Le lièvre et
l’Indien
Il y a longtemps, dans une tribu indienne, vivait un homme qui était un excellent
chasseur. Avec son arc et ses flèches, il rapportait toujours assez de gibier
pour nourrir sa famille. Mais, un été, il se mit à faire très très chaud dans
la grande prairie. Si chaud que l’herbe devint toute jaune et toute sèche.
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Les animaux n’avaient plus rien à manger ni à boire. Alors, ils quittèrent
la grande prairie pour aller vers les pays froids. Il n’y eut bientôt plus
un seul lapin, ni une alouette, ni un sanglier. Si bien que le chasseur
et sa tribu n’avaient rien à chasser. Un matin, le chef indien s’écria :
– Nous devons faire quelque chose sinon nos enfants vont mourir de faim.
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Le grand chasseur, qui s’appelait Plume Noire, dit :
– J’ai une idée ! Suivons les animaux et allons vers les pays froids nous aussi.
Là-bas, il y aura sûrement de quoi chasser.
Les hommes de la tribu furent d’accord et ils partirent vers le Grand Nord
à bord de leur canoë.
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Après un long voyage, ils arrivèrent là où il fait toujours froid. Ils avaient
tellement faim qu’ils se mirent à chasser tout de suite. Plume Noire suivit
les traces d’un cerf. Mais la neige commença à tomber à gros flocons
et, bientôt, le chasseur ne vit plus rien. Il perdit la trace du cerf car la neige
recouvrait toute la campagne. Plume Noire marcha longtemps, longtemps...
Il se disait : « Je suis perdu. Je ne retrouverai jamais les hommes de ma tribu
et je vais mourir de froid. Qui s’occupera de mes enfants ? »
Peu après, il aperçut une petite forme brune sur la neige...
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C’était un lièvre qui le regardait. Hop ! L’animal sauta vers lui et se mit à parler :
– On dirait que tu es perdu.
– C’est vrai, répondit Plume Noire, je suis perdu.
Il était si étonné d’entendre parler le lièvre qu’il n’essaya même pas de le tuer.
Le lièvre reprit :
– Je sais où se trouve ton campement. Tu n’as qu’à me suivre.
Très étonné, le chasseur suivit le lièvre. Il ne quittait pas des yeux son bout
de queue marron qui faisait des petits bonds sur la neige.
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Quand ils arrivèrent près du
campement, le lièvre s’arrêta.
Plume Noire se mit à genoux et
le caressa doucement. Il murmura :
– Merci petit lièvre, tu m’as sauvé
la vie. Sans toi, je n’aurais jamais
retrouvé mon chemin. Hélas, avec
ma tribu, nous sommes venus pour
chasser. Nous devons rapporter
à manger à nos enfants et, demain,
l’un de nous te tuera peut-être...
Tout à coup, il se passa une chose
incroyable : plus l’homme caressait
le lièvre, plus le pelage de l’animal
blanchissait. Comme par magie,
il devint blanc du nez jusqu’au bout
de la queue ! Et le lièvre finit par
se confondre avec la neige. Seuls
ses beaux yeux noirs brillaient
encore en regardant le chasseur.
Celui-ci n’en revenait pas.
Tout surpris, il dit :
– Allez, sauve-toi maintenant !
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Le lièvre s’éloigna. Après trois sauts, Plume Noire le perdit de vue.
L’Indien sourit car il savait que désormais, blanc dans la neige blanche,
le petit lièvre serait invisible pour les chasseurs. Et personne, jamais,
ne pourrait le tuer.
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