent les fidèles et les avertissent des dangers qui planent sur eux.
Publiquement, un jour dans le ciel ils acclameront ce Christ qu’ils servent aujourd’hui
secrètement.
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Néanmoins beaucoup de nos frères ont été dénoncés et jetés en prison, car nous
avons aussi nos Judas. À force de coups, de drogue, de menaces et de chantage, les
communistes s’acharnent à trouver des dénonciateurs parmi les religieux et les laïcs.
Notes
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II. Pour le nom du Christ
J’ai exercé ce ministère à la fois officiel et clandestin jusqu’au 29 février 1948. Ce jour-
là était un dimanche, un beau dimanche. Je me rendais à l’église quand la police
secrète m’enleva en pleine rue.
Bien des fois je m’étais demandé ce que signifie l’expression « ravisseur d’hommes »
qu’on trouve en plusieurs endroits dans la Bible. Le communisme nous l’a appris.
Nombreux furent à l’époque ceux qu’on enlevait comme je le fus ce jour-là. Un fourgon
de la police stoppa devant moi, quatre hommes en bondirent et me poussèrent dedans.
J’étais retiré de la circulation, et pendant plus de huit ans personne ne sut si j’étais mort
ou vivant.
Des policiers qui se présentaient comme prisonniers libérés vinrent rendre visite à ma
femme et lui racontèrent qu’ils avaient assisté à mon enterrement. Elle en eut le cœur
déchiré.
À la même époque furent emprisonnés des milliers de fidèles de toutes les confessions,
et non seulement des ecclésiastiques, mais aussi de simples paysans, de jeunes
garçons, des jeunes filles qui ne cachaient pas leur foi. Les prisons étaient bondées, et
prison, en Roumanie comme dans tous les pays communistes, signifiait torture.
Parfois celles-ci étaient atroces. Je préfère ne pas trop parler de celles que j’ai
endurées ; quand je m’y laisse aller, je n’en dors pas de la nuit suivante.
C’est trop douloureux. Dans un autre livre, intitulé « Mes Prisons avec Dieu » j’ai
raconté avec beaucoup de détails toutes les épreuves que nous avons vécues au fond
des geôles en compagnie de Dieu.
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Indicibles tortures
Quand ce spectacle lui devint intolérable, le père cria à son enfant : « Alexandre, je vais
leur dire ce qu’ils désirent, je ne peux plus supporter qu’ils te battent davantage ». Et
son fils répondit : « Non, papa. Ne me fais pas l’injure de me donner un traître pour
père. Tiens bon ! S’ils me tuent, je mourrai en disant : Pour Jésus et pour ma patrie ».
Furieux, les communistes battirent à mort le jeune garçon dont le sang giclait sur les
murs de la cellule et qui mourut en priant. Notre cher confrère Florescu ne fut plus
jamais le même homme ensuite.
On nous mettait aux poignets des menottes bardées de pointes acérées. Quand nous
restions tout à fait immobiles, celles-ci ne nous déchiraient pas. Mais comme il faisait
très froid dans nos cellules nous frissonnions souvent et les pointes nous lacéraient les
poignets.
Des chrétiens étaient suspendus à des cordes et si sévèrement battus que leurs corps
se balançaient sous les coups comme des pendules. D’autres étaient enfermés dans
des glacières, « chambres frigorifiques » si froides que l’intérieur en était tapissé de
glace. J’y fus enfermé moi-même, très légèrement vêtu. Par le judas les médecins de la
prison venaient surveiller les patients ; aux premiers symptômes de la mort par le froid
ils appelaient et des gardes accouraient pour nous sortir et nous réchauffer. À peu près
revigorés, nous étions rejetés dans la glacière pour regeler — encore et encore —
dégelés dehors puis regelés dedans jusqu’à l’approche de la mort, puis re-dégelés, et
cela interminablement. Il m’arrive aujourd’hui de ne pouvoir supporter qu’on ouvre un
frigidaire devant moi.
D’autres fois on nous enfermait dans des caisses de bois à peine plus larges que nous,
où le moindre mouvement nous était impossible. Des dizaines de pointes aiguës en
garnissaient les parois. Tout allait bien quand nous ne bougions pas. Mais comment se
tenir debout pendant des heures sans fléchir ?
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Quand sous l’effet de la fatigue nous vacillions ou même tout simplement quand un de
nos muscles se contractait, ces abominables pointes nous entraient dans le corps.
Ce que les communistes ont infligé aux chrétiens surpasse l’entendement. J’ai vu de
ces bourreaux remplir leur office le visage ravi, rayonnant de plaisir. Pendant qu’ils
torturaient on les entendait hurler : « C’est nous le diable » !
Nous luttions moins contre la chair et le sang que contre les principautés et les
puissances du mal ; il était trop évident que le communisme procède non des hommes,
mais du Démon. C’est une force spirituelle — une force diabolique — qui ne peut être
domptée que par une force spirituelle supérieure, l’Esprit de Dieu.
J’ai souvent demandé à ces bourreaux : Votre cœur est donc incapable de pitié? » Ils
me répondaient habituellement par ce mot de Lénine : « On ne fait pas d’omelette sans
casser les œufs, on ne rabote pas du bois sans faire voler des copeaux ».
Je ripostais : « Le morceau de bois raboté est insensible. Ici, vous avez à faire à des
êtres humains.
Chaque coup leur cause une douleur, et il y a des mères qui pleurent ». À quoi bon ?
Ces gens-là sont des matérialistes. Pour eux il n’y a que matière, l’homme n’est pas
plus que du bois ou de la coquille d’œuf, et cette idéologie les plonge jusqu’en
d’incroyables abîmes de cruauté.
Inimaginable est la cruauté de l’athéisme. Quand un homme ne croit pas que les bons
seront récompensés et les méchants punis, il n’y a pas de raison qu’il reste humain ; il
n’y a pas de limites en lui pour le sombre empire du mal. Nous avons souvent entendu
de ces bourreaux communistes affirmer : « Il n’y a pas de Dieu, ni, par conséquent, de
punition pour le mal. Nous pouvons faire tout ce que nous voulons ». J’en ai même
entendu un crier : « Ton Dieu en qui je ne crois pas, je le remercie de m’avoir laissé
vivre jusqu’à cette heure où je peux exprimer tout le mal que j’ai dans le cœur ». Et cela
tandis qu’il infligeait à des prisonniers des tortures d’une incroyable férocité.
Qu’un crocodile dévore un homme, cela me fait peine, mais je ne peux pas en blâmer le
crocodile.
C’est un crocodile, ce n’est pas un être moral. On ne peut rien reprocher non plus aux
communistes : ils ont détruit en eux tout sens moral et se glorifient d’avoir un cœur
inaccessible à la pitié.
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Mais j’en ai tiré une leçon : puisqu’ils ne laissaient aucune place à Jésus dans leur
cœur, je résolus de ne pas laisser dans le mien la moindre petite place à Satan.
J’ai témoigné devant le Sous-Comité du Sénat des États-Unis. J’y ai décrit des
spectacles terrifiants, par exemple des chrétiens attachés à des croix pendant quatre
jours et quatre nuits ; les croix étaient étendues par terre et des centaines de
prisonniers étaient contraints de venir se soulager sur le visage et les corps des
crucifiés. Puis les croix étaient dressées et les communistes hurlaient et ricanaient : «
Regardez-le, votre Christ ! Regardez comme il est beau » ! J’ai raconté comment un
prêtre, rendu presque fou par la torture, a été forcé de consacrer des excréments
humains et de l’urine et d’en communier des chrétiens ; cela s’est passé dans la prison
roumaine de Pitesti. J’ai demandé ensuite à ce prêtre pourquoi il n’avait pas préféré la
mort à cette parodie : « De grâce, dit-il, ne me jugez pas, j’ai souffert plus que le Christ
». Toutes les descriptions de l’Enfer dans la Bible, tous les supplices de l’Enfer de
Dante ne sont rien en comparaison des tortures infligées dans nos prisons
communistes.
Ce n’est là qu’un détail de ce qui s’est passé tin dimanche, et beaucoup d’autres
dimanches, dans la prison de Pitesti. On peut en raconter bien davantage. Le cœur me
manquerait si je devais le faire ; c’est trop obscène et trop terrible pour que le papier le
supporte. Et pourtant c’est ce qu’ont supporté nos frères dans le Christ et ce qu’ils
supportent encore maintenant.
L’un des plus exemplaires des héros de la foi fut le pasteur Milan Haimovici. Les
prisons étaient combles, les gardiens ne connaissaient pas nos noms. Ils appelaient
donc : « Ceux qui ont été condamnés à 25 coups de fouet » — pour infraction à telle ou
telle règle de la prison. Alors très souvent, le pasteur Milan Haimovici s’offrit aux coups
à la place de quelqu’un d’autre. Ce qui lui valut de gagner la vénération des prisonniers
non seulement pour lui-même, mais aussi pour le Christ dont il était le représentant.
Je n’en finirais pas non plus de raconter, en regard des abominations des communistes,
les sacrifices des chrétiens. On n’entendait pas seulement parler des tortures, on
connaissait aussi les actes d’héroïsme, et ces exemples héroïques donnés par les
prisonniers étaient d’un grand réconfort pour leurs frères encore libres.
Une de nos messagères de l’Église Clandestine, une jeune fille, distribuait des
Évangiles en cachette et parlait du Christ aux enfants. Avertis, les communistes
décidèrent de l’arrêter. Mais pour que ce fût plus cruel, ils retardèrent l’arrestation
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jusqu’au jour où la jeune fille devait se marier. Elle venait de revêtir sa robe de noce.
Quel merveilleux jour de bonheur dans la vie d’une fille ! Tout à coup la porte s’ouvrit
avec fracas et la police secrète fit irruption.
Reconnaissant les policiers, la fiancée tendit les bras et offrit ses poignets aux menottes
qui se refermèrent brutalement. Alors elle regarda son fiancé, baisa ses chaînes et dit :
« Je remercie mon céleste Époux de me faire cadeau de ce joyau pour le jour de mes
noces. Je le remercie de m’avoir jugée digne de souffrir pour Lui ». Elle fut emmenée,
tandis que son fiancé et les chrétiens présents fondaient en larmes. Ils ne savaient que
trop ce qui attendait les jeunes chrétiennes tombées aux mains des gardes
communistes. Cinq ans plus tard elle fut relâchée : c’était une femme anéantie, brisée,
plus vieille de 30 ans. Son fiancé l’avait attendue. « C’était bien, dit-elle, le moins que je
pouvais faire pour mon Christ ».
Pendant des années nous avons dû rester assis dix-sept heures par jour à entendre :
Dix-sept heures chaque jour, pendant des semaines, des mois, des années.
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pas une fiancée aimante pour son fiancé bien-aimé? Que ne ferait pas une mère pour
son enfant ?
Si vous aimez Jésus comme Marie l’aima petit enfant dans ses bras, si vous aimez
Jésus comme une fiancée son fiancé, alors vous pouvez supporter ces supplices.
Dieu ne nous jugera pas à la mesure de ce que nous aurons enduré, mais à la mesure
de notre amour. Je témoigne ici en faveur de nos chrétiens.
J’affirme que dans les prisons communistes, ils ont aimé Dieu et le prochain.
Quand j’avais perdu connaissance ou que j’étais trop hébété pour laisser quelque
espoir d’aveu aux bourreaux, j’étais ramené dans ma cellule. Là, privé de soins, à
moitié mort, on me laissait m’étendre de manière à reprendre assez de vigueur pour
être travaillé de nouveau. Beaucoup sont morts à ce régime-là mais, je ne sais
pourquoi, la force de recommencer m’a toujours été rendue. Au cours des années que
j’ai passées en diverses prisons, les bourreaux m’ont brisé quatre vertèbres dorsales et
bien d’autres os. Je leur dois d’avoir sur le corps les cicatrices d’une douzaine
d’entailles et de dix-huit brûlures creusées dans ma chair.
Quand à Oslo les médecins les virent, ainsi que sur mes poumons les cicatrices d’une
tuberculose contractée là-bas, ils déclarèrent miraculeux que je fusse encore en vie.
D’après leur expérience de praticiens, j’aurais dû être mort depuis longtemps.
Je le sais bien, que c’est un miracle. Notre Dieu est le Dieu des miracles.
Et je crois que s’il a fait celui-là, c’est afin qu’on puisse entendre ma voix plaider pour
l’Église Clandestine d’au-delà du Rideau de fer. S’il m’a permis de revenir vivant, c’est
pour que je crie à haute voix le message qui vient de vous, ô mes frères souffrants et
fidèles.
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Courte liberté - nouvelle arrestation
J’avais terriblement maigri, j’étais couvert de vilains ulcères. J’avais été brutalement
battu et frappé à coups de pied, affamé, écrasé, interrogé jusqu’à la nausée, menacé,
humilié. Rien n’avait produit les résultats qu’attendaient mes geôliers. Découragés, ils
commençaient à me négliger ; par ailleurs leur parvenaient des protestations contre
mon emprisonnement.
Je fus autorisé à retourner à mes anciennes fonctions pour une semaine, pas plus. Je
prêchai deux fois. Puis les communistes me convoquèrent et m’interdirent toute
prédication ainsi que tout autre ministère religieux. Qu’avais-je bien pu dire ?
- Cela signifie, me cria le policier, que vous leur conseillez d’attendre que les
Américains viennent les libérer.
J’avais dit aussi que la roue tourne, que les jours se suivent et ne se ressemblent pas.
Et l’Inspecteur hurlait :
- C’est leur dire que les communistes ne feront pas toujours la loi. Autant de
mensonges contre révolutionnaires.
Peut-être les autorités avaient-elles supposé que je n’oserais pas les défier ni retourner
à l’évangélisation clandestine ? En ce cas, elles s’étaient trompées. Je me remis à cette
tâche et ma famille me seconda.
Cette fois-ci mes cicatrices confirmaient la vérité de mon message sur la nocivité de
l’athéisme, encourageaient les âmes défaillantes à croire en Dieu et à se montrer
vaillantes. Je dirigeais un centre secret d’évangélistes qui s’entraidaient pour la
diffusion de l’Évangile sous les yeux des communistes providentiellement aveuglés.
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Après tout, si un homme est assez aveugle pour ne pas voir la main de Dieu en action,
peut-être ne verra-t-il pas non plus celle d’un évangéliste ?
Finalement, l’intérêt que prenait la police à mes activités et à mes alentours lui fut
profitable. Je fus de nouveau pris sur le fait et de nouveau mis en prison ! Pourquoi n’y
mirent-ils pas en même temps ma famille ? Je ne sais. Peut-être en raison de ma
notoriété. J’avais connu huit ans et demi de captivité, puis trois ans d’une liberté
relative. Je retournais en prison pour plus de cinq ans et demi.
Et ce deuxième stage fut en bien des cas pire que le premier. Je savais très bien ce qui
m’attendait.
Ma condition physique devint aussitôt très mauvaise. Mais nous poursuivîmes le travail
secret de l’Église Clandestine dans le secret des prisons communistes.
Défense stricte nous était faite de prêcher aux autres prisonniers. Il était stipulé que
quiconque était pris à le faire recevait une sévère correction.
Une scène que j’ai vue plusieurs fois me revient en mémoire. Un de nos confrères était
en train de prêcher devant d’autres prisonniers quand soudain les gardiens entrèrent,
l’arrêtèrent au milieu d’une phrase, le saisirent et l’entraînèrent vers la « salle de
correction ». Après une « correction » qui nous parut ne devoir jamais finir, ils le
ramenèrent enfin et le jetèrent exténué et sanglant sur le sol de la cellule.
Peu à peu, le malheureux redressa son corps rompu, puis il rajusta péniblement son
vêtement, et dit : « Où en étais-je, frères, quand ils m’ont interrompu ? » Et terminant la
phrase restée en suspens, il poursuivit sa leçon sur l’Évangile.
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Des hommes très simples qu’inspirait le Saint-Esprit prêchaient souvent de manière
remarquable. Leur cœur palpitait dans leurs mots, car prêcher en face de pareils
risques n’est pas chose à prendre à la légère ; les gardes pouvaient survenir, saisir
l’orateur, le rouer de coups et le laisser pour mort.
Dans la prison de Gherla, un chrétien nommé Grécu fut condamné à être battu à mort.
La torture dura plusieurs semaines. L’opération fut menée lentement : un coup de
matraque de caoutchouc sur la plante de chaque pied, puis une pause de quelques
minutes, puis un second coup et ainsi de suite. Après quoi, martelage des testicules. Un
médecin lui faisait alors une piqûre, il reprenait ses sens, était gratifié d’une excellente
nourriture qui lui rendait des forces. Et la même torture recommença jusqu’à ce qu’il
expirât sous ces coups lentement répétés. L’un de ses bourreaux était un nommé Reck,
membre du Comité central du Parti Communiste.
Ce Reck aimait répéter ces mots que les communistes redisaient souvent aux chrétiens
: « Vous le voyez, Dieu c’est moi. J’ai sur vous pouvoir de vie et de mort. Celui qui est
dans votre ciel ne peut décider de vous conserver la vie. Tout dépend de moi. Si je le
veux, vous vivrez. Si je le veux, vous êtes morts. C’est moi qui suis Dieu ».
Dans l’atroce situation où il se trouvait, notre frère Grécu fit un jour à Reck une très
intéressante réponse que Reck lui-même m’a rapportée plus tard : « Vous ne savez pas
quel mot profond vous venez de dire. Oui, vous êtes un Dieu. Toute chenille est en
réalité un papillon, si elle se développe normalement.
Vous n’avez pas été créé pour être un bourreau, un tueur, mais pour devenir semblable
à Dieu. Jésus a dit aux Juifs de son temps : « Vous êtes des dieux ».
Beaucoup de ceux qui comme vous étaient des persécuteurs, par exemple l’apôtre
Paul, ont découvert à un certain moment qu’il est honteux pour un homme de
commettre des atrocités, qu’ils pouvaient accomplir de bien plus beaux exploits. Et ils
sont devenus participants de la nature divine.
Croyez-moi, Monsieur Reck, votre vraie vocation est d’être un dieu, image de Dieu, pas
un bourreau ».
Reck ne prêta guère alors d’attention aux paroles de sa victime, pas plus que Saul de
Tarse au magnifique témoignage de saint Étienne que l’on exécutait en sa présence.
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Mais elles lui travaillèrent le cœur. Et plus tard Reck comprit quelle était sa vraie
vocation.
Des tortures infligées par les bouchers communistes émane une grande leçon : l’âme
est maîtresse du corps. Souvent au milieu des tourments la douleur que nous
ressentions nous paraissait quelque chose d’étranger qui se passait très loin de notre
âme perdue dans la gloire du Christ présent en nous.
Nous touchions une tranche de pain par semaine et une soupe infecte chaque jour.
Nous décidâmes d’en tirer une « dîme »: toutes les dix semaines, nous donnions notre
tranche de pain à un frère plus faible, à titre de « dîme » au Seigneur.
Un chrétien avait été condamné à mort. Avant l’exécution, il fut autorisé à voir sa
femme. Ses derniers mots furent ceux-ci :
- Sache que je meurs dans l’amour de ceux qui me tuent. Ils ne savent pas ce qu’ils
font, et la dernière chose que je te demande est de les aimer aussi. Qu’il ne te reste au
cœur aucune amertume envers ceux qui tuent l’homme que tu aimes ! Nous nous
retrouverons au ciel.
Dans les geôles de Tirgu-Ocna se trouvait un tout jeune prisonnier nommé Matchevici.
Il y était entré à l’âge de 18 ans. Les tortures l’avaient rendu tuberculeux. Sa famille
apprit par hasard qu’il était gravement malade et lui envoya une centaine d’ampoules
de streptomycine, ce qui pouvait, sinon lui redonner la santé, du moins différer de
beaucoup sa mort. Le commissaire politique de la prison le convoqua, lui montra le
paquet et lui dit :
- Voici des médicaments qui peuvent te sauver la vie mais tu n’es pas autorisé à
recevoir des colis de ta famille. Personnellement, je serais heureux de t’aider. Tu es
jeune, je ne tiens pas à ce que tu meures en prison. Aide-moi à te venir en aide.
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- Vivre pour avoir la honte de voir la tête d’un traître quand je me regarderai dans une
glace, non, je ne veux pas. Je n’accepte pas vos conditions, je préfère mourir.
- Je te félicite, je n’attendais pas une autre réponse de ta part. Alors je vais te proposer
autre chose. Quelques-uns des prisonniers sont devenus nos indicateurs ; ils se
proclament communistes et vous dénoncent. Nous n’avons pas confiance en ce double
jeu et nous aimerions savoir dans quelle mesure ils sont sincères. Ces gens qui vous
trahissent et vous font beaucoup de mal en nous rapportant vos conversations et vos
agissements, je suppose que vous ne tenez pas à les avoir pour camarades. Eh bien !
renseigne-moi sur ces traîtres et tu auras la vie sauve.
- Le Christ, dont je suis le disciple, nous a enseigné d’aimer même nos ennemis. Ces
hommes qui nous trahissent nous font en effet beaucoup de mal, mais je ne dois pas
rendre le mal pour le mal.
Je ne peux donc pas vous donner de renseignements sur eux. J’ai pitié d’eux, je prie
pour eux, mais je ne veux pas me faire complice des communistes.
Matchevici nous revint après cette entrevue avec le commissaire politique et mourut
dans la cellule où je me trouvais. Je l’ai vu mourir, il priait. La charité l’avait emporté en
lui sur le désir si naturel de vivre.
Pour entendre un concert, un pauvre, s’il est grand amateur de musique, donnera
jusqu’à son dernier sou. Le voilà démuni, mais il n’a pas le sentiment d’être frustré : il a
entendu des merveilles.
Je ne me sens pas frustré, moi non phis, des longues années que j’ai passées en
prison ; j’y ai vu tant de merveilles. Parmi beaucoup de gens insignifiants, j’y ai trouvé
de grands saints, héros de la foi au même degré que les chrétiens des premiers siècles.
C’est avec joie qu’ils acceptaient de mourir pour le Christ. Leur splendeur spirituelle ne
se pourra jamais décrire.
Ces faits que je raconte ici n’ont rien d’exceptionnel. Les réalités surnaturelles sont
devenues naturelles pour les chrétiens de l’Église Clandestine ; cette Église est
revenue à l’amour qui fait l’objet du premier commandement. J’aimais profondément le
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Christ avant d’être arrêté. À présent, après avoir contemplé en prison son « Épouse »
— son corps mystique — je puis dire que j’aime autant que le Christ l’Église
Clandestine, parce que j’ai vu sa beauf é, son esprit de sacrifice.
Séparé de ma femme, j’ignorais ce qu’elle était devenue. C’est seulement après bien
des années de prison que j’appris qu’elle avait été emprisonnée, elle aussi. Les femmes
chrétiennes avaient beaucoup plus à souffrir que les hommes. Elle a vu des filles
violées par leurs brutes de gardiens, entendu des plaisanteries, des obscénités
affreuses.
Pour vivre, ma femme dut mâcher de l’herbe, comme le bétail. Des prisonnières
affamées dévorèrent des rats et des serpents. Le dimanche, un des amusements des
gardiens consistait à jeter des femmes dans le Danube ; ils les repêchaient, riaient et se
moquaient de leurs corps ruisselants, puis les rejetaient à l’eau et les repêchaient. Ma
femme a connu ces baignades dans le Danube.
Quant à mon fils, il erra dans les rues lorsque ses parents lui eurent été enlevés. Élevé
religieusement dès sa petite enfance, Mihaï s’intéressait beaucoup aux choses de la foi.
À partir de 9 ans, quand il fut séparé de nous, sa vie chrétienne traversa une période de
crise. Il devint amer et mit en question sa religion. Des problèmes qu’ignorent
habituellement les enfants de cet âge se posèrent alors à lui. Il lui fallait chercher les
moyens de vivre.
C’était un crime que d’aider les familles des martyrs chrétiens. Deux femmes qui
venaient en aide à Michaï furent arrêtées et battues à tel point qu’elles en sont restées
boiteuses — il y a 15 ans de cela — Une dame qui se risqua à le loger chez elle fut
condamnée à 8 ans de prison pour crime d’assistance aux familles des prisonniers ; elle
eut les dents cassées à coups de pied, les os brisés. Elle ne pourra plus jamais
travailler ; la voilà, elle aussi, estropiée pour la vie.
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Mihai, crois en jésus
À 11 ans, mon fils commença à gagner sa vie comme ouvrier. Sa foi avait chancelé
dans le malheur. Mais il eut la permission d’aller voir sa mère emprisonnée depuis deux
ans. Et il la vit derrière les barreaux de fer de la prison communiste. Elle était hâve,
sale, avec des mains calleuses, et portait le sordide uniforme des prisonnières. Il la
reconnut à peine. Les premiers mots qu’elle lui dit furent : « Mihaï, crois en Jésus ».
Pris d’une fureur sauvage, les gardiens l’éloignèrent brutalement de son fils et
l’emmenèrent. À cette vue, Mihaï fondit en larmes et cette minute fut celle de sa
conversion. Il comprit que si de pareilles souffrances n’empêchent pas d’aimer le Christ,
c’est qu’il est sûrement le véritable Sauveur. Mihaï a dit plus tard : « Si le christianisme
ne disposait pas d’autres arguments que la foi de ma mère, cela me suffirait ». Ce jour-
là, il s’était donné entièrement au Christ.
L’école fut pour lui une lutte continuelle pour l’existence. Il était bon élève et reçut en
récompense le foulard rouge, signe de l’appartenance aux Jeunes Pionniers
Communistes. « Jamais, dit-il, je ne porterai le foulard de ceux qui ont mis en prison
mon père et ma mère ». Cela lui valut d’être renvoyé. Après avoir perdu une année
scolaire, il entra dans une autre école en cachant qu’il était le fils d’un prisonnier
chrétien. Peu après il eut pour devoir une dissertation sur la Bible. Il y écrivit : « Les
arguments anti-bibliques sont faibles et les citations données sont fausses. Le
professeur n’a certainement pas lu la Bible ; elle est d’accord avec la science ». Et de
nouveau il fut renvoyé. Cette fois il allait perdre deux années scolaires.
À la fin, il fut autorisé à faire ses études dans un Séminaire. Là on lui enseigna la «
théologie marxiste ». Tout y était exposé conformément aux directives de Karl Marx.
Mihaï protesta publiquement en classe, d’autres étudiants se joignirent à lui. Résultat : il
fut mis à la porte et ne put poursuivre ses études théologiques.
Un jour, à l’école, un professeur débitait un discours athée ; mon fils se leva, osa
contredire le maître et lui dire qu’il assumait une très grave responsabilité en égarant
tant de jeunes esprits.
Toute la classe se rangea de son côté. Il suffisait donc qu’un seul eût le courage de
protester et tous les autres l’appuyaient.
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Pour continuer ses études, Mihaï devait absolument cacher qu’il était le fils de
Wurmbrand, le chrétien prisonnier. Mais souvent c’était découvert et la scène habituelle
se reproduisait : Mihaï était appelé chez le directeur de l’école et renvoyé.
Il souffrit aussi de la faim. Dans les pays communistes les familles des prisonniers
chrétiens sont rationnées à mort et c’est un grand crime que de leur venir en aide. Je ne
vais en donner qu’un exemple dont j’ai été personnellement témoin.
Un de nos frères fut jeté en prison pour son activité dans l’Église Clandestine. Il laissait
une femme et six enfants. Ses filles aînées, 17 et 19 ans, ne purent trouver de travail,
car c’est l’État qui, dans les pays communistes, fournit les emplois et il en exclut les
enfants des « criminels » chrétiens. Ne jugez pas, je vous prie, cette histoire vraie
d’après les règles de la morale. Tenez-vous-en aux faits. Les deux filles de ce martyr
chrétien, chrétiennes elles-mêmes, en furent réduites à se prostituer pour secourir leur
mère tombée malade et leurs jeunes frères. Quand il l’apprit, le plus jeune de ceux-ci,
14 ans, devint fou et dut être interné.
Lorsque le père eut été remis en liberté quelques années plus tard, sa seule prière fut :
« Mon Dieu, je ne peux supporter ça. Renvoyez-moi en prison » ! Il fut exaucé : le voilà
de nouveau sous les verrous pour le crime d’avoir rendu témoignage au Christ devant
ses enfants. Ses filles ne se prostituent plus, elles ont trouvé un emploi : elles ont
accepté les propositions de la police secrète et se sont faites indicatrices. Filles d’un
martyr chrétien, elles sont bien reçues partout, elles écoutent puis rapportent aux
policiers ce qu’elles ont entendu. C’est immoral, bien sûr, c’est honteux, mais ne vous
récriez pas ; demandez-vous plutôt s’il n’y a pas aussi de votre faute en de pareils
drames et si des familles chrétiennes ne sont pas dans la détresse parce que vous ne
les aidez pas, vous qui êtes libres.
III. Libération
J’ai passé 14 ans en prison. Durant tout ce temps je n’ai pas vu une Bible ni un autre
livre. Je ne savais plus écrire. La faim, l’hébétement, les tortures m’avaient fait oublier
l’Écriture Sainte. Mais le jour même du quatorzième anniversaire de mon entrée en
prison, du fond de l’oubli me revint à l’esprit ce verset : « Jacob travailla quatorze ans
pour Rachel et le temps lui sembla court parce qu’il l’aimait. »
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Très peu après, à la faveur d’une amnistie générale due en grande partie à l’influence
de l’opinion publique américaine, je fus relâché. Je retrouvai ma femme. Elle m’avait
fidèlement attendu. Dans une extrême pauvreté — car dès que quelqu’un est arrêté, on
lui enlève tout — nous commençâmes une vie nouvelle.
Les prêtres et les pasteurs libérés pouvaient être chargés de petites paroisses. On m’en
donna une dans la ville d’Orsova. Le Département communiste des cultes me fit savoir
qu’elle comptait 35 fidèles et m’avertit qu’il ne devrait jamais y en avoir un trente-
sixième. Il me commanda aussi de lui servir d’agent, de renseigner la police sur ces 35
fidèles et de n’avoir aucun contact avec la jeunesse. C’est ainsi que les communistes
se servent des églises comme « d’instruments de contrôle ».
Tandis que j’étais en prison, Dieu avait agi de manière extraordinaire. Notre Église
n’avait pas été oubliée et n’était plus abandonnée. Des chrétiens d’Amérique et
d’ailleurs avaient commencé à nous aider et à prier pour nous.
Il y avait donc dans l’Ouest des chrétiens qui ne nous avaient pas oubliés ni
abandonnés. En effet, de simples fidèles y avaient monté une organisation secrète
d’assistance aux familles des martyrs, de diffusion de textes chrétiens et de distribution
de secours.
Dans la chambre voisine je trouvai six frères venus dans cette intention. Nous parlâmes
beaucoup et longtemps. Ils avaient entendu dire qu’en cette maison se trouvait
quelqu’un qui avait passé quatorze ans en prison et ils désiraient le voir.
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Je leur certifiai que j’étais bien le prisonnier en question et que ma joie provenait de leur
présence, parce que celle-ci me prouvait que nous n’étions plus abandonnés.
Une aide empressée et régulière commençait à parvenir à l’Église Clandestine. Par des
canaux secrets, nous arrivèrent beaucoup de Bibles et des textes chrétiens, de même
que des secours pour les familles de nos martyrs. Ainsi soutenus, nous pouvions
travailler beaucoup mieux. Non seulement parce qu’on nous apportait la Parole de
Dieu, mais parce que nous avions la preuve que nous étions aimés, et ces entretiens
avec des étrangers nous étaient d’un grand réconfort. « Personne ne vous aime plus !
Personne ne vous aime plus ! Personne ne vous aime plus » ! nous avait-on rabâché
pendant des années de lavage de cerveau. Et voilà que des chrétiens d’Amérique et
d’Angleterre risquaient leur vie pour nous montrer qu’ils nous aimaient. Sur nos
conseils, ils perfectionnèrent la technique de leur activité secrète. Ils réussissaient
même à se glisser dans des maisons cernées par la police sans qu’elle les vît entrer.
Un chrétien anglais ou américain qui s’ébat librement dans la Bible ne peut apprécier la
valeur qu’avaient pour nous les Bibles ainsi distribuées. Ni ma famille, ni moi, ni
d’autres pasteurs et martyrs clandestins des pays communistes n’auraient survécu sans
l’aide matérielle reçue des chrétiens étrangers. De par mon expérience personnelle, je
peux témoigner de l’importance croissante qu’a eue pour nous le secours matériel et
moral qui nous vint de la Mission Européenne Chrétienne d’Angleterre.
En raison de la reprise de notre ministère dans l’Église Clandestine, je fus en très grave
danger d’être arrêté une fois encore. Mais à cette époque, deux organisations
chrétiennes — la Mission Norvégienne pour les Juifs et l’Alliance Hébraïque Chrétienne
— versèrent pour moi une rançon de 30 000 francs, et je pus alors quitter la Roumanie.
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vous entendiez parler des tourments et de l’héroïque apostolat de l’Église Clandestine,
jamais je n’aurais quitté la Roumanie.
Telle est ma mission. Mais avant mon départ, je fus convoqué deux fois à la police
secrète. Mon interlocuteur m’apprit qu’on avait reçu l’argent de ma rançon (la Roumanie
vend ainsi ses citoyens en raison de la crise économique où l’a plongée le
communisme).
- Partez pour l’Ouest, me dit-il. Prêchez-y le Christ autant qu’il vous plaira, mais ne
parlez pas de nous. Pas un mot contre nous ! Sinon, voici très franchement ce qui vous
arrivera. D’abord moyennant 6 000 francs, nous pouvons trouver un tueur qui vous
liquidera, ou bien nous vous kidnapperons. (J’avais partagé la même cellule avec
l’évêque orthodoxe Vasile Leul, qui fut kidnappé en Autriche et transporté en Roumaine
où on lui brisa tous les ongles. D’autres de mes compagnons avaient été enlevés à
Berlin, et récemment encore des Roumains l’ont été en Italie et à Paris). Le policier
ajouta : « Nous pouvons aussi vous détruire moralement en répandant sur votre compte
des histoires de femmes ou de vol ou de quelque péché de jeunesse. Il est très facile
de berner et de tromper les Occidentaux, surtout les Américains ».
Après ces menaces, ils me laissèrent partir vers l’Ouest, sûrs du lavage de cerveau que
j’avais subi.
Ils sont nombreux maintenant en Occident ceux qui sont passés par les mêmes
tribulations que moi, mais ils gardent le silence. Quelques-uns même vantent le
communisme, dont ils connaissent pourtant très bien les cruautés. Aussi les
communistes pensaient-ils que je serais muet, moi aussi.
Bref, en décembre 1956, ma famille et moi nous sortîmes de Roumanie. Mon dernier
geste avant notre départ fut d’aller sur la tombe du colonel qui avait ordonné mon
arrestation et à qui je devais mes années de torture. J’y déposai une fleur. Ce faisant, je
me suis consacré à porter les joies qui m’étaient venues du Christ aux communistes qui
sont si dépourvus spirituellement.
Je hais le système communiste, mais j’aime les hommes ; je déteste le péché, mais
j’aime le pécheur.
De tout mon cœur j’aime les communistes. Ils peuvent tuer les chrétiens, non l’amour
que les chrétiens ont pour ceux-là mêmes qui les tuent. Je ne conserve pas la plus
légère amertume, le moindre ressentiment envers les communistes et mes bourreaux.
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IV. La charité du Christ nous presse
Une légende juive raconte que lorsque les Juifs sortirent d’Égypte après que la Mer
Rouge se fût refermée sur les Égyptiens les Anges joignirent leurs chants de triomphe à
ceux des Israélites. Et Dieu dit aux anges : « Les Juifs sont des hommes, ils peuvent
donc se réjouir de leur délivrance. Mais de vous j’attendais plus d’intelligence. N’ai-je
pas aussi créé les Égyptiens ? Est-ce que je ne les aime pas, eux aussi ? Comment ne
sentez-vous pas le chagrin que me cause leur malheureux sort ? »
Quand Josué arriva devant Jéricho, il leva les yeux et vit un homme qui lui faisait face,
une épée nue à la main. Il s’approcha de cet homme et dit : « Es-tu pour nous ou pour
nos ennemis ? » (Josué 5.13).
Si cet inconnu n’avait été qu’un homme, il eût répondu : « Je suis pour vous » ou bien «
Je suis pour vos ennemis » ou encore « Je suis neutre ». C’étaient là les seules
réponses humaines possible. Mais cet être venait d’un autre monde et c’est pourquoi, à
la question de Josué, il donna une réponse inattendue et difficile à comprendre. « Non
», dit-il. Que signifie ce non ?
Cet être venait d’un monde où l’on n’est ni pour ni contre, ou tout et tous sont compris,
considérés avec pitié et compassion, aimés avec ardeur.
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non » où, en dépit de leurs crimes, les communistes sont compris et aimés, où des
êtres angéliques s’efforcent d’aider chaque homme à atteindre le but de sa vie qui est
de ressembler au Christ. Mon objectif est donc de répandre l’Évangile parmi les
communistes et de leur apporter la bonne nouvelle de la vie éternelle.
N’a-t-il pas dit lui-même qu’il aime tous les hommes et qu’il préférerait quitter les 99
brebis qui le suivent plutôt que d’en laisser une seule se perdre loin de lui. En son nom,
les Apôtres et tous les grands Docteurs du christianisme ont enseigné cet amour
universel. Saint Macaire a dit : « Celui qui aime passionnément tous les hommes, mais
assure qu’il en est un, un seul, qu’il ne peut aimer, celui-là n’est plus chrétien car sa
charité n’est pas universelle ». Saint Augustin enseigne : « Si toute l’humanité avait été
composée de justes, à l’exception d’un seul pécheur, le Christ serait quand même venu
subir la même Passion pour ce seul homme, tant il aime chaque personne ».
L’enseignement chrétien est clair. Les communistes sont des hommes et le Christ les
aime. Ainsi se comporte quiconque possède l’esprit du Christ.
Mesurons à l’amour du Christ pour les communistes l’amour que nous avons nous-
mêmes pour eux.
Dans les prisons, j’ai vu des hommes, portant aux pieds 25 kilos de chaînes, torturés au
moyen de tisonniers rougis au feu ; on leur versait dans la gorge de pleines cuillers de
sel puis on les laissait sans une goutte d’eau ; d’autres étaient affamés, roués de coups
; d’autres mouraient de froid ; tous priaient avec ferveur pour les communistes. C’est
inexplicable, humainement ! C’était dans nos cœurs la semence de l’amour du Christ.
Il arrivait que certains de nos bourreaux fussent, eux aussi, jetés en prison. Sous le
régime communiste, partisans, et même cadres sont aussi souvent emprisonnés que
les opposants. Victimes et bourreaux se retrouvaient dans la même cellule.
Pleins de haine, les non-chrétiens battaient ceux qui auparavant leur servaient
d’inquisiteurs ; par contre, les chrétiens prenaient la défense de ces traîtres, malgré le
risque d’être battus eux aussi et accusés de complaisance envers le communisme.
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J’ai vu des chrétiens donner leur tranche de pain (à l’époque où nous n’en touchions
qu’une par semaine) et des remèdes qui pouvaient leur sauver la vie à un bourreau
communiste malade devenu leur compagnon de prison.
Voici quels furent les derniers mots de luliu Maniu, un chrétien qui avait été premier
ministre de Roumanie et qui mourut en prison : « Si les communistes sont renversés
chez nous, le devoir le plus sacré de chaque chrétien sera de descendre dans la rue
pour les défendre, au risque de sa propre vie, contre la juste fureur des foules qu’ils ont
tyrannisées ». Dans les jours qui avaient suivi ma conversion, j’avais eu le sentiment
que je ne vivrais pas longtemps. Quand je marchais dans les rues, chaque femme et
chaque homme que je rencontrais me faisait souffrir physiquement. On aurait dit qu’un
couteau me frappait au cœur, tant me poignait l’inquiétude de leur salut. Quand un
membre de notre congrégation commettait une faute, j’en pleurais pendant des heures.
Le même désir du salut de toutes les âmes me reste au cœur et les communistes n’en
sont pas exclus.
Même isolés dans une cellule, nous ne pouvions plus prier comme auparavant. Nous
étions inimaginablement affamés, aussi faibles que des squelettes ; on nous avait
hébétés jusqu’à nous faire devenir idiots. L’Oraison Dominicale était beaucoup trop
longue pour nous, nous ne pouvions plus nous recueillir assez pour la réciter. Ma seule
prière, et je la répétais sans cesse, c’était : « Jésus, je t’aime ».
Ils ont commis, ils commettent encore des horreurs, mais « l’abondance des eaux ne
peut éteindre l’amour, ni les marées le submerger. L’amour est fort comme la mort. La
jalousie est aussi cruelle que la tombe ». De même que la tombe exige tout — riches et
pauvres, jeunes et vieux, hommes de toutes races, nations et convictions politiques,
saints et criminels — de même la charité embrasse tous les hommes.
Le Christ, qui est la Charité incarnée, n’aura de cesse qu’il n’ait aussi conquis les
communistes.
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Un pasteur venait d’être jeté dans ma cellule. Il était à moitié mort, le sang lui coulait du
visage et du corps, tant il avait été atrocement battu. Nous le lavâmes. Quelques
prisonniers se mirent à maudire les communistes. Il gémit : « Ne maudissez pas, s’il
vous plaît ! Taisez-vous. Je désire prier pour eux ».
Quand je repense à mes quatorze années de prison, j’y retrouve quelques moments de
bon temps. Les autres prisonniers et des gardiens eux-mêmes s’étonnaient de la joie
des chrétiens en de si terribles circonstances. Nous ne pouvions nous empêcher de
chanter, malgré les sanctions prévues.
Les rossignols se tairaient-ils s’ils savaient que leur chant les condamne à mort ? Des
chrétiens dansaient de joie en prison. Dans cette extrémité, d’où pouvait donc provenir
leur allégresse ?
J’ai souvent médité sous les verrous cette parole de Jésus à ses disciples : « Heureux
les yeux qui voient ce que vous voyez ». Les disciples revenaient alors d’une tournée
en Palestine, au cours de laquelle ils avaient vu des horreurs. La Palestine était
occupée ; partout y régnait l’affreuse misère d’un peuple tyrannisé. Maladies, famine,
ulcères, accablement, voilà ce qu’avaient rencontré les disciples. Les maisons où ils
étaient entrés retentissaient de sanglots de mères et d’épouses, celles des patriotes
emmenés dans les prisons. Ah ! certes, ce n’était pas beau à voir. Et pourtant Jésus
disait : « Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez » Pourquoi ? Parce qu’ils
n’avaient pas vu seulement le malheur. Ils avaient vu aussi le Sauveur universel, le
Maître de la béatitude finale, le But que doit atteindre l’humanité. Pour la première fois,
des larves disgraciées, de ces chenilles qui rampent sur les feuilles, comprenaient
qu’après cette misérable existence vient une vie aussi belle que celle du magnifique
papillon multicolore qui vole de fleur en fleur.
Ce bonheur était aussi le nôtre. Autour de moi gisaient des Jobs, quelques-uns plus
affligés que ne le fut Job lui-même. Mais je connaissais la fin de l’histoire de Job, je
savais qu’il lui a été rendu deux fois plus que ce qu’il possédait auparavant. Autour de
moi se trouvaient de pauvres Lazares, faméliques et couverts d’ulcères suintants ; mais
je savais que les anges les emporteraient tous dans le sein d’Abraham. Je les voyais
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tels qu’ils seraient dans cet au-delà. Par-delà le martyr étendu près de moi dans la boue
et la sanie, j’entrevoyais le saint glorieusement nimbé du lendemain.
À regarder ainsi les hommes — non tels qu’ils sont, mais tels qu’ils seront — je pouvais
aussi, en des persécuteurs pareils à Saül de Tarse, entrevoir le futur saint Paul. Et
quelques-uns le sont devenus.
Des officiers de la police secrète devant qui nous avions porté témoignage se sont
convertis et se montrèrent ensuite très heureux de souffrir en prison parce qu’ils avaient
trouvé le Christ. Dans les gardiens qui nous rouaient de coups, nous voyions la figure
de ce geôlier de Philippes qui fouetta saint Paul et se convertit ensuite ; nous rêvions
qu’ils allaient bientôt nous demander : « Que dois-je faire pour être sauvé? » Et ceux
qui riaient lorsque des chrétiens barbouillés d’excréments étaient attachés à des croix
n’étaient-ils pas ces gens du Golgotha qui bientôt allaient se frapper la poitrine dans la
crainte d’avoir péché?
C’est en prison que nous est venu l’espoir de sauver les communistes ; c’est là que
s’est développé le sens de notre responsabilité à leur égard ; c’est lorsqu’ils nous
torturaient que nous avons appris à les aimer.
C’était bien l’endroit qui convenait le mieux. Et c’est aussi dans les prisons des
communistes qu’est née l’idée d’une mission chrétienne auprès des communistes.
Nous voyons les choses autrement que les fourmis et Dieu les voit autrement que nous.
Du point de vue humain, être attaché à des croix et couvert d’excréments constitue une
chose horrible.
Cependant la Bible appelle « afflictions légères » les souffrances des martyrs. Quatorze
ans de prison, cela nous paraît long. Cependant la Bible dit : « Ce n’est qu’un moment à
passer qui nous mérite une immense somme de gloire ». Cela nous donne le droit de
supposer que les furieuses violences des communistes, qui nous semblent
inexcusables et contre quoi nous devons nous élever de toutes nos forces, sont moins
graves aux yeux de Dieu qu’aux nôtres. Devant Dieu, pour qui mille ans sont comme un
jour, peut-être leur tyrannie, vieille d’un demi-siècle, n’est-elle qu’un simple moment
d’aberration ? Ils peuvent encore être sauvés.
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La Jérusalem céleste est une mère, elle aime comme une mère. Les portes du ciel ne
sont pas fermées, la lumière n’est pas éteinte pour les communistes. Comme tout autre
ils peuvent se convertir. Et nous avons le devoir de les appeler à la pénitence.
Seul l’amour les transformera, un amour qu’il ne faut pas confondre avec cette
complaisance envers le communisme à laquelle se laissent aller beaucoup d’autorités
ecclésiastiques. La haine aveugle. Hitler était un anticommuniste, mais haineux : c’est
pourquoi, au lieu de faire leur conquête, il a aidé les communistes à se soumettre le
tiers du monde.
En Afrique la conversion du chef entraînait toute la tribu. Les missions que nous
organisons s’adressent aux hommes du rang, qui peuvent certes devenir d’excellents
chrétiens, mais dont l’influence très réduite est incapable de modifier l’état de choses.
Ce sont les chefs qu’il faut gagner, les personnalités politiques, économiques,
scientifiques, artistiques. Ce sont elles qui manoeuvrent les esprits, qui modèlent les
âmes des hommes. En les gagnant, nous gagnons le peuple qu’elles dirigent et
influencent.
Mais peut-on convertir un dirigeant communiste ? Oui, parce qu’il est aussi malheureux
et menacé que ses victimes. Presque tous les leaders soviétiques russes ont fini en
prison ou exécutés par leurs propres compagnons. De même en Chine. Des Ministres
de l’Intérieur eux-mêmes, tels Yagoda, Yezou, Béria, qui semblaient tenir solidement le
pouvoir entre leurs mains, ont fini comme de simples contre-révolutionnaires : une balle
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dans la nuque et tout fut dit. Récemment Shelepin, ministre de l’Intérieur de l’U.R.S.S.,
et Rankovitch, ministre yougoslave de l’Intérieur, ont été limogés comme des guenilles
malpropres.
Le régime communiste ne rend personne heureux, pas même ses profiteurs. Toutes les
nuits, ceux-ci tremblent dans l’attente du fourgon de police qui viendra les enlever parce
que le parti a changé de ligne. J’ai personnellement connu beaucoup de leaders
communistes. Ce sont des hommes terriblement inquiets. Jésus seul leur donnera le
repos.
Cela comblerait de joie le Christ et les anges, et ce serait le triomphe de l’Église. Toutes
les terres que les missionnaires labourent avec tant de peine, la Nouvelle Guinée par
exemple ou Madagascar, suivront aussitôt si les chefs communistes sont gagnés, parce
que la conversion de ceux-ci donnera au christianisme une impulsion nouvelle.
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doit être l’objectif principal des chefs de l’Église, des directeurs de missions et de tous
les chrétiens attentifs.
Pour le travail de l’Église Clandestine, utilisons, nous aussi, des signes secrets de
reconnaissance. Si nous adoptons ces façons d’agir — ce sera d’ailleurs revenir aux
méthodes des premiers chrétiens — nous travaillerons efficacement pour le Christ dans
les pays communistes.
Or, quand j’ai rencontré tels ou tels chefs de l’Église en Occident, au lieu de cette
charité envers les communistes qui aurait abouti depuis longtemps à l’organisation de
l’apostolat missionnaire derrière le Rideau de fer, qu’ai-je trouvé? La politique de la
complaisance envers les communistes. Je n’ai pas trouvé la compassion du Bon
Samaritain en faveur des âmes égarées de la maison de Karl Marx.
Ce qui fait le vrai croyant ce n’est pas le credo qu’il récite, c’est la foi dans les réalités
pour lesquelles il est prêt à mourir.
Les chrétiens de l’Église Clandestine ont prouvé qu’ils sont prêts à mourir pour leur foi.
L’apostolat que je continue d’exercer peut me valoir un nouvel emprisonnement en pays
communiste, de nouvelles tortures et la mort, parce que je dirige une Mission Secrète
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détachée derrière le Rideau de fer, et que j’en prends sur moi tous les risques. Ce que
j’écris, je le crois.
J’ai le droit de demander : « Les chefs de l’Église de l’Ouest qui font amitié avec le
communisme sont-ils prêts à mourir pour cette foi-là ? Qui les empêche de quitter leurs
hautes situations de l’Ouest pour devenir à l’Est des pasteurs officiels et collaborer —
sur le tas — avec les communistes ? Eh bien ! Aucun chef d’Église en Occident n’a
encore donné cette preuve de foi.
Le langage humain est né du besoin des hommes de se comprendre l’un l’autre pour la
chasse, la pêche, la production des objets nécessaires à la vie et pour exprimer leurs
sentiments réciproques. Il n’existe pas de mots humains pour exprimer les mystères de
Dieu et les altitudes de la vie spirituelle. Il n’en existe pas non plus pour décrire les
profondeurs de la cruauté diabolique. Pouvez-vous trouver des mots capables de définir
ce que ressent un homme que les Nazis vont jeter dans un four crématoire ou qui y voit
jeter son fils ? Il est donc vain d’essayer de décrire ce que des chrétiens ont souffert et
souffrent encore sous les communistes.
Il n’avait pas perdu la raison et cependant ils l’internèrent dans un asile de fous, jusqu’à
ce qu’il devînt fou lui-même. Ils infligèrent le même sort à Anna Pauker, leur
exsecrétaire d’État. Et ce genre de traitement est souvent appliqué aussi à des
chrétiens qui subissent électro-chocs et camisole de force.
Ce qui se passe dans les rues de Chine fait horreur au monde. À la vue de tous, libre
cours y est donné aux Gardes Rouges terroristes. Essayez d’imaginer ce qui peut
arriver aux chrétiens dans ces geôles chinoises où personne ne va voir. Aux dernières
nouvelles, un écrivain évangéliste chinois, ainsi que d’autres chrétiens qui refusaient
d’apostasier, ont eu les deux oreilles, la langue et les jambes coupées.
Mais les communistes commettent un crime pire encore que de torturer les corps et de
tuer. Ils falsifient désespérément les pensées des hommes, pervertissent la jeunesse et
l’enfance. Ils ont placé des agents à eux à des postes de direction dans l’Église pour
dévoyer les chrétiens et détruire les temples. Ils apprennent aux jeunes non seulement
qu’il ne faut pas croire à Dieu et au Christ, mais aussi qu’il faut haïr ces Noms.
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Par quels mots pourrions-nous exprimer le drame des chrétiens qui, rentrant chez eux
après des années de prison, se voient traités avec mépris par leurs enfants devenus en
leur absence des athées militants ?
Ce livre est écrit moins avec de l’encre qu’avec le sang jailli des cœurs transpercés.
Néanmoins, de même qu’au temps de Daniel les trois jeunes hommes sortirent de la
fournaise sans avoir souffert du feu, de même les chrétiens sortis des prisons
communistes ne conservent pas de ressentiment contre leurs bourreaux.
Une fleur, si vous l’écrasez sous vos pieds, se venge en vous donnant son parfum.
Ainsi nos martyrs, en échange des tortures, donnent de l’amour. Nous avons amené au
Christ beaucoup de nos gardiens. Et un seul désir nous domine : donner aux
communistes ce que nous avons de meilleur, le salut qui vient de Notre Seigneur
Jésus-Christ.
Je n’ai pas eu, comme tant de nos frères, le privilège de mourir en prison de la mort des
martyrs. J’ai été libéré, j’ai même pu sortir de Roumanie pour venir en Occident. Et
qu’ai-je trouvé encore en Occident, chez beaucoup de chefs de l’Église ? Le sentiment
contraire de celui qui prédomine dans l’Église Clandestine par-delà les rideaux de fer et
de bambou. La preuve en est qu’ils ne font rien pour sauver ceux qui se trouvent en
pays communistes. Ils ont des missions pour les Juifs, des missions pour les
musulmans, des missions pour les bouddhistes ; ils en ont même pour persuader les
chrétiens de passer d’une confession à une autre. Mais ils n’ont pas de missions pour
les communistes. C’est donc qu’ils ne les aiment pas.
S’il en était autrement, ils auraient créé depuis longtemps ces missions-là, tout comme
Carey par amour pour les Hindous, ou Hudson Taylor par amour pour les Chinois, ont
créé leurs missions en Chine et aux Indes.
Encore n’est-ce pas assez dire. Non seulement ils n’aiment pas les communistes et ne
font rien pour les gagner au Christ, mais, par complaisance, par négligence, et dans
certains cas, par volonté délibérée de complicité, plusieurs chefs des Églises d’Occident
confirment les communistes dans l’infidélité. Ils les aident à s’introduire dans les églises
de l’Ouest, à prendre la direction dans toutes les églises du monde. Et par eux les
chrétiens deviennent inattentifs aux dangers du communisme.
N’aimant pas les communistes, ne se souciant pas de les gagner au Christ (ils
prétextent que ce n’est pas permis — comme si les premiers chrétiens avaient attendu
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de Néron la permission de prêcher l’Évangile I) ils n’aiment pas non plus leur propre
troupeau. Si, en effet, les communistes ne sont pas conquis au Christ, ils conquerront
l’Ouest et y déracineront aussi le christianisme.
Dans les premiers siècles de l’ère chrétienne, il y avait en Afrique du Nord une
chrétienté florissante. Saint Augustin et Saint Cyprien en sont sortis, et Saint Athanase
et Tertullien. Elle ne négligea qu’un seul devoir : convertir les musulmans lorsque cette
nouvelle religion se répandit à partir du r siècle. Résultat : les musulmans envahirent
l’Afrique du nord et en extirpèrent le christianisme pour des centaines d’années.
L’écrivain soviétique Ilya Ehrenbourg dit que si Staline n’avait rien fait d’autre toute sa
vie que d’écrire le nom de ses victimes, il n’aurait pas vécu assez longtemps pour en
dresser la liste. Au XXe Congrès du Parti communiste Krouchtchev a affirmé : « Staline
a liquidé des milliers d’honnêtes et innocents communistes… Sur 139 membres et
candidats du Comité Central élus au XVIIe congrès, 98, soit 70 pour cent, ont été
ensuite arrêtés et exécutés ».
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Imaginez maintenant ce que Staline a pu faire aux chrétiens ! Mais s’il a désavoué son
prédécesseur, Krouchtchev a continué de marcher sur ses traces. Depuis 1959 la
moitié des églises encore ouvertes en Russie Soviétique ont été fermées.
En Chine déferle une nouvelle vague de barbarie pire que celle de la période
stalinienne. Il n’y a plus du tout là-bas de liberté ni de vie pour l’Église. En Russie et en
d’autres pays se produisent de nouvelles arrestations (nous venons justement
d’apprendre qu’en Russie les chrétiens sont arrêtés en masse).
Par la terreur et le mensonge, en des pays qui comptent un milliard d’habitants, la jeune
génération est élevée dans la haine de tout ce qui est occidental, et particulièrement la
chrétienté.
Il n’est pas rare de voir en Russie des autorités locales s’installer devant l’église pour
guetter les enfants. Ceux qui sont pris en train d’y aller sont giflés et repoussés. Les
futurs destructeurs de la chrétienté occidentale sont soigneusement et
systématiquement préparés.
C’est celle qui a permis aux États chrétiens de remplacer la Rome païenne, la force qui,
des Barbares Teutons et Vikings, a fait des chrétiens, la force qui a renversé la
sanglante Inquisition. C’est la puissance de l’Évangile et c’est celle que représente
l’Église Clandestine dans tous les pays communistes.
Soutenir cette Église et l’aider n’est pas seulement affaire de sympathie pour les frères
persécutés. C’est une question de vie ou de mort pour votre patrie et vos églises.
Soutenir l’Église Clandestine n’est pas seulement de l’intérêt des chrétiens libres, ce
devrait être aussi la politique des gouvernements du monde libre.
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d’exercer sa cruelle dictature — mais un changement réel qui tendra vers le
christianisme et la liberté.
Ils avaient réellement cru que le communisme créerait un paradis terrestre qu’ils
opposeraient à ce qu’ils appelaient l’illusoire paradis du ciel. Et maintenant leurs
peuples sont affamés, ils sont obligés d’importer de la nourriture achetée aux pays
capitalistes. Ils avaient foi en leurs chefs ; et ils ont lu dans leurs propres journaux que
Staline a ordonné des exécutions massives et que Krouchtchev est un idiot. De même
pour leurs héros nationaux, Rakosi, Gero, Anna Pauker, Rancovici, et autres. Ils ne
croient plus à l’infaillibilité de leurs chefs ; les voilà pareils à ce que seraient des
catholiques sans Pape.
Le vide s’est fait dans leurs cœurs, et seul le Christ peut le combler. Par nature le cœur
humain cherche Dieu. Chaque homme ressent ce vide spirituel tant que le Christ ne l’a
pas rempli. Cela vaut également pour les communistes. Il y a dans l’Évangile une
puissance d’amour qui peut les attirer, eux aussi. C’est arrivé, je l’ai vu. Je sais donc
que c’est possible.
Des chrétiens tournés en dérision et torturés ont pardonné et oublié ce qui leur a été
infligé, à eux et à leurs familles. Ils font de leur mieux pour aider les communistes à
traverser la crise et à trouver la voie qui mène au Christ. Pour cela, ils ont besoin de
votre secours.
Et pas seulement pour cela. La charité chrétienne embrasse tous les hommes et tous
les peuples. Chez des chrétiens, la partialité ne doit pas exister. Jésus a dit que Dieu
fait luire son soleil pour les méchants comme pour les bons. Ainsi fait la vraie charité
chrétienne.
Les dirigeants chrétiens de l’Ouest qui manifestent de l’amitié pour les communistes se
justifient en invoquant l’enseignement de Jésus : « Et moi je vous dis : aimez vos
ennemis ». Mais jamais Jésus n’a enseigné que, pour aimer nos ennemis, nous devons
oublier nos frères. Ils manifestent leur charité en invitant à leur table des gens dont les
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mains dégouttent de sang chrétien, mais ils ne leur servent pas la bonne nouvelle du
Christ. Et ils oublient ceux que les communistes persécutent.
Ces frères persécutés, ils ne les aiment pas. Au cours de ces sept dernières années les
églises évangéliques et catholiques de l’Allemagne de l’Ouest ont donné 620 millions
de francs pour les sous-alimentés. Les chrétiens d’Amérique donnent même davantage.
Beaucoup de peuples souffrent de la faim, mais je ne crois pas qu’il y ait plus affamés
que les martyrs chrétiens, ni que personne ait droit davantage aux secours de
chrétientés libres. Si les églises allemandes, anglaises, américaines, françaises
récoltent à ce titre tant d’argent, ces secours doivent aller, certes, à tous ceux qui sont
dans le besoin, mais d’abord et en premier lieu aux martyrs chrétiens et à leurs familles.
J’ai été délivré contre rançon versée par des organisations chrétiennes, cela prouve
qu’il est possible de racheter des chrétiens. J’en reste pourtant le seul exemple. N’en
peut-on conclure qu’en certains cas les organisations chrétiennes de l’Ouest
commettent la faute de négliger leur devoir ?
Les premiers chrétiens se demandaient si l’Église nouvelle n’avait été instituée que
pour les Juifs ou si elle devait aussi accepter les Gentils. Cette question a reçu sa juste
réponse. Sous une autre forme, le même problème s’est posé de nouveau au XXe
siècle. Le christianisme n’est pas seulement pour l’Ouest. Le Christ n’est pas propriété
exclusive de l’Amérique, de la France ou des autres pays démocratiques. Sur sa croix,
l’une de ses mains se tendait vers l’ouest, l’autre vers l’est. Il voulait être le roi non
seulement des Juifs, mais aussi des Gentils, le roi des communistes tout autant que du
monde occidental : « Allez ! Enseignez toutes les nations, a-t-il ordonné, et prêchez
l’Évangile à toute créature ».
Son sang a été versé pour tous les hommes et tous doivent entendre l’Évangile et
croire.
Ce qui encourage à le prêcher dans les pays communistes c’est que là-bas les
convertis brûlent de charité et de zèle. Je n’ai jamais rencontré de chrétien tiède chez
les Russes. D’anciens Jeunes Communistes peuvent devenir des disciples
exceptionnels du Christ.
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De même qu’il aime tous les pécheurs et désire les guérir de leurs péchés, le Christ
aime les communistes et désire les guérir du communisme.
Voilà la seule attitude qui convienne et pourtant quelques églises en adoptent une autre
opposée : la complaisance envers le communisme. C’est favoriser le péché, aider au
triomphe du communisme et faire obstacle autant au salut des communistes qu’à celui
de leurs victimes.
Quand, sorti de prison, j’eus retrouvé ma femme, elle me demanda mes intentions pour
l’avenir. Je lui répondis :
Dieu est « la Vérité ». La Bible est « la vérité sur la Vérité ». La théologie est « la vérité
sur la vérité à propos de la vérité ». Le peuple chrétien se noie dans toutes ces vérités
concernant la Vérité et en conséquence ne possède pas « la Vérité ». Mourant de faim,
roués de coups, hébétés, nous avions oublié la théologie et la Bible, les « vérités sur la
Vérité… » et en conséquence nous vivions dans « la Vérité ». Il est écrit : « Le Fils de
l’Homme viendra à l’heure où vous n’y penserez point et vous en ignorez le jour ».
Nous n’y pensions plus. Aux heures les plus sombres de nos souffrances le Seigneur
vint à nous, et les parois de la prison étincelèrent comme des diamants, et la lumière
emplit les cellules. Quelque part, bien loin au-dessous de nous, les bourreaux étaient
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relégués dans le domaine du corps ; l’âme, elle, se réjouissait dans le Seigneur. Cette
joie, nous ne l’aurions pas cédée pour tous les palais des rois.
Rien n’était plus loin de mon esprit. Je ne désirais mener aucune guerre, même juste.
Mon désir était de devenir pour le Christ un temple vivant. Et c’est dans l’espoir de vivre
de tranquilles années de contemplation que je sortis de prison.
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Je me suis rendu à un Congrès Baptiste, lequel était rassemblé sous le signe du
Drapeau Rouge. Les communistes y venaient de désigner les personnalités qui seraient
élues à la direction des églises. Je savais que les ministres chargés des églises légales
étaient des hommes imposés par le Parti. Mais je me suis alors rendu compte que
j’avais devant les yeux ce que Jésus a appelé « l’abomination de la désolation installée
dans le Saint des Saints ».
Lénine a écrit : « Toute idée religieuse, toute idée de Dieu, et même toute sympathie
pour l’idée de Dieu est une abjection inqualifiable de l’espèce la plus dangereuse, la
contagion la plus abominable. Il y a, et de loin, beaucoup moins de danger dans des
millions de péchés, d’actions immondes, d’actes de violence et de maladies
contagieuses que dans la subtile idée spirituelle d’un Dieu ».
Tous les partis communistes des pays soviétiques sont léninistes. Pour eux la religion
est plus néfaste que le cancer, la tuberculose et la syphilis. Et ce sont eux qui nomment
les chefs religieux ! Et c’est avec eux que collaborent et transigent plus ou moins les
dirigeants de l’Église légale !
J’ai vu des enfants et des jeunes empoisonnés par l’athéisme parce que les autorités
religieuses légales sont dans l’impossibilité absolue de s’y opposer. À Bucarest vous ne
trouverez dans aucune église un patronage de jeunes ou une école du dimanche. Les
enfants des chrétiens sont élevés à l’école de la haine.
C’est en voyant tout cela que je me suis mis à détester le communisme plus que je ne
l’avais détesté sous la torture. Je le déteste, non pas à cause de ce qu’il m’a fait subir,
mais pour le tort qu’il fait à la gloire de Dieu, au Nom de Jésus, et aux âmes des
centaines de millions d’hommes qui vivent sous sa domination.
De tous les coins du pays, des paysans venaient me voir et me raconter les méfaits de
la collectivisation. Sur ce qui était autrefois leurs champs et leurs vignes, ils vivaient à
présent comme des esclaves affamés. Ils manquaient de pain, et leurs enfants de lait et
de fruits, et cela dans un pays où la nature est aussi généreuse que dans l’antique
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Chanaan. Des frères m’ont avoué que le régime communiste les acculait au vol et au
mensonge. Pour manger, il leur fallait dérober ce qui autrefois était à eux et maintenant
appartenait à la collectivité; après quoi, pour dissimuler leurs larcins, ils se voyaient
obligés de mentir. Des ouvriers m’ont parlé de la terreur qui règne dans les usines, où
les travailleurs sont exploités suivant des normes de travail dont n’oseraient même pas
rêver les capitalistes. Et le droit de grève ne leur est pas reconnu.
Quant aux intellectuels, en dépit de leurs convictions intimes, ils sont obligés
d’enseigner l’inexistence de Dieu.
Des jeunes filles sont venues se plaindre parce que l’organisation de la Jeunesse
Communiste les avait convoquées, blâmées et menacées. Quelle faute avaient-elles
donc commise ? Elles avaient embrassé un garçon chrétien. Et le Comité leur en
nomma un autre qu’elles auraient le droit d’embrasser.
Je me suis rappelé le grand saint Antoine. Depuis 30 ans, retiré du monde, il vivait dans
le désert et passait son existence à jeûner et à prier, quand il entendit parler de la
dispute entre saint Athanase et Arius à propos de la divinité du Christ. Il abandonna la
vie contemplative et se rendit à Alexandrie pour aider au triomphe de la vérité.
Je résolus de faire ce qui est le devoir de tout chrétien : suivre l’exemple du Christ,
imiter l’Apôtre Paul et les grands saints, abandonner l’idée de la retraite et reprendre la
lutte.
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Mais quel genre de lutte ?
En prison, les chrétiens ne cessaient de prier pour leurs ennemis et de donner à ceux-ci
un magnifique témoignage. Notre vœu le plus ardent était que nos bourreaux fussent
sauvés, et quand cela se produisait nous en ressentions une vive joie.
Or, qu’ai-je trouvé en Occident ? beaucoup d’indifférence. Partout, dans le monde, des
gens de lettres ont protesté quand deux écrivains communistes — Siniavsky et Daniel
— ont été condamnés à la prison par leurs propres camarades.
Et les églises ne protestent pas quand des chrétiens sont jetés en prison pour leur foi.
Qui s’inquiète du frère Kuzyck, condamné pour le crime d’avoir distribué du « poison »,
c’est-à-dire des publications chrétiennes, par exemple les livres de dévotion de Torrey
ou des abrégés de la Bible ?
Je m’agenouille pour baiser leurs chaînes, comme les premiers chrétiens celles de
leurs frères qui partaient pour les arènes où les attendaient les bêtes féroces.
Mais ils n’intéressent pas tels et tels chefs des églises de l’Occident. Les noms de ces
martyrs ne figurent pas sur leurs livres de prières. Tandis qu’on les torturait et
condamnait à mort, certains chefs de l’Église Baptiste Russe et de l’Église orthodoxe —
qui les avaient dénoncés et livrés — étaient reçus en grande pompe à New Delhi, à
Genève et dans d’autres Conférences internationales, où ils affirmaient à qui voulait les
entendre que la liberté religieuse est totale en Russie. Un président du Conseil Mondial
des Églises à même embrassé l’archevêque bolchevik Nicodème qui lui en donnait
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l’assurance ; après quoi ils banquetèrent ensemble au nom prestigieux de ce Conseil
Mondial, cependant qu’au nom de Jésus-Christ les saints, dans leurs prisons, « se
régalaient » de choux farcis d’intestins non lavés — comme ceux que j’ai dû avaler moi-
même.
Qu’est-ce donc, ce « pur Évangile »? Je n’en sais rien. Était-elle pure, la prédication de
Saint Jean Baptiste ? Il ne disait pas seulement « Faites pénitence, car le Royaume de
Dieu est proche », il disait aussi : « Toi, roi Hérode, tu es coupable ». Et parce qu’il ne
s’était pas contenté d’enseigner à moitié, il fut décapité. Jésus ne s’est pas contenté de
prononcer le « pur » Sermon sur la Montagne, il a aussi prononcé ce que certains chefs
actuels de l’Église qualifieraient de « sermon négatif »: « Malheur à vous, Scribes et
Pharisiens hypocrites… génération de vipères ». C’est pour ce prêche « impur » qu’il a
été crucifié, car les Pharisiens ne se seraient pas tellement révoltés contre le Sermon
sur la Montagne.
Il faut appeler le péché par son nom. Dans le monde actuel, le péché le plus dangereux
est le communisme. Tout Évangile qui ne le stigmatise pas n’est pas le pur Évangile. Au
risque de la liberté et de la vie, l’Église Clandestine le stigmatise !
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Pourquoi je souffre en occident
Je souffre à l’Ouest plus que je n’ai souffert dans les pays communistes.
Et d’abord, et avant tout, parce que je soupire après les indicibles beautés de l’Église
Clandestine, cette Église si conforme à l’antique conseil latin : « Nudi nudum Christum
sequi » (suivre nus le Christ nu).
Dans le camp communiste, le Fils de l’Homme et les siens ne trouvent nulle part de
quoi reposer leur tête. Là-bas les chrétiens ne peuvent se bâtir de maisons. À quoi bon
? On les leur confisquerait dès leur première arrestation. La seule possession d’une
maison neuve fournirait contre eux un grave chef d’accusation, car les communistes
voudraient se l’approprier. Là-bas vous ne prenez pas le temps d’ensevelir votre père
ou de dire adieu aux vôtres avant de suivre le Christ. Qui est votre père, votre frère,
votre sœur ? Vous êtes, à cet égard, semblables à Jésus. Votre mère et votre frère sont
ceux qui font la volonté de Dieu. Quant aux liens naturels, peuvent-ils encore compter
lorsqu’il arrive si souvent que la fiancée dénonce son futur, les enfants leurs parents,
les épouses leurs maris ? De plus en plus seule subsiste la fidélité spirituelle.
L’Église Clandestine est pauvre et souffrante, mais elle ne compte pas de tièdes.
Un office religieux y est ce qu’il était voilà dix-neuf cents ans dans la primitive Église. Le
prédicateur ne connaît qu’une théologie sommaire.
Professent-ils leur foi en un Père ? Leur profession de foi est pleine de sens, parce
qu’elle cache un drame. Chaque jour, en prison ils ont demandé du pain au Père tout-
puissant, et ils ont reçu du chou farci d’immondices : ils croient pourtant que Dieu est un
Père tout-puissant. En cela, ils sont pareils à Job qui a dit : « Je croirais en Dieu même
si Dieu me menaçait de mort ». Ils sont pareils à Jésus qui appelait « mon Père » ce
Dieu qui paraissait l’abandonner sur la Croix.
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souffert dans les geôles communistes, parce que je vois maintenant de mes yeux
agoniser la civilisation occidentale.
Cela fut écrit en 1926. Depuis lors, la démocratie et la civilisation sont déjà mortes dans
la moitié de l’Europe et jusque dans la lointaine Cuba. Le reste de l’Occident dort.
Mais il reste une force qui ne s’endort pas, celle des communistes. Tandis qu’à l’Est ils
ont perdu leurs illusions, à l’Ouest le communisme est demeuré virulent. Ses partisans
de l’Ouest ne croient tout simplement pas à ces comptes-rendus fâcheux de cruautés,
de misère et de persécution dans les pays communistes. Poussés par un zèle
infatigable, ils vont propageant partout leur foi, dans les salons des riches, dans les
cercles intellectuels, les collèges, les quartiers pauvres et les églises. Nous autres,
chrétiens, le plus souvent nous n’engageons qu’à moitié notre cœur au service de la
pleine vérité. Eux, ils sont toujours de plein cœur au service du mensonge.
Interminables sont les discussions qui portent sur des mttières de théologie et de rituels
ou sur des détails secondaires.
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Un jour, dans un salon, au cours d’une réception, quelqu’un demanda : « Si vous vous
trouviez sur un navire en perdition et que vous puissiez gagner une île perdue en
emportant avec vous un livre, un seul, de la bibliothèque du bateau, quel livre
choisiriez-vous ? » La Bible, dit l’un. Shakespeare, dit un autre.
Il est plus important pour toutes les confessions et toutes les théologies de conserver la
liberté et de la regretter quand on l’a perdue à cause des persécutions communistes,
que d’insister sur telle ou telle opinion théologique.
« La liberté vous délivrera », a dit Jésus. Il est aussi vrai de dire : « La liberté, la liberté
seule, vous donnera la vérité ». Et au lieu de nous quereller à propos d’insignifiances,
nous ferions mieux de nous unir dans le combat pour la liberté contre la tyrannie du
communisme.
Je souffre aussi parce que je partage les tourments de l’Église située derrière le Rideau
de fer. Moi qui ai passé pas ces tourments, je peux me les représenter.
En juin 1966 les journaux soviétiques Izvestia et Derevenskaia Jizn accusèrent les
Baptistes russes d’enseigner que des enfants doivent être immolés en expiation des
péchés. C’est la vieille accusation de meurtre rituel qui fut longtemps lancée contre les
Juifs. Mais je sais ce qu’elle signifie. J’ai eu dans ma prison en 1953, à Cluj en
Roumanie, un compagnon nommé Lazarovici, condamné pour l’assassinat d’une jeune
fille. Il n’avait que trente ans, mais une seule nuit de tortures avait suffi pour que ses
cheveux devinssent blancs. On eût dit un vieillard. Il n’avait plus d’ongles ; on les lui
avait arrachés un à un pour lui faire avouer ce crime qu’il n’avait pas commis. Au bout
d’un an de supplices, son innocence fut reconnue et il fut relâché. Que lui importait
désormais la liberté? C’était un homme à jamais anéanti.
D’autres peuvent lire ces articles et rire de la stupidité des accusations lancées contre
les Baptistes par la Presse soviétique : je sais, moi, ce qu’elles signifient pour les
accusés.
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Où se trouve à présent l’archevêque Yermogène, de Kaluga (URSS) et les sept autres
évêques qui ont protesté contre les inconditionnels de la collaboration avec le Régime
Soviétique, tels le Patriarche Alexis et l’archevêque Nicodème, simples instruments
manipulés par les communistes ? Si je n’avais vu mourir près de moi les évêques
roumains protestataires, le sort de ces deux pieux pontifes dont je parle m’inquiéterait
beaucoup moins.
Les prêtres Nicolas Eschliman et Gleb Yakunin ont été sanctionnés par le Patriarche
pour avoir demandé la liberté religieuse en faveur de l’Église.
L’Ouest connaît bien cette affaire. Mais je me suis trouvé en prison avec le Père Jean
de Wladimireshti (Roumanie) à qui la même chose était arrivée.
Apparemment il n’avait été frappé que d’une sanction ecclésiastique ; seulement les
chefs de notre Église légale, comme tous leurs confrères des pays communistes,
travaillent la main dans la main de la police secrète, et ceux qu’ils sanctionnent tombent
sous les coups plus efficaces des prisons : tortures, fouets, narcotiques.
Oui ! L’intime désir de mon cœur serait de m’occuper de l’entretien de mon propre
jardin et de n’être pas mêlé à cette lutte gigantesque. J’aimerais tant jouir quelque part
de la tranquillité et du repos.
Hélas ! c’est impossible. Le communisme est à nos portes. Quand ses troupes
envahirent le Tibet, c’en fut fini là-bas de ne s’intéresser qu’à la pure spiritualité. C’en
fut fini tout autant, dans mon pays, pour tous ceux qui ne voulaient pas voir la réalité.
Les Églises furent fermées, les monastères dispersés, il n’en resta que ce qui était
indispensable pour faire illusion aux étrangers. Le tranquille repos dont je rêve me
préserverait certes de la réalité, mais elle mettrait mon âme en grand danger.
Cette lutte, si périlleuse pour ma personne, c’est pourtant mon devoir d’y prendre part.
Si je disparais, soyez sûrs que ce sont les communistes qui m’auront enlevé. Ils m’ont
arrêté dans une rue en 1948 et mis en prison sous un faux nom. Anna Pauker, qui était
notre Secrétaire d’État, dit alors à l’ambassadeur de Suède, Patrick von Reuterswaerde
: « En ce moment même, Wurmbrand flâne dans les rues de Copenhague ». Et
cependant le ministre suédois avait en poche une lettre que j’avais réussi à faire sortir
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en fraude de prison ; il sut ainsi qu’on venait de lui mentir. Cela peut se reproduire. Si je
suis assassiné, ce sera par un tueur aux gages des communistes ; eux seuls ont une
raison de me tuer. Si vous entendez des bruits m’accusant de dépravation, de vol,
d’homosexualité, d’adultère, d’incompatibilité politique, de mensonge ou autres
gentillesses de même genre, ne cherchez pas les responsables : c’est la police secrète
qui mettra à exécution sa menace : « Nous vous détruirons moralement ».
Je tiens de bonne source que les communistes ont décidé de me tuer après ma
déposition devant le Sénat des États-Unis. Ils vont donc attenter soit à ma vie soit à ma
réputation. Ils essaieront de me faire chanter en menaçant de terroriser mes amis de
Roumanie. Leurs moyens sont puissants.
Mais je ne peux pas me taire. Et vous avez, vous, le devoir de prendre au sérieux ce
que je dis. Même si vous pensez que ce que j’ai souffert m’a donné la manie de la
persécution, demandez-vous combien il faut que le communisme soit terrible pour que
ses sujets soient atteints d’un pareil complexe, et combien il faut le craindre puisque
des Allemands de l’Est vont jusqu’à cacher leurs enfants dans des bull-dozers pour
traverser les barbelés au risque d’être tués avec eux.
Les hommes qui souffrent cherchent un bouc émissaire qu’ils chargeront de leurs
fautes. S’ils en trouvent un, leur fardeau sera beaucoup plus léger.
Je ne peux m’y résoudre. Je ne placerai pas le fardeau sur les épaules des chefs
religieux de l’Ouest qui pactisent avec le communisme. Le mal ne vient pas d’eux. Il est
bien plus ancien ; ils sont eux-mêmes ses victimes. Ils n’ont pas créé le gâchis dans
l’Église ; ils l’y ont trouvé.
Depuis que je suis en Occident, j’ai visité beaucoup de séminaires de théologie. J’y ai
entendu des cours sur l’histoire des cloches et de la musique liturgique, sur des règles
canoniques depuis longtemps périmées ou sur une discipline ecclésiastique qui n’a plus
de raison d’être. J’ai vu des étudiants en théologie en train d’apprendre que dans la
Bible l’histoire de la création n’est pas vraie, qu’il n’y a pas eu d’Adam, ni de Déluge, ni
de miracles de Moïse ; que les prophéties ont été écrites après coup ; que la
Conception virginale est un mythe, tout comme la Résurrection de Jésus ; que les
ossements du Christ sont quelque part dans un tombeau ; que les Epîtres ne sont pas
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authentiques ; que la Révélation est l’oeuvre d’un fou… mais que la Bible est tout de
même le Saint Livre (cela nous laisse un livre saint dans lequel sont allégués plus de
mensonges que dans un journal communiste).
Voilà ce que les chefs actuels de l’Église ont appris dans les séminaires. Voilà
l’ambiance dans laquelle ils vivent. Pourquoi auraient-ils foi en un Maître sur lequel on
leur a conté de si étranges histoires ? Pourquoi ces chefs de l’Église croiraient-ils à une
Église où l’on peut en toute liberté enseigner que Dieu est mort ?
L’Église officielle qu’ils dirigent n’est pas l’Épouse du Christ, c’est une Église dont
beaucoup de membres ont livré le Christ et lorsqu’ils rencontrent quelqu’un de l’Église
Clandestine, souffrante et martyre, ils le regardent comme un être d’une espèce
inconnue.
Et puis, il n’est pas juste de ne juger les hommes que sur une partie de leur comporte-
ment. En le faisant, nous serions pareils aux Pharisiens qui reprochaient à Jésus de ne
pas respecter les règles du sabbat. Cela leur cachait ce qu’il pouvait avoir d’aimable,
même à leurs propres yeux.
Les chefs religieux coupables de pactiser avec le communisme peuvent être sincères et
droits en beaucoup de points. Et même ils peuvent revenir de l’erreur qu’ils commettent.
Je me suis trouvé en prison dans la même cellule qu’un prêtre orthodoxe qui écrivait
des sermons athées dans l’espoir qu’il gagnerait ainsi sa liberté. Je lui parlai. Au risque
de ne jamais sortir de prison, il déchira ce qu’il venait d’écrire.
Non, pour alléger le fardeau qui pèse sur mon cœur je ne veux faire de personne un
bouc émissaire.
Autre souffrance, encore. Mes amis les plus intimes eux-mêmes ne me comprennent
pas.
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Certains m’accusent de rigorisme et de ressentiment contre les communistes, et je sais
bien que ce n’est pas vrai.
L’écrivain mosaïque Claude Montefiore a dit que l’attitude de Jésus envers les Scribes
et les Pharisiens, la condamnation publique qu’il a portée contre eux, sont contraires à
son commandement d’aimer nos ennemis et de bénir ceux qui nous maudissent. Et le
Dr. W. R. Matthews, qui a récemment pris sa retraite comme Doyen de Saint-Paul de
Londres, conclut qu’en effet il y avait là incohérence et contradiction provenant de ce
que Jésus n’était pas un intellectuel.
L’idée que Montefiore se faisait de Jésus était fausse. Ces Pharisiens qu’il stigmatisait
publiquement, Jésus les aimait. À son exemple, tout en les dénonçant, j’aime les
communistes et ceux qui sont leurs instruments dans l’Église.
Devait-on leur imposer de parler seulement de la Bible et de ne rien dire contre le tyran
? » Il riposta : « Hitler a exterminé six millions de Juifs. C’était un devoir de s’élever
contre lui ». À quoi je rétorquai « Le communisme a exterminé trente millions de Russes
et des millions de Chinois et d’autres. Il a aussi massacré des Juifs. Faut-il donc ne
protester que lorsque les victimes sont juives, pas lorsqu’elles sont Russes ? » « C’est
tout à fait différent, » conclut mon interlocuteur, et c’est tout ce qu’il me donna en fait
d’explication.
J’ai été roué de coups par la police sous Hitler et sous les communistes et je n’y vois
pas de différence. Dans les deux cas, j’ai tout autant souffert.
Certes, le communisme n’est pas la seule sorte de péché contre lequel la chrétienté
doive lutter ; il y en a beaucoup d’autres et nous ne sommes pas obsédés par ce seul
problème. Mais pour le moment la chrétienté n’a pas d’ennemi plus puissant ni plus
dangereux. Il faut s’unir contre lui. Le redirai-je ? L’homme a pour fin de devenir
semblable à Dieu, et l’objectif essentiel des communistes est de l’en empêcher. Ils
croient qu’après la mort l’homme se transforme en sels et en minéraux. Aussi
ramènent-ils toute son existence au niveau de la matière.
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Ils ne connaissent que les masses. Ils font leur cette parole que le Nouveau Testament
met dans la bouche du démon auquel on vient de demander son nom : « Je m’appelle
légion ». La personnalité — le plus précieux cadeau que Dieu ait fait à l’humanité — ils
veulent l’écraser. Ils ont emprisonné un homme parce qu’il lisait un livre d’Alfred Adler
intitulé : « Psychologie de l’individu »; et les officiers de la police secrète qui l’arrêtèrent
criaient : « L’individu ! Toujours l’individu ! Jamais la collectivité » !
Le Christ désire que nous soyons des personnes humaines. Il n’existe donc pas de
compromis possible entre les communistes et nous. Ils le savent bien. Leur magazine
Nauka i Religia (Science et Religion) écrit : « Religion et communisme sont
incompatibles. Celui-ci est l’ennemi de celle-là. Le contenu du programme du Parti
communiste est un coup mortel asséné à la religion… Il a pour but de créer une société
athée dans laquelle le peuple sera débarrassé à jamais de toute contrainte religieuse ».
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V. L’église du silence
Elle travaille dans des conditions extrêmement difficiles. Dans tous les pays
communistes, l’athéisme est religion d’État. Ils laissent plus ou moins de liberté aux
vieilles gens attachés à leurs pratiques héréditaires, mais les enfants et la jeunesse ne
doivent pas croire. Tout — radio, télévision, théâtre, presse, édition — a pour objectif
l’anéantissement de la foi en Dieu.
L’Église Clandestine n’a que de très faibles moyens à opposer aux forces énormes de
l’État totalitaire. Ses ministres en Russie n’ont pas reçu de formation théologique ; ce
sont des pasteurs qui n’ont jamais lu entièrement la Bible.
Un exemple vous montrera comment beaucoup d’entre eux ont été ordonnés. Nous
avions fait la connaissance d’un jeune pasteur clandestin russe. « Qui vous a ordonné?
» lui demandai-je. Il me répondit : « Il n’y avait plus d’évêque fidèle et l’évêque légal ne
voulait ordonner personne sans l’accord préalable du Parti Communiste. Nous étions
dix jeunes chrétiens. Nous nous sommes rendus sur la tombe d’un évêque martyr.
Deux d’entre nous ont posé leurs mains sur la pierre tombale. Les autres ont formé le
cercle et nous avons demandé au Saint-Esprit de nous ordonner. Et nous sommes sûrs
de l’avoir été par les mains transpercées de Jésus ».
Je tiens l’ordination de ce jeune chrétien pour valide devant Dieu. Eh bien ! Ce sont des
pasteurs ainsi ordonnés, sans formation théologique et souvent fort ignorants de la
Bible, qui continuent là-bas le ministère du Christ.
Telle était l’Église des premiers siècles. De quels séminaires sont sortis les hommes qui
ont mis le monde sens dessus dessous en lui apportant le Christ ? Savaient-ils
seulement tous lire ? Et d’où leur seraient venues les Bibles ? Dieu leur parlait
directement.
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des martyrs récemment sortis des prisons nous paraissait plus poignant que les
ornements sacerdotaux. En fait de luminaire, nous avions la lune et les étoiles. Et les
acolytes qui nous les allumaient, c’étaient les Anges.
Souvent, à l’issue d’un de ces services clandestins, des chrétiens sont arrêtés et
envoyés en prison. Là ils portent leurs chaînes avec autant de joie qu’une fiancée le
bijou offert par son bien-aimé.
En prison, la tempête s’apaise. Les baisers que vous recevez sont ceux du Christ, Il
vous serre dans ses bras, et vous ne céderiez pas votre place pour un trône de roi. Je
n’ai vraiment trouvé la joie chrétienne que dans la Bible, l’Église Clandestine et la
prison.
L’Église Clandestine est opprimée, mais elle a aussi pas mal d’amis, même dans la
police secrète, même parmi les gouvernants, et parfois ces croyants insoupçonnés se
font ses protecteurs. Récemment des journaux se sont plaints du nombre croissant des
« sans-dieu apparents ». Ceux-ci, expliquaient-ils, sont les innombrables fonctionnaires
masculins et féminins placés aux divers échelons de l’administration communiste —
dans les services d’État, les départements de la propagande et partout — qui,
extérieurement, agissent en communistes mais en réalité sont des croyants masqués et
des membres de l’Église Clandestine.
La fidèle Église Clandestine compte dans ces emplois-là des milliers de membres qui
se réunissent en cachette dans des caves, des mansardes, des appartements.
En Russie personne ne se rappelle plus les arguments pour ou contre le baptême des
enfants ou des adultes, pour ou contre l’infaillibilité du Pape. On n’y trouve pas de pré -
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ou de post-millénaristes. Faute de pouvoir interpréter les prophéties, on ne s’y querelle
pas à leur sujet. Mais j’y ai été souvent très étonné de l’aptitude des chrétiens à
démontrer aux athées l’existence de Dieu.
Leurs réponses sont simples. « Si vous étiez invités à un banquet où l’on vous servirait
toutes sortes de mets excellents, croiriez-vous que personne ne les a fait cuire ? Eh
bien ! La nature est un banquet qui nous est offert. Tomates, pêches, pommes, lait,
miel, qui a préparé tout cela pour les hommes ? La nature est aveugle. Si vous ne
croyez pas en Dieu, comment expliquez-vous qu’une nature aveugle ait réussi à nous
confectionner, en si grande abondance et diversité, juste ce dont nous avons besoin ? »
Ils sont capables de prouver qu’il y a une vie éternelle. J’ai entendu l’un d’entre eux
plaider devant un athée en ces termes : « Supposez que vous puissiez parler avec un
embryon et que vous lui disiez que la vie embryonnaire est brève et sera suivie d’une
autre vie véritable et longue. Que vous répondra-t-il ? Tout justement ce que vous, les
athées, vous nous répondez quand nous parlons du ciel et de l’enfer. Il vous dira qu’il
n’y a qu’une vie, celle qu’on mène dans les entrailles de sa mère, et que tout le reste
n’est que superstition. Mais si l’embryon pouvait raisonner, il se dirait à lui-même : «
Voilà qu’il me vient des bras ! Je n’en ai nullement besoin. Je ne peux même pas les
étendre. Pourquoi me viennent-ils ? Probablement en prévision d’un stade futur de mon
existence pendant lequel j’aurai besoin d’eux. Des jambes me poussent aussi, et je suis
obligé de les tenir repliées contre ma poitrine.
Pourquoi ces jambes ? Probablement parce que je vais avoir à vivre dans un autre
monde où je devrai marcher. Des yeux aussi ? Dans ces épaisses ténèbres où ils ne
me servent à rien ? Pourquoi ?
Pourquoi donc avions nous grandi en science et en sagesse puisque cela ne nous sert
plus à rien ?
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Pourquoi des bras, des jambes, des yeux viennent-ils à l’embryon ? C’était en prévision
de ce qui allait suivre. Et nous, si nous grandissons en science et en sagesse, en
expérience, en connaissances, c’est en prévision de ce qui doit suivre. Elles nous
préparent à servir à un niveau plus élevé qui suit la mort ».
La doctrine officielle communiste nie que Jésus ait existé. À cela les ouvriers de l’Église
clandestine ont beau jeu de répondre : « Quel journal avez-vous en poche ? La Pravda
d’aujourd’hui, ou d’hier ?
Laissez-moi voir. Ah ! 14 janvier 1964. Pourquoi 1964? 1964 à partir de quoi ? À partir
d’un un qui n’a pas existé ou n’a joué aucun rôle ? Vous dites que ce Premier n’a
jamais vécu et pourtant vous comptez les années à partir de sa naissance. Le temps
existait avant lui. Mais quand il est venu, il a semblé à l’humanité que tout ce qui s’était
passé auparavant ne comptait pas et que le temps réel commençait avec Lui. Votre
journal communiste lui-même prouve que Jésus n’est pas un être fictif ».
Les pasteurs de l’Ouest affirment généralement que leurs fidèles sont convaincus des
principales vérités chrétiennes alors qu’eux-mêmes ne le sont pas. Il est rare qu’on les
entende prononcer un sermon qui prouve le bien-fondé de notre foi. Par contre, derrière
le Rideau de fer, des hommes qui n’ont jamais appris à le faire donnent à leurs
convertis des bases doctrinales très solides.
Il n’y a pas de ligne de démarcation précise qui permette de dire où finit l’Église
clandestine — principale position de résistance du christianisme — et où commence
l’Église officielle. Toutes deux s’entremêlent. Beaucoup de pasteurs des églises légales
poursuivent parallèlement un ministère secret qui outrepasse largement les limites
fixées par les communistes.
Et chaque pays communisé a eu son Serge. En Hongrie, parmi les catholiques, ce fut le
P. Balogh qui, avec quelques ministres protestants, aida les communistes à s’emparer
de l’État. En Roumanie, c’est avec le soutien du prêtre orthodoxe Burducea, ancien
fasciste, qu’ils prirent le pouvoir ; ses fautes d’autrefois l’avaient obligé à se livrer aux
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Rouges et il devint plus rouge encore que ses nouveaux maîtres ; lors de l’installation
du gouvernement communiste, il se trouvait aux côtés du Secrétaire d’État Vishinski, et
manifesta son approbation en souriant quand celui-ci déclara : « Ce gouvernement
établira le Paradis sur terre et vous n’aurez plus à vous préoccuper d’un Paradis céleste
».
Quant à l’archevêque russe Nicodème, il est bien connu que c’est un indicateur. Le
commandant Deriabin, ex-membre de la police secrète soviétique, a certifié que ce
Nicodème était de ses agents.
Presque toutes les confessions se trouvent dans la même situation. L’Église Baptiste
roumaine s’est vu imposer par la force ses dirigeants actuels, qui dénoncent les
chrétiens fidèles, comme le font les dirigeants des Baptistes de Russie. Le président
des Adventistes roumains m’a dit à moi-même qu’il avait servi d’informateur à la police
secrète dès le premier jour de la prise du pouvoir par les communistes.
Ceux-ci ont fermé beaucoup d’églises, mais pas toutes. Ils ont eu l’astuce d’en laisser
ouvertes quelques-unes, églises piégées qui leur servent de fenêtres pour observer,
contrôler et éventuellement détruire chrétiens et christianisme. Mieux valait, pensaient-
ils, conserver la structure de l’Église afin d’en faire, en même temps qu’un instrument
de surveillance, un moyen de tromper les touristes étrangers. On m’en a offert une à
moi-même, à condition que moi, le pasteur, je dénonce mes fidèles. Il me semble
qu’accoutumés à voir tout en blanc ou noir, les Occidentaux ne comprennent rien à ce
double jeu. Mais l’Église Clandestine n’acceptera jamais ces « Églises-pièges », chaires
de remplacement d’où un faux évangile est « prêché à toute créature », y compris la
jeunesse.
La liturgie orthodoxe est demeurée inchangée et nourrit les cœurs des siens, malgré les
flatteries adressées aux communistes dans les sermons.
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En sorte que des gens se convertissent grâce à des hommes qu’ils considèrent
d’avance comme des traîtres, bien qu’ils sachent que leur conversion sera signalée à la
police et qu’ils auront à cacher leur foi à ceux-là mêmes qui la leur auront donnée par
un sermon corrompu. C’est là le grand miracle de Dieu à propos de quoi il est écrit en
langage symbolique dans le Lévitique (11.37): « Si quelque chose tombe d’un cadavre
(lequel, d’après la loi mosaïque, est impur) sur une semence qui doit être semée, cette
semence sera pure ».
L’honnêteté nous oblige toutefois à reconnaître que les dirigeants de l’Église légale
même parmi les hautes autorités, ne sont pas tous agents des communistes. Il y a dans
les charges ecclésiastiques officielles les plus importantes des membres de l’Église
Clandestine, choisis bien entendu parmi ceux qui ne sont pas obligés de se cacher. Et
ils prennent garde à ce que le christianisme, loin de s’affadir, reste une foi militante.
Quand la police secrète alla fermer le monastère de Vladimireshti, en Roumanie, elle
passa un mauvais quart d’heure, ainsi qu’en beaucoup d’endroits de Russie : plusieurs
communistes payèrent de leur vie le crime d’essayer d’interdire la religion.
Mais les églises légales deviennent de plus en plus rares. Je serais bien étonné qu’il y
en eût encore cinq ou six mille dans toute l’Union Soviétique (pour une population à peu
près aussi nombreuse les Etats-Unis en comptent quelque 300.000). Et ce ne sont pas
des églises comme nous nous les figurons, ce sont le plus souvent des réduits étroits.
Les visiteurs étrangers auxquels on montre à Moscou une église pleine — c’est le seul
temple protestant de cette ville — en déduisent que la liberté religieuse règne là-bas.
Les églises débordent, racontent-ils joyeusement à leur retour. Ils ne voient pas ce qu’il
y a de tragique dans la survie d’une seule église protestante pour sept millions d’âmes.
Et ces réduits-églises, les distances n’en permettent l’accès qu’à huit pour cent de la
population russe. Ce sont donc des multitudes qu’il faut abandonner, ou bien atteindre
par des méthodes clandestines d’évangélisation. Il n’y a pas d’autre choix.
Plus le communisme progresse dans un pays, plus l’Église y est obligée de se cacher.
Et les organisations antireligieuses viennent tenir leurs meetings dans les églises
légales fermées.
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Comment une littérature athée alimente l’église clandestine
À la manière d’Elie ravitaillé par un corbeau, l’Église Clandestine est « alimentée » par
les athées, en raison même de l’habileté et du zèle que ceux-ci déploient pour critiquer
et ridiculiser les versets de la Bible.
Ils ont publié des livres intitulés La Bible comique et la Bible pour croyants et incroyants,
dans lesquels étaient cités nombre de passages bibliques dont ils voulaient prouver la
stupidité. Quelle aubaine pour nous ! Cette critique était si bête que personne ne la
prenait au sérieux. Par contre, ces livres, tirés à des millions d’exemplaires, étaient
remplis de citations qui restaient inexprimablement belles malgré tous les efforts des
communistes pour les tourner en ridicule. Jadis, les « hérétiques » condamnés par
l’Inquisition et conduits en procession à la potence étaient vêtus de toutes sortes
d’habits dérisoires peints de flammes infernales et de démons. Et pourtant quels saints,
ces hérétiques ! Ainsi en va-t-il des vérités de la Bible, même citées par le Diable.
Des milliers de lettres demandant qu’on réimprime ces livres athées parvinrent à la
maison d’édition communiste. Elle s’en réjouit vivement et ne comprit pas que ce
courrier lui était adressé par l’Église Clandestine, laquelle n’avait que ce moyen de se
procurer les Saintes Écritures.
Nous savions très bien aussi profiter des meetings athées. Au cours de l’un d’eux, un
professeur communiste démontrait que Jésus ne fut pas autre chose qu’un magicien. Il
avait devant lui un pichet d’eau. Il y versa une poudre et l’eau devint rouge. « Voilà tout
le miracle, expliqua-t-il. Jésus avait caché dans ses manches une poudre comme celle-
ci ; il prétendit ensuite qu’il avait fait le miracle de changer l’eau en vin. Hé bien !
regardez ! Je vais, moi, faire mieux encore que lui : je vais changer le vin en eau ». Et il
versa une autre pincée de poudre dans le liquide qui vira en blanc, puis redevint rouge
avec une autre pincée, etc. Un chrétien se leva et dit :
- Ce que vous venez de faire nous a beaucoup intéressés, camarade professeur. Nous
ne vous demanderons qu’un petit détail supplémentaire : buvez un peu de votre vin.
- Voilà, constata le chrétien, ce qui fait la différence entre Jésus et vous. Lui, avec son
vin, nous a versé deux mille ans d’allégresse, et vous, avec le vôtre, vous nous
empoisonnez.
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Ce chrétien fut jeté en prison. Mais l’incident, largement répandu, fortifia la foi. Nous
sommes de frêles petits David. Mais nous sommes plus forts que le Goliath de
l’athéisme, parce que Dieu est avec nous. C’est nous qui possédons la Vérité.
Un orateur communiste donnait un jour dans une usine une conférence sur l’athéisme.
Tous les ouvriers avaient reçu l’ordre d’y assister et parmi eux se trouvaient beaucoup
de chrétiens.
Tranquillement assis, ils écoutèrent les arguments avancés contre Dieu et la stupidité
de la foi au Christ. Le conférencier s’efforçait de démontrer qu’il n’y a pas de monde
spirituel, ni de Dieu ; ni de Christ, ni d’au-delà et que l’homme n’est que matière sans
âme. « Il n’y a que matière, répétait-il, seule la matière existe ». Un chrétien se leva et
demanda la parole. Elle lui fut accordée. Il saisit alors sa chaise pliante, la leva, la jeta à
terre et resta immobile un moment à la regarder. Après quoi il alla gifler le conférencier.
Celui-ci fut pris d’une violente colère. Le visage rouge d’indignation, hurlant des
obscénités, il appela ses camarades communistes pour faire arrêter l’audacieux.
- Vous venez de nous prouver vous-même, répliqua le chrétien, que vous êtes un
menteur.
Vous nous avez dit : tout est matière, rien que matière. J’ai pris une chaise et je l’ai
jetée par terre.
Elle est vraiment matière, elle ne s’est pas mise en colère, elle n’est rien que matière et
la matière ne peut pas devenir folle de colère. Mais vous, quand je vous ai giflé, vous
n’avez pas réagi comme la chaise ; au contraire, la colère vous a rendu furieux.
J’en conclus, camarade professeur, que vous avez tort. L’homme n’est pas seulement
matière. Nous sommes des êtres spirituels ».
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Pouvez-vous imaginer qu’à l’approche de la mort un chrétien regrette d’avoir été
chrétien et appelle Marx et Lénine à le débarrasser de sa foi ? »
L’officier se mit à rire : « Voilà une réponse ingénieuse, » dit-il. Je poursuivis : « Quand
un ingénieur a construit un pont, si un chat passe dessus cela ne prouve pas que le
pont est solide. Il y faut le passage d’un train. Que vous soyez athée quand tout va
bien, cela ne prouve pas l’excellence de l’athéisme ; il ne vous sera pas d’un grand
secours dans les moments de crise grave ». Et je lui prouvai, d’après les oeuvres de
Lénine, que, même après être devenu premier ministre de l’Union Soviétique, Lénine
priait quand les choses tournaient mal.
Nous sommes sans inquiétude, nous pouvons attendre en toute tranquillité la suite des
événements. Ce sont les communistes qui sont inquiets. Et, en multipliant leurs
campagnes antireligieuses, ils illustrent ce mot de Jésus à saint Augustin : « Votre cœur
est inquiet jusqu’à ce qu’il se repose en Moi ».
Si vous l’aidez, vous, chrétiens libres, l’Église Clandestine pourra conquérir les cœurs
des communistes et changer la face du monde. Elle le pourra parce qu’il est contre
nature d’être communiste. Le chien tient à son os. Et le cœur des communistes se
révolte contre le rôle qu’on leur fait jouer et les absurdités qu’on les oblige à croire.
Certains nous affirmaient-ils que tout est matière, que nous ne sommes qu’une poignée
d’ingrédients chimiques agglomérés d’une certaine façon et qu’après la mort nous
redevenons sels et minéraux ? Il suffisait de leur demander : « Comment se fait-il alors
qu’en tant de pays des communistes aient donné leur vie pour leur idéal ? Une poignée
de produits chimiques peut-elle avoir un idéal ? Des minéraux peuvent-ils se sacrifier
volontairement pour le bien d’autrui ? » À ces questions, ils se voyaient incapables de
répondre.
Et la brutalité? Les hommes n’ont pas été créés brutes et ne peuvent supporter
longtemps d’être des brutes. On l’a bien vu lors de la défaite des nazis : certains se sont
donné la mort, tandis que d’autres se repentaient et confessaient leurs crimes.
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Significatif est le niveau très élevé de l’ivrognerie dans les pays communistes. Elle
provient du désir de s’échapper vers une vie plus libre que le communisme rend
impossible. Le Russe moyen est profond, doué de beaucoup de cœur et généreux.
Ne trouvant pas dans le communisme, qui est une ombre superficielle, la vie profonde
qu’il recherche, il la demande à l’alcool. L’alcoolisme exprime son horreur de l’existence
brutale et décevante qu’on l’oblige à vivre. Il demande à l’alcool de lui prêter un moment
ce qu’il posséderait s’il était libre.
Une fois, à Bucarest, pendant l’occupation russe, je ressentis l’irrésistible désir d’entrer
dans une taverne. Je demandai à ma femme de m’accompagner. Quand nous
entrâmes, un capitaine russe, revolver en main, exigeait un verre de plus qu’on lui
refusait parce qu’il était déjà ivre.
Je me mis à lui parler du Christ. Il m’écouta avec une attention que je n’espérais pas. À
la fin, il me dit :
- Vous venez de me raconter qui vous êtes ; à mon tour de vous révéler qui je suis. Je
suis un prêtre orthodoxe qui fut des premiers à renier sa foi quand commença la grande
persécution sous Staline. Je m’en fus alors de village en village donner des
conférences où je niais l’existence de Dieu. Je disais : « J’ai été prêtre, c’est-à-dire que
je vous ai menti et trompés. Tous les prêtres sont des menteurs ». Mon zèle fut très
apprécié. Je fus nommé officier dans la police secrète. Dieu m’a puni ; ma punition est
d’avoir avec cette main-là tué des chrétiens, après les avoir torturés. Et maintenant, je
bois pour pouvoir oublier ce que j’ai fait. Hélas ! je n’oublie pas.
Nombreux sont les communistes qui se donnent la mort. Par exemple les grands
poètes Essénine et Maiakovski, et le grand écrivain Fadeev. Celui-ci venait de terminer
un roman intitulé Le bonheur, dans lequel il expliquait que le bonheur consiste à
travailler pour le communisme. Il en était lui-même tellement heureux qu’il se tua ; son
âme ne pouvait plus supporter une existence aussi écrasante. Jof-Tomkin, qui avaient
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été sous les tsars des leaders communistes militants, ne purent pas non plus supporter
le spectacle de la réalité communiste : tous deux finirent par le suicide.
Les communistes, même leurs grands chefs, ne connaissent pas le bonheur. Staline
était très malheureux ! Après avoir exécuté presque tous ses anciens compagnons, il
vécut constamment dans la crainte du poison ou de l’assassinat. Il disposait de huit
chambres à coucher qui pouvaient être closes aussi hermétiquement que des coffres-
forts dans une banque. Personne ne savait dans laquelle il s’enfermerait la nuit
suivante. Il ne mangeait pas si le cuisinier ne goûtait d’abord devant lui le plat présenté.
Non, le communisme ne rend personne heureux, pas même ses dictateurs. En
l’abattant, nous délivrerons non seulement ses victimes, mais aussi les communistes
eux-mêmes. Ils ont besoin du Christ : c’est leur besoin le plus profond. L’Église
Clandestine travaille à le satisfaire. Aidez-la !
Dans son ouvrage sur Les Catacombes de Dieu un pasteur, qui se cache sous le
pseudonyme de « Georges », rapporte l’incident que voici. Un capitaine de l’armée
russe en Hongrie vint demander à un pasteur un entretien seul à seul.
- Vous savez que c’est un mensonge, dit-il au pasteur. C’est un truc d’illusionniste dont
vous, les prêtres, vous vous servez pour abuser les pauvres gens afin que les riches les
maintiennent plus facilement dans l’ignorance. Allez ! nous sommes seuls. Avouez :
vous n’avez jamais cru que Jésus-Christ était le Fils de Dieu.
- Mais si ! dit en souriant le pasteur. Mais si ! malheureux jeune homme, bien sûr que je
le crois.
C’est la vérité.
- Ne vous amusez pas à ça avec moi, hurla le capitaine. Assez plaisanté. Je parle
sérieusement.
Ce disant, il dégaina son revolver, colla le bout du canon contre la poitrine de son
interlocuteur.
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- Avouez que vous mentez, ou je fais feu.
Ô surprise ! Le capitaine jeta son arme à terre et embrassa le pasteur. Des larmes lui
coulaient des yeux.
- C’est donc vrai ! s’écria-t-il, c’est donc bien vrai ! Je le crois, moi aussi, mais j’ai voulu
m’assurer par moi-même qu’il y a des hommes prêts à mourir pour cette vérité. Oh !
merci ! Vous me confirmez dans la foi. Je peux, moi aussi, maintenant, mourir pour le
Christ. Vous venez de me montrer comment on fait.
J’ai connu d’autres cas semblables. Au temps où les Russes occupaient la Roumanie,
deux de leurs soldats entrèrent dans une église, le fusil à la main et crièrent :
- Nous ne voulons pas de votre foi. Reniez-la tout de suite. Ceux qui refuseront, nous
les abattrons sur-le-champ. Les autres, rangez-vous à droite.
Quelques fidèles passèrent à droite ; ordre leur fut donné de sortir de l’église et de
rentrer chez eux.
Pour sauver leur vie, ils s’enfuirent. Après leur départ, les soldats embrassèrent ceux
qui étaient restés et dirent :
- Nous aussi, nous sommes des chrétiens. Nous désirions nous trouver entre amis, et
nous n’en voulons pas d’autres que des gens pour qui la vérité mérite que l’on meure
pour elle.
Voilà les hommes qui combattent pour l’Évangile dans nos pays. Et pas seulement pour
l’Évangile, mais aussi pour la liberté.
À l’Ouest, beaucoup de chrétiens passent une partie de leur temps chez eux à écouter
de la musique. Chez nous aussi on peut en entendre, mais son bruit couvre des
conversations sur l’Évangile et sur le travail de l’Église clandestine, de manière que les
voisins ne surprennent rien de ce qui se dit et n’en puissent informer la police secrète.
Qu’ils sont heureux là-bas quand, trop rarement, l’occasion leur est donnée de
rencontrer de vrais chrétiens venus de l’Occident !
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Qu’importe l’homme qui écrit ces lignes ! Il est la voix de ceux qui sont sans voix, de
ceux qui sont muselés et dont personne à l’Ouest ne s’inquiète.
En leur nom, je vous conjure d’être très sérieusement attentifs aux problèmes de la foi
et de la chrétienté. En leur nom, je réclame vos prières et votre aide matérielle pour les
fidèles de l’Église clandestine persécutés dans les pays communistes.
Nous les conquerrons certainement, les communistes. J’ai dit pourquoi. D’abord et
avant tout parce que Dieu est avec nous ; ensuite parce que notre message correspond
aux besoins les plus profonds de leurs cœurs. Plusieurs d’entre eux, qui sont passés
par les prisons nazies, m’ont avoué qu’ils avaient prié pendant les heures difficiles. J’ai
même vu de leurs officiers mourir en murmurant : « Jésus, Jésus ».
Les Russes peuvent interdire les publications chrétiennes d’aujourd’hui ; il reste les
œuvres de Tolstoï et de Dostoievski, et leurs lecteurs y trouvent la lumière du Christ. De
même les Allemands de l’Est dans Goëthe, les Polonais dans Sienkiewicz, etc. Le plus
grand écrivain roumain est Sadoveanu : les communistes ont publié sa Vie des Saints
sous le titre la Légende des saints, mais sous ce titre différent subsistent les exemples
qui poussent à
Quand j’invoque Jésus devant un communiste, j’ai comme allié et appui le besoin le
plus profond de son cœur. Pour cet homme, le plus difficile n’est pas de répondre à
mes arguments, c’est de faire taire la voix de sa propre conscience, laquelle me donne
raison.
J’ai connu des professeurs de marxisme qui, avant leurs cours d’athéisme, priaient Dieu
de leur venir en aide. J’ai connu des communistes qui allaient très loin à nos réunions
secrètes. Quand ils étaient repérés, ils mentaient et protestaient qu’il ne s’agissait pas
d’une réunion de l’Église clandestine ; puis, en pleurant, ils regrettaient de n’avoir pas
eu le courage de confesser la foi qui les y avait conduits. Ce sont des hommes, eux
aussi.
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Le Christ aime les communistes. Il est possible, et c’est un devoir, de les amener à Lui.
Cela ne se fera au-delà du Rideau de fer que par l’Église Clandestine. Quiconque, par
conséquent, veut satisfaire le désir du Coeur de Jésus — qui est de sauver toutes les
âmes — doit soutenir cette Église dans ses efforts. « Enseignez toutes les nations », a
ordonné Jésus. Il n’a pas dit de s’arrêter devant le Rideau de fer. La foi en Dieu et cet
ordre souverain nous imposent l’obligation de le franchir pour atteindre ne serait-ce
qu’un homme sur trois de ceux qu’asservit le communisme.
Et cela, nous pouvons déjà le faire ici, en secondant l’effort de l’Église Clandestine.
Ils sont des milliers qui ont été éloignés de leur troupeau parce qu’ils ont refusé de
transiger sur l’Evangile. Beaucoup d’entre eux ont enduré des années de prison et de
torture. Relâchés, ils ont aussitôt repris du service dans le ministère secret de l’Église
Clandestine. Leurs églises ont été fermées par les communistes ou bien ils ont été
remplacés par d’autres desservants plus « coopératifs », mais ils se livrent à un
apostolat plus efficace dans des granges, des greniers, des caves, des champs de foin
la nuit, dans toutes les « caches » où ses rassemblent les fidèles. Ils sont des « martyrs
vivants » qui ne céderont jamais à la crainte de nouvelles arrestations et de nouvelles
tortures.
C’est l’immense armée des hommes et des femmes qui se dévouent pour la foi. Il faut
d’abord bien comprendre qu’en Russie et en Chine il n’y a plus de chrétiens purement
nominaux, tièdes et somnolents ; le prix à payer y est beaucoup trop élevé. Il faut
ensuite se l’appeler que les persécutions ont toujours produit des chrétiens meilleurs,
des chrétiens qui n’ont pas peur de témoigner, des conquérants d’âmes. La persécution
communiste a chauffé les nôtres à blanc ; elle en a fait des apôtres d’un zèle ardent,
dont on voit rarement l’égal dans les pays libres, et qui ne comprennent pas que l’on
puisse être chrétien sans brûler du désir de gagner toutes les âmes que l’on rencontre.
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L’Étoile Rouge (qui est le journal de l’Armée russe) s’est moquée des Russes chrétiens
en ces termes : « Les adorateurs du Christ aiment planter sur n’importe qui leurs griffes
de gloutons ». C’est avouer que par l’éclat de leur vie ils se gagnent l’estime et le
respect dans leurs villages et leurs alentours. Dans chaque localité, dans chaque ville,
c’est eux que l’on recherche de préférence, et on les aime. Une femme est-elle trop
malade pour s’occuper de ses enfants ? Une mère chrétienne vient prendre soin d’eux.
Un homme est-il incapable de scier son bois ? Un chrétien le fait pour lui. Ils « vivent »
leur christianisme. Aussi, lorsqu’ils se mettent à témoigner pour le Christ, on les écoute
et on les croit parce qu’on voit le Christ vivre en eux. Depuis que, seuls, les pasteurs
autorisés par l’Etat peuvent prêcher dans les églises, des millions de chrétiens fervents
et généreux gagnent des âmes dans tous les coins du monde communiste, en prenant
la parole ou en exerçant la charité sur les marchés, autour des pompes de village, et
partout où l’occasion s’en présente. Ouvrez les journaux communistes. Vous y verrez
que des bouchers chrétiens glissent des tracts évangéliques dans les papiers qui
enveloppent la viande remise au client.
Vous y verrez que des chrétiens occupant des emplois d’autorité dans les imprimeries
communistes reviennent furtivement tard dans la nuit, mettent des presses en marche,
tirent des milliers de textes chrétiens et repartent avant le lever du jour. Vous y verrez
qu’à Moscou des enfants chrétiens ont reçu des Évangiles provenant de « source
inconnue », en ont copié des passages à la main, et les ont glissés dans les poches
des pardessus que leurs maîtres suspendaient dans les placards de l’école. Dans tous
les pays communistes un immense corps de laïcs, hommes et femmes, constitue déjà
une force missionnaire puissante, efficace et qui conquiert les âmes.
Des missionnaires revenus de Cuba ont déclaré qu’une « église laïque » est entrée en
action là-bas depuis que les pasteurs fidèles sont emprisonnés, ou persécutés, ou
remplacés par des « desservants » communistes.
Ces millions de laïcs croyants, sincères, fervents, zélés, les communistes espéraient
bien que la persécution les détruirait. Au contraire, ils sont sortis de la fournaise purifiés
et trempés.
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3 - Pasteurs et desservants officiels qui refusent d’être bridés et de se taire.
Le troisième centre vital de l’Église Clandestine est constitué par le vaste corps des
pasteurs qui restent fidèles dans les églises légales, mais y sont contrôlés et muselés.
L’Église Clandestine n’est pas sans communication avec l’autre. Dans plusieurs pays
communistes, Yougoslavie, Pologne, Hongrie, nombreux sont les membres du clergé
officiel qui exercent un ministère parallèle secret. En certaines régions, les rapports sont
étroits entre eux et les clandestins. Ils ont interdiction de parler du Christ en dehors de
leur réduit-église, de rassembler les enfants et les jeunes, et la peur détourne d’eux les
non-chrétiens. Ils ont interdiction d’aller chez leurs fidèles prier pour les malades.
Bloqués de tous côtés par les règlements communistes qui font de la « liberté religieuse
» une fumisterie, leur ministère officiel n’a plus de sens.
Alors, très souvent, ils risquent courageusement leur liberté pour se livrer en cachette à
un ministère qui déborde amplement les limites imposées par les communistes :
apostolat auprès des enfants et des jeunes, prédications dans les demeures privées et
les caves, contrebande de textes chrétiens destinés aux âmes affamées, tout cela
comme s’ils ignoraient les interdictions officielles, auxquelles en apparence ils obéissent
docilement tout en faisant bon marché de leur vie pour répandre secrètement la Parole
de Dieu. En Russie dernièrement, beaucoup ont été surpris, arrêtés et condamnés à
plusieurs années de prison.
Les chrétiens des premières décennies ne savaient pas non plus qu’ils étaient
chrétiens. Si vous les aviez questionnés sur leur religion, ils vous auraient répondu
qu’ils étaient Juifs, Israélites, partisans du Messie Jésus, frères, saints, enfants de Dieu.
Le nom de chrétiens leur a été donné par d’autres bien plus tard, et pour la première
fois à Antioche.
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Aucun de ceux qui suivaient Luther ne savait qu’il était luthérien, et Luther lui-même
protestait avec énergie contre cette dénomination.
Le nom d’Église Clandestine nous est venu des communistes, et aussi des Occidentaux
qui, curieux de la situation religieuse à l’Est, pressentaient qu’une organisation secrète
s’y était formée spontanément. Quant à eux, les membres de cette Église se
dénomment eux-mêmes chrétiens, croyants, enfants de Dieu. Mais ils poursuivent un
travail clandestin, ils se rencontrent à l’écart, ils répandent l’Évangile dans des réunions
tenues en cachette, où se trouvent parfois des étrangers qui diront n’avoir pas vu
l’Église clandestine. Ainsi ce qualificatif, qui lui convient tout à fait, a été donné à notre
Église tant par des ennemis que par des admirateurs étrangers de son organisation
secrète.
Vous pouvez voyager pendant des années en Occident sans jamais rencontrer un
espion soviétique avoué. En faut-il conclure qu’il n’y a pas d’espions soviétiques à
l’Ouest ? Non, mais qu’ils ne sont pas assez sots pour se livrer à la curiosité des
voyageurs.
On trouvera dans le chapitre qui suit des extraits de la Presse Soviétique prouvant
l’existence et l’importance grandissante de la vaillante Église Clandestine.
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VI. L’iceberg
Je vous ai appelés à l’aide pour que le Christ soit prêché aux communistes et aux
peuples qu’ils oppriment. Cette prétention est-elle « chimérique » et « irréalisable »?
Est-il au contraire possible de la réaliser ?
Les communistes sont en train de célébrer le cinquantenaire (La première édition de cet
ouvrage a été publiée en octobre 1967) de leur prise de pouvoir. Mais cette victoire est
une défaite. Le vainqueur, c’est le christianisme. La presse russe, que notre
organisation scrute soigneusement, abonde en informations sur l’Église clandestine.
Celle-ci est devenue si puissante qu’elle travaille assez ouvertement pour effrayer les
communistes. Et d’autres informations provenant d’autres sources confirment les
comptes-rendus des journaux soviétiques.
Le sommet de l’iceberg
Le 7 novembre 1966, à Suhumi (Caucase) l’Église clandestine tint une grande réunion
publique. Beaucoup de croyants étaient venus de diverses autres villes pour y
participer.
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Après l’appel à la repentance, quarante-sept jeunes acceptèrent le Christ et furent
aussitôt baptisés dans la Mer Noire, comme cela se faisait aux premiers temps de
l’Église.
Ils n’avaient pas reçu de formation religieuse préalable. Après 50 ans de dictature
communiste, privés de Bibles et de tout autre livre chrétien, dépourvus de séminaires,
comment les pasteurs pourraient-ils être des théologiens consommés ? Le diacre
Philippe ne l’était pas davantage ; et cependant lorsque l’eunuque, avec lequel il avait
peut-être parlé une heure seulement, lui demanda : « Voici de l’eau, qu’est-ce qui
t’empêche de me baptiser ? »
Philippe répondit : « Si tu crois de tout ton cœur, lu peux l’être ». Ils descendirent
aussitôt dans l’eau et le converti fut baptisé (Actes 8.36-38).
L’eau ne manque pas dans la Mer Noire et l’Église clandestine a repris les pratiques
des emps bibliques.
Cinq cents croyants étaient venus. Le seul amour du Christ les y avait poussés. Ils
savaient qu’ils risquaient leur liberté, ils savaient que la prison, ses privations et ses
tortures les attendaient.
En Russie tous les croyants connaissent le « Manifeste secret » imprimé à Barnaud par
les Chrétiens Évangéliques. Il raconte comment madame Hmara, du village de
Kulunda, a appris la mort en prison de son mari, qui la laissait veuve avec quatre jeunes
enfants. Quand elle reçut la dépouille, elle put remarquer sur les poignets les traces des
menottes ; les mains, les doigts, la plante des pieds étaient affreusement brûlés ;
l’abdomen montrait des cicatrices de coups de couteau. Un oedème gonflait le pied
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droit. Les deux pieds présentaient des traces de coups. Tout le corps était zébré de
plaies provenant de cruelles flagellations.
« Ne craignez pas ceux qui peuvent tuer le corps mais ne peuvent tuer l’âme ».
« Et je vis sur l’autel ceux qui sont morts ! mur la Parole de Dieu ».
Il y en avait partout, jusque sur les toits voisins et dans les arbres, comme Zachée
autrefois. Quatre-vingts personnes se convertirent, surtout des jeunes, dont 33 étaient
d’anciens Komsomols (membres de l’organisation de la Jeunesse Communiste). Les
Croyants traversèrent ensuite toute la ville en direction du Don, où les convertis furent
baptisés.
Bientôt survinrent des autos pleines de policiers communistes qui les acculèrent au
fleuve dans l’intention de se saisir de ceux des frères qui administraient les baptêmes.
(Impossible d’arrêter 500 personnes à la fois). Aussitôt les croyants s’agenouillèrent et
adressèrent à Dieu une fervente prière qui le suppliait de défendre son peuple et de
permettre d’achever la cérémonie. Après quoi, frères et sœurs, épaule contre épaule,
entourèrent leurs ministres dans l’espoir vain d’empêcher leur arrestation. La situation
était dramatique.
L’une d’elles demande aux parents — et je trouve cela excellent — « d’emmener leurs
enfants aux enterrements pour leur apprendre à ne pas s’attrister à propos de choses
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qui passent ». Elle leur demande aussi de procurer à leurs enfants une éducation
chrétienne comme antidote contre l’athéisme qui les empoisonne dans les écoles
communistes. Et l’article se termine ainsi : « Pourquoi les enseignants se mêlent-ils si
timidement de la vie des familles où les enfants sont rendus idiots (par la religion)? »
Le même « Journal de l’Enseignant » a raconté ce qui est arrivé lors du jugement des
frères qui avaient administré des baptêmes en cachette. « Devant le tribunal des jeunes
croyants appelés comme témoins montrèrent insolence et dédain.
Leur attitude était une hostilité fanatique. De jeunes femmes, témoins elles aussi,
regardaient les défenseurs avec admiration et le public athée avec réprobation ».
Les membres de l’Église Clandestine ont bravé les coups et la prison pour aller
réclamer, devant le Quartier Général du Parti Communiste en Russie, une plus large
liberté.
Le document explique que ces 500 délégués se tinrent toute la journée devant
l’immeuble. C’était la première manifestation publique anticommuniste à Moscou, et elle
était le fait d’une délégation de l’Église Clandestine. À la fin du jour, ils firent transmettre
à Brejnev une seconde pétition dans laquelle ils se plaignaient du fait qu’un certain «
camarade » Stroganov avait refusé la première et les avait menacés.
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Toute la nuit, en dépit des cars qu’on faisait circuler pour les arroser de boue et
d’ordures, sans parler des insultes, et malgré la pluie, ils demeurèrent devant le siège
du Parti. Le lendemain matin, on leur proposa d’entrer dans un autre immeuble où les
recevraient des sous-ordres ; mais « sachant que les croyants reçus par les autorités
ont été souvent battus à l’entrée des immeubles où il n’y avait pas de témoins, la
délégation refusa unanimement et continua d’attendre que Brejnev la reçût ».
Quand les véhicules furent pleins, les croyants furent emmenés vers une destination
inconnue. Ils chantaient et nous entendions les chants de nos frères et de nos sœurs
s’élever des fourgons de la police secrète. Tout cela s’est passé en présence d’une
foule de spectateurs ».
Mais voici plus beau encore. Après l’arrestation de ces 500 délégués, qui furent
certainement torturés ensuite, Frère G. Vins et un autre membre du Comité « illégal »,
Horev (vrais bergers du troupeau du Christ) eurent le courage d’aller au Comité Central
du Parti Communiste — exactement comme après l’arrestation de saint Jean Baptiste
Jésus commença rn prédication publique au même endroit et dans les mêmes termes
pour lesquels Jean souffrait : « Repentez-vous car le Royaume de Dieu est proche ».
Vins et Horev demandèrent où se trouvaient les délégués arrêtés et réclamèrent leur
libération. Et ces deux frères courageux disparurent, eux aussi, tout simplement.
Avaient-ils peur, ces chrétiens de l’Église Clandestine ? Mais non, puisque aussitôt
d’autres risquèrent de nouveau leur liberté en publiant le document que j’ai sous les
yeux et qui raconte cette histoire, à quoi il ajoute : « À eux-là, la grâce a été donnée non
seulement de croire au Christ, mais encore de souffrir pour Lui » (Philippiens 1.29).
Puis cette exhortation aux frères : « Que personne ne se laisse ébranler par ces
tribulations, auxquelles, vous le savez, nous sommes destinés » (1 Thessaloniciens
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3.3). Et aussi l’Épître aux Hébreux (Hébreux 12.2) qui invite les croyants à avoir « les
yeux fixés sur Jésus, l’auteur et le réalisateur de la foi, qui, au lieu de la joie qui lui était
proposée, a supporté la croix dont il a méprisé l’infamie ».
Pravda Vostoka a publié le procès des chrétiens Alexei Neverov, Boris Germashov, et
Axen Zubov qui organisaient des réunions pour écouter les émissions évangéliques
d’Amérique dont ils prenaient des copies qu’ils faisaient circuler. Ils étaient également
accusés d’avoir organisé des rencontres évangéliques secrètes sous forme
d’excursions et de réunions artistiques. Voilà le travail de l’Église Clandestine, à la
manière même de l’Église primitive dans les catacombes de Rome.
Quand le tribunal annonça la condamnation de ces accusés pour crime d’avoir chanté
des hymnes chrétiens en public, les condamnés tombèrent à genoux et dirent : « Nous
nous remettons entre les mains de Dieu. Merci à Toi, Seigneur, parce que tu nous a
accordé de souffrir pour notre foi ». Puis les assistants, entraînés par le « fanatique »
Madan, chantèrent devant la cour l’hymne pour lequel leurs frètes venaient justement
d’être condamnés à la prison et à la torture.
Pour le premier Mai, les chrétiens des villages de Copceag et de Zaharovska, faute
d’églises, ont organisé un service divin dans la forêt. Ils organisent aussi des réunions
sous prétexte de célébrer un anniversaire. Beaucoup de familles qui comptent quatre
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ou cinq membres prétextent ainsi jusqu’à 25 anniversaires par an pour tenir des
réunions secrètes.
Et ne vous figurez pas, quand vous entendez parler de la condamnation d’un chrétien
russe, que sa prison ressemble à celles de l’Ouest. Là-bas prison signifie faim, torture
et lavage de cerveau.
Nauka i Religia (Science et Religion), dans son numéro 9 de 1966, rapporte que les
chrétiens diffusent des passages de l’Évangile sous des couvertures d’Ogoniok,
périodique du genre de Paris-Match. Ils éditent des livres dont la couverture porte «
Anna Karénine, roman par Léon Tolstoï », alors qu’à l’intérieur se trouve une
reproduction de la Bible.
Ils chantent sur l’air de l’Internationale des chants dont les paroles glorifient le Christ
(Kazakstanskaia Pravda, 30 juin 1966).
Dans une lettre confidentielle rendue publique à Kulunda (Sibérie) les chrétiens
expliquent que la direction officielle des « Baptistes » détruit l’Église, et ce qu’elle
compte de vrais serviteurs dans le monde, de la même façon que les grands-prêtres,
les scribes et les Pharisiens ont traduit Jésus devant Pilate ». Mais la fidèle Église
Clandestine poursuit sa tâche, l’rpouse du Christ continue de servir son rpoux. Et ce
sont les communistes eux-mêmes qui me donnent raison quand j’affirme que cette
Église les gagne au Christ. Oui, ils peuvent Lui être gagnés.
Bakinskii Rabochi (Le Travailleur de Bakou) du 27 avril 1966 reproduit une lettre de
Tania Chiugunova (membre de la Ligue des Jeunesses Communistes) qui venait de se
convertir, lettre saisie par les autorités communistes : « Chère tante Nadia, je te
souhaite les bénédictions de notre bien-aimé Seigneur. Tante Nadia, je crois que tu
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comprends sa parole : « Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites
du bien à ceux qui vous haïssent et priez pour ceux qui vous font du mal ».
Quand cette lettre eut été interceptée, Peler Serebrennikov, le pasteur qui avait amené
au Christ sa signataire et beaucoup d’autres jeunes communistes, fut condamné à la
prison. Le journal cite cet extrait de l’un de ses sermons : « Nous devons croire en notre
Sauveur tout comme les premiers chrétiens. Pour nous la loi principale c’est la Bible.
Nous n’en voulons pas connaître d’autre.
Notre devoir est de nous efforcer de délivrer les hommes du péché, surtout les jeunes
». Quand il lui fut rappelé que la loi soviétique interdit de parler du Christ à la jeunesse,
il répéta : « Notre seule loi est la Bible » — réponse qui convient tout à fait dans un
pays gouverné par une cruelle dictature athée.
Puis le journal communiste décrit une scène qu’il qualifie de « sauvage ». « Jeunes
gens et jeunes filles chantent des cantiques spirituels. Ils reçoivent le baptême rituel et
pratiquent le malfaisant et hypocrite enseignement de l’amour envers l’ennemi ».
Bakinskii Rabochi reconnaît que beaucoup de jeunes des deux sexes, membres de la
Ligue des Jeunesses Communistes, sont en réalité des chrétiens. Et l’article se termine
par ces mots : « Faut-il que l’école communiste soit faible, ennuyeuse et dépourvue
d’attrait… pour que les pasteurs lui enlèvent si facilement ses élèves sous le nez des
professeurs indifférents ».
Kazakstanskaia Pravda du 30 juin 1966 découvre avec horreur que le meilleur élève
dans la meilleure catégorie est un enfant chrétien. Kirgizkaia Pravda du 17 janvier 1966
cite un imprimé chrétien clandestin adressé aux mères de famille : « Unissons nos
efforts et nos prières pour que la vie de nos enfants soit vouée à Dieu dès le berceau…
Gardons nos enfants de l’influence du monde ». Ces efforts sont couronnés de succès,
témoin la presse communiste. Le christianisme progresse dans la jeunesse.
Un journal de Celiabinsk, en Russie, expliqua comment une jeune fille nommée Nina,
membre des Jeunesses Communistes, est devenue chrétienne : en participant à une
assemblée clandestine de chrétiens.
Sovictskaia Justitia dans son numéro 9 de décrit l’une de ces assemblées : « Elle se tint
à minuit. En cachette, se méfiant même de leur ombre, des hommes arrivaient de
différentes directions. Les frères remplirent la pièce étroite et basse de plafond. Ils
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étaient si nombreux qu’ils n’avaient pas la place de s’agenouiller. Par manque d’air, la
lumière de la pauvre lampe à gaz s’éteignit.
La sueur coulait sur les visages. Dans la rue, l’un des serviteurs du Seigneur faisait le
guet par crainte (les policiers ». C’est dans une assemblée comme celle-là que Nina dit
avoir été reçue à bras ouverts et entourée de cordialité et d’attentions. « Ils avaient,
comme moi maintenant, une foi vive et enthousiasmante — la foi en Dieu — Dieu nous
prend sous sa protection. Que les Komsomols qui me connaissent passent aujourd’hui
près de moi sans me saluer, qu’ils me regardent avec mépris et me jettent comme un
soufflet le nom de « Baptiste », que m’importe ! Je n’ai pas besoin d’eux » !
Et, comme elle, beaucoup d’autres jeunes communistes ont pris la résolution de servir
le Christ jusqu’au bout. Kazakstanskaia Gazeta du août 1967 rend compte du procès
des chrétiens Klassen, Bondar et Teleghin. Elle ne dit pas la condamnation, mais elle
proclame leur crime : ils prêchaient le Christ à des enfants.
Sovietskaia Kirghizia du 15 juin 1967 se lamente parce que les chrétiens « s’attirent
eux-mêmes l’application de mesures administratives ». C’est pourquoi, continuellement
provoquées par ces obstinés chrétiens qui n’aiment pas rester libres, les innocentes
autorités communistes venaient d’en arrêter un autre groupe. Leur crime : ils avaient
une presse à imprimer illégale qui leur servait à tirer des textes chrétiens.
D’après la Pravda du 21 février 1968 on a découvert que des milliers des femmes et de
filles portent des ceintures et des rubans sur lesquels sont imprimés des versets
bibliques et des prières. Après enquête, les autorités ont appris que l’homme qui a
lancé cette nouvelle mode — je la recommande à l’Occident —est tout simplement un
chrétien membre de la police communiste, Frère Stasiuk, de Limberta, dont le journal
annonce l’arrestation.
Les réponses des chrétiens de l’Église Clandestine à leurs juges communistes sont
d’inspiration divine.
À un juge qui lui demandait : « Pourquoi attirez-vous les gens à votre secte interdite ? »
une chrétienne répondit : « Notre luit est d’attirer au Christ le monde entier ».
Pendant un autre procès, à un juge qui lui objectait en ricanant : « Votre religion est
anti-scientifique », l’accusée, une étudiante, riposta : « Êtes-vous plus savant
qu’Einstein ou que Newton ?
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C’étaient des croyants. Notre univers porte le nom d’Einstein ; j’ai appris à l’École
Supérieure qu’on le nomme l’univers einsteinien. Eh bien, Einstein a écrit : « Si nous
purifions le judaïsme des Prophètes et le christianisme enseigné par Jésus de tout ce
qui est venu ensuite, en particulier le cléricalisme, nous avons une religion capable de
préserver le monde de tous les malaises sociaux. Tout homme a le devoir sacré de
faire de son mieux pour le triomphe de cette religion ».
Rappelez-vous aussi notre grand biologiste Pavlov, dont nos livres nous disent qu’il
était chrétien. Et Marx lui-même, dans la préface de son Capital, écrit : « Le
christianisme avec son culte de l’être humain abstrait, est la religion la plus indiquée ».
Eh bien, le péché avait détérioré mon caractère. C’est Marx qui m’a appris que la
religion chrétienne est la plus indiquée. Comment vous, des marxistes, pouvez-vous me
juger pour cela ? »
Le sacrifice de la vie, le renoncement à soi-même, le sang que ses membres sont prêts
à verser pour la foi, voilà les principaux arguments de l’Église Clandestine en faveur du
christianisme. Elle constitue ce que le célèbre missionnaire d’Afrique, Albert Schweitzer,
a appelé « la compagnie sacrée de ceux qui sont marqués par la douleur », la
compagnie à laquelle appartient Jésus, l’Homme des Douleurs. Le lien d’amour qui
l’unit à son Sauveur lie aussi ses membres l’un à l’autre. Personne au monde ne peut
les vaincre.
Dans une lettre passée en fraude, l’Église Clandestine a écrit : « Nous prions pour
devenir non pas de meilleurs chrétiens, mais le seul genre de chrétiens que Dieu veut
que nous soyons : des chrétiens semblables au Christ, c’est-à-dire des chrétiens qui
portent la croix de bon cœur pour la gloire de Dieu ».
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Appliquant la prudence des serpents à la pratique des enseignements de Jésus, les
chrétiens refusent obstinément de révéler les noms de leurs dirigeants quand on les
questionne à part ou devant un tribunal.
Pravda Vostoka (la Vérité de l’Est) du 15 janvier 1966 raconte que l’accusée Marie
Sevciuk, interrogée sur celui qui l’avait amenée au Christ, répondit : « C’est Dieu qui
m’a attirée parmi les siens ». Une autre, à cette question : « Qui est votre chef ? »
répondit : « Notre chef ne se trouve pas parmi les hommes ». « Qui vous a dit de quitter
les Pionniers et d’abandonner le port du foulard rouge ? » demandait-on à des enfants.
« Personne, répondirent-ils. Nous l’avons fait de notre plein gré ».
En divers lieux où les baptêmes se font dans une rivière, celui qui baptise et celui qui
est baptisé se masquent tous les deux, de manière que personne ne puisse les
reconnaître sur une photographie.
Uchitelskaia Gazeta du 30 janvier 1964 parle d’une conférence athée donnée dans le
village de Voronin, district de Volcesino-Korskii. Dès la fin de la conférence « les
croyants lancèrent publiquement des questions qui étaient autant d’attaques contre
l’enseignement athée » et le conférencier n’y put répondre. « Où donc, demandèrent-ils,
les communistes ont-ils pris les principes que vous proclamez — mais auxquels vous
n’obéissez pas — tels que « Ne volez pas ! Ne tuez pas » ! Et ils prouvèrent à l’orateur
que chacun de ces principes était pris dans cette Bible que les communistes
combattent. Le conférencier demeura confondu et la séance se termina en victoire pour
les croyants.
Ses membres souffrent aujourd’hui plus que jamais. En Russie, toutes les religions sont
persécutées. C’est un crève-coeur pour les chrétiens de savoir que les Juifs sont
opprimés dans les pays communistes. Mais la cible préférée des persécuteurs est
l’Église Clandestine. Par vagues successives, les arrestations en masse et les procès
emplissent les colonnes de la Presse Soviétique. À tel endroit, 83 chrétiens ont été
internés dans un asile d’aliénés : quelques jours plus tard 24 étaient morts. De quoi ?
De cette maladie : « Une prière prolongée ». Depuis quand une longue prière est-elle
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mortelle ? Imaginez donc ce que ces priants ont eu à supporter ! La pire souffrance
infligée aux chrétiens, la voici : si l’on découvre qu’ils enseignent le Christ à leurs
enfants, ceux-ci leur sont enlevés pour la vie, et ils n’ont pas le droit de leur rendre
visite.
Ouvrons Sovietskaia Russia du 4 juin 1963. Nous y lisons qu’une Baptiste nommée
Makrinkowa s’est vu enlever ses six enfants parce qu’elle leur enseignait la foi
chrétienne et leur défendait de porter le foulard des Pionniers. En entendant la
sentence, elle s’est contentée de dire : « Je souffre pour la foi ». Elle a été en outre
condamnée à payer la pension des enfants qu’on lui a arrachés et qui sont maintenant
empoisonnés par l’athéisme. Mères chrétiennes, pensez à la douleur de cette mère !
D’après Uchitelskaia Gazeta la même chose est arrivée à Ignace Mullin et à sa femme.
Le juge leur demanda de renier leur foi. « Choisissez, leur dit-il, entre votre Dieu et
votre fille. Choisissez-vous Dieu ? » Réponse du père : « Je ne renierai pas ma foi ». «
Toutes choses tournent au bien... » a dit saint Paul. J’ai vu de ces enfants qui avaient
été élevés chrétiennement, puis enlevés à leurs parents et placés dans des écoles
communistes. Mais, au lieu d’être pourris par l’athéisme, ils répandaient parmi leurs
camarades la foi qu’on leur avait apprise à la maison.
La Bible dit que celui qui aime ses enfants plus que Jésus n’est pas digne de Jésus.
Derrière le Rideau de fer ces mots prennent leur pleine signification.
Essayez de vivre une semaine sans voir vos enfants. Vous saurez ce que souffrent nos
frères en Russie.
Aujourd’hui encore on continue d’y dépouiller les chrétiens de leurs droits de parents.
Les exemples les plus récents, donnés par la Presse Soviétique elle-même, concernent
Madame Sitsh — qui, d’après la Znania lunosti du 29 mars s’est vu enlever son fils
Vsetsheslav parce qu’elle l’élevait dans la crainte du Seigneur — et Madame Zabavina,
de Kabarovsk — que, d’après Sovietskaia Russia du 13 janvier 1968, l’on a séparée de
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sa petite-fille orpheline, Tania, parce qu’elle lui avait donné une « éducation dénaturée
», c’est-à-dire chrétienne.
Les chrétiens orthodoxes russes sont complètement transformés. Des millions d’entre
eux ont passé par la prison. Là, plus d’étoles, ni de crucifix, ni de saintes images, ni
d’encens, ni de cierges. Plus de prêtres ordonnés au service des prisonniers laïcs. Les
prêtres n’avaient plus ni chapes, ni pain de froment, ni vin pour la consécration, ni
saintes huiles, ni missels. Et ils découvrirent ce qu’ils pouvaient obtenir de ce
dépouillement total : l’accès direct à Dieu par la prière. Ils prièrent et Dieu leur infusa
son Esprit. Un authentique renouveau spirituel, tout il fait semblable au christianisme
primitif, se produit en Russie parmi les Orthodoxes.
Il en va de même dans tous les pays satellites où existe une Église clandestine
orthodoxe, laquelle est en réalité évangélique, revenue aux sources et très étroitement
unie à Dieu, bien qu’elle ne conserve, par la force de l’habitude, que quelques éléments
seulement du rite orthodoxe. Elle aussi, elle a donné de magnifiques martyrs. Encore
une fois, qui peut dire où se trouve à présent le vieil archevêque de Kaluga, Yermogène
? Il avait osé protester contre la trahison qu’est la collaboration du Patriarche avec le
gouvernement communiste des sans-Dieu.
Nous, en Roumanie, par notre travail caché nous avons jeté la semence dans l’Armée
Russe. D’autres ont semé en Russie même et dans les pays envahis par les
Soviétiques. La semence a poussé son fruit.
Le monde communiste peut être gagné au Christ, les communistes peuvent devenir
chrétiens. Et aussi ceux qu’ils oppriment. Il suffit que vous vouliez les aider. La preuve
que j’ai raison, c’est qu’en Union Soviétique, en Chine, et dans tous les pays totalitaires,
l’Église clandestine est florissante.
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Une jeune communiste, Varia, trouve le christ, témoigne, est condamnée aux
travaux forcés
Les trois premières lettres sont de Maria, une jeune chrétienne qui a conduit Varia au
Christ.
Première lettre « … Je vis toujours ici. On m’aime bien. J’ai même pour amie une fille
qui est de la cellule des Komsomols (Ligue des Jeunesses Communistes).
Elle m’a dit : « Je ne comprends pas quel être vous êtes. Ici beaucoup vous insultent et
vous blessent et pourtant vous les aimez tous ». J’ai répondu que Dieu nous a enseigné
d’aimer non seulement nos amis, mais aussi nos ennemis. Auparavant, cette fille
m’avait beaucoup maltraitée, mais je priais spécialement pour elle. Comme elle me
demandait si je pouvais l’aimer elle aussi, je l’ai embrassée et nous nous sommes
mises à pleurer. À présent nous prions ensemble.
Quand vous entendez des gens renier Dieu à haute voix, vous croyez que c’est vrai,
mais l’expérience montre que beaucoup d’entre eux, tout en maudissant Dieu du bout
des lèvres, en ont le vif désir au cœur. Et ces cœurs, vous les entendez gémir. Ces
gens-là ont soif de quelque chose, et couvrent le vide intérieur du masque de l’impiété.
Deuxième lettre « Dans ma lettre précédente je vous parlais d’une fille athée, Varia. Je
m’empresse aujourd’hui, mes chers amis, de vous dire notre grande joie. Varia a
accepté le Christ, le reconnaît comme son Sauveur et en témoigne ouvertement devant
tous.
Quand la foi au Christ lui a fait connaître la joie du salut, en même temps elle s’est
sentie très malheureuse, parce qu’elle a milité autrefois contre l’existence de Dieu.
Maintenant, elle est bien décidée à expier cette faute.
Nous sommes allées, avec Varia, à une réunion des sans-Dieu. Je l’avais avertie de se
tenir sur la réserve, mais ce fut inutile. Quand elle s’y rendit, je l’accompagnai pour voir
ce qui allait arriver. Après le chant de l’hymne communiste auquel elle n’avait pas
participé, Varia demanda la parole. Son tour venu, elle alla se placer face à
l’assistance.
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Courageusement et avec beaucoup d’émotion, elle témoigna du Christ son Sauveur et
demanda pardon à ses anciens camarades d’avoir jusqu’à présent tenu fermés les yeux
de son esprit, de n’avoir pas vu qu’elle allait à sa perdition et qu’elle y en entraînait
d’autres. Elle les conjura tous de quitter le chemin du péché et de venir au Christ.
Le silence était complet, personne n’interrompit Varia. Quand elle eut fini de parler, elle
chanta de sa voix splendide l’hymne chrétien : « Je n’ai pas honte de proclamer le
Christ qui est mort pour nous, de défendre ses commandements et la puissance de sa
croix, » Après … Eh bien, après, ils ont emmené Varia. Nous sommes le 9 mai
aujourd’hui, et nous sommes sans nouvelles d’elle.
Votre Maria ! »Troisième lettre « Hier 2 août j’ai eu en prison un entretien avec Varia.
Mon cœur saigne quand je pense à elle. En fait c’est encore une enfant. Elle n’a que 19
ans. Et pour ce qui est de la foi dans le Seigneur, elle est encore spirituellement comme
un bébé. Mais elle l’aime de tout son cœur et va vers lui par un chemin très difficile. Elle
a tellement faim, la pauvre fille ! En apprenant qu’elle était en prison, nous lui avions
envoyé des colis, mais elle n’a reçu qu’un tout petit peu de ce qui lui a été envoyé.
Quand je l’ai vue hier elle était maigre, pâle, épuisée. Seuls ses yeux, qui rayonnaient la
paix du Christ, montraient une joie qui n’est pas de la terre.
Oui, chers amis, ceux qui n’ont pas goûté la merveilleuse paix du Christ ne peuvent
comprendre cela. Mais comme ils sont heureux, ceux qui la possèdent ! Pour nous qui
sommes du Christ, ni les souffrances ni les déceptions ne nous peuvent retenir …
Je lui ai demandé à travers les barreaux de fer : « Varia, ne regrettes-tu pas ton
imprudence ? » — « Non, répondit-elle, et s’ils me libéraient j’irais à eux de nouveau et
je leur dirais l’immense amour du Christ. Ne pense pas que je souffre. Je suis très
heureuse que le Christ m’aime autant et me donne le bonheur de souffrir pour son
Nom. » Je vous demande de prier tout spécialement pour elle, du fond du cœur. Elle va
probablement être envoyée en Sibérie. Ils lui ont tout retiré, il ne lui reste rien que le
vêtement qu’elle a sur elle. Comme elle n’a pas de parents, il faudra quêter pour lui
procurer le nécessaire. J’ai réservé la dernière somme que vous m’avez adressée. Si
Varia est déportée, je la lui remettrai. Je crois que Dieu lui donnera assez de force pour
supporter ce qui l’attend. Que Dieu la garde !
Votre Maria ».
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Quatrième lettre (de Varia, celle-ci) « Chère Maria, enfin je peux t’écrire. Nous sommes
bien arrivés à … Notre camp est à 14 km d’une ville. Je ne décris pas notre existence,
tu la connais. Je te parlerai seulement un peu de moi. Je remercie Dieu de me donner
la santé et la force de travailler. Sœur X. et moi sommes employées dans un atelier,
aux machines. Le travail est pénible et sœur X. ne va pas bien. Il faut donc que je
travaille pour deux et que je l’aide après avoir fini ma besogne. Nous travaillions douze
à treize heures par jour. La nourriture est comme la vôtre, tout à fait insuffisante. Mais
ce n’est pas de ça que je veux te parler.
Mon cœur loue Dieu et le remercie de m’avoir montré par toi le chemin du salut.
Maintenant que je suis ce chemin, ma vie a un but, je sais où je vais et pour qui je
souffre. Je sens le désir de parler et de témoigner devant tous de la joie du salut qui
m’emplit le cœur. Qui pourra nous séparer de l’amour de Dieu dans le Christ ? Rien ni
personne, ni prison, ni souffrance. Les souffrances que Dieu nous envoie ne font que
fortifier de plus en plus notre Foi en Lui. Mon cœur est si plein de sa grâce qu’il
déborde. À l’atelier, ils me tourmentent et me punissent, m’oblig e n t à des travau x
supplémentaires, parce que je ne peux pas me taire et que j’ai besoin de raconter ce
que le Seigneur a fait pour moi. Il a fait de moi un être nouveau, une créature nouvelle,
de moi qui courais à ma perte.
Puis-je le taire ? Non, jamais ! Tant que mes lèvres pourront parler, je porterai à tout le
monde le témoignage de Son immense amour pour moi.
Sur la route du camp, nous rencontrons beaucoup de frères et de sœurs dans le Christ.
Quelle surprise vous ressentez lorsque, en les voyant pour la première fois, l’Esprit
vous fait deviner en ces inconnus d’autres enfants de Dieu.
Pas besoin de paroles. Le premier regard suffit, vous savez qui ils sont.
Une fois, alors que nous rentrions au camp, une femme dans une gare s’approcha,
nous donna quelque chose à manger, et nous dit seulement ces mots : « Dieu est
vivant ». Le soir de notre arrivée ici (il était tard) on nous a conduits dans des
baraquements souterrains. Nous avons salué ceux qui s’y trouvaient en disant : « La
paix soit avec vous » !
À notre grande joie nous vint cette réponse : « Et avec vous aussi ! Soyez les
bienvenus ». Et dès ce premier soir nous nous sommes sentis en famille.
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Oui ! c’était bien cela. Nous sommes ici beaucoup qui croyons au Christ comme en
notre Sauveur.
Salue pour moi toute la famille des enfants de Dieu. Qu’Il daigne bénir abondamment
votre travail commun, comme il m’a bénie, moi (Hébreux 12.1-3).
Tous nos frères vous saluent et sont heureux que votre foi en Dieu soit si forte et que
vous Le glorifiiez sans cesse par vos souffrances. Si lu écris à d’autres, dis-leur nos
amitiés.
Ta Varia ».
Cinquième lettre « Chère Maria. Enfin j’ai l’occasion de t’écrire quelques lignes. Sache,
ma très chère amie, que par la grâce de Dieu moi et sœur X nous sommes en bonne
santé et nous nous sentons très bien.
Merci pour tes maternelles attentions. Nous avons reçu tout ce que tu nous avais
adressé. Merci surtout pour le plus précieux, la Bible. Merci à tous, et quand tu leur
écriras transmets-leur mes amitiés et ma reconnaissance pour tout ce qu’ils ont fait
pour moi.
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Depuis que le Seigneur m’a révélé le profond mystère de Son amour, je me considère
comme la plus heureuse du monde. Les persécutions que je subis, je les tiens pour une
grâce spéciale. Je suis contente que le Seigneur m’ait accordé dès les premiers jours
de ma foi le grand privilège de souffrir pour Lui. Priez tous afin que je Lui demeure
fidèle jusqu’au bout.
Qu’Il daigne vous garder tous et vous réconforte pour le combat sacré.
Sœur X et moi vous embrassons tous. Quand nous serons à… peut-être aurons-nous
la chance de vous écrire. Ne vous tourmentez pas pour nous.
Nous sommes heureuses, nous nous réjouissons parce que notre récompense sera
grande dans les cieux (Matthieu 5.11-12) ».
Cette lettre est la dernière reçue de Varia, la jeune fille communiste qui a trouvé le
Christ et qui a été condamnée à l’esclavage du travail forcé pour en avoir témoigné. On
n’a plus entendu parler d’elle, mais son bel amour et son témoignage montrent la
splendeur de la fidèle Église Clandestine qui souffre dans ce tiers du monde dominé par
le communisme.
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VII. Message que vous adresse par moi l’église
clandestine
Néanmoins, j’ai dirigé pendant des années dans des pays communistes une fraction de
l’Église Clandestine. Par miracle, j’ai survécu à 14 années de prison et de tortures, dont
deux ans dans la « chambre des agonisants ». Par un miracle plus éclatant encore,
Dieu a donné je ne sais quel coup de scie aux barreaux de ma prison afin que, délivré,
je puisse me rendre encore en Occident et parler à l’Église libre.
Je parle donc au nom de mes frères qui gisent dans d’innombrables fosses anonymes.
Je parle au nom de mes frères qui, en ce moment, sont rassemblés en cachette dans
des forêts, des sous-sols, des greniers et autres caches semblables.
C’est l’Église Clandestine qui a décidé que j’essaierais de quitter mon pays et de porter
un message aux chrétiens libres du monde entier.
Grâce au miracle qui m’a délivré, j’accomplis la tâche dont m’ont chargé ceux que j’ai
laissés là-bas, et qui travaillent, risquent, souffrent, agonisent sur les terres
communistes. Et voici le message que je vous apporte de leur part. « Ne nous
abandonnez pas ! « Ne nous oubliez pas ! « Ne nous passez pas par profits et pertes. «
Donnez-nous les instruments dont nous avons besoin. Nous paierons ce qu’il en
coûtera de nous en servir » !
Je parle pour l’Église bâillonnée, l’Église Clandestine, l’Église « muette » qui n’a pas de
voix pour s’exprimer.
Entendez les cris de vos frères et de vos sœurs des pays communistes. Ils ne
demandent pas à s’échapper, à vivre en sûreté une vie facile. Ils demandent seulement
de quoi combattre l’athéisme qui empoisonne leurs jeunes — la génération qui monte.
Ils demandent des Bibles pour répandre la Parole de Dieu. Comment la répandront-ils
s’ils n’en ont pas ?
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L’Église Clandestine ressemble à un chirurgien qui voyageait en chemin de fer. Son
train entra en collision avec un autre et des centaines de gens étaient étendus sur le
sol, blessés, mutilés, mourants. Allant et venant au milieu de ces malheureux, le
chirurgien répétait : « Si seulement j’avais mes instruments ! Si seulement j’avais mes
instruments » ! Muni de sa trousse, combien de vies il aurait sauvées ! Il en avait la
volonté mais… pas les moyens. Voilà dans quel état se trouve l’Église Clandestine. Elle
aussi veut tout donner, elle veut même donner ses martyrs, elle veut risquer des
années de prisons communistes. Mais toute cette volonté est inutile, si elle ne dispose
pas des instruments nécessaires. Près de vous, qui êtes libres, l’argument de la
vaillante et fidèle Église Clandestine est celui-ci : « Donnez-nous les instruments,
Évangile, Bibles, livres, secours… et nous ferons le reste ».
Chaque chrétien du monde libre peut tout de suite l’aider des trois manières que je vais
dire.
Les athées n’admettent pas l’origine surnaturelle de la vie. Ils sont fermés à tout ce qui
est mystère dans l’univers et dans les êtres vivants. L’aide la plus efficace que les
chrétiens peuvent leur apporter est donc de se conduire eux-mêmes non par les yeux
du corps mais par les yeux de la foi, en vivant dans la compagnie du Dieu invisible.
Ils peuvent nous aider en menant une vie chrétienne réelle, une vie de sacrifice. Ils
peuvent nous aider en protestant publiquement chaque fois que des chrétiens sont
persécutés. Ils peuvent nous aider en priant pour le salut des communistes. Voilà qui
peut sembler naïf. Quoi ? Prier pour des gens qui demain nous tortureront davantage
qu’avant notre prière ! Mais la prière du Seigneur sur Jérusalem était naïve, elle aussi,
car c’est ensuite qu’ils l’ont crucifié. Oui… seulement, quelques jours plus tard, cinq
mille hommes se frappaient la poitrine et se convertissaient à la foi ; pour les autres, la
prière ne fut pas perdue. Toute prière que refuse celui pour qui vous intercédez vous
revient avec d’abondantes bénédictions tandis qu’elle devient malédiction pour celui qui
en était l’objet. Conformément au précepte du Christ, nous avons, moi et beaucoup
d’autres chrétiens, prié pour Hitler et pour ses hommes. Et je suis sûr que notre prière a
plus fait pour leur défaite que les balles des soldats alliés.
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Nous devons aimer notre prochain comme nous-mêmes. Les communistes sont notre
prochain autant que n’importe qui. Ils sont le résultat du non-accomplissement de ces
mots du Seigneur : « Je suis venu pour vous donner la vie et pour que vous l’ayez en
abondance ». Les chrétiens n’ont pas encore fait ce qu’il faut pour que chacun ait la vie
en abondance. Ils ont laissé certains manquer de ce qui aide à vivre. En conséquence
des hommes se sont révoltés et ont constitué le parti communiste.
Souvent les communistes ne sont que des victimes de l’injustice sociale. Ils sont
maintenant acharnés et cruels. Nous devons les combattre. Mais, même en le
combattant, les chrétiens doivent comprendre et aimer l’ennemi.
S’il y a des communistes c’est un peu de notre faute. Nous sommes au moins
coupables d’avoir négligé notre devoir. En cette faute, nous devons l’expier en aimant
les communistes (ce qui n’est pas la même chose que de les trouver bons) et en priant
pour eux.
Je ne suis pas assez niais pour croire que l’amour peut à lui seul résoudre le problème
communiste. Je n’irais pas recommander aux autorités politiques de résoudre par
l’amour le problème du gangstérisme.
Il faut contre les gangsters des policiers, des juges, des prisons, et pas seulement des
pasteurs. Si les gangsters ne se repentent pas, qu’on les boucle ! Je n’emploierai
jamais le précepte chrétien de « l’amour » pour contrecarrer le juste combat politique,
économique ou culturel contre les communistes, car je sais par expérience qu’ils ne
sont pas autre chose que des gangsters à l’échelle internationale. Les gangsters volent
des portefeuilles ; les communistes volent des pays entiers.
Mais le pasteur et le simple chrétien doivent faire chacun de son mieux pour amener au
Christ le communiste — quelque crime qu’il ait commis — aussi bien que ses victimes
innocentes.
Deuxième manière pour les chrétiens libres d’aider l’Église Clandestine : lui envoyer
des Bibles ou des extraits de la Bible. Il existe des moyens de les acheminer sûrement
dans les pays communistes.
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Depuis que je suis sorti de là-bas, j’en ai déjà expédié beaucoup. Les modalités
d’expédition sont au point. Nous vous demandons seulement à vous, libres chrétiens,
de nous donner ce qui doit aller à vos frères et sœurs de l’Église Clandestine. Quand
j’étais encore en Roumanie, j’ai reçu moi-même beaucoup de Bibles par certains
intermédiaires.
L’envoi ne pose donc pas de problème. Il suffit que vous nous donniez ce qui doit être
expédié.
Ils en ont là-bas un besoin extrême. Depuis vingt ou cinquante ans, en Russie et dans
les pays satellites, des milliers de chrétiens n’ont jamais vu de Bible ni d’Évangile.
Un jour des paysans tout crottés sont venus me voir. Ils avaient quitté leur village Taies
l’intention de s’embaucher pour bêcher ton t l’hiver la terre gelée afin de gagner de quoi
s’acheter… une Bible, même vieille et déchirée, qu’ils rapporteraient chez eux. J’en ai
reçu d’Amérique, je pus leur en donner une, et non pas déchirée, mais toute neuve.
Ils n’en croyaient pas leurs yeux. Ils voulurent me payer avec l’argent qu’ils avaient
gagné en défonçant la terre gelée. J’ai refusé, bien entendu.
Ils s’en retournèrent en hâte et quelques jours plus tard je reçus une lettre, pleine d’une
joie débordante, qui me remerciait pour les Écritures ».
Elle était signée par trente villageois. Ils avaient partagé ma Bible en trente morceaux et
se les passaient l’un à I ’autre.
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l’athéisme. Des versions simplifiées en sont utilisées au jardin d’enfants, d’autres de
plus en plus élaborées suivent le jeune à mesure qu’il grandit.
Cette « Bible » du mal qui l’accompagne durant toute sa croissance l’empoisonne tout
le long du chemin. Le monde chrétien n’a jamais imprimé de réponse au Guide de
l’Athée. Nous pouvons et devons le faire, et envoyer là-bas cette réponse chrétienne
aux enseignements vénéneux de l’athéisme. Et c’est tout de suite qu’il faut le faire,
parce que l’Église Clandestine n’a rien à donner à la jeunesse intoxiquée par ce guide.
Elle aura les mains liées derrière le dos tant qu’elle ne disposera pas d’imprimés de
cette sorte dans toutes les langues parlées en pays communistes.
Il faut que nos jeunes, contaminés, connaissent cette réponse — la réponse de Dieu —
la réponse chrétienne — la nôtre. Voilà encore pour vous une manière de nous aider :
nous fournir, sous forme de livres illustrés pour la jeunesse et de Bibles pour enfants,
ces publications, ces antidotes contre le Guide de l’Athée.
La quatrième chose que nous devons faire est de travailler « la main dans la main »
avec les membres de l’Église Clandestine en leur fournissant les moyens financiers de
voyager et d’aller ci et là pour des prédications évangéliques en petit comité. En ce
moment beaucoup d’entre eux sont « cloués » à la maison faute des fonds qui leur
permettraient d’acheter billets de chemin de fer ou de car et nourri Lure pour le voyage.
Et les voilà rivés, incapables de se déplacer, cependant qu’à 30 ou kms des villages les
appellent pour des réunions secrètes. Avec 50 ou 100 francs par mois nous pouvons
leur donner la possibilité de répondre à ces appels et de porter plus loin encore, dans
les campagnes et les villes, la Parole de Dieu.
Animés d’un ardent amour pour les âmes égarées, des pasteurs qui ont été chassés de
leur église et emprisonnés pour leur foi sont porteurs d’un brûlant message évangélique
mais ils n’ont pas les moyens de le faire connaître. Ces dons mensuels les leur
accorderont.
Quant aux laïcs chrétiens, hommes ou femmes, eux aussi ont grand besoin d’aide. En
raison même de leur qualité de chrétiens ils gagnent à peine de quoi vivre et il ne leur
reste rien pour aller de village à village, de ville en ville avec des Evangiles.
Et les pasteurs de l’Église légale qui mènent à grands risques un ministère parallèle
clandestin ?
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Pour cette tâche il leur faut pouvoir disposer de fonds secrets. Le « salaire » que leur
octroie le gouvernement communiste est extrêmement réduit.
Ils ont beau mépriser les règlements officiels et risquer leur liberté pour prêcher en
cachette l’Évangile aux enfants, aux jeunes et même aux adultes, leur bonne volonté
est loin de suffire. Il faut leur donner la possibilité de poursuivre leur fructueux ministère
secret. 50 ou 100 francs par mois les aideront à semer efficacement l’Évangile.
Et voilà pour vous une autre manière de venir en aide à l’Église Clandestine.
Nous lançons déjà par radio des émissions évangéliques pour vingt pays communistes.
En utilisant des émetteurs du monde libre, nous alimenterons spirituellement l’Église
clandestine qui a grand besoin elle-même du Pain de Vie. Les gouvernements
communistes se servent des ondes courtes pour leur propagande parmi leurs peuples,
ce qui fait que des millions de Russes et autres nationaux possèdent des postes qui
recevront nos émissions. Dès maintenant des portes nous sont ouvertes qui nous
assurent l’usage de quelques émetteurs. Ce travail de radiodiffusion doit se développer
pour fournir abondamment la nourriture spirituelle l’Église clandestine des pays
communistes. Et voilà encore pour vous une autre occasion de nous aider.
Elles aussi ont besoin de secours. En ce moment même des dizaines de milliers de ces
familles souffrent plus qu’on ne saurait dire. Quand un fidèle de l’Église clandestine est
arrêté, un drame terrible s’abat sur les siens. La loi interdit absolument de leur venir en
aide et les communistes mettent tout en oeuvre pour aggraver le malheur de la femme
et des enfants abandonnés.
Le départ d’un chrétien pour la prison — et souvent la torture et la mort —n’est pour sa
famille que le commencement du malheur ; elle ne cessera plus de souffrir. Je peux me
donner en exemple : si de simples chrétiens du monde libre ne nous avaient pas
envoyé de secours, à moi et aux miens, nous n’aurions pas survécu, nous ne serions
pas venus vivre parmi vous et je n’écrirais pas ces lignes.
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affreusement tragique. Il faut les aider, c’est un devoir. Assurément nous devons
secourir les sous-alimentés des Indes et de l’Afrique.
Mais qui donc mérite davantage les secours des chrétiens que les familles de ceux qui
sont morts pour le Christ ou qui sont torturés dans les prisons communistes en haine de
leur foi ?
Comme membre survivant de l’Église Clandestine, sauvé et libéré par miracle, je vous
ai apporté un message, un appel, un plaidoyer de la part des frères que j’ai laissés là-
bas.
C’est la primitive Église qui, dans toute la beauté de son dévouement et de son
sacrifice, revit dans les geôles communistes.
Pendant son agonie, tandis que Notre Seigneur Jésus-Christ priait au Jardin de
Gethsemané, Pierre, Jacques et Jean se trouvaient à la distance d’un jet de pierre du
plus grand di aine de l’histoire, mais ils étaient plongés dans-un profond sommeil. Et
vous, chrétiens, ni quelle mesure vous intéressez-vous à l’Église martyre, et quel
secours lui apportez-vous ?
Demandez à vos pasteurs et aux chefs de vos Églises ce qu’ils font en votre nom pour
aider vos I ivres et vos sœurs de derrière le Rideau de fer.
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Là-bas se renouvellent le drame, la vaillance ri le martyre de la Primitive Église… et
l’Église libre dort.
Là-bas, seuls et sans aide, nos frères, courageusement engagés dans la plus grande
bataille du 20e siècle, égalent en vaillance, en dévouement, en héroïsme les chrétiens
de la primitive Église. Et, sans souci de leur lutte et de leur agonie, tout comme Pierre,
Jacques et Jean dormaient pendant l’agonie de leur Sauveur, l’Église libre dort.
Pendant que vos frères dans le Christ de l’Église Clandestine souffrent et combattent
seuls pour l’Evangile, allez-vous dormir, vous aussi ?
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Ce livre est écrit moins avec de l’encre qu’avec le sang jailli de cœurs transpercés.
Néanmoins, de même qu’au temps de Daniel les trois jeunes hommes sortirent de la
fournaise sans avoir souffert du feu, de même les chrétiens sortis des prisons
communistes ne conservent pas de ressentiment contre leurs bourreaux.
Une fleur, si vous l’écrasez sous vos pieds, se venge en vous donnant son parfum.
Ainsi nos martyrs, en échange des tortures, donnent de l’amour. Nous avons amené au
Christ beaucoup de nos gardiens. Et un seul désir nous domine : donner aux
communistes ce que nous avons de meilleur, le salut qui vient de Notre Seigneur
Jésus-Christ.
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