Antianémiques
Les anémies ont différentes causes et des traitements spécifiques. On distingue les anémies ferriprives dites par
carence martiale, les anémies par carence en folates, mégaloblastiques, les anémies par carence en vitamine
B12, mégaloblastiques, et les anémies de l'insuffisance rénale chronique et de certaines chimiothérapies
répondant à l'érythropoïétine.
Fer
Plusieurs spécialités disponibles
Le fer est un élément de transition, c'est-à-dire ayant une couche électronique 3d incomplète. Il existe dans la
nature sous la forme de plusieurs isotopes stables, l'isotope de masse 56 étant largement prépondérant. Il y a
beaucoup de fer dans la croûte terrestre où, par ordre d'abondance, il vient au quatrième rang après l'oxygène, le
silicium et l'aluminium. Il y est présent essentiellement sous forme d'oxyde et d'hydroxyde, à l'état ferrique non
directement absorbable par le tube digestif.
La quantité totale de fer dans l'organisme d'un homme adulte de 70 kg est d'environ 4 g et dans celui d'une
femme de 60 kg d'environ 2,5 g. Plus de 60% du fer se trouve dans l'hémoglobine.
La déficience en fer se traduit par divers symptômes peu spécifiques, en particulier une très grande fatigabilité.
La prescription de fer est nécessaire en cas de déficience, mais celle-ci doit être confirmée par des explorations
biologiques montrant, en particulier, un abaissement de la ferritine plasmatique.
L'administration de fer, le plus souvent par voie orale, corrige les symptômes cliniques de la déficience,
(fatigabilité...) et biologiques (anémie microcytaire, abaissement de la ferritine plasmatique) en un ou quelques
mois. Le fer est mieux absorbé lorsque l'estomac est vide mais, comme il est moins bien toléré sur le plan
digestif, en général on préfère le prescrire au cours des repas. Il existe des préparations injectables de fer que
l'on utilise lorsque l'administration par voie orale est insuffisante ou impossible
Chez la femme enceinte, l'usage de prescrire une supplémentation systématique en fer pour pallier une
insuffisance probable d'apport alimentaire tend à se généraliser.
Sulfate ferreux + acide ascorbique TARDYFERON 80* Cp
Fumarate ferreux FUMAFER* Cp Poudre orale
Ascorbate ferreux ASCOFER* Gélules
Férédétate de sodium FERROSTRANE* Sirop
Hydroxyde ferrique – saccharose VENOFER* Inj IV
Hydroxyde ferrique- dextran FERRISAT* Inj IV
Les effets indésirables habituels de l'administration de fer par voie buccale sont des troubles digestifs mineurs et
une coloration des selles en noir. En cas de prise concomitante de fer et d'un médicament à propriété chélatrice
comme les tétracyclines, les fluoroquinolones, les bisphosphonates, la biodisponibilité de ces derniers est
diminuée et il faut les prendre à distance les uns des autres ou mieux ne pas les prescrire simultanément. Lors de
son utilisation prolongée et à doses élevées, une aggravation d'une hémochromatose latente est possible.
Remarque
L'oxyde de fer, en raison de son effet paramagnétique, est utilisé comme produit de contraste en exploration en
imagerie par résonnance magnétique
Folates
Acide folique, Spéciafoldine*
a. Acide folique
L'acide folique est utilisé pour traiter les états de carence se manifestant le plus souvent par une anémie
macrocytaire.
La supplémentation de la femme enceinte en acide folique réduit le risque d'anomalie par défaut de
fermeture du tube neural (spina bifida) de l'enfant. Elle est indispensable si la femme enceinte reçoit un
traitement susceptible de provoquer une déficience (antiépileptiques) et pourrait même être conseillée
systématiquement, à une dose d'environ 0,5 mg/jour.
L'administration d'acide folique à faible dose, même associée à la vitamine B6 et à la vitamine B12,
réduit la concentration d''homocystéine dans le plasma mais ne réduit pas la fréquence ou la gravité des
accidents cardiovasculaires ; il n'y a donc pas lieu de la prescrire dans cette indication.
Acide folique SPÉCIAFOLDINE* Cp 5mg
b. Acide folinique
Le folinate de calcium (5CHO-THF) appelé aussi leucovorine, est destiné au traitement des carences
congénitales en dihydrofolate réductase et dans la prévention des accidents toxiques provoqués par les
médicaments inhibiteurs de la dihydrofolate réductase, méthotrexate, triméthroprime, pyriméthamine
notamment.
Folinate de calcium LEDERFOLINE* Cp 5, 15 et 25 mg, Sol buv, Inj 5, 50, 100, 200 et 350 mg
Lévofolinate ELVORINE* Cp 2,5, 7,5, 12,5 mg, Inj 25, 50, 175 mg (réservé Hôpitaux)
Remarque
Le méthotrexate, utilisé essentiellement comme anticancéreux, le triméthoprime, utilisé comme antibiotique, la
pyriméthamine, utilisée comme antiparasitaire dans la prophylaxie du paludisme, sont des inhibiteurs de la
dihydrofolate réductase. Ils sont étudiés dans le chapitre « Inhibiteurs de la synthèse de DNA et RNA ».
Vitamine B12
Parmi les différentes formes de vitamines B12, cyanocobolamine, hydroxocobalamine, adénosylcobolamine
(cobamamide) et déoxyadénosylcobalamine, seules les deux premières sont utilisées en thérapeutique.
La forme de vitamine B12 utilisée pour traiter les déficiences qui se traduisent par des troubles hématologiques
ou neurologiques dont l'origine est confirmée par une chute de la concentration de vitamine B12 dans le plasma
est la cyanocobalamine.
L'administration de cyanocobalamine par voie parentérale corrige rapidement les troubles cliniques et
biologiques.
Cyanocobalamine VITAMINE B12 1000* Inj
VITAMINE B12* Cp
L'hydroxocobalamine est préconisée à forte posologie comme antalgique dans le traitement des sciatiques, des
névralgies. Son efficacité et son mécanisme d'action dans cette indication ne sont pas démontrés.
A dose extrêmement élevée, l'hydroxocobalamine est utilisée dans le traitement d'urgence de l'intoxication par le
cyanure (CYANOKIT*).
Hydroxocobalamine DODÉCAVIT* Inj 10 mg
CYANOKIT* INJ 2,5G
Les différents formes de vitamine B12 sont peu toxiques et donnent peu d'effets indésirables. Elles sont toutefois
contre-indiquées chez les malades atteints de tumeur car on craint une poussée évolutive par augmentation de la
synthèse de DNA sous l'influence de la vitamine B12.
Erythropoïétine
Eprex*
Neorecormon*
Darbépoétine, Aranesp*
L'érythropoïétine, appelée aussi époïétine et époétine, souvent désignée par le sigle EPO, est une glycoprotéine,
qui existe sous différentes isoformes se différenciant essentiellement par leur degré de glycosylation, résultant de
l'étape post-translationnelle de leur synthèse. On distingue des époétines et ß dont les propriétés
pharmacocinétiques et pharmacodynamiques sont assez semblables.
L'érythropoïétine endogène est synthétisée chez le foetus par le foie et chez l'adulte essentiellement par les
cellules péritubulaires et les cellules endothéliales des capillaires du rein. Sa synthèse augmente quand la
pression partielle en oxygène au niveau du rein diminue. Un des mécanismes responsables fait intervenir
l'hémoglobine qui, nitrosylée au niveau du poumon, libérerait le NO au niveau des capillaires rénaux. Le NO par
stimulation de la guanylate cyclase activerait la production d'EPO. La synthèse d'EPO est réduite au cours de
diverses maladies rénales.
Une hydrolyse, détachant les molécules terminales d'acide sialique ou acide N-acétyl-neuraminique de
l'érythropoïétine, supprime son activité.
Les récepteurs à l'érythropoïétine sont présents en faible nombre sur les cellules érythroblastiques et
mégacaryocytaires. L'érythropoïétine en se fixant sur les récepteurs met en jeu diverses voies de signalisations
intracellulaires (STAT, MAPK, Voir "Effets nucléaires ou génomiques par stimulation de récepteurs
membranaires".).
L'érythropoïétine augmente le nombre de réticulocytes et augmente la synthèse d'hémoglobine. Elle agit à de
nombreux stades de la maturation des érythrocytes dans la moelle osseuse et dans le sang périphérique. Elle
favorise notamment la transformation des CFUE (colony forming unit erythroide) en proérythroblaste et la
transformation de ce dernier en érythrocyte.
L'érythropoïétine utilisée en thérapeutique est obtenue par génie génétique et est dite recombinante. Elle est
indiquée dans le traitement des anémies, en particulier celle des insuffisants rénaux chroniques, dialysés et non
dialysés. Elle est aussi utilisée pour traiter les anémies après une perte importante de sang, après
chimiothérapie, lors d'une intervention chirurgicale, par exemple, ou encore pour constituer une réserve de sang
en vue d'une intervention chirurgicale (dons autologues). La prévention de l'anémie du nouveau-né prématuré est
une indication possible de l'érythropoïétine.
La darbépoétine est une érythropoïétine chimiquement modifiée, elle est riche en glucides, et a une longue durée
d'action, sa demi-vie d'élimination étant d'environ 21 heures. Elle a les mêmes indications que l'érythropoïétine.
Erythropoïétine, époétine époétine EPREX* Inj
NEORECORMON* Inj
Darbépoétine ARANESP*
L'érythropoïétine est utilisée d'une manière illicite par certains sportifs pour augmenter le nombre de leurs
globules rouges, ce qui élève l'hématocrite, et favoriser l'oxygénation tissulaire lors d'efforts extrêmes.
L'érythropoïétine peut entraîner une fibrose médullaire, une hypertension artérielle, un risque accru de
thromboses, des symptômes grippaux, des douleurs osseuses, des courbatures et des frissons, une
hyperkaliémie. Elle peut également être à l'origine de crises convulsives dont le mécanisme reste mal expliqué.
L'apparition d'une résistance à ses effets, liée peut-être à une fibrose médullaire, nécessite l'augmentation des
doses.
Une déficience en fer, dont l'utilisation augmente sous l'influence de l'érythropoiétine, peut apparaître, elle doit
être corrigée par une supplémentation.