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Bac Français Les Fleurs Du Mal - v2

Les poètes comme Baudelaire ont pour mission de révéler la beauté cachée dans le monde imparfait en prenant pour sujets des thèmes inhabituels et en transfigurant la réalité dans leur art poétique, malgré les difficultés comme le spleen.

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Les poètes comme Baudelaire ont pour mission de révéler la beauté cachée dans le monde imparfait en prenant pour sujets des thèmes inhabituels et en transfigurant la réalité dans leur art poétique, malgré les difficultés comme le spleen.

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Le rôle du poète

INTÉRÊT DU SUJET • Révéler la beauté dissimulée dans un monde imparfait : est-ce bien le dessein
de Charles Baudelaire et des poètes de la modernité ? Voici la question que vous pose le sujet.

 L'écrivain Stuart Merrill définit ainsi le poète : « Le poète doit être celui qui rappelle aux hommes
l'Idée éternelle de la beauté, dissimulée sous les formes transitoires de la vie imparfaite. » Charles
Baudelaire et les poètes que vous avez étudiés vous semblent-ils correspondre à cette définition ?

Vous répondrez à cette question dans un développement organisé. Votre réflexion prendra appui
sur Les Fleurs du mal de Baudelaire, sur le travail mené dans le cadre du parcours associé et sur votre
culture personnelle.

LES CLÉS DU SUJET

Formuler la problématique

Charles Baudelaire et les poètes étudiés ont-ils pour mission d'éclairer les hommes en leur révélant la
beauté dissimulée dans un monde imparfait ?
Introduction

[Accroche] Véritable porte-parole de la poésie française aux États-Unis, Stuart Merrill (1863-1915) a


écrit de nombreux articles sur les poètes symbolistes, emblématiques de la modernité poétique.

[Explication du sujet] D'après cet auteur, le poète serait investi d'une mission : révéler aux hommes la
beauté idéale qui se cache sous les imperfections de la réalité quotidienne.

[Problématique] Charles Baudelaire et les poètes étudiés ont-ils accompli cette mission d'éclairer les
hommes en leur révélant la beauté dissimulée du monde ?

[Annonce du plan] Nous verrons tout d'abord que, dans leur quête de la beauté, ces poètes s'attachent à
dépeindre la réalité, si prosaïque soit-elle ; puis que cette mission est une tâche longue et ardue. Enfin,
nous montrerons qu'ils remplissent leur rôle en accédant au monde supérieur de la beauté et en le
révélant aux hommes.

I. Les « formes de la vie imparfaite », sources de beauté

1. De nouveaux sujets d'inspiration

Au xixe siècle, le poète n'a plus à chanter exclusivement ce qui élève, mais doit évoquer la condition
humaine sous tous ses aspects, même les plus vils. Il est celui qui est capable de discerner la beauté
jusque dans l'imperfection de l'existence.

À NOTER

Dans Le Peintre de la vie moderne, Baudelaire incite l'artiste à « tirer l'éternel du transitoire » ; il s'agit
d'extraire une beauté immuable d'un réel changeant et fugitif.

Ainsi Charles Baudelaire et d'autres poètes de la modernité prennent-ils pour sujets de leurs poèmes la
réalité dans ce qu'elle a de plus prosaïque : les espaces urbains comme la ville de Paris, les plaisirs et
les souffrances du corps, les vicissitudes du quotidien. Ils s'efforcent de déceler dans les formes
mouvantes et fugaces de la vie une beauté qui paraît inaccessible.

L'oxymore contenu dans le titre du recueil de Baudelaire, Les Fleurs du mal, fait écho au caractère
paradoxal de la beauté (« les fleurs ») qui peut trouver sa source dans les formes les plus abjectes (le
« mal »). Ce faisant, le poète prend le risque de susciter le dégoût et la condamnation morale. En 1857,
six poèmes du recueil sont censurés pour « offense aux bonnes mœurs ».

2. L'exploration de thèmes subversifs

Baudelaire n'hésite pas à explorer des thématiques subversives et novatrices, associées notamment à la


laideur et à la souffrance. Dans « Une charogne », le cadavre d'un animal devient un objet d'admiration
et d'inspiration poétique : « Et le ciel regardait la carcasse superbe / Comme une fleur s'épanouir. »

De même, d'autres poètes font l'éloge de créatures considérées comme répugnantes, tel Victor Hugo
qui prend la défense de l'ortie et de l'araignée dans le poème 27 du
livre iii des Contemplations (1856). Tristan Corbière, dans Les Amours jaunes (1873), associe son
image de poète à celle du crapaud, transfiguré en « rossignol de la boue ».

Outre la laideur, on trouve également dans Les Fleurs du mal le thème du désir sexuel (« Les
Bijoux »), ainsi que celui des « paradis artificiels » (les drogues comme l'opium). La section intitulée
« Le Vin » fait l'éloge de l'ivresse qui permet d'échapper aux souffrances d'un réel douloureux et
source de déception.

II. Les difficultés de la mission du poète

1. Le « spleen »

Cependant, faire éclore la beauté à partir de sources imparfaites n'est pas aisé : dans sa quête, le poète
est constamment confronté à des obstacles.

L'angoisse métaphysique est omniprésente dans la section « Spleen et Idéal » des Fleurs du


mal, et peut apparaître comme une forme amplifiée du « mal du siècle » que connaissaient déjà les
poètes romantiques. Ce sentiment de tristesse inexplicable et pesant se retrouve chez Paul Verlaine
dans Romances sans paroles (1874) : « C'est bien la pire peine / De ne savoir pourquoi, / Sans amour
et sans haine, / Mon cœur a tant de peine ! »

MOTCLÉ

Le spleen est un terme anglais désignant la rate, considérée comme le siège de la mélancolie. Il s'agit
d'un état affectif mêlant ennui, tristesse et dégoût de la vie.

En proie au mal de vivre, le poète éprouve de grandes difficultés à atteindre la beauté idéale et sa quête
peut se retourner contre lui, en transformant la beauté en laideur. Dans « Alchimie de la douleur », le
poète, désespéré, devient celui qui « change l'or en fer », ne créant que souffrance.

2. Le temps, ennemi de la création

L'angoisse existentielle du poète est renforcée par le sentiment oppressant de la fuite du temps, cet
« obscur Ennemi qui nous ronge le cœur » (« L'Ennemi »), engendrant le découragement et
l'impuissance. Le poète se fait alors « Héautontimorouménos » (« bourreau de soi-même », en grec).

La section « Spleen et Idéal » se clôt, dans l'édition de 1861, par le poème « L'Horloge » dans lequel le
poète, désarmé face au temps qui passe, se confronte à sa propre mort. De même, dans le poème de
Charles Cros intitulé « À une chatte », la noirceur des yeux de l'animal amène le poète à s'interroger en
vain sur les mystères insolubles de « la mort qui nous menace ».

Le travail de création poétique apparaît néanmoins comme le seul susceptible d'arracher la beauté au


temps qui s'écoule ; il constitue une réponse à la mort inéluctable et à la vanité de l'existence : « Les
minutes, mortel folâtre, sont des gangues / Qu'il ne faut pas lâcher sans en extraire l'or ! »

III. L'accès aux sphères de l'Idéal

1. Le poète, un prophète de l'Idéal

Grâce à la création poétique, le poète peut donc conjurer ses angoisses et accéder à l'Idée de
beauté dissimulée aux yeux du commun des mortels. Selon Stuart Merrill, le poète doit ainsi jouer le
rôle d'un guide « qui rappelle aux hommes » ce qu'ils ont oublié ou ne savent plus voir.

Pour Baudelaire, en effet, seul le poète est capable de déchiffrer le sens des « forêts de symboles » qui
permettent de passer, par un système de « correspondances », du monde des perceptions (contingentes
et transitoires) au monde des Idées (immuables et éternelles). Il retrouve la vérité pure du monde en
associant des perceptions issues de différents domaines sensoriels, comme dans « Parfum exotique »
ou dans « La Chevelure ».

CITATION

« Les parfums, les couleurs et les sons se répondent. » (« Correspondances »)

Tel un prophète, le poète peut éclairer l'humanité en poussant un « ardent sanglot qui roule d'âge en
âge » (« Les Phares »), au risque de se confronter à la moquerie des hommes en descendant des
« nuées » (« L'Albatros »).

De même, chez Arthur Rimbaud, le poète doit se faire « voyant » afin de comprendre les mystères du
monde par le « dérèglement de tous les sens ». Dans « Alchimie du verbe », le poète invente un
« verbe poétique accessible […] à tous les sens », apte à fixer « des vertiges » à travers
« l'hallucination des mots ».

2. L'alchimie poétique

En alliant des thèmes inattendus, parfois contraires à la morale, ou sources de souffrance, avec des
formes métriques et une musicalité parfaitement maîtrisées, le poète parvient à donner accès à l'Idéal
de la beauté à travers les « formes transitoires de la vie imparfaite ».

Dans l'« Ébauche d'un épilogue pour la deuxième édition des Fleurs du mal » (1861), Baudelaire peut
ainsi se présenter comme l'alchimiste de la laideur : « Tu m'as donné ta boue et j'en ai fait de l'or. »
Jacques Roubaud compare également le poète à un lombric qui travaille les mots et leur donne sens et
vérité : « Sans le poète lombric et l'air qu'il lui apporte / Le monde étoufferait sous les paroles
mortes. » (« Le Lombric », 1991)

Conclusion

[Synthèse] Charles Baudelaire et les autres poètes étudiés nous semblent bien avoir rempli la mission
que leur assignait Stuart Merrill : par leur art poétique, ils sont parvenus à transfigurer la réalité afin
d'en révéler la beauté dissimulée. Cette « Idée éternelle de la beauté » transparaît dans l'émotion et le
sentiment de perfection que laissent encore aujourd'hui au lecteur les poèmes de Baudelaire.

[Ouverture] La propension à trouver de la beauté dans les choses les plus banales de l'existence se
retrouvera au xxe siècle dans l'œuvre de poètes tels que Francis Ponge (Le Parti pris des choses, 1942).

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