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Shānghán Lùn Traité Des Blessures Dues Au Froid

Ce document décrit l'histoire du texte médical chinois ancien Shanghan Lun. Il contient des informations sur l'auteur Zhang Ji, l'histoire de la compilation du texte au fil des dynasties chinoises, et le contenu théorique du traité.

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Shānghán Lùn Traité Des Blessures Dues Au Froid

Ce document décrit l'histoire du texte médical chinois ancien Shanghan Lun. Il contient des informations sur l'auteur Zhang Ji, l'histoire de la compilation du texte au fil des dynasties chinoises, et le contenu théorique du traité.

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Introduction

Le Shanghan Lun (伤寒论 Traité des Blessures dues au Froid) est un des
textes les plus anciens de la médecine chinoise qui soit parvenu jusqu’à
nous. Il était originellement une partie du Shanghan Zabing Lun (伤寒
杂病论 Traité des Blessures dues au Froid et Maladies Diverses) qui n’est pas
parvenu jusqu’à aujourd’hui et a été perdu il y a bien longtemps. Mais
par chance, une partie de cet ouvrage a été réorganisée pour former le
Shanghan Lun, retranscrit, transmis et légué jusqu’à notre époque. Il  est
souvent présenté comme étant un texte traitant spécifiquement des
atteintes externes (waigan 外感) et notamment des atteintes externes par
vent et froid. Effectivement, il détaille l’origine, l’évolution et les traite-
ments de ces atteintes externes, mais le corpus de ce texte va beaucoup
plus loin que seulement l’étude clinique des atteintes externes. Dans ce
texte, l’auteur Zhang Zhong-jing (张仲景) présente un système médi-
cal complet permettant d’appréhender la physiologie et la pathologie
de l’être humain de manière globale. Cette grille de lecture, qui a pour
trame les six méridiens (liujing 六经) et pour polarités le yin et le yang,
englobe les six qi (liuqi 六气), les cinq mouvements (wuyun 五运), les
30 Shānghán Lùn Traité des blessures dues au Froid

cinq organes et les six entrailles, et les vaisseaux et les collatéraux (mailuo
脉络). Cette théorie est étayée tout au long de l’œuvre par les connais-
sances cliniques exemplaires de Zhang Zhong-jing, qui font de ces théo-
ries quelque chose de vivant, de dynamique, de toujours en mouvement.
C’est ce qui en fait un traité particulier, qui malgré la longue histoire de
la médecine chinoise, la succession de nouvelles écoles de pensée, et le
“renouveau” incessant, n’a jamais été égalé, et ne le sera probablement
jamais, et surtout qui n’a jamais été écarté de ce qui représente l’essence,
l’esprit de la médecine chinoise traditionnelle. Le Shanghan Lun constitue
avec le Huangdi Neijing, le Nanjing, le Shennong Bencao Jing et le Jinkui
Yaolüe (avec lequel il forme le Shanghan Zabing Lun (伤寒杂病论)) les
quatre grands classiques de la médecine chinoise (zhongyi sida jingdian
中医四大经典). Et il est, parmi ceux-ci, celui qui a peut-être suscité le
plus grand nombre de commentaires tout au long de l’histoire et qui, de
nos jours encore, influence le plus les cliniciens contemporains dans leur
pratique quotidienne.
Le contenu théorique du Shanghan Lun est manifestement inspiré du
Neijing, du Nanjing et du Shennong Bencao Jing comme Zhang Zhong-jing
l’exprime dans sa préface dans laquelle ces ouvrages sont mentionnés.
Le génie de Zhang Zhong-jing a été de synthétiser le vaste ensemble de
connaissances assez hermétiques présent dans les ouvrages cités ci-des-
sus, et dans d’autres qui ont été perdus, et de le retranscrire en l’ayant au
préalable confronté à la réalité clinique pour produire au final cette quin-
tessence qui émane du Shanghan Lun dans ce système théorique extraor-
dinaire. Par ailleurs, ce qui est fabuleux dans ce texte au demeurant très
riche, c’est ce qui n’est pas dit, ce qui n’a pas été écrit, mais transparaît
entre les lignes. C’est d’ailleurs pour cela que l’étude du Shanghan Lun est
Shānghán Lùn Traité des blessures dues au Froid 31

infinie, et qu’il est continuellement possible d’aller y puiser des joyaux,


pour peu que l’on soit curieux et patient.

1. L’auteur

Zhang Ji (张机) qui était surnommé Zhang Zhong-jing (张仲景) a


vécu pendant la dynastie des Han Orientaux de 150 à 219 de notre ère.
Il est né à Nieyang (涅阳) dans la préfecture de Nanyang (南阳) dans
la province du Henan en Chine. Très jeune il étudia la médecine avec
Zhang Bo-zu (张伯祖) et il est dit qu’il dépassa de loin son maître dans
la maîtrise de l’art médical. Selon les inscriptions de l’époque Song il fut
par la suite officiel à la préfecture de Changsha (长沙).
Dans la préface du Zhenjiu Jiayi Jing (针灸甲乙经) Huang-fu Mi
(皇甫谧) (215-282) relate une histoire à propos de Zhang Zhong-jing :
« Zhang Zhong-jing rencontre le secrétaire particulier [de l’empereur]
Wang Zhong-xuan qui cette année-là avait un peu plus de vingt ans. Il lui
dit : “Mon seigneur vous êtes malade, à [l’âge de] quarante ans vos sour-
cils tomberont, et après une demi-année vous mourrez. Si vous prenez la
décoction Wu Shi Tang (五石汤) il sera possible d’éviter [cela]”. Wang
Zhong-xuan prit ces paroles comme une offense, il reçut la décoction
mais ne l’absorba pas. Après trois jours, Zhang Zhong-jing [revint] voir
Wang Zhong-xuan et lui demanda : “avez-vous absorbé la décoction ?”
Wang Zhong-xuan répondit : “[Oui,] je l’ai déjà absorbée”. Zhang
Zhong-jing dit : “à l’examen, l’état de votre teint n’est assurément pas
celui de quelqu’un qui a déjà pris sa décoction, pourquoi mon seigneur
prend-il sa vie à la légère”. Wang Zhong-xuan ne le croyait toujours pas.
Vingt ans plus tard effectivement les sourcils [du seigneur] tombèrent,
32 Shānghán Lùn Traité des blessures dues au Froid

puis après cent quatre-vingt-sept jours il mourut, en fin de compte


comme [Zhang Zhong-jing] l’avait dit ». Dans cette histoire, Huang-fu
Mi souligne un fait important de la pensée de Zhang Zhong-jing, qui est
le fait de prévenir les maladies et de traiter avant l’apparition de troubles
sévères ; cela fait référence à la phrase du Suwen : « traiter quand il n’y a
pas encore de maladie (zhi wei bing 治未病) ». Cette anecdote fait aussi
apparaître les capacités prodigieuses de diagnostic et de pronostic de
Zhang Zhong-jing.

2. L’histoire du texte

D’après la préface de Zhang Zhong-jing, le Shanghan Zabing Lun,


originellement, était formé de seize rouleaux qui incluaient le contenu
du Shanghan Lun et du Jinkui Yaolüe. Le livre aurait été écrit à la fin de
l’époque des Han Orientaux durant le règne Jian An (189-220). Cette
période étant marquée par des guerres incessantes, peu de temps après
la mort de Zhang Zhong-jing le livre a été égaré. Si nous pouvons en
avoir une version aujourd’hui, cela tient entièrement au travail de Wang
Shu-he (201-280) qui, pendant la période des Jin Occidentaux qui a
suivi la période belliqueuse des Trois Royaumes, a collecté et arrangé les
parties restantes du texte original. Un de ses ouvrages, le Maijing contient
quasiment tout le contenu du Shanghan Zabing Lun et la partie concernant
les Blessures dues au Froid se trouve principalement dans le septième rou-
leau. Certains considèrent que Wang Shu-he aurait été l’élève de Zhang
Zhong-jing.
Après l’arrangement par Wang Shu-he, l’ouvrage traversa encore les
dynasties des Jin du Nord et des Jin du Sud avec des périodes où il
Shānghán Lùn Traité des blessures dues au Froid 33

apparaissait et des périodes pendant lesquelles on ne le trouvait plus,


il passa de main en main et il en fut fait des copies, différentes versions
virent le jour et il changea même de nom. À l’époque Tang même Sun
Si-miao (581-682) dans son premier ouvrage le Beiji Qianjin Yaofang n’en
fait que très peu mention, ce n’est qu’à la fin de sa vie lorsqu’il composa le
Qianjin Yifang, que maître Sun retranscrivit intégralement une version du
Shanghan Lun à l’intérieur de cette œuvre dans les neuvième et dixième
rouleaux. La version Tang du Shanghan Lun de Sun Si-miao comprend
392 articles et intègre 94 formules. Bien qu’il manque quelques articles
par rapport à la version de l’époque Song, le contenu et le style de texte
sont similaires. Sun Si-miao a regroupé par formules et syndromes simi-
laires les différents articles. Cette version constitue la plus ancienne ver-
sion du Shanghan Lun parvenue jusqu’à nos jours avec un contenu com-
plet, aujourd’hui on l’appelle communément la version Tang du Shanghan
Lun.
Peu après cela, toujours sous la dynastie Tang, Wang Tao (王焘) (690-
756) composa le Waitai Miyao (外台秘要) qui inclut de nombreux pas-
sages où il cite : « Zhong-jing [dans le] Shanghan Lun [dit] : (…) » dans
dix-huit rouleaux. Dans les dix premiers de ces rouleaux ces passages
sont assez similaires à la version actuelle du Shanghan Lun, dans les huit
derniers de ces rouleaux il traite principalement des maladies diverses
(zabing 杂病), qui par ailleurs sont très différentes du contenu de la ver-
sion actuelle du Jinkui Yaolüe.
Sous la dynastie des Song du Nord, le gouvernement créa en 1057
un Bureau de Confrontation et Correction des Ouvrages Médicaux
(jiaozheng yishu ju 校正医书局) qui avait pour tâche de collecter, de véri-
fier, de confronter, de corriger, d’éditer et de publier un grand nombre de
livres médicaux anciens dans le but d’améliorer le niveau de la m ­ édecine
34 Shānghán Lùn Traité des blessures dues au Froid

au sein du pays. Cette tâche étant facilitée et accélérée par l’utilisation


des techniques d’imprimerie, inventées par Bi Sheng (毕升, qui a vécu
de 970 à 1051), qui permettent la diffusion à grande échelle et de manière
assez rapide. De nombreux savants et médecins éminents de l’époque
participèrent à cet immense travail de compilation, parmi eux Lin Yi
(林亿) va diriger la compilation du Shanghan Lun qui sera publiée en
1065. Cette version du Shanghan Lun de Zhang Zhong-jing comprend
dix rouleaux avec en tout 22 chapitres, 397 méthodes ou articles, et 112
formules différentes. Cette version est communément appelée la version
Song du Shanghan Lun. Malheureusement cette version originale n’existe
plus aujourd’hui, elle a seulement été transmise jusqu’à la dynastie Ming
où Zhao Kai-mei (赵开美) a pu en faire une copie en 1599. Cette version
est communément appelée la version de Zhao, elle est considérée comme
étant similaire à la version Song.
Par la suite, sous la dynastie Ming, dans le Shanghan Leizheng (伤寒
类证) il sera dit que le livre de Zhang Zhong-jing comprend les cha-
pitres traitant des six méridiens (liujing 六经) et va jusqu’au chapitre sur
les rechutes dues au surmenage après guérison et qu’il n’inclut pas les
quatre premiers chapitres et les sept derniers chapitres. Ils excluent ces
chapitres car les considérant comme n’étant pas de Zhang Zhong-jing
lui-même mais plutôt comme ayant été rajoutés par Wang Shu-he lors
de son arrangement du texte. La plupart des versions du Shanghan Lun
de nos jours se basent sur cela et n’incluent donc pas les quatre premiers
chapitres ni les sept derniers chapitres et comprennent en tout dix cha-
pitres, il s’agit en réalité d’une version tronquée de la version Song du
Shanghan Lun.
Il faut savoir qu’une autre version venant également de l’époque Song
et intitulée Jinkui Yuhan Jing possède une valeur encore plus grande que
Shānghán Lùn Traité des blessures dues au Froid 35

la version Song car elle aurait mieux conservé l’aspect du Shanghan Lun
tel que Wang Shu-he l’aurait transmis. Le Jinkui Yuhan Jing et le Shanghan
Lun sont en fait deux noms différents pour un même ouvrage de base.
Par ailleurs, peu de temps après la publication de la version Song du
Shanghan Lun sous la dynastie Jin, Cheng Wu-ji (成无己 qui vécut de
1063 à 1157) composa un commentaire du Shanghan Lun intitulé Zhujie
Shanghan Lun (注解上寒伦) qui fut publié en 1144. Cette version com-
prend les vingt-deux chapitres de la version Song non tronquée ; de plus,
la contribution de Cheng Wu-ji fut d’avoir fait le premier commentaire
(qui est parvenu jusqu’à nos jours) de l’œuvre de Zhang Zhong-jing
en se basant spécifiquement sur le Neijing qu’il cite abondamment pour
expliquer chaque passage. L’influence de ce commentaire a été énorme
et sa diffusion très vaste. Cette version est habituellement appelée la ver-
sion commentée de Cheng.

3. Les origines théoriques du texte

Comme Zhang Zhong-jing l’indique dans sa préface, il s’est inspiré


des meilleurs ouvrages médicaux disponibles à son époque. Parmi ceux-ci
seulement le Suwen, le Lingshu, le Bencao Jing et le Nanjing sont parve-
nus jusqu’à nous, les autres ouvrages ont été malheureusement perdus.
Lorsque l’on examine ces ouvrages, notamment le Neijing qui traite plus
des notions de six méridiens et d’atteintes externes que le Nanjing, on
s’aperçoit que bien que le Shanghan Lun tire son origine de ces ouvrages,
il y a toutefois des différences dans leur contenu théorique respectif.
Le Suwen au chapitre 31 (Traité sur les Fièvres) dit : « Huangdi
demanda : “les maladies de chaleur (rebing 热病) sont des catégories de
36 Shānghán Lùn Traité des blessures dues au Froid

blessures dues au froid (shanghan伤寒), ou bien on en guérit ou bien on


en meurt, si on en meurt ce sera dans un délai de six à sept jours, si on
en guérit ce sera après plus de dix jours, pourquoi ? Je ne connais pas
l’explication, j’aimerais être informé de la raison [de cela]”. Qibo répon-
dit : “Juyang (巨阳)1, tous les yang en dépendent, son vaisseau (mai 脉)
se lie au [point] fengfu [16DM], c’est pourquoi il gouverne le qi de tous
les yang. Si la personne est blessée par le froid, alors il y a une maladie
de chaleur (rebing 热病)2, et bien que la chaleur soit intense cela n’est
pas mortel ; s’il y a double atteinte par le froid3 et qu’il y a maladie, on ne
pourra pas éviter la mort”. Huangdi demanda : “J’aimerais être informé
de leurs symptômes”. Qibo dit : “au premier jour de la blessure due au
froid, c’est juyang qui est affecté, c’est pourquoi il y a douleur de la tête
et de la nuque et raideur des lombes et de la colonne vertébrale. Au deu-
xième jour [de la blessure due au froid], c’est yangming qui est affecté,
yangming gouverne les chairs, son vaisseau enserre le nez et se connecte
aux yeux, c’est pourquoi le corps est chaud, les yeux sont douloureux,
le nez est sec et il ne peut pas dormir. Au troisième jour [de la blessure
due au froid], c’est shaoyang qui est affecté, shaoyang gouverne les os [une
version dit : la vésicule biliaire], son vaisseau circule à la région thora-
cique latérale et se connecte aux oreilles, c’est pourquoi il y a douleur de

1. Juyang (巨阳) est une autre appellation pour taiyang (太阳), ju (巨) signifie
« grand, immense, colossal, gigantesque, énorme », et tai (太) signifie « le plus
grand, le plus haut, suprême, extrême ».
2. L’expression « maladie de chaleur (rebing 热病) » peut aussi être traduit par
« maladie fébrile ».
3. « S’il y a double atteinte par le froid (lianggan yuhan 两感于寒) », cela signifie
que les méridiens yin et les méridiens yang à la surface et à l’interne sont atteints
simultanément. Par exemple, taiyang et shaoyin sont atteints simultanément, ou
yangming et taiyin sont atteints simultanément, ou shaoyang et jueyin sont atteints
simultanément.
Shānghán Lùn Traité des blessures dues au Froid 37

la poitrine et de la région thoracique latérale et surdité. Si les méridiens et


collatéraux (jingluo 经络) des trois yang sont tous affectés par la maladie,
et que cela n’a pas encore pénétré aux organes, alors il est possible de
faire la sudorification et ce sera guéri. Au quatrième jour [de la blessure
due au froid], c’est taiyin qui est affecté, le vaisseau de taiyin se répand
au centre de l’estomac et se lie au pharynx (yi 嗌), ainsi il y a plénitude
abdominale et sécheresse du pharynx. Au cinquième jour [de la blessure
due au froid], c’est shaoyin qui est affecté, le vaisseau de shaoyin traverse
les reins, se connecte au poumon et se lie à la racine de la langue, c’est
pourquoi il y a bouche sèche, gorge sèche et soif. Au sixième jour [de la
blessure due au froid], c’est jueyin qui est affecté, le vaisseau de jueyin
circule aux organes génitaux externes et se connecte avec le foie, c’est
pourquoi il y a dysphorie, oppression et rétraction des testicules.4 Si les
trois yin, les trois yang, les cinq organes et les six entrailles subissent la
maladie, le [qi] nutritif (rong 荣) et le [qi] défensif (wei 卫) ne circulent
plus, les cinq organes sont obstrués, alors cela est mortel ».
Plus loin dans le même chapitre Huangdi demanda encore : « En
ce qui concerne les maladies par double atteinte par le froid (lianggan
yuhan 两感于寒) comment se font les correspondances entre vaisseaux
et quelles sont les formes pathologiques ? », Qibo répondit : « Pour les
doubles atteintes par le froid, au premier jour de la maladie, c’est juyang
et shaoyin qui sont malades, alors il y a céphalées, bouche sèche, dyspho-
rie et oppression. Au deuxième jour, c’est yangming et taiyin qui sont
malades, alors il y a plénitude abdominale, chaleur du corps, pas envie

4. Après cette phrase dans le Wuzhu Suwen (吴注素问) il est complété : « Si les
méridiens et collatéraux (jingluo 经络) des trois yin sont tous affectés par la
maladie, et que cela a déjà pénétré aux entrailles, alors il est possible de faire la
purgation et il y aura guérison ».
38 Shānghán Lùn Traité des blessures dues au Froid

de manger et délire verbal. Au troisième jour, c’est shaoyang et jueyin qui


sont malades, alors il y a surdité et rétraction des testicules, les boissons
au soja ne peuvent pas être ingérées, [le patient] ne reconnaît plus les
gens, en six jours cela est mortel ». On voit que dans ce paragraphe est
abordé l’aspect des maladies simultanées, ici les associations de méridiens
malades se font par relation externe-interne (biaoli 表里).
Dans le chapitre 30 du Suwen (Explications concernant le Vaisseau de
Yangming) il est encore mentionné : « Huangdi demanda : “Lorsque le
vaisseau du yangming de pied est malade, [le patient] craint les gens et le
feu, s’il entend le son du bois alors il est sur le qui-vive et effrayé, [mais
par contre les sons] de cloche et de tambour ne le touchent pas. Pourquoi
entendre le son du bois l’effraie-t-il ? J’aimerais être informé de la rai-
son de cela”. Qibo répondit : “Le yangming est le vaisseau de l’estomac,
l’estomac c’est la terre, c’est pourquoi s’il entend le son du bois il est
effrayé, car la terre craint le [contrôle du] bois”. L’empereur dit : “Bien,
mais pourquoi craint-il le feu ?” Qibo répondit : “Yangming gouverne les
chairs, son vaisseau est abondant en sang et en qi, si un pervers s’invite,
alors il y a chaleur [fièvre], si la chaleur est intense alors [le patient]
craindra le feu” ». Plus loin ils continuent en disant : « Si la maladie est
intense, alors [le patient] abandonne ses habits et erre, il monte sur des
hauteurs et chante (…), le yang est excessif, alors cela amène le patient à
parler de manière absurde, à proférer des insultes, il ne différencie plus
ses proches des gens étrangers, et n’a pas envie de manger ».
Dans le chapitre 31 du Suwen, les six méridiens sont uniquement abor-
dés du point de vue de syndromes de plénitude et de syndromes de cha-
leur, les modifications pathologiques se font selon la double atteinte par
le froid, et les traitements mentionnés sont uniquement la sudorification
et la purgation. Le Shanghan Lun inclut les syndromes de froid, de cha-
Shānghán Lùn Traité des blessures dues au Froid 39

leur, de déficience et de plénitude au sein des six méridiens, et les traite-


ments sont plus variés et comprennent les huit méthodes thérapeutiques
que sont la sudorification, la vomification, la purgation, l’harmonisation,
la calorification, la clarification, l’élimination et la tonification.
Certains considèrent que la différenciation et le traitement des mala-
dies des trois yang et des trois yin se sont développés sur la base du cha-
pitre 10 du Lingshu, sans cependant exclure les données du chapitre 31
du Suwen. Dans ce chapitre 10 intitulé Méridiens et Vaisseaux (Jingmai 经
脉) sont détaillés les trajets des douze vaisseaux qui sont, dans l’ordre :
- Le vaisseau du poumon taiyin de main (fei shou taiyin zhimai 肺手太
阴之脉) ;
- Le vaisseau du gros intestin yangming de main (dachang shou yang-
ming zhimai 大肠手阳明之脉) ;
- Le vaisseau de l’estomac yangming de pied (wei zu yangming zhimai 胃
足阳明之脉) ;
- Le vaisseau de la rate taiyin de pied (pi zu taiyin zhimai 脾足太阴之
脉) ;
- Le vaisseau du cœur shaoyin de main (xin shou shaoyin zhimai 心手
少阴之脉) ;
- Le vaisseau de l’intestin grêle taiyang de main (xiaochang shou taiyang
zhimai 小肠手太阳之脉) ;
- Le vaisseau de la vessie taiyang de pied (pangguang zu taiyang zhimai
膀胱足太阳之脉) ;
- Le vaisseau des reins shaoyin de pied (shen zu shaoyin zhimai 肾足少
阴之脉) ;
40 Shānghán Lùn Traité des blessures dues au Froid

- Le vaisseau du gouverneur du cœur jueyin de main et liaison de l’en-


veloppe du cœur5 (xinzhu shou jueyin xinbaoluo zhimai 心主手厥阴心包络
之脉) ;
- Le vaisseau du triple foyer shaoyang de main (sanjiao shou shaoyang
zhimai 三焦手少阳之脉) ;
- Le vaisseau de la vésicule biliaire shaoyang de pied (dan zu shaoyang
zhimai 胆足少阳之脉) ;
- Le vaisseau du foie jueyin de pied (gan zu jueyin zhimai 肝足厥阴之
脉).
Le Lingshu dans ce chapitre, après le détail du trajet de chaque vais-
seau, indique les manifestations pathologiques et il préconise de différen-
cier l’état du vaisseau pour effectuer le traitement, ainsi il dit : « en cas
d’excès, alors il faut disperser ; en cas de déficience, alors il faut tonifier ;
en cas de chaleur, alors il faut [puncturer] rapidement ; en cas de froid,
alors il faut [puncturer] en laissant [les aiguilles en place] ; s’il y a affais-
sement, alors il faut faire la moxibustion ».
Ce chapitre du Lingshu permet également d’expliquer les modifications
pathologiques qui peuvent survenir dans le Shanghan Lun. Par exemple,
lors de la maladie de taiyang il peut y avoir pénétration à l’entraille et
survenue des syndromes d’accumulation d’eau (xushui 蓄水) et d’accu-
mulation de sang (xuxue 蓄血) à la vessie, dans le passage concernant
le vaisseau taiyang de pied de la vessie il est dit : « il se lie avec les reins
et appartient à la vessie », ainsi il est tout à fait logique qu’une atteinte
externe sur le méridien taiyang puisse produire un trouble dans la vessie,
de par la relation qui se crée entre les méridiens en surface et les organes

5. Le gouverneur du cœur (xinzhu 心主) aussi appelé liaison de l’enveloppe du


cœur ou réseau de l’enveloppe du cœur (xinbao luo 心包络) correspond à ce que
l’on appelle communément l’enveloppe du cœur (xinbao 心包).
Shānghán Lùn Traité des blessures dues au Froid 41

et entrailles à l’interne. C’est également par ce lien entre le taiyang de pied


et l’organe des reins que l’atteinte de taiyang peut pénétrer à l’interne et
produire une maladie à shaoyin. C’est pour cela que l’étude du Shanghan
Lun et de la différenciation des syndromes selon les six méridiens passe
par une étude approfondie du trajet précis de tous les vaisseaux et de
toutes les relations qui existent entre ces vaisseaux et les différents tis-
sus, organes et entrailles à l’interne. Par exemple la gorge est le lieu de
passage du vaisseau taiyin de main du poumon « qui à partir du réseau du
poumon (feixi 肺系) [qui désigne l’ensemble des tissus des bronches et de
la gorge] sort transversalement jusqu’à l’aisselle », mais la gorge est aussi
le lieu de passage du vaisseau yangming de pied de l’estomac (« circule à
la gorge (houlong 喉咙) »), du vaisseau taiyin de pied de la rate (« enserre
la gorge (yan 咽) »), du vaisseau shaoyin de main du cœur (« enserre la
gorge (yan 咽) »), du vaisseau taiyang de main de l’intestin grêle (« circule
à la gorge (yan 咽) »), du vaisseau shaoyin de pied des reins (« circule à
la gorge (houlong 喉咙) »), du vaisseau jueyin de pied du foie (« circule
en arrière de la gorge (houlong zhihou 喉咙之后) et pénètre à l’ouverture
supérieure de la gorge [naso-pharynx] (shangru hangsang 上入颃颡) »).
Ainsi, pour un patient présentant une douleur de la gorge, il faudra avoir
à l’esprit que chacun de ces vaisseaux pourra être impliqué dans la patho-
logie et pas simplement le vaisseau du poumon. En clinique, pour des
patients présentant des douleurs de la gorge plus ou moins chroniques
ou à répétition, très souvent, ce sont les vaisseaux taiyin, shaoyin ou jueyin
de pied qui seront atteints.
La contribution de Zhang Zhong-jing a été de synthétiser ces dif-
férents aspects concernant le yin et le yang, les six méridiens, les cinq
organes, les six entrailles, les douze vaisseaux, les cinq mouvements et
les six qi, la théorie des cinq mouvements et des six qi (wuyun liuqi 五运六
42 Shānghán Lùn Traité des blessures dues au Froid

气) (présentée notamment dans le Suwen aux chapitres 66, 67, 68, 69, 70,
71 et 74), contenus dans le Neijing et d’en faire un système complet com-
binant les six qi et les cinq mouvements, qui pourrait être résumé ainsi :
- L’eau froide de taiyang ;
- Le métal sec de yangming ;
- Le feu ministre de shaoyang ;
- La terre humide de taiyin ;
- Le feu empereur de shaoyin ;
- Le bois vent de jueyin.

4. Contenu du Shanghan Lun

4.1. Blessure due au froid (shanghan 伤寒)

Le Shanghan Lun, Traité des Blessures dues au Froid, va évidemment dis-


cuter des blessures dues au froid (shanghan 伤寒). Mais que signifie au
juste une blessure due au froid ? Au chapitre 31 du Suwen il est dit : « les
maladies de chaleur [les maladies fébriles] (rebing 热病) sont des caté-
gories de blessure due au froid (shanghan伤寒) », et la difficulté 58 du
Nanjing qui mentionne également à ce sujet : « [la notion de] blessure due
au froid (shanghan伤寒) a cinq formes : l’attaque par le vent (zhongfeng中
风), la blessure due au froid (shanghan伤寒), l’humidité chaleur (shire湿
热), la maladie de tiédeur (wenbing温病) et la maladie de chaleur (rebing
热病) ».
La notion de blessure due au froid présente deux sens, un sens étroit
et un sens large. La blessure due au froid au sens étroit est une atteinte
par le pervers froid qui blesse l’organisme. La blessure due au froid au
Shānghán Lùn Traité des blessures dues au Froid 43

sens large désigne beaucoup plus largement toutes sortes de pervers


externes qui atteignent l’organisme et engendrent une maladie. Sun
Jing-kui (孙应奎) dit : « Le vent, le froid, la canicule, l’humidité, la cha-
leur et la sécheresse, ces six qi du Ciel, venant de l’extérieur et atteignant
les cinq organes, les six entrailles et les douze méridiens et collatéraux de
l’être humain pendant les quatre saisons, tous sont appelés blessure due
au froid (shanghan 伤寒) », il indique clairement que les blessures dues
au froid sont les six pervers externes qui attaquent le corps humain et
produisent des maladies.
Nous pensons qu’au-delà de l’atteinte externe (waigan 外感), le terme
de blessure par le froid dans son sens large, c’est-à-dire faisant référence
à un des six qi, est donc évidemment en relation avec les cinq mouve-
ments, les cinq organes et les six entrailles, et inclut nécessairement les
blessures internes et n’est pas restreint aux six qi en tant qu’agent déclen-
cheur d’une atteinte externe, mais englobe également ce que l’on pourrait
appeler le microcosme ou microclimat intérieur de l’être humain. Ainsi
le froid peut être un froid externe, mais la notion de froid est aussi en
rapport avec le mouvement eau, avec le méridien de taiyang (englobant le
méridien de la vessie et le méridien de l’intestin grêle), avec les reins, avec
les os, avec l’hiver, avec le Nord, avec la couleur noire, etc. Et il en est de
même pour les cinq autres qi qui ne se limitent pas à être des pervers cli-
matiques, mais qui sont six énergies présentes de manière inhérente dans
le corps humain. Ces six qi peuvent venir à être perturbés et produire la
pathologie à l’interne, même sans forcément la présence à l’externe de ces
qi. C’est pour cela qu’au fur et à mesure de la lecture du Shanghan Lun
il est possible de se rendre compte qu’il ne s’agit effectivement pas seu-
lement d’un traité concernant les atteintes externes et leur progression
vers l’interne. Il s’agit d’une grille de lecture complexe mettant en rela-
44 Shānghán Lùn Traité des blessures dues au Froid

tion un système décimal avec un système duodécimal, c’est-à-dire d’un


système faisant fonctionner ensemble le Cinq des cinq mouvements avec
le Six des six qi. En mettant cela en perspective avec le yin et le yang, le
Cinq devient le Dix des dix troncs célestes (shi tiangan 十天干), et le Six
devient le Douze des douze branches terrestres (shier dizhi 十二地支).
L’influence de ces six qi, n’est pas seulement climatique, ces six qi ont
à voir avec la théorie des cinq mouvements et des six qi (wuyun liuqi 五
运六气) du Suwen, c’est-à-dire avec l’utilisation des dix troncs célestes
et des douze branches terrestres et à leur combinaison pour détermi-
ner les influences célestes et terrestres et leur impact sur l’être humain.
La ­combinaison de ces dix troncs célestes avec ces douze branches
terrestres selon le calendrier soli-lunaire chinois permet de déterminer
l’énergie d’une année, d’un mois, d’une journée, d’une heure, c’est
également cela qui va permettre de déterminer les influences majoritaires
au moment de la naissance d’une personne et ainsi permettre d’avoir une
vue dynamique de la destinée de quelqu’un, de ses potentiels et de ses
points faibles.
C’est ainsi que dans la version complète de la version Song du
Shanghan Lun, au chapitre 3 intitulé Règles concernant les Blessures dues au
Froid (Shanghan Li 伤寒例) sont mentionnés les 24 termes solaires (jieqi
节气) et leurs correspondances avec les troncs célestes, les branches ter-
restres et quatre des huit trigrammes :

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