Éco-Business
Comment être remboursé de son crédit de TVA ?
LesEco.ma31/03/2021 - 09:45
ARJI Abdelaziz
Expert‐comptable, Auditeur
Commissaire aux comptes,
Fondateur du cabinet EURODEFI‐AUDIT
Président de la Commission appui aux
entreprises de la CFCIM.
Président du Club Fiances et Droit.
Comment être remboursé de son crédit de TVA ? Le sujet est épineux et extrêmement
délicat en cette période de Covid-19 où les trésoreries sont très asséchées pour des
entreprises à l’affût de nouvelles formules de financement.
La procédure de remboursement du crédit de TVA ne finit pas de donner le tournis aux
entreprises. Face aux difficultés de trésorerie engendrées par la crise sanitaire, plusieurs
acteurs économiques explorent diverses formules de financement, dont le remboursement
escompté de TVA.
Le souci est que le circuit reste parsemé de difficultés et de brèches. Pour être remboursé du
crédit de TVA par affacturage, il faut franchir pas moins de huit étapes, illustre Abdelaziz
Arji, PDG d’Eurodefi-Audit, président de la Commission appui aux entreprises et ex-
président de la Commission juridique et fiscale de la CFCIM. Intervenant lors d’une réunion
d’information organisée par la Commission juridique et fiscale de la CFCIM sur le
remboursement escompté de la TVA et son mode opératoire, Arji explique: «statistiquement,
quand on dépose un dossier auprès de la Direction générale des impôts pour se faire
rembourser, une moyenne d’environ 15% de dossiers sont rejetés, essentiellement pour des
questions de forme.
Cela peut concerner des factures adressées à un fournisseur avec une adresse erronée, des
fausses factures, etc.». Pour réduire le risque de rejet de son dossier, l’intervention d’un tiers
de confiance, notamment un commissaire aux comptes, est fortement recommandé par les
experts. S’y ajoute une compliance très forte chez certaines banques, qui soumettent les
ayants droit à une étude de dossier, laquelle rallonge à son tour la procédure.
Les activités pouvant prétendre au remboursement
Le droit au remboursement n’est pas généralisé à l’ensemble des activités. Il a été instauré par
le législateur pour certaines opérations biens définies, notamment les cessations d’activités
taxables. En d’autres termes, en cas de cessation d’activité alors qu’un crédit de TVA est déjà
en cours, l’opérateur peut prétendre au remboursement de cette taxe. Bémol: la besogne n’est
pas facile qu’elle le paraît. En effet, il faut y ajouter les opérations réalisées sous le bénéfice
des exonérations ou du régime suspensif prévus aux articles 92 et 94 du Code général des
impôts (CGI), les opérations d’acquisition de biens d’investissement, localement produits ou
importés, dans le délai de 36 mois à partir du début d’activité, lorsque la TVA a été acquittée.
Ceci, sans oublier les opérations effectuées par les entreprises de crédit-bail pour le crédit de
taxe déductible non imputable, ou encore l’activité de dessalement d’eau de mer pour le crédit
de taxe déductible non imputable, ou encore les acquisitions de biens d’investissement,
prévues à l’article 103 bis du CGI, à l’exception du matériel et mobilier de bureau et des
véhicules de transport de conduite intérieure pour le crédit de taxe non imputable. S’y
ajoutent, également, les opérations de réalisation de logements à faible valeur immobilière,
conformément aux dispositions de l’article 247-XII-A du CGI. En définitive, il faut être
irréprochable pour prétendre à ce remboursement.
Les modalités d’exercice du droit au remboursement
Pour les entreprises qui sont éligibles et, donc, auxquelles ce droit au remboursement est
accordé, il y a des modalités à respecter pour l’exercer. Parmi elles, il faut présenter une
demande de remboursement munie de certains documents. « Il y a deux catégories
d’opérations pour lesquelles ces demandes de documents sont exigées, les activités
d’exportation qui sont sous le coup de l’article 92 et 94 du CGI», précise Mohamed Kach
Kach, Conseiller fiscal et ex-chef de la brigade de vérification.
Depuis le 4 mars 2019, une procédure simplifiée est venue s’ajouter à celle dite classique de
demande de remboursement. Pour ce qui est de la procédure normale, la demande doit être
formulée d’après un imprimé établi par l’administration, joint à des pièces justificatives à
produire : une copie des factures d’achat, de la déclaration d’importation et la quittance de
règlement de la TVA y afférente, s’il s’agit d’importations. Doivent aussi être jointes à cette
demande, les attestations de vente en exonération, s’il s’agit d’achats en exonération ou des
attestations en suspension de taxe, afin de justifier que l’opération de demande de
remboursement est effective. A côté de la procédure normale, il y a une procédure simplifiée
dans laquelle intervient nécessairement un commissaire aux comptes pour certifier les
comptes de la société. Une fois que la demande atterrit au niveau de l’administration fiscale,
le traitement se base sur le principe budgétaire du plafonnement de la liquidation du droit au
remboursement de la taxe.
Pour les activités prises en compte par l’article 92 et 94 du CGI, les remboursements sont
liquidés dans la limite du montant de la TVA calculée théoriquement sur la base du chiffre
d’affaires déclaré pour la période considérée. Lorsque le montant de la taxe à rembourser est
inférieur à la limite fixée, la différence constitue un reliquat de plafond reportable sur les
périodes suivantes. « Cette régularisation doit s’effectuer sur chaque trimestre, en retranchant
du plafond du remboursement, le montant de taxes théoriques, notamment la TVA sur les
achats en exonération de TVA, les TVA sur les admissions temporaires, et les TVA sur les
achats en suspension de taxes. Le législateur considère que ces achats en exonération de taxes
ou ces entrées en admission temporaire ou encore les achats en suspension de taxe sont un
remboursement ipso facto donné en amont au redevable», explique Mohamed Kach Kach.
Cette régularisation doit s’effectuer, pour chaque trimestre, en retranchant du plafond du
remboursement, le montant des taxes théoriques précitées. Par ailleurs, il est à souligner que
chaque activité a une méthode de liquidation et un plafond qui lui est spécifique.
Remboursement en cas de cessation d’activité
En cas de cessation d’activité soumise à la TVA, le redevable doit déclarer les clients
débiteurs dans les trente jours suivant la date de la cessation et s’acquitter de la taxe y
afférente. Pour tenir compte de la taxe ayant grevé les éléments du prix de revient des ventes
correspondant aux clients débiteurs, ou dont le fait générateur n’est pas encore intervenu, le
législateur a prévu le remboursement du crédit de taxe résultant de l’application de la règle du
« décalage ». Ce remboursement ne peut être supérieur aux déductions validées, et dont le fait
générateur est intervenu après la date de cessation. Pour ce qui est des remboursements de
crédit de taxe afférents aux acquisitions de biens d’investissement, ceux-ci sont liquidés dans
la limite du montant de TVA ayant grevé l’opération d’acquisition desdits biens. En ce qui
concerne le remboursement au titre des opérations de construction de logements à faible
valeur immobilière, les promoteurs immobiliers bénéficient du droit au remboursement de la
TVA ayant grevé le coût de construction de ces logements, sans aucun plafond. Dans ce cas,
le dépôt de la demande de remboursement doit être effectué dans un délai d’une année à
compter de la date de délivrance du permis d’habiter.
Modeste Kouamé / Les Inspirations Éco