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LA SOUVERAINETÉ DE DIEU Arthur Pink

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LA SOUVERAINETÉ DE DIEU Arthur Pink

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Préface de l’éditeur

Un des auteurs les plus féconds parmi les écrivains chrétiens


de ce siècle, Arthur Pink ne nous a toutefois laissé que très
peu d’éléments de nature personnelle ou biographique. Dans
une revue mensuelle presque exclusivement animée par lui
pendant trente ans, seules des allusions très brèves nous sont
données sur son ministère pastoral et ses nombreux voyages.
II naquit a Nottingham en 1886, y prêcha son premier sermon
en 1908 environ, exerça son ministère de pasteur aux Etats-
Unis puis en Australie, avant de retourner dans son pays natal
dans les années trente pour y consacrer le reste de sa vie à
l'étude et à la rédaction de ses œuvres. Ce sont les seuls faits
connus le concernant. Évangélique convaincu, il demeura
néanmoins dans un certain anonymat parmi les chrétiens de
son pays natal. Sa mort, survenue le 15 juillet 1952 dans l'ile
de Lewis, au nord-ouest de l'Ecosse, passa inaperçue dans le
monde religieux.
La vie d'Arthur Pink rappelle de façon très nette d'autres
exemples identiques dans l'histoire de l'Église d'hommes dont
l'œuvre a été négligée par leur propre génération puis recon-
nue par les suivantes. Actuellement, ses écrits touchent sans
conteste un public de plus en plus grand et favorable.
Cette observation se rapporte particulièrement aux Etats-
Unis ou un grand nombre de ses livres ont été réédités plu-
sieurs fois. 1

Les œuvres de Pink portent principalement sur l'enseignement


biblique et la pratique de la vie chrétienne. Ses commentaires
et ses analyses des personnages bibliques sont excellents.
Parmi ces derniers, citons La vie d'Elie, ouvrage exceptionnel-
lement caractérisé par la fraicheur de sa spiritualité et une
application vigoureuse de la vérité.
Son livre sur La vie de David constitue aussi une étude
stimulante. Dans tous ses écrits, il se sort de l'œuvre des
théologiens venus avant lui, mais n'hésite pas à s'en démar-
quer si, selon lui, l'Écriture l'exige.
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Ses commentaires sur l'Évangile de Jean, sur l'Épitre aux Hé-
breux et sur le Sermon sur la Montagne révèlent un profond
respect pour la Parole de Dieu ainsi qu'un réel souci d'attein-
dre non seulement l'intelligence mais aussi le cœur et la con-
science du lecteur. Cet accent mis sur le vécu de la vie chré-
tienne se retrouve dans toute l'œuvre de Pink – dans ses écrits
d'importance moindre comme Les Trésors de la Genèse et Les
Sept Paroles du Sauveur en Croix, et même dans ses ouvrages
plus doctrinaux comme L'œuvre Expiatoire de Christ et La
Doctrine de la Sanctification. II a beau insister avec force sur
les doctrines de l'Écriture, il ne considère jamais l'exacti-tude
de la doctrine comme une fin en elle-même mais plutôt comme
un moyen de parvenir à un but infiniment supérieur : la gloire
de Dieu dans le salut et la sanctification des pécheurs.

Ces dernières années un intérêt accru pour le sujet de ce livre


s'est manifesté surtout parmi les jeunes pasteurs évangé-
liques. Toutefois une très grande confusion demeure concer-
nant la signification et les implications de la doctrine de la
souveraineté de Dieu. Pareille constatation n'a rien de surpre-
nant car cette vérité a été très peu exposée en chaire et très
rarement expliquée par écrit au cours du siècle présent.
Certains chrétiens ayant seulement entendu une caricature de
cette doctrine sont inconsciemment enclins à rejeter à la fois
sa mauvaise interprétation et la vérité elle-même.
II nous faut garder en mémoire deux faits d'ordre pratique
concernant la doctrine de la souveraineté de Dieu. Tout d'a-
bord, cette vérité, appelée à être proclamée par tout prédica-
teur de l'Évangile, ne doit pas devenir un sujet de controverse
parmi les chrétiens. En effet un chrétien convaincu de cette
vérité et agissant comme s'il pouvait persuader autrui par la
seule puissance de ses paroles nie la réalité d'une telle doc-
trine. Quiconque croit véritablement que la grâce, la lumière
et la compréhension spirituelles sont des dons de Dieu ne
cherchera nullement à convaincre à force d'arguments, mais
plutôt à mettre en valeur cette doctrine par un esprit doux et
patient.
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« Comme des élus de Dieu... revêtez-vous d'entrailles de miséri-
corde, de bonté, d'humilité, de douceur, de patience. Supportez-
vous les uns les autres, et, si l'un a sujet de se plaindre de
l'autre, pardonnez-vous réciproquement. De même que Christ
vous a pardonné, pardonnez-vous aussi. » (Col 3 : 12-13). 2

En second lieu, pour étudier ce sujet avec profit, nous devons


adopter une attitude de foi. En abordant cette question il nous
faut être conscients que « La sagesse de ce monde est une folie
devant Dieu » (1 Cor 3 :19). Nous foulons un terrain ou nos
pensées et nos voies ne sont pas celles de Dieu.

II nous est impossible de croire par nous-mêmes en la vérité


de la souveraineté divine. Nous ne pouvons y parvenir par nos
seuls raisonnements humains ou par la simple lecture d'un
livre traitant de ce sujet. II est même possible à un homme de
lire la Bible sa vie durant et, laissé à sa seule intelligence, de
ne jamais trouver cette vérité.

De plus, nous sommes par nature non seulement aveugles à


cette vérité mais, en raison de la chute, nous nous y opposons
avec force comme jadis les auditeurs de Christ à Nazareth et
aux environs de la Galilée (Luc 4 : 25-28 et Jean 6 : 63-66).
Une doctrine si diamétralement opposé à l'orgueil naturel du
cœur humain ne peut manquer de provoquer la contradiction.

À toute objection il existe une seule réponse : la question de


l'apôtre Paul dans Romains 9 : 20, « 0 homme, toi plutôt, qui
es-tu pour contester avec Dieu ? » adressé avec puissance au
cœur par le Saint-Esprit. À l'instant où nous sommes amenés
a nous connaitre, nous sommes prêts à apprendre de Dieu.
Quand un homme découvre la souveraineté divine de cette
manière, il ne l'oublie jamais. « Je me souviens très bien du jour
et de l'heure, » écrivait Charles Spurgeon, 3 « ou j'ai reçu ces
vérités dans mon âme, quand elles se sont gravées en moi,
comme l'a exprimé John Bunyan, - gravées dans mon âme en
lettres de feu.
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Je me rappelle comment j’eus l’impression d'être passé en un
instant de l'état de nouveau-né à celui d'homme fait, d'avoir
progressé dans la connaissance de l’Écriture et saisi une fois
pour toutes la clé de la vérité divine. » De même, William Tyn-
dale 4, le grand réformateur et martyr, connaissait le seul
moyen d’accéder à la découverte de la souveraineté de Dieu : «
Si vous ne vous êtes pas trouvé au bord même du désespoir,
oui, aux portes mêmes de l’enfer, il vous sera impossible de
vous mêler de la doctrine de la prédestination sans éprouver un
sentiment latent de colère et de rancune envers Dieu. Aussi le
vieil homme doit-il être bien mortifié et l’affection de la chair
anéantie avant de pouvoir supporter cette vérité et boire un vin
si fort. »

Comme seul le Saint-Esprit peut révéler la souveraineté de


Dieu, il n’est pas surprenant si cette vérité a été connue et
aimée surtout à des époques comme celle de Tyndale ou
l'Esprit avait été répandu avec abondance. La souveraineté de
Dieu est glorieuse aux yeux des croyants brisés par l’Esprit.

Pendant des siècles avant la Reforme, quand le Saint-Esprit


se retira en grande partie de l’Église, cette vérité disparut. Nul,
semblait-il, ne pourrait y croire à nouveau, tant elle avait été
rejetée et oubliée de façon si universelle. Toutefois, lorsque le
Saint-Esprit revint avec puissance dans l'Église, cette doctrine
reprit aussitôt vie et, à partir, de ce moment, tonna comme un
géant tiré soudain de son sommeil. De même de nos jours, si
le Saint-Esprit se plait à réveiller l'Église avec puissance, alors
tous les efforts des années passées destines à taire et à défor-
mer cette vérité seront réduits à néant pour la gloire de Dieu.
Ce livre doit susciter une réflexion approfondie chez ses lec-
teurs, sans toutefois provoquer une simple discussion intellec-
tuelle. II doit nous pousser au contraire à la prière et nous
remplir de joie, car selon les paroles d'Isaac Watts :

« Plus ta gloire frappe mon regard, plus je m’humilie ; Ainsi


quand je diminue, ma joie, au-delà de toute limite se multiplie »
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Cette vérité devrait apporter une paix et une tranquillité plus
grandes dans notre marche chrétienne quotidienne. Elle de-
vrait nous amener à détacher notre regard des hommes et à le
fixer sur Jésus, « nom qui est au-dessus de tout nom...dans les
cieux, sur la terre et sous la terre ».

Elle devrait nous conduire à attendre avec une confiante assu-


rance le jour ou dans les cieux retentiront de la bouche d’une
foule innombrable ces paroles : « Le royaume du monde est
remis à notre Seigneur et à son Christ ; et il règnera aux siècles
des siècles » (Apoc 11 : 15).

Les éditeurs

Références

1. Les éditeurs composèrent certains de ces livres à partir d'articles


tires de sa revue biblique mensuelle.
2. Il y aurait sans doute moins d'opposition à la doctrine de la souve-
raineté divine si tous ses adeptes ressemblaient à ce réformateur
anglais a qui, un adversaire déclarait, « Dans ta foi tu es un
hérétique, mais dans ta vie tues un ange »
3. Charles Spurgeon : prédicateur anglais de grande renommée, vi-
vant à la fin du 19ème siècle.
4. William Tyndale : réformateur anglais du 16ème siècle. Exilé en
Hollande, il fut l'un des premiers à traduire la Bible dans sa langue
maternelle, œuvre pour laquelle il souffrit le martyre.

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Introduction

La prédication de la Parole de Dieu exige de façon absolue, on


l'a souvent souligné, le maintien de l’équilibre de la vérité.
Nous en sommes pleinement convaincus. Or, deux faits
demeurent incontestables : la souveraineté de Dieu et la res-
ponsabilité de l’homme. Dans ce livre, nous avons cherché à
traiter du premier. Donner trop d'importance à l'un au détri-
ment de l'autre constitue, nous l'admettons bien volontiers,
un réel danger ; l'histoire nous en fournit un grand nombre
d'exemples. Souligner uniquement la souveraineté de Dieu
sans maintenir aussi la responsabilité de l'homme conduit au
fatalisme ; mais s'attacher à cette dernière au point de perdre
de vue la souveraineté de Dieu revient d’exalter la créature et
à déshonorer le Créateur.
Presque toutes les erreurs doctrinales proviennent d'une
distorsion, d'une mauvaise interprétation ou d'un enseigne-
ment déséquilibré de la vérité. Le visage le plus beau et le plus
avenant ici-bas deviendrait très vite disgracieux et laid si l'un
de ses éléments continuait à se développer au détriment des
autres.
La beauté est, avant tout, affaire de proportion. II en est de
même avec la Parole de Dieu : sa beauté et ses bénédictions
sont mieux perçues quand les multiples facettes de sa sagesse
sont exposées de façon équilibrée.

Dans le passé, un grand nombre de prédicateurs ont échoué


dans ce domaine. Par trop influencés par un seul aspect de la
vérité divine, ils y ont concentré leur attention à l'exclusion de
tout le reste. Une portion de la Parole de Dieu est devenue « le
dada » et souvent le signe distinctif de tel ou tel groupe reli-
gieux. Mais il est du devoir de tout serviteur de Dieu d'an-
noncer « tout le conseil de Dieu » (Actes 20 : 27). Dans l'époque
de déclin spirituel ou nous vivons, partout l'homme est exalté
et devient une sorte de « Superman ». Aussi est-il urgent de
mettre l'accent sur le fait glorieux de la suprématie de Dieu
surtout ou cette vérité est expressément niée.
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Cependant cela nécessite beaucoup de sagesse, de peur que
notre zèle ne soit « sans intelligence ». Le serviteur de Dieu doit
se souvenir en tout temps des paroles : « la nourriture au temps
convenable ». Ce qui est nécessaire à tel auditoire peut ne pas
l'être à tel autre. Si nous sommes appelés à prendre la suite
de prédicateurs arminiens, 1 la vérité négligée de la souverai-
neté de Dieu devrait être exposé, mais avec soin et prudence,
de peur qu’« une nourriture solide » ne soit donné « a des en-
fants ». L'exemple de Christ dans Jean 16 : 12 : « J'ai encore
beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne pouvez pas les
porter maintenant », doit être présent à notre esprit.
Inversement, si je suis appelé à prêcher en milieu calviniste,
les nombreux aspects de la responsabilité de l'homme pour-
ront être présentés avec profit.
Tout prédicateur se doit d'enseigner à ses auditeurs non
pas leurs vérités favorites, mais celles dont ils ont le plus
besoin car ils les ignorent ou négligent de les vivre. La mise en
pratique des propos ci-dessus exposera sans nul doute le pré-
dicateur à être accusé de tourner casaque. Mais s'il a l'appro-
bation de son Maitre, qu’importe ? II n'est pas appelé à être «
conséquent avec lui-même » ou avec des règles édictées par les
hommes mais avec la Parole de Dieu. Dans l'Écriture, chaque
aspect de la vérité est équilibré par un autre. Toute vérité
biblique comporte deux faces, même le caractère de Dieu, car
il est « lumière » (1 Jean 1 : 5) ainsi qu'« amour » (1 Jean 4 : 8)
et par conséquent nous sommes appelés à considérer « la
bonté et la sévérité de Dieu » (Rom 11:22). Prêcher sans cesse
l'une au détriment de l'autre déforme le caractère divin.
Quand le Fils de Dieu descendit ici-bas, il prit « une forme
de serviteur » (Phil 2 : 7) ; néanmoins, dans la crèche (Luc 2 :
11), il était « Christ le Seigneur » ! L'Écriture exhorte à porter «
les fardeaux les uns des autres » (Gal 6 : 2), toutefois, le même
chapitre affirme : « Chacun portera son propre fardeau » (Gal 6
: 5). La Bible nous enjoint de « ne pas s'inquiéter du lendemain
» (Mat 6 : 34) ; cependant « Si quelqu'un n'a pas soin des siens,
et principalement de ceux de sa famille, il a renié la foi, et il est
pire qu’un infidèle » (1 Tim 5 : 8).
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Aucune brebis appartenant au troupeau de Christ ne périra
(Jean 10 : 28,29) ; cependant le chrétien est exhorté à affermir
sa vocation et son élection (2 Pi 1 : 10). Nous pourrions ainsi
multiplier les exemples. Ces affirmations ne sont nullement
contradictoires mais complémentaires : l'une équilibre l'autre.
Ainsi les Écritures présentent à la fois la souveraineté de Dieu
et la responsabilité de l'homme.

Dans ce présent ouvrage, toutefois, nous nous intéressons à


la souveraineté de Dieu. La responsabilité de l'homme étant
sous-entendue, nous n'insisterons pas dessus à chaque page.
Au contraire, nous avons choisi de mettre l'accent sur cet
aspect de la vérité négligé de nos jours de façon quasi-uni-
verselle. Sans nul doute la quasi-totalité de la littérature
religieuse de notre époque est consacré à la présentation des
devoirs et des obligations des hommes. Les auteurs ayant
entrepris d'exposer la responsabilité de l’homme ont perdu «
l’équilibre de la vérité » en ignorant trop souvent la souve-
raineté de Dieu. II est parfaitement juste d'insister sur la
responsabilité de l'homme, mais qu'en est-il de Dieu ? N'a-
tilaucun droit ? Une centaine d’ouvrages comparables a celui-
ci sont nécessaires ! Dix mille sermons devraient être prêchés
sur ce sujet dans notre pays pour rétablir « l'équilibre de la
vérité » ! Ce dernier a été perdu en raison d'un accent dispro-
portionné mis sur l'aspect humain, au détriment sinon à
l'exclusion de l’aspect divin. Ce livre, nous le reconnaissons,
s'attache à l'aspect divin si longtemps négligé.

Références

1. Jacques Arminius (1560-1609) théologien hollandais, accentuait


le rôle de la volonté propre de l’homme dans son salut. II s'op-
posait à Jean Calvin (1509-1564) qui soulignait la souveraineté
de Dieu en toutes choses, y compris dans le salut des hommes.

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1 - La souveraineté de Dieu à l'époque actuelle
Qui dirige les affaires du monde aujourd'hui - Dieu, ou le
diable ?
En général, chacun admettra que Dieu règne dans les cieux
mais, le plus souvent, de façon directe ou indirecte, niera qu'il
en est de même ici-bas. Dans leurs raisonnements et théories
philosophiques, les hommes relèguent Dieu de plus en plus à
l'arrière-plan. Prenons le domaine matériel. Selon la plupart,
non seulement Dieu n'est pas le Créateur de toutes choses,
mais il ne cherche pas non plus à gouverner les œuvres de sa
main. Tout, semble-t-il, suit les impersonnelles et abstraites
"lois de la Nature". Ainsi le Créateur se trouve banni de sa
propre création. Aussi ne nous étonnons plus si les hommes,
en raison de leurs conceptions erronées, ont exclu Dieu du
domaine des affaires humaines. Partout dans la chrétienté, à
peu d'exceptions près, chacun est convaincu que tout homme
décide de son destin grâce à son "Libre arbitre". Ceux qui
soutiennent farouchement la "responsabilité de l'homme" n'en
blâment pas moins Satan pour une grande partie du mal que
l'on rencontre dans le monde. En cela ils nient leur propre
responsabilité en attribuant au diable, ce qui en réalité, pro-
vient de leur propre cœur mauvais (Marc 7 : 21-23).
Mais qui dirige les affaires du monde aujourd'hui - Dieu,
ou le diable ? Essayons de jeter sur le monde un regard sé-
rieux et global. Nous rencontrons partout la confusion et le
chaos, le péché s'étale et le désordre abonde ; les hommes
mauvais et les imposteurs se multiplient et avancent "toujours
plus dans le mal" (2 Tim 3 : 13). Aujourd'hui tout paraît dislo-
qué. Les monarchies craquent et chancellent, les anciennes
dynasties sont renversées, les nations se révoltent, la civilisa-
tion connaît un échec flagrant. Récemment encore, la moitié
de la planète se trouvait aux prises dans une lutte à mort.
Maintenant que ce gigantesque combat a cessé, a-t-il rendu le
monde un endroit propice à la démocratie ? Nous commençons
au contraire à découvrir que celle-ci produit l'insécurité même
pour la civilisation.
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L'agitation, le mécontentement et le désordre règnent partout.
Nul ne peut dire dans combien de temps une autre guerre
mondiale éclatera. Les hommes d'État sont perplexes et cons-
ternés. " Les hommes rendent l'âme de terreur dans l'attente de
ce qui surviendra pour la terre " (Luc 21 : 26). À la lumière de
ces évènements, Dieu a-t-il l'aire de contrôler parfaitement le
monde ?
Mais concentrons notre attention sur le domaine religieux.
Après dix-neuf siècles de prédication de l'Évangile, Christ est
toujours "méprisé et abandonné des hommes". Pire encore,
seule une minorité proclame et glorifie le Christ des Écritures.
Dans la plupart des églises des actuelles il est déshonoré et
renié. En dépit d'efforts effrénés pour attirer les foules, la ma-
jorité des églises se sont vidées au lieu de se remplir. Et que
dire de la multitude des non-pratiquants ? À la lumière de
l'Écriture, force-nous est de reconnaître, la plupart des hom-
mes cheminent sur la route large menant à la perdition et
seule une minorité suit le chemin étroit conduisant à la vie.
Un grand nombre affirment l'échec du christianisme et le
désespoir se lit sur beaucoup de visages. De nombreux chré-
tiens sont déconcertés et leur foi sévèrement mise à l'épreuve.
Que fait Dieu ? Ne voit-il pas, n'entend-il pas ? Est-il impuis-
sant ou indifférent ? Certains parmi les chefs de file de la
pensée chrétienne ont affirmé l'incapacité de Dieu d'empêcher
la dernière guerre mondiale, et d'y mettre un terme. Les cir-
constances, déclaraient-ils ouvertement, échappent à Dieu. À
la lumière de cette situation, Dieu a-t-il l'air de gouverner le
monde ?

Mais qui dirige les affaires du monde aujourd'hui - Dieu,


ou le diable ?

Quelle est l'impression produite sur l'esprit des hommes de ce


monde qui viennent de temps à autre assister à une réunion
d’évangélisation ? Que retirent-ils de l'écoute de prédicateurs
considérés comme "bibliques” ? Les chrétiens, leur semblent-
ils, croient en un Dieu frustré et déçu.
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L'évangéliste moyen d'aujourd'hui ne force-t-il pas tout
auditeur sérieux à conclure qu'il représente un Dieu rempli
d'intentions bienveillantes mais incapable de les réaliser, un
Dieu désireux en toute bonne foi de bénir les hommes mais
tenu en échec par leur refus ?
Aussi l'auditeur moyen n'en est-il pas amené à conclure au
triomphe de Satan et à ressentir envers Dieu un sentiment de
compassion plutôt que d'adoration !

Mais Satan ne paraît-il pas s'occuper beaucoup plus que Dieu


des affaires d'ici-bas ?

Tout dépend si nous marchons par la foi ou par la vue. Vos


pensées concernant le rôle de Dieu dans le monde reposent-
elles sur ce que vous voyez ? Considérez cette question avec
sérieux et honnêteté. Si vous êtes chrétien, vous aurez
probablement des motifs de baisser la tête, honteux et peiné,
et de reconnaître ce fait. Hélas, dans la réalité nous marchons
très peu "par la foi". Mais que signifie "marcher par la foi” ? Si
nous marchons par la foi, la Bible elle-même formera nos
pensées, dirigera nos actes et façonnera notre vie. En effet, "la
foi vient de ce qu'on entend, et ce qu'on entend vient de la
parole de Christ" (Romains 10 : 17). Seule la Parole de vérité
nous révèle le rôle de Dieu dans ce monde.

Qui dirige les affaires de ce monde aujourd'hui - Dieu, ou


le diable ? Que dit l’Écriture ?

Avant de considérer la réponse précise à cette question, regar-


dons la prédication de l'Écriture concernant la situation de
notre monde actuel. La prophétie de Jude est en cours d'ac-
complissement. Développer cette affirmation nous éloignerait
trop de notre sujet, mais nous voulons souligner particulière-
ment le verset 8 : "Ces hommes aussi, entraînés par leurs
rêveries... méprisent l'autorité et injurient les gloires." Oui, ils
injurient les gloires de la Dignité Suprême, "seul Souverain, le
Roi des rois et le Seigneur des seigneurs".
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Notre époque se caractérise surtout par un manque de respect
et par un esprit d'anarchie sans frein qui rejette tout obstacle
propre à entraver le libre exercice de la volonté des hommes.
Cet esprit engloutit notre monde comme un gigantesque raz
de marée. La jeune génération en donne un exemple flagrant.
Le déclin et la disparition de l'autorité parentale sont les
précurseurs certains de la désagrégation de l'ordre public. Par
suite, en raison du manque de respect vis-à-vis des lois
humaines et du refus "de rendre honneur à qui nous devons
honneur", ne soyons pas surpris du recul incessant dans
l'esprit de tout un chacun de la majesté, de l'autorité, de la
souveraineté du Législateur tout-puissant, et de l'impatience
croissante face aux rappels des attributs divins.

Qui aujourd'hui dirige les affaires du monde - Dieu ou le


diable ? Que dit l’Écriture ?

Si nous croyons ces affirmations claires et catégoriques, aucu-


ne place n'est laissée à l'incertitude. Elle affirme à maintes
reprises la présence de Dieu sur le trône de l'univers, sceptre
en main, dirigeant toutes choses "d'après le conseil de sa
volonté". Dieu n'a pas seulement créé toutes choses, déclare
l'Écriture, mais il règne sur toute l'œuvre de ses mains et les
gouverne. Dieu est le "Tout-Puissant", affirme-t-elle, sa volonté
irréversible et sa souveraineté absolue dans tous les domaines
de son vaste univers. Cela ne peut-être assurément, qu'ainsi.
Seules deux alternatives sont possibles : Dieu doit diriger ou
être dirigé, gouverner ou être gouverné, accomplir sa propre
volonté ou en être empêché par ses créatures. Accepter le fait
qu'il est le "Très-Haut", le seul Souverain et le Roi des rois,
revêtu d'une sagesse parfaite et d'une puissance infinie,
conduit à la conclusion inéluctable : il est Dieu en réalité et
pas seulement en nom.
À lumière des propos ci-dessus, l'état de notre époque
actuelle exige de façon absolue une considération et une
présentation nouvelles de la toute-puissance, de la toute-
suffisance et de la souveraineté de Dieu.
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Dieu est vivant, il observe les actions des hommes et règne
toujours : tout prédicateur doit annoncer avec force ces vérités
! Maintenant la foi passe au creuset, elle est soumise à
l'épreuve du feu et aucun repos n'existe pour le cœur et l'esprit
à l'exception du trône de Dieu. Nous avons besoin aujourd'hui
comme jamais auparavant, d'une présentation complète,
positive et constructive du caractère de Dieu.
Une maladie grave exige des remèdes draconiens. Notre
génération est lasse de platitudes et de simples généralisa-
tions. Un sirop calmant est tout indiqué pour des enfants
grognons, mais un fortifiant à base de fer convient mieux aux
adultes. Or rien n'est à même de nous communiquer une
vigueur spirituelle nouvelle sinon la révélation pleine et entière
de la personne de Dieu. Il est écrit : "Mais ceux du peuple qui
connaîtront leur Dieu agiront avec fermeté" (Daniel 11 : 32).

Sans aucun doute une crise mondiale menace d'éclater et les


hommes sont partout en proie à la peur. Dieu ne l'est pas ! Il
n'est jamais pris au dépourvu. Il ne se trouve pas aujourd'hui
confronté par un événement imprévu, car il est celui qui "opère
toutes choses d'après le conseil de sa volonté" (Éphésiens 1 :
11). Ainsi le monde peut être envahi par la terreur, la Parole
s'adresse au croyant : "Ne crains point !" "Toutes choses" sont
soumises à son contrôle immédiat. "Toutes choses" se dérou-
lent en accord avec son but éternel. Ainsi, "Toutes choses
concourent au bien de ceux qui aiment Dieu, de ceux qui sont
appelés selon son dessein". Il doit en être ainsi, car "C'est de
lui, par lui et pour lui que sont toutes choses" (Romains 11 : 36).
Toutefois combien peu, même parmi le peuple de Dieu, le
reconnaissent aujourd'hui ! Pour beaucoup, il est un specta-
teur lointain sans plus, ne jouant aucun rôle immédiat dans
les affaires de ce monde. Or, l'homme possède certes une
volonté, mais Dieu aussi. Le premier jouit d'une certaine puis-
sance, mais Dieu est tout-puissant. Les lois de la nature, il est
vrai, dirigent en général le monde matériel, mais derrière celle-
ci réside le grand Législateur et Administrateur. L'homme est
réduit au rôle de créature. Dieu, lui, est le Créateur.
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Avant que le temps n'existât et que l'être humain ne fasse son
apparition sur la terre, le "Dieu puissant" (Esaïe 9 : 5) existait
et il avait conçu ses plans avant la fondation du monde.
Comme Dieu possède une puissance infinie et l'homme une
puissance limitée, aucune de ses créatures ne peut entraver
ou frustrer son dessein et ses plans.

Nous reconnaissons volontiers que la vie constitue un pro-


blème profond. Le mystère nous environne de tous côtés.
Mais nous ne ressemblons pourtant pas aux animaux des
champs, ignorants de leur origine et inconscients de l'avenir.
Au contraire, " Nous tenons pour d'autant plus certaine la pro-
phétie, à laquelle vous faites bien de prêter attention, comme à
une lampe qui brille dans un lieu obscur, jusqu'à ce que le jour
vienne à paraître et que l'étoile du matin se lève dans vos cœurs
" (2 Pierre 1 : 19). Nous faisons bien, en effet de prêter attention
à cette parole prophétique issue non de l'esprit de l'homme
mais de celui de Dieu, car "Ce n'est pas par une volonté d'hom-
me qu'une prophétie a jamais été apportée, mais c'est poussé
par le Saint-Esprit que des hommes saints ont parlé de la part
de Dieu". Nous faisons bien, nous insistons, de prêter atten-
tion à cette "Parole". Quand nous nous tournons vers elle et
en tirons instruction, nous découvrons un principe fonda-
mental applicable de façon absolue à toute situation. Au lieu
de commencer avec l'homme et son univers pour remonter
jusqu'à Dieu, il nous faut commencer avec Dieu et descendre
vers l'homme. "Au commencement Dieu..." Appliquons ce
principe à la situation présente. Si nous commençons avec le
monde actuel et essayons de remonter jusqu'à Dieu, tout
semblera nier le rôle de Dieu ici-bas. Mais parlons de Dieu et
descendons vers le monde, alors le problème apparaîtra au
grand jour. Parce que Dieu est saint, sa colère s'enflamme
contre le péché. Parce qu'il est juste, ses jugements s'abattent
sur quiconque se révolte contre lui. Parce qu'il est fidèle, les
menaces solennelles de sa Parole s'accomplissent. Parce qu'il
est tout-puissant, nul ne peut lui résister avec succès, encore
moins anéantir ses desseins.
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Parce qu'il est omniscient, aucun problème ni aucune diffi-
culté ne peuvent le surprendre ou dérouter sa sagesse. La
nature et le caractère de Dieu expliquent la situation que nous
constatons dans notre monde ; les jugements ont commencé.
Étant donné l'inflexibilité de sa justice et la pureté de sa sain-
teté, la situation actuelle du monde ne doit pas nous sur-
prendre.
Mais seule la foi, nous l'affirmons de façon solennelle,
permettra à notre cœur de mettre sa confiance et de prendre
plaisir en cette vérité de la souveraineté absolue de Dieu. La
foi se tourne toujours vers Dieu : c'est sa caractéristique prin-
cipale, celle qui la différencie d'une théologie purement intel-
lectuelle.
La foi se montre ferme " comme voyant celui qui est invisible
" (Hébreux 11 : 27). Elle supporte les déceptions, les épreuves
et les peines de la vie, car elle réalise que tout cela vient de la
main de Dieu, trop sage pour se tromper et trop bon pour être
cruel. Tant que Dieu ne fera pas l'objet de nos pensées et de
nos désirs, nous ne connaîtrons ni le repos ni la paix. Mais
nous recevons tout comme venant de sa main, alors peu im-
porte la nature de nos circonstances ou de notre environne-
ment - nous pourrons être dans un taudis ou dans un cachot,
ou même sur le bûcher - nous trouverons la force d'affirmer, "
Un héritage délicieux m'est échu " (Psaume 16 : 6). Voilà le
langage de la foi et non pas celui de la vue.
Toutefois si, au lieu de nous incliner devant les déclara-
tions des Saintes Écritures, nous marchons non par la foi mais
par la vue et en tirons des conclusions, nous risquons de
tomber dans le bourbier de l'athéisme. Si nous nous laissons
diriger par les opinions et les façons de voir d'autrui, la paix
nous abandonnera. Beaucoup d'événements de ce monde, il
faut le reconnaître, sont propres à nous épouvanter et à nous
attrister. Un grand nombre parmi les actes providentiels de
Dieu, il est vrai, nous surprennent et nous étonnent. Ce n'est
cependant pas une raison pour nous joindre aux incroyants
pour déclarer, "Si j'étais Dieu, je ne permettrai pas ceci, je ne
tolérerais pas cela".
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Il est préférable, en présence d'un événement mystérieux et
déroutant, d'affirmer avec le psalmiste : "Je reste muet, je n'ou-
vre pas la bouche, car c'est toi qui agis" (Psaumes 39 : 10). Les
jugements de Dieu, l'Écriture nous révèle, sont "insondables",
et ses voies "incompréhensibles" (Romains 11 : 33). Il doit en
être ainsi, car la foi doit être mise à l'épreuve, la confiance en
sa sagesse et sa justice fortifiée et la soumission à sa sainte
volonté entretenue.

Voici la différence fondamentale entre le croyant et l'incroyant.


Ce dernier est "du monde" : il juge tout d'après des critères
humains et envisage la vie d'un point de vue terrestre ; il pèse
toutes choses sur la balance de son intelligence charnelle.

En revanche le croyant s'en réfère à Dieu et considère toutes


choses d'après l'optique de Dieu ; il fonde ses valeurs sur des
critères spirituels et considère la vie à la lumière de l'éternité.
Ainsi il reçoit tout de la main de Dieu ; son cœur demeure
calme au sein de la tempête et il se réjouit dans l'espérance de
la gloire de Dieu.

Toutes ces vérités, nous en sommes pleinement conscients,


vont à l'encontre de nombreux enseignements courants dans
la littérature religieuse et la prédication de notre époque. Le
postulat de la souveraineté de Dieu et toutes ses implications,
nous l'admettons bien volontiers, sont en opposition complète
avec les opinions et les pensées de l'homme naturel.

Ce dernier est totalement incapable de réfléchir par lui-même


à ces vérités. Il lui est impossible de parvenir à une estimation
valable de la personne et des voies de Dieu. C'est pourquoi
Dieu nous a donné la révélation inspirée où il déclare claire-
ment : "Mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos voies ne
sont pas mes voies, dit l'Éternel. Autant les cieux sont élevés
au-dessus de la terre, autant mes voies sont élevées au-dessus
de vos voies, et mes pensées au-dessus de vos pensées" (Esaïe
55 : 8, 9).
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D'après ce passage de l'Écriture, la majeure partie des affirma-
tions bibliques sont en conflit avec les sentiments de l'esprit
charnel. Nous ne devons pas nous en étonner car "l'affection
de la chair est inimitié contre Dieu" (Romains 8 : 7). Ne nous
fondons ni sur les croyances à la mode aujourd'hui, ni sur les
convictions des Églises, mais sur la loi et le témoignage de
l'Éternel ! Que chacun se livre à un examen attentif et sans
préjugés de ce livre, dans la prière et sous le seul éclairage de
la Parole de Dieu ! Puisse le lecteur prêter attention à l'exhor-
tation divine : " Examinez toutes choses ; retenez ce qui est bon
" ! (1 Thessaloniciens 5 : 21).

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2 - La souveraineté de Dieu définie

" À toi, Éternel, la grandeur, la force et la magnificence, l'éternité


et la gloire, car tout ce qui est au ciel et sur la terre t'appartient
; à toi, Éternel, le règne, car tu t'élèves souverainement au-
dessus de tout ! " (1 Chroniques 29 : 11)

Jadis, la "souveraineté de Dieu" était une expression comprise


par tout un chacun. Il s'agissait d'un terme couramment
utilisé dans la littérature religieuse, d'un thème fréquemment
traité en chaire, d'une vérité capable d'apporter un réconfort à
de nombreux cœurs et de conférer au chrétien force et
stabilité. Mais aujourd’hui, faire allusion à la souveraineté de
Dieu revient, dans beaucoup de milieux, à parler une langue
inconnue. Si nous annoncions en chair un sermon sur la
souveraineté de Dieu, ce serait comme si nous empruntions
une phrase à une langue morte. Cette constatation est profon-
dément regrettable ! La doctrine de la souveraineté de Dieu est
la clé de l’histoire ; l'interprète de la Providence, la trame de
l'Écriture et le fondement de la théologie chrétienne. Pourtant
elle est tristement négligée et peu comprise.

La souveraineté de Dieu! Que veut dire cette expression ?

Elle signifie la "divinité de Dieu". Proclamer un Dieu souverain


revient à déclarer qu'il est réellement Dieu, à reconnaître le
Très-Haut et sa capacité d'accomplir tous ses desseins à
l'égard de l'armée des cieux et des habitants de la terre, sans
que nul ne résiste à sa main ou lui demande : " Que fais-tu ? "
(Daniel 4 : 35). Dieu est le Tout-Puissant, le détenteur de tout
pouvoir au ciel et sur la terre. Aussi, nul ne saurait entraver
ses plans et ses projets ou faire obstacle à sa volonté (Psaume
115 : 3). Dieu "domine sur les nations" (Psaume 22 : 29), il
établit des royaumes, renverse des empires et décide de l'his-
toire des dynasties selon son bon plaisir. Dieu est "le seul
souverain, le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs" (1
Timothée 6 : 15).
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Combien le Dieu de la Bible est différent de celui de la chré-
tienté moderne ! La conception de la divinité très en vogue
aujourd'hui, même parmi ceux professant leur attachement à
l'Écriture, est une caricature misérable, une parodie pathé-
tique de la vérité. Le "Dieu" du vingtième siècle est un être
impuissant, efféminé, ne méritant aucun respect de la part de
quiconque réfléchit réellement, un "bon Dieu", le fruit d'une
sentimentalité larmoyante. Le Dieu de beaucoup de prédica-
teurs aujourd'hui suscite la pitié et non un respect mêlé de
crainte. Selon eux, Dieu le Père a décidé le salut de toute
l'humanité, Dieu le Fils est mort dans le but précis de sauver
l'ensemble de la race humaine, et Dieu le Saint-Esprit cherche
à gagner le monde à Christ. Pourtant nous voyons la grande
majorité de nos semblables mourir dans leurs péchés et passer
dans l'éternité sans Dieu. Aussi, devons-nous conclure à la
déception de Dieu le Père, à l'insatisfaction de Dieu le Fils, et
à la défaite de Dieu le Saint-Esprit ?

Nous avons présenté le problème sans détour, mais il est im-


possible d'échapper à cette conclusion. Affirmer : "Dieu fait de
son mieux pour sauver l'humanité, mais les hommes dans leur
immense majorité ne lui permettent de les sauver" implique
l'impotence de la volonté du Créateur et la toute-puissance de
celle de la créature ! Blâmer le diable, comme beaucoup le font,
n'enlève pas la difficulté car, si Satan renverse les desseins de
Dieu, alors il est tout-puissant et Dieu n'est plus Être suprême
; Affirmer l'échec à cause du péché du plan initial du Créateur
revient à détrôner Dieu. Déclarer : "Dans le jardin d'Éden Dieu
a été pris par surprise et maintenant il essaie de remédier à une
calamité imprévue" abaisse le Très-Haut au niveau d'un mortel
limité et faillible. Présenter l'homme comme l'artisan unique
de son destin et lui prêter le pouvoir de résister aux plans de
son Créateur revient à dépouiller Dieu de sa toute-puissance.
Conclure au dépassement par la créature des limites fixées par
son Créateur et présenter Dieu comme le spectateur impuis-
sant du péché et de la souffrance entrainés par la chute d'Adam
équivaut à renier la déclaration même de l'Écriture Sainte :
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" L'homme te célèbre même dans sa fureur " (Psaume 76 : 11).
En un mot, nier la souveraineté de Dieu conduit de façon
logique à l'athéisme total.
Selon l'Écriture, la souveraineté de Dieu est absolue, irré-
sistible, infinie. La proclamer revient à affirmer son droit de
gouverner l'univers, créé par lui et pour sa gloire, selon son
bon plaisir. Son droit est semblable à celui du potier sur
l'argile : il peut le mouler comme il lui plaît, "et avec la même
masse faire un vase d'honneur et un vase d'un usage vil"
(Romains 9 : 21). Il ne se soumet à aucune règle ou loi en
dehors de sa volonté et de sa nature propre. Dieu est une loi
pour lui-même, et il n'est tenu aucunement de fournir à
quiconque la justification de ses actes.

La souveraineté caractérise la personne de Dieu dans sa


totalité.

Il est souverain dans tous ses attributs. Il est souverain pre-


mièrement dans l'exercice de sa puissance. Cette dernière
s'exerce selon son bon plaisir, au moment et à l'endroit choisis
par lui. Ce fait est présent à chaque page de l'Écriture. Pendant
une longue période cette puissance paraît être en veilleuse,
puis, soudain, elle éclate avec une force irrésistible. Pharaon
osa empêcher Israël de se rendre dans le désert pour adorer
Dieu. Qu'arriva-t-il ? Dieu exerça sa puissance ! Son peuple
fut délivré et ses maîtres cruels exterminés. Un peu plus tard
les Amalécites osèrent attaquer ces mêmes Israélites dans le
désert. Que se produisit-il ? À cette occasion Dieu déploya-t-il
sa puissance et étendit-il sa main comme il le fit à la Mer Rou-
ge ? Les ennemis de son peuple furent-ils promptement ren-
versés et détruits ? Non, au contraire, le Seigneur jura de dé-
clarer la guerre "contre Amalek de génération en génération"
(Exode 17 : 16). De nouveau, quand Israël entra dans le pays
de Canaan, la puissance de Dieu se manifesta de façon écla-
tante.
La ville de Jéricho entravait leur progression. Qu'en résul-
ta-t-il ?
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Israël ne tira pas une flèche ni ne donna un coup : le Sei-gneur
étendit sa main et les murs tombèrent. Mais ce miracle ne se
répéta pas ! Aucune autre ville ne tomba de cette ma-nière.
Toutes les autres durent être acquises au fil de l'épée !
Beaucoup d'autres exemples pourraient être cités pour illus-
trer l'exercice souverain de la puissance de Dieu. Il manifesta
sa puissance et David fut vainqueur de Goliath le géant.
La gueule des lions fut fermée et Daniel échappa à la mort.
Les trois Hébreux furent jetés dans la fournaise ardente mais
sortirent indemnes. Toutefois la puissance n'intervient pas
toujours pour délivrer son peuple, car nous lisons : "D'autres
subirent les moqueries et le fouet, les chaînes et la prison ; ils
furent lapidés, sciés, torturés, ils moururent tués par l'épée, ils
allèrent çà et là vêtus de peaux de brebis et de peaux de
chèvres, dénués de tout, persécutés, maltraités" (Hébreux 11 :
36,37). Pourquoi ces hommes de foi ne furent-ils pas délivrés
comme les autres ? Ou pourquoi les autres ne furent-ils pas
tués comme ceux-ci ? Pourquoi Dieu laissa-t-il Etienne être
lapidé à mort, et délivra-t-il Pierre de prison ? Pourquoi la
puissance de Dieu se manifesta-t-elle pour sauver certains et
non d’autres ?

Dieu est souverain également dans la délégation de sa


puissance à autrui.

Pourquoi dota-t-il Métuschélah d'une vitalité lui permettant de


survivre à tous ses contemporains ? Pourquoi donna-t-il à
Samson une force physique unique dans l'histoire de l’huma-
nité ? Il est écrit, "Souviens-toi de l'Éternel, ton Dieu, car c'est
lui qui te donnera de la force pour acquérir [les richesses]" (Deu-
téronome 8 : 18). Or Dieu n'accorde pas cette force à tous
également. Pourquoi ? Pourquoi a-t-il communiqué cette force
à certains hommes plutôt qu'à d’autres ?
La réponse à toutes ces questions réside dans la souve-
raineté de Dieu : il est souverain et agis comme il lui plaît. Il "
opère toutes choses d'après le conseil de sa volonté " (Éphé-
siens 1 : 11).
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Dieu est souverain aussi dans l'exercice de sa miséricorde.

Il l'exerce selon sa propre volonté car elle ne représente pas un


droit pour le bénéficiaire. La miséricorde est cet attribut mer-
veilleux qui incite à avoir pitié du misérable et à alléger ses
souffrances. Mais sous le gouvernement juste de Dieu nul
n'est misérable sans le mériter. Les bénéficiaires de la miséri-
corde sont des misérables et leur misère est la conséquence
du péché ; aussi les malheureux méritent-ils un châtiment et
non la miséricorde. Parler de miséricorde méritée présente une
contradiction dans les termes.

L'exercice souverain de la miséricorde divine (sa compas-sion


envers des misérables) s'est révélée quand l'Éternel est venu
en chair et a habité parmi les hommes. Prenons une
illustration. Pendant l'une des fêtes juives, le Seigneur Jésus
monta à Jérusalem et se rendit à la piscine de Bethesda, où
"étaient couchés en grand nombre des malades, des aveugles,
des boiteux, des paralytiques qui attendaient le mouvement de
l'eau". Parmi cette multitude "se trouvait un homme malade
depuis trente-huit ans". Que se produisit-il ? "Jésus, l'ayant vu
couché, et sachant qu'il était déjà malade depuis longtemps, lui
dit : Veux-tu être guéri ? Le malade lui répondit : Seigneur, je
n'ai personne pour me jeter dans la piscine quand l'eau est
agitée, et, pendant que j'y vais, un autre descend avant moi.
Lève-toi, lui dit Jésus, prends ton lit, et marche. Aussitôt cet
homme fut guéri ; il prit son lit, et marcha" (Jean 5 : 1-9).

Pourquoi cet homme en particulier fut-il choisi ? Il ne s'est pas


écrié : "Seigneur, aie pitié de moi !" Le récit n'indique aucun
titre l'autorisant à recevoir une faveur spéciale. Il s'agit
seulement d'un cas illustrant l'exercice souverain de la
miséricorde divine. Pour Christ, il aurait été facile tout le grand
nombre de malades, mais il ne le fit pas. Il déploya sa
puissance et délivra cet homme de son infirmité. Pour des
raisons connues de lui seul, il s'abstint d'agir de même envers
les autres.
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Dieu est souverain surtout dans l'exercice de sa grâce.

Il le faut, car la grâce s'exerce envers des personnes ne méri-


tant rien sinon l'enfer. La grâce est l'antithèse de la justice.
Cette dernière exige l'application impartiale de la loi. Selon
la justice, chacun doit recevoir sa juste punition, ni plus ni
moins. La justice n'octroie aucune faveur et ne fait point
acception de personnes. Elle ne témoigne aucune compassion
et ne connaît aucune miséricorde. La grâce divine, cependant,
ne s'exerce pas aux dépens de la justice, car "La grâce règne
par la justice" (Romains 5 : 21). Donc, si la grâce règne, elle est
souveraine.
La grâce a été définie comme la faveur imméritée de Dieu.
Or si elle est imméritée, nul ne peut la réclamer comme un dû
; si elle ne peut être gagnée, nul ne peut y prétendre par droit
; si elle est un don, nul ne peut l'exiger. Comme le salut est
par grâce, don gratuit de Dieu, il l'accorde à qui il veut. Par
conséquent, le pire des pécheurs n'est pas hors d'atteinte de
la miséricorde divine. S'en glorifier est exclu, car toute la gloire
revient à Dieu.
L'exercice souverain de la grâce se retrouve pratiquement à
chaque page de l'Écriture. Les païens sont livrés à leurs pro-
pres voies alors qu'Israël devient le peuple élu. Ismaël, pre-
mier-né, ne reçoit pas la bénédiction, alors qu'Isaac, fils de la
vieillesse de ses parents, devient l'enfant de la promesse.
Ésaü, l'aîné, est privé de la bénédiction, alors que Jacob (le
méprisable) reçoit l'héritage et est façonné en un vase d'hon-
neur. Il en est de même dans le Nouveau Testament. La vérité
divine est cachée aux sages et aux intelligents, mais révélées
aux enfants. Les pharisiens et les sadducéens sont livrés à
leurs propres voies, mais les publicains et les prostituées sont
attirés par les liens de l'amour divin.
À l'époque de la naissance du Sauveur, la grâce divine
s'exerça de façon remarquable. L'incarnation du Fils de Dieu
fut l'un des plus grands événements de l'histoire du monde.
Pourtant elle ne fut pas divulguée à toute l'humanité, mais
seulement à des bergers à Bethlehem et à des sages en Orient.
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Cette particularité représente et caractérise le déroulement de
cette dispensation car, même aujourd'hui Christ ne se révèle
pas à tous.

Il aurait été facile à Dieu d'envoyer une délégation d'anges à


chaque pays pour lui annoncer la naissance de son Fils. Mais
il ne le fit pas. Dieu aurait pu aisément attirer l'attention de
toute l'humanité sur l'étoile, mais il n'en fit rien. Pourquoi ?
Parce que Dieu est souverain et dispense ses faveurs selon son
bon plaisir.

Remarquons les deux catégories auxquelles la naissance du


Sauveur fut révélée. Ce sont les plus invraisemblables : des
bergers et des païens venus d'un pays lointain. Aucun ange ne
se tint devant le sanhédrin pour annoncer la venue du Messie
d'Israël ! Aucune étoile n'apparut aux scribes et aux docteurs
de la loi alors qu'ils s'occupaient à sonder l'Écriture, empreints
d'un sentiment d'orgueil et de leur propre justice ! Ils cher-
chèrent à savoir où l'enfant devait naître, toutefois il ne le leur
fut pas révélé qu'il était là.

Quel déploiement de la souveraineté divine - d'humbles ber-


gers furent choisis pour cet honneur particulier et les érudits
et les personnages éminents laissés de côté ! Et pourquoi la
naissance du Sauveur fut-elle révélée à ces lointains étrangers
et non pas à ceux parmi lesquels il naquit ? Il s'agit d'un pré-
sage merveilleux des agissements de Dieu envers l'humanité
tout au long de notre ère. Il est souverain dans l'exercice de sa
grâce. Il accorde ses faveurs selon son bon plaisir, souvent aux
personnes les plus indignes et les plus invraisemblables !

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3 - La souveraineté de Dieu dans la création

" Tu es digne, notre Seigneur, et notre Dieu, de recevoir la gloire


et l'honneur et la puissance ; car tu as créé toutes choses, et
c'est par ta volonté qu'elles existent et qu'elles ont été créées. "
(Apocalypse 4 : 11).

La souveraineté, nous l'avons vu, caractérise tous les attributs


de Dieu. Étudions maintenant comment elle imprègne toutes
ses voies et tous ses actes. Dans la grande étendue de l'éternité
avant Genèse 1 : 1, l'univers n'existait pas encore, sinon dans
l'Esprit du grand Créateur. Dieu demeurait seul dans sa ma-
jesté souveraine. Nous faisons allusion ici à la période lointai-
ne antérieure à la création des cieux et de la terre. Mais, même
à cette époque, (si ce terme peut être employé), Dieu était sou-
verain. Selon son bon plaisir il pouvait créer ou ne pas créer.
Il pouvait créer le monde à son gré, en créer un seul ou des
millions, et nul n'aurait pu s'opposer à sa volonté. Il pouvait
appeler à la vie un million de créatures différentes, jouissant
toutes d'un même statut, dotées des mêmes facultés et placées
dans le même environnement. Ou alors, il aurait pu créer un
million de créatures, toutes différentes les unes des autres et
ne possédant rien en commun sinon le fait d'avoir été créées.
Qui aurait pu lui contester ce droit ? S'il l'avait voulu, il
aurait pu créer un monde tellement immense que ses dimen-
sions dépasseraient totalement tout calcul humain. Ou au
contraire, il aurait pu créer un organisme si infime que même
le microscope le plus puissant ne pourrait déceler. C'était son
droit souverain de créer, d'une part, les séraphins au rang
élevé présents autour de son trône et, d'autre part, l'insecte
minuscule qui meurt dans l'heure suivant sa naissance. Si le
Dieu tout-puissant choisit de créer des êtres selon une gra-
duation continue dans son univers, des séraphins les plus
élevés aux reptiles rampants, des corps célestes aux atomes
terrestres, de l'infiniment grand à l'infiniment petit, au lieu de
les créer selon une conformité parfaite, qui peut s'opposer à
son souverain plaisir ?
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Observons donc l'exercice de la souveraineté divine avant la
venue de l'homme sur la terre. Auprès de qui Dieu prit-il
conseil pour la création de créatures si diverses ? Qui a créé
les oiseaux pour voler dans le ciel, les bêtes sauvages pour
parcourir la terre et les poissons pour nager dans l’eau ? N'est-
ce pas leur Créateur qui leur a souverainement assigné leurs
différents habitats et les a créés en conséquence ?
Regardons les cieux et contemplons les mystères de la sou-
veraineté divine visibles pour tout observateur attentif : " Autre
est l'éclat du soleil, autre l'éclat de la lune, et autre l'éclat des
étoiles ; même une étoile diffère en éclat d'une autre étoile. " (1
Corinthiens 15 : 41). Mais pourquoi en est-il ainsi ? Pourquoi
le soleil est-il plus brillant que les autres planètes ? Pourquoi
certaines étoiles appartiennent à la première magnitude et d'-
autres à la dixième ? Comment expliquer ces inégalités éton-
nantes ? Pourquoi existe-t-il des "étoiles filantes", des "étoiles
tombantes", des "astres errants" (Jude 13), en un mot, des
étoiles vouées à la destruction ? La seule réponse possible est
la suivante : " Car tu as créé toutes choses, et c'est par ta vo-
lonté qu'elles existent et qu'elles ont été créées ". (Apoc... 4 : 11).
Considérons maintenant notre planète. Pourquoi les deux
tiers de sa surface sont-ils recouverts d'eau, et une partie im-
portante du dernier tiers impropre à la culture et à l’habitation
? Pourquoi existe-t-il d'immenses étendues marécageuses,
désertiques et glaciaires ? Pourquoi la topographie d'un pays
peut-il être si inférieure à celle d'un autre ? Pourquoi tel pays
est-il fertile et tel autre presque aride ? Pourquoi l'un possède-
t-il des richesses minérales et l'autre en est-il dénué ? Pour-
quoi le climat de l'un est-il agréable et sain et celui de l'autre
à l’opposé ? Pourquoi l'un abonde-t-il en fleuves et en lacs et
l'autre en est-il presque entièrement dépourvu ? Pourquoi l'un
est-il sans cesse ébranlé par des tremblements de terre et
l'autre n'en connaît presque jamais ? Pourquoi ? Car le
Créateur et le Sustentateur de toutes choses en a décidé ainsi.
Étudions maintenant le domaine animal et arrêtons-nous
sur son étonnante variété. Où est le rapport entre le lion et
l'agneau, l'ours et le chevreau, l'éléphant et la souris ?
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Certains, comme le cheval et le chien sont doués d'une intelli-
gence développée ; d'autres, comme le mouton et le porc, en
sont presque dépourvus. Pourquoi ? Certains sont destinés à
être des bêtes de somme, d'autres à mener une vie de liberté.
Mais pourquoi la mule et l'âne sont-ils contraints à une vie
pénible, alors que le lion et le tigre peuvent parcourir la jungle
à leur gré ? Certains sont comestibles, d'autres pas ; certains
sont beaux, d'autres laids ; certains sont doués d'une grande
force, d'autres en paraissent dépourvus ; certains peuvent se
déplacer très vite, d'autres à peine se traîner (le lièvre et la tor-
tue) ; certains sont utiles à l'homme, d'autres paraissent com-
plètement inutiles ; certains vivent très longtemps, d'autres
quelques heures tout au plus ; certains sont domestiqués,
d'autres féroces. Pourquoi toutes ces variétés et toutes ces
différences ?
Ce qui est vrai des animaux l'est également des oiseaux et
des poissons. Mais considérons maintenant le domaine végétal.
Pourquoi les roses possèdent-elles des épines et les lys en sont-
ils dépourvus ? Pourquoi certaines fleures émettent-elles un
parfum odorant et d'autres pas ? pourquoi certains arbres
portent-ils des fruits comestibles et d'autres des fruits véné-
neux ? Pourquoi certains légumes résistent-ils à la gelée et
d'autres pas ? Pourquoi tel pommier est-il chargé de fruits et tel
autre situé dans le même verger et ayant le même âge demeure-
t-il stérile ? Pourquoi telle plante fleurit-elle une douzaine de
fois par an et elle autre seulement une fois par siècle ? L'Écri-
ture répond : " Tout ce que l'Éternel veut, il le fait, dans les cieux
et sur la terre, dans les mers et dans les abîmes " (Psa 135 : 6).
Considérons maintenant les armées célestes. Nous trouve-
rons sans doute l'uniformité dans ce domaine. Bien au con-
traire ! Ici, comme ailleurs, le même plaisir souverain du
Créateur se manifeste. Certaines créatures célestes jouissent
d'un rang plus élevé, sont plus puissantes, ou plus proches de
Dieu. L'Écriture révèle une hiérarchie précise parmi les anges.
Depuis les archanges, en passant par les séraphins et les
chérubins, nous arrivons aux "dominations et autorités"
(Éphésiens 3 : 10) et de là aux "princes de ce monde" …..
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(Éphésiens 6 : 12), puis aux anges eux-mêmes. Même parmi
ceux-ci nous découvrons les "anges élus" (1 Timothée 5 : 21).
Nous nous demandons à nouveau : pourquoi cette inégalité,
cette différence de rang et de classe ? Nous ne pouvons que
répondre : "Notre Dieu est au ciel, il fait tout ce qu'il veut"
(Psaume 115 : 3).
Aussi, si nous sommes conscients de la souveraineté de
Dieu manifestée dans toute la création. Pourquoi trouverions-
nous étrange son exercice au sein de la famille humaine ?
Pourquoi s'étonner si Dieu se plaît à donner cinq talents à l'un
et un seul à l’autre ? Pourquoi étrange que l'un soit doté d'une
constitution robuste et l'autre, ayant les mêmes parents, d'une
nature fragile et maladive ? Que penser si Abel a été tué dans
la fleur de l'âge et Caïn autorisé à vivre très longtemps ; si les
uns naissent noirs et d'autres blancs ; certains débiles et
d'autres doués d'un capacité intellectuelle élevée ; certains
léthargiques, d'autres pleins d’énergie ; certains dotés d'un
tempérament égoïste colérique et égocentrique, d'autres au
contraire, magnanimes, soumis et doux ? Comment rendre
compte de ce que certains sont doués pour diriger et comman-
der, d'autres pour suivre et servir ? L'hérédité et l'environne-
ment ne peuvent justifier toutes ces inégalités et variations.
C'est Dieu qui rend l'un différent de l'autre. Pourquoi ? "Oui,
Père, je te loue de ce que tu l'as voulu ainsi" (Matthieu 11 : 26)
doit être notre réponse.
Apprenons cette vérité fondamentale : le Créateur jouit
d'une souveraineté absolue. Il met sa propre volonté à exécu-
tion et réalise son bon plaisir, considérant seulement sa pro-
pre gloire. Dieu " opère toutes choses selon le conseil de sa
volonté " (Éphésiens 1 : 11). N'en avait-il pas le droit ? Murmu-
rer contre lui revient à adopter une attitude de rébellion
flagrante, contester ses voies équivaut à incriminer sa sagesse,
et le critiquer à commettre le pire des péchés ! Avons-nous
oublié qui il est ? " Toutes les nations sont devant lui comme un
rien, elles ne sont pour lui que néant et vanité. A qui voulez-vous
comparer Dieu ? Et quelle image ferez-vous son égale ? " (Esaïe
40 : 17-18).
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4 - La souveraineté de Dieu dans l'administration
des affaires de ce monde

" L'Éternel a établi son trône dans les cieux, et son règne domine
sur toutes choses. " (Psaume 103 : 19).

Tout d'abord, Dieu doit gouverner le monde matériel de façon


absolue. Supposons un instant le contraire. Dieu (imaginons-
le pour le plaisir de discuter), créa le monde, établit et fixa
certaines lois (qualifiées par les hommes de "lois de la Nature"),
puis se retira et l'abandonna à son destin et aux conséquences
de ces lois. Dans ce cas, le monde serait livré à lui-même et
contrôlé seulement par des lois impersonnelles - concept digne
d'un matérialisme outrancier et d'un athéisme flagrant. Mais
poursuivons nos suppositions, et, à cette lumière, examinons
bien les questions suivantes : pourquoi le monde ne serait-il
pas détruit dans un avenir proche ? Quelle garantie avons-
nous du contraire ? "le vent souffle où il veut", aussi nul ne
peut le maîtriser, ni entraver son action. Parfois il souffle avec
violence et un jour, peut-être, sa force et sa vitesse s'accroî-
tront au point de le transformer en ouragan capable de balayer
le monde entier. Si seules les lois de la Nature règlent le vent,
alors, demain peut-être, une tornade épouvantable se produi-
ra, détruisant tout sur la surface du globe. Rien ne nous met
à l'abri d'une catastrophe semblable.
Ces dernières années il a souvent été question de la venue
soudaine de trombes d'eau, inondant des régions entières et
causant d'énormes dégâts sur le plan matériel et humain.
L'homme est sans défense face à ces phénomènes, car la
science ne peut concevoir aucun moyen de les empêcher. Ces
inondations peuvent très bien se reproduire à l'infini et recou-
vrir toute la terre : rien ne nous assure du contraire. Ce ne
serait pas nouveau : pourquoi le déluge survenu à l'époque de
Noé ne se répéterait-il pas ? Et que dire des tremblements de
terre ? De temps à autre, l'un d'entre eux raye une île ou une
ville de la carte - que peut faire l’homme ?

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Quelle garantie avons-nous que dans un avenir prochain un
tremblement de terre gigantesque ne détruira pas le monde
entier ? Sans aucun doute le lecteur voit-il où nous voulons
en venir : si Dieu ne gouverne pas le monde matériel, s'il ne
soutient "toutes choses par sa Parole puissante" (Hébreux 1 :
3), plus aucune sécurité n'existe !

Continuons le même raisonnement en ce qui concerne la race


humaine. Dieu gouverne-t-il donc notre monde. Détermine-t-
il la destinée des nations ? Contrôle-t-il l'évolution des empires
? Décide-t-il de la durée des dynasties ? A-t-il prescrit un
terme aux actions mauvaises des hommes, en déclarant, "Tu
iras jusque-là et pas plus loin" Supposons un instant le
contraire. Imaginons que Dieu ait remis la direction du monde
entre les mains de ses créatures et voyons où cette hypothèse
nous conduit. Chaque homme vient alors au monde doté d'une
volonté totalement libre et exempte de tout contrôle suscep-
tible de détruire sa liberté. S'il en était ainsi, la race humaine
dans sa totalité pourrait se livrer à un suicide moral collectif.

Si toutes les restrictions divines étaient levées et si l'homme


était absolument libre de ses actes, alors toutes les distinc-
tions éthiques disparaîtraient très vite, un esprit de cruauté
prévaudrait de façon universelle et un désordre indescriptible
règnerait. Pourquoi pas ? Si une nation peut déposer ses diri-
geants et répudier sa constitution, qui empêchera toutes les
autres d'agir de même ? Si, lors de la révolution française, les
rues de Paris ruisselaient du sang des émeutiers, toutes les
villes du monde pourraient offrir le même spectacle avant la
fin de ce siècle. Nul ne peut affirmer le contraire de façon
certaine. Qui peut arrêter un désordre à l'échelle mondiale et
une anarchie universelle ? Ainsi nous avons tenté de montrer
le besoin impératif que Dieu occupe son trône, prenne en
charge la direction du monde et contrôle les activités et les
destinées de ses créatures. Étudions maintenant comment
Dieu effectivement gouverne le monde et exerce son contrôle
sur toutes choses et sur toutes ses créatures.
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1. - Dieu gouverne la matière inanimée

La réalité de l'obéissance de la matière inanimée aux comman-


dements de Dieu et du fait qu'elle accomplit ses décrets figure
en page de garde de la révélation divine. Dieu dit : " Que la
lumière soit " et " la lumière fut ". Dieu dit : " Que les eaux qui
sont au-dessous du ciel se rassemble en un seul lieu, et que le
sec paraisse. Et cela fut ainsi." Comme le déclare le psalmiste,
" Car il dit, et la chose arrive ; il ordonne, et elle existe " (Psau-
mes 33 : 9).
L'affirmation présente au premier chapitre de la Genèse est
illustrée ensuite dans toute le Bible. Quand les iniquités des
peuples antédiluviens furent à leur comble, Dieu dit alors, "Et
moi, je vais faire venir le déluge d'eaux sur la terre, pour détruire
toute chair ayant souffle de vie sous le ciel ; tout ce qui est sur
la terre périra." Et voici l'accomplissement de cette parole «L'an
six cent de la vie de Noé, le second mois, le dix-septième jour du
mois, en ce jour-là toutes les sources du grand abîme jaillirent,
et les écluses des cieux s’ouvrirent. La pluie tomba sur la terre
quarante jours et quarante nuits » (Genèse 6 : 17 ; 7 : 11,12).
De même les plaies d'Égypte témoignent du contrôle absolu
(et souverain) de Dieu sur la matière inanimée. À son comman-
dement la lumière se transforma en ténèbres et le fleuve en
sang ; la grêle tomba et la mort s'abattit sur la contrée païenne
du Nil, même son monarque arrogant fut obligé d'implorer la
délivrance. Remarquons surtout comment le récit inspiré sou-
ligne le contrôle absolu de Dieu sur les éléments. "Moïse éten-
dit sa verge vers le ciel ; et l'Éternel envoya des coups de ton-
nerre et de la grêle, et le feu se promenait sur la terre. L'Éternel
fit pleuvoir de la grêle sur le pays d'Égypte. Il tomba de la grêle,
et le feu se mêlait avec la grêle ; elle était tellement forte qu'il n'y
en avait point eu de semblable dans tout le pays d'Égypte
depuis qu'il existe comme nation. La grêle frappa, dans tout le
pays d'Égypte, tout ce qui était dans les champs, depuis les
hommes jusqu'aux animaux ; la grêle frappa aussi les herbes
des champs, et brisa tous les arbres des champs.

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Ce fut seulement dans le pays de Gosen, où étaient les enfants
d'Israël, qu'il n'y eu point de grêle" (Exode 9 : 23-26). La même
distinction s'observe au sujet de la neuvième plaie : " L'Éternel
dit à Moïse : étend ta main vers le ciel, et qu'il y ait des ténèbres
sur le pays d'Égypte, et que l'on puisse les toucher. Moïse
étendit sa main vers le ciel ; et il y eut d'épaisses ténèbres dans
tout le pays d'Égypte, pendant trois jours. On ne se voyait pas
les uns les autres, et personne ne se leva de sa place pendant
ces trois jours. Mais il y avait de la lumière dans les lieux où
habitaient tous les enfants d'Israël " (Exode 10 : 21-23).
Les exemples ci-dessus ne constituent nullement des cas
isolés. Au commandement de Dieu le feu et le souffre descen-
dirent des cieux pour détruire les villes de la plaine, et une
vallée fertile fut transformée en un charnier nauséabond. À son
commandement les eaux de la Mer Rouge se séparèrent pour
permettre aux Israélites de passer à sec, et à sa parole elles se
refermèrent et détruisirent les Égyptiens. Un mot de lui, la terre
"ouvrit la bouche" pour engloutir Koré et les autres rebelles. La
chaleur de la fournaise de Nabucadnetsar fut portée à une
température sept fois à la normale et trois des enfants de Dieu
y furent jetés. Or le feu ne brûla pas même leurs vêtements
mais tua les hommes responsables de les y avoir jetés.
Quelle démonstration magistrale du contrôle gouverne-
mental du Créateur sur les éléments l'incarnation de Dieu
parmi les hommes ne nous fournit-elle pas ! Contemplons le
Seigneur endormi dans la barque. Une tempête éclate, les
vents rugissent et les vagues se déchaînent. Les disciples à ses
côtés, craignant le naufrage de la petite embarcation, le réveil-
lent par ces mots : " Maître, ne t'inquiètes-tu pas de ce que nous
périssons ? " Puis nous lisons, "S'étant réveillé, il menaça le
vent, et dit à la mer : Silence ! tais-toi ! Et le vent cessa, et il y
eut un grand calme" (Marc 4 : 39). Puis la mer, à la volonté de
son Créateur, le porte sur ses eaux ; à sa parole le figuier se
fane et à son toucher, la maladie disparaît aussitôt.
Les corps célestes sont aussi gouvernés par leur Créateur
et accomplisse sa volonté souveraine.
Prenons deux illustrations.
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Au commandement de Dieu, le soleil recula de dix degrés sur
le cadran d'Achaz pour encourager la faible foi d'Ézéchias.
À l'époque du Nouveau Testament Dieu suscita une étoile
pour annoncer l'incarnation de son Fils - celle qui apparut aux
mages venant de l'Orient. Cette étoile, lisons-nous, alla devant
eux jusqu'au moment où "arrivée au-dessus du lieu où était le
petit enfant, elle s'arrêta" (Matthieu 2 : 9).
Les mutations des éléments sont soumises au contrôle de
la souveraineté divine. "Il envoie ses ordres sur la terre : sa
parole court avec vitesse. Il donne la neige comme de la laine, il
répand la gelée blanche comme de la cendre ; il lance sa glace
par morceaux ; qui peut résister devant son froid ? Il envoie sa
parole, et il les fond ; il fait souffler son vent, et les eaux coulent"
(Psaumes 147 : 15-18). Dieu retient ou envoie la pluie quand
il veut, où il veut, comme il veut et sur qui il veut. Les météo-
rologistes peuvent tenter de donner des prévisions du temps,
mais combien de fois Dieu se moque de leurs calculs ! Les
taches sur le soleil, les activités diverses des planètes, les
apparitions et les disparitions des comètes (auxquels on attri-
bue parfois un temps anormal pour la saison), les perturba
tions atmosphériques, sont simplement des causes secondai-
res car derrières elles se tient Dieu lui-même.
Citons à nouveau la Parole de Dieu : "Et moi, je vous ai
refusé la pluie lorsqu'il y avait encore trois mois jusqu'à la
moisson ; j'ai fait pleuvoir sur une ville, et je n'ai pas fait pleuvoir
sur une autre ville ; un champ a reçu la pluie, et un autre qui ne
l'a pas reçue s'est desséché. Deux, trois villes sont allées vers
un autre pour boire de l'eau, et elles n'ont point apaiser leur soif.
Malgré cela, vous n'êtes pas revenus à moi, dit l'Éternel. Je vous
ai frappés par la rouille et par la nielle ; vos nombreux jardins,
vos vignes, vos figuiers et vos oliviers, ont été dévorés par les
sauterelles. Malgré cela, vous n'êtes pas revenus à moi, dit
l'Éternel. J'ai envoyé parmi vous la peste, comme en Égypte ;
j'ai tué vos jeunes gens par l'épée, et laissé prendre vos chevaux
; j'ai fait monter à vos narines l'infection de votre camp. Malgré
cela, vous n'êtes pas revenus à moi, dit l'Éternel" (Amos 4 : 7-
10).
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Dieu gouverne sans nul doute la matière inanimée. La terre et
l'air, le feu et l'eau, la grêle et la neige, les vents orageux et les
mers déchaînées, tous exécutent sa Parole puissante et ac-
complisse sa volonté souveraine. Par conséquent, quand nous
nous plaignons du temps, nous nous murmurons en réalité
contre Dieu.

2. - Dieu gouverne ses créatures irrationnelles

Le passage de Genèse 2 : 19 nous fournit une illustration re-


marquable du gouvernement de Dieu sur le monde animal.
"L'Éternel Dieu forma de la terre tous les animaux des champs
et tous les oiseaux du ciel, et il les fit venir vers l'homme, pour
voir comment il les appellerait, et afin que tout être vivant portât
le nom que lui donnerait l'homme." Ces événements, diront cer-
tains, se produit en Éden, avant la chute d'Adam et la malé-
diction prononcée sur toutes créatures. Alors considérons
avec attention le passage suivant qui répond pleinement à
cette objection : le contrôle de Dieu sur les animaux se mani-
festa pleinement à nouveau lors du déluge. Remarquons com-
ment Dieu amène à Noé toute créature vivante : "deux de cha-
que espèce, pour les conserver en vie avec toi : il y aura un mâle
et une femelle. Des oiseaux selon leur espèce, du bétail selon
son espèce, et de tous les reptiles de la terre selon leur espèce,
deux de chaque espèce viendront vers toi" (Genèse 6 : 19,20).
Tous étaient sous le contrôle souverain de Dieu : le lion de
la jungle, l'éléphant de la forêt, l'ours de la région polaire ; la
panthère féroce, le loup indomptable, le tigre sauvage, l'aigle
au vol majestueux et le crocodile rampant - imaginons-les tous
dans leur férocité, mais se soumettant toutefois docilement à
la volonté de leur Créateur, montant dans l'arche deux par
deux.
Nous nous sommes référés aux plaies d'Égypte pour illus-
trer le contrôle de Dieu sur la matière inanimée ; considérons-
les à nouveau pour voir comment elles démontrent sa parfaite
autorité sur les créatures irrationnelles. À sa parole le fleuve
produit un nombre impressionnant de grenouilles.
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Ces dernières pénétrèrent dans le palais du pharaon, dans les
maisons de ses serviteurs et, contrairement à leur instinct
naturel, s'introduisent dans les lits, les fours et les pétrins
(Exode 7 : 28). Des multitudes de mouches envahissent le pays
d'Égypte, mais aucune ne pénètre dans le pays de Goshen !
(Exode 8 : 18). Ensuite le bétail est atteint et nous lisons "Voici,
la main de l'Éternel sera sur les troupeaux qui sera dans les
champs, sur les chevaux, sur les ânes, sur les chameaux, sur
les bœufs et sur les brebis ; il y aura une mortalité très grande.
L'Éternel distinguera entre les troupeaux d'Israël et les trou-
peaux des Égyptiens, et il ne périra rien de ce qui est aux en-
fants d'Israël. L'Éternel fixa le temps, et dit : Demain l'Éternel
fera cela dans le pays. Et l'Éternel fit ainsi, dès le lendemain.
Tous les troupeaux des Égyptiens périrent, et il ne périt pas une
bête des troupeaux des enfants d'Israël " Exode 9 : 3-6). De la
même manière Dieu envoie des nuages de sauterelles pour frap-
per Pharaon et son pays, fixant l'heure de leur arrivée, déter-
minant leur itinéraire et fixant les limites de leur déprédation.
Ainsi les anges ne sont pas les seuls à se soumettre aux
commandements de Dieu : les bêtes sauvages accomplissent
aussi sa volonté. L'arche sacrée, l'arche de l'alliance, se trouve
dans la contrée des Philistins. Comment est-elle ramenée dans
son pays d’origine ? Dieu, remarquons-le, avait lui-même choisi
ses instruments et ils étaient totalement soumis à son contrôle
: "Et les Philistins appelèrent les prêtres et les devins, et ils
dirent : Que ferons-nous de l'arche de l’Éternel ? Faites-nous
connaître de quelle manière nous devons la renvoyer en son
lieu. Ils répondirent...Maintenant, faites un char tout neuf, et
prenez deux vaches qui allaitent et qui n'aient point porté le joug
; attelez les vaches au char, et ramenez à la maison leurs petits
qui sont derrière elles. Vous prendrez l'arche de l'Éternel, et
vous la mettrez sur le char ; vous placerez à côté d'elle, dans un
coffre, les objets d'or que vous donnez à l'Éternel en offrande
pour le péché ; puis vous la renverrez, et elle partira. Suivez-la
du regard : si elle monte par le chemin de sa frontière vers Beth-
Schémesch, c'est l'Éternel qui nous a fait ce grand mal ; sinon,

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nous saurons que ce n'est pas sa main qui nous a frappés, mais
que cela nous est arrivé par hasard."
Et que se produisit-il ? Les conséquences furent surpre-
nantes ! "Les vaches prirent directement le chemin de Beth-
Schémesch ; elles suivirent toujours la même route en mugis-
sant, et elles ne se détournèrent ni à droite ni à gauche" (1 Sam
6). Le cas d'Elie est également remarquable : " Et la parole de
l'Éternel fut adressée à Elie, en ces mots : Pars d'ici, dirige-toi
vers l'orient, et cache-toi près du torrent de Kérith, qui est en
face du Jourdain. Tu boiras de l'eau du torrent, et j'ai ordonné
aux corbeaux de te nourrir là » (1 Rois 17 : 2-4). L'instinct
naturel de ces oiseaux de proie fut réprimé et au lieu de
dévorer eux-mêmes la nourriture, ils l'apportèrent au serviteur
de l'Éternel dans sa retraite solitaire.
Voulez-vous davantage de preuves ? Elles abondent.
Dieu suscite un âne muet pour s'opposer à la folie du pro-
phète. Il fait sortir des bois deux ours femelles pour dévorer
quarante-deux des persécuteurs d'Élisée. Pour accomplir sa
Parole, il pousse les chiens à manger la chair de la cruelle
Jézabel. Il ferme la gueule des lions de Babylone quand Daniel
est jeté dans la fosse et, plus tard, il leur permet de dévorer les
accusateurs du prophète. Il suscite un grand poisson pour
avaler Jonas, le prophète désobéissant, puis, quand son heure
retentit, il l'oblige à le vomir sur la terre sèche. À son comman-
dement un poisson remet une pièce de monnaie à Pierre pour
payer l'impôt afin d'accomplir sa Parole. Ainsi Dieu, nous le
voyons, règne sur ses créatures irrationnelles : les animaux
des champs, les oiseaux, les poissons, tous obéissent à son
commandement souverain.

3. - Dieu gouverne les êtres humains

Cette section, nous l'admettons volontiers, est la plus difficile


de notre sujet et nous la traiterons donc plus à fond dans les
pages suivantes ; mais nous étudierons à présent la souve-
raineté de Dieu sur les hommes en général, avant d'examiner
le problème en détail.
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Deux alternatives s'offrent à nous et nous devons choisir entre
elles. Dieu gouverne ou il est gouverné ; Dieu dirige ou il est
dirigé ; Dieu arrive à ses fins ou les hommes aux leurs. S'agit-
t-il d'un choix difficile à opérer ?
L'homme est-il un être si rebelle qu'il se situe au-delà du
contrôle de Dieu ? Le péché a-t-il éloigné le pécheur du Dieu
trois fois saint de façon à le placer hors des limites de sa
juridiction ? Ou l'homme a-t-il été doté d'une responsabilité
morale empêchant Dieu de le contrôler entièrement pendant
la période de sa mise à l’épreuve ? L'homme naturel étant un
hors-la-loi face au ciel, un rebelle face au gouvernement divin,
Dieu est-il donc incapable d'accomplir son dessein au travers
de lui ? Nous ne voulons pas seulement dire par cela que Dieu
peut anéantir les effets des actions mauvaises de l'homme, ou
l'amener devant son trône au jour de jugement pour recevoir
sa sentence - un très grand nombre de non-chrétiens croient
cela - mais que toute action de la part du plus rebelle de ses
sujets est entièrement soumise au contrôle divin et que son
auteur même accomplit à son insu les décrets secrets du Très-
Haut. N'en fut-il pas ainsi avec Judas ? Est-il possible de
trouver un cas plus extrême ? Alors si le plus rebelle de tous
accomplissait le dessein de Dieu, il n'est pas plus difficile de
l'affirmer pour tous les rebelles.
Nous ne voulons pas verser dans la philosophie, mais
rechercher l'enseignement de l'Écriture sur ce sujet important.
À la loi et au témoignage, car c'est le seul moyen d'apprendre
la nature, le but, la manière et l'étendue du gouvernement
divin. Qu'est-ce que Dieu a voulu nous révéler dans sa Parole
concernant sa souveraineté sur ses créatures, surtout sur
celles créées à l'origine selon sa propre image ?

"Car en lui nous avons la vie, le mouvement, et l'être" (Actes 17


: 28). Quelle affirmation catégorique ! Ces paroles, remar-
quons-le, furent adressées non pas à l'une des Églises de Dieu,
ni à un groupe de chrétiens ayant atteint un niveau élevé de
spiritualité, mais à un auditoire païen, aux adorateurs d'un
"dieu inconnu" qui ridiculisaient la résurrection des morts.
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Cependant l'apôtre Paul n'hésita pas à affirmer aux philoso-
phes athéniens, aux Épicuriens, aux Stoïciens, "qu'ils avaient
en lui la vie, le mouvement et l'être", autrement dit qu'ils
devaient au Créateur du monde et de toutes choses non
seulement leur existence et leur protection mais que leurs
actions même étaient soumises au contrôle du Seigneur du
ciel et de la terre (voir la fin de Dan 5 : 23).

"Les projets que forme le cœur dépendent de l'homme, mais la


réponse que donne la bouche vient de l'Éternel" (Prov 16 : 1).
Cette déclaration est d'ordre général - il s'agit de "l'homme" en
général et pas seulement des croyants - "le cœur de l'homme
médite sa voie, mais c'est l'Éternel qui dirige ses pas" (Prov 16
: 9). Si le Seigneur dirige les pas de l'homme, n'avons-nous pas
la preuve que Dieu le contrôle et le gouverne ? De nouveau :
"II y a dans le cœur de l'homme beaucoup de projets, mais c'est
le dessein de l'Éternel qui s'accomplit" (Prov 19 : 21). En
d'autres termes, peu importe les désirs et les plans d'un hom-
me, seule la volonté du Créateur s'accomplit. Pour illustrer ce
fait, prenons le cas du riche insensé. Nous connaissons les
"desseins" de son cœur. "Les terres d'un homme riche avaient
beaucoup rapporté. Et il raisonnait en lui-même, disant : Que
ferai-je ? car je n'ai pas de place pour serrer ma récolte. Voici,
dit-il, ce que je ferai : J'abattrai mes greniers, j'en bâtirai de plus
grands, j'y amasserai toute ma récolte et tous mes biens ; et je
dirai à mon âme : Mon âme, tu as beaucoup de biens en réserve
pour plusieurs années ; repose-toi, mange, bois et réjouis-toi."
Néanmoins les projets de l'homme insensé furent réduits à
néant et "le dessein de l'Éternel" se réalisa : "Mais Dieu lui dit :
Insensé ! cette nuit même ton âme te sera redemandée" (Luc 12
: 16-21).

"Le cœur du roi est un courant d'eau dans la main de l'Éternel ;


il l'incline partout où il veut" (Prov 21 : 1). Rien ne pourrait être
plus clair. Dans le cœur se trouvent "les sources de la vie" (Prov
4 : 23), car un homme est comme "les pensées dans son âme"
(Prov 23 : 7).
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Alors si le cœur est dans la main du Seigneur et s’”il l'incline
partout où il veut", de toute évidence, les hommes, les
gouverneurs et les dirigeants même, tous sont sous le contrôle
gouvernemental du Tout-Puissant !

Aucune limite ne doit être fixée à la déclaration ci-dessus car


celui qui soutient que certains hommes, au moins, s'opposent
avec une réelle efficacité au dessein de Dieu et font obstacle à
son conseil, en viendra à répudier d'autres passages de l'Écri-
ture tout aussi explicites. Lisez avec grande attention les ver-
sets suivants : "Mais sa résolution est arrêtée ; qui s'y opposera
? Ce que son âme désire, il l'exécute" (Job 23 : 13). "Les des-
seins de l'Éternel subsistent à toujours, et les projets de son
cœur de génération en génération" (Ps 33 : 11). "Il n'y a ni
sagesse, ni intelligence, ni conseil, en face de l'Éternel" (Prov 21
: 30). "L'Éternel des armées a pris cette résolution : qui s'y
opposera ? Sa main est étendue : qui la détournera ?" (Esa 14 :
27) "Souvenez-vous de ce qui s'est passé dès les temps anciens
; car je suis Dieu, et il n'y en a point d'autre, je suis Dieu, et nul
n'est semblable à moi. J'annonce dès le commencement ce qui
doit arriver, et longtemps d'avance ce qui n'est pas encore ac-
compli ; je dis : Mes arrêts subsisteront, et j'exécuterai toute ma
volonté" (Esa 46 : 9,10). Ces passages ne présentent aucune
ambiguïté. Il est impossible, affirment-ils sans équivoque,
d'anéantir les desseins de l'Éternel.

Nous lisons l'Écriture en vain si nous manquons d'y découvrir


la main de Dieu dans les actions des hommes, qu'ils soient
bons ou mauvais. Nimrod et ses compagnons décidèrent d'éri-
ger la Tour de Babel, mais avant la réalisation de leur plan
Dieu entrava leur projet. Jacob devait recevoir l'héritage et,
bien qu'Isaac cherchât à renverser les décrets de l'Éternel et à
accorder la bénédiction à Ésaü, ses efforts furent réduits à
néant. Ésaü jura de se venger de Jacob, mais lorsqu'ils se
rencontrèrent, ils pleurèrent de joie au lieu de se combattre
avec haine. Les frères de Joseph avaient décidé de le détruire,
mais leurs projets malveillants furent renversés.
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Pharaon refusa de laisser Israël suivre les instructions de
l'Éternel et périt dans la Mer Rouge. Balak embaucha Balaam
afin de maudire les Israélites, mais Dieu l'obligea à les bénir.
Hamann érigea un échafaud à l'intention de Mardochée, mais
fut pendu à sa place. Jonas s'opposa à la volonté révélée de
Dieu mais, qu'advint-il de ses efforts ?

Les nations peuvent soulever un "tumulte" et les peuples con-


cevoir "de vaines pensées" ; les rois et les princes de la terre
peuvent "se soulever" et "se liguer" contre le Seigneur et contre
son Christ en disant : "Brisons leurs liens, délivrons-nous de
leurs chaînes !" (Ps 2 : 3) Le Dieu tout-puissant est-il perturbé
ou troublé par la rébellion de ses créatures mesquines ? Pas
du tout : " Celui qui siège dans les cieux rit, le Seigneur se
moque d'eux " (v. 4). Il occupe une place infiniment plus élevée
au-dessus d'eux et même la plus grande confédération de ces
pions sur la terre, leurs manigances les plus sophistiquées et
les plus vigoureuses destinées à faire échouer ses plans, appa-
raissent puériles à ses yeux. Il considère leurs efforts mes-
quins, non seulement sans aucune crainte, mais il "se rit" de
leur folie. Il traite leur impuissance avec "dérision". Il sait qu'il
peut les écraser comme des mouches quand il le veut, ou les
consumer en un instant du souffle de sa bouche. C'est une
"vaine tentative" pour les pots de terre de lutter contre le Roi
des cieux. Voici notre Dieu ; adorons-le.

4. - Dieu gouverne les anges : à la fois les bons et les


mauvais

Les anges sont les serviteurs de Dieu, ses messagers, ses


chars de guerre. Ils écoutent toujours la Parole de sa bouche
et obéissent sans cesse à ses commandements. "Dieu envoya
un ange à Jérusalem pour la détruire ; et comme il la détruisait,
l'Éternel regarda et se repentit de ce mal, et il dit à l'ange qui
détruisait : Assez ! Retire maintenant ta main... Alors l'Éternel
parla à l'ange, qui remit son épée dans le fourreau" (1 Chro-
niques 21 : 15,27).
FBS_Page | 41
Beaucoup d'autres passages de l'Écriture pourraient être cités
pour montrer la soumission des anges à la volonté de leur
Créateur et leur obéissance à ses commandements. "Revenu à
lui-même, Pierre dit : Je vois maintenant d'une manière certaine
que le Seigneur a envoyé son ange, et qu'il m'a délivré de la
main d'Hérode et de tout ce que le peuple juif attendait" (Actes
12 : 11). "Ces paroles sont certaines et véritables ; et le Sei-
gneur, le Dieu des saints prophètes, a envoyé son ange pour
montrer à ses serviteurs les choses qui doivent arriver bientôt"
(Apoc 22 : 6). Il en sera ainsi au retour du Seigneur : "Le Fils
de l'homme enverra ses anges, qui arracheront de son royaume
tous les scandales et ceux qui commettent l'iniquité" (Mat 13 :
41). Nous lisons à nouveau, "II enverra ses anges avec la
trompette retentissante, et ils rassembleront ses élus des quatre
vents, depuis une extrémité des cieux jusqu'à l'autre" (Mat 24 :
31).
Il en est de même pour les mauvais esprits : ils accomplis-
sent aussi les décrets souverains de Dieu. Ce dernier envoie
un mauvais esprit pour fomenter la rébellion dans le camp
d'Abi-mélec (Jug 9 : 23). Un autre est envoyé pour susciter un
esprit de mensonge chez les prophètes d'Achab : "Et mainte-
nant, voici, l'Éternel a mis un esprit de mensonge dans la
bouche de tous tes prophètes qui sont là. Et l'Éternel a prononcé
du mal contre toi" (1 Rois 22 : 23). Un autre encore est envoyé
par le Seigneur pour troubler Saül : "L'esprit de l'Éternel se
retira de Saùl, qui fut agité par un mauvais esprit venant de
l'Éternel" (1 Sam 16 : 14). De même dans le Nouveau Testa-
ment : toute la légion de démons ne sort pas de la victime
avant que le Seigneur lui donne la permission d'entrer dans
un troupeau de pourceaux. Il est très clair, d'après l'Écriture,
que les anges, bons ou mauvais, se trouvent sous le contrôle
de Dieu, et exécutent, bon gré mal gré, le plan de Dieu. Satan
lui-même est soumis de façon absolue au contrôle de Dieu.
Quand il fut accusé en Eden, il écouta la sentence terrifiante
sans mot dire. Il fut incapable de toucher à Job sans la
permission de Dieu. De même, il dut attendre le consentement
du Seigneur avant de pouvoir "cribler" Pierre.
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Quand Christ lui ordonna de se retirer, "alors le diable le
laissa" (Mat 4 : 11). À la fin, il sera jeté dans l'étang de feu,
préparé pour lui et ses anges.
Le Seigneur Dieu tout-puissant règne. Son gouvernement
s'exerce sur le monde inanimé, sur les bêtes sauvages, sur les
hommes, sur les bons et les mauvais anges et sur Satan lui-
même. Aucune révolution planétaire, aucun rayonnement
stellaire, aucun orage, aucun mouvement d'une créature,
aucune action des hommes, aucun déplacement des anges,
aucune action du diable - rien dans tout le vaste univers ne se
réalise en dehors du plan de Dieu conçu de toute éternité. Ces
affirmations constituent un fondement pour notre foi, un
havre de repos pour notre intelligence, une ancre à la fois sûre
et solide pour notre âme. Il ne s'agit pas d'un destin aveugle,
d'un mal débridé, d'un homme ou de Satan, mais du Seigneur
tout-puissant qui gouverne le monde selon sa propre volonté
et pour sa gloire éternelle.

"Dix mille siècles avant la création des cieux ;


Toutes les années et les mondes à venir
Existaient déjà dans sa pensée :
Pas un moineau ou un ver n'était exclu de ses décrets,
II établit les monarques et les anéantit à son gré." (Isaac Watts)

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5 - La souveraineté de Dieu dans le salut

« 0 profondeur de la richesse, de la sagesse et de la science de


Dieu ! Que ses jugements sont insondables, et ses voies
incompréhensibles ! » (Rom 11 : 33).

« Le salut vient de l'Éternel » (Jon 2 : 10) ; mais le Seigneur ne


sauve pas tous les hommes. Pourquoi ? Il en sauve certains
et, dans ce cas, pourquoi pas les autres ? Cela vient-il de leur
état de péché ou de dépravation ? Non, car l'apôtre écrit, « C’est
une parole certaine et entièrement digne d'être reçue, que Jésus-
Christ est venu dans le monde pour sauver les pécheurs, dont
je suis le premier* (1 Tim 1 : 15).
Par suite, si Dieu a sauvé « le premier (ou le pire) des pé-
cheurs, nul n'est exclu en raison de sa dépravation. » Pourquoi
alors Dieu ne sauve-t-il pas tout le monde ? Certains sont-ils
dotés d'un cœur trop dur pour être atteints ? Non, car il est
écrit à l'égard de ceux dont le cœur était le plus dur, « Je leur
donnerai un même cœur, et je mettrai en vous un esprit nouveau
; j'ôterai de leur corps le cœur de pierre, et je leur donnerai un
cœur de chair » (Ezéc 11 : 19). Alors, leur entêtement, leur
caractère intraitable, leur attitude de défi, empêchent-ils Dieu
de les attirer à lui ? Avant de répondre à cette question, posons-
nous-en une autre. Considérons l'expérience de certains, au
moins, des enfants de Dieu.

Il fut un temps, vous devez l'admettre, où vous marchiez selon


le conseil des méchants, où vous avanciez sur la voie des
pécheurs, où vous vous asseyiez en compagnie des moqueurs,
et avec eux affirmiez, « Nous ne voulons pas que cet homme
règne sur nous » (Luc 19 : 14). Vous ne vouliez pas « venir à
[lui] pour avoir la vie » (Jean 5 : 40), vous joigniez votre voix à
celles de ceux qui disaient : « Retire-toi de nous ; nous ne vou-
lons pas connaître tes voies. Qu'est-ce que le Tout-Puissant pour
que nous le servions ? Que gagnerons-nous à lui adresser nos
prières ? » (Job 21 : 14,15) A votre honte vous devez recon-
naître l'exactitude de ces affirmations.
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Mais comment se fait-il que tout cela soit changé ? Qu'est-ce
qui vous a fait passer d'une attitude d'indépendance hautaine
à celle d'humble suppliant ; d'une attitude d'inimitié, de haine
et de révolte à celle de paix, d'amour et de soumission envers
Dieu ? Comme quiconque « né de l’Esprit », vous répondrez
aussitôt, « Par la grâce, de Dieu je suis ce que je suis » (1 Cor
15 : 10). Ne voyez-vous donc pas que le fait que d'autres
rebelles ne sont pas sauvés ne vient pas d'une impuissance ou
d'un refus divin à contraindre l'homme ? Si Dieu a été capable
de vaincre votre volonté et de gagner votre cœur, sans entraver
votre responsabilité morale, n'est-il pas alors capable d'agir de
même avec autrui ? Bien sûr que si.
Aussi, quel illogisme, incohérence et ridicule de votre part,
en cherchant à expliquer l'état actuel des incroyants et leur
destinée ultime, que de soutenir l'incapacité de Dieu à les
sauver parce qu'ils ne le lui permettent pas. « Mais le moment
est venu, direz-vous, où j'ai voulu recevoir Christ comme mon
Sauveur » ? Oui, et c'est Dieu qui a produit en vous ce désir
(Phil 2 : 13). Pourquoi, alors, ne dispose-t-il pas favorable-
ment tous les pécheurs ? Pourquoi, sinon le fait qu'il est
souverain et qu'il agit à son gré ! Mais revenons à notre toute
première question.

Pourquoi tous ne sont-ils pas sauvés, en particulier tous ceux


qui entendent l'Évangile ? Répondez-vous toujours, parce que
la majorité refuse de croire ? C'est vrai, mais il s'agit seulement
d'une partie (l'aspect humain) de la vérité. Mais il existe aussi
un aspect divin, qui doit être mis en évidence ou Dieu sera
dépouillé de sa gloire. Les inconvertis sont perdus car ils refu-
sent de croire ; les autres sont sauvés car ils croient. Mais
pourquoi ces derniers croient-ils ? Qu'est-ce qui les pousse à
mettre leur confiance en Christ ? Est-ce dû à une intelligence
plus grande, ou à une compréhension plus rapide de leur
besoin du salut ? Loin de nous cette pensée, « Car qui est-ce
qui te distingue ? Qu'as-tu que tu n'aies reçu ? Et si tu l'as reçu,
pourquoi te glorifies-tu, comme si tu ne l'avais pas reçu ? » (1
Cor 4 : 7)
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Dieu lui-même fait la différence entre les élus et les non-élus,
car il est écrit des siens, « Nous savons aussi que le Fils de Dieu
est venu, et qu'il nous a donné l'intelligence pour con-naître le
Véritable » (1 Jean 5 : 20).

La foi est un don de Dieu, pourtant « Tous n'ont pas la foi » (2


Thés 3 : 2) ; Dieu, nous le voyons, n'accorde pas ce don à tous.
À qui l'accorde-t-il donc ? Nous répondons, à ses élus : « Tous
ceux qui étaient destinés à la vie éternelle crurent » (Actes 13 :
48). La Bible parle de « la foi des élus de Dieu » (Tite 1 : 1). Mais
Dieu est-il souverain dans la distribution de ses faveurs ? N'en
a-t-il pas le droit ?
Certains « murmurent-ils contre le Maître de la maison » ?
Alors, ses propres paroles constituent une réponse suffisante,
« Ne m'est-il pas permis de faire de mon bien ce que je veux ? »
(Mat 20 : 15) Dieu est souverain dans l'attribution de ses dons,
tant dans le domaine naturel que spirituel. Après ces affirma-
tions générales de la souveraineté de Dieu dans le salut, exa-
minons maintenant le rôle de chacune des personnes de la
Trinité.

5.1 - La souveraineté de Dieu le Père dans le salut

Le chapitre 9 de l'épître aux Romains, plus que tout autre pas-


sage de l'Écriture, affirme de la façon la plus nette la souve-
raineté absolue de Dieu dans sa décision concernant le destin
de ses créatures. Nous ne tenterons pas ici d'étudier ce
chapitre en entier, mais nous nous arrêterons sur les versets
21 à 23. « Le potier n'est-il pas maître de l'argile, pour faire avec
la même masse un vase d'honneur et un vase d'un usage vil ?
Et que dire, si Dieu, voulant montrer sa colère et faire connaître
sa puissance, a supporté avec une grande patience des vases
de colère formés pour la perdition, et s'il a voulu faire connaître
la richesse de sa gloire envers des vases de miséricorde qu'il a
d'avance préparés pour la gloire ? » Ce passage représente l'hu-
manité déchue, inerte et impotente, telle une masse d'argile
inanimée.
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Aucune différence n'existe, d'après ces versets, entre les élus
et les non-élus : ils sont issus « de la même masse » d'argile, et
cette pensée s'accorde avec Éphésiens 2 : 3, « Nous étions par
nature des enfants de colère, comme les autres. »
Selon ce passage la volonté de Dieu décide heureusement
de la destinée ultime de tout individu, car si cela reposait sur
notre propre volonté, nous irions tous dans l'étang de feu.
Dieu lui-même, selon ce passage, établit véritablement la diffé-
rence dans la destination respective attribuée à ses créatures,
car il destine l'un à être « un vase d’honneur », un autre « d’un
usage vil » ; certains sont des « vases de colère, formés pour la
perdition », d'autres sont « des vases de miséricorde qu'il a
d'avance préparés pour la gloire ».
Pour le cœur orgueilleux de la créature il est certes très
humiliant de se représenter toute l'humanité dans la main de
Dieu comme l'argile dans la main du potier. Toutefois, la
Parole de Vérité l'affirme, et il nous faut insister sur ce point à
une époque caractérisée par la glorification de l'homme, l'or-
gueil intellectuel et la vanité humaine. L'homme a beau lutter
contre son Créateur, il est de l'argile sans plus dans la main
du Potier céleste. Bien que nous sachions que Dieu traitera
ses créatures avec justice et que le Juge de toute la terre
exercera la justice, nous comprenons néanmoins qu'il forme
ses vases en vue de l'accomplissement de son propre dessein
et selon son bon plaisir. Dieu s'arroge le droit indiscutable
d'agir comme il veut avec ce qui lui appartient.
Dieu non seulement possède le droit d'agir comme il veut
avec les créatures formées de ses mains, mais il exerce ce
droit. Cette vérité est nulle part plus évidente que dans sa
grâce souveraine. Avant la fondation du monde, Dieu procéda
à un choix, à une sélection, à une élection. Face à son regard
omniscient se tenait toute la descendance d'Adam et parmi elle
il se choisit un peuple et le prédestina à être « ses enfants
d’adoption », à « être conforme à l'image de son Fils », le destina
à la vie éternelle. De nombreux passages de l'Écriture affir-
ment cette vérité précieuse. Nous porterons maintenant notre
attention sur sept d'entre eux.
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A. « Tous ceux qui étaient destinés à la vie éternelle crurent »
(Actes 13 : 48). Rien ne pourra réconcilier ce texte et d'au-
tres semblables avec la pensée de l'homme naturel.
Aussi toutes les subtilités de l'intelligence humaine ont
été employées pour émousser le tranchant de ce passage
et pour essayer d'atténuer la signification évidente de ces
paroles, mais en vain. Ce passage nous apprend quatre
vérités :

1. La foi est la conséquence et non la cause du décret de


Dieu.
2. Seul un nombre précis est destiné à la vie éternelle car
si tous les hommes sans exception étaient ainsi destinés
par Dieu, les mots « tous ceux » seraient dénués de sens.
3. Cet « appel » de Dieu ne vise pas seulement l'acquisition
de privilèges extérieurs, mais « la vie éternelle » ; non pas
le service mais le salut lui-même.
4. « Tous ceux » - pas un de moins - que Dieu appelle à la
vie éternelle croiront assurément.

Le commentaire du célèbre pasteur anglais C.H. Spurgeon


sur ce texte mérite notre attention. « On a maintes fois es-
sayé de prouver que ce passage n'enseigne pas la prédesti-
nation, mais ces tentatives font violence au texte de façon
si évidente que je ne perdrai pas mon temps à les réfuter.
Je lis : « Tous ceux qui étaient destinés à la vie éternelle
crurent », et je ne fausserai pas le sens de ce verset mais
glorifierai plutôt la grâce de Dieu en lui attribuant la foi de
tout homme... Le désir de croire ne vient-il pas de Dieu ? Si
les hommes sont disposés à recevoir la vie éternelle, Dieu
n'en est-il pas dans chaque cas responsable ? Dieu a-t-il tort
de conférer cette grâce ? S'il est juste pour lui de l'accorder,
a-t-il tort d'avoir l'intention de la donner ? Voudriez-vous
qu'il la donnât par accident ? S'il est juste d'avoir l'intention
d'accorder sa grâce aujourd'hui, il avait le droit d'en avoir
l'intention auparavant, et -puisqu'il ne change pas - de toute
éternité. »
FBS_Page | 48
B. « De même aussi dans le temps présent il y a un reste, selon
l'élection de la grâce. Or, si c'est par grâce, ce n'est plus par
les œuvres ; autrement la grâce n'est plus une grâce. Et si
c'est par les œuvres, ce n'est plus une grâce ; autrement
l'œuvre n'est plus une œuvre » (Rom 11 : 5,6).
Les mots « de même » au début de cette citation nous
ramènent au verset précédent où il est écrit, « Je me suis
réservé sept mille hommes, qui n'ont point fléchi le genou
devant Baal. » Remarquons tout particulièrement les mots
« je me suis réservé ».
À l'époque d'Elie, sept mille hommes - un petit nombre
- furent gardés de façon divine de l'idolâtrie et amenés à la
connaissance du vrai Dieu. Cette protection et cette révé-
lation ne venaient pas d'eux-mêmes mais seulement de
l'influence et de l'action particulières de Dieu. Ces person-
nes étaient hautement favorisées en étant ainsi « réservées
» par Dieu ! Or, affirme l'apôtre, tout comme il y avait « un
reste » réservé par Dieu à l'époque d'Elie, il en va de même
à l'époque actuelle.
« Un reste selon l'élection de la grâce. » Ici la cause de
l'élection est ramenée à ses origines. Dieu n'a pas élu ce «
reste » en prévision de leur foi car un tel choix reviendrait à
rendre le salut dépendant de leur œuvre et alors, ce ne se-
rait plus une grâce. En effet l'apôtre dit, « Si c'est par grâce,
ce n'est plus par les œuvres ; autrement la grâce n'est plus
une grâce. » Ce qui revient à dire que la grâce et les œuvres
s'opposent, qu'elles n'ont rien en commun et, comme l'eau
et l'huile, ne se mélangeront jamais. Ainsi l'idée de la prévi-
sion d'une qualité présente chez les élus, ou d'une action
méritoire quelconque accomplie par eux, est totalement
exclue. « Un reste selon l'élection de la grâce » signifie un
choix inconditionnel provenant de la faveur souveraine de
Dieu ; en un mot, il s'agit d'une élection absolument gratuite.

C. « Considérez, frères, que parmi vous qui avez été appelés il


n'y a ni beaucoup de sages selon la chair, ni beaucoup de
puissants, ni beaucoup de nobles.
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Mais Dieu a choisi les choses folles du monde pour confon-
dre les sages ; Dieu a choisi les choses faibles du monde
pour confondre les fortes ; et Dieu a choisi les choses vils du
monde et celles qu'on méprise, celles qui ne sont point, pour
réduire au néant celles qui sont, afin que nulle chair ne se
glorifie devant Dieu » (1 Cor 1 : 26-29). À trois reprises ce
passage fait mention du choix de Dieu et tout choix exige
nécessairement une sélection ; certains sont pris, d'autres
laissés. Dieu lui-même procède à ce choix. Le nombre des
élus est défini - « il n'y a [pas] beaucoup de sages ».
Les objets de son choix sont les choses faibles de ce
monde, les choses vils du monde et celles qu'on méprise.
Mais pourquoi ? Pour démontrer et glorifier sa grâce. De
même que ses pensées, les voies de Dieu diffèrent totale-
ment de celles de l'homme. Pour l'esprit charnel une sélec-
tion aurait dû s'opérer parmi les rangs des personnes
riches et influentes, aimables et cultivées, pour permettre
au christianisme d'être approuvé et acclamé par le monde
en raison de sa splendeur et de sa gloire humaine. Pour-
tant « Ce qui est élevé parmi les hommes est une abomi-
nation devant Dieu » (Luc 16 : 15). Dieu choisit les « choses
vils ». Il en fut de même à l'époque de l'Ancien Testament.
La nation choisie pour être le dépositaire de ses saints
oracles et les ancêtres du Messie promis ne furent pas
l'ancienne Égypte, la puissante Babylone, ni la Grèce si
civilisée et cultivée. Le peuple choisi par l'Éternel et consi-
déré comme la prunelle de son œil fut le peuple méprisé
des Hébreux. Il en fut ainsi quand le Seigneur séjourna
parmi les hommes. Des pécheurs, pour la plupart non-édu-
qués, furent choisis pour entrer avec lui dans une relation
d'intimité et devenir ses ambassadeurs. Ainsi en a-t-il tou-
jours été depuis. Le choix de Dieu, cette sélection, a pour
but, pour raison d'être, que « nulle chair ne se glorifie
devant Dieu ». Puisque rien en eux-mêmes ne permet aux
objets de son choix de se glorifier de sa faveur spéciale,
toute la gloire doit revenir aux richesses infiniment variées
de sa grâce.
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D. « Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui
nous a bénis de toutes sortes de bénédictions spirituelles
dans les lieux célestes en Christ ! En lui Dieu nous a élus
avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints
et irrépréhensibles devant lui, nous ayant prédestinés dans
son amour à être ses enfants d'adoption par Jésus-Christ,
selon le bon plaisir de sa volonté... En lui nous sommes
aussi devenus héritiers, ayant été prédestinés suivant la
résolution de celui qui opère toutes choses d'après le conseil
de sa volonté » (Eph 1 : 3-5,11).
Ici à nouveau il nous est révélé à quel moment - si l'on
peut parler de moment - Dieu a choisi ceux qui devaient
devenir ses enfants par Jésus-Christ. Dieu nous a choisis
en Christ non pas après la chute d'Adam et l'enlisement
de sa race dans le péché et le malheur, mais longtemps
avant la venue d'Adam sur terre, avant même la fondation
du monde. Nous apprenons le dessein de Dieu concernant
ses élus : il les destinait à être « saints et irrépréhensibles
devant lui » ; à être « ses enfants d’adoption » ; à devenir «
héritiers ». Dans ce passage nous découvrons aussi le motif
de sa décision. Il nous a prédestinés « à être ses enfants
d'adoption par Jésus-Christ » dans son amour. Cette affir-
mation réfute l'accusation méchante et si souvent reprise
selon laquelle la décision de Dieu concernant la destinée
éternelle de ses créatures, avant même leur venue au
monde, est tyrannique et injuste. Enfin, ce passage nous
informe, nul ne le conseilla car nous sommes prédestinés
« selon le bon plaisir de sa volonté ».

E. « Pour nous, frères bien-aimés du Seigneur, nous devons à


votre sujet rendre continuellement grâces à Dieu, parce que
Dieu vous a choisis dès le commencement pour le salut, par
la sanctification de l'Esprit et par la foi en la vérité » (2 Thés
2 : 13). Trois faits méritent ici une attention particulière.
Tout d'abord, affirme ce passage, les élus de Dieu sont «
choisis... pour le salut ». Rien ne saurait être plus clair.

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Comme ces versets réduisent au silence les sophismes et
les faux-fuyants de tous ceux qui désirent limiter le but de
l'élection aux privilèges extérieurs ou à un service particu-
lier ! Dieu nous a choisis pour le « salut » lui-même. En
second lieu, l'élection en vue du salut n'exclut pas l'emploi
de moyens appropriés : le salut s'obtient par « la sanctifi-
cation de l'Esprit et par la foi en la vérité ». Si Dieu a choisi
une personne pour le salut, cette dernière ne sera pas
sauvée bon gré mal gré, avec ou sans la foi : l'Écriture ne
soutient nulle part cette optique. Dieu a prédestiné non
seulement la fin mais aussi les moyens ; le Dieu qui nous
a « choisis... pour le salut » a aussi déterminé la méthode
d'y parvenir : l'œuvre du Saint-Esprit et la foi en la vérité.
Enfin, être choisis par Dieu pour le salut doit nous pousser
à le louer avec ferveur. Remarquez avec quelle force l'apô-
tre l’exprime : « Nous devons à votre sujet rendre continuel-
lement grâces à Dieu, parce que Dieu vous a choisis dès le
commencement pour le salut. » Au lieu de fuir avec horreur
la doctrine de la prédestination, le croyant, quand il com-
prend cette vérité précieuse telle que la révèle la Parole,
découvre une raison supérieure à toute autre- si ce n'est l'i-
nexprimable don-même du Sauveur de rendre grâces à Dieu

F. Il « nous a sauvés, et nous a adressé une sainte vocation,


non à cause de nos œuvres, mais selon son propre dessein,
et selon la grâce qui nous a été donnée en Jésus-Christ
avant les temps éternels » (2 Tim 1 : 9). Comme le langage
des Saintes Écritures est clair et incisif ! La pensée de Dieu
est souvent obscurcie par les explications « humaines ». Il
est impossible de présenter les faits de façon plus claire ou
avec plus de force. Notre salut ne dépend pas de nos
œuvres ; autrement dit, il n'est pas dû à un mérite spécial
en nous, ni la réponse à aucun acte que nous aurions
accompli. Au contraire, c'est le résultat du dessein et de la
grâce de Dieu ; grâce qui nous a été donnée en Jésus-
Christ avant la fondation du monde.

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Nous sommes sauvés par grâce et pour Dieu cette grâce
nous a été accordée non seulement avant notre naissance
ou avant la chute d'A-dam, mais avant même le très
lointain « commencement » de Genèse chapitre 1 : 1. En
cela réside la consolation du peuple de Dieu. Si son choix
a été décidé dans l'éternité, il durera l’éternité !

G. « Élus selon la prescience de Dieu le Père, par la sanctifica-


tion de l'Esprit, afin qu'ils deviennent obéissants, et qu'ils
participent à l'aspersion du sang de Jésus-Christ » (1 Pierre
1 : 2).
Ici, de nouveau, l'élection par le Père précède l'œuvre du
Saint-Esprit, l'obéissance et la foi de ceux qui sont sauvés.
Ainsi elle ne repose nullement sur la créature mais sur la
volonté souveraine du Tout-Puissant. La « prescience de
Dieu le Père » ne se réfère pas ici à sa connaissance par
avance de toutes choses mais il signifie [la présence des
élus en Christ dans la pensée de Dieu de toute éternité. Il
ne vit pas d'avance que certains, en entendant l'Évangile,
le croiraient sans qu'il les ait déjà destinés à la vie éter-
nelle. La prescience de Dieu lui montrait en tout homme
un amour du péché et une haine envers la divinité. La «
prescience » divine, repose sur les décrets de Dieu comme
nous l'affirme avec clarté le passage d'Actes 2 : 23 : « Cet
homme, livré selon le dessein arrêté et selon la prescience
de Dieu, vous l'avez crucifié, vous l'avez fait mourir par la
main des impies. » Remarquons l'ordre des faits : tout d'a-
bord, « le dessein arrêté... de Dieu » (son décret), puis sa «
prescience ». Il en est de même dans Romains 8 : 29 : « Car
ceux qu'il a connus d'avance, il les a aussi prédestinés à
être semblables à l'image de son Fils. » Le premier mot ici,
« car », se rapporte au verset précédent, dont voici la der-
nière partie : « de ceux qui sont appelés selon son dessein »
- ce sont eux qu'il a connus d'avance et prédestinés. Enfin,
quand nous lisons dans l'Écriture qu'il a « connu » certains,
ce mot est utilisé dans le sens de « connaître avec approba-
tion et amour » :
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« Mais si quelqu'un aime Dieu, celui-là est connu de lui » (1
Cor 8 : 3). Aux hypocrites Christ dira, « Je ne vous ai jamais
connus. » Il ne les a jamais reconnus comme les siens.
Alors « élus selon la prescience de Dieu le Père » signifie être
choisis par lui comme les objets spéciaux de son appro-
bation et de son amour. En résumant l'enseignement de
ces sept passages nous apprenons que :

1. Dieu a destiné certains à la vie éternelle et par suite de


son élection, au temps prévu, ils croiront ;
2. l'élection de Dieu au salut n'est pas due à une qualité
ou à un mérite présent en ces élus, mais seulement à la
grâce divine;
3. Dieu a élu à dessein les êtres les plus invraisemblables
pour être les bénéficiaires de ses faveurs spéciales, « afin
que nulle chair ne se glorifie devant Dieu » ;
4. Dieu a choisi son peuple en Christ avant la fondation du
monde, non en raison de sa sainteté mais pour qu'il soit
« saint et irrépréhensible devant lui » ;
5. ayant choisi certains pour le salut, il a aussi décidé des
moyens de réaliser son dessein éternel ;
6. la grâce même, source de salut pour nous, nous fut
dans le dessein de Dieu, « donnée en Jésus-Christ avant
les temps éternels »
7. très longtemps avant leur venue au monde, les élus de
Dieu étaient présents devant ses yeux, « connus d'avance
» par lui, et étaient les objets précis de son amour éternel.

Avant de passer à la suite de ce chapitre, nous voudrions ajou-


ter quelques mots concernant les sujets de la grâce souveraine
de Dieu. Nous désirons y revenir, car la doctrine de la souve-
raineté de Dieu, source de l'élection au salut de certains, est très
souvent attaquée sur ce point. Quiconque veut affaiblir cette
vérité s'efforce de façon invariable de trouver une cause en de-
hors de la volonté divine, susceptible de pousser Dieu à accor-
der le salut aux pécheurs ; une qualité présente dans la créature
qui lui donnerait droit d'obtenir miséricorde auprès du Créateur.
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Aussi revenons-nous à la question, pourquoi Dieu a-t-il choisi
les élus ?
Qu'y avait-il chez eux pour attirer le cœur de Dieu ? Était-
ce à cause de certaines de leurs vertus, de la générosité de leur
cœur, de la douceur de leur tempérament, de leur honnêteté
? En un mot, furent-ils choisis à cause de leur bonté ? Non ;
car le Seigneur a dit, « Un seul est bon » (Mat 19 : 17). Était-ce
en raison de l'accomplissement de quelque bonne œuvre ? Non
; car il est écrit, « II n'en est aucun qui fasse le bien, pas même
un seul » (Rom 3 : 12).
Était-ce en raison de leur recherche sérieuse et zélée de
Dieu ? Non ; car, de nouveau, il est écrit, « Nul ne cherche Dieu
» (Rom 3 : 11). Était-ce en raison de leur foi, connue d'avance
par Dieu ? Non ; car comment ceux « morts dans leurs fautes
et leurs péchés » croiraient-ils en Christ ? Comment Dieu
pouvait-il reconnaître par avance certains hommes comme
croyants alors que le péché les empêche de croire ? L'Écriture
déclare : « Car c'est par la grâce que vous êtes sauvés, par le
moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c'est le don de
Dieu » (Eph 2 : 8). La foi est le don de Dieu sans lequel person-
ne ne peut croire. La cause de son choix réside en lui et non
dans les objets de ce choix. Il a choisi ceux-là simplement
parce qu'il le voulait.

5.2 - La souveraineté de Dieu le Fils dans le salut

Pour qui Christ est-il mort ? Le Père avait sans aucun doute
un but précis en donnant son Fils pour mourir à la croix, et
Dieu le Fils avait un dessein défini pour livrer sa vie. « Le Sei-
gneur… fait ses choses [qui lui sont] connues de toute éternité »
(Actes 15 :18). En quoi consistait alors le but du Père et le
dessein du Fils ? Christ est mort pour « les élus de Dieu ».

Le dessein limité de la mort de Christ, nous ne l’ignorons pas,


a fait l’objet de beaucoup de controverses. Quelle grande vérité
révélée de l’Écriture ne l’a pas été ?

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Tout sujet touchant à la personne et à l’œuvre de notre
Seigneur bien-aimé, nous en sommes conscients, exige d’être
traité avec le plus grand respect, et toutes nos affirmations
doivent s’appuyer sur des paroles explicites de l’Écriture. Nous
ferons donc appel « à la loi et au témoignage ».

Pour qui Christ est-il mort ? Qui avait-il l’intention de racheter


par son sang ? De toute évidence le Seigneur Jésus avait un
but défini quand il se rendit à la croix. Dans ce cas l’étendue
de son dessein est limitée, car une intention ou un but défini
de Dieu doit s’accomplir.
Si le but précis de Christ comprenait toute l’humanité, alors
cette dernière serait sans nul doute sauvée. Pour échapper à
cette conclusion inéluctable, certains nient la réalité du but
précis de Christ et attribuent à sa mort l’accomplissement
d’un salut conditionnel pour toute l’humanité. La réfutation
de cette affirmation se trouve dans la promesse faite par le
Père à son Fils avant la croix et même avant son incarnation.
L’Ancien Testament représente le Père comme promettant au
Fils une certaine récompense suite aux souffrances endurées
pour des pécheurs. À ce stade nous nous limiterons à une ou
deux déclarations tirées du célèbre chapitre 53 d’Esaïe :
« Après avoir livré sa vie en sacrifice pour le péché, il verra une
postérité » ; « À cause du travail de son âme, il rassasiera ses
regards » et « mon serviteur juste justifiera beaucoup d’hom-
mes » ‘(vv. 10,11). Or comment pouvait-il être certain que
Christ verrait « sa postérité », et « à cause du travail de son
âme… rassasiera[it] ses regards », à moins que le salut de
certains membres de la race humaine fût divinement décrété
et donc certain ? Comment Christ pouvait-il, de façon cer-
taine, en justifier beaucoup, si aucune provision n’était assu-
rée pour amener quiconque, de façon efficace, à le recevoir
comme Sauveur ?
Par ailleurs, affirmer que le Seigneur Jésus visait expressé-
ment à sauver toute l’humanité revient à le rendre respon-
sable, en vertu de son omniscience, d’une folie : c’est-à-dire,
se donner un but, tout en le sachant d’avance irréalisable.
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Une seule alternative demeure : Christ est mort seulement
pour les élus. Résumons cette pensée en une seule phrase
accessible à tout lecteur : Christ n’est pas mort pour rendre
possible le salut de toute l’humanité, mais pour rendre certain
celui de tous ceux lui ayant été donnés par le Père. Christ n’est
pas mort simplement pour permettre le pardon de nos péchés,
mais « pour abolir le péché par son sacrifice » (Hébreux 9 : 26).

A. Le dessein défini de l’expiation provient nécessairement de


l’élection au salut de certains déterminée par le Père de
toute éternité.
L’Écriture nos révèle qu’avant son incarnation le Sei-
gneur dit, « Voici, je viens, pour faire, ô Dieu, ta volonté »
(Hébreux 10 : 7), et après cette incarnation, il déclare, « Car
je suis descendu du ciel pour faire, non ma volonté, mais la
volonté de celui qui m’a envoyé » (Jean 6 : 38). Puisque dès
le commencement Dieu a choisi certains pour le salut, et
comme la volonté de Christ s’accorde parfaite-ment avec
celle du Père, il n’a pas cherché à élargir le nombre des élus.
Cette dernière affirmation n’est pas seulement notre
déduction mais s’accorde avec l’enseigne-ment explicite de
la Parole. À maintes reprises le Seigneur a affirmé avoir
particulièrement en vue ceux que le Père lui avait
« donnés ». Il a déclaré, « Tout ce que le Père me donne
viendra à moi, et je ne mettrai pas dehors celui qui vient à
moi… Or, la volonté du Père qui m’a envoyé, c’est que je ne
perde rien de tout ce qu’il m’a donné, mais que je le ressus-
cite au dernier jour » (Jean 6 : 37, 39). Et à nouveau, « Après
avoir ainsi parlé, Jésus leva les yeux au ciel, et dit : Père,
l’heure est venue ! Glorifie ton Fils, afin que ton Fils te
glorifie, selon que tu lui as donné pour voir sur toute chair,
afin qu’il accorde la vie éternelle à tous ceux que tu lui as
donnés… J’ai fait connaître ton nom aux hommes que tu
m’as donné du milieu du monde. Ils étaient à toi, et tu me les
as donnés ; et ils ont gardé ta parole… C’est pour eux que je
prie. Je ne prie pas pour le monde, mais pour ceux que tu
m’as donnés, parce qu’ils sont à toi…
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Père, je veux que là où je suis ceux que tu m’as donnés soient
aussi avec moi, afin qu’ils voient ma gloire, la gloire que tu
m’as donnée, parce que tu m’as aimé avant la fondation du
monde » (Jean 17 : 1,2,6,9,24). Avant la fondation du
monde le Père a prédestiné un peuple à être conforme à
l’image de son Fils ; la mort et la résurrection du Seigneur
Jésus serviront à la réalisation du dessein divin.
B. La nature même de l’expiation met en évidence, dans son
application aux pécheurs, son caractère défini dans le
dessein de Dieu. L’expiation de Christ peut-être considérée
sous deux aspects différents.
Vis-à-vis de Dieu, l’œuvre de Christ à la croix fut une
propitiation destinée à apaiser la colère de Dieu, une sa-
tisfaction accordée à la justice et à la sainteté divine. Vis-
à-vis de l’homme, cette œuvre fut une substitution, l’inno-
cent prenant la place du coupable, le juste mourant pour
les injustes. Or, la substitution stricte d’une personne à
d’autres, et l’infliction sur elle de souffrances volontaires
implique de la part du substitut et de celui dont il apaise la
colère une reconnaissance définie des personnes qu’il
représente et qu’il décharge de leurs obligations légales en
portant leurs péchés. De plus, si le législateur accepte la
« satisfaction » opérée par le substitut, ceux qu’il repré-
sente et dont il prend la place, doivent obligatoirement être
acquittés. Si je suis incapable de payer mes dettes mais que
quelqu’un les paie entièrement à ma place et reçoive en
échange un reçu, mon créancier n’a plus alors, aux yeux
de la loi, de réclamation à m’adresser.
Sur la croix le Seigneur Jésus s'est donné lui-même en
rançon et le tombeau vide trois jours plus tard atteste son
acceptation par Dieu. Toutefois une question se pose : pour
qui cette rançon fut-elle offerte ? Si elle l'a été pour toute l'hu-
manité, alors la dette de tout homme est annulée. Si Christ
a porté dans son propre corps sur le bois les péchés de tous
les hommes sans exception, alors aucun d'entre eux ne péri-
ra. Si Christ « est devenu malédiction » pour toute la race
d'Adam, alors nul ne sera condamné aux derniers jours.
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Dieu ne peut réclamer deux fois le paiement tout d'abord à
celui qui a versé son sang pour mon salut puis à moi-même.
Mais Christ n'a pas réglé la dette de tous les hommes sans
exception, car certains seront « mis en prison » (Mat 5 : 25
; cf. l Pi 3 : 19 où figure le même mot grec pour « prison »),
et « ils ne sortiront pas de là qu'ils n'aient payé le dernier
quadrant », c'est-à-dire, jamais. Christ n'a pas porté les pé-
chés de toute l'humanité, car certains mourront dans leur
péché (Jean 8 : 21), et leur péché subsiste (Jean 9 : 41).
Christ n'est pas « devenu malédiction » pour toute la race
d'Adam, car à certains il dira, « Retirez-vous de moi, mau-
dits » (Mat 25 : 41). Affirmer que Christ est mort pour tous
sans exception, qu'il est devenu le substitut et le garant de
toute la race humaine, qu'il a souffert comme représentant
et à la place de toute l'humanité revient à prétendre qu'il a
porté la malédiction pour un grand nombre qui la portent
à leur tour pour eux-mêmes, qu'il a enduré le châtiment
pour un grand nombre qui maintenant, en enfer, lèvent les
yeux en proie aux tourments, qu'il a payé le prix de la
rédemption pour tous ceux obligés de payer à leur tour par
une angoisse éternelle le salaire du péché qui est la mort.
Par contre, affirmer avec l'Écriture que Christ a été frappé
pour le péché de son peuple, qu'il a donné sa vie pour ses
brebis, qu'il l'a donnée en rançon pour beaucoup, revient à
reconnaître qu'il effectua une expiation parfaite, que sa mort
fut une rançon effective, qu'il accomplit lui-même sa
destinée en tant que victime propitiatoire réelle, et qu'il est
un Sauveur qui sauve véritablement.
C. L'enseignement de l'Écriture concernant le sacerdoce du
Seigneur confirme nos propos ci-dessus. Christ intercède
pour nous comme souverain sacrificateur. Mais pour qui
intercède-t-il ? Pour toute la race humaine ou seulement
pour son peuple ? La réponse du Nouveau Testament est
d'une très grande clarté. Notre Sauveur est entré lui-même
dans les cieux, « afin de comparaître maintenant pour nous
devant la face de Dieu » (Héb 9 : 24), pour nous qui avons «
part à la vocation céleste » (Héb 3 : 1).
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Et plus loin il est écrit, « C’est aussi pour cela qu'il peut
sauver parfaitement ceux qui s'approchent de Dieu par lui,
étant toujours vivant pour intercéder en leur faveur » (Héb 7
: 25). Cette affirmation s'accorde parfaitement avec l'image
tirée de l'Ancien Testament. Après avoir tué un animal
destiné à être offert en sacrifice, Aaron pénétrait dans le
lieu très-saint comme représentant et substitut du peuple
de Dieu : sur son pectoral étaient gravés les noms des
tribus d'Israël et, pour eux, il se tenait dans la présence de
Dieu. Il en est de même des paroles de notre Seigneur dans
Jean 17 : 9 : « C’est pour eux que ' je prie. Je ne prie pas
pour le monde, mais pour ceux que tu m'as, donnés, parce
qu'ils sont à toi. » A cet égard le texte de Romains 8 mérite
une attention particulière. Au verset 33 la question est
posée, « Qui accusera les élus de Dieu ? » La réponse inspi-
rée suit : « C’est Dieu qui justifie ! Qui les condamnera ?
Christ est mort ; bien plus, il est ressuscité, il est à la droite
de Dieu, et il intercède pour nous ! » La mort et l'intercession
de Christ, remarquons-le, ont un même et unique but.
Dans l'image de l'Ancien Testament comme en son accom-
plissement dans le Nouveau Testament, l'expiation et l'in-
tercession se rapportent aux mêmes personnes. Si Christ
intercède pour les élus seulement et « non pour le monde »,
il est alors mort pour eux seulement.
D. Le nombre de ceux qui bénéficient de l'œuvre de Christ est
déterminé non seulement par la nature de l'expiation et du
sacerdoce de Christ, mais aussi par sa puissance. Puisque
le crucifié était Dieu manifesté dans la chair, il suit de façon
inéluctable qu'il accomplira le dessein qu'il a arrêté ; qu'il
prendra possession de ceux qu'il a rachetés ; qu'il gardera
en toute sécurité ceux en qui il a mis son affection. Si le
Seigneur Jésus possède tout pouvoir au ciel et sur la terre,
nul ne peut alors résister avec succès à sa volonté. Cette
pensée, direz-vous, est peut-être vraie en théorie, néan-
moins Christ refuse d'exercer sa puissance puisqu'il n'obli-
gera jamais personne à le recevoir comme Sauveur.

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Cette objection n'est vraie qu'en partie. Le salut de tout
pécheur est une question de puissance divine. Par nature
tout pécheur est un ennemi de Dieu, et seule la puissance
divine agissant en lui surmontera cette inimitié. C'est
pourquoi il est écrit, « Nul ne peut venir à moi, si le Père qui
m'a envoyé ne l’attire » (Jean 6 : 44). La puissance de Dieu
surmonte l'inimitié innée du pécheur et le rend désireux de
venir à Christ afin d'avoir la vie. Mais cette « inimitié » n'est
pas vaincue chez tous - pourquoi ?
Est-ce en raison d'une inimitié insurmontable ? Cert-
ains cœurs sont-ils si durs au point d'empêcher Christ de
pénétrer ? Répondre à cette question de façon affirmative
revient à nier sa toute-puissance.
En fin de compte, il ne s'agit ni du désir du pécheur ni de
son manque de désir puisque, par nature, tous refusent le
salut. Le désir de venir à Christ provient de la puissance divi-
ne à l'œuvre dans le cœur et la volonté de l'homme, surmon-
tant « l’inimitié » inhérente et constante, comme il est écrit,
« Ainsi donc, cela ne dépend ni de celui qui veut, ni de celui
qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde » (Rom 9 : 16).
Nier le pouvoir de Christ de gagner le cœur de ses en-
nemis revient à nier sa toute-puissance au ciel et sur la
terre. Affirmer l'incapacité de Christ d'exercer sa puissan-
ce sans détruire la responsabilité de l'homme revient à nier
un fait incontestable : il fait grâce à tous ceux qui viennent
à lui sans détruire leur responsabilité. Or, dans ce cas
pourquoi n'en serait-il pas de même pour d'autres ? S'il est
capable de gagner le cœur d'un pécheur, pour-quoi pas celui
d'un autre ? Affirmer, comme certains, que les autres ne le
lui permettent pas revient à nier sa puissance.
Tout dépend de sa volonté. Si le Seigneur Jésus a
décrété, désiré et visé le salut de toute l'humanité, toute la
race humaine sera alors sauvée sinon la puissance de
réaliser ses intentions lui fait défaut. Dans ce cas les versets
d'Esaïe 53 : 10-11 ne seraient pas exacts : « II verra une
postérité... À cause du travail de son âme, il rassasiera ses
regards. »
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La question soulevée touche à la divinité de Christ, car un
Sauveur vaincu ne peut être Dieu.
Ayant exposé quelques principes généraux impliquant
notre foi dans le dessein défini de la mort de Christ, nous
considérerons maintenant quelques déclarations claires de
l'Écriture qui en affirment la vérité. Dans le merveilleux et
incomparable chapitre 53 d'Esaïe, Dieu précise en ce qui
concerne son Fils, « II a été enlevé par l'angoisse et le châti-
ment ; et parmi ceux de sa génération, qui a cru qu'il était
retranché de la terre des vivants et frappé pour les péchés
de mon peuple ? » (Esa 53 : 8) Le passage ci-dessus s'ac-
corde à la perfection avec la déclaration de l'ange à Joseph
: « Tu lui donneras le nom de Jésus ; c'est lui qui sauvera son
peuple de ses péchés » (Mat 1 : 21), c'est-à-dire, pas simple-
ment Israël, mais tous ceux « donnés » à Jésus par le Père.
Le Seigneur lui-même a déclaré, « Le Fils de l'homme est
venu, non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie
comme la rançon de plusieurs » (Mat 20 : 28). Pourquoi est-
il écrit « de plusieurs », si tous sans exception sont inclus ?
Il a visité et racheté « son peuple » (Luc 1 : 68). Le bon berger
n'a pas donné sa vie pour les « boucs », mais pour les «
brebis » (Jean 10 : 11). C'est « l’Église du Seigneur », qu'il
s'est acquis par son propre sang (Actes 20 : 28).
Le seul texte de Jean 11 : 49-52 suffirait à étayer cette
vérité : « L’un d'eux, Caïphe, qui était souverain sacrificateur
cette année-là, leur dit : Vous n'y entendez rien ; vous ne
réfléchissez pas qu'il est de votre intérêt qu'un seul homme
meure pour le peuple, et que la nation entière ne périsse pas.
Or, il ne dit pas cela de lui-même ; mais étant souverain
sacrificateur cette année-là, il prophétisa que Jésus devait
mourir pour la nation. Et ce n'était pas pour la nation
seulement ; c'était aussi afin de réunir en un seul corps les
enfants de Dieu dispersés. » Caïphe « ne dit pas cela de lui-
même » : comme les prophètes de Dieu à l'époque de l'An-
cien Testament (2 Pi 1 : 21), sa prophétie ne provenait pas
de lui-même mais il parla sous l'action du Saint-Esprit.

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Ainsi la valeur de son affirmation a été conservée avec soin
et la source divine de cette révélation exprimée de façon
explicite. Or, il déclara de façon très claire : Christ est mort
pour « la nation », c'est-à-dire, Israël, et aussi pour son
corps, l'Église, au sein de laquelle les enfants de Dieu - «
dispersés » parmi les nations - sont maintenant rassemblés
« en un seul corps ».
Les membres de l'Église, remarquons-le, sont ici appelés
« enfants de Dieu » même avant la mort de Christ, et par
conséquent avant la création de son Église ! Le vaste ma-
jorité d'entre eux n'était pas encore née, cependant ils
étaient déjà considérés comme « enfants de Dieu » ; cela car
ils avaient été choisis en Christ avant la fondation du
monde et par conséquent « prédestinés dans son amour à
être ses enfants d'adoption par Jésus-Christ » (Eph 1 : 5).
De même Christ a dit : « J’ai [et non « j’aurai »] encore d'au-
tres brebis, qui ne sont pas de cette bergerie » (Jean 10 :16)
Plus que d'habitude, si possible, le vrai dessein de la
croix fut présent à l'esprit de Christ pendant la dernière
semaine de son ministère terrestre. Qu'enseigne l'Écriture
sur cette question dans les passages se rapportant à cette
époque de son ministère ? Tout d'abord le texte de Jean 13
: 1 : « Jésus, sachant que son heure était venue de passer
de ce monde au Père, et ayant aimé les siens qui étaient
dans le monde, mit le comble à son amour pour eux. » Celui
de Jean 17 : 19 rapporte ses paroles : « Et je me sanctifie
moi-même pour eux, afin qu'eux aussi soient sanctifiés par
la vérité. » En d'autres termes, il s'est consacré à la mort de
la croix pour les siens, pour ceux que le Père lui avait «
donnés ». Une question s’impose : pourquoi cette préci-
sion, si Christ est mort pour tous les hommes sans excep-
tion ?
Enfin considérons brièvement certains des passages qui
semblent enseigner très fortement un dessein universel
dans la mort de Christ.

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D.1. Dans 2 Corinthiens 5 : 14 nous lisons : « Un seul est
mort pour tous », mais ce passage ne s'arrête pas là. Si
nous examinons avec soin tout le verset et le contexte
d'où ces mots sont tirés, nous découvrirons en fait qu'il
enseigne des plus clairement que la mort de Christ avait
un dessein défini. Voici le verset complet : « Car l'amour
de Christ nous presse, parce que nous estimons que, si
un seul est mort pour tous, tous donc sont morts. » Dans
le grec un article défini se situe avant le dernier « tous »
et le verbe est au passé, par conséquent la phrase devrait
se lire, « Si un seul est mort pour tous, donc les tous sont
morts. » L'apôtre tire ici une conclusion, comme ses paro-
les le prouvent, « Nous estimons que si... tous donc... »
Autrement dit, ceux pour lesquels un seul est mort
sont considérés juridiquement comme étant morts.
Le verset suivant poursuit : « Et qu'il est mort pour
tous, afin que ceux qui vivent ne vivent plus pour eux-
mêmes, mais pour celui qui est mort et ressuscité pour
eux. » « Un seul » est non seulement mort, mais « ressus-
cité », et il en est de même de tous ceux pour lesquels il
est mort car, selon ce texte, ils « vivent ». Quand un
substitut agit pour d'autres, ces derniers sont considérés
comme ayant agi eux-mêmes. Le substitut et ceux qu'il
représente ne sont qu'un aux yeux de la loi. Il en est de
même pour Dieu - Christ a été identifié à son peuple et
son peuple à lui - aussi, quand il mourut, ils moururent
juridiquement et quand il ressuscita, ils ressuscitèrent.
Mais plus loin ce passage affirme, « Si quelqu'un est
en Christ, il est une nouvelle créature » (v. 17). Il a vérita-
blement reçu une vie nouvelle et non seulement juridique-
ment. C'est pourquoi « tous » ceux pour qui Christ mourut
sont ici exhortés à vivre non plus pour eux-mêmes, mais
pour celui qui est mort et ressuscité pour eux. En d'autres
termes, ceux compris dans ce « tous » pour lesquels Christ
est mort, reçoivent ici l'exhortation à manifester pratique-
ment dans leur vie quotidienne leur statut juridique ; ils
sont appelés à vivre pour Christ qui est mort pour eux.
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Ainsi quand il est écrit : « Un seul est mort pour tous », «
tous » signifie « ceux qui vivent et sont exhortés à vivre
pour lui ». Ce passage enseigne donc trois vérités impor-
tantes et le meilleur moyen d'en montrer la portée est de
présenter ces vérités dans l'ordre inverse :
(1) certains sont ici exhortés à vivre non plus pour eux-
mêmes mais pour Christ ;
(2) ces derniers sont « ceux qui vivent » spirituellement,
c'est-à-dire, les enfants de Dieu car eux seuls parmi
toute l'humanité possèdent la vie spirituelle, tous les
autres étant morts dans leurs transgressions et leurs
péchés ;
(3) ceux qui vivent ainsi sont tous ceux pour qui Christ
est mort et ressuscité. D'après ce passage Christ est
donc mort pour tous ceux de son peuple, les élus,
ceux que le Père lui a donnés, et grâce à sa mort et à
sa résurrection « pour eux », ils « vivent ». Les élus
sont les seuls à « vivre » ainsi. La vie qu'ils ont reçue
par Christ, ils doivent la vivre « pour lui » ; l'amour de
Christ doit maintenant les « presser ».
D.2. « Car il y a un seul Dieu, et aussi un seul médiateur
entre Dieu et les hommes [non « l’homme », terme géné-
rique signifiant toute l'humanité : comme l'Écriture est
précise !], Jésus-Christ homme, qui s'est donné lui-même
en rançon pour tous. C'est là le témoignage rendu en son
propre temps » (1 Tim 2 : 5,6). Nous nous arrêterons
maintenant sur les mots « qui s'est donné lui-même en
rançon pour tous ».
L'Écriture utilise le mot « tous » (appliqué à l'huma-
nité) de façon soit absolue soit relative. Dans certains
passages il signifie tous sans exception, dans d'autres
tous sans distinction. Le sens qu'il prend dans chaque
texte doit être établi d'après le contexte et les passages
parallèles. L'utilisation du mot « tous » de façon relative
et limitée, signifiant tous sans distinction et non pas
sans exception, apparaît très clairement dans un certain
nombre de passages.
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Parmi ces derniers nous en choisirons trois. « Tout le
pays de Judée et tous les habitants de Jérusalem se
rendaient auprès de lui ; et, confessant leurs péchés, ils
se faisaient baptiser par lui dans le fleuve du Jourdain »
(Marc 1 : 5). D'après ce texte tout homme, femme et
enfant de « tout le pays de Judée » et de Jérusalem
furent-ils baptisés par Jean dans le Jourdain ? Certaine-
ment pas. Le texte de Luc 7 : 30 déclare très nettement
: « Mais les pharisiens et les docteurs de la loi, en ne se
faisant pas baptiser par lui, ont rendu nul à leur égard le
dessein de Dieu. » Alors quelle est la signification de «
tous... se faisaient baptiser par lui » ? Ces mots ne
signifient pas tous sans exception, mais tous sans
distinction de rang ou de condition. La même explication
s'applique au passage de Luc 3 : 21. Le passage de Jean
8 : 2 nous apprend : « Mais, dès le matin, il alla de nou-
veau dans le temple, et tout le peuple vint à lui. S'étant
assis, il les enseignait. » L'expression « tout le peuple »
doit-elle se comprendre de façon absolue ou relative ?
Signifie-t-elle tous sans exception, ou tous sans distinc-
tion de classe et de condition ? La dernière interpréta-
tion est de toute évidence la seule juste car le temple ne
pouvait contenir tous les habitants de Jérusalem à l'épo-
que de la Fête des Tabernacles. Considérons maintenant
le passage d'Actes 22 : 15 : « Car tu [Paul] lui serviras de
témoin, auprès de tous les hommes, des choses que tu as
vues et entendues. » Ici « tous les hommes » ne veut certes
pas dire tous les membres de la race humaine.
À nos yeux, les paroles « il s'est donné lui-même en
rançon pour tous » dans le passage de 1 Timothée 2 : 6
signifient tous sans distinction et non pas tous sans
exception. Il s'est donné en rançon pour des hommes de
toute nationalité, de toute génération et de toute race ;
en un mot, pour tous les élus comme nous le lisons dans
Apocalypse 5 : 9 : « Tu as été immolé, et tu as racheté
pour Dieu par ton sang des hommes de toute tribu, de
toute langue, de tout peuple, et de toute nation. »
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Cette interprétation ne constitue pas une définition
arbitraire du « tous » de notre passage comme le texte de
Matthieu 20 : 28 le confirme : « C’est ainsi que le Fils de
l'homme est venu, non pour être servi, mais pour servir et
donner sa vie comme la rançon de plusieurs. »
Cette limitation n'aurait aucun sens s'il s'était donné
en rançon pour tous sans exception. De plus, la précision
« le témoignage rendu en son propre temps » doit être
prise en considération. Si Christ s'est donné lui-même en
rançon pour toute la race humaine, dans quel sens ce
témoignage sera-t-il « rendu en son propre temps », puis-
que des multitudes seront, sans nul doute, perdues pour
l'éternité ? Mais si Christ s'est donné en rançon pour
tous les élus de Dieu sans distinction de nationalité, de
prestige social, de moralité, d'âge et de sexe, alors la si-
gnification de cette précision est parfaitement claire car,
« en son propre temps », le témoignage sera rendu grâce
à l'accomplissement du salut effectif de chacun d'eux.
D.3. « Celui qui a été abaissé pour un peu de temps au-
dessous des anges, Jésus, nous le voyons couronné de
gloire et d'honneur à cause de la mort qu'il a soufferte,
afin que, par la grâce de Dieu, il souffrît la mort pour tous
» (Héb 2 : 9). Ce passage ne doit pas retenir notre atten-
tion trop longtemps. Il n'y a aucun mot grec défini qui
corresponde au « tous » de la version française. Il s'agit
d'un mot abstrait que certains proposent de traduire : «
il souffrit la mort pour toutes choses », ce qui nous paraît
être aussi une erreur. Le reste du passage explique notre
texte : « II convenait, en effet, que celui pour qui et par qui
sont toutes choses, et qui voulait conduire à la gloire
beaucoup de fils, élevât à la perfection par les souffran-
ces le Prince de leur salut. » L'apôtre parle ici des « fils »,
aussi nous pouvons comprendre « il est mort pour tous
[les fils] ». Ainsi, au lieu d'enseigner le dessein non-limité
de la mort de Christ, le passage de Hébreux 2 : 9 et 10
s'accorde parfaitement avec les autres passages de l'Écri-
ture cités, présentant le dessein défini de l'expiation :
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…le Seigneur « souffrit la mort » pour les « fils » et non pour
la race humaine en général.
En conclusion, affirmons-le encore une fois, nous ne limi-
tons aucunement la valeur de l'expiation, mais nous
soutenons son dessein précis et son application définie.

5.3 - La souveraineté de Dieu le Saint-Esprit dans le


salut

Puisque le Saint-Esprit est l'une des trois personnes de la


Sainte Trinité, il est forcément en accord avec la volonté et le
dessein des autres personnes de la Trinité. Le dessein éternel
du Père dans l'élection, le but défini dans la mort du Fils, et la
portée restreinte des actes du Saint-Esprit sont en parfaite
harmonie. Si le Père a choisi certains avant la fondation du
monde et les a donnés à son Fils, et si Christ s'est offert en
rançon pour eux, alors le Saint-Esprit ne s'efforce pas mainte-
nant d'amener tout le monde à Christ. Le Saint-Esprit a pour
mission aujourd'hui dans le monde de communiquer les bien-
faits du sacrifice rédempteur de Christ. La question primor-
diale n'est pas l'étendue de la puissance du Saint-Esprit -
aucun doute ne demeure à cet égard car elle est infinie -mais
nous chercherons à établir que la sagesse et la souveraineté
divines dirigent sa puissance et ses actes.
Cette vérité se trouve confirmée par les paroles du Seigneur
à Nicodème dans le passage de Jean 3 : 8 : « Le vent souffle où
il veut, et tu en entends le bruit ; mais tu ne sais d'où il vient, ni
où il va. Il en est ainsi de tout homme qui est né de l'Esprit. »
Une double comparaison est tirée entre le vent et l'Esprit : d'a-
bord, tous deux sont souverains dans leurs actions, et, en se-
cond lieu, ils agissent de façon mystérieuse. La comparaison
est indiquée par le mot « ainsi ». Le premier élément d'analogie
réside dans les mots « où il veut » ; le second dans les mots « tu
ne sais ». Nous ne traiterons pas maintenant de ce second élé-
ment d'analogie, mais nous nous arrêterons plus à fond sur le
premier. « Le vent souffle où il veut... il en est ainsi de tout
homme qui est né de l'Esprit. »
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L'homme ne peut maîtriser ni arrêter le vent. Ce dernier ne
consulte pas la volonté de l'homme, et n'obéit pas à ses plans.
Il en est de même du Saint-Esprit. Le vent souffle quand il veut,
où il veut et comme il veut. Il en est de même du Saint-Esprit.
Le vent est dirigé par la sagesse divine et, cependant, par
rapport à l'homme, est totalement souverain dans ses mani-
festations. Il en est de même du Saint-Esprit. Parfois le vent
souffle tellement doucement qu'aucune feuille ne bouge ; à
d'autres moments, il souffle avec une telle violence que l'on
peut l'entendre à des kilomètres. Il en est de même de la nou-
velle naissance : avec certains le Saint-Esprit agit avec douceur,
et son œuvre semble imperceptible aux spectateurs humains ;
avec d'autres il agit avec puissance, de façon radicale et révolu-
tionnaire, et ses actes sont visibles aux yeux de tous. Parfois le
vent agit localement ; à d'autres occasions sa portée est beau-
coup plus grande. Il en est de même du Saint-Esprit : aujour-
d'hui il œuvre en une ou deux âmes ; demain il peut, comme
à la Pentecôte, « toucher le cœur » d'une multitude. Qu'il œuvre
en un petit nombre ou en un grand, il ne consulte pas l'homme
; il agit comme il lui plaît. La nouvelle naissance est due à la
volonté souveraine de l'Esprit.
Chacune des trois personnes de la Sainte Trinité est con-
cernée par notre salut : le Père par la prédestination, le Fils par
la propitiation, le Saint-Esprit par la régénération. Le Père nous
a choisis, le Fils est mort pour nous, le Saint-Esprit nous
vivifie. Le Père s'est soucié de nous, le Fils a versé son sang
pour nous, l'Esprit œuvre en nous. Nous nous occuperons
maintenant de l'œuvre de l'Esprit, en particulier de ses actes
souverains dans la nouvelle naissance. Le Père a décidé de
notre nouvelle naissance, le Fils l'a rendue possible (par ses «
douleurs »), mais le Saint-Esprit l'applique - le chrétien est « né
de l’Esprit » (Jean 3 : 6).
La nouvelle naissance est uniquement l'œuvre de Dieu le
Saint-Esprit et l'homme n'y contribue en rien. L'idée même de
la naissance exclut tout effort ou toute œuvre de la part de celui
qui naît. Nous n'avons pas davantage à accomplir pour notre
naissance spirituelle que dans notre naissance physique.
FBS_Page | 69
Elle est une résurrection spirituelle, un passage « de la mort à
la vie » (Jean 5 : 24). Or, de toute évidence, la résurrection n'est
pas du ressort de l'homme : aucun cadavre ne peut se réani-
mer par ses propres moyens.
Aussi est-il écrit : « C'est l'esprit qui vivifie ; la chair ne sert
de rien » (Jean 6 : 63). Mais l'Esprit ne « vivifie » pas tout le
monde. Pourquoi ? La réponse courante à cette question est :
« Tout le monde ne croit pas en Christ, et le Saint-Esprit vivifie
seulement les croyants. » Mais c'est mettre la charrue devant
les bœufs car la foi n'est pas la cause de nouvelle naissance,
mais la conséquence.' Cette vérité est incontestable. La foi (en
Dieu) n'est pas naturelle au cœur de l'homme. Si elle était un
produit naturel du cœur humain, la mise en pratique d'un
principe commun à la nature humaine, l'apôtre n'aurait ja-
mais écrit : « Tous n'ont pas la foi » (2 Thés 3 : 2). La foi est une
grâce spirituelle, le fruit de la nature spirituelle, et comme les
irrégénérés sont morts spirituellement, « morts dans leurs
transgressions et leurs péchés », la foi pour eux est impossible,
car un mort ne peut croire en rien. « Or, ceux qui vivent selon
la chair ne sauraient plaire à Dieu » (Rom 8 : 8). Ils le pourraient
cependant s'il était possible à la chair de croire. Comparez ce
dernier passage à celui de Hébreux 11 : 6 : « Or, sans la foi il
est impossible de lui être agréable. » Dieu peut-il être satisfait
par ce qui ne provient pas de lui ?

2 Thessaloniciens 2 : 13 établit sans aucune équivoque que


l'œuvre du Saint-Esprit précède notre foi : « Dieu vous a choisis
dès le commencement pour le salut, par la sanctification de
l'Esprit et par la foi en la vérité. » « La sanctification de l’Esprit
», rem arquons-le, vient d'abord et rend possible notre « foi en
la vérité ». Qu'est-ce alors que la « sanctification de l’Esprit »,
sinon la nouvelle naissance ? Dans l'Écriture «la sanctification
» signifie toujours une séparation de quelque chose pour quel-
que chose ou quelqu'un. Étayons maintenant notre affirma-
tion en montrant comment la « sanctification de l'Esprit » cor-
respond à la nouvelle naissance et indique le changement de
position consécutif à cette expérience.
FBS_Page | 70
Prenons l'exemple d'un serviteur de Dieu prêchant l'Évangile
à une assemblée où se trouve une centaine d'inconvertis.

Il leur présente l'enseignement de l'Écriture concernant la


condition des perdus ; il parle de Dieu, de sa personne et de
ses justes exigences ; il expose l'œuvre parfaite de Christ, sa
mort, lui juste pour des injustes, et « par cet homme, affirme-t-
il, nous pouvons obtenir le pardon de nos péchés » ; il termine
en appelant les perdus à croire aux déclarations de la Parole
et à recevoir le Fils de Dieu comme leur Sauveur personnel. La
réunion est finie ; l'assemblée se disperse ; 99% des inconver-
tis ont refusé de venir à Christ pour avoir la vie et s'éloignent
dans la nuit sans espérance et sans Dieu dans le monde. Mais
l'un d'eux entend la Parole de vie ; la semence jetée tombe dans
un terrain préparé par Dieu ; il croit à la bonne nouvelle, et
retourne chez lui, heureux d'avoir son nom inscrit dans les
cieux. Il est « né de nouveau ». Tout comme un nouveau-né
commence sa vie dans le monde naturel en s'agrippant dans
son impuissance de façon instinctive à sa mère, cette âme, née
de nouveau, va s'agripper à Christ. Nous lisons de Lydie, « Le
Seigneur lui ouvrit le cœur, pour qu'elle fût attentive à ce que
disait Paul » (Actes 16 : 14). Il en est de même de l'exemple cité
ci-dessus : le Saint-Esprit a vivifié cette personne, puis elle a
cru au message de l'Évangile. 1 Voici « la sanctification de
l’Esprit » : l'âme, née de nouveau, a été séparée des quatre-
vingt-dix-neuf autres en vertu de sa nouvelle naissance. Par
l'Esprit les nouveau-nés sont séparés de ceux morts dans
leurs transgressions et leurs péchés.

Revenons au passage de 2 Thessaloniciens 2 : 13 : « Pour nous,


frères bien-aimés du Seigneur, nous devons à votre sujet rendre
continuellement grâces à Dieu, parce que Dieu vous a choisis
dès le commencement pour le salut, par la sanctification de
l'Esprit et par la foi en la vérité. » L'ordre des pensées est ici très
important et très instructif. Tout d'abord, le choix éternel de
Dieu ; en second lieu, la sanctification de l'Esprit, puis la cro-
yance en la vérité.
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Le même ordre se retrouve dans 1 Pierre 1 : 2 : « Élus selon la
prescience de Dieu le Père, par la sanctification de l'Esprit, afin
qu'ils deviennent obéissants, et qu'ils participent à l'aspersion
du sang de Jésus-Christ. »
L'obéissance mentionnée ici est celle de la foi (Rom 1 : 5),
s'appropriant les vertus du sang versé par le Seigneur Jésus-
Christ. Ainsi avant « l’obéissance » (de la foi, cl Héb 5 : 9), le
Saint-Esprit nous met à part en raison de l'élection de Dieu le
Père. Ceux « sanctifiés par l’Esprit », sont aussi ceux que « Dieu
a choisis dès le commencement pour le salut » (2 Thés 2 : 13),
les « élus selon la prescience de Dieu le Père » (1 Pi 1 : 2).

Le Saint-Esprit est souverain dans ses actes et sa mission salva


trice se limite aux élus de Dieu : il les « réconforte » les « scelle »
les guide dans toute la vérité et leur révèle les choses à venir 2
L'œuvre du Saint-Esprit est nécessaire à l'accomplissement
total du dessein éternel du Père. Pour parler de façon hypo-
thétique, mais avec respect, si Dieu s'était seulement contenté
d'offrir son Fils sur la croix en sacrifice pour nos péchés, pas
un seul pécheur n'aurait jamais été sauvé. Le Saint-Esprit doit
œuvrer de façon impérative chez tout pécheur car sans cette
action aucun d'eux ne sera conscient de son besoin d'un
Sauveur et ne voudra le recevoir. Si Dieu avait seulement offert
son Fils en sacrifice pour les pécheurs et envoyé ses serviteurs
pour proclamer le salut par Jésus-Christ, laissant les pécheurs
l'accepter ou le rejeter à leur guise, tous l'auraient alors rejeté
car, par nature, tout homme déteste Dieu et lui est opposé (Rom
8 : 7). Ainsi l'œuvre du Saint-Esprit est nécessaire pour amener
le pécheur à Christ, pour vaincre son opposition innée, et l'ame-
ner à accepter la provision de Dieu. Par nature, les élus de Dieu
sont des enfants de colère comme les autres (Eph 2 : 3), et leur
cœur est inimitié contre Dieu. Mais celle-ci est surmontée
grâce à l'œuvre régénératrice de l'Esprit, qui leur permet de
croire en Christ. Pourquoi les autres sont-ils exclus du royaume
de Dieu ? Ils le sont de toute évidence non seulement en raison
de leur refus d'y entrer, mais aussi en vertu de l'absence d'une
action semblable du Saint-Esprit à leur égard.
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Le Saint-Esprit est souverain dans l'exercice de sa puissance,
et comme le vent « souffle où il veut », le Saint-Esprit opère où
il veut. Nous avons essayé de montrer la parfaite cohérence
des voies de Dieu : chacune des trois personnes de la Trinité
agit en accord total avec les autres. Dieu le Père a élu certains
au salut, Dieu le Fils est mort pour les élus, et Dieu le Saint-
Esprit les vivifie. Nous pouvons chanter :

« Gloire à Dieu notre Créateur !


Gloire à Christ notre Rédempteur !
Gloire à l'Esprit Consolateur !
Louange et gloire au Dieu Sauveur ! » 3

Références

1. Cette priorité est davantage logique que temporelle, tout comme une
cause précède toujours un effet. Les yeux d'un aveugle doivent
s'ouvrir avant qu'il voie, et pourtant aucun laps de temps ne
s'écoule entre ces deux actions. Aussitôt la guérison opérée, il voit.
Ainsi un homme doit naître de nouveau avant de « voir le royaume
de Dieu » (Jean 3 : 3). Voir le Fils est nécessaire pour croire en lui.
L'incrédulité est attribuée à la cécité spirituelle. Pour ceux qui n'ont
pas cru ce qui était annoncé le « visage [de Christ] n'avait rien pour
leur plaire ». L'œuvre vivifiante du Saint-Esprit chez le pécheur mort
dans ses transgressions précède la foi en Christ, tout comme la
cause précède toujours l'effet. Mais aussitôt que le cœur se tourne
vers Christ par l'Esprit, le pécheur reçoit alors le Sauveur.
2. Le Saint-Esprit, il est vrai, travaille aussi chez les incrédules voués
à la perdition. Il peut « lutter » avec les impénitents (Gen 6 : 3) et les
hommes peuvent lui résister (Actes 7 : 51,52). Une œuvre générale
du Saint- Esprit accompagne l'annonce de l'Évangile et peut parfois
sembler produire le salut, mais en raison de l'inimitié naturelle non-
extirpée du cœur humain, cette œuvre est inefficace. Comme tous
les hommes sont ennemis de Dieu, cette œuvre du Saint-Esprit
serait nulle chez tous s'il n'opérait de plus une œuvre de régéné-
ration chez les « élus », leur permettant de croire à l'Évangile de
salut que « l’homme naturel ne peut recevoir » (1 Cor 2 : 14).
3. Sur les Ailes de la Foi, N° 5.

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6 - La souveraineté de Dieu en action

« C’est de lui, par lui, et pour lui que sont toutes choses. À lui
la gloire dans tous les siècles ! Amen ! » (Rom 11 : 36).

Dieu a-t-il prédestiné toutes choses ? Les événements présents


sont-ils inéluctables en raison d'un décret divin ? Voici une
autre manière de poser la question ; Dieu gouverne-t-il main-
tenant tout être humain et toutes choses dans ce monde ? Et
s'il en est ainsi, les gouverne-t-il selon un dessein précis, ou,
au contraire, sans aucun but et au hasard ? S'il les gouverne
selon un plan, quand ce dernier a-t-il été conçu ? Dieu change-
t-il sans cesse son plan, le remet-il à jour de façon quotidien-
ne, ou celui-ci a-t-il été établi dès le commencement ? Les ac-
tes de Dieu, évoluent-ils, comme les nôtres, d'après les circons-
tances, ou sont-ils l'accomplissement de son dessein éternel ?
Si Dieu a établi un plan avant la création de l'homme, va-t-il
l'exécuter selon ses desseins originels et œuvre-t-il mainte-
nant en vue de cette fin ? Que dit l'Écriture ? Dieu est « celui
qui opère toutes choses d'après le conseil de sa volonté » (Eph
1 : 11).
Peu de lecteurs contesteront le fait que Dieu connaît toutes
choses par avance, mais beaucoup hésiteront à affirmer dava-
ntage. Cependant si Dieu connaît toutes choses par avance, il
a aussi prédestiné toutes choses. Cette vérité n'est-elle pas
évidente ? Dieu connaît par avance les choses à venir, parce
qu'il a décrété ce qui sera. La prescience de Dieu n'est pas la
cause des événements, mais ces derniers représentent au con-
traire les effets de ses desseins éternels. Quand Dieu a décrété
qu'un événement aura lieu, il sait qu'il s'accomplira. En toute
logique nul ne peut rien savoir de l'avenir à moins que ce ne
soit certain, et rien ne l'est si Dieu n'a pas décrété que cela
arrivera.
Prenons la crucifixion comme illustration. L'enseignement
de l'Écriture à cet égard est très clair. Christ, agneau dont le
sang devait être versé, fut « prédestiné avant la fondation du
monde » (1 Pi 1 : 20).
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Ayant alors « prédestiné » l'immolation de l'agneau, ce dernier,
Dieu le savait, serait « mené à la boucherie », et par suite il le
révéla au prophète Esaïe. Le Seigneur Jésus ne fut pas « livré »
seulement selon la prescience de Dieu, mais selon le dessein
qu'il avait arrêté avant le commencement (Actes 2 : 23). La pre-
science des événements futurs repose donc sur les décrets de
Dieu, c'est-à-dire que si Dieu connaît toutes choses par avance,
c'est parce qu'il a déterminé l'avenir de toute éternité : « ...le
Seigneur, qui fait ces choses, et à qui elles sont connues de toute
éternité » (Actes 15 : 18). Dieu a un plan, il n'a pas commencé
son œuvre par hasard ni sans avoir la certitude de la réussite
de ce plan.
Dieu est le Créateur de toutes choses. Nul, respectueux du
témoignage des Saintes Écritures, ne mettra cette vérité en
doute. De même, nul n'oserait qualifier d'accidentelle l'œuvre
de la création. Tout d'abord Dieu décida de créer, puis passa
à l'action de façon à accomplir ce dessein. Tout chrétien véri-
table fera siennes les paroles du psalmiste et s'exclamera, «
Que tes œuvres sont en grand nombre, ô Éternel ! Tu les as
toutes faites avec sagesse. » Qui, en accord avec les propos ci-
dessus, pourrait nier l'intention de Dieu de gouverner le monde
créé de ses mains ? La création du monde ne fut certes pas la
fin du plan de Dieu. De toute évidence, il ne décida pas
simplement de créer le monde, d'y placer l'homme et de les
abandonner tous deux à leur sort. Dieu, c'est évident, a un ou
plusieurs grands desseins en vue, dignes de ses perfections
infinies et il gouverne maintenant le monde de façon à les
accomplir. « Les desseins de l'Éternel subsistent à toujours, et
les projets de son cœur, de génération en génération » (Ps 33 :
11). -- « Souvenez-vous de ce qui s'est passé dès les temps
anciens ; car je suis Dieu, et il n'y en a point d'autre, je suis
Dieu, et nul n'est semblable à moi. J'annonce dès le commence-
ment ce qui doit arriver, et longtemps d'avance ce qui n'est pas
encore accompli ; je dis : Mes arrêts subsisteront, et j'exécuterai
toute ma volonté » (Esa 46 : 9,10). Beaucoup d'autres passages
indiquent la multiplicité des desseins de Dieu concernant ce
monde, l'homme et la certitude de leur réalisation.
FBS_Page | 75
À la seule lumière de ces vérités pouvons-nous comprendre de
façon réelle les prophéties de l'Écriture. Par ces dernières, le
Dieu puissant a condescendu à nous faire pénétrer dans le
lieu secret de ses desseins éternels, et à nous révéler ses
intentions futures. Les centaines de prophéties de l'Ancien et
du Nouveau Testaments ne sont pas tant les prédictions con-
cernant l'avenir que les révélations de ce que Dieu a décrété
qu'il arrivera. D'après les prophéties notre époque présente,
comme toutes les autres, se terminera par la démonstration
flagrante de l'échec de l'être humain. Tous les hommes se
détourneront de la vérité et nous assisterons à une apostasie
générale. L'Antichrist apparaîtra et réussira à tromper le mon-
de entier. Son action sera alors interrompue de façon soudaine
par le retour du Fils de Dieu et ce sera la fin des tentatives
lamentables de l'homme à se gouverner lui-même. Comment
connaissons-nous ces vérités ? Parce que celles-ci, et beau-
coup d'autres inclues dans les décrets éternels de Dieu, nous
sont révélées maintenant avec certitude dans la Parole
prophétique. Parce que nous avons la certitude infaillible que
tout ce que Dieu a décidé s'accomplira de façon inéluctable.

Pour quel grand dessein ce monde et la race humaine furent-


ils donc créés ? Voici la réponse de l'Écriture : « L’Éternel a tout
fait pour un but » (Prov 16 : 4). Et encore : « Tu as créé toutes
choses, et c'est par ta volonté qu'elles existent et qu'elles ont été
créées » (Apoc 4 : 11). Le grand dessein de la création fut la
manifestation de la gloire de Dieu. « Les cieux proclament la
gloire de Dieu et l'étendue manifeste l'œuvre de ses mains »,
mais Dieu décida avant tout de manifester sa gloire par l'hom-
me, créé à l'origine à « son image et selon sa ressemblance ».
De quelle manière le grand Créateur devait-il être glorifié par
l'homme ? Avant sa création, Dieu avait prévu la chute d'Adam
et par suite la ruine de sa race ; aussi Dieu n'a-t-il pas destiné
l'homme à le glorifier en continuant dans son état d'innocence.
En conséquence, la Bible nous enseigne que Christ a été «
prédestiné avant la fondation du monde » à être le Sauveur
d'hommes déchus.
FBS_Page | 76
Le rachat de pécheurs par Christ ne fut pas une simple réfle-
xion après-coup de la part de Dieu : il ne s'agit nullement d'un
expédient destiné à résoudre une calamité imprévue. Ce fut au
contraire une « provision » alliant la justice et la miséricorde
divines face à la chute de l'homme.
De toute éternité Dieu avait destiné notre monde à devenir
le théâtre de sa grâce et de sa sagesse infiniment variée par la
rédemption de pécheurs perdus : « afin que les dominations et
les autorités dans les lieux célestes connaissent aujourd'hui par
l'Église la sagesse infiniment variée de Dieu, selon le dessein
éternel qu'il a mis à exécution par Jésus-Christ notre Seigneur »
(Eph 3 : 10,11). Pour accomplir ce glorieux dessein Dieu a
gouverné le monde depuis le commencement, et continuera
ainsi jusqu'à la fin. On a dit à juste titre, « Nous ne pourrons
jamais comprendre la providence de Dieu dans notre monde, à
moins de la considérer comme une machine compliquée compo-
sée de dix-mille rouages, et dirigée dans toutes ses opérations
vers une fin merveilleuse - la révélation de la sagesse infiniment
variée de Dieu dans le salut de l’Église », c'est-à-dire, « de ceux
qui sont appelés ». Toute autre chose ici-bas est subordonnée
à ce but central. Conscient de cette vérité fondamentale, l'apô-
tre, poussé par le Saint-Esprit, écrivit, « C’est pourquoi je sup-
porte tout à cause des élus, afin qu'eux aussi obtiennent le salut
qui est en Jésus-Christ, avec la gloire éternelle » (2 Tim 2 : 10).
Nous allons maintenant étudier la souveraineté de Dieu en
action dans le gouvernement de ce monde.

Nous n'ajouterons rien concernant la souveraineté de Dieu en


action dans le monde matériel. Le monde inanimé et toutes les
créatures irrationnelles, nous l'avons vu dans les chapitres
précédents, sont soumis de façon absolue à la volonté de leur
Créateur. Le monde matériel, nous l'admettrons volontiers,
paraît être gouverné par des lois stables et plus ou moins
uniformes dans leur application. Toutefois l'Écriture, l'histoire
et l'expérience nous obligent à reconnaître le contrôle de Dieu
sur ces lois : il les suspend et agit en dehors de leurs limites
quand il le désire.
FBS_Page | 77
En envoyant ses bénédictions ou ses jugements sur ses créa-
tures il peut faire arrêter le soleil (Jos 10 : 12-13) et les étoiles
dans leurs courses pour combattre pour son peuple (Jug 5 :
20) ; il peut envoyer ou retenir « la pluie de la première et de
l'arrière-saison » selon les exigences de sa sagesse infinie ; il
peut frapper de la peste ou au contraire bénir par la santé ; en
bref, comme Dieu et Souverain absolu, il n'est lié par aucune
loi de la Nature, mais gouverne le monde matériel comme il lui
semble bon.
Mais qu'en est-il du gouvernement de Dieu sur le genre
humain ? Que révèle l'Écriture sur la manière divine de gou-
verner l'humanité ? À quel point et par quelles influences Dieu
contrôle-t-il les hommes ? La réponse à cette question compor-
tera deux volets ; d'abord l'action de Dieu à l'égard des justes,
de ses élus (ses enfants) ; puis cette même action à l'égard des
méchants (ses ennemis).

L'action de Dieu à l'égard des justes

1. Dieu exerce sur ses élus une influence ou une puis-


sance vivifiante.

Ils sont par nature morts spirituellement, morts dans leurs


transgressions et leurs péchés ; leur besoin primordial est la
vie spirituelle, car « si un homme ne naît de nouveau, il ne peut
voir le royaume de Dieu » (Jean 3 : 3). Par la nouvelle naissance
Dieu nous fait passer de la mort à la vie (Jean 5 : 24). Il nous
communique sa propre nature (2 Pi 1 : 4). Il nous délivre de la
puissance des ténèbres et nous transporte dans le royaume de
son amour (Col 1 : 13). De toute évidence nous ne pourrions y
parvenir de nous-mêmes, car nous sommes « sans force » (Rom
5 : 6) ; c'est pourquoi il est écrit, « nous sommes son ouvrage,
ayant été créés en Jésus-Christ » (Eph 2 : 10).
La nouvelle naissance nous rend « participants de la nature
divine » ; une « semence » de vie nous est communiquée, « Ce
qui est né de l'Esprit est esprit » ; étant nés du Saint-Esprit,
nous sommes saints.
FBS_Page | 78
En dehors de cette nature divine et sainte transmise à la nou-
velle naissance, il est totalement impossible à tout homme de
produire une impulsion spirituelle, de concevoir une pensée
spirituelle, de comprendre les vérités spirituelles, encore moins
de s'engager dans des œuvres spirituelles. « Sans la sanctifi-
cation, nul ne verra le Seigneur » mais l'homme naturel n'a
aucun désir de sainteté et il refuse la provision de Dieu. Un
homme va-t-il prier, rechercher, lutter pour obtenir ce qu'il dé-
teste ? Certainement pas. Si, par contre, un homme « recher-
che » ce que par nature il déteste franchement, s'il aime
maintenant celui qu'il haïssait, c'est en raison d'un change-
ment miraculeux opéré en lui ; une puissance extérieure à lui-
même a œuvré en lui, une nature totalement différente de
l'ancienne lui a été communiquée. C'est pourquoi il est écrit, «
Si quelqu'un est en Christ, il est une nouvelle créature. Les
choses anciennes sont passées ; voici, toutes choses sont deve-
nues nouvelles » (2 Cor 5 : 17). Il est passé de la mort à la vie,
des ténèbres à la lumière, et de la puissance de Satan à celle
de Dieu (Actes 26 : 18). Ce changement fondamental ne peut
s'expliquer autrement.

Naître de nouveau ne consiste pas seulement à verser quel-


ques larmes en éprouvant de façon temporaire un sentiment
de remords sur notre péché. Changer le cours de notre vie,
remplacer nos mauvaises habitudes par des bonnes, repré-
sente seulement un aspect infime de la nouvelle naissance. Il
ne s'agit pas de chérir et de pratiquer de nobles idéaux, ou de
s'avancer pour serrer la main d'un évangéliste de renom, de
signer une carte de décision ou encore de « s’associer à une
Église ». La nouvelle naissance ne consiste pas simplement à
tourner la page, mais à recevoir et commencer une vie nou-
velle. Il ne s'agit pas d'un simple changement de conduite,
mais d'une transformation totale. En bref, la nouvelle nais-
sance est un miracle, le résultat d'un acte surnaturel de Dieu.
Elle est radicale, révolutionnaire, durable.
Voici le tout premier acte de Dieu chez ses élus. Il s'empare
de morts spirituels et leur communique une vie nouvelle.
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Il prend l'une de ses créatures conçues dans le péché et née
dans l'iniquité, et la rend conforme à l'image de son Fils. Il
saisit un captif de Satan et l'introduit dans la famille de Dieu.
Il choisit un mendiant et le transforme en cohéritier de Christ.
Il se révèle à l'un de ses ennemis et lui donne un cœur nouveau
plein d'amour pour lui. Il s'abaisse vers l'une de ses créatures,
rebelle par nature, et produit en elle « le vouloir et le faire selon
son bon plaisir ». Par sa puissance irrésistible il transforme le
pécheur en saint, l'ennemi en ami, l'esclave de Satan en enfant
de Dieu. Nous pouvons sans nul doute affirmer,

« Quand mon âme contemple


Toutes tes grâces, ô mon Dieu,
L'amour, l'émerveillement
Et la louange m’inondent. »

2. Dieu exerce sur ses élus une influence fortifiante

L'apôtre priait pour les chrétiens d'Éphèse que Dieu illumine


les yeux de leur cœur, afin qu'ils sachent « quelle est envers
nous qui croyons l'infinie grandeur de sa puissance » (Eph 1 :
18,19), et qu'ils puissent être « puissamment fortifiés par son
Esprit dans l'homme intérieur » (Eph 3 : 16). Les enfants de
Dieu sont ainsi capables de combattre le bon combat de la foi,
et de lutter contre les forces adverses sans cesse en guerre
contre eux. En eux-mêmes ils ne possèdent aucune force : ils
sont seulement des « brebis ». Or, la brebis se classe parmi les
animaux sans défense ; mais la promesse est certaine : « II
donne de la force à celui qui est fatigué, et il augmente la
vigueur de celui qui tombe en défaillance » (Esa 40 : 29).
Dieu exerce cette influence fortifiante sur les justes pour
les rendre capables de le servir d'une manière acceptable. Le
prophète Michée affirmait, « Mais moi, je suis rempli de force,
de l'Esprit de l’Éternel » (Mien 3 : 8). Le Seigneur déclarait à ses
apôtres, « Vous recevrez une puissance, le Saint-Esprit sur-
venant sur vous » (Actes 1 : 8), ce qui arriva car, de ces mêmes
hommes, nous lisons plus tard,
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« Les apôtres rendaient avec beaucoup de force témoignage de
la résurrection du Seigneur Jésus. Et une grande grâce reposait
sur eux tous » (Actes 4 : 33). Il en fut de même pour l'apôtre
Paul : « Ma parole et ma prédication ne reposaient pas sur les
discours persuasifs de la sagesse, mais sur une démonstration
d'Esprit et de puissance » (1 Cor 2 : 4). La portée de cette puis-
sance ne se limite pourtant pas au service, car nous lisons
dans 2 Pierre 1 : 3 : « Comme sa divine puissance nous a donné
tout ce qui contribue à la vie et à la piété, au moyen de la con-
naissance de celui qui nous a appelés par sa propre gloire et
par sa vertu ». Ainsi les grâces diverses du caractère chrétien,
« l’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bénignité, la
fidélité, la douceur, la tempérance », sont attribuées directe-
ment à Dieu lui-même, étant appelées « le fruit de l’Esprit » (Gai
5 : 22 ; cf 2 Cor 8 : 16).

3. Dieu exerce sur ses élus une influence directrice

Jadis, il a conduit son peuple dans le désert, dirigeant ses pas


par une colonne de fumée pendant la journée et une colonne
de feu pendant la nuit. Aujourd'hui, il dirige toujours ses
saints, mais maintenant de l'intérieur plutôt que de l'extérieur.
« Voilà le Dieu qui est notre Dieu éternellement et à jamais ! Il
sera notre guide jusqu'à la mort » (Ps 48 : 15). Or, il nous « guide
» en produisant en nous « le vouloir et le faire selon sa volonté
». La certitude de sa direction apparaît clairement dans le
passage d'Éphésiens 2 : 10 : « Car nous sommes son ouvrage,
ayant été créés en Jésus-Christ pour de bonnes œuvres, que
Dieu a préparées d'avance, afin que nous les pratiquions. »
Ainsi toute occasion de nous enorgueillir est exclue, et à Dieu
revient toute la gloire. Avec le prophète nous devons affirmer,
« Éternel, tu nous donnes la paix ; car tout ce que nous faisons,
c'est toi qui l'accomplis pour nous » (Esa 26 : 12). Comme le
verset suivant est vrai ! « Le cœur de l'homme médite sa voie,
mais c'est l'Éternel qui dirige ses pas » (Prov 16 : 9 ; cf Jer 10 :
23 ; Ezec 36 : 27).

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4. Dieu exerce sur ses élus une influence protectrice

Un grand nombre de passages bibliques met cette merveilleuse


vérité en valeur. « Il garde les âmes de ses fidèles, il les délivre
de la main des méchants » (Ps 97 : 10). « Car l'Éternel aime la
justice, et il n'abandonne pas ses fidèles ; ils sont toujours sous
sa garde, mais la postérité des méchants est retranchée » (Ps
37 : 28). « L’Éternel garde tous ceux qui l'aiment, et il détruit
tous les méchants » (Ps 145 : 20). Il est inutile de multiplier les
citations ou de soulever une discussion à ce stade sur la res-
ponsabilité et la fidélité du croyant : il nous est tout aussi
impossible de « persévérer » si Dieu ne nous préserve pas que
de respirer lorsque Dieu nous retire le souffle. Nous sommes «
par la puissance de Dieu, gardés par la foi pour le salut prêt à
être révélé dans les derniers temps » (1 Pi 1 : 5 ; cf 1 Chron 18
: 6). Il nous reste maintenant à considérer l'action de Dieu à
l'égard des méchants.

L'action de Dieu à l'égard des méchants

II apparaît que le gouvernement divin des hommes en général


se présente sous quatre aspects que nous nous proposons
d'examiner maintenant tour à tour.

1. Dieu exerce parfois sur les méchants une influence


restrictive propre à les empêcher d'agir selon leur
penchant naturel

Abimélec, roi de Guérar, en procure un exemple frappant.


Abraham descendit à Guérar, et, de peur d'être tué à cause de
son épouse, il lui proposa de se faire passer pour sa sœur. La
considérant comme célibataire, Abimélec prit Sara dans son
harem. Voyons comment Dieu déploya sa puissance pour pro-
téger son honneur : « Dieu lui [Abimélec] dit en songe : Je sais
que tu as agi avec un cœur pur : aussi t'ai-je empêché de pécher
contre moi. C'est pourquoi je n'ai pas permis que tu la touchas-
ses » (Gen 20 : 6).
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Si Dieu n'était pas intervenu, Abimélec aurait causé à Sara un
tort considérable, mais le Seigneur le retint et ne lui permit
pas de réaliser les intentions de son cœur. Un exemple sem-
blable nous est offert par les frères de Joseph. En raison de la
partialité de Jacob envers Joseph, ses frères « le haïrent », et
quand ils pensèrent l'avoir en leur pouvoir, « ils complotèrent
de le faire mourir » (Gen 37 : 18). Mais Dieu ne leur permit pas
de réaliser leur mauvais dessein. Tout d'abord il poussa Ruben
à le délivrer de leurs mains, puis Juda à proposer la vente de
Joseph à des Ismaélites de passage qui l'emmenèrent en
Égypte. Quand, après quelques années, Joseph se fit connaî-
tre à ses frères, il dit, « Ce n'est donc pas vous qui m'avez
envoyé ici, mais c'est Dieu » (Gen 45 : 8). Ces paroles sont très
claires : Dieu lui-même les avait retenus.

L'influence restrictive exercée par Dieu sur les méchants a été


illustrée de façon magistrale en la personne de Balaam, le
prophète employé par Balak pour maudire les Israélites. Nul
ne peut lire le récit inspiré sans réaliser que, livré à lui-même,
Balaam aurait aussitôt et sans aucun doute accepté l'offre de
Balak. Il reconnaît lui-même l'évidence que Dieu a retenu les
désirs de son cœur. « Comment maudirais-je celui que Dieu n'a
point maudit ? Comment serais-je irrité quand l'Éternel n'est
point irrité ? Voici, j'ai reçu l'ordre de bénir : il a béni, je ne le
révoquerai point » (Nom 23 : 8,20).

Dieu n'exerce pas cette influence restrictive seulement sur les


individus, mais aussi sur des peuples entiers. Exode 34 : 24
nous donne un exemple remarquable de cette façon d'agir : «
Car je chasserai les nations devant toi, et j'étendrai tes fron-
tières ; et personne ne convoitera ton pays, pendant que tu
monteras pour te présenter devant l'Éternel, ton Dieu, trois fois
par an. » Trois fois l'an, tout mâle israélite, sur l'ordre de Dieu,
quittait sa demeure et ses biens pour se rendre à Jérusalem
et célébrer les fêtes de l'Éternel. Selon ce texte, Dieu avait
promis de protéger leurs maisons, pendant leur absence, en
restreignant la convoitise de leurs voisins païens.
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2. Parfois Dieu exerce sur les méchants une influence
apaisante pour les disposer, contrairement à leur
inclination naturelle, à accomplir des actes propres
à promouvoir sa cause

Ci-dessus, nous nous sommes référés à l'histoire de Joseph


comme illustration de l'influence restrictive exercée par Dieu
sur les méchants ; considérons maintenant ses expériences
comme illustration de l'influence apaisante de Dieu sur eux.
Quand il était dans la maison de Potiphar, « L’Éternel était avec
Joseph. » Son maître en fut conscient et par suite « Joseph
trouva grâce aux yeux de son maître, qui l'employa à son ser-
vice, l'établit sur sa maison, et lui confia tout ce qu'il possédait
» (Gen 39 : 4). Plus tard, quand Joseph fut injustement jeté en
prison, la Bible nous dit, « L’Éternel fut avec Joseph, et il étendit
sur lui sa bonté. Il le mit en faveur aux yeux du chef de la prison
» (Gen 39 : 21), en conséquence de quoi le geôlier lui montra
beaucoup de gentillesse et de considération. Enfin, après sa
sortie de prison, le passage d'Actes 7 : 10 nous apprend que
l'Éternel « lui donna de la sagesse et lui fit trouver grâce devant
Pharaon, roi d'Égypte, qui l'établit gouverneur d'Égypte et de
toute sa maison ».

Une preuve tout aussi frappante du pouvoir de Dieu de fondre


le cœur de ses ennemis nous est fournie par la manière dont
la fille de Pharaon traita le petit Moïse. Il s'agit d'un incident
très connu. Pharaon avait établi un édit exigeant la mort de
tout enfant mâle israélite. Un Lévite eut un fils et pendant trois
mois la mère de l'enfant réussit à le cacher. Incapable de gar-
der l'enfant plus longtemps, elle le mit dans un panier de jonc
qu'elle plaça dans l'eau au bord du fleuve.

Le panier fut découvert par la fille-même du roi, descendue au


fleuve pour se baigner, mais au lieu de respecter le décret de
son père et de jeter l'enfant dans le fleuve, « elle en eut pitié »
(Ex 2 : 6). Par suite, l'enfant fui épargné et plus tard Moïse
devint le fils adoptif de cette princesse !
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Dieu a accès aux cœurs de tous les hommes et il a le pouvoir
de les adoucir selon son dessein souverain. Ésaü le profane
jura de se venger de son frère en raison de sa tromperie à
l'égard de leur père, toutefois quand il se trouva en présence
de Jacob, au lieu de le tuer, Ésaü « l’embrassa, se jeta à son
cou, et le baisa » ! (Gen 33 : 4) Achab, l'époux faible et méchant
de Jézabel, éprouvait une très grande colère contre Elie le
prophète, dont les paroles avaient fermé les cieux pendant
trois ans et demi : il était si en colère contre son ennemi qu'il
le fit rechercher dans toutes les nations et dans tous les
royaumes et, comme il ne parvenait pas à le trouver, « il faisait
jurer le royaume et la nation » (1 Rois 18 : 10). Toutefois quand
ils se rencontrèrent, au lieu de tuer le prophète, Achab se
conforma à l'ordre d'Elie et « envoya des messagers vers tous
les enfants d'Israël, et il rassembla les prophètes à la monta-
gne du Carmel » (v. 20). De même, Esther, reine juive, sur le
point de pénétrer dans la chambre de l'auguste monarque des
Mèdes et des Perses « malgré la loi » (Est 4 : 16), s'attendait à «
périr » ; toutefois, « elle trouva grâce à ses yeux ; et le roi tendit
à Esther le sceptre d’or » (5 : 2). Il en fut de même pour Daniel,
prisonnier dans une cour étrangère, où le roi avait assigné une
quantité journalière de viande et de boisson pour lui et ses
compagnons. Or, Daniel décida dans son cœur de ne pas se
souiller en absorbant sa portion et, par suite, en informa son
maître, le prince des eunuques. Qu'en résulta-t-il ? Son maître
païen craignait le roi. Se retourna-t-il contre Daniel et en
exigea-t-il en colère l'exécution immédiate de ses ordres ? Non,
car « Dieu fit trouver à Daniel faveur et grâce devant le chef des
eunuques » ! (Dan 1 : 9)
« Le cœur du roi est un courant d'eau dans la main de
l'Éternel ; il l'incline partout où il veut » (Prov 21 : 1). Une
illustration remarquable de ce verset nous est donnée par
Cyrus, roi païen de l'empire Perse. Le peuple de Dieu se trou-
vait en exil, mais sa captivité touchait presque à son terme.
Pendant ce temps, le temple à Jérusalem gisait en ruine et les
Juifs étaient dans une terre lointaine. La maison du Seigneur
avait ainsi peu de chance d'être reconstruite.
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Remarquons maintenant comment Dieu agit : « La première
année de Cyrus, roi de Perse, afin que s'accomplît la parole de
l'Éternel prononcée par la bouche de Jérémie, l'Éternel réveilla
l'esprit de Cyrus, roi de Perse, qui fit faire de vive voix et par
écrit cette publication dans tout son royaume : Ainsi parle Cy-
rus, roi de Perse : L'Éternel, le Dieu des cieux, m'a donné tous
les royaumes de la terre, et il m'a commandé de lui bâtir une
maison à Jérusalem en Juda » (Esd 1 : 1,2). Cyrus, nous ne
devons pas l'oublier, était païen, et comme l'histoire profane
en rend témoignage, un homme très méchant. Cependant le
Seigneur le poussa à publier cet édit, afin d'accomplir sa pro-
messe faite à Jérémie, soixante-dix ans auparavant. Nous
trouvons une illustration semblable dans Esdras 7 : 27, où
nous voyons Esdras remerciant Dieu pour avoir poussé le roi
Artaxerxès à terminer et à embellir la maison commandée par
Cyrus : « Béni soit l'Éternel, le Dieu de nos pères, qui a disposé
le cœur du roi à glorifier ainsi la maison de l'Éternel à Jérusalem
» (Esd 7 : 27).

3. Parfois Dieu exerce sur les méchants une influence


directrice afin que même leurs intentions mauvaises
produisent le bien

Une fois de plus nous reviendrons à l'histoire de Joseph. En le


vendant aux Ismaélites, ses frères étaient animés par des
mobiles cruels et méchants. Ils désiraient se débarrasser de
lui et le passage de ces commerçants nomades leur fournit un
bon moyen de réaliser leur plan. À leurs yeux, il s'agissait
seulement de réduire un jeune homme innocent à la condition
d'esclave pour un gain sordide. Or, considérons la façon se-
crète dont Dieu agissait et conduisait leurs actions mauvaises.
La providence fit arriver ces Ismaélites à l'instant même où
Joseph allait être tué, car ses frères s'étaient déjà concertés
pour le faire mourir. De plus, cette caravane se rendait en
Égypte, le pays même où Dieu avait décidé d'envoyer Joseph,
et il avait décrété l'instant môme de cette transaction.

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La main de Dieu avait guidé cet incident et il ne s'agissait
nullement d'un heureux hasard. Plus tard, les paroles de Jo-
seph à ses frères nous le confirment : « Dieu m'a envoyé devant
vous pour vous faire subsister dans le pays, et pour vous faire
vivre par une grande délivrance » (Gen 45 : 7).
Une autre illustration frappante de la façon dont Dieu
dirige les méchants se trouve dans Esaïe 10 : 5-7 : « Malheur
à l'Assyrien, verge de ma colère ! La verge dans sa main, c'est
l'instrument de ma fureur. Je l'ai lâché contre une nation impie.
Je l'ai fait marcher contre le peuple de mon courroux, pour qu'il
se livre au pillage et fasse du butin, pour qu'il le foule aux pieds
comme la boue des rues. Mais il n'en juge pas ainsi, et ce n'est
pas là la pensée de son cœur ; il ne songe qu'à détruire, qu'à
exterminer les nations en foule. » Le roi d'Assyrie avait décidé
de conquérir le monde, d'exterminer les nations en foule, mais
Dieu dirigeait et contrôlait sa soif militaire et son ambition, le
forçant à concentrer son attention à cette époque sur la con-
quête de l'insignifiante nation d'Israël. Ce projet ne figurait pas
dans le cœur orgueilleux du roi - « il n'en juge pas ainsi » - mais
Dieu le chargea de cette tâche et il dut l'accomplir (cf. Jug 7 :
22).
L'exemple par excellence de l'influence directrice suprême
exercée par Dieu sur les méchants est la croix de Christ et
toutes les circonstances qui s'y associent. Lors de cet événe-
ment capital la providence directrice de Dieu se manifeste au
comble de sa puissance. De toute éternité Dieu avait prédes-
tiné chaque détail de cet événement central de l'histoire. Il ne
laissa rien au hasard ou à la fantaisie de l'homme. Dieu avait
décrété le moment, le lieu et les circonstances de la mort de
son Fils bien-aimé. Une grande partie de son plan concernant
la crucifixion avait été révélée par les prophètes de l'Ancien
Testament et dans l'accomplissement fidèle et littéral de ces
prophéties, nous avons la preuve flagrante, la démonstration
parfaite de l'influence directrice suprême que Dieu exerce sur
les méchants. Rien ne se produisit en dehors de sa volonté et
toutes ses exigences se réalisèrent exactement comme il en
avait décidé.
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La trahison du Sauveur par l'un de ses disciples -par un ami
intime - (cf. ps 41 : 10 et Mat 26 : 50) avait-elle été décrétée ?
Alors Judas, l'apôtre, est celui qui le vend. Dieu avait-il arrêté
que le traître recevrait trente pièces d'argent pour son œuvre
perfide ? Les principaux sacrificateurs lui offrent exactement
cette somme. L'emploi précis de cet argent destiné à acheter le
champ du potier, avait-il été décrété ? La main de Dieu pousse
Judas à rendre l'argent aux principaux sacrificateurs et guide
leurs « délibérations » (Mat 27 : 7) afin qu'ils fassent précisé-
ment cela. L'existence des « faux témoins » avait-elle été décré-
tée ? (Ps 35 : 11)

Tel est ce qui arrive. Dieu avait-il décrété que le Seigneur de


gloire serait soumis « aux ignominies et aux crachats » ? (Esa
50 : 6) Aussi se trouve-t-il des hommes assez vils pour agir de
cette manière. Le décret divin voulait-il que le Sauveur fût «
mis au nombre des malfaiteurs » ?

Alors Pilate, dirigé par Dieu à son insu, donne des ordres pour
crucifier Jésus en compagnie de deux brigands. L'Écriture
annonça-t-elle que du vinaigre et du fiel lui seraient donnés à
boire sur la croix ? Tout se passe exactement comme Dieu
l'avait décidé. Les soldats cruels tirent au sort ses vêtements,
tout comme Dieu l'a ordonné. Dieu avait-il dit qu'aucun de ses
os ne serait brisé ? (Ex 12 : 46 ; Nom 9 : 12) La main divine
qui permet aux soldats romains de briser les jambes des
brigands, les empêche d'agir ainsi avec le Seigneur. Tous les
soldats romains et tous les démons des hordes de Satan
n'étaient pas assez nombreux pour briser un seul os du corps
de Christ. Pourquoi cela ? Parce que le Souverain tout-puis-
sant en avait décrété ainsi. Est-il nécessaire de prolonger ce
paragraphe ? L'accomplissement fidèle et littéral de toutes les
prédictions de l'Écriture concernant la crucifixion démontre
au-delà de toute controverse la présence d'un pouvoir tout-
puissant capable de diriger et de dominer tous les événements
de ce jour capital.

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4. Dieu endurcit aussi le cœur des hommes méchants
et aveugle leur intelligence

« Dieu endurcit le cœur des hommes. Dieu aveugle leur intelli-


gence ! » En effet, l'Écriture l'affirme. En développant le thème
de la souveraineté de Dieu en action, nous en arrivons ici à
son aspect le plus solennel. Nous devons à ce stade suivre les
paroles de l'Écriture avec la plus grande fidélité. Dieu nous
garde d'aller au-delà de sa Parole, mais qu'il nous accorde la
grâce d'aller aussi loin qu'elle. Les choses secrètes, il est vrai,
appartiennent au Seigneur, mais celles révélées nous appar-
tiennent à nous et à nos enfants.

« Il changea leur cœur, au point qu'ils haïrent son peuple et qu'ils


traitèrent ses serviteurs avec perfidie » (Ps 105 : 25). Ce passage
se rapporte au séjour des descendants de Jacob dans le pays
d'Égypte, quand, après la mort du Pharaon qui avait accueilli
le vieux patriarche et sa famille, il s'éleva sur l'Égypte un
nouveau roi qui n'avait pas connu Joseph. À cette époque les
enfants d'Israël « se multiplièrent de façon considérable », et
leur nombre finit par dépasser celui des Égyptiens ; alors, Dieu
« changea leur cœur, au point qu'ils haïrent son peuple ».

La conséquence de la haine des Égyptiens est bien connue :


ils les réduisirent à l'esclavage de façon cruelle et les placèrent
entre les mains de contremaîtres impitoyables et leur situation
devint rapidement intolérable. Désespérés et malheureux, les
Israélites crièrent à l'Éternel, qui, en réponse à leur prière,
désigna Moïse pour être leur libérateur. Dieu se révéla au
serviteur choisi par lui, lui donna un certain nombre de signes
miraculeux destinés à être employés à la cour d'Égypte, puis
lui ordonna de se rendre auprès de Pharaon pour lui deman-
der de laisser aller les Israélites à trois jours de marche dans
le désert pour adorer le Seigneur. Mais avant le départ de
Moïse, Dieu l'avertit concernant Pharaon : « Et moi, j'endurcirai
son cœur, et il ne laissera point aller le peuple » (Ex 4 : 21).

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Si l'on demande pourquoi Dieu a-t-il endurci le cœur de Pha-
raon, la réponse de l'Écriture est la suivante : afin de mani-
fester sa puissance en lui (Rom 9 : 17). En d'autres termes,
c'était pour permettre au Seigneur de manifester sa gloire par
la chute de ce monarque hautain et puissant. Si l'on demande
pourquoi Dieu a-t-il choisi cette méthode particulière pour
manifester sa puissance, il nous faut répondre que, Dieu étant
souverain, il se réserve le droit d'agir comme il lui plaît.

Pharaon, le cœur endurci par Dieu, empêcha les Israélites de


partir. Puis, après que les plaies aient frappé son pays de façon
si sévère, il finit par accepter à contre-cœur de les laisser aller.
Enfin, après la mise à mort des premiers nés de tous les
Égyptiens, Israël quitta le pays de l'esclavage. Cependant Dieu
dit à Moïse, « Les enfants d'Israël entreront au milieu de la mer
à sec. Et moi, je vais endurcir le cœur des Égyptiens, pour qu'ils
y entrent après eux ; et Pharaon et toute son armée, ses chars
et ses cavaliers, feront éclater ma gloire. Et les Égyptiens sau-
ront que je suis l'Éternel, quand Pharaon, ses chars et ses
cavaliers, auront fait éclater ma gloire » (Ex 14 : 17,18).

Ce même événement se produisit par la suite en rapport avec


Sihon, roi de Hesbon, où Israël devait passer en se rendant en
terre promise. En se remémorant leur histoire, Moïse déclara
au peuple : « Mais Sihon, roi de Hesbon, ne voulut point nous
laisser passer chez lui ; car l'Éternel, ton Dieu, rendit son esprit
inflexible et endurcit son cœur, afin de le livrer entre tes mains
» ! (Deut 2 : 30)

II en fut de même quand Israël pénétra dans le pays de Cana-


an. Nous lisons : « II n'y eut aucune ville qui fît la paix avec les
enfants d'Israël, excepté Gabaon, habitée par les Héviens ; ils
les prirent toutes en combattant. Car l'Éternel permit que ces
peuples s'obstinassent à faire la guerre contre Israël, afin qu'Is-
raël les dévouât par interdit, sans qu'il y eût pour eux de misé-
ricorde, et qu'il les détruisît, comme l'Éternel l'avait ordonné à
Moïse » (Jos 11 : 19,20).
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D'après d'autres passages de l'Écriture nous apprenons le
motif de la décision divine de détruire totalement les Cana-
néens : à cause de leur méchanceté et de leurs corruptions
effroyables.

La révélation de cette vérité solennelle ne se limite pas à l'An-


cien Testament. Dans Jean 12 : 37-40 nous lisons : « Malgré
tant de miracles qu'il avait faits en leur présence, ils ne cro-
yaient pas en lui, afin que s'accomplît la parole qu'Esaïe, le
prophète, a prononcée : Seigneur, qui a cru à notre prédication
? Et à qui le bras du Seigneur a-t-il été révélé ? Aussi ne pou-
vaient-ils croire, parce qu'Esaïe a dit encore : II a aveuglé leurs
yeux ; et il a endurci leur cœur, de peur qu'ils ne voient des yeux,
qu'ils ne comprennent du cœur, qu'ils ne se convertissent, et que
je ne les guérisse. » Ceux dont Dieu « aveugla » la vue et « endur-
cit » le cœur, marquons-le avec grand soin, étaient des hom-
mes coupables d'avoir méprisé de façon délibérée la lumière et
rejeté le témoignage du Fils de Dieu.

De même nous lisons dans 2 Thessaloniciens 2 : 11,12, « Aussi


Dieu leur enverra une puissance d'égarement, pour qu'ils croient
au mensonge, afin que tous ceux qui n'ont pas cru à la vérité,
mais qui ont pris plaisir à l'injustice, soient condamnés. » L'ac-
complissement de ce passage appartient encore au futur. Dieu
agira à l'égard de la chrétienté future comme il a agi à l'égard
des Juifs de jadis. Tout comme les Juifs de l'époque de Christ
méprisèrent son témoignage et par suite, furent aveuglés, de
même une chrétienté coupable de rejeter la vérité se verra
frappée d'une « puissance d’égarement » pour qu'elle croie au
mensonge.

Dieu gouverne-t-il réellement le monde ? Règne-t-il sur la


famille humaine ? De quelle manière dirige-t-il l'humanité
? À quel point et par quel moyen contrôle-t-il les hommes ?
Comment Dieu exerce-t-il une influence sur les méchants dont
les cœurs lui sont hostiles ? Nous avons essayé de répondre à
ces questions à la lumière de l'Écriture dans ce chapitre.
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Dieu exerce sur ses élus une puissance vivifiante, fortifiante,
directrice et protectrice. Sur les méchants il exerce une puis-
sance restrictive, apaisante, directrice ; il les endurcit et les
aveugle selon les ordres de sa sagesse et de sa justice infinie
en vue de la réalisation de son dessein éternel. Les décrets de
Dieu sont exécutés.

Ce qu'il a prédestiné s'accomplit. La méchanceté de l'homme


est entourée de limites que Dieu lui-même a établies et qui ne
peuvent être dépassées. Tous les hommes, bons ou mauvais,
sont, à leur insu-même, sous la juridiction du Souverain
suprême et sujets, de façon absolue, à son administration. «
Alléluia ! Car le Seigneur notre Dieu tout-puissant est entré dans
son règne » (Apoc 19 : 6). Il règne sur tous.

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7 - La souveraineté de Dieu et la volonté de
l'homme

« Car c'est Dieu qui produit en vous le vouloir et le faire, selon


son bon plaisir » (PhiI 2 : 13).

Aujourd'hui, une très grande confusion règne et les opinions


les plus erronées sont avancées - même par un grand nombre
de chrétiens - concernant la nature et le pouvoir de la volonté
de l'homme déchu. L'idée la plus répandue, enseignée dans
maintes Églises, est la suivante : l'homme possède un « libre
arbitre » (une volonté libre) et le pécheur est sauvé lorsque cette
volonté collabore avec le Saint-Esprit. La négation du « libre
arbitre » de l'homme, c'est-à-dire de son pouvoir de choisir ce
qui est bon, sa capacité naturelle d'accepter Christ, entraîne
la désapprobation quasi-générale même de la part de ceux qui
tiennent une position évangélique. Cependant l'Écriture décla-
re avec force : « Cela ne dépend ni de celui qui veut, ni de celui
qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde » (Rom 9 : 16). À
nouveau la Parole affirme expressément : « Nul ne cherche Dieu
» (Rom 3 : 11). Christ n'a-t-il pas dit aux hommes de sa généra-
tion, « Et vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie » ?
(Jean 5 : 40) Pourtant certains sont réellement « venus » à lui
et l'ont reçu. Qui étaient-ils ? Jean 1 : 12 et 13 répond : « Mais
à tous ceux qui l'ont reçue [la lumière du monde], à ceux qui
croient en son nom, elle a donné le pouvoir de devenir enfants
de Dieu, lesquels sont nés, non du sang, ni de la volonté de la
chair, ni de la volonté de l'homme, mais de Dieu » !

Mais l'Écriture ne dit-elle pas, « Que celui qui veut vienne » ?


En effet, mais cette phrase signifie-t-elle que tout homme a la
volonté de venir ? Que dire de ceux qui ne veulent pas venir ?
De même que l'expression « Étend ta main » n'implique pas la
présence, en l'homme à la main desséchée, de la capacité
d'obéir à cet ordre, l'invitation « Que celui qui veut vienne »
n'implique pas en l'homme déchu la présence de la capacité
de venir.
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En lui-même l'homme naturel a le pouvoir de rejeter Christ et
non celui de le recevoir. Pourquoi ? Parce que son esprit est «
inimitié » contre lui (Rom 8 : 7) ; parce que son cœur le hait
(Jean 15 : 18). L'homme choisit selon sa nature. Par consé-
quent, il ne peut choisir ou préférer le divin et le spirituel, si
une nouvelle nature ne lui a été d'abord communiquée ; en
d'autres termes, il doit naître de nouveau.
Mais, vous demanderez-vous peut-être, le Saint-Esprit ne
triomphe-t-il pas de l'inimitié et de la haine de l'homme quand
il convainc le pécheur de ses péchés et de son besoin de Christ
? Le Saint-Esprit de Dieu ne produit-il pas cette conviction
chez beaucoup de ceux qui périssent ? Ce langage trahit une
confusion. Si l'inimitié de ces personnes avait réellement été
vaincue, alors elles se tourneraient aussitôt vers Christ. Qui-
conque ne vient pas au Sauveur démontre la persistance de
son inimitié. Beaucoup, il est terriblement vrai, au travers de
la prédication de l'Évangile, sont convaincus par le Saint-
Esprit et néanmoins meurent sans la foi. Le Saint-Esprit, ne
perdons pas ce fait de vue, accomplit quelque chose de plus
chez les élus de Dieu : il « produit en vous le vouloir et le faire,
selon son bon plaisir » (Phil 2 : 13).
Cependant, l'arminien répondra à ce que nous venons de
dire en affirmant que l'œuvre de conviction de l'Esprit est la
même chez les convertis et les inconvertis : les premiers cèdent
à ses efforts, alors que les derniers y résistent, ce qui crée la
distinction entre ces deux catégories de personnes. Mais, selon
cette affirmation, le chrétien serait à l'origine de cette diffé-
rence, or l'Écriture l'attribue à un don de Dieu (1 Cor 4 : 7).
De plus, cette affirmation donnerait au chrétien un motif de
s'enorgueillir et de se glorifier de sa collaboration avec l'Esprit.
Mais cette optique contredit de façon catégorique le texte
d'Éphésiens 2 : 8 : « Car c'est par la grâce que vous êtes sauvés,
par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c'est le don
de Dieu. » Venons-en maintenant à l'expérience véritable de
tout chrétien. N'y eut-il pas une époque (dont le souvenir ne
manquera pas de nous humilier !) où nous ne voulions pas venir
à Christ ?
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Sans aucun doute. Depuis lors nous sommes venus à lui.
Sommes-nous prêts à lui en attribuer toute la gloire ? (cf ps
115 : 1) II nous faut reconnaître que le Saint-Esprit a sur-
monté notre refus et nous a disposés à venir. Par contre, il n'a
manifestement pas agi en tous comme il l'a fait en nous. Un
grand nombre ont entendu l'Évangile et compris leur besoin
de Christ, sans toutefois vouloir encore venir à lui. Il a donc
accompli une œuvre plus puissante en nous qu'en eux. Disons-
nous : « Je me souviens pourtant très bien de l'époque où le
salut me fut présenté, et ma conscience témoigne du rôle de ma
volonté en cédant à Jésus-Christ » ? Certes. Mais avant que
nous « cédions », le Saint-Esprit a dû vaincre l'inimitié natu-
relle de notre esprit contre Dieu. Or, il ne vainc pas cette «
inimitié » chez tous. Cela ne vient pas de ce qu'ils refusent de
laisser vaincre leur inimitié, car tous agissent ainsi avant
qu'un miracle de grâce divine toute-puissante ne transforme
leur cœur.
Demandons-nous maintenant en quoi consiste la volonté
humaine ? S'agit-il d'une faculté autonome et souveraine, ou
est-elle dirigée par autre chose ? La volonté surpasse-t-elle
toutes les autres facultés de notre être au point de les
gouverner, ou est-elle affectée par leurs impulsions et sujette
à leurs caprices ? La volonté dirige-t-elle l'esprit, ou celui-ci la
contrôle-t-il ? La volonté est-elle libre d'agir comme bon lui
semble, ou une autorité extérieure à elle-même la force-t-elle
à lui obéir ? Il a été écrit : « La volonté occupe-t-elle une place à
part parmi les grandes facultés ou pouvoirs de l'âme, homme
dans l'homme, capable de le renverser, de s'opposer à lui ? Ou
est-elle reliée aux autres facultés, comme la queue s'attache au
corps et ce dernier à la tête ? Ainsi, quand la tête se déplace
tout le corps suit. » De même « l’homme est tel que sont les
pensées dans son âme ». Tout d'abord la pensée, puis le cœur
(désir ou aversion) et enfin l'acte. Le chien remue la queue, et
non celle-ci le chien.
La volonté n'est pas chez l'homme la faculté première, mais
elle est soumise aux autres. La vraie philosophie de l'action
morale correspond au processus de Genèse 3 : 6 :
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« La femme vit que l'arbre était bon à manger et agréable à
la vue » (perception des sens, intelligence), « et qu'il était pré-
cieux pour ouvrir l’intelligence » (les émotions, sentiments), «
elle prit de son fruit, et en mangea » (volonté, action). Ces ques-
tions ne revêtent pas seulement un intérêt académique, mais
possèdent une importance pratique capitale. Nous ne pensons
pas exagérer en affirmant que la réponse à ces questions cons-
titue un critère essentiel de la saine doctrine. 1

1. - La nature de la volonté humaine

Qu'est-ce que la volonté ?

C'est la faculté de choisir, la cause immédiate de toute action.


Choisir implique nécessairement un refus et une acceptation.
Avant tout choix, les éléments positifs et négatifs doivent être
tous deux présents à l'esprit. Tout acte de volonté comprend
une préférence, le désir d'une chose plutôt qu'une autre, car
aucun acte de volonté ne peut avoir lieu dans l'indifférence.
Vouloir c'est choisir, et choisir revient à décider entre des
alternatives. Mais quelque chose influence le choix et déter-
mine la décision. Par conséquent la volonté ne peut pas être
souveraine puisqu'elle dépend de ce « quelque chose ». Elle ne
peut être en même temps la cause et l'effet. Elle n'est pas
causale car, comme nous l'avons dit, quelque chose est à
l'origine de son choix ; par suite cet élément en constitue la
cause. Le choix lui-même est affecté par certaines considéra-
tions, déterminé par des influences diverses subies par l'indi-
vidu lui-même. Ainsi la volition dépend de ces considérations
et de ces influences ; auquel cas elle doit leur être soumise.
Ainsi elle n'est pas souveraine et nous ne pouvons pas en
revendiquer la « liberté » absolue. Les actes de la volonté n'ont
pas leur source en eux-mêmes - affirmer le contraire revient à
poser le postulat d'un effet sans cause. « Ex nihilo nihil fit » -
rien ne vient de rien.
A toutes les époques, toutefois, des partisans de la liberté
ou souveraineté absolue de la volonté humaine ont existé.
FBS_Page | 96
La volonté, soutiendront certains, possède un pouvoir autodé-
terminant. Ainsi, je peux regarder vers le haut ou vers le bas :
mon esprit demeure indifférent, ma volonté doit décider. Il
s'agit d'une contradiction dans les termes. D'après cet exem-
ple, je choisis en raison d'une préférence tout en restant par-
faitement indifférent. De toute évidence les deux ne peuvent
être vrais. L'esprit, pourrait-on répliquer, était tout à fait indif-
férent avant de manifester sa préférence. Certes, mais jusqu'à
ce moment-là la volonté aussi demeurait inactive ! Mais à
l'instant où l'indifférence disparut, le choix s'opéra, et l'indif-
férence céda la place à la préférence. Ce dernier fait renverse
l'argument reconnaissant à la volonté la capacité de choisir
entre deux éléments désirés de façon égale. Comme nous
l'avons déjà dit, un choix implique l'acceptation d'une alterna-
tive et le rejet d'une ou de plusieurs autres. L'élément déter-
minant de la volonté est celui qui la pousse à choisir.

Qu'est-ce qui détermine la volonté ?

Le mobile le plus puissant. La nature de ce mobile varie selon


les cas. Il s'agit parfois de la logique de la raison, ou la voix de
la conscience, ou l'impulsion des émotions, le chuchotement
du tentateur, ou encore la puissance du Saint-Esprit. La
volonté est poussée à agir par le mobile exerçant l'influence la
plus puissante sur l'individu. En d'autres termes, l'action de
la volonté est déterminée par cette condition de l'esprit (qui à
son tour est influencée par le monde, la chair et le diable, ou
bien par Dieu) dotée de la plus grande capacité pour susciter
la volition. Pour illustrer nos propos, analysons un exemple
simple. Un certain dimanche après-midi, l'un de mes amis
souffrait d'un mal-de-tête sévère. Il désirait rendre visite à des
malades, mais dans ce cas sa condition, il le craignait, empi-
rerait et par suite il serait incapable d'assister à la prédication
de l'Évangile le soir même. Deux alternatives se présentaient
à lui : rendre visite aux malades l'après-midi et risquer d'être
malade lui-même, ou se reposer pendant l'après-midi (et ren-
dre visite aux malades le lendemain),
FBS_Page | 97
…et sans nul doute être en meilleure forme pour la réunion
d'évangélisation du soir. Qu'est-ce qui poussa mon ami à
choisir entre ces deux alternatives ? La volonté ? Pas du tout.
À la fin, il est vrai, la volonté procéda à un choix, mais elle y
fut poussée. Dans l'exemple ci-dessus certaines considérations
comportaient des motifs de poids propres à sélectionner l'une
ou l'autre alternative ; ces motifs furent pesés par l'individu
lui-même, par son cœur et son esprit, et l'alternative reposant
sur les motifs les plus puissants obtint la préférence ; la
décision suivit, puis la volonté agit. D'une part, mon ami se
sentait poussé par le sens du devoir à rendre visite aux mala-
des ; il était ému de compassion à cette pensée, et ainsi un
motif de poids se présentait à son esprit. D'autre part, son
jugement lui rappela son indisposition, son besoin urgent de
repos, et l'aggravation probable de son état qui l'empêcherait
d'assister le soir à la prédication de l'Évangile.
De plus, il savait qu'il pourrait le lendemain, Dieu voulant,
rendre visite aux malades. Ainsi décida-t-il de se reposer
pendant l'après-midi. Deux alternatives se présentaient à ce
chrétien : d'un côté le sens du devoir et sa propre compassion,
de l'autre le sentiment de son propre besoin et un réel souci
de la gloire de Dieu, car il avait la conviction qu'il devait assis-
ter le soir à la prédication de l'Évangile. La dernière alternative
triompha. Les considérations spirituelles pesèrent plus lourd
que son sens du devoir. Sa volonté agit selon la décision qu'il
avait prise et il se retira pour se reposer. L'analyse prouve que,
dans le cas présent, des considérations spirituelles dirigèrent
l'esprit ou la faculté de raisonnement et que celui-ci régla et
contrôla la volonté. Si par conséquent l'esprit contrôle la
volonté, elle n'est ni souveraine, ni libre.

La volonté, enseigne-t-on souvent, gouverne l'homme. Mais,


selon la Parole de Dieu, le centre dominant de notre être est «
le cœur ». De nombreux passages bibliques pourraient être
cités pour soutenir cette affirmation ; « Garde ton cœur plus
que toute autre chose, car de lui viennent les sources de la vie »
(Prov 4 : 23).
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« Car c'est du dedans, c'est du cœur des hommes, que
sortent les mauvaises pensées, les adultères, les impudicités,
les meurtres... » (Marc 7 : 21). Ici, le Seigneur fait remonter ces
actes répréhensibles à leur source, le « cœur » et non la volonté
! De nouveau, « Ce peuple m'honore des lèvres, mais son cœur
est éloigné de moi » (Mat 15 : 8). Si davantage de preuves s'avé-
raient nécessaires, nous pourrions attirer l'attention sur le fait
suivant : la Bible cite le mot « cœur » trois fois plus que le mot
« volonté » et, de plus, presque la moitié de ces références se
rapportant à la volonté concerne celle de Dieu !

Quand nous affirmons, « Le cœur et non la volonté gouverne


l'homme », nous ne désirons pas couper les cheveux en quatre,
mais mettre l'accent sur une distinction d'importance vitale.
Prenons le cœur d'une personne confrontée à deux alterna-
tives ; laquelle va-t-elle choisir ?

La plus agréable pour elle, c'est-à-dire, pour son « cœur » -


partie la plus profonde de son être. Le pécheur se trouve
confronté d'une part à une vie de vertu et de piété, d'autre part
à une vie d'abandon au péché. Laquelle des deux suivra-t-il ?
La seconde. Pourquoi ? Parce qu'il en a fait le choix. Mais ce
fait prouve-t-il le caractère souverain de la volonté ? Nulle-
ment. Remontons de l'effet à la cause. Pourquoi choisit-il une
vie d'abandon au péché ?

Parce qu'il la préfère. Il la préfère vraiment envers et contre


tout, même s'il ne jouit aucunement des effets d'un pareil
choix. Et pourquoi la préfère-t-il ? Parce que son cœur est
pécheur. La même alternative s'offre au chrétien mais il choisit
et s'efforce de mener une vie de piété et de vertu. Pourquoi ?
Parce que Dieu lui a donné un cœur nouveau, une nature
nouvelle. En résumé, la volonté du pécheur ne le rend pas
insensible à tout appel « d’abandonner sa voie », mais la
responsabilité en incombe à son cœur corrompu et méchant.
Il ne viendra pas à Christ car il ne le veut pas, et cela parce
que son cœur hait Dieu et aime le péché ! (cf : Jer 17 : 9) 2
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2. - L'esclavage de la volonté humaine

Tout exposé sur la volonté humaine, sa nature et sa fonction,


doit distinguer entre trois hommes différents : Adam avant la
chute, le pécheur et le Seigneur Jésus-Christ. La volonté
d'Adam avant la chute était libre, à la fois envers le bien et le
mal. Il n'en est pas de même pour le pécheur. Ce dernier naît
avec une volonté moralement déséquilibrée car en lui se trouve
un cœur « tortueux par-dessus tout et incurable », et cette
réalité lui confère un penchant pour le mal. Le Seigneur Jésus,
lui, diffère radicalement à la fois du pécheur et d'Adam avant
la chute. Il ne pouvait pas pécher, car il est « le saint de Dieu
». Avant sa venue ici-bas, Marie reçut ces paroles : « Le Saint-
Esprit viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te couvrira
de son ombre. C'est pourquoi le saint enfant qui naîtra de toi
sera appelé Fils de Dieu » (Luc 1 : 35). La volonté du Fils de
l'Homme, nous le disons avec un très grand respect, n'était
pas dans une position neutre, capable de se tourner soit vers
le bien soit vers le mal. La volonté du Seigneur Jésus était
tournée vers le bien, car son humanité parfaite, sainte et sans
péché, va sans cesse de pair avec sa divinité éternelle. Or, à
l'opposé de la volonté du Seigneur Jésus, toujours dirigée vers
le bien, de celle d'Adam, en condition neutre avant la chute -
capable de se tourner vers le bien ou vers le mal - la volonté
du pécheur a un penchant vers le mal et, par suite, n'est « libre
» que dans une seule direction : celle du mal. La volonté du
pécheur est enchaînée car, comme nous l'avons déjà dit, elle
est esclave d'un cœur corrompu.
En quoi consiste la liberté du pécheur ? Cette question
découle naturellement des propos ci-dessus. Le pécheur est
libre au sens où il n'est pas contraint de l'extérieur. 3
Personne ne l'oblige jamais à pécher. Il n'est cependant pas
libre d'accomplir soit le bien, soit le mal, car son cœur mauvais
le pousse toujours à pécher. Prenons une illustration. Je tiens
un livre à la main. Je le lâche. Qu'arrive-t-il ? Il tombe. Dans
quelle direction ? Vers le bas ; toujours vers le bas.

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Pourquoi ? Parce que, d'après la loi de la gravité, son poids
l'entraîne dans cette direction. Si je désire que le livre soit à
un mètre plus haut, que dois-je faire ? Je dois le soulever,
exercer une force extérieure au livre qui le soulève. Il en est de
même avec la relation de l'homme déchu et de Dieu. Quand la
puissance divine le soutient, il ne s'enfonce pas plus profondé-
ment dans le péché. Elle se retire et il tombe - son propre poids
(de péché) l'entraîne. Dieu ne le tire pas vers le bas, plus que
moi le livre. Si la puissance divine se retirait entièrement, tout
homme serait capable de devenir, et deviendrait en réalité, un
Caïn, un Pharaon, un Judas. Comment le pécheur peut-il
s'élever vers le ciel ? Par un acte de sa propre volonté ? Cènes
pas. Une puissance extérieure à lui-même doit le saisir et le
soulever. Le pécheur est libre, mais seulement dans une direc-
tion - libre de tomber, de pécher. Comme la Parole l'exprime :
« Lorsque vous étiez esclaves du péché, vous étiez libres à
l'égard de la justice » (Rom 6 : 20). Le pécheur est libre d'agir
toujours comme il lui plaît (sauf quand Dieu le retient), mais
il se plaît dans le péché.

3. - L'impotence de la volonté humaine

Au début de ce chapitre, nous avons insisté sur l'importance


pratique d'avoir une conception juste de la nature et de la
fonction de la volonté, critères fondamentaux de la saine doc-
trine. Nous souhaitons amplifier cette affirmation et essayer
de démontrer son exactitude. La liberté ou l'esclavage de la
volonté constituaient la frontière entre l'augustinianisme et le
pélagianisme et, plus récemment, entre le calvinisme et l'ar-
minianisme. En termes simples, fallait-il affirmer ou nier la
corruption totale de l'homme ?
La volonté humaine est-elle capable d'accepter ou de rejeter
le ' Seigneur Jésus comme Sauveur ? Si l'Évangile est prêché
au pécheur et que le Saint-Esprit le convainc de sa condition
de perdu, l'homme peut-il s'abandonner à Dieu par la seule
puissance de sa ; propre volonté ? Notre réponse à cette ques-
tion définit notre) conception de la corruption de l'homme.
FBS_Page | 101
Pour tous les chrétiens l'homme est un être déchu, mais leur
définition du mot « déchu » est souvent difficile à déterminer.
Pour beaucoup l'homme est maintenant mortel et non plus
dans son état originel lors de la création ; il peut être malade
et avoir hérité des penchants mauvais mais, s'il utilise ses
pouvoirs au mieux, il deviendra enfin heureux. Comme cette
conception est bien en-dessous de la triste réalité ! Nos infir-
mités, nos maladies, même la mort physique, ne sont rien
comparées aux effets spirituels et moraux de la chute ! Seule-
ment en nous référant aux Saintes Écritures, pouvons-nous
avoir une idée juste de cette terrible catastrophe.
Lorsque nous parlons de la corruption totale de l'homme,
nous voulons dire que le péché, ayant pénétré dans la consti-
tution humaine, en a affecté toutes les facultés. La corruption
totale signifie que l'homme, dans son esprit, dans son âme et
dans son corps, est l'esclave du péché et le captif de Satan -
marchant « selon le prince de la puissance de l'air, de l'esprit
qui agit maintenant dans les fils de la rébellion » (Eph 2 : 2).
Cette affirmation ne devrait pas avoir besoin de preuve, car il
s'agit d'un fait courant de l'expérience humaine. L'homme est
incapable de réaliser ses propres aspirations et de matérialiser
ses propres idéaux. Il ne peut accomplir ses désirs.
Une incapacité morale le paralyse. C'est la preuve flagrante
de son absence de liberté et de sa condition d'esclave du péché
et de Satan. « Vous avez pour père le diable, et vous voulez
accomplir les désirs de votre père » (Jean 8 : 44). Le péché, plus
qu'un acte ou une série d'actes, est un état ou une condition.
C'est la source et la cause de toute action. Le péché a pénétré
et s'est répandu dans l'homme en son entier. Il a aveuglé son
intelligence, corrompu son cœur et séparé son esprit de Dieu.
La volonté n'a pas échappé à son emprise. Elle est sous la
domination du péché et de Satan. Par conséquent, elle n'est
pas libre. Bref, les préférences et les choix de la volonté résul-
tent de l'état du cœur, « tortueux par-dessus tout et incurable
». « Nul ne cherche Dieu » (Rom 3 : 11).
Nous répétons notre question : la volonté humaine est-elle
capable de s'offrir à Dieu ?
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Essayons de donner une réponse en nous posant plusieurs
autres questions : l'eau peut-elle (par elle-même) s'élever au-
dessus de son propre niveau ? La pureté peut-elle provenir de
l'impureté ? La volonté peut-elle renverser la tendance et le
penchant de la nature humaine ? Ce qui est sous la domina-
tion du péché peut-il produire la pureté et la sainteté ? De
toute évidence, non. Si la volonté d'un être déchu et corrompu
se tourne vers Dieu, une puissance doit renverser les influen-
ces contraires du péché qui l'en éloignent. C'est une autre
manière d'affirmer, « Nul ne peut venir à moi, si le Père qui m'a
envoyé ne l’attire » (Jean 6 : 44). En d'autres termes, « Cela ne
dépend ni de celui qui veut, ni de celui qui court, mais de Dieu
qui fait miséricorde » (Rom 9 : 16).
Comme J N Darby l'a déclaré : « Si Christ est venu sauver
les perdus, le libre arbitre n'a aucune place. Dieu n'empêche
certes pas les hommes de recevoir Christ, loin de là. Mais, même
quand Dieu utilise toutes les persuasions possibles, et toutes
les influences capables de convaincre le cœur de l'homme, ce
dernier montre clairement son hostilité. Son cœur est si corrom-
pu et sa volonté si décidée à ne pas se soumettre à Dieu (peu
importe que ce soit Satan qui l'encourage à pécher), que rien
ne peut l'inciter à recevoir le Seigneur et à abandonner le péché.
Si par « liberté de l’homme », on veut dire que personne ne le
force à rejeter le Seigneur, c'est vrai. Par contre, si en raison de
la : domination du péché, dont il est l'esclave, et par sa volonté,
il ne peut échapper à sa condition et choisir le bien, alors il n'a
aucune liberté. »
La volonté n'est pas souveraine mais dépendante, car les
autres facultés de l'être humain l'influencent et la contrôlent.
Elle n'est pas libre, car l'homme est l'esclave du péché, ce qui
apparaît très clairement dans les paroles du Seigneur : « Si
donc le Fils vous affranchit, vous serez réellement libres » (Jean
8 : 36). L'homme est un être rationnel et par suite responsable
envers Dieu, mais lui reconnaître la capacité de choisir le bien
dans le domaine spirituel revient à nier la corruption totale de
sa nature, la corruption de la volonté comme de toutes ses
autres facultés.
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La volonté de l'homme est gouvernée par son esprit et son cœur.
Or le péché a corrompu et perverti ceux-ci. Ainsi pour que
l'homme se tourne vers Dieu, Dieu lui-même doit œuvrer en
lui ; « car c'est Dieu qui produit en vous le vouloir et le faire,
selon son bon plaisir » (Phil 2 : 13). La liberté tant vantée de
l'homme est, en vérité, « l’esclavage de la corruption ». Il « est
asservi à toute espèce de désirs et de passions ».

Un serviteur de Dieu fondé dans les Écritures, a écrit : « L’hom-


me est impuissant quant à sa volonté. Cette dernière est oppo-
sée à Dieu. Je crois à la libre volonté, mais alors il s'agit d'une
volonté libre seulement pour agir selon sa nature. Une colombe
ne saurait vouloir manger de la charogne ni un corbeau manger
la nourriture délicate de la colombe. Mais si vous donnez au
corbeau la nature de la colombe, il mangera alors la nourriture
de celle-ci. Satan est incapable de vouloir la sainteté. Dieu, nous
le disons avec respect, est incapable de vouloir le mal. Le pé-
cheur dans sa nature pécheresse ne peut jamais vouloir agir
selon Dieu. Pour y parvenir, il doit naître de nouveau. » Telle est
précisément la conception exposée tout au long de ce chapitre
: la volonté est dirigée par la nature.

Parmi les décrets du Concile de Trente (1563) qui font autorité


dans le catholicisme, nous trouvons (dans les Canons sur la
Justification) les affirmations suivantes : « Si quiconque affirme
que la libre volonté, mue et stimulée par Dieu, ne coopère pas,
d'un commun accord, avec Dieu, source de la stimulation, dans
le but de le disposer et de le préparer pour l'obtention de la justi-
fication, si de plus quiconque dit que la volonté ne peut refuser
de se soumettre, si elle le désire, mais qu'elle est inactive et
simplement passive, qu'il soit anathème ! »
« Si quiconque affirme que, depuis la chute d'Adam, la libre
volonté de l'homme est déchue et anéantie ; ou qu'elle existe
seulement de nom, qu'elle est une fiction introduite par Satan
dans l'Église, qu'il soit anathème ! » Ainsi, quiconque insiste
sur la libre volonté de l'homme naturel croit en réalité à l'en-
seignement catholique romain sur le sujet !
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Trois choses sont indispensables pour le salut du pécheur :
Dieu le Père doit décider son salut, Dieu le Fils l'acquérir et
Dieu le Saint-Esprit l'appliquer. Dieu ne se contente pas de
nous inviter sinon nous serions tous perdus. L'Ancien Testa-
ment nous en donne une illustration frappante. Dans Esdras
1 : 1-3 nous lisons : « La première année de Cyrus, roi de Perse,
afin que s'accomplît la parole de l'Éternel prononcée par la
bouche de Jérémie, l'Éternel réveilla l'esprit, de Cyrus, roi de
Perse, qui fit faire de vive voix et par écrit cette publication dans
tout son royaume : Ainsi parle Cyrus, roi de Perse : L'Éternel, le
Dieu des cieux, m'a donné tous les royaumes de la terre, et il
m'a commandé de lui bâtir une maison à Jérusalem en Juda.
Qui d'entre vous est de son peuple ? Que son Dieu soit avec lui,
et qu'il monte à Jérusalem en Juda et bâtisse la maison de
l'Éternel, le Dieu d’Israël ! » Nous avons ici une offre proposée
à un peuple en captivité, lui donnant l'occasion de partir et de
retourner à Jérusalem, la ville sainte. Tout le peuple d'Israël
répondit-il à cette offre ? Pas du tout ! La grande majorité se
contenta de rester dans le pays de leurs ennemis. Seul un petit
nombre (un reste) tira parti de cette offre de miséricorde !
Pourquoi ? Écoutons la réponse de l'Écriture : « Les chefs de
famille de Juda et de Benjamin, les sacrificateurs et les Lévites,
tous ceux dont Dieu réveilla l'esprit, se levèrent pour aller bâtir
la maison de l'Éternel à Jérusalem » ! (Esd 1 : 5) De même, Dieu
« réveille l’esprit » de ses élus quand il les appelle puissamment
au salut et, avant cet instant, ils ne possèdent aucune volonté
à répondre à la proclamation divine.
L'œuvre superficielle d'un grand nombre d'évangélistes
professionnels de ces cinquante dernières années est large-
ment responsable de l'optique erronée et maintenant courante
sur l'esclavage de l'homme naturel, encouragée par la paresse
de l'auditoire à « examiner toutes choses » (1 Thés 5 : 21).
Beaucoup d'enseignement évangélique nous donne l'impres-
sion que le salut du pécheur repose entièrement en son
pouvoir. On entend dire souvent : « Dieu a fait sa part, mainte-
nant l'homme doit faire la sienne. » Hélas, par nature l'homme
est mort par ses offenses et par ses péchés" (Eph 2 : 1).
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Or, que peut faire un homme privé de la vie ? Si les chrétiens
croyaient vraiment à la vérité, ils compteraient davantage sur
le Saint-Esprit et sa puissance miraculeuse, et moins sur leur
tentative de « gagner des hommes à Christ ».

Quand ils s'adressent aux non-convertis, les prédicateurs


dressent souvent une analogie entre le don de l'Évangile que
Dieu offre aux pécheurs et un homme malade dans un lit, avec
le médicament miracle sur sa table de nuit : il n'a qu'à étendre
la main et saisir ce médicament. Mais cette affirmation devrait
être en tous points conforme à l'image de l'homme déchu et
corrompu donnée par l'Écriture. Par conséquent le malade doit
être aveugle (Eph 4 : 18), incapable de voir le médicament,
avoir la main paralysée (Rom 5 : 6) et être incapable de le
saisir, et son cœur dénué de toute confiance dans le remède
et rempli de haine envers le docteur lui-même (Jean 15 : 18).

Que cette optique de la condition désespérée de l'homme,


soutenue aujourd'hui, est superficielle ! Christ est venu ici-
bas non pas pour aider ceux disposés à s'aider eux-mêmes,
mais pour accomplir pour son peuple ce que ce dernier est
incapable de réaliser : « Pour ouvrir les yeux des aveugles, pour
faire sortir de prison le captif, et de leur cachot ceux qui habitent
dans les ténèbres » (Esa 42 : 7).

Pour conclure, permettons-nous d'anticiper et de répondre à


l'objection habituelle et inévitable. Pourquoi prêcher l'Évan-
gile, si l'homme n'a pas la force d'y répondre ? Pourquoi inviter
le pécheur à venir à Christ, si, esclave du péché, il ne peut par
lui-même venir ? Nous ne prêchons pas l'Évangile parce que
nous croyons que le libre arbitre de l'homme lui permet de
recevoir Christ, mais parce que la Bible nous l'ordonne 4 (Marc
16 : 15). « Car la prédication de la croix est une folie pour ceux
qui périssent ; mais pour nous qui sommes sauvés elle est une
puissance de Dieu » (1 Cor 1 : 18). « Car la folie de Dieu est plus
sage que les hommes, et la faiblesse de Dieu est plus forte que
les hommes » (1 Cor 1 : 25).
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Le pécheur est mort dans ses transgressions et ses péchés (cf
Eph 2 : 1), et un homme mort est totalement incapable de
vouloir quoi que ce soit ; c'est pourquoi « ceux qui vivent selon
la chair ne sauraient plaire à Dieu » (Rom 8 : 8).

La prédication de l'Évangile aux morts, à ceux incapables


d'agir, apparaît, pour la sagesse humaine, comme une folie à
nulle autre pareille. Cependant les voies de Dieu ne sont pas
les nôtres. Il plaît à Dieu « de sauver les croyants par la folie
de la prédication » (1 Cor 1 : 21). Prêcher à des « ossements »
et leur dire : « Ossements desséchés, écoutez la parole de l’Éter-
nel ! » (Ezec 37 : 4) peut paraître une folie pour l'homme. Mais
il s'agit de la Parole du Seigneur, et ces mots « sont esprit et vie
» (Jean 6 : 63).
Des hommes sages debout à côté de la tombe de Lazare
auraient pu déclarer le Seigneur fou quand il adressa à un
mon ces paroles : « Lazare, lève-toi ! » Mais celui qui parlait
alors est lui-même la résurrection et la vie ; à sa parole même
les morts vivent !

Nous continuons à prêcher l'Évangile non pas en raison de


notre foi en la puissance des pécheurs de recevoir le Sauveur,
mais parce que l'Évangile lui-même est la puissance de Dieu
pour le salut de quiconque croit, et parce que nous savons que
« tous ceux qui étaient destinés à la vie éternelle » (Actes 13 :
48) croiront (cf Jean 6 : 37 ; 10 : 16 - remarquez le caractère
de certitude de ces versets !) au temps fixé par Dieu.

Les thèses soutenues dans ce chapitre ne sont pas un produit


de la « pensée moderne », car elles lui sont totalement oppo-
sées. Les hommes, depuis quelques générations, ont aban-
donné l'enseignement de leurs pères fondé dans les Écritures.
Dans les trente-neuf articles de l'Église anglicane nous lisons
: « La condition de l'homme après la chute d'Adam est telle qu'il
ne peut pas, de lui-même, exercer une foi au salut par sa force
naturelle, ses bonnes œuvres et en invoquant Dieu.

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Par conséquent, nous n'avons aucune puissance pour accomplir
de bonnes œuvres agréables et acceptables aux yeux de Dieu,
sans la grâce prévenante de Dieu en Christ agissant en nous
afin de nous accorder une bonne volonté qui puisse entrer en
action » (Article 10). Dans le grand Catéchisme de Westminster
(faisant autorité autrefois dans toutes les Églises presbytérien-
nes) nous lisons en réponse à la question 25 : « L'état de péché
dans lequel l'homme est tombé, consiste dans la culpabilité du
péché originel d'Adam, dans l'absence de la justice qu'il possé-
dait lors de sa création, et en la corruption de sa nature par
laquelle il est totalement incapable, inapte, opposé à tout ce qui
est spirituellement bon, et entièrement enclin au mal et ceci
continuellement. »

Dans la Confession de Foi des Baptistes de Philadelphie (1742)


au chapitre 9 nous lisons : « L'homme, par sa chute dans un
état de péché, a entièrement perdu toute capacité de vouloir le
bien spirituel faisant partie du salut. Aussi, comme un homme
naturel, opposé au bien, est mort dans ses péchés, il est inca-
pable par sa propre force de se convertir ou de s'y préparer. »

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Références

1. Dans un article intitulé « Le prétendu libre arbitre de l’homme », J N


Darby a écrit : « La résurgence de la doctrine du libre arbitre sert à
étayer la prétention que possède l'homme naturel de ne pas être
déchu de façon irrémédiable, car c'est l'aboutissement logique de
cette doctrine. Quiconque n'est pas passé par une profonde conviction
du péché, ou chez qui cette conviction concerne seulement des péchés
flagrants, croit dans une certaine mesure au libre arbitre. »
2. Si telle est la vraie condition de l'homme, pourquoi l'Écriture
s'adresse-t-elle à la volonté de l'homme ? N'est-il pas écrit, « Que
celui qui veut prenne de l'eau de la vie, gratuitement » ? (Apoc 22 :
17) Tout à fait et ces exhortations montrent que l'homme est res-
ponsable de se repentir, de croire et de recevoir Christ, devoirs qui,
tous, impliquent une réponse de sa volonté. Mais, comme d'autres
passages de l'Écriture le prouvent, si les hommes répondent ainsi,
c'est en raison de l'état de leur nature dont la volonté constitue l'ex-
pression. La volonté est la cause immédiate des actions de l'homme,
et non la cause première. L'homme ne peut être tenu responsable,
affirment certains, de sa réponse face à l'Évangile, à moins d'être
capable de choisir Christ ; ainsi, pour beaucoup, le libre arbitre et
la responsabilité humaine sont synonymes et il est impossible de
nier l'une sans nier l'autre. Cette confusion conduit à accuser la foi
réformée de ne pas faire justice à la responsabilité de l'homme en
niant sa « libre volonté » (cf. note supplémentaire ci-dessous).
L'optique biblique et réformée de la responsabilité de l'homme
est en réalité beaucoup plus profonde que la conception arminienne
populaire. L'homme est non seulement responsable de sa volonté,
mais de l'ensemble de sa nature, et, aussi longtemps que celle-ci
demeure fidèle à ce que le péché (non pas Dieu) en a fait, il «ne reçoit
pas les choses de l'Esprit de Dieu » (1 Cor 2 : 14), et il ne veut pas
venir à Christ pour avoir la vie (Jean 5 : 40). Par conséquent, si c'est
le devoir de tout homme de recevoir Christ, seule la volonté d'un
homme renouvelé dans sa nature par le Saint-Esprit répondra à
l'Évangile. - Les éditeurs
3. N'oublions pas que la théologie réformée ne nie pas, comme on le
suppose trop souvent, la libre capacité de l'homme d'agir selon sa
volonté. Cette question n'a rien à voir avec le libre arbitre (tel que
ce mot est généralement utilisé) et les deux ne doivent pas être
confondus. Charles Hodge écrit : « La doctrine de l'incapacité de
l'homme ne signifie pas que l'homme a cessé d'être un individu moral
libre. Il est libre car il décide de ses propres actions.
FBS_Page | 109
Tout acte de la volonté est un acte d'auto détermination libre. Il est
un agent moral car il a conscience de son obligation morale et, quand
il pèche, il agit librement contre les convictions de sa conscience ou
les préceptes de la loi morale. Si l'homme préfère, comme les anges
déchus, choisir le mal, il n'en est pas moins un agent moral libre que
s'il préfère et choisit le bien comme les saints anges. » - Les éditeurs
4. Dans son livre sur la théologie historique, William Cunningham
écrivit : « Le seul fondement pour offrir le pardon et le salut aux
hommes est l'ordre et l'autorité de Dieu contenus dans sa Parole. » -
Les éditeurs

Note sur la responsabilité

L'affirmation selon laquelle la responsabilité implique la capa-


cité est un argument philosophique et non biblique. Elle fut
popularisée au cours du siècle dernier par des évangélistes
comme C G Finney et est acceptée maintenant de façon presque
universelle. Après avoir étudié la position de Finney, Charles
Hodge écrivait : « D'après Finney, la liberté de la volonté est
essentielle à l'obligation morale, et nul n'est forcé d'accomplir
l'impossible. » Ces deux affirmations constituent pour lui une
vérité première.

« Son erreur est évidente. Il transfère une maxime, qui est un


axiome, d'un domaine dans un autre où elle n'a aucun pouvoir
légitime. Un aveugle, c'est flagrant, ne peut être dans l'obliga-
tion de voir, ou un sourd d'entendre. Par suite, dans le do-
maine des impossibilités physiques, la maxime selon laquelle
l'obligation est limitée par la capacité, est sans aucun doute
exacte.

Mais une incapacité dont l'origine provient du péché, qui


consiste en ce qui est péché et se rapporte aux actions morales
n'anéantit pas la continuation d'une obligation. Il s'agit de l'un
des faits les plus familiers de la conscience, un sentiment
d'obligation demeure en présence de la conviction d'une totale
incapacité. C'est un dicton des philosophes : « Je devrais, donc
je peux. »

FBS_Page | 110
À quoi tout cœur chargé par le péché répond : « Je devrais en
être capable, mais je ne le peux. » Voici le témoignage de la
conscience et la doctrine simple de la Bible...
C'était, a dit Neander, « le principe radical du système de
Pelage : la liberté morale consiste dans la capacité de choisir
entre le bien et le mal. »

FBS_Page | 111
8 - La souveraineté de Dieu et la prière

« Si nous demandons quelque chose selon sa volonté, il nous


écoute » (1 Jean 5 : 14).

D'un bout à l'autre de ce livre notre but principal a été d'exalter


le Créateur et d'abaisser la créature. La tendance actuelle,
quasi-universelle, consiste à exalter l'homme tout en désho-
norant et abaissant Dieu. Dans les discussions d'ordre spiri-
tuel, le côté humain est souvent mis en relief alors que le côté
divin, sinon ignoré, est, du moins, relégué au second plan. La
majeure partie de l'enseignement moderne sur la prière reflète
cette vérité. Dans la plupart des livres et dans les sermons
prêches sur ce sujet, l'élément humain remplit presque entiè-
rement la scène : l'accent est mis sur les conditions que nous
avons à remplir, les promesses que nous devons revendiquer,
les actes qu'il nous faut accomplir, dans le seul but d'obtenir
l'exaucement de nos requêtes ; par contre les exigences de
Dieu, ses droits, sa gloire, se trouvent souvent négligés.
Un bref éditorial intitulé « Prière ou destin ? », paru dans
l'un des principaux hebdomadaires religieux, donne un bon
exemple des croyances actuelles sur la prière : « Dieu, dans sa
souveraineté, a décrété le changement et le façonnement des
destinées humaines par la volonté de l'homme. Voici pourquoi
en vérité la prière peut changer le cours de l'histoire, car Dieu
modifie les événements quand nous prions. Quelqu'un l'a
exprimé de façon frappante en ces mots : « Certains événe-
ments se produiront dans la vie d'un homme qu'il prie ou non,
d'autres seulement s'il prie. » Un employé chrétien fut frappé
par ces deux phrases en pénétrant dans son bureau et il pria
afin d'obtenir du Seigneur l'occasion de témoigner auprès de
quelqu'un, certain, grâce à sa prière, du changement des
événements. Puis son esprit se concentra sur d'autres sujets
et il en oublia sa prière. L'occasion de parler à un homme
d'affaires se présenta, mais il ne la saisit pas et, sur le point
de partir, il se souvint de sa prière formulée une demi-heure
plus tôt et de la réponse de Dieu.
FBS_Page | 112
Il retourna en toute hâte auprès de l'homme d'affaires et lui
parla ; ce dernier était membre d'une Église, néanmoins ja-
mais personne ne lui avait demandé s'il était sauvé. Consa-
crons-nous à la prière, et donnons l'occasion à Dieu de
changer les événements. Veillons à ne pas devenir en pratique
des fatalistes, en négligeant d'exercer noire volonté, don de
Dieu, dans la prière. »

Le passage ci-dessus illustre l'enseignement actuel sur la


prière et, pire encore, presque personne ne le conteste. Affir-
mer « le changement des destinées humaines par la volonté de
l’homme » relève d'une incrédulité la plus grossière, il n'y a pas
d'autre mot pour cela. Nous demandons à quiconque le con-
testera, s'il peut trouver un incroyant susceptible d'être en
désaccord avec cette affirmation, étant persuadé qu'il ne le
pourra pas. Déclarer : « Dieu a décrété le changement et le
façonnement des destinées humaines par la volonté de l’homme
», est absolument faux. « La destinée des hommes » est fixée
non pas par « la volonté humaine », mais par celle de Dieu. La
nouvelle naissance seule détermine la destinée humaine, car
il est écrit : « Si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le
royaume de Dieu » (Jean 3 : 3). Quant à la question de quelle
volonté est responsable pour la nouvelle naissance, le texte de
Jean 1 : 13 ne permet aucune équivoque : « Lesquels sont nés,
non du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de
l'homme, mais de Dieu. » Affirmer que « la destinée humaine »
peut être changée par la volonté de l'homme, revient à rendre
suprême la volonté de la créature et, par suite, à détrôner
Dieu. Mais que dit l'Écriture ? « L’Éternel fait mourir et il fait
vivre, il fait descendre au séjour des morts et il en fait remonter.
L'Éternel appauvrit et il enrichit, il abaisse et il élève. De la
poussière il retire le pauvre, du fumier il relève l'indigent, pour
les faire asseoir avec les grands. Et il leur donne en partage un
trône de gloire » (1 Sam 2 : 6-8). Revenons à l'éditorial en
question. Plus loin, nous trouvons cette phrase : « Voici pour-
quoi en vérité la prière peut changer le cours de l'histoire, car
Dieu modifie les événements quand nous prions. »
FBS_Page | 113
Aujourd'hui nous nous trouvons constamment confrontés à
l'inscription : « La prière change les circonstances. » La signifi-
cation de ces mots est évidente d'après la littérature courante
sur la prière. Nous devons convaincre Dieu de changer son
dessein.

À nouveau, le rédacteur en chef écrit, « Quelqu'un l'a exprimé


de façon frappante en ces termes : « Certains événements se
produiront dans la vie d'un homme qu'il prie ou pas, d'autres
seulement s'il prie. » Cette vérité est évidente chez les incon-
vertis dont la plupart ne recourent jamais à la prière. La
phrase : « Certains événements se produiront s'il prie » à besoin
d'être nuancée. Si un croyant prie avec foi et demande un
exaucement de prière selon la volonté de Dieu, il l'obtiendra
sans aucun doute. Une fois encore, s'il prie, d'autres événe-
ments liés aux bienfaits subjectifs dérivés de la prière, se
produiront : Dieu lui deviendra plus réel et ses promesses plus
précieuses.

Ces deux derniers faits, il est vrai, « n’arriveront pas s'il ne prie
pas » - une vie dénuée de prière est une vie vécue sans commu-
nion avec Dieu et tout ce que cela implique, Mais déclarer : «
Dieu ne peut ni ne veut accomplir son dessein si nous ne prions
pas, » est totalement erroné, car Dieu a non seulement décrété
le but, mais aussi ses propres moyens d'y parvenir, dont la
prière fait partie. Si Dieu a décidé d'accorder une bénédiction,
il donnera aussi à son enfant un esprit de supplication pour
la rechercher.

L'exemple (de l'employé chrétien et de l'homme d'affaires) cité


dans le passage ci-dessus, est très mal choisi. Selon les termes
de l'illustration, la prière de l'employé n'a pas été exaucée par
Dieu car, de toute évidence, l'occasion de parler de son âme à
l'homme d'affaires ne se présentait pas. Mais en quittant le
bureau et en se rappelant sa prière, le chrétien décida (peut-
être charnellement) d'y répondre par ses propres moyens au
lieu de laisser le Seigneur « ouvrir lui-même le chemin ».
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Nous citerons un passage tiré d'un livre récent sur la prière ;
« Les possibilités et la nécessité de la prière, sa puissance et ses
résultats, se manifestent dans l'arrêt et le changement des
desseins de Dieu en l'amenant à retenir ses jugements. » Cette
affirmation est extrêmement désobligeante à l'égard du carac-
tère du Dieu Très-Haut, qui « agit comme il lui plaît avec l'armée
des cieux et avec les habitants de la terre, et il n'y a personne
qui résiste à sa main et qui lui dise : Que fais-tu ? » (Dan 4 : 35.)
Dieu n'a aucun besoin de changer ses desseins ni de modifier
son plan, car ils furent établis sous l'influence d'une bonté et
d'une sagesse infaillibles. Les hommes ont l'occasion de chan-
ger leurs plans car, en raison de leur imprévoyance, ils ne peu-
vent, très souvent, anticiper les conséquences à long terme de
leurs projets. Il n'en est pas ainsi avec Dieu, car il connaît toutes
choses du début à la fin. Affirmer que Dieu change ses plans
revient à attaquer sa bonté ou à nier sa sagesse éternelle.

Dans le même livre nous lisons, « Les prières du peuple de Dieu


constituent un capital dans les cieux, permettant à Christ de
réaliser sa grande œuvre ici-bas. Les puissants bouleverse-
ments de l'histoire sont le résultat de ces prières. La terre est
transformée, les anges se déplacent plus rapidement, et la stra-
tégie de Dieu est dictée selon le nombre et l'efficacité des priè-
res. » Cette deuxième affirmation est pire encore et nous n'hé-
sitons pas un instant à la qualifier de fausse, face à l'ensei-
gnement de l'Écriture. Tout d'abord, elle nie catégoriquement
le passage d'Éphésiens 3 : 11, mentionnant le « dessein éternel
» de Dieu.
Si le dessein de Dieu est éternel, alors sa stratégie n'est pas
« dictée » aujourd'hui. De plus, elle contredit le passage d'É-
phésiens 1 : 11, déclarant expressément que Dieu « opère
toutes choses d'après le conseil de sa volonté ». Par consé-
quent « la stratégie de Dieu » n'est pas « dictée » par les prières
des hommes. Enfin, cette affirmation rend suprême la volonté
de la créature, car si nos prières « dictent » la stratégie divine,
alors le Très-Haut est dépendant de nous, simples vers de
terre.
FBS_Page | 115
Le Saint-Esprit pouvait bien demander par l'intermédiaire de
l'apôtre, « Qui a connu la pensée du Seigneur, ou qui a été son
conseiller ? » (Rom 11 : 34)
Ces pensées sur la prière sont dues à une conception infé-
rieure et insuffisante de Dieu lui-même. Prier un Dieu sem-
blable à un caméléon, capable de changer à chaque instant,
ne procure aucun réconfort. Quel encouragement pourrions-
nous retirer en élevant notre cœur vers un Dieu à même de
changer de pensée d'un jour à l'autre ? À quoi servirait-il de
s'adresser à un monarque changeant, capable d'accorder une
demande aujourd'hui et de la refuser demain ? Le caractère
immuable de Dieu n'est-il pas notre plus grand encourage-
ment à prier ? Parce qu'il est « le Père des lumières, chez lequel
il n'y a ni changement, ni ombre de variation » (Jac 1 : 17) nous
avons la certitude, si nous lui adressons une requête selon sa
volonté, qu'il nous écoutera. Luther remarqua ajuste titre : «
La prière ne triomphe pas du refus de Dieu, mais saisit sa
volonté. »

Cette affirmation nous conduit à évoquer quelques remarques


concernant le but de la prière. Pourquoi Dieu nous a-t-il de-
mandé de prier ? La grande majorité répondrait : « Afin d'obte-
nir de Dieu ce dont nous avons besoin. » Il s'agit certes de l'un
des buts de la prière, mais non du principal. De plus cette op-
tique revient à considérer la prière seulement d'un point de vue
humain, mais il faut également l'envisager du point de vue
divin. Examinons donc pourquoi Dieu nous demande de prier
En premier lieu, la prière a été établie pour honorer le
Seigneur Dieu. Dieu nous demande de reconnaître qu'il est en
vérité « le Très-Haut, dont la demeure est éternelle » (Esa 57 :
15). De môme il nous faut admettre sa souveraineté univer-
selle : en lui demandant la pluie, Elie proclama son contrôle
sur les éléments ; en le priant pour la délivrance d'un pauvre
pécheur de la colère à venir, nous reconnaissons que « le salut
vient de l’Éternel » (Jon 2 : 10) ; en le suppliant de répandre
son Évangile dans les régions les plus éloignées de la terre,
nous proclamons son règne sur le monde entier.
FBS_Page | 116
Dieu réclame de nous l'adoration, et la véritable prière consti-
tue un acte d'adoration. Dans la prière, l'âme se prosterne
devant Dieu, invoque son nom grand et saint, reconnaît sa
bonté, sa puissance, son caractère immuable, sa grâce, sa
souveraineté et se soumet à sa volonté. 11 est très significatif
de remarquer que Christ n'appelait pas le temple une maison
de sacrifice, mais la maison de prière.
La prière contribue à la gloire de Dieu, car par elle nous
proclamons notre dépendance de lui. Quand nous supplions
Dieu avec humilité, nous nous en remettons à sa puissance et
à sa miséricorde. En recherchant ses bénédictions, nous le
reconnaissons comme l'auteur et la source « de toute grâce
excellente et de tout don parfait ». La prière rend gloire à Dieu,
car elle fait appel à la foi et rien, sinon la confiance de notre
cœur, ne peut davantage honorer Dieu et lui plaire.

En second lieu, la prière est voulue par Dieu comme un moyen


d'obtenir des bénédictions spirituelles et de croître dans la grâ-
ce. Quand nous cherchons à comprendre le but de la prière,
nous devons penser à ceci avant de la considérer comme un
moyen d'obtenir ce dont nous avons besoin. Elle a été instituée
par Dieu pour nous rendre humbles. La prière véritable revient
à entrer dans la présence de Dieu et la réalisation de sa
majesté redoutable nous conduira à voir notre petitesse et
notre indignité. Dieu a institué la prière pour exercer notre foi.
La Parole engendre la foi (Rom 10 : 17), mais celle-ci s'exerce
par la prière. C'est pourquoi il est question de « la prière de la
foi ». La prière stimule l'amour pour Dieu. La Parole pose au
sujet des hypocrites la question suivante : « Fait-il du Tout-
Puissant ses délices ? Adresse-t-il en tout temps ses prières à
Dieu ? » (Job 27 : 10) Quiconque aime le Seigneur, par contre,
ne peut demeurer loin de lui très longtemps, car il se réjouit
de lui remettre ses fardeaux. La prière ne suscite pas seule-
ment l'amour pour Dieu mais, grâce aux réponses accordées
à nos requêtes, celui-ci s'accroît : « J’aime l'Éternel, car il
entend ma voix, mes supplications » (Ps 116 : 1).

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La prière a été instituée par Dieu pour nous enseigner la
valeur de ses bénédictions, recherchées auprès de lui : nous
nous réjouissons davantage quand il nous accorde un exauce-
ment précis suite à nos supplications.
En troisième lieu, la prière a été voulue par Dieu pour nous
apprendre à lui demander ce dont nous avons besoin. Mais ici
une difficulté peut se présenter au lecteur attentif des chapi-
tres précédents de ce livre. Si Dieu a prédestiné tout événe-
ment avant la fondation du monde, quelle est l'utilité de la
prière ? Si ce verset est vrai : « C’est de lui, par lui, et pour lui
que sont toutes choses » (Rom 11 : 36), alors pourquoi prier ?
Avant de répondre directement à ces questions, il faudrait en
poser d'autres tout aussi plausibles. À quoi sert de venir
raconter à Dieu ce qu'il sait déjà ? À quoi sert de répandre nos
besoins devant lui, puisqu'il les connaît ? Or, la prière ne sert
pas à informer Dieu, comme s'il était ignorant, mais à recon-
naître son omniscience conformément à la déclaration expli-
cite de Jésus : « Car votre Père sait de quoi vous avez besoin,
avant que vous le lui demandiez » (Mat 6 : 8). La prière n'est
pas destinée à renseigner Dieu sur nos besoins, mais à recon-
naître devant lui le sentiment de notre besoin. Dans ce do-
maine, comme dans tous, les pensées de Dieu ne sont pas les
nôtres. Dieu exige de notre part la recherche de ses dons. Il
désire être honoré par notre demande, tout comme il doit être
remercié après nous avoir accordé ses bénédictions.
Toutefois, la question revient : si Dieu a prédestiné toutes
choses, et s'il règle tous les événements, la prière n'est-elle pas
alors un exercice inutile ? Le fait que Dieu nous ordonne de
prier fournit une réponse suffisante à ces questions : « Priez
sans cesse » (1 Thés 5 : 17). Et de nouveau, « II faut toujours
prier » (Luc 18 : 1). Plus loin l'Écriture déclare, « La prière de la
foi sauvera le malade » et « La prière fervente du juste a une
grande efficacité » (Jac 5 : 15,16). Le Seigneur Jésus-Christ -
notre exemple parfait en toutes choses -était avant tout un
homme de prière. Ainsi la prière, de toute évidence, n'est
dénuée ni de signification, ni de valeur.

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Mais cette affirmation n'enlève pas la difficulté, ni ne répond à
la question posée précédemment. Quelle est donc la relation
entre la souveraineté de Dieu et la prière du chrétien ?

Tout d'abord, nous l'affirmons avec force, la prière n'est pas


destinée à changer les plans de Dieu, ni à le pousser à en
établir de nouveaux. Il a décrété l'accomplissement de certains
événements ainsi que le moyen par lequel ils doivent s'ac-
complir. Il a élu certains au salut, mais il a aussi décrété que
leur salut s'opérerait par la prédication de l'Évangile. Ainsi
l'Évangile est l'un des moyens désignés pour l'accomplisse-
ment du dessein éternel du Seigneur. La prière en représente
un autre. Dieu a décrété non seulement la fin, mais aussi les
moyens et, parmi ces derniers, se trouve la prière. Même les
prières de son peuple sont inclues dans ces décrets éternels.
Par conséquent, la prière, loin d'être vaine, apparaît parmi les
moyens utilisés par Dieu pour l'exécution de ses décrets. En
effet, « Si tout arrive par hasard ou par nécessité, les prières ne
sauraient revêtir la moindre efficacité ou utilité ; mais comme
elles sont suscitées et dirigées par la sagesse divine, elles occu-
pent une place dans l'ordre des événements » (Haldane).
L'Écriture enseigne clairement la valeur du rôle de la prière
dans l'accomplissement des événements décrétés par Dieu.
Elie savait que Dieu était sur le point d'accorder la pluie, mais
ce fait ne l'empêcha pas de recourir aussitôt à la prière (Jac 5
: 17,18). Daniel « comprit » par les écrits des prophètes que la
captivité ne devait durer que soixante-dix ans, toutefois quand
ces soixante-dix années furent presque terminées, la Bible
déclare, « Je [Daniel] tournai ma face vers le Seigneur Dieu, afin
de recourir à la prière et aux supplications, en jeûnant et en
prenant le sac et la cendre » (Dan 9 : 3). Dieu dit au prophète
Jérémie : « Car je connais les projets que j'ai formés sur vous,
dit l'Éternel, projets de paix et non de malheur, afin de vous
donner un avenir et de l'espérance. » Mais au lieu d'ajouter, « II
est inutile de me supplier pour l'obtention de ces choses », il dit
: « Vous m'invoquerez, et vous partirez ; vous me prierez et je
vous exaucerai » (Jer 29 : 11,12).
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Dans Ézéchiel 36 nous découvrons les promesses incondition-
nelles, explicites et positives faites par Dieu concernant la
restoration future d'Israël, toutefois au verset 37 de ce même
chapitre nous trouvons ce passage, « Ainsi parle le Seigneur,
l'Éternel : Voici encore sur quoi je me laisserai fléchir par la
maison d'Israël, voici ce que je ferai pour eux » ! Voici le but de
la prière : non pas de changer la volonté de Dieu, mais qu'elle
s'accomplisse en son temps et à sa manière. Dieu a promis
certaines choses, c'est pourquoi nous pouvons les demander
avec la pleine assurance de la foi. La volonté de Dieu doit se
réaliser d'après des moyens choisis par lui et il doit faire du
bien à son peuple selon des conditions établies par lui, c'est-
à-dire à l'aide de prières et de supplications. Le Fils de Dieu
ne savait-il pas de façon certaine qu'il serait glorifié par le Père
après sa mort et sa résurrection ? Bien sûr que si. Cependant
il le demande : « Et maintenant toi, Père, glorifie-moi auprès de
toi-même de la gloire que j'avais auprès de toi avant que le
monde fût » ! (Jean 17 : 5) Ne savait-il pas qu'aucun parmi son
peuple ne pouvait périr ?
Toutefois il supplia le Père de les garder ! (Jean 17 : 11) En-
fin la volonté de Dieu est immuable et nos pleurs ne peuvent
la modifier. Quand l'Esprit de Dieu a décidé de ne pas faire de
bien à un peuple, la prière la plus fervente et la plus insistante
de la part de ceux prenant ses intérêts au sérieux ne peut
changer sa volonté. « L’Éternel me dit : Quand Moïse et Samuel
se présenteraient devant moi, je ne serais pas favorable à ce
peuple. Chasse-le loin de ma face ; qu'il s'en aille ! » (Jer 15 : 1)
Les prières de Moïse en vue d'entrer en terre promise consti-
tuent un cas identique.
Notre optique de la prière a besoin d'être révisée et rendue
conforme à l'enseignement de l'Écriture à cet égard. Aujour-
d'hui, l'idée courante paraît être : je viens en la présence de
Dieu et lui demande ce que je désire, m'attendant à recevoir
ce que je lui ai demandé. Cette façon de voir est extrêmement
déshonorante et dégradante : elle réduit Dieu à un serviteur,
le nôtre, accomplissant nos ordres, faisant notre bon plaisir,
cédant à nos désirs.
FBS_Page | 120
Tout au contraire, par la prière nous venons à Dieu, lui faisant
part de nos besoins, lui remettant nos voies, et nous le lais-
sons agir comme il lui semble bon. Cette attitude assujettit ma
volonté à la sienne, au lieu, comme dans le premier cas, de
chercher à soumettre sa volonté à la mienne. Aucune prière
n'est agréable à Dieu si l'esprit n'en est : « Non pas ma volonté,
mais la tienne. » Quand Dieu accorde ses bénédictions sur son
peuple en prière, ce n'est pas en raison de leurs prières,
comme s'il se laissait influencer et fléchir par elles, mais c'est
pour lui et selon sa volonté et son plaisir souverain. Dirons-
nous : « À quoi alors sert la prière ? » C'est la manière et le
moyen choisis par Dieu pour communiquer à son peuple les
bénédictions de sa bonté. Car bien qu'il ait prévu, pourvu et
promis ces bénédictions, il désire toutefois les accorder en
réponse à la prière et c'est à la fois un devoir et un privilège
que de les demander. Quand Dieu donne un esprit de prière,
cela indique qu'il désire accorder les bénédictions demandées.
Ces dernières doivent toujours être sollicitées dans la soumis-
sion à la volonté de Dieu « Non pas ce que je veux, mais ce que
tu veux. »
Cette distinction contient une très grande importance pra-
tique pour la paix du cœur. La prière non-exaucée éprouve le
chrétien peut-être plus que toute autre chose. Demander à
plusieurs reprises sincèrement et, autant qu'on puisse en
juger, avec foi, croire en l'exaucement d'une requête précise et
pourtant ne recevoir aucune réponse, représente une réelle
difficulté. Dans beaucoup de cas la foi en l'efficacité de la
prière s'affaiblit, puis l'espoir cède la place au désespoir et le
trône de la grâce s'en trouve complètement négligé. N'est-ce
pas exact ?
Cependant, nous affirmons sans hésitation : toute véritable
prière de foi a toujours été exaucée. Peut-être en serez-vous
surpris ? En disant cela, nous devons revenir à notre définition
de la prière. Répétons-la. La prière consiste à entrer dans la
présence de Dieu, à lui faire part de nos besoins (ou de ceux
d'autrui), à lui remettre notre situation, puis à le laisser agir
comme il le juge bon.
FBS_Page | 121
Cette attitude permet à Dieu de répondre à la prière comme il
le veut, et souvent sa réponse peut être l'opposé-même de nos
pensées charnelles. Toutefois, si nous avons réellement laissé
nos besoins entre ses mains, sa réponse nous parviendra.
Prenons deux exemples.
Dans Jean 11 nous apprenons la maladie de Lazare. Le
Seigneur « l’aimait », mais il était absent de Béthanie. Ses
sœurs lui envoyèrent un message pour l'informer de l'état de
leur frère. Remarquons particulièrement la façon dont leur
appel était formulé : « Seigneur, voici, celui que tu aimes est
malade. » Ce fut tout. Elles ne lui demandèrent pas de guérir
Lazare, ni de venir aussitôt à Béthanie. Elles se contentèrent
de répandre devant lui leur besoin, remirent la situation entre
ses mains et le laissèrent agir pour le mieux ! Que fut la
réponse du Seigneur ? Répondit-il à leur appel et à leur requête
silencieuse ? Sans aucun doute, mais peut-être pas comme
elles l'espéraient. Il répondit en demeurant « deux jours encore
dans le lieu où il était » (Jean 11 : 6), et en permettant la mort
de Lazare ! Mais ce ne fut pas tout. Plus tard il se rendit à Bé-
thanie et ressuscita Lazare d'entre les morts. En nous référant
à cet exemple, nous cherchons à illustrer l'attitude appropriée
du croyant en présence de Dieu à l'heure du besoin.
L'exemple suivant mettra plutôt l'accent sur la façon dont
Dieu répond à son enfant dans le besoin. Prenons le passage
de 2 Corinthiens 12. L'apôtre Paul a reçu un privilège à nul
autre pareil. II a été transporté dans les lieux célestes. Aucun
autre homme n'avait connu cette expérience dans cette vie.
Cette révélation merveilleuse dépassait ce que l'apôtre pouvait
endurer et il courait le danger de « s’enorgueillir » de sa vision
extraordinaire. Par suite une écharde dans la chair, messager
de Satan, lui est envoyée pour le souffleter et l'empêcher ainsi
de se glorifier outre mesure. L'apôtre répand son besoin devant
le Seigneur ; à trois reprises il le supplie de lui enlever cette
écharde. Sa prière fut-elle exaucée ? Sans aucun doute, mais
non pas de la manière désirée. Il n'enleva pas « l’écharde »,
mais lui conféra la grâce de la supporter. Le fardeau ne lui fut
pas ôté, mais la force de le porter lui fut accordée.
FBS_Page | 122
Notre privilège, objectera-t-on, ne va-t-il pas au-delà de la
simple reconnaissance de nos besoins devant Dieu ? Dieu ne
nous a-t-il pas donné un chèque en blanc à remplir ? Les
promesses de Dieu ne sont-elles pas sans restriction : « De-
mandez ce que vous voudrez, et cela vous sera accordé » ? (Jean
15 : 7) Si nous pensons ainsi, il est nécessaire de comparer
différents passages de l'Écriture pour connaître toute la pen-
sée de Dieu sur ce sujet. En fait, Dieu a restreint les promesses
accordées à ses enfants : « Si nous demandons quelque chose
selon sa volonté, il nous écoute » (1 Jean 5 : 14). Prier vérita-
blement, c'est entrer en communion avec Dieu, et créer une
unité de pensée entre son esprit et le nôtre. Il doit remplir
notre cœur de ses pensées et alors ses desseins deviendront
les nôtres et retourneront à lui. Voici le lieu de rencontre entre
la souveraineté de Dieu et la prière chrétienne : « Si nous
demandons quelque chose selon sa volonté, il nous écoute », et
s'il n'en est pas ainsi, il ne nous écoute pas. Comme l'a dit
l'apôtre Jacques, « Vous demandez, et vous ne recevez pas,
parce que vous demandez mal, dans le but de satisfaire vos
passions » (Jac 4 : 3).

Mais le Seigneur Jésus n'a-t-il pas dit à ses disciples, « En


vérité, en vérité, je vous le dis, ce que vous demanderez au Père
en mon nom, il vous le donnera » ? (Jean 16 : 23) Certes ; mais
cette promesse ne donne pas carte blanche aux chrétiens. Ces
paroles du Seigneur s'accordent tout à fait avec celles de
l'apôtre Jean : « Si nous demandons quelque chose selon sa
volonté, il nous écoute. » Que signifie demander « au nom de
Christ » ? De toute évidence il ne s'agit pas d'une simple formule
de prière, ni de la conclusion de nos supplications par les mots
«au nom de Christ ». Il nous faut adresser à Dieu au nom de
Christ des requêtes en accord avec son caractère. Prier au nom
de Christ signifie prier comme si Christ lui-même était deman-
deur. Nous pouvons seulement demander à Dieu ce que Christ
demanderait. Demander au nom de Christ revient donc à
mettre notre volonté de côté et à accepter celle de Dieu !
Élargissons maintenant notre définition de la prière.
FBS_Page | 123
Qu'est-ce que la prière ?

C'est moins un acte qu'une attitude de dépendance envers


Dieu. La prière est la confession de la part de la créature de sa
faiblesse et de son impuissance. La prière est la reconnais-
sance de nos besoins devant Dieu. Ce n'est certes pas tout,
mais de loin l'élément essentiel et primordial. Nous sommes
tout à fait incapables, nous le reconnaissons volontiers, de
donner une définition complète de la prière en une ou plu-
sieurs phrases. Elle consiste à la fois en une attitude et un
acte, un acte humain, et pourtant l'élément divin s'y trouve
aussi présent. Cette réalité rend impossible une analyse com-
plète et môme impie toute tentative d'y parvenir. Tout en
admettant ceci, nous voulons cependant insister que la prière
représente fondamentalement une attitude de dépendance
envers Dieu. Par conséquent, prier ne consiste nullement à
imposer sa propre volonté à Dieu. La prière étant une attitude
de dépendance, quiconque prie véritablement se soumet à la
volonté divine. Cette soumission revient à laisser le Seigneur
pourvoir à nos besoins selon sa volonté souveraine. C'est
pourquoi toute prière offerte à Dieu dans cet esprit, nous l'af-
firmons, recevra sans nul doute une réponse de sa part.

Voici la solution biblique à la difficulté soulevée au début. La


prière ne consiste pas à demander à Dieu la modification de
son plan ou l'établissement d'un nouveau. Elle est l'expression
d'une attitude de dépendance envers Dieu, la reconnaissance
de nos besoins devant lui, la demande de bénédictions en
accord avec sa volonté. Par suite aucune contradiction ne
subsiste entre la souveraineté de Dieu et la prière du chrétien.
Avant de clore ce chapitre nous aimerions éviter au lecteur
de tirer une fausse conclusion de nos propos. Nous n'avons
pas cherché ici à résumer l'ensemble de l'enseignement de
l'Écriture sur le sujet de la prière, ni même de discuter en
général du problème de la prière.
Au contraire, nous nous sommes limités à considérer la rela-
tion entre la souveraineté de Dieu et la prière du chrétien.
FBS_Page | 124
Notre démonstration est destinée principalement à contester
la plupart de l'enseignement moderne, si prompt à mettre en
valeur dans la prière l'élément humain au détriment du divin.

Dans Jérémie 10 : 23 nous lisons : « Ce n'est pas à l'homme,


quand il marche, à diriger ses pas » (cf Prov 16 : 9) ; et pourtant,
dans beaucoup de ses prières, l'homme prétend de façon impie
diriger les intentions du Seigneur et lui dicter sa conduite. Il
va même jusqu'à prétendre que, si seulement il avait la direc-
tion des affaires de ce monde et de l'Église, les choses seraient
très vite différentes ! Ce fait ne peut être nié : quiconque doué
d'un peu de discernement spirituel ne peut manquer de
déceler cet esprit dans un grand nombre de nos réunions de
prière où les pensées charnelles dominent. Comme nous som-
mes longs à apprendre la nécessité pour la créature arrogante
de s'humilier dans la poussière. C'est l'endroit précis où nous
place l'acte même de la prière. Mais l'homme (avec sa perver-
sité habituelle), transforme le marchepied en trône, d'où il
voudrait dicter au Tout-Puissant sa conduite ! Il donne l'im-
pression que si Dieu possédait la moitié de la compassion de
ses « suppliants », tout se réglerait sur le champ ! Nous
reconnaissons ici l'arrogance de la vieille nature même chez
un enfant de Dieu.

Nous avons cherché principalement, dans ce chapitre, à met-


tre l'accent sur la nécessité de soumettre dans la prière notre
volonté à celle de Dieu. Mais la prière est beaucoup plus qu'un
exercice de piété ou qu'un acte machinal. Elle est en fait le
moyen institué par Dieu pour recevoir de sa part les bénédic-
tions demandées, mais à condition de demander celles qui
s'accordent avec sa volonté. Ces pages auront été écrites en
vain si elles ne conduisent pas à la fois l'auteur et le lecteur à
réclamer avec une plus grande sincérité : « Seigneur, enseigne-
nous à prier » (Luc 11 : 1).

FBS_Page | 125
9 - Notre attitude face à la souveraineté de Dieu

« Oui Père, je te loue de ce que tu l'as voulu ainsi » (Mat 11 : 26)

Dans ce chapitre nous considérerons assez brièvement l'appli-


cation pratique à notre vie quotidienne de la grande vérité que
nous venons d'étudier en détail dans les pages précédentes.
Dans le prochain chapitre nous traiterons plus à fond de la
valeur de cette doctrine, mais ici nous nous limiterons à une
définition de l'attitude à adopter vis-à-vis de la souveraineté
de Dieu.
Toute vérité révélée dans la Parole de Dieu ne l'est pas seu-
lement pour notre information, mais aussi pour notre édifi-
cation. La Bible ne nous a pas été donnée pour satisfaire une
vaine curiosité, mais pour élever notre âme. La souveraineté
de Dieu est plus qu'un principe abstrait expliquant le fonction-
nement du gouvernement de Dieu : elle est destinée à engen-
drer la crainte de Dieu, et nous est révélée pour nous pousser
à mener une vie juste et à soumettre à Dieu notre cœur rebelle.
La véritable acceptation de la souveraineté divine est avant
tout une source d'humilité : elle amène le cœur à se soumettre
devant Dieu, nous poussant à abandonner notre volonté
propre et à nous réjouir dans la compréhension et l'accom-
plissement de sa volonté.
Quand nous parlons de la souveraineté de Dieu, nous
n'avons pas seulement à l'esprit l'exercice de la puissance
gouvernementale de Dieu, bien qu'elle soit inclue dans l'ex-
pression elle-même. Comme nous l'avons remarqué dans un
chapitre précédent la souveraineté est inhérente à la divinité
môme de Dieu. Il est avant tout celui dont le plaisir s'accomplit
et dont s'exécute la volonté. Reconnaître, la souveraineté de
Dieu revient effectivement à contempler le souverain lui-même.
C'est venir en la présence de « la majesté divine dans les lieux
très-hauts ». C'est avoir un aperçu du Dieu trois fois saint dans
sa gloire merveilleuse. Nous pouvons examiner les effets d'un
tel aperçu dans les divers passages de l'Écriture qui retracent
l'expérience d'hommes ayant eu une révélation de Dieu.
FBS_Page | 126
Remarquons l'expérience de Job, celui dont le Seigneur lui-
même a dit, « II n'y a personne comme lui sur la terre ; c'est un
homme intègre et droit, craignant Dieu, et se détournant du mal
» (Job 1 : 8). À la fin du livre portant son nom, nous voyons
Job dans la présence divine. Comment se conduit-il lors de
son face à face avec l'Éternel ? Voici ses paroles : « Mon oreille
avait entendu parler de toi ; mais maintenant mon œil t'a vu.
C'est pourquoi je me condamne et je me repens, sur la poussière
et sur la cendre » (Job 42 : 5,6). Ainsi, un aperçu de Dieu, révélé
dans sa majesté redoutable, poussa Job à se haïr et, plus
encore, à s'humilier devant le Tout-Puissant.

Examinons avec attention l'exemple d'Esaïe. Au sixième chapi-


tre de sa prophétie, une scène à nulle autre pareille dans l'É-
criture nous est présentée. Le prophète contemple le Seigneur,
« sur un trône très élevé ». Au-dessus de ce trône se tiennent
les séraphins au visage voilé, s'écriant, « Saint, saint, saint est
l'Éternel des armées. » Quel est l'effet de cette vision sur le
prophète ? Nous lisons, « Alors je dis : Malheur à moi ! je suis
perdu, car je suis un homme dont les lèvres sont impures, j'ha-
bite au milieu d'un peuple dont les lèvres sont impures, et mes
yeux ont vu le Roi, l'Éternel des armées » (Esa 6 : 5). La vision
du Roi divin poussa Ésaïe à s'humilier dans la poussière, et
l'amena à réaliser sa propre insignifiance. Enfin considérons
le prophète Daniel. Vers la fin de sa vie, cet homme de Dieu
contempla le Seigneur lors d'une théophanie. 1
Il apparut à son serviteur sous une forme humaine, « vêtu
de lin, et ayant sur les reins une ceinture d’or » - symbole de
sainteté et de gloire divine. Nous lisons : « Son corps était com-
me de chrysolithe, son visage brillait comme l'éclair, ses yeux
étaient comme des flammes de feu, ses bras et ses pieds res-
semblaient à de l'airain poli, et le son de sa voix était comme le
bruit d'une multitude. » Daniel parle ensuite de l'effet produit
par cette vision sur lui et ses compagnons. « Moi, Daniel, je vis
seul la vision, et les hommes qui étaient avec moi ne la virent
point, mais ils furent saisis d'une grande frayeur, et ils prirent
la fuite pour se cacher.
FBS_Page | 127
Je restai seul, et je vis cette grande vision ; les forces me man-
quèrent, mon visage changea de couleur et fut décomposé, et je
perdis toute vigueur. J'entendis le son de ses paroles ; et comme
j'entendais le son de ses paroles, je tombai frappé d'étourdis-
sement, la face contre terre » (Dan 10 : 6-9). Une fois de plus,
la vision du Dieu souverain anéantit la force de la créature, et
amène l'homme à s'humilier dans la poussière devant son
Créateur. Quelle devrait donc être notre attitude envers le
suprême Souverain ?

1. Une attitude de crainte respectueuse

Pourquoi aujourd'hui les foules sont-elles si profondément


indifférentes face aux réalités éternelles et spirituelles et
aiment-elles les plaisirs plus que Dieu ? Pourquoi même sur
le champ de bataille tant de soldats affichent-ils une si grande
indifférence vis-à-vis du sort de leur âme ? Pourquoi le mépris
du ciel devient-il de plus en plus visible, flagrant et audacieux
? La réponse est, « La crainte de Dieu n'est pas devant leurs
yeux » (Rom 3 : 18). Pourquoi l'autorité de l'Écriture a-t-elle été
bafouée récemment de façon si triste ? Pourquoi, môme parmi
ceux professant être le peuple de Dieu, la soumission à sa
Parole est-elle si rare, et ses préceptes sont-ils si peu estimés
et si rapidement écartés ? Combien la crainte de Dieu a besoin
d'ôtre soulignée aujourd’hui !
« La crainte de l'Éternel est le commencement de la science »
(Prov 1 : 7). Heureuse l'âme ayant reçu cette crainte par un
aperçu de la majesté de Dieu, par une vision de sa grandeur
redoutable, de sa sainteté ineffable, de sa justice parfaite, de
sa puissance irrésistible, et de sa grâce souveraine ! Quelqu'un
dira-t-il, « Mais seuls les inconvertis ont besoin de craindre
Dieu » ? Il nous suffira de répondre que l'Écriture exhorte les
chrétiens, ceux qui sont en Christ, à mettre en œuvre leur
salut avec « crainte et tremblement ». Il fut un temps où il était
courant de parler d'un croyant comme « d’un homme craignant
Dieu ». Cette expression a presque disparu et ce fait démontre
combien cette vérité est tombée dans l'oubli.
FBS_Page | 128
Néanmoins ce verset demeure, « Comme un père a compassion
de ses enfants, l'Éternel a compassion de ceux qui le craignent
» ! (Ps 103 : 13)
Par crainte respectueuse nous n'entendons pas, bien sûr,
une crainte servile, comparable à celle des païens vis-à-vis de
leurs dieux. Il s'agit de l'esprit que l'Éternel a promis de bénir,
auquel se réfère le prophète quand il écrit, « Voici sur qui je
porterai mes regards : sur celui qui souffre et qui a l'esprit abat-
tu, sur celui qui craint ma parole » (Esa 66 : 2). L'apôtre avait ce
type de crainte à l'esprit quand il écrit, « Honorez tout le monde
; aimez les frères ; craignez Dieu ; honorez le roi » (1 Pi 2 : 17).
Et rien n'entretient cette crainte mieux que la reconnaissance
de la majesté souveraine de Dieu.
Quelle devrait être notre attitude envers la souveraineté de
Dieu ?

2. - Une attitude d'obéissance implicite

Un aperçu de Dieu conduit à la découverte de notre petitesse


et de notre insignifiance ; il nous pousse à devenir dépendants
et à nous abandonner à Dieu. Un aperçu de la majesté divine
suscite un esprit de crainte respectueuse envers Dieu et cette
dernière engendre à son tour une vie d'obéissance. Voici l'anti-
dote divin destiné à traiter le mal naturel de notre cœur. Par
nature, l'homme est empreint du sentiment de sa propre im-
portance, de sa grandeur et de son auto-suffisance ; en un
mot, il est rempli d'orgueil et de révolte. Mais, comme nous
l'avons remarqué, le grand remède réside dans la contempla-
tion du Dieu puissant, car c'est l'unique moyen de rendre
l'homme humble. Il se glorifiera soit en lui-même, soit en Dieu.
Il vivra pour lui-même ou cherchera à plaire au Seigneur. « Nul
ne peut servir deux maîtres. »
Le manque de respect envers Dieu engendre la désobéis-
sance. Le monarque arrogant d'Égypte s'exclama, « Qui est
l'Éternel, pour que j'obéisse à sa voix, en laissant aller Israël ?
Je ne connais point l'Éternel, et je ne laisserai point aller Israël
» (Ex 5 : 2).
FBS_Page | 129
Pour Pharaon le Dieu des Hébreux était seulement un dieu
parmi d'autres, une entité impuissante ne méritant nullement
d'être craint ou servi. Comme il se trompait et comme il dut
payer amèrement son erreur, il le découvrit très vite. Nous
cherchons ici à souligner que l'esprit méprisant de Pharaon
était le fruit d'un manque de respect, lui-même conséquence
de son ignorance de la majesté et de l'autorité de l'Être divin.

Au contraire, le véritable respect produira et suscitera l'obéis-


sance. Prendre conscience que les saintes Écritures sont une
révélation du Très-Haut, nous communiquant son esprit et
nous définissant sa volonté, constitue le premier pas vers une
sainteté vécue. Reconnaître que la Bible est la Parole de Dieu
et que ses préceptes sont ceux du Tout-Puissant nous con-
duira à voir combien il est terrible de les dédaigner et de les
ignorer. Recevoir la Bible comme un message personnel desti-
né à notre âme, provenant du Créateur, nous forcera à nous
écrier avec le psalmiste, « Incline mon cœur vers tes préceptes...
Affermis mes pas dans ta parole » (Ps 119 : 36,133). Une fois
la souveraineté de l'Auteur de la Parole reconnue, il ne s'agit
plus de choisir parmi les préceptes et les statuts de cette
Parole, en sélectionnant ceux qui s'accordent à notre point de
vue. Nous verrons que seule une soumission entière et sans
réserve convient à la créature.

Quelle devrait être notre attitude envers la souveraineté de


Dieu ?

3. Une attitude d'acceptation totale

La véritable reconnaissance de la souveraineté de Dieu exclue-


ra toute plainte. Bien qu'il s'agisse d'une réalité évidente cette
pensée mérite notre attention. Il est naturel de murmurer face
à l'affliction et le deuil. Il nous est naturel de nous plaindre
quand nous sommes privés des choses que nous aimons. Nous
sommes enclins à considérer nos biens comme nous apparte-
nant de façon inconditionnelle.
FBS_Page | 130
Nous pensons que comme nous avons établi nos plans avec
prudence, le succès doit nous être assuré. Quand, à force de
travail, nous avons acquis une situation enviable, nous esti-
mons que nous méritons de la conserver et d'en jouir. Quand
nous sommes entourés d'une famille heureuse, nous ne recon-
naissons à personne le droit d'en rompre le charme en frap-
pant un être cher. Si, dans l'un ou l'autre de ces cas la décep-
tion, la faillite ou la mort survient, le cœur humain perverti se
révoltera instinctivement contre Dieu. Mais chez celui qui par
grâce, a reconnu la souveraineté de Dieu, ces murmures
cèdent la place à une humble soumission à la volonté divine
et à l'acceptation d'une affliction reconnue comme en deçà de
celle qu'il mérite (Esd 9 : 13).
La compréhension véritable de la souveraineté de Dieu per-
mettra de reconnaître à Dieu le droit d'agir avec nous comme
il l'entend. Quiconque s'incline devant la volonté du Tout-
Puissant reconnaîtra son droit absolu d'agir avec nous comme
il lui semble bon. S'il choisit de nous envoyer la pauvreté, la
maladie, le deuil, quand bien même une profonde tristesse
nous envahira, nous dirons : « Celui qui juge toute la terre
n'exactera-t-il pas la justice ? »

Souvent, nous aurons à lutter, car les tendances de la chair


demeurent avec le croyant jusqu'à la fin de son pèlerinage ter-
restre. Quand bien même dans son cœur la tempête fait rage,
une voix se fera entendre chez celui qui a véritablement accep-
té cette merveilleuse vérité disant, comme jadis au turbulent
lac de Galilée, « Silence ! tais-toi ! » Le flot tempétueux se cal-
mera et l'âme soumise tournera un regard plein de larmes
mais confiant vers le ciel et dira, « Que ta volonté soit faite ! »
Une illustration frappante d'une âme s'inclinant devant la
volonté souveraine de Dieu nous est donnée par l'histoire d'Eli,
souverain sacrificateur en Israël. Dans 1 Samuel 3 nous ap-
prenons comment Dieu révéla au petit Samuel sa décision de
faire mourir les deux fils d'Eli en raison de leur méchanceté,
et le lendemain Samuel communiqua son message au vieux
prêtre.
FBS_Page | 131
Il est difficile de concevoir une nouvelle plus effroyable pour le
cœur d'un père croyant. L'annonce de la mort soudaine de son
enfant est de toute évidence une très grande épreuve pour un
père. Mais quelle nouvelle accablante que d'apprendre la mort
de ses deux fils, dans la fleur de l'âge, mais sous la colère
divine ! Cependant quel fut l'effet produit sur Eli quand Sa-
muel lui apprit la tragique nouvelle ? Quelle fut sa réponse ? «
Et Eli dit ; C'est l'Éternel, qu'il fasse ce qui lui semblera bon ! »
(1 Sam 3 : 18) Aucune autre parole ne sortit de sa bouche.
Quelle soumission merveilleuse ! Quelle résignation sublime !
Il s'agit d'un exemple admirable de la puissance de la grâce
divine, capable de contrôler les affections les plus fortes du
cœur humain et de maîtriser la volonté rebelle, l'amenant à
une soumission sans murmure à la volonté souveraine de
l'Éternel.

Un autre exemple aussi frappant nous est fourni par la vie de


Job. Comme chacun le sait, Job craignait Dieu et se détour-
nait du mal. Si quelqu'un pouvait s'attendre à la faveur de la
providence divine - nous parlons ici à la manière des hommes
- c'était Job. Toutefois, que se passa-t-il ? Pour un temps tout
alla bien. Le Seigneur remplit son carquois en lui donnant sept
fils et trois filles. Il lui accorda le succès et multiplia ses biens
matériels. Mais soudain tout s'assombrit. En un seul jour, Job
perdit non seulement ses troupeaux, mais ses fils et ses filles.
Son bétail lui fut volé et ses enfants furent tués par une
tempête. Comment reçut-il la nouvelle ? Écoutez ses paroles
admirables : « L’Éternel a donné, et l'Éternel a ôté ». Il s'inclina
devant la volonté souveraine de l'Éternel. Il considéra la cause
première de ses afflictions. Il regarda derrière les Sabéens et
au-delà de la tempête, responsables respectivement de la
disparition de ses troupeaux et de la mort de ses enfants, et il
vit la main de Dieu. Mais Job ne reconnut pas seulement la
souveraineté de Dieu, il s'en réjouit. Aux paroles, « L’Éternel a
donné, et l'Éternel a Ôté », il ajouta, « Que le nom de l'Éternel
soit béni ! » (Job 1 : 21) Quelle soumission exemplaire ! Quelle
résignation admirable !
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La reconnaissance véritable de la souveraineté de Dieu nous
pousse à soumettre tous nos projets à la volonté de Dieu. Nous
nous rappelons un incident survenu en Angleterre au début
de ce siècle. La reine Victoria était décédée et la date du cou-
ronnement de son fils aîné, Edward, avait été fixée pour le
mois d'avril, 1902. Sur tous les faireparts envoyés, deux peti-
tes lettres avaient été omises - DV - Dieu voulant. 2 Les prépa-
ratifs suivirent leur cours et tout fut prêt pour les célébrations
impressionnantes propres à ce grand événement. Les rois et
les empereurs du monde entier avaient été invités à assister à
la cérémonie royale. Les faireparts du prince furent imprimés
et envoyés, mais à notre connaissance les deux lettres DV ne
figuraient sur aucun d'eux. Un programme très impression-
nant était établi et le fils de la reine devait être couronné sous
le titre d'Edward VII à l'Abbaye de Westminster à une heure et
à un jour précis. Mais Dieu intervint et tous les plans humains
furent anéantis. Une petite voix se fit entendre, « Vous n'avez
pas compté avec moi » : le prince Edward fut pris d'une crise
d'appendicite, et son couronnement fut remis à des mois plus
tard !

En effet, la reconnaissance véritable de la souveraineté de


Dieu nous force à soumettre nos plans à sa volonté. Cela nous
amène à reconnaître que le divin Potier a un pouvoir absolu
sur l'argile et qu'il la forme selon sa propre volonté. Nous
sommes ainsi amenés à considérer avec attention le passage
de Jacques - « À vous maintenant, qui dites : Aujourd'hui ou de-
main nous irons dans telle ville, nous y passerons une année,
nous trafiquerons, et nous gagnerons ! Vous qui ne savez pas
ce qui arrivera demain ! car, qu'est-ce que votre vie ? Vous êtes
une vapeur qui paraît pour un peu de temps, et qui ensuite
disparaît. Vous devriez dire, au contraire : Si Dieu le veut, nous
vivrons, et nous ferons ceci ou cela » (Jac 4 : 13-15). Nous
devons en effet nous en remettre à la volonté du Seigneur.
C'est à lui de décider de l'endroit où je vivrai (Actes 17 : 26).
C'est à lui de déterminer les circonstances de ma vie -la
richesse ou la pauvreté, la santé ou la maladie.
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C'est à lui de fixer la durée de ma vie - si je serai retranché
dans la fleur de l'âge ou si je vivrai jusqu'à soixante-dix ans.
Apprendre réellement cette leçon revient, par grâce, à attein-
dre un niveau très élevé dans l'école divine. Même quand nous
croyons l'avoir saisie, nous découvrons à maintes reprises
notre besoin de la réapprendre.

4. Une attitude de reconnaissance et de joie profondes

La compréhension dans le cœur de cette merveilleuse vérité de


la souveraineté de Dieu n'engendre nullement l'acceptation
morose de l'inévitable- La philosophie de ce monde en perdi-
tion ne connaît rien de mieux que de « tirer le meilleur parti
d'une mauvaise situation ». Mais pour le chrétien il devrait en
être bien autrement. La reconnaissance de la suprématie divi-
ne devrait non seulement engendrer en nous une crainte res-
pectueuse, une obéissance implicite envers Dieu et l'accep-
tation totale de sa volonté, mais nous pousser à proclamer
avec le psalmiste, « Mon âme, bénis l’Éternel ! Que tout ce qui
est en moi bénisse son saint nom ! » L'apôtre n'a-t-il pas écrit,
« Rendez continuellement grâces pour toutes choses à Dieu le
Père, au nom de notre Seigneur Jésus-Christ » ? (Eph 5 : 20)
C'est là que notre attitude est un test de notre condition spiri-
tuelle. Malheureusement, notre volonté propre est si tenace en
chacun de nous. Quand tout se passe comme nous le voulons,
nous paraissons très reconnaissants envers Dieu ; mais, qu'en
est-il quand nos plans et nos désirs ne se réalisent pas ?

Quand un chrétien véritable entreprend un voyage en train,


par exemple, et arrive à destination sain et sauf, il rend grâces
à Dieu, lui attribuant ainsi le contrôle de toutes choses ; sinon
il lui faudrait seulement remercier le conducteur et les emplo-
yés des chemins de fer. Dans le domaine des affaires, à la fin
d'une bonne semaine, un commerçant chrétien exprime sa
gratitude au Dispensateur de toute grâce excellente et de tout
don parfait, responsable de l'entrée de chaque client dans son
magasin.
FBS_Page | 134
Bien sûr, tout chrétien n'aura aucune peine à voir la main de
Dieu dans ces bénédictions. Mais imaginons des situations
très différentes. Supposons que mon train ait été retardé de
plusieurs heures, qu'un autre soit entré en collision avec lui,
et que je sois blessé ! Ou j'ai eu une mauvaise semaine dans
mes affaires, la foudre a mis le feu à mon magasin ou des
cambrioleurs s'y sont introduits et l'ont pillé. Qu'en sera-t-il ?
Verrai-je la main de Dieu dans ces événements-là ?

Prenons encore le cas de Job. Lorsque des épreuves répétées


traversèrent sa route, que fit-il ? Pleura-t-il sur son « infortune
» ? Maudit-il les voleurs ? Murmura-t-il contre Dieu ? Non ; il
s'inclina devant lui et l'adora. Cher lecteur, votre pauvre cœur
ne connaîtra aucun réel repos tant que vous n'aurez pas ap-
pris à voir la main de Dieu en toutes choses. Mais, pour y
parvenir, votre foi doit s'exercer sans cesse. Qu'est-ce que la
foi ? Une croyance aveugle ? Une acceptation fataliste ? Non,
loin de là ! Elle consiste à s'appuyer sur la Parole certaine du
Dieu vivant, à dire : « Nous savons, du reste, que toutes choses
concourent au bien de ceux qui aiment Dieu, de ceux qui sont
appelés selon son dessein » (Rom 8 : 28). En conséquence, la
foi saura rendre grâces « sans cesse et pour toutes choses ». La
foi en action se réjouira toujours dans le Seigneur (Phil 4 : 4).

Considérons maintenant comment cette reconnaissance de la


souveraineté de Dieu, (source en nous d'une crainte respec-
tueuse, d'une obéissance implicite, d'une totale acceptation,
d'une gratitude et d'une joie profondes), se révéla de façon
suprême et parfaite chez le Seigneur Jésus-Christ. Il nous a
laissé en toutes choses un exemple à suivre. Mais cette consta-
tation est-elle valable en rapport avec la première attitude
mentionnée ? Les mots « une crainte respectueuse » peuvent-
ils se référer à la personne unique de Jésus ? « La crainte res-
pectueuse », ne l'oublions pas, ne signifie pas une terreur
servile, mais plutôt la soumission et le respect d'un fils envers
son père. Rappelons-nous également que « La crainte de l'Éter-
nel est le commencement de la science. »
FBS_Page | 135
Ne serait-il pas alors étrange si aucune mention d'une telle «
crainte respectueuse » ne figurait en rapport avec celui qui
incarne la sagesse ? Hébreux 5 : 7 est un passage merveilleux
et précieux : « C’est lui qui, dans les jours de sa chair, ayant
présenté avec de grands cris et avec larmes des prières et des
supplications à celui qui pouvait le sauver de la mort, et ayant
été exaucé à cause de sa piété... » (« piété » signifie « crainte res-
pectueuse »). « La crainte respectueuse », elle seule, amena le
Seigneur Jésus à « se soumettre » à Marie et Joseph dans son
enfance. Dans le passage de Luc 4 : 16, « II se rendit à Naza-
reth, où il avait été élevé, et, selon sa coutume, il entra dans la
synagogue le jour du sabbat », Jésus ne manifeste-t-il pas une
crainte respectueuse - soumission filiale et respect envers Dieu
? Cette « crainte respectueuse » ne poussa-t-elle pas le Fils
incarné à déclarer au moment de la tentation, « II est écrit : Tu
adoreras le Seigneur, ton Dieu, et tu le serviras lui seul » ? Cette
« crainte respectueuse » ne ramena-t-elle pas à dire au lépreux,
« Va te montrer au sacrificateur, et présente l'offrande que Moïse
a prescrite » ? (Mat 8 : 4) Mais pourquoi multiplier les illustra-
tions ? 3

Quelle obéissance parfaite le Seigneur Jésus offrit à Dieu le


Père ! En y réfléchissant, ne perdons pas de vue la grâce mer-
veilleuse qui le poussa, lui « existant en forme de Dieu », à
s'abaisser et à prendre « une forme de serviteur » et ainsi à être
amené à l'endroit où l'obéissance devenait nécessaire. Comme
un serviteur parfait il obéit totalement à son Père. Le caractère
absolu et entier de son obéissance nous est révélé par les
paroles : « II s'est humilié lui-même, se rendant obéissant
jusqu'à la mort, même jusqu'à la mort de la croix » (Phil 2 : 8).

Cette obéissance était consciente et intelligente comme le dé-


montre le passage suivant : « Le Père m'aime, parce que je don-
ne ma vie, afin de la reprendre. Personne ne me l'ôte, mais je la
donne de moi-même ; j'ai le pouvoir de la donner, et j'ai le pou-
voir de la reprendre : tel est l'ordre que j'ai reçu de mon Père »
(Jean 10 : 17,18).
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Et que dirons-nous de l'acceptation absolue par le Fils de la
volonté du Père sinon qu'il existait entre eux une unité et un
accord parfaits ? Il déclara, « Car je suis descendu du ciel pour
faire, non ma volonté, mais la volonté de celui qui m'a envoyé »
(Jean 6 : 38), et quiconque l'a suivi avec attention dans l'Écri-
ture connaît la perfection de son engagement. Contemplons-le
à Gethsémané ! La coupe arrière lui est tendue par les mains
du Père. Notons bien son attitude. Apprenons de lui, doux et
humble de cœur. Là, dans le jardin, n'oublions pas, nous
voyons la Parole faite chair - un homme parfait. Son corps
entier tremble à la pensée de ses souffrances physiques qui
l'attendent. Sa nature pure et sensible appréhende l'ignominie
horrible. Son cœur se brise en raison de l'opprobre épouvan-
table à venir ; son esprit se trouble profondément à la pensée
du conflit terrible qu'il va livrer contre les puissances des
ténèbres. Mais avant tout, son âme se remplit d'horreur à la
pensée d'être séparé de Dieu lui-même.
Là, dans le jardin, il répand son âme devant le Père, « avec
de grands cris et avec larmes ». Maintenant écoutons avec une
attention respectueuse ses paroles en cette heure d'angoisse :
« Père, si tu voulais éloigner de moi cette coupe ! Toutefois, que
ma volonté ne se fasse pas, mais la tienne » (Luc 22 : 42). Il
s'agit du comble de la soumission, la résignation à la volonté
d'un Dieu souverain démontrée de façon suprême. Il nous a
laissé un exemple à suivre. Lui, Dieu devenu homme, tenté
comme nous en toutes choses, sans commettre de péché afin
de nous montrer comment nous comporter en tant que créa-
tures.

Ci-dessus, nous avons posé la question : que dirons-nous de


l'acceptation absolue de la volonté du Père par Christ ? Ici,
comme partout, il fut unique, incomparable. En toutes choses,
il a la prééminence. Chez le Seigneur Jésus aucune volonté
rebelle ne devait être brisée, rien ne devait être dompté dans
son cœur. C'est pourquoi il déclare dans le langage de la pro-
phétie, « Je suis un ver et non un homme » (Ps 22 : 7) - un ver
ne possède aucune puissance de résistance !
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C'est pourquoi il pouvait affirmer, « Ma nourriture est de faire
la volonté de celui qui m'a envoyé » (Jean 4 : 34). Parce qu'il
était en parfait accord avec le Père il pouvait dire, « Je veux
faire ta volonté, mon Dieu ! Et ta loi est au fond de mon cœur »
(Ps 40 : 9). Remarquons cette dernière phrase et admirons son
excellence sans pareille. Dieu doit mettre ses lois dans notre
esprit et les écrire dans notre cœur (cf Héb 8 : 10), mais sa loi
était déjà dans le cœur de Christ !

Quelle illustration admirable et frappante de la gratitude et de


la joie de Christ trouvons-nous dans le passage de Matthieu
11 ! Nous y contemplons d'abord, la faiblesse de la foi de son
précurseur (vv 12 et 13), puis, le mécontentement du peuple,
insatisfait du joyeux message de Christ comme du message
solennel de Jean (vv 16-20). En troisième lieu, l'impénitence
des villes favorisées où les œuvres les plus extraordinaires
avaient eu lieu (vv 21-24). Enfin nous lisons, « En ce temps-là,
Jésus prit la parole, et dit : Je te loue, Père, Seigneur du ciel et
de la terre, de ce que tu as caché ces choses aux sages et aux
intelligents, et de ce que tu les as révélées aux enfants » ! (v. 25)
Le passage parallèle dans Luc 10 commence par ces mots, «
En ce moment même, Jésus tressaillit de joie par le Saint-Esprit
et il dit : Je te loue, Père...» Voici la soumission la plus absolue.
Créateur du monde, certes, mais, au jour de son humiliation,
et face à son rejet, il se soumet avec reconnaissance et avec
joie à la volonté du « Seigneur du ciel et de la terre ».

Quelle devrait être notre attitude face à la souveraineté


de Dieu ?

5. Une attitude d'adoration

II a été écrit à juste raison : « La véritable adoration se fonde


sur une grandeur reconnue et celle-ci se voit de façon suprême
dans la souveraineté. Les hommes n'adoreront jamais vraiment
devant un autre trône. » Dans la présence du Roi divin sur son
trône, même les séraphins « se voilent la face ».
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La souveraineté divine n'est pas la domination d'un despote
tyrannique, mais l'activité de la volonté de celui qui est doué
d'une sagesse et d'une bonté infinies ! En raison de sa sagesse
infinie, il ne peut se tromper, et en raison de sa sainteté infinie,
il ne peut mal agir. Là se trouve la grande valeur de cette vérité.
La réalisation du caractère irrésistible et irréversible de la vo-
lonté de Dieu me remplit de crainte ; mais quand je réalise que
Dieu désire seulement mon bien, mon cœur se réjouit.

Voici l'ultime réponse à la question de ce chapitre. Quelle de-


vrait être notre attitude face à la souveraineté de Dieu ? Une
attitude de crainte respectueuse, d'obéissance implicite, de
soumission et d'acceptation sans réserve. Mais ce n'est pas
tout : reconnaître la souveraineté de Dieu et réaliser que ce
souverain est mon Père devrait me bouleverser et me pousser
à m'incliner devant lui et à l'adorer. En tout temps je dois dire
: « Oui, Père, je te loue de ce que tu l'as voulu ainsi » (Mat 11 :
26).

Références

1. Théophanie : manifestation physique de Dieu le Fils avant son incar-


nation, c'est-à-dire durant la période de l'Ancien Testament.
2. Pratique britannique tout à fait habituelle dans un tel cas.
3. La prophétie de l'Ancien Testament a aussi déclaré : « L’Esprit de l'É-
ternel reposera sur lui : Esprit de sagesse et d'intelligence, Esprit de
conseil et de force, Esprit de connaissance et de crainte de l’Éternel »
(Esa 11 : 2).

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10 - La valeur de cette doctrine

« Toute l'Écriture est inspirée de Dieu, et utile pour enseigner,


pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice,
afin que l'homme de Dieu soit accompli et propre à toute bonne
œuvre » (2 Timothée 3 : 16,17)

" Toute Écriture est inspirée de Dieu, et utile pour enseigner... "
Par ses doctrines et enseignements, l'Écriture nous révèle les
grandes réalités concernant Dieu, notre relation avec lui, le
salut, la grâce et la gloire. Par la doctrine (avec la puissance
du Saint-Esprit) les croyants sont nourris et édifiés. Partout
où elle négligée, la croissance dans la grâce et l'efficacité du
témoignage pour Christ en souffrent obligatoirement. De nos
jours la doctrine, il est triste de le constater, est décriée comme
étant "théorique". En réalité elle constitue le fondement de la
vie pratique. Il existe un lien inséparable entre le contenu de
la foi et le vécu : " Car il est tel que sont les pensées de son âme
" (Proverbes 23 : 7). Entre la vérité divine et le caractère
chrétien réside une relation de cause à effet : " Vous connaîtrez
la vérité, et la vérité vous affranchira " (Jean 8 : 32). La vérité
nous affranchit de l'ignorance, des préjugés, de l'erreur, des
ruses de Satan et de la puissance du mal. Si la vérité n'est pas
"connue", cette liberté n'existe pas.
Remarquons l'ordre des mots dans le passage cité en exer-
gue. L'Écriture est utile, tout d'abord, pour enseigner (pour la
doctrine). Le même ordre apparaît dans toutes les épîtres,
surtout dans les grands traités doctrinaux de l'apôtre Paul.
Dans l'Épître aux Romains, pas une seule exhortation prati-
que ne figure dans les cinq premiers chapitres. Dans l'Épître
aux Éphésiens, aucune n'est présente avant le quatrième
chapitre. L'ordre est toujours le même : d'abord l'exposé de la
doctrine, puis les exhortations destinées à la marche chré-
tienne quotidienne.
La substitution d'une soi-disante "prédication pratique" à
l'enseignement doctrinal est à l'origine d'un grand nombre de
maux affligeant l'Église aujourd'hui.
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La superficialité, le manque de discernement et le peu de
compréhension des vérités fondamentales du christianisme,
proviennent du si petit nombre de croyants affermis dans la
foi par l'enseignement et l'étude personnelle des études de la
grâce. Sans une conviction profonde concernant la doctrine de
l'inspiration divine des Écritures - leur inspiration plénière et
verbale - aucun fondement solide de la justification n'a aucune
assurance véritable et ne comprend pas la base de son accep-
tation en Christ. Celui qui n'est pas familier avec la doctrine
biblique de la sanctification est vulnérable à toutes les erreurs
du "perfectionnisme" 1 ou à d'autres enseignements erronés.
Nous pourrions continuer ainsi en citant toutes les doctrines
chrétiennes. L'incapacité de l'Église à surmonter la marée
sans cesse croissante de l'infidélité provient de son ignorance
de la doctrine. Des milliers de chrétiens sont captivés par les
nombreuses fausses doctrines à la mode, en grande partie à
cause l'ignorance de la vraie doctrine. Le temps est maintenant
arrivé où beaucoup où beaucoup d'Églises "ne supporteront la
saine doctrine" (2 Timothée 4 : 3), mais accepteront volontiers
de faux enseignements. La doctrine, il est vrai, comme tout
dans l'Écriture, peut être étudiée d'un point de vue froidement
intellectuel. Elle laissera alors le cœur insensible, et paraîtra
sèche et inutile. Mais convenablement reçu et méditée en vue
de son application pratique, elle conduira toujours à une con-
naissance plus profonde de Dieu et des richesses insondables
de Christ.

La doctrine de la souveraineté de Dieu ne consiste pas en un


simple dogme métaphysique dénué de valeur pratique. Elle
est, au contraire, destinée à produire un effet puissant sur le
caractère et la marche quotidienne du chrétien. Cette doctrine
constitue le fondement de la théologie chrétienne. Son impor-
tance la situe immédiatement après celle de l'inspiration
divine de l'Écriture. Il s'agit du centre de gravité de la vérité
chrétienne ; le soleil autour duquel gravitent les planètes
secondaires ; le fil qui tient en place comme autant de perles
toutes les autres doctrines, leur conférant leur unité.
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C'est le fil à plomb par lequel toute croyance doit être éprouvée
; la balance avec laquelle tout dogme doit être pesé. Elle sert
d'ancre à notre âme au sein des tempêtes de la vie. La doctrine
de la souveraineté de Dieu est une consolation divine propre à
rafraîchir notre esprit. Elle influence à la fois les sentiments
de notre cœur et la conduite de notre vie. Elle suscite la recon-
naissance dans la prospérité et la patience dans l'adversité.
Elle offre le réconfort pour le temps présent et un sentiment
de sécurité concernant l'avenir inconnu. Elle représente et ac-
complit tout ceci et plus encore, car elle attribue à Dieu (Père,
Fils et Saint-Esprit) la gloire qui lui revient, et met la créature
à sa place devant lui, c'est-à-dire, prostrée dans la poussière.
Considérons maintenant la valeur de cette doctrine en
détail

1. Elle approfondit notre respect pour la personne divine

La doctrine de la souveraineté de Dieu exposée dans l'Écriture


offre une vision élevée de toutes les perfections divines. Elle
maintient ses droits comme Créateur. Elle affirme avec force :
"Pour nous il n'y a qu'un seul Dieu, le Père, de qui viennent
toutes choses et par qui nous sommes, et un seul Seigneur,
Jésus-Christ, par qui sont toutes choses et pour qui nous som-
mes" (1 Corinthiens 8 : 6). Ses droits, déclare-t-elle, sont ceux
du potier façonnant l'argile et formant de vases de quelque
type et pour quelque utilisation qu'il décide. Elle atteste : "Tu
as créé toutes choses, et c'est par ta volonté qu'elles existent et
qu'elles ont été créées" (Apocalypse 4 : 11). Nul, insiste-t-elle,
n'est accrédité à contester avec Dieu. Au contraire, la seule
attitude convenable pour la créature est de se soumettre res-
pectueusement devant lui. Ainsi la compréhension de la su-
prématie absolue de Dieu est d'une très grande importance
pratique. En effet, si nous n'avons une juste conception de sa
souveraineté suprême, il ne sera jamais honoré par nos
pensées, ni ne recevra sa juste place dans notre cœur et dans
notre vie.

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Cette doctrine présente le caractère insondable de la sagesse
divine. Dieu, possédant une sainteté infinie, a permis toutefois
au mal de pénétrer dans la merveilleuse création. Détenteur
de toute puissance, il a, cependant, laissé Satan lui livrer
bataille depuis déjà des millénaires. Il est l'incarnation parfaite
de l’amour ; mais il n'a pas épargné son propre Fils. Il est le
Dieu de toute grâce ; mais tous ne participent pas au bénéfice
de celle-ci. Nous rencontrons ici de profonds mystères ! L'Écri-
ture ne le nie pas, mais reconnaît leur existence : "Ô profon-
deur de la richesse, de la sagesse et de la science de Dieu ! Que
ses jugements sont insondables, et ses voies incompréhensi-
bles !" (Romains 11 : 33).

Cette doctrine révèle le caractère irréversible de sa volonté :


ces choses "sont connues (par le Seigneur) de toute éternité"
(Actes 15 : 18). Depuis le commencement, Dieu a décidé de se
glorifier "dans l'Église et en Jésus-Christ, dans toutes les
générations, aux siècles des siècles !" (Éphésiens 3 : 21) Il créa
le monde et forma l'homme à cette fin. Son plan plein de sages-
se ne fut pas réduit à néant quand l'homme pécha : nous
voyons que la chute fut prévue en ce que l'Agneau fut "immolé"
dès la fondation du monde (Apocalypse 13 : 8). Le dessein de
Dieu ne sera pas anéanti non plus par la méchanceté des
hommes depuis la chute. Les paroles du psalmiste le confir-
ment : " L'homme te célèbre même dans sa fureur" (Psaumes
76 : 11). Dieu est tout-puissant et, par suite, nul ne peut
s'oposer à sa volonté. Ses desseins ont été décidés de toute
éternité, et se réaliseront sans aucun changement jusque dans
l'éternité future. Ils incluent toutes ses œuvres et contrôlent
tous les événements. "Il opère toutes choses d'après le conseil
de sa volonté". Ni homme ni diable ne peut lui résister avec
sucès. C'est pourquoi il est écrit : "L'Éternel règne : les peuples
tremblent" (Psaumes 99 : 1).
Cette doctrine exalte sa grâce. La grâce est une faveur im-
méritée, destinée à ceux qui ne méritent rien, sinon l'enfer et
qui n'ont aucun droit. À cause de cela, elle est gratuite et peut
se manifester envers le pire des pécheurs.
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Comme la grâce s'exerce envers ceux dépourvus de tout
mérite, elle est souveraine. En d'autres termes, Dieu accorde
sa grâce à qui il veut. Certains seront condamnés pour leurs
péchés, a décrété la souveraineté divine, pour montrer la fin
méritée par tous. Mais la grâce intervient et soustrait d'une
humanité perdue "un peuple pour son nom", qui sera pour
l'éternité un monument à la gloire de sa faveur insondable. La
grâce souveraine révèle la puissance de Dieu capable de briser
l'opposition du cœur humain, de dompter l'inimitié de "l'affec-
tion de la chair", et de nous amener à l'aimer car il nous a
aimés le premier.

2. Elle constitue le fondement de toute véritable spiri-


tualité

Cette affirmation découle naturellement du raisonnement tenu


ci-dessus. Si seule la doctrine de la souveraineté divine donne
à Dieu sa juste place, elle seule peut aussi fournir une base
solide à l'exercice de la piété. Aucun progrès n'est possible
dans la vie chrétienne avant d'éprouver envers lui une crainte
respectueuse et le désir de le servir comme Seigneur. Nous
lisons l'Écriture en vain si nous ne nous en approchons dans le
but véritable de mieux connaître la volonté de Dieu à notre
égard. Tout autre mobile est égoïste, totalement inadéquat et
indigne. Toute prière présentée à Dieu n'est qu'une présomp-
tion charnelle si elle n'est pas "soumise à sa volonté". Toute
prière formulée sur une autre base revient à "demander mal",
dans le but de satisfaire nos passions. Notre service ne sera
qu'une "œuvre morte" si nous ne l'accomplissons pour la gloire
de Dieu. La vraie spiritualité consiste principalement à saisir,
à accepter et à accomplir la volonté de Dieu. Nous sommes
destinés à être "semblables à l'image de son Fils", dont la nour-
riture fut toujours d'accomplir la volonté de celui qui l'avait
envoyé. Tout chrétien est rendu "conforme" en pratique, dans sa
vie quotidienne, selon la mesure où il obéit à la Parole du Sei-
gneur : "Prenez mon joug sur vous et recevez mes instructions,
car je suis doux et humble de cœur" (Matthieu 11 : 29).
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3. Elle réfute l'hérésie du salut par les œuvres

"Telle voie paraît droite à un homme, mais son issue, c'est la


voie de la mort" (Proverbes 14 : 12). Cette voie qui conduit à la
mort éternelle équivaut au salut par l'effort et le mérite hu-
mains. La foi dans le salut par les œuvres s'accorde bien à la
nature humaine. Elle ne prend pas nécessairement une forme
évidente telle la "pénitence" catholique, ou même les "remords"
protestants, c'est-à-dire une tristesse vis-à-vis du péché. Cela
ne représente jamais la signification complète de la repentance
dans l'Écriture. Mais toute tentative d'attribuer à l'homme un
rôle décisif dans son salut provient de la même erreur fonda-
mentale. Affirmer, comme malheureusement le font beaucoup
de prédicateurs, "Dieu est prêt à faire sa part si vous faites la
vôtre", revient à nier l'Évangile de la grâce de façon lamentable
et inexcusable ! Déclarer "Aide-toi, le ciel t'aidera", consiste à
rejeter l'une des vérités les plus précieuses enseignées dans la
Bible, et dans la Bible seule. En réalité, Dieu aide ceux qui,
ayant essayé et échoué à maintes reprises, sont dans l'incapa-
cité de s'aider eux-mêmes. Reconnaître le rôle décisif dans le
salut de la propre volonté du pécheur est une variante du dog-
me, déshonorant pour Dieu, du salut par les efforts humains.
En dernier lieu, toute décision de la volonté représente une
œuvre : je l'accomplis, elle provient donc de moi.
Mais la doctrine de la souveraineté de Dieu met la cognée
à la racine de ce mauvais arbre en déclarant : " Cela ne dépend
ni de celui qui veut, ni de celui qui court, mais de Dieu qui fait
miséricorde " (Romains 9 : 16). Quelqu'un dira-t-il, "Cette doc-
trine conduira le pécheur au désespoir " ? Certes, mais nous
désirons précisément susciter ce désespoir car c'est seulement
quand le pécheur désespère de tout effort venant de lui, qu'il
s'abandonnera dans les bras de la grâce souveraine. Si le
Saint-Esprit le convainc de sa propre impuissance, alors il
reconnaitra son état de perdition et criera à Dieu : "Dieu, sois
apaisé envers moi, qui suis un pécheur", et son cri sera enten-
du. Je me permets un témoignage personnel.

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Au cours de mon ministère, les messages portant sur la cor-
ruption humaine et l'incapacité du pécheur d'accomplir tant
soi peu par lui-même, et sur le rôle indispensable de la grâce
souveraine de Dieu furent, je l'ai découvert, les plus bénis pour
le salut des âmes. Nous le répétons encore, le sentiment de
notre totale incapacité constitue la première condition à une
véritable conversion. Aucun salut n'est possible si l'homme
continue à compter sur lui-même au lieu de se tourner vers
Dieu seul !

4. Elle est profondément humiliante pour la créature

Cette doctrine de la souveraineté de Dieu constitue un véri-


table bélier pour battre en brèche l'orgueil humain. À cet égard
elle établit un contraste marqué avec "les doctrines de hom-
mes". L'esprit de notre époque consiste essentiellement à s'-
enorgueillir et à se glorifier dans la chair. Les réalisations de
l'homme, son développement et ses progrès, sa grandeur et
son autosuffisance représentent le sanctuaire où le monde
adore aujourd'hui. Mais la vérité de la vérité de la souveraineté
de Dieu, avec tous ses corollaires, ne laisse aucune place à
l'orgueil humain. Elle inculque au contraire un esprit d'hu-
milité. Le salut, déclare-t-elle, vient de l'Éternel du début jus-
qu'à la fin. Il est "de lui, par lui et pour lui". Le Seigneur, insiste-
t-elle, doit non seulement y pourvoir, mais l’appliquer ; non
seulement commencer, mais achever son œuvre de salut dans
notre âme ; non seulement nous délivrer, mais nous garder
jusqu' à la fin. Le salut, enseigne-t-elle, est "par grâce, par le
moyen de la foi". Ainsi toutes nos œuvres antérieures à la
conversion, bonnes ou mauvaises, ne servent à rien pour nous
l'acquérir. Cette doctrine déclare : nous sommes "nés, non du
sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l'homme
mais de Dieu" (Jean 1 : 13). Toutes ces constatations sont très
humiliantes pour le cœur de l'homme toujours désireux de
contribuer au prix de son rachat et d'accomplir des œuvres
propres à satisfaire son orgueil et son amour-propre !

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Mais si cette doctrine nous rend humbles, elle nous conduit à
louer Dieu. Si, à la lumière de cette souveraineté divine, nous
avons vu notre propre indignité et incapacité, nous nous
écrierons sans nul doute avec le psalmiste : "Toutes mes sour-
ces sont en toi" (psaumes 87 : 7). Par nature nous sommes des
"enfants de colère". Par nos actes rebelles au gouvernement de
Dieu nous étions exposés à juste titre à la "malédiction de la
loi". Dieu n'était nullement obligé de nous sauver de son ar-
dente colère. Néanmoins, il a livré son Fils bien-aimé pour
nous tous. Comme cette grâce et cet amour doivent fondre
notre cœur ! Combien la compréhension de cette vérité nous
poussera à nous écrier dans l'adoration et la gratitude : "Non
pas à nous, Éternel, non pas à nous, mais à ton nom donne
gloire, à cause de ta bonté, à cause de ta fidélité !" (Psaumes
115 : 1). Combien chacun de nous reconnaîtra volontiers :
"Par la grâce de Dieu je suis ce que je suis !" (1 Corinthiens 15
: 10). Et nous nous exclamerons dans la louange et l’émerveil-
lement :

Pourquoi ai-je été amené à entendre sa voix,


Et à entrer quand encore il était temps,
Quand des milliers font le mauvais choix (?)
Et préféreraient mourir que de venir ?
Le même amour à l'origine du festin
Nous a doucement contraints à entrer ;
Sinon nous aurions refusé d'y prendre part
Et aurions péri dans notre péché." (Isaac Watts)

5. Elle confère un sentiment de sécurité absolue

La puissance de Dieu est infinie, donc il est impossible de


résister à sa volonté ou de s'opposer à la réalisation de ses
décrets. Une pareille information est bien calculée pour rem-
plir le pécheur de peur, mais susciter chez le croyant la louange.
Ajoutons un mot et voyons le résultat produit : la puissance
de mon Dieu est infinie ! Aussi " je ne craindrai rien ; que peut
me faire un homme ? " (Hébreux 13 : 6).
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La puissance de mon Dieu est infinie, aussi " je me couche et
je m'endors en paix, car toi seul, Ô Éternel ! tu me donnes la
sécurité dans ma demeure. " (Psaumes 4 : 9). Au travers des
siècles, cette affirmation a été à l'origine de la confiance des
croyants. N'était-ce pas l'assurance de Moïse quand, dans ses
dernières paroles à Israël il déclara : "Nul n'est semblable au
Dieu d'Israël. Il est porté sur les cieux pour venir à ton aide, il
est avec majesté porté sur les nuées. Le Dieu d'éternité est un
refuge, et sous ses bras éternels est une retraite" ? (Deutéro-
nome 33 : 26,27). Le psalmiste, poussé par le Saint-Esprit,
n'a-t-il pas écrit en raison de ce sentiment de sécurité : "Celui
qui demeure à l'abri du Très-Haut repose à l'ombre du Tout-
Puissant. Je dis à l’Éternel : Mon refuge et ma forteresse, mon
Dieu en qui je me confie ! Car c'est lui qui te délivre du filet de
l'oiseleur, de la peste et de ses ravages. Il te couvrira de ses plu-
mes, et tu trouveras un refuge sous se ailes ; sa fidélité est un
bouclier et une cuirasse. Tu ne craindras ni les terreurs de la
nuit, ni la flèche qui vole de jour, ni la peste qui marche dans
les ténèbres, ni la contagion qui frappe en plein midi. Que mille
tombent à ton côté, et dix mille à ta droite, tu ne seras atteint...
Car tu es mon refuge, Ô Éternel ! Tu fais du Très-Haut ta re-
traite. Aucun malheur ne t'arrivera (au contraire, toutes choses
concourent à notre bien), aucun fléau n'apporchera de ta tente
? " (Psaumes 91).

La peste et la mort m'environnent,


Mais je ne peux mourir car il ordonne ;
Aucune flèche ne peut m'atteindre,
Sans le consentement du Dieu d'amour."

Comme cette vérité est précieuse ! Me voilà, pauvre brebis,


vulnérable et sans intelligence ; toutefois je suis en sécurité
dans la main de Christ. Et pourquoi en est-il ainsi ? Nul ne
peut me saisir car la main qui me tient est celle du Fils de
Dieu, et tout pouvoir, sur la terre et dans les cieux, lui appar-
tient ! Je ne possède aucune force ; le monde, la chair et le
diable sont ligués contre moi.
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Aussi je m'en remets au soin et à la garde du Seigneur et affir-
me avec l'apôtre : "Je sais en qui j'ai cru, et je suis persuadé
qu'il a la puissance de garder mon dépôt jusqu'à ce jour-là" (2
Timothée 1 : 12). Et quelle est la base de ma confiance ? Com-
ment suis-je certain de sa capacité de garder ce que je lui ai
confié ? Je le sais, car Dieu est tout-puissant, le Roi des rois
et le Seigneur des seigneurs.

6. Elle fournit le réconfort dans le chagrin

La doctrine de la souveraineté de Dieu confère une consolation


et une paix immense au chrétien. Elle constitue un fondement
inébranlable, plus solide que les cieux et la terre. Aucun recoin
de l'univers ne lui échappe, comme il est bon de le savoir !
Comme dit le psalmiste : " Où irais-je loin de ton Esprit, et où
fuirais-je loin de ta face ? Si je monte aux cieux, tu y es ; si me
couche au séjour des morts, t'y voilà. Si je prends les ailes de
l'aurore, et que j'aille habiter à l'extrémité de la mer, là aussi ta
main me conduira, et ta droite me saisira. Si je dis : Au moins
les ténèbres me couvriront - la nuit devient lumière autour de
moi ; même les ténèbres ne sont pas obscures pour toi, la nuit
brille comme le jour, et les ténèbres comme la lumière" (Psaumes
139 : 7-12).
Comme il est précieux de savoir que la puissante main de
Dieu repose sur tout être humain et sur toute chose ! Comme
il est réconfortant de savoir qu'aucun moineau ne tombe à
terre à son insu ! Nos afflictions ne surviennent pas au hasard,
ni seulement par le diable, mais sont décrétées et ordonnées
par Dieu : " afin que personne ne fut ébranlé au milieu des tribu-
lations présentes ; car vous savez vous-mêmes que nous som-
mes destinés à cela ! " (1 Thessaloniciens 3 : 3).

Non seulement la puissance de notre Dieu est-elle infinie, mais


sa sagesse et sa bonté aussi. Quelle vérité précieuse ! Dieu
désire seulement ce qui est bon, et sa volonté est irréversible !
Il est trop sage pour se tromper et trop bon pour causer à son
enfant une seule larme inutile.
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Par conséquent, si Dieu est doué d'une sagesse et d'une bonté
infinies, comme il est précieux de savoir avec certitude que
tout est dans sa main et façonné par sa volonté selon son
dessein éternel ! " S'il enlève, qui s'y opposera ? Qui lui dira :
Que fais-tu ? " (Job 9 : 12). C'est "lui" et non le diable qui a
"enlevé" nos bien-aimés, comme cette découverte est réconfor-
tante ! il fixe la durée de notre vie (Job 7 : 1 ; 14 : 5) ; la maladie
et la mort sont ses messagers et ne marchent que sous ses
ordres ; l'Éternel donne et l'Éternel ôte : quelle paix pour notre
cœur si fragile !

7. Elle engendre un esprit de soumission paisible

S'incliner devant la souveraineté de Dieu est l'un des grands


secrets de la paix et du bonheur. Il ne peut exister aucune
soumission avec contentement, si nous ne sommes brisés en
esprit, c'est-à-dire prêts à reconnaître avec joie au Seigneur le
droit d'accomplir sa volonté en nous. Certes, nous n'incul-
quons pas ici une attitude de résignation fataliste. Loin de là !
Le croyant est exhorté à discerner "quelle est la volonté de Dieu,
ce qui est bon, agréable et parfait" (Romains 12 : 2).
Nous avons évoqué l'acceptation de la volonté de Dieu dans
le chapitre précédent, où, en plus du modèle suprême, nous
avons cité l'exemple d'Eli et de Job. Nous ajouterons d'autres
exemples à leurs cas. Le passage de Lévitique 10 : 3 : "Aaron
garda le silence", doit retenir notre attention. Considérons les
circonstances. "Les fils d'Aaron, Nadab et Abihu, prirent chacun
un brasier, y mirent du feu, et posèrent du parfum dessus ; ils
apportèrent devant l'Éternel du feu étranger, ce qu'il ne leur
avait point ordonné. Alors le feu sorti de devant l'Éternel, et les
consuma : ils moururent devant l'Éternel... Aaron garda le silen-
ce." Deux fils du grand sacrificateur, probablement enivrés à
l'époque, furent tués par un jugement divin. De plus, cette
épreuve fondit sur Aaron de façon soudaine et à l'improviste.
Toutefois "il garda le silence". Quel exemple précieux de la
puissance de la grâce toute-suffisante de Dieu ! Considérons
maintenant les paroles de David : " Le roi dit à Tsadok :
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Reporte l'arche de Dieu dans la ville. Si je trouve grâce aux yeux
de l'Éternel, il me ramènera, et il me fera voir l'arche et sa
demeure. Mais s'il dit : Je ne prends point plaisir en toi ! me
voici, qu'il me fasse ce qui lui semblera bon" (2 Samuel 15 :
25,26). Ici aussi, les circonstances dans lesquelles il se trou-
vait étaient excessivement éprouvantes pour le cœur humain.
David était écrasé de chagrin. Son propre fils le chassait du
trône et cherchait à le tuer. Il ignorait totalement s'il reverrait
Jérusalem et le tabernacle. Mais il était tellement soumis à
Dieu, si certain de la perfection de sa volonté, que la perte du
trône, ou même de sa vie, lui était égale si seulement la volonté
de Dieu pouvait s'accomplir.
Multiplier les exemples ne servira à rien, mais méditer sur
ce dernier cas nous instruira. Parmi les ombres de l'ancienne
alliance, David était heureux de voir la volonté du Seigneur se
réaliser. Maintenant, après que le cœur de Dieu se soit révélé
à la lumière de la croix, nous devrions nous réjouir d'autant
plus de l'accomplissement de sa volonté ! Nous affirmons
certes sans aucune hésitation :

Le mal qu'il bénit devient notre bien,


Et le bien non béni est un mal.
Et le plus grand mal est en fait un bien
S'il provient de sa volonté parfaite."

8. Elle suscite un chant de louange

Il ne pourrait pas en être autrement. Pourquoi moi, semblable


par nature aux multitudes insouciantes et sans Dieu, ai-je été
choisi en Christ avant la fondation du monde et suis-je main-
tenant béni en lui de toutes les bénédictions spirituelles dans
les lieux célestes ? Pourquoi moi, autrefois païen et rebelle, ai-
je été mis à part pour recevoir ses faveurs si merveilleuses ?
C'est une réalité insondable ! Pareille grâce, pareil amour,
"dépassent l'entendement". Mais si mon esprit est incapable
d'en discerner la raison, mon cœur, lui, peut exprimer sa
gratitude dans la louange et l'adoration.
FBS_Page | 151
De plus, non seulement devrais-je être reconnaissant à Dieu
de sa grâce envers moi dans le passé mais ses agissements
présents envers moi me rempliront d'actions de grâces. Quelle
la force de cette force, " Réjouissez-vous toujours dans le Sei-
gneur ? " (Philippiens 4 : 4).
Il n'est pas écrit, remarquons-le, "Réjouissez-vous dans le
Sauveur". Nous sommes invités à nous réjouir "dans le Sei-
gneur", car le Seigneur est le maître de toute circonstance.
Quand l'apôtre rédigea ces lignes, est-il nécessaire de la rappe-
ler, il se trouvait lui-même prisonnier du gouvernement romain.
Un long cortège d'afflictions et de souffrances avaient été son
lot. En danger sur la terre, en danger sur la mer, il avait connu
la faim et la soif, avait été battu de verges et lapidé. Il avait été
persécuté par les croyants comme par les incroyants : ceux qui
auraient dû demeurer à ses côtés l'avaient abandonné. Pour-
tant il écrit, "Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur !"
Quel était le secret de sa paix et de son bonheur ?
Ce même apôtre Paul n'avait-il pas affirmé : " Nous savons du
reste, que toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment
Dieu, de ceux qui sont appelés selon son dessein ? " (Romains
8 : 28). Mais comment "savoir" que toutes choses concourent à
notre bien ? Parce que toutes choses sont dirigées par le souve-
rain suprême. Il a seulement des pensées d'amour envers les
siens, aussi il ordonne "toutes choses" dans le but de concourir
à notre bien final. C'est pourquoi nous devons rendre " conti-
nuellement grâces pour toutes choses à Dieu le Père, au nom de
notre Seigneur Jésus-Christ " (Éphésiens 5 : 20). Rendons grâce
pour "toutes choses", car, comme on a dit à juste raison, "nos
déceptions reflètent ses conceptions." Quiconque se réjouit
dans la souveraineté de Dieu ne dira pas, "Après la pluie le
beau temps", mais verra que la pluie elle-même est bénie et
qu'elle sert à mettre en relief les bénédictions.

Ô, croyant craintif, reprend courage ;


Le nuage que tu redoutes tant
Est rempli de miséricorde et se répand
En bénédictions sur ton visage." (William Cowper)
FBS_Page | 152
9. Elle garantit le triomphe final du bien sur le mal

Depuis le jour où Caïn tua Abel, le conflit sur terre entre le


bien et le mal a constitué un problème douloureux pour les
croyants. De tout temps, les justes ont été détestés et persé-
cutés alors que les injustes ont paru défier Dieu impunément.
Le peuple de Dieu, pour la plupart, a connu la pauvreté maté-
rielle. Les méchants, par contre, dans leur prospérité tempo-
relle "s'étendaient comme un arbre verdoyant". En regardant
autour de nous, nous observons l'adversité des chrétiens et le
succès terrestre des incroyants. Combien les premiers sont
rares et les derniers nombreux ! Quand nous constatons la
défaite apparente du bien et le triomphe et la puissance du
mal ; Quand nous constatons le grondement des canons, les
cris des blessés, et les lamentations des familles en deuil ;
quand presque tout ici-bas est confusion, chaos et ruine,
Satan semble gagner la partie.
Mais si nous levons la tête vers le ciel, au lieu de regarder
autour de nous, le regard de la foi aperçoit clairement un trône
inaccessible aux tempêtes de la terre, un trône " établi ", stable
et sûr. Le Tout-Puissant y est assis, celui qui "opère toutes
choses, d'après le conseil de sa volonté " (Éphésiens 1 : 11).
Notre confiance repose sur cette réalité : Dieu est sur le trône.
Il tient le gouvernail dans sa main toute-puissante. Son dessein
ne peut échouer, car " sa résolution est arrêtée ; qui s'y oppose-
ra ? Ce que son âme désire, il l'exécute " (Job 23 : 13). La main
dirigeante de Dieu est certes invisible à l'œil naturel, mais
combien réelle à celui de la foi, une foi fondée avec assurance
sur sa Parole et, par suite, certaine de son succès. Un auteur
contemporain a écrit : "Avec Dieu l'échec n'existe pas". "Dieu
n'est point un homme pour mentir, ni fils d'un homme pour se
repentir. Ce qu'il a dit, ne le fera-t-il pas. Ce qu'il a déclaré, ne
l'exécutera-t-il pas ? " (Nombres 23 : 19). Tout sera accompli.
La promesse de sa venue, faite à ses bien-aimés, et de leur
enlèvement dans la gloire, se réalisera. Il viendra sûrement
pour les rassembler en sa présence.

FBS_Page | 153
Les paroles solennelles adressées aux nations de la terre par
ses nombreux prophètes se réaliseront aussi. "Approchez, na-
tions, pour entendre ! Peuples, soyez attentifs ! Que la terre
écoute, elle et ce qui la remplit, le monde et tout ce qu'il produit
! Car la colère de l'Éternel va fondre sur toutes les nations, et
sa fureur sur toute leur armée : il les voue à l'Extermination, il
les livre au carnage" (Esaïe 34 : 1,2). Le jour arrivera où "l'hom-
me au regard hautain sera abaissé, et l'orgueilleux sera humilié
; l'Éternel seul sera élevé ce jour-là" (Esaïe 2 : 11). Le jour où il
sera manifesté, où sa gloire couvrira les cieux, et où ses pieds
reposeront de nouveau sur cette terre, arrivera de façon cer-
taine. Son royaume s'établira, et tous les événements promis
en rapport avec la fin du monde se réaliseront.
"Dans ces temps d'obscurité et d'erreur, comme il est bon de
nous rappeler sa présence, son trône inébranlable et la fidélité
de toutes ses promesses. "Consultez le livre de l'Éternel, et lisez
! Aucun d'eux ne fera défaut" (Esaïe 34 : 16). Dans la joyeuse
anticipation de la foi, nous pouvons regarder à l'époque glorieu-
se où sa Parole et sa volonté s'accompliront, où, par la venue du
Prince de la paix, la justice et la paix enfin s'établiront. En atten-
dant cet instant suprême et béni où sa promesse à notre égard
s'accomplira, nous lui faisons confiance, et marchons en com-
munion avec lui. Jour après jour nous découvrons tout à nou-
veau son soutien et sa protection en toute circonstance."

10. Elle fournit un havre de repos pour le cœur

Celui assis sur le trône des cieux, gouverneur des nations,


ordonnateur de tous les événements, est infini non seulement
en puissance mais aussi en sagesse et en bonté. Le Dieu de
toute la création est celui "qui a été manifesté en chair" (1 Timo-
thée 3 : 16). Voici un thème auquel aucune plume humaine
ne peut rendre justice. La gloire de Dieu ne consiste pas
simplement dans sa grandeur, mais dans le fait d'avoir quitté
cette grandeur et de s'être abaissé par amour pour venir porter
le fardeau de ses propres créatures pécheresses.

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"Car Dieu était en Christ, réconciliant le monde avec lui-même"
(2 Corinthiens 5 : 19). L'Église de Dieu fut acquise par "son
propre sang" (Actes 20 : 58). Son royaume fut établi par
l'humiliation et la bonté du roi lui-même - Ô merveille de la
croix ! Par elle, celui qui a souffert n'est devenu seulement le
Seigneur de notre destinée (il l'était avant), mais celui de notre
cœur. Par conséquent, nous ne nous inclinons pas devant le
Souverain suprême dans une attitude d'effroi servile, mais
dans l'adoration et dans la louange. Nous nous écrions :
"L'Agneau qui a été immolé est digne de recevoir la puissance,
la richesse, la sagesse, la force, l'honneur, la gloire, et la louan-
ge " (Apocalypse 5 : 12).

Cette doctrine, clament certains, constitue une horrible calom-


nie envers Dieu et un danger envers son peuple. Or, cette ac-
cusation impie est maintenant réfutée. Cette doctrine retire à
la créature toute occasion de s'enorgueillir. Elle donne à Dieu
sa place réelle, maintient ses droits, glorifie sa grâce, et lui at-
tribue toute la gloire du salut. Comment peut-elle être "horrible
et dangereuse” ? Cette doctrine offre au croyant un sentiment
de sécurité dans le danger, le réconfort dans le chagrin, la pa-
tience dans l'adversité, et la louange en tout temps. Comment
peut-elle être "horrible et dangereuse” ? Cette doctrine nous
assure du triomphe certain du bien sur le mal, et de l'existence
d'un havre de repos pour notre cœur par les perfections du
Dieu souverain lui-même. Comment peut-elle être "horrible et
dangereuse” ? Mille fois non ! Au lieu d'être "horrible et dange-
reuse", cette doctrine de la souveraineté de Dieu est glorieuse
et édifiante ! Sa compréhension véritable nous poussera à nous
exclamer avec Moïse : "Qui est comme toi parmi les dieux, Ô
Éternel ? Qui est comme magnifique en sainteté, digne de
louanges, opérant des prodiges” ? (Exodes 15 : 11).

Références

1. Le perfectionnisme : doctrine selon laquelle la sanctification parfaite


peut s'atteindre par une expérience au cours de notre vie présente.

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Conclusion

« Alléluia ! Car le Seigneur notre Dieu tout-puissant est entré


dans son règne » (Apocalypse 19 : 6)

Nous examinerons, pour conclure, une ou deux difficultés


souvent rencontrées en rapport avec la souveraineté de Dieu.
Si Dieu a non seulement prédestiné le salut des siens, mais
aussi préordonné les bonnes œuvres à accomplir dans leur
marche chrétienne (cf Éphésiens 2 : 10). Quelle motivation y
a-t-il alors à poursuivre la pratique de la sainteté ? Si Dieu a
fixé le nombre des pécheurs devant être sauvés, et si tous les
autres sont "des vases de colère formés pour la perdition", à
quoi sert-il alors de prêcher l'Évangile aux perdus ?

Traitons ces questions dans l'ordre.

La souveraineté de Dieu et la croissance du croyant dans


la grâce

Si Dieu a prédestiné tout événement, à quoi sert-il de nous


"exercer à la piété” ? (1 Timothée 4 : 8). Si Dieu a déterminé
par avance les bonnes œuvres à accomplir (Éphésiens 2 : 10),
alors pourquoi devrions-nous nous appliquer "à pratiquer de
bonnes œuvres” ? (Tite 3 : 8). Une fois de plus, cette question
soulève le problème de la responsabilité humaine. En vérité,
la réponse suivante devrait nous suffire : Dieu nous a ordonné
d'agir ainsi. Nulle part l'Écriture enseigne ni encourage un
esprit d'indifférence fataliste. Elle désapprouve explicitement
toute attitude d'autosatisfaction concernant nos efforts. Le but
de Paul devrait être le nôtre : "Je cours vers le but, pour rempor-
ter le prix de la vocation céleste de Dieu en Jésus-Christ" (Philip-
piens 3 : 14). Au lieu d'entraver la croissance du chrétien une
compréhension et une appréciation justes de la souveraineté
de Dieu la stimuleront. Le désespoir du pécheur face à son
incapacité de se sauver lui-même, nous l'avons vu, est la pre-
mière condition à une conversion véritable.
FBS_Page | 156
De même, la perte de toute confiance en lui-même est la con-
dition essentielle à la croissance en grâce du croyant. Comme
le pécheur désespérant de se sauver par lui-même s'abandon-
nera dans les bras de la miséricorde souveraine, de même, le
chrétien, conscient de sa propre faiblesse se tournera vers le
Seigneur pour y puiser sa puissance. "Quand je suis faible,
c'est alors que je suis fort" (2 Corinthiens 2 : 10). En d'autres
termes, nous devons être conscients de notre faiblesse avant
de rechercher l'aide du Seigneur. Quand le chrétien entretien
la pensée de son auto-suffisance, quand il s'imagine pouvoir
résister à la tentation par la seule force de sa volonté, quand
il fait confiance à la chair, alors (comme Pierre qui se targua
de ne jamais abandonner la Seigneur) il échoue et tombe sans
nul doute. En dehors de Christ nous ne pouvons rien faire (cf
Jean 15 : 5). La promesse de Dieu est : "Il donne de la force à
celui qui est fatigué, et il augmente la vigueur de celui qui tombe
en défaillance" (Esaïe 40 : 29).
La question devant nous maintenant est d'une très grande
importance pratique. Aussi nous sommes profondément sou-
cieux de nous exprimer avec clarté et simplicité. Le secret de
la croissance du chrétien réside dans la compréhension et la
reconnaissance de sa propre impuissance et, par suite, dans sa
recherche de l'aide du Seigneur. Par nous-mêmes, nous sommes
totalement incapables de mettre en pratique un seul précepte ou
d'obéir à un seul commandement contenu dans l'Écriture. Il est
écrit, par exemple : "Aimez vos ennemis". Mais nous ne pouvons
agir ainsi par nous-mêmes, ni nous forcer à y parvenir. Il est
aussi écrit : "Ne vous inquiétez de rien". Mais qui peut éviter ou
empêcher l'anxiété face à des circonstances difficiles ? Ces deux
passages sont de simples exemples choisis au hasard parmi
beaucoup d'autres. Dieu se moque-t-il de nous en nous ordon-
nant ce dont il nous sait incapables ? La réponse de saint
Augustin à cette question semble la meilleure : "Dieu nous
donne des commandements impossibles à mettre en pratique
par nous-mêmes pour nous inciter à puiser auprès de lui la force
d'y parvenir". La reconnaissance de notre impuissance devrait
nous pousser à nous remettre pleinement à celui qui peut tout.
FBS_Page | 157
La vision et la compréhension de la souveraineté de Dieu nous
motivent, car elles révèlent notre impuissance et sa toute-
puissance.

La souveraineté de Dieu et l'évangélisation

Si avant la fondation du monde, Dieu a déterminé le nombre


exact des élus, pourquoi devrions-nous alors nous préoccu-
per de la destinée éternelle de nos semblables ? Quelle place
occupe le zèle dans le service chrétien ? La doctrine de la
souveraineté de Dieu, et la prédestination, son corollaire, ne
découragent-elles pas les serviteurs du Seigneur en les pous-
sant à l'infidélité dans l’évangélisation ? Pas du tout, au lieu
de cela, la reconnaissance de la souveraineté de Dieu constitue
pour eux un profond encouragement. Tel chrétien, par exem-
ple, est appelé à exercer le ministère d'évangéliste et il va de
l'avant convaincu de la liberté et de la capacité naturelle du
pécheur de venir à Christ. Il prêche l'Évangile le plus fidèle-
ment possible et avec beaucoup de zèle. Cependant, la grande
majorité de ses auditeurs, il en est conscient, est totalement
indifférente et n'a aucun désir d'ouvrir leur cœur à Christ. Les
hommes, pour la plupart, sont entièrement absorbés par les
affaires de ce monde, et ils ne s'inquiètent pas de l'éternité.
Notre évangéliste supplie ses auditeurs de se réconcilier avec
Dieu. Il plaide avec eux concernant le salut de leur âme. Mais
en vain. Alors le découragement l'envahit et il s’interroge :

"Quelle est l'utilité de l'évangélisation ? Devrait-il aban-


donner son ministère ou changer son message ? Si les
hommes ne répondent pas à l'Évangile, ne ferait-il pas mieux
de s'engager dans une occupation plus populaire et plus
acceptable pour le monde ? Pourquoi ne se lancerait-il pas
dans une œuvre sociale et humanitaire ? Où dans une cam-
pagne à promouvoir la moralité publique ? Malheureusement
tant de prédicateurs de l'Évangile en sont venus en effet à
s'engager exclusivement dans ces activités ! Quel est alors le
moyen de Dieu pour relever son serviteur découragé ?
FBS_Page | 158
Tout d'abord, il lui rappelle par l'Écriture que son but n'est
pas de convertir les nations, mais de "choisir du milieu d'elles"
un peuple qui portera son nom (Actes 15 : 14). Il lui donne
donc en premier lieu une compréhension correcte de son plan
dans cette dispensation. Le deuxième remède divin contre le
découragement face à l'échec apparent de nos efforts est l'as-
surance de l'accomplissement inéluctable du dessein de Dieu
: Ce dernier ne peut échouer, et la volonté de Dieu doit se
réaliser. Nos efforts ne sont pas destinés à provoquer ce que
Dieu n'a pas décrété. Une fois encore : quelle la parole divine
d'encouragement à l'intention de ceux que gagne le décourage-
ment face à l'indifférence des perdus et à l'absence de fruits de
leurs efforts ? Nous ne sommes pas responsables des résultats
: ces derniers sont l'affaire de Dieu. Paul "plante" et Apollos
"arrose", mais Dieu "fait croître" (1 Corinthiens 3 : 6). Notre rôle
est d'obéir à Christ et de prêcher l'Évangile à toute créature,
de mettre l'accent sur le "quiconque croît", puis de laisser le
Saint-Esprit appliquer la Parole avec une puissance vivifiante
à qui il veut. Nous devons nous reposer sur la promesse
certaine de l'Éternel : "Comme la pluie et la neige descendent
des cieux, et n'y retournent pas sans avoir arrosé, fécondé la
terre, et fait germer les plantes, sans avoir donné de la semence
au semeur et du pain à celui qui mange, ainsi en est-il de ma
parole, qui sort de ma bouche : elle ne retourne point à moi sans
effet, sans avoir exécuté ma volonté (pas forcément la nôtre) et
accompli mes desseins" (Esaïe 55 : 10,11). Cette assurance ne
soutenait-elle pas l'apôtre Paul quand il déclarait : "C'est pour-
quoi je supporte tout à cause des élus" ? (2 Timothée 2 : 10). Ne
pouvons-nous pas apprendre cette même leçon grâce à
l'exemple précieux du Seigneur Jésus ? Après avoir dit à son
peuple : "Vous m'avez vu et vous ne me croyez point", il se
référa à la volonté souveraine de celui qui l'avait envoyé : "Tout
ce que le Père me donne viendra à moi, et je ne mettrai pas
dehors celui qui vient à moi" (Jean 6 : 37). Son travail, il le
savait, ne serait pas en vain. La Parole de Dieu ne retournerait
pas à lui "sans effet". Les élus de Dieu, il en était certain,
viendraient à lui et croiraient en lui.
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Cette même assurance remplit le cœur de tout serviteur se
reposant consciemment sur la vérité merveilleuse de la souve-
raineté de Dieu.
Dieu ne nous a pas envoyés pour "tirer des flèches au
hasard". Le succès du ministère qu'il nous a confié n'est pas
dépendant du caprice de la volonté de nos auditeurs. Comme
ces paroles de notre Seigneur sont glorieuses, encourageantes
et réconfortantes pour notre âme (si du moins nous leur accor-
dons simplement notre confiance) : "J'ai encore d'autres brebis
("j'ai", non "j'aurai” ; "j'ai" car le Père les lui a données avant la
création du monde), qui ne sont pas de cette bergerie (le
judaïsme de l’époque) ; celles-là, il faut que je les amène ; elles
entendront ma voix" (Jean 10 : 16). Non pas "elles devraient
entendre ma voix, non pas "elles peuvent entendre ma voix",
non pas "elles l'entendront si elles le veulent". Aucun "si" ou
"peut-être" ne figure, et aucune place n'est laissée à l'incer-
titude. "Elles entendront ma voix" constitue une promesse ab-
solue et sans restriction. Voici un appui pour notre foi ! Con-
tinuons à chercher les "autres brebis" de Christ. Ne nous
décourageons pas si les "boucs" n'entendent pas sa voix quand
nous prêchons l'Évangile. Soyons fidèles, donnons un ensei-
gnement fondé sur l’Écriture ; soyons persévérants et Christ
pourra nous utiliser comme porte-parole dans le but d'appeler
à lui certaines de ses brebis perdues. "Ainsi, mes frères bien-
aimés, soyez fermes, inébranlables, travaillant de mieux en
mieux à l'œuvre du Seigneur, sachant que votre travail ne sera
pas vain dans le Seigneur" (1 Corinthiens 15 : 58). Avant de
terminer, examinons maintenant ensemble quelques réflexions.

1. L'élection souveraine de Dieu de certains au salut


constitue une provision miséricordieuse

Si Dieu n'avait pas choisi certains pour le salut, nul n'aurait


été sauvé, car "nul ne cherche Dieu" (Romains 3 : 11). Cette
affirmation est une réponse suffisante aux accusations perver-
ses lancées contre la doctrine de la prédestination, la quali-
fiant de cruelle, d'horrible et d'injuste.
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Cette réponse, loin d'être une invention de notre part, consti-
tue l'enseignement explicite des Saintes Écritures. Écoutons
avec soin les paroles de l'apôtre dans Romains 9, où il traite
ce thème en profondeur : "Quand le nombre des fils d'Israël
serait comme le sable de la mer, un reste seulement sera sauvé
... Et, comme Esaïe l'avait dit auparavant : Si le Seigneur des
armées ne nous eût laissé une postérité, nous serions devenus
comme Sodome, nous aurions été comme Gomorrhe" (Romains
9 : 27,29). L'enseignement de ce passage est extrêmement clair
; si Dieu n'était pas intervenu, Israël serait devenu comme
Sodome et Gomorrhe. Si Dieu avait abandonné Israël, la cor-
ruption humaine aurait suivi son cours tragique. Mais Dieu
laissa à Israël "un reste" ou "une postérité".

Jadis, les villes de la plaine avaient été anéanties en raison de


leur péché et nul n'avait survécu. Il en aurait été de même en
Israël si Dieu n'avait pas épargné "un reste". Il en est ainsi avec
la race humaine, car tous les descendants d'Adam auraient
péri dans leur péché, si la grâce souveraine de Dieu n'avait
épargné "un reste". Par suite, l'élection souveraine de certains
au salut est une provision miséricordieuse. Et, notons-le, en
choisissons les élus, Dieu ne commet aucune injustice vis-à-
vis des autres, car nul n'a droit au salut. Le salut est par grâce,
et l'exercice de la grâce est une pure question de souveraineté.
Dieu peut nous sauver tous ou n'en sauver aucun, beaucoup
ou peu, un ou dix-mille, selon ce qu'il juge être le mieux.

Devrions-nous rétorquer : "Mais de toute évidence le mieux


aurait été de sauver tout le monde !" La réponse est : nous som-
mes incapables de juger. Selon nous sans doute, tout aurait
été mieux si Dieu n'avait jamais créé Satan, ni permis au
péché d'entrer dans le monde, ou le péché étant entré, s'il avait
mis un terme depuis longtemps au conflit entre le bien et le
mal.
Cependant ses pensées ne sont pas nos pensées et ses voies
sont incompréhensibles (cf Esaïe 55 : 8 ; Romains 11 : 33).

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2. Dieu a prédestiné tout ce qui arrive

Son règne souverain s'étend à tout l'univers et domine toute


créature. "C'est de lui, par lui et pour lui que sont toutes choses"
Romains 11 : 36). Dieu commence toutes choses, règle toutes
choses, et toutes choses concourent à sa gloire éternelle. "Il n'y
a qu'un seul Dieu, le Père, de qui viennent toutes choses et pour
qui nous sommes, et un seul Seigneur, Jésus-Christ, par qui
sont toutes choses et par qui nous sommes" (1 Corinthiens 8 :
6). Ou encore, "...suivant la résolution de celui qui opère toutes
choses d'après le conseil de sa volonté" (Éphésiens 1 : 11). De
toute évidence, le lancement des dés est le type-même de l'ac-
tion du hasard, et pourtant la Parole de Dieu déclare expres-
sément, "on jette le sort dans le pan de la robe, mais toute
décision vient de l'Éternel" ! (Proverbes 16 : 33).

3. La sagesse de Dieu dans le gouvernement de notre


monde sera un jour démontrée devant toute créature

Dieu n'est pas un spectateur éloigné, regardant de son obser-


vatoire élevé les événements de notre terre. Il conduit lui-
même toutes choses en vue de sa propre gloire. En ce moment
même, il réalise son dessein éternel, pas seulement en dépit
de l'opposition humaine et Satanique, mais en se servant
d'elle. Que les efforts déployés dans le but de résister à sa
volonté apparaitront un jour comme impies et vains, tout
comme autrefois quand le Pharaon rebelle et ses armées
furent noyés dans la Mer Rouge !
Il a été écrit à juste titre : "La fin et le but de tout est la gloire
de Dieu. Il a ordonné tout événement pour sa propre gloire. Cette
affirmation est parfaitement vraie. Mais, afin d'éviter tout ma-
lentendu, nous devons nous rappeler qui est ce Dieu, et quel
type de gloire il recherche. Il est le Dieu et Père de notre Seigneur
Jésus-Christ, en qui l'amour divin "est venu, non pour être servi,
mais pour servir et donner sa vie" (Marc 10 : 45). Il se suffit
parfaitement à lui-même et ses créatures ne peuvent lui ap-
porter un supplément de gloire.
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"Toute grâce excellente et tout don parfait descendent d'en haut,
du Père des lumières, chez lequel il n'y a ni changement ni
ombre de variation" (Jacques 1 : 17). Ses créatures ne peuvent
que lui rendre ce qu'il leur a donné".
"Dieu manifeste sa gloire en révélant sa bonté, sa justice, sa
sainteté et en se révélant une fois pour toutes et pour toujours
en Christ. Toutes choses - y compris ses adversaires et le mal -
doivent nécessairement servir la gloire de Dieu. Il l'a décidé
ainsi ; sa puissance le garantit ; et quand tous les obstacles
apparents sont enlevés, il se reposera à jamais dans son
amour. Mais seule l'éternité suffira pour comprendre cette révé-
lation. "Afin que Dieu soit tout en tous" (1 Corinthiens 15 : 28),
exprime en sept mots ce résultat ineffable".

Nous reconnaissons avec regret que ce livre n'offre qu'une


présentation bien incomplète et imparfaite de ce sujet si im-
portant. Néanmoins, s'il en résulte une compréhension plus
claire de la majesté de Dieu et de sa miséricorde souveraine,
nous serons amplement récompensés de nos efforts. Si vous,
lecteur, vous avez été béni en lisant ces pages, n'oubliez pas
de rendre grâces au dispensateur de toute grâce excellente et
de tout don parfait, en attribuant la louange à sa grâce
inimitable et souveraine.

"Alléluia ! Car le Seigneur notre Dieu tout-puissant est entré


dans son règne" (Apocalypse 19 : 6).

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Table des matières

Pages

Préface de l’éditeur…………………………………………….…… 2
Introduction……………………………………………………..…… 7

1 - La souveraineté de Dieu à l'époque actuelle……….……. 10


2 - La souveraineté de Dieu définie……………………………… 19
3 - La souveraineté de Dieu dans la création…………………. 26
4 - La souveraineté de Dieu dans l'administration des affaires
de ce monde………………………………………………..…… 30
5 - La souveraineté de Dieu dans le salut……………….…….. 44
6 - La souveraineté de Dieu en action………………………….. 74
7 - La souveraineté de Dieu et la volonté de l'homme……... 93
8 - La souveraineté de Dieu et la prière………………….…… 112
9 - Notre attitude face à la souveraineté de Dieu…….……. 126
10 - La valeur de cette doctrine………………………………… 140

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