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UNIVERSITE DE DSCHANG REPUBLIQUE DU CAMEROUN
UNIVERSITY OF DSCHANG REPUBLIC OF CAMEROON
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Faculté des Sciences Juridiques et Politiques Paix – Travail - Patrie
Faculty of Law and Political Science Peace-Work-Fatherland
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DSCHANG – CAMEROUN
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COURS DE CRIMINOLOGIE
Eddy L. NGUIFFEU TAJOUO
Docteur/Ph.D. en Droit
Chargé de Cours - Droit Privé
[email protected] Année académique 2020-2021
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ELEMENTS DE BIBLIOGRAPHIE
Patrick MORVAN, Criminologie, LexisNexis, 2019
Jean LARGUIER, Criminologie et science pénitentiaire, Mementos Dalloz, 9e éd.,
2005.
Jacques LÉAUTÉ, Criminologie et science pénitentiaire, PUF, 1972
Jean PINATEL, Traité de droit pénal et de criminologie, Tome III, Criminologie, Ed.
DALLOZ, 1963.
R. MERLE et A. VITU, Traité de droit criminel : Problèmes généraux de la science
criminelle, Droit pénal général, 7e éd. 2000.
Raymond GASSIN, Criminologie, Précis Dalloz, 7e éd., 2011.
D. SZABO : Criminologie, Presses Universitaires de Montréal, 1978.
Yves BRILLON, Ethno criminologie de l’Afrique noire, Presses universitaires de
Montréal, 1980.
G. PICCA La criminologie, Que sais-je ? PUF, 8e éd., 2009.
Lygia. NEGRIER-DORMONT. La criminologie, Litec, 1992.
B. BOULOC, Penologie, Précis Dalloz, 2e éd. 1998.
Pierrette PONCELLA, Droit de la peine, Thémis, 2001.
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INTRODUCTION
Le phénomène criminel est vieux comme le monde. La criminalité n’a cessé de
se manifester dans toutes les civilisations et dans tous les lieux de la Terre. Il s’agit donc
d’un phénomène universel ayant, fort heureusement, donné lieu à une étude
scientifique.
Ce phénomène universel obéit toujours à une même chronologie. Toute société
connaît les trois étapes de cette chronologie.
Pour leur survie, les collectivités humaines édictent des normes de conduite
obligatoires sous peine de sanctions publiques. Ce premier temps du phénomène ne
cesse jamais, par suite de la naissance, de la vie et de la mort des règles pénales, qui se
renouvellent au cours de l’histoire des sociétés. Les normes peuvent être des
commandements religieux, des superstitions instinctives, des coutumes, des “tabous”,
des ordres d’un chef, des lois forgées par un législateur.
Dans un second temps, on constate que certains individus s’écartent du
comportement imposé. Le degré de déviance est variable. Les uns n’accomplissent
l’acte prescrit qu’avec retard ou partiellement. Les autres se conforment à la règle, mais
subissent des troubles de l’adaptation sociale. D’autres, enfin, les délinquants, violent
les règles et se placent en état d’infraction, soit intentionnellement, soit par négligence
ou par imprudence. On dénomme criminalité ou délinquance, l’ensemble de ces
infractions dans une société à un moment donné.
Le troisième temps du phénomène est celui de la réaction sociale répressive. Se
sentant menacées dans leur ordre et dans leur sécurité, les sociétés archaïques se
vengeaient. La riposte instinctive consiste encore à infliger une peine au délinquant,
voire à la lui retirer la vie. On appelle peine le mal volontairement causé par la société à
l’auteur d’une infraction en riposte.
A mesure qu’elles se policent, les sociétés s’efforcent de réduire ensuite
l’impulsivité de leurs réactions. D’une part, elles dédoublent la riposte qui se fait
désormais en deux temps. Un procès précède l’exécution de la peine et les exécutions
sommaires deviennent prohibées.
La raison, d’autre part, contrebat l’instinct. Des dispositions sont prises afin de
rendre utile la souffrance imposée comme sanction. Dans les sociétés développées, le
type et le régime des peines font l’objet de recherches en vue d’éviter la récidive.
Bien qu’abordée de manière distincte, l’étude des trois temps du phénomène
criminel ne doit pas nous faire oublier leur interdépendance. Les trois aspects du
phénomène sont inséparables. L’un entraîne l’autre et un cycle se forme. Il n’y aurait
pas d’infraction s’il n’y avait pas de norme de conduite à violer. La réaction sociale
serait inexistante sans délit ni délinquant.
L’interpénétration est si intime que le cycle du phénomène criminel se précipite
malheureusement avec le degré de développement de toute société. La criminalité
augmente avec ce développement. Le scandale de certains procès et, plus encore, de
certains crimes provoque de nouvelles lois pénales. Les unes de fond, les autres de
forme. On modifie par exemple le régime de l’expertise après certains échecs de la
toxicologie au cours d’un procès d’empoisonnement. On crée de nouvelles
incriminations, on renforce les anciennes quand la répression s’avère très insuffisante,
compte tenu de l’évolution des mœurs ou de celles des techniques criminelles.
L’établissement de nouvelles lois crée de nouvelles causes d’infraction, et
explique, pour une part l’accroissement de la délinquance. Cet incessant mouvement
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s’accompagne d’ailleurs d’un second groupe de réaction de sens contraire et resserre
encore l’interdépendance des trois faits.
Certaines peines sont corruptrices. L’emprisonnement, notamment, qui est l’une
des formes principales de la réaction sociale, provoque une contamination des
malfaiteurs. Il offre l’occasion d’une formation professionnelle à rebours, que donnent,
sur la manière de commettre des délits, les récidivistes aux délinquants primaires, et par
laquelle se créent de nouvelles causes des délits.
A son tour, l’inquiétude ressentie par les honnêtes gens devant l’essor de la
criminalité provoque la multiplication des lois pénales. Celle-ci, de son côté, ainsi que
le soulignent très souvent les sociologues du XIXe siècle, augmente les occasions de
transgressions et, par suite, la criminalité.
Cette approche de la criminalité et de la réaction sociale qu’elle appelle ne puise
cependant pas ses sources dans des études scientifiques.
Ces trois temps du phénomène criminel n’ont pas vite donné lieu à des études
approfondies. Ce n’est que vers la fin du XIXe siècle que fut abordée l’étude
scientifique du phénomène criminel (Première Partie), et l’explication de l’action
criminelle (Deuxième Partie).
Première Partie : Les questions soulevées par l’étude du phénomène criminel
Deuxième Partie : L’explication de l’action criminelle ou Criminologie théorique
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PREMIERE PARTIE : LES QUESTIONS SOULEVEES PAR L’ETUDE DU
PHENOMENE CRIMINEL.
L’approche pluridisciplinaire du phénomène criminel amène à se demander si la
criminologie est une science autonome ou une science mosaïque. Autrement dit, qu’est-
ce que la criminologie ? A quels besoins répond-t-elle ? Quels sont ses objectifs et ses
perspectives d’avenir ?
CHAPITRE -I- DEFINITION ET OBJET DE LA CRIMNOLOGIE
A la question de savoir qu’est-ce que la Criminologie, on répond très souvent
qu’il s’agit de “l’étude scientifique du phénomène criminel”, la “science du
phénomène criminel”, la “science du crime”.
Ces définitions, qui sont à première vue convaincantes par leur simplicité et leur
généralité, recouvrent en réalité des notions très variables de la criminologie. L’examen
de la littérature consacrée à la criminologie montre en effet qu’il n’existe pas de
définition uniforme de cette science. Un exposé préalable de ces définitions est
nécessaire pour comprendre l’objet spécifique de la criminologie.
SECTION -I- LA DIVERSITE DES DEFINITIONS DE LA
CRIMINOLOGIE
Les divergences concernant les définitions de la criminologie peuvent être
observées sur deux plans: l’étendue de son domaine d’une part, et, d’autre part, la
notion même de la criminologie, c’est-à-dire sur ce qui la caractérise et en constitue son
essence.
Para I- La diversité des définitions quant au domaine.
La diversité des définitions du domaine de la criminologie découle de la pluralité
des approches proposées par les criminologues. Ce nombre important de définitions est
lié au fait que le phénomène criminel est un phénomène à facettes multiples, qui met en
jeu un nombre important de faits et d’activités se déroulant sur une période plus ou
moins longue (existence de législation pénale, infraction à celle-ci, intervention de
l’appareil policier et judiciaire, exécution de la condamnation).
De la sorte, certains auteurs ont jugé nécessaire de regrouper l’ensemble des
disciplines qui étudient ces divers aspects du phénomène criminel sous le vocable de
Criminologie, tandis que d’autres ont réservé ce terme à l’étiologie criminelle.
Il en est résulté tantôt des définitions larges, tantôt des définitions étroites de la
criminologie.
A) Les définitions larges de la criminologie
Ici, la criminologie recouvre un nombre plus ou moins large des sciences
criminelles. Ainsi, pour Enrico FERRI, la sociologie criminelle, c’est-à-dire la
criminologie est la somme de toutes les sciences criminelles et englobe notamment le
droit pénal.
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Une autre conception large est celle de l’école encyclopédique autrichienne
représentée par Hans GROSS, GRASSBERGER et T. SEELIG. Elle se différencie de
celle de FERRI en ce qu’elle distingue soigneusement le droit pénal de la criminologie.
Ici, on insiste sur le fait que le phénomène criminel aurait deux aspects, à savoir : un
aspect normatif qui relève du droit pénal, et un aspect réel ou positif qui relève lui de la
criminologie.
Il reste cependant que cette conception est large, parce que le champ de la
criminologie demeure excessivement vaste et fait de celle-ci une mosaïque de sciences,
englobant l’étiologie criminelle, la criminalistique et la science pénitentiaire. D’où son
appellation d’Ecole encyclopédique.
La dernière conception large de la criminologie est celle de l’école américaine
représentée par SUTHERLAND-CRESSEY, auteur des “Principes de criminologie”.
Pour cette tendance, la criminologie est la science qui étudie l’infraction en tant
que phénomène social. Elle couvre donc un domaine très vaste et comporte 3
composantes : la sociologie du droit pénal, l’étiologie criminelle et la pénologie.
Ces définitions font cependant l’objet de vives critiques de la part de certains
auteurs qui, eux, préfèrent limiter la criminologie à un domaine bien précis.
B) Les définitions restrictives de la criminologie
Ces définitions ont en commun leur opposition aux concepts dégagées par les
définitions larges.
Elles s’opposent à la conception de FERRI dans la mesure où elles distinguent
soigneusement le droit pénal de la criminologie : le 1er ayant une fonction normative, la
2e une fonction expérimentale et positive.
Ces conceptions restrictives répugnent aussi bien la conception de l’école
américaine et autrichienne car, ici la criminologie a pour but principal, l’étude de
l’étiologie et de la dynamique criminelle.
En sont donc exclues : la sociologie du Droit Pénal, la criminalistique, la
pénologie et la prophylaxie criminelle.
Au-delà de ces traits communs, les définitions restrictives se différencient entre
elles d’une manière plus ou moins importante.
La 1ère conception qui remonte au début de ce siècle cantonne la criminologie
dans le rôle d’une science pure qui étudie exclusivement les causes et les lois de la
délinquance. C’est la conception dégagée par le français P CUCHE, dans une étude
intitulée : “ un peu de terminologie”. Son point de vue est aujourd’hui repris par
STEFANI, LEVASSEUR et JAMBU-MERLIN pour qui la criminologie se définit
comme étant l’étude des causes de la délinquance.
Une autre définition restrictive est celle de J. PINATEL qui voit en la
criminologie, non seulement une science théorique, mais aussi une science appliquée.
Pour cet auteur, la criminologie doit être distinguée tour à tour de la criminalistique, de
la pénologie et même du Droit Pénal.
Toutefois, elle ne saurait se limiter à l’étude des facteurs et des mécanismes de
l’action criminelle. Comme la médecine, elle n’a de signification que par son utilisation
pratique. Il en résulte une division de la criminologie en deux branches à savoir : la
criminologie générale ou théorique d’une part, et la criminologie clinique d’autre part.
Cette subdivision est très féconde et généralement on la reprend.
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Il découle de l’analyse de ces deux tendances qu’il n’est pas aisé de délimiter, de
manière exacte, le domaine d’application de la criminologie. Ces divergences ne se
limitent d’ailleurs pas au domaine de la criminologie, elles s’étendent également à la
compréhension même de cette science.
Para II- La diversité des définitions quant à la compréhension de la notion
de criminologie.
Dans la perspective de la diversité des définitions quant à la compréhension de
la notion, on peut dire en schématisant qu’il y a eu une succession de trois types
d’oppositions, à savoir : l’opposition traditionnelle entre la criminologie entendue
comme science du délinquant et la criminologie entendue comme science du crime ; la
seconde opposition est l’opposition entre science des facteurs et science du processus.
Enfin, l’opposition actuelle entre la criminologie science de l’action criminelle et la
criminologie de la réaction sociale.
A) Première opposition : opposition entre science du délinquant et science
du délit.
A l’origine, la criminologie était perçue comme la science du délinquant. C’est
la raison pour laquelle LOMBROSO a essentiellement étudié “l’homme criminel”. Cette
idée est également reprise par E. FERRI, pour qui la criminologie entreprend d’étudier
non seulement le délit en lui-même comme rapport juridique, mais aussi et d’abord
celui qui commet ce délit, c’est-à-dire le délinquant.
On retrouve ce point de vue plus tard chez l’éminent criminologue ETIENNE
DE GREEF pour qui la criminologie est l’ensemble de sciences criminelles, mais aussi
et surtout celles de l’homme criminel.
Parallèlement à cette conception centrée sur l’homme, s’est développée une
conception objective sous l’impulsion d’Emile DURKHEIM. Ce dernier écrit à cet effet
: “Nous constatons l’existence d’un certain nombre d’actes qui présentent tous ce
caractère extérieur que ; une fois accompli, ils déterminent de la part de la société,
cette réaction particulière nommée la peine. Nous en faisons un groupe sui generis,
auquel nous imposons une rubrique commune : nous appelons crime tout acte puni
et nous faisons du crime ainsi défini, l’objet d’une science spéciale, la criminologie”1.
Le même point de vue est soutenu, mais dans un esprit différent, dans le
développement des théories criminalistiques anglo-saxonnes connues sous le nom de
criminologie critique ou criminologie radicale.
Ainsi certains auteurs (TAYLOR, WALTON et YOUNG) considèrent l’action
criminelle comme un acte politique par lequel le délinquant exprime son refus de
l’organisation sociale en place et ne voient pas de différences significatives entre
délinquants et non-délinquants. Ce qui importe le plus dans cette optique, c’est le délit
et ses relations avec l’organisation et le fonctionnement de la société.
B) L’opposition entre science des facteurs et science du processus
C’est le point de départ de la criminologie étiologique. Depuis le début des
années 50, le débat entre la criminologie, science du crime ou science du criminel s’est
doublé d’une nouvelle controverse. Les premiers criminologues s’étaient
1 E. DURKHEIM, Les règles de la méthode sociologique, 1956, p. 33.
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essentiellement attachés à mettre en évidence les causes de la délinquance et les lois de
son développement.
FERRI a ainsi formulé un certain nombre de lois dont la plus célèbre est la loi
de la saturation criminelle selon laquelle : “le niveau de la criminalité est déterminé
chaque année par les différentes conditions du milieu social et physique combinées
avec les tendances héréditaires, les circonstances occasionnelles de l’individu”. Et
pour mieux préciser l’appel à la notion de saturation, il ajoutait : “de même que dans
un volume d’eau à une température donnée, on a la solution d’une quantité fixe de
substance chimique, pas un atome de plus, pas un de moins ; de même dans un
milieu social, dans des conditions individuelles et physiques déterminées, on a
l’exécution d’un nombre déterminé de crime, pas un de plus, pas un de moins”.
La théorie criminalistique a été marquée pendant plus d’un demi-siècle par cette
conception qui s’appuyait essentiellement sur les techniques quantitatives et a donné
lieu à l’étiologie criminelle.
En réaction contre les résultats de cette approche, certains auteurs se sont
attachés à étudier le processus qui débouche sur la délinquance.
Le précurseur de cette tendance est ETIENNE DE GREEF qui, dans son rapport
sur la criminogenèse, a développé toute une théorie du processus de passage à l’acte
délictueux donnant ainsi un sens à la criminologie dynamique. Depuis lors la nouvelle
approche en termes de processus n’a cessé de se développer en liaison avec les critiques
dirigées à la fois contre le déterminisme mécanique et rigoureux de la délinquance, et
contre l’emploi des techniques quantitatives des sciences sociales.
C) L’opposition contemporaine entre criminologie de l’acte et criminologie
de la réaction sociale.
Jusqu’aux années 60, qu’elle soit la science du crime ou du criminel, qu’elle
cherche à dégager les causes et les facteurs ou à étudier des processus, la criminologie
avait toujours été considérée comme la discipline qui a pour but d’expliquer l’action
criminelle.
Depuis une trentaine d’années, une nouvelle conception est apparue. Souvent
qualifiée de révolution copernicienne en criminologie, cette nouvelle conception part
du postulat selon lequel “ ce n’est pas la déviance qui conduit au contrôle social, mais
c’est le contrôle social qui conduit à la déviance” et que “la déviance n’est une qualité
de l’acte commis par une personne, mais plutôt une conséquence de l’application par
les autres, des normes et de sanctions à un “transgresseur”.
Pour les tenants de cette tendance, la criminologie a pour objet, non plus l’étude
du passage à l’acte, qui n’aurait pour eux aucune spécificité, mais l’analyse
sociologique des mécanismes de la réaction sociale, depuis l’élaboration des lois
pénales jusqu’à leur application en passant par l’étude du processus criminel, le tout
pour démontrer comment “le système crée la délinquance”.
C’est la naissance de la criminologie dite de la réaction sociale qui regroupe
pour l’essentiel la criminologie interactionniste, la criminologie organisationnelle, la
criminologie victimologique et la criminologie classique.
Avec cette nouvelle tendance on assiste à une véritable crise d’identité de la
criminologie. De la sorte, on est en droit de s’interroger sur l’objet spécifique de la
criminologie.
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SECTION -II- L’OBJET SPECIFIQUE DE LA CRIMINOLOGIE
La compréhension de l’objet de la criminologie incite à s’interroger sur son
domaine et son contenu.
Para I- Le domaine de la criminologie
Préciser le domaine de la criminologie revient à déterminer ce qui entre ou qui
n’entre pas dans le champ de cette science, en délimitant les frontières de celle-ci
relativement aux autres sciences criminelles.
A) Criminologie, droit pénal et politique criminelle
A l’origine, certains criminologues avaient envisagé l’annexion du droit pénal
par la criminologie (cf. les définitions larges de la criminologie qui considèrent le Droit
Pénal comme constituant un chapitre de la criminologie). Mais dès 1910, l’école dite
technico-juridique s’est insurgée contre cette forme d’impérialisme et à l’heure actuelle,
il semble avoir un large consensus sur deux points.
D’une part, on admet la distinction entre le Droit Pénal et la criminologie et,
d’autre part on admet que cette distinction n’exclut pas que des rapports étroits se lient
entre ces deux disciplines.
Une controverse demeure cependant sur l’étendue de ces rapports et plus
précisément deux conceptions s’opposent quant à leur ampleur de l’influence qu’il
convient de reconnaître à la criminologie sur l’élaboration et l’application du droit pénal
et de la politique criminelle.
Pour les tenants de la théorie dite multifactorielle, le “donné” qui sert à
l’élaboration de ce “construit” qu’est le droit pénal est un donné complexe dont les
résultats de la criminologie ne peuvent constituer qu’un des aspects à côté des
préoccupations d’ordre historique, politique, administratif, social et culturel.
A l’opposé, d’autres auteurs plaident en faveur d’une politique criminelle et d’un
droit pénal criminologique. C’est l’opinion de BOUZAT et PINATEL pour qui la
criminologie doit être l’inspiratrice principale du droit pénal.
Du reste les rapports entre ces deux disciplines se trouveraient concrétisés par
une science intermédiaire qu’on dénomme : la politique criminelle, définie par VON
LISTZ comme étant la discipline qui, en fonction des données philosophiques et
scientifiques, s’efforce, compte tenu des circonstances historiques, d’élaborer les
doctrines répressives et préventives pouvant être appliquées dans la pratique.
Cette définition est reprise et développée à l’heure actuelle par M. ANCEL pour
qui “la politique criminelle est à la fois une science et un art dont l’objet est de
permettre la meilleure formulation des règles positives à la lumière des données de la
science criminologique.
B) Criminologie et criminalistique
La criminalistique est l’ensemble des sciences et des techniques utilisées en
justice pour établir les faits matériels constitutifs de l’acte délictueux et la culpabilité de
la personne qui l’a commis. Ainsi définie, la criminalistique est principalement
composée de trois éléments :
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- 1) L’anthropométrie criminelle fondée à la fin du 19e siècle par le docteur
BERTILLON et qui a pour objet de permettre, par l’observation des marques (cicatrices
et autres particularité du corps) la constatation de l’identité des malfaiteurs.
- 2) La médecine légale qui est l’ensemble des connaissances médicales
nécessaires soit pour résoudre les problèmes touchant à la responsabilité et dépendant
des conditions mentales des criminels, soit pour fixer les éléments indispensables à la
constatation des infractions sur les personnes et la détermination de leur nature. Par ex.
en cas de mort violente, d’empoisonnement ou d’avortement.
- 3) La police scientifique qui est l’étude des procédés policiers pratiques qui
assurent l’efficacité de la recherche et de l’arrestation du délinquant.
Elle englobe la balistique et tous documents et indices.
Contrairement à l’opinion de l’école encyclopédique autrichienne, la
criminalistique ne fait pas partie de la criminologie, car elle constitue plutôt un
ensemble de disciplines annexes de la procédure pénale. En conséquence, les rapports
entre les deux disciplines se situent sur le plan des échanges scientifiques.
La criminalistique peut puiser dans la criminologie des données qui l’aideront à
perfectionner les méthodes d’identification et de recherche. A l’inverse, la
criminalistique fournira à la criminologie des données pour l’étude descriptive des
crimes et des criminels.
C) Criminologie, pénologie et prophylaxie criminelle.
La pénologie est souvent définie comme étant la branche des sciences
criminelles qui étudie les fonctions des sanctions pénales, les règles de leur exécution et
les méthodes utilisées dans leur application.
A l’époque où l’on pensait trouver dans l’emprisonnement la peine idéale, on
l’appelait tout simplement sciences pénitentiaire. Mais cette dernière s’est élargie à la
pénologie, à partir du moment où elle a pris également pour objet l’étude des peines et
les mesures de sûreté autres que l’emprisonnement.
Une assimilation de la pénologie à la criminologie a été tentée par la doctrine
française du 19e siècle et semble encore avoir les faveurs de la doctrine américaine où
le terme criminologie recouvre en fait, deux grands chapitres : celui de l’étiologie
criminelle et celui de la pénologie.
Un tel point de vue nous semble critiquable, dans la mesure où la pénologie
renferme trois branches, à savoir :
- le droit d’exécution
- la technique administrative des institutions pénitentiaires et
- la thérapie criminelle.
Or, les deux premières relèvent du droit pénal et du droit administratif et
méritent de ce fait d’être distinguées de la criminologie. Quant à la thérapeutique
criminelle, c’est-à-dire l’ensemble des méthodes de traitement utilisées pour prévenir la
récidive, ses buts et ses méthodes peuvent, suivant les cas peuvent, suivant les cas,
n’avoir aucune correspondance avec les données de la criminologie.
-D) Criminologie et prophylaxie criminelle.
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La prophylaxie criminelle est constituée par l’ensemble des mesures à caractère
collectif qui ont pour objet de s’opposer à la commission des infractions. Elle doit être
distinguée de la criminologie à la fois parce qu’elle comporte tout un aspect juridique
consistant dans la description des dispositions législatives relatives aux mesures de
prévention et en ce que les mesures de prophylaxie criminelle utilisées peuvent n’avoir
dans la réalité aucune base scientifique solide.
E) Criminologie et sociologie du droit pénal et de la justice pénale
La sociologie du droit pénal et de la justice pénale est la branche de la sociologie
juridique qui étudie les divers aspects de la réaction sociale contre le crime, non en tant
que normes juridiques, mais en tant que faits sociaux susceptibles d’être appréhendés
par des méthodes de la sociologie.
Ainsi définie, cette science comprend essentiellement trois branches :
- la sociologie du droit pénal stricto-sensus qui consiste dans l’étude empirique
du droit pénal.
- La sociologie de la peine qui, prenant les peines comme faits sociaux,
s’interroge sur les conditions sociologiques de leur apparition et de leur développement,
ainsi que sur les effets qu’elles entraînent dans la société.
- La sociologie du procès pénal qui étudie le fonctionnement et les divers
organes de la justice pénale et s’emploie à dégager les résultats sociologiques de leurs
activités.
Il en résulte donc que des différences fondamentales existent entre la
criminologie et la sociologie pénale, notamment en ce qui concerne leurs objectifs
respectifs.
La criminologie a pour objet principal l’étude de l’action criminelle alors que la
sociologie pénale étudie les aspects empiriques de la réaction à cette action et de fait,
malgré l’émergence du courant de la réaction sociale, on peut dire que cette dernière
n’est en fait que la science des effets et des conséquences du crime. Elle n’est donc pas
la science du crime qu’est la criminologie.
Para II- Le contenu de la criminologie.
L’étude du domaine de la criminologie telle que réalisée à travers ses rapports
avec d’autres sciences criminelles nous conduit à dire qu’en fin de compte, la
criminologie serait l’étude des causes et des facteurs du crime. Une telle approche
amène à se demander si la criminologie est un faisceau de sciences ou une science
unitaire d’une part et, d’autre part, si elle est une science pure ou alors une science
appliquée.
A) La criminologie : science unitaire et autonome ou faisceau de sciences ?
De prime abord, il convient de noter que le problème que suscite cette question
semble dépassé, dans la mesure où l’étude scientifique du crime et du délinquant a été
abordée de manière indirecte, notamment par le biais de diverses sciences de l’homme.
De la sorte, l’existence des sciences criminologiques ou des criminologies
spécialisées a été unanimement reconnue, de même qu’on reconnaît la nécessité de
systématiser les résultats de ces sciences.
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Reste alors à préciser quelles sont les sciences dont le faisceau constitue la
criminologie et quelle est la nature de cette criminologie.
- 1) Les sciences constitutives de la criminologie
Pour prendre leur mesure exacte, la doctrine a coutume de les énumérer en
suivant leur ordre d’apparition chronologique. De la sorte, on traitera de la biologie
criminelle, de la sociologie criminelle et de la psychologie criminelle.
- a) La biologie criminelle
Le premier aspect du phénomène criminel abordé par les auteurs est son aspect
biologique. C’est de cette étude que résulte la fameuse théorie du “criminel né” de
LOMBROSO.
Il s’agit ici d’une science qui étudie les aspects génétiques c’est-à-dire
héréditaires de la personne du délinquant. Une conception restrictive la limiterait à ce
domaine, conformément à l’étymologie. Mais de nos jours, cette science qu’on appelait
jusqu’en 1914 “anthropologie criminelle étend ses investigations aux particularités
anatomiques, pathologiques, physiologiques et biologiques de la personne du
délinquant.
En outre, elle propose des traitements médicaux susceptibles d’y remédier. Elle
est donc la branche médicale de la criminologie.
- b) La sociologie criminelle
Cette science qui se distingue de la sociologie pénale étudie le phénomène
criminel en tant que phénomène social et phénomène de masse.
Essentiellement fondée sur l’étude des statistiques criminelles, elle est
considérée dans son ensemble comme l’étude de l’influence de l’environnement
familial et social du délinquant et des relations interindividuelles qui s’établissent entre
le délinquant et son environnement.
C’est également elle qui s’occupe du reclassement social du délinquant et du
problème de la prévention collective du crime.
- c) La psychologie criminelle
Suivant la description fournie par Jean PINATEL, la psychologie criminelle
étudie l’intelligence, le caractère, les aptitudes sociales et les attitudes morales du
délinquant en recourant aux tests de la psychologie expérimentale.
Elle utilise également les ressources de la psychologie clinique pour étudier les
motivations de l’action criminelle et les processus mentaux qui conduisent au passage à
l’acte.
Alliée à la psychanalyse, elle s’attache à la vie profonde du délinquant, à ses
motivations inconscientes pour mieux déterminer les motivations apparentes et
immédiates.
Elle se rencontre également avec la psychiatrie lorsqu’elle aborde les aspects
psychopathologiques de la conduite criminelle.
Il résulte des divers aspects par lesquels l’étude de l’action criminelle a été
abordée que la criminologie est une science fondamentalement pluridisciplinaire.
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De la sorte, l’on est en droit de s’interroger sur la nature véritable de cette
science.
-2) La nature de la criminologie.
Selon certains auteurs, les criminologies spécialisées doivent se fondre en la
criminologie.
D’autres, au contraire, estiment que la criminologie n’existe pas en soi. Ces
auteurs estiment que la criminologie doit se contenter de clarifier et de coordonner les
résultats des criminologies spécialisées, ce qui n’est une tâche scientifique à proprement
parler.
Mais si l’on veut bien se rappeler qu’une science se caractérise à la fois par son
objet et par sa méthode, il ne fait alors aucun doute que d’une part la criminologie a un
objet spécifique à savoir l’action criminelle qui englobe à la fois l’acte et son auteur et
qui n’est réductible à aucun autre objet.
Elle a également une méthode qui, si elle emprunte à d’autres sciences de
l’homme, n’en présente pas moins des caractères propres. Dès lors, la criminologie
existe bien au même titre que la science politique, l’économie etc.
B) La criminologie, science pure ou science appliquée ?
Partant de la distinction souvent retenue en philosophie des sciences et qui
consiste à distinguer entre les sciences pures et les sciences appliquées, l’on est en droit
de se demander à quelle catégorie de sciences appartient la criminologie, dans la mesure
où, son objet, à savoir l’action criminelle, n’est pas un phénomène social quelconque,
mais un mal social contre lequel il convient de lutter.
Pour certain auteurs, notamment P. CUCHE, H.Lévy-BRUHL, la criminologie
est une science pure qui se désintéresse de ses applications pratiques.
Pour d’autres, notamment E. FERRI et J. PINATEL, la criminologie est une
science essentiellement pratique.
L’opinion qui voit dans la criminologie une science à la fois théorique et
pratique nous semble plus soutenable. C’est en fait elle seule qui prend en compte la
nature particulière de son objet, l’action criminelle en tant que mal social qui appelle la
lutte contre lui en vue de l’endiguer et de le refouler. Cette position a trouvé une assise
très solide dans les travaux du Pr. ELLENBERGER sur la qualification des sciences.
Pour cet auteur, il faut isoler dans la classification traditionnelle des sciences un
groupe particulier des sciences que l’on pourrait qualifier de complexes et qui comprend
la médecine et la criminologie.
Ces deux sciences ont des traits communs, notamment par le fait que, travaillant
sur des concepts exprimant des jugements (santé, maladie, guérison pour la médecine ;
crime, responsabilité, peine pour la criminologie), elles ne sauraient être purement
théoriques et n’ont de sens que par leurs applications pratiques.
Ce sont des sciences à la fois descriptives, expérimentales et appliquées.
On en vient dont à retenir l’ultime définition selon laquelle :
“La criminologie est la science qui étudie les facteurs et les processus de
l’action criminelle et qui détermine, à partir de la connaissance de ces facteurs et de
ces processus, les stratégies et les techniques les meilleures pour contenir et si
possible réduire ce mal social”.
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Ces précisions faites, il nous semble opportun de s’interroger sur la méthode et
les concepts opérationnels d’une telle science.
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CHAPITRE -II- LA METHODE DE LA CRIMINOLOGIE.
Par méthode scientifique, en criminologie, nous entendons la totalité des
procédés mis en œuvre pour connaître l’objet de l’étude, et pour évaluer les résultats
obtenus. L’on la présente également comme étant l’ensemble des procédés utilisés par
l’esprit, soit pour découvrir la vérité, soit pour la prouver.
Ainsi définie, la méthode doit dépasser le sens commun (bon sens) basé sur
l’expérience. Ce dernier est capable d’appréhender la réalité environnante, mais il reste
extérieur aux méandres de l’épistémologie, qui est une réflexion théorique sur la valeur
de la connaissance.
Cette précision nous amène à dire que la méthode en criminologie présente trois
traits essentiels qui sont liés aux caractéristiques même de la discipline.
- Tout d’abord, en tant que science empirique fondée sur l’observation de la
réalité, la criminologie a essentiellement recours au raisonnement inductif, c’est-à-dire
par analogie.
- Ensuite, la méthode en criminologie appartient au cadre plus large des
méthodes des sciences de l’homme, par opposition aux sciences de la nature.
- Enfin la méthode criminologique se caractérise par sa spécificité au sein des
autres sciences de l’homme, notamment du fait de son caractère à la fois
pluridisciplinaire et unitaire.
Partant de ces traits caractéristiques de la méthode, il conviendra de dégager les
règles de la recherche en criminologie et les techniques d’approche du phénomène
criminel.
SECTION -I- LES REGLES DE LA RECHERCHE EN CRIMINOLOGIE
La méthode en criminologie obéit à des règles précises. Elles sont au nombre de
quatre :
- La règle des niveaux d’interprétation
- La règle de la primauté de la description
- La règle de l’approche différentielle, et
- La règle de l’élimination des types psychiatriquement définis.
Para I- La règle des niveaux d’interprétation
En criminologie comme pour toute science expérimentale, la recherche consiste
d’abord à observer les faits et à les expliquer. Cette observation peut être soit
qualitative, soit quantitative.
Elle est qualitative si l’on s’attache à la singularité du crime ou du criminel et
quantitative lorsqu’on recherche l’expression numérique des faits et donc leurs traits
communs.
Il existe donc trois niveaux d’interprétation qu’il faut soigneusement distinguer
afin de regrouper les faits dans la rubrique à laquelle ils correspondent : la criminalité,
le criminel et le crime.
A) La criminalité
Elle est constituée par l’ensemble des infractions qui se produisent dans un
temps et dans un lieu donnés. Pour l’étudier scientifiquement, on a recours à la méthode
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comparative qui sera basée sur l’histoire, l’ethnographie et la statistique. Grâce à elle, il
est possible de dégager les conditions qui affectent la criminalité, à l’échelle de la
société globale.
Dans cette perspective, les statistiques d’ordre économique et démographique
peuvent être utilement confrontées avec celles relatives à la criminalité.
Toutefois, l’interprétation des données ainsi dégagées doit demeurer circonscrite
à l’échelle de la société globale. Elle permet de mettre en lumière les rapports qui
existent entre la criminalité et les phénomènes démographiques, économiques, culturels,
politiques etc. Elle ne permet pas d’en déduire des conséquences sur le plan des cas
particuliers.
B) Le criminel
Le criminel ou, si l’on préfère l’auteur de l’acte délictueux doit être étudié
individuellement, en ayant recours à des méthodes spécifiques désignées sous le terme
générique de méthode clinique.
Ces méthodes peuvent être utilisées dans le cadre soit d’une approche
transversale, soit dans le cadre d’une approche longitudinale.
La première a pour objet de mettre en lumière les caractéristiques d’un criminel
à un moment donné, alors que la deuxième consiste à le suivre dans son évolution et à
l’étudier à des dates différentes.
C) Le crime
Le crime ou si l’on préfère l’acte délictueux, doit être étudié en l’isolant de la vie
ou de la carrière criminelle envisagée. Il est l’objet d’une approche spécifique qui exige
l’étude des documents policiers et judiciaires.
C’est l’approche criminologique par excellence, celle qui s’attache à saisir la
convergence des facteurs et des mécanismes biologiques, sociaux et psychologiques qui
conduisent au passage à l’acte délictueux.
L’étude de cette première règle conduit à constater des cloisonnements entre les
différents niveaux. Mais si les niveaux d’interprétation doivent être obligatoirement
séparés dans le recueil des faits, il n’est pas interdit de s’efforcer, dans un deuxième
temps, de mettre en lumière les rapports qui peuvent s’établir entre eux.
Il est par exemple intéressant de saisir les rapports qui peuvent s’établir entre
passage à l’acte et personnalité, entre personnalité et société globale, entre passage à
l’acte et société globale, en se gardant toutefois de généraliser les conclusions dans un
sens ou dans l’autre. C’est parce que l’interprétation est hérissée en criminologie qu’il
faut toujours donner la primauté à la description.
Para II- La règle de la primauté de la description
La question qui se pose ici est de savoir sur quoi porte la description ? En effet,
on peut décrire la criminalité, le criminel ou le crime en général. On peut aussi décrire
les formes ou les manifestations particulières.
A ce sujet, on s’accorde pour dire que les directions doivent être empruntées
successivement.
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- Il est nécessaire de savoir comment la criminalité évolue dans son ensemble,
tout comme il est nécessaire de décrire et de savoir comment se présente le criminel
considéré comme une entité, comment le crime se réalise d’une manière générale.
- De même, et c’est la seconde direction de la description, il est non moins
indispensable de décrire les spécialités de criminalité, les types particuliers de criminels,
les diverses conduites criminelles.
A cet effet, il faut souligner qu’il existe deux formes de classifications.
On a d’une part la catégorisation et d’autre part la typologie.
La première permet l’élaboration de classes d’objets ou d’individu ayant des
caractéristiques communes. Ex : les femmes (critère de sexe).
La typologie quant à elle permet la conception des classes plus souples. Ex : le
type d’homme court et intelligent.
C’est cette souplesse qui s’accorde mieux avec la part d’imprécision que
comporte la criminologie en tant que science de l’homme qui justifie le recours
presqu’exclusif aux typologies en la matière.
Retenant cette approche, c’est du point de vue de la criminalité et du crime que
l’on rencontre le moins de difficultés à définir le cadre de cette typologie descriptive.
Pour la criminalité, dont l’étude est alimentée par des sources officielles, c’est
nécessairement dans la distinction classique entre la criminalité contre les personnes,
contre les biens et contre les mœurs qu’il est susceptible de fournir le premier cadre
général de l’étude descriptive.
A l’intérieur de ce cadre, il est possible d’adapter les distinctions juridiques aux
nécessités de la description criminologique des types particuliers de la criminalité.
Pour le crime dont l’étude est alimentée par des sources scientifiques, il n’est pas
possible, dès le stade de la description générale, de se contenter des définitions
juridiques qui sont susceptibles de recouvrir des réalités très différentes, une même
qualification juridique pouvant dissimuler des motifs et des mobiles très divers.
Il faut donc recourir ici à une typologie criminologique proprement dite où l’on
distinguera le crime primitif, du crime utilitaire, du crime pseudo-justicier et du crime
organisé.
Cette typologie repose sur une constatation très générale que l’on peut effectuer
lorsqu’on compare les motifs et les mobiles du délit chez l’enfant et chez l’adulte.
Chez le premier, le vol constitue la manifestation dominante du délit. Mais cette
forme élémentaire est extrêmement diversifiée. Il existe des vols primitifs, tels que le
vol domestique ou le vol de jouissance ; des vols pseudo-justiciers, tels que le vol
altruiste ou le vol de compensation ; des vols utilitaires, tels que ceux nécessités par le
besoin ; des vols organisés, tels ceux qui dérivent d’une activité de bande organisée.
Il est aisé de montrer à partir de cette typologie que, tout crime d’adulte est
également primitif, utilitaire, pseudo-justicier ou organisé, bien que ses grandes
manifestations englobent des crimes contre les personnes, les biens ou les mœurs.
Mais lorsqu’on quitte la typologie du crime ou de la criminalité pour celle du
criminel, on se heurte à l’existence des délinquants malades et anormaux mentaux.
Para III- La règle de l’élimination des types psychiatriquement définis
L’existence des types psychiatriquement définis chez les délinquants est
incontestable. A côté des malades proprement dits, c’est ç dire des sujets atteints de
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psychoses organiques ou fonctionnelles et de névroses, il existe des débiles mentaux,
des déséquilibrés de caractère ou caractériels, des alcooliques et toxicomanes.
Tous ces sujets forment un groupe polymorphe des malades et anormaux
mentaux, ils s’inscrivent dans le cadre des types psychiatriquement définis. Ils doivent,
autant que faire se peut, être séparés des délinquants qui ne relèvent pas des types
psychiatriquement définis.
Parmi les types psychiatriquement définis, on distingue les sujets dont le crime
n’est que la manifestation accessoire d’un état psychopathologique et ceux dont la
vocation antisociale est en quelque sorte l’état psychopathologique lui-même.
Malheureusement, cette distinction est obscurcie sur le plan international par
l’équivoque qui s’attache au concept de psychopathie.
Notons en plus qu’il existe un grand nombre de délinquants qui ne se laissent
pas décrire par rapport à des types psychiatriquement définis. C’est à leur égard qu’on
invoque souvent les notions de criminels professionnels, des criminaloïdes, des
délinquants occasionnels.
C’est à leur égard qu’il faut substituer à la technique de description par types,
celle de la description par de traits psychologiques.
On constate enfin de compte, que la règle de l’élimination des types
psychiatriquement définis a pour but de séparer le domaine pathologique du domaine
criminologique proprement dit. De là, l’idée selon laquelle toute classification qui serait
commune à ces deux groupes ne peut être qu’équivoque.
Vouloir par exemple utiliser une typologie basée sur l’acte et tenter de définir le
portrait clinique du voleur, du sexuel ou de l’incendiaire ne peut mener à rien. La
typologie criminologique reste encore très largement à élaborer, mais c’est déjà un pas
que de savoir ce qu’il ne faut pas faire dans cette perspective.
Para IV- La règle de l’approche différentielle.
La règle de l’approche différentielle est la règle méthodologique par excellence.
L’objet essentiel de la recherche criminologique réside en effet dans l’individualisation
des différences de degré qui existent entre les délinquants et les non délinquants et entre
délinquants.
Mais l’expérimentation en criminologie a ceci de particulier qu’on ne peut créer
des crimes en laboratoire. Aussi, le chercheur est obligé d’avoir recours à la
comparaison entre un groupe expérimental et un groupe dit de contrôle.
A partir de cette règle, le français MANOUVRIER a pu mettre l’accent sur le
fait que les honnêtes gens sont retenus par quelques motifs alors que les criminels sont
des gens qu’aucun motif n’a pu retenir.
Ces précisions relatives à la méthode méritent cependant d’être complétées par
celles relatives aux techniques de recherche criminologique.
SECTION -II- LES TECHNIQUES DE RECHERCHE
CRIMINOLOGIQUE/ ou techniques d’approche du phénomène criminel
On entend par techniques de recherche criminologique l’ensemble des procédés
concrets qui permettent de collecter, de manière organisée, les données relatives à
l’action criminelle. On emploie le plus souvent le terme “techniques d’approche” afin
d’indiquer que les données collectées permettent, non de saisir le phénomène étudié
dans sa nature intime, mais seulement de les approcher.
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Ces techniques d’approche de l’action criminelle varient souvent selon l’objet de
la recherche c’est-à-dire selon que la recherche porte sur la criminalité, le criminel ou le
crime.
Para I- Les techniques d’approche de la criminalité
Parce que la criminalité est un phénomène essentiellement quantitatif, son
analyse postule le recours aux techniques quantitatives ou statistiques criminelles
stricto-sensus. Du fait des critiques dont souffrent ces statistiques, on s’est orienté,
depuis quelques décennies, vers l’emploi d’autres techniques.
A) Les statistiques criminelles
On entend par statistiques criminelles, le dénombrement, pour un territoire
donné et au cours d’une période déterminée, des divers faits relatifs à la criminalité :
infractions connues, condamnations prononcées, nombre de personnes détenues, etc.
Leur étude soulève des questions relatives à leur diversité et à leur valeur.
1) Les diverses statistiques criminelles
Leur classification peut s’opérer soit en fonction de leur nature, soit en fonction
de leur origine.
a)La classification selon leur nature.
Partant de la classification selon leur nature, on peut distinguer les statistiques
portant sur les masses de celles portant sur les séries.
Les premières embrassent la totalité de l’activité criminelle d’une population
donnée. Elles fournissent donc les matériaux scientifiques de base sur la composition et
la fluctuation du phénomène criminel.
Les secondes ont principalement pour but de vérifier les premières et portent
sur un nombre restreint de cas. Elles permettent de recouper les statistiques de masse et
d’authentifier ou contredire les résultats.
b) La classification selon leur origine
Ce critère nous permet de retenir trois catégories de statistiques, à savoir : les
statistiques nationales, internationales et scientifiques.
- Pour les premières, il faut distinguer les statistiques policières, judiciaires et
pénitentiaires.
Les statistiques policières sont établies par la Direction de la Police judiciaire
(D .P .J.) sous l’appellation de “synthèse criminelle”. Elles sont théoriquement établies
en fonction des récapitulations des faits constatés par les commissariats et les brigades
de gendarmerie.
Les statistiques judiciaires sont publiées par le ministère de la justice et
paraissent théoriquement tous les 4 ans depuis 1978, date de la création du service de
statistique judiciaire à la Chancellerie. Ces statistiques concernent exclusivement les
condamnations prononcées par les cours et tribunaux.
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Les statistiques pénitentiaires sont publiées par le ministère de la justice et
concernent le nombre de détenus et leur répartition dans les prisons.
- Les statistiques internationales sont élaborées à partir des stat nationales par
l’intermédiaire de l’organisation internationale de police criminelle (Interpol) qui,
depuis 1952, a pris l’initiative de publier un recueil biannuel.
D’une manière générale, on considère que ces stat d’Interpol ne sont pas fiables
dans la mesure où les stat nationales ne sont pas comparables entre elles du fait de la
diversité des infractions de pays à pays.
- Les statistiques scientifiques
Elles sont élaborées par des chercheurs à partir des questionnaires adressés aux
agences pénales. Leur valeur scientifique dépend de la conscience et de la méthode avec
lesquelles elles sont établies.
2) La valeur des statistiques criminelles
Les résultats obtenus à l’aide des statistiques criminelles sont toujours relatifs
dans la mesure dans la mesure où que la criminalité apparente c’est-à-dire délits
découverts ou légale c’est-à-dire délits punis, mais ignorent la criminalité réelle c’est-à-
dire les délits effectivement commis.
En outre deux principales critiques peuvent être adressées à ces stat : elles sont
inexactes et déforment la criminalité.
- a) L’inexactitude des statistiques criminelles
Trois types de facteurs sont à l’origine de cette inexactitude :
- Les premiers facteurs sont ceux découlant des erreurs involontaires au moment
de la comptabilisation des infractions, et matérielles lors de leur publication.
- Ensuite les choix d’opportunité faits par les autorités quant à la suite donnée
aux affaires, notamment l’opportunité des poursuites par les parquets et les pouvoirs
discrétionnaires de la police.
- Il y a enfin les falsifications délibérées dues au fait que les statistiques
criminelles constituent un danger politique.
- b) La déformation de la criminalité par les statistiques criminelles
La déformation de la criminalité par les statistiques criminelles est due au fait
que ces dernières accordent la même importance à toutes les infractions comptabilisées,
quel que soit leur gravité.
En conséquence, il faut interpréter très prudemment les statistiques criminelles,
et ce d’autant plus qu’à ces griefs de portée générale s’en ajoutent d’autres spécifiques
aux pays africains.
Ces griefs sont :
- En premier lieu, l’irrégularité de la collecte des informations liée à
l’insuffisance des structures ou à leur dysfonctionnement.
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- Le deuxième grief résulte du fait que les statistiques criminelles en Afrique et
au Cameroun en particulier sont l’objet d’un double filtrage.
Le premier filtrage est opéré par la population elle-même. Le plus souvent, les
justiciables saisissent la justice pour des comportements qu’ils considèrent comme
infraction non pas par référence aux normes officielles, mais en vertu des normes
coutumières qu’ils connaissent.
De plus, il y a la subsistance des procédures coutumières qui fait que la justice
criminelle officielle soit considérée tantôt comme un mécanisme de régulation qui
s’impose pour résoudre un litige parce qu’il n’y a aucun lien de parenté entre les
protagonistes, tantôt comme une alternative quand les procédures coutumières n’ont pas
pu donner satisfaction aux parties. Ce premier filtrage est appelé “reportabilité
différentielle”.
Le deuxième filtrage est effectué par les agences pénales officielles elles-mêmes
en fonction de leur capacité d’assimilation des affaires. On parle ici d’absorption
différentielle.
Il résulte de ces multiples griefs que, malgré les correctifs et précautions d’usage,
les statistiques criminelles demeurent impuissantes à mesurer la criminalité réelle. D’où
les diverses tentatives destinées à mettre au point de nouvelles techniques d’évaluation
de la criminalité afin de mieux approcher la criminalité réelle.
B) Les nouvelles techniques d’approche de la criminalité
Les nouvelles techniques d’approche de la criminalité, du moins les plus
importantes s’emploient à cerner la criminalité réelle, le criminel et le crime.
-1) Les techniques d’approche du chiffre noir
Pour connaître la criminalité réelle, on peut s’adresser soit aux délinquants par
les enquêtes d’auto-confession, soit aux victimes par les enquêtes de victimisation.
- a) Les enquêtes d’auto-confession ou d’autoportrait.
Elles consistent à s’adresser à un groupe de personnes pris dans l’ensemble de la
population et à l’interroger sur les infractions commises par ses membres, quelle
qu’aient été les suites données.
Destinées à l’origine mesurer la criminalité réelle, ces enquêtes se sont vu
attribuer de multiples utilités : estimation du nombre des délinquants, comparaison entre
délinquants officiels et délinquants non connus, étude des carrières criminelles,
composition de “groupes de contrôle” formés de personnes supposées innocentes,
approche indirecte de la façon dont la police d’arrêter et de poursuivre ou non les
délinquants connus d’elle.
Toutefois, ces enquêtes présentent le grave défaut de ne donner qu’une
évaluation très imprécise du chiffre noir, tant parce que les enquêtes faites jusqu’à
présent n’ont jamais opéré sur des échantillons de population suffisamment
représentatifs, que parce que tout ce que les autoportraits enseignent, c’est le
pourcentage des répondants qui ont admis leurs fautes, mais non sur le nombre de fautes
qui ont été enregistrées dans les statistiques officielles.
De là, l’intérêt porté aux enquêtes de victimisation.
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- b) Les enquêtes de victimisation.
A l’opposé des enquêtes d’autoportrait, les enquêtes de victimisation consistent
à interroger un groupe de personnes sur les infractions dont elles ont été victimes. Elles
reposent donc sur des témoignages des victimes.
La finalité de ces enquêtes est l’approche du volume de la criminalité réelle, en
même temps qu’elles permettent de connaître les motifs de la non-dénonciation aux
instances pénales.
Mais, ces enquêtes qui sont plus fiables que les d’auto-confession ont des
limites importantes.
- Elles ne permettent que de saisir la criminalité avec victime individualisée.
- Elles amplifient la délinquance, dans la mesure où tous les faits rapportés ne
tombent pas sous le coup de la loi pénale.
- De plus, elles sont inexactes, parce que tributaire des erreurs de mémoire.
- 2) L’évaluation du coût du crime
C’est une approche qui a vu le jour aux U.S.A au début des années 30, suite aux
travaux de la Commission nationale “on law observance and enforcement”, qui avait
publié un ouvrage sur le coût du crime “The cost of crime”.
Cette technique consiste à évaluer la criminalité à partir du coût économique
qu’elle représente pour la collectivité. A cette fin, on totalise l’estimation monétaire des
préjudices causés par les diverses formes de délinquance et le coût des organes de
répression et de prévention.
On attribue à cette méthode l’intérêt de donner une image du phénomène
criminel différente de celle des statistiques officielles, en même temps que de tenir
compte des divers modes de contrôle du phénomène.
En revanche, on lui reproche de ne pas pouvoir prendre en compte les actes
criminels qui ne causent pas de préjudice à une victime susceptible d’évaluation
économique (ex : infanticide). De même avec les crimes avec préjudice, de ne tenir
compte que de leur coût économique, alors que le coût psychologique est parfois plus
important.
- 3) Les sondages sur le sentiment d’insécurité.
La criminalité engendre dans l’opinion publique un certain nombre d’attitudes
réactives au premier rang desquels figure un sentiment plus ou moins vif d’insécurité.
Ce sentiment d’insécurité fait l’objet de sondages périodiques d’opinion et l’on
s’est demandé si ces sondages ne pouvaient pas constituer en eux-mêmes un indicateur
de l’ampleur et des tendances d’évolution de la criminalité.
Cette approche est, elle aussi critiquable, car il n’est nullement démontré que ce
sentiment est fonction de l’évolution de la criminalité elle-même, d’autres facteurs
influant sur l’évolution et le contenu du sentiment d’insécurité, notamment les média.
De plus, on a relevé que la notion de sentiment d’insécurité était quelque peu
composite et qu’il serait souhaitable de faire la distinction entre la peur du crime,
comportement émotionnel, et la préoccupation du crime, attitude intellectuelle.
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Au terme de cette étude sur la mesure de la criminalité, l’on peut dire, sans
risque de se tromper, qu’il n’existe pas d’indicateur véritablement satisfaisant de la
criminalité.
Toutefois, cette conclusion négative ne doit pas conduire à soutenir l’opinion des
partisans de la criminologie dite de la réaction sociale, selon laquelle la criminalité
n’existe pas comme objet d’étude, que les statistiques officielles ne mesurent que
l’activité des instances pénales et les autres techniques, souvent dites de substitution ou
de complément ne servent qu’à l’approche de divers aspects de la réaction sociale et
non à celle de la criminalité elle-même, au demeurant objet scientifique inexistant.
Bien que certaines des critiques formulées par les tenants de la criminologie de
la réaction sociale soient pertinentes, ces dernières ne doivent pas nous ramener à la
période d’avant C. LOMBROSO, car l’action criminelle est bien un objet de recherche
scientifique et cela sous deux aspects de phénomène collectif et individuel.
Para II- Les techniques d’approche du criminel ou du phénomène criminel.
Deux approches sont susceptibles d’être retenues : la technique d’approche
transversale et la technique d’approche longitudinale.
A) Les techniques d’approche transversales
Ces techniques consistent à étudier des délinquants à un moment déterminé de
leur existence par comparaison avec les non délinquants ou à comparer des groupes
différents de délinquants entre eux. Elles recourent donc à la méthode comparative.
On peut les répartir en trois catégories d’après l’objectif poursuivi et la nature
des données collectées. Ce qui nous donne l’observation systématique du délinquant, les
enquêtes ou statistiques relatives aux criminels et les enquêtes d’auto confession et de
victimisation.
- a) L’observation systématique des délinquants
C’est une technique essentiellement qualitative et extensive qui a pour objet la
connaissance approfondie de la personnalité du délinquant et des motivations de son
comportement. Cette observation prend généralement la forme d’une observation
clinique faisant appel à différentes sciences.
On aura ainsi des examens médical, pathologique, psychologique, psychiatrique
et même parfois psychanalytique.
- b) Les enquêtes ou statistiques relatives au criminel
Leur but est de dégager les données mises en évidence par la multiplicité des
études individuelles et d’en extraire des pourcentages de corrélation.
A l’opposé de l’observation systématique, elles ont un caractère quantitatif et
extensif à observer un phénomène particulier d’un groupe limité de délinquants choisis
en raison des renseignements précis et suffisamment nombreux qu’on va consigner dans
une fiche criminologique dont on va se servir pour effectuer des comparaisons.
Toutefois pour que le matériel d’interprétation recueilli soit satisfaisant, deux
précautions s’imposent :
- Il faut que l’échantillon soit suffisamment représentatif ;
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- Il faut également recourir à un groupe de contrôle formé soit de non
délinquants, soit de délinquants appartenant à d’autres catégories, afin de confronter les
résultats de l’enquête sur l’échantillon avec ceux donné par le groupe de contrôle.
- c) Les enquêtes d’auto confession et de victimisation. (cf supra)
B) Les techniques d’approche longitudinales
Elles consistent, non plus à comparer les délinquants avec les non délinquants ou
d’autres catégories de délinquants à un moment déterminés de leur existence, mais à
suivre un même groupe de délinquants à différentes époques de leur vie et donc à les
comparer à eux-mêmes en quelque sorte. Il existe trois techniques d’approche
longitudinales : les biographies de criminels, les “follow-up studies” ou études suivies
des cas et les études par cohorte.
- 1) Les biographies de criminels
Cette approche fut conçue pour pallier aux insuffisances des statistiques relatives
aux criminels qui ne donnent qu’une vision fragmentaire et analytique des données
recueillies. En morcelant ainsi les données du problème, ces statistiques laissent dans
l’ombre le problème essentiel : celui du crime lui-même. Celui-ci doit être approché en
tant qu’acte humain, d’où l’idée selon laquelle, l’étude de l’auteur n’est que la préface
de celle du fait.
C’est donc pour ces raisons que les biographies de criminels se proposent
d’examiner de manière exhaustive, tous les aspects de l’histoire d’un criminel et de ses
actes délictueux.
Pour faire de telles analyses, le biographe s’entretient personnellement avec le
délinquant, se réfère à ses écrits éventuels, questionne son entourage et consulte son
dossier pénal.
De ces biographies faites par les criminologues, il faut rapprocher les
autobiographies spontanées des délinquants et de généalogies utilisées comme méthode
de recherche dans l’étude de la relation entre l’hérédité et la délinquance.
- 2) Les follow-up studies ou études suivies des cas.
Les follow-up studies ou études suivies des cas se proposent de vérifier ce que
deviennent réellement les sujets examinés. Elles complètent l’étude individuelle des cas
en permettant de suivre la vie d’un condamné pendant une longue période après sa
libération de prison ou l’achèvement de sa peine.
Ces études suivies ont pour but de répondre aux questions suivantes :
- Que deviennent les détenus sortis des prisons ou des maisons de réforme ?
- Quel pourcentage d’entre eux devient des citoyens honnêtes et respectueux des
lois ?
- Combien retournent à une vie de crime et de vice ?
- Quels types de coupables persistent dans une sérieuse criminalité, quels types
deviennent des coupables moins dangereux, quels types abandonnent la vie de crime ?
- Et à quel âge ces changements se produisent-ils ?
- L’emprisonnement empêche-t-il la récidive ?
- Comment pouvons-nous améliorer nos méthodes de traitement ?
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Pour que ces études puissent être utilisées, il faut faire une étude transversale des
personnes déjà emprisonnées.
- 3) Les études par cohorte
Le terme cohorte est emprunté à la démographie où il désigne l’ensemble des
individus qui ont vécu au cours de la même période, un événement fondamental de leur
histoire tel que le mariage ou la naissance.
En criminologie, ce terme désigne un ensemble d’individus dans leur rapport à
le délinquance en fonction d’un élément commun repérable dans le temps : (naissance
par exemple, on parle alors de génération), condamnation au cours d’une même année,
libération dans la même période etc. (cohorte proprement dite).
Aux USA, une étude de cette nature a été menée par WOLFGANG et T.
SELLIN en 1972. Sur 10 000 personnes nées en 1945, ils ont constaté que près de la
moitié des personnes retrouvées avaient eu maille à partir avec la justice au moins une
fois.
SECTION -II- LES CONCEPTS OPERATIONNELS DE LA CRIMINOLOGIE
L’analyse de la méthode criminologique fait apparaitre l’existence de deux
étapes fondamentales : la description et l’explication. La compréhension de ces étapes
nécessite cependant que soit cernée la notion d’action criminelle.
Para I- La notion d’action criminelle : objet de la recherche en
criminologie
Pour le juriste, les termes d’infraction et d’auteur de l’infraction ont un sens
précis. En criminologie, les choses sont beaucoup plus délicates.
Pour le juriste en effet, la spécificité de l’infraction pénale par rapport aux
autres faits juridiques ne fait aucun doute ; c’est la peine qui en constitue le critère.
Quant au délinquant, c’est la condamnation définitive qui le caractérise.
En criminologie en revanche, les notions de criminel et de crime pose deux
problèmes dont l’un est classique et l’autre contemporain.
A) Le problème classique
Pour la plupart des criminologues, la notion juridique d’infraction et les
qualifications fondamentales de droit pénal (ex : articles 21 et 318 CP) sont des
concepts purement formels, dépourvus de toute spécificité. Deux raisons sont avancées
à l’appui de cette affirmation.
La première est l’extrême variabilité des incriminations dans le temps et dans
l’espace et qui fait de l’infraction pénale un phénomène très relatif.
La seconde est le caractère très disparate des incriminations contenues dans une
même législation, ce qui donne à la catégorie juridique une grande hétérogénéité
(problème du regroupement des infractions en plusieurs catégories : plusieurs branches
du droit pénal spécial).
C’est donc pour éviter cette difficulté que la criminologie a tenté de construire
une notion matérielle du crime qui soit à la fois universelle et permanente et
logiquement cohérente.
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26
- Pour sortir de la relativité de la notion juridique, on a ainsi défini en
criminologie l’infraction comme une réalité humaine et sociale, antérieure à toute
incrimination, consistant dans une agression dirigée par une ou plusieurs individus
contre les valeurs les plus importantes du groupe social, ces valeurs résidant soit dans
les sentiments moraux élémentaires (GAROFALO), soit encore dans la nature des
moyens employés pour atteindre les buts (NUVOLONE qui désigne ainsi l’interdiction
du recours à la fraude et à la violence).
- Quant à l’hétérogénéité des infractions pénales, la criminologie a chercher à y
remédier d’abord en dessinant de nouveaux contours à la catégorie du crime : plus étroit
à certains égards (distinctions de GAROFALO entre crimes naturels et crimes
conventionnels), et plus larges à d’autres égards en incluant des déviances non
pénalement sanctionnées dans nombre de législations (ex : suicide, prostitution,
toxicomanie....)
Ces tentatives de définition sont difficiles à admettre.
On peut par exemple faire observer que le recours à la notion de valeurs socio-
morales ne solutionne pas le problème de la relativité du droit pénal, car ces valeurs
sont elles-mêmes changeantes, sauf à postuler l’existence de super- valeurs, tout à fait
hypothétiques, qui commanderaient les valeurs ordinaires.
De même, on constate que la redéfinition des contours du droit pénal par la
criminologie se fonde sur la menace de la peine pour s’interroger en fin de compte sur
les raisons pour lesquelles certaines personnes ne sont pas retenues dans leurs actions
par la menace d’une peine.
Aussi bien, E. DURKHEIM se ralliait-il déjà à la définition donnée par le droit
pénal : “Nous appelons crime tout acte puni et nous faisons du crime ainsi défini l’objet
d’une science spéciale, la criminologie”.
- 2) La notion criminologique du délinquant
A la différence du pénaliste qui voit en la condamnation pénale définitive le
critère de délinquant, la criminologie s’attache à la réalité du phénomène et définit le
délinquant comme celui qui a commis un crime. Point n’est besoin qu’il ait été
condamné, ni même poursuivi ou même connu des autorités de police.
(Le délinquant caché a toujours intéressé le criminologue --> cf victimisation et
auto-confession).
A l’inverse, la condamnation n’est toujours pas suffisante car il faut compter
avec les erreurs judiciaires. Cette définition criminologique du délinquant a été critiquée
par les juristes (car les personnes étiquetées délinquants non pas nécessairement commis
des faits qualifiables de crime), mais aussi par les criminologues eux-mêmes, comme
celle du “crime criminologique”, à la suite du déplacement du “regard criminologique”
par la criminologie dite de la réaction sociale qui a suscité une nouvelle problématique.
B) La problématique contemporaine
La problématique contemporaine n’est qu’une conséquence de la consécration
de la criminologie dite de la réaction sociale et prônant la “déspécification” de l’action
criminelle qui est une approche au demeurant critiquable.
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- 1) La “déspécification” de l’action criminelle.
Cette “déspécification” de l’action criminelle conduit à la dissolution de la
délinquance dans la déviance et la négation de la délinquance dans les concepts neutre.
- a)La dissolution de la délinquance dans la déviance
La première approche a consisté à dissoudre la criminologie dans la “sociologie
de la déviance”, ce qui a conduit à conduit à présenter deux aspects contradictoires,
mais intimement liés : la banalisation de la délinquance et la dramatisation de la
réaction sociale.
Pour comprendre la banalisation de la délinquance, il est nécessaire de
commencer à préciser la notion de déviance et l’objet de la sociologie de la déviance.
En sociologie, on entend par déviance l’ensemble des comportements qui ne
sont pas conformes aux “normes sociales” en vigueur et qui donnent lieu dès lors, dans
le groupe social, à des réactions de types divers que l’on désigne par l’expression
“contrôle social (social control)”. Les normes sociales étant très diverses, la déviance va
des handicaps (bégaiement par ex.) et psychique (maladie mentale par ex.) jusqu’à la
délinquance, en passant par la violation des prescriptions religieuses, des impératifs
moraux, des usages sociaux.
Quant à la sociologie de la déviance, elle se définit comme une branche de la
sociologie qui a pour objet d’expliquer la déviance en termes de facteurs et de processus
sociaux et culturels.
Edwin LEMERT, H. S. BECKER ont ainsi élaboré des théories explicatives de
la déviance qui considèrent la délinquance comme une simple “variété de déviance”
sans spécificité particulière, à côté, et ceci à titre d’ex. des bègues et des malades
mentaux.
Dès lors, on comprend qu’en insérant l’objet “délinquance” dans l’objet
“déviance”, la sociologie de la “déviance” ait banalisé le premier objet. La délinquance
n’est plus une conduite spécifique sanctionnée par une peine. Il s’agit tout simplement
de l’un des multiples aspects de la déviance.
Dans cette logique, la sanction pénale apparaît comme une forme de
dramatisation de la réaction sociale.
- b) La dramatisation de la réaction sociale.
Cette dramatisation est attachée aux effets de l’intervention de la réaction sociale
contre les délinquants qui sont considérés comme néfastes et de ce fait “stigmatisant”.
De là, la négation de la délinquance dans des concepts neutres.
- c) La négation de la délinquance dans des concepts neutres
C’est l’aboutissement logique du processus de réflexion engagée dans le cadre
de la déspécification de l’action criminelle. La démarche consiste ici à enlever aux
notions de crime et de délinquant toute signification particulière pour les noyer dans des
concepts neutres au point de vue socio-moral. Cette idée est partagée par trois courants.
- Selon un premier courant représenté par M. HULSMAN, le crime ne serait rien
d’autre qu’une “situation-problème”, un “acte-problème” dramatisé artificiellement par
l’incrimination pénale qu’il conviendrait dès lors d’abolir pour lui substituer un
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règlement du “problème” par des voies non pénales (transaction, médiation, dommages-
intérêts etc.). Dans certains cas, c’est la réglementation qui est préconisée au lieu de la
prohibition sous menace de sanction pénale, ce qui conduit donc à ne parler de crime et
de délinquant que dans des cas très rares.
Pour une deuxième orientation, le crime ne serait cette fois rien d’autre qu’une
“invention des groupes dominants” qui leur permettrait d’encadrer les individus qu’ils
considèrent comme dangereux pour le maintien de leur dominance, de sorte que la tâche
de la criminologie consisterait à se pencher par-delà même la réaction sociale, sur le
phénomène préalable de “fabrication” de la différence entre les criminels et les non
criminels afin de “démystifier” le crime et de l’éliminer définitivement comme catégorie
de la déviance.
Dans une troisième conception enfin proposée par C. DEBUYST qui tente de
faire une approche épistémologique et non plus matérielle, la délinquance ne serait rien
d’autre qu’un “enjeu dans une relation sociale”. Pour cet auteur, il faut aborder la
question à partir de “l’analyse du regard que portent sur le crime et le délinquant ceux
qui les observent”. Cette approche constitue, une fois de plus, une manière d’enlever
toute spécificité à l’action criminelle.
Il est évident que tous ces concepts qui tendent vers la “déspécification” de
l’action criminelle fassent l’objet de nombreuses critiques.
- 2) La critique de la déspécification
Au terme de cette étude de la déspécification de l’action criminelle, l’on doit
logiquement, mais nécessairement conclure en l’existence de deux criminologies
entièrement différentes qui n’ont ni les mêmes bases théoriques, ni les mêmes objets
d’observation, qui n’usent ni des mêmes concepts, ni des mêmes méthodes, et qui
n’aboutissent ni aux mêmes résultats.
Portant un regard critique sur cette déspécification de l’action criminelle, il
conviendra de constater qu’il s’agit d’une approche comportant des aspects positifs qui
ne doivent cependant pas amener à oublier les aspects négatifs.
- a) Les aspects positifs
En plus de la relativité des incriminations dans le temps et dans l’espace et de
l’impact de la réaction sociale sur la délinquance que ces conceptions nouvelles qu’elle
réaffirme, la réflexion moderne sur l’action criminelle a le mérite d’avoir montré que ce
fait social peut être considéré à d’autres points de vue que celui de la transgression de la
loi pénale.
- b) Les aspects négatifs
Plusieurs reproches peuvent être faits à l’endroit de cette conception moderne.
En déspécifiant l’action criminelle, il est évident qu’elle prône une approche non
loin de l’anarchie.
On peut aussi lui reprocher le défaut de pertinence de la preuve du caractère
fictif de l’action criminelle dans son argumentation.
Du fait de ces critiques, l’on est inéluctablement conduit à admettre que l’action
criminelle est effectivement, parmi toutes les actions humaines volontaires, une action
spécifique caractérisée par la menace de la sanction pénale.
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Mais cette définition n’enlève en rien sa portée à l’idée selon laquelle le crime se
présente à nous avec une telle complexité, qu’il semble a priori rebelle à toute analyse.
Mais, sur ce point encore, on peut montrer qu’il est possible de le décomposer en ses
éléments fondamentaux. Pour ce faire, on peut recourir à des concepts opérationnels
d’ordre descriptif et explicatif.
Para II- Les concepts opérationnels d’ordre descriptif
Les concepts opérationnels d’ordre descriptif impliqués par la définition
criminologique du crime sont ceux du milieu qui permet d’aborder l’étude des
conditions physiques et sociales, du terrain qui sert de base à l’étude des conditions
biologiques, de la personnalité, de situation et d’acte, indispensables à la compréhension
de la genèse psychologique et de la dynamique du crime.
A) Le milieu.
Le mot milieu est sans doute la transformation de “medus locus” ie point central.
Dans le langage courant, ce terme renvoie au monde environnant dans lequel l’individu
se trouve. Mais en criminologie, 2 précisions doivent compléter cette définition.
1- Le milieu n’est pas un élément statique mais un phénomène dynamique en
interaction constante avec l’individu.
2- Il ne suffit pas de considérer l’influence du milieu d’un point de vu objectif,
car le milieu est toujours une ambiance vécue par l’homme.
D’une manière générale, on distingue le milieu physique et le milieu social.
- 1) Le milieu physique ou géographique
Il n’intéresse que la macro-criminologie et son influence sur les hommes a, pour
la première fois été mise en lumière par le médecin HIPPOCRATE. ARISTOTE a
également mis l’accent sur la notion de milieu biologique et rassemblé les éléments sur
l’influence du climat sur le développement des animaux.
Toutefois, cette théorie biologique des influences physiques a été très minimisée
à la suite des travaux de Claude Bernard qui a fait remarquer que ce n’est que chez les
plantes et les animaux inférieurs que les organismes sont exposés à l’action directe du
milieu physique extérieur. Pour la plupart des êtres vivants bien organisés, le milieu
externe ne constitue qu’une seconde enveloppe autour du “substratum” de la vie
protégé par le liquide sanguin, qui circule partout et forme une première enceinte
autour des particules vivantes, ie le milieu intérieur.
- 2) Le milieu social
On distingue souvent le milieu social général du milieu social personnel.
Le premier intéresse la macro-criminologie et qui est formé par toutes les
circonstances générales du monde environnant produisant des influences communes à
tous les citoyens d’un même pays.
Quant au milieu personnel et qui intéresse la micro-criminologie englobe
l’entourage de l’individu produisant des influences particulières et généralement
décisives.
Plusieurs types de milieu personnel peuvent être ainsi distingués.
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- a) Le milieu inéluctable
C’est celui dans lequel l’individu ne peut ne pas vivre, d’abord du fait de sa
naissance ou encore du fait de son entourage immédiat. Ce milieu se rattache à la
famille, à l’habitat, au voisinage etc.
ex. tel père tel fils.
- b) Le milieu occasionnel
C’est celui des premiers contacts sociaux et qui englobe le milieu scolaire,
d’apprentissage etc. Il faut cependant noter que ce milieu n’est pas criminogène en soi.
- c) Le milieu choisi ou accepté
Son intérêt est de renseigner sur les goûts et les tendances de l’individu et de
révéler certaines tendances de sa personnalité.
- d) Le milieu subi
Il est souvent composé des milieux policier, judiciaire et pénitentiaire avec
lequel le délinquant doit toujours compter et dont l’emprise peut toujours s’étendre sur
lui.
B) Le concept de terrain
C’est celui qui résume les conditions biopsychiques de l’activité du délinquant
et recouvre notamment les caractères héréditaires et innées de l’individu, ainsi que les
modifications subies tout au long de l’existence par l’organisme sous les influences
aussi bien physiques que psychiques.
De la sorte et selon les démonstrations de Jean PINATEL, on peut préciser le
concept de terrain par paliers.
- à la base, il y a l’héréditaire ie la contribution prénatale prévisible.
- si l’on ajoute à l’héréditaire la mutation et la ségrégation dans les gênes, on
obtient l’inné ;
- si l’on ajoute à l’inné, ce qui est acquis in utero, on obtient le congénital ;
- si on ajoute au congénital l’altération de l’état psychosomatique par suite de la
maturation intérieure déterminée par la nature héréditaire de l’organisme, on obtient le
constitutionnel ;
- si l’on ajoute au constitutionnel l’apport des influences physiques ou
psychiques subies tout au long de l’existence, et en particulier, dans la première
enfance, on obtient le terrain.
C) Le concept de personnalité.
Ce concept qui est largement influencé par le terrain connaît aujourd’hui une
vogue extraordinaire en criminologie. C’est malheureusement un concept dont la
définition demeure encore obscure parce que sujette à diverses interprétations dont les
plus importantes sont :
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- le courant typologique pour lequel la personnalité dépend de la constitution
physique, du tempérament et du caractère etc.
- le courant psychanalytique qui voit dans la personnalité une organisation
dynamique et distingue trois instances dans l’appareil psychique :
* le ça qui représente les pulsions, les forces inconscientes et irrationnelles,
* le moi qui exprime les forces dérivées de l’apprentissage,
* le surmoi rend compte des forces autopunitives (la censure)
- le courant culturaliste selon lequel les membres d’une même société ont en
commun des éléments semblables de personnalité qui forment le “personnalité de base”.
Au-delà de la diversité des définitions on peut relever deux grandes tendances
dans la conception de la personnalité.
Pour la première, la personnalité est la somme des qualités de la personne et sa
définition comme la synthèse globale de ces qualités : c’est une conception statique.
Pour la seconde tendance, la personnalité est la façon de se comporter de telle ou
telle manière, de choisir telle ou telle conduite dans les situations les plus diverses dans
lesquelles l’individu se trouve : c’est une conception dynamique qui s’accorde mieux
que la première avec l’objet de la criminologie, car ce qui importe c’est l’étude de la
personnalité en situation.
D) Le concept de situation
Le point de départ du déroulement du passage à l’acte criminel réside dans une
situation dans laquelle une personnalité se trouve impliquée. Le complexe
“personnalité-situation” constitue donc la base même du passage à l’acte. Autrement dit,
les théologies des crimes ne supposent pas seulement un certain type de personnalité,
elles impliquent également l’existence d’ d’une situation pré-criminelle qu’on peut
définir comme étant l’ensemble des circonstances extérieures à la personnalité du
délinquant et qui entourent la perpétration de l’acte délictueux.
Le mérite revient à OLLOF KINBERG d’avoir mis l’accent sur l’importance des
situations pré-criminelles. Il a montré qu’il faut étudier les situations dans lesquelles les
sujets se sont trouvés, afin de découvrir le “stimuli” qui ont agi sur eux. Il a distingué
dans cette perspective trois séries de situations pré criminelles.
- Les vs spécifiques ou dangereuses qui se caractérisent par le fait que l’occasion
du crime n’a pas à être recherchée ; il y a chez le délinquant une pulsion vers le genre
d’acte criminelle qu’il va commettre. Ex : les situations pré-incestueuses, les situations
de détournement de fonds publics.
- Les situations non spécifiques ou amorphes qui se caractérisent par le fait que
l’occasion de commettre une infraction n’est pas présente, mais doit être recherchée, ce
qui exige la formulation d’un plan, le choix des complices etc.
Ex : les situations de fabrication de fausses monnaies, de vol.
- Les situations mixtes ou intermédiaires dans lesquelles d’une part l’occasion de
commettre le crime est donnée à l’individu sans qu’il ait à le rechercher et où, d’autre
part il n’existe pas nécessairement d’affinité spécifique entre la structure personnelle de
l’agent et les stimuli externes.
Ex : le cas des exécutants dans les organisations de malfaiteurs.
Para III- Les concepts opérationnels d’ordre explicatif
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Les pères de la criminologie (LOMBROSO et autres) avaient essentiellement
recouru aux notions de cause et loi pour expliquer le phénomène criminel.
Les auteurs de la nouvelle génération quant à eux font appels à des concepts plus
riches, plus subtiles pour cette raison fondamentale qu’en criminologie, la causalité
n’est pas un fait générateur unique, mais apparaît plutôt comme un ensemble de facteurs
interdépendants.
Dans cette perspective, les concepts explicatifs peuvent être répartis en deux
catégories : les concepts analytiques et les concepts synthétiques.
A) Les concepts analytiques.
Au stade de l’analyse, la criminologie moderne fait appel à deux concepts : le
concept de facteur et le concept de motivation.
- 1) Le concept de facteur criminogène
On entend par facteur criminogène, tout élément objectif qui intervient dans la
production du phénomène criminel.
Ex : la guerre est un facteur criminogène
Le facteur n’est qu’un élément qui influence le résultat et doit de ce fait être
distingué de la cause, laquelle absorbe toute la causalité du phénomène en ce sens que la
cause précède l’effet et, invariablement suivie par l’effet.
Le facteur doit également être distingué du simple indice qui est un signe ou un
symptôme permettant un diagnostic criminologique à l’instar de la fièvre pour le
malade, mais n’a pas de signification causale.
La criminologie a également recouru au concept de seuil qui est lié à celui de
facteur et indique le point à partir duquel un facteur ou un ensemble de facteurs
influence le comportement. On parle alors du seuil délinquentiel ie le point à partir
duquel l’individu passe à l’acte délictueux.
- 2 La motivation ou le concept de mobile
On entend par motivation ou mobile, l’impulsion qui pousse un individu à agir
dans un but déterminé. Ex : la haine, l’amour etc. La motivation comporte deux
éléments, à savoir : un dynamisme et une orientation dans un sens déterminé.
B) Le concept synthétique
La criminologie moderne procède souvent à la reconstitution de la causalité du
phénomène criminel en ayant recours au concept de constellation ou association de
facteurs, de structures, de processus et de système.
- Le concept de constellation ou d’association des facteurs exprime l’idée
d’une multiplicité de facteurs, mais il a l’inconvénient d’évoquer l’idée d’une simple
juxtaposition de facteurs et de ne pas tenir compte de leur interaction.
En revanche, avec la notion de structure, la causalité n’est plus considérée de
manière linéaire, mais comme une totalité complexe et organisée. Une structure se
définit en effet comme un ensemble composé d’éléments ordonnés suivant certaines lois
appelées lois de la composition de la structure, éléments qui, interagissant les uns sur les
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autres suivant certaines lois appelées lois de la transformation de la structure,
aboutissent au terme de cette transformation à une nouvelle situation d’équilibre.
- La notion de processus évoque l’idée de temps dans le phénomène criminel.
Un processus, c’est en effet une succession d’événement qui se suive les unes des autres
à partir d’un événement initial ou d’une série d’événement initiaux qui est l’acte qu’on
veut expliquer. C’est dans ce sens qu’on parle du processus du passage à l’acte.
- La notion de système évoque l’idée “d’un ensemble d’éléments
interdépendants ie liés entre eux par des relations telles que si l’un est modifié, les
autres le sont aussi et que par conséquent, tout l’ensemble est transformé”.
CHAPITRE -III- LES GRANDES THEORIES CRIMINOLOGIQUES
L’objet et la méthode de la criminologie étant explicités, il semble logique de
s’intéresser aux principaux résultats des recherches menées jusqu’à présent. Une telle
approche incite à traiter des théories explicatives des facteurs de la délinquance et des
théories explicatives du mécanisme de la délinquance.
SECTION -I- LES THEORIES EXPLICATIVES DES FACTEURS DE
LA DELINQUANCE
Ces théories s’ordonnent autour de l’idée selon laquelle il y a deux sortes de
facteurs : les facteurs endogènes et les facteurs exogènes.
Para I- Les facteurs endogènes
On entend par facteurs endogènes, des facteurs qui tiennent à l’individu lui-
même et dont la combinaison caractérise la personnalité. Certains de ces facteurs sont
innés, alors que d’autres sont acquis.
A) Les facteurs endogènes innés
Dans cette perspective, on peut distinguer trois théories, à savoir : la conception
anthropologique, la conception biotypologique ou morpho-caractérologique et enfin la
conception constitutionnaliste.
-1) La conception anthropologique
Elle a trouvé son expression la plus parfaite dans l’œuvre de LOMBROSO qui a
élaboré la théorie du type criminel baptisé plus tard théorie de la criminalité atavique.
Mais en réalité, LOMBROSO a eu des précurseurs importants ie de nombreux
auteurs qui avaient préparé d’importantes œuvres permettant de remonter le point de
départ de ses explications jusqu’au XVII e siècle.
Ainsi, on peut considérer que le véritable précurseur de l’anthropologie
criminelle a été l’italien DELLA-PORTA qui, dans son traité de PHYSIONNOMIE, a
étudié les rapports qui existent entre les diverses parties de la face et les différents
caractères individuels.
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On peut également considérer le français LAVATER comme étant le précurseur
d’une discipline nouvelle appelée “PHRENOLOGIE” ou criminologie qui s’attachait à
trouver les rapports entre les protubérances crâniennes et les caractères de l’individu.
Quant à la conception anthropologique de LOMBROSO, elle repose sur la
constatation selon laquelle il existe un type criminel individualisé des signes particuliers
ou stigmates déformatifs qui évoquent la bestialité de l’homme primitif.
Ainsi le criminel serait-il dans nos sociétés évoluées, une survivance du sauvage
primitif. Il se reconnaîtrait par des stigmates anatomiques, morphologiques, biologiques
et fonctionnels.
C’est ainsi que l’homme enclin au viol se caractérise par la longueur des oreilles,
les yeux obliques et très rapprochés, le nez épaté et la longueur excessive du menton.
Le voleur quant à lui se distinguerait par une grande mobilité du visage et des
mains, par des yeux petits, inquiets et toujours en mouvement, par ses sourcils épais et
tombant, par son nez épaté, sa barbe rare, son système pileux peu développé et son front
bas et fuyant.
Le meurtrier quant à lui se caractériserait par l’étroitesse du crâne, la longueur
des maxillaires, les pommettes saillantes.
La thèse de LOMBROSO a vite été critiquée, notamment par ses disciples
FERRI et Gabriel TARDE, et il a été démontré que les prétendues stigmates du criminel
sont un critère des plus contestables.
Mais, assez récemment, on a découvert des particularités chromosomiques de
certains criminels et il a été démontré que la majorité de personnes présentant des
aberrations chromosomiques se retrouvent parmi les délinquants. Mais il reste que la
majorité de délinquants ne présente pas d’aberrations chromosomiques et tous ceux qui
en présentent ne deviennent pas forcément des délinquants.
En définitive, il convient de relativiser la portée de ces résultats.
- 2) La conception biotypologique ou morpho-caractérologique.
La biotypologie a pour objet la recherche des corrélations entre divers aspects
du corps humain et les traits dominants de la personnalité.
Les systèmes biotypologiques sont très nombreux et certains d’entre eux
comportent des corrélations de nature criminologiques.
C’est d’abord le cas de la biotypologie du psychiatre KRETSCHMER qui
établit des corrélations entre la structure du corps et l’activité criminelle. Cet auteur a
distingué 4 types morphologiques fondamentaux.
- Le type pycnique ou compact de taille moyenne ou petite avec des formes
arrondies et potelées.
- Le type leptosome ou longiligne qui a des formes amaigries et anguleuses.
- Le type athlétique qui a une structure harmonieuse et une pilosité abondante.
Le type dysplastique qui se caractérise par une croissance retardée et une
déficience des organes sexuels.
A ces différents types physiques correspondent des différences criminologiques.
Ainsi, il résulte de plusieurs enquêtes que si les pycniques s’accommodent peu
de la délinquance, les leptosomes fournissent le plus gros contingent de délinquants et
commettent surtout les vols, escroqueries et abus de confiance, alors que les
athlétiques sont prédisposés aux actes de violence, les dysplastiques étant quant aux eux
enclin à la délinquance sexuelle.
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A côté de cette biotypologie de KRETSCHMER, il y a celle de l’américain
SHELDON qui établit une corrélation entre le somatotype ie le type corporel envisagé à
partir de l’embryon et la personnalité criminelle.
Cet auteur distingue :
- les endomorphes qui se caractérisent dans leur devant par la prédominance de
l’appareil viscéral.
- Les mésomorphes qui ont une prédominance de l’ossature et de la musculature.
- Les ectomorphes qui ont une prédominance des tissus cutanés et nerveux.
A partir de cette classification, des études ont été faites et ont montré que les
gros bataillons de délinquants se recrutent parmi les mésomorphes qui correspondent
plutôt au type athlétique dégagé par KRETSCHMER.
Toutes ces classifications biotypologiques n’ont qu’une valeur relative. La
délinquance de chaque individu n’étant aucunement prédéterminée de façon infaillible
par son appartenance à une catégorie donnée.
Simplement, cette appartenance peut avoir une influence sur le comportement du
sujet.
- 3) La conception constitutionnaliste.
C’est une conception qui s’attache à élargir le champ d’investigation en partant
de l’idée que la délinquance ne peut pas être conditionnée uniquement par les seuls
détails morphologiques, chromosomiques ou héréditaires.
Dans cette perspective, trois thèses ont été soutenues.
- La théorie du pervers constitutionnel du psychiatre français DUPRE pour qui
il existe chez l’individu divers instincts tels que celui d’appropriation, de reproduction,
d’association ou de nutrition. Or ces instincts sont susceptibles d’anomalie par excès,
par atrophie ou par inversion et ces anomalies conduisent à des perversions dont
certains débouchent sur des conduites criminelles.
- La théorie de constitution délinquentielle de l’italien DU TULLIO pour qui
tous les individus possèdent une constitution personnelle qui englobe à la fois des
éléments héréditaires et des éléments acquis, surtout de la prime enfance.
Cet auteur qui accorde une grande importance au concept de terrain évoque
l’idée selon laquelle il existe deux sortes d’individus : Les béni oui-oui et les inadaptés
ou contestataires qui regroupent le plus gros bataillon de délinquants.
- La théorie constitutionnaliste d’OLLF KINBERG pour qui il existe quatre
types d’individus :
* Les individus connaissant les actes internes dits pour la morale, mais qui sont
dépourvus de tout élément émotionnel,
* Les individus dont la connaissance du défendu et l’émotion sont perturbées par
des lésions pathologiques,
* Les sujets qui connaissent bien les actes défendus et qui ont une réaction
émotionnelle normale : c’est le gros du bataillon,
* Les individus dont les fonctions morales sont complétements réduites (ce sont
les malades mentaux pratiquement).
B) Les facteurs endogènes acquis
Ici, c’est l’hypothèse de la maladie criminogène et on songe d’emblée à la
démence qui est une maladie acquise et non congénitale et aux différentes névroses
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(troubles nerveux, mais qui ne sont pas pathologiques). Le névrosé a conscience du
trouble dont il souffre, les psychoses ne le sont pas.
On pense aussi à certains excès dus à l’alcoolisme ou aux stupéfiants qui
peuvent également être criminogènes.
La seconde grande hypothèse est illustrée par la théorie psycho-physiologique
d’Etienne DE GREEF. Pour cet auteur, chaque individu est un délinquant virtuel et
inconscient car le système névrophysiologique transmet à tout individu des incitations
constantes à l’agressivité.
Le plus souvent l’on réussit à indiquer cette agressivité en édictant une barrière
morale à l’aide de son psychisme supérieur qui va secréter certaines valeurs altruistes
telles l’amour ou la sympathie, mais il arrive que la barrière ne soit pas suffisante et que
l’individu succombe.
De la sorte, selon E. DE GREEF, un honnête homme est un sujet qui se trouve
constamment en équilibre instable. Il est toujours en train de perdre son honnêteté et est
toujours en train de la retrouver.
Para II- Les facteurs exogènes
Certains criminologues prétendent trouver l’explication de la délinquance dans
l’influence prédominante des facteurs sociaux et c’est fort de l’importance de ces
facteurs que certains ont dégagé les grandes lois criminologiques.
Du fait des critiques dont ces lois ont soufferts, l’on s’est tourné vers d’autres
voies.
A) Etude de quelques lois criminologiques
ENRICCO FERRI a par exemple trouvé la loi de la saturation criminelle selon
laquelle “ dans un milieu social donné et avec des conditions individuelles et
physiques données, il se commet un nombre déterminé de délits, pas un de plus, pas
un de moins”.
On doit une autre loi au même auteur qui est celle de la sursaturation
criminelle selon laquelle “quand la société s’agite, la quantité de crimes qui peuvent
être se commis augmente, cette quantité augmente alors comme celle du sel dans
l’eau quand la température du mélange est portée plus haut”.
Le belge QUETELET a inventé la loi de la régularité constante du crime selon
laquelle les crimes se reproduisent chaque année au même nombre, dans les mêmes
proportions et avec les mêmes variations, d’où la possibilité de connaître à l’avance, le
nombre de personnes qui vont se retrouver dans la délinquance. C’est cette approche
qui donnera lieu à la célèbre loi formulée par QUETELET et GUERRY et que l’on
appelle “loi thermique de la criminalité”.
Toutefois, G. TARDE était parvenu à démontrer qu’il n’y avait là qu’une
illusion. Le contraste entre le nord et le sud n’explique pas le degré variable
d’urbanisation. De même, la loi de la constance de la criminalité est démentie par
toutes les données statistiques de même que la loi de la sursaturation criminelle. De là,
la nécessité d’orienter les recherches vers d’autres horizons
B) De nouveaux horizons
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Ces nouveaux horizons sont représentés à travers trois courants à savoir : le
courant de la criminologie sociologique, le courant interactionniste et le courant de la
criminologie radicale.
- 1) Le courant dit de la criminologie sociologique
Ce courant comporte trois grandes écoles systématisées à travers les théories de
l’anomie, des conflits de culture et de l’association différentielle.
- a) La théorie de l’anomie ou de la disparition des valeurs sociales.
Selon cette théorie élaborée par E. DURKHEIM et développée en criminologie
par l’américain MERTON, les structures sociales présentent deux éléments
fondamentaux à savoir :
- d’une part les buts et les objectifs proposés par la société à ses membres,
- d’autre part les moyens légitimes pour y parvenir.
Et lorsque la coïncidence entre les buts et les moyens disparaît, il y a
délinquance et deviennent délinquants, les individus dont les modes d’adaptation
sociale se caractérisent par l’un des procédés suivants :
- L’innovation, l’individu accepte le but proposé par la société mais refuse les
normes sociales.
- L’invasion, l’individu ne partage aucune des valeurs communes.
- La rébellion, l’individu rejette la structure sociale existante.
- Les individus qui sont purement conformistes et qui acceptent les buts et les
moyens de la société. Ceux-là ne sont pas inadaptés et ne deviennent délinquant
qu’accidentellement.
- Les ritualistes c’est-à-dire les gens qui ont renoncé à tout idéal de réussite
matérielle et qui se contentent de vivre au jour le jour. Ceux-là aussi ne deviennent
délinquant qu’accidentellement.
- b) La théorie des conflits de cultures élaborée par l’américain THORSTEN
SELLIN
Cet auteur souligne le rôle des conflits de culture dans la genèse de la
criminalité. De tels conflits surgissent quand les valeurs morales et les règles de
conduites sanctionnées par le code pénal d’un pays contredisent les valeurs et les
normes adoptées par certains groupes sociaux.
Comme exemples de ce type de conflit, nous avons les conflits lors de la
colonisation entre les cultures locales et les cultures européennes.
Comme autres exemples caractérisant la survivance de ces conflits de cultures,
nous pouvons citer :
- la délinquance découlant des mariages précoces au nord cameroun,
- la profanation de sépulture à l’ouest
- l’exigence abusive de la dot
Le concept de conflit des cultures a par la suite donné naissance à la théorie des
sous cultures délinquantes de COHEN et qui oppose par ex les riches aux pauvres, les
dirigeants à leurs sujets.
- c) La théorie de l’association différentielle de l’américain SUTHERLAND
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C’est une théorie inspirée de la loi de l’imitation dégagée par G. TARDE, loi
selon laquelle le milieu social agit sur l’individu parce que chacun cherche à imiter les
autres.
Cet auteur insiste sur le fait que le comportement criminel n’est pas héréditaire,
mais plutôt appris au contact d’autres personnes par un processus de communication. Il
s’apprend surtout à l’intérieur d’un groupe restreint de relations personnelles (famille,
bande, milieu d’affaires, rue) et il dépend alors du rapport qui existe dans ce groupe
entre les interprétations défavorables au respect de la loi pénale et celles qui sont
favorables à celles-ci.
Cet apprentissage comporte deux éléments fondamentaux à savoir :
- L’enseignement des techniques d’une part, puis l’orientation des mobiles et
des tendances impulsives d’autre part.
De la sorte, selon SUTHERLAND, un individu ne peut devenir criminel que s’il
est au contact avec des mobiles criminels.
-2) Le courant interactionniste
C’est un courant qui insiste sur le rôle que jouent les instances pénales dans
l’apparition de la délinquance ou dans l’essor des comportements déviants.
Pour les tenants de cette école, c’est la société qui, au terme d’un processus
d’interaction, fixe la liste des actes infractionnels, stigmatise ces actes, d’où le nom
américain qui est donné à cette théorie : la théorie du LABEL.
- 3) La théorie de la criminologie radicale ou criminologie critique
C’est un courant contestataire qui propose une interprétation essentiellement
politico-économique du phénomène criminel. Ici, l’acte criminel apparaît comme
l’expression du refus de l’organisation sociale en place par l’agent.
Par définition même, l’acte criminel est un acte politique. Ce courant prêche par
exagération et n’a reçu la faveur d’aucun système politique, car depuis l’antiquité, la
délinquance existe.
SECTION -II- LES THEORIES EXPLICATIVES DU MECANISME DE
LA DELINQUANCE
Les facteurs qu’ils soient endogènes ou exogènes, ne constituent qu’un
cadre propitiatoire à la commission de l’infraction car, en fin de compte, l’homme ne
devient délinquant que lorsqu’il passe à l’acte.
Le passage à l’acte est donc au cœur même de la criminogenèse, et c’est la
raison pour laquelle plusieurs théories ont tenté de l’expliquer.
Trois théories méritent une attention particulière : le processus de la maturation,
celui d’acte grave et la théorie du DRIFFT.
Para I- Le processus de la maturation
C’est une théorie élaborée par SUTHERLAND pour qui, pour passer à l’acte, il
faut avoir atteint l’âge criminel ou la maturité criminelle.
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Le sujet doit par conséquent avoir une attitude réceptive à l’égard de la
criminalité et avoir acquis la connaissance des techniques criminelles. Ce phénomène de
maturation peut être plus ou moins long selon les individus et d’une manière générale, il
sera d’autant plus bref que l’individu vit dans un milieu criminogène.
Para II- Le processus d’acte grave
C’est en partant de l’homicide qu’ETIENNE DE GREEF s’est employé à décrire
le mécanisme du passage à l’acte qu’il a décomposé en quatre phases essentielles :
-1) La première phase est celle dite de l’assentiment inefficace qui est le résultat
d’un long travail inconscient.
Dans cette phase, l’agent acquiert l’idée du crime ; il l’envisage comme un
plaisir, mais n’en a pas un projet défini. Généralement les choses s’arrêtent là grâce à
l’intervention du psychisme supérieur qui va secréter des valeurs altruistes. Lorsque les
freins moraux ne jouent pas, on passe à la deuxième phase.
- 2) C’est la phase de l’acquiescement formel.
Ici, l’idée du crime continue à faire son chemin et l’agent s’envisage de plus en
plus comme un auxiliaire de l’œuvre de destruction. En somme, il commence à
concevoir d’une manière précise sa participation dans la réalisation du crime.
- 3) C’est la phase de la crise à l’issue de laquelle l’agent va accepter la honte et
le risque du crime. Etienne DE GREEFF dit à ce sujet que l’individu va se créer une
espèce de personnalité criminelle tendant à surmonter cette phase de crise.
- 4) C’est la phase du dénouement du crime et de ses conséquences, de même
que les diverses réactions qui s’en suivent.
Para III- La théorie du DRIFT
C’est une théorie qui a été formulée par un criminologue américain du nom de
DAVID MATZA pour qui, l’action criminelle n’est pas liée à des facteurs qu’ils soient
endogènes ou exogènes, mais résulterait du libre choix du délinquant au terme d’un
processus de laisser aller ou de dérive, ce dernier terme étant désigné en anglais par le
mot “drift”.
Mais le drift n’entraine pas nécessairement la commission de l’acte délictueux
qu’il rend simplement possible du fait du relâchement des freins moraux.
En définitif, c’est la volonté de l’agent qui va entraîner la commission de
l’infraction et cette volonté va être activée par deux sortes de circonstances que
MATZA appelle : la préparation et le désespoir.
La préparation sert à activer la volonté de commettre le crime dans les occasions
ordinaires et provoque l’impulsion de répéter les infractions anciennes.
Quant au désespoir, il intervient dans des situations plus extraordinaires et
conduit à la perpétration d’actes nouveaux jusque-là inexpérimentés par le sujet. Il
s’agit là pour l’agent d’aller à l’aventure (Ex de l’enfant).
Au terme de cette première partie, l’on est à mesure d’apporter quelques
éléments de réponse aux questions théoriques que soulève l’étude du phénomène
criminel. Les diverses tendances présentées montrent bien que la criminologie n’est pas
une science, au sens où l’on entend ce mot dans les sciences exactes.
La criminologie ne peut pas non plus être considérée, au sein des sciences de
l’homme, comme une discipline aussi avancée que nombre d’entre elles, telles que
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l’économie, la sociologie etc. La distance est encore trop grande entre le degré actuel de
développement de ces disciplines et le point où se trouve aujourd’hui la criminologie.
Ces réponses, loin de décourager, doit plutôt nous inciter à aller de l’avant dans
la connaissance de la matière.
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DEUXIEME PARTIE : L’EXPLICATION DE L’ACTION CRIMINELLE OU
CRIMINOLOGIE THEORIQUE
L’action criminelle peut être appréhendée à l’échelon de la collectivité
notamment de l’Etat, comme phénomène collectif, la criminalité, qui est étudiée par la
macro-criminologie.
Elle peut également être saisie comme un phénomène individuel, l’acte
infractionnel du droit pénal, dont l’étude constitue la micro-criminologie.
CHAPITRE -I- LA MACROCRIMINOLOGIE OU ETUDE DE LA
CRIMINALITE
L’étude de la macro-criminologie conduit souvent à formuler des réponses à
quatre questions :
- La criminalité existe-t-elle dans toutes les sociétés ?
- Quel est son volume là où elle existe ?
- La criminalité varie-t-elle dans l’espace et dans le temps?
- Quelles sont les perspectives d’évolution de la criminalité que l’on peut faire
pour l’avenir ?
Ces questions nous conduisent à l’étude des caractéristiques générales de la
criminalité et à celle des facteurs qui influencent l’évolution de la criminalité.
SECTION -I- LES CARACTERISTIQUES GENERALES DE LA
CRIMINALITE
Dégager les caractéristiques de la criminalité commande avant tout que le
phénomène soit bien situé par rapport à la culture dans laquelle il s’intègre. Il faut donc
dans un premier temps préciser les rapports entre la criminalité et les types de société
avant d’envisager cette criminalité comme une activité humaine particulière caractérisée
par son étendue.
Para I- Criminalité et type de société.
C’est depuis E. DURKHEIM qu’on insiste sur la nécessité de comprendre la
criminalité non pas en elle-même, mais toujours relativement à une culture déterminée
dans le temps et dans l’espace, et si on insiste aujourd’hui sur l’internationalisation de
la criminalité, cette circonstance n’efface pas les différences que l’on peut mettre en
évidence en opposant les pays en voie de développement et les pays développés.
A) La criminalité dans les pays en voie de développement : l’exemple de
l’Afrique.
La criminalité apparaît d’abord en Afrique noire comme le produit des systèmes
pénaux, ce qui s’observe aussi bien au plan quantitatif que qualitatif.
- 1) Les données quantitatives de la criminalité en Afrique noire.
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Comparé aux pays les plus développés, les indices de la criminalité en Afrique
sont relativement bas, même si cette conclusion est tirée des statistiques d’INTERPOL
dont la fiabilité scientifique est douteuse.
Aussi bien, il faut prendre avec circonspection la conclusion selon laquelle en
Afrique la criminalité est à l’image de son économie.
Mais il faut surtout souligner que les statistiques criminelles n’ayant de sens
qu’en relation avec le système pénal, on peut s’attendre à ce qu’au fur et à mesure que
la justice pénale moderne s’étend dans les pays d’Afrique et contrôle ce qui naguère
relevait de la justice traditionnelle, la criminalité va encore augmenter.
De fait, de nombreuses études effectuées, notamment par YVES BRILLON en
Côte d’Ivoire ont démontré qu’il n’est pas faux de postuler que les données chiffrées
reflètent d’une part une criminalité crée de toute pièce par les nouveaux codes pénaux et
d’autres part, par une absorption de plus en plus grande des comportements déviants par
les agences pénales officielles.
Il y a aussi un lien évident entre les organes de détection des crimes dont le
nombre ne cesse de croître et le nombre d’affaires traitées par les agences officielles
dont le nombre est également croissant.
On peut alors dire qu’en Afrique, les agences pénales recrutent leur clientèle
selon trois mécanismes distincts qui se conjuguent mais que l’on peut identifier comme
étant le mécanisme de régulation, de symptomatisation et de magnétisation.
- Par le mécanisme de régularisation, la justice moderne s’impose comme
instrument unique et légitime pour juger et sanctionner les infractions.
- Par le mécanisme de symptomatisation, l’institution étatique va imposer ses
propres définitions de la délinquance. Mais le système pénal ne s’auto-approvisionne
pas et reste tributaire de la complicité de la population. Si celle-ci reste en dehors de la
vision officielle du phénomène criminel comme c’est le cas en Afrique noire, il se
produit ce phénomène de “reportabilité différentielle”.
En conséquence, les rapports entre l’implantation des agences pénales et la
criminalité connue doivent être interprétés tout à la fois sous l’angle de la diffusion
idéologique et de l’acculturation et sous l’angle des conditions économiques inhérentes
au développement.
-Enfin par le mécanisme de magnétisation, l’institution pénale officielle va,
grâce à sa force attractive magnifiée par les éléments de coercition dont elle dispose,
détourner les clients qui relevaient auparavant des institutions traditionnelles.
- 2) Les données qualitatives de la criminalité
Sur le plan qualitatif, les études d’envergure effectuées font apparaître des
différences fondamentales entre les pays sous-développés et les pays développés.
De fait, la définition légale de l’infraction qui s’inspire moins de la pensée
africaine que de la pensée occidentale témoigne la volonté des dirigeants de faire jouer
un rôle moteur au droit pénal dans le processus de développement.
Le sens de la politique criminelle de la plus pat des pays africains va consister à
changer certaines habitudes de vie de la majorité des populations parce qu’elles ne sont
pas conformes au dessein économique national.
Cela se traduit par deux types des mesures législatives : les unes incriminant des
comportements coutumiers qui sont définis comme contraires au concept de nation, les
autres sanctionnant des pratiques qui vont contre le développement économique.
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Dans la première catégorie, le droit pénal s’emploie à culpabiliser et à éliminer
définitivement les comportements particularistes. C’est ainsi qu’en Côte d’Ivoire et au
Gabon, on a criminalisé les signes d’identification tribales telles que les scarifications et
autres marques corporelles.
De même, on réprime certains comportements socio-économiques comme
l’oisiveté, le vagabondage, la mendicité, et dans certains pays même l’absentéisme
scolaire (ex SEKOU TOURE en Guinée.)
Ces comportements sont aujourd’hui envisagés moins comme état dangereux
que comme attitude faisant obstacle au développement.
A cette création artificielle d’infractions à laquelle s’ajoute l’émergence en
milieu urbain d’une criminalité nouvelle de besoin ou de mauvaise adaptation et qui
touche aussi bien les jeunes que les adultes et même les femmes.
En ce qui concerne les jeunes, le vol, le vagabondage, les coups et blessures sont
les principaux motifs des arrestations et de condamnations (Infractions de besoin)
Pour les adultes, on a la combinaison d’infractions diverses contre les biens et
d’infractions contre les mœurs.
Pour les femmes, c’est la prostitution dans la plupart des cas.
B) La criminalité dans les pays développés
Cf manuels et Modules E4J ONUDC
Para II- L’étendue de la criminalité
Il s’agit ici de regarder les éléments permettant d’analyser les informations
concernant l’étendue de la criminalité dans une société donnée.
En effet, quel que soit le perfectionnement du système pénal, il existe toujours
une criminalité inconnue (cachée). On parle alors du chiffre noir c’est-à-dire de l’écart
entre la criminalité enregistrée par la criminalistique et la criminalité réelle.
L’importance de ce chiffre noir serait indifférente si la criminalité enregistrée
constituait un échantillon représentatif de la criminalité commise, mais tel n’est pas le
cas et dans la mesure où l’ignorance du volume exact de la criminalité met directement
en cause l’efficacité du système pénal. le chiffre noir est donc l’une des préoccupation
fondamentales des dirigeants et des criminologues.
A ce sujet, il convient de reconnaître le mérite des techniques d’auto-confession
et de victimisation qui, bien que n’ayant pas permis d’établir si le taux de dénonciation
des infractions par les victimes obéit à une certaine régularité, ont permis de mettre en
évidence l’existence d’un procédé pré-institutionnel de tri reposant sur la tolérance du
public à l’égard de certaines infractions.
La criminalité cachée peut en effet provenir de la tolérance du public à l’égard
des dommages mineurs. Elle peut également être favorisée par la méfiance de l’opinion
envers la police ou le manque d’efficacité supposée de celle-ci.
Mais la part respective de ces deux facteurs n’a pas encore été déterminée de
manière très claire par rapport à l’évolution de la criminalité cachée.
En définitive, le seul baromètre fiable reste la criminalité apparente parce qu’elle
intègre les infractions et les faits paraissant constituer des infractions et qui sont connus
des pouvoirs public ; encore faut-il savoir ce que les statistiques policières enregistrent
comme criminalité, et à ce propos il existe trois théories.
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44
A) La théorie du renvoi
Cette théorie part de l’idée que parmi les infractions commises, seules figurent
dans les statistiques policières, celles qui répondent à un des deux critères suivants :
- La visibilité de l’infraction c’est-à-dire la possibilité de la constater
facilement,
-La reportabilité c’est-à-dire la fréquence avec laquelle une infraction est
dénoncée à la police par les victimes, ce qui conduit à distinguer entre les infractions
avec victimes qui ont en principe un taux de reportabilité assez élevé et les infractions
sans victimes à taux de reportabilité faible ou nulle.
B) La théorie de la détermination légale et réglementaire.
Cette théorie considère que le contenu des statistiques policières est plus
déterminé par le régime légal de la répression que par les caractéristiques matérielles
des infractions.
Il y a alors lieu de distinguer entre les infractions soumises au droit commun de
la répression et qui sont en quelque sorte le pain quotidien de la répression et les
infractions soumises à un système de répression particulier, telles les infractions
fiscales et douanières qui donnent généralement lieu à des transactions entre leurs
auteurs et l’administration et ne viennent que rarement à la connaissance de la police.
C) La théorie de la reportabilité différentielle.
Elle est un simple raffinement de la théorie du renvoi.
SECTION -II- LES FACTEURS QUI INFLUENCENT L’EVOLUTION
DE LA CRIMINALITE
Les premiers criminologues ont mis l’accent sur l’analyse de ces facteurs, alors
qu’à l’heure actuelle, on insiste sur leur synthèse.
Para I- L’analyse des facteurs de la criminalité : les rapports entre la
criminalité et le milieu.
L’on abordera ici les questions relatives au milieu physique, économique,
familial, social et au conflit de culture.
A) Le milieu physique
Ce sont les corrélations entre le milieu physique et la criminalité qui ont amené
les premiers criminologues à établir des géographies criminelles et de grandes lois telle
la loi thermique de la délinquance.
C’est ainsi qu’au XIXe siècle, GUERRY avait cru pouvoir formuler “ la loi
thermique de la criminalité” suivant laquelle les crimes contre les personnes
prédominaient dans les régions du sud et pendant la saison chaude, et les crimes contre
les propriétés dans les régions du nord et pendant les saisons froides.
Cette vision des choses n’a pas résisté aux critiques.
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En revanche les corrélations fondées sur les modalités de peuplement ont été
plus fécondes. C’est ainsi qu’on a pu mettre en lumière le fait que les milieux urbains
sont plus criminogènes que les milieux ruraux d’une part et que, d’autre part, ils ont une
criminalité qualitativement différente voire que les modes d’exécution d’une même
infraction varient d’un milieu à l’autre.
Plusieurs théories ont été avancées pour rendre compte de ces différences.
- Il y a d’abord l’explication traditionnelle qui met l’accent sur les conditions de
vie. Ainsi, une famille rurale unie dans un village où le contrôle social des individus est
efficace, chacun surveillant l’autre est un facteur d’empêchement de la délinquance,
alors que la famille urbaine éclatée dans un milieu corrupteur où les enfants sont moins
biens surveillés est un facteur important de la criminalité.
-La théorie des aires de délinquance pour laquelle la plus grande criminalité des
villes s’explique plus par le mode d’urbanisation que par l’urbanisation en elle-même.
Il y aurait ainsi des villes dans les aires de non délinquance et des aires de
délinquances, zones de détérioration matérielle et socio morale qui sont de véritables
réservoirs des délinquants.
- La troisième explication repose sur l’idée que lorsque la densité de la
population atteint seuil, les individus deviennent agressifs parce qu’ils ne disposent pas
du territoire minimum nécessaire à leur épanouissement personnel.
B) Le milieu économique
Ici, il convient de distinguer la situation économique générale du pays et la
situation économique individuelle.
- 1) Sur le plan global, il est indiscutable que les variations de la situation
économique générale ont une répercussion sur le volume et les formes de la criminalité.
Mais l’influence de ces variations est complexe.
En effet, les périodes de difficultés économiques voient un certain accroissement
de la délinquance. Mais, d’un autre côté aussi, la prospérité économique n’est pas moins
dangereuse pour l’ordre public que les difficultés économiques, car elle ne se répand
jamais de manière équitable sur toutes les couches de la population.
- Sur le plan individuel, on note que bon nombre de délinquants sont sans
ressources et que les ilots de paupérismes sont souvent des centres de forte criminalité.
De même la forme d’activité économique du délinquant, indépendamment de ses
ressources peut également se trouver en corrélation avec la délinquance. Les activités
d’un individu peuvent donc le conduire vers certaines formes de délinquance.
C) Le milieu familial
L’on doit distinguer entre le milieu familial d’origine et le milieu familial
choisi (le foyer par ex) par la personne.
- 1) Le milieu d’origine
Certains auteurs affirment que ce milieu joue un rôle important dans la
criminalité.
- 2) Le foyer personnel
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Les recherches tendant à faire du foyer personnel un facteur de la délinquance
sont peu concluantes. Certains ont d’ailleurs pu écrire à ce sujet que c’est un tourisme
que d’affirmer, sur le plan de la délinquance que le choix du conjoint et l’installation du
foyer sont déterminants ; ceci car on constate que la faillite dans les foyers se rencontre
chez une forte proportion de délinquants qui désertent l’atmosphère du milieu conjugal
pour fréquenter des milieux plus agréables, généralement plus criminogène.
A contrario qu’un ménage uni et stable est un facteur d’adaptation sociale et il
est établi que la délinquance est plus rare chez les hommes mariés que chez les
célibataires.
D) Le milieu social
A ce propos, il faut distinguer entre le milieu social imposé et le milieu social
choisi (cf Première Partie)
E) Les conflits de cultures
cf supra : ex du chinois qui commet un acte d’avortement au Cameroun
Para II- La synthèse des facteurs de la criminalité
Il n’existe aucun facteur criminogène spécifique qui puisse servir de
dénominateur commun à toutes les infractions, car c’est la coexistence de plusieurs
facteurs qui peut seul expliquer la criminalité.
Partant de ces données fondamentales, des théories ou synthèses ont été
entreprises et qui s’attachent à mettre en exergue un fait dit facteur lourd autour duquel
s’agrègent les autres facteurs. On a ainsi pu distinguer trois principales théories : la
théorie criminaliste, la théorie économiste et la théorie culturaliste.
A) La théorie criminaliste.
Elle est défendue en France par le pénaliste J-C. SOYER. Elle est en quelque
sorte la théorie de la criminologie spontanée ou du sens commun pour laquelle
l’évolution de la criminalité s’explique par la faiblesse des politiques criminelles
pratiquées et des sanctions pénales.
C’est cette vision qui alimente l’idéologie sécuritaire qui amène souvent à parler
de la théorie économique du crime, théorie selon laquelle l’acte criminel s’explique par
la supériorité des bénéfices de l’action criminelle sur ses coûts (sanction pénale).
B) La théorie économiste
On situe souvent son origine à HOMERE qui a le premier mis en exergue l’idée
selon laquelle la criminalité s’expliquerait par la pauvreté et la misère. Il est d’ailleurs
l’auteur du dicton “ventre affamé n’a point d’oreilles”.
Cette théorie a surtout été systématisée par MARX et ENGELS qui ont fait du
facteur économique le facteur lourd de la criminalité au-dessus duquel fonctionnent
comme des superstructures, tous les autres facteurs.
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C) La théorie culturaliste
Elle part de l’hypothèse selon laquelle les conduites des individus sont orientées
par un système de valeur socio-morale et que la criminalité est la projection d’une
défaillance dans ce système, défaillance autour de laquelle s’ordonne l’ensemble des
facteurs explicatifs de la criminalité.
C’est de cette théorie qu’on déduit le fait que ceux qui quittent les villages pour
les villes semblent plus exposés à la criminalité. Cette théorie est surtout défendue par
les africains.
CHAPITRE -II- LA MICROCRIMINOLOGIE OU ETUDE DU CRIME
L’étude du crime en tant que phénomène individuel soulève un certain nombre
de questions qu’on peut regrouper autour de deux thèmes essentiels.
D’une part pourquoi parmi tous les individus qui composent une même société
et sont exposés aux mêmes influences criminogènes, seuls certains d’entre eux
deviennent-ils des délinquants alors que les autres observent généralement une conduite
conforme aux prescriptions de la loi pénale ? S’il est vrai, comme le disait Etienne De
GREEFF que nous sommes tous des délinquants virtuels, seul le passage à l’acte permet
de distinguer le délinquant du non délinquant et d’expliquer le crime en général.
D’autre part, on peut se demander pourquoi tous les délinquants ne commettent-
ils pas le même type d’acte délictueux ? Cette question renvoie à deux autres qui sont
celle de savoir si on peut opérer une typologie des délinquants et des typologies de
crimes.
SECTION -I- LE PASSAGE A L’ACTE ou L’EXPLICATION DU CRIME EN
GENERAL
Nous traiterons cette question en étudiant les conditions et les mécanismes du
passage à l’acte.
Para I- Les conditions du passage à l’acte
Bien que le crime frappe souvent par sa soudaineté et la futilité des motifs qui le
déclenchent immédiatement, les auteurs s’accordent pour admettre que le passage à
l’acte criminel n’a que l’apparence de la soudaineté, car le crime est le résultat d’une
morne application quotidienne et souvent indépendante du délinquant et la conjonction
de des circonstances funestes.
Selon J. PINATEL, le crime est la réponse d’une personnalité à une situation, ce
qui c’est-à-dire que le crime nécessite une personnalité criminelle qui soit placée dans
une situation criminogène. Mais la conjonction de ces deux situations n’est pas toujours
nécessaire car il arrive souvent que l’occasion seule fasse le larron : c’est le cas des
délinquants primaires.
D’un autre côté, il y a des cas où une personnalité structurée pour le crime
recherché n’arrive pas à trouver l’occasion propice.
En tout état de cause, prise ensemble ou séparément, la personnalité criminelle et
les situations criminogènes sont génératrices d’état dangereux. De telle sorte que
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comme condition du crime, on a la personnalité criminelle, la situation criminogène et
l’état dangereux.
A) La personnalité criminelle
La personnalité définie d’une manière dynamique est tissée de multiples
influences maléfiques et pour nombre de criminologues, il existerait véritablement une
personnalité criminelle caractérisée par des traits biologiques, psychopathologiques,
psychologiques ou sociaux, et ces faits sont autant des facteurs prédisposant à la
délinquance.
La personnalité criminelle qui existe s’enrichie donc d’une dimension nouvelle
lorsque l’individu prédisposé est passé à l’acte. Elle possède alors un élément
spécifique, dynamique qui est probablement le seul qui soit commun à tous les
délinquants, car si l’on vient au crime par des chemins variés, tous ceux qui ont franchis
le dernier seuil ont ensemble un trait qui les unit et parachève leur personnalité
criminelle.
Pour dégager ces composantes de la personnalité criminelle, il faut prendre le
problème à l’envers et se demander ce qui empêche aux non délinquants de passer à
l’acte.
La première étude de ce type a été menée par le criminologue français
MANOUVRIER qui est parti des questions toutes simples dans le genre (quel homme
d’affaires n’a pas côtoyé la malhonnêteté) pour mettre en lumière l’existence des freins
moraux. Ces freins peuvent par exemple être la crainte du châtiment, de la perte de
l’emploi etc.
Chez l’individu qui n’est pas passé à l’acte, ces freins sont efficaces ; en
revanche chez celui qui est passé à l’acte, les freins n’ont pas joué et c’est le signe que
celui-ci possède dans sa personnalité des traits psychologiques qui sont en opposition
avec ceux qui retiennent les délinquants.
En s’appuyant sur les différentes analyses effectuées dans cette perspective, J.
PINATEL a dégagé les composantes de la personnalité criminelle qui serait au nombre
de quatre, à savoir : l’égocentrisme, la labilité, l’agressivité et l’indifférence affective.
- Le délinquant est égocentriste
(ie qui rapporte tout à soi- le fait de se considérer comme le centre de l’univers)
Il en résulte diverses conséquences du point de vue du passage à l’acte. Ainsi,
selon E. De GREEFF, le délinquant a tendance à légitimer sa faute en dévalorisant la loi
et les hommes et en montrant que l’hypocrisie est universelle et que malgré ses actes
criminels, il est plus honnête que ceux qui le jugent.
- La labilité (ou instabilité du comportement ie le fait d’être enclin à subir un
changement)
Le délinquant est labile ie qu’il est exposé à tomber ou à faillir à la moindre
secousse et de ce fait, il est incapable d’être inhibé par la menace de la sanction pénale.
- Il est agressif et c’est ce qui lui permet de renverser tous les obstacles matériels
et les difficultés de l’entreprise criminelle.
- Le délinquant est atteint d’indifférence affective et c’est ce qui le rend aveugle
et sourd par rapport au caractère odieux de l’exécution du crime. Cette indifférence
affective peut être soit une composante structurée de la personnalité criminelle, soit
alors le signe d’un processus évolutif d’inhibition affective.
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B) Les situations criminogènes ou pré criminelles.
L’étiologie du crime ne suppose pas seulement un certain type de personnalité,
elle implique également l’existence d’une situation précriminelle.
Lorsque les criminologues étudient les facteurs qui tiennent au milieu, ils font
souvent la distinction entre le milieu de développement qui influence la formation et
l’évolution de la personnalité (ex la famille) et le milieu de fait ie les situations dans
lesquelles est placé le délinquant au moment de son crime et c’est ce second milieu qui
joue un rôle plus ou moins déterminant dans le déclenchement du passage à l’acte.
OLOF KINBERG distingue ainsi trois types de situations
- 1) Les situations précriminelles
Les situations précriminelles souvent qualifiées de situations spécifiques ou
dangereuses sont celles qui se caractérisent par deux traits fondamentaux : l’occasion
de commettre le crime est toujours présente et n’a donc pas à être recherchée ; il y a
chez le futur délinquant une pulsion vers le genre d’acte criminel qu’il va commettre.
OLOF KINBERG a par exemple dégagé des exemples de situations telles :
- La situation préincestueuse caractérisée chez le père de famille par une
cessation de l’activité sexuelle conjugale due à la maladie, la mort ou l’indifférence
affective de l’épouse et par l’intimité de la vie familiale et l’autorité paternelle qui
orientent l’instinct sexuel du sujet vers ses filles.
- La 2e situation est celle du tourmenteur d’épouse qui pousse la femme à tuer
son mari pour faire cesser ses brutalités.
- 3e situation : c’est la situation de tueur de maîtresse dans laquelle un amant
désespéré décide de se tuer non sans désir de tuer celle qui l’a déçue (donc sa
maîtresse).
- 4e situation : la situation de viol dans laquelle une jeune fille accepte de
monter dans le véhicule d’un inconnu mais finalement résiste aux avances qu’elle a
suscitée.
Etc.
- 2) Les situations amorphes ou non spécifiques
Ce sont celles qui se caractérisent par le fait que l’occasion de commettre le délit
n’est pas présente, mais doit être recherchée, ce qui exige la formation d’un plan, la
reconnaissance du crime projeté, des préparatifs, l’acquisition des outils nécessaires, le
choix des complices etc. Les exemples de situation de cette nature sont innombrables :
vols à mains armée, fabrication de fausses monnaies, escroquerie etc.
- 3) Les situations mixtes
Ce sont celles où l’occasion de commettre le crime est donnée à l’individu sans
qu’il ait à la rechercher, mais où d’autre part il n’existe pas nécessairement d’affinité
spécifique entre la structure personnelle de l’agent et les stimuli externes. KINBERG
donne comme exemple le cas des exécutants dans les organisations de malfaiteurs.
Il convient aussi souligner qu’à l’heure actuelle, avec l’émergence de la
criminologie victimologique, l’accent est mis sur le rôle que peut jouer la victime
entant qu’élément de la situation précriminelle.
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La victime peut être un agent passif ou actif.
Elle est un agent actif dans l’hypothèse dite du criminel victime : c’est le cas du
tourmenteur d’époux.
La victime est un agent passif lorsqu’elle est victime latente qui attire le crime
par son attitude (provocation, imprudence).
Il en résulte donc que la victime peut intervenir comme facteur de dangerosité.
C) L’état dangereux
C’est un concept qui a été inventé par l’italien GAROFALO qui définissait la
témibilité comme “ la perversité constante et agissante du délinquant et la gravité du
mal qu’on peut redouter de sa part, en d’autres termes de sa capacité criminelle”.
Mais cette notion de témibilité est une notion statique purement négative, or les
attitudes de l’individu face à ses devoirs sociaux ne sont pas déterminée une bonne fois
pour toute, car il peut se convertir après avoir commis une faute, d’où l’importance de la
notion d’adaptabilité également dégagée par GAROFALO qui met l’accent sur le fait
que tout individu a une possibilité d’adaptation au milieu qui est plus ou moins grande
et il convient de rechercher celle-ci à côté de la capacité criminelle pour évaluer l’état
dangereux.
Pour GAROFALO, l’état dangereux, ie la capacité criminelle, plus l’adaptabilité
devait servir de guide dans le choix de la sanction pénale applicable à l’infracteur.
Mais les criminologues modernes ont étendu son champ d’application non
seulement pour mesurer après le crime le degré de socialité qui reste à l’infracteur, mais
aussi avant le crime pour dépister, prévoir et faire cesser le risque d’infraction.
Dans la stricte perspective de la criminogenèse, l’état dangereux constitue le
signal d’alarme qui permet de déceler la probabilité plus ou moins grande du passage à
l’acte. Elle est le produit de l’équation : personnalité criminelle + situation criminelle
même s’il peut résulter de l’un ou de l’autre seulement de ces éléments.
Il faut enfin noter que si la mise en évidence de l’état dangereux permet de
prévoir la possibilité du passage à l’acte, elle ne suffit pas à expliquer le passage à l’acte
lui-même, car même quand toutes les conditions préalables sont réunies, d’autres
mécanismes interviennent au moment où l’individu devient délinquant.
Para II- Le mécanisme du passage à l’acte
Il s’agit ici, d’analyser les motivations, le processus même du passage à l’acte et
les suites psychologiques.
A) Les motivations dans le passage à l’acte
A cause des exigences de la logique judiciaire, lorsqu’ils reconstituent l’action
criminelle, les jugent s’emploient souvent à mettre de l’ordre dans ce qui n’est que
désordre. Or, les motivations qui servent de levier au passage à l’acte sont souvent
superficielle, illogiques ou troublées par ce que le professeur VITU appelle “orage
affectif”.
On risque alors de se tromper et de confondre une motivation apparemment
passionnelle avec une motivation utilitaire ou de voir la préméditation là où elle n’existe
pas.
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En effet si la colère, l’irritation ou l’amour perdu sont des facteurs déclenchant,
ils sont toujours la face visible d’une situation complexe faite de sentiments plus
profonds qui sont à la racine du crime.
Ainsi, le meurtrier passionnel n’est pas déterminé par l’amour, mais par
l’égoïsme, la haine ou la vengeance (E. DE GREEFF dans amour et passion d’amour).
B) Le processus du passage à l’acte.
L’acte criminel n’est pas le résultat automatique de la mise en contact d’un
certain type de personnalité et d’un certain type de situation. Mais il est souvent
l’aboutissement d’un processus d’interaction parfois long entre ces deux éléments de tel
sorte que tant que l’acte n’a pas été consommé, rien n’est définitivement joué, car toute
modification soit dans la personnalité, soit dans la situation, soit dans les deux facteurs
peuvent entraver l’évolution vers la perpétration de l’infraction.
Parmi les criminologues qui ont formulé des hypothèses sur le processus du
passage à l’acte, certains ont une conception atomiste qui réduit le travail psychique du
délinquant au phénomène localisé autour de l’infraction alors qu’il n’y a pas de crime
soudain, en même temps qu’il accordent au mobile de l’acte une importance excessive,
alors que le mobile n’est qu’une apparence illogique d’un acte irrationnel.
Plus sérieuse nous semble la conception globale qui procède de la recherche
psychique et sociale du sujet avant le crime. Dans cette perspective, on retiendra le
processus de maturation criminelle de SUTHERLAND, le processus d’acte grave d’E
DE GREEFF, de MATZA.
C) Les suites psychologiques du passage à l’acte
D’après E. DE GREEFF, plus un criminel se comporte après les faits comme
l’auteur d’un acte raté qui demande pardon à sa victime, plus il se rapproche du normal.
Au contraire, plus longtemps persiste l’attitude et le plaisir d’homicide après les
faits, plus la situation du sujet est grave.
De fait, les réactions du criminel sont variés, ce peut être le regret, le remord,
l’expression de la volonté de renoncer à recommencer à la prochaine occasion.
Quelques exemples des suites psychologiques.
- L’affaire du jeune curé d’Urfé qui s’est déroulé en France à la fin des années
cinquante.
Il s’agit d’un prêtre qui a enceinté une jeune paroissienne. Obsédé par la crainte
du scandale qui devait s’en suivre, il a tué sa maîtresse ; mais prêtre jusqu’au bout, il
extrait l’enfant, le baptise avant de le tuer.
- Un homme se débarrasse de sa femme. Arrêté, il demande seulement :
“Laissez-moi au moins l’occasion de laver mes mains”.
Ce qu’il convient de tirer de ces réactions post-infractionnel, c’est qu’ils ont une
importance au niveau du choix de la peine.
SECTION -II- LES TYPOLOGIES CRIMINELLES.
Dans l’étude de l’explication du crime, nous nous sommes cantonné à l’étude de
la personnalité et de la situation. Cette approche à elle seule ne permet pas d’obtenir
d’amples informations sur le phénomène, dans la mesure où les actions criminelles ne
sont pas les mêmes.
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Il en est ainsi d’abord parce que les rôles respectifs de la personnalité et de la
situation varient considérablement selon les hypothèses ; bien plus, les traits de
personnalité qui exercent une influence déterminante dans l’action criminelle varient
notablement selon les délinquants : de là la nécessité d’établir une typologie des
délinquants.
D’autre part, les actes délictueux commis par les délinquants ne sont pas non
plus de même nature : d’où l’utilité de dresser une typologie des délits.
Para I- Les typologies de délinquants
L’on abordera, du fait de l’objet de cette étude, les typologies purement
criminologiques, puis celle des typologies auxquelles se réfèrent la pratique judiciaire.
A) Les typologies criminologiques
En dépit de leur désir de formuler des schémas qui puissent rendre compte des
traits commun à tous les délinquants, les criminologues admettent que leurs explications
respectives n’ont ni une portée exclusive, ni un caractère exhaustif.
En effet, prétendre réduire tous les délinquants au type de criminel né par
exemple serait une erreur scientifique grave, de même, affirmer que le criminel est le
fruit d’un seul facteur, c’est nier que la constellation des facteurs puisse jouer dans des
proportions variables selon les individus, ce qui serait évidemment une hérésie
scientifique.
Fort heureusement, la pratique de l’approche différentielle permet de corriger les
systématisations excessives et de fait, au fur et à mesure que la criminologie progresse,
les classifications des délinquants s’affinent toujours plus et on peut citer en allant du
plus simple au plus complexe :
- 1) La typologie de LOMBROSO qui admettait, à côté du criminel né, trois
autres catégories de délinquants à savoir : le criminel fou, le criminel par passion et le
criminel d’occasion.
- 2) La typologie de DU TULLIO qui sépare les délinquants en trois groupes à
savoir : les occasionnels, les constitutionnels et les malades mentaux.
- 3) La typologie de J. PINATEL qui classe les délinquants en deux catégories :
-Les criminels relevant des types psychiatriquement définis et dont la
délinquance s’expliquerait par des traits de personnalité qui sont des diminutifs de
grandes maladies mentales. Il cite alors les caractériels, les débiles mentaux, les
alcooliques, les toxicomanes et les pervers.
- Les criminels en dehors des types psychiatriquement définis parmi lesquels il
faut classer les criminels professionnels et les criminels d’occasion.
- 4) La typologie de de SEELIG qui distingue les criminels réfractaires au travail
des criminels par résistances amoindries par manque de freins sexuels ou par idéologie.
C’est en exploitant ces diverses classifications que la pratique judiciaire a pu
opérer ses classifications.
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B) Les classifications auxquelles de la pratique judiciaire.
La pratique judiciaire se réfère à des classifications fondées sur trois oppositions
: les délinquants malades mentaux et anormaux mentaux, les délinquants d’occasion et
les délinquants d’habitude, les jeunes délinquants et les délinquants adultes.
- 1) Les délinquants malades mentaux et anormaux mentaux.
C’est une catégorie qui regroupe les aliénés, les débiles mentaux, les
caractériels, les pervers, les alcooliques et les toxicomanes.
- a) Les délinquants aliénés
Cette catégorie correspond aux déments dont la responsabilité est exclue en
vertu de l’article 78 du code pénal camerounais. On peut y ranger deux catégories
d’individus : ceux qui ont un trouble durable de l’intelligence et de la conscience et
ceux qui sont atteint des maladies mentales évolutives.
- Les individus atteints de troubles durables de l’intelligence
Ce sont d’une part les aliénés mentaux et les déments stricto sensus.
On parle d’arriération mentale lorsqu’un individu n’a jamais atteint un niveau
d’intelligence suffisamment élevé pour posséder un minimum de discernement moral :
c’est le cas de l’idiot et de l’imbécile. Ils sont pénalement irresponsables.
La démence stricto sensus est un état qui survient après qu’un individu ait
auparavant parcouru les étapes normales de l’évolution intellectuelle. Cette démence se
caractérise par un déficit intellectuel irréversible dû à un affaiblissement lent et
progressif des facultés intellectuelles.
On distingue ici entre la démence sénile (des vieux) qui est à l’origine de
certains vols et délits sexuels, et la paralysie générale qui est d’origine infectieuse et qui
provoque la perte du sens morale et entraîne généralement des vols à l’étalage, abus
de confiance, la grivèlerie.
- b) Les maladies mentales évolutives
Ce sont les psychoses et les névroses
Les psychoses
On parle de psychose lorsqu’il y a une altération psychique essentielle telle que
le contrôle de soi, le jugement ou l’autocritique. Les principales psychoses sont :
- La schizophrénie qui est une maladie mentale grave dans laquelle la conscience
du réel disparaît chez le malade alors qu’un monde hallucinant se développe en lui.
- La paranoïa qui se caractérise par un orgueil exagéré, de l’égoïsme, de la
susceptibilité, de la méfiance.
- La folie maniaco-dépressive qui se caractérise chez l’individu par l’alternance
entre les grandes périodes d’excitation et des périodes de dépression.
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- L’épilepsie : elle se caractérise par des crises convulsives avec perte de
connaissance, maladie qui correspond à la décharge fonctionnelle d’un groupe de
cellules du cerveau.
Les psychoses sont souvent à l’origine d’actes criminels. Ainsi, les
schizophrènes sont souvent enclins aux meurtres et aux attentats à la pudeur alors que
les paranoïaques sont souvent enclins à des crimes passionnels ou à des actes de
fanatisme politique.
Les névroses
Désignée dans le langage courant par dépression nerveuse, elle est une cassure
de la personnalité due à l’existence de complexes.
C’est une maladie sans lésion organique, mais une névrose peut tout de même se
manifester par des symptômes physiques ou psychologiques.
Les principales névroses sont : l’obsession, l’hystérie et la phobie.
Les névrosés ne sont pas souvent enclin à la délinquance parce qu’ils sont
inhibés par leur complexe et parfois, dans les cas extrêmes, ils deviennent de grands
délinquants. C’est le cas de la pyromanie et de la kleptomanie.
- b) Les débiles mentaux
C’est une catégorie qui se situe entre l’imbécilité et le développement mental
normal. En termes de quotien intellectuel, le débile se situe entre 0,50 et 0,79.
Le quotient intellectuel (QI) est un rapport exprimé en chiffre entre l’âge réel ou
âge chromosomique et l’âge mental.
AM âge mental
QI =--------- --------------------
AR ou AC âge réel ou âge chromosomique
Soulignons ici que c’est une question fort discutée que celle de savoir quelle est
l’incidence de la débilité mentale sur la criminalité. Mais, lorsqu’ils passent à l’acte,
leur criminalité prend surtout la forme de vol sans dissimulation et sans but utilitaire.
C’est le collectionnisme en général.
- c) Les caractériels
Le terme caractériel désigne celui qui présente des troubles du caractère, celui-
ci étant la marque personnelle d’un individu, son signe distinctif qui permet de définir
son style, sa manière d’être ou de réagir. On définit également le caractère comme étant
une tendance de nature affective qui dirige les réactions de l’individu aux conditions du
milieu l’extérieur.
En fait, le caractère de chaque individu révèle des tendances plus fortes que les
autres, que la psychologie normale s’est efforcée de distinguer et de classer. Mais, si
généralement ces tendances ne dépassent pas un certain seuil et peuvent être dominées,
il arrive que chez certains sujets, telle ou telle tendance soit tellement développée et
exagérée qu’elle domine toute leur personnalité.
C’est ce déséquilibre psychique qui constitue la catégorie psychopathologique
des caractériels.
Le nombre de caractériels parmi les délinquants est très élevé.
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- d) Les pervers
La perversité (qu’il ne faut pas confondre avec la perversion qui est la déviation
d’une tendance morale) est une anomalie de l’affectivité qui peut être soit
constitutionnelle, soit acquise sous l’influence des facteurs pathologique ou misogynes.
Cette anomalie de l’affectivité fait du pervers un personnage foncièrement
amoral, cruel, jaloux, agressif, bref un personnage inintégrable socialement et qui fait le
mal presque par plaisir.
Sur le plan criminologique, les pervers sont des durs et deviennent le plus
souvent chef de bande criminelle en même temps qui sont récidivistes inamendables
- e) Les toxicomanes et alcooliques.
L’absorption volontaire de certaines substances provoque, lorsqu’elle est
excessive, des troubles mentaux dont certains sont criminogènes.
L’alcoolisme chronique modifie souvent le fonds mental de l’individu dont il
développe l’agressivité et l’impulsivité et fait perdre le sens éthique ; d’où des vols,
grivèlerie, abus de confiance, abandon de famille, mais aussi des homicides et des
sévices sur ses enfants ou sur son conjoint.
L’absorption des stupéfiants est criminogène de deux manières. D’une part, elle
provoque un état de besoin tel qu’elle conduit le toxicomane à commettre n’importe
quel délit pour se procurer de la drogue (vol, escroquerie, revente de drogue).
D’autre part, elle conduit le toxicomane à un état de déchéance physique et
mentale vécu dans un monde d’existence asocial (vagabondage, squat....).
- 2) Les délinquants d’occasion et les délinquants d’habitude
- a) Les délinquants occasionnels
Dans son acceptation courante, le délinquant occasionnel est celui qui a trébuché
accidentellement et dont il faut analyser la situation avec faveur.
Mais tous les criminologues ne sont pas de cet avis et depuis FERRI et
GAROFALO, on discute sur le point de savoir si c’est l’occasion qui fait le larron ou si
l’occasion révèle seulement le larron. En d’autres termes, l’occasionnel ne se distingue-
t-il en rien du non-délinquant ou bien sa personnalité ne se caractérise-t-elle pas par un
seuil délinquentiel quelque peu inférieur à celui des non- délinquants ?
La réponse à cette question résulte de la distinction qu’il faut faire parmi les
occasionnels.
- Il y a d’abord les occasionnels purs ou pseudo-délinquants qui ne commettent
des infractions que sous le coup des circonstances extraordinaires qui, bien souvent ne
les rendent pas juridiquement punissables. C’est souvent le cas lorsqu’ils agissent en
légitime défense, en état de nécessité ou sous la contrainte.
- Il y a ensuite les criminels passionnels qui se caractérisent par un égocentrisme
ou une vantardise qui les apparentent à des déséquilibrés.
Enfin, il y a des criminaloïdes qui sont des délinquants occasionnels certes, mais
qui, en raison de leur personnalité particulière, peuvent être considérés comme des
délinquants habituels en puissance. Dans leur cas, l’occasion n’est que la goutte d’eau
qui fait déborder la vase.
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- b) Les délinquants d’habitude
Il faut distinguer entre les délinquants d’habitude stricto sensus et les
délinquants professionnels.
A la différence de la délinquance occasionnelle, la délinquance d’habitude est
due à une altération profonde de la personnalité du délinquant. Ici, la personnalité joue
le rôle central, les circonstances n’intervenant qu’à titre d’appoint ou de facteur
déclenchant.
Comme le délinquant d’habitude, le délinquant professionnel est un inadapté
social, mais il se distingue de celui-ci par le fait que son activité criminelle est
organisée et que son existence toute entière est organisée en vue du crime.
- 3) Les jeunes délinquants et les délinquants adultes.
Cette distinction qui a surtout un intérêt juridique repose sur l’idée
fondamentale que le jeune délinquant est une personnalité en cours de formation ou de
socialisation, ce qui doit entraîner pour lui une irresponsabilité pénale au profit des
mesures éducatives.
Para II- Les typologies de crimes.
Les codes criminels décrivent un nombre important d’actions et d’omissions
qu’ils punissent de peines variables selon la gravité la gravité objective de l’infraction et
ils regroupent généralement ces infractions en quelques grandes catégories selon les
biens et valeurs protégés. Ces classifications qui ont un intérêt certains dans l’approche
descriptive de la criminalité cessent d’être utilisables lorsqu’il s’agit de classer les
crimes d’un point de vue micro-criminologique.
C’est donc pour cette raison que les criminologues se sont tournés vers des
classifications tenant compte de la motivation, des systèmes de comportement et du
nombre de participant.
A) La classification des crimes par leur motivation
Cette première typologie est le fait de J. PINATEL qui, envisageant le crime
dans ses formes les plus marquantes, distingue quatre catégories : le crime primitif, le
crime utilitaire, le crime pseudo-justicier, le crime organisé.
- 1) Le crime primitif
C’est celui qui résulte d’une libération soudaine d’une activité criminelle, sans
que celle-ci ait été soumise au contrôle de la personnalité. L’on prend souvent pour
exemple le meurtre commis dans une brusque explosion de colère.
En réalité ce type de crime peut revêtir deux aspects différents.
Il y a d’abord les réactions explosives qui sont liées soit à un accès soudain de
colère, soit à une accumulation affective telle que la moindre occasion peut provoquer
une réaction disproportionnée. Cette réaction est souvent le fait des épileptiques.
Il y a ensuite ce que R. GASSIN appelle les actions en court-circuit et qui sont
l’œuvre des malades mentaux et à propos desquels le sujet est incapable d’adopter une
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conduite ajustée. C’est le cas de l’incendiaire pyromane, de certains voleurs de grands
magasins.
- 2) Le crime utilitaire
Dans son acception la plus générale, le crime utilitaire suppose que le sujet est
placé dans une situation spécifique ou dangereuse, dont il n’arrive à se libérer qu’en
ayant recours au délit. A titre d’exemple, nous pouvons citer le cas de la femme qui tue
son mari violent.
Ainsi défini, le crime utilitaire se caractérise par quatre traits :
- Il suppose toujours une situation spécifique ou dangereuse.
-Il est souvent limité à une seule forme d’infraction ou dirigé contre une seule
personne ou un groupe de personnes déterminés ou alors contre un type particulier
d’objet.
- Il est toujours l’aboutissement d’une crise.
- Il se développe aussi bien dans les infractions contre les personnes que contre
les biens.
- 3) Le crime pseudo-justicié
A la différence du crime utilitaire qui est marqué par la satisfaction de l’intérêt
personnel, ce type de crime revêt un certain caractère désintéressé. L’auteur tend par
son action à rétablir ce qu’il croît être la justice soit dans le domaine des relations
privées, soit dans celui des relations publiques.
En fait, il y a toujours un sentiment de vengeance plus ou moins intense dans ce
type de crime, et il s’y trouve mêlé avec de l’altruisme, des raisons idéologiques et des
processus de compensation. J. PINATEL distingue plusieurs variétés de ce genre de
crimes parmi lesquels quatre retiendrons notre attention :
- L’homicide passionnel qui est un crime de destruction résultant d’un conflit
directement sexuel ou en rapport avec l’amour sexuel.
Exemple de l’époux qui surprend son épouse en flagrant délit d’adultère.
- Le crime par idéologie qui se caractérise par le fait que son auteur considère
comme un devoir l’acte qu’il commet : ex l’attentat politique
- Le délit prophylactique qui est celui dont son auteur sait qu’il agit illégalement
tout en sachant que de cette façon il évite un plus grand mal, voir qu’il réalise un bien.
Ex de l’euthanasie.
Le délit revendicatif qui est celui dont l’auteur s’érige en défenseur dans une
affaire où il n’est pas directement impliqué. Il déclare être poussé par le devoir ou par la
générosité sociale et développe ainsi une action agressive disproportionnée à l’affront
personnel qui est à la base de sa conduite.
De tels comportements s’observent régulièrement dans les guerres civiles.
- 4) Le crime organisé (Cf. Modules E4J)
C’est celui qui procède d’une volonté délibérée de commettre un ou plusieurs
actes criminels.
Il est essentiellement acquisitif et est généralement accompli soit dans le cadre
d’une situation spécifique, soit dans une situation amorphe, ce qui exige la formulation
d’un plan, le choix de complices tec.
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On distingue trois variétés de crimes organisés :
- La criminalité organisé à caractère brutal ou agressif, exemple le hold-up, les
raquettes.
-L’exercice d’activités illicites rémunératrices ex le proxénétisme ou le trafic des
stupéfiants qui consiste à tirer profit des vices d’autrui.
- Le “white collar crime” crimes en col blanc qui est le fait des personnes qui
appartiennent à des catégories sociales élevées et consiste dans des actes de ruse tels :
fraudes fiscales, infractions aux lois sur les sociétés, corruption de fonctionnaires etc.
B) La typologie fondée sur les systèmes de comportement criminel.
L’idée fondamentale ici est que ni la nature de l’acte, ni sa structure, ni son
mode d’exécution ne se présente de la même façon selon le nombre de personnes qui
participent à l’acte criminel.
Dans cette perspective, on distingue trois types de crime: le crime commis
isolément, en association ou en foule.
- 1) le crime commis isolément
C’est celui dont l’idée initiale, la préparation éventuelle et l’exécution sont
l’œuvre d’une seule personne et parce que le criminel est limité à ses propres ressources
intellectuelles, son activité est elle aussi nécessairement limitée à certains types
d’infractions et à certains modes d’exécution. Ce genre forme le plus gros bataillon
d’infractions commises tous les jours.
- 2) le crime commis en association
La notion criminologique de crime commis en association est plus large que
celle du droit pénal dans la mesure où non seulement elle retient l’existence d’une
coaction, mais englobe également en aval le couple auteur receleur, et en amont le
couple auteur instigateur, même lorsque ce dernier n’entre pas dans la définition
juridique de la complicité par instigation ou par information donnée.
- 3) le crime des foules.
On entend par crime des foules l’action criminelle ou un ensemble d’actes
criminels commis par une masse d’individus assemblés, soit spontanément, soit à
l’appel de leaders que l’on appelle les meneurs.
Le crime des foules se caractérisent par deux traits essentiels :
- Le rôle des meneurs dans la suggestion et la préparation de l’action criminelle.
Ce rôle varie selon les cas, de la décision délibérée d’utiliser la manifestation de foule
comme moyen de commettre des actes délictueux, notamment pour provoquer une
réaction de répression de la part des forces de police, jusqu’à l’organisation d’un service
d’ordre destiné au contraire à empêcher toute dégénération de la manifestation.
- La nature du phénomène psycho-social qui engendre le crime lorsque les
individus qui, pris isolément, sont des non délinquants, agissent de manière criminelle
lorsqu’ils se retrouvent en foule.
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THEMES DE TRAVAUX DIRIGES :
THEME 1 : LES APPROCHES THEORIQUES DE LA CRIMINOLOGIE
THEME 2 : LES CRIMES EMERGENTS
THEME 3 : LA CRIMINALITE ORGANISEE EN AFRIQUE SUBSAHARIENNE
THEME 4 : LES ORGANISATIONS DE LA SOCIETE CIVILE DANS LA LUTTE
CONTRE LE PHENOMENE CRIMINEL
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