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Un Japonais nommé Yoshitaro Kohatsu rend visite à un homme péruvien et lui raconte l'histoire de son grand-père Takachi Kawashita, un samourai japonais qui avait pourchassé Kohatsu pendant des décennies au Japon. Kohatsu remet ensuite au Péruvien une épée ancestrale de sa famille.

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Un Japonais nommé Yoshitaro Kohatsu rend visite à un homme péruvien et lui raconte l'histoire de son grand-père Takachi Kawashita, un samourai japonais qui avait pourchassé Kohatsu pendant des décennies au Japon. Kohatsu remet ensuite au Péruvien une épée ancestrale de sa famille.

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La sombra del guerrero

Por Fernando Iwasaki


1 de diciembre de 2019 - 00:25

Tandis que des ombres millénaires et familières commencent à m’entourer, les images des derniers
instants vécus se bousculent dans mon esprit comme un souvenir diffus.
- Monsieur kawashita ? Dit une voix flûtée dans l’interphone - Je suis Yoshitaro Kohatsu. Je vous ai
parlé ce matin.
- Montez, je vous attends- répondis-je.

Alors que j’attendais mon visiteur je réflechissai à la curiosité qu’éveillait en moi cet étrange
entretien. Mon père, fils d’un japonais et d’une péruvienne, ne nous avait emmenés ni moi ni mes
frères fréquenter la colonie japonaise ; il n’avait nommé aucun parent non plus et nous avions tous
grandi dans des collèges catholiques.

Avec le temps, l’université acheva de consolider notre vision occidentale du monde et le Japon
n’éveilla jamais en nous aucun sentiment atavique. Finalement, puisque je m’étais spécialisé en
littérature anglaise, mon ignorance sur les sujets orientaux était totale.

En réalité, l’image confuse que j’avais des japonais hésitait entre les films de kurosawa et des
publicités vantant des appareils électriques. Alors qui était ce monsieur kohatsu qui venait traiter
avec moi d’une affaire familiale ? Le bruit de la sonnette m’arracha à mes doutes.

Le Japonais était petit et d’une minceur que je qualifiais de « très orientale », mais malgré les
années il paraissait robuste (quel âge pouvait-il avoir?). Après avoir refusé courtoisement toutes les
boissons que j’offrais, Kohatsu commença son histoire.
- mon nom est Yoshitaro Kohatsu et j’étais conseiller au palais de Hokkaido, je suis d’un lignage
que se perd dans la nuit des temps et ma famille est une des plus importantes du japon depuis la
victoire des Minamoto- déclara-t-il entre de profondes révérences.

- et qu’est-ce que tout cela a à voir avec moi ? Demandai-je, ennuyé.


- vous avez peu de patience, on ne dirait pas le neveu de Takachi Kawashita- répondit-il.

Takachi Kawashita ? C’était donc le nom de mon grand-père ? Mon père ne nous avait jamais parlé
de lui et, en confidence, ma mère nous avait raconté que le grand-père avait abandonné sa femme et
laissé mon père lorsqu’il était tout petit, raison pour laquelle elle lui gardait une rancœur lointaine.
Mais ce monsieur Kohatsu était venu me narrer des choses que j’ignorais au sujet de ce grand-père,
du Japon, de tout. Ainsi, je décidai de me taire et d’écouter.

Depuis que le général Yoritomo Minamoto avait implanté le gouvernement militaire avec l’aide de
mes ancêtres- continua-t-il, ma famille était une des plus importantes du Japon. Durant huit cent ans
les généraux shogun gouvernèrent les quatre îles, mais en 1867 le prince Meiji défit le dernier
shogun et la famille impériale reprit le pouvoir. Ne me regardez pas de cette manière, je ne suis pas
si vieux : je suis né après tout ceci.
Alors ma famille perdit ses richesses, ses palais et beaucoup de ses membres furent exilés. Lorsque
j’eus vingt ans je conspirai contre l’empereur Meiji et j’échouais, depuis lors j’étais un fuyard et un
traître. A cette époque, la compagnie Morioka offrait du travail au Pérou, un pays lointain, un autre
continent. J’étais condamné à mort, et c’est ainsi que je m’embarquai.

La colère de l’empereur s’enfla : je devais mourir car j’avais offensé les dieux ; mais je suis un
samourai, et seul un samourai pouvait me tuer, Takachi Kawashita, membre d’une des familles les
plus fidèles à l’empereur, fit le serment du bushido et vient à ma recherche. Combien de fois avons-
nous croisé le fer ? Takachi était un des guerriers les plus courageux des quatre îles ; nous avons
lutté dans la sierra et la forêt, au nord et au sud. Moi toujours fuyant et votre grand-père me
pourchassant. Je sais ce que vous pensez, avec une balle tout aurait été plus simple, non ? Mais
Takachi, en bon samourai, savait qu’il ne pouvait m’exécuter qu’après m’avoir vaincu au combat.
Lorsque finalement il me vainquit je lui fit face. «  Yakachi- lui dis-je- pourquoi nous battons-nous ?
Cela fait plus de cinquante ans que tu me poursuis et maintenant que tu m’as attrapé que vas-tu
faire ? L’empereur Meiji n’existe plus, le Japon a perdu la guerre mondiale, les titres sont abolis et
on dit que maintenant il y a une république. Takachi, qui au Japon se souvient du traître Yoshitaro et
du samourai qui s’en alla à sa recherche?bJe parlai ainsi à votre grand-père et j’attendris son cœur.
Depuis lors mon bourreau devint mon meilleur ami, mais nous étions déjà vieux lorsque tout ceci se
passa et il était difficile de recommencer. Nous avons travaillé comme ouvriers, cuisiniers,
charpentier: nous ? Qui avions joui des plus grands luxes dans la plus ancienne cour du monde.
Avant de mourir, Takachi m’a dit qu’il avait une famille, ici au Pérou. J’ai attendu de nombreuses
années pour accomplir ma promesse.

- quelle promesse ? demandai-je.

Votre grand-père était un authentique samourai- répondit-il en me remettant l’épée- ce katana a lutté
contre les Minamoto voilà plus de mille ans et n’a jamais été vaincu, il appartient à votre famille.
Lorsque Takachi s’en fut au Pérou, il jura à l’empereur qu’avec lui il me tuerait ou qu’il se
donnerait la mort, mais votre grand-père est mort d’un infarctus sans accomplir sa promesse. Le
bushido dit qu’un samourai doit respecter sa parole ou mourir comme un samourai.

Et pourquoi me la donnez-vous à moi ? Répliquai-je- pourquoi pas à mon père ? Mon grand-père
n’avait pas de famille au Japon ?

- Ton père n’aimait pas son père, répondit-il. - je ne retournerai plus au Japon, je suis très vieux; j’ai
des économies et je m’en irai à Arequipa, où je mourrai. Mais toi tu es poètes, il est écrit que la
poésie retrouve ce que l’homme perd dans ses autres vies.

- Mais moi que vais-je faire de ça ? - demandai-je une nouvelle fois.

-la légende dit que les cinq mille épées qui sauvèrent la famille impériale de la destruction ont un
pouvoir sacré- s’exclama Kohatsu s’attardant sur chaque mot- Ce katana est magique et te dira ce
que tu dois faire.

Je me souviens qu’après avoir fait une profonde révérence, Yoshitaro Kohatsu s’en alla. J’observai
le sabre qui brillait sur la table et une force irrésistible m’obligea à l’examiner.

En le touchant j’entrai en possession d’une connaissance antique, et je sus que les reliefs artistiques
du fourreau représentaient des paysages de l’époque Heian, lorsque l’empereur édifia la
resplandissante ville de Kyoto avec ses arts magiques. Grâce à la lame brillante et affûtée j’eus la
sensation d’avoir participé à mille batailles et je pensai au bushido, le code du samourai, je pensai à
mon grand-père abandonnant mon père à cause de sa promesse à l’empereur, et je pensai à sa
mission incomplète, qui plus qu’un échec humain avait été un échec divin car l’empereur était le
dieu.
Tandis que je plaçais l’épée sur mon abdomen je pensai à ces cette petite centaine d’années qu’avait
pris le Japon pour s’assimiler au monde occidental, et je les comparai aux minutes qui m’avaient
suffi pour assumer sa culture millénaire. A présent que mes yeux font leurs derniers mouvements je
comprends le sens du bushido : l’empereur, mon grand-père et moi sommes une même forme. Nous
sommes le dieu… Depuis l’autre côté me parvient le parfum des cerisiers.

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