Impact Crise Financière Afrique
Impact Crise Financière Afrique
ECON
BUREAU DE L’ECONOMISTE EN CHEF
ii
Résumé analytique
4 La majorité des marchés financiers africains ont subi les effets de la contagion se
traduisant par des pertes importantes en valeur et des sorties de capitaux. Pour les marchés
financiers les plus liquides en Afrique tels que l’Egypte ou le Nigeria, les effets de contagion
ont été amplifiés par une surévaluation des cours boursiers avant la crise et par la
diversification limitée des actifs.
5 La crise financière a amplifié l’augmentation de la marge appliquée aux prêts sur les
marchés financiers internationaux pour toutes les régions du monde, en particulier les pays
émergents et l’Afrique. Dès octobre 2008, les « spreads » sur la dette souveraine ont
augmenté. Pour cette raison, plusieurs pays africains (la Tunisie, le Kenya, l’Ouganda et la
Tanzanie) ont décidé de reporter le recours aux marchés financiers internationaux pour
mobiliser des ressources nécessaires au financement de la croissance et se sont tournés vers
les marchés locaux.
6 Avec l’intensification de la crise dans les pays développés et en Chine, la chute des prix
des matières premières s’est accélérée et risque d’effacer tous les gains enregistrés au cours
des dernières années. Cette chute aura plusieurs conséquences au nombre desquelles, la
baisse des réserves de change, non-rentabilité de certains puits pétroliers et gisement de mine,
réduction des capacités de financement de l’Etat et annulation ou report de certains
investissements dans les industries extractives qui dépendent fortement des investissements
directs étrangers.
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8 À court terme, on s'attend à ce que les impacts négatifs des crises financières et
économiques sur l’IDE demeurent dominants et contribuent à une baisse continue des IDE
pour 2009.
9 Concernant les flux de capitaux privés, les estimations préliminaires pour l’Afrique ne
sont pas aussi dramatiques que les autres régions pour de multiples raisons, notamment la
faible part de l’Afrique dans le total des flux de capitaux, nombre limité de pays levant des
fonds sur le marché international et la faible corrélation des marchés financiers africains aux
marchés financiers des pays industrialisés. Néanmoins, aucune émission de bonds en
monnaie étrangère n’a été enregistrée en 2008 pour le compte des pays africains. Ce constat
est préoccupant si on considère que beaucoup de pays couvrent leurs déficits de compte
courant par l’afflux de capitaux privés.
10 Les données récentes des transferts des migrants montrent une certaine stagnation ou une
légère baisse au niveau mondial et en particulier dans les pays d’Amérique Latine. Faute de
données, il semble trop tôt de tirer une conclusion pour l’Afrique.
11 Globalement l’Afrique passera d’un excédent budgétaire global de 1.8% du PIB en 2008
à un déficit de -5% en 2009. Les pays exportateurs de pétrole enregistreront un déficit de -7%
du PIB en 2009 près un excédent budgétaire de 4% en 2008. Le déficit se creusera
également pour les pays importateurs de pétrole ( de -1.7% à -2.1%).
13 Pour le continent dans son ensemble, l’inflation a été plus élevée en 2008 (10,4 %) qu’en
2007 (7,4 %). Cette inflation a été de 3 point de pourcentage plus élevée que celle prévue
avant la crise financière. A contrario, un taux d’inflation plus faible est attendu pour 2009
(8.6%). Cependant, en dépit de cette baisse du prix du pétrole, des pressions inflationnistes
persistent dans de nombreux pays. Ceci est principalement lié aux prix élevés des denrées
alimentaires et aux goulots d’étranglement du côté de l’offre.
14 L’Afrique devrait croitre en 2009 à un taux faible de 3.2%, en baisse par rapport à 2008
(5.75%) et à 2007 (6%). Les projections provisoires font apparaître une perte de croissance
de 3.7% pour les pays exportateurs de pétrole en 2009 et 1% de croissance de moins pour les
pays importateurs de pétrole. Pour la première fois depuis les années 2000, les pays
importateurs de pétrole devraient enregistrer des taux de croissance plus élevés (3.4%) que
les pays exportateurs de pétrole (2.9%).
15 Les secteurs les plus touchés par la crise économiques sont le secteur minier, du
tourisme, textile et manufacturier. Des fermetures d’entreprises et des reports ou annulations
de projets sont fréquents dans les pays africains. Des pertes d’emplois substantielles sont
enregistrées, avec des effets négatifs directs sur le niveau de vie des ménages.
iv
Table des Matières
1. Introduction 1
2. L’impact sur le système bancaire 1
3. Les impacts de la crise financière sur les marchés 3
3.1 Les effets sur les marchés financiers 3
3.2 La hausse des « spreads » de dettes souveraines 3
3.3 La volatilité des marchés de change 4
3.4 La baisse des prix des matières premières 4
4. Les canaux de transmission à moyen et long terme 5
4.1 Les flux commerciaux 5
4.2 Les flux des capitaux 6
5. Les perspectives économiques suite à la crise financière 7
5.1 La réduction des réserves de change et du budget de l’Etat 7
5.2 Inflation 8
5.3 Les perspectives de croissance 8
5.4 Impact sectoriel 9
6. Conclusion 10
v
Liste des acronymes
vi
1. Introduction
1.1 Avant juillet 2008, en dépit de la crise des crédits immobiliers à risque
(subprimes), l'Afrique enregistrait d’excellentes performances de croissance
économique. Les leviers de certaines performances se trouvaient à la fois dans les
réformes macroéconomiques entamées par les pays africains ainsi que dans une
conjoncture mondiale favorisée par la hausse de la demande des matières premières,
l’investissement direct étranger et la forte croissance de la Chine. Les analystes
étaient optimistes quant aux capacités du continent et à la conjoncture mondiale pour
générer les ressources nécessaires au développement et à la réduction de la pauvreté.
1
milliards de dollars US en 2007 comparée à 33 milliards enregistrés par l’Asie ou 19
milliards par l’Amérique Latine. Même en termes d’accès aux ressources privés,
l’Afrique n’a reçu que 3 milliards de dollars américains en 2007 comparé à 42
milliards pour l’Asie.
2.3 La faible intégration financière explique en partie le fait que l’Afrique ait
échappé à la crise des subprimes et bancaire. Aucun pays africain n’a annoncé un
programme de sauvetage bancaire de l’ampleur de ceux signalés dans la majorité des
pays développés (voir tableau). Peu de banques et sociétés d'investissement en
Afrique ont détenu des produits dérivés garantis par hypothèque de « subprimes », ou
« capitaux toxiques ». Aucune information n’a été reportée sur les fonds souverains
africains et les implications éventuelles sur leur rentabilité. Les banques africaines
n’offrent généralement pas de produits dérivés complexes et ne dépendent pas
lourdement des financements extérieurs.
2.4 L’effet de la contagion pourrait être amplifié par une forte présence des
banques étrangères. La part des actifs bancaires détenus par des banques étrangères
dans certains pays africains atteint 100% pour certains pays comme le Mozambique,
le Swaziland et Madagascar. Les sièges de ces banques étrangères sont localisées sont
localisées en France, au Portugal et au Royaume-Uni, où les banques ont aussi connu
des pertes en termes de capitalisation boursière et de profits durant la crise financière.
2.7 L’accumulation des réserves au cours des années précédentes est à l’origine
de la de la croissance des anciens fonds souverains africains comme le Nigeria et
Botswana ou la création de nouveaux fonds en Libye, en Algérie, à São-tomé et
Principe et au Soudan. L’origine de l’accumulation des ces réserves est
2
principalement les recettes d’exportations gonflées par la hausse du prix du pétrole.
Bien que ces fonds souverains ne représentent que 2% de l’actif global des fonds
souverains au niveau international, le montant accumulé n’est pas négligeable et
représentait, avant la crise financière, plus de 124 milliards de dollars. La stérilisation
de ces réserves en devises étrangères et leur conversion en actifs étrangers a permit
d’éviter une forte appréciation de la monnaie de ces économies mais les a exposé
sûrement à la crise des « subprimes » et à la crise financière. A ce stade, peu
d’information est disponible sur l’impact de la crise financière sur les fonds
souverains africains et leurs pertes éventuelles. Toutefois, leur rentabilité devrait
baisser et s’aligner par rapport à la rentabilité des produits financiers et bons de trésor
au niveau international. Il est évident que la baisse du prix du pétrole réduira
énormément les capacités d’investissement et la taille des ces fonds
3.1.1 Bien que les systèmes bancaires en Afrique n’aient pas été directement
exposés à la crise des « subprimes », il y a eu des signes forts dès l’été 2008 d’une
augmentation de la volatilité des prix des actifs et des primes de risque sur les
marchés financiers africains. La contagion et l’interdépendance ont affecté d’une
manière très importante les marchés financiers de la région. Pour certains marchés
africains, tels que l’Egypte ou le Nigeria, l’effet a été plus élevé que celui observé sur
les marchés des pays développés (Tableau 1).
3.1.2 Outre l’impact de la contagion, les marchés financiers les plus liquides en
Afrique ont subi un phénomène d’amplification de l’impact qui pourrait s’expliquer
par une certaine surévaluation des cours boursiers et par le mouvement de sortie des
investissements de portefeuille. Les investisseurs africains en général et, égyptiens ou
nigérians en particulier, ont perdu en moyenne pendant six mois plus de la moitié de
la richesse qu’ils avaient investie à la fin de juillet 2008. Ceci représente des pertes
plus importantes que celles subies par les investisseurs américains, français ou
japonais.
3.2.1 Les coûts d’endettement externe sur les marchés financiers internationaux
pour les pays émergents ont commencé à augmenter dès le début de la crise des
« subprimes » en juillet 2007. Les marges sont restées raisonnables jusqu’au début de
la crise financière de l’été 2008. La Tunisie a ressenti l'ampleur de cette crise à travers
sa tentative de lever des fonds sur le marché financier international dès 2007. La
première tentative de lever des fonds sur le marché financier japonais en juillet 2007 a
été confrontée à des exigences financières plus restrictives. En effet, face à une marge
de crédit estimée entre 45 et 50 points de base, la Tunisie a dû abandonner 25 points
de base pour parvenir à mobiliser des ressources.
3
3.2.2 La crise financière a amplifié l’augmentation de la marge appliquée aux prêts
sur les marchés financiers internationaux pour toutes les régions du monde, en
particulier, les pays émergents et l’Afrique. Dès octobre 2008, les « spreads » sur la
dette souveraine ont augmenté en moyenne de 250 points de base pour les pays
émergents. Le « spread » de l’indice des titres des pays émergents de JPMorgan a
atteint son plus haut niveau depuis 2002 en augmentant de 800 points de base en
octobre 2008. Les marges ont augmenté de 100 points pour l’Egypte et ont augmenté
rapidement à plus de 200 points base pour la Tunisie pendant les périodes les plus
dures de faillites bancaires aux Etats Unis. Pour cette raison, la Tunisie, le Kenya,
l’Ouganda et la Tanzanie ont décidé de reporter le recours aux marchés financiers
internationaux pour mobiliser les ressources de long-terme. L’alternative reste le
recours aux marchés domestiques.
3.3.1 Dans la plupart des pays Africains, la crise s’est accompagnée par une
fluctuation des taux de change, notamment contre le dollar EU ou contre l’Euro. La
dépréciation de certaines monnaies est due à l’impact de la crise financière sur les prix
des matières premières et la sur les réserves de change. Ainsi, la baisse du prix du
charbon de 65.8%, qui est passé de son niveau le plus élevé de 8,985 $/tonne métrique
en juillet 2008 à 2,902$/tonne métrique à la fin de décembre 2008, a conduit à une
baisse considérable des réserves en Zambie. Le taux de change du kwacha Zambien a
ainsi subi une forte dépréciation par rapport au dollar au cours de l’année 2008 allant
jusqu'à 50%. Cependant, le taux de change du Kwacha s’est légèrement amélioré à la
fin de l’année.
3.4.1 Les recettes générées par les exportations des matières premières constituent
un des leviers majeurs de la croissance des pays Africains. La croissance des pays
industrialisés et des pays émergents comme l’Inde et la Chine étaient les principaux
moteurs de la croissance de la demande en matières premières et de la hausse de leurs
prix. Malheureusement, la crise financière a eu des effets néfastes sur les perspectives
de la croissance mondiale et fortement dégradé les anticipations sur les marchés futurs
des matières premières, ce qui a induit une baisse aussi bien de la demande que des
prix de la majorité des matières premières. Le prix du baril de pétrole, par exemple, a
baissé de plus de moitié passant de 125.73 US$ au début de la crise financière à 43.48
US$ au début du mois de janvier 2009.
3.4.2 La crise financière a aussi imposé une lourde contrainte sur les pays fortement
dépendants des ressources naturelles et surtout ceux dépendants du cuivre, du pétrole,
du bois et du diamant. Le déclin du prix du cuivre a par exemple conduit à une baisse
importante des recettes d’exportation de la Zambie réduisant considérablement ses
réserves de change. Depuis la seconde moitié de 2008, le volume des réserves de
change générées par le secteur minier a baissé de 30% de 649 millions au cours de la
première moitié de 2008 à 454.5 millions au second semestre 2008.
4
des paiements s’est fortement dégradé sous l’effet de la chute de la production
agricole et de la baisse des exportations de coton fibre. Ce solde s’est élevé fin 2008 à
12 millions de francs CFA contre 160 millions de francs CFA en 2007. Le déficit du
compte courant est estimé en 2008 à 12.9 pour cent du PIB, en augmentation de 3.8
points par rapport à 2007.
3.4.4 Les effets de la crise financière et la récession économique sur les prix des
matières premières et les flux des capitaux risquent d’effacer tous les gains enregistrés
au cours des dernières années. Il en ressort plusieurs conséquences qui affecteront les
performances à moyen et long terme des économies africaines : baisse des réserves,
non-rentabilité de certains puits pétroliers, réduction des capacités de financement de
l’Etat et annulation ou report de certains investissements dans les industries
extractives qui dépendent fortement des investissements directs étrangers.
3.4.5 Les effets de la crise affecteront à la fois les exportateurs de pétrole ainsi
que les pays producteurs d’autres matières premières hors-énergie telles que les
minerais et les produits agricoles. Les produits alimentaires et agricoles suivront la
même tendance à la baisse qui se situera autour de 20%, ce qui apaisera l’effet de la
crise économique dans les pays africains particulièrement le poids sur la balance des
paiements et du budget de l’Etat.
3.4.6 Cependant, la baisse des prix des matières première aura des effets positifs
sur les comptes extérieurs des pays importateurs de pétrole, en particulier ceux ayant à
la fois un déficit élevé des balances des paiements, dû à la facture des importations
énergétiques. Un groupe de pays composé du Burundi, Seychelles, Togo et Malawi se
trouve dans ce cas de figure. Ces pays ont de larges déficits du compte courant qui
varient de -37.6 % pour le Burundi à -18.6% pour le Malawi. L’impact net dépendra
des effets combinés de la baisse des prix des matières premières énergétiques et non-
énergétiques. La couverture du déficit du compte courant de ces pays dépend des flux
d’investissements directs étrangers et d’aide. Ces pays auront des difficultés
importantes si les IDE et l’APD devaient se réduire sous l’effet de la récession.
5
conséquence, l’impact de la crise sur les réserves de changes devrait être important.
Ayant bénéficié de la bonne tenue des matières premières sur la période récent,
l’Afrique connaîtra une chute de la valeur de ces exportations de 45.4% en 2009. les
pertes dans le taux de croissance des exportations n’étant pas compensée par une
réduction des taux de croissance des importations en valeur, il en résulte évidement
une dégradation de la balance commerciale.
4.2.1.2 À court terme, on s'attend à ce que les impacts négatifs des crises financières
et économiques sur l’IDE demeurent dominants et contribuent à une baisse continue
des IDE pour 2009. L’Afrique ne dérogera pas à cette règle surtout si les prix des
matières premières continuent de chuter. Ceci augmentera la marginalisation de
l’Afrique et réduira la croissance des secteurs dépendant de l’investissement étranger
tels que les ressources naturelles.
4.2.2.1 Selon les dernières estimations, les flux nets de capitaux privés de court
terme vers les pays émergents étaient de l’ordre de 253 milliards de dollars en 2007 et
ont baissé à 141 milliards de dollars en 2008. Les flux d’investissement en
portefeuille en Afrique ont aussi diminué en 2008 par rapport à 2007 (Graphique 4).
Cette baisse traduit bien la rareté des ressources financières, la détérioration des
conditions du marché et le rationnement de certains pays émergents.
4.2.2.2 Les estimations préliminaires pour l’Afrique ne sont pas aussi dramatiques
que les autres régions pour de multiples raisons liées à la faible part de l’Afrique dans
le total des flux de capitaux et au nombre limité de pays levant des fonds sur le
marché international et à la faible corrélation des marchés financiers africains aux
marchés financiers des pays industrialisés. Néanmoins, aucune émission de bonds en
monnaie étrangère n’a été enregistrée en 2008 pour le compte des pays africains. En
2007, les émissions de bons en monnaie étrangère avaient atteint 6.5 milliards de
dollars en 2007 contre 1.5 milliards de dollars en 2005. Ce constat est préoccupant si
on considère que beaucoup de pays, comme l’Afrique du Sud, couvrent leurs déficits
de compte courant par l’afflux de capitaux privés.
6
4.2.3 Impact sur les transferts de fonds des migrants
4.2.3.1 Les transferts de fonds qui sont devenus une importante source de financement
externe pour les pays africains, ont été affectés par le ralentissement de l'économie
dans les pays développés. Dans quelques pays, ces transferts dépassent l’aide
publique au développement en tant que source de financement externe. Le montant
total des transferts de fonds des migrants vers l’Afrique s’est élevé à 38 milliards de
dollars en 2007.Les transferts entre pays africains sont aussi en baisse suite aux
suppressions d'emplois et au déclin du secteur minier. La baisse du volume des
transferts a un impact négatif direct sur le bien-être des ménages puisque ceux-ci,
contrairement à d’autres types de transferts, sont directement utilisés pour couvrir les
besoins primaires tels que la nourriture, l’éducation et la santé.
4.2.3.2 Bien que les données récentes sur les transferts des émigrés soient encore
incomplètes, elles laissent présager un effet négatif de la crise économique. Les
données mensuelles de décembre et janvier montrent une certaine stagnation ou une
légère baisse au niveau mondial. De façon surprenante, les transferts vers certains
pays comme le Kenya ont augmenté. Néanmoins, faute de données, il semble trop tôt
de tirer une conclusion pour l’Afrique.
5.1.1 La hausse des prix des matières premières a permis aux pays africains
d’accumuler des réserves de change. Ainsi, l’Afrique a accumulé 369 milliards de
dollars de réserves en 2007, l’Algérie ayant accumulé des recettes en devises de
l’ordre de 110 milliards en 2007 comparées à 79 milliards en Libye et 51 milliards au
Nigeria. Ces recettes avaient permis aux pays exportateurs de pétrole de disposer
d’une aisance budgétaire considérable permettant l’engagement d’importants
programmes d’investissement public ainsi que le remboursement de la dette
extérieure. Désormais, certains pays qui avaient élaboré des budgets basés sur un prix
moyen de 70 dollars seront contraints de revoir à la baisse leurs plans
d’investissement si les pressions à la baisse du prix du pétrole persistent. Les
prévisions font apparaître un déficit budgétaire de -7% du PIB pour les pays
exportateurs de pétrole en 2009 contre un excédent de +7 du PIB en 2008 et 3.8% du
PIB en 2007.
5.1.3 Sous l’effet de la crise, le déficit des comptes courants s’est aggravé dès 2008
dans vingt-six pays. L’accroissement des déséquilibres des balances des paiements
prévu en 2009 fera basculer l’Afrique d’une situation de continent globalement
excédentaire de 2.9% en 2008 à un continent globalement déficitaire de -4.0% en
2009. Le large excédent de 8.8% du PIB enregistré par le groupe des pays
7
exportateurs de pétrole devrait se convertir en un déficit de -4%. Ceci constitue un
effet direct de la baisse des revenus pétroliers. L’Afrique du Nord est la seule région
qui enregistre un excédent du compte courant d’environ 3% du PIB, portée par le
Maroc (10.7%) et l’Algérie (5.6%).
5.1.4 Certains pays feront face durant 2009 à un double déficit de la balance des
paiements et du budget de l’Etat. Ceci est dû au fait que les exportations chuteront
plus rapidement que les importations (causant un déficit du compte courant) alors que
les gouvernements tentent de maintenir des niveaux de dépenses élevés dans le
contexte actuel de baisse des recettes. Par conséquent, certains pays se retrouveraient
en proie à des déséquilibres macroéconomiques à moyen terme si la crise venait à
perdurer.
5.2 Inflation
5.2.1 L’inflation estimée pour 2008 (10.4%) est plus élevée que celle enregistrée en
2007 (7.4%) à cause particulièrement de la flambée des prix des pétroles et des
denrées alimentaires durant le premier semestre de 2008. L’inflation de 10.4% en
2008 se situe 3 points de pourcentage au-dessus des prévisions qui avaient été
réalisées avant la crise. Cependant, la baisse des prix des matières premières au
second semestre 2008 devrait exercer des pressions à la baisse sur l’inflation résultant
en une baisse de l’inflation en 2009.
5.2.2 Le schéma attendu pour 2009 est plus ou moins inversé par rapport à 2008
puisque certaines sources de la hausse des prix de 2008 sont devenues, depuis le
second semestre de 2008, des sources de baisse de l’inflation. Par conséquent, les
grands perdants de 2008 seront les grands gagnants de 2009 à une exception prés. En
tout cas, les pays importateurs de pétrole gagneront 3% de taux d’inflation en moins
ce qui ramènerait l’inflation à son niveau de 2007. Dans les pays exportateurs de
pétrole, le niveau d’inflation en 2009 sera comparable à ceux de 2008.
5.3.1 Les perspectives de croissance au niveau mondial ont été revues à la baisse
pour la majorité des régions dans le monde. L’année 2009 apparaît comme une année
de stagnation au niveau mondial et de récession dans les pays industrialisés. Les
projections de croissance sont de 0.9% au niveau mondial et de -0.1% dans les pays
industrialisés. Seule la chine continuera à avoir un taux de croissance soutenue
supérieur à 7% mais en dessous des 12% enregistrés au début de 2008.
8
des pertes de croissance comparables aux pays importateurs de pétrole et à faible
revenus. Le ralentissement de la croissance risque de compromettre les efforts réalisés
par l’Afrique vers l’achèvement des objectifs du millénaire pour le développement et
de réduction de la pauvreté.
Malgré qu’il soit très tôt de prédire l’impact de la crise financière et économique
mondiale, des faits préliminaires montrent que quelques secteurs dans les économies
africaines ont été négativement affectés.
5.4.1 Tourisme
5.4.1.1 Le tourisme a été fortement touché par la crise à travers la baisse des revenus
dans les pays développés et émergents, dont la plupart des flux touristiques sont
originaires. Le Kenya annoncé une baisse de 25 à 30% des arrivées touristiques et
Kenya Airways a enregistré un déclin des ses profits de 62.7% sur une période de six
mois se terminant en septembre 2008. La baisse de l’activité touristique devrait
atténuer les gains récents enregistrés par le secteur des services qui était en train de
devenir un important moteur de la croissance. Ceci appelle une diversification plus
poussée du secteur des services mais aussi de l’économie toute entière. L’Egypte a
notamment annoncé 40% d’annulation de réservations d’hôtel et les Seychelles une
chute de leurs recettes touristiques de 10%.
5.4.2.1 Plusieurs projets d’investissement dans les industries extractives ont été
annulés ou reportés en République Démocratique du Congo (RDC), Zambie, Afrique
du Sud, RCA ou au Cameroun. En Zambie, le projet de barrage Kafu Gorge, d’un
montant de 1.5 milliard de dollars, est mis attente car beaucoup d’investisseurs sont
réticents à cause de la baisse du prix du cuivre. Des compagnies minières telles que
First Quantam Minerals, Albidon et Makambo Copper Mine ont toutes annoncés la
suspension des nouvelles explorations. En même temps, la plus grande mine de cuivre
de Zambie, Konkola Copper Mines, a ordonné une réduction de 40% de tous les
contrats destinés aux fournisseurs.
9
5.4.2.4 La baisse du prix du Fer de 60% depuis la crise a touché le Sénégal et la
Mauritanie. Pour le Sénégal cette baisse devrait retarder la mise en chantier de
l’exploitation du gisement de la Flémé dont la production est prévue pour 2011 et
l’accord est signé en février 2007 avec Arcelor Metal, une société française. La
production Mauritanienne de fer qui représente 50% des exportations a été
lourdement affectée par la baisse du prix du fer.
5.4.2.5 La baisse du prix de l’uranium dont la livre est passée de 140 à 53 dollar
entre juin 2008 et janvier 2009 aura des conséquences néfastes sur les recettes
d’exportations du Niger. L’uranium représente 50% de ces recettes d’exportation. Le
Niger compte sur l’augmentation de la production même si la demande ne poura peut-
être pas compenser les pertes de prix. La société française Areva a signé un contrat
d’exploitation d’un second gisement le plus grand en Afrique.
5.4.3 Le textile
6. Conclusion
6.1 La crise financière globale actuelle aura un impact significatif sur l'Afrique
malgré les perspectives de croissance positives par rapport aux pays industrialisés. Un
taux de croissance autour de 3.2 % comparé à un taux de -0.1 pour les pays avancés
peut apparaître comme une performance mais si on le considère comme une perte de
3 points de pourcentage par rapport à 2007. En outre, ce niveau est loin de celui
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requis pour atteindre les objectifs du millénaire. La crise économique actuelle affecte
tout les moteurs de la croissance africaine : les prix et la demande des matières
première et les flux de capitaux, notamment l’investissement direct à l’étranger. De
nombreux pays sont menacés par le risque d’avoir des déficits jumeaux (balance des
paiements et budgétaires). Si la crise devait perdurer, les acquis en matière de lutte
contre la pauvreté acquis au cours des années précédentes pourraient même être remis
en cause.
6.3 Les domaines suivants demanderont une action immédiate de la part des
gouvernements Africains, de la Banque, et les partenaires en développement.
11
Tableau 1 : Effets sur les marchés financiers
Afrique
BRVM
Côte d'Ivoire Composite BRVM CI 242.54 169.34 -30.18
Index
CASE 30
Egypte CASE30 9251.19 3600.79 -61.08
Index
Kenya Stock
Kenya KSE 4868.27 2855.87 -41.34
Index
Mauritius
Maurice SEMDEX 1735.77 1005.69 -42.06
AllShares
Casa All Share
Maroc MASI 14134.70 10352.81 -26.76
Index
NSE All Share
Nigéria NSE 52916.66 23814.46 -55.00
Index
Afrique du All Share
JALSH 27552.65 20650.38 -25.05
Sud Index
Tunis se Tnse
Tunisie TUNINDEX 3036.87 3049.6 0.42
Index STK
Autres
Dow Jones
USA DJ Index 11378.02 8280.59 -27.22
Industrial
Nikkei 225
Japon N225 13376.81 8076.62 -39.62
Index
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Tableau 2 : Perspectives du commerce mondial et africain
Pertes de Pertes de
Taux de croissance Taux de Croissance
Croissance Croissance
2008- 2009- 2008- 2009-
2006 2007 2008 2009 2006 2007 2008 2009
2007 2008 2007 2008
Volumes des exportations Value des exportations
Monde 8.8 6.3 4.4 2.1 -1.9 -2.3 14.9 15.6 18.9 -4.4 3.3 -23.3
Afrique 0.2 10.1 10.6 3.6 0.5 -7 18.6 20.1 38.3 -7.1 18.2 -45.4
Afrique duNord 16.5 10.4 14.3 6.6 3.9 -7.7 33.1 19.4 52.7 -5.4 33.3 -58.1
Afrique sub-
Saharienne (Nigéria et 4.7 8.1 6.1 4.9 -2 -1.2 20.7 21.2 42.1 -22.5 20.9 -64.6
Afrique du Sud exclus)
Monde 8.8 6.3 4.4 2.1 -1.9 -2.3 14.9 15.6 18.9 -4.4 3.3 -23.3
Afrique 11.6 17.6 15.2 10.5 -2.4 -4.7 19.5 25.5 29.1 6.6 3.6 -22.5
Afrique du Nord 16 24.9 24.3 17.9 -0.6 -6.4 20.8 33.7 50.8 15.2 17.1 -35.6
Afrique sub-
Saharienne (Nigéria et 4.7 8.1 6.1 4.9 -2 -1.2 12 18.7 18.2 2.8 -0.5 -15.4
Afrique du Sud exclus)
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Tableau 3 : Balance budgétaire et balance du compte courant (% du PIB)
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Tableau 4 : Inflation et croissance
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