24 Les dispositifs de l’aide sociale
24 Les dispositifs de l’aide sociale à l’enfance
à l’enfance
Les services départementaux de l’aide sociale à l’enfance (ASE) mettent
en œuvre diverses actions dans le cadre de la politique de protection
de l’enfance, à des fins de prévention, de repérage des situations de danger
ou de risque de danger, et de protection. Les deux principaux modes
d’intervention sont l’aide à domicile et la prise en charge matérielle. La première
recouvre à la fois des interventions à domicile et des aides financières.
La seconde correspond essentiellement à des mesures de placement en dehors
du milieu familial. Spécificité de cette politique, les mesures d’aide sociale
à l’enfance relèvent à la fois des pouvoirs administratif et judiciaire.
La protection de l’enfance en France, telle que définie pourraient bénéficier, voire le signalement à l’au-
par l’article L. 112-3 du Code de l’action sociale et des torité judiciaire. Ensuite, les services de l’ASE déve-
familles (CASF), « vise à garantir la prise en compte loppent des missions à portée préventive auprès des
des besoins fondamentaux de l’enfant, à soutenir mineurs et de leurs familles, soit individuelles, soit
son développement physique, affectif, intellectuel collectives (prévention spécialisée). Enfin, ils doivent
et social et à préserver sa santé, sa sécurité, sa mora- pourvoir aux besoins des mineurs qui leur sont
lité et son éducation, dans le respect de ses droits. » confiés, sur décision administrative ou judiciaire ou
Elle couvre donc de nombreux aspects allant de la en tant que pupilles de l’État. À des fins de préven-
prévention au repérage des situations de danger ou tion individuelle et de protection, différentes pres-
de risque de danger, jusqu’à la mise en œuvre de tations d’aide sociale à l’enfance sont précisément
mesures de protection administrative ou judiciaire définies aux articles L. 222-1 à L. 222-7 du CASF.
des mineurs et des majeurs de moins de 21 ans.
Les aides à domicile
Les services de l’aide sociale à l’enfance Lorsque la santé de l’enfant, sa sécurité, son entre-
Cette politique est principalement confiée aux tien ou son éducation l’exigent, une aide à domicile
conseils départementaux, dont les services d’aide peut être décidée. Elle vise à maintenir l’enfant dans
sociale à l’enfance (ASE) sont chargés de trois son milieu habituel ou à faciliter le retour à domicile
grandes catégories de missions (art. L. 221-1 du après une prise en charge en dehors du milieu fami-
CASF), en partie avec le service de la protection lial. L’aide à domicile recouvre diverses actions telles
maternelle et infantile (PMI) et le service départe- que l’octroi d’aides financières, l’appui d’un techni-
mental d’action sociale (art. L. 226-1 du CASF). Tout cien de l’intervention sociale et familiale (TISF), un
d’abord, les services de l’ASE ont un rôle de sensibi- accompagnement en économie sociale et familiale,
lisation et d’information des personnes pouvant être ou l’intervention d’un service d’action éducative à
concernées par des mineurs en danger ou en risque domicile (encadré 1).
de l’être. Le président du conseil départemental est
chargé de la centralisation de toutes les informations Les aides financières
préoccupantes relatives à la situation d’un mineur et l’accompagnement social et familial
au sein d’une cellule de recueil, de traitement et Les départements peuvent verser des aides finan-
d’évaluation des informations préoccupantes (CRIP). cières aux familles ne disposant pas de ressources
L’information transmise doit permettre l’évaluation suffisantes, sous forme d’allocations mensuelles ou
de la situation du mineur, la mise en œuvre d’éven- de secours exceptionnels. Elles sont attribuées à un
tuelles actions de protection dont lui et sa famille des parents ou à la personne qui assume la charge
156 L’aide et l’action sociales en France > édition 2020 > DREES
Les dispositifs de l’aide sociale à l’enfance 24
effective de l’enfant et peuvent l’être sous condition à la famille, lorsque les parents sont confrontés à
de remboursement. d’importantes difficultés sur le plan éducatif. L’AED
Les familles rencontrant des difficultés éducatives doit permettre d’accompagner les familles, d’élabo-
et sociales perturbant leur vie quotidienne peuvent rer ou d’améliorer les liens entre parents et enfants
bénéficier de l’action d’un TISF ou d’une aide ména- et de favoriser l’insertion sociale des jeunes, notam-
gère. Elles consistent en un accompagnement des ment en soutenant le rapport aux institutions et en
parents (ou des détenteurs de l’autorité parentale) particulier à l’école. Elle conduit parfois à assurer
dans leurs fonctions parentales, dans des domaines une prise en charge partielle ou totale des mineurs,
aussi divers que la santé, l’hygiène, l’alimentation, selon les besoins identifiés. Elle s’inscrit dans le
la sécurité, l’éducation, la scolarisation, les loisirs… cadre d’une relation formalisée avec les services de
Les interventions ont lieu majoritairement au domi- l’ASE et repose sur une démarche concertée entre les
cile des familles, dans leur cadre de vie quotidien, et parents, le service de l’ASE et le professionnel inter-
doivent leur permettre de retrouver leur autonomie. venant. L’AED est exercée par des éducateurs spécia-
Créées par la loi du 5 mars 20071, des mesures d’ac- lisés ou des psychologues, appartenant aux services
compagnement en économie sociale et familiale départementaux de l’ASE ou à un service public ou
peuvent être proposées aux familles. Elles ont pour privé habilité. Comme les autres aides à domicile,
but d’aider les parents confrontés à des difficultés elle peut également être mise en œuvre pour des
de gestion du budget familial qui peuvent avoir des jeunes majeurs de moins de 21 ans.
conséquences sur les conditions de vie de l’enfant. L’action éducative en milieu ouvert (AEMO) vise les
Cet accompagnement peut être mis en place à la mêmes objectifs que l’AED mais elle est décidée
demande ou en accord avec les parents ; il s’agit alors par le juge des enfants dans le cadre de l’assistance
d’une mesure administrative d’accompagnement en éducative (art. 375 du Code civil) et est donc contrai-
économie sociale et familiale (MAAESF). Il peut éga- gnante à l’égard des familles.
lement être décidé par le juge des enfants ; il s’agit
alors d’une mesure judiciaire d’aide à la gestion du Les mesures de placement
budget familial (MJAGBF).
Les mesures administratives de placement
Les actions éducatives, Un mineur qui ne peut demeurer dans son milieu
à domicile ou en milieu ouvert de vie habituel ou qui nécessite un accueil spécialisé
L’action éducative à domicile (AED) est une décision peut être confié au service de l’ASE sur décision du
administrative prise par le président du conseil président du conseil départemental, à la demande
départemental, à la demande ou en accord avec les ou en accord avec la famille. Le service de l’ASE ou
parents. Elle apporte un soutien matériel et éducatif un service habilité accueille alors le mineur pendant
Encadré 1 L’information statistique sur les aides à domicile
Le dénombrement statistique des aides financières, des interventions d’un technicien de l’intervention
sociale et familiale (TISF) et des mesures d’accompagnement en économie sociale et familiale est relative-
ment difficile. En effet, les pratiques des départements sont particulièrement diverses dans ce domaine,
rendant malaisée l’élaboration d’une définition et d’une unité de décompte homogènes (famille ou individu,
urgence ou versements réguliers, non-enregistrement au niveau local de ces aides parfois ponctuelles…).
Ces difficultés expliquent que, dans l’enquête Aide sociale de la DREES, les informations relatives à ces items
ne sont pas fournies par un nombre significatif de départements. Cette situation ne permet pas, à ce jour, la
diffusion par la DREES de données statistiques consolidées.
1. Loi n° 2007-293 du 5 mars 2007 réformant la protection de l’enfance.
L’aide et l’action sociales en France > édition 2020 > DREES 157
24 Les dispositifs de l’aide sociale à l’enfance
tout ou partie de la journée, si possible dans un lieu éducative, délégation de l’autorité parentale à l’ASE,
à proximité de son domicile, afin de lui apporter un retrait partiel de l’autorité parentale, tutelle d’État
soutien éducatif et d’accompagner sa famille dans déférée à l’ASE ou en application de l’ordonnance
l’exercice de sa fonction parentale. Ces mesures de 1945 relative à l’enfance délinquante (de manière
sont des accueils provisoires de mineurs. Les jeunes provisoire ou pour les mineurs de moins de 13 ans).
majeurs ou mineurs émancipés éprouvant des diffi-
cultés d’insertion sociale, faute de ressources ou de Les placements directs
soutien familial suffisant, peuvent également béné- Les placements directs sont effectués par le juge des
ficier d’une prise en charge par le service de l’ASE, enfants. Le service de l’ASE doit alors financer l’ac-
appelée accueil provisoire de jeune majeur. Enfin, cueil du mineur mais ne décide pas des modalités
les pupilles de l’État sont aussi confiés au service de de placement. Il peut s’agir d’un placement auprès
l’ASE. L’ensemble de ces situations sont regroupées d’un établissement ou auprès d’un tiers digne de
sous le terme de mesures administratives de place- confiance, ou encore d’une délégation de l’autorité
ment. Plusieurs modes d’accueil des mineurs et des parentale à un particulier ou à un établissement.
jeunes majeurs existent : accueil par des assistants
familiaux, hébergement en établissement d’éduca- Des formes alternatives
tion spéciale, en maison d’enfant à caractère social ou temporaires d’accueil
(MECS) [encadré 2], en pouponnière, ou encore en Au cours des années 2000, de nouveaux modes de
placement auprès d’un tiers digne de confiance, prise en charge ont été développés afin de mieux
hébergement en internat ou en foyer d’étudiants ou répondre à certaines situations spécifiques.
de jeunes travailleurs…
L’accueil de jour
Les mesures judiciaires de placement Introduite par l’article L. 222-4-2 de la loi de 2007,
Les mesures judiciaires de placement sont décidées cette forme d’accueil se situe entre l’action éducative
par le juge des enfants. Le mineur est alors confié et l’hébergement, lorsqu’elle n’est pas décidée par le
au service de l’ASE qui détermine les modalités juge mais en concertation avec la famille et le service
de son placement. Ces mesures recouvrent diffé- de l’ASE. En effet, le mineur passe tout ou partie
rentes situations : placement au titre de l’assistance de la journée dans un lieu lui assurant le soutien
Encadré 2 Les établissements relevant de l’aide sociale à l’enfance
Les maisons d’enfants à caractère social (MECS) sont les héritières des orphelinats. Elles accueillent
des enfants et des adolescents dont les familles ne peuvent assumer la charge et l’éducation à la suite
de difficultés momentanées ou durables.
Les foyers de l’enfance hébergent, à tout moment, tout mineur en situation difficile nécessitant une aide
d’urgence. Ces lieux d’observation et d’évaluation permettent de préparer une orientation du mineur (retour
à la famille, placement en famille d’accueil, placement en établissement, adoption).
Les pouponnières à caractère social reçoivent des enfants de la naissance à 3 ans, qui ne peuvent rester au
sein de leur famille ou bénéficier d’un placement familial surveillé.
Les villages d’enfants prennent en charge des frères et sœurs dans un cadre de type familial avec
des éducateurs familiaux qui s’occupent, chacun, en particulier d’une ou de deux fratries.
Les lieux de vie et d’accueil offrent une prise en charge de type familial à des jeunes en grande difficulté.
Ils constituent le milieu de vie habituel des jeunes et des permanents éducatifs.
Les placements peuvent également avoir lieu en établissement sanitaire ou en établissement médico-social
d’éducation spéciale (institut médico-éducatif [IME] ; institut thérapeutique, éducatif et pédagogique [Itep]…).
158 L’aide et l’action sociales en France > édition 2020 > DREES
Les dispositifs de l’aide sociale à l’enfance 24
éducatif nécessaire. Lorsque sa mise en place L’accueil de 72 heures
est décidée par le juge des enfants, l’accueil de Destinée à l’accueil des mineurs en situation de
jour est en revanche une modalité de placement. rupture relationnelle avec leurs parents ou en
Le mineur est alors confié à un service ou à un éta- situation de fugue, cette action d’ordre préven-
blissement pour un accueil à la journée. tive prévoit un hébergement ponctuel (pour une
durée maximale de 72 heures). Les services de
Le placement à domicile (PAD) l’ASE préviennent immédiatement les parents ou
Ce dispositif est une mesure de placement qui le représentant légal, ainsi que le procureur de la
permet au mineur un maintien, ou un retour, République. Durant ce laps de temps, le mineur
au sein du domicile familial. En cas de crise, n’est pas admis à l’ASE mais juste « recueilli » et ce,
une place en famille d’accueil ou en établisse- même sans l’accord des parents ou du représentant
ment est assurée pour celui-ci. Ce placement est légal. À l’issue de cet hébergement provisoire et de
d’ordre administratif ou judiciaire, et nécessite l’évaluation de la situation du jeune, des réponses
une collaboration entre la famille du jeune et graduées sont apportées. Elles vont de la mise en
les services de l’ASE. Un suivi soutenu est assuré place d’une médiation familiale visant à préparer
par l’intervention régulière (plusieurs fois par le retour du jeune au domicile familial à l’accueil
semaine) d’un éducateur au sein du domicile prolongé du mineur au sein des services de l’ASE.
familial. Il est parfois appelé placement « hors
les murs ». Les mineurs non accompagnés
Les mineurs non accompagnés (MNA) 2 désignent
L’accueil d’urgence la population des mineurs de nationalité étrangère
Précisée dans l’article L. 223-2 du CASF, cette se trouvant sur le territoire français sans adulte res-
mesure administrative de protection peut être ponsable et dont la situation a fait l’objet d’une
mise en place lorsque la situation est jugée néces- évaluation, conduite par le conseil départemental,
saire par les services de l’ASE et que le représen- concluant à l’âge du jeune et à l’isolement familial
tant légal du jeune est dans l’impossibilité de don- (décret 2016-840 du 24 juin 2016). Les articles
ner son accord. Le procureur de la République est L. 112-3 et L. 221-2-2 du CASF font référence à la
parallèlement et immédiatement avisé de sa mise notion de « mineurs privés temporairement ou
en œuvre. Si le représentant légal est en capacité définitivement de la protection de leur famille » et
de donner cet accord mais qu’il le refuse, l’autorité précisent qu’ils entrent dans le droit commun de la
judiciaire est alors saisie en application de l’article protection de l’enfance et relèvent donc à ce titre
375-5 du Code civil. de la compétence des départements.
2. Également désignés comme « mineurs isolés étrangers (MIE) » avant 2016.
L’aide et l’action sociales en France > édition 2020 > DREES 159