Le Manuel Du Résident - Dentisterie
Le Manuel Du Résident - Dentisterie
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MOTS CLÉS Résumé La réussite d’un traitement par prothèse partielle adjointe dépend essentielle-
Prothèse partielle ment de l’intégration occlusale des différentes constructions prothétiques réalisées selon
adjointe ; le plan de traitement initialement défini. Un montage sur articulateur des modèles est
Occlusion ; obligatoire tant pour l’étude du cas que pour la réalisation des prothèses et la transmis-
Montage des dents ; sion des informations au prothésiste. Selon la nature et l’importance de l’édentement, il
Choix des dents ;
faut choisir une référence dentaire : l’occlusion en intercuspidie maximale (OIM), ou
Polymérisation
articulaire : la relation centrée (RC), ainsi que des matériaux d’enregistrement adaptés.
Le choix des techniques d’empreinte est également important, en particulier dans le cas
de la réalisation de prothèses composites associant prothèse fixée et prothèse amovible.
Le choix et le montage des dents sont des étapes importantes dans la future intégration
esthétique de la (ou des) prothèse(s) partielle(s) adjointe(s). Il faut tenir compte des
souhaits du patient, des dents restantes et également de la « dentogénique » (facteur
sexe, personnalité, âge) décrite par Frush et Fisher. Il est également possible de réaliser
des maquillages de surface aussi bien sur les dents résines qu’en porcelaine. Le montage
des dents sera facilité par les préparations pré- et proprothétiques intra- et interarcades
qui permettront de rétablir des courbes fonctionnelles satisfaisantes. Enfin, la polyméri-
sation et la finition sont des étapes de laboratoire qu’il ne faut pas négliger et qui font
l’objet du même soin que les étapes cliniques. Les propriétés de la résine sont brièvement
rappelées. L’objectif final est d’obtenir des prothèses adjointes alliant esthétique dans
les zones visibles et prophylaxie et facilité d’entretien dans les zones plus postérieures.
© 2003 Elsevier SAS. Tous droits réservés.
Abstract Success of a treatment with removable partial denture (RPD) essentially de-
KEYWORDS
Removable partial pends on the occlusal integration of the different prosthetic constructions realised
denture; according to the treatment planning intially defined. An articulator’s set-up of the plaster
models is necessary as far for the case’s study as for the prosthetic realisation and
* Auteur correspondant.
Adresse e-mail : [email protected] (R. Esclassan).
cire est durcie à l’eau froide. La flamme de la rence entre moulages est à éliminer, ainsi que tout
torche ou l’eau à 52 °C réchauffent la surface utile contact entre cire et tissus mous.
du support. La cire est adaptée en bouche sur les Le pointeau incisif de l’articulateur est réglé en
cuspides d’appui des dents maxillaires grâce aux fonction de l’épaisseur de la cire (+2 à +4 mm). Du
préindentations, par une légère pression digitale. plâtre à prise rapide (Snow White® de Kerr) permet
La séquence d’enregistrement de la RC peut la solidarisation du moulage mandibulaire et de la
alors commencer. Dans la littérature, des manipu- branche inférieure de l’articulateur.
lations variées ont été proposées par différents Le montage est vérifié grâce à un second enre-
auteurs. D. Brocard9 décrit deux formes d’enregis- gistrement, réalisé à la même dimension verticale.
trement, unimanuelle et bimanuelle, donnant tou- Les deux moulages sont repositionnés sur l’articu-
tes deux de bons résultats à la condition que soient lateur sans engrènement de la double base maxil-
respectées certaines règles fondamentales. laire.
• installation du patient dans une position La double base solidaire de la branche supérieure
confortable : de l’articulateur est rabattue sur la base du mou-
C ambiance calme, sans bruit ni agitation ; lage.
C le patient est positionné confortablement, Le repositionnement exact de cette double base
assis ou allongé et la tête bien calée ; confirme ou infirme l’exactitude du premier enre-
• entraînement du patient sans interposition de gistrement. En cas d’erreur, une nouvelle séquence
matériau entre les arcades : est réalisée afin de valider l’un ou l’autre des
C effectuer des mouvements de rotation man- précédents enregistrements.
dibulaire rapides et de faible amplitude ; – Précautions, erreurs à éviter.
C manipuler la mandibule a minima, de façon Plusieurs points sont source d’erreur car « opé-
verticale, en évitant de la pousser vers l’ar- rateur-dépendant ». Il faut donc que :
rière ; • lors des enregistrements, la partie médiane
C utiliser une butée antérieure en résine si le renforcée de la cire soit parfaitement rigide ;
patient n’arrive pas à réaliser ces mouve- • l’abaissement mandibulaire soit faible afin de
ments. Cette butée contribue à obtenir plus rendre négligeable l’erreur résultant de la lo-
rapidement la décontraction des muscles calisation de l’axe charnière ;
masticateurs ; • les indentations sur le support d’enregistre-
• mise en évidence des contacts prématurés, en ment soient peu profondes et bien réparties
demandant au patient où il perçoit des pour assurer sans ambiguïté le repositionne-
contacts ; ment des moulages ;
• vérification visuelle de ces contacts avec un • la cire ne soit pas perforée.
papier marqueur ;
• répéter plusieurs fois cette manipulation avant La DVO est définie et l’OIM est instable
d’interposer le support d’enregistrement ; Si le polygone de sustentation occlusal est réduit
• le pouce et l’index gauches sont alors placés (OIM seulement définie par un ou deux couples de
sur les canines maxillaires. Ils maintiennent la dents en occlusion), l’utilisation d’une ou de deux
cire en place. Le pouce droit écarte la lèvre maquettes est nécessaire pour l’enregistrement de
inférieure, sans pression, pour permettre un la RC.
accès visuel, l’index droit étant sous le men- – Une seule maquette est nécessaire.
ton. On manipule doucement la mandibule de Les bourrelets sont préalablement réchauffés
haut en bas. dans un bain thermostaté.
Aucune contrainte ne doit être exercée vers l’ar- Une inocclusion de 1 mm entre les bourrelets de
rière. Quand la rotation pure de la mandibule est la maquette et les dents antagonistes est réalisée.
obtenue, les cuspides mandibulaires marquent de Une épaisseur de feuille Aluwax® est déposée sur
faibles indentations dans la cire réchauffée. Afin de les bourrelets puis réchauffée. La maquette remise
parfaire celles-ci, il est utile de recommencer les en bouche, la RC est enregistrée comme précédem-
enregistrements dans le même ordre en ajoutant de ment, en maintenant la maquette sur sa surface
la cire Aluwax® ou du Temp-Bond® côté mandibu- d’appui avec la pulpe des doigts.
laire. L’enregistrement est vérifié une deuxième – Deux maquettes sont nécessaires.
fois en situation clinique, et en affrontant les deux Il est préférable de commencer à régler la ma-
moulages. quette ayant le plus de dents antagonistes. Les
– Montage en articulateur37,40. maquettes doivent être stables pendant l’enregis-
La cire est interposée entre le moulage maxil- trement. Des crochets peuvent aussi être ajoutés
laire et le moulage mandibulaire. Toute interfé- pour améliorer la stabilisation.
8 R. Esclassan et al.
Figure 9 Empreinte anatomofonctionnelle sous contrôle de Figure 10 Dents en porcelaine pour prothèse adjointe (docu-
l’occlusion. Ce type d’empreinte est parfaitement indiqué dans ment Ivoclar) (A, B).
le cas d’un édentement bilatéral terminal (classe I de Kennedy-
Applegate) (A, B). Matériaux
une prédominance d’extéroception fibromu-
queuse. Dents en porcelaine (Fig. 10)
En présence d’une prédominance de l’extéro- Leurs qualités sont indéniables en ce qui concerne
ception, l’empreinte doit être anatomofonction- l’esthétique, leur état de surface lisse et de très
nelle pour enregistrer la situation des tissus fibro- faible porosité, leur dureté de surface et leur résis-
muqueux et des insertions périphériques dans des tance à l’abrasion. Elles sont donc indiquées pour
conditions de pression, de tension et de contraintes maintenir les rapports occlusaux et participer ainsi
proches de celles qu’ils supporteront lors des diffé- à la pérennité de l’équilibre occlusal.
rentes fonctions et lors de l’utilisation des maquet- Lorsque le manque d’espace prothétique dans le
tes d’occlusion4 (Fig. 9). sens vertical impose des retouches trop importan-
Une empreinte anatomofonctionnelle des surfa- tes du talon des dents par meulage, une fracture de
ces d’appui permet d’enregistrer et de reproduire la porcelaine est à craindre. La résine est alors
sur le modèle de travail l’état de surface et la préférée, malgré ses moins bonnes qualités esthé-
forme qui seront adoptés par ces structures d’appui tiques et mécaniques dans le temps.29
durant les enregistrements occlusaux, assurant
ainsi de façon précise leur transfert au labora- Dents en composite ou en résine (Fig. 11)
toire.2 Elles sont indiquées lorsque l’espace prothétique
est insuffisant pour monter des dents en porce-
laine, lorsque les secteurs édentés présentent des
Choix des dents prothétiques crêtes flottantes non opérables chirurgicalement,
lorsque le patient est atteint de la maladie de
Seuls les matériaux et les dimensions des dents Parkinson ou lorsqu’il s’agit d’un édentement inter-
prothétiques concernent l’occlusion. calaire de très faible étendue (une ou deux dents).
Prothèse adjointe partielle : occlusion, choix et montage des dents. Polymérisation des bases 11
Dents en résine
Informations et schémas complémentaires teinte sont directement influencées par ces para-
Le prothésiste doit connaître le sexe et l’âge du mètres. Des documents photographiques du patient
patient, car les caractérisations de forme et de lorsqu’il était denté sont également fort utiles.
14 R. Esclassan et al.
Figure 21 Prothèse adjointe partielle maxillaire et mandibu- Montage des dents en PAP
laire avant polymérisation, avec dents résines maquillées (docu-
ment Ivoclar) (A). Prothèses en bouche : excellente intégration
esthétique (B). Édentements antérieurs de grande
étendue29
Il doit :
• rétablir des contacts occlusaux nombreux, si-
multanés et bien répartis avec les dents de
l’arcade antagoniste ;
• assurer l’équilibre de la prothèse lors des mou-
vements excentrés de la mandibule, à vide et B
1 23
au cours de la mastication ; A
• être en harmonie du point de vue esthétique
avec le montage antérieur. Les règles du mon-
tage fonctionnel sont celles de la prothèse Figure 24 A. Différentes formes de contact entre les faces
complète : occlusales des dents résines (dents SR Postaris, Ivoclar). Il faut :
C montage des dents sur la ligne faîtière des favoriser les contacts 1 (contact travaillant), 2 (contact balan-
crêtes édentées ; çant) et 3 (contact et relation centrée) ; contrôler les espaces
libres de mouvement ; conserver les espaces libres interocclu-
C réalisation de courbes occlusales compati-
saux ; conserver l’Overjet.
bles avec le schéma occlusoprothétique re- B. Cuspides éloignées les unes des autres (en orange) et fosse de
tenu initialement. tolérance (en jaune).
Lorsque des dents persistent face à l’édente-
ment partiel, des aménagements sont souvent in-
dispensables. La correction des dents prothétiques risque de basculement et de diminuer la pression
par meulage, la réalisation de coronoplasties sous- sur les crêtes édentées.
tractives (améloplasties) ou additives (prothèse Le montage est validé cliniquement, puis la poly-
scellée) au niveau des dents naturelles permettent mérisation est réalisée avec rigueur afin de contrô-
d’adapter des surfaces occlusales antagonistes.10 ler au mieux les modifications occlusales qui pour-
Si le sourire s’étend jusqu’aux prémolaires, voire raient se produire par rétraction de la résine. Lors
aux molaires, le montage postérieur prend une de l’insertion, la précision des rapports est contrô-
dimension esthétique de première importance : lée et, si nécessaire, une équilibration est entre-
• le bord libre des cuspides vestibulaires doit prise.
s’inscrire dans la courbe du sourire déterminée Les dents SR Postaris® d’Ivoclar présentent des
par les six dents antérieures ; caractéristiques de montage intéressantes. Au ni-
• la situation des faux collets et la hauteur de veau occlusal, les cuspides sont très éloignées les
couronne clinique qu’ils déterminent doivent unes des autres et les pentes cuspidiennes forment
être en harmonie depuis les incisives jusqu’aux des espaces libres concaves (Fig. 24).
prémolaires ; Pour la cuspide travaillante, cela offre une li-
• le corridor buccal existant, lors du sourire, berté de mouvement comparable à celle obtenue
entre faces vestibulaires des dents postérieu- par la technique de la cire ajoutée.
res et angle des lèvres doit être préservé.
Dans le cas particulier des édentements mandi- Édentements antérieurs de petite étendue
bulaires uni- et bilatéraux postérieurs en exten-
sion, le montage « 3HM » d’Ackerman est recom- Ces édentements concernent une partie du groupe
mandé :8 incisivocanin.
• H : Hétéronombre. Le nombre des dents pro- Le choix de la teinte, de la forme, de la dimen-
thétiques est inférieur à celui des dents à sion et le montage des dents prothétiques sont
remplacer. La troisième molaire n’est pas rem- conduits en fonction des dents adjacentes et anta-
placée, et une prémolaire mandibulaire peut gonistes restantes.
être supprimée (classe II d’Angle) ;
• H : Hétéromorphie. Diminution des diamètres Choix de la couleur
vestibulolingual et mésiodistal ; Il est d’autant plus important que les dents prothé-
• H : Hétérotopie. La situation des dents prothé- tiques se trouvent juxtaposées aux dents naturelles
tiques n’est pas forcément conforme à celle dans une zone visible.
des dents à remplacer. Ainsi, parfois, la Le rendu de teinte est fonction de la couleur de
deuxième molaire est remplacée par une pré- base, du degré de saturation, de la luminosité et de
molaire ; la translucidité, mais aussi de la répartition de ces
• M : Médiane. Concentration des forces sur la différents paramètres au sein de la couronne den-
partie médiane de la crête. taire. Très souvent, la canine permet de définir
Ce type de montage, où les dimensions des dents plus aisément la couleur de base, les autres dents
prothétiques sont réduites, permet d’éviter tout étant moins saturées.
Prothèse adjointe partielle : occlusion, choix et montage des dents. Polymérisation des bases 17
ques non alignés ou aucun. Le guidage doit être dents naturelles) et ne sont donc pas déséquili-
assuré par au moins trois dents prothétiques non brants pour la PAP. Pour cela, le recouvrement
alignées ou bien uniquement par les dents naturel- canin ou cuspidien doit être suffisant et la courbe
les : occlusale doit être peu accentuée dans le plan
• si les contacts s’établissent sur les seules dents frontal.
restantes, ils ne sont pas déséquilibrants pour Des contacts non travaillants ne sont pas recher-
la PAP ; chés quand les contacts travaillants se répartissent
• si les contacts s’établissent à la fois sur les entre les dents restantes et les dents prothétiques.
dents restantes et les dents prothétiques, ils La recherche de contacts non travaillants est fonc-
ne sont en général pas déséquilibrants pour la tion de l’état parodontal des dents restantes gui-
PAP ; dant la diduction, et de l’importance des aménage-
• si les contacts s’établissent sur les dents pro- ments occlusaux nécessaires à l’obtention de
thétiques uniquement, selon leur répartition, contacts non travaillants.
ils peuvent être déséquilibrants. Des contacts non travaillants sont recherchés
quand les contacts travaillants existent unique-
Contacts occlusaux en propulsion ment sur les dents prothétiques ou lorsque la pro-
En propulsion, la présence de contacts postérieurs thèse antagoniste est une prothèse complète. Cela
est liée à la qualité du guide antérieur : nécessite un faible recouvrement canin, une faible
• les contacts postérieurs sont à éviter si les profondeur cuspidienne et une courbe occlusale
contacts prothétiques antérieurs ne sont pas accentuée dans le plan frontal. Ce qui prime, c’est
déséquilibrants et si les dents antéro- l’équilibre prothétique : il faut rechercher des
inférieures et antérosupérieures sont de valeur contacts non travaillants sur la prothèse, sinon
suffisante pour assurer le guidage. Il faut donc l’instabilité prothétique provoque une traction sur
un recouvrement incisif suffisant et une courbe les dents restantes par l’intermédiaire des cro-
occlusale peu accentuée dans le plan sagittal ; chets.
• les contacts postérieurs sont à rechercher si
les contacts prothétiques antérieurs sont désé- Concepts occlusaux et prothèse composite
quilibrants ou si les dents antérieures sont En PAP, les coronoplasties occlusales des dents
absentes ou de faible valeur parodontale. Pour restantes permettent d’établir un schéma occlusal
cela, un faible recouvrement incisif est néces- favorable à l’équilibre de la prothèse.
saire, associé à une accentuation de la courbe En prothèse composite, la réalisation d’éléments
occlusale dans le plan sagittal pour obtenir des fixés dont la morphologie occlusale répond parfai-
contacts postérieurs. tement au schéma occlusoprothétique retenu
contribue à améliorer l’équilibre de la prothèse
Contacts occlusaux en diduction
amovible. Pour un résultat optimal et pour que les
Lors de la diduction, la présence de contacts non
relations clinique-laboratoire soient efficaces, le
travaillants est directement dépendante de la si-
projet prothétique global doit être matérialisé
tuation et de la qualité des contacts du côté tra-
d’emblée grâce aux moulages d’étude mis en arti-
vaillant.
culateur et à un montage directeur global.
Contacts du côté travaillant Pour atteindre cet objectif, à chaque étape pro-
Si la valeur parodontale des canine est bonne ou s’il thétique il faut transférer le montage directeur sur
existe une attelle ou un bridge intéressant la ca- le moulage de travail concerné. Ce transfert peut
nine, une fonction canine est recherchée. se faire en utilisant la technique du montage direc-
Si les canines sont déficientes, il faut établir une teur polymérisé ou en adaptant le montage direc-
fonction de groupe : teur initial sur les moulages de travail successifs,
• soit sur les dents naturelles ; après enregistrement des rapports interarcades à
• soit à la fois sur les dents naturelles et prothé- l’aide d’une maquette d’occlusion stabilisée.
tiques ;
• soit, dans certains cas extrêmes, uniquement Apports de la prothèse composite au schéma
sur les dents prothétiques. occlusal 3
– Restauration d’un guidage antérieur en propulsion
Contact du côté non travaillant et en diduction : la prothèse composite, grâce à la
Des contacts non travaillants sont évités quand les restauration des faces palatines et des faces occlu-
contacts travaillants s’effectuent sur les dents na- sales des dents restantes, facilite l’élaboration du
turelles (fonction canine ou fonction de groupe des concept occlusoprothétique choisi.
Prothèse adjointe partielle : occlusion, choix et montage des dents. Polymérisation des bases 19
Ce sont surtout :
• propriétés mécaniques, physiques et chimi- C absence d’adhérence des aliments ou
ques : d’autres éléments introduits en bouche afin
C résistance, élasticité et résistance à l’abra- de faciliter l’entretien de la prothèse ;
sion dans des conditions de port normales ; • qualités esthétiques :
C stabilité dimensionnelle et en bouche ; C aspect final du matériau suffisamment trans-
C densité basse et conductivité thermique éle- lucide, de manière à reproduire fidèlement
vée ; la gencive avec possibilité de le teinter ou
• absence d’interférences avec le milieu buccal d’inclure des colorations ;
C insolubilité dans la salive ou les liquides ingé- C stabilité des couleurs et de l’apparence du
rés ; matériau après finition et une fois en bou-
C température de ramollissement supérieure à che ;
celle des corps chauds introduits en bouche ; C grande qualité de transparence : un échan-
C imperméabilité aux fluides buccaux afin de tillon de 3 mm d’épaisseur transmet environ
rester saine et de ne générer ni goût, ni 90 % de la lumière incidente ;
odeur désagréables ; • facilité de réparation :
C absence de goût, d’odeur, de toxicité et C réparation facile et durable en cas de frac-
d’effet irritant ; ture à l’aide d’un matériel simple.
20 R. Esclassan et al.
que, photochimique) d’un composé qui donne des radiations solaires (photodégradation), l’élévation
radicaux libres. La phase d’initiation correspond à de température, les constituants salivaires, les mo-
l’activation du monomère par les radicaux libres difications du pH (peroxydes alcalins des produits
ainsi formés ; d’entretien). Monsenego30 a montré de manière
– propagation. Cette phase correspond à l’addi- expérimentale que des PAP en résine anciennes
tion successive des unités de monomère sur la sont plus perméables que des prothèses récentes.
partie active de la chaîne moléculaire de crois-
sance ;
– terminaison. Cette phase correspond à la dispa-
Finition
rition des centres actifs de la chaîne macromolécu- Après la mise en moufle et la polymérisation, la
laire. finition est une étape à ne pas négliger. L’état de
surface des prothèses et leur aspect doivent donner
Les 5 phases de la formation de la pâte résine22 une illusion de naturel. Il faut trouver un équilibre
Le mélange passe classiquement par plusieurs pha- entre d’une part le rendu esthétique des muqueu-
ses qu’il faut impérativement reconnaître : ses, et d’autre part la facilité de nettoyage et
• sédimentation du polymère dans le mono- d’entretien par le patient.
mère : le mélange présente un aspect sableux ; La finition des cires, la cuisson et le
• phase liquide de dissolution (ou liquide) : le grattage/polissage de la résine doivent être réali-
monomère diffuse dans le polymère ; le mé- sés avec autant d’attention qu’en prothèse ad-
lange présente un aspect mousseux ; jointe complète.23
• phase chimique d’attaque (ou collante : la
masse devient collante, il se forme des fils si on Aspect de surface
l’étire ;
• phase plastique : les particules de poudre sont Impératif de prophylaxie
toutes dissoutes. La masse devient plastique, Seules les parties visibles de la PAP (lors du sourire
ne colle pas au pot, ni aux mains. C’est la phase et des fonctions) sont sculptées afin d’avoir une
d’utilisation, la consistance est idéale pour le illusion de naturel. Pour les parties postérieures
bourrage ; non visibles, l’objectif est de permettre une hy-
• phase élastique (ou évaporation) : le mono- giène efficace, grâce à un état de surface le plus
mère finit par disparaître par pénétration dans souvent convexe et lisse afin d’éviter tout dépôt de
le polymère. Le mélange devient élastique et plaque dentaire.
poreux ; il ne peut plus être moulé.
Traitement de l’état de surface
Dégradation des polymères Le polissage de la prothèse doit être rigoureux afin
Plusieurs types de réaction peuvent conduire à une de limiter le dépôt de tartre et de plaque bacté-
modification de la structure initiale des polymères, rienne.
libérant des composés qui peuvent remettre en Les surfaces prothétiques doivent également fa-
cause la biocompatibilité des résines acryliques. Le ciliter la mise en place des prothèses et n’occasion-
monomère résiduel entraîne des réactions allergi- ner aucune blessure. L’intrados ne comporte donc
ques. pas de partie saillante ou d’anfractuosités. Il doit
être poli à l’aide d’une fraise douce (caoutchouc ou
Vieillissement physique silicone). Les bords sont arrondis (environ 2 mm)
Il correspond à tout phénomène d’évolution irré- afin d’éviter des blessures muqueuses sous l’effet
versible du matériau non induit par une modifica- de tassement des prothèses (Fig. 28).
tion chimique des macromolécules. Il est lié à la
disparition des plastifiants, à l’absorption des sol- Choix des instruments de polissage (Fig. 29)
vants, aux contraintes mécaniques. Burdairon11
souligne que ce type de vieillissement est plus Grattage
fréquent que le vieillissement chimique. Les instruments rotatifs pour le surfaçage et le
grattage des prothèses en résine suivent l’évolution
Vieillissement chimique des pièces à main. Leurs performances de coupe,
Il regroupe des mécanismes entraînant une altéra- associées à une bonne manipulation du micromo-
tion des macromolécules par coupure des chaînes, teur, en font des outils très efficaces.
par réticulation de chaînes initialement linéaires, Le résultat obtenu avec un instrument rotatif
par réaction au niveau des groupes latéraux. Les varie selon la dureté de la résine choisie (sèche ou
facteurs de ce type de vieillissement sont : les grasse) et selon la vitesse de rotation.
22 R. Esclassan et al.
Ponçage et polissage
Le choix des brosses à polir s’effectue suivant les Figure 30 Prothèses adjointe partielle (PAP) maxillaire et pro-
mêmes critères que les instruments rotatifs. La thèse adjointe complète (PAC) mandibulaire polymérisées et
résine a évolué, et présente une dureté à l’abrasion polies, avant la mise en bouche (A, B). PAP et PAC en bouche :
parfois supérieure à celle des dents du commerce : noter la bonne correspondance des contacts occlusaux.
il faut faire attention à ne pas diminuer les faces
occlusales précédemment réglées après équilibra- jours, le traitement par PAP a évolué : le praticien
tion, avec un polissage trop « agressif ». ne se contente pas de remplacer les dents absen-
L’objectif final est d’obtenir une prothèse bio- tes. Il cherche à rétablir la fonction et l’esthétique
fonctionnelle tout en limitant le dépôt de plaque tout en préservant les dents restantes dans un
dentaire grâce à un polissage appliqué. Cette étape environnement parodontal sain.4
est d’autant plus aisée que l’on aura correctement Pour atteindre ces objectifs, un abord pluridisci-
traité le relief alvéoloprothétique, dès l’étape de plinaire et des connaissances dans le domaine de
sculpture de la cire et de grattage (Fig. 30). l’occlusion sont nécessaires. L’occlusion prend une
grande importance en PAP, car l’harmonie des
Conclusion contacts dentaires est primordiale dans le maintien
de l’équilibre physiologique et anatomique de l’ap-
La conception d’une PAP est un acte thérapeutique pareil manducateur tant sur le plan statique que
global et non « une prouesse technique ».23 De nos dynamique.
Selon Schittly,38 cinq conditions doivent impéra-
tivement être réunies afin de tendre vers un « suc-
cès » prothétique en PAP :
• être en présence de tissus sains ;
• exploiter les propriétés des prothèses transi-
toires ;
• maîtriser les différentes techniques de prise
d’empreinte ;
• maîtriser les problèmes liés à l’enregistrement
de l’occlusion ;
Figure 29 Instruments utilisés pour la finition (grattage/ • adapter la conception prothétique aux exigen-
polissage) des prothèses adjointes en résine. ces d’équilibres prothétique et tissulaire.
Prothèse adjointe partielle : occlusion, choix et montage des dents. Polymérisation des bases 23
Le choix et le montage des dents ne doivent pas 4. Begin M, Mollot P. Édentement bi-maxillaire de classe I et
se faire de façon aléatoire, et doivent prendre en prothèse composite. Proposition de plan de traitement.
Cah Prothèse 1991;76:74–82.
compte les exigences esthétiques du patient et la
5. Benbelaïd M, Postaire M. Indices faciaux et choix de la
recherche du naturel, garantes d’une bonne inté- dimension des dents antérieures en prothèse adjointe
gration. Les matériaux, associés au sens clinique du complète. Cah Prothèse 1995;89:45–54.
praticien et au savoir-faire du prothésiste, permet- 6. Bergman B, Hugoson A, Olsson CO. Caries, periodontal and
tent aujourd’hui d’obtenir de très bons résultats prosthetic findings in patients with removable partial den-
tant esthétiques que fonctionnels dans le domaine tures. A 10-year longitudinal study. J Prosthet Dent 1982;
48:506–514.
de la PAP.
7. Berteretche MV, Ciers JY, Hüe O. Vieillissement des dents
En dépit du caractère amovible de ces prothèses naturelles et maquillage des dents en prothèse amovible.
et des contraintes engendrées, Vanzeveren44 a 1re partie: les dents résines. Strat Prothét 2000;2:271–283.
montré dans une étude récente que les PAP res- 8. Borel JC, Schittly J, Exbrayat J. Manuel de prothèse amov-
taient des restaurations prothétiques fiables dans ible. Paris: Masson; 1994.
le temps. Des études longitudinales ont également 9. Brocard D. Relation centrée. Occlusodontie pratique.
Paris: CdP; 2000. p.213.
montré que les patients ayant une PAP bien conçue
10. Buch D, Batarec E. Abrégé de prothèse partielle adjointe.
en sont satisfaits.6,31
Paris: Masson; 1989 195p.
Les études sur la durée de vie des PAP ne sont pas 11. Burdairon G. Abrégé de biomatériaux dentaires. Paris:
fréquentes, et sont généralement réalisées avec Masson; 1990. p. 247–265.
des patients bien contrôlés, dans des unités de 12. Carlier F, Schittly J. Le plan de référence occlusal en
formation et de recherche (UFR) dentaires ou par prothèse partielle amovible. Inf Dent 1992;8:555–564.
des équipes spécialisées.44 La durée de vie 13. Catarina A. Traitement de l’édentement partiel par pro-
moyenne d’une PAP dans ces conditions est de 8-10 thèse composite: les différentes étapes de réalisation
[thèse pour le diplôme d’État de docteur en chirurgie
ans, avec des visites de contrôles régulières et une dentaire]. 2003.
bonne maintenance.34 14. Cheylan JM, Buch D. Couronnes fraisées. Principes de
Bien évidemment, aujourd’hui l’implantologie conception. Cah Prothèse 2002;119:59–65.
doit être indiquée en première intention lorsque les 15. Dawson P. L’occlusion clinique. Évaluation, diagnostic,
conditions générales et locales le permettent. traitement. Paris: CdP; 1991.
Néanmoins, elle présente aussi ses limites (coût, 16. Derrien G, Jardel V. Prothèse amovible partielle et réta-
blissement de la fonction occlusale. Cah Prothèse 2002;
durée du traitement...). La PAP reste donc un
120:81–90.
traitement d’actualité.19,43 17. Descamp F. Analyse occlusale et simulation du projet
prothétique sur articulateur. Cah Prothèse 2002;120:
53–65.
Remerciements 18. Dupas PH. Les articulateurs semi-adaptables. Comment ?
pourquoi ? quand ? Guide clinique. Paris: CdP; 1996 118p.
19. Esclassan R, Champion J, Esclassan-Noirrit E, Guyonnet JJ.
Nous tenons à remercier la société Ivoclar pour
Plan de traitement en prothèse partielle amovible. Encycl
sa collaboration à cet article, et tout particulière- Méd Chir 2003:10p (Elsevier SAS, Paris). Odontologie,
ment Catherine Nardari pour nous avoir transmis de 23-310-E-10.
nombreux documents iconographiques ainsi que 20. Escure S. Enregistrement de l’occlusion en prothèse amo-
pour sa compétence. vible. Cah ADF 2000;8:25–35.
Nous remercions monsieur le Docteur Marcel 21. Ferrari JL. Rationalisation de la réalisation des prothèses
composites. Cah Prothèse 1991;74:72–82.
Blandin (MCU-PH) pour ses précieux conseils, ainsi
22. Ferrary B. De la bonne utilisation des résines au labora-
que pour son iconographie. toire. Prothèse Dent 1999;153/154:17–18.
Nous remercions enfin pour leur fidélité, le labo- 23. Fromentin O, Pretto P, Ogolnick R. Réflexions sur la con-
ratoire Atelier Dentaire à Toulouse et monsieur ception des prothèses partielles amovibles. Art Tech Dent
Jean-Michel Garcia, prothésiste à Toulouse ainsi 1998;9:177–182.
qu’Alexis Gaudin, interne à Toulouse pour leur par- 24. Frush J, Fisher R. Dentogenics. J Prosthet Dent 1958;8:
ticipation. 558–581.
25. Grimonster J, Vanzeveren Ch, Simon JF, Honorez P. Pro-
thèse amovible partielle: occlusion, choix et montage des
dents, polymérisation des bases. Encycl Méd Chir 1991:7p
Références (Elsevier SAS, Paris). Odontologie. 23-310-F10.
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EMC-Dentisterie 1 (2004) 25–39
www.elsevier.com/locate/emcden
MOTS CLÉS Résumé En présence de poches parodontales résiduelles, la réévaluation qui suit la
Poches parodontales ; thérapeutique initiale va déterminer l’attitude du praticien. En fonction de la motivation
Chirurgie
du patient, du plan de traitement global et de la morphologie des lésions, plusieurs
parodontale ;
Débridement ;
attitudes chirurgicales peuvent être définies. Si le débridement ou l’assainissement
Ostéoectomie ; demeurent les techniques les plus employées, la chirurgie résectrice conserve néanmoins
Ostéoplastie ; ses indications. Pour les lésions osseuses, la régénération – même partielle – des tissus
Régénération détruits reste l’objectif que l’on peut atteindre par le développement de la chirurgie
régénératrice.
© 2003 Elsevier SAS. Tous droits réservés.
KEYWORDS Abstract The reevaluation which follows initial therapy will determine the clinical
Periodontal pockets; attitude of the medical practitioner in case of residual periodontal pockets. According to
Periodontal surgery; the patient’s motivation, the global treatment planning and the lesion morphology,
Debridement;
several surgical procedures can be performed. If the debridement or the stabilization are
Osteoectomy;
Osteoplasty; usually planed, the resective surgery keeps always its indications. For intrabony lesions,
Regeneration the regeneration - even if it leads to partial results - remains the final goal that we can
achieve by various regenerative procedures.
© 2003 Elsevier SAS. Tous droits réservés.
En présence d’une lésion supraosseuse – concer- Dans le lambeau de Widman modifié, l’incision
nant donc les seuls tissus mous – le choix est celui primaire à biseau interne est festonnée, située à
d’un lambeau non déplacé (lambeau de Kirkland ou 0,5-1 mm du rebord gingival (cette première inci-
lambeau de Widman modifié) ou déplacé apicale- sion peut être même intrasulculaire si les poches
ment. sont inférieures à 2 mm ou si les critères esthéti-
En présence d’une lésion intraosseuse, les choix ques sont déterminants). Cette incision rejoint la
se font entre l’assainissement de ce défaut (en crête osseuse.
espérant une certaine réparation de celui-ci par À ce stade, un lambeau mucopériosté est ré-
remplissage osseux) ou bien l’élimination de ce cliné, donnant accès au rebord osseux qu’on expose
défaut par ostéoectomie–ostéoplastie) ou enfin la à minima. L’incision secondaire est intrasulculaire
régénération par l’application d’une technique pour atteindre le fond de la poche. Les mêmes
adaptée. Les lambeaux sont alors soit déplacés principes sont appliqués pour les incisions palatines
apicalement en cas de résection osseuse soit visent ou linguales.
à préserver la totalité des tissus en cas de techni- Une troisième incision, perpendiculaire aux deux
que régénératrice (lambeau esthétique d’accès ou premières, permet la section des fibres résiduelles
de préservation papillaire). et l’éviction d’une collerette gingivale qui contient
En fonction du type de lésion (défaut supra- l’épithélium de poche et le conjonctif infiltré
osseux ou intraosseux), de la quantité de tissu (Fig. 1).
kératinisé et de nos objectifs thérapeutiques, les En pratique, ces trois incisions sont rarement
lambeaux sont d’épaisseur totale (lambeaux muco- réalisées, mais le clinicien garde à l’esprit les prin-
périostés), d’épaisseur partielle ou encore associa- cipes de conservation tissulaire et de respect du
tion de ces deux techniques quand on souhaite système d’attache résiduel. En fait, en présence
avoir un accès osseux et repositionner les lambeaux d’un tissu peu inflammatoire et fibreux, l’éviction
soit coronairement, soit apicalement. gingivale est minimale (incisions à 1 mm du rebord
gingival ou encore intrasulculaires) surtout si les
Chirurgie d’accès sites concernés sont antérieurs. En revanche, sur
les sites postérieurs, l’économie tissulaire est
Dans la plupart des cas, le clinicien utilise une moindre surtout si le but recherché est la réduction
technique « classique » donnant accès aux lésions à maximale des poches existantes. La section des
traiter et la modifie si des particularités anatomi- tissus interproximaux est faite à l’aide d’un bistouri
ques (profondeur des poches, quantité de tissu d’Orban ou de Buck pour éviter leur dilacération.
kératinisé et morphologie osseuse par exemple) ou On veille également à festonner le plus possible les
des options thérapeutiques l’exigent. Nous décri- incisions au niveau interdentaire de façon à inclure
rons donc cette chirurgie « d’accès » appelée en- le maximum de tissu papillaire dans les lambeaux.
core « lambeau–curetage, d’assainissement ou de
débridement ».
1 2
La situation la plus courante consiste à élever un
lambeau d’épaisseur totale et à le repositionner
dans sa situation initiale. Parmi les nombreuses
techniques proposées, les plus utilisées semblent
associer celle du lambeau de Kirkland37 et du lam-
beau de Widman modifié publié par Ramfjord et
Nissle en 1974.59 Dans leur conception, ces chirur-
gies étaient déjà conservatrices en éliminant peu 3
de tissu gingival et en respectant le système d’atta-
che existant à la base de la poche.
Pour Kirkland,37 une incision unique intrasulcu-
laire et festonnée permet l’accès aux surfaces radi-
culaires. Après réclinement du lambeau et débride-
ment, les lambeaux sont suturés dans leur position
initiale. Aucune éviction de gencive marginale
n’ayant été réalisée, l’épithélium de la poche n’est A B
donc pas éliminé et les réductions de poches sont
Figure 1 Les trois incisions du lambeau de Widman modifié.
donc minimes. Cette technique peut encore trou- A. Première incision à distance du rebord gingival (1 mm).
ver ses indications sur les secteurs esthétiques où B. Deuxième incision intrasulculaire et troisième incision ortho-
ce compromis peut être adopté. gonale pour sectionner le tissu gingival.
28 F. Louise et al.
Figure 5 Chirurgie d’accès (de 13 à 23) sur une patiente atteinte d’une parodontite agressive. A. Réévaluation après thérapeutique
initiale : sondage > 6 mm. B. Radiographie 11-21-22-23. C. Lambeau de pleine épaisseur avec incision intrasulculaire. D. Sutures
discontinues. E. Cicatrisation à 1 an : aspect assaini des tissus mais la récession est patente (de 1 à 2 mm) (Dr F. Étienne).
Figure 6 Correction d’un balcon osseux par ostéoectomie-ostéoplastie (site 24-25). A. Exposition du balcon par un lambeau de pleine
épaisseur. B. Remodelage par ostéoectomie (fraise boule à lames sous irrigation pour redonner une architecture déflectrice plus
harmonieuse (docteur A. Santini).
La profondeur des poches parodontales et la rette gingivale est éliminée à l’aide d’une curette,
hauteur de gencive kératinisée et attachée, appré- et l’accès aux surfaces radiculaires est alors créé.
ciées par le sondage, permettent de déterminer la Des sutures en point simple permettent de réappli-
technique appropriée et de présager des résultats quer les tissus gingivaux sur les tissus dentaires. La
postopératoires. cicatrisation de première intention offre un confort
Le choix d’une chirurgie résectrice dans le sec- postopératoire et les mesures d’hygiène peuvent
teur antérieur doit dépendre de la position de la reprendre rapidement. L’intervention est simple,
ligne du sourire afin d’éviter un préjudice esthéti- rapide et sans douleur. Quelle que soit la technique
que.9,77 utilisée, une fois les surfaces radiculaires exposées,
un surfaçage radiculaire soigneux est réalisé. Une
Chirurgie résectrice des tissus mous épaisseur trop importante de tissu peut être ré-
– Gingivectomie-gingivoplastie. duite par une gingivoplastie qui améliore le contour
La gingivectomie peut être utilisée lorsque la gingival. Après une GBE, les cellules épithéliales
gencive kératinisée est en quantité importante migrent sur la plaie cruantée de 0,5 mm par jour en
(plus de 3 mm).60 La gingivectomie à la lame 15 est direction coronaire. La cicatrisation de la plaie se
la technique la plus employée car les gingivecto- fait en 7 à 14 jours. La GBI cicatrise par un épithé-
mies au bistouri électrique (électrotomie) et au
laser occasionnent une altération des tissus et un
retard de cicatrisation. La gingivectomie peut être
à biseau interne (GBI) ou à biseau externe (GBE)
(Fig. 7) La GBE consiste en un marquage des poches
réalisé à l’aide d’une précelle de Crane-Kaplan ; les
points sanglants, qui indiquent le fond des poches,
dessinent le tracé d’incision. L’incision est conti-
nue en direction coronaire avec un angle de 45° par
rapport à l’axe de la dent. Les bistouris d’Orban ou
de Buck peuvent faciliter l’excision des tissus inter-
dentaires. Le surfaçage peut alors être réalisé à
« ciel ouvert ». Un pansement parodontal de type
Coe-Pack® est souvent indiqué pour protéger la A B
zone cruantée. La cicatrisation de seconde inten-
tion génère des douleurs postopératoires et une Figure 7 Incisions de gingivectomies. A. Gingivectomie à biseau
externe : la lame sectionne le tissu gingival pour rejoindre le
hémostase souvent difficile à contrôler. Ces incon-
fond de la poche avec une angulation voisine de 45°. B. Gingi-
vénients font que les praticiens préfèrent la GBI. Le vectomie à biseau interne : incision à distance du rebord gingival
tracé d’incision de la GBI est festonné en biseau réalisée selon le grand axe de la dent. L’économie tissulaire est
interne jusqu’au contact des tissus durs. Une colle- évidente.
32 F. Louise et al.
À retenir
La GBE est indiquée en présence de pseudo-poches et s’il existe une quantité suffisante de gencive
kératinisée.
La GBI est indiquée seule ou associée à un lambeau pour réduire la quantité de tissus mous.
Quelle que soit la technique, lorsque le sourire est gingival, les considérations esthétiques doivent
être prises en compte.
lium jonctionnel long qui migre le long de la surface L’ostéoplastie permet une harmonisation des
radiculaire en direction apicale. La cicatrisation contours (irrégularités, épaisseur) en restant éco-
complète intervient en 4 à 5 semaines.26,77 nome de tissu osseux.46
– Lambeau positionné apicalement (LPA). La quantité d’os à éliminer ne peut être décidée
L’objectif du LPA est de repositionner la totalité que pendant l’intervention après l’élévation du
de la gencive kératinisée dans une situation plus lambeau et l’élimination du tissu granulomateux,
apicale. Il est indiqué lorsque la hauteur de gencive lorsque l’on a un accès visuel de l’os et des défauts.
kératinisée est égale ou inférieure à 3 mm et lors- La réalisation de la chirurgie osseuse résectrice
que les poches parodontales sont peu profondes.77 se fait à l’aide de fraises boules à lames, en carbure
L’intervention comporte trois incisions : une in- de tungstène, à vitesse lente et sous irrigation.
cision intrasulculaire festonnée et deux incisions de Autour des surfaces radiculaires, le remodelage
décharge verticales. Le lambeau est décollé en osseux peut être amélioré grâce aux ciseaux à os
épaisseur totale jusqu’au rebord osseux crestal puis d’Oschenbein. L’architecture osseuse doit refléter
disséqué en épaisseur partielle afin de permettre le
l’architecture gingivale souhaitée.24
repositionnement apical au moyen de sutures pé-
L’os éliminé peut être conservé à l’aide d’un
riostées de type matelassier vertical. La distance
récupérateur d’os de type OCT® (osseous coagulum
entre le bord libre gingival et l’os crestal doit être
trap) ou Bone-Trap® afin de combiner cette chirur-
d’environ 3 mm dans le dessein de restaurer un
gie résectrice à une chirurgie régénératrice en
espace biologique.24,39,61 Les décharges sont sutu-
rées par des points simples. Le LPA cicatrise par comblant un défaut avec cet os autogène.
deuxième intention au niveau interproximal du fait Une résorption osseuse de 0,2 à 1 mm, indépen-
du repositionnement apical. Histologiquement, on dante de la quantité d’os éliminé, est observée.
retrouve un long épithélium de jonction. Le décol- Plus l’os est fin, plus la résorption est importante.
lement du lambeau exposant l’os alvéolaire en- Elle a pour cause une nécrose superficielle pendant
traîne une légère résorption osseuse suivie d’une 2 à 3 semaines suivie d’une phase d’apposition
réparation. Une controverse existe quant à la posi- osseuse à 4 semaines.14,46
tion du bord libre gingival après complète cicatri-
sation. Bragger et al., en 1992,12 décrivent une Chirurgie résectrice des tissus mous et des tissus
migration coronaire ou «creeping » de la gencive durs
alors que Kois, en 1994 38, décrit une migration
Le tracé de la GBI dépend de la profondeur des
apicale de cette gencive. Un déplacement de la
poches mais également de la présence de lésions
gencive est observé mais la position des tissus mous
après cicatrisation diffère très peu de celle du osseuses. La GBI permet de réaliser les lambeaux
lambeau au moment des sutures si la distance bord d’accès sur ces lésions osseuses avec une perte plus
libre gingival-rebord crestal de 3 mm a été respec- ou moins significative de tissu kératinisé. Le LPA est
tée. Le niveau d’attache clinique est stable à un lambeau d’accès repositionné apicalement qui
6 mois postopératoires.14,24,26 permet de traiter les défauts intra-osseux en
Du fait du déplacement apical du lambeau, le conservant le tissu kératinisé.
LPA ne peut être réalisé en palatin mais dans cette En présence de lésions osseuses et dans le cas de
zone, la gencive étant entièrement kératinisée, poches parodontales profondes, le LPA peut être
l’indication ne se pose pas. associé à une GBI. L’incision se fait plus ou moins à
distance du rebord gingival en fonction de la pro-
Chirurgie résectrice des tissus durs fondeur des poches et des sites considérés si un
La chirurgie résectrice des tissus durs comprend compromis doit être trouvé dans les secteurs esthé-
l’ostéoectomie et l’ostéoplastie. L’ostéoectomie tiques.10 L’ostéoplastie combinée à un LPA permet
permet un remodelage des procès alvéolaires en une meilleure adaptation des lambeaux mucopé-
éliminant de l’os de soutien contrairement à l’os- riostés au moment des sutures, l’objectif étant de
téoplastie qui ne nécessite pas l’élimination de l’os reproduire une anatomie osseuse idéale en situant
de soutien.27 les tissus gingivaux plus apicalement.14,46,54
Traitements chirurgicaux des poches parodontales 33
La chirurgie résectrice, dans le traitement de la pourront être traitées par ces thérapeutiques en
maladie parodontale, est une procédure chirurgi- sachant que la prévisibilité des résultats est fonc-
cale ancienne qui a pour objectifs : tion des caractéristiques de la lésion. Un défaut
• de supprimer la poche parodontale ; intraosseux étroit, profond à trois parois (ou com-
• de créer une architecture gingivale harmo- biné deux-trois parois) offre un pronostic favora-
nieuse et un contour physiologique de la gen- ble. De plus, il est nécessaire de corréler ces don-
cive dans une situation plus apicale ; nées à d’autres facteurs tels que le rapport
• d’établir une situation clinique stable en faci- couronne-racine, l’état pulpaire (en présence
litant le contrôle de plaque. d’une lésion endoparodontale, il faut réaliser préa-
La chirurgie résectrice perturbe la flore micro- lablement le traitement endodontique) l’environ-
bienne en modifiant l’environnement et la compo- nement osseux des dents adjacentes ou encore la
sition du biofilm sous-gingival. Elle permet ainsi de situation stratégique de cette dent si la lésion est
réduire de façon efficace et fiable à long terme la peu favorable à l’application d’une technique régé-
poche parodontale à condition que la maintenance nératrice.
soit respectée.46
Pour les lésions interradiculaires, c’est essentiel-
Les techniques de chirurgie résectrice sont la
lement les classes II mandibulaires qui offrent un
gingivectomie ou le lambeau positionné apicale-
pronostic raisonnable de régénération.
ment associés ou non à une résection osseuse.
Le traitement de la maladie parodontale par la
Techniques et résultats
chirurgie osseuse résectrice diminue le support pa-
rodontal des dents, crée des sensibilités dentinai-
res et génère souvent un préjudice esthétique. De Greffes osseuses
ce fait, les indications de la chirurgie résectrice Matériaux : un matériau de comblement doit être
sont limitées à des défauts osseux peu profonds. biocompatible, ostéogénique (ostéoconducteur
Les défauts osseux supérieurs à 3 mm sont traités et/ou ostéo-inducteur) résorbable, et être disponi-
par des thérapeutiques régénératrices si leur mor- ble en quantité suffisante. De plus, il doit pouvoir
phologie le permet. se manipuler aisément. Parmi les matériaux utilisa-
Chirurgie régénératrice
Indications
Les techniques régénératrices ne s’adressent
C
qu’aux lésions intraosseuses angulaires ou circonfé-
rentielles égales ou supérieures à 3 mm. Indépen-
damment de la profondeur et de la largeur de la
lésion, le nombre de parois osseuses résiduelles D
ainsi que leur morphologie et leur situation vont
Figure 8 Morphologie des lésions intraosseuses. A. Lésion à deux
être déterminantes pour l’application de ces tech-
parois en mésial d’une 21. Les parois vestibulaire et mésiale sont
niques. détruites. B. Lésion à une paroi peu favorable à une régénéra-
Les lésions intraosseuses à une, deux ou trois tion. C. Lésion à deux parois. D. Lésion à trois parois très
parois (Fig. 8) ainsi que les lésions interradiculaires favorable.
34 F. Louise et al.
bles, on distingue les matériaux osseux et non encore avec un filtre à os monté sur la canule
osseux (alloplastiques). d’aspiration. Toutes ces techniques sont efficaces,
– Autogreffes. la commercialisation de filtres (Praxis®, Astra® ou
Extraorales. Introduites par Schallhorn et Hiatt OCT®) a rendu la technique plus fiable en amélio-
en 197066 à partir de moelle de crête iliaque, elles rant la quantité d’os prélevé.
sont ostéo-inductrices mais peuvent entraîner des – Allogreffes (Fig. 9).
résorptions radiculaires ou des ankyloses même Il s’agit d’os d’origine humaine. Ce matériau est
après congélation du matériau. Ces complications, distribué par des banques d’os qui prélèvent sur un
ajoutées au geste chirurgical du prélèvement, ont donneur sélectionné et selon des conditions stériles
fait abandonner cette technique en chirurgie paro- dans les 24 heures qui suivent le décès. En dépit du
dontale. traitement rigoureux de cet os, il ne faut pas
Ces autogreffes intraorales seraient les maté- oublier qu’il pourrait exister un risque potentiel de
riaux de choix pour le traitement des lésions in- contamination même si, à ce jour, aucune preuve
traosseuses. Pour certains auteurs11,25 elles se- de transmission virale n’a été signalée en dépit
raient à l’origine d’une véritable régénération du d’une large utilisation de ce matériau.2
parodonte, avec néoformation osseuse et présence À l’heure actuelle, le risque de transmission
d’une nouvelle attache. L’obligation d’un d’agents non conventionnels (Creutzfeldt-Jakob)
deuxième site chirurgical et la faible quantité d’os ne peut pas être totalement écarté3.
disponible sont les inconvénients de cette techni- Ces allogreffes sont constituées d’os lyophilisé,
que. Les sites donneurs sont nombreux (crêtes congelé et déminéralisé (demineralized freeze
édentées, tubérosités, symphyse mentonnière, si- dried bone allograft ou DFDBA) ou non déminéralisé
tes d’extraction récents – 8 à 12 semaines –, ramus, (freeze dried bone allograft ou FDBA). Ces maté-
exostoses) et sont choisis en fonction du cas clini- riaux seraient, selon Mellonig,48 biocompatibles et
que, de la qualité et de la quantité d’os nécessaire. résorbables. Pour certains auteurs,11 l’emploi du
Les protocoles de prélèvement varient du « coa- DFDBA permet une régénération importante des
gulum osseux », récupéré avec une fraise boule, au lésions de par ses propriétés ostéo-inductrices,
«bone-blend » prélevé à l’aide d’un trépan ou pour d’autres,6 le pouvoir ostéo-inducteur de ces
Figure 9 Allogreffe osseuse (DFDBA) site 21. A. Lésion ciconférentielle en mésio-palato-distal en cours de débridement. B. Mise en
place de la greffe osseuse sans surcomblement. C. Situation clinique à 2 ans. D. Radiographie de départ (gauche) et contrôle à 2 ans
(droite).
Traitements chirurgicaux des poches parodontales 35
matériaux est faible. Il est probable que la variabi- Les incisions de décharge (non impératives si les
lité des résultats peut être expliquée par la nature incisions initiales donnent un accès suffisant au
de l’allogreffe utilisée.68 site) sont biseautées. Le débridement de la lésion
– Xénogreffes. est méticuleux et il est suivi du surfaçage des
Essentiellement d’origine bovine, elles sont racines concernées. La mise en place de la greffe
constituées d’une trame minérale osseuse dépro- osseuse se fait graduellement à l’aide de fouloirs
téinée par un traitement à l’ammoniaque et une jusqu’au remplissage de la lésion sans réaliser de
cuisson entre 250 °C et 600 °C. Une étude de Wenz surcomblement qui pourrait entraîner une mau-
et al.80 analyse les risques de transmission de vaise coaptation des berges des lambeaux lors de la
l’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB) par les fermeture du site, ce qui retarderait la cicatrisa-
greffes osseuses d’origine bovine, et confirme la tion et entraînerait une fuite du matériau. Les
sécurité du matériau notamment par l’absence de sutures seront les plus hermétiques possibles
protéines dans le Bio-Oss® et par le pouvoir d’inac- (points de matelassier) afin d’éviter toute exposi-
tivation des prions éventuels lors du traitement tion du matériau et tenter une cicatrisation par
alcalin. première intention. Les soins postopératoires com-
Le Bio-Oss® est commercialisé sous trois formes : prennent une antibiothérapie (6 jours) et des bains
cortical, spongieux et spongieux associé à du colla- de bouche à la chlorhexidine (0,12 %). Après dépose
gène. Ces matériaux sont très proches de l’os spon- des sutures, une reprise progressive de l’hygiène
gieux humain.73 Ils possèdent une excellente est instaurée.
conductivité et se résorbent lentement.15,68 Ces
matériaux peuvent être utilisés en remplacement Régénération tissulaire guidée (RTG)
des allogreffes et/ou pour pallier le manque de Les travaux de Melcher47 puis de Nyman55 sont à la
disponibilité d’os autogène intraoral. Les résultats base du concept de la RTG.32 Le principe consiste à
cliniques sont encourageants et les études histolo- promouvoir les cellules desmodontales et osseuses
giques chez l’homme15,49,53 ont montré un certain lors de la cicatrisation en retardant la migration des
degré de régénération sur des lésions intraosseuses. cellules épithéliales et conjonctives au moyen
– Greffes alloplastiques. d’une membrane (Fig. 10).
Ce sont pour la plupart des matériaux synthéti- Des études cliniques5,7,18,32 et histologiques13
ques ou organiques utilisés pour pallier aux incon- ont montré qu’une régénération parodontale était
vénients des autres matériaux d’origine animale ou patente au niveau de lésions intraosseuses et inter-
humaine. Depuis une vingtaine d’années, nombre radiculaires (essentiellement les classes II mandi-
de ces matériaux ont été testés (carbonates de bulaires). Pour cela, la membrane doit respecter
calcium, phosphates tricalciques, hydroxyapatites, plusieurs impératifs. Parmi ceux-ci, le maintien
bioverres...). La plupart de ces matériaux présen- d’un espace sous la membrane et la protection du
tent une bonne biocompatibilité et sont ostéocon- caillot constitué dans cet espace de cicatrisation
ducteurs. Cliniquement, une réduction significative sont déterminants.
des profondeurs de poches, un gain d’attache clini-
que et un maintien de ces résultats ont été mon-
trés50,82 mais l’histologie n’a jamais pu démontrer
de réelle régénération avec ces matériaux alloplas-
tiques.
Dans l’avenir, ces matériaux pourraient servir de
support pour véhiculer in situ des protéines mor-
phogénétiques osseuses (rhBMP-2) qui auraient un
rôle dans la régénération des lésions intraosseu-
ses.8
Les techniques de lambeaux utilisés pour ces
greffes osseuses sont superposables et vont inclure
des tracés d’incision visant à conserver la quasi-
totalité des tissus mous pour favoriser la cicatrisa-
tion des plaies par première intention.
L’incision intrasulculaire est festonnée et res-
pecte les papilles. Dans les zones antérieures où
l’esthétique est déterminante, nous réalisons un Figure 10 Principe de l’exclusion épithéliale et conjonctive au
lambeau esthétique d’accès ou de préservation pa- niveau d’une lésion intraosseuse par interposition d’une mem-
pillaire. brane.
36 F. Louise et al.
Les membranes peuvent se classer en deux gran- « cellularité » des lésions (composante verticale ;
des catégories : non résorbables et résorbables. présence d’os interproximal ; hauteur du tronc
– Membranes non résorbables. radiculaire...) permet la bonne mise en place de la
Constituées de polytétrafluoroéthylène expansé membrane et le maintien d’un espace de cicatrisa-
(ePTFE) et commercialisées par la firme Gore®, tion. C’est cependant une technique difficile dans
elles présentent une partie occlusive aux cellules laquelle l’indication et la rigueur opératoire sont
(mais pas aux fluides) qui se termine, dans leur de mise.
portion coronaire, par un étroit bandeau semi- Les résultats en termes de régénération sont
perméable. Ces membranes présentent différentes semblables, que les membranes soient résorbables
formes adaptées à plusieurs types de lésions en ou non.4,19
fonction des dents concernées. Pour éviter leur
affaissement dans l’espace cicatriciel, ces mem- Association membrane – greffe osseuse
branes peuvent aussi être armées de lamelles en Cette association a pour but d’empêcher l’effon-
titane. L’inconvénient de ces membranes est la drement de la membrane dans la lésion, elle contri-
nécessité d’une deuxième intervention afin de les bue donc au maintien d’un espace cicatriciel consé-
déposer (28 jours). quent. De plus, selon les propriétés du matériau mis
– Membranes résorbables. en place, la néoformation osseuse pourrait être
Elles sont constituées principalement de copoly- améliorée. Les auteurs rapportent des résultats
mères d’acide polylactique et d’acide polyglycoli- variables. Ainsi, Nevins53 assure que la prédictiblité
que (Resolut®) ou de collagène d’origine bovine ou des traitements des lésions intraosseuses profondes
porcine (Bio-Gide®). Ces membranes se résorbent s’en trouve améliorée alors que pour Luepke et
lentement (cycle de Kreps : de 15 à 120 jours) sans al.44 cette association n’améliore pas les résultats
signes inflammatoires.80 de l’une des deux techniques utilisée seule.
La technique chirurgicale comprend des incisions D’autres auteurs comme Sato65 limitent cette tech-
intrasulculaires et de décharges qui permettent nique aux lésions pour lesquelles l’espace sous la
l’élévation de lambeaux mucopériostés, donnant membrane ne peut être maintenu du fait de la
un large accès à la lésion afin que la membrane la morphologie de la lésion.
recouvre largement (3-4 mm). Après débridement
soigneux de la lésion, des pertuis sont aménagés Protéines dérivées de la matrice de l’émail
dans les parois du défaut si celui-ci est corticalisé C’est un concept récent dans lequel ni un apport
de façon à favoriser la formation d’un caillot. osseux ni une exclusion épithéliale ne sont impli-
La membrane la mieux adaptée est ajustée puis qués pour obtenir une régénération. Embryologi-
suturée autour de la dent par un point suspendu quement, les protéines de l’émail ont un rôle clé
pour assurer sa tenue et la meilleure sertissure dans le développement des tissus de soutien des
possible autour du collet de la dent. Le lambeau est dents en induisant la cémentogenèse. L’application
ensuite repositionné sur le site de façon à recouvrir d’amélogénines sur la(ou les) paroi(s) radiculaire(s)
de façon parfaite la membrane, il est souvent posi- décontaminée(s) d’une lésion intraosseuse peut
tionné coronairement de façon à recouvrir parfai- permettre la régénération de cette lésion.34,35,69
tement la membrane, ce qui limite les risques Elles sont commercialisées sous le nom d’Emdo-
d’exposition donc de contamination bactérienne gain®. Bien qu’étant d’origine porcine, ces protéi-
génératrice de mauvais résultats. nes sont reconnues par l’organisme.
La prescription d’antibiotiques par voie systémi- – Technique.
que et d’antiseptiques locaux à la chlorhexidine Elle comporte une chirurgie d’accès convention-
(0,12 %) est de rigueur. Les sutures sont déposées à nelle ; les incisions intrasulculaires respectent les
10-12 jours puis un nettoyage professionnel hebdo- papilles pour favoriser la coaptation intime des
madaire est instauré pendant 4 à 6 semaines date à berges lors de la fermeture de la plaie. Un lambeau
laquelle une deuxième intervention est program- de pleine épaisseur est décollé des surfaces vesti-
mée si une membrane non résorbable a été choisie. bulaire et palatine (ou linguale) des dents concer-
– Résultats. nées. Les incisions de décharge se font à distance
Le nombre de parois osseuses délimitant la lésion du site. La lésion est soigneusement débridée puis
semble être un facteur déterminant dans la prévi- les racines sont mordancées avec un gel neutre
sibilité du comblement osseux et du gain d’attache d’éthylène-diamine-tétra-acétique (EDTA) pendant
bien que les résultats ne semblent pas forcément 2 minutes. Après rinçage abondant, Emdogain®
liés à ces critères.21,76 En ce qui concerne les peut être appliqué à l’aide d’une seringue munie
lésions interradiculaires, la RTG apparaît prédicti- d’une aiguille mousse sur les racines concernées et
ble pour les lésions de classe II mandibulaires si la dans la lésion. Les lambeaux sont ensuite suturés
Traitements chirurgicaux des poches parodontales 37
Figure 11 Traitement d’une lésion intra-osseuse par Emdogain®. A. Vue initiale, sondage 9 mm en distal de 21. B. Après débridement
de la lésion, application d’Emdogain® gel sur la surface radiculaire. C. Radiographie initiale de la 21. D. Vue clinique à 3 ans. E.
Radiographie de contrôle à 3 ans.
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EMC-Dentisterie 1 (2004) 40–48
www.elsevier.com/locate/emcden
MOTS CLÉS Résumé La carie dentaire est la pathologie la plus répandue dans le monde. Un diagnostic
Carie dentaire ; clinique correct de l’atteinte carieuse permet de mettre en œuvre non seulement des
Diagnostic ; techniques de soin et de restauration adaptées, mais aussi des mesures de prophylaxie.
Classification ; Deux classifications principales existent à l’heure actuelle : la classification de Black, qui
Risque carieux ne concerne que les caries coronaires, et le concept SISTA qui englobe également les
caries radiculaires. Elles sont valables pour les deux dentitions. À l’heure actuelle, les
termes de récidive carieuse ou de carie récurrente sont préférés à celui de carie
secondaire. Il s’agit, en fait, d’une lésion cliniquement et radiologiquement similaire à
une carie primaire apparaissant dans des zones de stagnation de plaque dentaire. Les
méthodes de diagnostic sont variées (examen visuel, sondage, radiographie, radiovisio-
graphie). Ces différents outils de diagnostic sont d’autant plus efficaces qu’ils sont
utilisés en association.
© 2003 Elsevier SAS. Tous droits réservés.
KEYWORDS Abstract Dental caries is the most shared pathology in the world. A good clinical diagnosis
Dental caries; allows adapted care and the settlement of prophylactic measures. Now, there are two
Diagnosis; principal classifications: classification from Black, concerning only coronal caries, and
Classification; SISTA concept concerning coronal and root caries. Secondary caries are clinically and
Carious risk radiologically similar to a primary lesion. They appear in dental plaque stagnation zones.
There are various diagnosis methods (visual examination, probe, radiography).These
différent tools are more efficient when using together.
© 2003 Elsevier SAS. Tous droits réservés.
Atteintes de la dentine
La carie dentinaire se présente sous la forme d’un
Figure 5 Caries sur les faces proximales de 11, 12, 21. Lésion
débutante : vue vestibulaire. cône carieux (avant effondrement de l’émail) dont
la base se situe au niveau de la jonction émail
dentine.
Trois zones sont décrites :14
• dentine opaque : zone la plus superficielle ;
• dentine transparente : dentine sclérosée ;
• dentine apparemment normale.
Figure 7 Caries sur les faces proximales d’incisives temporaires. Figure 9 Caries coronoradiculaires.
Étude clinique de la carie 43
Sites
Les caries radiculaires apparaissent lorsque le cé-
ment est mis à nu à la suite de récessions gingiva- Trois sites sont distingués :
les. Elles sont plus fréquentes chez le sujet âgé. • site 1 : lésions occlusales (lésions des puits,
Aux États-Unis, elles affectent 22 % de la popula- sillons, fosses, fossettes de toutes les dents y
tion.45 compris le cingulum des dents antérieures) ;
Une classification histopathologique proposée • site 2 : lésions proximales (lésions concernant
par Westbook44 permet de différencier les niveaux les faces proximales de toutes les dents) ;
d’atteinte : • site 3 : lésions cervicales (lésions carieuses
• atteinte du cément ; débutant au niveau cervical (émail ou cément)
• atteinte dentinaire sans destruction de la den- sur toutes les faces de toutes les dents).
tine intercanaliculaire ; Les érosions et abrasions ne sont pas incluses
• atteinte dentinaire avec destruction de la den- dans cette classification.
tine intercanaliculaire ;
• atteinte pulpaire. Stades évolutifs
Billings5 a, plus récemment, proposé une classi-
fication clinique dans laquelle il décrit quatre sta- Ils sont au nombre de cinq :
des : • stade 0 : lésion initiale (pas de cavité visible) ;
• stade I : lésion initiale ; • stade 1 : microcavitations en surface attei-
• stade II : lésion superficielle ; gnant le tiers externe de la dentine ;
• stade III : lésion cavitaire ; • stade 2 : cavité de taille moyenne atteignant le
• stade IV : lésion avec atteinte pulpaire. tiers médian de la dentine sans affaiblir les
Nyvad et Fejerskov31 décrivent deux phases dans cuspides ;
• stade 3 : cavité de taille importante atteignant
le développement de la carie radiculaire :
le tiers profond de la dentine et pouvant fragi-
• lésion active : couleur jaune ou marron clair.
liser les cuspides ;
Au sondage, le tissu est crayeux. Il peut y avoir
• stade 4 : cavité atteignant la zone parapulpaire
ou non cavitation ;
et ayant détruit une partie des cuspides.
• lésion arrêtée : couleur marron foncé à noire.
Au sondage, la surface est dure.
Lésions occlusales
Le diagnostic différentiel avec les mylolyses est Elles correspondent au site 1 du concept SISTA :
basé essentiellement sur la présence de dépôts de • SISTA 1.0 : tache blanche opaque de déminéra-
plaque dentaire abondants. lisation (leucome), au fond ou sur les berges
44 C. Badet, B. Richard
des sillons, ne pouvant être détectée qu’après ration existante ». À l’heure actuelle, les termes de
un séchage correct de l’émail. récidive carieuse ou de carie récurrente sont pré-
• SISTA 1.1 : opacité ou coloration de surface férés à celui de carie secondaire.
(visible sans séchage) associée à des microca- Il s’agit, en fait, d’une lésion cliniquement et
vitations localisées (Fig. 1, 2) ; radiologiquement similaire à une carie primaire
• SISTA 1.2 : cavité de l’émail et/ou coloration apparaissant dans des zones de stagnation de pla-
grisâtre due à la présence de dentine ramollie que dentaire.21
sous-jacente ; Il existe deux indicateurs de récidive carieuse :
• SISTA 1.3 : cavité franche de l’émail accompa- • un ramollissement des tissus au niveau des
gnée de coloration grisâtre, sans perte de cus- limites du matériau, détectable à l’aide d’une
pide ou de crête marginale ; sonde ;
• SISTA 1.4 : cavitation large, dentine ramollie • la présence d’un hiatus important ( 0,4 mm)
exposée, destruction de cuspides ou de crêtes au niveau des limites du matériau d’obtura-
marginales. tion. Ce défaut d’étanchéité est associé à un
très fort degré de colonisation par des bacté-
Lésions proximales ries cariogènes.
Elles correspondent au site 2 du concept SISTA : Un défaut d’étanchéité inférieur à 0,4 mm est le
• SISTA 2.0 : absence de cavitation cliniquement
signe d’une carie secondaire débutante ; en revan-
décelable mais présence d’une altération de
che, une simple décoloration n’est pas suffisante
translucidité de l’émail, détectable par tran-
pour poser un diagnostic de carie secondaire.21
sillumination. Présence de taches de déminé-
Des études histologiques ont décrit deux zones
ralisation interproximales, si l’anatomie de
au niveau des caries secondaires :17
l’embrasure autorise leur visibilité ;
• SISTA 2.1 : opacité ou coloration de l’émail • une lésion externe se formant à la surface de
proximal, associée à des microcavitations ; l’émail à proximité d’une obturation ;
• SISTA 2.2 (Fig. 5, 6) : cavitation décelable de • une lésion apparaissant au niveau des murs de
l’émail proximal au niveau de la surface de la cavité quand il y a une perte d’étanchéité.
contact, et/ou coloration grisâtre accompa- Chez les adultes et les personnes âgées, la réci-
gnée ou non de fissure de la crête marginale ; dive fait partie des pathologies carieuses dominan-
• SISTA 2.3 (Fig. 4) : cavitation franche de tes.25 Elle constitue la raison principale de réfec-
l’émail proximal si la crête est effondrée, ou tion ou de remplacement des restaurations.29
présence d’un cerne grisâtre dû à l’extension
de la dentine ramollie sous la crête marginale,
avant l’effondrement de celle-ci ; Évaluation du risque carieux
• SISTA 2.4 (Fig. 7) : cavitation franche avec
effondrement de la crête marginale et destruc- Le développement des méthodes de traitement non
tion associée des cuspides. invasives des caries débutantes, justifiant la classi-
fication SISTA, rend indispensable l’évaluation du
Lésions cervicales (Fig. 8, 9) risque carieux individuel pour le choix de la mé-
Elles correspondent au site 3 du concept SISTA : thode de traitement. Cependant, cette évaluation
• SISTA 3.0 : absence de cavitation, que la lésion n’a de sens que si l’on peut compter sur la collabo-
soit coronaire (émail) ou radiculaire (cément) ; ration du patient.
• SISTA 3.1 : cavitation superficielle associée à L’évaluation du risque carieux permet de détec-
des colorations visibles sans séchage ; ter les individus hautement susceptibles de déve-
• SISTA 3.2 : cavitation de l’émail ne concernant lopper des lésions carieuses. Elle aboutit en outre à
qu’une seule face (vestibulaire ou linguale) ; un diagnostic personnalisé permettant de détermi-
• SISTA 3.3 : cavitation franche mettant à nu la ner quelles mesures préventives seront efficaces, si
dentine cariée. La lésion atteint l’émail et le les lésions peuvent être traitées de manière non
cément, et au moins deux faces sont concer-
invasive, et quels matériaux utiliser pour la restau-
nées ;
ration.
• SISTA 3.4 : carie étendue à tout le pourtour
Les facteurs de risque carieux sont de plusieurs
radiculaire avec risque de fracture.
ordres :
• facteurs liés à l’hôte ;
Caries secondaires • préexistence de lésions carieuses et restaura-
tions ;
Selon Baume,3 la carie secondaire est une « lésion • susceptibilité faible : faces occlusales unique-
carieuse se développant aux marges d’une restau- ment ;
Étude clinique de la carie 45
• susceptibilité moyenne : faces occlusales + fa- Cette méthode est à utiliser avec prudence dans
ces proximales postérieures ; le cas de lésions initiales, car elle peut être iatro-
• susceptibilité élevée : faces occlusales + dents gène. Elle reste toutefois utile pour détecter la
antérieures, particulièrement les incisives in- perméabilité dentinaire dans des lésions cavitaires.
férieures ; D’autre part, cette technique peut favoriser la
• anatomie dentaire, qualité de l’émail : pré- contamination de surfaces saines en transportant
sence de sillons anfractueux, émail immature, des bactéries d’un site à un autre.26,27
faible exposition au fluor ;
• facteurs familiaux : ils regroupent des facteurs Radiographie (Fig. 10)
génétiques et environnementaux ; Cet examen complémentaire est utilisé en particu-
• débit salivaire, pouvoir tampon : une diminu- lier pour la détection des lésions proximales, mais
tion du débit salivaire (débit non stimulé infé- sa fiabilité reste faible dans les cas où l’épaisseur
rieur à 0,25 ml/min) est un facteur de risque de tissu minéralisé est importante, et son interpré-
certain ; tation doit se faire avec prudence. Une des erreurs
• habitudes d’hygiène inefficaces, présence de les plus fréquentes est d’assimiler une image radio-
plaque en excès ; claire à une cavité. En effet, la radiotranslucidité
• conditions socioéconomiques : le risque ca- est liée à une déminéralisation qui ne s’accompa-
rieux est plus élevé dans des populations pré- gne pas obligatoirement d’une cavitation. Une
sentant un faible niveau socioéconomique, la étude de Pitts et Rimmer33 a mis en évidence que la
race et l’ethnie jouent également un rôle ; majorité des images radioclaires sur des faces
• facteurs médicaux aggravants : certaines pa- proximales correspondent à des lésions non cavitai-
thologies et certaines thérapeutiques comme res et sont donc susceptibles d’être traitées chimi-
l’anorexie, le syndrome de Gougerot-Sjögren, quement.
le diabète,38 la prise de neuroleptiques, une L’utilisation de cette méthode de diagnostic doit
radiothérapie, peuvent augmenter le risque être limitée à la détection de cavités de petite
d’apparition de caries ; taille.43
• facteur microbien : le taux de micro- Les recommandations de L’Agence nationale
organismes cariogènes (Streptococcus mutans d’analyse et d’évaluation des soins (Anaes)1
et Lactobacillus sp.) peut être évalué à l’aide concernant l’utilisation de la radiographie sont les
de tests microbiens. Il faut noter toutefois le suivantes :
manque de sensibilité et de spécificité des • lors d’une première visite :
tests actuellement disponibles ; C chez un enfant en denture temporaire, un
• facteur alimentaire : la consommation de su- examen rétrocoronaire des régions distales si
cres cariogènes est un facteur de risque pri- les surfaces proximales des dents ne sont ni
mordial, la forme et la fréquence de cette visibles ni sondables ;
consommation étant directement liées au ris- C chez un enfant en denture mixte, des clichés
que carieux. rétrocoronaires postérieurs, accompagnés
ou non de clichés occlusaux,
C en denture permanente, des clichés rétroco-
Méthodes de diagnostic ronaires des régions distales ;
Examen visuel
Sondage
Le sondage est utilisé pour permettre d’évaluer la Figure 10 Radiographie d’une molaire temporaire présentant
consistance des tissus dentaires. une cavité proximale.
46 C. Badet, B. Richard
• lors des visites suivantes, en présence de caries proximales. Elle comporte plusieurs branches se
cliniques ou d’un risque carieux élevé : différenciant principalement par la longueur
C chez un enfant en denture temporaire ou d’onde d’excitation de fluorescence (entre 488 et
mixte, un examen rétrocoronaire des régions 655 nm). L’excitation à des longueurs d’ondes cour-
distales tous les 6 mois, ou jusqu’à dispari- tes (488, 511 nm) permet de révéler des zones de
tion de toute lésion carieuse ; dents déminéralisées par la réduction d’intensité
C chez les adolescents, c’est-à-dire avant de fluorescence. La QLF, utilisant l’excitation à
éruption des dents de sagesse, des clichés 632 et 655 nm (exemples : DIAGNOdent®, KaVo),
rétrocoronaires des régions distales, tous les détecte une augmentation de concentration de ma-
6 à 12 mois, ou jusqu’à disparition de toute tière organique dans les lésions, par augmentation
lésion carieuse ; d’intensité de fluorescence des structures molécu-
C chez les adultes, des clichés rétrocoronaires laires basées sur des porphyrines présentes à forte
des régions distales tous les 12 à 18 mois, ou concentration dans les bactéries. La QLF est princi-
jusqu’à disparition de toute lésion carieuse ; palement applicable sur des surfaces lisses des
• lors des visites suivantes, en l’absence de carie dents, car la référence de fluorescence (intensité
clinique ou d’un risque carieux élevé : de fluorescence des tissus sains des dents) ne doit
C chez un enfant en denture temporaire ou pas être affectée par la forme topologique de la
mixte, un examen rétrocoronaire des régions surface fluorescente. La spécificité et la sensibilité
distales tous les 12 à 24 mois si les surfaces du laser pour le diagnostic des caries s’élève à plus
proximales des dents ne sont ni visibles ni de 80 %.
sondables ;
C chez les adolescents, c’est-à-dire avant Fluorescence exaltée par colorant
éruption des dents de sagesse, des clichés La DELF est une méthode très sensible de détection
rétrocoronaires des régions distales tous les des lésions carieuses, mais nécessite un apport de
18 à 36 mois ; molécules fluorescentes exogènes (colorants) sur
C chez les adultes, des clichés rétrocoronaires les surfaces dentaires (une étude de réaction aller-
des régions distales tous les 24 à 36 mois. gique du patient est indispensable). D’autre part,
la DELF ne permet pas de quantifier le degré de
déminéralisation. Des artefacts de détection, liés à
Radiovisiographie
des déviations morphologiques des dents, et des
concentrations des colorants dans des structures
Les techniques de radiovisiographie peuvent égale- biologiques qui ne sont pas liées à une carie, rédui-
ment être utilisées dans le diagnostic carieux. Ce- sent considérablement la possibilité d’application
pendant, certaines études ont mis en évidence une de la DELF dans le diagnostic de carie.
sensibilité moindre de ces techniques.16,36
Ces différents outils de diagnostic sont d’autant Spectroscopie électrochimique de l’impédance
plus efficaces qu’ils sont utilisés en association. L’ECM est une technique de diagnostic de carie
Toutefois, la fiabilité de ces tests augmente lorsque potentiellement très sensible (93 % à 96 % de sensi-
l’on est en présence de cavitation. Or les thérapeu- bilité selon les examinateurs). Mais, en raison de la
tiques non invasives ne peuvent être mises en œu- nature des mesures électriques qu’elle implique,
vre que si un diagnostic précoce est posé. elle est sujette aux erreurs de préparation des
C’est pourquoi d’autres techniques de diagnostic surfaces des dents pour recevoir les électrodes
sont étudiées. (sondes). Ainsi, les variations de pH intrabuccal, la
variation de composition chimique salivaire ou les
Autres techniques de diagnostic différents types de dents affectent les mesures de
l’impédance et, en même temps, réduisent la fia-
Actuellement, deux méthodes sont utilisées, la bilité de cette méthode. D’autre part, l’ECM n’est
fluorescence des dents ainsi que la spectroscopie pas une méthode visuelle et donc son utilisation
électrochimique de l’impédance (ECM). La mé- demande une grande expérience de la part du
thode de fluorescence se divise en deux parties, praticien.
l’autofluorescence quantitative (QLF) et la fluores-
cence exaltée par colorant (DELF). Adaptation des techniques de diagnostic aux
différents types de lésions
Autofluorescence quantitative
La QLF est utilisée principalement pour la détection Lésions de site 1 (puits et sillons)
des lésions carieuses sur des surfaces lisses des L’examen visuel reste prépondérant dans le cas de
dents et l’ECM pour des surfaces occlusales et cavitations franches. Il peut être amélioré grâce à
Étude clinique de la carie 47
l’utilisation d’une loupe ou d’un microscope opéra- • stade 2 : la préparation d’une cavité en vue
toire, et ceci en particulier au niveau des sillons d’une obturation adhésive doit être relative-
anfractueux. ment conservatrice ;
Dans le cas des lésions initiales, l’utilisation de la • stade 3 : la préparation cavitaire doit préserver
sonde est contre-indiquée et la radiographie insuf- et renforcer les structures dentaires résiduel-
fisante.26,35 Pour ce type de lésions, les méthodes les affaiblies ;
électriques semblent les plus appropriées.12 La sen- • stade 4 : la préparation est effectuée en vue
sibilité et la spécificité de détection des caries d’une obturation indirecte et doit protéger par
occlusales est de 80 % pour les atteintes dentinaires recouvrement les structures dentaires rési-
et 70 % pour les atteintes de l’émail.2 La radiogra- duelles.
phie n’est une technique fiable que dans le cas de
lésions avancées.
Remerciements
Lésions de site 2 (faces proximales)
L’examen radiographique est recommandé bien Les auteurs remercient le Docteur Y. Delbos pour
qu’insuffisant dans le cas de lésions initiales. sa participation iconographique.
L’examen visuel est peu sensible et peu spécifi-
que dans le cas de ce type de caries. Il peut être
nettement amélioré par des techniques de transil- Références
lumination.39
D’autre part, afin de rendre ces sites plus acces- 1. ANAES. http://www.anaes.fr.
sibles à l’examen visuel, il est possible de réaliser 2. Ashley PF, Blinkhorn AS, Davies RM. Occlusal caries
un écartement des dents à l’aide de coins interden- diagnosis: an in vitro histological validation of the elec-
taires ou d’élastiques séparateurs utilisés en ortho- tronic caries monitor (ECM) and other methods. J Dent
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Au niveau radiculaire, l’examen par sondage ac- 8. Bowden GH, Nolette N, Ryding H, Cleghorn BM. The diver-
compagné d’un examen visuel permettent une sity and distribution of the predominant ribotypes of Acti-
bonne détection (changement de couleur et de nomyces naeslundii genospecies 1 and 2 in samples from
enamel and from healthy and carious root surfaces of
consistance).4,28 teeth. J Dent Res 1999;78:1800–1809.
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• stade 0 : ce stade correspond à la mise en 11. FDI-WHO. Global goals for oral health by the year 2000. Int
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œuvre de techniques prophylactiques de remi-
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néralisation (exemple : vernis fluorés) ou de of some diagnosis system in the prediction of occlusal
sealants. De plus, un suivi régulier du patient caries in permanent molars in 6 and 11 years old children.
est indispensable ; J Dent 1998;26:403–408.
• stade 1 : il convient d’effectuer des cavités 13. Fitzgerald RJ, Keyes PH. Demonstration of the etiologic
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EMC-Dentisterie 1 (2004) 49–54
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Antiseptiques en parodontie
Use of antiseptics in periodontology
O. Jame (Assistant hospitalo-universitaire) V. Orti (Assistante
hospitalo-universitaire), P. Bousquet (Maître de conférences),
I. Calas (Attachée hospitalière), P. Gibert (Professeur des Universités) *
UFR d’Odontologie de Montpellier, 545, avenue Professeur Jean-Louis Viala,
34193 Montpellier cedex 5, France.
MOTS CLÉS Résumé L’étiologie bactérienne des affections parodontales est aujourd’hui parfaite-
Antiseptiques ; ment établie ; l’utilisation d’antiseptiques dans le traitement de ces affections s’impose
Biofilm ; donc comme une thérapeutique incontournable. Quand et comment les utiliser ?, Quelle
Bain de bouche ; spécialité ? Pour quelle pathologie ?, Indications et contre-indications ? Effets positifs,
Irrigation ; effets négatifs ? Cet article énumère donc les principales molécules antiseptiques ainsi
Bactéries
que leur mode d’utilisation.
© 2003 Elsevier SAS. Tous droits réservés.
KEYWORDS Abstract The bacterial etiology of periodontal diseases has now been perfectly proved ;
Antiseptics; therefore using antiseptics to treat such diseases is an absolutely imperative therapy.
Biofilm; When and now do they have to be used ? For what kinds of specialties or pathologies ?
Mouthwash;
What are their indications and contra-indications ? What are their positive and negative
Irrigation;
Bacteria
effects ? In this article, the main antiseptic molecules are listed, as well as the
instructions to use them.
© 2003 Elsevier SAS. Tous droits réservés.
concentration les protéines et les acides nucléiques une capacité de rétention aux surfaces dentaires
précipiteraient. bien moins importante que la chlorhexidine14.
La forme chimique la plus utilisée est le digluco-
nate de chlorhexidine. Sanguinarine
Il semblerait que son efficacité optimale se si-
tuerait dans des concentrations situées entre 0,1 % C’est un alcaloïde de synthèse extrait de Sanguina-
et 0,2 %6,27. ria canadensis qui a des propriétés antibactérien-
Il est clair que son efficacité est liée à sa concen- nes et anti-inflammatoires.
tration mais aussi et surtout à son pouvoir d’adhé-
Il inhiberait les mécanismes d’adhésion des bac-
sion et de rétention sur les surfaces dentaires.
téries à la pellicule exogène acquise.
Trente pour cent de la quantité de produit intro-
Malgré tout, cet agent tend à disparaître de la
duit persiste après 1 minute de rinçage29.
Donc, l’efficacité de la chlorhexidine resterait plupart des spécialités, car son activité in vivo reste
stable pendant 8 à 12 heures. faible.
Elle est inactivée par le pus, le sang et certaines En effet, certains ont démontré une activité tant
bactéries. sur les bactéries que sur l’inflammation gingivale,
Pg possède des vésicules qui inhiberaient l’action d’autres semblent mettre en doute l’efficacité du
de la chlorhexidine12. produit29.
Son efficacité est différente suivant les micro-
organismes, et est sous l’influence de différents Dérivés iodés
facteurs comme le Ph, la formulation, la concentra-
tion26. La PVP-I, plus connu sous le nom de Bétadine®, est
Présentée le plus souvent sous la forme de bains formée par l’association de l’iode et d’un agent
de bouche, on peut la retrouver dans des gels ou surfactant, la polyvinylpyrrolide (PVP), qui solubi-
des dentifrices. lise l’iode.
On peut également l’utiliser dans un système à L’iode est un oxydant capable de pénétrer la
libération lente, elle semblerait alors avoir une paroi bactérienne des micro-organismes très rapi-
action plus efficace que sous la forme de bain de dement26.
bouche28. Les mécanismes d’action demeurent inconnus.
Ce produit se présente sous la forme d’une pla-
À l’intérieur de la cellule, l’iode provoque une
quette (appelée Periochip®) qui est introduite di-
réaction avec des enzymes de la chaîne respiratoire
rectement à l’intérieur de la poche gingivale ou
et un blocage des protéines cytoplasmiques.
parodontale et laissée en place jusqu’à dissolution
complète (7 à 10 jours). Son activité antibactérienne est bonne aussi bien
Ces différents supports ont été développés pour sur les bactéries à Gram positif que sur les bactéries
diminuer voire supprimer les effets secondaires de à Gram négatif.
ce produit sous la forme de bain de bouche. Des phénomènes d’allergies ont souvent étaient
Il est vrai que l’emploi à long terme entraîne décrits, mais pas de résistance.
l’apparition de résistances, mais les effets secon- Greenstein11 décrit les effets secondaire de la
daires les plus évidents sont : PVP-I lors de son utilisation régulière en odontolo-
• les colorations noirâtres des dents ; gie. Il explique que ce produit pourrait provoquer la
• la desquamation de la muqueuse ; coloration des dents et de la langue (mais cela de
• la perturbation du goût. manière réversible) ; il serait contre-indiqué chez
les femmes enceintes, chez les femmes qui allai-
Hexétidine tent, chez les personnes allergiques à l’iode. Il
pourrait aussi induire des dysfonctionnements de la
C’est un antiseptique de synthèse dérivé de la thyroïde si son utilisation est excessive.
pyrimidine. Son utilisation est indiquée sous la forme de
Son action serait antibactérienne en bloquant la gargarismes et de bains de bouche à une concentra-
synthèse d’adénosine triphosphate (ATP), et anti- tion de 10 %.
fongique. Elle présenterait un spectre d’action large avec
Elle présenterait une action in vitro supérieure une action bactéricide par simple contact.
ou égale à la chlorhexidine sans les effets secondai- L’efficacité de la PVP-I comme antiseptique oral
res. a été mise en avant dans la prévention du risque
Malheureusement les résultats in vivo sont diffé- d’endocardite à porte d’entrée parodontale ou pos-
rents, il semble notamment que cet agent possède textractionnelle23.
52 O. Jame et al.
Les voies de recherche sont à l’heure actuelle Dans une situation de parodontite de l’adulte,
vers des produits comme le peroxyde d’oxygène, avec une symptomatologie modérée, l’utilisation
capable de modifier le potentiel redox jusqu’à un de chlorhexidine à 0,12 % serait préférable.
niveau suffisant pour interdire toute croissance Une molécule de remplacement dans ce cas se-
bactérienne. rait l’héxétidine à 0,1 %.
La PVP-I (Bétadine®) possèderait une action bac- Enfin il nous arrive fréquemment, suite à l’insis-
téricide par simple contact15. tance du patient, de prescrire des antiseptiques
Rosling et al.24 ont obtenu une diminution de malgré l’absence de pathologie.
poche et une réduction de la perte d’attache en Dans ce cas, il serait souhaitable26 de prescrire
utilisant la PVP-I en irrigation. les molécules présentant l’activité la plus faible.
Charon préconise, après avoir éliminé le maxi- On privilégie les ammoniums quaternaires, la san-
mum de tartre, l’irrigation de l’entrée de toutes les guinarine et les huiles essentielles, afin de préser-
lésions avec une solution d’eau oxygénée à 10 volu- ver l’écosystème buccal.
mes suivie d’une irrigation à l’aide d’une solution
de chlorhexidine à 0,12 % ou 0,2 % (Parodex®)4.
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EMC-Dentisterie 1 (2004) 55–61
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MOTS CLÉS Résumé Après le contrôle de plaque, le traitement de la maladie parodontale est initié
Détartrage ; par le détartrage-surfaçage qui permet l’élimination du biofilm et du tartre lors de la
Surfaçage radiculaire ; thérapeutique étiologique. Il est ensuite utilisé dans le cadre thérapeutique de soutien
Tartre ;
parodontal. Ces actes réalisés à l’aide d’instrumentations manuelles et/ou ultrasoniques
Débridement
doivent permettre la plus grande préservation des tissus parodontaux et en particulier du
parodontal ;
Thérapeutique cément non infiltré par les bactéries et les endotoxines bactériennes. Cette nouvelle
étiologique ; attitude plus conservatrice permet d’optimiser la cicatrisation parodontale se traduisant
Instrumentation cliniquement par une réduction de l’inflammation, une diminution de la profondeur de
poche et un gain d’attache. Cette thérapeutique est suffisante pour les traitements de la
gingivite, ainsi que pour la majorité des parodontites chroniques. Après réévaluation, sa
justification en tant que thérapeutique initiale est toujours associée aux traitements
chirurgicaux de ces pathologies.
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KEYWORDS Abstract After the plaque control, the treatment of periodontal diseases is initiated by
Scaling; the scaling-root planing that allows the elimination of the biofilm and the calculus during
Root-planing; the etiological treatment.Then it is adapted to the supportive periodontal therapy.These
Calculus; acts, realized with the help of manuel and/or ultrasonic instrumentations, have to allow
Periodonta (root) the greatest preservation of the periodontal tissue and especially of the cementum not
debridement;
infiltrated by bacteriums and bacterial endotoxins. This new attitude that is more
Etiological therapy;
Instrumentation
conservative, allows to optimize the peridontal healing translating clinically into a
reduction of the inflammation, a diminution of the depth of pockets and an attachment
gain. This therapy will be enough for the treatment of the gingivitis as well as the majority
of the chronic periodontisis. After revaluation, its justification as initial therapy is always
associated to surgical treatments of these pathologies.
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* Auteur correspondant.
Adresse e-mail : [email protected] (P. Gibert).
• les cristaux nécessaires au processus de nu- Il a pour but histologique de diminuer fortement
cléation sont présents sur les surfaces dentai- la masse bactérienne en désorganisant le biofilm et
res et pourraient être des bactéries en état de les endotoxines bactériennes imprégnant le cément
dégénérescence, qui se calcifieraient par dé- qui est qualifié d’infiltré.
pôt de phosphate de calcium. Le nombre de bactéries responsables de perte
Plusieurs autres hypothèses ont été avancées, osseuses (Bacteroides forsythus [Bf], Porphyro-
n’incluant aucunement les bactéries car l’on re- mona gingivalis [Pg], Treponema denticola [Td])
trouve également la formation de tartre chez le rat est diminué ainsi que le pourcentage de sites colo-
gnotobiote18. nisés17.
L’élimination des endotoxines telles que les lipo-
Structure polysaccharides (LPS) va permettre une recolonisa-
tion des surfaces radiculaires par les fibroblastes1.
Le tartre possède une structure stratifiée dans la-
À l’heure actuelle, il n’est plus préconisé d’éli-
quelle le degré de calcification varie en fonction
miner la totalité du cément, mais d’obtenir une
des différentes strates. Il est caractérisé par la
surface de cément propre et lisse2.
présence de cristaux d’apatite inorganique sous
forme d’aiguilles. La longueur de ces aiguilles varie
entre 5 et 100 lm. À l’intérieur du matériau miné-
ralisé, on peut discerner des contours de bactéries Indications
calcifiées et, à la surface, une couche de tartre
immature non minéralisé. Les indications découlent des buts du détartrage et
du surfaçage radiculaire.
Ultrastructure Il est, à l’heure actuelle, clairement établi que le
détartrage-surfaçage radiculaire est indiqué pour
Le tartre renferme 70 à 80 % de sels inorganiques, tout les types de parodontite, qu’il soit associé ou
dont les deux tiers sont sous forme cristalline. non à un traitement antibiotique en fonction du
Le calcium (Ca) et le phosphore (P) constituent diagnostic.
les éléments les plus importants avec un rapport Le détartrage constitue la démarche de base du
Ca/P compris entre 1,66 et 2. Le reste des éléments traitement des gingivites et des parodontites. Il
inorganiques est constitué de petites quantités de constitue le seul traitement dans les cas les plus
magnésium, sodium et carbonates de fluor. simples de gingivite dans lesquelles il n’y a pas de
Les principales formes cristallines présentes perte d’attache. Associé au surfaçage radiculaire,
sont : il peut également être un traitement suffisant dans
• l’hydroxyapatite ; les parodontites débutantes ou modérées qui révè-
• la whitelockite de magnésium (plutôt présente
lent de faibles pertes d’attache3,4. Dans tous les cas
dans le tartre sous-gingival) ;
il est au moins présent en tant que thérapeutique
• le phosphate octocalcique ;
initiale à un traitement chirurgical, en préparant
• la brushite (présente en grande proportion
les surfaces radiculaires et en diminuant l’inflam-
dans le tartre sus-gingival)28.
mation.
La plus grande partie organique du tartre (envi-
ron 20 %) est constituée de protéines et d’hydrates Pour de nombreux auteurs, les limites du surfa-
de carbones, les lipides ne constituant qu’une por- çage radiculaire en tant que traitement unique
tion mineure. d’une parodontite varient selon la profondeur de
poche. Plus la profondeur est élevée, plus les rési-
dus tartriques après traitement sont impor-
Indications et contre-indications tants5,32.
Elles sont liées à la bactériémie pour le patient une très grande quantité de substance (cément,
présentant : dentine) est éliminée25. Concernant les curettes, il
• des prothèses valvulaires ; convient de travailler avec la partie convexe de
• un canal artériel ; l’instrument et non avec sa partie concave, en
• une cardiopathie congénitale cyanogène ; exerçant une force en direction coronaire.
• une communication interventriculaire ; Le succès du surfaçage repose sur un quadrillage
• des lésions intracardiaques traitées ; mécanique et systématique de la bouche réparti en
• une sténose aortique ; quadrants nécessitant des temps opératoires
• des lésions valvulaires ; conséquents.
• des implants intracardiaques non valvulaires ;
• une immunosupression (exemple : syndrome de Instruments ultrasoniques
l’immunodéficience acquise [sida]) ;
• un diabète insulinodépendant non équilibré. Ils sont utilisés depuis plus de 40 ans9.
Elles sont liées au saignement engendré surtout Les générateurs ultrasoniques utilisent des fré-
lors du surfaçage radiculaire : quences variant de 25 000 à 50 000 Hz (20 000 à
• une hémophilie ou trouble de l’hémostase ; 40 000 cycles par seconde). Ils transforment le
• un patient sous anticoagulant avec un taux de courant électrique en vibration par l’intermédiaire
prothrombine (TP) inférieur à 40 %. d’un cristal de quartz (instruments piezoélectri-
ques) ou de lamelles (instruments magnétostric-
tifs).
Les instruments magnétostrictifs génèrent de la
Protocole opératoire chaleur lors de leur utilisation, d’où la nécessité
d’utiliser de l’eau fraîche pour refroidir les inserts
Instrumentation manuelle dont le mouvement est elliptique.
Les instruments piézoélectriques produisent
Sur la base d’études menées dans les années 1960 moins de chaleur. Ils nécessitent aussi un flux d’eau
et 1970 sur des dents extraites, les instruments pour créer le phénomène de cavitation et éviter les
manuels ont été considérés pendant longtemps élévations de température entre l’insert et la dent.
comme la référence en matière de débridement Le mouvement de l’insert est linéaire. Certains
parodontal13. d’entre eux sont aujourd’hui couplés à des systè-
Notre but n’est pas de traiter de tous les instru- mes d’irrigation qui permettent une désinfection
ments existants, ceux-ci sont fort nombreux et une de la lésion au cours du débridement.
sélection s’impose pour des raisons pratiques. Ce système utilise des quantités importantes
Avec de l’expérience, un opérateur améliore sa d’antiseptiques.
dextérité et apprend rapidement à réduire le nom- Ces dix dernières années, plusieurs formes d’in-
bre des instruments. Leur forme doit être simple et serts ont été développées, de section ronde, demi-
permettre un affûtage facile. ronde, rectangulaire et en forme de losange à bord
mousse ou tranchant33.
Affûtage Selon Low et al., la forme des inserts est un
Le passage sur une pierre à affûter doit s’effectuer élément de première importance en ce qui
selon un angle préétabli. Le contrôle de l’efficacité concerne l’ablation de la plaque et des calculs
des bords se fait sur le manche en plastique d’un tartriques ; les facteurs limitatifs sont la profon-
stylo. deur sulculaire et l’anatomie radiculaire.
Dragoo a montré que des embouts fins, modifiés,
Curette étaient les plus efficaces pour atteindre le fond du
La curette (spécifique : un seul bord tranchant ou sulcus, supprimer le tartre et les moindres rugosités
universelle : deux bords tranchants) est l’instru- de la surface radiculaire.
ment classique du débridement sous-gingival. Exis- Les instruments soniques et ultrasoniques peu-
tant en plusieurs tailles, elle doit être conçue de vent être utilisés pour la détoxification de la racine
façon à s’insérer dans des espaces fins. Son manche et favorisent une cicatrisation tissulaire optimale,
doit être rigide car il doit pouvoir transmettre les sans « sur-instrumentation » radiculaire ni élimina-
sensations de rugosité engendrées par le passage tion intempestive du cément8.
des zones non lissées. Elle est utilisée en traction. Selon cet auteur, les détartreurs présentent des
Lorsque le but est d’éliminer le plus de tartre avantages qui leur sont spécifiques :
possible, les meilleurs instruments à main sont les • l’effet de cavitation associé aux ultrasons aug-
scalers, les houes, les curettes. Si les pressions mente la désorganisation et la dispersion bac-
exercées sur l’instrument sont trop importantes, tériennes ;
Détartrage et surfaçage radiculaire 59
Les muqueuses gingivales épaisses et fibreuses Dans tous les cas, la thérapeutique étiologique
ont moins de risque de subir des récessions que est indispensable, en tant que traitement initial, à
celles qui sont fines et peu fibreuses29. tout acte chirurgical ultérieur permettant d’inter-
venir sur des tissus non enflammés.
Gains d’attache Dans le cadre de la phase de maintenance, le
Les gains d’attache cliniques obtenus après élimi- détartrage-surfaçage a un rôle prépondérant dans
nation du tartre sont d’autant plus importants que le maintien de la santé parodontale.
les lésions sont profondes15.
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EMC-Dentisterie 1 (2004) 62–70
www.elsevier.com/locate/emcden
MOTS CLÉS Résumé L’antibiothérapie en parodontologie est de nos jours une thérapeutique indis-
Antibiothérapie pensable à certains traitements conventionnels, qu’ils soient étiologiques (traitements
systémique ; non chirurgicaux) ou symptomatiques (traitements chirurgicaux). En effet, les maladies
Antibiothérapie parodontales ayant une composante infectieuse caractérisée par la présence de bactéries
locale ; virulentes parfois difficiles à éliminer, cette antibiothérapie permet lorsqu’elle est bien
Antibioprophylaxie ;
menée, d’éradiquer au mieux le facteur infectieux. Pouvant présenter différents aspects,
Facteur infectieux ;
Maladie parodontale
l’antibiothérapie peut se pratiquer de façon systémique ou de façon locale. Il ne faut pas
non plus négliger son importance chez les patients à risque qui nécessitent, pour tout acte
thérapeutique, une antibioprophylaxie, cette dernière devant être de courte durée (24 à
48 heures).
© 2003 Publié par Elsevier SAS.
KEYWORDS
Abstract The antibiotherapy in periodontology is nowadays a therapeutic essential to
Systemic way certain conventional treatments which they are etiologic (no surgical treatments) or
antibiotherapy; symptomatic (surgical treatments). Indeed, the periodontitis diseases having an infec-
Local way tious component characterized by the presence of virulent bacteria sometimes difficult to
antibiotherapy; eliminate, this antibiotherapy to allow when it is well carried out, to eliminate at best the
Antibioprophylaxy; infectious factor. Being able to cover various aspects, the antibiotherapy will be able to
Infectious factor; be practised in a systemic way or in a local way. One will not have either to neglect its
Periodontal diseases importance among patients at the risks which will require, for any therapeutic act, a
antibioprophylaxy, the latter having to be of short duration (24 to 48 hours).
© 2003 Publié par Elsevier SAS.
thogènes de la poche parodontale, et encore moins particulier Porphyromonas gingivalis. Dans les for-
de l’organisme du patient34,35. mes présentant des lésions actives et évolutives,
L’antibiothérapie systémique ou locale, adjointe Slots a décrit une association synergique de Actino-
au traitement mécanique, serait susceptible de bacillus actinomycetemcomitans, Porphyromonas
diminuer le recours à la chirurgie27, avec une sta- gingivalis46. Plus récemment, dans une étude de
bilité des résultats à 5 ans en cas de visite de comparaison de la prévalence de pathogènes dans
contrôle stricte tous les 3 mois26. deux populations, atteinte et non atteinte de paro-
dontopathies, Van Winkelhoff et al. concluent que
Microbiologie des maladies parodontales les souches Actinobacillus actinomycetemcomi-
tans, Porphyromonas gingivalis, Prevotella inter-
Notion de spécificité bactérienne media et Bacteroides forsythus sont des marqueurs
Le développement important de la microbiologie de maladie destructrice50.
parodontale au cours de ces dernières années dé-
coule directement du concept de spécificité bacté- Parodontites agressives localisées
rienne. Chaque type de pathologie parodontale et généralisées
présente une flore sous-gingivale constituée d’une
association de micro-organismes qui lui est pro- Anciennement parodontite à progression rapide
pre31. (PPR)
La plupart des micro-organismes intervenant Les formes de parodontite de l’adulte les plus
dans ces pathologies sont des bacilles à Gram néga- agressives et les plus rapides dans leur évolution
tif, anaérobies stricts (Porphyromonas gingivalis sont caractérisées par la présence d’un micro-
[Pg], Prevotella intermedia [Pi], Fusobacterium organisme à haut pouvoir pathogène : Porphyromo-
nucleatum [Fn], Campylobacter rectus [Cr] ...) ou nas gingivalis31.
capnophiles (Actinobacillus actinomycetemcomi-
tans [Aa], Eikenella corrodens [Ec], Capnocyto- Anciennement parodontite juvénile localisée
phaga ochracea [Co] ...)31. et généralisée (PJL et PJG)
Pathologies parodontales La parodontite juvénile localisée (ou parodontite
agressive localisée) est caractérisée par la pré-
Une variabilité bactérienne importante en fonction
sence d’un agent étiologique primaire bactérien
des différentes parodontopathies est mise en évi-
qui est Actinobacillus actinomycetemcomi-
dence. Ces pathologies ont été classées en 1999 en
tans30,47.
cinq groupes2.
La microbiologie de la parodontite juvénile gé-
Gingivite associée à la plaque dentaire néralisée (parodontite agressive généralisée) est
(anciennement gingivite chronique réversible) caractérisée par une association de Porphyromonas
Sa flore est composée à 60 % de bactéries à Gram gingivalis et d’autres bacilles à Gram négatif (Eike-
positif, anaérobie facultative ou anaérobie stricte, nella corrodens, Capnocytophaga sp., Actinobacil-
avec principalement Actinomyces sp. et Strepto- lus actinomycetemcomitans, ...)19.
coccus sp.31. La présence, en faible pourcentage,
de bacilles à Gram négatif, anaérobies stricts (Fu- Parodontite associée au VIH (P-VIH)
sobacterium nucleatum et Prevotella intermedia) La composition de la flore bactérienne est proche
est à noter48. de celle des parodontites de l’adulte avec une
augmentation du pourcentage de Campylobacter
Maladies parodontales nécrosantes rectus. Parfois, des entérobactéries peuvent désta-
(anciennement ginigivite ulcéronécrotique biliser la flore buccale31.
[GUN] )
Il faut noter la disparition dans la nouvelle clas-
La flore sous-gingivale est caractérisée par la pré-
sification de la parodontite réfractaire dont l’exis-
sence de bacilles à Gram négatif, anaérobies stricts
tence est discutée.
(Prevotella intermedia et Fusobacterium nuclea-
tum), de spirochètes (Treponema sp.) et des Sele- L’éradication de ces pathogènes parodontaux
monas sp. dits « primaires » doit donc être un objectif théra-
peutique. Or, parfois ces formes de maladies paro-
Parodontite chronique localisée ou généralisée dontales ne peuvent être contrôlées par simple
(anciennement parodontite de l’adulte [PA] ) débridement mécanique associé aux antiseptiques
La flore est dominée par la présence de bactéries habituels, et nécessitent un recours à une antibio-
anaérobies et capnophiles à Gram négatif, avec en thérapie50.
64 V. Orti et al.
Tableau 4 Concentration minimale inhibitrice (CMI) de la doxycycline et de la minocycline pour des bactéries anaérobies.
Micro-organismes Doxycycline Minocycline
CMI50 CMI90 CMI50 CMI90
Gram positif
– Streptocoques 0,2 1 - -
– Actinomyces 0,5 2 - -
Gram négatif
– Fusobacterium 0,125 0,5 0,125 0,5
Antibiothérapie et maladies parodontales 67
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Physiologie de l’hémostase
The Normal Haemostatic Process
T. de Revel (Professeur agrégé du Val-de-Grâce, chef de service
adjoint) a,*, K. Doghmi (Assistant des Hôpitaux des Armées,
spécialiste d’hématologie) a,b
a
Service d’hématologie, Hôpital d’Instruction des Armées Percy, 101 avenue Henri-Barbusse,
92141 Clamart, France
b
Service d’hématologie, Hôpital militaire d’instruction Mohammed V, Rabat, Maroc
MOTS CLÉS Résumé Le processus physiologique de l’hémostase est déclenché par le développement
Hémostase primaire ; d’une brèche vasculaire. Il vise à son obturation et au colmatage de la fuite sanguine par
Coagulation ; deux étapes distinctes mais intriquées et dépendantes l’une de l’autre : l’hémostase
Fibrinolyse ; primaire et la coagulation plasmatique. L’hémostase primaire est le mécanisme d’ur-
Plaquettes ; gence mettant en jeu les plaquettes sanguines circulantes qui adhèrent à l’endothélium
Thrombine ;
pour former le thrombus blanc ou clou plaquettaire. Secondairement, le thrombus
Fibrine ;
Temps de céphaline
plaquettaire est consolidé par la constitution d’un réseau de fibrine qui enserre les
activé ; plaquettes agrégées dans ses mailles. La fibrine insoluble est générée à partir d’une
Temps de Quick protéine plasmatique soluble, le fibrinogène, sous l’action de la thrombine, produit final
de la cascade d’activation enzymatique du système de la coagulation. Le thrombus
fibrinoplaquettaire est secondairement résorbé par la mise en œuvre d’une enzyme
protéolytique, la plasmine, principale protéine du système fibrinolytique. Les différentes
phases de l’hémostase sont hautement régulées par un système d’activateurs et d’inhi-
biteurs plasmatiques assurant un contrôle local de la constitution du caillot et évitant
l’activation de la coagulation à distance de la brèche vasculaire.
© 2003 Elsevier SAS. Tous droits réservés.
* Auteur correspondant.
Adresse e-mail : [email protected] (T. de Revel).
protéase. Le facteur activé a ainsi la capacité d’ac- pent aux processus de la fibrinolyse et de l’inflam-
tiver par hydrolyse un autre facteur dans une véri- mation, tous deux étroitement reliés au système de
table cascade enzymatique. la coagulation.
La vitamine K est nécessaire à l’acquisition des
propriétés fonctionnelles des facteurs II, VII, IX et X Cofacteurs : facteurs V et VIII
dénommés ainsi facteurs vitamine K-dépendants. Les facteurs V et VIII sont dépourvus d’activité
Le rôle de la vitamine K consiste en une carboxyla- enzymatique mais accélèrent les réactions entre
tion des résidus d’acide glutamique de la partie N une enzyme et son substrat, d’où leur nom de
terminale de la chaîne polypeptidique. La carboxy- cofacteurs. Ils sont activés par la thrombine (Va et
lation est nécessaire à la fixation du calcium, véri- VIIIa) qui réalise une hydrolyse partielle des molé-
table pont entre la chaîne polypeptidique et la cules, démasquant ainsi les sites de liaison du co-
surface phospholipidique plaquettaire ou tissulaire. facteur à l’enzyme et à son substrat. Les facteurs
En l’absence de vitamine K, le foie libère des Va et VIIIa ont donc un rôle de potentialisateur des
facteurs décarboxylés très faiblement actifs. interactions enzymatiques et interviennent respec-
La fixation des sérines protéases procoagulantes tivement au sein de deux complexes enzymatiques
à la surface des phospholipides confère trois types de la cascade de la coagulation, le complexe tenase
d’avantages au processus de coagulation : un ac- (VIIIa) et le complexe prothrombinase (Va) (cf.
croissement de la concentration accélérant les in- infra).
teractions entre les différents facteurs, une restric- Ces facteurs ne sont pas vitamine-K dépendants
tion locale de l’activation de la coagulation, une et sont synthétisés dans l’hépatocyte. Le facteur
protection des enzymes procoagulantes vis-à-vis VIII, ou facteur antihémophilique A, circule dans le
des inhibiteurs circulants de la coagulation. plasma associé au VWF qui joue ainsi le rôle de
Les facteurs contacts (facteurs XI, XII, prékalli- protéine transporteuse. Le gène codant pour le
créine), dont la synthèse ne dépend pas de la facteur VIII est situé sur le chromosome X.
vitamine K, sont essentiellement définis par leur
rôle dans le développement de la coagulation du Fibrinogène
plasma in vitro. En effet, leur activation est déclen- Le fibrinogène représente le troisième type de fac-
chée par le contact avec une surface non mouilla- teur de la coagulation, jouant un rôle de substrat
ble (verre du tube par exemple), ou chargée néga- sans activité enzymatique ou catalytique propre. Il
tivement (sous-endothélium). Il semble que leur s’agit du substrat final de la coagulation, hydrolysé
rôle dans l’hémostase physiologique soit mineur, par la thrombine qui le transforme en chaînes inso-
et, bien que leur déficit congénital perturbe gran- lubles de fibrine. Le fibrinogène est synthétisé par
dement les tests de coagulation, les sujets atteints l’hépatocyte et son taux plasmatique est de l’ordre
ne présentent pas de manifestations hémorragi- de 2 à 4 g/l, taux accru lors des états infectieux ou
ques. En revanche, les facteurs contacts partici- inflammatoires ou bien diminué par consommation
Physiologie de l’hémostase 77
neutralise les facteurs enzymatiques dès qu’ils dif- sur le plasminogène est déclenchée lors de son
fusent à distance. adsorption sur la fibrine. La sécrétion vasculaire de
Le système protéine C-protéine S est de décou- t-PA est initiée par de nombreux stimuli d’activa-
verte plus récente. Il s’agit de deux protéines syn- tion de la cellule endothéliale : thrombine, cytoki-
thétisées par le foie sous la dépendance de la nes pro-inflammatoires, anoxie, acidose, stase...
vitamine K. La pro-urokinase ou activateur urinaire du plasmi-
La protéine C est activée par la thrombine après nogène (u-PA), est le second activateur du plasmi-
liaison à la thrombomoduline exprimée par la mem- nogène présent dans de nombreux tissus mais dont
brane endothéliale. La protéine C activée (PCa) en le rôle physiologique est moins connu que celui de
présence de protéine S neutralise les cofacteurs Va la t-PA.
et VIIIa, ralentissant par là considérablement la Les inhibiteurs de la fibrinolyse comportent des
vitesse de génération de la thrombine. Les person- inhibiteurs de la plasmine proprement dits et des
nes présentant des déficits constitutionnels hétéro- inhibiteurs de l’activité du plasminogène.
zygotes en protéine C et protéine S sont à risque L’a–2–antiplasmine est la principale protéine à acti-
accru de thrombose veineuse spontanée ou en pré- vité antiplasmine ; il s’agit d’une glycoprotéine
sence de facteurs de risque surajoutés. Plus récem- synthétisée par la cellule hépatique qui neutralise
ment a été décrite une mutation du gène du facteur la plasmine plasmatique circulante non liée à la
V, rendant la protéine insensible à l’action inhibi- fibrine. Le PAI de type 1 ou PAI-1 est le principal
trice de la protéine C activée : il s’agit de la inhibiteur des activateurs du plasminogène (PAI) ; il
« résistance à la protéine C activée », pourvoyeur s’agit d’une glycoprotéine synthétisée par la cel-
de thromboses familiales d’identification récente. lule endothéliale qui inhibe le t-PA et l’u-PA par
formation d’un complexe covalent. Le PAI-1 est
majoritairement localisé dans les granules a des
Fibrinolyse physiologique plaquettes, et est libéré lors de l’activation pla-
quettaire qui initie le processus de l’hémostase. Le
La fibrinolyse est un processus physiologique per- PAI de type 2 (PAI-2) est un autre inhibiteur synthé-
mettant la dissolution du caillot de fibrine. La tisé par le placenta au cours de la grossesse.
fibrinolyse est bâtie selon la même conception que Ce système très fin de régulation de l’activité de
le système de la coagulation comprenant des molé- la plasmine et de sa restriction à la surface de la
cules à activité protéolytique, qui agissent sur un fibrine explique le fait que la fibrinolyse physiolo-
substrat, contrôlées par un système d’activateurs gique soit un processus qui reste localisé au niveau
et d’inhibiteurs permettant une régulation physio- du thrombus. Son rôle réside en effet dans la lyse
logique très précise. progressive du caillot après la cicatrisation de la
L’enzyme centrale de la fibrinolyse est la plas- brèche vasculaire, mais aussi dans la prévention de
mine qui dérive d’un précurseur plasmatique inac- son extension évitant par là l’occlusion de la lu-
tif, le plasminogène, glycoprotéine d’origine hépa- mière vasculaire.
tique. Le plasminogène possède une grande affinité Une hyperfibrinolyse primitive pathologique
pour la fibrine, et s’y fixe par un récepteur spécifi- avec syndrome hémorragique peut s’observer au
que aux côtés de son activateur, permettant ainsi décours d’interventions chirurgicales intéressant
la génération locale de plasmine via le démasquage des organes très riches en activateurs du plasmino-
des sites protéolytiques. La plasmine protéolyse le gène (t-PA et u-PA). Il existe par ailleurs des ta-
fibrinogène et la fibrine en divers fragments de bleaux de fibrinolyse secondaire à des processus
tailles variables, identifiés comme les produits de pathologiques de CIVD se développant au cours de
dégradation de la fibrine, ou PDF, qui sont quanti- certaines hémopathies ou états septiques sévères.
fiables dans le plasma. Le taux de PDF plasmatiques
est ainsi un reflet de l’activité de la plasmine et
donc de l’activation de la coagulation. Les PDF sont Exploration de l’hémostase
emportés dans le courant plasmatique et épurés au
niveau du foie par le système macrophagique. Tout événement clinique hémorragique pathologi-
La fibrinolyse est contrôlée par deux systèmes que ou tout antécédent de manifestation(s) hémor-
équilibrés d’activation et d’inhibition de l’activité ragique(s) anormale(s) doit faire entreprendre un
de la plasmine. bilan d’hémostase à la recherche d’une cause ac-
Les activateurs principaux du plasminogène sont quise ou constitutionnelle. De même, une explora-
le t-PA (activateur tissulaire du plasminogène) et la tion de l’hémostase doit s’envisager à titre de bilan
pro-urokinase. Le t-PA est une sérine protéase opératoire pour des interventions chirurgicales pré-
d’origine endothéliale dont l’activité protéolytique sentant un risque hémorragique.
80 T. de Revel, K. Doghmi
Temps de Quick
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Distraction alvéolaire
Alveolar distraction
Y. Benchemam (Chef de clinique-assistant) a,*, H. Benateau (Praticien
hospitalier universitaire) b, D. Labbé (Praticien hospitalier) b,
E. Kaluzinski (Praticien hospitalier) c, M. Mundreuil (Praticien
hospitalier) c, P. Sabin (Attaché des hopitaux) b, J.-F. Compere
(Professeur des Universités, praticien hospitalier) b
a
Service de stomatologie, CHU de Saint-Étienne, boulevard Pasteur, 42055 Saint-Étienne cedex 02,
France
b
Service de stomatologie, CHU de Caen, avenue de la Côte de Nacre, 14033 Caen cedex 5, France
c
Service de stomatologie, CHG de Cherbourg, 46, rue Val-de Saire, BP 208, 50102 Cherbourg cedex,
France
MOTS CLÉS Résumé La chirurgie préimplantaire s’est enrichie récemment de la technique de distrac-
Bord alvéolaire des tion alvéolaire. Après avoir rappelé les principales indications et le protocole de distrac-
maxillaires ; tion alvéolaire, les auteurs insistent sur les problèmes retrouvés durant la distraction et
Chirurgie notamment les problèmes de vecteur. Ils présentent enfin quelques cas cliniques.
préimplantaire ;
Distraction osseuse © 2003 Elsevier SAS. Tous droits réservés.
ostéogénique ;
Implants dentaires
Abstract Alveolar distraction is a recently developed method for surgery prior to dental
KEYWORDS implantation. The main indications are reviewed and the treatment protocol is described.
Alveolar ridge;
Problems with this method are discussed, with emphasis on difficulties related to the
Preimplant surgery;
vector. A few clinical cases are presented.
Distraction
osteogenesis; © 2003 Elsevier SAS. Tous droits réservés.
Dental implants
Cet appareillage permet le port de prothèse Buis et Vazquez38 ont proposé récemment un
pendant la période d’élongation, notamment en distracteur qui permet d’éviter dans ces cas précis
cas de déficit étendu. une seconde gingivopériostoplastie.
Aucune équipe n’a pour l’instant rapporté son En effet, les multiples cicatrices muqueuses re-
expérience de distraction alvéolaire sur os « radio- présenteraient un obstacle à la réussite d’une se-
thérapé ». conde greffe osseuse.
Compte tenu de l’absence de support osseux, les
Implants mal positionnés et distraction distracteurs traditionnels ne peuvent être utilisés.
alvéolaire multidirectionnelle Une plaque d’ostéosynthèse positionnée sous la
muqueuse des fosses nasales permet l’appui néces-
Les jeunes patients souffrant d’oligodontie peuvent saire à la translation verticale du fragment ascen-
bénéficier à un âge précoce d’une réhabilitation seur.
prothétique implantoportée. Malheureusement, la D’autres équipes ont proposé la fermeture de
croissance des maxillaires peut entraîner à l’âge larges fentes alvéolaires par distraction alvéolaire
adulte une malposition de ces implants.) antéropostérieure.39
Watzek33,34 a mis au point un prototype de dis-
tracteur alvéolaire permettant des mouvements Distraction verticale des lambeaux libres
multidirectionnels dans ces indications précises et de fibula
a publié huit cas avec déplacement des implants
dans une position prothétique favorable.34 Le lambeau microanastomosé de fibula est un lam-
Mommaerts35 a proposé dans les cas de crête beau de choix pour des reconstructions mandibulai-
alvéolaire hypoplasique secondaire à des agénésies res. Les avantages de ce lambeau sont multiples :
dentaires une distraction alvéolaire par traction • grande quantité d’os prélevable ;
orthodontique sur les dents temporaires dans les • une vascularisation double, périostée et endos-
segments d’ostéotomie. tée ;
• un os bicortical de géométrie tridimentionnelle
Indications orthodontiques de la distraction proche d’une mandibule édentée, et donc
alvéolaire compatible avec une réhabilitation prothéti-
que implantoportée.40
La distraction alvéolaire peut s’appliquer aux dents Cependant, la hauteur limitée de cet os peut
ankylosées, restées en infraclusion. La traction or- poser certains problèmes au plan prothétique.
thodontique sans ostéotomie préalable échoue En effet, il est souvent nécessaire de réaliser des
dans tous les cas. En revanche, la distraction alvéo- couronnes allongées, inesthétiques, engendrant en
laire peut facilement remettre à niveau le plan outre un rapport couronne-racine défavorable qui
occlusal en regard de ces béances localisées. peut conduire à une surcharge des implants.
Hidding36 a décrit plusieurs cas de distraction Certains auteurs ont proposé d’utiliser deux bar-
alvéolaire sur dents ankylosées. Cette technique reaux de péroné superposés,41 d’autres des greffes
n’est évidemment possible qu’avec des distrac- osseuses autologues d’apposition42 afin d’augmen-
teurs sous-muqueux. Shierle37 a proposé un distrac- ter la hauteur.
teur exclusivement fixé sur les dents par l’intermé- Nocini43 puis Chiapasco44 ont publié deux cas de
diaire d’un arc orthodontique pour éviter ainsi le distraction verticale de lambeaux libres de fibula,
risque de lésion radiculaire par les vis de fixation. 1 an après l’intervention initiale, rétablissant une
hauteur compatible avec la pose d’implants dans de
Distraction alvéolaire dans les fentes bonnes conditions anatomiques.
alvéolaires
Cas particulier de la distraction horizontale
Le rétablissement de la continuité osseuse et gingi-
vale dans les fentes alvéolaires est indispensable au Dans un certain nombre de cas de crête alvéolaire
bon positionnement des dents adjacentes à la fente atrophique, la hauteur est conservée mais le déficit
alvéolaire, à l’obtention d’un environnement paro- osseux se fait aux dépens de l’épaisseur de la crête.
dontal, osseux et gingival satisfaisant sur les plans Ces déficits transversaux peuvent être corrigés
fonctionnel et esthétique, et enfin à la bonne crois- par une distraction alvéolaire classique « verti-
sance du secteur prémaxillomaxillaire. cale », jusqu’à une hauteur permettant une régu-
La gingivopériostoplastie réalisée dans les cas de larisation de cette crête atrophique (hypercorrec-
fentes alvéolaires larges peut parfois être insuffi- tion puis régularisation).
sante et nécessiter une seconde intervention avec Chin45 a proposé un artifice chirurgical capable,
greffe osseuse. par une distraction verticale, d’augmenter simulta-
86 Y. Benchemam et al.
nément les dimensions verticales et transversales tant un allongement maximal de 10 mm pour des
de la crête alvéolaire. La technique consiste après déficits alvéolaires localisés et le TRACK 2,3® per-
la réalisation de l’ostéotomie et avant la pose du mettant un allongement maximal de 23 mm pour
distracteur à donner au fragment ascenseur un des déficits alvéolaires plus étendus. Nous rappe-
mouvement de rotation de telle sorte que les ber- lons que, pour Perdrijk et Van Strijen,28,29,30 il est
ges des corticotomies vestibulaires soient espacées préférable en cas de déficit alvéolaire étendu maxil-
de 4 mm et que les berges des corticotomies lingua- laire ou mandibulaire d’utiliser ces distracteurs
les soient en contact. On obtient ainsi une chambre sous-muqueux. Ils permettent alors un meilleur
de régénération osseuse triangulaire avec un vec- contrôle du vecteur de distraction par une stabilité
teur de distraction permettant l’augmentation d’os accrue (due aux attaches osseuses étendues) et par
alvéolaire dans les deux directions voulues. la possibilité de recourber les miniplaques.
Bernini46 propose, lui, une distraction de vecteur Millesi-Schobel50 préconise dans les cas de déficit
horizontal à l’aide de distracteur transosseux alvéolaire étendu mandibulaire un tracé en L inversé
(OGD™ Osteogenic Distractor commercialisé par afin de ne pas augmenter la hauteur alvéolaire en
ACE surgical supply et CAD™ commercialisé par Plan secteur distal qu’il juge inutile et peu conforme au
1 Health). profil naturel de la crête alvéolaire. Il utilise le
Pour ce faire, il est nécessaire de réaliser une même distracteur TRACK® mais complète le tracé
corticotomie transversale, complétée par deux cor- par une ostéosynthèse par microplaque au niveau de
ticotomies verticales et une corticotomie horizon- l’éperon distal du segment ascenseur, afin qu’il ne
tale. s’y réalise qu’un mouvement de rotation.
Gaggl et Schultes47 ont publié la plus grande Il existe un autre distracteur sous-muqueux sem-
série de distraction transversale (sept patients, blable au système TRACK®, le système « Verona »®
14 implants appareillés avec succès). commercialisé par Medicon Instrumente et utilisé
lIs insistent sur les particularités techniques des par Nocini.51
distractions transversales :
• incision muqueuse paracrestale ; Distracteurs transosseux
• corticotomie transversale ;
• distraction quotidienne de 0,35 mm du fait des Le chef de file des distracteurs utilisant une vis
dimensions réduites du fragment ascenseur. centrale transosseuse est le distracteur LEAD Sys-
tem® (Leibinger Endosseous Alveolar Distraction
system) commercialisé par les laboratoires Leibin-
Différents types de distracteurs ger. C’est le distracteur utilisé par Chin,45,48 le
précurseur de la distraction alvéolaire. Il est cons-
Il existe trois grands types de distracteurs alvéolai- titué d’une vis centrale maintenue par deux mini-
res : les distracteurs sous-muqueux, les distracteurs plaques. Ce système permet une augmentation de
trans-osseux et les implants-distracteurs. volume de l’os alvéolaire dans les sens vertical,
horizontal et antéropostérieur. L’inconvénient de
Distracteurs sous-muqueux cet appareil est l’intégration des plaques dans le
cal osseux, celui-ci pouvant être lésé lors de l’abla-
Le système TRACK 1,5® (Tissue Regeneration by tion du matériel. Par ailleurs, il n’est utilisable
Alveolar Callus distraction-Köln) commercialisé par qu’en cas de déficit assez localisé.
Martin Medizintechnik GmBH est un distracteur en Le GDD® (Gröningen Distraction Device) com-
titane permettant un allongement maximal de mercialisé par Martin Medizintechnik GmBH et uti-
15 mm. Il est utilisé par Hidding et al.49 Il est lisé par Raghoebar52 est constitué d’une vis guide,
constitué d’un système à vérin relié à des minipla- de deux vis de distraction et de deux extensions. À
ques d’une largeur de 50 mm permettant une dis- l’ablation des vis de distraction, ceux-ci sont rem-
traction sur un déficit étendu. Ces miniplaques placés par des implants. Ce distracteur est surtout
peuvent être coupées si nécessaire, la fixation des utilisé dans des cas de mandibules atrophiques.
miniplaques se faisant à l’aide de vis monocortica- Raghoebar52 rapporte 14 cas avec perte d’un seul
les. Le système est fourni avec le tournevis d’acti- implant.
vation (1 tour = 0,5 mm). Les distracteurs ACE Osteogenic Distractor®
C’est l’un des seuls distracteurs autorisant le commercialisés par ACE Surgical Supply et les dis-
transport de fragments porteurs de dents ankylo- tracteurs CAD TM® commercialisés par Plan
sées. 1 Health sont quasi identiques. Ils comportent une
Depuis peu, le système TRACK® s’est enrichi de vis centrale télescopique permettant une distrac-
deux nouveaux distracteurs, le TRACK 1,0® permet- tion alvéolaire de bonne qualité de 5 à 10 mm53. Il
Distraction alvéolaire 87
distraction par un élastique orthodontique de téogènes dans le site greffé, ainsi que la dispersion
vestibuloversion ; des particules greffées par le biais des membranes.
• l’ascension du fragment distracté est guidée en Ces membranes résorbables (treillis de Vicryl®)
encerclant la vis de distraction par un arc ou non résorbables (Gore-Tex® ou titane) utilisées
orthodontique rigide fixé sur les dents adja- en association avec une greffe osseuse, des bioma-
centes ; il est fondamental de positionner l’arc tériaux et des facteurs de croissance osseux
orthodontique près du plan occlusal afin de ne (plasma riche en plaquettes) produisent indénia-
pas gêner l’ascension du fragment distracté ; blement une certaine quantité d’os néoformé.
• en cas de distraction alvéolaire étendue sans Néanmoins, les résultats en termes d’augmenta-
dents adjacentes permettant d’appliquer les tion de la crête alvéolaire sont limités (au maxi-
techniques précitées, la distraction selon le mum 5 mm) et les complications non négligeables
vecteur désiré est guidée en incluant la vis de (infection).72
distraction dans une attelle acrylique.
Une solution prothétique est également possible
avec la réalisation de prothèses implantoportées en Biomatériaux
porte-à-faux avec des contraintes mécaniques dé-
favorables. Ceci est en accord avec les premières Ils sont rarement utilisés seuls ; ils sont réputés
études de Bränemark de réhabilitation implanto- pour leur importante résorption et les risques im-
portée sur mandibule édentée totale qui compor- portants d’infection.4 Il s’agit essentiellement de
tait des porte-à-faux importants (supérieurs à matériaux bioactifs créant des ponts ostéogéniques
1 cm), avec cependant une stabilité dans le temps avec le tissus osseux (phosphates de calcium).
des implants.
Figure 8 Fin de la distraction (j12) avec une légère hypercor- Figure 10 Pose de deux implants dans le même temps opéra-
rection souhaitée. toire.
Distraction alvéolaire 93
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EMC-Dentisterie 1 (2004) 101–117
www.elsevier.com/locate/emcden
Céramiques dentaires
Dental ceramics
J.-M. Poujade (Ancien assistant hospitalo-universitaire) *,
C. Zerbib (Assistante hospitalo-universitaire), D. Serre
(Maître de conférences des Universités)
MOTS CLÉS Résumé Les propriétés biophysiques des matériaux céramiques ont permis leur utilisation
Céramique ; dans de nouvelles applications cliniques. Avec le développement croissant de nouveaux
Prothèses ; produits, il est important pour le clinicien de connaître leur classification et de compren-
Cosmétique dre les facteurs qui vont conduire au succès ou à l’échec de la réalisation prothétique.
Afin d’évaluer un nouveau procédé, il faut garder à l’esprit une série de questions
concernant les qualités mécaniques, l’importance de la réduction tissulaire, l’esthétique,
le joint marginal, l’abrasion, les études cliniques et le coût. Au cours des 10 dernières
années, l’application des procédés de haute technologie a conduit au développement de
nouveaux matériaux céramiques pressés, injectés et «slip-casting ». Cet article propose
une revue des nouvelles céramiques incluant la leucite, l’alumine, le spinelle et la
zircone. Le rappel des propriétés mécaniques et leur procédé d’élaboration est décrit.
Les procédés automatiques de production des restaurations prothétiques, la qualité des
matériaux employés ouvrent de nouvelles perspectives thérapeutiques, les systèmes
classiques et CAO/CFAO sont décrits afin que chacun puisse objectivement choisir et
assurer le succès clinique. La recherche continue d’élaborer des matériaux de restaura-
tion plus résistants, plus esthétiques et permettant de multiples applications cliniques
telles que couronnes, bridges, inlays et onlays.
© 2003 Elsevier SAS. Tous droits réservés.
KEYWORDS Abstract The properties of ceramic materials including biocompatibility, stability, dura-
Ceramics; bility and optical qualities have resulted in new clinical applications. With more and more
Porcelains; materials being introduced it is important that dentists understand the variety available
Cosmetic and the factors which will contribute to the success or failure of the restoration. When
faced with the task of evaluating a new or alternative ceramic system you should have a
number of question in mind : the flexural strenght, tooth reduction needed, aesthetic,
marginal fit, abrasivity, clinical studies support and cost. For the last ten years, the
application of high-technology process to dental ceramics allowed for the development of
new materials such as heat-pressed, injection-molded and slip-cast ceramics . This paper
review advances in new materials and process available for ceramic restoration. The most
recent ceramic materials are review including leucite, alumina, spinel and zirconia. An
overview of mechanical propertes is included. The automatic production methods for
dental restorations, the high quality of the materials used have opened up new possibili-
ties in therapy, the current state of analog and CAD/CAM systems is described and
analysed to make an informed decision and maximize clinical success. Research is
continuing to develop materials which are strong, aestheticand suitable for multiple
applications, including crowns, bridges, inlays and onlays.
© 2003 Elsevier SAS. Tous droits réservés.
* Auteur correspondant. Jean-Marc Poujade, 137, avenue Victor-Hugo, 83700 Saint-Raphaël, France.
Introduction Généralités
Tableau 2 Classification des céramiques suivant leur intervalle de fusion (D’après Sadoun M. 1995).
Type de céramiques Température de fusion Indications
Céramique haute fusion 1280 °C-1390 °C Prothèse adjointe
Céramique moyenne fusion 1090 °C-1260 °C « Jacket » ou matrice platine
Céramique basse fusion 870 °C-1065 °C Céramométallique pour émaillage des métaux
Céramique très basse fusion 660 °C- 780 °C Céramométallique pour émaillage du titane et de l’or
à bas intervalle de fusion
104 J.-M. Poujade et al.
épaisseur à laquelle l’aspect de la porcelaine est ture.19,83 Il existe une différence d’adhérence
rigoureusement identique, que cette dernière soit significative de la céramique selon le traite-
sur fond noir ou blanc) brevetée par CeramCo, ment de surface effectué (sablage à 50 lm
constitue le moyen de s’assurer que les teintes des laissant un film d’oxyde de 0,4 lm, et sablage à
différentes porcelaines (opaques, dentines, 100 lm laissant un film de 0,2 lm) ;24
dentines-opaques et modificateurs de dentine) sont • une liaison par compression de la céramique
parfaitement coordonnées entre elles, dans un sys- sur l’armature durant la cuisson. Cette réten-
tème complet de correspondance de teintes. tion est permise par l’adaptation des coeffi-
C’est le système de communication des couleurs cients de dilatation thermique des différentes
(CCS). couches de céramique entre elles, avec des
La fluorescence est aussi représentée depuis les valeurs décroissantes en progressant vers la
opaques jusqu’aux maquillants de surface et à la surface de la restauration.62
glazure, en passant par la dentine et l’émail. Les différentes céramiques pour titane actuelle-
ment sur le marché sont des céramiques pour titane
Céramiques « basses fusion » pour appartenant à la famille des céramiques « basse
titane4,10,28,46,53,54,75,76,79 fusion » dont la recherche a été relancée intensive-
ment avec le titane. Aujourd’hui, les propriétés de
L’intérêt croissant pour le titane en prothèse den- ces céramiques s’annoncent équivalentes à celles
taire ne devait pas être freiné par l’impossibilité de des céramiques conventionnelles grâce à l’amélio-
le recouvrir par un cosmétique. Pour pouvoir être ration de leurs propriétés physiques et chimiques
employé en technique céramométallique sur ti- qui étaient leurs points faibles. Elles se caractéri-
tane, le matériau céramique doit répondre à une sent par une température de transition vitreuse
exigence technique principale, le coefficient de relativement basse (500 °C).60
dilatation thermique doit être bas, en accord avec Les céramiques spécialement développées pour
celui du titane (8,4 à 8,7 × 10-6 /°C) sinon il se le titane cuisent nécessairement en dessous de
produit des craquelures et des tensions, dans le 882,5 °C.
corps, néfastes à leurs propriétés mécani- Malgré un début relativement confidentiel, les
ques.19,43,44 céramiques sur titane sont représentées par quatre
En effet, pour assurer une liaison satisfaisante, il marques différentes : Detrey TiBond® - Vita Titan-
est admis que les coefficients de dilatation thermi- keramik® - Ducératin® - Noritake T122® ; une cin-
que (CDT) de la céramique et de la chape titane quième est désormais à notre disposition : Trice-
doivent être aussi proches que possible, avec tou- ram® (groupe Dentaurum numéro CE 0483)
tefois, celui de l’alliage légèrement supérieur (dans (Tableau 6).
un rapport de 10 à 15 %) pour créer un effet de
compression dans la céramique.62 Outre ce facteur,
on sait que le titane change de structure cristallo-
Matériaux pour céramiques sans
graphique à 882,5 °C, lorsque la température est
supérieure à 882,5 °C, il devient cubique centré (en armature métallique1,55,97
phase ß). Ces modifications structurales sont irré-
versibles avec une persistance partielle, après re- La double composition vitreuse et cristalline des
froidissement, de phase ß, à l’origine d’une varia- céramiques a permis durant cette décennie l’élabo-
tion dimensionnelle néfaste. Ceci implique l’emploi ration de nouveaux matériaux et procédés de res-
d’une céramique basse fusion dont la température tauration tout céramique tels que le slip-casting, la
de cuisson doit être inférieure à 882,5 °C.82 pressée à chaud et l’usinage.23
Les propriétés particulières du titane entraînent Ces matériaux peuvent être classés suivant la
la conception de céramiques nouvelles adaptées technique d’élaboration et aussi suivant la compo-
aux exigences spécifiques de ce métal. La rétention sition de leur phase cristalline.93
céramique-titane est le fait de trois facteurs prin-
cipaux, communs à toute rétention de céramique Céramiques frittées
sur une armature métallique :
• une liaison chimique, par la réalisation d’une Céramique feldspathique renforcée à la leucite :
réaction entre la couche d’oxyde superficielle Optec HSP®
et la céramique 19,61 ; Optec HSP® est une céramique contenant plus de
• une liaison mécanique, grâce à une fluidité 45 % en volume de leucite tétragonale, ce qui
suffisante, la porcelaine peut se glisser entre augmente fortement sa résistance à la rupture et à
les interstices présents à la surface de l’arma- la compression et lui confère un coefficient de
Céramiques dentaires 109
50
Tableau 6 Comparatif des différentes propriétés des céramiques pour titane commercialisées (d’après Praud C. ).
Résistance mécanique Solubilité chimique Coefficient de dilatation Dureté Vickers
(MPa) (lg/cm2) (/°C à 400°) (200 g)
DETREY TIBOND
Opaque A3 85,4 820 °C (27,1) 830 °C 8,3 10-6 640
Dentine A3 71,5 820 °C 42,5 790 °C 8,1 10-6 -
VITA
Opaque A3 72,7 840 °C 95,0 860 °C 10,2 10-6 588
Dentine A3 53,7 840 °C 25,8 860 °C 8,2 10-6 -
DUCÉRATIN
Opaque A3 75,0 775 °C 78,7 785 °C 9,1 10-6 543
Dentine A3 65,4 775 °C 58,0 785 °C 8,5 10-6 -
NORITAKE
Opaque A3 82,1 830 °C (23,0) 830 °C 7,4 10-6 557
Dentine A3 69,2 810 °C 31,5 810 °C 7,9 10-6 -
TRICÉRAM
Opaque A3 90,2 55 8,8 10-6 580
Dentine A3 85 31 8,5 10-6 -
dilatation thermique (CDT) élevé. La différence de tion comme restauration et conduit à un produit
CDT entre la leucite (22 à 25 × 10-6 / °C) et la final homogène en comparaison des céramiques
matrice vitreuse (8 × 10-6 / °C) entraîne le dévelop- feldspathiques. La céramique de verre à base de
pement de forces compressives tangentielles mica (aluminosilicate de magnésium) compose le
autour des cristaux de leucite qui s’opposent à la procédé Dicor®. La phase cristalline principale
propagation des microfractures et renforce le ma- (45 %) est le fluormica-tétrasilicic (K2Mg5-Si4-O10-
tériau. F2). Au sein de la matrice de verre, les cristaux de
mica sont fortement enchevêtrés formant une
Céramique feldspathique renforcée à l’alumine : structure en « nid d’abeilles » donnant sa résistance
Hi-Céram® au matériau et leur orientation aléatoire s’oppose à
La chape alumineuse est l’exemple typique de la propagation des fêlures.38,39
l’augmentation des propriétés physiques par l’ad- Le Dicor® est le plus translucide des matériaux
jonction d’une phase cristalline représentant 40 à mais ses propriétés mécaniques 90 à 120 MPa ont
50 % en poids. L’alumine a un haut module d’élas- limité son utilisation. Le système Dicor® n’est plus
ticité (350 GPa) et une résistance à la rupture utilisé, mais il a permis d’ouvrir la voie vers les
élevée (4 MPa.m1/2). Sa dispersion au sein de la procédés actuels qui lui sont proches.
matrice de verre de CDT similaire entraîne la majo-
ration de la résistance physique. Le procédé Hi- Céramiques de verre
Céram® en est l’expression récente.
À base d’hydroxyapatite et de disilicate de lithium,
elles ont été utilisées à titre expérimental.
Céramique feldspathique renforcée à la zircone
Des fibres de zircone tétragonale sont incluses dans
une céramique feldspathique conventionnelle. La Céramiques pressées à chaud
zircone subit une transformation cristallographique
à 1173 °C et l’utilisation d’oxydes (CaO, MgO, Y2O3 Céramique feldspathique renforcée : Empress®
et CeO) permet sa stabilisation à température am- La structure finale de l’IPS Empress® présente 40 à
biante. Cette propriété cristallographique permet 50 % en volume d’un cristal tétragonal de leucite
de stopper la propagation des craquelures de sur- (K2O-Al2O3-4SiO2). Les cristaux mesurent de 1 à
face. La zircone stabilisée par l’yttria augmente 5 lm et sont répartis au sein d’une matrice de
fortement la résistance à la fracture et aux chocs verre. La résistance à la flexion est augmentée par
thermiques. Toutefois, les propriétés optiques et la la pressée à chaud (120 MPa) et les cuissons (160 à
température de fusion sont modifiées. 180 MPa), ce résultat est dû à la répartition des fins
cristaux de leucite et aux forces compressives is-
Céramiques coulées sues du refroidissement entre les cristaux et la
matrice.23 Les restaurations sont très translucides
Céramique de verre à base de mica : Dicor® mais moins que le Dicor®. L’utilisation en région
Le contrôle thermodynamique de la nucléation des canine et postérieure montre un taux d’échec élevé
cristaux dans la phase vitreuse permet son utilisa- pouvant atteindre 15 % à 7 ans.38
110 J.-M. Poujade et al.
D’autres systèmes basés sur ce principe existent • Pro CAD® Ivoclar est une céramique feldspathi-
comme le système OPC® de Jeneric Pentron, le que renforcée à la leucite. Résistance à la
système Finesse® de Ceramco et le système Vita- flexion 3 points 180 à 200 N/mm2.
press® Oméga 900 de Vita. Tous ces procédés ont
les propriétés mécaniques de l’OPC (150 à 160 MPa) Céramique préfrittée
dues à leur finesse de grain de 3 lm et une concen- In-Céram préfritté Alumina® est d’une structure
tration optimale de 55 % en volume. plus homogène (taille des particules) que le maté-
riau destiné à la barbotine, sa teneur en oxyde
Empress II® d’alumine est de 80 %. Infiltré avec un verre de
La structure finale de l’IPS Empress II® présente lanthane, sa résistance à la flexion avoisine celle de
70 % en volume d’un cristal de silicate de lithium l’oxyde d’alumine très pure (500 MPa).
(Li2O-2SiO2). Les cristaux mesurent de 0,5 à 4 lm. In-Céram Spinelle® renforcé par Mag.alumin.spi-
La résistance à la flexion approche 320 à 350 MPa. nel (MgAl2O4) : résistance à la flexion 3 points
La structure du matériau et celle de la céramique 292 N/mm2. Le matériau présente une grande
de recouvrement sont totalement différentes de translucidité.
l’IPS Empress® et non compatibles. Avec un seul In-Céram Zirconia® : le mécanisme de renforce-
pontique, les bridges sont possibles jusqu’à la 2e ment du matériau (ténacité à la rupture) par les
prémolaire, 38,45 le taux de succès récent est bon. cristaux de zircone s’explique par le changement
de structure du cristal qui passe d’une structure
Céramiques frittées puis infiltrées : tétragonale métastable à une structure monocycli-
In-Céram® que avec augmentation de volume, dissipant
l’énergie de la fissure.
La proportion d’alumine contenue dans le produit
slip-cast est de 90 % au moins avec des particules de Procera AllCéram®
tailles comprises entre 0,5 et 3,5 lm. Après cuisson Elle est composée de grains d’alumine pure agglo-
(1100 °C) la chape d’alumine poreuse est infiltrée mérés, sous haute pression, sur une réplique de la
lors d’une deuxième cuisson (1150 °C) par un verre préparation puis usinée pour l’extrados. Un frittage
de lanthanum. entre 1600 °C et 1700 °C pendant 3 heures
La forte agrégation des particules d’alumine et « soude » les grains entre eux pour donner à la
la réduction de porosité par l’interpénétration des chape polycristalline sa résistance finale sans phase
deux phases confère à la restauration ses propriétés vitreuse (600 MPa).
mécaniques (450 à 600 MPa).
In-Céram Spinelle® est renforcé par une poudre Zircon TZP®
de magnésium aluminate de structure cristalline de La zircone subit une transformation cristallographi-
type MgAl2O4. Les grains de 1 à 5 lm occupent un que à 1173 °C et l’utilisation d’oxydes (CaO, MgO,
volume de plus de 8 % qui confère à la restauration Y2O3 et CeO) permet sa stabilisation à température
ses propriétés mécaniques (350 MPa). Le spinelle ambiante.
est 40 % plus translucide, mais 20 % plus fragile que La zircone pure, oxyde de zirconium (ZrO2 : 93 %
l’Alumina. Y2O3 : 5 % HfO2 : 2 %) est un polycristal tétragonal
In-Céram Zirconia® est renforcé par de l’alumine stabilisé par l’yttrium et l’afnium. Sa résistance à la
pour 67 % et de la zircone pour 33 %. Les grains de flexion est la plus élevée avec 900 MPa. Ces pro-
1 à 5 lm avec un volume de plus de 85 % confèrent priétés mécaniques deux fois plus élevées que l’In-
à la restauration ses propriétés mécaniques Céram Alumina® et l’Empress II®, vont permettre
(750 MPa). Les grains de zircone ont un pouvoir son utilisation pour des bridges postérieurs et aussi
d’absorption des contraintes par changement de de réduire l’épaisseur des armatures. La dureté
volume de 3 % et font obstacle à la propagation des élevée (490 HV02) du matériau allonge le temps
fractures. d’usinage34 (Tableau 7, Fig. 1, 2).
Céramiques usinées
Différents systèmes de céramique sans
Céramique feldspathique renforcée support métallique
• Vita Mark II® et Vita Celay® sont une céramique
feldspathique renforcée par du cristal de sani- Historique des anciens systèmes
dine (KAlSi3O8) au sein d’une matrice vitreuse.
La sanidine rend opaque le matériau. Résis- La céramique fut introduite dans l’art dentaire au
tance à la flexion 3 points 120 N/mm2.100; XVIIIe siècle par Alexis Duchateau et développée
Céramiques dentaires 111
par Dubois de Chement.48,59 Au début, les restau- ramiques pour prothèses amovibles, confection-
rations esthétiques furent élaborées à partir de nées à partir de poudres fines de céramique, cuites
facettes préfabriquées incluses dans l’armature ou sous vide.
de restaurations « tout céramique » sur une feuille À la fin des années 1970 apparaissent les cérami-
de platine au demeurant très fragile.25,48 En 1958, ques sur feuille, 56,68,69,94 qui bien que commercia-
apparaissent les premières dents prothétiques cé- lisées sous différentes formes et d’élaboration
aisée n’ont pas obtenu un succès clinique car
[MPa]
1000
d’autres types de céramique sont apparus. En ef-
fet, au cours des années 1970, de nouvelles techni-
900
800 9
700 9
600 8
500
7
400
5,6
300 6
200 4,7
5
Dureté
100 [MPa m 1/2]
4 3,2
0
A B C D E F G H I J K
3 2,5
Céramiques 2
1,8
Dicor In-Céram Spinell 2 1,2
fusionnées au métal Empress II 1
SiO2-barbotine, Optec HSP In-Céram
1
IPS Empress In-Céram renforcées ZrO2
Cerek Mark II Zircone-TZP
conventionnelles pressées 0
90 120 200 240 400 410 410 530 930
Figure 1 Qualités mécaniques des céramiques : résistance en
flexion (d’après Tinschert J.97). A : céramiques Dicor ; B : Résistance en flexion [MPa]
céramiques fusionnées au métal ; C : céramiques SiO2-
barbotine, Optec HSP ; D : céramiques IPS Empress ; E : cérami- Omega MK II Empress
Dicor MGC In-Céram IPS Empress 2
ques Cerec Mark II ; F : céramiques conventionnelles pressées ; In-Céram Alumina In-Céram Zirconia Zirconia
G : céramiques In-Céram-Spinelle ; H : céramiques Empress II ; I :
céramiques In-Céram ; J : céramiques In-Céram renforcées Figure 2 Propriétés mécaniques des matériaux de restauration
ZrO2 ; K : céramiques Zircone-TZP. « tout céramique ».
112 J.-M. Poujade et al.
ques de réalisation de couronnes céramiques sans minimale de 0,8 mm pour les coiffes et une
collier métallique remplacent la couronne « Jac- connexion de 4 × 4 mm entre l’élément intermé-
ket » classique.18,66 L’acte de naissance de cette diaire et l’élément pilier. Une tige d’alimentation
construction est antérieur au siècle et la paternité est fixée sur chacun des éléments piliers puis on
doit en être attribuée à C.H. Land qui a déposé le procède à la mise en revêtement. Après que le
brevet en 1887.48,57,59,73 L’idée d’éliminer la cylindre ait atteint la température de 850 °C lors
feuille d’or et de la remplacer par l’application d’une montée progressive en température, un lin-
d’une céramique de haute résistance sera bientôt gotin est ensuite placé dans le conduit et l’ensem-
obtenue par les céramiques alumineuses.58,66 Dans ble est placé sur le support du four qui effectue
celles-ci, la dispersion de cristaux de céramique de automatiquement le cycle de pressée à une tempé-
haute résistance à l’intérieur de la matrice de verre rature de 990 °C pour le concept de stratification et
augmente la résistance et le module d’élasticité de de 1075 °C pour le concept de colorisation. Le
l’ensemble. Mc Lean et Hughes67 utilisent ce pro- bridge est adapté sur le modèle de travail et une
cédé pour réaliser la première coiffe porcelaine première cuisson de connexion est réalisée à
alumineuse qui ouvrira la voie aux procédés Céres- 800 °C. On procède ensuite à l’élaboration de la
tore® et Hi-Céram®.17,18,25 pièce prothétique avec la céramique IPS Empress
Au cours des années 1980, les céramiques de II®, qui est adaptée au coefficient de dilatation
verre sont introduites sur le marché. Grossman et thermique du matériau pressé. Sa température de
Adair proposent une nouvelle expression de la vitro- frittage est de 800 °C, et le glaçage s’effectue à
céramique, que la firme De Trey commercialise 770 °C. Le temps de réalisation d’une pièce pressée
sous le nom de Dicor®.41 La transparence du Dicor® est de 3 à 4 heures. Elle est destinée à la réalisation
procure un effet de mimétisme caméléon avec les de couronnes unitaires, facettes, inlays et bridges
dents adjacentes. Bien que très esthétique, la fra- 3 éléments jusqu’à la seconde prémolaire (résis-
gilité des restaurations collées a limité son utilisa- tance à la flexion
tion. 350 MPa).2,6,9,14,20,26,36,37,45,47,49,78,95
En 1985, Michaël Sadoun met au point le slip- D’autres systèmes sont basés sur le même prin-
casting, procédé d’élaboration simple permettant cipe. On trouve principalement :
d’obtenir une coque d’alumine avec une capacité • OPC System® (Jeneric Pentron) ; 30
de résistance suffisamment importante pour per- • Finesse All-Ceram® (Ceramco) ; 14,63
mettre de réduire son épaisseur et de la rendre • Cera Quick-Press® (Elephant).5
comparable avec une chape métallique convention-
nelle.8,33,65,70,89 Ce n’est qu’en 1989 que la firme Systèmes à usinage
Vita commercialise le procédé avec l’appellation Il faut distinguer les procédés selon la technique
In-Céram®. Cette nouvelle céramique montre à la d’acquisition par la lecture optique (rayon laser) ou
fois la plus grande résistance à la flexion et à la mécanique (palpeur) du die (ou de la maquette).
rupture de toutes les céramiques disponibles ac- L’usinage de l’infrastructure prothétique se fait au
tuellement.80 laboratoire ou dans un centre spécifique dédié à la
Le développement de céramiques de haute résis- méthode.
tance sera le fer de lance de la recherche de ce
nouveau siècle21,32,89 (Fig. 1). Procédé Celay®
Le procédé Celay® est une technique de reproduc-
Nouveaux systèmes de céramique dit « tout tion mécanique, permettant de réaliser des restau-
céramique » rations tout céramique (sans armature métallique).
Le procédé Celay® permet l’usinage des couronnes
Systèmes pressés et des bridges par fraisage. Sur le maître modèle
Empress II® (Ivoclar) : après l’Empress I®, précur- est d’abord fabriquée une maquette en composite
seur en la matière, dont la résistance en flexion photopolymérisable sous vide nécessaire à la copie.
était de 117 MPa, la société Ivoclar a développé un La prothèse définitive est découpée dans un bloc de
nouveau produit à base de disilicate de lithium céramique. Un palpeur, guidé manuellement, suit
permettant d’augmenter sa résistance à la flexion à les contours de la restauration témoin. La reconsti-
350 MPa (soit 3 fois celle de l’IPS Empress I®). Cette tution esthétique et anatomique de la dent est
haute résistance permet la réalisation de petits faite classiquement par couches successives avec la
bridges ainsi qu’un scellement conventionnel dans céramique Vitadur alpha®. En fonction des indica-
les cas favorables. La technique de mise en œuvre tions (inlays, onlays, couronnes partielles ou facet-
reste simple puisqu’il convient de réaliser une in- tes), différents matériaux sont utilisables : cérami-
frastructure en cire en respectant une épaisseur que feldspathique, In-Céram Alumina, In-Céram
Céramiques dentaires 113
Spinelle... Cette méthode convient également pour concernant les dents antérieures est similaire pour
les couronnes jaquettes des moignons d’implants les systèmes de restauration tout céramique In-
unitaires.1,80,81,91 Céram®, IPS Empress®, Procera® et Cerec®.
Pour Oden et Robbiani, 74,87 le Procera® présente
Procera® (Nobel Biocare) 96,9 % de taux de succès.12,21,32,90
Destiné à la réalisation de couronnes céramocéra-
miques antérieures et postérieures, c’est le sys- Système Cerec®
tème le plus solide mais également le plus lourd en Le système Cerec® existe depuis 1987, depuis 1993
investissement et en gestion du temps dans les dans sa version 2 et cette année est apparue la
systèmes pressés. L’accès au système implique la version 3 et le Cerec Lab®29,52 (Fig. 3).
possession d’un scanner, d’un ordinateur et d’un Cette machine-outil à commande numérique est
modem pour transmettre après analyse les données conçue pour usiner un plot de céramique à partir
informatiques vers la station de fabrication des d’une empreinte optique réalisée par une caméra
chapes en Suède. Après avoir préparé le die, il est et d’un logiciel de traitement de l’image. Le Cerec
fixé sur un support qui, par un système rotatif, va 2® permet de réaliser toutes les restaurations uni-
permettre à un palpeur d’enregistrer environ taires, inlays, onlays et facettes mais aussi les
30 000 points de mesure afin de reproduire la forme couronnes dont on décrit trois types : couronne
exacte du moignon. Ces données numériques digi- simplement maquillée, couronne réduite complé-
talisées sont transmises sur un écran pour permet- tée par apport de céramique cosmétique, et chape
tre au prothésiste de définir la limite cervicale très Alumina Vita secondairement stratifiée. L’indica-
précisément. Il peut également définir l’angle tion de chaque type se fait en fonction des deman-
d’émergence de la chape, son épaisseur et sa des esthétiques. Pour une couronne maquillée, réa-
forme. L’empreinte optique est ensuite transmise lisée au laboratoire, l’empreinte optique est faite
par modem sous forme de fichier à la station Pro- sur le moulage en 4 minutes. L’usinage du bloc de
cera en Suède. Là-bas, deux copies du die sont céramique monochrome demande quant à lui, un
fraisées à l’aide d’une machine-outil, dont l’une apport de maquillants de surface. Ce type de réali-
est surdimensionnée de 20 % pour compenser le sation, dont la teinte ne peut être parfaite, est à
retrait de l’alumine lors du frittage. La seconde réserver au secteur molaire. La couronne réduite
copie sert au contrôle de l’ajustage après cuisson. est obtenue à partir d’une fonction spécifique du
Une poudre d’oxyde d’alumine de très grande pu- logiciel qui permet de réduire sélectivement les
reté est compactée et pressée sur le die surdimen- épaisseurs sur lesquelles on veut secondairement
sionné positionné dans un moule spécifique subis- ajouter de la céramique cosmétique qui améliore
sant une pression d’environ 2 tonnes, c’est ce qui considérablement le résultat obtenu. Le système
confère la densité et l’homogénéité parfaite néces- Cerec 2® permet d’obtenir par usinage une chape
saire à la dureté de la chape. La forme extérieure sans devoir passer par les étapes de barbotine, ce
est obtenue par fraisage puis la pièce est frittée qui évite par ailleurs tout risque de bulles au sein de
entre 1 600 et 1 700 °C pendant 3 heures. La chape la chape. Celle-ci est obtenue en 6 minutes, cali-
en alumine frittée est ajustée sur le die de contrôle brée par informatique aussi bien pour l’intrados
et expédiée en 48 heures par courrier express au que pour l’extrados. Elle est d’une épaisseur par-
laboratoire. La céramique cosmétique utilisée doit faitement régulière d’environ 6/10 de mm, ce qui
être compatible avec le CDT de la chape alumine permet une infiltration avec le verre. Le traitement
qui est de 7 × 10-6 °C. La société Ducera a donc informatique demande 1 à 2 minutes. Le poids du
élaboré une céramique appropriée et commerciali- verre d’infiltration est de 20 % du poids initial de la
sée sous le nom de AllCeram®. La résistance à la chape, l’infiltration elle-même se faisant par capil-
flexion est de 687 MPa.1,3 larisation. La céramique cosmétique Vitadur alpha®
Un des points forts de cette céramique cosméti- est ensuite montée par stratification et/ou seg-
que est sa finesse de grains qui lui confère une mentation selon les habitudes de chacun.
moindre rétraction après la cuisson à 910 °C. Sa Le système Cerec®, conçu initialement pour rem-
surface tendre et facile à polir présente également placer de façon extemporanée les amalgames par
l’avantage de limiter l’usure des dents naturelles. des inlays de céramique, a considérablement évo-
La technique de scellement du Procera® est lué du fait des grandes possibilités de la machine et
similaire aux techniques de scellement des céramo- des performances de l’informatique. Si le Cerec 1®
métalliques et ne nécessite aucun mordançage. La ne permettait de faire que des pièces prothétiques
couronne peut être scellée à l’aide d’un verre d’un ajustage médiocre, il en est tout autrement
ionomère, de ciment oxyphosphate, de Vitremer® pour le Cerec 2® qui permettrait une précision
ou de ciment composite.11 Le risque de fracture cervicale de l’ordre de 20 lm. Le système est en
114 J.-M. Poujade et al.
Figure 3 Réalisation au laboratoire d’une armature tout céramique par le procédé CAO/CFAO Cerec In Lab ®.
A. Chaîne technique Cerec In Lab ®.
B. Scanning du die.
C. Identification des limites de la préparation sur l’image du die.
D. Insertion du bloc d’usinage In-Céram® Alumina et usinage de l’armature dans le bloc In-Céram® Alumina.
E. Armature avant finition.
évolution permanente, ainsi le Cerec 3® permet de per et perfectionner les machines automatiques de
réaliser aujourd’hui des bridges de trois élé- conception et de fabrication de coiffes partielles et
ments.13,71,92 totales, armatures de bridge, inlays, onlays et
« abutements » pour implants afin d’améliorer,
Autres procédés d’usinage d’optimiser le temps laboratoire et le temps cabi-
D’autres procédés d’usinage sont également com- net dentaire. Il est important de prévoir un délai
mercialisés. On trouve principalement : convenable entre la réception de l’empreinte et la
• DCS Precident® (Dental AG Suisse) ;40,42,96 fourniture de la prothèse. Malgré les résultats très
• Cicero® (Computer Integrated Ceramic Recons- prometteurs et le taux réduit de fractures, des
truction) ;22,98 études relatives à la longévité des couronnes « tout
• Digital Dental System (Cynovad PRO50).27,86. céramique » d’une durée supérieure à 5 ans, bien
La demande croissante de restaurations esthéti- que peu nombreuses, montrent un taux d’échec
ques et sans métal pousse les fabricants à dévelop- acceptable d’environ 2 %.77,84,88,99
Céramiques dentaires 115
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EMC-Dentisterie 1 (2004) 118–121
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MOTS CLÉS Résumé Les auteurs proposent une mise au point nécessaire dans l’établissement d’indi-
Chirurgie cations thérapeutiques face au problème posé par la reconstruction de pertes de
cervicofaciale ;
substance étendues de la face. La réhabilitation prothétique apparaît comme une
Prothèse
maxillofaciale ;
alternative intéressante à prendre en compte en complémentarité avec la reconstruction
Symbiose chirurgicale. Après une définition élargie de la prothèse maxillofaciale, une terminologie
chirurgicoprothétique ; appropriée est présentée dans le cadre d’une symbiose chirurgicoprothétique. Le champ
Prothèse extraorale ; d’activité et les possibilités de la prothèse sont envisagés avant de livrer des pistes
Prothèse endo-orale d’indications à poser tant pour la reconstruction chirurgicale que prothétique.
© 2004 Publié par Elsevier SAS.
Abstract The authors propose a necessary clarification about the eventual indications to
KEYWORDS
Cervicofacial surgery; a problem caused by the reconstruction of important maxillofacial defects. Prosthetic
Maxillofacial rehabilitation appears to be considered as an interesting alternative, in complementary
prosthesis; with surgical reconstruction. After a wide definition of maxillofacial prosthesis, an
Surgical-prosthetic appropriate terminology is defined within the context of a surgical-prosthetic symbiosis.
symbiosis; The sphere of activity and different prosthesis possibilities are considered before propo-
Extra-oral prosthesis; sing indications as well for the surgical reconstruction as for the prosthesis.
Intra-oral prosthesis
© 2004 Publié par Elsevier SAS.
artificielle du massif facial dans les cas de pertes de Atteinte oncologique grave
substance acquises ou de malformations congénita-
les.
Le principal objectif de cette discipline tend vers Chirurgie d'exérèse curative
une réhabilitation à la fois fonctionnelle, esthéti- + radio- et chimio-thérapie
que et psychologique.
Elle se situe à un carrefour entre des spécialités Pathologie congénitale Traumatologie
médicochirurgicales et odontologiques ayant pour Fentes faciales - balistique
Divisions labiomaxillaires - voirie (accident
souci principal de redonner au patient une vie Syndromes polymalformatifs de la voie publique
relationnelle acceptable et une intégration sociale - domestique
optimale. - divers
Son rôle et sa fonction ne peuvent se concevoir
que dans le cadre d’une collaboration avec la chi-
rurgie cervicofaciale, dans les cas fréquents de Perte de substance
gestes d’exérèse étendue laissant des pertes de
substance à reconstruire où alternativement chirur-
Sociologie de la santé Prise en charge
gie et prothèse doivent intervenir. Ici, ces deux psychologique
disciplines ne sont pas en « compétition », mais (psychologie médicale)
bien au contraire mises en œuvre en complémenta-
rité dans un souci de prise en charge optimale des
patients concernés. Problème de la
Dans une autre approche, on ne peut nier son reconstruction
rôle éminemment fonctionnel dans le sens d’abord
d’une préparation tissulaire au geste chirurgical et
ensuite dans le sens d’une rééducation mettant en
alternance Réhabilitation
œuvre des techniques dynamiques qui ont pour but Chirurgie Prothèse prothétique
d’atténuer ou de récupérer une fonction altérée Complémentarité
par un geste chirurgical, ou par les effets secondai-
res d’un traitement complémentaire tel que la Figure 1 Symbiose chirurgicoprothétique dans un contexte de
reconstruction d’une perte de substance faciale étendue.
radiothérapie, ou par des séquelles de pathologie
locale ou générale. Ici apparaît la prise en charge
d’une partie du corps en totalité ou en partie,
de tous les problèmes liés aux limitations de
reproduisant la forme et si possible en rendant les
l’ouverture buccale dans le cadre de désordres
mêmes services fonctionnels.
craniomandibulaires.
Orthèse : du grec orthos : droit, et tithêmi : je
La pratique d’une telle discipline ne se conçoit
place. Dispositif destiné à protéger, immobiliser ou
que dans le cadre d’une démarche médicale devant
soutenir le corps ou une de ces parties auxquelles il
prendre en compte l’ensemble des facteurs garants
est directement fixé (exemples : orthèse de soutien
de la bonne gestion des cas cliniques, de leur
d’un lambeau, appareil guide, appareil de mécano-
analyse, de leur traitement et de leur suivi.
thérapie, etc.).
Épiprothèse ou épithèse : du grec epi : sur,
Vers une compréhension au-dessus, et tithêmi : je place. Dispositif de rem-
placement d’un organe situé à une extrémité du
Symbiose chirurgicoprothétique dans
corps (exemples : épithèse faciale, épithèse digi-
la reconstruction du massif facial tale, etc.).
Elle est illustrée par la Figure 1. Champ d’activité1
Réhabilitation fonctionnelle maxillofaciale
On distingue plusieurs types de prothèse selon leur
situation et en fonction du rôle que l’on veut leur
Elle est détaillée sur la Figure 2.
faire jouer.
Étymologie Tout d’abord, deux grands types :
• prothèses externes : dispositif à usage ex-
Elle permet de comprendre différents termes utili- terne, amovible, en contact avec la peau, les
sés, souvent à tort, dans le domaine de la prothèse. muqueuses ou les dents, et destiné à une réha-
Prothèse : du grec pro : au lieu de, et tithêmi : je bilitation esthétique, fonctionnelle et psycho-
place. Dispositif de remplacement d’un organe ou logique ;
120 P. Pomar, J. Dichamp
Son coût de réalisation est faible. va devoir prévoir et prévenir certaines conséquen-
Cependant, les contraintes se révèlent nombreu- ces de gestes chirurgicaux, de traitements complé-
ses. Le patient garde sa perte de substance ; il la mentaires ou de pathologies diverses en agissant de
voit tous les jours ; son image de soi reste toujours façon dynamique sur les tissus.
altérée. Un enchaînement de problèmes se succède Dans tous les cas, là aussi la notion d’équipe
du fait de la reconstruction artificielle : pluridisciplinaire s’impose pour une prise en charge
• problèmes fonctionnels : inertie de la pro- optimale de patients dont la vie de relation n’est
thèse, jonction prothèse-tissu vivant, étan- plus tout à fait possible.
chéité, etc. ; On le voit, le rôle de la prothèse maxillofaciale
• problèmes mécaniques : intégration fonction- au sens large du terme prend ici toute son impor-
nelle, fixation et ancrage de la prothèse, etc. ; tance et celui-ci ne doit pas être cantonné au seul
• problèmes physiologiques : condensation avec comblement de cavités chirurgicales, mais étendu
écoulement des fluides et sécrétions, absence à une véritable prise en charge médicale tant dans
de vasopression périphérique, etc . ; la surveillance de l’évolution des cas clinique que
• problèmes d’hygiène : au quotidien, avec une dans l’établissement d’une réhabilitation globale
maintenance parfois lourde ; d’ordre dynamique.
• problème esthétique : le plus souvent dû à un
manque de symbiose entre les équipes chirur-
gicale et prothétique, entraînant des surcon- Références
tours prothétiques sur des éléments naturels
ou artificiel (implant) qui sont disgracieux. 1. Banzet P, Servant JM. Chirurgie plastique reconstructrice
L’ensemble de ces problèmes se résout au cas et esthétique. Paris: Flammarion; 1994 2e partie: Tête et
par cas et selon l’expérience du praticien, tout en cou 917 p.
2. Benoist M. La réhabilitation chirurgico-prothétique en car-
gardant à l’esprit que seul un compromis peut être
cinologie maxillo-faciale. Actual Odonto-Stomatol 1982;
réalisé. 137:121–124.
3. Benoist M. Réhabilitation et prothèse maxillo-faciales.
Symbiose Paris: J Prelat; 1978 354 p.
4. Benoist M, Dichamp J, Poulain G. Les problèmes esthé-
chirurgicoprothétique10,11,12,13,14,15 tiques de restauration prothétique de la face en fonction
de l’environnement. Actual Odonto-Stomatol 1984
À travers ce qui précède, on se rend compte des (n°148).
difficultés rencontrées pour les cas de reconstruc- 5. Converse JM. Reconstructive plastic surgery. Philadelphia:
tion étendue d’une région du massif facial et ce, WB Saunders; 1977 1671 p.
6. Dichamp J, Guilbert F, Vaillant JM. Prothèse plastique
surtout dans les choix à faire. Des options décisives
faciale. Encycl Méd Chir (Elsevier SAS, Paris) 1990 Stoma-
doivent être prises, parfois même avant le geste tologie, 22-087-M-10.
d’exérèse. 7. Gerard JP. Guérir le cancer sans mutiler. Paris: Howath;
Il est évident que la reconstruction chirurgicale 1995 207 p.
arrive en préférence. Il faut cependant concevoir 8. Goldwin RM, Murray JF. Long-term results in plastic and
une approche en symbiose, dans le sens où la pro- reconstructive surgery. Boston: Little Brown; 1980 124 p.
9. MacCraw JB, Dibbel DG. Experimental definition of inde-
thèse est indiquée en attente d’une chirurgie ou pendant myocutaneous vascular territories. Plast Reconstr
que la chirurgie peut préparer un geste prothéti- Surg 1970;60:212–220.
que. 10. MacKinstry RE. Fundamental of facial prosthetics.
Pour les reconstructions volumiques, une asso- Arlington: ABI Professional Publication; 1995 208 p.
ciation chirurgicale et prothétique mise en œuvre 11. Morel-Fatio D. Chirurgie des pertes de substance cutanée.
Face. Encycl Méd Chir (Elsevier SAS, Paris) 1984:45–190
en alternance, en complémentarité, va autoriser Techniques chirurgicales – Chirurgie plastique 45-191.
une prise en charge complète du patient. La pro- 12. Pomar P, Pessey JJ, Soulet H. Prothèse obturatrice après
thèse peut prendre le relais de la chirurgie et vice maxillectomie. Rev Laryngol Otol Rhinol 1994;115:
versa ; l’essentiel réside dans une réhabilitation 147–151.
psychologique et sociale qui parvienne à satisfaire 13. Pomar P, Soulet H. Facial prosthesis. Face 1994;3:39–42.
14. Saade AK, Caron J, Pomar P, Toulouse E, Poulain G. La
le patient, son entourage et l’équipe thérapeuti-
relation cabinet-laboratoire en prothèse maxillo-faciale.
que. Réal Clin 2002;13:191–201.
Un autre aspect de la prothèse maxillofaciale 15. Thomas KF. Prosthetic rehabilitation. London: Quintes-
transparaît dans la réhabilitation fonctionnelle qui sence Publishing; 1994 312 p.
EMC-Dentisterie 1 (2004) 122–130
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MOTS CLÉS Résumé En proposant une alternative à la chirurgie reconstructrice, la prothèse maxillo-
Prothèse faciale permet la correction d’anomalies de cette région anatomique. Quelle qu’en soit
maxillofaciale ; l’origine, la mutilation faciale place au cœur de la démarche de réhabilitation la question
Réhabilitation ; de la souffrance psychique du patient. Un accompagnement et une relation d’aide
Relation d’aide ; thérapeutique s’avèrent indispensables pour la réussite du traitement prothétique, ainsi
Prise en charge
que pour le bien-être physique et moral du sujet. La prise en charge psychologique du
psychologique ;
Souffrance psychique
patient et de sa famille est le fait d’une équipe pluridisciplinaire. Elle s’effectue tout au
long de l’histoire médicale du patient. L’apport de diverses techniques de relation d’aide
et plus précisément de la sophrologie est incontestable en termes notamment de gestion
du stress et de mobilisation de ressources personnelles.
© 2004 Publié par Elsevier SAS.
* Auteur correspondant.
Adresse e-mail : [email protected] (P. Pomar).
La prise en charge en matière de réhabilitation par une phase d’isolement consécutive à la gêne
maxillofaciale relève de l’intervention infirmière engendrée par l’attention qu’il suscite à chacune
centrée sur le soin relationnel, associée au soin de ces sorties. Il est victime du regard discriminant
technique du médecin et du spécialiste de prothèse de la société. Ainsi, on peut comprendre combien il
maxillofaciale. est important d’accompagner le patient dans cette
Un des premiers objectifs est d’agir sur les fac- nouvelle épreuve ; les liens avec le milieu médical
teurs intraphysiologiques et extrapersonnels pou- ne doivent pas s’interrompre afin de ne pas générer
vant déstabiliser la personne ; le deuxième objectif chez le malade un sentiment d’abandon.
est d’offrir à la personne un espace et des moyens
pour s’adapter, se reconnaître et éventuellement À la consultation de prothèse maxillofaciale
s’accepter. Plusieurs situations peuvent se présenter.2
Le patient a bénéficié d’une consultation en
Moments prothèse maxillofaciale avant l’intervention chirur-
gicale et d’un accompagnement pendant l’hospita-
À l’annonce de la maladie lisation. Après la chirurgie et la radiothérapie, les
Selon la personnalité du sujet, les attentes et com- informations ont souvent été déformées ou
portements diffèrent. En revanche, le sentiment oubliées quand vient le temps de la réhabilitation
d’anxiété est une constante invariable.11 maxillofaciale. Le spécialiste de prothèse maxillo-
Parfois, le patient est en attente d’informations faciale doit faire face à une double exigence : celle
très précises à propos de la chirurgie, de l’anesthé- d’attendre la stabilisation tissulaire et celle de
sie, du temps d’hospitalisation, de la confection de satisfaire au mieux le besoin du patient de camou-
la prothèse, etc. Il a besoin d’explications dé- flage de la plaie béante sur son visage ou de pallier
taillées sur le déroulement des opérations. Cepen- les troubles fonctionnels de déglutition, mastica-
dant, ces interrogations traduisant un besoin de tion et phonation.
maîtrise peuvent déclencher une attitude de coping La personne a subi une ou plusieurs tentatives de
vigilant (stress extrême). reconstructions chirurgicales qui se sont soldées
À l’opposé, certains patients, résignés, subissent par un échec du fait de l’évolution défavorable de
les événements sans aucune forme d’implication. la maladie ou de problèmes d’intégration tissulaire
D’autres préfèrent consulter différents spécialistes ou vasculaire du greffon. Dans ce contexte clinique,
ou montrent un refus catégorique du traitement la perte de confiance du malade à l’égard du corps
chirurgical avec départ de l’hôpital la veille de médical est quasi systématique et s’accompagne
l’intervention. d’un sentiment d’être un laissé–pour-compte du
Quoi qu’il en soit, la diversité des réactions milieu médical. Face à la résignation, la méfiance
observées signe une souffrance profonde et oblige ou l’agressivité du malade, accueil, écoute et sou-
le soignant à s’adapter à la personne malade. tien lors de la première consultation de prothèse
maxillofaciale sont de rigueur lorsque le spécialiste
Pendant l’hospitalisation énonce les propositions de réhabilitation prothéti-
En préopératoire, l’une des croyances est que que et leurs limites. Ce premier contact est souvent
l’évolution de la maladie va être stoppée par la déterminant par rapport à l’acceptation de la pro-
chirurgie et les traitements secondaires. Le facteur thèse.
extrapersonnel qui peut induire ou renforcer cette La personne a subi l’exérèse tumorale, le traite-
croyance est la qualité de l’information donnée par ment de radiothérapie, et n’a pas bénéficié de
le chirurgien. L’état d’anxiété fait place à la peur, proposition de réhabilitation. Elle consulte sur pro-
peur de ne pas se réveiller, peur de souffrir, etc. position d’un tiers. Cette perspective est une nou-
En postopératoire, le facteur intrapsychologique velle étape dans l’histoire du malade et est de ce
essentiel est la prise de conscience de la modifica- fait génératrice d’émotions et d’anxiété. La qualité
tion de l’image corporelle consécutive à l’acte de l’information concernant la prothèse doit être
médical. Associé aux facteurs intraphysiologiques pertinente. Au préalable, des soins de kinésithéra-
tels que la douleur (site de prélèvement, site opé- pie et de mécanothérapie peuvent être prescrits
ratoire, système de drainage) et à la perturbation dans le cadre d’une préparation tissulaire à la mise
du sommeil, il entraîne un état d’épuisement avec en place de la prothèse ultérieure.
risque d’effraction des lignes de résistance.12
Modalités
Après l’hospitalisation
De retour à son domicile, dans un centre de réédu- Afin d’adapter au mieux les techniques relationnel-
cation ou en maison de retraite, le patient passe les et comportementales, il faut bien comprendre
Psychologie et relation d’aide en réhabilitation maxillofaciale 127
ce qui se joue au plan personnel et identitaire dans est une médiation, un relais nécessaire pour éviter
le cas d’une mutilation faciale. toute rupture du sentiment de continuité, le temps
Le détour anthropologique éclaire la pratique de développer les propres capacités à assurer une
médicale en soulignant ce que celle-ci néglige sou- représentation acceptable de l’acteur stigmatisé.
vent dans sa démarche thérapeutique : la dimen- L’ajout de sens opéré par la relation thérapeutique
sion de sens et de valeurs qui touche la relation de désamorce l’intolérable qui imprègne la situation
l’homme à son corps. douloureuse et en modifie la perception par l’indi-
La médecine, par son exercice, laisse sur le corps vidu. L’action symbolique émousse la douleur en
des cicatrices qui renvoient à certains types de modifiant sa signification et, par la suite, sa nature.
maladies ou de pathologies ainsi visibles du premier Phase d’agrégation : la restauration chirurgicale
coup d’œil. ou la réhabilitation prothétique agissent au plan
L’intervention chirurgicale marque comme un réel en instaurant un nouvel ordre, celui d’une
rite de passage un moment décisif de la vie (phase esthétique d’allure normative. Au plan symbolique,
de liminarité). elles agissent comme une sorte d’exorcisme en
La dimension rituelle ne résume pas tout le supprimant ou réparant ce qui est vécu par l’indi-
vidu comme un stigmate, un défaut, qui tendait à le
contenu de l’expérience de la mutilation faciale,
maintenir à l’écart ou dans l’indétermination.
mais cette dimension est cependant très présente.
L’apparence est restaurée, elle devient alors le
Si on se réfère à la théorie des rites de passage de
gage d’une « re-naissance » possible et d’une autre
Van Gennep,3 chaque séquence de passage se ca-
vie. La réhabilitation prothétique autorise un re-
ractérise par une succession de trois stades.
tour à la vie « normale » qui va permettre une
Phase de séparation : la souffrance due au mar-
réorganisation de l’ensemble des sphères sociales.
quage dans la chair n’est pas sans rappeler la La restauration physique et la réorganisation men-
douleur qui accompagne les rites initiatiques de tale ainsi opérées permettent la substitution d’un
nombreuses sociétés traditionnelles ; elle est une nouvel ordre au désordre.
mémoire chevillée au corps, une marque qui signe Un certain nombre de facteurs personnels au
l’apparence physique de l’« initié ». Elle atteste de malade sont à prendre en considération lors de la
la mutilation ontologique, du passage d’un univers prise en charge psychologique.2 Le facteur extra-
social à un autre, bouleversant l’ancien rapport au personnel essentiel est le temps d’attente ; en
monde. La cicatrice traduit dans la peau l’apparte- effet, la réhabilitation maxillofaciale est engagée
nance à une nouvelle communauté, elle matérialise dans un minimum de 6 mois après l’intervention
la douleur en une mémoire tangible du changement chirurgicale.
de statut. Elle est une puissance de métamorphose Les facteurs intrapersonnels socioculturels en-
qui marque dans la chair une mémoire indélébile du globent l’histoire et les habitudes de vie du ma-
changement. La marque constituée par l’acte mé- lade, son âge, son sexe, ses principes d’éducation,
dical implique une modification du corps avec vio- ses représentations de la maladie et de la santé,
lence sur le corps. C’est cette violence qui atteste son niveau d’études. Ces facteurs jouent un rôle
de son efficacité symbolique. Dans le cadre de la incontestable dans les phénomènes de résistance
pratique médicale, cette violence est exercée par ou au contraire de mobilisations de ressources.
une personne désignée pour cela. L’« initié » est Chaque consultation peut apporter des éléments
socialement redéfini par une modification physique permettant d’évaluer les besoins ou les difficultés
de son apparence ayant une éminente valeur sym- rencontrées par rapport aux facteurs intraphysiolo-
bolique. giques (cicatrisation de la plaie, œdèmes, risques
Phase de marge : la stigmatisation perturbe les infectieux, mucites, brûlures cutanées, manifesta-
interactions qui aboutissent à l’isolement de l’indi- tions douloureuses, écoulement de sécrétions, as-
vidu, période pendant laquelle se déroule la mise thénie) et aux facteurs intrapsychologiques (réac-
au point de la restauration du visage. L’exérèse de tion de dégoût exprimée par l’entourage, peur du
la partie atteinte s’intègre dans la prise en charge regard des autres, isolement social et familial).
médicale du cancer, elle devient alors efficace D’autre part, des facteurs de risque intraphysio-
parce qu’elle intervient dans le cadre du soin et logiques (évolution tissulaire, phénomènes de
qu’elle est proposée par le médecin, trouvant sa condensation, nettoyage de la prothèse, altération
légitimation scientifique dans un système interpré- cutanée liée à une mauvaise utilisation des produits
tatif reconnu par la collectivité. L’idéologie biomé- de fixation) et intrapsychologiques (peur de perdre
dicale met en place un système cohérent que le la prothèse, difficulté à intégrer le nouveau schéma
malade accepte, et qui répond aux représentations corporel) sont présents et nécessitent de la part de
et au système interprétatif de notre époque. L’ac- l’équipe pluridisciplinaire une prise en charge
tion thérapeutique est nécessaire à l’individu, elle adaptée (Fig. 1).
128 E. Vigarios et al.
Diagnostic et annonce
souvenir de soins techniques traumatisants par le
de la maladie contact de matériaux, la gêne respiratoire ou la
perte de contact visuel. Elle peut déclencher une
Médecin généraliste ou spécialiste de la famille,
réaction de peur verbalisée ou non. La prise d’em-
spécialiste CHU
preinte dans la cavité buccale peut provoquer une
sensation d’étouffement, de peur de perdre le
Hospitalisation contrôle des réflexes de déglutition, des nausées.
pour l'intervention
Au cours de ce cheminement, différents outils de
relation d’aide peuvent être proposés.
Avant Phénomène de liminarité Après
intervention intervention Sophrologie
Elle est considérée par son fondateur (Dr Caycedo)
CMF CMF, PMF comme la science de la conscience et des valeurs
PMF Orthophoniste
Infirmière sophrologue Infirmière de l’existence, la conscience étant la force respon-
Psychologue Psychologue sable du dynamisme des structures psychologiques
Psychiatre Psychiatre de l’être.
Orthophoniste Kinésithérapeute
Assistante sociale Diététicien
Après avoir donné une information sur la techni-
Famille Famille que et obtenu l’accord de la personne pour la
pratiquer, la séance de sophrologie ou sophronisa-
tion se déroule en trois étapes.
Après hospitalisation Le premier temps est celui de la relaxation. Elle
Retour à la maison
permet de s’isoler des stimulations extérieures et
CMF, PMF, kinésithérapeute, orthophoniste, de passer d’un état de vigilance normale à un état
diététicien, famille, psychologue, infirmière, proche du sommeil. Ensuite vient l’activation pen-
infirmière sophrologue dant laquelle la personne mobilise ses capacités
physiques par la respiration ou par des mouve-
ments, ainsi que ses capacités mentales à travers la
Figure 1 Place des différents intervenants dans la réhabilitation visualisation de ressources ou de valeurs existen-
maxillofaciale.3
CHU : centre hospitalier universitaire ; CMF : chirurgien maxillo- tielles.
facial ; PMF : spécialiste en prothèse maxillofaciale. Le retour à l’état de vigilance normale ou dé-
sophronisation se fait progressivement. La per-
sonne prend conscience des phénomènes ressentis,
Travail infirmier de ces capacités d’adaptation à travers les diffé-
rentes stratégies d’ajustement ou d’adaptation mi-
Relation d’aide ses en place.
Selon Rogers, « la relation d’aide est une relation La sophrologie est une discipline adaptée aux
professionnelle dans laquelle une personne doit stratégies adoptées par le patient. Elle aide celui
être assistée pour opérer son ajustement personnel qui tend à se replier sur lui-même, qui refuse les
à une situation à laquelle elle ne s’adaptait pas visites, qui manque de savoir exprimer ou identifier
normalement. Ceci suppose que l’aidant est capa- ses émotions, etc.
ble de comprendre le problème et d’aider la per-
sonne à évoluer dans le sens de sa meilleure adap- Autres techniques
tation ».2 La programmation neurolinguistique, l’approche
La relation d’aide consiste en la prise en charge Simonton (psychothérapie amenant le patient à
de la souffrance physique et psychologique endurée mettre en place un scénario pour lutter contre la
par le patient du fait de sa mutilation. maladie) sont d’autres méthodes en matière de
Le soin relationnel est basé sur l’écoute de la relation d’aide.13
personne dans son langage, ses demandes ou be- Dans ce travail d’accompagnement, de gestion
soins immédiats, sur l’observation de son compor- de l’anxiété et de la douleur, le soignant doit
tement non verbal. La proposition de techniques de garder sa neutralité et laisser le libre choix de la
relaxation ou de sophrologie est rarement acceptée méthode à son patient. D’autre part, au nom de
d’emblée, la personne étant persuadée de contrô- l’éthique médicale, le respect de la personne doit
ler la situation. présider à la relation de soin de manière à éviter les
Dans la réalisation de la prothèse, la prise d’em- dérives sectaires dont certains ont pu accuser les
preinte est un moment dérangeant qui rappelle le adeptes de la méthode Simonton.
Psychologie et relation d’aide en réhabilitation maxillofaciale 129
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MOTS CLÉS Résumé Cette mise au point traite de l’examen du visage et de la cavité buccale. Elle est
Motricité de la face ; divisée en trois chapitres : motricité, sensibilité (et gustation), et fonctions neurovégé-
Fonction
tatives. À chaque étape de l’examen sont rappelées les bases anatomiques indispensables
neurovégétative ;
Motricité buccale ;
à la compréhension des signes cliniques décrits. Les principales pathologies neurologiques
Troubles de la de la face viennent illustrer notre propos et se veulent appropriées à la pratique courante
phonation de l’odontologiste et du chirurgien maxillofacial. Plusieurs schémas sont adjoints : ils ont
pour but de résumer et de synthétiser le texte.
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KEYWORDS Abstract In this article, we approach three independant chapters about the examination
Motricity of the face; of the face and the buccal cavity : motricity, sensory-sensitivity and neurovegetative
Neurovegetative functions. The necessary anatomical basis are reminded in order to understand clinical
function;
signs and principal neurological diseases of the face, interesting odontologists, are
Motricity of buccal
developped. Lastly, we add several synoptic and/or synthetic tables to display an
centry;
Phonation disorders immediate exploitation of the text.
© 2003 Elsevier SAS. Tous droits réservés.
que de rendre compte de tous les cas de figures de discrète asymétrie faciale doit être confrontée à
rendus possibles par les variations anatomiques in- une photographie d’identité afin de confirmer (ou
terindividuelles. La face est innervée au niveau non) son caractère récent. On note en particulier
moteur, sensitif et végétatif (système lacrymal et l’effacement du pli nasogénien ou des rides fronta-
salivaire en particulier) par le nerf facial (VII), le les du côté atteint, les possibilités d’occlusion de la
nerf trijumeau (V) et les nerfs mixtes (IX, X, XI et paupière, la présence d’un écoulement salivaire ou
XII) (Tableau 1). Le nerf oculomoteur (III), respon- l’impression de commissure labiale discrètement
sable essentiellement de mouvements du globe tombante du côté atteint. Puis la motricité faciale
oculaire, mais également impliqué dans la contrac- est étudiée de manière dynamique, d’abord par
tion du releveur de la paupière supérieure (et donc accomplissement de mouvements sur ordre, puis
dans l’ouverture des yeux), ne fait pas l’objet par étude de la mimique spontanée (recherche
d’une étude spécifique dans cet article. Trois cha- d’une dissociation automaticovolontaire).
pitres sont respectivement abordés : la motricité, L’atteinte de la motricité du nerf mandibulaire
la sensorisensibilité et les fonctions végétatives du apparaît surtout lors de l’ouverture de la bouche
visage et de la cavité buccale. Pour des raisons (ou lors des mouvements de propulsion et de rétro-
didactiques évidentes, l’examen de la face est di- pulsion de la mâchoire inférieure) qui démasque le
visé ici en entités anatomophysiologiques distinc- classique aspect de « bouche oblique ovalaire »,
tes. C’est un leurre et un biais pédagogique. L’exa- témoin d’une part de la flaccidité des muscles
men neurologique ne se conçoit, en fait, que dans masticateurs et du muscle digastrique du côté at-
sa globalité et on ne peut conclure en termes de teint et d’autre part de l’hyperactivité compensa-
diagnostic topographique neurologique qu’après trice des muscles controlatéraux (Fig. 1D). L’at-
avoir réalisé un examen neurologique complet de la teinte du contingent moteur du V3 est très
face (moteur, sensitif, sensoriel et végétatif) mais rarement isolée et ce tableau de « bouche oblique
aussi du corps entier. ovalaire », souvent confondu avec une paralysie de
la branche cervicofaciale du VII (ou nerf facial
inférieur) devant la constatation d’une bouche asy-
Motricité métrique, tombante, est généralement aisément
reconnu par son association à une hypoesthésie
Motricité du visage (Fig. 1) homolatérale du territoire cutané en regard de la
mandibule et par l’absence d’effacement du pli
Si la motricité du visage est essentiellement assu- nasogénien homolatéral. La branche motrice du V3
rée par le nerf facial (VII), la fonction masticatoire innerve également le muscle péristaphylin externe
est globalement dévolue au contingent moteur du (muscle élévateur du voile du palais) et le muscle
nerf mandibulaire (V3), branche du nerf triju- du marteau. Son atteinte peut se traduire par une
meau.3,7 L’examen clinique débute par l’inspection perte du rôle atténuateur de ce muscle dans la
du visage au repos, à jour frisant, à la recherche transmission acoustique et donc par une hyper-
d’une amyotrophie, d’une activité musculaire acousie.1,2 Parfois, lors de lésions irritatives de la
spontanée (myokimies, fasciculations, spasme hé- branche V3, le patient peut présenter un trismus
mifacial), yeux ouverts puis fermés. L’impression par contraction du masséter et des muscles pté-
Examen neurologique facial à l’usage de l’odontologiste et du chirurgien maxillofacial 133
rygoïdiens (myokimies). Parmi les causes principa- cun de 0 à 3 (0 : pas de contraction ; 1 : ébauche de
les d’irritation du V3, on cite le contact de ce nerf mouvement ; 2 : contraction contre-résistance pos-
avec une dent de sagesse ou lors de son extraction sible mais déficitaire ; 3 : contraction normale), le
(accidents de la dent de sagesse) et les lésions total étant donc à 30. En cas de paralysie faciale,
directes du nerf maxillaire inférieur (contusion, un testing totalisant plus de 15/30 serait de pronos-
blessure par arme blanche, etc.). tic favorable (Fig. 1, 2). À noter que lorsqu’on
L’étude de la motricité du nerf facial a été demande au patient de montrer les dents (ou de
standardisée par Freyss, grâce à un testing simple, sourire), seule la commissure labiale du côté sain va
reproductible et précis. Celui-ci étudie les 10 chefs être mobile. Cela donne l’impression que le patient
musculaires les plus importants en les cotant cha- « fume la pipe » du côté sain (Fig. 1B).
Inspection du visage
Au repos et lors de la mimique
En comparaison avec une photographie d'identité
Testing de Freyss
Localisation lésionnelle
0 : pas de contraction
1 : ébauche
2 : contraction contre-résistance déficitaire
3 : normal Signe labyrinthique : sécheresse nasolacrymale
: hyperacousie
latéraux frontal : relever les sourcils : perte du goût (2/3 antérieurs de la langue)
orbiculaire des paupières : fermer les yeux : discrète xérostomie
zygomatique : sourire forcé
buccinateur : gonfler les joues Signe tympanique : hyperacousie
triangulaire des lèvres : tirer les lèvres en arrière : perte du goût (2/3 antérieurs de la langue)
paramédians sourcilier : froncer les sourcils : discrète xérostomie
pyramidal : froncer le nez
releveur du nez et lèvre supérieure : bouche en carré Signe mastoïdien : perte du goût (2/3 antérieurs de la langue)
orbiculaire des lèvres : museau de tanche : discrète xérostomie
mentonnier : faire la lippe
Signe extrapétreux : paralysie faciale périphérique isolée
score total : /30
Branche temporofaciale : atteinte prédominante front/œil
En fait, les principales questions qui se posent au supérieur, ne croisent pas. Ainsi, lors d’une paraly-
clinicien devant une atteinte du nerf facial n’est sie faciale centrale, le défaut de commande de la
pas tant le diagnostic différentiel (atteinte du V3, branche temporofaciale (ou faciale supérieure) est
syndrome de Parry-Romberg) que le diagnostic en partie compensée par la voie corticonucléaire
étiologique topographique (paralysie faciale cen- controlatérale à la lésion centrale. Cliniquement,
trale ou périphérique) et le niveau de lésion du nerf le patient parvient à fermer l’œil du côté paralysé
quand le caractère périphérique est confirmé. Ces mais cette occlusion est imparfaite et discrètement
questions impliquent un nécessaire rappel anatomi- hypotonique. Une discrète saillie de la partie infé-
que.5 rieure de la paupière supérieure apparaît, laissant
Au niveau central, le premier motoneurone de la ressortir les cils : c’est le « signe des cils de Sou-
commande faciale naît dans la convexité du cortex ques » (Fig. 1C). Au contraire, dans la paralysie
de l’aire précentrale (en avant de la scissure de faciale périphérique, il n’y a aucun système de
Rolando, aire frontale ascendante ou aire motrice compensation possible. La paupière supérieure ne
primaire, siège d’une somatotopie décrite sous le se ferme pas, mettant en péril l’œil (risque fré-
nom d’homunculus de Penfield) controlatérale à quent de kératoconjonctivite). Lorsqu’on demande
l’hémiface concernée. L’axone passe par le bras au sujet de fermer avec force les yeux, la paupière
antérieur de la capsule interne homolatérale au ne s’abaisse qu’à peine tandis que le globe oculaire
cortex moteur pour adopter ensuite un trajet glo- opère un mouvement d’éversion (commandé par le
balement vertical, descendant, et atteindre, en nerf oculomoteur, intact) : c’est le signe de Charles
décussant au niveau protubérantiel, le noyau facial Bell (Fig. 1B).
controlatéral. Cependant, une partie de ces fibres, Lorsqu’il existe une paralysie faciale périphéri-
ayant principalement pour cible le territoire facial que, la question du niveau d’atteinte lésionnelle se
Figure 1 (suite)
Examen neurologique facial à l’usage de l’odontologiste et du chirurgien maxillofacial 135
Figure 2 Vue antérieure schématique de l’hémiface droite. Les flèches noires : action des muscles innervés par le VII ; Les flèches
grises: action des muscles innervés par le V3.
pose. Par définition, l’atteinte « périphérique » est VIII et pénètre dans l’aqueduc de Fallope. Il décrit
la traduction d’une lésion située au niveau du se- dans le rocher un trajet en baïonnette. Ce trajet
cond motoneurone du nerf facial, de sa naissance intrapétreux est divisé en trois : d’abord, le seg-
(au niveau de la synapse dans le noyau facial) à ses ment labyrinthique, long de 3 mm, qui se termine
branches terminales. Au sortir du noyau facial, le en s’élargissant pour donner naissance au ganglion
contingent moteur du nerf facial est d’abord isolé. géniculé ; puis le segment tympanique d’où émerge
Il décrit un arc de cercle au sein de la protubérance le grand nerf pétreux superficiel qui, se joignant au
dans un trajet initial en dedans et en arrière, grand nerf pétreux profond (provenant du IX), re-
contourne le noyau abducens (du nerf abducens ou çoit le nom de nerf vidien à destinée lacrymona-
VI) puis adopte un trajet en dehors et en avant au sale ; enfin, le segment mastoïdien au sein duquel il
cours duquel il reçoit son contingent de fibres végé- donne naissance au muscle de l’étrier et à la corde
tatives (système lacrymo-muco-nasal, noyau sali- du tympan, nerf à destinée salivaire (glandes sous-
vaire supérieur, noyau du faisceau solitaire) et maxillaire et sublinguale) et recevant par le nerf
sensitives (nerf VII bis ou nerf facial intermédiaire lingual les afférences gustatives des deux tiers an-
de Wrisberg). Le VII et le VII bis émergent au niveau térieurs de la langue. Le nerf facial sort alors du
du sillon bulboprotubérantiel, parallèlement au massif crânien par le trou stylomastoïdien, à la base
nerf vestibulocochléaire (VIII) et forment rapide- du crâne. Avant d’entrer dans la glande parotide, il
ment avec ce dernier le paquet acousticofacial reçoit le nerf sensitif de Ramsay-Hunt dont les
avant d’entrer dans le rocher par le canal auditif fibres empruntent la voie du nerf intermédiaire de
interne. Le contingent facial se sépare alors du nerf Wrisberg et émet des branches à destinée motrice
136 H. Taillia et al.
(rameau du muscle stylohyoïdien et du ventre pos- bulbe, émerge par une dizaine de filets dans le
térieur du muscle digastrique, muscles styloglosse sillon collatéral antérieur. Ces filets nerveux se
et palatoglosse). Au sein de la parotide, le nerf réunissent en un tronc unique avant de passer dans
facial est comme un signet dans un livre, ce qui le canal condylien antérieur, intracrânien. Dès sa
explique son exposition dans la chirurgie et la pa- sortie, le XII entre en contact avec l’artère carotide
thologie parotidienne. Enfin, c’est dans son trajet interne et ses satellites – ganglion parasympathique
intraparotidien que le nerf facial se divise en deux plexiforme et ganglion sympathique cervical supé-
branches supérieure et inférieure. rieur – autour desquels il s’enroule dans un trajet
Les émergences du nerf facial, en particulier lors globalement descendant (cette contiguïté explique
de son trajet intrapétreux, permettent de localiser la fréquente symptomatologie linguale dans les dis-
le site lésionnel en fonction des signes cliniques sections de l’artère carotide interne en particu-
associés à la paralysie faciale périphérique :1,3,5,7 lier). Le XII est également doublé à la sortie du
• l’atteinte du segment labyrinthique associe canal condylien antérieur d’un rameau sensitif mé-
une symptomatologie homolatérale à la lésion ningé expliquant ainsi les céphalalgies et cervical-
comprenant une sécheresse des fosses nasales gies homolatérales dans la dissection ou la chirurgie
et de l’œil (atteinte du nerf vidien), une hyper- carotidienne. Il oblique ensuite vers l’avant en un
acousie (atteinte du nerf de l’étrier, ou nerf trajet horizontal et en dedans jusqu’à la langue non
stapédien, qui n’atténue plus les mouvements sans avoir émis lors de son virage un rameau moteur
de cet osselet dans la transmission du signal descendant, juxtacarotidien à destination des mus-
sonore), une perte du goût des deux tiers anté- cles cervicaux ainsi qu’une anastomose avec les IIe
rieurs de l’hémilangue, une xérostomie (at- et IIIe nerfs cervicaux.
teinte du nerf lingual), une hypoesthésie de la L’atteinte du XII est à l’origine d’une hémiatro-
conque de l’oreille (atteinte du nerf de Ram- phie linguale homolatérale très précoce avec fasci-
say-Hunt) ; culations bien visibles (faire reposer la langue sur le
• l’atteinte du nerf facial dans son segment tym- bord de l’arcade dentaire inférieure) et d’une para-
panique préserve de l’assèchement de l’œil et lysie de l’hémilangue. Il s’ensuit des troubles arti-
des fosses nasales au niveau homolatéral ; culatoires et de la déglutition. La protraction de la
• la lésion du segment mastoïdien est à l’origine langue dévie celle-ci du côté paralysé. La rétrac-
d’un tableau qui s’allège encore avec dispari- tion de langue la dévie du côté sain. En cas d’at-
tion de l’hyperacousie homolatérale (Fig. 1). teinte bilatérale du XII, une ébauche de mouve-
Au décours d’une paralysie faciale périphérique, ments linguaux est cependant rendue possible par
même en cas de récupération complète de la force l’intermédiaire du nerf glossopharyngien qui com-
motrice, on assiste fréquemment à des manifesta- mande en partie le muscle styloglosse et le pharyn-
tions musculaires séquellaires à type de syncinésies goglosse (petits muscles latéraux pairs de la langue)
ou de spasme hémifacial. Une manifestation à part et le nerf vague (X) qui innerve également le pha-
doit enfin être individualisée : il s’agit du spasme ryngoglosse et le glossostaphylin.
médian de la face ou syndrome de Meige ou blépha-
rospasme. Il correspond à un mécanisme dystoni- Examen du voile du palais1,2,3,6,7
que de nature inconnue et se traduit par une Le voile du palais se présente comme le prolonge-
contraction intense et longue (jusqu’à 1 minute) ment arrière du palais osseux. Il se poursuit de côté
des deux paupières provoquant ainsi leur fermeture par le pilier antérieur et postérieur (l’amygdale pa-
inopinée. Ce phénomène croît à la lumière et à latine est située entre ces deux piliers) et au milieu
l’émotion et cède au relèvement mécanique de la par la luette. Les muscles péristaphylins (interne et
paupière supérieure par le doigt.1 externe) suspendent le voile du palais et, en se
contractant, agissent comme tenseurs et élévateurs
Motricité de la cavité buccale (Fig. 3) du voile. Les muscles des piliers sont disposés en arc
d’ogive (muscle glossostaphylin pour le pilier anté-
L’examen clinique de la cavité buccale que prati- rieur et muscle pharyngostaphylin pour le pilier pos-
que le neurologue se limite à l’examen de la langue térieur) et abaissent le voile en se contractant. Le
et du voile du palais. Au niveau fonctionnel, il muscle palatostaphylin, médian, naît du bord posté-
s’intéresse à la phonation et à la déglutition. rieur du palais osseux et constitue le muscle de la
luette qu’il élève en se contractant. La commande
Examen de la langue2,6,8 motrice du voile du palais est dédiée au X, hormis
Les 12 muscles de la langue sont essentiellement pour le muscle péristaphylin externe commandé par
innervés par le nerf hypoglosse (XII). Le noyau du le V3. L’atteinte de ce dernier n’est pas suffisante
XII, situé dans la partie paramédiane antérieure du pour provoquer une symptomatologie au niveau du
Examen neurologique facial à l’usage de l’odontologiste et du chirurgien maxillofacial 137
Déviation de la paroi postérieure de l'oropharynx du côté B qui seule se contracte à l'émission du son [a] (signe du rideau)
± associée à troubles de la phonation et fausse-route aux liquides
= atteinte du X (ou du IX) du côté A
Fausses-routes aux liquides, nasonnement, réflexe nauséeux négatif, hypotonie globale du voile
± associés à une discrète diplégie faciale (amimie), voire un rire et un pleurer spasmodique
= syndrome pseudobulbaire
(atteinte des voies corticonucléaires bilatérales à destinée des noyaux ambigus)
Laryngoscopie
Absence de bascule homolatérale du cartilage thyroïde Paralysie homolatérale des cordes vocales
sur le cartilage cricoïde
Nerf laryngé supérieur Nerf laryngé externe Nerf récurrent (= nerf laryngé inférieur)
homolatéral homolatéral homolatéral
Voix bitonale non isolée (cf. Fig. 4 et 5) Côté de l'atteinte déterminé par laryngoscopie
Atteinte du X entre le tiers inférieur du ganglion plexiforme Atteinte du X au-dessus du tiers inférieur
et l'émergence du nerf récurrent du ganglion plexiforme
(atteinte associée des fibres destinées au
plexus pharyngé)
Figure 3 Orientation du diagnostic lésionnel et topographique en fonction des troubles de la motricité de la langue ou de la cavité
buccale.
138 H. Taillia et al.
Figure 4 Vue sagittale du voile, du pharynx et du larynx. Correspondances anatomocliniques. En pointillé figurent les nerfs dont
l’atteinte isolée n’a pas (ou très peu) de traduction clinique motrice. Tous les nerfs représentés sur ce schéma sont impliqués dans la
déglutition (hormis le nerf laryngé externe).
voile. Le noyau moteur du X est situé dans le noyau clonie du voile ou vélopalatine. Il s’agit clinique-
ambigu. Son trajet sera étudié au chapitre suivant ment de secousses rythmiques rapides du voile du
(« Troubles de la phonation et de la déglutition »). Au palais diffusant parfois à la face, constantes même
sortir du ganglion plexiforme, les fibres motrices du durant le sommeil. Elles traduisent une lésion sur le
X à destinée du voile (et du pharynx) se détachent du circuit reliant le noyau dentelé cérébelleux homo-
contingent principal et constituent le plexus pharyn- latéral au noyau olivaire bulbaire controlatéral.
gien. L’atteinte du X se traduit, au niveau du voile,
par une abolition de la motricité du palais membra- Troubles de la phonation
neux homolatéral qui sera hypotonique, tombant, et et de la déglutition1,2,3,6,7,8
par une élévation compensatrice du bord libre du Il ne nous appartient pas ici de décrire les mécanis-
voile controlatéral. La recherche du réflexe du voile mes complexes impliqués dans la phonation et la
(stimulation tactile du voile par un abaisse-langue) déglutition mais plutôt de fournir, en cas d’atteinte
provoque de même une contraction limitée au côté de ces deux fonctions, des arguments cliniques en
sain. L’émission du son [é], qui normalement élève faveur d’une origine neurologique (et d’en déduire
au maximum le voile du palais, provoque, lors de la le niveau lésionnel). Outre le voile du palais, le
paralysie de l’hémivoile, une augmentation de pharynx et le larynx interviennent dans ces méca-
l’asymétrie entre côté sain et atteint. nismes (Fig. 4).
La fonction principale du voile étant l’occlusion
du nasopharynx (cavum), les conséquences de la Pharynx
paralysie du voile s’objectivent surtout lors de la Le pharynx peut être assimilé à un conduit vertical
phonation et de la déglutition. Une mauvaise occlu- tapissant en arrière la colonne vertébrale cervicale
sion vélopalatine aboutit à un défaut de prononcia- et ouvert en avant et en haut vers les fosses nasales
tion des sons [p], [t] et [k], ainsi qu’une fuite d’air (nasopharynx ou choane), en avant et en son tiers
par le nez à l’origine d’un nasonnement caractéris- moyen vers la cavité buccale (oropharynx), en
tique. Au cours de la déglutition, on observe de avant et en bas vers le larynx, partie supérieure de
même une régurgitation par le nez des aliments et la trachée et de l’arbre bronchorespiratoire (hypo-
surtout des liquides. pharynx). Il se prolonge, à sa partie inférieure, par
De manière beaucoup plus rare, on décrit une l’œsophage (bouche de l’œsophage). Il est innervé
entité pathologique désignée sous le terme de myo- par le X et accessoirement par le IX. Les muscles du
Examen neurologique facial à l’usage de l’odontologiste et du chirurgien maxillofacial 139
pharynx sont divisés en deux groupes : les muscles térales sont atteintes de manière extensive. Si les
constricteurs (supérieur, moyen et inférieur) com- lésions touchent les voies de commande de la mo-
mandés par le nerf pneumogastrique et le muscle tricité faciale, le patient a au maximum une diplé-
stylopharyngien, élévateur, essentiellement in- gie faciale, au minimum une amimie. Enfin s’y
nervé par le nerf glossopharyngien. Le déficit de la associe souvent alors un rire et un pleurer spasmo-
motricité du pharynx se traduit par un trouble de la dique par dérégulation de la traduction par la mimi-
phase finale de la déglutition (temps pharyngien : que du ressenti émotionnel.
fermeture de l’épiglotte) et donc par un risque
important de fausse-route. Ce trouble apparaît Larynx
d’autant plus volontiers que le bol alimentaire est Le larynx constitue la partie initiale et supérieure
suffisamment fissible pour passer l’étroite filière du tractus respiratoire. Il est composé de l’os
épiglottique, situation privilégiée lors de la déglu- hyoïde, d’éléments cartilagineux (cartilage cri-
tition des liquides et de la salive. En pratique, il coïde, thyroïde – la pomme d’Adam, aryténoïdes,
n’est pas possible, lors de l’examen bouche- corniculés et de l’épiglotte), de ligaments et de
ouverte du pharynx, de différencier une atteinte du membranes qui maintiennent ces cartilages entre
groupe constricteur d’un déficit de l’élévateur. À eux et de muscles. Ceux-ci se divisent en deux
l’examen, la paroi postérieure du pharynx dévie du groupes : les muscles extrinsèques qui amarrent le
côté sain lors de l’émission du son [a] (signe du larynx (et le pharynx) à la langue et à la colonne
rideau). Les fibres motrices du IX et du X ont une vertébrale, et les muscles intrinsèques qui assurent
origine et un trajet contigus si bien que leur at- les mouvements de fermeture-ouverture du larynx
teinte est en règle concomitante. Leurs noyaux et donc la phonation. Ces derniers sont innervés par
moteurs sont regroupés au sein du noyau ambigu, deux branches du X auquel s’adjoint le nerf spinal
situé en position paramédiane postérieure bul- bulbaire (naissant à la partie inférieure du noyau
baire. Les fibres efférentes sortent du bulbe en ambigu, il suit le trajet du X du trou déchiré posté-
avant et en dehors de la lame dorsale de l’olive et rieur aux muscles laryngés intrinsèques) : le nerf
traversent le crâne au niveau du trou déchiré pos- laryngé inférieur ou nerf récurrent et, plus acces-
térieur (en compagnie de la racine bulbaire du nerf soirement, la branche inférieure (nerf laryngé ex-
spinal). Le nerf vague forme, avec le nerf spinal terne) du nerf laryngé supérieur (Fig. 5).
bulbaire, le ganglion plexiforme. Les fibres motri- Les deux nerfs récurrents ont des trajets très
ces du X à destinée du pharynx (et du voile) sortent différents. Le nerf récurrent droit se détache du nerf
du ganglion plexiforme et rejoignent celle du IX vague alors que celui-ci chemine verticalement en
dans le plexus pharyngien avant de faire synapse arrière du principal paquet artérioveineux cervical :
avec les muscles effecteurs. Le premier motoneu- carotide primitive en dedans et veine jugulaire in-
rone cortical à destination du noyau moteur du IX terne en dehors. Deux centimètres au-dessus de la
croise au niveau bulbaire tandis que le faisceau division du tronc artériel brachiocéphalique, le nerf
corticonucléaire faisant synapse avec le noyau mo- récurrent se détache donc et effectue une boucle de
teur du X envoie non seulement des fibres qui l’avant vers l’arrière autour de la portion initiale de
décussent à l’étage bulbaire mais aussi des fibres l’artère sous-clavière droite (en regard du dôme
homolatérales au premier motoneurone. Ainsi, en pleuropulmonaire droit), puis rejoint, en un trajet
termes de motricité pharyngée, on comprend que oblique en haut et en dedans, l’angle trachéo-
l’atteinte unilatérale du noyau ambigu entraîne un œsophagien droit et la loge thyroïdienne droite. À
trouble de la déglutition tandis que l’atteinte d’un cet étage, il est donc au contact en dehors avec la
faisceau corticonucléaire ne compromet que la face postéro-interne du lobe thyroïdien droit (où il
commande du muscle stylopharyngien, muscle ac- croise sur son trajet la glande parathyroïde infé-
cessoire, insuffisant à provoquer un trouble de la rieure), en dedans avec l’artère thyroïdienne infé-
déglutition. Il faut donc une atteinte des deux voies rieure, en avant avec la trachée et en arrière avec
corticonucléaires à destination des noyaux ambigus l’œsophage. Il se termine au niveau du larynx où il
pour provoquer une symptomatologie similaire à émet des terminaisons vers tous les muscles intrinsè-
une lésion bulbaire : c’est le syndrome pseudo- ques hormis le muscle cricothyroïdien. Le nerf récur-
bulbaire. Celui-ci associe des troubles de dégluti- rent gauche a un trajet encore plus long. Il suit,
tion de type bulbaire et des troubles de la phona- comme son homologue, la face postérieure du pa-
tion uniquement en cas d’atteinte des voies quet vasculaire artère carotide primitive-veine jugu-
corticonucléaires droite et gauche à destination laire interne, contourne d’avant en arrière la portion
des noyaux ambigus et en particulier de leur zone horizontale de la crosse de l’aorte, avant de remon-
médiane (noyau moteur du X). Ce syndrome peut se ter en un trajet globalement vertical dans l’angle
compléter lorsque les voies corticonucléaires bila- trachéo-œsophagien gauche. Son trajet, jusqu’à sa
140 H. Taillia et al.
ganglion plexiforme
nerfs laryngés supérieurs :
ils croisent sur leur trajet le XII,
veine jugulaire interne le ganglion cervical supérieur
du sympathique et la carotide interne
artère carotide primitive
thyroïde
branche supérieure : branche inférieure :
nerfs vagues sensibilité du larynx nerf laryngé externe,
moteur du muscle
trachée en avant LARYNX cricothyroïdien
œsophage en arrière
moteurs pour les muscles
artère sous-clavière droite du larynx sauf le muscle
cricothyroïdien
tronc brachiocéphalique
nerfs récurrents :
dôme pleural droit
nerfs laryngés inférieurs
crosse de l'aorte
Figure 5 Trajet des nerfs laryngés inférieurs (= nerfs récurrents) et des nerfs laryngés supérieurs.
terminaison, est alors symétrique au nerf récurrent tension des cordes vocales que l’on observe au
droit. mieux en laryngoscopie. Lorsque l’atteinte a son
Les nerfs laryngés supérieurs ont des trajets origine en amont de la naissance de la branche
identiques à droite et à gauche. Le nerf laryngé récurrentielle du nerf vague mais au-dessous du
supérieur naît du ganglion plexiforme et se dirige ganglion plexiforme, la symptomatologie s’enrichit
en bas et en dedans vers la paroi latérale du pha- de signes neurovégétatifs transmis par le X (tachy-
rynx. Il croise sur sa trajectoire la carotide interne, cardie ou instabilité du rythme cardiaque, modifi-
le ganglion cervical supérieur du sympathique et cation du rythme respiratoire, toux coqueluchoïde,
nerf hypoglosse. Il émet ensuite une branche supé- troubles respiratoires en rapport avec l’atteinte de
rieure, sensitive et une branche inférieure, mo- la motricité diaphragmatique homolatérale, trans-
trice, le nerf laryngé externe qui va innerver essen- mise par le nerf phrénique). Le tableau se complète
tiellement le muscle cricothyroïdien du larynx. encore lorsque l’atteinte concerne la portion allant
Le déficit unilatéral de la motricité du larynx est à du noyau ambigu au ganglion plexiforme : voix
l’origine d’une voix bitonale caractéristique dont le bitonale et nasonnée, fausses-routes aux liquides
grand pourvoyeur est la paralysie récurrentielle, en avec régurgitation nasale, signes végétatifs, para-
particulier après chirurgie thyroïdienne. Mais, on lysie de l’hémivoile et de l’hémipharynx (signes du
voile et du rideau), signes sensitifs (cf. chapitre
l’a compris, bien d’autres étiologies peuvent être
suivant : « Sensibilité »).
en cause : atteinte des nerfs laryngés supérieur ou
L’atteinte motrice bilatérale du larynx (syndro-
externe, atteinte du nerf vague en amont de la
mes bulbaires, pseudobulbaires ou lésions bilatéra-
division récurrentielle. L’atteinte récurrentielle
les sur le trajet des nerfs à destinée laryngée)
peut se voir lors de pathologies aussi variées qu’une
s’accompagnent d’une aphonie. L’épiglotte
dissection aortique (paralysie gauche), qu’une tu-
n’étant plus mobilisée, une dyspnée ne tarde pas à
meur du dôme pleuropulmonaire droit (paralysie
apparaître. Les autres signes d’accompagnement
droite), qu’une tumeur œsophagienne ou trachéo-
dépendent du niveau lésionnel.
laryngée. En laryngoscopie, la corde vocale est en
adduction mais parfois, elle est tout de même
ouverte par persistance de la commande du muscle Sensibilité
cricothyroïdien. L’atteinte du nerf laryngé supé-
rieur ou du nerf laryngé externe, à l’origine d’une Sensibilité du visage (Fig. 6)
paralysie du muscle cricothyroïdien, se traduit par
une absence de bascule du cartilage thyroïde sur le Elle dépend essentiellement des branches sensiti-
cartilage cricoïde. Il s’ensuit une diminution de la ves du nerf trijumeau (V), au nombre de trois :4 le
Examen neurologique facial à l’usage de l’odontologiste et du chirurgien maxillofacial 141
Nerf frontal
nerfs palatins
puis ganglion
IX
sphénopalatin
V1 = nerf
ophtalmique V3
Gasser - V2
de Willis
Nerf nasal
Nerf lacrymal
hélix innervé par le nerf auriculo-
V2 = nerf temporal (branche du V3)
maxillaire
conque de
l'oreille
IX = nerf innervée par
glossopharyngien les autres le VII bis
segments et le X
V3 = nerf
auriculaires
mandibulaire
dépendent du
C2-C3 plexus cervical
Figure 6 Sensibilité de la face, de la langue, du palais, de l’arcade dentaire supérieure et de l’oreille (droite).
nerf ophtalmique de Willis (V1), le nerf maxillaire puis chemine dans la paroi du sinus caverneux, au
(V2) et le nerf mandibulaire (V3). Ils se partagent la contact de l’artère carotide interne, avant d’at-
sensibilité du visage hormis une petite zone en teindre la partie supérieure du ganglion de Gasser.
regard de l’angle mandibulaire (encoche massété- Ainsi, l’atteinte de l’apex orbitaire, de la fente
rienne dépendante des racines C2 et C3), le scalp sphénoïdale ou du sinus carverneux se traduisent,
occipito-pariéto-temporal (innervé par les racines entre autres, par un déficit de la sensibilité dans le
C2-C3), et les deux tiers postérieurs de l’oreille territoire du V1.
(l’antitragus et la conque sont innervés par le nerf Le territoire du V2 comprend la partie juxtaorbi-
intermédiaire de Wrisberg et le nerf vague, la par- taire externe, l’ensemble de la joue, de la paupière
tie médiane et postérieure du pavillon dépendent inférieure à la lèvre supérieure et englobe l’aile du
des racines C2-C3 ; seuls le tragus et la partie nez. Il traverse l’os malaire par le canal sous-
antérieure de l’hélix dépendent du nerf auriculo- orbitaire puis se regroupe avec les nerfs alvéolaires
temporal, branche du V3) (Fig. 6). supérieurs et le ganglion sphénopalatin. Le V2 tra-
Le territoire du V1 comprend l’œil, la paupière verse ensuite le crâne au niveau du trou grand rond
supérieure, le front, le scalp frontal et la racine du et rejoint la partie médiane du ganglion de Gasser.
nez. Le V1 est formé en dedans du nerf nasal ou La région innervée par le V3 correspond au men-
nasociliaire qui innerve le dos du nez, la partie ton (jusqu’à la lèvre inférieure) et se projette
interne de la paupière supérieure et l’œil. Il repré- globalement sur la mandibule à l’exception de l’en-
sente la voie afférente du réflexe cornéen : la coche massétérienne d’innervation cervicale. Le
stimulation tactile de l’œil par gaze stérile (nerf nerf mentonnier pénètre dans l’os maxillaire infé-
nasal) provoque la fermeture des paupières (nerf rieur par le trou mentonnier puis est rejoint pro-
facial). En situation médiane, on trouve le nerf gressivement par les rameaux incisifs et dentaires
frontal (interne et externe) qui innerve la portion inférieurs dans le canal dentaire (creusé dans la
médiane de la paupière supérieure, la partie in- mandibule) où il prend le nom de nerf alvéolaire
terne et externe du front. En dehors, le nerf la- dentaire inférieur. À son entrée dans le crâne par le
crymal est responsable de la sensibilité de la région trou ovale, il atteint, juste avant d’arriver à la
externe de l’orbite et de la paupière supérieure. partie inférieure du ganglion de Gasser, le nerf
Les trois branches du nerf ophtalmique de Willis se mandibulaire (V3). Le V3 reçoit également les affé-
rejoignent pour traverser la fente sphénoïdale en rences du nerf lingual, nerf gustatif et sensitif des
compagnie des nerfs oculomoteurs (III : nerf oculo- deux tiers antérieurs de la langue et nerf végétatif
moteur ; IV : nerf trochléaire ; VI : nerf abducens) (le nerf auriculotemporal, qui assure la sensibilité
142 H. Taillia et al.
Sensibilité Gustation
Proprioceptif : noyau
mésencéphalique du
trijumeau Droite Gauche
Tactile : noyau
Thermoalgique : pontique Avant
noyau spinal du principal du
trijumeau trijumeau
Bulbe homolatéral
V lingual constitué de
papilles caliciformes
Nerf lingual
Nerf lingual naît à la partie
postéro-inférieure de la
langue puis adopte un trajet
ascendant au niveau de la Ganglion de Gasser
dent de sagesse Gencives, dents de la mâchoire
inférieure innervées par : le nerf
incisif qui chemine d'avant en
Trou ovale Corde du tympan
arrière le long de l'arcade dentaire
où le rejoignent les rameaux
Ganglion de Gasser prémolaires. Il devient alors le
nerf dentaire inférieur VII bis
Figure 7 Orientation du diagnostic lésionnel et topographique en fonction des troubles de la sensibilité de la langue ou de la cavité
buccale inférieure et de la gustation.
territoire du nerf ophtalmique où l’on peut obser- coton-tige permettant d’explorer la zone anté-
ver une efflorescence bulleuse caractéristique, rieure et la partie avant de la zone postérieure. Il
mettant parfois en jeu le pronostic fonctionnel de n’apporte cependant que rarement des éléments
l’œil atteint. supplémentaires contributifs aux conclusions de
l’examen du voile et de la cavité buccale.
Sensibilité des fosses nasales, de la cavité
buccale et goût (Fig. 6, 7) Sensibilité de la langue, des gencives et du
palais3,4,6,7
Sensibilité des fosses nasales3,7 La langue peut être divisée en deux parties distinc-
Le tiers antérieur des fosses nasales dépend du V1 tes séparées entre elles par une frontière matéria-
(ainsi que la dure-mère, le sinus frontal et sphénoï- lisée par le V lingual, à pointe médiane et posté-
dal), les deux tiers postérieurs des fosses nasales rieure, constituée de l’alignement en V de grosses
sont innervés par le V2 (ainsi que les cellules eth- papilles caliciformes.
moïdales postérieures et une partie du sinus sphé- En avant s’étendent les deux tiers antérieurs de
noïdal). L’examen neurologique sensitif des fosses la langue ou langue mobile, recouverts de fines
nasales n’est pas courant, mais ne comporte pas de papilles et innervés par le nerf maxillaire inférieur.
difficultés insurmontables : il se fait à l’aide d’un En arrière, la base de la langue, verticale, d’aspect
144 H. Taillia et al.
goudronné est innervée par le nerf glossopharyn- antérieurs, gagnent le ganglion sphénopalatin, ap-
gien. La gencive inférieure, la partie interne de la pendu à la partie inférieure du tronc du nerf maxil-
lèvre inférieure et le pilier antérieur du palais sont laire, 2 cm en avant du ganglion de Gasser.
innervés par le V3. La muqueuse jugale, le palais, la Enfin, l’anatomie du nerf glossopharyngien doit
gencive supérieure et la partie interne de la lèvre être brièvement rappelée. La 9e paire crânienne
supérieure sont innervés par le V2. La pointe de est un nerf mixte neurovégétatif et sensitif (et
luette, le pilier postérieur et les amygdales sont gustatif). Un contingent moteur, limité, provenant
sous la dépendance du IX. La sensibilité du pharynx de la partie supérieure du noyau ambigu, projette
est sous la dépendance du nerf glossopharyngien, ses fibres à destination du muscle stylopharyngien,
tandis que le nerf vague est responsable de l’inner- élévateur du pharynx (Fig. 4), et du styloglosse,
vation sensitive de l’épiglotte, du larynx et de la muscle accessoire et rétracteur de la langue. Les
trachée. fibres sensitives proviennent de la partie posté-
Les voies de la sensibilité trigéminale sont dévelop- rieure du voile du palais, du tiers postérieur de la
pées dans le chapitre « Sensibilité du visage » (supra). langue et du pharynx. Les différents filets nerveux
Parmi les branches du V3 impliquées dans la pharyngiens et linguaux se regroupent, dans l’es-
sensibilité de la bouche, nous étudierons principa- pace sous-parotidien postérieur, en un tronc ascen-
lement le nerf lingual et le nerf dentaire (ou alvéo- dant et oblique vers l’arrière, qui longe le muscle
laire) inférieur. Le nerf lingual qui rejoint le nerf styloglosse. Puis le tronc du IX contourne la caro-
dentaire inférieur juste avant de gagner le ganglion tide interne, passe en arrière et rejoint le ganglion
de Gasser est le nerf sensitif (et gustatif) des deux d’Andersch, paracarotidien, pour ensuite pénétrer
tiers antérieurs de la langue. Au sortir de la face dans le crâne par le trou déchiré postérieur. Il se
inférolatérale de la langue mobile, il entre en trouve donc dans sa portion exocrânienne initiale
contact avec la glande sublinguale, le canal de en contact étroit avec le X, le XI bulbaire, la
Wharton, et avec la glande sous-maxillaire. Puis, en carotide interne mais aussi la veine jugulaire in-
regard de la racine de la dernière molaire, il décrit terne. Il traverse ensuite la citerne pontocérébel-
une boucle à convexité postéro-inférieure avant leuse avant de rejoindre le bulbe au niveau de la
d’adopter un trajet ascendant vers le ganglion de partie supérieure du sillon collatéral supérieur. Les
Gasser. L’extraction des « dents de sagesse » infé- fibres sensitives tactiles du nerf glossopharyngien
rieures constitue donc un risque de léser le nerf terminent leur trajet dans le noyau principal du
lingual. Le nerf dentaire inférieur a un trajet rela- nerf trijumeau, tandis que les fibres conduisant la
tivement parallèle au nerf lingual. À son extrémité sensibilité thermoalgique atteignent le noyau spi-
initiale, il reçoit le nerf mentonnier mais aussi le nal du trijumeau. Le contingent sensitif du nerf
nerf incisif (innervation de la canine, des deux glossopharyngien représente la voie afférente du
incisives et de la gencive adjacente). Dans le canal réflexe nauséeux qui est donc aboli en cas d’at-
dentaire intramandibulaire confluent vers lui trois teinte du IX. Lorsqu’il existe un phénomène irritatif
ou quatre rameaux dentaires innervant les prémo- de ce nerf, on assiste à une névralgie du glossopha-
laires, les molaires et la gencive adjacente. La ryngien dont les caractéristiques cliniques ressem-
partie interne de la lèvre inférieure est innervée blent à celles de la névralgie essentielle du V mais
dans sa portion cutanée par le nerf mentonnier et pour un territoire sensitif différent lingual posté-
dans sa portion muqueuse par le nerf incisif. rieur et pharyngolaryngé. La névralgie du IX est
La partie supéroantérieure de la cavité buccale donc électivement déclenchée par la stimulation
jusqu’au pilier antérieur et la base de la luette ont de ces régions (trigger-zone), par exemple lors de
une innervation sensitive trigéminale dépendant du la phonation et de la déglutition. En cas de syringo-
V2. L’arcade dentaire supérieure et la muqueuse myélie atteignant les premiers étages médullaires
gingivale adjacente sont innervées par les trois cervicaux, on comprend dès lors la fréquente intri-
nerfs dentaires antérieur, moyen et postérieur. cation de névralgies du V et du IX par lésion directe
Ceux-ci décrivent un véritable plexus dentaire en- du noyau spinal du trijumeau.
voyant, pour chaque racine dentaire, des filets
osseux et muqueux. Ils rejoignent, en un trajet Fonctions gustatives7
ascendant et discrètement oblique vers l’arrière, le Le goût est étroitement dépendant de l’olfaction.
nerf sous-orbitaire. La muqueuse jugale et la face Sans olfaction (sans retour rétronasal d’air), pas de
interne de la lèvre supérieure sont innervées par les goût. Il n’existe que quatre critères gustatifs « pri-
branches jugolabiales qui gagnent le nerf sous–or- maires » à partir desquels se décline à l’infini la
bitaire juste après sa traversée de l’os malaire. Les palette des goûts des aliments : sucré, salé, amer,
nerfs palatins antérieur, moyen et inférieur, en acide. À l’aide de substances sapides plus ou moins
charge de la sensibilité du palais et des piliers concentrées, on peut déterminer un seuil de détec-
Examen neurologique facial à l’usage de l’odontologiste et du chirurgien maxillofacial 145
Nerf mucolacrymonasal VII ganglion géniculé Nerf grand pétreux (endocrânien) ganglion sphénopalatin (V2)
Nerf vidien (exocrânien)
Nerf salivaire supérieur VII puis VII bis corde du tympan Noyau lingual (V3) Glande sous-maxillaire
(juste avant le ganglion otique) Glande sublinguale
Nerf salivaire inférieur IX Nerf de Jacobson Noyau petit pétreux puis ganglion otique (V3) Noyau auriculotemporal
Anastomose IX-V3
Glande parotide
tion, un seuil de reconnaissance mais aussi une qui croise au même étage et rejoint le ruban de Reil
localisation linguale des sensibilités gustatives. médian qui fait relais dans le noyau ventro-postéro-
En terme neuroanatomique, les fonctions gusta- latéral du thalamus. Le troisième neurone thalamo-
tives sont prises en charge, nous l’avons dit, par le cortical parvient à la partie inférieure de l’aire
V3 pour les deux tiers antérieurs de la langue et par pariétale ascendante.
le IX pour le tiers postérieur de la langue. Les
papilles gustatives linguales sont de différentes
sortes : papilles caliciformes de gros calibre, cons- Fonctions neurovégétatives (Fig. 8)
tituant le V lingual, papilles fungiformes sur les
bords latéraux et la pointe de la langue, papilles Elles comprennent la régulation des sécrétions des
foliées en avant du V lingual et sur les bords de la glandes lacrymales, de la muqueuse nasale et des
langue. Chaque papille est tapissée, en profondeur, glandes salivaires.1,3,7,8 Les nerfs efférents ont
par des bourgeons gustatifs, pièces centrales du pour point commun de prendre leur origine dans
dispositif sensoriel gustatif. Il existe des bourgeons des formations végétatives bulboprotubérantielles
du goût non seulement sur la langue mais sur les paramédianes indépendantes, de suivre le trajet du
piliers, l’épiglotte et la paroi postérieure du pha- VII (ou VII bis) ou du IX, puis de s’anastomoser et de
rynx. Les zones les plus sensibles n’en demeurent rejoindre les fibres des branches du trijumeau
pas moins les bords latéraux et la pointe de langue. avant d’atteindre leur cible. La Figure 8 détaille la
Les filets nerveux gustatifs de la langue mobile trajectoire des fibres végétatives de la face. À la
empruntent le nerf lingual. Juste avant d’atteindre lumière de ce schéma, on comprend la fréquente
le ganglion de Gasser, les fibres gustatives quittent association, comme dans l’algie vasculaire de la
le tronc du nerf lingual et gagnent par un filet face par exemple, d’un larmoiement d’un œil et
nerveux d’anastomose (la corde du tympan), le VII d’une rhinorrhée de la narine homolatérale. Les
bis. Celui-ci rejoint le bulbe et se termine dans la fibres régulant ces deux fonctions se rejoignent en
partie rostrale du noyau du faisceau solitaire.
effet sur une grande partie de leur trajet (noyau
Les fibres gustatives de la langue verticale em-
muco-lacrymo-nasal puis nerf grand pétreux). De
pruntent le même trajet que les neurones sensitifs
même, les fibres médiant la sensibilité, la gustation
du nerf glossopharyngien. Dans leur trajet termi-
et la salivation (pour les glandes sous-maxillaires et
nal, elles rejoignent la partie médiane du noyau du
sublinguales) passent toutes par le nerf lingual,
faisceau solitaire.
expliquant la synergie de ces fonctions.
La partie caudale de ce noyau est également le
relais de quelques fibres gustatives provenant de la
partie postérieure de l’épiglotte dont le trajet suit Références
celui du nerf pneumogastrique.
Le deuxième neurone, dont le corps est situé 1. Cambier J, Masson M, Dehen H. Neurologie. Paris: Masson;
dans le noyau du faisceau solitaire, envoie un axone 2000.
146 H. Taillia et al.
2. Gouaze A. L’examen neurologique et ses bases Fasciculations : activité spontanée d’une unité
anatomiques. Paris: Expansion Scientifique Française; motrice isolée se traduisant par des secousses
1983.
3. Kahle W, Leonhardt H, Platzer W. Anatomie. Système brèves apparaissant sur le muscle au repos ou
nerveux et organes des sens. Paris: Flammarion Médecine- favorisée par le froid ou la percussion. Cette
Sciences; 1981. activité est la traduction d’un processus
4. Keravel Y, Sindou M. Vues anatomiques commentées du pathologique de dénervation correspondant en
nerf trijumeau. Encycl Méd-Chir 1980:4p (Elsevier SAS,
Paris), Neurologie, 17-001-E-10.
électromyographie à un potentiel d’unité mot-
5. Lacombe H, Keravel Y. Vues anatomiques commentées du rice (PUM) isolé.
VII et du VIII. Encycl Méd-Chir 1986:22p (Elsevier SAS, Myokimies : activité spontanée d’une ou de plu-
Paris), Neurologie, 17-001-O-10. sieurs unités motrices se traduisant par des sec-
6. Lacombe H, Keravel Y. Vues anatomiques commentées des
nerfs mixtes. Encycl Méd-Chir 1989:20p (Elsevier SAS, ousses musculaires un peu plus prolongées que
Paris), Neurologie, 17-001-P-10. les fasciculations. Elles ont une traduction élec-
7. Legent F, Perlemuter L, Quere M. Anatomie. Nerfs tromyographique différente des fasciculations
crâniens et organes correspondants. Paris: Masson; 1974. (battement répétitif d’un ou de plusieurs PUM).
8. Mas JL, Leger JM, Bogousslavsky J. Interprétation des
troubles neurologiques. Paris: Doin; 2000.
Parfois pathologiques, elles correspondent
généralement à un mécanisme physiologique
Glossaire plus fréquent chez les sujets anxieux.
Amyotrophie : atrophie d’un groupe de fibres mus- Spasme hémifacial : contraction involontaire et
culaires souvent associée à une diminution de unilatérale des muscles innervés par le nerf fa-
force musculaire. La topographie de cial, de type tonique ou par secousses cloniques.
l’amyotrophie est caractéristique d’une atteinte Il débute habituellement par les paupières puis
d’un tronc nerveux ou d’une racine nerveuse. gagne l’ensemble de l’hémiface. Il peut être
Dissociation automaticovolontaire : troubles de primitif ou secondaire à une atteinte du nerf
la motricité essentiellement dévoilés lors de la facial.
mimique automatique et non sur ordre, dissocia- Syncinésies : mouvements produits dans un terri-
tion que l’on retrouve dans les paralysies faciales toire paralysé à l’occasion de mouvements vo-
d’origine centrale. lontaires effectués dans un autre territoire.
Éversion : élévation en haut et en dehors du globe Voix bitonale : dissociation du timbre de la voix
oculaire (lors de l’occlusion palpébrale). suivant deux modalités tonales (aigu-grave).
EMC-Dentisterie 1 (2004) 147–158
www.elsevier.com/locate/emcden
MOTS CLÉS Résumé Les accidents occasionnés par l’évolution des dents de sagesse (DS) sont fré-
Dent de sagesse ; quents dans la pratique courante et sont dominés par les accidents infectieux. L’évolution
Troisièmes molaires ; des DS peut ne pas aboutir à une mise en place normale sur l’arcade dentaire du fait d’un
Inclusion dentaire ; manque de place, ou du fait d’une anomalie dans son cheminement qui nécessite une
Évolution anormale ; verticalisation du germe en croissance. Ce cheminement peut se trouver notamment
Péricoronarite ;
bloqué par la couronne de la 2e molaire qui lui sert de guide. Le résultat est une dent dont
Cellulites ;
Ostéites ;
une partie de la couronne est visible sur l’arcade et dont le reste est recouvert par un
Kystes péricoronaires capuchon muqueux ; la même situation se rencontre lorsque la DS subit une désinclusion,
c’est-à-dire la mise à nu de sa couronne par récession muqueuse et osseuse. Les
péricoronarites sont les accidents les plus fréquents et s’accompagnent habituellement
d’adénopathies. Ces accidents peuvent se compliquer de cellulites aiguës qui évoluent au
niveau du carrefour oropharyngé et peuvent être une menace grave pour la liberté des
voies aériennes. Les autres accidents aigus, telles les stomatites, sont moins fréquents.
Les accidents subaigus sont rares, comme les sinusites, les ostéites, voire les thrombo-
phlébites. Parfois, c’est en raison d’un accident mécanique, comme la destruction de la
couronne de la 2e molaire, que la DS fait parler d’elle ; il est des cas où la pathologie dont
elle est responsable est une découverte fortuite d’examen radiologique des maxillaires :
les kystes péricoronaires (dentigères) sont les plus fréquents. Le traitement des accidents
infectieux repose sur le traitement de la cellulite ou de tout autre foyer aigu ou subaigu
de façon concomitante avec le traitement du foyer causal. Les accidents pseudotumoraux
requièrent obligatoirement un examen anatomopathologique de toute pièce d’exérèse ;
de même que des prélèvements bactériologiques spécifiques sont indispensables dans
toute évolution traînante malgré un traitement primaire bien conduit.
© 2004 Publié par Elsevier SAS.
KEYWORDS
Abstract Accident occasionned by wisdom teeth are frequent in our practice, and mostly
Pericoronaritis; due to infection. Achievement of third molar growth needs several factors : a normal
Sinusitis; tooth bud which evolution will be tutored by the second molar in order to be situated on
Osteitis; the right place in the posterior aspect of mandibular arch. Lack of growth of the mandible
Third molar in an anteroposterior direction, lack of space in the arch, developmental abnormality in
the positioning of the tooth germ or an aberrant path of eruption, cause an impaction or
a partial eruption. The crown appears to be partially covered by a gum flap, which
inflammation causes the most common complication : an acute péricoronaritis, which
main symptoms are : pain, limitation of jaw movements, and fever. If it is mis-treated, an
abcess can spread in the oropharyngeal area ant threatens the airways. Subacute
complications are sinusitis, osteitis are caused by a long-term evolution and favorised by
a treatment which neglected the cause of infection. Mecanical complications are also
frequent : third molars may be responsible for the destruction of the crown of the second
molar, to create an area of weackness in angular fractures. Multiplication of X rays permit
to discover quiescent impacted teeth wich are surrounded by important dentigerous
cysts, which histologic analysis is mandatory in order to eliminate an ameloblastoma.
Treatment of these complications include the treatment of the acute pathology without
forget the treatment of the responsible tooth.
© 2004 Publié par Elsevier SAS.
Introduction
Figure 5 Panoramique de « débrouillage » montrant : l’intimité des rapports entre le bas-fond sinusien et les DS supérieures ; le kyste
marginal postérieur sur 48 ; la destruction de la couronne de 37 occasionnée par 38.
Accidents d’évolution des dents de sagesse 151
c b
a
g
d
f
Elle se manifeste par une douleur spontanée de
e la région rétromolaire. L’examen retrouve une mu-
queuse rouge, œdématiée, laissant apparaître une
partie de la couronne de la DS. La pression est
Figure 6 Muscle buccinateur et région génienne, d’après Gines-
douloureuse et peut faire sourdre un liquide séro-
tet. a : Base de l’os malaire ; b : fosse ptérygomaxillaire ; c :
fosse canine (muscles zygomatiques) ; d : vestibule buccal ; e : sanglant. Les empreintes des cuspides de la dent
abcès de Chompret et L’Hirondel ; f : fusée vestibulaire du antagoniste peuvent être observées sur ce capu-
précédent ; g : espace interptérygoïdien. chon muqueux (Fig. 7).
Dès ce stade, la radiographie panoramique per-
laire qui vient s’ouvrir en avant dans la région
met de se rendre compte des possibilités d’évolu-
génienne au niveau du quadrilatère de moindre
tion de la dent incriminée, ainsi que de la situation
résistance de Chompret (Fig. 6).
des autres DS.
En dedans, la DS est en relation plus ou moins
L’évolution est variable : soit l’accident guérit
intime avec la corticale interne sur laquelle est
avec la mise en place de la dent sur l’arcade ; soit
plaqué le nerf lingual ; ses apex se situent sous la
se constitue un des tableaux suivants.
ligne d’insertion du muscle mylohyoïdien ; elle est
toute proche de l’espace para-amygdalien qui est
Péricoronarite aiguë suppurée
le carrefour stratégique des régions celluleuses cer-
C’est le classique « accident de la DS », qui succède
vicofaciales en continuité avec les espaces média-
à la péricoronarite congestive ou en constitue l’épi-
stinaux.
sode inaugural. Le sac péricoronaire est le siège
Cette situation au sein d’un carrefour de régions
d’une infection (Fig. 8).
anatomiques profondes est importante à retenir.
Pour ce qui est de la diffusion d’une infection, la Le patient se plaint de douleurs plus intenses,
position anatomique de la DS (incluse et plus ou qui deviennent insomniantes, avec otalgies violen-
moins inclinée suivant différents plans de l’espace, tes. La péricoronarite s’accompagne d’un trismus,
ou ectopique) peut influer dans une certaine me- d’une dysphagie, d’une gêne à la mastication et
sure sur la localisation initiale ; en fait, tous les parfois d’une fébricule. Malgré le trismus, on peut
espaces communiquent, ce qui rend potentielle-
ment dangereux tout accident infectieux de cette
région.
Accidents infectieux
Péricoronarites
d’abcès est la constriction permanente due à l’in- table blindage sur la face externe de la mandibule ;
volution fibreuse des masses musculaires régiona- bien entendu, l’ouverture buccale se limite au
les. cours de cet épisode. Une fistule cutanée ou mu-
queuse peut être observée avec écoulements puru-
Cellulites à évolution interne lents itératifs, pérennisant cette évolution chroni-
Elles sont graves de par leur retentissement pré- que. La dent en cause est désignée par la
coce et rapidement évolutif sur la filière respira- constatation d’une masse corticale externe au
toire. contact d’un foyer de péricoronarite.
L’abcès sous-mylohyoïdien est responsable d’une Ce tableau peut être dû à un traitement incom-
collection qui fait corps avec le bord basilaire de la plet ; mais bien plus, sa persistance, voire son
branche horizontale mandibulaire, puis s’étend passage à la chronicité doit faire évoquer un ta-
vers l’espace sus-hyoïdien latéral pour évoluer vers bleau d’infection spécifique, ou tumoral, et faire
les téguments cervicaux. pratiquer les prélèvements indispensables.
L’abcès sus-mylohyoïdien donne une tuméfac-
tion collée à la table interne de la branche horizon- Accidents ganglionnaires
tale. Les signes fonctionnels sont importants : dou-
leur, trismus, dysphagie ; leur exacerbation rend Ils accompagnent une inflammation ou une infec-
compte de la diffusion de la collection vers le tion muqueuse ou cutanée. Les premiers relais gan-
plancher buccal et l’oropharynx : c’est l’urgence en glionnaires des régions molaires et rétromolaires
matière de pathologie due aux DS. sont les ganglions sous-angulomandibulaires et
sous-maxillaires.
Cellulites postérieures
Inaugurales, ou plus souvent extension de la cellu- Adénite congestive
lite sus-mylohyoïdienne, elles en partagent le Elle est banale : cette petite tuméfaction sensible
même pronostic évolutif. Elles se collectent au de la région sous-maxillaire attire l’attention du
niveau de la face interne de la mandibule, soule- patient chez qui s’installe une péricoronarite
vant le pilier antérieur et le voile et sont à distin- aiguë. Les ganglions sont augmentés de volume,
guer du phlegmon périamygdalien. sensibles à la palpation, souples. Cette adénite
Le danger est la possible diffusion du processus peut parfois évoluer vers la suppuration.
infectieux vers le médiastin via l’espace sous-
parotidien antérieur. Adénite suppurée
Il a été décrit une forme de cellulite plus spéci- La péricoronarite causale ne cède pas et se surin-
fique à la DS supérieure,6 le phlegmon sus- fecte. Le ganglion satellite devient franchement
amygdalien de Terracol : la tuméfaction siège au- douloureux, augmente rapidement de volume et
dessus de l’amygdale, sous forme oblongue, devient rénitent. Une réaction inflammatoire loca-
soulevant une muqueuse lisse et rouge ; le trismus lisée masque ses contours. Des signes généraux
est beaucoup plus modéré. Le danger reste la dif- (fièvre, asthénie) s’installent. Non traitée, ou chez
fusion aux espaces parapharyngés. un malade aux défenses immunitaires altérées, elle
peut évoluer vers un adénophlegmon.
Cellulites diffuses
Elles peuvent constituer l’évolution d’une cellulite Adénophlegmon
circonscrite et sont alors qualifiées de « diffu- C’est la diffusion de l’infection aux espaces cellu-
sées » ; elles s’opposent aux cellulites d’emblée leux adjacents de l’adénite. Il se manifeste par une
diffuses, qui sont des fasciites nécrosantes au pro- tuméfaction très douloureuse, insomniante, sous-
nostic très défavorable du fait de leur toxicité et du mandibulaire mal limitée dissimulant les reliefs de
fait de leur extension rapide aux tissus cervicaux et la mandibule. Le patient est gêné par un trismus
médiastinaux. serré par atteinte du masséter, voire par un torti-
colis par contracture du muscle sterno-cléido-
Cellulites subaiguës mastoïdien. Les signes généraux sont marqués avec
Le patient se plaint d’une tuméfaction persistante fièvre, frissons et asthénie. Localement, la peau
ou en augmentation de volume, évoluant depuis est inflammatoire. La zone ganglionnaire, centrale,
plusieurs semaines ; l’épisode infectieux initial n’a est dure et extrêmement sensible, la zone périphé-
pas conduit à un traitement étiologique. rique est œdémateuse et garde le godet. Le dia-
La tuméfaction sous-cutanée angulaire est sensi- gnostic différentiel est celui d’une cellulite sous-
ble, mais devient inflammatoire, douloureuse au mylohyoïdienne en début d’évolution, qui reste à
moment des poussées, avec constitution d’un véri- vrai dire le diagnostic le plus évoqué de nos jours.
154 J.-M. Peron
Accidents osseux
Ostéite subaiguë
Elle se constitue rarement d’emblée ; elle s’installe
dans les suites d’un accident infectieux d’évolution
lente (Fig. 11) et doit faire rechercher un facteur
favorisant local (irradiation cervicale) ou général
(immunodépression, diabète).
Ostéite chronique
Elle est rare ; elle provoque une tuméfaction de
l’angle mandibulaire sensible, recouverte par des
téguments érythémateux, peu inflammatoires, où
peut parfois être observée une fistule cutanée. Il
Figure 13 Refoulement de la cavité sinusienne (muqueuse sinu-
peut exister une anomalie de la sensibilité dans le sienne saine).
territoire du nerf alvéolaire inférieur. La radiogra-
phie montre des corticales épaissies entourant un La survenue d’une ostéite reste enfin une com-
foyer de densification osseuse ; au maximum se plication classique de l’avulsion d’une DS, après
trouve ainsi réalisée une forme hyperostosante alvéolite, fracture, etc.
(Fig. 12).
Accidents sinusiens
Ces accidents sont d’autant plus probables que la Fragilisation de l’angle mandibulaire
DS est en situation mésioversée et bloquée par la 2e
molaire. La présence d’une DS inférieure incluse au niveau
L’appui continu de la couronne de la 3e molaire de l’angle mandibulaire rompt les lignes de résis-
sur la face distale de la 2e peut provoquer des tance de cette région et constituerait logiquement
lésions carieuses du collet ou de la couronne (Fig. 5, une zone de fragilité par laquelle passe le trait de
14). fracture. L’étude de Lee confirme le fait que la
Lorsque l’appui et les phénomènes de pression présence d’une DS double le risque de fracture
s’effectuent plus bas au niveau de la racine de la angulaire ; elle montre, en revanche, qu’il n’y a pas
dent, ils peuvent provoquer une rhizalyse et de corrélation significative entre la position de la
conduire à la mortification ; bien souvent se cons- dent incluse et le pourcentage de risque.4
titue également une alvéolyse localisée aboutissant Bien sûr, la DS incluse dans le foyer reste une
à la création d’un foyer parodontal difficile d’accès menace d’infection à prendre en compte dans le
pour les soins d’hygiène et dont les conséquences traitement d’une fracture angulaire.
ont été précédemment évoquées.
www.elsevier.com/locate/emcden
MOTS CLÉS Résumé Touchant enfants comme adultes avec des évolutions et des implications diffé-
Fractures dentaires ; rentes, les traumatismes dentaires et/ou alvéolaires sont des lésions fréquentes motivant
Luxations dentaires ; la consultation d’un praticien, souvent en urgence, puis la collaboration entre stomato-
Traumatismes osseux ; logues ou chirurgiens maxillofaciaux et dentistes. La difficulté réside en la nécessité d’un
Lésions des parties
diagnostic et d’une prise en charge précoces (parfois impossibles à obtenir en cas de
molles ;
Vitalité pulpaire ; polytraumatisme ou éloignement d’un spécialiste), mais est également liée à la nature du
Surveillance ; terrain : enfants, détresse vitale associée, état buccodentaire médiocre... Quoi qu’il en
Certificat médical soit, l’évolution de ces lésions est imprévisible et une grande retenue devra être faite,
même en cas de succès apparent, auprès du patient ou de sa famille. Compte tenu des
implications fonctionnelles, cosmétiques et financières en cas d’échec du traitement, la
rédaction rigoureuse du certificat médical initial est d’une importance capitale. Une
surveillance attentive est indispensable : hebdomadaire en début de traitement, elle
s’étendra ensuite sur plusieurs années.
© 2004 Publié par Elsevier SAS.
Abstract Even if implications are different in children or adults, injuries of the teeth and
KEYWORDS alveolar bone represent reasons to consult in emergencies department, stomatology or
Dental fractures; maxillo-facial surgery unit, dentistry unit. Diagnosis must be immediately determined and
Dental luxations; treatment quickly achieved to obtain success, but difficulty consists in particular situa-
Dental avulsions; tions : children, vital prognosis, poor dental condition... However, lack of foresight is
Injuries of the bone constant, even if success seems to be occurred, and must be explained to the patient or
and soft tissues;
his family. Primary medical attestation is an important thing to give with prescription.
Pulpal vitality;
Follow-up; Follow-up is essential : weekly in the beginning, up to several years.
Medical attestation © 2004 Publié par Elsevier SAS.
lésion vitale prédominante où la priorité est donnée simplement l’ouverture de son sac, en cas d’ingres-
au traumatisme crânien ou thoracoabdominal. Le sion de la dent temporaire.36
diagnostic est alors porté tardivement, compro- Entre 3 et 6 ans, l’enfant acquiert la vitesse de
mettant grandement les chances de succès du trai- déplacement, et les risques ne font que s’accroître
tement. lorsque il est scolarisé. Les chocs peuvent être
La situation est légèrement différente lorsque le directement transmis à la dent, mais il est fréquent
polytraumatisme englobe des lésions de la région de voir des traumatismes occasionnés par une chute
maxillofaciale, car l’intervention précoce du spé- alors que l’enfant portait un objet dans la bouche,
cialiste fait rapidement bénéficier le patient d’un entraînant dans le même temps des atteintes mu-
examen complet de la cavité buccale.33 queuses et osseuses, notamment au niveau du pa-
De même, le diagnostic de fractures alvéoloden- lais. À cet âge, l’os alvéolaire reste malléable et les
taires est parfois posé fortuitement à la lecture de attaches parodontales lâches, la racine est raccour-
clichés radiographiques de la face ou du crâne cie par la rhizalyse physiologique : tous ces facteurs
demandés de manière systématique chez un trau- privilégient toujours les luxations dentaires par
matisé inconscient. rapport aux fractures. Les ingressions dentaires
Les patients présentant un traumatisme dentaire restent fréquentes, tout comme les versions palati-
isolé représentent un groupe à part, dans la mesure nes ou vestibulaires. Avec la résorption progressive
où ils font eux-mêmes le diagnostic de leurs lésions de la racine, on voit diminuer le risque de compli-
et consultent spontanément. Les chances maxima- cations pour l’os alvéolaire et le germe de la dent
les de succès sont pourtant inégales et varient en définitive.
fonction du délai avec lequel ils rencontrent le
praticien qui débutera le traitement ou bien selon En denture mixte
les conditions de conservation de l’organe trauma- Pendant cette période qui s’étale en moyenne en-
tisé. tre 6 et 12 ans, les incisives centrales supérieures
Enfin, il est habituel d’avoir à faire le diagnostic sont les premières à apparaître et restent les plus
rétrospectif de traumatisme dentaire devant un touchées par les traumatismes. Mais durant les
tableau de cellulite circonscrite que n’explique premières années, l’édification radiculaire en cours
aucune lésion carieuse ou parodontale : bien sou- confère quelques spécificités : la racine courte
vent le traumatisme dentaire est méconnu, notam- permet les luxations, même si l’os alvéolaire de-
ment chez l’enfant qui ne le signale pas..., ou vient plus compact et plus résistant aux déplace-
considéré comme bénin et négligé par le blessé ou ments latéraux et axiaux ; le canal radiculaire est
l’entourage. large et protège le paquet vasculonerveux des for-
ces de cisaillement et de la strangulation par
Physiopathologie l’œdème post-traumatique ce qui évite le plus sou-
vent la mortification pulpaire. Les lésions fracturai-
Les enfants représentent une population à risque res des organes dentaires apparaissent avec l’allon-
pour les traumatismes dentaires et alvéolaires,24 gement des racines et la densification osseuse.
mais les maturations osseuse et dentaire évoluent
tout au long de la croissance et, selon le stade de En denture permanente
leur évolution, ces deux structures offrent des ré- À partir de l’adolescence, la denture définitive est
sistances différentes aux agents vulnérants. édifiée et les conséquences d’un traumatisme al-
véolodentaire sont plus lourdes. Ce sont les activi-
En denture temporaire tés sportives qui semblent générer le plus d’acci-
Entre 6 mois et 3 ans, il existe une forte croissance dents chez les sujets jeunes.
des maxillaires, et le remodelage osseux important À tout âge, rixes et agressions sont des causes
aboutit à la formation d’un os alvéolaire peu dense fréquentes de fractures et luxations dentaires.
et peu minéralisé, donc malléable, favorisant les L’adulte partage également tous ces facteurs de
luxations des organes dentaires plutôt que les frac- risque, auxquels il faut ajouter le vieillissement
tures. Par ailleurs, le retard de croissance de la physiologique de la denture, des tissus de soutien
mandibule par rapport au maxillaire génère une et parfois le mauvais état buccodentaire. Il existe
proalvéolie supérieure relative qui expose préfé- alors quelques causes iatrogènes telles que l’intu-
rentiellement les incisives supérieures. C’est éga- bation endotrachéale anesthésique (où la luxation
lement durant cette période, vers l’âge de 3 ans, des incisives centrales supérieures est possible sur-
que les rapports entre apex de la dent lactéale et tout en cas de parodontolyse associée), ainsi que
germe de la dent définitive sont les plus étroits, les avulsions dentaires si les instruments sont utili-
menaçant de blessure ce dernier, ou provoquant sés de manière inappropriée.
Traumatismes dentaires et alvéolaires 161
Il est classique de dire que la proalvéolie supé- tances de survenue, variant de 1/1 pour les acci-
rieure favorise la survenue de tels accidents, les dents domestiques chez l’enfant à 1/10 pour les
incisives étant alors particulièrement exposées aux accidents du travail (1/2 pour les traumatismes
agents vulnérants du fait de leur vestibuloversion. sportifs et 1/8 pour les agressions).
Les traitements orthodontiques plus largement dé-
veloppés tendent à réduire actuellement ce risque. Prévention
En revanche, le port d’appareillage modifie l’his-
toire naturelle des traumatismes dentaires, tantôt Elle est applicable à plusieurs niveaux et nécessite-
en assurant une contention solide qui limite dans rait un effort collectif.
une certaine mesure les dégâts, tantôt, au
contraire, en mobilisant en bloc un groupe dentaire Concernant le patient
à distance du point d’impact. Elle se limite à la pratique des sports. Beaucoup
Après 12 ans, les lésions des tissus de soutien et d’entre eux ne requièrent pas de protection den-
des organes dentaires s’équilibrent donc et sont taire, même en compétition : c’est le cas du cy-
déterminées par les caractéristiques des agents clisme, du patinage ou de l’équitation où le casque
vulnérants : Les projectiles de faible masse percu- ne protège que le crâne et pas la face. Dans les
tant des dents nues à vitesse rapide aboutiront aux sports de ballon ou de combat, le port de protège-
fractures coronaires radiculaires ou mixtes. Le pro- dents est préconisé voire obligatoire, et les diffé-
cessus carieux majore ce risque. Les agents conton- rentes études mettent en évidence la nette supé-
dants, lourds et à déplacement lent, surtout s’ils riorité des protections personnalisées réalisées par
percutent des dents protégées par des tissus mous des odontologistes sur les protections thermofor-
tels que les lèvres, engendreront des luxations. mées du commerce.31 Il importe de réaliser un
Avec l’âge, le vieillissement des tissus parodon- fenêtrage qui permet une respiration buccale tout
taux favorise le retour des luxations quelle que soit en gardant les mâchoires serrées : cette zone de
la nature du traumatisme. faiblesse est palliée par l’inclusion d’une armature
rigide ; de même, pour la plongée, il faudrait
adapter l’embout respiratoire à la cavité buccale
Épidémiologie
du plongeur.
Enfin, le traitement des dysmorphies faciales
Il est évident qu’il existe une sous-estimation de
peut être considéré comme un moyen indirect de
l’incidence et de la prévalence des traumatismes
prévention des traumatismes dentaires et alvéolai-
dentaires parce que, d’une part les patients ne
res.
viennent pas tous consulter, et d’autre part, les
lésions ne sont pas toutes diagnostiquées.
Concernant l’entourage
Ce sont néanmoins des affections fréquentes :
Il s’agit plutôt d’une prévention des complications,
pour Gineste,20 un individu sur dix a été victime
c’est-à-dire d’une prévention secondaire alors que
d’un traumatisme dentaire ou alvéolodentaire à
le traumatisme est survenu.
l’âge de l’adolescence, et pour Delattre,10 cela
Le but est donc de former les catégories de
concerne 13,6 % des enfants de 6 à 15 ans. La
population susceptibles d’être confrontées aux
fréquence de ces traumatismes diminue d’ailleurs
traumatismes dentaires. En premier lieu, les pro-
avec le vieillissement des sujets : 50 % avant 10 ans
fesseurs des écoles : certains d’entre eux connais-
pour 30 % entre 10 et 30 ans.17
sent la conduite à tenir en urgence, la majorité des
Pour Gassne,17 les traumatismes dentaires ac-
autres est demandeuse de formation.4 Il en est de
compagnent 48,25 % des traumatismes craniofa-
même des moniteurs sportifs qui reçoivent les in-
ciaux et se répartissent essentiellement en acci-
formations nécessaires au cours de leur tronc com-
dents de circulation (10 à 54 % selon les séries),
mun.18
agressions (13 à 48 %) et sports (6 à 33 %), les
Enseigner aux parents serait l’idéal mais paraît
accidents domestiques et du travail représentant
illusoire devant le trop grand nombre. Enfin, le
une part négligeable.
personnel des professions para-médicales et tous
Jeux de ballons, sports de combat, équitation et
les médecins devraient connaître les principes de
cyclisme sont les activités les plus citées. Récem-
traitement d’urgence.
ment, VTT, patins en ligne, skate-board et trotti-
nette ont corrigé à la hausse des chiffres que la
diminution des accidents de circulation avait Examen du sujet
contribué à faire baisser.
Il existe une écrasante prédominance masculine, Comme pour toute pathologie ou traumatisme, il se
même si le sex-ratio est variable selon les circons- doit d’être méthodique et systématisé. Après avoir
162 A. Tardif et al.
installé confortablement et rassuré la victime, cet taire supérieure. Ce matériel est rarement disponi-
examen débute par un interrogatoire qui est un ble dans les services d’accueil et d’urgences, où
temps capital dans la démarche diagnostique. Ins- l’alternative consiste à examiner un patient en
pection et palpation sont suivies de clichés radio- décubitus à la lumière d’un miroir frontal.
graphiques, souvent multiples. C’est à ce terme Il convient d’avoir à portée de main, outre des
qu’a lieu la rédaction du certificat médical initial. gants d’examen, une aspiration douce, car les
gingivo- ou stomatorragies sont fréquentes. Le pra-
Anamnèse ticien utilise un miroir dentaire, une sonde, une
pince « précelle », du coton et une bombe réfrigé-
La première partie de l’interrogatoire concerne rante pour tester la vitalité pulpaire, des compres-
l’accident à proprement parler : le praticien s’en- ses. Du matériel pour réaliser une anesthésie locale
quiert alors des date, heure et lieu de survenue, est nécessaire, même s’il n’est utilisé le plus sou-
perte de connaissance initiale. Il se renseigne éga- vent qu’au moment du traitement des lésions.
lement sur l’agent vulnérant, car ses différentes Sur un patient préalablement rassuré et calmé,
caractéristiques (consistance, direction, point surtout s’il s’agit d’un enfant, et chez lequel la
d’impact, cinétique...) peuvent orienter vers tel ou douleur a été atténuée par une prise médicamen-
tel type de lésions. Les conditions de survenue, teuse, on débute par une inspection globale de la
accident de la vie privée ou causé par un tiers, de cavité buccale et de ses annexes (versant cutané
loisir ou de sport de compétition, du travail, agres- puis muqueux des lèvres). Toutes les lésions doi-
sion, ont un rôle déterminant sur les conséquences vent être soigneusement analysées puis consignées
juridiques et l’indemnisation du préjudice. sur le certificat médical initial, comme celles des
Les questions sont ensuite orientées vers le sujet tissus mous (lèvres, gencives, langue) qui sont trop
et ses antécédents médicochirurgicaux : interven- souvent oubliées.
tions chirurgicales antérieures, pathologies L’inspection globale des organes dentaires ap-
connues, troubles de l’hémostase, allergies médi- précie l’ampleur des dégâts et notamment l’ab-
camenteuses, traitements en cours, statut vaccinal sence de couronnes, pour laquelle il faudra définir
notamment contre le tétanos. La notion de traite- s’il s’agit de luxation totale ou de fracture radicu-
ments buccodentaires en cours ou passés est impor- laire avec racine restante. L’observation des dents
tante à recueillir pour déterminer un « état anté- en place analyse leur coloration (normale, grisâtre
rieur » à l’actuel traumatisme. pour une mortification ancienne, rosée pour une
Enfin, le recueil des signes fonctionnels est une fracture récente), leur position ou variation d’axe
bonne étape de transition entre interrogatoire et traduisant un déplacement dont le caractère an-
examen clinique : existence de douleurs et condi- cien ou récent peut être reconnu par l’étude des
tions d’apparition (chaud, froid, alimentation, po- facettes d’usure. L’examen des couronnes recher-
sition), paresthésies ou anesthésie dans un terri- che une fêlure ou fracture et toute amputation,
toire précis, plaintes associées concernant d’autres même minime, est notée.
organes. La palpation est un temps de l’examen plus
Impossible chez le polytraumatisé ou le sujet délicat à réaliser, car le patient craint que le pra-
souffrant de troubles neurologiques, cette étape du ticien ne réveille une douleur qui s’était spontané-
diagnostic est également délicate chez l’enfant, ment atténuée. Comme pour l’inspection, il est
surtout si celui-ci n’est pas accompagné de proches important de ne pas oublier les structures annexes :
parents munis du carnet de santé. Effectivement, on recherche un éventuel corps étranger, dentaire
le traumatisme récent a tendance à rendre les ou non, au sein des plaies des lèvres, dont on
enfants mutiques ou au contraire très agités, donc apprécie également la sensibilité au toucher. Les
peu coopérants pour l’interrogatoire comme pour bases osseuses sont examinées à la recherche d’une
l’examen physique. Chez eux, il est indispensable fracture associée, par exemple en palpant le bord
de commencer par rassurer la mère, ce qui a pour basilaire mandibulaire ou la cinétique des condyles
effet de calmer l’enfant. dans les deux régions prétragiennes.
La mobilité des dents est testée manuellement
Examen clinique ou à l’aide de la précelle, et l’amplitude des mou-
vements possibles dans les divers plans de l’espace
Celui-ci est idéalement réalisé par un spécialiste de est cotée. Chaque dent est examinée indépendam-
la cavité buccale parce qu’il requiert un matériel ment et le déplacement d’un groupe dentaire en
adéquat : le fauteuil inclinable et le scialytique monobloc fait suspecter une fracture de l’os alvéo-
permettent une excellente inspection de l’ensem- laire. En revanche, en cas de mobilité d’une seule
ble de la bouche, plus difficile pour l’arcade den- dent, il faut différencier les mouvements de la
Traumatismes dentaires et alvéolaires 163
Tableau 2 Classification plus complète utilisée pour la description anatomique des lésions.
Atteintes des tissus de soutien Contusions
Subluxations Intrusions
Extrusions
Déplacements latéraux
Avulsions
Atteintes de l’organe dentaire Fêlures
Éclats de l’émail
Fractures sans exposition pulpaire Transversales ou obliques de la couronne
Longitudinales coronoradiculaires
Fractures avec exposition pulpaire Transversales ou obliques de la couronne
Coronoradiculaires
Radiculaires du tiers cervical
Radiculaires du tiers moyen
Radiculaires du tiers apical
Lésions osseuses Alvéolaires périradiculaires
Alvéolaires sus-apexiennes
Fractures d’os basilaire
Fractures de l’épine nasale antérieure
Lésions des tissus mous Dilacérations gingivales
Plaies de la langue
Plaies des lèvres
Lésions des muqueuses jugales
A2 B2
A1 B1
Figure 1 Rapports entre les germes des dents définitives et les apex des dents temporaires chez l’enfant. A1, A2 : de 1 à 3 ans ; B1,
B2 : à partir de la 4e année.3
mie du desmodonte et, par répercussion, de la enfants âgés de 1 à 3 ans car l’os alvéolaire fragile
pulpe dentaire. et la présence du germe définitif favorisent la
Si ces phénomènes sont réversibles, on assiste pénétration de la dent dans le maxillaire.
dans un premier temps à une diminution ou une Si la pénétration est complète, l’absence de dent
disparition de la vitalité pulpaire, qui se normalise sur l’arcade peut faire croire à une luxation totale,
progressivement dans les jours ou les semaines qui et c’est le cliché radiographique qui fait le diagnos-
suivent : on parle alors de sidération pulpaire. tic de l’ingression. Il tente alors de préciser les
Plus grave est la compression prolongée du pa- rapports entre la dent ingressée et le germe de la
quet vasculonerveux aboutissant à la mortification dent définitive dont l’embrochage peut avoir de
pulpaire, responsable à distance d’accidents infec- fâcheuses conséquences sur son évolution.
tieux. En fait, la situation est plus complexe puisque,
Cliniquement, cet accident de compression des selon l’âge de survenue du traumatisme, les rap-
fibres ligamentaires se traduit par des douleurs ports entre dent temporaire et germe varient
d’intensité modérée spontanément, mais qui s’in- (Fig. 1) et les lésions attendues sont différentes.
tensifient lors des mouvements et manœuvres axia- C’est entre 1 et 3 ans que les rapports entre ces
les (occlusion ou percussion) pour rappeler les si- deux organes sont les plus étroits (le sac qui
gnes cliniques de la desmodontite, classique « dent contient le germe est à l’aplomb de l’apex den-
trop longue ». Il n’existe pas de mobilité dentaire taire) et les lésions les plus préoccupantes : il n’est
et les tests de vitalité pulpaire ne sont pas fiables pas rare que le télescopage des deux structures
initialement. Le cliché rétroalvéolaire peut mon- entraîne une modification de l’axe radiculaire de la
trer un élargissement de l’espace desmodontal. dent définitive qui aboutit à l’éruption d’une dent
En cas de traumatisme isolé, il convient de sur- mal positionnée, ou bien une blessure du germe qui
veiller pendant 6 semaines au minimum la vitalité se traduit par l’éruption d’une dent hypoplasique
pulpaire ; l’évolution confirmant la non-réponse (Fig. 2).
aux tests à distance de l’épisode, il importe de Avant 1 an, l’apex de la racine de la dent lac-
réaliser une trépanation de la dent avec pulpecto- téale est plus vestibulaire que le germe et les
mie et obturation canalaire pour éviter la survenue lésions de celui-ci sont rares. À partir de 4 ans, la
d’épisodes infectieux.
Chez l’enfant, la contusion dentaire ne présente
que peu de spécificité : elle reste rare pour des
dents à racines non édifiées, laissant la place, dans
ce cas, à la luxation ou subluxation. De plus, dans
un canal radiculaire large, l’œdème est responsa-
ble d’une ischémie moins sévère de la pulpe et
entraîne probablement moins souvent une mortifi-
cation.
Ingressions dentaires Figure 2 Dysplasie dentaire survenue sur des incisives centrales
Cette forme de luxation axiale semble être l’apa- supérieures à l’état de germes et blessées par l’ingression des
nage des incisives supérieures lactéales chez des apex des dents temporaires.
166 A. Tardif et al.
rhizalyse est suffisamment avancée pour que les La difficulté de cette catégorie de traumatismes
lésions induites par la pénétration de la dent tem- réside en la présence du caillot ligamentaire qui
poraire soient plus importantes sur celle-ci que sur fait obstacle à la réimpaction dentaire tentée par
le germe de la dent définitive. le praticien avant fixation de la dent.
Quoi qu’il en soit, la surveillance est de mise et
la migration de la dent impactée permet le plus Déplacements latéraux
souvent son retour sur l’arcade en quelques semai- Beaucoup plus fréquents dans le sens antéroposté-
nes à quelques mois. Il convient d’émettre les plus rieur que dans le sens mésiodistal, ils représentent
grandes réserves quant à l’avenir de la dent perma- la variété la plus fréquente de luxations incomplè-
nente, dont l’éruption est guettée en analysant sa tes. Les subluxations de dents lactéales sont fré-
position, sa forme et sa coloration, ainsi que sa quentes car favorisées par la rhizalyse et l’appro-
vitalité : ceci doit être parfaitement compris par che de la chute physiologique. Chez l’adulte, c’est
les parents. la parodontolyse avec résorption de l’os alvéolaire
L’impaction des dents définitives est plus rare et qui est pourvoyeuse de déplacements dentaires.
volontiers incomplète, ce qui rend le diagnostic À l’examen, c’est la malposition de la dent qui
clinique plus facile. En revanche, elle s’accompa- fait porter le diagnostic ainsi que la mobilité de la
gne toujours de dégâts alvéolaires par « éclate- couronne. La version peut être palatine ou vestibu-
ment », perceptibles à la palpation vestibulaire laire. Il existe également une hémorragie au collet
sous forme d’une voussure osseuse irrégulière, et gingival. Les manœuvres de mobilisation sont inu-
confirmés par le cliché rétroalvéolaire. Les tests de tiles et douloureuses, et c’est le cliché rétroalvéo-
vitalité pulpaire sont souvent perturbés et leur laire ou le cliché occlusal antérieur qui confirme le
surveillance doit être prolongée jusqu’au reposi- diagnostic, en montrant l’intégrité de la racine et
tionnement de la dent sur l’arcade (au minimum un élargissement asymétrique de l’espace desmo-
6 semaines). dontal. L’état de l’os alvéolaire est tout aussi im-
portant à préciser.
Égressions dentaires Une fois encore les tests de vitalité pulpaire ne
Cette forme de traumatisme correspond bien à la sont que peu contributifs le jour du traumatisme,
notion de luxation puisqu’il existe effectivement car leur négativité peut correspondre à un phéno-
une perte des rapports normaux alvéolodentaires, mène de sidération nerveuse et l’évolution peut se
ainsi qu’une lésion plus ou moins sévère du liga- faire spontanément vers leur normalisation. À l’op-
ment qui les unit (les luxations totales sont traitées posé, leur positivité initiale n’est que faussement
à part). rassurante et ne doit pas dispenser du suivi habituel
Parmi les cas d’égression partielle, il faut diffé- en raison de la possibilité de mortification secon-
rencier les simples étirements du ligament des dé- daire de la pulpe.
chirures dont le pronostic est probablement plus
sévère. Dans les cas les plus limités, a priori plus Luxations totales
favorables, l’hématome qui remplit l’espace alvéo- Elles correspondent au stade ultime des luxations,
lodentaire fait place à un tissu de granulation répa- et le diagnostic est d’autant plus facile que le
rateur « favorable » à une cicatrisation ligamen- patient ou sa famille se présente avec la dent
taire ; le faible déplacement de la dent n’engendre expulsée de son alvéole. Dans le cas inverse, le
qu’un étirement du pédicule vasculonerveux, avec diagnostic différentiel d’ingression dentaire reste à
de moindres conséquences à long terme sur la poser, et c’est à nouveau le cliché radiographique
vitalité pulpaire. qui confirme l’hypothèse d’avulsion en montrant un
L’inspection retrouve une dent sortie de son alvéole déshabité.34
alvéole, mobile, associée à une hémorragie au col- Lorsque la dent n’a pas été retrouvée, il importe
let gingival. Le cliché radiographique montre un de s’assurer qu’elle n’a pas été inhalée par le
élargissement, parfois asymétrique, de l’espace al- patient : l’interrogatoire recherche les signes (toux
véolodentaire ; il doit éliminer une fracture radicu- suffocante, dyspnée avec tirage, cyanose, agita-
laire et/ou de l’os alvéolaire. tion...) faisant craindre un « syndrome de pénétra-
Les tests de vitalité pulpaire sont fréquemment tion » des voies aériennes et, en cas de doute, une
perturbés, mais bien souvent il ne s’agit que d’une radiographie thoracique de face doit être prescrite,
simple sidération nerveuse, et tout revient dans à la recherche de cet éventuel corps étranger qui
l’ordre dans un délai de quelques jours à quelques favoriserait les pneumopathies. La déglutition de la
semaines. Parfois, lorsque le déplacement a été dent ne comporte aucun risque majeur, et le cliché
plus important, la subluxation aboutit à la mortifi- abdominal ne présente pas d’autre intérêt que de
cation pulpaire et un traitement endodontique de- faire cesser les recherches si la dent est visualisée
vient nécessaire. en projection de l’aire gastrique.
Traumatismes dentaires et alvéolaires 167
Fractures dentaires
Fêlures
Elles peuvent être considérées comme le premier
stade des fractures coronaires. Le diagnostic en est
d’autant plus difficile que l’aspect macroscopique
de la couronne semble normal. La radiographie ne
montre aucune image suspecte et c’est l’examen
clinique en lumière tangentielle, ou mieux par Figure 5 Traumatisme a priori bénin de la 21 avec éclat de
transillumination (Fig. 5, 6), qui permet de mettre l’émail du bord occlusal.
en évidence cette atteinte isolée de l’émail. L’examinateur utilise alors une sonde dentaire dont
Comme à l’habitude, ce sont les incisives supé- le passage sur la face vestibulaire « accroche »,
rieures qui sont les plus fréquemment touchées. éventuellement en reproduisant une douleur si
168 A. Tardif et al.
• le cal de type I comble l’espace interfragmen- L’os alvéolaire serait lésé six fois sur dix d’après
taire et la chambre pulpaire puis aboutit à une Pasturel,30 l’atteinte de l’os basilaire est en revan-
ankylose entre l’alvéole et la dent (ce tissu che beaucoup moins fréquente. Il n’y a que peu
mortifié possédant une solidité quasi défini- d’éléments communs à ces deux entités dont les
tive) ; mécanismes lésionnels et les signes cliniques révé-
• le cal de type II remplit l’espace fracturaire en lateurs sont très différents.
isolant deux demi-pulpes, la partie apicale
pouvant rester vivante ; Fractures alvéolaires périradiculaires
• le cal de type III entoure la chambre pulpaire Elles semblent être les plus fréquentes et sont
qu’il laisse en monobloc ; essentiellement le fait des luxations incomplètes
• dans le quatrième cas, l’absence de cal conduit des organes dentaires lorsque ceux-ci pivotent
à la pseudarthrose et le maintien de la dent sur autour d’un point fixe, généralement situé à la
hauteur des tiers moyen et cervical de la racine. Il
s’agit le plus souvent d’une fracture-tassement
d’un des deux murs alvéolaires avec prédominance
sur le versant vestibulaire lorsque la luxation est
une version palatine ou linguale.
L’inspection retrouve une tuméfaction et des
ecchymoses de la muqueuse gingivale et, à un stade
plus avancé, l’adhérence de celle-ci à l’os alvéo-
laire conduit à sa déchirure si le déplacement est
important. La mobilisation douce retrouve une mo-
bilité associée de la (ou des) dent(s) et de l’os
alvéolaire. Les tests de vitalité pulpaire sont le plus
souvent perturbés. C’est le cliché rétroalvéolaire
qui fait le diagnostic de la fracture osseuse tout en
appréciant l’intégrité ou non de la racine dentaire.
Figure 9 Même dent que Figure 8 après évolution favorable :
consolidation et persistance de la vitalité pulpaire. Dans ces cas fréquents mais souvent méconnus
de fracture osseuse limitée, il convient de reposi-
tionner au mieux les petits fragments avant d’assu-
rer la contention de la dent traumatisée. Ce geste
est le plus souvent réalisable sous anesthésie locale
lorsque le traumatisme est peu important, et on en
profite pour réaliser la suture de la muqueuse gin-
givale si celle-ci est nécessaire.
Une couverture antibiotique de 8 à 10 jours est
généralement instaurée, associée à la prescription
de bains de bouche.
1 2 3 4 Grâce à toutes ces précautions, les accidents
Figure 10 Les quatre évolutions possibles des fractures radicu-
infectieux immédiats sont rares et les complica-
laires selon Bouyssou.6 1. Type I ; 2. type II ; 3. type III ; 4. tions à distance restent le fait de mortifications
pseudarthrose. dentaires passées inaperçues.
Traumatismes dentaires et alvéolaires 171
Ce sont des atteintes fréquentes lors des traumatis- Figure 14 Kyste symphysaire (révélé par une complication in-
mes du tiers inférieur de la face,29 mais elles pas- fectieuse) secondaire à la mortification d’incisives inférieures.
Le traumatisme initial était passé inaperçu.
sent trop souvent au second plan derrière les trau-
matismes alvéolodentaires, tant sur le plan Plaies des lèvres
thérapeutique que dans leur description dans le Elles peuvent être causées par l’impaction directe
certificat médical initial.28
des dents opposées ou bien par l’agent vulnérant
lui-même, et il s’agit alors plutôt de traumatismes
Plaies gingivales
par éclatement occasionnés par l’interposition de
Elles sont fréquentes lorsqu’il existe une atteinte
la lèvre entre l’objet contondant et le plan dur que
de l’os sous-jacent ou une fracture déplacée des
représentent les dents et l’os en arrière. La répa-
bases osseuses. Elles sont dues à l’adhérence de la
ration est indispensable.
fibromuqueuse sur la corticale osseuse. Leur dia-
Si la plaie est transfixiante, on commence par
gnostic est fait dès l’inspection, et c’est la pré-
assurer la suture du plan musculaire, et la
sence de ces dilacérations qui doit faire rechercher
deuxième préoccupation est d’aligner la ligne de
l’atteinte osseuse en profondeur.
Trop souvent, leur suture est difficile voire im- jonction entre la lèvre blanche et le vermillon.
possible du fait de la contusion des tissus ou des Le choix de l’anesthésie, locale ou générale, est
pertes de substance. Dans ce cas, un bourgeonne- guidé par l’âge du patient et les dégâts alvéoloden-
ment par cicatrisation spontanée reste la seule taires associés.
évolution possible sous couverture antibiotique as-
sociée à une antisepsie buccale. Lésions des joues
Lorsque les plaies sont nettes et que les berges Elles sont rares et correspondent à des morsures
sont vivantes, une suture est réalisée sous anesthé- dans les régions molaires lorsque le traumatisme
sie locale, à l’aide de fil résorbable monté sur une survient bouche ouverte. On y rencontre essentiel-
aiguille à pointe ronde qui respecte mieux ces tissus lement des contusions ou ecchymoses, plus fré-
fragiles. quentes que les plaies véritables.
Plaies de la langue
Elles sont induites par l’interposition de celle-ci Séquelles
entre les deux arcades dentaires lors de l’accident.
Leur exploration doit être systématique. On y re- On entend par « séquelle » une forme d’évolution
trouve parfois des fragments dentaires de couron- défavorable survenant à distance du traumatisme,
nes lésées de manière concomitante. le plus souvent prévisible, et correspondant à un
Devant une plaie superficielle, il n’est pas impé- état de stabilisation des lésions que seule l’inter-
ratif de suturer. Il n’en est pas de même lorsque la vention du praticien peut modifier. Il faut les dis-
lésion touche le muscle en profondeur ou lorsque la tinguer des « complications » qui surviennent dans
plaie est transfixiante. Il faut d’abord rassurer le un délai variable et de manière inopinée, et qui
patient et son entourage devant une hémorragie sont parfois révélatrices du traumatisme ancien
qui semble abondante. passé inaperçu : c’est le cas de l’épisode infectieux
Chez l’enfant, le recours à l’anesthésie générale (cellulite ou fistule) par réchauffement d’une lé-
pour l’exploration des plaies et leur traitement sion apicale secondaire à la mortification à bas
chirurgical est presque toujours nécessaire. bruit d’une dent lésée (Fig. 14).
Traumatismes dentaires et alvéolaires 173
Tableau 4 Conduite à tenir avant réimplantation d’une dent permanente luxée selon son degré de maturation et le délai passé
hors cavité buccale (d’après Nivet27).
Délai extraoral Dent immature Dent mature
Moins de 15 minutes Doxycycline 5 minutes Rinçage Hanks
Moins de 2 heures à sec Hanks 30 minutes Hanks 30 minutes
Moins de 6 heures dans lait ou sérum Doxycycline 5 minutes
Moins de 24 heures dans le milieu de Doxycycline 5 minutes Néant
Hanks
Plus de 2 heures à sec Curetage ligamentaire + traitement canalaire
Acide citrique 3 minutes + dérivé fluoré 15 minutes
Doxycycline 5 minutes
conservation de la dent pendant le délai extraoral des enfants) semblent donner de moins bons résul-
sont des facteurs influençant la réussite thérapeu- tats que les milieux de conservation ou de culture
tique.7,25 cellulaire utilisés en activité hospitalière (milieu de
Hanks utilisé par les anatomopathologistes et mi-
Réduction du déplacement lieu de Viaspan pour les transplantations d’orga-
Ce geste doit être réalisé le plus précocement nes).21,35 Enfin Duggal13 et Matson26 trouvent en
possible, et il faut privilégier l’anesthésie locale l’acide citrique, qui décape la dentine radiculaire,
chez un patient adulte calme ; il est important de une indication de stimuler l’ankylose des dents
contrôler la qualité de la réduction, ainsi que l’état réimplantées tardivement.
de l’os alvéolaire après le geste, par un cliché
radiographique centré. Les autres situations néces- Contention
sitent le recours à l’anesthésie générale, surtout si Devant le large éventail de techniques d’immobili-
la bascule est fixée. sation, le praticien se pose la question du choix de
Il est également nécessaire de rétablir l’articulé la plus adaptée au cas particulier à prendre en
dentaire préexistant et non un « articulé idéal ». charge.
Le mouvement de réduction est réalisé prudem-
ment entre pouce et index, pour contrôler l’ampli- Ligatures exclusives sans pose d’arc métallique
tude du geste et éviter l’avulsion dentaire, et non à Elles dérivent toutes de la classique ligature en
l’aide de daviers. échelle (Fig. 18). Elles ont l’avantage d’être rapi-
La réinsertion dans son alvéole d’une dent avul- dement réalisées et ne nécessitent que peu de
sée répond à des critères stricts, surtout si on veut matériel. On utilise des fils d’acier 3/10 et 4/10.
tenter de retrouver une vitalité ou à défaut une Ces techniques semblent un peu délaissées en rai-
stabilité par ankylose aux dépens de la régénéra- son de leurs multiples inconvénients : desserrage
tion du ligament desmodontal. De nombreuses étu- spontané, lésions iatrogènes de la gencive et ten-
des récentes ont démontré l’importance du délai dance à l’égression des dents réimplantées. On
extraoral le plus bref possible,15,16 de l’utilisation peut citer la ligature de Wilde (Fig. 19A) qui néces-
de milieux de conservation et topiques locaux avant site l’adjonction d’une résine polymérisable à la
réimplantation, ainsi que le lien entre l’évolution face palatine ou linguale des dents, la ligature de
et le degré de maturation dentaire.11 La conduite à
tenir que nous proposons (Tableau 4) est inspirée
de Nivet.27 La revascularisation pulpaire est favori-
sée par la largeur du canal radiculaire des dents
immatures à apex ouvert,8,12 surtout si on prend le
soin d’immerger celles-ci au préalable dans une
solution antibiotique pour éviter la nécrose pul-
paire d’origine septique (la pénicilline jadis utilisée
est maintenant remplacée par les tétracyclines
auxquelles on peut associer des dérivés fluorés dans
le but de diminuer les phénomènes de rhiza-
lyse).9,23,32 En attendant la mise en place dans
Figure 18 Ligature en échelle (d’après Benoist2) : les fils des
l’alvéole, la conservation en milieu liquide doit
montants sont d’un diamètre supérieur à celui des fils des
débuter le plus précocement possible : les milieux barreaux. Les dents absentes sont remplacées par des « boulet-
« usuels » disponibles à domicile tels que lait ou tes » de résine autopolymérisable pour éviter le déplacement
sérum physiologique (pour la désinfection nasale secondaire des dents bordant les espaces.
176 A. Tardif et al.
1 2
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EMC-Dentisterie 1 (2004) 179–192
www.elsevier.com/locate/emcden
MOTS CLÉS Résumé L’usage des plantes médicinales, à des fins préventives, thérapeutiques ou pour
Plantes médicinales ; l’hygiène buccodentaire, relève de la capacité professionnelle des médecins-
Réglementation ;
stomatologistes et chirurgiens-dentistes. Mais il faut qu’ils soient compétents en la
Phytothérapie ;
matière, d’autant qu’aucune plante n’est anodine. Après une information réglementaire,
Aromathérapie ;
Protéomique à titre documentaire, sont rapportés quelques exemples d’emploi et, pour terminer, une
ouverture vers une phytothérapie systémique.
© 2004 Elsevier SAS. Tous droits réservés.
KEYWORDS Abstract Medicinal plants used for bucco-dental prevention, therapeutic or hygiene
Medicinal plants; depends of stomatologists and dentists capacity. But a competence is required, because
Regulation; no one plant is innocuous. After regular information, some use examples are given and a
Phytotherapy; systemic phytotherapy overture is done.
Aromatherapy; © 2004 Elsevier SAS. Tous droits réservés.
Proteomics patterns
nisation Mondiale de la Santé ». À noter qu’en Divers arrêts de la Cour de cassation ont estimé
France même, la production de plantes médicinales que les plantes sont des « médicaments » par
est en augmentation significative depuis 20 ans, présentation (indications, thérapeutiques, posolo-
bien que depuis le milieu des années 1980, les gie...), que seules celles « en l’état » figurant sur
prescriptions magistrales de phytothérapie ne les listes fixées par décrets (cités ci-dessus) peu-
soient plus prises en charge par la Sécurité Sociale. vent être vendues en dehors des officines, et que
On peut s’interroger. celles ayant subi des opérations de micronisation et
Un avis du Conseil national de l’Ordre des méde- de nébulisation vendues en gélules, ou présentées
cins25 a précisé : « La phytothérapie devrait faire sous forme d’ampoules, ne doivent plus être consi-
partie de l’arsenal de tout médecin ; tout généra- dérées comme « en l’état ». L’Agence française de
liste devrait la pratiquer ; elle ne peut donc être sécurité sanitaire pour les produits de santé (Afs-
considérée comme une spécialité ». À l’évidence, il saps), quant à elle, a classé les plantes en deux
devrait en être de même pour les chirurgiens- catégories : celles dont les bénéfices sont supé-
dentistes. rieurs aux risques et celles dont les risques sont
trop importants pour qu’elles soient utilisées.
Les interactions entre certaines plantes et des
Législation et réglementation traitements médicamenteux restent aussi à étu-
Mis à part les végétaux alimentaires courants (fruits dier, de façon approfondie. Par exemple, un simple
et légumes, condiments) qu’on trouve en épicerie jus de pamplemousse peut parfois augmenter l’ac-
ou sur les marchés, la vente des plantes médicina- tion des bêtabloquants, des anticalciques, des inhi-
les inscrites à la Pharmacopée française (et euro- biteurs des protéases ou diminuer celle de la ciclos-
péenne) relève du monopole pharmaceutique, sauf porine, de la digoxine, ainsi que de certains
dérogations établies par décrets. De par la loi du 1er hypotenseurs et antihistaminiques.9 En phytothéra-
juillet 1960, cinq plantes simples seulement béné- pie, il est donc indispensable que les prescriptions
ficiaient d’une dérogation : le tilleul, la camomille, ou conseils d’utilisation ne soient donnés que par
la verveine, l’oranger et la menthe. Les autres un praticien (médecin, chirurgien-dentiste dans le
étaient débitées en officines ou en herboristeries. domaine qui le concerne) ou un pharmacien.
D’assez nombreuses herboristeries existaient en-
core, bien que déjà en voie de disparition, l’article
59 de la loi du 11 septembre 1941 (signée Philippe Huiles essentielles
Pétain) ayant supprimé l’École nationale d’herbo-
risterie, et donc le diplôme qu’elle délivrait. En La vente des huiles essentielles (dont la liste a été
1939, on recensait environ 40 000 herboristeries en fixée par le décret du 23 juin 1986 : essences
France. En 1972, on n’en comptait plus que 600 provenant de l’absinthe, la petite absinthe, l’ar-
(dont une trentaine à Paris). Depuis lors, la profes- moise, le cèdre, l’hysope, la sauge, la tanaisie, le
sion s’est pratiquement éteinte. Mais une associa- thuya) relève également du monopole pharmaceu-
tion pour le « renouveau de l’herboristerie » a été tique (loi du 30 juin 1984), ainsi que leurs dilutions
créée et dispense même un certain enseignement. et préparations, ne constituant des produits ni
Depuis le décret du 15 juin 1979, la liste des « cosmétiques », ni à usage ménager, ni des den-
plantes « libérées » (si l’on peut dire) s’est consi- rées ou boissons alimentaires (loi du 1er juillet
dérablement allongée. Aux cinq précédentes sont 1998). À noter que la frontière entre médicaments
venues s’adjoindre vingt-neuf autres : la bardane, et aliments (ou compléments alimentaires) est de
le bouillon blanc, le bourgeon de pin, la bourrache, moins en moins nette, d’autant que certaines plan-
la bruyère, le chiendent, le cynorrhodon (fruit de tes sont, à la fois, alimentaires et médicinales.
l’églantier), l’eucalyptus, le frêne, la gentiane, la Aucune réglementation n’a encore tranché.
guimauve, l’hibiscus, le houblon, la lavande, le Les huiles essentielles (HE) ne sont pas des corps
lierre terrestre, la matricaire, la mauve, la mélisse, simples, mais, en général, des assemblages de mo-
le ményanthe, l’olivier, l’ortie blanche, la parié- lécules ayant chacune leurs propriétés particuliè-
taire, la pensée sauvage, les pétales de rose, les res. L’importance de la connaissance des familles,
queues de cerise, la reine des prés, les feuilles de genres et espèces botaniques est évidente, mais
ronces, le sureau, la violette. Ces plantes ne peu- aussi de celle de leur provenance. Des plantes
vent être vendues mélangées entre elles ou à botaniquement identiques peuvent, en effet, don-
d’autres espèces, à l’exception des suivantes, dont ner des essences dont les différences peuvent être
les mélanges entre elles sont autorisés : tilleul, plus ou moins importantes. C’est notamment le cas
verveine, camomille, menthe, oranger, cynorrho- pour le romarin, dont les spécificités biochimiques
don (églantier), hibiscus. et les propriétés varient selon qu’il provient d’Afri-
Phytothérapie et aromathérapie buccodentaires 181
que du Nord, de Corse ou de France continentale.5 et fongicides) contre les micro-organismes patho-
Une même espèce botanique, en fonction de diffé- gènes des huiles essentielles, sont dues à une acti-
rentes conditions (sol, ensoleillement, saison de vité chimique directe, découlant de leur causticité
cueillette, partie de la plante), peut fournir des et toxicité à leur égard.
huiles essentielles de compositions différentes. Ces Ayant leur spécificité, associées à des complexes
variations génèrent la notion de chémotype. C’est d’huiles essentielles, les huiles végétales vierges
pourquoi des contrôles systématiques des huiles (HV) entrent dans bon nombre de préparations thé-
essentielles ou essences (avec les techniques les rapeutiques (exemples : HV d’amande douce, noi-
plus modernes) sont toujours nécessaires avant em- sette, bourrache, onagre...). Elles doivent être ex-
ploi. La distillation demande aussi beaucoup d’at- traites de façon naturelle par première pression à
tention (les détartrants chimiques doivent être ab- froid et ne subir ni traitement ni raffinage. Peuvent
solument bannis). Il ne faut donc employer que des aussi être utilisés (tels quels) des hydrolats aroma-
huiles essentielles de bonne qualité, à l’espèce tiques (HA) ou distillats (eau ayant servi pour la
botanique certifiée (attention, la lavande est sou- distillation), qui contiennent en moyenne 2 ‰
vent falsifiée) et dont l’extraction et le produit d’huiles essentielles, pour lavages de bouche ou
final sont garantis. L’huile essentielle d’eucalyp- instillations profondes de poches parodontales.
tus, par exemple, si elle est rectifiée (redistillée) Pour cela, il est possible d’employer, notamment,
afin de la concentrer en eucalyptol perd certaines le distillat de lavande.
qualités médicinales, des composants actifs à l’état Enfin, un mélange d’huiles essentielles diffusé
de traces ayant disparu.5 en aérosol, ou par simple évaporation au moyen
d’une petite lampe, peut assurer la destruction de
Différents types germes contenus dans l’air, tout en dégageant une
odeur discrète et agréable, pouvant masquer celle
À noter que certaines huiles essentielles sont pres- de l’habituel eugénol. Cette méthode est utilisable
que exclusivement constituées d’une seule molé- pour tous les cabinets dentaires,16 y compris les
cule (comme Mentha pulegium, par exemple) ou de salles d’attente. D’aucuns ont observé un autre
deux ou trois (telles que Salvia sclarea rosaedora, effet bénéfique de cette méthode, qui est celui
Citrus reticulata, Eugenia caryophyllus), mais la d’être calmant (thérapeutique « antistress »). Ceci,
plupart sont polymoléculaires (molécules de même sans compter, dit-on, la sensation de « bien-être »
famille chimique ou non). Parmi les huiles essen- (améliorant la qualité de vie et les performances au
tielles utilisées en médecine dentaire (cette déno- travail) procurée au praticien et à ses collabora-
mination, utilisée dans plusieurs pays, est plus ap- teurs.14 Les huiles essentielles de lavande, pin,
propriée que celle de chirurgie dentaire, par trop romarin, thym, eucalyptus... sont, entre autres,
restrictive), on peut citer : Chamaemelum nobile employées à cet effet. Il est important de bien
(camomille romaine), Cinnanomum verum (vrai choisir l’huile essentielle (ou le mélange d’huiles
cannelier), Cistus ladaniferus (ciste de Crête), essentielles), ainsi qu’un appareil adapté au lieu.
Eugenia caryophyllus (clous de girofle), Heli-
chrysum italicum (hélicryse d’Italie, immortelle Conditions d’emploi
des sables), Laurus nobilis (laurier d’Apollon), Me-
laleuca alternifiolia (mélaleuque à feuilles alter- Pour illustrer nos précédents propos sur la phyto-
nes, arbre à thé, tea-tree), Mentha piperata (men- thérapie13,25 et l’aromathérapie,26,32 voici quel-
the poivrée). Bien entendu, cette énumération est ques citations, de divers auteurs :
loin d’être exhaustive. À propos d’huiles essentiel-
les, il a été dit qu’elles sont « d’une efficacité « ... Les constituants végétaux sont biodisponi-
redoutable » contre les parodontopathies ; ce qui bles et peuvent agir... Le végétal peut donc
sous-entend la nécessité d’emploi et de prescrip- soigner, il peut guérir, il peut aussi tuer », pré-
tion pertinents. face de Maurice Jacob.25 « La phytoaromathéra-
Pour un effet bien ciblé, on peut procéder à des pie...on ne le répétera jamais assez, est une
aromatogrammes (analyses de biologie clinique), médecine dangereuse, car elle agit... ».32 « Il est
dont le mode opératoire et l’interprétation sont dangereux de se lancer dans l’usage des simples
identiques avec ceux des antibiogrammes, avec la en néophyte. Il faut les connaître, les étudier et
seule différence qu’au lieu de tester les actions apprendre à les manier. Cela peut prendre des
d’antibiotiques issus de la synthèse chimique années ».11 « La phytothérapie est une thérapeu-
contre des germes bactériens identifiés, ce sont des tique à part entière ; c’est une thérapeutique
huiles essentielles, produits naturels, qui sont tes- d’application difficile, qui nécessite une sé-
tées. Les actions (bactériostatiques, bactéricides rieuse connaissance en la matière ».25
182 H. Lamendin et al.
Cela démontre, une fois encore, qu’il serait né- par des praticiens qu’en médecine populaire. Di-
cessaire de développer l’enseignement de la phyto- verses enquêtes, ici ou là, ont montré que les
thérapie et de l’aromathérapie en faculté d’odon- connaissances à propos des plantes médicinales
tologie, si l’on veut que les chirurgiens-dentistes ne buccodentaires sont toujours d’actualité dans un
soient pas privés d’une partie de moyens thérapeu- large public.8,20,23,27 De nombreux médicaments
tiques utiles, auxquels ils peuvent avoir recours, et contemporains et produits d’hygiène buccodentai-
relevant de leur capacité professionnelle. res contiennent d’ailleurs des extraits de plantes
La « phytothérapie » proprement dite, utilise des (sous différentes formes).17,19,21 À titre documen-
plantes ou leurs organes, dans leur ensemble, sans taire, parmi les plantes les plus connues en phyto-
dissocier les constituants chimiques. L’emploi de ce thérapie pour leur utilité dans le domaine bucco-
totum est basé sur le fait qu’il doit exister une dentaire (elles sont plus de 130), une dizaine
synergie d’activités pharmacologiques entre plu- d’entre elles sont présentées ci-après.
sieurs constituants. C’est le cas, par exemple, de la
prêle des champs, dont on peut prescrire de quatre Camomille (encadré 1)
à six gélules (de 0,350 g) de poudre, par jour, pour
ses effets reminéralisants. « L’usine végétale » est La camomille (Chamaemelum) est un genre de
capable de multiples synthèses et ses possibilités plante de la division des composées-radiées. On
étant encore à peine entrevues,26 un autre type de classe les trois principales espèces médicinales en
thérapeutique est représenté par la « plante- camomille romaine (Anthemis nobilis), camomille
matière-première »28, dont l’étude a prit le nom de puante, dite « maroute » (Anthemis cotula), et
« matière médicale », puis de « pharmacogno- camomille pyrèthre (Anthemis pyrethrum).
La fleur de camomille (parfois, vulgairement ap-
sie ».13
pelée « marguerite ») ressemble à un soleil. Au IIe
En phytothérapie, comme aussi en aromathéra-
siècle, Galien fut le premier à utiliser la camomille
pie, n’existant pas de « pensée unique », les exem-
pour soigner les migraines et les névralgies. Les
ples d’emploi de végétaux rapportés à la suite, soit
camomilles, en général, sont originaires d’Europe
pour traitements d’appoint, soit comme curatifs ou
occidentale et d’Afrique du Nord, mais elles sont
préventifs par eux-mêmes, sont documentés à par-
souvent acclimatées et cultivées partout ailleurs.
tir d’expérimentations pratiques faites par diffé-
En infusion, la camomille est employée comme
rents praticiens ou pharmacologues compétents. La calmant et contre les inflammations des muqueu-
phytothérapie et l’aromathérapie, en plus de leur ses. Elle soulage également des douleurs aphteu-
usage local, peuvent être employées en pathologie ses. Les qualités analgésiques de la camomille ro-
buccodentaire par voie systémique en fonction de maine sont toujours bien connues de notre temps.
la sémiologie des protéines sériques issues du gé- L’huile essentielle de camomille est employée
nome et modifiées par l’environnement. La phyto- comme anti-inflammatoire, antalgique, préanes-
thérapie est alors prescrite au moyen des techni- thésique, calmante (système nerveux central).
ques bio-informatiques des « profils protéiques », Comme principe actif, on trouve de la camomille
surtout lorsque les patients sont asymptomatiques dans des dentifrices actuels (particulièrement à
sur le plan général.7 visée parodontothérapique) et des gommes à mâ-
cher.17 Il en figure aussi dans des bains de bouche
médicamenteux.19
Phytothérapie buccodentaire La camomille sauvage (Matricaria recutita), une
matricaire, est signalée comme étant particulière-
L’usage de plantes pour des applications buccoden- ment efficace (en infusion de fleurs séchées) contre
taires est connu depuis la plus haute Anti- les douleurs de dents chez les enfants. Un labora-
quité.6,18,22 Il a perduré à travers les siècles, tant toire a proposé un nouveau gel pour massage des
Encadré 1 La camomille.
Indications : douleurs dentaires et de dentition chez les nourrissons, aphtes, parodontopathies.
Prescriptions : conserver en bouche une tisane de camomille, laquelle soulage des douleurs ; huile
essentielle en traitement local ; dilutions homéopathiques en 9 ou 15 CH de Camomilla, qui sont en
réalité des dilutions de matricaire allemande (Matricaria camomilla), lesquelles sont très efficaces
dans les éruptions dentaires du nourrisson.
Précautions d’emploi : des sujets allergiques à l’ambroisie peuvent réagir de la même façon avec la
matricaire camomille.
Phytothérapie et aromathérapie buccodentaires 183
gencives afin d’apaiser les douleurs de poussées de praticiens peuvent également avoir recours à
dents chez les enfants. Il est composé de safran, l’eugénol. L’huile essentielle extraite des boutons
guimauve et... camomille. floraux contient 70 à 80 % d’eugénol. Elle a des
propriétés anesthésiante et cautérisante pulpaire,
Girofle (encadré 2) anti-infectieuse et antibactérienne à large spectre
d’action, antivirale et antifongique. Du girofle
Le girofle (qui est un nom masculin, contrairement (sous diverses formes) entre dans des bains de
à l’usage courant) ou gérofle ou clou de girofle, est bouche, des dentifrices et des gommes à mâcher.
le bouton floral d’un arbre originaire des Îles Molu-
ques, lesquelles sont la patrie du giroflier (Eugenia Guimauve (encadré 3)
caryophyllata, ou caryophyllus, Myrtacées). « Des
patriotes François très-eftimables (sic), ont tra- La guimauve (Althaea officinalis, Malvacées) ou
vaillé avec fuccès à introduire, en 1770, dans les Bourdon de Saint-Jacques, est souvent plus connue
Îles de France (Maurice), de Bourbon (Réunion) & (surtout dans les textes anciens) sous le nom d’al-
de Séchelles, des plants de girofliers ... C’eft au théa, expression grecque signifiant, dit Pline : « ri-
zele de M. Poivre particulièrement, que la France a che en remèdes ». Pourtant, le même Pline attri-
cette obligation : de là ces arbres ont été transplan- buait ce nom d’althéa non pas à la guimauve, mais
tés à Cayenne... » a rapporté Jean-Christophe Val- à une mauve « à grandes feuilles et racines blan-
mont de Bomare. ches ». En fait, il devait pourtant s’agir d’une
Le girofle existait dans l’arsenal thérapeutique guimauve, dont une des appellations anciennes est
arabe et se trouve dans la pharmacopée de la d’ailleurs « mauve blanche ». Le nom de guimauve
médecine chinoise, où il servait de « masticatoire » viendrait d’une déformation du latin bismalva,
(terme qu’employait déjà Hippocrate). Il ne fut « deux fois la mauve », afin de mettre l’accent sur
importé en Europe que vers le VIIIe siècle. En la force de ses propriétés ; cette plus grande effi-
France, c’est en 1623 que le clou de girofle a été cacité est d’ailleurs signalée par Pline. Venue des
introduit en thérapeutique dentaire comme analgé- steppes asiatiques bien avant l’ère chrétienne, la
sique et antiseptique. Il a surtout été employé en le guimauve s’est facilement acclimatée en Europe et
plaçant, in situ, dans la carie dentaire. De plus, était recensée dans un des capitulaires de Charle-
Pierre Fauchard proposa une « Poudre pour netteier magne.
et blanchir les dents » dans laquelle il faisait entrer En son temps, parlant de la manière de rendre
du girofle. les dents blanches et d’entretenir les gencives,
Le clou de girofle renferme des cellules à es- Pierre Fauchard proposait une composition très éla-
sence connue sous le nom d’eugénol (allyl-gaïacol), borée de racines de guimauves, précisant que
composant, avec l’oxyde de zinc, le classique eugé- « pour préparer les racines de guimauve & les
nate toujours utilisé par les chirurgiens-dentistes. entretenir douces & molles, il faut les cueillir à
En cas d’alvéolite après extraction dentaire, les l’automne, choifir les plus droites & les plus unies,
Encadré 2 Le girofle.
Indication : antisepsie et analgésie dentaire.
Prescriptions : infusion de clous de girofle ou solution d’essence de girofle, en bains de bouche, pour
toutes affections buccales ; huile essentielle en traitement local.
Conseils : placer du clou de girofle dans la carie d’une dent douloureuse, comme solution d’attente
avant le rendez-vous chez le chirurgien-dentiste.
Précautions d’emploi : l’eugénol peut donner des eczémas de contact : « l’allergie est croisée avec
celle que provoque le Baume du Pérou ou de San Salvador tiré de Myroxylon pereirae ».
Encadré 3 La guimauve.
Indications : parodontopathies, stomatites, glossites, douleurs de dentition des nourrissons.
Prescriptions : bains de bouche avec une décoction de guimauve (50 g de racines pour 1 l d’eau) pour
toutes les inflammations de la cavité buccale (on peut associer des feuilles de sauge à cette décoction).
Conseils : pour les éruptions dentaires chez le nourrisson, faire mâchonner, sous surveillance, une
racine de guimauve afin de décongestionner la gencive et de calmer la douleur.
Contre-indications : néant.
184 H. Lamendin et al.
les couper de la longueur que le fouhaite, & les « Les fleurs et les feuilles de lavande excitent
faire fécher au soleil, ou dans un lieu médiocre- puissamment la salivation, quand on les tient
ment chaud, jufqu’à ce qu’elles ne contiennent dans la bouche et qu’on les mâche » indiquait
plus d’humidité... ». La guimauve a d’importantes Jean-Christophe Valmont de Bomare. Cet effet
propriétés émolliente et anti-inflammatoire pour sialagogue est toujours reconnu. Il permet, no-
les muqueuses. On en trouve, notamment, dans un tamment et par principe, l’élévation du pouvoir
« gel premières dents », très récent. tampon salivaire, lequel favorise la défense des
dents contre les attaques acides. Scarron, dans
Lavande (encadré 4) une épître, a cité la lavande parmi les plantes
que les courtisanes avaient en bouche « pour
La lavande vraie (Lavandula vera ou angustifolia ou avoir le flavier doux ». C’est toujours un bon
officinalis) fait partie des Labiées. Elle croît en moyen pour lutter contre l’halitose d’origine
Europe méditerranéenne, sur des terrains calcai- buccale. Actuellement, en pharmacie, on trouve
res, de 700 m jusqu’à 1 800 m d’altitude. Ses toujours des bains de bouche dans lesquels la
feuilles sont longues, étroites et blanchâtres, toute lavande figure comme « principe actif ».17
la plante a une odeur aromatique très agréable. Pour soulager la douleur dentaire, autrefois, il
L’étymologie de lavande viendrait de « lavare » qui était conseillé de placer dans la carie de l’huile
signifie « laver » d’où le nom de lavandières de nos essentielle d’aspic sur un coton. Cette pratique
campagnes et la tradition de la lavande dans le n’est plus usitée, mais toujours utile, en cas de
linge. En Europe, la lavande a été cultivée pour son besoin. Présentement, pour les abcès dentaires,
huile essentielle dès le XVIe siècle. La lavande vraie par voie interne (avec visée antiseptique), certains
est inscrite dans la liste des tisanes à la Pharmaco- indiquent des gélules gastrorésistantes contenant
pée française (Xe édition). des huiles essentielles, dont de lavande. De l’huile
La grande lavande dite spic ou aspic (Lavandula essentielle de lavande figure parmi les composants
spica ou latifolia), qui croît également sur terrains d’un gel gingival. Pour en soulager la sensibilité,
calcaires, ne se développe pas au-dessus de 800 m l’huile essentielle de lavandin faite au Monastère
d’altitude. Elle est plus grande, à odeur camphrée. de la Paix-Dieu (Gard) est conseillée en application
Les hybrides de la lavande aspic et de la lavande sur les aphtes (humecter un coton-tige et tampon-
vraie donnent les lavandins, cultivés pour leur forte ner la partie ulcérée).
teneur en huile essentielle.
Il existe une autre espèce qui croît sur terrains Mélaleuque à feuilles alternes (encadré 5)
siliceux à basse altitude : la lavande stoechade
(Lavandula stoechas), stoechas d’Arabie ou lavande Le mélaleuque à feuilles alternes (Melaleuca alter-
des îles d’Hyères (appelées par les Anciens « Isles nifolia, Myrtacées), originaire d’Australie, a été
Stécades »), aux fleurs pourpres, à l’odeur entê- baptisé « arbre à thé » (tea tree) par l’équipage du
tante. La lavande stoechade et la lavande aspic capitaine Cook, qui avait utilisé ses feuilles pour
sont surtout provençales, mais se trouvent égale- remplacer la boisson nationale une fois leur provi-
ment en Algérie. Elles fleurissent 1 mois après la sion épuisée. C’est sous cette appellation de tea
lavande vraie. La lavande stoechade se caractérise tree qu’il est le plus connu et généralement dési-
par une forte teneur en oxyde (1,8 cinéole). gné.
Encadré 4 La Lavande.
Indications : xérostomie, halitose buccale, aphtes.
Prescriptions : fleurs et feuilles de lavande, en masticatoire ; infusion de sommités en bains de
bouche (une cuillerée à dessert par tasse) ; hydrolat de lavande en bains de bouche ; huile essentielle
pour attouchements sur les aphtes.
Précautions d’emploi : néant.
Le Melaleuca alternifolia est utilisé depuis des coule par la bouche ». De son côté, Scribonius
siècles par les Bundjalung (tribu aborigène d’Aus- Largus conseillait « de mâcher de la menthe sau-
tralie) pour soigner toutes sortes d’affections de la vage, de faire passer la salive sur les dents doulou-
peau, avec des compresses de feuilles écrasées. reuses, de l’y maintenir un certain temps, et ainsi
Des colons s’emparèrent de ce remède et en de permettre à la salive de pénétrer la cavité
tirèrent une huile essentielle à puissante activité pathologique ».
bactéricide, antivirale et fongicide, laquelle est La sensation de fraîcheur que l’on éprouve
très vite devenue le remède national polyvalent des lorsqu’on mâche de la menthe est due à l’engour-
Australiens. Pendant la Seconde Guerre mondiale, dissement des muqueuses de la bouche. En usage
l’armée australienne a inclus un flacon de cette externe, la menthe possède, en effet, des proprié-
huile dans le paquetage de tous ses soldats. Cepen- tés anesthésiques et analgésiques puissantes que
dant, du fait d’un petit nombre d’arbres disponi- l’on peut utiliser au cabinet. Elle est également
bles, la distillation de cette huile demeura long- décongestionnante, antiprurigineuse, anti-inflam-
temps artisanale, et afin de ne pas nuire à une matoire et antinauséeuse.
production déjà faible, les coupeurs de feuilles De l’essence de menthe est utilisée dans des
furent exemptés de service militaire. Mais, après la pâtes et élixirs dentifrices d’aujourd’hui. Dans le
guerre, des recherches aboutirent à des plantations Vidal® figurent plusieurs médicaments composés
mécanisées, ce qui augmenta considérablement la pour partie de menthol (tiré de la menthe), propo-
production. Une équipe de chercheurs australiens a sés en traitement adjuvant ou local d’appoint, pour
récemment constaté que l’huile essentielle de tea les parodontopathies, stomatites, aphtes, douleurs
tree a une action blanchissante sur les dents. dentaires, blessures sous prothèses, ou en bains de
bouche, après extractions dentaires. En outre, le
Menthe (encadré 6) menthol entre dans la composition du liquide (ou
mélange) de Bonain (phénol + menthol + cocaïne),
La menthe (Mentha), dérivé de Mintha, nom grec anesthésique local de contact, employé en chirur-
d’une nymphe que Perséphone (la Proserpine des gie dentaire. Le menthol est aussi présent dans des
romains) jalouse, assassina, et qui fut transformée pâtes et élixirs dentifrices.
en menthe par son amant, Hadès, dieu des Enfers.
La menthe comporte de nombreuses espèces. Les Millepertuis (encadré 7)
plus connues sont les menthes : sauvage (herbe-du-
mort), sylvestre, des champs, Pouliot, aquatique, Le millepertuis (Hypericum perforatum, Hypérica-
verte et crispée, frisée ou crépue, très commune en cées) est dit « herbe aux mille trous », « herbe aux
Sibérie. La menthe officinale, dite « poivrée » piqûres » et « chasse diable ». Le millepertuis est
(Mentha piperata), est un hybride de la menthe une « herbe de la Saint-Jean. La dénomination
aquatique et de la menthe verte. Sa première des- « herbe de la Saint-Jean » a été attribuée à sept
cription botanique remonte à 1696 (à Mitcham, plantes, dont la millefeuille, la petite joubarbe, la
Angleterre). Les menthes font partie des Labiées. grande marguerite, l’armoise, la sauge et le lierre
Celse proposait ce remède : « lorsque la dent fait terrestre. Ces herbes devaient être récoltées entre
mal, il faut arracher de la menthe sauvage avec ses l’Angélus de midi du 23 juin et celui de midi du 24 !
racines et la mettre dans un chaudron, verser des- La distribution du millepertuis couvre la plupart
sus de l’eau, placer le malade assis tout contre, de l’Europe, l’Asie occidentale et centrale... et il
recouvert de tout côté d’un linge. Alors on jette s’est naturalisé sur tous les continents. Il croît
dans le chaudron des pierres brûlantes... et le parfois en masse et sa densité s’étend sur de gran-
patient, la bouche ouverte reçoit la vapeur..., il des étendues. C’est ainsi qu’aux États-Unis, sur la
s’ensuit une sueur abondante et la pituite retenue région côtière du Pacifique, un coléoptère dut être
(en ancienne médecine, l’une des quatre humeurs) importé d’Australie pour délivrer du millepertuis
Encadré 6 La menthe.
Indications : érosions buccales, douleurs gingivales.
Prescriptions : feuilles fraîches de menthe, en masticatoire, pour les érosions buccales ; bains de
bouche avec une décoction de feuilles de menthe (10 pincées par litre d’eau) pour atténuer les
douleurs gingivales ; huile essentielle en traitement local.
Contre-indications : les dentifrices contenant de la menthe sont interdits aux personnes en cours de
traitement homéopathique ; l’huile essentielle, riche en cétones, est contre-indiquée chez la femme
enceinte ou allaitante et l’enfant de moins de 6 ans.
186 H. Lamendin et al.
Encadré 7 Le millepertuis.
Indications : inflammations buccales.
Prescriptions : bains de bouche de tisane de prêle des champs et de millepertuis, qui agit
favorablement sur toutes les inflammations de la bouche (50 g de chaque en décoction) ; applications
locales d’huile essentielle, laquelle peut être employée seule ou additionnée d’autres huiles essentiel-
les appropriées.
Précautions d’emploi : à utiliser en usage externe (par voie interne, l’activité antidépressive du
millepertuis nécessite des précautions et comporte des contre-indications).
200 000 hectares de pâturages ; la consommation avait le pouvoir d’arrêter les fièvres, toux, bronchi-
excessive de millepertuis pouvant provoquer des tes et rhumatismes... On croyait qu’elle avait des
phénomènes de photosensibilisation chez le bétail. vertus magiques. C’était un peu la sorcière de la
Le parenchyme des feuilles du millepertuis a la famille : « celui qui veut vivre à jamais doit manger
particularité d’être parsemé de petites glandes à la sauge en mai ». L’École de Salerne prônait cet
essence translucides qui, regardées en transpa- axiome : « pourquoi mourrait l’homme dont le
rence, apparaissent comme mille petits trous, d’où jardin héberge la sauge ? ». « Qu’à de sauvi din soun
son appellation. Le millepertuis contient beaucoup jardin, a pas besoun de médecin » est un dicton
d’huile essentielle. Il était dénommé «andosae- provençal, qu’on connaît toujours bien.
mon » par les Anciens Grecs, parce que ses feuilles La culture de la sauge doit remonter au début de
écrasées entre les doigts donnent un sang rouge, notre ère, tout d’abord en Grèce puis en Italie. Au
comparable au sang humain, parfois dit « sang du Moyen-Âge, les moines bénédictins l’introduisent
Christ ». Paracelse et bien d’autres ont toujours dans leur jardin. De là, elle ira dans ceux des
paysans. Elle était recommandée dans les Capitu-
vanté ses propriétés. L’huile de millepertuis, pré-
laires de Charlemagne. La sauge, « herbe sacrée
parée par macération et digestion (500 g de sommi-
des Latins », est aussi dite « thé » de Provence, de
tés fleuries pour 1 l d’huile d’olive) est vulnéraire,
France, de Grèce et d’Europe. Selon Saint-Simon,
calme les brûlures, régénère et cicatrise les plaies.
Louis XIV buvait chaque matin, à son lever, deux
Elle est active sur les douleurs, surtout nerveuses.
tasses de sauge et de véronique. Cette habitude est
Les feuilles de millepertuis légèrement pilées et confirmée dans des notes de Fagon (premier méde-
mises dans le trou de l’oreille calment souvent les cin du Roi), datant de 1701.
maux de dents, disait-on. De nos jours, on peut se La sauge officinale possède des propriétés loca-
procurer facilement une pâte dentifrice et un les astringentes et cicatrisantes. La sauge des prés
chewing-gum dentifrice (à dominante végétale) (Salvia pratensis) et la sauge sclarée (Salvia scla-
contenant du millepertuis (comme antiseptique et rea) ont les mêmes propriétés. La sauge officinale,
cicatrisant), en compagnie de camomille et de à la différence de la sauge sclarée, fournit une huile
souci des jardins, entre autres. essentielle composée à 50 % de thuyone, laquelle
est neurotoxique. Dans le Vidal® (section produits
Sauge (encadré 8) de soins, d’hygiène et de santé) on trouve une
spécialité antiseptique contenant un extrait hydro-
La sauge (Salvia officinalis, Labiées) était considé- glycolique de sauge. Son nom s’inspire d’ailleurs du
rée chez nos ancêtres (les Gaulois), ainsi que chez mot « sauge ». La sauge officinale est inscrite à la
tous les autres peuples de l’Antiquité, comme la Pharmacopée française (Xe édition) et dans la liste
plante salvatrice par excellence, tellement mer- des tisanes.
veilleuse qu’ils la jugeaient tous capable de guérir Autrefois, on donnait ce conseil : « faut frotter
toutes les maladies. Aux yeux des Druides, la sauge les dents et laver la bouche tous les matins à jeun
Encadré 8 La sauge.
Indications : aphtes, parodontopathies, stomatites.
Prescriptions : bains de bouche prolongés de décoction d’une poignée de fleurs et de feuilles de
sauge dans 1 l d’eau, ce qui est préconisé pour les trois indications mentionnées ci-dessus (pour les
parodontopathies, on peut y associer de la guimauve).
Contre-indications : néant.
Précautions d’emploi : l’huile essentielle de sauge n’est à employer en usage interne que sur
prescription d’un praticien averti.
Phytothérapie et aromathérapie buccodentaires 187
avec les feuilles de sauge ou de la décoction ». Pour 200 mg/kg), le nombre des sujets indemnes de
apaiser la douleur des dents la sauge a aussi été caries dentaires (47,2 % versus 24,1 %) dans les deux
indiquée en masticatoire : « mâchez des feuilles de populations d’enfants s’est trouvé directement
romarin ou de sauge, baissez la tête, et laissez corrélé à la teneur en fluor des thés produits et
couler les eaux qui en tombent en crachant, la consommés sur place. Cette importante étude épi-
fluxion et le mal s’apaiseront » (sic). Aujourd’hui, démiologique demeure de référence.
on emploie de l’essence essentielle de sauge offici- En matière de coloration des dents par le thé,
nale dans des dentifrices et bains de bouche. La cela n’est pas contesté, mais toutes les personnes
sauge entre dans la composition du « Tégarome » buvant du thé n’ont pas les dents colorées, même si
(de Jean Valnet), produit d’hygiène à base de plan- elles en sont parfois grandes consommatrices. Les
tes pouvant être utilisé contre les aphtes et les différents types individuels de variations de pH
parodontopathies (Le « Tégarome » est un mélange salivaire (en liaison avec celles du débit et du
d’essences de lavande, thym, sauge, eucalyptus, pouvoir tampon), pourraient expliquer le fait que
romarin, cyprès, niaouli et géranium). d’aucunes présentent des dents tachées par le thé
(mais aussi le café, le tabac, la chlorhéxidine...) et
Thé (encadré 9) d’autres pas, quelles que soient leur consommation
et hygiène. Hormis son aspect inesthétique, cette
Le thé était déjà connu en 2737 avant J.-C. Le mot coloration ne présente pas d’inconvénient du point
thé, dont la forme est tirée du latin, vient du de vue buccodentaire et ne peut donc être opposée
chinois «teh » par le néerlandais ou «theh », mot aux incontestables avantages du thé en matière de
usité dans la Province de Fokien. Le thé fut signalé prévention.
pour la première fois en Occident par le vénitien Bien entendu les prescriptions de phytothérapie
Ramusio (1485-1557). On dit qu’il arriva à Paris en doivent être précises (doses, mode d’emploi) et
1636, à Londres en 1650 et à Moscou en 1659. En obligent à la rédaction d’une ordonnance. Les
France, la première thèse médicale consacrée au conseils d’utilisation de plantes (en matière de
thé fut celle de de Mauvillain, filleul de Richelieu, prévention et d’hygiène) ne nécessitent pas d’être
soutenue en mars 1648. mis par écrit. Cependant, dans tous les cas, il est
Le thé est une substance constituée par les prudent de bien indiquer les modalités d’usage et
feuilles du théier (Thea officinarum ou sinensis, contre-indications éventuelles en cas de prise
Ternstroemiacées), arbrisseau cultivé principale- concomitante de certains médicaments, ce qui
ment en Chine, au Japon, à Ceylan (Sri Lanka), en sous-entend une connaissance éclairée en matière
Inde et Insulinde... mais qui a aussi été introduit de phytothérapie, d’où une formation nécessaire.
dans notre hémisphère. À notre époque, l’Inde et Ceux qui désireraient en savoir plus sur d’autres
Ceylan totalisent 75 % des exportations mondiales plantes médicinales ayant des applications bucco-
de thé. Celui-ci est un puissant antioxydant grâce à dentaires peuvent notamment consulter les articles
ses flavonoïdes, notamment les catéchines et les publiés à ce propos dans la revue « Le Chirurgien-
polyphénols (dans le thé vert). Ces flavonoïdes ont Dentiste de France », depuis 1998, dans la rubrique
une action beaucoup plus puissante que les vitami- « Connaissances d’hier et d’aujourd’hui ».
nes C ou E.
La présence de fluor dans le thé (environ de 30 à
500 mg/kg, selon la variété et la provenance), lui Aromathérapie buccodentaire
confère des propriétés particulières en prévention
buccodentaire. D’autant qu’il est le végétal le plus On le sait, les huiles essentielles possèdent de
riche en fluor. En effet, une petite tasse de thé nombreuses propriétés : antibactériennes, antivi-
contient déjà, au minimum, 0,3 mg de fluor. La rales, antalgiques, anti-inflammatoires, antiœdé-
teneur en fluor des thés de deux vallées étant mateuses, antispasmodiques, anxiolytiques, désin-
significativement différente (de 600 mg à fectantes de l’air... .3,12,32 Ces propriétés trouvent
Encadré 9 Le thé.
Indication : prévention contre la carie dentaire.
Conseils : consommer du thé et, chez l’adulte, prendre le temps de le laisser séjourner en bouche
avant de l’avaler.
Précaution d’emploi : le thé contient de la théine (caféine) pour laquelle, dans l’urine, il existe un
seuil maximum toléré (12 lg/ml) au-dessus duquel un contrôle de dopage chez un sportif serait déclaré
positif. Une tasse de thé contient 150 mg de théine, au maximum.
188 H. Lamendin et al.
tout naturellement leurs applications au cabinet du • HE Melaleuca alternifolia (tea tree ou arbre à
praticien et en prescriptions.14,26 Ci-après sont thé) : 5 ml (antibactérienne, antivirale) ;
donnés quelques exemples d’utilisation quoti- • HE Lavandula angustifolia (lavande vraie) :
dienne [signification des abréviations : Ess : es- 3 ml (antiseptique, cicatrisante, antalgique) ;
sence ; HE : huile essentielle ; HV : huile végétale ; • HE Laurus nobilis (laurier noble) : 0,2 ml (bac-
(z) : zeste ; CT : chémotype ; (éc.) : écorce ; qsp : téricide, fongicide, antalgique puissant) ;
quantité suffisante pour]. • HE Commiphora molmol (myrrhe) : 2,8 ml
(anti-infectieuse, anti-inflammatoire) ;
Action relaxante et déstressante • HV Calophyllum inophyllum (calophylle ino-
phylle) qsp : 30 ml (cicatrisante, anti-
On peut diffuser dans la salle d’attente le mélange inflammatoire).
suivant :
• Ess (z) Citrus aurantium ssp. bergamia (berga- Herpès
mote) : 5 ml (relaxante, sédative, hypnotique
légère) ; Déposer sur les lésions, ou appliquer avec un doigt,
• HE Lavandula angustifolia (lavande vraie) : 2 gouttes de la composition ci-dessous, toutes les
3 ml (calmante, décontracturante) ; 2 heures :
• HE Litsea citrata (litsée citronnée) : 2 ml (cal- • HE Commiphora myrrha ou molmol (myrrhe) :
mante, sédative) ; 4 ml (antivirale, anti-infectieuse, anti-inflam-
• HE Ocimum basilicum var bas (basilic exoti- matoire) ;
que) : 2 ml (antispasmodique puissant). • HE Ravensara aromatica (ravensare aromati-
que) : 4 ml (antivirale, anti-infectieuse) ;
Désinfection atmosphérique • HE Melaleuca alternifolia (tea tree ou arbre à
thé) : 2 ml (antibactérienne, antivirale).
L’air du cabinet du praticien peut être assaini par
Névrites ou névralgies faciales
ce mélange :
• Ess (z) Citrus limonum (citron) : 2 ml (anti- Appliquer localement sur la zone sensible, 6 fois par
infectieuse) ; jour, quelques gouttes de ce mélange :
• HE Eucalyptus radiata (eucalyptus radié) : 2 ml • HE Laurus nobilis (laurier noble) : 0,5 ml (an-
(antibactérienne, antivirale) ; talgique puissant, antispasmodique) ;
• HE Melaleuca alternifolia (tea tree ou arbre à • HE Mentha piperita (menthe poivrée) : 0,5 ml
thé) : 2 ml ( anti-infectieuse majeure) ; (antalgique, anti-inflammatoire, anesthé-
• HE Pinus pinaster (pin maritime) : 4 ml (anti- siante) ;
septique). • HE Tanacetum annuum (tanaisie annuelle) :
0,5 ml (anti-inflammatoire) ;
Éruptions dentaires • HE Helichrysum italicum (immortelle) : 0,1 ml
(antihématome, anti-inflammatoire).
Appliquer sur la gencive ce mélange, avec un doigt,
chez les nourrissons et enfants : Inflammations gingivales
• HE Eugenia caryophyllus (clou de girofle) :
0,2 ml (antibactérienne, antivirale, antifongi- Faire un massage local, deux fois par jour, avec la
que) ; composition suivante :
• HE Lavandula latifolia (lavande aspic) : 0,5 ml • HE Lavandula angustifolia (lavande vraie) :
(antalgique) ; 0,5 ml (antiseptique, cicatrisante, antalgi-
• HE Helichrysum italicum (immortelle) : 0,5 ml que) ;
(antihématome) ; • HE Eucalyptus citriodora (eucalyptus ci-
• HV Hypericum perforatum (millepertuis) qsp : tronné) : 0,3 ml (anti-inflammatoire) ;
30 ml (excipient). • HE Mentha piperita (menthe poivrée) : 0,1 ml
(antalgique, anesthésiante, anti-inflamma-
Aphtes, lichen buccal toire) ;
• HE Helichrysum italicum (immortelle) : 0,1 ml
Déposer ou appliquer localement, avec un doigt, (antihématome) ;
quelques gouttes, 6 fois par jour, du mélange sui- • HE Laurus nobilis (laurier noble) : 0,1 ml (bac-
vant : téricide, fongicide, antalgique puissant) ;
• HE Ravensara aromatica (ravensare aromati- • HV Hypericum perforatum (millepertuis) qsp :
que) : 5 ml (antivirale, anti-infectieuse) ; 10 ml (cicatrisante et régénératrice des tissus).
Phytothérapie et aromathérapie buccodentaires 189
Prendre 2 jours avant l’intervention sur un petit Tamponner les gencives, après l’acte, avec cette
morceau de sucre, ou très peu de miel, 3 gouttes solution :
3 fois par jour de la composition suivante : • HE Eugenia caryophyllus (clou de girofle) :
• HE Laurus nobilis (laurier noble) : 7,5 ml (bac- 10 ml (antibactérienne, antivirale, antifongi-
téricide, fongicide, antalgique puissant) ; que) ;
• HE Melaleuca alternifolia (tea tree ou arbre à • HE Melaleuca alternifolia (tea tree ou arbre à
thé) : 7,5 ml (antibactérienne, antivirale) ; thé) : 10 ml antibactérienne, antivirale) ;
• HE Thymus vulgaris CT thymol (thym CT thy- • HE Laurus nobilis (laurier noble) : 10 ml bacté-
mol) : 4,5 ml (anti-infectieuse puissante) ; ricide, fongicide, antalgique puissant) ;
• HE Eugenia caryophyllus (clou de girofle) : • HE Lavandula angustifolia (lavande offici-
4,5 ml (antibactérienne, antivirale, antifongi- nale) : 10 ml (antiseptique, cicatrisante, antal-
que) ; gique) ;
190 H. Lamendin et al.
Fibroblastes Hépatocytes
sériques ».29 Enfin, il a pu être avancé que : « La différentes d’un patient à l’autre et appellent une
protéomique est la prochaine étape pour compren- phytothérapie et une aromathérapie adaptées à
dre comment les gènes sont reliés aux fonctions chaque cas.
biologiques et aux maladies ».31 La thrombose peut se traduire dans le sérum par
une augmentation des protéines de la phase aiguë
Thérapeutique et protéome de l’inflammation (orosomucoïde, haptoglobine,
céruléoplasmine...). L’aphtose est dans un
« Il est valable de considérer la relation entre contexte de microangiopathie. Quelques plantes
maladie et thérapeutique au niveau de l’expres- agissent sur ces protéines :
sion protéique »..31 « Les médicaments doivent • la ballote fétide appelée aussi marrube noir
être regroupés en fonction de leur action sur les (Ballota nigra, Labiées) :
protéines ».1 La phytothérapie doit faire partie, • la bourse à Pasteur (Capsella bursa pastoris,
au même titre que les produits de synthèse, des Crucifères) :
remèdes agissant sur le protéome. Une nouvelle • la menthe sylvestre (Mentha sylvestris, La-
discipline est proposée :15 la Bio-informatique du biées) :
Médicament. Dans la chimiothèque des substan- • la menthe à feuilles rondes (Mentha rotundifo-
ces pouvant agir sur le protéome, il est estimé lia, Labiées).
qu’il faudrait tester, en plus des produits de
La thrombose peut se traduire dans le sérum par
synthèse, au moins 15 000 substances naturelles
une association de ces protéines de l’inflammation
connues ou à découvrir et « ... explorer le poten-
et des lipoprotéines, du cholestérol et/ou des tri-
tiel des médecines traditionnelles parvenues
glycérides. On est alors dans les conditions d’une
jusqu’à nous ».
aphtose dans un contexte d’athérothrombose. La
Pour l’instant, les cliniciens ne disposent que phytothérapie a beaucoup de possibilités en ce
d’une méthode réunissant les deux aspects de la domaine. Quelques plantes agissent sur le com-
bio-informatique : celle du Centre européen d’in- plexe inflammatoire lipidique :
formatique et d’automation.30 Le protéome du pa- • l’artichaut (Cynara scolymus, Composées) :
tient est représenté sous la forme d’un profil pro- • le genêt d’Espagne (Spartium junceum, Papi-
téique. La phytothérapie et l’aromathérapie sont lionacées) :
proposées à partir d’un programme informatique • l’arbre de Judée (Cercis siliquastrum, Papilio-
superposant le potentiel d’action sur les protéines nacées) :
d’environ 600 plantes et le protéome du patient. • le damiana (Turnera aphrodisiaca, Turnera-
cées), bien connu des phytothérapeutes sexo-
Exemple d’application : le traitement logues qui l’utilise pour son action vasodilata-
des aphtoses trice :
• la myrrhe (Commiphora myrrha, Burseracées).
L’étiologie de cette pathologie reste encore du Cette famille agit sur le métabolisme des lipi-
domaine des hypothèses, et on ne peut proposer un des ; contrairement aux statines et aux fibra-
traitement spécifique pouvant s’adapter à tous les tes, la myrrhe agit au niveau de l’élimination
patients. du cholestérol par les acides biliaires.10
La thrombose peut aussi se faire dans un
Données de l’histologie7 contexte de vascularite par complexes immuns. La
Au stade de l’ulcération, l’infiltrat inflammatoire production d’anticorps peut se voir dans des impré-
est surtout constitué de polynucléaires neutrophi- gnations hormonales4 ou à partir de production
les. Les artérioles et les veinules sont obstruées et d’autoantigènes.2 Quelques plantes modèrent l’ac-
envahies par des microthrombi fibrineux. Mais on tivité anticorps :
fait aussi l’hypothèse qu’il y aurait production • la menthe des champs (Mentha arvensis, La-
d’immunoglobulines jouant un rôle dans la vascula- biées) ; on remarquera que toutes les menthes
rite. n’ont pas le même potentiel ;
• le cerisier (Cerasus vulgaris, Rosacées) ;
Données du protéome • l’orme (Ulmus campestris, Ulmacées) ;
Les modifications du protéome sérique sont en ac- • le lierre terrestre (Glechoma hederacea, La-
cord avec ces deux aspects de l’histologie, et biées) ;
confirment que l’ulcération de l’aphte peut être • la réglisse (Glycyrrhyza glabra, Papiliona-
considérée comme une microthrombose. Mais les cées) ;
protéines impliquées dans la microthrombose sont • l’essence de verveine (Verbena, Verbénacées).
192 H. Lamendin et al.
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* Auteur correspondant. Hôpital d’instruction des Armées Desgenettes, 108, boulevard Pinel, 69275 Lyon cedex 03, France.
MOTS CLÉS Résumé La chirurgie dentaire militaire regroupe des formes multiples, originales et
Chirurgien-dentiste habituellement méconnues d’exercice où la culture de la polyvalence, de l’efficacité et
militaire ;
du professionnalisme peut s’exprimer. Si l’idée de la création d’un corps de chirurgiens-
Corps de carrière ;
Soins dentaires ;
dentistes de carrière au sein des armées françaises est ancienne, sa réalisation effective
Opérations ne date que de l’an 2000. Permise par la professionnalisation des armées, elle est en fait
extérieures ; le fruit d’une longue évolution qui dépasse le milieu militaire et s’intègre dans la
Secteurs dentaires reconnaissance progressive et générale de notre profession au sein du monde médical.
interarmées Son organisation repose avant tout sur une sectorisation géographique s’affranchissant de
l’opposition unité/hôpital et permettant à tous les chirurgiens-dentistes d’exercer au
plus près des forces et à leur profit. Les synergies avec le monde civil dans les soins
quotidiens, au décours des actions de formation continue ou dans les activités de
recherche concourent à maintenir le lien Armée-Nation. L’intégration des praticiens de
réserve dans toutes les activités militaires procède de cette logique. Disposant de moyens
de qualité, robustes, régulièrement entretenus et aux normes de sécurité et d’hygiène,
les praticiens peuvent se consacrer à leur raison d’être : participer, à côté de leurs
camarades médecins et en collaboration avec eux, à obtenir et à maintenir le meilleur
état de santé possible des ressortissants de la défense. Parfaitement intégrés, polyvalents
et disponibles, les chirurgiens-dentistes militaires accompagnent nos soldats partout où
ils se trouvent. Leurs rôles à l’étranger, en plus du soutien des forces armées françaises ou
alliées, incluent bien souvent des missions à vocation humanitaire, illustrant les devises
de nos écoles « pro patria et humanitate » et « mari transve mare hominibus semper
prodesse ».
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KEYWORDS Abstract Military dental surgery covers many original and generally unrecognised forms of
Military dental practice where skills such as versatility, efficience and professionalism come into their
surgeon;
own. Although the idea of creating a regular corps of dental surgeons within the French
Regular corps;
armed forces is not new, this project has been effectively implemented only in 2000,
Dental care;
External operations; together with the military reforms. Although the “professionalisation” of the nation’s
Joint military dental armies opened the door to implementation, this realisation is nonetheless the result of a
sectors long evolution which goes beyond the military environment, reflecting the gradual,
general recognition of our profession within the medical world. Its organisation is based
first and foremost on geographical sectoring which breaks the mould of the unit/hospital
dichotomy, enabling all dental surgeons to practice in proximity to and for the benefit of
the troops. Synergies with the civilian world in daily care, vocational training or research
activities help to maintain the Army-Nation relationship. The integration of reserve
practitioners into all military activities was the next logical step in the process. Robus-
tness, quality, regular maintenance and compliance with health and safety standards of
their equipment help dental surgeons to devote themselves to their “raison d’être”:
working in close cooperation with their medical colleagues to obtain and preserve the
best possible state of health for the defence personnel. Fully integrated, versatile and
available, military practitioners accompany our soldiers all over the globe. In addition to
supporting French or allied armed forces, their roles in foreign countries often include
missions of a humanitarian nature, illustrating the mottoes of our schools: “pro patria et
humanitate” * and “mari transve mare hominibus semper prodesse”**.
* For our Country and Humanity, **Always serving Mankind across the seas
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d’exercices dans de nombreux cadres en France ou avec l’aide de ses adjoints qui sont des praticiens
à l’étranger, d’acquérir une expérience profession- soit de carrière, soit sous contrat (formes d’enga-
nelle, humaine et humanitaire irremplaçable. No- gements plus souples), soit encore des praticiens
tre jeune corps, ne serait-ce que par la réalisation civils qui exercent en tant que militaires réservis-
de son organisation propre, concrétise pratique- tes. De plus, cette organisation laisse la place à
ment la caractéristique inter-armées partagée beaucoup de contacts et de synergie avec le monde
théoriquement avec l’ensemble du service de civil comme nous le verrons.
santé.13 En fonction des besoins des forces que nous La richesse qui entoure l’art dentaire en milieu
servons, en fonction de nos aspirations aussi, nous militaire se retrouve dans deux grandes formes
pouvons être amenés à exercer indifféremment d’exercice : l’exercice hospitalier et l’exercice au
dans les hôpitaux militaires, en gendarmerie, dans sein des forces, sachant que ce clivage n’est que
la marine nationale, au sein des armées de terre ou didactique car il existe des passerelles pour tra-
de l’air. Ces possibilités de connaître ces différents vailler successivement ou quelquefois simultané-
mondes sont une chance. Elles permettent d’exer- ment dans ces deux structures. Par ailleurs, ces
cer un seul métier de différentes façons et dans des deux entités complémentaires et synergiques ont
cadres divers. pour objectif principal le soutien de nos forces.14 Il
Après une description du corps des chirurgiens- existe neuf hôpitaux d’instruction des armées (HIA)
dentistes des armées, après l’avoir replacé dans en métropole qui, par leur plateau technique, leur
son contexte historique et dressé les contours de encadrement, les liens qu’ils entretiennent avec
son organisation, nous essayerons d’appréhender, les universités, leurs missions, en font les pendants
dans leurs grandes diversités, ses missions, d’abord des centres hospitalo-universitaires (CHU) dans
en France puis à l’étranger. bien des domaines. Les hôpitaux s’intègrent aussi
dans des secteurs dentaires inter-armées ; à ce
titre, les chirurgiens-dentistes hospitaliers peu-
Le corps des chirurgiens-dentistes vent, au cours de vacations ponctuelles ou réguliè-
des armées res, exercer aussi au sein des unités.12 Les
chirurgiens-dentistes affectés en HIA ont toutes les
Pour obtenir notre corps de 58 chirurgiens-dentis- attributions des praticiens hospitaliers. Marqué par
tes, officiers d’active, de carrière ou sous contrat, l’omnipratique, l’exercice de certains s’oriente
répartis au sein des unités ou dans les hôpitaux sur plus vers l’une de nos huit disciplines majeures pour
tout le territoire (Fig. 1), selon un plan défini par la
direction centrale du service de santé,13 il a fallu
un long cheminement de près d’un siècle que nom-
breux ont essayé de faciliter. Parmi ceux-ci nous
citerons le médecin général inspecteur Pons dont
nous nous devons d’honorer ici la mémoire.
Cette évolution s’inscrit dans le développement
de la reconnaissance générale de la chirurgie-
dentaire dans le monde médical (fin des écoles
dentaires, intégration des enseignants dans le
monde hospitalo-universitaire, création de l’inter-
nat, statut hospitalier des étudiants). L’histoire du
statut peut être utilement consultée dans deux
numéros du CDF.3,4 La professionnalisation des ar-
mées (1996-2002)14 a permis la création d’un véri-
table corps autonome de carrière.8 Son organisa-
tion a véritablement débuté en 2001.13 La prise en
considération de cette histoire singulière dans le
service de santé et de ces récents développements
permet de comprendre l’intérêt que les praticiens
actuels ont d’exercer dans un tel cadre qu’ils peu-
vent encore façonner.
L’organisation générale, très simplement, re-
pose sur un découpage territorial en secteurs den- Figure 1 Répartition géographique des postes de chirurgiens-
taires inter-armées.13 À la tête de chaque secteur, dentistes des armées en France (Il existe deux autres postes à
un chirurgien-dentiste organise le soutien dentaire l’étranger : Dakar et Djibouti).
196 B. Fenistein et al.
en faire un pôle d’excellence. En plus de cet exer- des missions, les pathologies buccodentaires sont
cice, qui est un exercice hospitalier habituel, responsables d’une grande demande de consomma-
s’ajoutent des missions dont l’un des intérêts pro- tion de soins, source de détournement d’efficacité
fessionnels réside dans les conditions particulières, au détriment de la mission de nos armées, mais
souvent rustiques, où la polyvalence et les compé- aussi que nombre de ces problèmes peuvent être
tences de chacun peuvent s’exprimer pleinement. prévenus par une préparation efficace en amont
Inter-armées par excellence, les HIA sont à la fois visant à restaurer un état de santé buccodentaire
une synthèse et une référence du service de santé et un pronostic compatible avec le succès de la
des armées. mission.1,2,5,7,10 Ceci sous-entend une culture gé-
Cette richesse d’exercice se retrouve également nérale large des pathologies buccodentaires et de
au sein de nos unités. À bien des égards, l’exercice leurs possibilités d’évolution mais aussi une bonne
technique peut être de haut niveau et proche de connaissance des textes réglementaires, des condi-
l’exercice hospitalier. Les praticiens des forces tions sur le terrain, des plateaux techniques dé-
sont plongés dans la vie des nombreuses unités ployés sur les théâtres, des possibilités de trans-
qu’ils soutiennent. Chacune d’elles possède des port, etc...
particularismes tant dans sa vocation, ses traditions En marge de la préparation des opérations mili-
que son histoire. taires et des soins dentaires, beaucoup de missions,
Les perspectives sont donc prometteuses. même ponctuellement, peuvent échoir aux
Comme un essai au rugby, elles méritent d’être chirurgiens-dentistes militaires, comme des mis-
transformées. En effet, la création de notre corps, sions de formation7,12,13 (assistante dentaire, mé-
tout comme le respect qui entoure son développe- decins généralistes, voire d’autres publics). Le
ment extrêmement rapide laissent présager une contexte militaire permet en outre de mener des
vraie reconnaissance de nos spécificités, de notre actions d’information dans le cadre de la préven-
autonomie et de notre qualité d’acteurs de santé à tion primaire et, dans une certaine mesure, d’en
part entière. Bien que regroupant des praticiens évaluer l’efficacité.
aux statuts et engagements divers, le corps des Conseiller du commandement, le chirurgien-
chirurgiens-dentistes des armées constitue une en- dentiste est amené à donner son avis dans tous les
tité cohérente, efficace et soudée. domaines de sa compétence.13 L’illustration humo-
ristique de la Figure 2 veut souligner le volume
important de la population militaire, son aspect fini
Missions en France et contrôlable qui lui donne un attrait supplémen-
taire dans le cadre d’études cliniques ou épidémio-
Les missions en France s’articulent autour de deux logiques18 ou lors d’examen de situations indivi-
grands pôles essentiels que sont la préparation aux duelles dans le cadre d’une expertise par exemple.
missions d’une part et les soins d’autre part.13,14 Si nous avons souhaité faire découvrir le corps
Ces deux pôles majeurs sont complétés par la né- dans toute sa diversité, il n’en reste pas moins vrai
cessité bien comprise par le service de la formation que les soins dentaires représentent une part pré-
continue.7,12,13,14 Très personnalisée, elle peut pondérante dans l’activité quotidienne, que ce soit
prendre des formes diverses pour s’adapter aux en France, en opérations extérieures ou sur des
cahiers des charges de chacun et de l’intérêt de bâtiments de la marine nationale. Le milieu mili-
l’institution. Par ailleurs, certains peuvent se voir
confier des missions de recherches, surtout clini-
ques ou épidémiologiques, dans différents ca-
dres.15 Afin de pouvoir accompagner les forces
partout où elles peuvent être amenées à se trouver,
les chirurgiens-dentistes doivent toujours se tenir
prêts à être projetés. Enfin, le rôle social dévolu à
tout officier prend toute sa dimension quand on
appartient au service de santé.
La mise en condition opérationnelle est le travail
par lequel les unités se préparent à servir. Si la mise
en condition du matériel ou des armes relève de
l’évidence, la préparation médicale en général et
dentaire en particulier en fait aussi par-
tie.2,5,6,10,11,18 Toutes les unités ont besoin de per-
sonnels prêts à les servir. Or, on constate que lors Figure 2 Secrétariat médical, Mourmelon 2002.
Le chirurgien-dentiste des armées. Missions et rôles 197
Figure 5 Évacuation sanitaire. Figure 6 Véhicule de l’avant blindé (VAB) version sanitaire.
Missions à l’étranger
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MOTS CLÉS Résumé Le vieillissement de la face ne peut se réduire à la simple ptose cutanée faciale.
Vieillissement ; Il existe des modifications qui intéressent aussi les plans sous-cutanés musculoaponévro-
Édentation ;
tiques, les muscles masticateurs, et le squelette. Le vieillissement cutané se caractérise
Anatomie ;
par une atrophie et une perte d’élasticité. Le système musculoaponévrotique superficiel
Os alvéolaire ;
Os maxillaire ; se relâche, ainsi que le septum orbitaire favorisant l’apparition de hernies graisseuses
Mandibule sous-cutanées. Certains muscles peauciers sont infiltrés par la graisse sous-cutanée, et le
muscle masséter présente un épaississement de ses aponévroses. Le vieillissement des
maxillaires et de la mandibule est surtout causé par l’édentation. Il se produit une
résorption osseuse et une diminution de hauteur de l’étage inférieur de la face.
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Abstract The aging of the face is not limited to the cutaneous ptosis. There are changes
KEYWORDS
Aging;
interesting the sub-cutaneous tissues, masticators muscles and facial skull. The cuta-
Edentulousness; neous aging is characterized by a skin atrophy and a loss of elasticity. The superficial
Anatomy; musculo-aponevrotic system get loose as the orbital septum. Some cutaneous muscles are
Alveolar bone; invaded by sub-cutaneous fat and the masseter muscle shows thicked aponeurosis. Maxilla
Maxilla; and mandible aging is caused by edentulousness. There is a bone resorption and a loss of
Mandible height of the lower third of the face.
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Vieillissement actinique40
niveau du fascia parotidien) s’affaiblit donc en En effet, les études morphologiques ne peuvent
avant de la parotide, est traversé par les muscles nous renseigner que sur la taille, la surface muscu-
peauciers et le corps adipeux de la bouche, rendant laire, mais ces éléments sont bien insuffisants pour
son individualisation par la dissection très difficile. appréhender une structure dynamique. L’étude de
Au cours du vieillissement normal, il se produit un la force musculaire est bien difficile à réaliser au
relâchement du SMAS, à l’exception du fascia paro- niveau de la face, car les mouvements que l’on peut
tidien qui reste assez adhérent à la glande. Le tester (ouverture ou fermeture buccale par exem-
platysma se réduit chez le sujet âgé.45 Ce phéno- ple) font interagir plusieurs muscles, sans parler de
mène va faciliter la constitution de hernies grais- l’innervation motrice.
seuses entre les muscles peauciers de la face, par-
ticulièrement entre les deux muscles zygomatiques Généralités
et entre les deux muscles platysmas, qui aggravent Au cours du vieillissement, on a mis en évidence
la ptose cutanée. d’une manière générale au niveau de tous les mus-
Il a été décrit des « points fixes ostéocutanés de cles de l’organisme :
la face » qui sont en réalité des zones d’adhérence • au plan fonctionnel, une myopathie dégénéra-
du derme au SMAS, lui-même adhérent au périoste : tive responsable d’une diminution de 30 % en-
• Psillakis a décrit un point fixe orbitaire situé en viron de la masse musculaire totale entre 30 et
regard de la suture frontozygomatique ;42 80 ans. Le mécanisme principal en est la dimi-
• Mac Gregor a décrit un point fixe zygomatique nution du nombre et de la taille des fibres
situé sur le cintre maxillozygomatique au ni- musculaires, des vaisseaux et une diminution
veau du processus temporal de l’os zygomati- des activités enzymatiques musculaires. La di-
que ;36 minution du nombre de neurones moteurs par-
• Furnas16 a décrit un point fixe mandibulaire au ticipe sans doute à cette myopathie ;
niveau de la partie latérale de la symphyse • au plan morphologique, une diminution du vo-
mandibulaire au niveau du bord inférieur de la lume des muscles par diminution de la densité
mandibule. et de la surface musculaire.
Ces points fixes vont délimiter des zones anato- Certaines particularités des muscles de la face
miques de ptose cutanéoaponévrotique. ont été mises en évidence.
Ainsi entre le point zygomatique en arrière et le
point mandibulaire se trouve limitée la « bajoue » Muscles peauciers de la face
ou ptose cutanée jugale. Ces points ont aussi l’inté-
L’anatomie des muscles peauciers de la face se
rêt de mettre en évidence que la chirurgie de
modifie. Selon Rubinstenn,45 le muscle abaisseur de
vieillissement cutané de la face est une chirurgie
la lèvre inférieure se situe en avant du muscle
qui devrait ascensionner les tissus de la face, et non
platysma chez le sujet âgé, ce qui s’explique pro-
seulement les retendre vers l’arrière.
bablement par la raréfaction des fibres du muscle
Région orbitaire platysma. Si on compare l’activité neuromusculaire
de la lèvre inférieure à celle de la partie supérieure
Au niveau des paupières, le septum (couche fi- de la face, on constate qu’il se produit au cours du
breuse qui sépare la graisse palpébrale sous- vieillissement un déséquilibre de l’activité neuro-
cutanée de la graisse orbitaire) devient déhiscent musculaire aux dépens de la lèvre supérieure.11
et laisse se constituer des hernies graisseuses qui L’anatomie superficielle du nez subit des modifica-
forment les « poches palpébrales » dont l’exérèse tions importantes. Dans la moitié des cas se produit
est réalisée au cours des blépharoplasties esthéti- une infiltration graisseuse globale des muscles
ques. L’aponévrose du releveur de la paupière su- peauciers du nez (Fig. 4, 5). Cette infiltration pour-
périeure devient également déhiscente, ce qui fa- rait participer à la chute de la pointe du nez décrite
vorise la constitution d’un ptosis dit involutif ou chez les sujets âgés.53 Le plus souvent, les muscles
sénile. de la pointe du nez, dilatateur et constricteur de la
Il se produit une saillie de la partie latérale de narine, et partie alaire du muscle nasal notamment
l’arcade sourcilière due à la résorption du tissu involuent, ce qui explique qu’il est important dans
adipeux sourcilier, l’apparition de rides frontogla- une rhinoplastie chez le sujet âgé de privilégier la
bellaires et d’une ptose frontosourcilière.11 fonction et d’utiliser des techniques conservatri-
ces.21,22,23,53
Vieillissement musculaire facial Muscle frontal
Cet aspect du vieillissement facial est sans doute le Le muscle frontal est souvent considéré comme
plus mal connu et le plus difficile à étudier. faisant partie intégrante d’un seul muscle peaucier
Anatomie du vieillissement craniofacial 205
Muscles masticateurs
Vieillissement visuel
Vieillissement cochléovestibulaire
Figure 7 Panoramique dentaire chez le même sujet que la Figure 9 Panoramique dentaire chez le même sujet que la
Figure 6. Figure 8.
accentué par les pertes dentaires6 (Fig. 7, 8, 9, 10, que chez l’homme est confirmée par d’autres étu-
11, 12, 13). D’autres auteurs54 ont montré que la des.28
perte osseuse mandibulaire liée à l’édentation ne Bras et al. suggèrent que la résorption osseuse
portait pas seulement sur l’os alvéolaire mais aussi chez l’édenté n’est pas seulement liée à des fac-
sur l’os basal. Carlsson et Persson8 ont montré teurs locaux, mais serait également corrélée à une
qu’au niveau de la partie antérieure de la mandi- perte de la masse de calcium osseux mesurée par
bule la hauteur d’os diminue de 2 mm dans les absorptiométrie.7
2 premiers mois après extraction, un peu plus de Lorsqu’il se produit une perte de hauteur de la
4 mm 1 an après et environ 7 mm à 5 ans en mandibule, apparaît une apposition osseuse au ni-
moyenne.
Cette diminution de hauteur de la mandibule
édentée est plus importante chez la femme que
chez l’homme,49 ce qui suggère que l’ostéoporose
pourrait jouer un rôle. Cette résorption alvéolaire
après édentation plus importante chez la femme
Figure 12 Différents stades de résorption osseuse mandibulaire après édentation selon Atwood.3,4
veau de la corticale interne qui compense la perte ques). Il se produit une inclinaison linguale de la
de diamètre de la mandibule par un phénomène mandibule plus marquée dans la région canine que
d’adaptation fonctionnelle.26 dans la région incisive26 (Fig. 14, 15).
La résorption osseuse est variable selon les dif- Dans la région prémolaire, la résorption osseuse
férentes parties du corps de la mandibule. Quelle peut également dépasser 65 % du volume osseux
que soit la région mandibulaire, la perte de volume initial avant édentation. Selon le stade d’atrophie,
osseux peut dépasser 65 % du volume initial avant la distance entre le bord alvéolaire et le canal
édentation. mandibulaire peut varier entre 20,5 et 0,5 mm.
Dans la région incisivocanine, la hauteur de la Alors que l’épaisseur de la mandibule varie de 8 à
mandibule peut varier de 30 mm à moins de 5 mm 13,1 mm au niveau de l’os basal, elle peut n’être
en cas d’atrophie très sévère. L’épaisseur de la que de 1 mm au niveau de la crête alvéolaire en cas
mandibule est de 10 à 15,5 mm au niveau du de crête en lame de couteau.
menton, et de 8,5 à 13 mm au niveau des canines. Dans la région molaire, la résorption peut aussi
La corticale est toujours plus épaisse à la face dépasser 65 % du volume initial osseux. Le diamètre
linguale qu’à la face labiale, en raison des inser- transversal est plus important que dans la région
tions osseuses puissantes qui siègent sur cette face
(muscles génioglosses, géniohyoïdiens, et digastri-
Vieillissement de l’articulation
temporomandibulaire
Cette articulation condylaire présente pour parti- Figure 16 Téléradiographie de profil chez un sujet de plus de
cularité d’être une articulation couplée à l’articu- 70 ans. Expansion du sinus maxillaire.
210 C. Vacher
Figure 17 Différents stades de résorption osseuse maxillaire en coupe frontale après édentation selon Fallschüssel.15
(Fig. 18). Cette résorption osseuse est plus impor- lamelle extrêmement fine. Cette expansion du si-
tante dans la partie antérieure du maxillaire que nus maxillaire vers la cavité buccale serait aussi
dans la partie postérieure. aggravée par l’édentation. Elle est souvent maxi-
Dans la région incisivocanine, la hauteur des os male en regard du site où a commencé la perte
maxillaires mesurée entre crête alvéolaire et paroi dentaire, c’est-à-dire habituellement dans la ré-
inférieure des cavités nasales varie entre 20 et gion molaire. La hauteur d’os varie dans la région
8 mm.26 prémolomolaire maxillaire entre 21 et 0,5 mm.
Dans la région prémolomolaire, même si la ré- C’est dans la région de la tubérosité maxillaire
sorption osseuse liée à l’édentation est moins im- que la résorption osseuse est la moins importante.
portante, la hauteur d’os maxillaire est moins im- La distance entre crête et sinus maxillaire varie
portante en raison de l’expansion du sinus entre 10 et 4 mm.
maxillaire qui se poursuit tout au long de la vie. Laude a bien mis en évidence une tendance au
Dans certains cas, le sinus maxillaire envahit tota- rétrognathisme facial34 au cours du vieillissement.
lement la crête alvéolaire qui se réduit alors à une Ce recul maxillaire est dû à une atténuation des
Figure 18 Différents stades de résorption osseuse maxillaire en coupe parasagittale après édentation selon Fallschüssel.15
Anatomie du vieillissement craniofacial 211
Figure 19 Vieillissement facial. Vue de face. Le relâchement du Figure 20 Vieillissement facial. Vue de profil. Présence de
système musculoaponévrotique superficiel est responsable de la bajoues, des bandes platysmales et des rides d’expression.
formation de bajoues au niveau de la face et de bandes platys-
males au niveau du cou. Le relâchement du septum orbitaire Jost avait montré par une étude photographique
favorise la formation de poches palpébrales. Les rides d’expres- tout au long de la vie sur les mêmes sujets que la
sion sont dues à l’action des muscles peauciers.
pointe du nez ne tombait pas avec l’âge31,32,33
piliers de la face zygomatiques et canins. Ces modi- contrairement à l’opinion encore actuellement gé-
fications seraient plutôt liées à l’édentation qu’à néralement admise, mais des études de ce type
l’âge.35 sont très rares. Si les manifestations cliniques du
vieillissement sont difficiles à étudier, au plan fon-
Vieillissement crânien damental de nombreux auteurs ont tenté de donner
un sens à ce processus. Williams a proposé la théo-
Selon Gola,24 il se produit une involution osseuse rie suivante : parmi les protéines qui favorisent le
crânienne qui est due à la réduction des fonctions développement de l’homme et assurent sa fécon-
manducatrices avec l’âge. L’accentuation des bos- dité, certaines pourraient aussi favoriser le déclen-
ses frontales s’explique par l’atrophie osseuse chement ultérieur de notre vieillissement. Ceci ex-
autour des sinus frontaux. pliquerait que ces protéines aient été transmises au
cours de l’évolution, car avant d’avoir un effet
néfaste elles constituent un avantage pour notre
Conclusion espèce qui aurait été sélectionné2. Cette concep-
tion un peu finaliste traduit notre connaissance
Les manifestations cliniques du vieillissement, bien encore très partielle du vieillissement.
qu’elles soient apparentes au niveau de la face
(Fig. 19, 20), restent encore l’objet de controver-
ses. C’est le cas notamment pour le vieillissement Références
osseux craniofacial. Il est difficile de savoir ce qui
revient à l’édentation dans ce processus de vieillis- 1. Allsopp RC, Vaziri H, Patterson C, Golstein S, Younglai EV,
sement osseux. D’une manière plus générale, le Futcher AB, et al. Telomere length predicts replicative
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EMC-Dentisterie 1 (2004) 214–227
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MOTS CLÉS Résumé La cavité buccale du nourrisson et du nouveau-né est le siège de multiples
Tumeur ; manifestations tumorales ou pseudotumorales. Les plus fréquentes sont les kystes épithé-
Pseudo-tumeur ; liaux d’évolution parfaitement bénigne. À l’opposé, les sarcomes embryonnaires sont des
Angiome ;
lésions exceptionnelles mais de pronostic réservé. Entre les deux se situent une multitude
Épulis congénitale ;
Kyste mucoïde
de lésions bénignes. Certaines sont de diagnostic clinique, confirmé par le geste chirur-
gical (grenouillette, épulis congénitale, hamartome...). Certaines sont de diagnostic
clinique mais nécessiteront un bilan d’imagerie avant exérèse (angiomes). Certaines
pourront bénéficier dans certains cas d’une abstention thérapeutique (angiome plan,
hémangiome, papillome, nævus, petit kyste mucoïde) sous couvert d’une surveillance.
Certaines peuvent avoir une valeur prédictive (névromes myéliniques de l’apudomatose
IIb). D’autres lésions plus rares sont possibles et sont alors le plus souvent de diagnostic
histologique.
© 2004 Elsevier SAS. Tous droits réservés.
KEYWORDS Abstract The most frequently encountered lesions are epithelial cysts which are absolu-
Tumour; tely benign. On the other side, sarcomas are uncommon but have a poor prognosis. Many
Tumour-like; other benign lesions may be identified by clinical examination. Diagnosis will be confir-
Angioma; med by histology. Most lesions will need surgical treatment. In some cases, no treatment
Congenital epulis; is required (haemangioma, papilloma, naevus, small mucous retention cyst, capillary or
Mucocele lymphatic malformation...). Some lesions may be of prognostic value (nevromas of the
phacomatosis). The oral cavity of the infant or the new-born may be affected by various
tumours or tumour-like lesions.
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Tableau 1 Dérivés de la crête neurale (d’après N. Le Doua- Tableau 2 Principales étiologies des formations tumorales
rin, 1999). congénitales de diagnostic anténatal.
Dérivés mésectodermiques céphaliques : Le diagnostic prénatal de tuméfaction de la cavité buccale
– squelette facial (os, cartilage) ; est réalisé par l’échographie. Celui-ci n’est généralement
– odontoblastes ; réalisé que dans le cas de lésions volumineuses. Le dia-
– paroi des arcs aortiques (3e, 4e, 6e) ; gnostic sera étayé par une imagerie par résonance magné-
– derme, face et cou, muscle horripilateur ; tique (IRM). Il est le plus souvent possible de définir la
nature liquidienne ou tissulaire de la lésion. Les lésions les
– conjonctif :
plus fréquemment rencontrées sont le lymphangiome, le
- thymus ;
kyste mucoïde du plancher buccal et l’épulis congénitale.
- parathyroïdes ;
– Angiomes
- thyroïde ;
– Épulis congénital
– squelette viscéral : glandes :
– Kystes mucoïdes, grenouillette
- salivaires ;
– Tératomes
- lacrymales ;
– Hamartomes, hétérotopie neurogliale (Fig. 1)
- hypophyse ;
– Sarcomes embryonnaires
- participation à la musculature faciale ;
- sclérotique, muscles ciliaires.
Cellules nerveuses :
considérer la présence de telles lésions comme
– neuroblastes bipolaires :
-ganglions rachidiens ;
normale. Ils se présentent sous la forme de lésions
-ganglions des nerfs crâniens (V, VII, IX, X) ; blanchâtres ou jaunâtres arrondies régulières, en-
– neuroblastes multipolaires ; châssées dans la muqueuse gingivale ou la mu-
- à phénotype cholinergique (parasympathique queuse palatine, de moins d’un millimètre à quel-
bulbaire) ; ques millimètres de diamètre. Ils sont plus
- à phénotype adrénergique (sympathique). fréquents chez l’enfant né à terme.
Cellules de soutien : Les lésions gingivales siègent le plus souvent sur
– de Schwann ; la crête alvéolaire et sont volontiers multiples.
– des méninges (pie-mère, arachnoïde) ;
D’origine discutée, ces lésions peuvent être consi-
– satellites.
Cellules pigmentaires
dérées comme l’équivalent muqueux des kystes
Cellules endocriniennes :
– cellules C à calcitonine ; Tableau 3 Lésions tumorales et pseudotumorales de la ca-
– cellules I et II du corps carotidien ; vité buccale ayant une valeur prédictive ou étant un mode de
– glandes médullosurrénales et paraganglionnaires. découverte d’une maladie.
– Névromes myéliniques de l’apudomatose IIb
– Lentigines labiales ou de la langue des syndromes de
Contrairement à la muqueuse digestive, la mu- Peutz-Jeghers et cardiopigmentaires
queuse buccale composée d’épithélium pavimen- – Hamartomes linguaux des syndromes oro-digito-faciaux
teux non kératinisé est issue de l’ectoderme. Cette – Nævus d’Ota
similitude d’origine entre cette muqueuse et la – Angiome plan du syndrome de Sturge-Weber
peau explique la correspondance entre les glandes – Nævus sébacé du syndrome de Schimmelpenning
salivaires séreuses et les glandes sébacées d’une – Hyperplasie gingivale dans les leucémies monocytaires
ou myélomonocytaires
part et entre les glandes muqueuses et les glandes
sudoripares d’autre part.
La multitude des processus dysembryoplasiques
explique la variété des lésions pseudotumorales de
la cavité buccale rencontrées chez le nouveau-né.
Les lésions tumorales vraies chez le nouveau-né et
le nourrisson sont plus rares. Les lésions tumorales
ou pseudotumorales les plus fréquemment rencon-
trées sont les kystes épithéliaux, les dysplasies
salivaires et les angiomes.35,36
Figure 2 Kyste épithélial gingival (collection privée du profes- Figure 4 Excédent embryonnaire médiopalatin (collection pri-
seur Gérard Couly). vée du professeur Gérard Couly).
Reliquats embryonnaires
et hamartomes2,12,13
Figure 3 Kystes épithéliaux médiopalatins (collection privée du Figure 6 Hamartomes médiolinguaux (collection privée du pro-
professeur Gérard Couly). fesseur Gérard Couly).
Tumeurs et dysplasies tumorales de la cavité buccale du nouveau-né et du nourrisson 217
Figure 7 Hamartomes linguaux dans le cadre d’un syndrome Figure 8 Kyste mucoïde du plancher buccal (collection privée du
oro-digito-facial (collection privée du professeur Gérard Couly). professeur Gérard Couly).
Kystes mucoïdes4,9,15,28
Figure 12 Volumineux kyste mucoïde congénital (collection pri- Figure 14 Papillome lingual (collection privée du professeur
vée du professeur Gérard Couly). Gérard Couly).
Tumeurs et dysplasies tumorales de la cavité buccale du nouveau-né et du nourrisson 219
Hémangiomes
Ils correspondent à une tumeur vasculaire fré-
quente (environ 10 % des nourrissons) d’évolution
particulière. Après une phase évolutive d’environ
1 an suit une phase de stabilisation puis d’involu-
tion progressive jusque vers l’âge de 7 ans. L’aspect
clinique est évocateur quand la lésion est superfi-
cielle et affecte peau et muqueuse avec l’aspect
tubéreux classique de la lèvre. Moins fréquem-
ment, la lésion est sous-cutanée ou muqueuse pure.
La couleur bleutée, le caractère relativement
ferme de la lésion associée au profil évolutif per-
met le plus souvent de poser le diagnostic. En cas
de doute diagnostique, l’imagerie (échographie
mais surtout imagerie par résonance magnétique
Figure 15 Hyperplasie épithéliale focale (collection privée du [IRM] avec injection) permet d’éliminer une mal-
professeur Gérard Couly). formation vasculaire. La biopsie permet d’éliminer
une autre tumeur rapidement évolutive (sarcome
condylomes sont liés à une infection par HPV 6, 11, embryonnaire).
16, 18. L’hyperplasie épithéliale focale est liée à L’involution spontanée est la règle justifiant le
une infection par le HPV 13 et 32. non-recours à des traitements agressifs. En cas de
Dans la majorité des cas, la contamination se fait nécrose, d’ulcération ou de saignement peut se
par contact physique étroit (possibilité de contami- justifier un recours au traitement médical (cortico-
nation de la cavité buccale par des verrues digita- thérapie à fortes doses) ou au traitement chirurgi-
les). cal (chirurgie d’exérèse a minima). En cas de reten-
Le diagnostic précis se réalise par identification
tissement fonctionnel important (déformation des
du type spécifique (par polymerase chain reaction
arcades dentaires, incompétence labiale) ou de
[PCR]). Les condylomes étant le plus souvent en
retentissement esthétique majeur peut se discuter
rapport avec une contamination génitobuccale, la
un geste chirurgical précoce d’exérèse ou de réduc-
découverte de lésions par HPV 6, 11 ou 16 chez
tion volumétrique. La chirurgie garde sa place dans
l’enfant doit faire suspecter la possibilité d’abus
le traitement des séquelles comme par exemple
sexuel sans pouvoir exclure une transmission ma-
dans le rétablissement de la ligne cutanéomu-
ternelle lors de l’accouchement.
queuse de la lèvre (Fig. 16).
Hyperplasie fibreuse réactionnelle
et diapneusie27,31 Malformations vasculaires
Située essentiellement sur la face interne de la Angiome plan
joue, elle peut se situer également au niveau de la Le plus souvent associé à un angiome plan cutané
muqueuse labiale. La lésion se présente sous la du territoire du trijumeau correspondant (V2 ou
forme d’une tuméfaction régulière, parfois pédicu- V3), l’angiome plan muqueux peut également être
lée, ferme, recouverte d’une muqueuse normale. isolé (Fig. 17,18).
On retrouve souvent une notion de traumatisme
responsable. La lésion est entretenue ou accentuée
par l’aspiration.
Il est difficile de faire la différence clinique et
histologique entre fibrome vrai et hyperplasie fi-
breuse réactionnelle.
Angiomes10,27,28,31,33,38
Le terme angiome correspond à de multiples enti-
tés cliniques et histologiques. On distingue actuel-
lement deux grands types de pathologies : les hé-
mangiomes et les malformations vasculaires dont le
profil évolutif est très différent. Les hémangiomes
involuent constamment contrairement aux malfor- Figure 16 Hémangiome labiojugal (collection du docteur Benoît
mations vasculaires. Michel).
220 B. Michel, G. Couly
Figure 18 Syndrome de Sturge-Weber (collection privée du pro- Figure 19 Malformation veineuse jugale (collection du docteur
fesseur Gérard Couly). Benoît Michel).
Tumeurs et dysplasies tumorales de la cavité buccale du nouveau-né et du nourrisson 221
Dysplasies pigmentaires19,27
Les nævi, dans leurs différentes formes, peuvent
affecter la cavité buccale. Ils peuvent être intra-
muqueux, bleus, composés, jonctionnels ou combi-
nés. Un risque de dégénérescence en mélanome est Figure 26 Épulis congénital de volume habituel (collection du
théoriquement possible (Fig. 28, 29) docteur Benoît Michel).
Figure 24 Épulis congénital (même enfant que la Figure 22) Figure 27 Volumineux épulis congénital (collection privée du
(collection privée du professeur Gérard Couly). professeur Gérard Couly).
Tumeurs et dysplasies tumorales de la cavité buccale du nouveau-né et du nourrisson 223
Figure 38 Lipome du plancher buccal (collection privée du Figure 39 Myofibrome lingual (collection privée du professeur
professeur Gérard Couly). Gérard Couly).
226 B. Michel, G. Couly
Figure 40 Hypertrophie gingivale héréditaire (collection privée Figure 43 Syndrome de Wiedemann-Beckwith (collection du
du professeur Gérard Couly). docteur Benoît Michel).
sion. En cas de doute, seule l’exérèse suivie d’un 18. Junquera LM, de Vicente JC, Vega JA, Losa JL, Albertos JM,
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Fractures de la mandibule
Mandibular fractures
G. Touré a, J.-P. Meningaud b,*, J.-C. Bertrand b
a
Service de chirurgie maxillofaciale, centre hospitalier intercommunal, 40, allée de la Source,
94190 Villeneuve-Saint-Georges, France
b
Service de chirurgie maxillofaciale, groupe hospitalier Pitié-Salpêtrière,
47, boulevard de l’Hôpital, 75013 Paris, France
MOTS CLÉS Résumé La fracture de mandibule est l’une des fractures les plus fréquentes du squelette
Mandibule ; humain. La mandibule représente l’étage inférieur de la face et le seul os mobile de la
Étage inférieur ; face. L’étude anatomique et biomécanique rend compte du comportement et des zones
Biomécanique ; de fragilité de cet os vis-à-vis des traumatismes. Les fractures de la mandibule présentent
Fractures ; un caractère multifactoriel ; les deux étiologies les plus fréquentes sont les rixes et les
Rixe ;
accidents de la circulation. Il s’agit de fractures de l’homme jeune. L’examen clinique
Homme jeune
minutieux tient une place importante dans le diagnostic qui est confirmé par un bilan
radiographique approprié. Si l’évolution est habituellement favorable après un traite-
ment bien conduit, la surveillance doit être rigoureuse dans tous les cas.
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KEYWORDS Abstract The mandible has been reported to be one of the most fractured bone in human.
Mandible; Several factors are involved in mandible fracture such as anatomy and biomechanisms.
Fracture; Long-term studies show a progressive increase in the incidence of mandibular fractures.
Anatomy; The two predominant mechanisms of these injuries are interpersonal violence associated
Biomechanism; with addictive substance abuse, and vehicle accidents. Young males constitute the
Interpersonal predominant population concerned by mandibular fractures. In this context, the accuracy
violence; of clinical signs and symptoms is high. Appropriate radiographic evaluation is utilised to
Young male
confirm diagnosis.
© 2004 Elsevier SAS. Tous droits réservés.
cas à la suite de violences interpersonnelles, chez Déplacements des fragments fracturaires (Fig. 3)
des sujets de sexe masculin et dans plus de la Les déplacements se font sous l’influence de plu-
moitié des cas associées à l’usage de substances sieurs facteurs : le mécanisme de la fracture, le
addictives (alcool, marijuana, cocaïne, héroïne, siège et le nombre des traits de fractures, leur
LSD...). La ceinture, l’air bag, l’ABS, le casque orientation, l’articulé dentaire et l’action des mus-
intégral ont considérablement fait chuter le taux cles.
de fractures liées à des accidents de circulation.14 On distingue trois types de déplacements : l’an-
L’épidémiologie en fonction des foyers de frac- gulation dans le plan frontal, le chevauchement
dans le plan horizontal et le décalage dans le plan
ture sera détaillée dans les chapitres correspon-
vertical.
dants.
Ainsi, les muscles abaisseurs de la mandibule et
protracteurs de la langue qui s’insèrent sur la sym-
Physiopathologie physe provoquent une glossoptôse en cas de frac-
Mécanismes ture parasymphysaire bilatérale par recul de la
symphyse et de ses insertions musculaires.
Deux types de traumatisme peuvent aboutir à la
Le muscle ptérygoïdien latéral entraîne un dé-
fracture de la mandibule :
placement ventromédial du fragment crânial des
• direct, la fracture se produit au niveau du point
fractures du condyle. Son action sur le disque peut
d’impact, indépendamment de l’architecture
compromettre la fonction articulaire en le lésant
osseuse et dentaire du site lorsqu’une grande
ou en le désolidarisant du processus condylaire.
force est appliquée sur une petite surface de la Le trait de fracture peut être favorable ou défa-
mandibule ; vorable selon les déplacements induits par la résul-
• indirect, la fracture se produit à distance du tante des forces musculaires de part et d’autre du
point d’impact, au niveau des zones de fai- point de rupture. Les muscles peuvent faciliter la
blesse que sont le col, l’angle et la parasym- coaptation des fragments osseux ou au contraire
physe. leur séparation (Fig. 4, 5).
Un traumatisme latéral peut entraîner une frac- L’édentation augmente l’amplitude des déplace-
ture parasymphysaire par diminution de la distance ments par inexistence de cale dentaire. Sur le
bigoniale ou un traumatisme antéropostérieur peut ramus, les muscles élévateurs (temporal, masséter
entraîner une fracture angulaire par augmentation et ptérygoïdien médial) auront leur action majorée
de la distance bigoniale. par l’absence de dents postérieures.
Figure 4 A. Fractures de la symphyse : favorable (A1), non favorable (A2). B. Fractures de l’angle favorable (B1, B3), non favorable
(B2, B4).
Fractures de la mandibule 233
Interrogatoire
Examen physique
Fracture horizontale
Plus ou moins oblique, elle est due à un choc direct.
Si le choc est violent, le petit fragment crânial est
attiré en haut, en avant et en dedans sous l’action
du temporal et du ptérygoïdien latéral ; le frag-
ment caudal est attiré vers le haut par le masséter
et le ptérygoïdien médial. Le tableau clinique est
celui d’un raccourcissement du ramus. Le nerf al-
véolaire inférieur peut être lésé par le fragment
crânial.
• fracture bicondylienne associée à une fracture Les associations varient en fonction de l’impor-
symphysaire : le mécanisme est direct au ni- tance du traumatisme, de la position de la mandi-
veau de la symphyse et indirect au niveau des bule lors de l’impact et de la denture (Fig. 19). Des
condyles. Tout traumatisme ou plaie du men- associations sont évocatrices de l’étiologie de la
ton doit faire rechercher une fracture du fracture : le complexe condyle-symphyse est évo-
condyle ; cateur d’accident de véhicules, tandis que le com-
• fracture symphysaire ou parasymphysaire d’un plexe branche horizontale ou parasymphyse et an-
côté et angulaire ou condylienne controlaté- gle évoque une altercation.
rale ;
• fracture condylienne bilatérale avec rétrogé- Fractures comminutives
nie, une béance interincisive, contact molaire Les fractures comminutives sont liées à un impact
prématuré bilatéral, trismus ; violent direct, qui entraîne un éclatement de l’os
• fracture parasymphysaire d’un côté et de l’an- sous-jacent. Les traumatismes balistiques en sont
gle ou du condyle ou de la branche horizontale la forme emblématique.
du même côté ;
• fracture parasymphysaire bilatérale, fracture Fractures associées
des deux angles, associées à une fracture de la La recherche d’autres lésions faciales, orthopédi-
branche horizontale ou du condyle. ques ou neurologiques, est guidée par les circons-
Figure 19 Fracture quadrifocale de la mandibule (parasymphysaire droite, sous-condylienne bilatérale et coroné gauche).
Fractures de la mandibule 241
tances de survenue et s’impose dans le cadre d’un Il y a un cal vicieux quand la consolidation se fait
polytraumatisme. en mauvaise position.
Fractures compliquées Retentissement articulaire
Il peut se manifester par un dysfonctionnement,
Complications immédiates
une arthrose, une ankylose, une cicatrisation fi-
Elles sont dues au terrain (décompensation d’une
breuse des muscles masticateurs (masséter, tempo-
tare : diabète, éthylisme, insuffisance respira-
toire...), aux lésions associées faciales (étage ral) avec constriction permanente des mâchoires ou
moyen), viscérales, neurologiques, orthopédiques, un trouble de la croissance mandibulaire chez l’en-
rarement à la fracture mandibulaire seule. fant.
L’asphyxie peut être due à une double fracture
Fractures pathologiques (Fig. 20)
symphysaire avec glossoptose, ou à des corps étran-
gers (dents, corps étrangers, caillots, prothèse...).
Elles surviennent sur un os pathologique, dans le
L’hémorragie est rarement grave sauf en cas de
trouble de l’hémostase ou de lésions associées. cadre d’une ostéite radique, d’une tumeur osseuse
L’ouverture de la fracture en endobuccal par primitive ou secondaire, ou d’un volumineux kyste.
effraction de la muqueuse buccale est quasi cons- Les fractures pathologiques représentent environ
tante au niveau du corpus mandibulaire. L’ouver- 5 % de l’ensemble des fractures mandibulaires,
ture en exobuccal est plus rare. Les lésions cuta- l’âge moyen de survenue est d’environ 60 ans ; les
nées sont d’importance variable ; l’examen circonstances de survenue les plus fréquentes sont
clinique recherchera des signes de lésion du rameau la mastication puis les chutes ; plus de la moitié de
mentonnier (rameau marginal) du nerf facial. ces fractures siègent au niveau du corps mandibu-
Les lésions vasculonerveuses : lésion de l’artère laire, puis par fréquence décroissante l’angle, la
faciale, du rameau mentonnier du nerf facial, du région condylienne et la symphyse ; l’étiologie la
pédicule alvéolaire inférieur (le nerf est très rare- plus fréquente dans la littérature est l’ostéoradio-
ment rompu) ; le nerf lingual est rarement lésé ; nécrose.15
dans les fractures très déplacées du condyle - plaie
ou faux anévrisme secondaire à un traumatisme de Fractures mandibulaires selon le terrain
l’artère maxillaire, contusion du nerf facial, du
Fractures de l’enfant (Fig. 21)
nerf auriculotemporal, avec paresthésie ou syn-
La mandibule est relativement moins volumineuse
drome de Frey, de la corde du tympan avec dys-
et plus en retrait par rapport au squelette cranio-
gueusie, glossodynie, du nerf buccal avec hypoes-
facial. Son élasticité plus importante explique les
thésie jugale - sont des éventualités rares.
fractures en « bois vert ». La jonction corporéora-
Les pertes de substance uni- ou pluritissulaires,
souvent d’origine balistique, posent le problème de mique se trouve en arrière de la dernière dent sur
la réparation. Tous les tissus peuvent être concer- l’arcade et se modifie en fonction de l’âge. Les
nés : cutané, musculaire, muqueux et osseux avec points de fragilité se situent au niveau du germe de
des fractures comminutives. la canine définitive, de celui de la deuxième mo-
laire et surtout au niveau du col du condyle. Cette
Complications secondaires et tardives zone de faiblesse devient progressivement basicer-
Ce sont l’infection, les troubles de la consolidation vicale avec la croissance.
osseuse et les retentissements articulaires. Les fractures de l’enfant sont dominées par les
fractures du condyle, en raison de leur fréquence
Infection (40 à 70 % des fractures de mandibule) et des
L’abcès périmandibulaire est la conséquence d’une
complications redoutables susceptibles de survenir
plaie muqueuse, d’un foyer dentaire infectieux, du
en l’absence de diagnostic et de prise en charge
manque d’asepsie opératoire et du manque d’hy-
adéquate.
giène postopératoire. L’ostéite mandibulaire est
Dans la période néonatale, les fractures du
plus rare.
condyle passent souvent inaperçues et elles n’en
Anomalies de consolidation sont pas pour autant moins redoutables. Elles se-
Il y a un retard de consolidation lorsque la fracture ront révélées par des complications : limitation de
présente une mobilité douloureuse au-delà de l’ouverture buccale, ankylose temporomandibu-
2 mois. laire, anomalie de développement de la face avec
Il y a une pseudarthrose quand la fracture ne une microrétrognathie ou une asymétrie faciale.
consolide pas au-delà de 6 mois. Elle peut être Plus tard le diagnostic sera systématiquement
lâche, serrée, septique ou aseptique. Le foyer de évoqué devant tout traumatisme du menton (chute
fracture est mobile et indolore. sur le menton, plaie, éraflure...) ; il est d’autant
242 G. Touré et al.
une prédominance de l’adulte jeune de sexe mas- 8. Ferré JC, Barbin JY, Laude M, Helary JL. A physiomathe-
culin. Le plus souvent, le diagnostic repose sur matical approach to the structure of the mandible. Anat
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Traumatismes craniofaciaux
Cranio-facial traumas
O. Giraud (Chirurgien maxillofacial des Hôpitaux des Armées,
chef de service adjoint) a, F. de Soultrait (Neurochirurgien des Hôpitaux
des Armées, chef de service adjoint) b,*, O. Goasguen (Assistant
des Hôpitaux des Armées) b, G. Thiery (Assistant des Hôpitaux
des Armées) c, D. Cantaloube (Professeur agrégé du Val de Grâce,
chef de service) a
a
Service de chirurgie plastique, maxillofaciale et stomatologie, Hôpital d’Instruction des Armées Percy,
101, avenue Henri-Barbusse, BP 406, 92141 Clamart cedex, France
b
Service de neurochirurgie, Hôpital d’Instruction des Armées Percy,
101, avenue Henri-Barbusse. BP 406, 92141 Clamart cedex, France
c
Service de chirurgie plastique et maxillofaciale, Hôpital d’Instruction des Armées Laveran,
4, boulevard A.-Laveran, BP 50, 13998 Marseille Armées, France
MOTS CLÉS Résumé Les traumatismes craniofaciaux intéressent de manière concomitante la face et
Traumatismes le crâne, en particulier au niveau de la partie antérieure de la base de celui-ci. Leur
craniofaciaux ; gravité tient tout d’abord dans leur risque létal, en raison de la possible atteinte de
Sinus frontal ; l’encéphale et d’effraction de la dure-mère. Ils ont aussi un retentissement majeur
Sinus ethmoïdal ;
d’ordre fonctionnel, visuel, olfactif, voire masticatoire et également d’ordre esthétique.
Rhinorrhée
post-traumatique ; Les mécanismes en cause sont variés et les nombreuses classifications proposées rendent
Fistule compte de leur complexité. Différents tissus et éléments importants de la face et du
carotidocaverneuse ; crâne peuvent être concernés. L’atteinte craniofaciale peut être centrale, latérale ou
Méningite à combinée, résultant dans ce cas de traumatismes très violents, souvent associés à des
pneumocoque ; lésions multiples, viscérales et orthopédiques aggravant le pronostic. La prise en charge
Endoscopie des blessés craniofaciaux doit être immédiate, dès les lieux de l’accident. Le diagnostic
lésionnel repose sur l’examen clinique, neurologique et maxillofacial, et sur les moyens
modernes de l’imagerie médicale, au premier rang desquels se trouve la tomodensitomé-
trie. Les risques de complications conditionnent la prise en charge des traumatismes
craniofaciaux. Ils sont essentiellement représentés par l’existence, la persistance ou la
récidive d’un écoulement de liquide cérébrospinal par brèche ostéoméningée avec risque
de méningite. Néanmoins, ces rhinorrhées sont de mieux en mieux diagnostiquées et
prises en charge, en particulier grâce aux techniques d’exploration et de réparation
endoscopiques transnarinaires. Le traitement chirurgical comprend selon les cas, et après
réduction des fractures, des procédés de réparation osseuse tels que l’ostéosynthèse par
plaques métalliques et l’utilisation de greffons osseux en cas de fractures comminutives
ou de pertes de substance étendues. Les lésions de la dure-mère doivent également être
réparées lorsqu’elles donnent lieu à une rhinorrhée abondante ou ne se tarissant pas
spontanément. Le devenir du sinus frontal, en première ligne dans ces traumatismes,
* Auteur correspondant.
Adresse e-mail : [email protected] (F. de Soultrait).
provoqués par des chocs, le plus souvent très vio- conséquence de voir augmenter le nombre de trau-
lents dans leur intensité et leur vélocité, liés essen- matisés craniofaciaux admis dans les centres de
tiellement aux accidents de la voie publique. La traitement des grandes villes.
vitesse excessive diminue voire annule la protec-
tion conférée par les zones d’absorption des chocs,
qui ont été largement développées ces dernières Rappel anatomique
années dans la conception des véhicules automobi-
les. La ceinture et les coussins gonflables de sécu- Les traumatismes craniofaciaux concernent une ré-
rité ainsi que les casques des motocyclistes n’of- gion particulière où s’unissent de façon intime le
frent quant à eux qu’une protection limitée à « crâne facial » et le « crâne cérébral » des anato-
grande vitesse. mistes (Fig. 1). Il s’agit de la réunion entre, d’une
Plus rarement, on retrouve de tels traumatismes part, l’étage supérieur de la face, et d’autre part,
à la suite d’accidents du travail (chute d’échafau- l’étage antérieur de la base du crâne et la partie
dage, éclatement de roue d’engin de chantier par frontale de la voûte crânienne qui la coiffe et dont
exemple), d’accidents de sport (montagne) ou l’épaisseur varie selon les individus et la localisa-
d’agressions avec des objets contondants, mais tion.
aussi de tentatives de suicide par armes à feu. L’os frontal constitue la clé de voûte d’un en-
Les traumatismes craniofaciaux sont rarement semble anatomique particulièrement complexe,
isolés et sont habituellement associés à des lésions formé également du côté crânien par le sphénoïde
endocrâniennes et ophtalmologiques mais aussi du et l’ethmoïde, qui relient le squelette du massif
reste du massif facial et de la mandibule, ceci en facial à la base du crâne.
raison même de l’importance des forces appliquées
à l’extrémité céphalique naturellement peu proté- Étage supérieur de la face
gée. Ils entrent également souvent dans le cadre
d’un polytraumatisme, majorant alors la mise en Appendu à la base du crâne, il s’articule avec la
jeu du pronostic vital par l’altération des fonctions région frontale de la voûte crânienne au niveau de
respiratoires, cardiocirculatoires ou neurologiques. la suture frontonasale au centre, et des deux sutu-
Les lésions liées à ces traumatismes particulière- res frontomalaires latéralement.
ment vulnérants peuvent être d’une telle gravité Le tiers médian est composé des os propres du
qu’elles échappent à toute description classique, nez et de la partie médiale des orbites, tandis que
comportant un nombre important de fractures com- les tiers latéraux sont constitués par la partie laté-
minutives et de pertes de substance de localisation rale des orbites (située en dehors de la fissure
et d’importance variables. supraorbitaire) et le pilier frontal de l’os zygomati-
Par ailleurs, l’amélioration constante des que.
moyens d’évacuation et des techniques de réani- La paroi latérale des orbites est très épaisse ;
mation utilisés dans ce type de traumatismes a pour elle constitue un pilier de résistance aux chocs dans
A B
Figure 1 Vues de face (A) et de profil (B) du crâne et de la face.
Traumatismes craniofaciaux 247
sa partie antérieure et est en rapport direct avec la La partie médiale de l’orbite est en relation
voûte crânienne en rejoignant la paroi latérale de étroite avec le complexe ethmoïdal. Par ailleurs,
celle-ci. elle est en rapport, d’une part avec le ligament
L’orbite constitue une autre entité anatomique palpébral interne et ses deux tendons et d’autre
intéressée dans ces traumatismes, qu’ils soient mé- part, avec les voies lacrymales dont la gouttière
dians ou latéraux. Sa partie antérieure est consti- lacrymale et le canal lacrymonasal qui lui fait suite
tuée par un rebord ou margelle et par quatre parois puis s’ouvre au niveau du méat inférieur de la
qui maintiennent le globe oculaire qui est mobilisé cavité nasale. La paroi médiale, particulièrement
par les muscles moteurs oculaires. Sa partie posté- mince, constitue un élément de fragilité. L’angle
rieure (Fig. 2) comporte à l’apex le trou optique, supéro-interne comporte les orifices orbitaires des
orifice antérieur du canal optique où cheminent le deux canaux ethmoïdaux antérieur et postérieur
nerf optique et l’artère ophtalmique. La fissure qui livrent passage à des éléments vasculonerveux.
orbitaire supérieure est également située au fond
du cône orbitaire, à l’angle supéroexterne de Base du crâne
l’apex orbitaire (Fig. 3). Elle est le lieu de passage
d’autres éléments nobles : veines ophtalmiques, Elle comporte trois étages : antérieur, moyen et
nerfs moteurs oculaires commun (III) et externe postérieur (Fig. 4).
(VI), nerf pathétique (IV), branches lacrymale, na-
sale et frontale du nerf ophtalmique (V1), première Fosse crânienne antérieure
branche du nerf trijumeau (V). Appelée également étage facial ou étage ethmoï-
dofrontal de la base du crâne, elle est constituée de
trois os imbriqués entre eux : le frontal, l’ethmoïde
1
et le sphénoïde qui entretiennent des rapports
2 étroits avec les os de la face :
• le maxillaire s’encastre littéralement sous
l’ethmoïde et le frontal ;
4
• la lame criblée de l’ethmoïde forme la voûte
des fosses nasales ;
• la face inférieure du frontal constitue le toit
3 des orbites et du complexe ethmoïdal.
11
1
10
9
2
8
7 2
6 3
5
4
3
Figure 3 Coupe frontale de la fissure orbitaire supérieure et du
trou optique avec leurs éléments de passage. 1. Nerf optique
(II) ; 2. artère ophtalmique ; 3. nerf nasal (V1) ; 4. veine
ophtalmique inférieure ; 5. branche inférieure du nerf oculomo-
teur (III) ; 6. veine ophtalmique supérieure ; 7. nerf abducens Figure 4 Vue supérieure des trois étages de la base du crâne.
(VI) ; 8. branche supérieure du nerf oculomoteur (III) ; 9. nerf 1. Fosse crânienne antérieure ; 2. fosse crânienne moyenne ;
trochléaire (IV) ; 10. nerf frontal (V1) ; 11. nerf lacrymal (V1). 3. fosse crânienne postérieure.
248 O. Giraud et al.
L’os frontal est par ailleurs le siège du sinus Communiquant avec les fosses nasales (Fig. 5),
frontal situé entre la table externe et la table
interne de la voûte du crâne et à la jonction de 1
celle-ci avec la base. 12 2
Résultat de la colonisation de l’os frontal par une
cellule ethmoïdale, il s’agit donc plutôt d’un sinus 11
ethmoïdofrontal. Cavité aérienne parfois absente 3
en cas d’agénésie, de taille très variable, le plus 4
souvent paire et asymétrique, elle constitue une
5
zone de faiblesse au milieu du front et au-dessus 10
6
des orbites, mais aussi dans une certaine mesure
une zone d’absorption des chocs. Elle comporte une 7
paroi antérieure directement exposée aux trauma- 9
tismes et siège de l’abord chirurgical, et une paroi 8
postérieure très mince siège des canaux de Bres-
che30 permettant la communication des réseaux
veineux intrasinusiens et extraduraux.46 La dure- Figure 5 Coupe frontale passant par le milieu de l’orbite mon-
mère de la fosse crânienne antérieure adhère for- trant les rapports entre le sinus frontal, les cellules ethmoïdales
tement à cette paroi postérieure. La paroi infé- et les fosses nasales. 1. Crista galli ; 2. lame criblée de l’eth-
rieure ou plancher comporte une portion médiale, moïde ; 3. cornet supérieur ; 4. lame perpendiculaire de l’eth-
ethmoïdonasale, et une portion latérale, orbitaire, moïde ; 5. orbite ; 6. fosses nasales ; 7. sinus maxillaire ;
8. vomer ; 9. cornet inférieur ; 10. cornet moyen ; 11. cellules
constituant le toit de l’orbite. ethmoïdales ; 12. sinus frontal.
La cavité sinusienne est tapissée d’une mu-
queuse de type respiratoire avec un épithélium l’ethmoïde expose ainsi à de sévères complications
cylindrique cilié et des formations glandulaires. infectieuses méningées lorsqu’il est traumatisé. La
Elle recouvre également ces pertuis vasculaires ; cavité nasale est également en relation avec le
son atteinte peut entraîner des complications in- sinus sphénoïdal dont l’orifice se situe au niveau du
fectieuses à type de sinusites ou tumorales à type segment postérieur de la voûte des fosses nasales
de mucocèles. (Fig. 6).
Le sinus frontal comporte un seul système de
drainage constitué par le canal nasofrontal situé en 1
arrière et en dedans du plancher ; il le fait commu-
7
niquer avec la fosse nasale correspondante, le plus 6 2
souvent au niveau du méat moyen. L’atteinte de ce
canal est importante à reconnaître car elle peut
elle aussi être cause de complications en cas d’obs- 6 3
5
truction, le drainage du sinus frontal ne pouvant
plus être effectué. 5
4
L’ethmoïde prolonge en arrière la pyramide na-
sale, entre la partie horizontale de l’os frontal et la 8 9 2
partie antérieure de la base du crâne ; il est donc
souvent concerné par les traumatismes de la ré-
gion.
Le sinus ou labyrinthe ethmoïdal, constitué
d’une partie antérieure et d’une partie posté-
rieure, représente un élément de fragilité, surtout
en arrière où il est en rapport direct avec la dure-
mère qui adhère fortement au toit ethmoïdal. Il est Figure 6 Coupe sagittale des fosses nasales montrant la paroi
également en relation en arrière avec le sinus sphé- latérale. Communication avec les sinus paranasaux. 1. Dure-
noïdal. mère ; 2. sinus frontal ; 3. cornet moyen ; 4. cornet inférieur ;
5. sinus sphénoïdal ; 6. cellules ethmoïdales postérieures ; 7.
Dans sa partie endocrânienne, l’ethmoïde ac- bulbe et nerfs olfactifs ; 8. sinus maxillaire ; 9. cellules ethmoï-
cueille les bulbes olfactifs dans les gouttières olfac- dales antérieures.
tives. Ces lames très fragiles, situées de part et
d’autre de l’apophyse crista galli, sont considérées Fosse crânienne moyenne
comme le point faible de l’étage antérieur de la En arrière et de chaque côté, le sphénoïde désigne
base du crâne. par sa petite aile la frontière entre la fosse crâ-
Traumatismes craniofaciaux 249
nienne antérieure en avant et la fosse crânienne sont très exposées dans les traumatismes craniofa-
moyenne en arrière. À sa partie postérieure mé- ciaux.
diane, il forme la selle turcique qui abrite la glande
hypophyse, bordée par deux gros lacs veineux aux
parois constituées de dure-mère : les sinus caver- Éléments de biomécanique
neux. Ceux-ci sont traversés par les artères caroti-
Les études classiques décrivent, tant au niveau du
des internes à leur entrée dans la boîte crânienne.
massif facial que du crâne, des zones de forte
résistance aux traumatismes et des zones plus fra-
La dure-mère
giles.
Elle tapisse la face interne de la boîte crânienne.
Les premières sont celles où vont s’épuiser les
C’est-à-dire, pour la partie qui nous intéresse, dans forces traumatiques jusqu’au point de rupture où
le plan vertical, la face endocrânienne de l’os se produit la fracture ; les zones plus fragiles se
frontal en avant et latéralement, mais également, rompent pour des forces de moindre importance
dans le plan horizontal, la face supérieure de la mais permettent l’absorption d’une partie de
fosse crânienne antérieure, représentée de chaque l’énergie de l’impact, ce qui épargne les structures
côté par le toit des orbites et les gouttières olfac- avoisinantes.
tives. Elle forme une enveloppe fibreuse et résis- Au niveau du massif facial,7 les zones de résis-
tante, constituée de deux feuillets : tance sont constituées par des piliers : ce sont des
• d’une part, le périoste, couche externe adhé- coulées d’os compact destinées à absorber l’éner-
rente à l’os endocrânien, richement innervé et gie des forces appliquées au massif facial, en par-
vascularisé ; ticulier celles de la mastication qui sont de direc-
• d’autre part, la dure-mère proprement dite, tion verticale. Il est décrit trois piliers superficiels
représentant la couche interne. (antérieur, latéral et postérieur) et un pilier pro-
Par endroits, ces deux feuillets se séparent pour fond qui s’étend du palatin au corps du sphénoïde.
former de larges sinus veineux, comme les sinus Cette disposition ne protège guère des traumatis-
caverneux déjà cités, ou le sinus sagittal supérieur, mes de direction horizontale. L’os spongieux est
dont le diamètre augmente depuis l’apophyse organisé en travées entre ces piliers, tandis qu’on
crista galli en avant jusque vers l’arrière de la voûte trouve un os particulièrement fin, papyracé, au
crânienne. niveau de l’ethmoïde et du plancher orbitaire. Cet
Appendue au sinus sagittal supérieur et suivant os permet d’alléger le squelette mais n’offre aucun
le même axe, la faux du cerveau forme une cloison caractère protecteur.
de dure-mère interhémisphérique sagittale, parti- Au niveau de la base et de la voûte du crâne, est
cipant au soutien des deux hémisphères cérébraux. décrit un système d’arcs-boutants et d’entre-
L’adhérence de la dure-mère à l’os est plus ou boutants (toit des orbites). Les entre-boutants
moins importante, alternant des zones décollables constituent des zones de faiblesse. Les arcs-
(convexité frontale, jugum sphénoïdal, toit de l’or- boutants, éléments de solidité, présentent eux
bite) et des points d’ancrage plus solides (apophyse aussi cependant des points de fragilité (lame cri-
crista galli, gouttières olfactives, bord libre de la blée de l’ethmoïde, canal optique, fissure orbitaire
petite aile du sphénoïde). Cette disposition facilite supérieure).
les déchirures et les décollements traumatiques Si l’os de la voûte crânienne est épais, sauf au
dans les zones plus fragiles, entraînant des brèches niveau du sinus frontal, celui de la base du crâne
ostéoméningées. est fin et fragile.
Des études plus récentes45 font référence à un
Lobes frontaux et organe de l’odorat concept d’unités anatomiques regroupant des élé-
Protégés par la dure-mère, les lobes frontaux sont ments osseux, en distinguant au niveau de la sphère
posés sur le relief osseux de la fosse crânienne craniofaciale des zones superficielles et profondes,
antérieure. Les pôles antérieurs de ces deux lobes d’une part, et une région centrale et deux régions
sont situés directement au contact de la paroi latérales, d’autre part :
postérieure du sinus frontal. Cette situation expli- • au niveau de la région centrale :
que les contusions frontales et les séquelles neuro- C en surface, l’os frontal forme une unité mé-
logiques présentées par certains patients. canique avec les os centraux de la face, et
Les filets olfactifs remontent depuis la muqueuse l’on peut décrire un pilier superficiel consti-
des fosses nasales au travers de la lame criblée de tué par la zone glabellaire, la partie médiale
l’ethmoïde pour rejoindre les bulbes olfactifs posés des bords supraorbitaires, l’épine nasale du
dans les gouttières, prolongés en arrière par les frontal, la partie supérieure des os nasaux et
nerfs olfactifs. Toutes ces structures de l’odorat le processus frontal du maxillaire ;
250 O. Giraud et al.
Partie postérieure
Grêle et fragile, elle est constituée par des élé-
ments appartenant à l’ethmoïde : masses latérales,
apophyse crista galli, lame perpendiculaire et la-
mes criblées. Cet ensemble est sous la protection
de la partie antérieure précédemment décrite,
jusqu’à un certain point de rupture lié à l’intensité
du traumatisme. Dans ce cas, l’épine nasale du
frontal, qui avait jusque–là un rôle protecteur, de-
vient alors vulnérante pour les structures qui lui
sont postérieures. Plus en arrière, la selle turcique
peut elle-même être atteinte. Figure 9 Fractures étendues centrales et latérales.
6 5 4
Figure 10 Fractures panfaciales.
Figure 11 Sectorisation traumatotopographique (d’après
entraînant des lésions comminutives et particuliè- J. Pons). 1. Étage supérieur ; 2. étage moyen ; 3. étage infé-
rieur ; 4. tiers latéral gauche ; 5. tiers médian ; 6. tiers latéral
rement instables ; il existe une véritable disloca- droit.
tion de la face au niveau de sa liaison avec la base
du crâne et un risque accru d’atteinte endocrâ- fractures à l’origine de lésions des éléments nobles
nienne au niveau de la fosse antérieure mais aussi par esquilles osseuses, ces traumatismes génèrent
de la fosse moyenne. des lésions de l’encéphale par coups et contre-
coups, mettant en jeu le pronostic vital et neurolo-
Traumatismes étendus gique.
Pour plus de clarté concernant les lésions cranio-
Les traumatismes étendus atteignent l’ensemble faciales proprement dites, on peut s’aider, sur le
craniofacial d’une façon plus globale. plan traumatotopographique, d’un schéma qui
comporte un quadrillage divisant la face en trois
Au niveau de la face tiers dans le plan horizontal et dans le plan vertical
Peuvent être touchés les étages supérieur et moyen (Fig. 11), et proposer la localisation des lésions de
(avec des lésions de type disjonctions craniofacia- la façon suivante :
les Le Fort II et III homo-, contro-, ou bilatérales • dans le plan horizontal : localisation au tiers
associées à des dislocations orbitonasales). Les for- supérieur et à la partie haute du tiers moyen ;
ces traumatiques appliquées au massif facial peu- • dans le plan vertical : localisation au tiers
vent diffuser par l’intermédiaire du CNEMFO, zone médian frontonasal et aux deux tiers latéraux
de fragilité, jusqu’à l’encéphale.22 Inversement, un fronto-orbito-ptérioniques.
traumatisme appliqué sur la voûte crânienne peut
atteindre la base du crâne et la face.
L’étage mandibulaire peut être concerné dans Anatomopathologie
les grands traumatismes dans le cadre des associa-
tions lésionnelles régionales. Celles-ci, appelées Les lésions varient en fonction de l’intensité, de la
également fractures panfaciales, transforment la localisation et de la direction des forces traumati-
région en un véritable puzzle traumatique dont la ques appliquées à l’ensemble craniofacial.
reconstitution est particulièrement ardue (Fig. 10). Le revêtement cutané peut être le siège de
plaies, uniques ou multiples, franches, linéaires ou
Au niveau du crâne contuses, dilacérées, avec ou sans perte de subs-
Peuvent être atteints la voûte crânienne, la fosse tance. On peut également observer des signes de
crânienne moyenne voire postérieure, la région de contusion (ecchymose, hématome) sans véritable
la selle turcique, le parenchyme cérébral. Outre les plaie ; ceci ne préjuge pas de la gravité des éven-
Traumatismes craniofaciaux 253
Examen ophtalmologique
Il fait appel de manière systématique à un ophtal-
mologiste. Il est souvent gêné par l’œdème post-
traumatique, qui rend parfois très difficile l’ana-
lyse de l’œil sous-jacent. Il évalue l’acuité visuelle
et explore le globe oculaire qui peut être le siège
d’une plaie, d’une hémorragie ou d’un hématome.
Figure 15 Hématome en lunettes typique d’une fracture de
Il teste sa mobilité intrinsèque et extrinsèque,
l’étage antérieur de la base du crâne.
cette dernière au besoin par une épreuve de duc-
La présence d’ecchymoses ou d’hématomes pé- tion forcée à la recherche d’une incarcération mus-
riorbitaires, dits « en lunettes » (Fig. 15), peut culaire, et recherche un éventuel ptosis.
suggérer une atteinte de la base du crâne même si Ainsi pourront être retrouvés :
ce signe n’est pas formellement pathognomonique • un syndrome de la fissure orbitaire supérieure
d’une telle lésion. comportant l’atteinte motrice des IIIe, IVe et
L’existence d’une épistaxis est notée de même VIe nerfs crâniens constituant une ophtalmo-
que son caractère uni- ou bilatéral et son abon- plégie avec ptosis. L’atteinte concomitante de
dance qui peut nécessiter un tamponnement nasal. la 1re branche du nerf trijumeau se traduit par
L’état du système lacrymal doit être également une altération de la sensibilité du front, des
évalué, surtout en cas d’atteinte de la partie infé- paupières et du nez ainsi que de la cornée.
rieure et médiale de l’orbite. Cette symptomatologie résulte d’un trait de
Des déformations peuvent apparaître : fracture irradié à la fissure orbitaire supé-
• rétrusion ou déviation de la pyramide nasale ; rieure ;
• recul du massif facial ; • un syndrome de l’apex orbitaire associant à
• élargissement de la distance intercanthale réa- cette ophtalmoplégie une atteinte du nerf op-
lisant un télécanthus traumatique qui doit être tique avec amblyopie sévère, voire cécité du
mesuré ; côté atteint.
• énophtalmie par élargissement du contenant La recherche d’une fistule carotidocaverneuse
orbitaire dû aux fractures des parois ; (FCC) doit être systématique et répétée durant les
• exophtalmie par fistule carotidocaverneuse ou jours qui suivent le traumatisme craniofacial. En
mouvement de la grande aile du sphénoïde effet, si seulement 0,2 % des traumatisés crâniens
pouvant par ailleurs être associée à une frac- développent une FCC,15 l’apparition de ses signes
ture en « blow-in » du toit orbitaire, piégeant spécifiques n’est pas toujours brutale et peut se
les éléments sous-jacents à celui-ci (tendons faire de manière différée, avec les risques de cé-
des muscles droit et oblique supérieurs, graisse cité que cela implique. Les patients conscients se
orbitaire) ; plaignent d’une diplopie avec exophtalmie pulsa-
• aplatissement de la zone orbitozygomatique tile et douloureuse du fait de la distension veineuse
qui forme le relief de la pommette ; périoculaire.
• enfoncement du bandeau frontal, notamment Malgré un chémosis bien banal chez un trauma-
dans sa portion centrale. tisé craniofacial, on recherche :
La palpation doit être douce, méthodique, pra- • une dilatation des vaisseaux conjonctivaux et
tiquée de manière aussi aseptique que possible. scléraux ;
Elle peut retrouver une crépitation « neigeuse » de • une paralysie oculomotrice touchant, de façon
la peau (témoignant de la présence anormale d’air globale ou isolée, les IIIe, IVe ou VIe nerfs
au niveau du tissu sous-cutané), des points doulou- crâniens ;
reux électifs, des déformations osseuses à type • une atteinte de l’acuité visuelle pouvant être
d’enfoncement ou de déviation, une mobilité anor- d’origine multiple et notamment traumatique
male de segments osseux évocatrice d’une disjonc- au niveau du globe oculaire ou du nerf opti-
tion craniofaciale fréquemment associée. que ;
258 O. Giraud et al.
• un souffle systolodiastolique perçu par le pa- Les clichés standards classiques sont les sui-
tient et par l’auscultation des régions tempo- vants :
rales et périorbitaires. • le crâne de face et de profil ;
L’exophtalmie peut très vite occasionner des • l’incidence de Blondeau ;
lésions cornéennes qu’il faut s’attacher à prévenir • si l’état du rachis cervical du patient le per-
d’emblée. De même, une altération de l’acuité met : l’incidence nez-front-plaque et l’inci-
visuelle constitue une urgence thérapeutique. À ce dence de Hirtz.
stade, devant toute suspicion de FCC, un examen
doppler des vaisseaux du cou, réalisé au lit du Examen tomodensitométrique craniofacial
patient, confirme l’accélération et l’augmentation Il est réalisé de façon systématique, les patients
du débit sanguin de la carotide primitive. Elles se étant habituellement évacués dans des centres de
traduisent par une baisse de l’index de résistance traumatologie qui disposent de ce moyen d’investi-
due à la fuite par la fistule. gation moderne.
Les appareils tomodensitométriques de dernière
Bilan paraclinique génération, dits multibarettes, permettent en
quelques secondes l’acquisition de nombreuses
Il repose actuellement sur les données de l’image-
coupes dans un plan axial. Dans l’exploration du
rie médicale, majoritairement représentée ici par
complexe craniofacial, on peut ainsi réaliser plus
la tomodensitométrie.
de 200 coupes, d’une épaisseur de 1,25 mm et
Radiographies standards espacées par un intervalle de 0,7 mm. Ces coupes
Les radiographies standards ne sont plus d’actualité natives, qui se chevauchent, permettent d’obtenir
dans le bilan lésionnel initial. Elles peuvent cepen- des reconstructions bidimensionnelles selon, le plus
dant se révéler utiles dans des centres non équipés souvent, un plan coronal ou sagittal mais aussi selon
d’appareils de tomodensitométrie, en permettant tout autre plan désiré (axe du cône orbitaire par
un diagnostic de qualité moindre (Fig. 16). Elles exemple). Les reconstructions tridimensionnelles,
seront par ailleurs réservées éventuellement au obtenues également à partir des coupes natives,
suivi opératoire de certains patients pour des pro- permettent de disposer d’une reconstitution des
blèmes ponctuels au niveau facial. parties molles (dont le plan cutané) et des plans
osseux avec des images globales. Si elles restent
accessoires, ces reconstructions permettent néan-
moins d’avoir une vue générale des lésions tant
faciales que crâniennes, et apportent une aide à la
stratégie opératoire.6 Elles peuvent aussi fournir
des renseignements sur le canal nasofrontal et ses
rapports avec les traits de fracture30 (Fig. 17). Par
soustraction numérique, on peut également aboutir
à la représentation tridimensionnelle des différents
plans anatomiques.
A B C
D E F
Figure 21 Voies d’abord de la face et du crâne dans les traumatismes craniofaciaux. A. Voie coronale linéaire ; B. voie coronale
sinusoïdale ; C. voie sourcilière bilatérale et voie intercanthale ; D. voie sous-ciliaire et voie palpébrale inférieure ; E. voie
vestibulaire ; F. voie canthale interne et voies sourcilières.
• voie coronale (Fig. 21A) linéaire stricte ou sui- à la fosse crânienne antérieure dont la région
vant la ligne sinusoïdale d’implantation des de la selle turcique, en évitant l’atteinte des
cheveux (Fig. 21B) : elle donne accès à la filets olfactifs et la rétraction des lobes fron-
partie supérieure des orbites, au front, au taux ;
complexe nasoethmoïdal au centre, au com- • voie sourcilière (Fig. 21C) : elle permet un
plexe zygomatomalaire latéralement. Elle per- abord du sinus frontal uni- ou bilatéral en se
met d’aborder, par l’intermédiaire d’un volet réunissant au niveau de la racine du nez. Elle
osseux, le sinus frontal et la fosse crânienne expose au risque d’anesthésie cutanée frontale
antérieure (Fig. 22) ; par atteinte du nerf supraorbitaire et de sé-
• voie transethmoïdale classique : l’abord endo- quelles esthétiques cicatricielles.
nasal se fait par endoscopie ; il est limité à la Pour les lésions associées :
lame criblée et au toit de l’ethmoïde ainsi qu’à • voies transconjonctivale, sous-ciliaire ou pal-
la région de la selle turcique. Elle est insuffi- pébrale inférieure (Fig. 21D) : elles permettent
sante en cas de lésions étendues de la base du l’accès au plancher orbitaire ;
crâne et d’atteintes multiples de la dure-mère. • voie vestibulaire (Fig. 21E) : elle est indiquée
• voie transethmoïdale élargie par association pour l’étage moyen du massif facial et en par-
avec une voie sourcilière :37,38 elle donne accès ticulier l’os zygomatique ; elle peut être com-
262 O. Giraud et al.
Matériels d’ostéosynthèse
Toute fracture déplacée doit faire l’objet d’une
réduction puis d’une contention par ostéosynthèse
au fil d’acier en présence de petits fragments, et
par plaques miniaturisées vissées (miniplaques et
microplaques) (Fig. 23, 24) en présence de frag-
ments plus importants. Cette ostéosynthèse par
plaques métalliques en titane, utilisée également
pour les greffons osseux, permet une fixation rigide
Figure 23 Ostéosynthèses par plaques métalliques miniaturisées
et stable des éléments fracturés. Il est important vissées.
de reconstituer ou de renforcer les piliers19,20 qui
maintiennent les rapports du massif facial avec la
base du crâne et la mandibule. Il s’agit des piliers
nasomaxillaires et zygomaticomaxillaires qui sont
des structures antérieures. Le maintien ou le retour
à l’occlusion précédant le traumatisme constitue
également un élément essentiel. Parfois, pour de
grosses pertes de substance, on peut faire appel à
des plaques en titane multiperforé adaptable au
galbe crânien (Fig. 25, 26).
Greffons et plasties
En présence de lésions comminutives ou de pertes
de substance étendues,20 comme c’est le cas des
traumatismes par arme à feu, on a recours à l’uti-
lisation de greffons osseux autologues (Fig. 27)
d’origines diverses pouvant être associés à diffé-
rents lambeaux reconstituant les parties molles. Ils
sont prélevés dans le même temps opératoire,
avant le développement des œdèmes et la rétrac-
tion des tissus mous.
Les greffons calvariaux,9,14,47 d’origine membra-
neuse et essentiellement corticaux, ont l’avantage
Figure 22 Volet frontal médian. de résister au phénomène de résorption et de se
Traumatismes craniofaciaux 263
1
5
Figure 29 Algorithme no 1. Prise en charge des traumatismes craniofaciaux (TCF) dans les 8 premiers jours.
idéalement réalisée après les premiers jours • les traumatismes craniofaciaux ouverts, en rai-
d’œdème mais avant l’engluement des fractures en son de leur risque infectieux, nécessitent
position vicieuse. Cette phase estimée en moyenne d’être opérés dans l’urgence quel que soit le
à 8 jours conditionne en partie les algorithmes type de lésion sous-jacente. L’existence d’une
suivants. brèche ostéoméningée (BOM) et a fortiori
d’une plaie craniocérébrale (PCC) est alors ici
Dans les huit premiers jours un facteur aggravant ;
Les indications thérapeutiques initiales face à un • la dominante neurochirurgicale peut se limiter
traumatisme craniofacial sont résumées dans la aux stigmates patents d’une brèche ostéomé-
Figure 29. On peut décrire cinq situations, que nous ningée (rhinorrhée abondante, pneumocépha-
avons schématiquement regroupées en trois types lie importante, embarrure apparaissant neu-
roagressive). L’intervention chirurgicale revêt
selon la prédominance de l’atteinte neurologique
alors un caractère moins urgent et peut être
ou maxillofaciale.
réalisée de manière légèrement différée de 2 à
8 jours en fonction de l’état clinique du patient
Traumatismes craniofaciaux de type I
et de la sévérité des lésions associées.
Ils sont à dominante neurochirurgicale, qu’il y ait
ou non un coma associé. Ils ont un caractère de Traumatismes craniofaciaux de type II
gravité certain du fait de la menace neurologique À dominante maxillofaciale, ils n’ont pas de lésions
qu’ils génèrent. Ceci impose toujours un geste chi- neurologiques imposant un geste chirurgical en ur-
rurgical dont le délai de réalisation et les indica- gence. Les fractures de la voûte crânienne ne sont
tions varient : pas déplacées et l’on n’observe pas de lésion ex-
• les lésions expansives intracrâniennes, princi- pansive intracrânienne. Le patient peut être coma-
palement les hématomes menaçants décrits teux et la rhinorrhée, si elle existe, est modérée.
précédemment, mais aussi parfois les pneu- L’intervention chirurgicale, indiquée par le dé-
mocéphalies expansives, nécessitent d’inter- placement des lésions maxillofaciales, est réalisée
venir en urgence voire en extrême urgence du dans les 8 jours en fonction notamment de l’état
fait de la mise en jeu du pronostic vital ; neurologique.
Traumatismes craniofaciaux 265
Figure 30 Algorithme no 2. Prise en charge d’une rhinorrhée post-traumatique au-delà du huitième jour. TDM : tomodensitométrie ;
IRM : imagerie par résonance magnétique ; DLE : dérivation lombaire externe ; DLP : dérivation lombopéritonéale.
est localisé par l’apparition de la fluorescéine, serait alors justifiée pour en limiter la survenue et
et si les lésions sont accessibles, le traitement les conséquences.
de la brèche peut être réalisé dans le même
temps opératoire. Certains auteurs26 propo- Traitement des fistules de LCS
sent comme alternative à l’utilisation intrathé- Deux grands types de techniques dominent la prise
cale de fluorescéine son application sur la mu- en charge chirurgicale des fistules de LCS post-
queuse nasale lors d’un examen endoscopique. traumatiques avec des indications différentes :.
La fuite est alors suspectée par l’apparition Ils peuvent avantageusement être aidés par les
d’un écoulement eau de roche décolorant la systèmes de navigation intracrânienne et faciale,
zone fluorescente. notamment couplés à un endoscope (exemple :
• Cisternographie par résonance magnétique. Digipointeur® de Collin orl-cmf, France).
Plusieurs équipes préconisent la réalisation • Abords chirurgicaux transcrâniens.
d’une cisternographie par résonance magnéti- Ils sont indiqués devant une rhinorrhée persis-
que après injection intrathécale lombaire de tante dans :
gadolinium. Actuellement, l’autorisation de C les gros fracas de la base du crâne avec
mise sur le marché pour ce type de produit et pertes de substance osseuse ou atteinte de la
dans cette indication n’est pas encore obte- paroi postérieure du sinus frontal ;
nue. Cette technique paraît prometteuse pour C les lésions non accessibles par endoscopie ;
affiner le dépistage des fistules de LCS lorsque C les fistules non localisées au terme du bilan
les autres méthodes sont en échec ou contre- d’imagerie ;
indiquées (allergie aux produits de contraste C certaines fractures multiples passant par les
iodés) en diminuant les faux positifs de l’IRM.À gouttières olfactives ayant récidivé après un
ce stade, dans la majorité des cas la fistule est premier colmatage.11,33
localisée. Elle se situe principalement à trois Ils ont un taux d’anosmie non négligeable et un
niveaux, qui sont, d’avant en arrière, la paroi taux de récidive de la rhinorrhée variant de 10 à
postérieure du sinus frontal, les gouttières ol- 40 %.4
factives et le sinus sphénoïdal. L’extériorisa-
tion de l’écoulement se fait alors respective- Voies neurochirurgicales classiques
ment : par le canal nasofrontal, la lame criblée Sur un patient en décubitus dorsal, elles commen-
et la partie supérieure des fosses nasales, enfin cent par une incision coronale (ou bitragale) allant
par leur paroi postérieure. Toute rhinorrhée d’un tragus à l’autre, passant en arrière de la ligne
post-traumatique qui ne fait pas sa preuve au capillaire, et réalisant le décollement d’un lam-
niveau de l’étage antérieur de la base du crâne beau de scalp vers l’avant, associé à la découverte
doit inciter à rechercher son origine au niveau des muscles temporaux jusqu’aux piliers orbitaires
d’une fracture du rocher. externes. Il faut prendre garde à ne pas dénuder
ces muscles trop bas pour ne pas léser la branche
Évaluation du risque de méningite frontale du nerf facial. Une fois le bandeau frontal
C’est le spectre de la méningite qui conditionne découvert jusqu’aux arcades orbitaires, il faut dé-
l’attitude thérapeutique face à la fistule de LCS. gager les nerfs supraorbitaires, ainsi que la racine
Pour certains, il semble que le risque soit relative- du nez. À ce stade, il y a trois manières d’accéder
ment faible, compris entre 1 et 2 % dans l’année qui aux lésions de la base, notamment en fonction de
suit le traumatisme.36 Pour d’autres, ce sont entre leur étendue :1
7 et 30 % des patients présentant une fistule de LCS • par voie transfrontale, au dessus des sinus : un
post-traumatique qui feront un jour une ménin- volet uni- ou bilatéral, adapté à l’étendue des
gite.3,12 Les germes responsables sont ceux des lésions et situé au-dessus des sinus frontaux,
voies aériennes supérieures, pneumocoque en tête donne accès à la base du crâne en limitant les
avec 50 % des cas.36 La méningite à pneumocoque, risques d’anosmie. Cette voie est d’autant plus
ayant mauvaise réputation du fait de son taux de indiquée que les sinus sont de petite taille ou
mortalité, a probablement conditionné dans les inexistants, en permettant un abord plus tan-
années 1980 les nombreuses indications opératoires gentiel de la base. En revanche, elle ne donne
de principe face aux fractures de l’étage antérieur. pas un excellent jour pour les lésions de la base
Néanmoins, l’importance de ces infections était étendues vers le jugum. Elle peut au besoin
relativisée40 sur le constat de méningites précoces être facilitée par les techniques de navigation
et fréquentes ne récidivant pas, opposées aux mé- intracrânienne visualisant les limites des sinus
ningites tardives exceptionnelles mais récidivant et permettant de les respecter tout en évitant
fréquemment. La vaccination antipneumococcique les volets trop haut situés ;
268 O. Giraud et al.
tielle et contrôlée des espaces sous- lorsque les images tomodensitométriques montrent
arachnoïdiens. Elles sont placées pour quel- une lésion à ce niveau nécessitant son oblitération.
ques jours sous forme d’une dérivation Cette exclusion du sinus frontal (Fig. 36C) est obte-
lombaire externe (100 à 200 cm3/24 h), ou à nue par le comblement de la cavité sinusienne
demeure, en dérivation lombopéritonéale. proprement dite et du canal nasofrontal, de préfé-
Elles représentent un complément de la cure rence à l’aide de greffons spongieux ou cortico-
locale de la brèche en diminuant la pression spongieux.
intracrânienne sur la fistule, permettant En cas de fracture associée de la paroi posté-
ainsi aux plasties et colmatages de cicatri- rieure, si celle-ci est à trait simple sans déplace-
ser. ment ou avec un déplacement minime inférieur à
son épaisseur (Fig. 36D), on s’abstient de tout
Cas particuliers6,18 traitement particulier en reconstruisant unique-
ment la paroi antérieure en l’absence de rhinorrhée
Fractures du sinus frontal (Fig. 35) (Fig. 36E).
Le traitement dépend du type de fracture, de sa Lorsque la paroi postérieure est le siège d’une
localisation, de l’existence d’un déplacement, de fracture plus importante, voire d’une comminution
la présence d’une rhinorrhée. (Fig. 36F), il y a un risque d’atteinte de la dure-
Les fractures simples de la paroi antérieure, mère par brèche ostéoméningée. Si cette atteinte
fermées, non déplacées, sans atteinte concomi- est effective et persistante sous la forme d’une
tante de la région du canal nasofrontal ne sont pas rhinorrhée, le traitement consiste alors en l’exé-
opérées mais restent surveillées (Fig. 36A). rèse de cette paroi postérieure. Seule la paroi
Les fractures complexes de la paroi antérieure antérieure est reconstruite. On réalise alors une
(Fig. 36B), ouvertes ou déplacées (Fig. 37) font « crânialisation » du sinus frontal (Fig. 34, 36G), en
l’objet d’une exploration chirurgicale, avec exé- associant un curetage complet de toute la mu-
rèse méticuleuse de la muqueuse lésée et des élé- queuse sinusienne à l’exérèse de sa paroi posté-
ments étrangers éventuels, puis traitement des lé- rieure. On en complète l’étanchéité en obstruant le
sions osseuses par ostéosynthèse avec ou sans canal nasofrontal à l’aide de poudre d’os récupérée
greffe osseuse reconstituant le bandeau frontal. lors de la trépanation mélangée à de la colle biolo-
Lorsque la fracture intéresse la partie inférieure gique, puis en séparant les cavités nasales, conta-
du sinus frontal, l’atteinte du canal nasofrontal minées, de la cavité crânienne, par l’interposition
peut se compliquer d’obstruction, de mucocèle ou d’un lambeau pédiculé d’épicrâne. Celui-ci, glissé
de sinusite. Son exploration chirurgicale s’impose sous la face endocrânienne de la dure-mère
Figure 35 Algorithme no 3. Prise en charge des fractures du sinus frontal. LCS : liquide cérébrospinal.
Traumatismes craniofaciaux 271
A B C D
E F G
Figure 36 Techniques de prise en charge des fractures du sinus frontal.
A. Fractures simples de la paroi antérieure.
B. Fractures complexes de la paroi antérieure.
C. Exclusion du sinus et reconstruction de la paroi antérieure.
D. Fracture complexe de la paroi antérieure associée à une fracture simple de la paroi postérieure.
E. Reconstruction d’une fracture complexe de la paroi antérieure et abstention chirurgicale sur une fracture simple de la paroi
postérieure.
F. Fracture complexe de la paroi antérieure et de la paroi postérieure.
G. Cranialisation du sinus et reconstruction de la paroi antérieure.
• des anomalies de l’occlusion dentaire avec par- 2. Bateman N, Mason J, Jones NS. Use of fluorescein for
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EMC-Dentisterie 1 (2004) 275–283
www.elsevier.com/locate/emcden
MOTS CLÉS Résumé La face peut faire l’objet d’une mutilation suite à une perte de substance
Prothèse acquise ou congénitale. Elle peut être à l’origine d’une destruction de l’identité et
maxillofaciale ; entraîner certaines formes d’exclusion, nécessitant une reconstruction chirurgicale et
CFAO ; parfois prothétique. La prothèse maxillofaciale se définit comme l’art et la science de la
Réhabilitation
reconstruction artificielle du massif facial. La demande des patients pour ce type de
maxillofaciale ;
prothèse est sans cesse croissante avec le développement de nouveaux matériaux et de
Prototypage rapide
nouvelles méthodologies et techniques. Le nouveau concept « conception et fabrication
assistées par ordinateur » (CFAO) permet désormais de combiner les avantages de la
méthode traditionnelle en prothèse maxillofaciale et le potentiel du prototypage rapide
pour valoriser le temps et la qualité. Dès lors le praticien peut se concentrer sur sa tâche
principale, l’optimisation dans la création individuelle de la prothèse faciale. La prothèse
maxillofaciale avec ce nouveau concept CFAO doit prendre sa place en médecine du fait
de l’ensemble des réhabilitations qu’elle apporte tant sur le plan esthétique que
psychologique, mais aussi et surtout fonctionnel.
© 2004 Publié par Elsevier SAS.
KEYWORDS Abstract Acquired or congenital loss of structure can cause facial deformity. This may
Maxillofacial result in destroyed identity and certain forms of exclusion. In these cases, surgical
prosthesis; reconstruction and sometimes prosthetic reconstruction are required. Maxillofacial pros-
CAD; thesis refers to the art and science of artificial reconstruction of facial bones. There is a
CAM; continual increase in patient demand for this type of prosthesis with the development of
Maxillofacial new materials, methodologies and techniques. New technologies such as the Computer
rehabilitation;
Aided Design (CAD) and Computer Aided Manufacturing (CAM) make possible nowadays to
Prototyping
combine the advantages of traditional facial prosthesis and the potential of Rapid
Prototyping, resulting in an improvement in terms of time and quality. Therefore the
* Auteur correspondant.
Adresse e-mail : [email protected] (P. Pomar).
practitioner can concentrate on his main task which is to optimise individually created
facial prosthesis. This new concept of maxillofacial prosthesis should find its place in
medicine given the overall scope of rehabilitations that it makes available, in terms of
aesthetic and psychology as well, but above all in terms of functional perspective.
© 2004 Publié par Elsevier SAS.
Généralités
Figure 3 Élaboration de la maquette en cire sur le modèle en Phase de conception assistée par ordinateur
plâtre. Cette phase permet d’effectuer dans un premier
temps la reconstruction informatique des structu-
res anatomiques existantes, comme par exemple la
perte de substance faciale ; et ensuite dans un
second temps la simulation de la future épithèse à
partir des informations recueillies préalable-
ment.14,15
Phase de reconstruction 3D
Les nouvelles technologies utilisées dans l’acquisi-
tion des données (scanner à acquisition spiralée ou
imagerie par résonance magnétique [IRM])16 vont
nous permettre de recueillir des informations de
plus en plus précises avec des temps d’exposition
Figure 4 Mise en moufle de la maquette en cire. moindres.17,18,19,20 (Fig. 5).
Principe général
Les progrès dans l’acquisition des données médica-
les et l’amélioration des techniques informatiques
nous permettent désormais de travailler les images
tomodensitométriques des patients pour effectuer
des reconstructions virtuelles volumiques tridimen-
sionnelles des structures anatomiques.10,11,12
Dès lors l’exportation de ces images tridimen- Figure 5 Coupes axiale (A) et sagittale (B) de la région nasale
sionnelles sous un format de fichier approprié va dans le cas d’une amputation de la pyramide nasale.
Prothèse maxillofaciale et conception et fabrication assistées par ordinateur (CFAO) 279
Figure 6 Reconstruction isosurface cutanée dans le cas d’une perte de substance nasale.
De même, la standardisation des formats de fi- être reconnu par le logiciel de simulation 3D afin de
chiers d’importation tomodensitométriques (ACR- concevoir la future prothèse (Fig. 8).
NEMA/DICOM) associée à du matériel informatique
sans cesse performant et l’utilisation de divers Phase de simulation 3D
progiciels (C2000 / AMIRA) dans le traitement du L’utilisation de logiciels qui sont des modeleurs
signal et de l’image nous offrent la possibilité graphiques va nous permettre de modéliser aussi
d’analyser et de segmenter les images scanner afin bien en polygones qu’en non uniform rational
d’obtenir des reconstructions surfaciques ou volu- Bézier-Spline (NURBS) les futures prothèses
métriques tridimensionnelles.21,22,23,24 maxillofaciales.25
En fonction de la nature de la perte de subs-
tance, nous choisirons une reconstruction isosur-
face pour une perte de substance faciale (nasale,
oculopalpébrale, auriculaire, faciale) (Fig. 6A, B,
C), et une reconstruction volumique pour une perte
de substance endobuccale (communication naso-
buccale par exemple) (Fig. 7).
Une fois la reconstruction anatomique 3D exécu-
tée, l’exportation du fichier est effectuée sous un
format de « maillage » (.DXF / .STL ...) qui puisse
Une autre méthode de prototypage existe ; il Une fois la maquette réalisée, elle sera essayée
s’agit du procédé de fabrication d’objets par jet de et adaptée sur le patient, pour être ensuite trans-
gouttes sur demande (drop-on-demand inkjet). formée en silicone selon la technique de la cire
L’avantage de cette technique est d’utiliser un perdue (Fig. 12).
matériau avec un point de fusion de 90° à 113°,
donc très intéressant dans la technique de la cire
perdue. Discussion
Un logiciel décompose le modèle CAO 3D (.stl) de
la pièce anatomique en un ensemble de couches L’amélioration des techniques chirurgicales d’exé-
élémentaires 2D, correspondant à la coupe trans- rèse et de reconstruction entraîne une situation
versale. paradoxale. La France présente l’incidence la plus
Les prothèses sont fabriquées par un procédé élevée des cancers des VADS en Europe ; la prise en
d’impression de jet de gouttes couche par couche. charge chirurgicale des patients est satisfaisante,
Deux têtes d’impression, déplacées par un chariot cependant, la mutilation faciale induite postchirur-
mobile dans un plan x-y, déposent deux matériaux à gicale entraîne fréquemment l’exclusion du patient
bas point de fusion sous forme de gouttes sur un de la société, alors que cette dernière a mis tout en
matériau de support collé sur la plate-forme. La œuvre pour le traiter et le sauver.39
maquette est construite par superposition succes- La réhabilitation par prothèse maxillofaciale de-
sive de couches, à partir de celle du bas, selon les meure une alternative incontournable et repose sur
sections horizontales du modèle CAO 3D (Fig. 11A, une symbiose chirurgicoprothétique des différents
B, C). acteurs. Le diagnostic et le traitement du patient
doivent reposer sur une équipe médicale multidis- Grâce à cette nouvelle méthodologie par CFAO,
ciplinaire, dont le seul objectif est de permettre l’étape de conception au laboratoire de la ma-
une réhabilitation globale de qualité de vie du quette en cire et de la réhabilitation prothétique
patient. En effet, le chirurgien doit connaître les d’une manière générale se trouve facilitée, per-
limitations, les principes biomécaniques de ces pro- mettant ainsi de répondre à la dialectique de la
thèses maxillofaciales afin de synchroniser le geste satisfaction des besoins, que ce soit pour les diffé-
chirurgical à la future réhabilitation prothétique rents prestataires de services ou mieux pour les
qui va suivre. patients.
Un avantage majeur de la prothèse maxillofa-
ciale est de permettre une surveillance carcinolo-
gique. Les récidives des cancers des VADS variables Références
selon les auteurs (7,5 % selon Marchetta ou 14 %
1. Wiens JP. Maxillofacial prosthetics: vital signs. J Prosthet
selon Vikram)40,41 soulignent l’importance du pra-
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ticien dans leur détection. En effet, ce dernier, au 2. Laney WR. The scope of maxillofacial prosthetics. In:
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pour restaurer dès que possible le patient à la fois 9. Pomar P, Soulet H. Facial prothesis. FACE 1994 (n° 1):
sur le plan fonctionnel et esthétique afin qu’il 39–42.
puisse mener une vie normale dans la société.48 10. Akiba H, Shidou M, Tamakawa M, Ohuchi A, Iwakubo A,
Shibata M, et al. Three-dimensional CT reconstruction
Cette nouvelle méthodologie par CFAO va per- image using a personal computer. Rinsho Hoshasen 1990;
mettre, chez ces patients affaiblis, d’éviter la prise 35:475–481.
d’empreinte faciale parfois angoissante pour le pa- 11. Bou C, Pomar P, Pessey JJ. A three-dimensional facial
tient, difficile pour la praticien et présentant par- reconstruction of computerized tomography images by
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EMC-Dentisterie 1 (2004) 284–311
www.elsevier.com/locate/emcden
MOTS CLÉS Résumé Les alliages dentaires sont utilisés dans toutes les disciplines odontologiques. Ils
Alliages dentaires ; peuvent constituer des dispositifs médicaux utilisables en l’état ou être mis en œuvre
Prothèses dentaires ; pour entrer dans la composition de dispositifs médicaux sur mesure. Ceux-ci sont
Métallurgie des représentés par les prothèses dentaires et les appareils d’orthodontie. La confection de
alliages dentaires ; ces dispositifs nécessite divers procédés de mise en forme des alliages dentaires tels que
Soudure des alliages
la fonderie, le frittage, l’électrodéposition et le façonnage. Tous ces procédés répondent
dentaires ;
Brasure des alliages
à des critères d’utilisation et à des impératifs de réalisation qui sont décrits ici ou dans ce
dentaires chapitre.
© 2004 Elsevier SAS. Tous droits réservés.
KEYWORDS Abstract Dental alloys are used in all odontological fields. They can constitute medical
Dental alloys; devices usable as they are or be implemented as part of medical custom-made devices
Dental prosthesis; such as dental prosthesis and orthodontic appliances. Preparation of these devices
Dental alloys requires various processes such as the foundry of the dental alloys, its sintering,
metallurgy;
electro-deposition and shaping. All these processes meet criteria and requirements which
Dental alloys welding;
Dental alloys brazing
are described in this chapter.
© 2004 Elsevier SAS. Tous droits réservés.
{
• expansion de prise
6 à 8 mm
+
Contraction de la cire • expansion hygroscopique
+ = Expansion du revêtement +
Contraction de l’alliage • expansion thermique
+
1
• expansion de la cire
A B
a
c Cerclages
Pour permettre la coulée du revêtement à l’état
liquide, il faut avoir recours à un moule qui lui
b
conférera sa forme. Le cerclage peut être métalli-
que ou plastique.
Certains revêtements (principalement ceux à
forte teneur en cristobalite) ne supportent pas
d’être chauffés sans cerclage métallique sous peine
de se fendre lors de la chauffe. La présence de cet
anneau induit automatiquement un effet inhibiteur
a sur le revêtement réfractaire lors de ses différentes
expansions, surtout lors de l’expansion de prise,
Figure 4 Système d’alimentation en barre courbée en C avec
malgré la présence de la bande compensatrice
une orientation de la courbure parallèle au plan vertical. Ceci
détermine une inclinaison des cires vers la résultante des forces. d’expansion qui ne résout que partiellement le
a. Plan vertical ; b. centre thermique dans le plan horizontal ; c. problème.
résultante des forces ; d. axe central thermique ; e. sens de A contrario, la plupart des revêtements moder-
rotation du cylindre. nes à liant phosphate possèdent une remarquable
résistance aux chocs thermiques, ce qui permet la
placés au niveau des canaux d’alimentation et des coulée sans cerclage métallique. Ils possèdent aussi
connexions de bridges. une expansion de prise très importante, qui oblige à
laisser cette expansion se faire librement dans tou-
Mise en revêtement2,3,5,6 tes les directions, afin de ne provoquer aucune
déformation de la maquette en cire. La désinser-
Volume de revêtement tion du moule réfractaire doit être effectuée dès
Le volume et la forme de la masse réfractaire que le revêtement a atteint une viscosité suffisante
enrobant la maquette à couler jouent un rôle pré- pour ne pas être déformé.
pondérant dans la chauffe et le refroidissement de
l’ensemble. Nous savons qu’un alliage solidifié rapi- Nature du revêtement
dement présente de meilleures propriétés mécani- Pour la fabrication de prothèses selon le procédé de
ques. Il est donc logique d’éviter une masse réfrac- coulée à la cire perdue, les masses d’enrobage
288 P. Rocher et al.
doivent être adaptées aux compositions et aux pro- est de 750 °C. Au-dessus de 750 °C, en présence de
priétés des différents alliages dentaires. Les masses carbone (issu de la maquette en cire), le plâtre
d’enrobage se composent d’un matériau réfrac- commence à se décomposer en dégageant du sou-
taire, la silice, d’un liant et d’autres produits chi- fre. Celui-ci contaminerait l’alliage d’or et fragili-
miques. Les variétés de silice les plus utilisées sont serait la pièce coulée. D’autre part, les résidus de
le quartz et la cristobalite. Le liant est un hémihy- carbone peuvent réduire la porosité du moule et
drate de sulfate de calcium, un phosphate d’ammo- provoquer ainsi, au moment de la coulée de l’al-
nium ou un silicate colloïdal. liage, une contre-pression due à une mauvaise éva-
Un bon revêtement doit posséder les propriétés cuation des gaz, avec pour conséquence des man-
suivantes : ques ou la présence de porosités dans la coulée.
• avoir un temps de travail suffisant (environ
4 minutes) ; Revêtements à liant phosphate
• avoir un temps de durcissement ni trop long ni En raison de la décomposition du plâtre au-dessus
trop court (environ 3 minutes) ; de 750 °C, les alliages qui nécessitent une tempé-
• être dur et solide ; rature de fusion élevée (alliages précieux pour cé-
• présenter un état de surface aussi lisse que ramique, alliages non précieux) sont coulés dans
possible sur l’objet de moulage ; des moules constitués de revêtement à liant phos-
• ne pas se décomposer lors du préchauffage et phate. La constitution de ces masses d’enrobage
du coulage ; est semblable aux masses à liant plâtre (cf. ci-
• son comportement à l’expansion doit pouvoir dessus). Elles sont également constituées d’un ma-
être contrôlé. tériau réfractaire, la silice, et d’un liant. Celui-ci
Trois mécanismes d’expansion sont exploités lors est un mélange d’oxyde de magnésium et de phos-
des processus de durcissement et de préchauffage phate d’ammonium. Après la cristallisation du
des masses d’enrobage : phosphate d’ammonium-magnésium, la masse
• l’expansion de durcissement ; d’enrobage se renforce et durcit complètement.
• l’expansion hygroscopique ; Pendant le renforcement de la masse d’enrobage,
• l’expansion thermique. apparaît l’expansion de durcissement. Elle varie en
L’expansion de durcissement est une expansion fonction du rapport poudre/liquide.
volumique qui a lieu pendant la prise de la masse Ces revêtements sont employés aussi bien pour
d’enrobage à l’air. la coulée d’alliages précieux pour céramique que
L’expansion hygroscopique a lieu lors du durcis- pour les alliages précieux conventionnels.
sement en présence d’eau en excès. Elle n’est
possible que pour les revêtements à liant hémihy- Revêtements à liant silicique
drate de sulfate de calcium. L’eau présente en Ces revêtements se composent de poudre de silice
excès provoque une expansion maximale lors de la à laquelle on ajoute comme liant des silicates col-
prise. loïdaux. Les masses d’enrobage durcissent égale-
L’expansion thermique est l’augmentation de ment à température ambiante et sont ensuite
volume de la masse d’enrobage au cours de la chauffées lentement à la température de préchauf-
montée en température lors de la préchauffe. fage du cylindre. Les silicates se transforment alors
en silice et forment des masses solides et compac-
Revêtement à liant plâtre (hémihydrate de sulfate tes. Actuellement, ces revêtements ne sont em-
de calcium) ployés que rarement, car leur temps de durcisse-
Dans le cas des masses d’enrobage à liant plâtre, il ment est bien plus long que celui des revêtements à
s’agit d’un mélange de variétés de silice, de liant liant plâtre ou phosphate.
hémihydrate de sulfate de calcium (CaSO4
1/2 H2O). Pendant la prise, la silice se place entre Mise en œuvre
les cristaux de plâtre en formation, entraînant une Après avoir mélangé manuellement la poudre avec
expansion de durcissement. Lors du chauffage, le son liquide, la spatulation est terminée mécanique-
revêtement se dilate. L’expansion thermique varie ment sous vide afin d’éliminer les bulles d’air. Il
avec l’augmentation de la température et selon la convient ensuite de laisser reposer le mélange
variété de silice. La cristobalite entraîne une ex- quelques secondes sous pression atmosphérique
pansion plus importante que le quartz. afin de le « détendre » et lui permettre d’évacuer
Ces revêtements sont utilisés avec des alliages les gaz formés par la réaction chimique. Puis la
de coulée à faible température comme les alliages maquette en cire (éventuellement badigeonnée
base or dont le liquidus se situe vers 1 000 °C. La d’un agent mouillant) est badigeonnée délicate-
température de préchauffage maximale du cylindre ment de revêtement à l’aide d’un pinceau, avec un
Travail des alliages dentaires 289
minimum de vibrations. Après quoi, le coffrage est plus récents comme la fonte par effet Joule ou par
mis en place et rempli jusqu’à recouvrir la ma- induction. Elles ont toutes leurs particularités.
quette avec une épaisseur de 1 cm environ, si L’utilisation d’une de ces techniques influence
possible sans faire vibrer l’ensemble, car les vibra- aussi le choix du matériau constituant le creuset.
tions sont génératrices de bulles d’air. Les revête-
ments modernes sont suffisamment de basse visco- Procédés de fusion
sité pour le permettre. Les alliages précieux et non précieux, hormis le
Au moment de la prise du revêtement, il se titane, peuvent être fondus avec de nombreux pro-
forme un « glacis » de surface qui rend la couche cédés.
superficielle imperméable. Ce glacis s’explique par
la sédimentation des particules lourdes, ne laissant Fusion à la flamme
que les particules fines en surface. Pour faciliter La fusion des alliages s’effectue au moyen d’un
l’échappement des gaz, il est recommandé d’élimi- chalumeau alimenté avec un mélange gazeux de
ner cette couche superficielle au taille-plâtre avant propane et d’air, de gaz naturel et d’air, ou d’acé-
d’insérer le moule réfractaire dans le four de tylène et d’oxygène.
chauffe. Ce procédé de fusion peut conduire à un chauf-
fage incontrôlé et irrégulier, et à une surchauffe de
Élimination de la cire l’alliage. D’autre part, le réglage du chalumeau est
Si la cire est calcinée dans le moule au moment de un facteur essentiel pour, d’une part protéger la
la chauffe, la majeure partie de cette cire charge de l’oxygène de l’air et, d’autre part, pour
s’écoule, mais une fraction de celle-ci imbibe les empêcher l’absorption d’hydrogène. La qualité de
parois du revêtement avant d’être calcinée en y ce réglage dépend de l’expérience du prothésiste.
laissant des résidus de carbone. Ces résidus ne Une absorption d’oxygène ou d’hydrogène de la
peuvent pas être éliminés. part de l’alliage peut provoquer sa porosité.
Pour pallier cet inconvénient, il existe différen- Lors de la fusion à la flamme oxypropane, il faut
tes méthodes pour éliminer les cires des moules prendre soin d’éviter un excès de gaz ou d’oxygène
réfractaires avant leur mise au four, comme plon- et de fondre de l’alliage en utilisant la zone réduc-
ger le cylindre dans de l’eau bouillante, chauffer le trice de la flamme (Fig. 6). Il est recommandé de
cylindre dans le four de chauffe puis chasser la cire régler la pression du propane à 0,5 bar et l’oxygène
liquide par la force centrifuge, ou enfin utiliser la de 1,5 à 2 bar. Les alliages de métaux précieux ne
vapeur d’eau. doivent pas être fondus avec flamme oxyacétyléni-
que car la température de cette flamme est trop
Chauffe des moules réfractaires élevée. D’autre part, il y a risque d’absorption
d’hydrogène ou de carbone par l’alliage. La fusion à
La température de préchauffage du bloc réfractaire
la flamme ne peut pas être utilisée pour le titane
est en relation avec l’intervalle de fusion des allia-
car elle entraînerait sa contamination.
ges à couler. En ce qui concerne les alliages pré-
cieux à basse fusion destinés aux inlays, inlays-
Fusion par chauffage à effet Joule
core, couronnes, petits bridges et métallo-
La température de coulée est produite par une
céramiques basse fusion, leur intervalle de fusion
résistance chauffée par le passage du courant.
se situe entre 800 et 1 000 °C. Leur température de
préchauffage conseillée est de 650 à 700 °C.
Les alliages précieux destinés à la technique
céramométallique ou les alliages non précieux
nickel-chrome, dont l’intervalle de fusion est situé
entre 1 050 et 1 350 °C, doivent impérativement 1
être coulés dans des revêtements à liant phosphate 2
préchauffés entre 780 et 820 °C. Les inlays et
inlays-core en particulier doivent être coulés dans 3
un revêtement sans expansion hygroscopique.
Actuellement, plusieurs méthodes sont utilisées Figure 6 Réglage de la flamme. L’alliage doit être fondu dans la
pour fondre les alliages avant leur coulée, de la plus zone réductrice de la flamme (figure Cendres et Métaux). 1.
ancienne au chalumeau, aux systèmes électriques Zone réductrice ; 2. zone neutre ; 3. zone oxydante.
290 P. Rocher et al.
L’avantage de cette technique par rapport à la Creuset en graphite avec cupule intérieure
précédente consiste en la possibilité de régler la en céramique
température de coulée et de la maintenir par un L’échauffement avec un tel dispositif est plus ra-
thermostat pour chaque alliage. Celui-ci est donc pide et efficace car l’effet inductif se produit cor-
coulé exactement à sa température de fusion. Une rectement dans le graphite. L’alliage est alors
surchauffe ou une sous-chauffe incontrôlées, et chauffé indirectement par le rayonnement du gra-
donc une dégradation de l’alliage, sont dans une phite incandescent. Cette technique avec une
large mesure éliminées. fronde de faible puissance est meilleure, mais né-
cessite cependant une grande habitude pour déter-
Fusion par chauffage à induction miner si la température idéale de coulée est at-
teinte. Là encore, une pellicule solidifiée de métal
Le four électrique par induction est un transforma-
non coulée reste dans le creuset et le métal n’est
teur dont la bobine primaire est excitée par un
pas protégé par une action réductrice du milieu.
courant alternatif et qui produit un champ magné-
tique variable dans le creuset où l’on doit fondre
Creuset en graphite
l’alliage. Le courant haute fréquence induit provo-
L’échauffement avec un tel dispositif est rapide et
que la fusion de l’alliage. Les masses d’alliages, présente l’avantage de protéger l’alliage pendant
comme celles qui sont nécessaires pour les coulées la fusion par l’action réductrice du gaz carbonique.
dentaires, peuvent être amenées en 1 minute à la Cette technique ne convient pas très bien aux allia-
température de fusion par ce procédé. L’instant où ges précieux palladiés à haute teneur en métaux de
la charge doit être versée est déterminé à vue ou au la mine de platine. Il est essentiel de ne pas sur-
moyen d’un capteur de rayonnement qui doit être chauffer l’alliage ni de le maintenir trop longtemps
régulièrement nettoyé et étalonné pour éviter une à haute température afin d’éviter une contamina-
dérive. tion par le graphite ou une absorption de gaz pen-
dant la fusion. Le graphite se désagrégeant rapide-
Fusion par chauffage à l’arc électrique ment à haute température dans l’air, il est
L’arc électrique en courant continu est produit nécessaire de renouveler régulièrement les creu-
entre deux électrodes constituées l’une par l’al- sets.
liage, l’autre par une électrode en tungstène re-
froidie à l’eau. Les températures dans l’arc électri- Creuset en graphite vitrifié
que sont de plus de 4 000 °C. L’alliage fond très Cette technique est certainement la meilleure car
rapidement en raison des hautes températures de le graphite vitrifié se désagrège beaucoup moins
l’arc électrique. Le danger de surchauffe de l’al- rapidement et déploie une action protectrice effi-
liage est très grand par ce procédé. Une surchauffe cace sans risquer une dégradation de l’alliage en
de quelques secondes de la charge suffit à endom- fusion. C’est en utilisant ces creusets pour les allia-
mager l’alliage en raison d’un apport excessif. ges à haute teneur en métaux précieux que l’on
obtient la meilleure régularité des résultats pour la
Matériaux du creuset technique de fonte par induction.
En général, un matériau qui n’entre pas en réaction
Creuset en cuivre
et qui n’endommage pas l’alliage doit être utilisé
Pour le titane, un creuset en cuivre refroidi par une
comme matériau de creuset.
circulation d’eau peut aussi être utilisé. La fusion
se fait dans un four électrique à arc sous vide.
Creuset en céramique
Dans le cas de fusion en creuset céramique avec Coulée des alliages3,10,11
une fronde à induction de faible puissance, il n’est
pas possible d’atteindre rapidement la tempéra- Seules des forces agissant sur la masse en fusion,
ture de coulée lorsque la masse à couler est petite. lors de la coulée centrifuge ou de la coulée sous
Le couplage inductif faible exige un long temps pression/dépression, assurent un écoulement com-
d’échauffement qui peut nuire à l’alliage et, en plet dans le moule.
conséquence, déclencher la coulée à une tempéra-
ture non idéale. Il reste toujours une pellicule Coulée par centrifugation
solidifiée de métal non coulée dans le creuset. Dans la technique de coulée par centrifugation, la
Cette pellicule de métal est polluée par le creuset. masse en fusion d’alliage est propulsée dans un
L’inconvénient de ce type de creusets réside dans moule tournant autour d’un axe, ce qui produit, par
le fait que l’alliage n’est pas protégé par une action la force centrifuge, l’écoulement de la charge jus-
réductrice du milieu. que dans les parties les plus fines du moule (Fig. 7).
Travail des alliages dentaires 291
Système de fonte
La fusion se fait avec un système électrique, sou-
vent par effet Joule ou par induction, mais aussi par
arc électrique pour la fonte du titane. La fonte des
alliages non précieux peut être protégée par un flux
de gaz neutre pour empêcher l’oxydation du métal.
R Il n’est pas nécessaire de mettre autant d’alliage
Zi
que pour une coulée conventionnelle. Le poids
Cylindre
nécessaire à la coulée de la pièce prothétique, de
la nourrice et des tiges de coulée est suffisant. Il est
Four inutile d’avoir une masselotte importante puisque
la poussée de l’alliage se fait par pression/
dépression de gaz.
Déroulement de la coulée
Lorsque l’alliage a atteint la température de fusion
Contrepoids
préréglée, le cylindre est positionné sur le creuset.
La cuve est ensuite fermée et mise sous vide.
Quand le vide souhaité est atteint, la cuve est
basculée ou l’obturateur est ouvert selon le type de
Figure 7 Représentation schématique de la coulée par centrifu- machine. La masse d’alliage en fusion s’écoule de
gation (figure Hereaus Kulzer). son propre poids dans le moule, la pression
surmonte la tension superficielle et provoque le
La force centrifuge accélère par à-coups la remplissage complet. Le remplissage des cylindres
charge par à-coups qui est injectée jusque dans les par un alliage pénétrant sans brutalité évite tout
parties les plus fines du moule. La force centrifuge écrasement et déformation des revêtements par
est augmentée par une plus grande quantité d’al- l’absence d’impact. Après la fin du processus de
liage. C’est pourquoi on utilise toujours pour la durcissement, la cuve est automatiquement dé-
coulée par centrifugation une quantité d’alliage pressurisée et le cylindre contenant le moulage
relativement plus grande que celle de la pièce à terminé est retiré de la cuve (Fig. 8).
couler. L’accélération nécessaire est de 200 G pour
le titane et de 70 à 80 G pour les autres alliages. Manipulations après de la fronde1
Air
comprimé
Air
CO2
CO
Pompe
vide
liage pour obtenir une structure homogène ; après coulée. Effectuer les coulées à partir de
ces traitements comprennent l’homogénéisa- plots d’alliage métallurgiquement stables rend
tion et le recuit ; pratiquement impossible la présence de ce défaut
• les traitements thermiques orientés vers les dans les pièces prothétiques coulées. En revan-
applications, pour créer des structures le plus che, la réaction avec l’oxygène des alliages non
souvent hors d’équilibre et qui permettent précieux implique un appauvrissement en chrome
d’améliorer la résistance à la déformation, au dans les prothèses coulées ainsi que dans les mas-
choc, à l’usure, à l’abrasion ; ces traitements selottes récupérées, d’où une composition de la
comprennent la trempe, le revenu, le durcisse- pièce différente de celle du plot d’alliage de
ment structural. départ.
Se pose alors la question de la réutilisation des
Défauts de coulée3,12,13,14 masselottes après coulée. Quel que soit l’alliage
étudié (nickel-chrome ou cobalt-chrome), plus l’al-
Tous les matériaux présentent à l’état liquide un liage est régénéré, plus la coulée présente de poro-
volume supérieur à celui qu’ils ont à l’état solide. sités, et plus les propriétés mécaniques et les ca-
Cela est dû au rapprochement des molécules lors ractéristiques microstructurales diminuent.
du passage de l’état liquide à l’état solide. Ceci
est particulièrement vrai lors de la cristallisation Défauts dus à la contraction
des alliages pendant leur solidification dans le La contraction volumique est un phénomène qui
cylindre de coulée. Après injection de l’alliage apparaît lors du refroidissement des alliages (sauf
liquide dans le cylindre, on obtient immanquable- pour quelques rares alliages). Elle ne poserait pas
ment au démoulage une pièce qui présente des de problème si la contraction de l’alliage était
défauts. constamment compensée par un apport de nouvel
alliage (Fig. 9). En pratique, cela est impossible,
Types de défauts l’alliage refroidit dans la totalité du moule aussi
Plusieurs types de défauts existent. Ceux en rap- bien au niveau de la pièce prothétique que des
port avec la contraction de l’alliage sont les plus masselottes, des canaux et des tiges de coulée,
importants. La préparation de la mise en revête- entraînant des défauts (Fig. 10, 11). Le déficit
ment permet de les minimiser. volumique apparaissant est provoqué par trois
contractions différentes :
Hétérogénéités chimiques • la contraction liquide, qui est la contraction en
Elles représentent des différences de composition volume de la charge pendant le processus de
chimique au sein de la pièce prothétique obtenue refroidissement dans le domaine de tempéra-
Travail des alliages dentaires 293
t1 t1
t2 t2
t3 t3
t4 t4
D
Contraction
liquide
C
Volumes spécifiques (cm3g-1)
Contraction de
durcissement
Déficit
volumique
B
Contraction
solide
A Figure 14 Inclusions solides dues à une utilisation prématurée
du revêtement (photo Cendres et Métaux).
Figure 15 Fracture d’un alliage palladié démoulé à chaud à Métallurgie des poudres
l’aide d’un marteau (photo Cendres et Métaux).
microparticules, dans un réservoir où il est refroidi Après refroidissement, l’élément dégagé révèle
par une brumisation d’eau. une couleur or naturelle, il est nettoyé à l’eau et
La solidification instantanée de l’or en fusion aux ultrasons et ne doit présenter aucun défaut.
provoquée par le gaz azoté (l’atomisation) le fige
en microsphères stables au niveau de leurs formes Cuisson de la céramique
et leurs dimensions. L’or pur sintérisé peut être recouvert par toutes les
Après séchage et tamisage, les particules d’or céramiques compatibles avec les alliages dont le
sont mélangées à un liant organique et compressées CDT est compris entre 13,8 et 15,2 10–6/ °C à
dans un moule qui restitue une feuille d’une épais- 600 °C.
seur de 0,35 mm, souple et manipulable comme Aucun liant n’est nécessaire puisque l’accro-
une feuille de cire. chage est assuré par l’aspect rétentif de la surface.
La structure à « microsphères » dont est doté le
matériau favorise un empilement particulièrement
dense qui lui donne une précision d’adaptation Électrodéposition
remarquable après sintérisation.
Ce processus s’effectue sous atmosphère dans un Principe16
four à céramique conventionnel et ne demande
donc aucun matériel spécifique.
L’électrodéposition consiste à déposer une couche
Au début de la sintérisation, les sphères se lient
de métal par l’action du courant électrique dans un
entre elles par des petits ponts. Sous l’action de la
bain électrolytique nommé aussi solvant. Le dupli-
chaleur, les liaisons deviennent plus franches pour
cata conducteur du modèle positif est placé en
atteindre une structure homogène tout en conser-
cathode (pôle négatif). Un régulateur permet de
vant une surface rugueuse, propice à l’accrochage
doser l’intensité de courant circulant entre l’anode
micromécanique de la céramique.
(pôle positif) et le duplicata.
Modelage de la cupule Le bain est chargé de molécules de sels d’or qui,
Après avoir apposé les couches d’espaceur et isolé sous l’effet du courant, se décomposent en deux
le die de façon habituelle, la feuille de pâte métal- ions. II existe des ions positifs (cations), ici l’or
lique prélevée est appliquée sur celui-ci en sorte (Au+), qui se déposent sur le modèle dupliqué et des
que la jonction soit située sur la face palatine. ions négatifs (anions) qui se déposent sur l’anode
La jonction des bords est réalisée avec une spa- (Fig. 18).
tule légèrement chauffée. La cupule est ensuite Dès la mise sous tension, les ions négatifs mi-
brunie délicatement pour appliquer uniformément grent vers l’anode et les ions positifs (Au+) migrent
la feuille sur les parois du die. Sa forme définitive vers le modèle dupliqué, où ils récupèrent les élec-
est réalisée par petits apports successifs de matière trons manquants et se transforment en or stabilisé.
à chaque fois soudés à la masse déjà présente avec Ce mécanisme appelé galvanisation crée un dépôt
une spatule tiède. métallique uniforme qui prend ensuite la forme
d’une chape régulière dont l’épaisseur est fonction
Enrobage du temps et de l’intensité du courant.
La chape ainsi préparée peut être enrobée dans le
matériau réfractaire approprié mélangé à de l’acé- Cathode (-)
tone pur. La première étape consiste à enduire
l’extrados et à retourner l’ensemble pour noyer la
cupule jusqu’aux limites cervicales dans un dôme
de revêtement préalablement préparé sur un sup-
Anode (+)
Anode (+)
Préparation du duplicata
Après avoir contrôlé la qualité du duplicata, un
petit orifice de quelques millimètres de profondeur
est percé à l’aide d’une fraise cylindrique à quel-
ques millimètres au-dessous de la limite cervicale.
Une tige de cuivre est insérée dans cet orifice.
Une goutte de colle placée à son extrémité assure
le contact électrique. Ensuite, l’ensemble de la
préparation est recouverte au pinceau d’une fine
couche de solution d’argent. Une zone oubliée ou
une arête insuffisamment recouverte peut avoir Figure 21 Mise en place des duplicatas préparés dans le système
pour conséquence un trou une fois la chape finie et d’électrodéposition (photo Hereaus Kulzer).
298 P. Rocher et al.
Étude de la liaison
La liaison par brasage est réalisée par la création
localisée d’un nouvel alliage : il y a diffusion entre
le métal liquide et le métal solide de base. Dans un
premier temps, le mouillage permet un rapproche-
ment étroit entre les atomes qui échangent des
électrons périphériques. L’élévation de tempéra-
ture favorise le mouvement des atomes qui vont
ainsi former un nouveau composé de liaison par
dissolution : c’est le phénomène de diffusion. Cela
aboutit à la formation de zones caractéristiques : la
zone médiane et la zone interfaciale.
L’importance relative de ces couches varie en
fonction : Figure 24 Formation de porosités de rétraction dans le métal
d’apport en raison d’un interstice de brasage trop important
• de l’épaisseur du joint ;
(photo Cendres et Métaux).
• de la température de brasage ;
• du temps de maintien à cette température. Aspect de la brasure. La brasure doit s’assortir
aux parties à braser. Quand la technique de brasage
Caractéristiques des brasures dentaires est correcte, le joint, après polissage, doit demeu-
L’intervalle de fusion de la brasure doit être infé- rer invisible.
rieur à celui des parties à braser, en général de Résistance à la ternissure et à la corrosion et
100 °C. Il est réglé par la composition de la brasure biocompatibilité. La brasure peut être soumise à
elle-même. plusieurs types de corrosion, notamment à haute
La composition des brasures doit être telle qu’el- température, mais également en milieu humide
les puissent s’écouler facilement après fusion. Les (cavité buccale). Pour les métaux précieux, un titre
facteurs qui conditionnent l’écoulement sont liés à en or élevé constitue une bonne prévention contre
la fluidité, à la tension superficielle et à la capacité la corrosion en milieu humide. Dans les autres cas,
de la brasure à adhérer aux pièces. Une brasure qui le choix de la brasure dépend de la nature des
adhère trop aisément risque de pénétrer le métal réalisations à effectuer : titre inférieur en prothèse
au lieu de couler le long de sa surface. À l’inverse, adjointe pour ne pas sacrifier la résistance mécani-
une brasure s’écoulant aisément « mouille » facile- que ou pour les appareils orthodontiques de nature
ment et rapidement des surfaces métalliques pro- temporaire.
pres. Elle pénètre dans les petites anfractuosités et
se concentre aux points de contact par pénétration Composition des brasures
capillaire. Deux cas de figure se présentent ; le brasage homo-
Porosités (ou piqûres). La fusion de la brasure gène ou le brasage hétérogène.
ne doit pas causer de porosité au niveau du joint. Le brasage est homogène lorsque l’alliage de
Or, il s’agit là d’un défaut fréquemment observé base et la brasure sont à base du même métal.
dans ces techniques d’assemblage. Les porosités C’est le cas des alliages précieux : les brasures
sont dues habituellement à une technique incor- d’alliages précieux sont à base d’or.
recte ou à une brasure contenant trop de métaux Le brasage est hétérogène lorsque l’alliage de
vils qui, surchauffés, se volatilisent, leurs vapeurs base et la brasure sont de nature différente. Cette
créant des piqûres. solution est souvent proposée pour les alliages non
Les porosités sont également bien souvent liées à précieux. Malgré les progrès importants pour l’éla-
la distance ou à l’espace vide séparant les deux boration de brasures à base de nickel et d’or, le
pièces à braser (Fig. 24). Si l’opération de chauf- brasage des alliages non précieux provoque une
fage est excessivement prolongée, le fondant se oxydation et, par conséquence, une corrosion qui
sature en oxydes et prend la formulation d’un verre rend le résultat aléatoire. Ainsi, pour l’assemblage
de bore, dont la viscosité l’empêche d’être re- des alliages non précieux, la méthode de soudage
poussé de la zone de jonction par la pression capil- serait préférable.
laire exercée par le métal liquide. Il subsiste alors Afin de faciliter le choix de la brasure, les fabri-
des inclusions de fondant. cants d’alliages établissent des tableaux de corres-
La résistance de la brasure doit être au moins pondance entre l’alliage de base et l’alliage d’ap-
aussi grande que celle des parties à braser. La port. Ces tableaux tiennent compte de l’écart
dureté et la résistance des brasures d’alliages d’or entre la température de brasage et la température
augmentent quand la teneur en or (titre) diminue. de solidus de l’alliage.
300 P. Rocher et al.
Cas des brasures pour alliages précieux. Les graphite (pointe de crayon au plomb) constitue
compositions de ces brasures « à l’or » sont varia- un excellent antiflux. Dans les cas de hautes
bles et elles contiennent également du platine, du températures ou de chauffages prolongés, on
palladium, mais aussi de l’argent, du cuivre, du peut employer une suspension de rouge anglais
zinc et de l’étain pour en abaisser le point de (oxyde ferrique déshydraté) ou de carbonate
fusion. Les proportions sont les suivantes : de calcium (blanc d’Espagne), en suspension
• or : de 65 à 80,9 % ; dans l’alcool. L’antifondant est appliqué sur
• argent : de 8,1 à 16,3 % ; les pièces, pour circonscrire la zone à braser,
• cuivre : de 6,8 à 16,4 % ; avant l’application du fondant sur les surfaces
• zinc : de 2,1 à 3,9 % ; à braser.
• étain : de 1,7 à 3,1 %.
Les températures de fusion peuvent varier de Manipulations. Techniques de brasage
745 à 940 °C selon la composition. Le cuivre abaisse Le brasage avec mise en revêtement a, pour prin-
la température de fusion et améliore également la cipe, une clé d’occlusion des éléments à braser
tenue de l’alliage. L’argent améliore la diffusion et réalisée sur le modèle de référence (Fig. 25). La
l’étalement de la brasure et contribue à en éclaircir surface de brasage minimale est de 6 à 8 mm2, pour
la couleur. Le zinc et l’étain abaissent la tempéra- opposer une résistance suffisante aux contraintes
ture de fusion. Le nickel peut remplacer le cuivre si de torsion et de flexion. Si un bridge doit être
sectionné, il est préférable, dans la mesure du
un alliage plus « blanc » est souhaité.
possible, d’effectuer la découpe en travers d’un
Cas des brasures pour éléments céramométal-
élément intermédiaire massif pour augmenter la
liques. Ces brasures primaires doivent résister aux
surface de brasage.
températures élevées de cuisson et glaçage des
L’ensemble est extrait avec soin de ce modèle et
porcelaines. Pour ces raisons, elles contiennent
investi dans un revêtement réfractaire (Fig. 26). La
plus de métaux précieux, et moins d’étain et de
masse de matériau réfractaire doit être aussi petite
zinc. Elles ne doivent pas non plus contenir de que possible pour éviter qu’elle n’absorbe la cha-
cuivre ou d’argent qui risquent d’entraîner des leur de la pièce à braser.
colorations verdâtres dans la porcelaine. La cire est éliminée à l’eau bouillante. Le revê-
Cas des brasures dites « à l’argent ». Elles tement est chauffé et les éléments à braser portés
contiennent en général de 10 à 80 % d’argent, de à température de fusion avec une flamme air-gaz.
15 à 50 % de cuivre, de 4 à 35 % de zinc et, en faibles La brasure est alors effectuée.
quantités, du cadmium, de l’étain et du phosphore Une appréciation correcte de la distance qui doit
pour abaisser la température de fusion. séparer les éléments à braser est importante pour
empêcher les éventuelles déformations.
Fondants et antifondants (ou flux et antiflux) Cette distance est liée à trois facteurs :
• Borax : c’est le fondant habituellement em- • la dilatation thermique du revêtement pen-
ployé pour les brasures pour alliages précieux. dant le chauffage ;
Il est obtenu à partir de borax déshydraté • la dilatation thermique des pièces d’alliage ;
(Na2B4O7), d’acide borique (H3BO3) et de silice • le retrait de la brasure pendant sa solidifica-
(SiO2). Le borax en fusion est un excellent tion.
désoxydant de surface, permettant ainsi un Au plan pratique, il convient donc de veiller à ce
meilleur étalement de la brasure. Il peut être que les parties à braser ne soient pas en contact
utilisé sous forme de poudre, de pâte, de sus-
pension dans de l’alcool. Le fondant est appli-
qué avant la brasure. Appliqué en excès, il
peut entraîner une brasure poreuse.
• Fondant à base de fluorures : ils sont utilisés
pour les alliages contenant du chrome. Les
fluorures sont, en effet, les seuls à pouvoir
dissoudre convenablement les oxydes de
chrome. La composition de ces flux est en
général à base de fluorures de potassium,
d’acide borique, de borax minéral, de carbona-
tes de sodium et de silice.
• Antifondant : il permet de limiter l’écoule-
ment de la brasure et de la confiner précisé- Figure 25 Clé d’occlusion prise sur le modèle de référence
ment dans la zone où elle est souhaitée. Le (photo Cendres et Métaux).
Travail des alliages dentaires 301
avant que le chauffage du revêtement n’inter- affaiblissent la résistance de la liaison. Elles peu-
vienne. Un espace de l’ordre 0,05 à 0,20 mm paraît vent également être responsables de la formation
idéal pour favoriser l’aspiration par capillarité de la de bulles lors de la cuisson de la céramique.
brasure dans la séparation (Fig. 27). Si l’espace est Il ne faut pas enfouir trop profondément dans le
plus large, il faut y introduire un morceau d’alliage revêtement les pièces à braser, afin de laisser
de base pour le réduire. Une épaisseur irrégulière accéder la partie chaude de la flamme au point de
de brasure favorise la formation de porosités qui métal qui doit être le plus chaud.
Pour le brasage proprement dit, le bloc revê-
tement/pièces à braser peut, soit être chauffé
directement à la flamme, soit être soumis à un
préchauffage qui permet d’éviter les risques de
fragilisation ou de fissuration du revêtement pen-
dant les opérations de brasage. Le préchauffage
sert également à déshydrater le revêtement et à
limiter son expansion thermique.
Le chauffage excessif d’un revêtement peut en-
traîner une contamination sulfurée de l’alliage et
de la brasure.
Après cette première période de chauffage, le
fondant est étalé, uniquement sur l’emplacement
où sera déposée la brasure.
Le chauffage des pièces à braser est alors repris
Figure 26 La pièce prothétique est investie dans un revêtement graduellement avec une flamme réductrice jusqu’à
réfractaire (photo Cendres et Métaux).
ce que le fondant coule. La température est ensuite
amenée à la température de brasage.
La brasure est alors déposée. La flamme du
chalumeau est dirigée depuis le côté opposé à
l’apport de la brasure pour que celle-ci soit aspirée
vers la partie chaude et remplisse parfaitement
l’espace à braser. Si l’opération est convenable-
ment menée, la brasure doit s’écouler spontané-
ment et uniformément (Fig. 28). Si la brasure ne
coule pas immédiatement et régulièrement, il est
préférable d’interrompre aussitôt l’opération.
Il faut dégager au plus tôt la pièce métallique du
matériau réfractaire pour accélérer son refroidisse-
ment, sans la plonger dans l’eau et la laisser refroi-
Largeur de joint (0,05-0,2 mm) dir jusqu’à température ambiante.
Après brasage, le flux, en refroidissant, peut
Joint laisser une pellicule vitreuse. Ce dépôt est facile-
ment éliminé par sablage.
traduire également par des pigmentations gin- tenu de la température très élevée obtenue locale-
givales. L’imperfection des jonctions à certains ment, de sa diffusion et du changement d’état qui
points de soudure peut entraîner des risques de s’ensuit, les deux surfaces, ayant atteint la fusion
corrosion localisée par crevasses en milieux complète, entrent en contact intime, se mélangent
occlus ou confinés par installation d’une aéra- et forment une soudure parfaite après solidifica-
tion différentielle, à laquelle les aciers sont tion.
particulièrement sensibles. Le travail est contrôlé visuellement sous un sté-
réomicroscope à un grossissement × 25 permettant
Soudure au laser une précision de l’ordre du demi millimètre.
Cette technique semble pouvoir se présenter ac- Les soudeuses au laser sont compactes et doivent
tuellement comme une solution de remplacement être équipées d’un système de captage intégré de
potentielle des procédés de soudage classiquement façon à ne pas émettre de gaz ou de poussières
utilisés en odontologie. dangereux. Elles fonctionnent sur le voltage stan-
dard du secteur. Il est nécessaire de relier l’unité à
Mode de fonctionnement une bonbonne de gaz protecteur argon amené par
La soudeuse au laser est composée d’un dispositif un conduit sur la zone de travail afin d’éliminer
laser (light amplification by stimulated emission of l’oxygène et prévenir ainsi la formation d’oxydes
radiation, amplification de la lumière par émission pendant l’opération de soudage, ce qui est essen-
stimulée de radiations), de composants optiques tiel lorsque l’on soude du titane et du chrome.
pour guider le faisceau et d’une zone de travail
pour permettre la manipulation et le positionne- Applications
ment de la pièce à souder (Fig. 30). Les trois principales applications d’une soudeuse
Le laser produit une onde lumineuse cohérente laser sont les suivantes :
d’intensité élevée qu’il est possible de concentrer • connecter deux composants ;
en des points précis. En choisissant la durée d’émis- • effectuer des ajouts de matériau (par exem-
sion et l’intensité adéquates, la fusion de métaux ple, combler un défaut, rajouter un contact) ;
peut être obtenue sur des zones extrêmement peti- • rectifier les distorsions de bridges (déformer,
tes, sans risquer la propagation de modifications ajuster).
microstructurales alentour. Dans la technique de Cette dernière rectification est possible car la
soudage au laser, le rayon est focalisé au niveau de soudure liquéfie le métal et, au moment de la
la jonction des deux pièces, de façon à faire fondre solidification, il se produit une petite rétraction qui
simultanément les deux surfaces opposées. Compte réduit la largeur du raccord et tire légèrement les
composants (phénomène connu sous le terme de
gauchissement).
La force d’un faisceau laser est déterminée par
trois paramètres :
• la puissance du faisceau, mesurée en kW et
réglable ;
• le foyer correspondant au diamètre du fais-
ceau, qui peut également être réglé ; un dia-
mètre inférieur produit un faisceau plus puis-
sant ; le faisceau émis par la soudeuse au laser
n’est pas constant, il est pulsé ;
• la durée de l’impulsion, qui peut être allongée
pour accroître le volume mélangé et le temps
de solidification ; le rythme de répétition de
l’impulsion (nombre d’impulsions par seconde)
peut aussi être modulé.
Critères de réussite
Pour une soudure solide et de qualité, il est impor-
tant d’adapter les paramètres à l’alliage. Le fais-
ceau laser doit pénétrer les trois quarts de la zone à
souder. Une soudure trop solide constitue un noyau
affaibli et une soudure insuffisamment forte soude
Figure 30 Soudeuse laser (photo Hereaus Kulzer). seulement partiellement la zone, constituant un
306 P. Rocher et al.
Exemple d’application
Un des risques lors de la coulée des alliages est
d’avoir une contraction incontrôlée qui est suscep-
tible d’entraîner des défauts (cf. ci-dessus).
Ceux-ci peuvent se traduire, pour une armature de
bridge de grande portée, par de légères distorsions
qui empêchent son ajustage passif. Pour remédier Figure 31 Possibilité d’apporter un même alliage pour parfaire
un point de contact (photo Hereaus Kulzer).
au problème, le technicien de laboratoire est alors
obligé de le couper puis de resolidariser les mor-
ceaux. Cela peut être fait par brasage ou soudure
laser.
Il est nécessaire de disposer d’une large zone de
contact entre les deux segments lorsqu’ils sont
replacés sur le modèle avant de commencer à sou-
der.
Pour réussir une soudure, il est nécessaire de
comprendre comment l’armature se gauchira en
fonction de l’emplacement et de la façon dont le
faisceau laser sera appliqué. Il est important de
suivre un ordre de soudage de façon à prévenir le
gauchissement. Il faut diviser la zone à souder en
quatre secteurs. Ceux-ci doivent être soudés dans
l’ordre : un quart, ensuite son quart opposé sur la
diagonale, avec le même nombre de soudures pour
chaque secteur. Pour terminer, il faut sceller les
intervalles entre les points de soudure. Pour s’assu-
rer qu’aucune distorsion ne s’est produite, l’ajus-
tage peut être vérifié sur le modèle.
Figure 32 Possibilité de souder des alliages non précieux avec
ou sans apport d’alliage (photo Hereaus Kulzer).
Avantages de la soudure laser
• Réalisation de soudures plutôt que de brasu- • Soudage d’alliages non précieux : alors que le
res : le principal intérêt de cette technique est brasage d’alliages non précieux pose encore de
de s’affranchir de l’introduction d’un alliage nombreux problèmes (oxydation et utilisation
différent dans la réalisation prothétique. Bien de brasure de composition très éloignée de
que les brasures soient adaptées aux alliages, celle de l’alliage de base), la soudure laser
elles présentent toujours une hétérogénéité donne de bons résultats sur ces alliages
avec l’alliage de base qui peut engendrer des (Fig. 32).
problèmes de corrosion ou de biocompatibilité. • Gain de temps : si la distorsion est mineure, il
• Apport d’un métal identique : les porosités, les est possible de ne pas scinder le bridge. La
manques de coulée, les défauts, les points de distorsion d’un bridge peut être corrigée en
contact manquants, peuvent être retouchés appliquant quelques soudures stratégiquement
avec une soudeuse laser en apportant de l’al- placées. L’ajustage peut être contrôlé sur le
liage pour combler les manques (Fig. 31). modèle tout au long de la procédure. Si la
Travail des alliages dentaires 307
dur des abrasifs ; il est utilisé pour les maté- Comment s’effectuent les opérations
riaux très durs : carbures de tungstène, cobalt- de rectification et de polissage en pratique
chrome-molybdène ; odontologique ?
• le tripoli, poudre à polir fine à base de silice La finition et le polissage prothétique sont effec-
noyée dans un liant à base de cire ; tués habituellement selon une chronologie bien
• le rouge anglais, composé d’oxyde de fer établie.
(Fe2O3), commercialisé également sous forme La première séquence est à assimiler à une rec-
de « pains » ; tification, procédé mécanique à l’outil-meule qui
• l’oxyde de chrome, souvent employé comme améliore surtout la géométrie de la surface.
agent de polissage, particulièrement pour les Elle correspond à l’utilisation d’un abrasif de
aciers inoxydables. forte granulométrie qui supprime les rugosités.
L’état de surface obtenu dépend de la grosseur Des défauts microgéométriques demeurent
des grains (granulométrie). compte tenu de la granulométrie employée, de la
Ainsi, les très gros grains laissent une trace gros- structure de la meule ainsi que de la nature du
sière, les grains moyens une rugosité nettement métal façonné (Fig. 36).
visible, les grains fins un très bon fini et les poudres L’élimination de ces rugosités et des altérations
(no 600) permettent d’obtenir un poli miroir. mécaniques de surface consécutives à la rectifica-
Les dimensions sont respectivement : tion est alors assurée par l’opération de superfini-
• 46 lm pour no 240 ; tion au moyen d’instruments rotatifs à granulomé-
• 36 lm pour no 280 ; trie de plus en plus fine.
• 28 lm pour no 320 ; Le frottement des grains abrasifs de taille dé-
• 18 lm pour no 400 ; croissante sur l’alliage coulé est à l’origine de
• 9 lm pour no 600. rayures de moins en moins profondes, dont la taille
La dureté d’une meule caractérise la force avec diminue au cours de cette étape pour devenir mi-
laquelle l’agglomérant (ou liant) retient les grains, croscopique.
c’est-à-dire la résistance à la désagrégation de la La phase de polissage proprement dite est réali-
meule en cours de travail. La dureté de la meule est sée avec des pointes montées ou meulettes, des
donc totalement indépendante de la dureté de disques abrasifs en papier ou en caoutchouc impré-
l’abrasif. gné d’abrasifs, des fraises « à finir » et des pâtes à
Elle est exprimée en termes tendre, moyen, dur. polir, véhiculées par des brossettes rotatives.
La structure est l’indice d’espacement des grains L’ultime opération consiste à pratiquer un
(entre-cristaux) dans la masse de la meule. Elle « brillantage » grâce à du tripoli, du rouge anglais
spécifie donc la grandeur des pores. Une meulette ou des compositions dérivées utilisées avec des
présentant des pores petits est dite à structure meulettes en peau de chamois ou des peaux de
fermée, alors que lorsque les pores sont plus gros mouton.
on a une meule à structure ouverte. Pour un travail
de finition, il faut une structure fermée. Considérations techniques
Une rectifieuse et une polisseuse de précision peu-
Énergie de meulage vent obtenir un état de surface final dont l’ampli-
Le mécanisme de la rectification dépend de trois
types d’actions qui peuvent exister simultané- 3
ment : 2
1
• une action de frottement copeau-outil ;
• une action de labourage qui déforme plastique-
ment le métal ;
• une action de coupe à l’origine de la formation
du copeau.
En rectification, l’énergie de frottement repré-
sente environ 50 % de l’énergie totale. Elle est
dissipée sur la face de frottement du grain, et se
répartit dans le copeau et dans la meule. L’autre
moitié de l’énergie totale est dissipée dans le plan
de cisaillement, une partie de cette énergie diffu- A B
sant par ailleurs dans la pièce sous forme de cha- Figure 36 Structures des abrasifs agglomérés. A. Structure
leur. La quasi-totalité de l’énergie apparaît donc ouverte. B. Structure fermée. 1. Cristal ou grain ; 2. liants ; 3.
sous forme d’énergie thermique. pores.
310 P. Rocher et al.
tude des aspérités peut être inférieure à 1 lm, avec • les dépôts organiques sont essentiellement des
une tolérance dimensionnelle inférieure à 2 lm. peintures et des matières plastiques ; ces tech-
Dans le cas du polissage prothétique, les métho- niques ne sont pas utilisées en odontologie ;
des sont différentes. • les traitements par dépôt métallique en bain
La pièce à façonner est tenue à la main. Les fondu (zincage, étamage) ;
doigts de l’opérateur agissent comme des mors ; la • les projetats sur le métal de fines gouttelettes
pièce se trouve maintenue de manière élastique et d’un métal de revêtement en fusion (shoo-
amortie. Ceci génère des vibrations lorsque l’ins- page, métallisation au pistolet) ; cette techni-
trument rotatif vient au contact. que était utilisée notamment en prothèse
Les possibilités de travail des pièces prothéti- dentaire céramométallique, le projetat per-
ques s’établissent essentiellement de deux maniè- mettant la réalisation d’un système de réten-
res : tion pour l’émaillage des chapes en alliage non
• soit à main levée, c’est-à-dire avec l’outil « en précieux ;
l’air » qui, au contact avec la pièce à travailler, • les dépôts d’hydroxyde de calcium sur la sur-
vibre, parce que l’outil et la pièce sont tenus face de prothèse de hanche, sous très haute
de façon élastique ; température, grâce au pistolet à plasma.
• soit avec un tour fixe de laboratoire, mais la
pièce est toujours tenue de façon élastique par
la main de l’opérateur. Conclusion
Il existe enfin un certain nombre de paramètres
qui contribuent largement aux imperfections du En pratique odontologique, en matière de travail
polissage prothétique et qui ne peuvent être igno- des métaux, la particularité première est la peti-
rés. Il s’agit : tesse des pièces à travailler, dont les armatures
• des pinces de serrage ; métalliques mécaniquement résistantes se trou-
• des instruments excentrés ; vent de plus en plus rapetissées pour offrir au
• du moteur d’entraînement qui vibre ; patient un confort accru et permettre la mise en
• du travail par petits contacts nombreux et place d’éléments cosmétiques de plus en plus sou-
répétés ; haités et même exigés, ceci amenant à des arma-
• des vitesses utilisées (3 000 à 4 000 tr/min à tures de plus en plus réduites, mais cependant
20 000 ou 40 000 tr/min ou plus...). résistantes pour que le devenir des prothèses den-
taires soit conservé et même si possible augmenté.
Traitements de surface1 Pour cela, nous avons la chance que la petitesse des
pièces diminue les défauts de fonderie, mais
Les « traitements de surface » représentent l’es- l’éventail sans cesse accru des nouveaux produits
sentiel des opérations mécaniques, chimiques, que nous offrent la métallurgie moderne et les
électrochimiques ou physiques qui ont pour consé- aciers spéciaux nécessite de notre part encore plus
quence de modifier l’aspect ou la structure de la de précision dans la conception et de rigueur dans
surface des matériaux, afin de l’adapter à des la technologie de notre travail.
conditions d’utilisation données.
Leur but est variable. Ils tendent à améliorer les
propriétés optiques ou l’aspect esthétique, la résis-
Remerciements
tance à la corrosion sèche ou humide, la tenue de
Nous tenons à remercier les sociétés Cendres et
surfaces soudées, la conductibilité, les propriétés
Métaux et Heraeus Kulzer pour la mise à disposition
mécaniques ou la résistance au frottement et à
des dessins et photographies, ainsi que le Profes-
l’usure.
seur Pierre Millet de Reims pour ses précisions et
Citons simplement ici :
mises au point diverses. Nous conseillons la lecture
• les traitements anodiques, non employés en
du livre de Yves Mahiat La matière apprivoisée.
odontologie ;
• les traitements cathodiques, également non
utilisés en odontologie ;
• les dépôts métalliques et minéraux : les dépôts Références
par électrolyse sont parfois employés en pro-
1. Guyonnet JJ, Grégoire G, Champion S, Champion J, Joniot
thèse dentaire ; en revanche, les dépôts miné- B. Notions fondamentales sur le travail des métaux. Encycl
raux ne sont pas utilisés (protection des aciers Méd Chir (Elsevier SAS, Paris), Odontologie, 23-646-A-10,
par phosphatation, chromatation...). 1992: 8p.
Travail des alliages dentaires 311
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EMC-Dentisterie 1 (2004) 312–325
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MOTS CLÉS Résumé Certaines pathologies générales peuvent avoir des conséquences sur la pulpe et
Pathologies la dentine. Au niveau pulpaire, elles peuvent provoquer des nécroses, des calcifications
générales ; et des métaplasies. Au niveau dentinaire, un excès ou un défaut de dentinogenèse et/ou
Syndromes de minéralisation sont observés. Une revue de la littérature récente permet d’évoquer les
héréditaires ;
diverses pathologies pulpodentinaires et les mécanismes pathogéniques en cause induits
Pulpopathies ;
par le diabète non contrôlé, l’athérosclérose, l’hyperbilirubinémie, les pathologies
Pulpolithe ;
Dentinogenèse ; rénales chroniques, l’oxalose, l’anachorèse, les troubles de la parathyroïde, l’hypervita-
Défaut dentinaire minose D, la sclérodermie, certaines tumeurs malignes, des maladies génétiques comme
les rachitismes héréditaires, l’hypophosphatasie, l’ostéogenèse imparfaite et divers
syndromes héréditaires rares, les carences diététiques en ions et en vitamines, les
intoxications mercurielles, l’infection fongique à Candida, le zona, la lèpre, ainsi que
divers traitements généraux (glucocorticoïdes, tétracyclines, suppléments fluorés et
traitements anticancéreux).
© 2004 Elsevier SAS. Tous droits réservés.
KEYWORDS Abstract Some general pathologies may have consequences on dental pulp and dentin.
General pathologies; The incidence of such diseases on pulp can be necrosis, calcification, and metaplasia. On
Hereditary syndromes; dentin, an excess or a defect of dentinogenesis and/or mineralisation have been obser-
Dental pulp diseases; ved. A review of recent literature provides new information on the various pulp-dentinal
Pulpstone; pathologies and on the pathogenic mechanisms involved; these may be induced by poorly
Dentinogenesis; controlled diabetes mellitus, atherosclerosis, hyperbilirubinemia, chronic renal patholo-
Dentin defect gies, oxalosis, anachoresis, disorders of parathyroid, hypervitaminosis D, scleroderma,
certain malignant tumours, genetic diseases such as hereditary rickets, hypophosphata-
sia, osteogenesis imperfecta and various rare hereditary syndromes, dietetic ion and
vitamin deficiencies, mercury intoxication, fungal infections with Candida, zona, leprosy,
and various general treatments (glucocorticoids, tetracyclines, fluoride supplementation
and anti-cancer therapy).
© 2004 Elsevier SAS. Tous droits réservés.
* Auteur correspondant.
Adresse e-mail : [email protected] (D. Marion).
complète au sein de la pulpe. De même, aucun taire, les patients souffrant de pathologies rénales
changement dégénératif (nécrose ou calcification) chroniques ayant subi une transplantation rénale
n’a été décelé dans les tissus pulpaires examinés.8 présentent des calcifications pulpaires et un rétré-
L’absence d’altération pulpaire a été confirmée sur cissement de la chambre pulpaire par excès de
des singes sur lesquels une arthérosclérose a été dentinogenèse secondaire.14,15,16 Il est possible que
induite expérimentalement.9 Il semble donc que les le traitement immunosuppresseur à base de gluco-
artérioles pulpaires ne soient pas propices au dépôt corticoïdes administré aux patients ayant subi une
athéromateux. greffe rénale soit responsable du rétrécissement de
la chambre pulpaire.15 Mais il est observé un épais-
Hyperbilirubinémie sissement de la prédentine sur des patients insuffi-
sants rénaux chroniques n’ayant reçu aucun traite-
La bilirubine est le pigment jaune rougeâtre pré- ment à base de corticoïdes.14,17 L’excès de
sent entre autres dans la bile et le sérum. Elle production de prédentine irrégulière est aussi ex-
provient de la dégradation de l’hémoglobine par pliqué par l’hypophosphatémie et le rachitisme dus
perte du fer. Dans les cas d’anémie hémolytique à la déficience en vitamine D3 ou par l’hyperpara-
précoce à bilirubine indirecte dont l’origine peut thyroïdisme observé lors d’une insuffisance rénale
être une incompatibilité de types sanguins Rhésus chronique.14,17
fœtomaternelle ABO (érythroblastose fœtale),10 ou Les affections rénales peuvent être associées à
dans les pathologies provoquant des dysfonctions une ostéomalacie due à une contamination par
hépatiques ou biliaires ainsi que dans les patholo- l’aluminium dans l’eau de dialyse ou à la consé-
gies qui déclenchent une hémolyse, l’excès de bili- quence d’un traitement à base de sel d’aluminium
rubine provoque des colorations des dents tempo- prescrit pour réguler le phosphate. Quoi qu’il en
raires. La bilirubine pénètre dans la dentine soit, l’aluminium s’accumule au front de minérali-
donnant une couleur jaune, brune, grise ou bleu- sation des tissus calcifiés où il pourrait inhiber la
tée. Les dents prennent une couleur verdâtre lors- minéralisation. De plus, une oxalose secondaire en
que la bilirubine absorbe la lumière bleue et association avec une intoxication en aluminium se-
s’oxyde en biliverdine. Ces colorations particulière- rait responsable de la perte des dents à la suite de
ment visibles au niveau radiculaire s’estompent résorptions radiculaires internes et externes.18
avec l’âge.1,11,12
Hyperoxalurie et oxalose
Pathologie rénale chronique
L’hyperoxalurie, qu’elle soit primaire (maladie hé-
Lors des pathologies rénales, quelle qu’en soit l’ori- réditaire rare dont le mode de transmission est
gine, primaire ou secondaire à un diabète, à une autosomique récessif) ou secondaire à une patholo-
hypertension ou à une glomérulonéphrite, le pro- gie rénale, provoque un dépôt de cristaux d’oxalate
cessus pathologique conduit à une détérioration de calcium appelé oxalose dans les tissus conjonc-
puis à une destruction des néphrons. Une des tifs extrarénaux. La forte concentration en oxalate
conséquences de la perte de la fonction des néph- plasmatique et les altérations de la perméabilité
rons est une diminution de la filtration des glomé- vasculaire seraient responsables de la formation de
rules rénaux, provoquant une augmentation de la ces cristaux.19 L’hyperoxalurie primaire est carac-
concentration en phosphate dans le sérum. L’excès térisée par des altérations rénales graves (néphro-
de phosphate entraîne une incorporation du cal- lithiases, néphrocalcinose et précipitations de cris-
cium dans le tissu osseux par régulation homéosta- taux d’oxalate dans les reins) nécessitant des
sique. Il en résulte une diminution de la concentra- dialyses et à terme une transplantation rénale.
tion du calcium dans le sérum qui stimule la glande Chez des patients qui présentent une hyperoxalurie
parathyroïde. Un autre effet des pathologies réna- primaire, des manifestations dentaires comme des
les est l’impossibilité de produire la forme active douleurs et des résorptions apparaissent, mais uni-
de la vitamine D (1,25-dihydroxyvitamine D3), ce quement avec une pathologie rénale chronique as-
qui entraîne une diminution de l’absorption intesti- sociée.18 Hedemark20 a montré, sur une patiente de
nale du calcium et une sécrétion continue d’hor- 25 ans qui souffrait d’une hyperoxalurie primaire,
mone parathyroïdienne. Des troubles osseux (os- la présence de cristaux d’oxalate dans la pulpe
téodystrophie rénale) de type ostéomalacie, dentaire fibrosée. Cette patiente ne présentait
ostéite fibreuse généralisée ou ostéosclérose appa- aucune pathologie dentaire jusqu’à l’âge de 18 ans,
raissent alors. Après une greffe de rein, toutes les puis un traitement orthodontique a été mis en
valeurs redeviennent normales.13 Au niveau den- œuvre et sans que ce traitement puisse être incri-
316 B. Alliot-Licht et al.
La destruction de la pulpe par des métastases différents, alors que l’hypophosphatémie est simi-
périapicales dans le cas d’une tumeur maligne a été laire. De plus, les lésions pulpodentinaires sont
décrite sur une femme de 45 ans.34 Une biopsie de observables même lorsque les malades ont un trai-
la pulpe et du périapex des dents présentant des tement dès l’enfance qui permet de restaurer le
images radioclaires périapicales a révélé que la taux de phosphate sérique à des valeurs norma-
lésion périapicale contenait des cellules métastati- les.43 Il a été démontré que les anomalies dentaires
ques alors que les fragments pulpaires présentaient observées dans les cas d’HLX sont la conséquence
des calcifications, des cellules pycnotiques et de deux processus séparés, l’un qui est dû à l’hypo-
n’avaient plus de vascularisation. Contrairement au phosphatémie d’origine rénale, l’autre affectant
cas précédent, les modifications néoplasiques sont directement la dentinogenèse secondaire.36 Une
restées confinées dans les maxillaires et n’ont pas fois induite génétiquement, la dentinogenèse se-
envahi la pulpe dentaire. La destruction de la pulpe condaire est continue, lente et régulière et ne
serait la conséquence de l’arrêt de la circulation semble pas dépendre de la concentration en phos-
sanguine pulpaire dû à la prolifération des cellules
phate.36,44
tumorales au niveau périapical.
Des nécroses pulpaires (dans 40 % des cas d’HBD,
Maladies génétiques 50 % des HLX chez la femme et 100 % des HLX chez
l’homme) et des abcès au niveau de dents tempo-
raires et définitives non cariées sont décrits sans
Rachitisme héréditaire
que la cause de ces abcès soit clairement défi-
nie.38,39 Au niveau des dents temporaires, la faible
Rachitisme hypophosphatémique vitamine D- épaisseur d’émail puis l’envahissement bactérien
résistant (HVDRR) de la dentine hypominéralisée ou l’attrition amé-
Il existe deux types d’hypophosphatémie hérédi- laire entraînant une exposition pulpaire au niveau
taire appelée aussi rachitisme familial résistant à la des cornes pulpaires effilées pourraient expliquer
vitamine D : l’hypophosphatémie liée à l’X (HLX), la nécrose pulpaire42 alors que sur les dents défini-
cas le plus courant de rachitisme héréditaire dans tives, les abcès sont inexpliqués.38 La progression
lequel le trouble de la réabsorption du phosphate des micro-organismes dans les défauts microscopi-
au niveau rénal provoque une hypophosphatémie ques de l’émail et de la dentine semble une hypo-
avec un rachitisme sévère, une ostéomalacie et une thèse probable.42 Bien que ces abcès dits « sponta-
synthèse anormale de dihydroxyvitamine D3 et, nés » apparaissent dès l’âge de 2 ans, l’intérêt de
d’autre part, la maladie osseuse hypophosphaté- pulpotomies prophylactiques chez les jeunes pa-
miante autosomique dominante (HBD), pathologie
tients atteints de rachitisme résistant à la vitamine
héréditaire dans laquelle le trouble de réabsorption
D a été discuté37 et depuis 2002, ce traitement
rénale, différent de celui de l’HLX, entraîne des
n’est plus recommandé.39
anomalies osseuses mais pas de rachitisme uni-
forme bien que le niveau de phosphate dans le Dans la pathologie liée à l’X, les anomalies den-
sérum soit aussi faible.35 taires sont plus accentuées chez les hommes que
chez les femmes (ceci est dû à l’atténuation du
Les signes dentaires de ces deux syndromes sont
phénotype par l’allèle sain).35,36,37,45
un émail normal mais fin, une cavité pulpaire élar-
gie avec des cornes pulpaires qui s’étendent
jusqu’à la jonction émail/dentine et un taurodon- Rachitisme vitamine D-dépendant (VDDRI
tisme. La taille anormale de la pulpe est la consé- et VDDRII)
quence d’une dysplasie de la dentinogenèse secon- La bioactivation de la vitamine D requiert l’activité
daire et/ou d’une déficience de la minéralisation enzymatique de la 1a-hydroxylase rénale. La défi-
(dentine interglobulaire).36,37,38,39,40 Un excès de cience ou l’absence de cette enzyme est provoquée
zinc dans les espaces interglobulaires pourrait ex- par une maladie autosomale récessive rare appelée
pliquer ce trouble de la minéralisation denti- rachitisme vitamine D-dépendant de type I (VDDRI
naire.41,42 En effet, contrairement au tissu osseux, ou rachitisme vitamine D-pseudodéficient). Le
le déficit en phosphate ne semble pas être la cause VDDRII ou rachitisme vitamine D-dépendant de type
principale des défauts de minéralisation dentinai- II (aussi nommé rachitisme hypocalcémique vita-
res, tandis que le zinc, connu pour inhiber la miné- mine D-résistant) est une autre forme de rachitisme
ralisation dentinaire et observé en excès dans les à transmission autosomique récessive causée par
espaces interglobulaires sur un modèle de souris une anomalie du récepteur à la vitamine D et donc
HLX, jouerait un rôle déterminant.41 résistante au traitement vitaminique. Les signes
Les malades atteints d’HLX et d’HBD présentent cliniques du syndrome du VDDRI sont nombreux ;
tous des anomalies dentaires mais à des degrés on y retrouve des anomalies squelettiques mais
Facteurs étiologiques généraux de la pathologie pulpodentinaire 319
aussi musculaires et des convulsions. Le bilan bio- les patients atteints d’ostéogenèse imparfaite est
logique révèle une hypocalcémie, une hypophos- de 8 à 40 %.
phatémie, un taux de PTH élevé et une forte Qu’elle soit de type I ou de type II, les dents des
phosphatase alcaline. Dans le VDDRII, les signes patients atteints de dentinogenèse imparfaite sont
cliniques du VDDRI sont retrouvés avec en plus une caractérisées par une couleur jaune (en « sucre
alopécie et un taux élevé de 1,25- d’orge sucé ») et un coefficient d’usure très rapide,
dihydroxyvitamine D.40 L’étude d’un cas présen- l’émail ayant disparu par attrition. Les dents tem-
tant un VDDRI montre des altérations dentaires poraires sont plus atteintes que les dents définiti-
avec, au niveau radiologique, une pulpe dentaire ves. L’aspect radiologique est spécifique avec des
large et des racines courtes et d’un point de vue racines courtes, des couronnes bulbeuses dues à
histologique, des altérations comparables à celles une constriction cervicale et une oblitération de la
décrites précédemment dans le rachitisme hypo- chambre pulpaire. D’un point de vue histologique,
phosphatémique vitamine D-résistant. Cependant, la dentine présente des zones amorphes dépour-
il est intéressant de noter qu’il n’a pas été observé vues de tubuli, ou des tubuli irréguliers et ramifiés,
d’abcès. Les signes dentaires du VDDRII sont iden- des inclusions cellulaires et de la dentine interglo-
tiques à ceux du VDDRI.40 bulaire. Cependant, dans la dentinogenèse impar-
faite de type I (associée à l’ostéogenèse impar-
Hypophosphatasie faite), il y a de très grandes variations en ce qui
L’hypophosphatasie est une maladie héréditaire concerne la gravité des altérations de la dentine.
autosomale récessive provoquant l’absence d’acti- Malmgren et Lindskog,46 en observant un grand
vité phosphatase alcaline (enzyme qui libère le nombre de patients atteints d’ostéogenèse impar-
phosphate en milieu basique). Il existe une forme faite, ont mis en évidence une corrélation entre la
infantile de cette maladie où les enfants décèdent gravité de l’ostéogenèse imparfaite et la quantité
avant l’apparition des premières dents, une forme d’anomalies dentinaires. De plus, cette étude mon-
juvénile et une forme adulte. Les malades présen- tre qu’il y a peu de différences entre les dents d’un
tent des déformations osseuses ressemblant à cel- même patient, que sur une même dent s’il y a une
les du rachitisme.11 La dentine radiculaire est par- différence, l’atteinte radiculaire est toujours plus
ticulièrement affectée. La dentine apicale est très accentuée que l’atteinte coronaire, que la dentine
fine avec des fibres de collagène épaisses, des circum-pulpaire est plus sévèrement atteinte que
inclusions de débris cellulaires et de nombreux la mantle dentine et que les patients qui présentent
espaces interglobulaires. À la radiographie, la une ostéogenèse imparfaite sans dentinogenèse im-
pulpe dentaire de certains patients est extrême- parfaite détectable cliniquement ont des anoma-
ment large, faisant penser à des « dents en co- lies dentinaires plus importantes que chez des pa-
quillage ».11 tients sains.
La corrélation entre la sévérité de l’ostéogenèse
Ostéogenèse imparfaite imparfaite et les anomalies dentinaires46 montre
qu’un même défaut génétique de la biosynthèse du
L’ostéogenèse imparfaite est une maladie généti-
collagène de type I provoque un même degré d’ano-
que où la mutation du gène COL1A1 ou du gène
malies de la dentine et de l’os.
COL1A2 qui codent pour les chaînes pro-a1 et
pro-a2 du collagène de type I provoque des alté-
rations de la minéralisation de cette protéine de la Syndromes héréditaires rares
matrice osseuse et dentinaire. Il existe quatre
types d’ostéogenèse imparfaite classés en fonc- Syndrome d’Ehlers-Danlos (EDS) de type I
tion des signes cliniques, radiologiques et généti- L’EDS de type I est une anomalie héréditaire des
ques ou en fonction du degré de mobilité du tissus conjonctifs collagéniques caractérisée par
malade. La dentinogenèse imparfaite de type I est une peau hyperélastique, anormalement fragile,
une forme de dysplasie dentinaire associée à l’os- qui a du mal à cicatriser, et des problèmes articu-
téogenèse imparfaite. Il convient de différencier laires. Dans les cas d’EDS I, la morphologie radicu-
la dentinogenèse imparfaite de type I de la denti- laire des incisives mandibulaires est altérée. Les
nogenèse imparfaite de type II, anomalie généti- racines sont anormalement courtes, avec un élar-
que liée à une mutation au niveau du gène DSPP gissement de leur partie centrale et une oblitéra-
dont le phénotype est uniquement dentaire. Tous tion de la chambre pulpaire par de la dentine
les malades atteints d’ostéogenèse imparfaite ne contenant peu de tubuli et pouvant ressembler à du
présentent pas de dentinogenèse imparfaite ; la cément intermédiaire. La dentine de ces dents peut
prévalence de la dentinogenèse imparfaite chez faire penser à une dysplasie dentinaire de type I
320 B. Alliot-Licht et al.
(DDI = type radiculaire). Cependant, dans la DDI, Mucopolysaccharidose (type III : maladie
toutes les racines de toutes les dents sont atteintes de Sanfilippo, type VII : syndrome de Dyggve
de façon homogène alors qu’ici, les altérations sont ou syndrome de Sly)
variables et plus ou moins importantes.1,47 Comme Due à une déficience enzymatique héréditaire af-
pour l’ostéogenèse imparfaite, des anomalies du fectant le métabolisme des mucopolysaccharides,
collagène d’origine héréditaire sont à mettre en la maladie de Sanfilippo provoque l’oblitération de
cause. la chambre pulpaire. En revanche, le syndrome de
Dyggve entraîne l’apparition d’hypoplasies denti-
Calcinose tumorale naires.1 Une étude sur un modèle de rat atteint de
mucopolysaccharidose de type VII a montré que les
La calcinose tumorale est une maladie métabolique cellules qui présentent une activité de synthèse
héréditaire rare (transmise sur un mode autosomal importante comme les odontoblastes sont les plus
dominant) caractérisée par une élévation des taux touchées, elles sont dilatées par l’accumulation de
de phosphate et de 1,25-dihydroxyvitamine D dans vacuoles contenant probablement des glycosamino-
le sérum provoquant l’apparition de calcifications glycanes. Il en résulte la formation de fibrilles de
tumorales solides. Au niveau dentaire, les racines collagène anormales au niveau de la prédentine et
sont courtes et bulbeuses, les calcifications pulpai- des troubles de la minéralisation dentinaire.1,50
res entraînent une oblitération plus ou moins im-
portante de la cavité pulpaire. D’un point vue his- Maladie de Günther = porphyrie érythropoïétique
tologique, la dentine coronaire et une quantité congénitale = uroporphyrie érythropoïétique
variable de dentine radiculaire apparaissent nor- Il s’agit d’une maladie à transmission autosomique
males. À un moment non spécifique, la dentine récessive caractérisée par des anomalies cutanées
radiculaire en cours de développement rencontre de photosensibilisation, par une anémie hémolyti-
une masse de tissu calcifié. La dentinogenèse radi- que et des lésions oculaires et osseuses. Les dents
culaire se poursuit autour de cet amas calcifié peuvent présenter une coloration rouge-brun ou
formé d’espaces ovoïdes entourés de calcifications révéler une fluorescence rouge en lumière ultravio-
amorphes. À ce niveau, la dentine radiculaire est lette par affinité de la porphyrie pour les phospha-
irrégulière.48 tes de calcium de la dentine.1,11,12,51
rompre le flux sanguin et entraîner une anoxie pulpaire et une dentinogenèse radiculaire anor-
tissulaire, une nécrose, des douleurs, voire un in- male avec des zones d’ostéodentine.1,11 Le syn-
farctus. Ces globules rouges en faucille ont égale- drome de Rothmund-Thomson (poïkilodermie
ment été identifiés dans les pulpes dentaires.53,54 congénitale) présente des oblitérations des cham-
Par conséquent, des nécroses sur des dents ne bres pulpaires.1 Des hypoplasies dentinaires sont
présentant ni caries, ni traumatismes peuvent sur- observées chez les patients atteints de la maladie
venir à la suite d’une obstruction des vaisseaux d’Albers-Schönberg (ostéopétrose ou maladie des
pulpaires. os de marbre).1
tation de l’incidence des infections fongiques et la caractérisée par des lésions pouvant envahir tout le
détection de ce champignon dans des canaux radi- corps (macules, papules, nodules et plaques). Ses
culaires infectés a généré un intérêt considérable complications les plus fréquentes sont des patholo-
pour l’étude de son rôle dans les infections endo- gies oculaires, une alopécie, des abcès sur les nerfs
dontiques. Des études récentes ont montré en mi- périphériques, la tuberculose, un érythème noueux
croscopie électronique à balayage que Candida al- et une amyloïdose. Des complications orales peu-
bicans colonise la dentine57,58 et produit des agents vent apparaître, avec des ulcères sur le palais, les
collagénolytiques qui dégradent la matrice denti- amygdales et la langue, ainsi que la perte de plu-
naire. De plus, Candida agit sur l’inflammation sieurs dents. Des anomalies morphologiques des
pulpaire. En effet, le mannan, un des composants dents ont également été notées. Mycobacterium
de la surface de Candida, peut directement ou leprae a d’autre part été retrouvé dans les pulpes
indirectement activer le système du complément. dentaires des malades et l’envahissement pulpaire
En revanche, la sécrétion d’adénosine (facteur de par la bactérie peut entraîner une nécrose pul-
virulence) bloque la dégranulation des PMN neutro- paire, ce qui peut justifier, soit des dépulpations
philes. Enfin, Candida albicans est résistant aux préventives, soit les extractions des dents, afin
agents thérapeutiques intracanalaires, ce qui expli- d’éviter la contamination des tissus périmaxillai-
que son association aux infections canalaires persis- res.63
tantes.57,59
La lèpre est une maladie qui touche tous les âges et Tétracycline
toutes les races. Causée par Mycobacterium leprae,
elle est transmise par un contact prolongé. La lèpre La tétracycline produit une coloration intense (gri-
touche d’abord la peau et les muqueuses et est sâtre, jaunâtre, verdâtre ou brunâtre) des dents.
Facteurs étiologiques généraux de la pathologie pulpodentinaire 323
L’incorporation des pigments fluorescents dans les traitement et de la dose d’irradiation. La dentine
tissus calcifiés se fait par leur affinité pour les des dents situées dans la zone d’irradiation pré-
cations polyvalents et par la formation de comple- sente des anomalies de structure de type os-
xes insolubles avec les cristaux de la dentine. Au fur téoïde.67
et à mesure de l’exposition des dents à la lumière Les effets de la chimiothérapie sur la dentine
du jour, la couleur jaune se change en gris ou brun sont variables en fonction des drogues utilisées, de
et la fluorescence diminue graduellement. La té- la fréquence des cures et de l’état de différencia-
tracycline passant la barrière placentaire, les deux tion des cellules odontogéniques et de leur suscep-
dentures peuvent être atteintes puisque la colora- tibilité au moment du traitement.68 Il existe des
tion marque la dentine en formation lors de la prise différences dans la cytotoxicité et le caractère
du traitement antibiotique.1,12 réversible des dommages pulpodentinaires entre
les différentes drogues anticancéreuses. L’actino-
Suppléments fluorés mycine D, la daunorubicine et la vincristine sont
très toxiques alors que le méthotrexate semble non
Des suppléments fluorés peuvent trouver une place toxique.69 Une étude chez le hamster montre que
en prévention de la carie, pendant la minéralisation l’actinomycine D provoque des défauts dentaires
des dents. La posologie doit s’adapter à l’enfant irréversibles lorsque le traitement est administré
receveur et faire l’objet d’un suivi. Une étude pendant la phase de formation des dents. Les cel-
récente65 compare les pulpes de molaires tempo- lules les plus sensibles sont les préodontoblastes
raires non cariées de deux groupes d’enfants. L’un non différenciés, puis les préaméloblastes. Les
est non supplémenté en fluorures, l’autre est cons- odontoblastes matures ne semblent pas touchés par
titué d’enfants ayant reçu des comprimés fluorés ce traitement.70 Il est probable que les préodonto-
de la naissance à 10 ans, à des doses supérieures blastes en phase proliférative soient plus sensibles
aux recommandations actuelles (0,25 mg/j de 0 à au processus d’apoptose induit par l’actinomycine
24 mois, 0,50 mg/j de 25 à 35 mois, 0,75 mg/j de D que les cellules plus différenciées.
3 à 6 ans, 1 mg/j après 6 ans). L’analyse en micros- Une neutropénie a été induite chez des rats en
copie photonique des pulpes dentaires révèle un leur injectant un agent immunosuppresseur et anti-
nombre significativement plus élevé de calcifica- carcinogène habituellement utilisé dans les traite-
tions pulpaires dans le « groupe fluoré ». Ces calci- ments de la leucémie aiguë et du carcinome (le
fications sont préférentiellement localisées au ni- méthotrexate). Les études histologiques montrent
veau du plancher pulpaire et sur les parois qu’à la suite d’une exposition pulpaire, la nécrose
radiculaires et sont constituées parfois d’un tissu pulpaire est plus importante dans le groupe des rats
proche d’une fibrodentine. La présence de calcifi- expérimentaux que dans le groupe contrôle, alors
cations pulpaires de ce type n’est pas toujours qu’il n’y a pas de différence en ce qui concerne les
retrouvée. La notion de susceptibilité individuelle lésions périapicales. La neutropénie induite par le
entre en compte, ainsi que la régularité de la prise traitement augmente la réaction nécrotique consé-
des comprimés, leur période de consommation, la cutive à une exposition pulpaire expérimentale
posologie proposée, le stade de développement des chez le rat.71 Le rôle des PMN neutrophiles dans
cellules odontoblastiques au début de la prise de l’inflammation pulpaire (phagocytose des bactéries
fluorures. Ainsi, les préodontoblastes sont plus sen- et destruction tissulaire lors de la dégranulation)
sibles à la présence de fluorures que les odontoblas- est largement décrit dans la littérature. Cepen-
tes matures. De plus, in vitro, l’exposition de dents dant, les conséquences d’une modification du nom-
de rat à de fortes concentrations de fluorures en- bre des PMN neutrophiles sur la réponse inflamma-
traîne des modifications des constituants de la ma- toire de la pulpe ont été peu observées.
trice extracellulaire de la dentine qui pourraient
perturber sa minéralisation.66
Conclusion
Traitements anticancéreux (radiothérapie
et chimiothérapie) Cette revue de la littérature récente montre que
les interférences entre la dent, en particulier l’or-
La radiothérapie utilisée en oncologie pédiatrique gane pulpodentinaire, et l’organisme sont nom-
est connue pour avoir un effet sur les dents en breuses et variées, mais parfois encore mal
développement. La sévérité des conséquences dé- connues. De vastes champs de recherche, tant fon-
pend du stade embryologique dans lequel se trou- damentale que clinique, sont donc ouverts pour
vent des cellules odontogéniques au moment du tenter de mieux comprendre les mécanismes pa-
324 B. Alliot-Licht et al.
thogéniques de ces inter-relations. Par ailleurs, la 15. Nasstrom K. Dentin formation after corticosteroid treat-
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précoces devraient sans doute être discutés (dépul- 18. Boyce BF, Prime SS, Halls D, Johnston E, Critchlow H,
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l’existence de maladies générales connues pourrait development of oral complications of oxalosis? Oral Surg
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EMC-Dentisterie 1 (2004) 326–333
www.elsevier.com/locate/emcden
MOTS CLÉS Résumé Tout comme la recherche clinique, la recherche évaluative s’intéresse aux
Recherche évaluative ; résultats des thérapeutiques. Elle s’en distingue par le fait de se placer systématique-
Esthétique ; ment du point de vue du patient. Ainsi les mesures ne concernent pas des données
Chirurgie physiques ou des tests de laboratoire mais visent à évaluer ce que ressent le patient. Ce
maxillofaciale ; type d’étude est absolument fondamental en chirurgie esthétique car le bénéfice réel de
Éthique
ce type de chirurgie n’est pas fonctionnel mais subjectif. La recherche évaluative permet
d’apporter des réponses au problème éthique du rapport bénéfice-risque des interven-
tions de chirurgie esthétique. Elle permettra, au fur et à mesure de ses progrès, de mieux
cerner les indications. En recherche évaluative, la mesure peut être recueillie sous la
forme d’un indice de satisfaction, d’une échelle de qualité de vie ou d’une échelle
d’évaluation en psychologie. Les indices de satisfaction ont l’immense avantage de leur
simplicité mais souffrent de la facilité avec laquelle des réponses peuvent être induites.
Ils fonctionnent essentiellement avec des échelles visuelles analogiques sur le modèle de
ce qui très répandu pour l’évaluation de la douleur. Les tests de qualités de vie intègrent
en un seul score différents domaines comme des critères physiques, sociaux, psychologi-
ques et émotionnels. On distingue les tests génériques et les tests spécifiques. Les
derniers tiennent compte de la pathologie ou de demande de soins du patient, en
l’occurrence d’une demande de chirurgie esthétique. Les tests génériques visent à
quantifier la qualité de vie globale du patient sans tenir compte de sa demande, ils sont
souvent moins biaisés. Enfin, les échelles d’évaluation en psychologie sont naturellement
les plus employées étant donné la nature psychologique de la demande de chirurgie
esthétique. Elles explorent la dépression, l’anxiété, l’image corporelle, etc. Une revue de
la littérature fait apparaître que la chirurgie esthétique maxillofaciale n’améliore pas les
indices de dépression. Elle améliore indiscutablement la confiance en soi, l’estime de soi
et l’image corporelle. La chirurgie esthétique améliore les tests génériques ou spécifiques
de qualité de vie lorsque ceux-ci incluent certains paramètres psychologiques précités.
© 2004 Elsevier SAS. Tous droits réservés.
* Auteur correspondant.
Adresse e-mail : [email protected] (J.-P. Meningaud).
KEYWORDS Abstract The outcome research, like the clinical research, examines the end results of
Outcome research; medical interventions. However, unlike clinical research, the outcome research systema-
Cosmetic; tically considers outcomes from the patient’s perspective. Therefore, assessments do not
Aesthetic; focus on physical data or laboratory test, but on the patient’s feelings. This approach is
Maxillofacial surgery; essential in cosmetic surgery where the main outcome is psychological and subjective
Ethics rather than functional. Outcome research is useful in solving the ethical problem of the
risk-benefit ratio in cosmetic surgery. Parallel to its evolution and advances, it should
allow a better definition of the indications for cosmetic surgery. In outcome research, the
assessment may be an index of satisfaction, a scale for quality of life, or a scale for
psychological evaluation. Satisfaction indexes present a great advantage related to their
simplicity, but such easiness of response constitutes also a limitation. They are essentially
based on visual analogue scales such as those commonly used to assess pain. Evaluation
tests for quality of life assessment include in a single score several dimensions such as
physical condition, and social, psychological, and emotional criteria. Specific tests take
into account the pathology or the need for care as asked by the patient, such as cosmetic
surgery. Generic health status tests focus on the quantification of overall quality of life
independently from the patient’s demand; this makes them less biased. Finally, psycho-
logical scales are the most commonly used due to the psychological aspect of a need for
cosmetic surgery. They screen depression, anxiety, etc. A literature review revealed that
maxillofacial surgery doesn’t improve depression indexes. It improves significantly self-
confidence, self-esteem, and physical self-image. Cosmetic surgery improves the results
of generic or specific tests for quality of life assessment, provided these tests include
some of such psychological parameters.
© 2004 Elsevier SAS. Tous droits réservés.
Qu’est-ce que la recherche évaluative ? évaluative permet d’apporter des réponses au pro-
blème éthique du rapport bénéfice-risque des in-
Il est difficile de trouver un équivalent français de terventions de chirurgie esthétique. Elle permet-
l’expression anglaise « outcome research ». En tra, au fur et à mesure de ses progrès, de mieux
effet, la traduction littérale « recherche sur les cerner les indications. En recherche évaluative, la
résultats » reste ambiguë et ne permet pas une mesure peut être recueillie sous la forme d’un
distinction vis-à-vis de la recherche clinique classi- indice de satisfaction, d’une échelle de qualité de
que. L’expression, souvent employée, « évaluation vie ou d’une échelle d’évaluation en psychologie.
Ainsi la recherche évaluative se propose d’objec-
des pratiques » embrasse un champ beaucoup plus
tiver et de mesurer les différents paramètres qui
large, puisqu’elle s’intéresse tout aussi bien à des
reflètent la satisfaction du patient suite à un acte
aspects organisationnels, institutionnels ou écono-
thérapeutique. En chirurgie esthétique pure, le
miques. L’expression « étude de qualité de vie » est
principal (voire l’unique) critère du succès est la
en revanche trop restrictive. En effet, la qualité de satisfaction du patient. On conçoit aisément que si
vie n’est que l’une des composantes permettant de chacun peut parfaitement vivre avec des poches
mesurer la satisfaction globale du patient. Enfin sous les yeux, des bajoues, ou une bosse ostéocar-
l’expression « enquête de satisfaction » a tendance tilagineuse, la demande est en fait d’origine psychi-
à faire référence à des études où le patient cote que. Or, ce bénéfice peut être quantifié. Nous
lui-même directement sa satisfaction. C’est pour- avons tous eu, dans nos consultations, des patients
quoi, faute de mieux, nous adopterons dans notre dont le résultat opératoire nous a déçu, mais qui
propos, l’expression « recherche évaluative ». étaient paradoxalement très heureux de leur inter-
Tout comme la recherche clinique, la recherche vention. Réciproquement, nous avons vu des pa-
évaluative s’intéresse aux résultats des thérapeuti- tients, pour lesquelles nous avions techniquement
ques. Elle s’en distingue par le fait de se placer honoré le contrat, s’avérer très insatisfaits. Cela
systématiquement du point de vue du patient. Ainsi illustre la nécessité des études en recherche éva-
les mesures ne concernent pas des données physi- luative, pour nous aider à faire porter l’indication
ques ou des tests de laboratoire mais visent à opératoire sur ceux qui auront une chance d’être
évaluer ce que ressent le patient. Ce type d’étude satisfaits, et à mieux conseiller ceux qui auraient a
est absolument fondamental en chirurgie esthéti- priori moins de chance de l’être.
que car le bénéfice réel de ce type de chirurgie De même, des études prenant en compte la
n’est pas fonctionnel mais subjectif. La recherche satisfaction finale du patient pour différents ris-
328 J.-P. Meningaud, G. Toure
ques permettraient de pondérer au mieux l’impor- voir des patients demander un traitement ortho-
tance du geste à réaliser. Ainsi les résultats de la dontique pour une légère rotation d’une seule
recherche évaluative peuvent être mis en rapport dent, la mise en place de facettes, ou le change-
avec les « études de risque ». L’un des meilleurs ment de tous les amalgames pour des composites.
critères pour prendre une décision thérapeutique En France, d’après le journal Les Echos, le « mar-
est le rapport « bénéfice sur risque ». Cependant ce ché » de la chirurgie esthétique augmente de 10 %
« bénéfice » est souvent si peu estimé en chirurgie par an. L’ASAPS prévoit une augmentation impor-
que l’on se contente du rapport « risque de faire sur tante de cette activité au États-Unis en 2004, et
risque de ne pas faire ». Ce mode décisionnel est l’attribue à l’amélioration du taux de croissance de
certes souvent opérant, en chirurgie carcinologique l’économie américaine.
par exemple, mais nettement moins en chirurgie Une pratique qui concerne par an environ 3 %
sans bénéfice fonctionnel telles la chirurgie de d’une population et près de 10 % de l’effort chirur-
donneur vivant, la chirurgie de conversion sexuelle gical d’une nation mérite que les professionnels
et, bien entendu, la chirurgie esthétique. Imagi- ouvrent le débat éthique et peut-être d’autant plus
nons que plusieurs études concordantes retrouvent qu’elle concerne des personnes « bien portantes,
que la satisfaction est la même après un lifting avec demandeuses et consentantes ». Bien que la chirur-
dissection complète du système musculoaponévro- gie esthétique soit le domaine en plus forte expan-
tique superficiel (SMAS) ou avec des plicatures ; il sion de la chirurgie, ses effets sur les patients ne
deviendrait alors évident qu’à satisfaction identi- sont par encore bien compris.
que, il faudrait réaliser l’intervention jugée par une
étude ad hoc comme la moins risquée.
Quelques données qualitatives pour
situer l’importance de l’enjeu
Quelques données épidémiologiques Le corps semble vécu par nos contemporains
situent l’importance d’une évaluation comme un matériau d’une grande plasticité comme
en témoignent la mode du body-building, l’obses-
D’après l’ASPS (American Society of Plastic Sur- sion des régimes alimentaires, la chirurgie de
geons), il y a eu, pendant l’année 2000 aux États- conversion sexuelle, l’engouement pour le ta-
Unis (260 millions d’habitants, 73 millions d’inter- touage et le piercing et naturellement la chirurgie
ventions chirurgicales), 7,4 millions d’interventions esthétique.26 Au-delà des demandes classiques de
de chirurgie esthétique, soit 2,84 % de la population chirurgie de rajeunissement ou d’embellissement
en 1 an ou 10 % de l’effort chirurgical du pays. Pour qui prennent pour modèle un idéal de jeunesse ou
la même année, l’American Society for Aesthetic de beauté gréco-romaine, émergent les demandes
Plastic Surgery (ASAPS : http : //www.surgery.org/ dites « Star treck ». Dans nos consultations appa-
press/statistics-2002.asp) avance un chiffre moin- raissent ainsi de plus en plus des requêtes qui
dre mais tout de même de 5,7 millions (6,9 millions sortent de la norme ; réalisation d’une fossette ou
en 2002) et précise que ces chiffres ont augmenté d’un pli au niveau du menton, création d’un relief
de 25 % en un an et de 173 % entre 1997 et 2000. par mise en place d’un implant sous la peau du
Selon la même source depuis 1997 : les interven- front, bridement des yeux d’un Européen, allonge-
tions pour liposuccion ont augmenté de 113 %, les ment des canines sont quelques exemples que nous
prothèses mammaires de 101 %, les mammoplasties avons pu personnellement rencontrer.
de réduction de 88 %, les abdominoplasties de 72 %, Pourtant, parallèlement, les psychothérapies
les blépharoplasties de 33 % ; et le lifting de 4 %. Les abondent : familiales, comportementales, analyti-
chiffres de la médecine esthétique ont explosé que, etc. Notre société réclame des psychologues
avec une augmentation du Botox® de 120 % soit dans toutes sortes de situations : en victimologie
1 096 611 de procédures. Ces chiffres ont été (victimes et professionnels), au travail (harcèle-
obtenus à partir de différents types de déclara- ment moral, sexuel, plans sociaux...), en privé
tions. Ils sont donc forcément sous-évalués. Une (divorce, addiction...), en milieu scolaire (syn-
partie des interventions, liposuccions, paupières drome d’hyperactivité, racket...), dans les institu-
supérieures, implants de cuir chevelu, ainsi que tions (prisons, hôpitaux, service d’aide médicale
certaines injections (Botox®, acide hyaluronique, d’urgence [Samu] social...), etc. La presse, les
etc.) échappent à ce recensement. De plus, les émissions de télévision et de radio consacrées à la
procédures esthétiques en rapport avec l’orthodon- psychologie ont un immense succès. Les séminaires
tie, l’orthopédie dento-maxillo-faciale et la chirur- professionnels sur la gestion du stress, la communi-
gie dentaire ne sont pas prises en compte dans cation, la caractériologie ou la gestion des conflits
cette statistique. Il est de plus en plus fréquent de abondent.
Recherche évaluative en chirurgie esthétique maxillofaciale 329
Ainsi notre société ne renie donc pas, bien au mande ? », « depuis quand avez-vous envie de vous
contraire, l’apport d’une réflexion et un appel à faire opérer ? » ou « depuis combien de temps
l’aide sur les mécanismes de la pensée. Mais, après envisagez-vous de vous faire opérer ? » (l’envie
la révolution sexuelle, elle se prépare à vivre une pouvant précéder le passage à l’acte de plusieurs
révolution non moins capitale dans son histoire, années) et surtout lorsque l’on instaure un climat
celle du corps, conduisant à vivre de façon radica- de confiance. Une grande différence d’âge avec le
lement différente les rapports corps, âme, esprit ; conjoint, un divorce récent, un problème relation-
en rupture avec une vision séculaire. Le corps ne se nel non résolu avec l’un des parents (« le nez du
contente plus d’être entretenu pour le profit de père ») ne sont que quelques exemples courants.
l’esprit selon l’adage mens sana in corpore sano. Le Ainsi, les procédures esthétiques posent des pro-
corps mortel n’est plus méprisé comme la dernière blèmes éthiques considérables. Peut-on faire courir
entrave face à une vie spirituelle gage d’éternité. Il un risque, si faible soit-il, à un patient lorsqu’on
n’est plus réduit à sa composante génétique, vision n’est pas sûr du bénéfice que cette intervention
commode pour exclure une partie de l’humanité, pourra lui apporter ? Une information bien faite et
même si les tentations eugénistes demeurent ré- un consentement suffisent-ils à rendre cette inter-
currentes. Le corps n’est plus davantage vécu de vention éthique ? Cela reviendrait à privilégier le
façon exclusivement positiviste, étendard d’une concept d’autonomie du patient, actuellement très
médecine triomphante. Notre société postmoder- favorisé dans la problématique éthique anglo-
niste, orientée par la recherche d’une certaine saxonne, beaucoup moins par les préférences phi-
liberté formelle, l’éclectisme et la fantaisie, sou- losophiques françaises, plus paternalistes. Ce point
haite pouvoir modeler le corps à l’image de ses mériterait d’être beaucoup plus détaillé. Il est
représentations. La technique aidant, le corps de- toujours saisissant de constater comment les prati-
vient plus plastique que la pensée. Notre société ques médicales et notamment les attentes des pa-
veut s’en libérer afin de passer d’un corps objet à tients (clients, usagers) diffèrent en fonction des
un corps sujet, d’un corps que l’on a, à un corps que statuts juridiques de part et d’autre de l’Atlanti-
l’on est. que.
Concernant les procédures esthétiques, les deux
aspects qui sont très majoritairement abordés sont
La recherche évaluative est les techniques et les aspects juridiques. Pourtant,
une exigence éthique cela ne permet pas de répondre aux questions
fondamentales. Quelle est la motivation réelle des
La chirurgie esthétique pose le problème éthique personnes en demande d’une procédure esthéti-
du rapport bénéfice/risque des interventions sans que ?31 Au-delà de l’apparence, qu’est-ce qui est
bénéfice fonctionnel. Lorsqu’un patient présente réellement changé après une chirurgie esthétique ?
une fracture de jambe, une occlusion intestinale, Dans quelle mesure ? Pour quels patients ? Toute
ou un trouble de la perméabilité des fosses nasales, intervention comprend un risque et un bénéfice. De
le bénéfice attendu de l’intervention est évident. l’estimation de ce rapport peuvent découler une
En revanche, concernant les procédures esthéti- indication pertinente et un consentement mieux
ques, ce bénéfice est beaucoup plus subtil à appré- éclairé. Pourtant en chirurgie esthétique, si les
hender. S’il existe, il se situe à un niveau psycholo- risques sont parfois étudiés, les bénéfices réels ne
gique. Il faut donc mettre en balance un risque le sont que très ponctuellement.
certain, celui d’une anesthésie générale, d’une Avant chaque acte chirurgical, le chirurgien
complication éventuelle, d’une indisponibilité tem- consciencieux se pose deux types de questions :
poraire, d’un coût avec un bénéfice difficile à dois-je faire ? et si oui, comment faire ? Les corol-
évaluer par le clinicien. « Me sentir mieux dans ma laires de cette question sont, bien entendu : que se
peau », « avoir plus confiance en moi », « améliorer passera-t-il si je le fais ? quel bénéfice ? pour quel
l’estime de moi-même » sont en général les objec- risque ? que se passera-t-il si je ne fais pas ?
tifs affichés du patient lorsqu’on lui pose, avec Contrairement à ce que pense le sens commun, des
conviction, la question : « que changera cette centaines de milliers d’interventions chirurgicales
intervention dans votre vie ? ». Les raisons profes- ont été réalisées sans répondre à cette question
sionnelles, certains motifs fonctionnels ne sont, la qui paraît pourtant aller de soi. Des centaines de
plupart du temps, que des alibis. Des raisons beau- milliers de patients ont été opérés sans certitude
coup plus subtiles peuvent se cacher derrière la sur la pertinence scientifique de l’indication. Ainsi
demande esthétique. On parvient quelquefois à les en est-il des appendicectomies systématiques
appréhender lorsque l’on demande au patient jusqu’au jour où fut établi que le risque (occlusion
« quel est l’événement qui a déclenché la de- sur bride) était supérieur au bénéfice.
330 J.-P. Meningaud, G. Toure
Une pratique médicale ne peut être responsable échelles d’évaluation en psychologie, et les études
que si elle se met en capacité de mesurer les de qualité de vie. Les évaluations objectives n’en
conséquences de ses actes. En chirurgie esthétique, font pas partie ; elles quantifient directement des
la recherche évaluative est indispensable. changements physiques. Il s’agit pour l’essentiel de
méthodes anthropométriques1 éventuellement as-
Quelles sont les caractéristiques sistées par ordinateur.2 Naturellement, les évalua-
tions objectives ne quantifient pas le bénéfice réel
d’une bonne échelle d’évaluation ?
de la chirurgie esthétique, mais peuvent avoir un
Lorsque l’on choisit un test, plusieurs critères sont intérêt du point de vue technique et en association
nécessaires. Il faut d’abord vérifier son domaine avec les méthodes précitées.
d’application, c’est-à-dire ce qu’il est supposé me-
surer, par exemple la qualité de vie, la dépres- Échelles de satisfaction
sion,39 l’anxiété, la confiance en soi, etc. Il faut
ensuite s’intéresser à son mode de passation. Quel- Elles ont l’immense avantage de leur simplicité.
les sont les consignes de l’auteur du test pour le Elles mesurent la satisfaction du patient à l’aide
faire passer ? S’agit-il d’un questionnaire en auto- d’une note ou d’une échelle visuelle analogique sur
évaluation ? d’un jeu de rôle ? d’un entretien semi- le modèle de ce qui se fait pour la douleur. Elles
directif ? etc. Puis, il faut vérifier le mode de souffrent de la facilité avec laquelle des réponses
cotation du test. Y a-t-il une grille de cotation ? Une peuvent être induites. Pour éviter ce biais, il est
double grille ? Une échelle visuelle analogique ? souvent fait appel à une interface, évaluateur indé-
etc. Enfin, et c’est le plus important, il faut vérifier pendant ou photo. Malgré leur faiblesse, leur usage
comment le test a été validé. Les études de valida-
est certainement appelé à augmenter pour plu-
tion sont l’équivalent de l’étalonnage pour la pe-
sieurs raisons : beaucoup de problèmes en chirurgie
sée. Il faut tout d’abord vérifier que le test a été
esthétique relèvent intuitivement de cette techni-
validé sur une population similaire à celle que l’on
que d’évaluation, ce type d’échelle peut être com-
veut étudier. En effet, un test validé sur une popu-
biné aux autres modes, enfin ce type d’étude est le
lation anglo-saxone n’est pas directement utilisa-
ble sur une population européenne. Les études de plus simple à mettre en œuvre pour le chercheur
validation réalisées, explorent, bien entendu, les qui souhaite commencer à quantifier ses résultats
notions classiques de la statistique telle la sensibi- en se plaçant dans la perspective du patient.
lité, la spécificité, mais aussi la fiabilité test-
retest, la fidélité inter-juge, la validité de conver- Tests de qualité de vie
gence, et éventuellement la consistance interne.
La fiabilité test-retest mesure la probabilité d’ob- Les tests de qualité de vie intègrent en un seul
tenir le même score à très brève échéance. Un test score différents domaines comme des critères phy-
où les notes seraient très différentes alors siques, sociaux, psychologiques, émotionnels, voire
qu’aucune action n’a été entreprise sur le patient spirituels. On distingue les tests génériques et les
ne peut pas être considéré comme fiable. La fidé- tests spécifiques. Les derniers tiennent compte de
lité inter-juge mesure que le test n’est pas ou peu la pathologie ou de la demande de soins du patient,
passeur-dépendant. Cette donnée est importante en l’occurrence d’une demande de chirurgie esthé-
lorsque plusieurs personnes font passer les tests, tique. Les tests génériques visent à quantifier la
notamment dans les études multicentriques. La qualité de vie globale du patient sans tenir compte
validité de convergence est une donnée absolu- de sa demande, ils sont souvent moins biaisés. Le
ment fondamentale. En effet, l’étalonnage des Tableau 1 donne quelques exemples (non exhaus-
tests ne se fait pas ex nihilo, il se fait par référence tifs) d’études utilisant des échelles de qualité de
à d’autres tests souvent beaucoup plus lourds à vie.
faire passer. La consistance interne est une donnée
Ne pouvant tous les décrire, nous décrivons très
évaluant la cohérence d’un test lorsque celui-ci
succinctement le EQ-5D3 à titre d’exemple : c’est
mesure plusieurs aspects.
un test générique développé par un groupe multi-
disciplinaire de chercheurs européens en 1987. Il a
Quels sont les principaux instruments été conçu pour être rempli directement par les
utilisés en recherche évaluative sujets enquêtés. Simple dans sa formulation, ne
plastique et maxillofaciale ? prenant qu’une minute à remplir, il convient très
bien pour de grandes enquêtes cliniques. Le EQ-5D
Les instruments existants peuvent être classés en se présente essentiellement sous forme de deux
trois catégories : les échelles de satisfaction, les pages, i.e. : un questionnaire fermé, permettant un
Recherche évaluative en chirurgie esthétique maxillofaciale 331
meilleures échelles d’évaluation développées pour tion des scores d’image corporelle et la diminution
quantifier la sévérité de la phobie sociale et la de certains symptômes psychiatriques.19 Des effets
symptomatologie anxieuse dans le contexte des bénéfiques psychologiques et comportementaux
relations hétérosociales grâce à un double score ont pu être mis en évidence aussi bien à court
(pensées facilitatrices ou inhibitrices). Il s’agit terme qu’à long terme.27 La chirurgie esthétique
d’une échelle d’autoévaluation comprenant 30 va- faciale améliore aussi bien les tests génériques ou
riables cotées de 1 à 5 (de 1 = je n’ai presque jamais spécifiques de qualité de vie mais cela semble lié
eu cette pensée à 5 = j’ai très souvent cette pen- exclusivement à l’amélioration de certains paramè-
sée). Plusieurs études ont montré une bonne cohé- tres psychologiques précités contenus dans ces
rence interne et une bonne validité convergente. tests.10 Les patients atteints du « body dysmorphic
Seule l’échelle négative différencie deux types de disorder » (terme non strictement équivalent à
sujets phobiques sociaux : les sujets ayant peur de dysmorphobie dans la nosographie psychiatrique
l’interaction sociale ont de plus hauts scores que actuelle), représentent environ 5 % des patients de
les sujets ayant peur de parler en public. la clientèle d’un chirurgien esthétique.5 C’est sta-
tistiquement le nez qui est le plus souvent le centre
de leurs préoccupations. Ils ne bénéficient pas de la
Quelques résultats en recherche chirurgie esthétique. Un dépistage de ce syndrome
par le chirurgien lui-même apparaît nécessaire afin
évaluative dans le domaine que le patient puisse être adressé au praticien
de la chirurgie esthétique maxillofaciale compétant.42 Ces patients ne doivent pas être
adressés à un autre chirurgien, comme cela peut
En préambule, précisons que les résultats de la souvent se voir lorsque le premier chirurgien se sent
chirurgie esthétique faciale ne sont pas superposa- dépassé, mais à un psychiatre en vue d’une psycho-
bles à ceux de la chirurgie esthétique de la sil- thérapie comportementale et/ou d’un traitement
houette.10 Les problématiques sont différentes. Le médicamenteux.6 Sur un autre plan, une étude
visage est le centre de l’identité, l’interface privi- explorant une cohorte de patients 5 ans après leur
légiée de la relation sociale. La chirurgie de réduc- rhinoplastie n’a pas montré que la demande de
tion mammaire, la liposuccion et la plastie abdomi- rhinoplastie était le symptôme précoce d’une ma-
nales sont souvent liées à des problèmes de ladie psychiatrique sévère.35
surpoids et indirectement à des problèmes fonc-
tionnels. Ainsi les résultats de la chirurgie esthéti-
que générale ne sont pas directement extrapola- Conclusion
bles à la chirurgie esthétique faciale. De même une
distinction devrait théoriquement être faite entre En guise de conclusion, nous voudrions insister sur
la chirurgie d’embellissement facial et la chirurgie trois aspects importants.
de rajeunissement. Sur cet aspect, les données sont Tout d’abord, au vu des résultats de la recherche
encore très fragmentaires. évaluative, on conçoit que la chirurgie esthétique
La population candidate à une chirurgie esthéti- est un acte médical à part entière puisqu’il peut se
que faciale a des indices de dépression supérieurs à révéler thérapeutique.
la population générale.9 La chirurgie esthétique Par ailleurs, la recherche évaluative en chirurgie
faciale n’améliore pas les indices de dépression.10 esthétique n’en est qu’à ses prémices. Des études
Les réactions dépressives sont fréquentes après une beaucoup plus fines seront réalisées dans les an-
chirurgie esthétique (notamment le lifting37). Il nées à venir. Elles auront notamment pour objectif
s’agit le plus souvent d’une intensification passa- de comparer des procédures chirurgicales en utili-
gère de symptômes préopératoires.37 En revanche, sant comme outil de mesure des échelles d’évalua-
elle améliore indiscutablement la confiance en soi tion, de telle sorte que des rapports bénéfice/
qu’il s’agisse de la chirurgie de rajeunissement37 ou risque puissent être calculés.
celle d’embellissement. Il en va de même pour Enfin, il semble indispensable pour le profession-
l’estime de soi33 et bien entendu pour ce que l’on nel qui s’oriente vers la chirurgie esthétique d’avoir
pourrait qualifier le bien-être psychologique glo- une formation initiale et continue sur les données
bal.15 Elle améliore statistiquement les scores des de la recherche évaluative. Un chirurgien orthopé-
échelles d’image corporelle, notamment dans le diste, cardiaque, ou viscéral est capable d’évaluer
domaine de la rhinoplastie.19 Elle améliore la cohé- le bénéfice de ses interventions. Il devrait en être
rence entre l’image corporelle faciale et l’image de même dans le domaine de la chirurgie esthéti-
corporelle globale, cette dernière étant souvent que. Cela n’exclut pas le recours ponctuel à un
bonne.25 Il existe une corrélation entre l’améliora- psychiatre.
Recherche évaluative en chirurgie esthétique maxillofaciale 333
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EMC-Dentisterie 1 (2004) 334–344
www.elsevier.com/locate/emcden
MOTS CLÉS Résumé L’indication des examens d’imagerie dentofaciale doit être parfaitement posée
Anomalies dentaires ; en fonction du type et de la localisation de la lésion afin d’apporter la réponse la plus
Lésions du maxillaire ;
adaptée et la plus précise à un problème donné. Ce chapitre décrit les principes
Imagerie dentofaciale
d’interprétation radiographique, les anomalies dentaires, les pathologies dentaires, les
lésions des maxillaires y compris l’articulation temporomandibulaire.
© 2004 Elsevier SAS. Tous droits réservés.
KEYWORDS Abstract Guidelines for prescribing dental radiography are necessary in order to warrant
Dental abnormalities; the most adapted and the most precise approach to a given problem. This chapter
Jaw’s lesions; describes the principles of radiographic interpretation, various dental abnormalities and
Odontics imaging diseases, and lesions of the jaws (the temporomandibular joint is included).
© 2004 Elsevier SAS. Tous droits réservés.
rie maxillofaciale doivent être réalisés avec le entre l’arcade supérieure et l’arcade inférieure
consentement éclairé de la patiente et avec la mise dans le sens antéropostérieur alors que la classifi-
en place d’un tablier de protection sur le ventre. cation de Balard étudie les rapports osseux entre le
maxillaire et la mandibule :
Bilan orthodontique (Fig. 1, 2)5,6 • classe I : c’est une occlusion engrenée avec une
canine inférieure et une première molaire infé-
Classes d’angle rieure mésialisées d’une demi-dent par rapport
Le télécrâne de profil permet de définir la classifi- à leurs homologues supérieures ;
cation d’angle et la classification de Balard. Les • classe II : la canine supérieure et la première
classes d’angle déterminent la relation dentaire molaire supérieure sont mésialisées d’une
demi-dent par rapport à leurs homologues infé-
rieures (division 1 : vestibuloversion des incisi-
ves supérieures, division 2 : palatoversion des
incisives supérieures) ;
• classe III : il existe une augmentation de la
mésio-occlusion de la première molaire infé-
rieure par rapport à la classe I avec générale-
ment une occlusion inversée du secteur anté-
rieur, les incisives antérieures étant en
situation postérieure par rapport aux incisives
inférieures.
Ces différentes classifications sont mieux visua-
Figure 1 Canine incluse bloquée par un composé odontoïde lisées par le télécrâne de profil qui permet égale-
(reconstruction 3D). ment des analyses céphalométriques standardisées
336 G. Teman et al.
Anomalies de position
En ce qui concerne les anomalies de position, on
différencie les anomalies au niveau de crête, telles
que le diastème ou la transposition qui correspond
à une inversion de situation entre deux dents des
anomalies éloignées de la crête (ectopie et dent
incluse). Il est important de localiser la dent incluse
et d’étudier ses rapports avec les dents adjacentes
et les sinus maxillaires pour l’arcade du haut ; il est
indispensable de connaître, au niveau de la mandi-
bule, les rapports des dents incluses dans les sec-
teurs postérieurs (38 et 48), avec le canal mandibu-
laire. Si 38 et 48 doivent être extraites et se
projettent sur le cliché panoramique en regard du
canal mandibulaire, un complément tomodensito-
métrique (TDM) apparaît nécessaire pour détermi-
Figure 2 Le scanner permet de localiser de façon précise les ner avec précision la situation vestibulolinguale du
rapports du canal mandibulaire avec les racines des dents de canal mandibulaire et surtout l’importance du
sagesse ; dans ce cas, le canal mandibulaire est au contact des
contact entre les racines et le canal mandibulaire.
apex de 48, s’insinuant entre les racines vestibulées et la racine
linguale. L’examen d’imagerie permettra de déterminer par-
fois la cause de l’inclusion (malposition dentaire ou
les plus connues étant celles de Steiner, de Wits, de manque de place dans le cadre d’une dysharmonie
Tweed et de Ricketts. Actuellement, il existe des dentomaxillaire) ; une ankylose pourra être suspec-
programmes informatiques permettant une analyse tée en cas d’absence d’espace périradiculaire et
céphalométrique quasi immédiate, en plaçant les d’une dédifférenciation entre le cément et la spon-
points et plans céphalométriques. gieuse. Il faudra enfin rechercher les complications
secondaires aux dents incluses telles que les réper-
Anomalies morphologiques dentaires cussions sur les dents voisines (résorption de la
Les anomalies morphologiques dentaires les plus racine, déplacement de la dent, gêne à l’éruption
fréquentes sont : la microdontie (12, 18, 22, 28), la d’une dent adjacente). La dent incluse peut être un
macrodontie (11, 21) le taurodontisme (35, 36, 45, facteur prédisposant à la formation d’un kyste ou
46), la dilacération (distorsion de la dent), la fusion même d’une tumeur. Le scanner, dans le cadre
(11-12, 21-22), la concrétion (union des racines de d’une dent incluse, doit toujours comporter un
deux dents par une masse cémentaire) et la « dens Dentascan ainsi qu’une reconstruction 3D.
in dente » (invagination d’une microdent sur une Les anomalies dentaires, en nombre ou en posi-
dent) (12-22). tion, peuvent être associées à des malformations
Les autres anomalies sont des anomalies plus faciales, la plus connue étant la fente palatine qui
localisées et plus parcellaires telles que des anoma- peut être unilatérale ou bilatérale, médiane ou
lies de couronnes ou de racines (par exemple la paramédiane. Les reconstructions TDM en 3D per-
rhizalyse qui correspond à une résorption plus ou mettent au chirurgien d’appréhender, après préci-
moins complète d’une racine). sion, la malformation à « réparer ».
Pathologie infectieuse (Fig. 6, 7)7 est une lacune de plus petite taille que le kyste, en
forme de goutte d’eau et correspondant à un phé-
On différencie les lésions infectieuses dentaires, nomène de défense d’une dent mortifiée. Le trai-
des lésions péridentaires intéressant les tissus de tement peut parfois être chirurgical par résection
soutien des dents, l’os ou les parties molles. apicale.
La péricoronarite est une inflammation du capu-
Caries chon péricoronaire pour une dent incluse, pouvant
Les caries sont des zones de décalcification nécro- grossir et se transformer en kyste péricoronaire.
tique créant une lacune de bords flous au niveau de Les infections plus diffuses telles que les celluli-
la couronne, du collet, parfois des racines au pano- tes et les abcès pour les parties molles montrent en
ramique dentaire ou au cliché rétrocoronaire et échographie et en scanner un feutrage tissulaire
rétroalvéolaire. Il faut faire attention de ne pas avec des zones d’aspect liquidien en cas d’abcès.
diagnostiquer une carie devant une fine image en Les ostéites ont la même sémiologie radiologique et
demi-teinte en périphérie de la dent car il existe tomodensitométrique que sur le reste du corps. Ce
des fausses images radiologiques dues à des effets sont des lésions de siège ubiquitaire, dans un
de bord ; la confrontation à l’examen clinique est contexte clinique inflammatoire. Leur aspect ra-
alors indispensable. L’examen tomodensitométri- diologique se traduit par une modification de la
que a peu d’intérêt dans une recherche de caries. texture osseuse avec des zones de résorption, des
séquestres, des plages hétérogènes de bords flous,
Infection péridentaire parfois associées à des appositions périostées.
L’infection péridentaire va de la simple desmodon-
tite qui provoque un élargissement du ligament Pathologies buccosinusiennes
alvéolodentaire, au kyste apicodentaire qui donne Les infections sinusiennes maxillaires, surtout si
une lacune finement cerclée périapicale, les raci- elles sont unilatérales, peuvent avoir une origine
nes pouvant se résorber. Le granulome périapical dentaire. La forme la plus habituelle de sinusite
maxillaire d’origine dentaire provient d’une lésion
osseuse périapicale en regard d’une prémolaire ou
d’une molaire du maxillaire ; la corticale de l’in-
frastructure du sinus maxillaire peut alors être
déformée, refoulée vers le haut, amincie et même
déhiscente en regard de la lésion périapicale. Le
scanner permet au mieux, avec des reconstructions
Dentascan, de visualiser la morphologie de la corti-
cale du bas-fond du sinus maxillaire ainsi que le
retentissement inflammatoire du sinus maxillaire
contigu à la lésion dentaire. Les deux autres causes
de sinusite d’origine dentaire à connaître sont la
communication buccosinusienne, et la présence
Figure 6 Communication buccosinusienne avec comblement in-
d’un corps étranger d’origine dentaire (le plus sou-
flammatoire du sinus maxillaire. vent de la pâte dentaire). Elles sont diagnostiquées
par l’exploration conjointe clinique et tomodensi-
tométrique.
La communication buccosinusienne est due à un
defect du bas-fond sinusien rompant la barrière
naturelle entre la bouche et le sinus maxillaire. Elle
crée une infection et un comblement du sinus
maxillaire ; si la transparence du sinus maxillaire
est respectée, cela signifie qu’il persiste une bar-
rière muqueuse même si la paroi osseuse est déhis-
cente. La communication buccosinusienne est sou-
vent secondaire à une extraction dentaire difficile
ayant créé une brèche dans la paroi du sinus maxil-
laire ; il faudra également rechercher un fragment
migré de la dent extraite dans le sinus. La présence
d’un corps étranger en situation intrasinusienne
Figure 7 Ostéite ; la texture osseuse est hétérogène. provoque des complications inflammatoires ou in-
Stratégie des explorations en imagerie maxillofaciale 339
compte tenu d’un facteur d’agrandissement cons- met de s’affranchir des artéfacts métalliques. Tou-
tant. Il ne permet pas une étude dans le plan tefois, il est moins précis que le scanner en raison
vestibulopalatin ou lingual. d’un facteur d’agrandissement constant et d’une
résolution spatiale moins bonne.
Scanora
Il permet de réaliser des radiographies panorami- Télécrâne de profil
ques et des tomographies perpendiculaires à la Il permet une étude complémentaire de la zone
courbure des maxillaires. Dans certains cas, il per- édentée notamment au niveau symphysaire.
342 G. Teman et al.
Scanner
Le scanner, associé au Dentascan, est maintenant
reconnu comme l’examen d’imagerie de référence Figure 16 Modèle implantaire positionné sur les reconstructions
en implantologie orale (intérêt médicolégal). Il coronales obliques.
permet une étude anatomique fiable et précise :
Dans le Dentascan classique
pas de déformation, ni de facteur d’agrandisse-
Les coupes réalisées à l’aide du logiciel de recons-
ment et étude dans les trois plans de référence.
truction sont coronales obliques, verticales, per-
pendiculaires à un axe de référence tracé sur le
Guide d’interprétation d’un scanner dentaire
topogramme en vue occlusale. On sélectionne en-
dans le cadre du bilan préimplantaire
suite le secteur à implanter, puis on repère le
Il faut différencier le Dentascan classique du Den- numéro de la coupe coronale oblique correspon-
tascan angulé. dant à ce secteur. Sur la coupe coronale oblique, on
Stratégie des explorations en imagerie maxillofaciale 343
mesure successivement l’épaisseur de crête et la anatomique selon l’axe d’implantation prévu par le
hauteur d’os disponible qui, pour le maxillaire, va guide. Son intérêt est plus net sur les repères en
jusqu’aux corticales des fosses nasales ou de l’in- regard du foramen mentonnier : une angulation
frastructure du sinus maxillaire (en fonction du site mésiale d’un guide peut rendre l’axe chirurgical à
antérieur ou postérieur) ; pour la mandibule, on distance du foramen mentonnier et du canal man-
repère la hauteur maximale d’os disponible par dibulaire. Les guides sont radio-opaques, sans gé-
rapport à la corticale basilaire et le foramen men- nérer d’artéfacts et avec une longueur suffisam-
tonnier pour les secteurs antérieur et prémolaire et ment grande (5 mm) pour créer l’axe chirurgical
par rapport à la corticale supérieure du canal du (par exemple, tube en titane).
nerf alvéolaire pour le secteur molaire. Les mesu-
res doivent être effectuées jusqu’à la crête ; quand Denta PC™ ou S implant™
elle est amincie, elles sont faites avec une épais- Il s’agit d’un logiciel destiné au chirurgien. Chaque
seur virtuelle de 5 mm. On doit également considé- dossier est stocké dans un support type disquette
rer une éventuelle coudure ou angulation de l’os ou cédérom. Ses intérêts sont la simulation implan-
disponible. Au niveau mandibulaire, le repère du taire. On peut placer un implant virtuel sur les
canal du nerf alvéolodentaire inférieur – canal man- coupes réalisées dans les trois plans de l’espace
dibulaire – est donc fondamental. Il ne doit pas être tout en faisant varier l’axe et les dimensions de cet
confondu avec une simple image géodique sus- ou implant, et prévoir plusieurs plans de traitement
sous-jacente. Le meilleur moyen de le repérer pour choisir le compromis le plus adapté en fonc-
quand la corticale n’est pas visible, est de le re- tion du projet prothétique et du volume osseux
trouver sur des coupes adjacentes ; ainsi, par extra- disponible. Il aide également à l’analyse de la qua-
polation, la position exacte du canal peut être lité de l’os dans la zone d’ostéo-intégration. L’im-
retrouvée. Le temps suivant constitue une étude pression de document se fait en grandeur réelle.
volumique en tenant directement compte du mo- Par ailleurs, le support numérique permet l’archi-
dèle de l’implant qui va être utilisé. L’implant vage et la télétransmission.
étant figuré en taille réelle sur un calque, on s’as-
sure successivement des impératifs suivants : Perspectives
• l’implant doit avoir son « apex » à distance Citons la navigation chirurgicale et l’utilisation de
supérieure ou égale à 2 mm de la corticale la robotique dans la mise en place des implants.
supérieure du canal mandibulaire ;
• il doit exister une bande d’os de 1 mm autour
de l’implant. On s’en assure donc en évaluant
la quantité d’os autour de l’implant sur la
coupe centrale ainsi que sur la coupe adja-
cente mésiale et distale ; il s’agit donc d’une
étude volumique sur 6 mm en mésiodistal (cha-
Figure 17 Implant mal positionné dans le canal mandibulaire.
cune des coupes fait 2 mm d’épaisseur).
La densité osseuse est estimée de façon subjec-
tive sur le Dentascan. Elle est calculée de façon
objective grâce au logiciel Denta PC™.
• On classe cette densité en quatre types :
• type I : os corticalisé ; spongieuse hyperdense ;
• type II : os corticospongieux dense ; corticales
épaisses ;
• type III : os corticospongieux peu dense avec
corticales fines ;
• type IV : importante raréfaction osseuse avec
corticales fines.
Bilan postimplantaire (Fig. 17, 18) 4. White SC, Pharoah MJ. Oral radiology. Principles and
En l’absence de complication, le contrôle s’effec- interpretation. Saint-Louis: CV Mosby; 2000.
5. Bassigny F. Manuel d’orthopédie dento-faciale. Paris:
tue à l’aide d’un panoramique et de clichés rétroal-
Masson; 1991.
véolaires. En cas de complication (douleur, infec- 6. Sassouni V. Orthodontics in dental practice. Saint-Louis:
tion, anesthésie) le meilleur examen de contrôle CV Mosby; 1971.
est le scanner. Il permettra de préciser l’état de 7. Stockdale CR, Chandler NP. The nature of the periapical
l’implant, sa localisation et ses rapports (avec le lesion: a review of 1108 cases. J Dent 1988;16:123.
canal mandibulaire ou le sinus maxillaire), l’état de 8. Martin-Duverneuil N, Chiras J. Imagerie maxillo-faciale.
l’os péri-implantaire (signes d’ostéolyse), la pré- Paris: Flammarion; 1997.
9. Sarazin L, Teman G, Lacan A, Sarazin G. Indications du
sence d’une fistule, d’une encoche corticale, d’un Dentascanner en odontologie. Rev Odontostomatol 2002;
foyer infectieux. 31:109–123.
10. Andreasen JO, Andreasen FM. Essentials of traumatic inju-
ries to the teeth. Copenhagen: Munksgaard; 1990.
Références 11. Lacan A. Nouvelle imagerie dentaire. Paris: CDP; 1993.
12. Lacan A. Interprétation d’un examen scanner. Dentascan
1. Chomenko AG. Atlas for maxillofacial pantomographic en implantologie dentaire. Alternatives février 1999(n°1).
interpretation. Chicago: Quintessence Publishing; 1985. 13. Lacan A, Teman G. Étude de la densité osseuse. Intérêt du
2. Goaz P, White SC. Oral radiology, principles and interpre- logiciel Denta PC. Alternatives mai 1999(n°2).
tation. Saint-Louis: CV Mosby; 1987. 14. Treil J, Escude B, Cavezian R, Pasquet G. L’imagerie en
3. Teman G, Lacan A, Sarazin L. Imagerie maxillo-faciale coupes en implantologie: tomodensitométrie avec logiciel
pratique. Paris: Quintessence International; 2002. spécifique. Actual Odontostomatol 1993;181:73–89.
EMC-Dentisterie 1 (2004) 345–348
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Qualités d’un certificat médical à usage Description des lésions et des signes
médico-légal
C’est le temps capital de l’examen. C’est la consi-
Ce type de document doit être : gnation d’un état constaté. Il engage le praticien.
• méthodique, complet et concis ; Sont notés :
• précis. Il doit tout relater sans phrases inuti- • l’aspect général de la victime ;
les ; • toutes les lésions traumatiques observées sont
• clair et explicite. Destiné à des personnes qui décrites complètement et rigoureusement.
ne sont pas forcément des médecins ou des Certaines lésions qui semblent paraître sans
odontologistes, il doit être compréhensible par importance lors de l’examen peuvent, dans un
tous. second temps, entraîner des conséquences
Il faut « tout dire brièvement, le dire bien et graves et soulever des discussions médico-
nettement ». légales dès lors qu’elles ne seraient pas notées
Il décrit un fait médical. Il doit toujours être sur le document initial ;
rédigé sur papier libre après l’examen du blessé. • la nature, la localisation et l’intensité des dou-
leurs doivent être consignées ;
• les gênes fonctionnelles sont notées après ana-
lyse ;
Rédaction du certificat initial
• les fractures osseuses et dentaires, les plaies,
les luxations sont décrites minutieusement. Il
Le certificat comporte plusieurs rubriques.
convient d’indiquer si des examens radiologi-
• Nom prénom, qualités, adresse du praticien,
ques ont été réalisés. Le praticien doit inter-
éventuellement sa spécialité. La seule spécia- préter les clichés. « Une fracture de... est
lité reconnue actuellement étant l’orthodon- visible radiologiquement sur le cliché réa-
tie. lisé... » ;
• Nom, date de naissance, domicile de l’inté- • la conduite d’urgence qui a été tenue ou reste
ressé. à tenir. L’intervention qui a été pratiquée en
Afin d’éviter de rédiger un faux certificat, le urgence est également consignée (extraction,
praticien doit s’entourer de précautions en préci- obturation canalaire, contention, suture...).
sant qu’il transcrit des renseignements émanant Le certificat initial doit aussi préciser une durée
des déclarations recueillies par la victime elle- de l’incapacité temporaire totale (ITT) ou l’incapa-
même ou de ses représentants légaux (si la per- cité temporaire de travail si nécessaire. Cette du-
sonne est mineure ou incapable). Dans la pratique, rée est évaluée en nombre de jours, de semaines ou
des accompagnateurs présents à l’examen tentent de mois. Ce chiffrage capital peut avoir des consé-
parfois de prendre la parole à la place des intéres- quences désastreuses pour l’auteur d’un accident si
sés eux-mêmes. l’ITT est mal évaluée. Notons que dans les services
• Dans le même souhait d’objectivité, l’énoncé d’urgences et plus précisément les services d’ur-
des signes fonctionnels est rédigé sous forme gences médico-judiciaires (dans les grands cen-
de dires. Monsieur ou Madame X qui me dit... tres), les praticiens évaluent l’ITT plus justement
souffrir... constater... que la plupart des praticiens libéraux. Ces derniers
• Le lieu où l’examen est pratiqué, la date et parfois, par manque d’habitude, et par souci de ne
l’heure sont consignées. pas « déplaire » à leurs patients gratifient ces
derniers de jours d’ITT sans réel rapport avec l’im-
portance des dommages. Ils ignorent là, que des
Rédaction du certificat avocats peuvent s’emparer de ces documents pas
forcément justifiés médicalement et conduire des
Elle peut être la suivante : personnes jusqu’à l’incarcération. La bienveillance
excessive n’est pas forcément en harmonie avec
« Je soussigné Dr..., chirurgien-dentiste, exer- l’objectivité élémentaire demandée lors de la ré-
çant à .... daction de ce certificat.
Certifie avoir examiné en urgence ... La date de l’établissement du certificat est no-
un blessé qui me dit être Mr ..., né le ... habi- tée en toutes lettres. La signature est manuscrite.
tant ... Le certificat médical initial est remis en mains
Et qui me déclare avoir été victime de ... (acci- propres à la victime ou à ses représentants légaux.
dent, agression ...) le ... à .... Il est indiqué de terminer la rédaction du certificat
L’examen a eu lieu le .... à .... » par la formule :
Certificat médical initial en odontologie 347
du Code pénal par les ordonnances des 4 juin et le blessé. C’est le constat de base. Il doit être
24 août 1960, afin de réserver les rigueurs de la loi condensé et précis. Il rapporte un ensemble de
aux infractions les plus graves et notamment de dires et de faits.
porter devant les tribunaux de police la plus grande Les dires : ce sont les déclarations du blessé
partie des affaires de coups et blessures involontai- auquel il est demandé de répondre aux questions :
res. Les praticiens, pour ces raisons, doivent être • qui ? Quoi ? Quand ? Où ? Comment ? Par qui ?
très stricts dans l’évaluation de l’incapacité totale Par quoi ?
de travail. Notons que les tribunaux ne sont nulle- • C’est aussi la description des signes fonction-
ment liés par les certificats médicaux qui sont nels. Ces éléments sont notés par le rédacteur
versés aux débats par les victimes (Max Le Roy. du certificat sous la totale responsabilité du
L’évaluation du préjudice corporel. Treizième édi- demandeur.
tion. Litec ; p. 23-24). Les faits : ce sont les constatations médicales et
odontologiques.
Code civil et ITT Elles prennent en compte l’examen clinique ob-
jectif :
Sur le plan des intérêts civils le problème est très
• la conduite d’urgence qui a été tenue ;
différent. Ici, il faut tenir compte de nombreux
• les faits cliniques sont décrits sous la responsa-
éléments qui peuvent influer spécifiquement sur la
bilité du praticien. Ce sont des éléments tech-
durée de l’incapacité.
niques et médicaux qui permettront d’éclairer
En odontologie, la gravité d’une blessure et ses
un expert sur l’existence d’un état antérieur.
conséquences professionnelles peuvent différer
Les examens complémentaires radiologiques et
d’une profession à l’autre. L’activité du blessé peut
photographiques, surtout depuis l’avènement de la
être totalement interrompue dans certains cas
photographie numérique sont actuellement d’un
pour, par exemple, la fracture de dents antérieures
grand secours.
(artistes, présentateurs de télévision, vendeurs...).
À la suite de ces constatations, le praticien devra
À l’inverse, certains métiers peuvent être exercés
se déterminer sur la durée de l’ITT.
alors que le dommage est similaire.
Le certificat médical initial est une pièce fonda-
mentale. Il est déterminant pour un expert afin
Conclusion d’établir l’imputabilité d’un dommage dont les sé-
quelles éventuelles pourront faire l’objet d’une
La rédaction du certificat médical initial est un indemnisation. Il permet à une juridiction pénale
acte très engageant pour le praticien, comme pour d’appliquer une peine.
EMC-Dentisterie 1 (2004) 349–360
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MOTS CLÉS Résumé Le développement des parodontopathies est en relation avec la présence de
Hygiène plaque dentaire (ou biofilm). L’accumulation de ces dépôts bactériens crée une niche
buccodentaire ; écologique où chaque espèce bactérienne va pouvoir se développer, favorisant ainsi une
Brosse à dents ; flore pathogène pour le parodonte. Si le travail du chirurgien-dentiste consiste à éliminer
Fil dentaire ;
les dépôts tartriques et bactériens de manière mécanique ou chirurgicale, il doit
Brossage ;
Révélateur de plaque
également enseigner au patient les techniques d’hygiène buccodentaire à appliquer
dentaire ; quotidiennement. Cet enseignement répondra à trois objectifs : le matériel disponible,
Phase de soutien l’utilisation de ce matériel et l’adaptation à la situation clinique propre à chaque patient.
Associé à un entretien professionnel régulier, l’hygiène buccodentaire individuelle doit
permettre de maîtriser l’évolution des parodontopathies et demande un contrôle perma-
nent de la part du patient et du praticien.
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KEYWORDS
Abstract Periodontitis development is related to the presence of dental plaque (biofilm).
Oral hygiene Bacterial deposit accumulation creates an ecological niche where each bacterial species
procedure; will be able to grow, promoting the development of a pathological periodontal flora.
Toothbrush; Dental surgery has to eliminate, mechanically or surgically, calculus and bacterial
Dental floss; deposits, but the surgeon must also teach the patient daily oral hygiene procedures. This
Teeth brushing; information must be adapted to the nature of the available material, its utilisation, and
Disclosing agents; the adequacy of its use regarding the specific clinical situation of the patient. Associated
Supportive care with regular professional cleaning interventions, individual oral hygiene procedures must
allow controlling periodontitis evolution; it necessitates permanent follow-up by both the
patient and the practitioner.
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que la plus couramment utilisée soit une technique Il existe une multitude de brosses à dents, mais
de brossage horizontal, pendant un laps de temps avec pour chacune une conception différente, tant
trop court, la durée idéale reconnue par les profes- dans le matériau que dans la présentation (Fig.
sionnels étant de deux minutes par jour.11 4,5).
Parmi les brosses à dents disponibles actuelle-
Brosse à dents ment sur le marché, on ne peut affirmer avec
Il arrive encore, pour des raisons économiques ou certitude qu’une possède toutes les qualités requi-
d’éducation, qu’une même brosse à dents soit uti- ses ou est supérieure aux autres.
lisée par toute la famille ! et que la notion d’usure Certaines formes visaient à atteindre toutes les
ne soit pas comprise par tous les patients (Fig. 2). faces dentaires en même temps (Fig. 6) et en
multipliant la direction des rangées de poils (Fig.
Idéalement, quels sont les critères de qualité 7), un meilleur accès aux surfaces proximales a été
d’une brosse à dents (Fig. 3) ? recherché.
Ils ont été définis lors du Workshop européen sur En ce qui concerne la densité idéale et la dureté
le Contrôle de Plaque :12 des poils, peu de différences sont trouvées d’un
• avoir une taille adaptée à l’âge du patient et à point de vue clinique quant à leur efficacité à
sa dextérité ; éliminer la plaque dentaire.
• avoir une taille adaptée à la bouche du patient ; De toutes les études, bien souvent à court terme
• avoir des poils en nylon ou polyester dont les et impliquant des patients particulièrement moti-
pointes sont arrondies avec un diamètre de vés comme des étudiants en chirurgie dentaire, il
20/100 de millimètres au maximum ; ne ressort pas une brosse à dents idéale ; en fait, la
• avoir une douceur de poils compatible avec les meilleure brosse à dents sera celle utilisée de la
normes internationales (normes ISO) ;
• avoir des extrémités de poils favorisant l’élimi-
nation de la plaque dentaire dans les espaces
proximaux et le long de la gencive marginale.
Technique de Bass
C’est l’une des plus conseillées. Elle consiste à
positionner la tête de la brosse à 45 degrés par
rapport à la couronne dentaire (Fig. 8), les poils
Figure 7 Brosse avec plusieurs directions pour les poils.
Techniques de brossage
Il existe de nombreuses méthodes de brossage, cha-
cune prenant en compte un aspect particulier des
recommandations visant à éliminer la plaque den-
taire. La meilleure méthode de brossage pourrait
être définie comme celle contribuant à l’élimina-
tion d’un maximum de plaque dentaire en un mini-
mum de temps, sans causer de lésions tissulaires.14
Technique horizontale
La tête de la brosse est positionnée perpendiculai-
rement à la surface externe de la dent et des
mouvements horizontaux sont appliqués au man-
che ; les surfaces occlusale, linguale et palatine
sont brossées bouche ouverte et la surface vestibu-
laire bouche fermée.
C’est la technique la plus utilisée par les patients Figure 8 Angulation de la brosse à 45° par rapport à la couronne
car la plus facile, mais pas la plus efficace ! dentaire.
Prophylaxie des parodontopathies et hygiène buccodentaire 353
Figure 18 Tube de fil dentaire. Figure 20 Fil dentaire permettant de passer sous les intermé-
diaires de bridge.
Bâtonnets interdentaires
Généralement constitués à partir d’un bois tendre,
de forme triangulaire, les bâtonnets interdentaires
sont plus utilisés que le fil dentaire car plus mania-
Figure 19 Porte-fil. bles (Fig. 22). On les préférera dans les zones où la
papille gingivale est rétractée, donnant ainsi plus
de travail, le fil devant être utilisé après le bros- facilement accès aux surfaces dentaires. En revan-
sage et devant un miroir. Il est bien souvent consi- che, leur utilisation chez des patients indemnes de
déré par les patients comme l’instrument néces- rétraction gingivale peut entraîner une perte d’at-
saire au nettoyage des « aliments » restés entre les tache pouvant atteindre 2 mm, perte inesthétique
dents, mais cette interprétation est erronée et doit surtout dans les régions antérieures.
être signalée de façon positive avec démonstration
à l’appui (Fig. 21). Brossettes interdentaires
Un doute subsiste cependant quant à l’utilisation Présentées au début de leur fabrication comme une
régulière du fil dentaire chez les patients au paro- alternative aux bâtonnets interdentaires, les bros-
donte sain et sans perte de papille,20 et chez les settes sont devenues des éléments importants dans
Prophylaxie des parodontopathies et hygiène buccodentaire 357
Figure 26 Révélateur à base de fluorescéine en bouche sans Figure 28 Mise en évidence de la colonisation bactérienne de la
lampe UV. langue par un révélateur de plaque dentaire à base de fluores-
céine et utilisation d’une lampe UV.
Figure 29 Gratte-langue.
Dentifrices
Les dentifrices sont toujours considérés par les
patients comme l’élément le plus important dans la
Figure 27 Mise en évidence de la plaque dentaire après utilisa-
tion de la lampe UV. recherche d’une hygiène buccodentaire parfaite,
bien souvent à cause de la médiatisation qui en est
Si l’utilisation du révélateur de plaque dentaire a faite. Dans le but d’éliminer la plaque dentaire, des
une importance dans les premiers temps dans la éléments abrasifs pour leur action mécanique ou du
mise en évidence de cette plaque, il peut devenir fluor pour son action chimique ont été incorporés
après un certain temps un contrôle pour le patient, depuis de nombreuses années aux pâtes dentifri-
contrôle de la qualité du nettoyage effectué. ces.
Actuellement, et dans le souci de prévenir le
Hydropulseurs développement des maladies parodontales, sont
incorporées des substances antibactériennes, anti-
Leur fonctionnement consiste en une propulsion tartre ou avec des propriétés désensibilisantes.
d’eau ou de solutions antiseptiques, mais leur ac- Malheureusement, leur efficacité n’est pas prouvée
tion est assez limitée. Cependant, il peut aider les de façon évidente, bien souvent à cause des agents
patients porteurs de bridge notamment, à éliminer (détergents ou parfums) qui leur sont associés. La
les éventuels débris alimentaires dans les zones chlorhexidine et le triclosan sont les substances
postérieures difficiles d’accès. chimiques les plus couramment utilisées, mais l’ef-
ficacité à long terme n’est pas prouvée, notam-
Gratte-langue ment sur l’aggravation des parodontites actives.21
La face dorsale de la langue abrite une flore bacté- Les dentifrices « antitartre » où l’on retrouve des
rienne en quantité énorme, qui peut servir de point pyrophosphates dans la composition sont essentiel-
de départ de la colonisation des différents sites de lement actifs sur la formation du tartre supragingi-
la cavité buccale (Fig. 28). Si les résultats ne sont val.
pas concluants en ce qui concerne la diminution de
la formation de la plaque dentaire, le brossage ou Bains de bouche
le grattage de la langue de façon régulière inter- La multitude des bains de bouche disponibles sur le
viennent cependant dans la diminution de l’hali- marché avec chacun une action spécifique ne doit
tose, due à des composés volatils sulfurés (Fig. 29). pas cacher leur action thérapeutique ; à cet égard,
Prophylaxie des parodontopathies et hygiène buccodentaire 359
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RESTAURATION FONCTIONNELLE
MOTS CLÉS Résumé L’ajustement occlusaI a pour but d’obtenir une occlusion stable et fonction-
Occlusion ; nelle. L’examen anatomique et fonctionnel de l’occlusion est établi au travers de
Ajustement occlusal ; l’évaluation de la position mandibulaire (physiologique ou d’adaptation), de l’intercuspi-
Position mandibulaire dation maximale (PIM), des surplombs et recouvrements (overjet et overbite) de toutes
de repos les dents, de l’étude de la profondeur cuspidienne et des courbes occlusales. La situation,
la direction et la profondeur des facettes d’usure permettent de différencier l’usure
physiologique, due à la mastication, de l’usure parafonctionnelle due au bruxisme.
L’examen est complété par la recherche des interférences occlusales et des parafonctions
orofaciales (Iinguales et labiales) qui peuvent compliquer le cadre cIinique. La valeur du
décalage existant entre la position mandibulaire physiologique et la position d’intercus-
pidation habituelle conditionne la première phase thérapeutique. Si le décalage est égal
ou inférieur à 1 mm, les précontacts sont effacés mais la PIM du patient conservée. Si le
décalage est supérieur à 1 mm, la correction nécessite une modification de la PIM du
patient. Cette première phase est suivie par l’ajustement des trajets fonctionnels et si
nécessaire par la correction des fonctions orofaciales.
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KEYWORDS Abstract The goal, for occlusal adjustment, is to ensure stable and functional occlusion.
Occlusion; Anatomical and functional examination of the occlusion is performed by assessing the
Occlusal adjustment; mandibular position (physiological position or adaptative position), maximal intercuspi-
Rest mandible position dation, all teeth overjets and overbites, cuspid depth and occlusal curves. The localiza-
tion, direction, and depth of wear facets allows differentiating mastication-induced
physiological erosion from bruxism-induced para-functional erosion. As complementary
examination, a screening for occlusal interferences and orofacial (lingual and labial)
parafunctions that may constitute a complication of the clinical presentation. The value
of the shift between the physiological mandible position and the habitual intercuspidation
position is the basis of the first therapeutic phase. In case of a shift ≤ 1 mm, precontacts
are removed but the maximal intercuspidation is preserved. If the shift is > 1 mm,
correction necessitates a modification of patient’s maximal intercuspidation. This first
phase is followed by the adjustment of functional courses and, if necessary, by the
correction of orofacial functions.
© 2004 Elsevier SAS. Tous droits réservés.
* Auteur correspondant.
Adresse e-mail : [email protected] (C. Bodin).
1762-5661/$ - see front matter © 2004 Elsevier SAS. Tous droits réservés.
doi: 10.1016/j.emcden.2004.07.003
362 C. Bodin et al.
dents en contact influe directement sur la stabilité trajet fonctionnel. Cet examen permet de distin-
occlusale, c’est pourquoi les béances et inocclu- guer7,13,15 :
sions dentaires sont soigneusement repérées. La • la ou les dents qui assurent le trajet fonctionnel
surface, l’intensité et la distribution spatiale des au plus près de la PIM ;
points de contact7,14,15 sont donc examinées. La • les dents qui ne jouent qu’un rôle de fonction-
stabilité occlusale est obtenue au travers de la relais ;
répartition bilatérale de points de contacts puncti- • les dents qui n’entrent pas dans la fonction mais
formes et d’intensité égale7,16 : l’irrégularité peut sont exclusivement le siège des points de
expliquer une instabilité de l’occlusion. contacts d’intercuspidation.
Toutefois, l’évaluation de la PIM est sujette à
discussion car elle peut être le résultat d’une adap- Examen de la profondeur cuspidienne
tation de la position mandibulaire. Il est donc indis-
pensable de réévaluer la distribution des points de Il est indispensable de confronter les valeurs des
contacts, l’aspect des courbes occlusales et la va- surplombs immédiats et des recouvrements anté-
leur des overjet et overbite après avoir retrouvé rieurs (overjets immédiats et overbites antérieurs)
une PIM physiologique. En revanche, les résultats à la profondeur cuspidienne des dents cuspidées.
sur la profondeur cuspidienne et sur les facettes Dans le cas d’un déterminant antérieur faible asso-
d’usure sont des valeurs anatomiques indépendan- cié à une profondeur cuspidienne marquée, il est
tes de la position mandibulaire anatomique. probable que les dents postérieures entrent en
interférence lors des mouvements de latéralité. Ce
cas est fréquent dans les parodontopathies avec
Examen des surplombs
migration des dents antérieures, qui, de ce fait,
et des recouvrements perdent leur valeur fonctionnelle, ou bien dans le
cas de béance secondaire à des traitements dentai-
L’examen des secteurs incisifs et latéraux est réa- res. Alors, seule l’observation d’éléments anatomi-
lisé à travers l’observation des surplombs immé- ques, en l’occurrence des profondeurs cuspidien-
diats (overjet immédiat) et des recouvrements nes, permet de retrouver les caractéristiques
(overbite). Alors que le surplomb terminal (overjet anatomofonctionnelles individuelles du patient et
terminal), habituellement utilisé17–19, est identifié de guider le praticien dans l’exécution des traite-
au niveau du bord occlusal, le surplomb immédiat ments dentaires, y compris des corrections occlusa-
(overjet immédiat) est observé au plus près de la les (Fig. 2).
PIM (Fig. 1). Il correspond à l’angle formé par la
face palatine de la dent supérieure et la face Examen des courbes occlusales
vestibulaire de son antagoniste, au niveau de la
PIM.13 Il permet l’identification immédiate de l’as- Les courbes de Spee dans le sens sagittal, et la
pect fonctionnel d’une dent. En effet, pour qu’une courbe de Wilson dans le sens frontal, condition-
dent conduise la fonction, il faut qu’elle présente nent l’harmonie des trajets occlusaux. Les égres-
un contact en PIM et un surplomb immédiat (over- sions et les versions mésiodistales modifient les
jet immédiat) le plus faible possible, associé à un courbes de Spee et provoquent des interférences
recouvrement suffisant, assurant la continuité du non travaillantes protrusives, rétrusives et latéra-
les.
Les versions vestibulaires des molaires supérieu-
res et linguales des molaires inférieures accentuent
la courbe de Wilson et provoquent essentiellement
des interférences non travaillantes latérales, lors-
que le guidage antérieur n’est pas suffisant et en
particulier en présence d’inocclusion antérieure.
Bruxisme en PIM
Encore appelé crispation ; les facettes d’usure sont
situées sur les cuspides supports, dans les fosses ou
sur les crêtes marginales des dents maxillaires et
mandibulaires (Fig. 4A).
Bruxisme sur des trajets parafonctionnels La première partie de l’examen occlusal fonction-
Les limites de tels trajets sont données par l’enve- nel consiste à identifier la position de la mandibule
loppe des mouvements mandibulaires. Les facettes et donc à vérifier la validité du rapport occlusal
d’usure peuvent se situer au sommet ou à l’angle maxillomandibulaire. Au cours des années, diverses
d’une cuspide : la similitude de morphologie de positions mandibulaires ont été proposées comme
deux facettes d’usure antagonistes en permet une référence. Pour Gysi23 la référence est dans la
superposition exacte7,13,15 (Fig. 6). position la plus reculée des condyles. Pour
L’examen des facettes d’usure permet d’identi- Atwood24,25, la plus reculée, non forcée. Pour
fier les muscles responsables des excursions centri- Schuyler26, elle est superposable à la position d’in-
fuges et centripètes : la coaptation des dents tercuspidation maximale. Pour Gillings27 l’enregis-
maxillaires et mandibulaires impose toujours l’acti- trement de la position centrée peut varier d’un
vité des muscles élévateurs. Elle est conjuguée à opérateur à l’autre et les patients ainsi traités
l’hyperfonction des muscles directionnels et à l’ac- présentent un déplacement antérieur progressif de
tivité des antagonistes et des compensateurs. la mandibule. Lucia28,29 propose son joint incisal
Les causes du bruxisme sont recherchées au tra- guidance (JIG) qui permet de transmettre la pres-
vers : sion occlusale au niveau des condyles et d’obtenir
• de la crispation provoquant l’usure en PIM, avec leur élévation dans la position la plus haute de la
participation émotionnelle ; cavité glénoïde. Pour Dawson30, la relation centrée
• des interférences travaillantes ou non tra- est obtenue sans tenir compte des rapports dento-
vaillantes, dues à la réduction des cycles de dentaires, par manipulation manuelle de la mandi-
mastication par la prothèse, l’orthodontie ou la bule. Jankelson31,32 adopte la relation musculaire
dentisterie restauratrice, induisant un bruxisme comme référence et propose son myo-monitor : par
stimulation électrique transcutanée il obtient la
décontraction musculaire et la contraction isotoni-
que des muscles élévateurs. Pour Weinberg33, la
position physiologique de repos mandibulaire est
définie au travers de l’activité minimale électro-
myographique des muscles masticateurs.33 Dans
cette position physiologique de repos, seuls les
temporaux antérieurs conservent une activité qui
s’oppose à l’effet de gravité sur la mandibule.
Cette position de repos mandibulaire est la plus
fréquente lorsque le sujet est dans un état de
passivité relative impliquant un rythme respiratoire
lent, et une tranquillité émotionnelle.7,15 De la
position physiologique de repos à la position d’in-
Figure 6 Facettes d’usure parafonctionnelles 11 et 31. tercuspidation, la mandibule effectue un trajet de
366 C. Bodin et al.
fermeture physiologique guidé par la contraction que mais clinique. L’activité musculaire qui guide
isotonique et symétrique de tous les muscles éléva- ce chemin de fermeture d’adaptation dépend du
teurs avec prédominance d’action des fibres anté- réflexe proprioceptif dû à la présence du contact
rieures du temporal.7,15,32,34–37 Dans le plan sagittal prématuré.7,15,35
médian, le point interincisif décrit une légère Le premier contrôle de l’occlusion est donc
courbe dirigée de bas en haut et d’arrière en avant l’évaluation de la position mandibulaire pour iden-
(Fig. 7A). Dans le plan frontal, son trajet est verti- tifier si le patient présente une position mandibu-
cal7,15,34,38,39 (Fig 7B). Durant ce mouvement, les laire physiologique ou bien d’adaptation. Abjean et
condyles effectuent essentiellement un mouve- Bodin proposent l’utilisation d’une butée occlusale
ment de rotation.32 Chez un sujet présentant une incisive comme moyen clinique pour obtenir le relâ-
occlusion équilibrée et aucune contracture muscu- chement musculaire nécessaire à l’analyse du che-
laire, l’intercuspidation maximale est obtenue au min de fermeture physiologique et à l’analyse de la
moment du contact initial des dents mandibulaires position mandibulaire de repos physiologique.
et maxillaires : elle s’accompagne d’une contrac- Cette butée occlusale incisive d’Abjean induit une
tion optimale et symétrique de tous les muscles déprogrammation musculaire en l à 4 minutes. Elle
élévateurs (Fig. 8). Cette intercuspidation est en permet alors à la mandibule de se situer dans
harmonie avec la position physiologique de repos : l’espace sous la seule dépendance d’une activité
c’est la position physiologique d’intercuspida- musculaire minimale qui conditionne la position des
tion.7,15 Au contraire, en présence d’un contact condyles dans les cavités glénoïdes.15,35
prématuré, l’intercuspidation maximale est obte-
nue après déviation mandibulaire sur ce premier Butée occlusale incisive
contact occlusal. Le trajet de fermeture mandibu- La butée occlusale d’Abjean et le JIG de Lucia sont
laire est un trajet d’adaptation pour éviter le deux entités différentes : la butée occlusale a pour
contact prématuré : les muscles conservent une but d’obtenir une activité électromyographique
légère contracture résiduelle qui détermine une minimale. Elle présente une forme palatine qui
position de repos mandibulaire non plus physiologi- épouse le relief des incisives supérieures recouver-
tes. Il n’existe qu’un seul contact entre sa face
palatine et l’incisive mandibulaire la plus médiane.
La butée impose un léger mouvement d’abaisse-
ment mandibulaire qui se situe sur le chemin de
fermeture physiologique : le mouvement condylien
qui en résulte est un mouvement de rotation sans
translation antérieure. Le JIG de Lucia a pour but
d’obtenir une élévation des condyles dans les cavi-
tés glénoïdes grâce à la pression occlusale effec-
tuée sur son plan palatin qui présente une marche
inclinée du bas vers le haut et d’avant en arrière sur
laquelle plusieurs incisives inférieures viennent
Figure 7 Chemin de fermeture physiologique. A. Dans le plan prendre appui.
sagittal. B. Dans le plan frontal (PIM : position d’intercuspidation
maximale). Réalisation de la butée
La butée occlusale incisive est confectionnée en
résine autopolymérisable sur les incisives centrales
supérieures qu’elle englobe aux deux tiers. Sa sta-
bilité doit être soigneusement contrôlée. Une fenê-
tre est aménagée sur sa face vestibulaire (Fig. 9)
pour permettre une lecture du trait de repère
vertical sous-jacent, précédemment tracé alors
que le patient se situe en PIM clinique. Sa face
palatine reproduit l’anatomie des incisives recou-
vertes et ne supporte qu’un point de contact avec
l’incisive centrale mandibulaire la plus médiane
(Fig. 10). L’épaisseur de la butée assure une désoc-
clusion molaire de 1 mm quel que soit le type
Figure 8 Position intercuspidienne établie sur le chemin de d’occlusion antérieure, pour éviter les interféren-
fermeture avec une contraction optimale des muscles. ces occlusales au niveau des dents cuspidées et
Restauration fonctionnelle par ajustement occlusal 367
Utilisation de la butée
L’utilisation de la butée occlusale permet de réali-
ser le test d’élévation, test clinique qui permet
d’observer ou non un relâchement musculaire. Si le
test d’élévation est positif on peut identifier un
éventuel décalage entre les positions d’intercuspi-
dation et de repos physiologique, noter le sens du
décalage et enregistrer les contacts occlusaux pré-
maturés, responsables du glissement mandibulaire
de la position de repos physiologique à la PIM.
Avant l’introduction de la butée et l’examen de
la position de repos physiologique, une ligne verti-
cale est tracée sur l’incisive centrale supérieure au
plus près de la ligne médiane. Elle est prolongée sur
Figure 9 Butée occlusale incisive et repère vertical. l’incisive inférieure alors que le patient est en PIM
clinique (Fig. 12). La butée, positionnée sur les
incisives centrales supérieures, laisse donc apparaî-
tre le trait vertical dans la fenêtre vestibulaire
réalisée à cet effet (Fig. 9). Le patient est installé
en position allongée, la tête dans l’alignement du
corps. Sa respiration est lente et il positionne ses
bras le long du corps pour participer à la détente. Il
est invité, pendant quelques instants, à se déten-
dre sans serrer sur la butée. Il peut toutefois avaler
sa salive. Après 1 à 3 minutes, le praticien réalise le
Figure 10 La butée occlusale incisive : reproduit le relief de la test d’élévation mandibulaire pour contrôler l’éta-
face palatine de l’incisive centrale supérieure (A) ; ne supporte blissement du relâchement musculaire. Ce test cli-
qu’un point de contact avec l’incisive centrale inférieure la plus nique s’effectue à l’aide de la partie dorsale de
médiane (B). l’index par tapotement de la partie antéro-
inférieure de la mandibule qui s’élève librement en
permettre l’interposition d’une cire occlusale émettant un son clair à chaque contact avec la
d’enregistrement. Dans les cas de béance, l’épais- butée. Ce test est effectué avec douceur et sans
seur de la face palatine de la butée est augmentée manipulation : le praticien ne doit jamais imprimer
en respectant l’anatomie des dents recouvertes et de force ou de guidage. Il est réalisé pour contrôler
en assurant une même désocclusion postérieure de la libre élévation de la mandibule33 (Fig. 13).
l mm. Dans les cas de bout à bout incisif ou d’inver- Si le test d’élévation est négatif, le port d’une
sion occlusale (cross bite antérieur), la face pala- plaque occlusale transitoire est indiqué. La recher-
tine de la butée est prolongée de façon légèrement che de la position de repos physiologique à l’aide de
concave et inclinée en bas et en avant. De ce fait, la butée occlusale ne s’effectue qu’après la dispa-
la désocclusion molaire est souvent légèrement rition des signes de contractures et l’obtention
supérieure à l mm (Fig. 11). d’un test d’élévation positif.
Si le test est positif, la recherche du décalage
entre PIM clinique et PIM physiologique peut être
Figure 11 Forme de la butée en présence d’occlusion inversée Figure 12 Repère vertical tracé en position d’intercuspidation
incisive. maximale au plus près du plan sagittal.
368 C. Bodin et al.
Dynamique linguale
Pour confirmer une dysfonction linguale, la position
de la langue est examinée au repos, lors de la
déglutition et au cours de la parole. Selon Fou-
mier40, les trois examens constituent un ensemble
diagnostique indissociable ; il n’existe pas de déglu-
Figure 16 A. Le patient simule une mastication sur les papiers
occlusaux tenus par des pinces de Miller. B. Interférences occlu- tition atypique isolée.
sales sur molaires. Une position basse située entre les dents anté-
Évaluer les fonctions orofaciales rieures ou aplatie sur les secteurs latéraux (souvent
associée à une empreinte des faces internes dentai-
Dans les cas de dysfonctions craniomandibulaires, res sur la partie inféro-latérale de la langue) est
de béance antérieure (open bite), de migration des considérée comme dysfonctionnelle.
dents antérieures, d’apparition de diastèmes ou de Lors de la déglutition, l’appui lingual s’effectue
mobilité dentaires, il est nécessaire d’évaluer la plus largement sur les papilles palatines. Normale-
dynamique linguale et la tonicité labiale. Souvent ment, les dents sont en contact, sans participation
l’instabilité occlusale est compensée par la de la sangle labiale. L’aspiration des lèvres, la
contraction des muscles élévateurs ainsi que participation des scalènes, la double déglutition,
l’abaissement et l’étalement de la langue qui ten- sont les caractéristiques dysfonctionnelles à re-
tent d’immobiliser la mandibule. L’interposition chercher au cours de la déglutition.13,15
linguale et/ou labiale entretient un déséquilibre
qu’il est essentiel d’analyser avant d’établir un Lors de la prononciation des « palatales » (L, N,
plan thérapeutique. Mais le premier examen clini- D, T), la langue se situe normalement sur les pa-
que concerne la respiration : il est indispensable pilles palatines : la surface d’appui augmente du L
d’évaluer le type respiratoire (nasale, orale, mixte) au T.
pour compléter le diagnostic et donner un pronostic
aux thérapeutiques orofaciales et par conséquent Tonicité labiale
aux traitements dentaires des béances ou des mi- Elle est évaluée par la palpation, au repos et lors
grations. des fonctions : la partie médiane et les parties
latérales sont pincées légèrement entre le pouce et
Évaluation de la respiration l’index pour y vérifier leur caractère flasque ou
La motilité des ailes du nez est évaluée au travers tonique et identifier une éventuelle hypertonie ou
du test de réflexe narinaire. Il s’exécute bouche hypotonie des lèvres. L’observation est complétée
fermée. Les ailes du nez sont pincées pendant par la recherche des incompétences labiales ainsi
2 secondes puis relâchées : normalement les ailes que par l’évaluation du degré de tension des sillons
du nez vibrent et se dilatent dès la première inspi- labiomentonnier et nasolabiaux.13,15
ration.
Le second test, test de Rosenthal, est également
effectué bouche fermée. Le patient est invité à
respirer par le nez 10 fois de suite. L’opérateur en Thérapeutique par équilibration
contrôle le pouls. Un patient avec respiration na-
occlusale
sale ne présente ni ouverture intempestive de la
bouche, ni collapsus des ailes du nez, ni vertige, ni
inspiration bruyante, ni fatigue, ni accélération du Première étape : équilibration occlusale sur
pouls, ni intervention des muscles scalènes. Le
le chemin de fermeture physiologique
patient avec respiration mixte présente une ou
plusieurs des altérations précédemment citées sans
toutefois être obligé à une ouverture de la bouche. La technique d’équilibration occlusale est fonction
Le patient qui a une respiration orale ouvre la du décalage entre la PIM habituelle et la PIM phy-
bouche dès les premières inspirations.40 siologique (PRP). Ce décalage est diagnostiqué lors-
Ces tests permettent d’évaluer le degré de diffi- que le patient présente un relâchement musculaire
culté du traitement orofacial : les objectifs théra- suffisant et répond positivement au test d’éléva-
peutiques sont plus faciles à atteindre chez le pa- tion.
370 C. Bodin et al.
Figure 17 Les cires et la butée sont positionnées et le patient Figure 19 Le contact prématuré a été marqué au travers de la
est invité à se détendre pendant 1 à 2 minutes. cire.
Restauration fonctionnelle par ajustement occlusal 371
Figure 21 Règles de l’ajustement occlusal lorsque la position d’intercuspidation maximale doit être changée. A. Contact prématuré
sur le chemin de fermeture. B. Pour augmenter la fonction latérale travaillante. C. On approfondit le sillon central supérieur. D, E.
Pour éviter d’interférer en latéralité travaillante et non travaillante. F. On diminue la pointe cuspidienne inférieure.
372 C. Bodin et al.
Figure 22 Les contacts du groupe I sont respectés et s’établissent dans la gouttière occlusale supérieure.
plomb immédiat (overjet immédiat) et ne permet- bulaires dans la gouttière occlusale maxillaire
tra pas à la dent choisie de participer au guidage (Fig. 22). Les cuspides de support des groupes l et
occlusal. Cette dent, au travers de son contact avec 2 sont respectées pour maintenir la dimension ver-
son antagoniste, participera seulement au maintien ticale d’occlusion (Figs. 23, 24). Les cuspides de
de la stabilité occlusale (Fig. 21 D, E, F). groupe 3 peuvent supporter des corrections surtout
Dans les cas de très fort décalage entre la PIM lorsqu’elles présentent des surfaces de contacts
clinique et le chemin de fermeture, il est possible très étendues sur les trajets non travaillants
que la thérapeutique occlusale ne puisse être ef- (Figs. 25, 26).
fectuée par ajustement (par soustraction) : elle est En présence de facettes d’usure importantes si-
alors réalisée par adjonction de composites, par la gnant un bruxisme, il est recommandé de réduire
réalisation de dents provisoires ou bien au travers leur surface sur les dents mandibulaires, pour déso-
d’un traitement orthodontique. rienter le bruxisme et diminuer l’intensité des for-
En résumé, dans le cas de fort décalage entre la ces transmises au parodonte. Cette correction réta-
PIM clinique et le chemin de fermeture (d > l mm), blit, si possible, la convexité de la dent. La facette
la thérapeutique occlusale doit donc établir :
• une PIM sur le chemin de fermeture physiologi-
que ;
• une PIM répartie sur le maximum de dents, par
des contacts punctiformes et de même inten-
sité ;
• des glissements s’effectuant aisément en rétru-
sion, latéralité et propulsion.
Figure 27 A. La réduction de la facette s’effectue sur la zone qui n’est pas nécessaire à la fonction latérale. B. Le point support est
conservé. C. La partie la plus éloignée du sillon central est supprimée. D. Le point support est conservé.
374 C. Bodin et al.
Conclusion
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EMC-Dentisterie 1 (2004) 378–381
http://france.elsevier.com/direct/EMCDEN/
Contaminations microbiologiques
par les dispositifs médicaux dans les unités
dentaires
Microbiological contamination induced
by medical devices in dental care units
R. Djeribi a,*, M. Zaghez b
a
Groupe de recherche en procédés biotechnologiques appliqués à l’environnement,
département de biochimie, Faculté des sciences, Université d’Annaba, Algérie
b
Département de chirurgie dentaire, Faculté de médecine, Université d’Annaba, Algérie
MOTS CLÉS Résumé Les micro-organismes qui adhèrent aux surfaces sont responsables de la conta-
Unité dentaire ; mination des instruments et donc de plusieurs types d’infections microbiennes et de
Infection ; maladies. Une étude sur la contamination des conduits des unités dentaires (résultats non
Instrument ; publiés) a révélé l’existence, dans les conduits d’eau, d’une souche de Corynebacterium
Eau
pseudotuberculosis. L’isolement de cet agent pathogène respiratoire opportuniste nous a
conduit à réfléchir sur sa provenance ainsi que sur son mode de dissémination. L’hypo-
thèse d’une origine autre que l’eau est apparue probable. Cette présente étude a été
menée afin de mettre en évidence l’existence d’un phénomène d’aspiration, par les
instruments, d’aérosols contaminés provenant des cavités buccales de patients. Les
résultats obtenus ont révélé que les instruments utilisés en soins dentaires peuvent
être responsables de dissémination d’agents pathogènes provenant des cavités buc-
cales.
© 2004 Elsevier SAS. Tous droits réservés.
KEYWORDS
Dental unit; Abstract The contamination of medical instruments, and thus many types of microbial
Infection; infections and diseases are due to surface-adherent micro-organisms. A previous study on
Instrument; the contamination of conduits in dental care units (results non published) has revealed
Water the presence of Corynebacterium pseudotuberculosis strain in water conduits. The
isolation of this opportunist pathogenic agent led us to analyse its origin and dissemina-
tion process. The present study has been carried out to give evidence to the existence of
a possible instrument-induced aspiration of contaminated aerosols from buccal cavities of
patients. The resuts indicate that the instruments used in dental care may be responsible
for the dissemination of pathogenic agents originating from buccal cavities.
© 2004 Elsevier SAS. Tous droits réservés.
* Auteur correspondant.
Adresse e-mail : [email protected] (R. Djeribi).
1762-5661/$ - see front matter © 2004 Elsevier SAS. Tous droits réservés.
doi: 10.1016/j.emcden.2004.07.002
Contaminations microbiologiques par les dispositifs médicaux dans les unités dentaires 379
Les multiples actions de la turbine sont entre- tient succédant au premier, est exclusivement as-
coupées par des inoculations directes et simulta- socié aux aérosols qui sont constitués de particules
nées des milieux Chapman et gélose nutritive préa- microbiennes présentes au niveau des mâchoires et
lablement coulés et refroidis dans des tubes en des muqueuses associées aux divers éclats issus du
verre de 2,8 cm de diamètre interne. Le surplus traitement mécanique de la dent du patient. Ces
d’eau émergeant de la turbine au moment de l’en- aérosols peuvent : soit adhérer aux structures ex-
semencement et ayant été en contact quasi instan- ternes de l’instrument dans une région voisine de
tané avec les milieux de culture a été aseptique- l’émergence de l’eau et qui sont plus tard expul-
ment éliminé avant l’incubation des tubes. Ces sées avec l’eau au moment de l’action de la tur-
derniers sont incubés à 37 °C pendant 24 à 48 heu- bine ; soit se retrouve aspirés à l’intérieur du
res. conduit d’eau de la turbine suite à l’arrêt de l’ac-
Le tube en verre inoculé est considéré comme un tion de celle-ci. Ce dernier phénomène est dû à
potentiel patient susceptible d’être contaminé ul- l’absence de clapet de non-retour sensé prévenir
térieurement par un instrument utilisé chez un toute pression négative dans les conduits d’eau et
précédent patient (l’animal utilisé dans notre ex- éliminer la réaspiration de l’eau. Ce résultat ob-
périmentation) porteur d’un micro-organisme pa- tenu montre que les instruments utilisés en soins
thogène. Une éventuelle contamination de la tur- dentaires peuvent être à l’origine de dissémination
bine par Staphylococcus aureus sera sans aucun d’agents pathogènes provenant des cavités bucca-
doute mise en évidence au niveau des tubes ense- les de patients.
mencés. L’insuffisance de la décontamination basée uni-
quement sur la diffusion passive de produit de
désinfection doit inciter à réfléchir sur la nécessité
du nettoyage de l’intérieur des tubes et des cavités
Résultats et discussion poreuses afin de réduire la charge bactérienne des
sécrétions du patient. Ce principe fondamental
Au bout de 48 heures d’incubation à 37 °C, des d’hygiène est, depuis plusieurs années, prôné par
colonies diffuses, compte tenu du mode d’ense- les fabricants de matériels dentaires, et a pour
mencement adopté dans notre manipulation, de exemple conduit à la prescription de la Commu-
coloration jaune sont apparues sur la gélose Chap- nauté dentaire canadienne (CDC, 1985) que les
man avec virage de la couleur du milieu de culture. instruments rotatifs soient stérilisés après chaque
Des examens microscopiques réalisés sur la culture utilisation au même titre que les autres instruments
bactérienne après coloration de Gram ont permis la dentaires entrant en contact avec les éléments de
mise en évidence de cellules en forme de cocci la cavité buccale.
regroupées en amas et gardant le violet de gentiane
après décoloration à l’alcool (Gram +). Ces carac-
téristiques macroscopiques et microscopiques sont
celles de l’espèce Staphylococcus aureus initiale-
Conclusion
ment inoculée dans la cavité buccale de l’animal et
qui a été retrouvée au niveau des tubes après À l’issue de cette expérimentation, le résultat ob-
manipulation de la turbine par le praticien. Le tenu montre effectivement que les instruments
pourcentage de transfert de la bactérie a été es- utilisés en soins dentaires peuvent être responsa-
timé à 70 % (pourcentage des tubes dans lesquels a bles de dissémination d’agents pathogènes prove-
été constatée l’apparition de colonies de Staphylo- nant des cavités buccales de patients.
coccus aureus). Sur le milieu de culture gélose L’insuffisance de la décontamination basée uni-
nutritive, aucune croissance bactérienne n’a été quement sur la diffusion passive de produits de
décelée, ce qui explique l’efficacité de la neutrali- désinfection doit nous inciter à réfléchir sur la
sation de la microflore buccale par l’antiseptique nécessité du nettoyage de l’intérieur des tubes et
utilisé. L’absence de croissance du staphylocoque des cavités poreuses afin de réduire la charge bac-
sur ce milieu est due au fait que la gélose nutritive, térienne des sécrétions du patient. Les instruments
compte tenu de sa composition, ne permet pas la rotatifs doivent être stérilisés après chaque utilisa-
croissance de bactéries exigeantes. tion au même titre que les autres instruments den-
Le phénomène physique responsable du transfert taires entrant en contact avec les éléments de la
des particules bactériennes de la cavité buccale de cavité buccale. En outre, les clapets de non-retour
l’animal vers les tubes utilisés et considérés, dans peuvent également être utilisés afin de diminuer le
notre expérimentation, comme un deuxième pa- risque de transfert de matières infectieuses.
Contaminations microbiologiques par les dispositifs médicaux dans les unités dentaires 381
www.elsevier.com/locate/emcden
Paralysie faciale
Facial paralysis
M. Stricker*, E. Simon, L. Coffinet, S. Sellal, F. Duroure
Sercice de chirurgie maxillofaciale, Hôpital central, 29, avenue du Maréchal-de-Lattre-de-Tassigny,
54035 Nancy cedex, France
MOTS CLÉS Résumé La paralysie faciale résulte de l’atteinte du nerf moteur des muscles peauciers,
Paralysie le nerf facial, VIIe paire crânienne. Si le diagnostic positif est évident cliniquement, le
faciale/chirurgie ; diagnostic topographique et étiologique nécessite le recours à des examens paracliniques.
Syndrome de Moebius ;
Le traitement chirurgical fait appel, suivant l’étiologie, l’âge et le délai écoulé depuis la
Nerf facial ;
Greffe nerveuse ;
survenue de l’infirmité, à différents procédés : une suture simple du nerf facial, une
Transfert musculaire greffe nerveuse, une anastomose à un nerf voisin, un transfert musculaire qui pourra être
pédiculé ou micro-anastomosé. La rééducation joue un rôle essentiel, afin d’entretenir le
fonctionnement musculaire. Une place à part peut être faite à la réhabilitation de la
fente palpébrale, à visée fonctionnelle, afin de protéger la cornée, mais également dans
l’esthétique du regard. Le traitement de la paralysie faciale est une véritable gageure
pour le chirurgien, qui devra en analyser les différentes composantes, afin d’établir une
stratégie efficace de prise en charge.
© 2004 Elsevier SAS. Tous droits réservés.
KEYWORDS Abstract Facial paralysis results from a lesion on the motor nerve of skin muscles, the
Facial facial nerve, cranial nerves VII. Even in case of positive diagnosis with clinical evidence,
paralysis/surgery; further investigations are necessary to establish topographic and aetiological diagnosis.
Moebius syndrome; Depending on the aetiology, patient’s age, and time of onset of the event, surgical
Facial nerve; treatment may be a simple stitch of the facial nerve, a nerve grafting, an anastomosis
Nerve grafting;
with a bordering nerve, or a pediculate or micro-anastomotic muscular transfer. Rehabi-
Muscular transfer
litation plays a major role in maintaining muscular functioning. Special attention must be
paid to the functional rehabilitation of the palpebral cleft, in order to preserve both the
cornea and an aesthetic eye expression. The treatment of facial paralysis represents a
real challenge for the surgeon who has to analyse its various aspects prior to implemen-
ting any adequate management.
© 2004 Elsevier SAS. Tous droits réservés.
1762-5661/$ - see front matter © 2004 Elsevier SAS. Tous droits réservés.
doi: 10.1016/j.emcden.2004.07.001
Paralysie faciale 383
Distribution
La portion intracrânienne est celle des tumeurs de
l’angle pontocérébelleux et plus particulièrement
des neurinomes de l’acoustique. Le nerf est croisé
par l’artère cérébelleuse postérieure dont la res-
ponsabilité est évoquée dans l’étiologie de certains
hémispasmes faciaux.
La portion intrapétreuse est celle des accidents
de la cophochirurgie, mais surtout du conflit facial-
rocher dans la traversée pétreuse, plus long trajet
nerveux intraosseux de l’économie, au cours du-
quel le nerf peut s’étrangler dans son canal osseux
inextensible.
La portion extrapétreuse est celle de la chirurgie
faciale et de lésions accidentelles. Il importe donc,
pour prévenir une section chirurgicale malencon-
treuse des rameaux, de bien posséder sa topogra-
phie et son mode de distribution : Figure 3 Plexus génien selon Le Quang.
Paralysie faciale 385
conde division plus distale, formant un noyau de stricte entre la topographie d’un rameau nerveux
forme variable entre le rameau sous-orbitaire de la et la destinée des fibres qu’il contient. Un muscle
branche temporofaciale et le rameau buccal infé- reçoit des fibres empruntant des trajets différents
rieur de la branche cervicofaciale. pour une destination commune, disposition anato-
De ce noyau naissent les branches efférentes mique favorable à la réalisation des neurectomies
destinées aux peauciers de l’étage moyen, les mus- hypersélectives chères à Clodius. Cette absence de
cles du sourire. disposition spatiale rigoureuse, même distale, a été
Smith avait déjà attiré l’attention sur cette dis- récemment soulignée à nouveau par Mc Kinnon et
position anatomique, favorable au branchement Dellon.4,5
distal d’une greffe nerveuse transfaciale ou du nerf
d’un transfert musculaire libre. Effecteur musculaire : peauciers de la face
Organisation architecturale
Les nombreux travaux expérimentaux et cliniques,
en raison de leurs discordances, amènent à
conclure que la systématisation topographique in-
tranerveuse est illusoire avec de très nombreux
échanges de fibres.
Deux notions, néanmoins, se dégagent.
Dans la 3e portion, mastoïdienne, de l’aqueduc
de Fallope, le contingent inférieur, cervicofacial,
est antérieur.
Les fibres nerveuses destinées à un muscle peau-
cier n’empruntent pas toutes le trajet du rameau
dévolu à ce muscle. Il n’y a pas de correspondance Figure 4 Masque mimique.
386 M.Stricker et al.
Physiologie
La fonction archaïque sphinctérienne et celle, évo-
luée, d’expression sont indissociables, les muscles
orbiculaires s’intégrant à l’expression mimique.
Fonction sphinctérienne
Figure 5 Masque mimique organisé en trois sangles.
La sangle palpébrale assure l’ouverture et l’occlu-
plupart des peauciers sont dépourvus de fascia, à sion de la fente palpébrale, en synergie avec le
l’exception des muscles auriculaires, de l’occipi- releveur de la paupière supérieure. Elle contribue,
tofrontal, du buccinateur et du plastysma. Ils sont en outre, à l’évacuation des larmes vers le nez par
très intriqués avec le fascia superficialis céphalique amorçage de la pompe lacrymale.
(Charpy), l’ensemble dessinant une nappe conti- La sangle buccale, dévolue à la préhension des
nue, le système musculoaponévrotique superficiel aliments, contribue à la manducation par le bras-
(SMAS), popularisé par Tessier et son école. Ils sont sage alimentaire, la contention salivaire, et à la
agencés en trois sangles autour de trois points fixes déglutition dans son temps initial avec le concours
ostéopériostés : du buccinateur. L’occlusion labiale régit les varia-
• la sangle buccale, impaire et médiane, est sus- tions de pression intrabuccale, autorise la succion
pendue à l’épine nasale antérieure du maxil- et assure l’équilibre entre les arcades dans le cou-
laire, référence fixe complétée par deux points loir occlusal.
mobiles à géométrie variable, les modioli com-
missuraux, zone d’équilibre de la transition cu- Fonction expressive
tanéomuqueuse labiale latérale. On lui adjoint
deux sangles incomplètes, supérieure nasale, Le mouvement expressif résulte d’une combinaison
inférieure mentonnière ; de contractions musculaires, Duchenne de Boulo-
• les sangles palpébrales, paires et symétriques, gne6 distinguait les muscles peauciers en trois caté-
se concentrent sur les ligaments palpébraux in- gories :
ternes, tendons d’insertion des muscles orbicu- • complètement expressifs ;
laires, dont la contraction les ramasse vers les • incomplètement expressifs ;
canthi internes. • expressifs complémentaires.
Chez l’animal, les sangles auriculaires orientent Il analysait également les différentes mimiques,
les pavillons, récepteurs des sons, mais chez l’es- classées en trois rubriques : attractives, répulsives
pèce humaine, elles ont perdu cette activité. Elles et satisfaites.
sont réduites à leur plus simple expression. L’expression faciale, délicate et fugace, parce
La sangle buccale est mobilisée dans quatre di- qu’émotionnelle, peut devenir intentionnelle par
rections par quatre groupes musculaires : création factice d’une expression ou d’une impas-
• en propulsion par les muscles compresseurs des sibilité. Elle fait intervenir un troisième person-
lèvres ; nage, le tégument facial, qui transcrit les émotions
• en élévation par la couronne des élévateurs ; par un lacis de rides dans les zones d’équilibre
• en excursion latérale par les dilatateurs, essen- tensionnel.
tiellement le buccinateur ; La mimique est un schéma inné de réponse,
• en abaissement par les abaisseurs, triangulaire celles d’un enfant sourd ou aveugle de naissance ne
des lèvres et carré du menton. différant guère de la normale.
Paralysie faciale 387
Examen clinique de la face paralysée caution ; en effet, on distingue quatre stades d’ac-
tivité musculaire :
Le déséquilibre statique et dynamique altère sé- • le tonus, tension minimale de la fibre muscu-
vèrement le faciès du patient, qui adopte une laire ;
attitude inclinée visant à le dissimuler. L’asymétrie • l’hyperactivité, augmentant le volume du mus-
est déjà flagrante au repos, les reliefs médians se cle en cause ;
décalent vers le côté indemne, ils s’estompent, la • l’hypertonie, spontanément réversible ;
joue est flaccide et détendue, l’angle buccal • la contracture, spontanément irréversible.
abaissé dans un affaissement global de l’hémiface. Le terme d’hyperactivité paraît plus adapté.
L’occlusion palpébrale est impossible ; à la tenta- Les signes cliniques d’altération fonctionnelle
tive de fermeture, le globe oculaire s’élève en haut associent :
et en dehors (S. de Charles Bell), signe typique de la • le larmoiement, parfois dans un contexte de
paralysie périphérique. La réaction émotionnelle conjonctivite avec œil rouge ;
tord la face en grimace intense et brève. • le déficit inspiratoire nasal par déficit de la
L’analyse menée d’un côté à l’autre et d’une valve affaissée en un clapet interne ;
région à l’autre dégage trois éléments : la ptôse, la • l’incontinence salivaire ;
distension, l’asymétrie. • le syndrome du hamster, constatation d’une
poche latérobuccale de vidange difficile par
Ptôse atonie du buccinateur.
L’examen du voile du palais (Gosserez)7 est
anecdotique, mais peut révéler un déficit du côté
Le tégument relâché par les muscles atoniques est
lésé.
soumis à la contrainte de la pesanteur, cet affais-
sement déforme de façon éloquente les sangles
musculaires et leurs repères morphologiques :
Examen ophtalmologique
• la commissure buccale s’abaisse et se porte en
Les manifestations oculaires obéissent à un triple
dehors, étirant les hémilèvres homolatérales. La
déterminisme :
lèvre supérieure exagère son débord sur l’infé-
• morphologique par agrandissement de la fente
rieure ;
palpébrale et ectropion palpébral inférieur ;
• le front est relâché, le sourcil s’abaisse, surtout
• lacrymal par larmoiement chronique très invali-
en dehors ;
dant ;
• la paupière inférieure, sollicitée en avant par le
• cornéen par altération de la sensibilité de la
déroulement cutané et déséquilibrée par l’ato-
cornée lors de l’atteinte du trijumeau dans les
nie musculaire, s’affaisse, puis s’éverse en un
tumeurs de l’angle pontocérébelleux.
ectropion variable selon la composante sénile
La cornée est en danger lorsque sa sensibilité est
surajoutée.
altérée et que l’élévation du globe s’avère défec-
tueuse, la laissant exposée à la dessication. La
Distension ptôse palpébrale inférieure se complique d’une
irritation cutanée par le larmoiement, lequel ré-
Les parties molles abandonnées à elles-mêmes et à sulte du désamorçage de la pompe lacrymale et de
la pesanteur modifient leur structure et leur topo- la dystopie progressive du point lacrymal inférieur,
graphie. La ptôse se solde, à terme, par une disten- qui quitte le contact avec la conjonctive bulbaire.
sion cutanée très sensible à la commissure buccale, Chez le patient âgé, l’ectropion occupe le devant
au niveau de laquelle la réserve tégumentaire se de la scène, mais la cornée se dessèche plus volon-
distribue en s’étalant, les hémilèvres s’allongent. Il tiers, affectée d’un « dépoli » dans son quadrant
en est de même des paupières, mais à un moindre inférieur.
degré, en raison de leur armature tarsale. La quatrième dimension, le temps écoulé depuis
Le tégument est aminci, son compartiment cel- le début de la paralysie, a une influence très péjo-
lulaire sous-cutané s’est réduit, la peau est flasque, rative :
ayant perdu l’essentiel de son élasticité. • l’ancienneté de la lésion limite l’efficacité thé-
rapeutique ;
Asymétrie • l’âge du patient introduit la dissociation entre
deux tableaux cliniques (Fig. 6) :
À l’examen, le contraste entre hémiface saine et C chez l’enfant et l’adulte jeune, l’altération
paralysie est flagrant. Classiquement, on évoque est surtout dynamique, le visage au repos est
l’hypertonie du côté sain, mais le terme est sujet à peu modifié, la paupière inférieure et l’hémi-
388 M.Stricker et al.
Figure 6 Les trois âges de la paralysie. A. Chez l’enfant. B. Chez l’adulte jeune. C. Chez le sujet âgé.
de la chirurgie otologique et des fractures du upper limb, face, thorax). La clinique est centrée
rocher. La paralysie faciale du polytraumatisé sur le visage au faciès figé caractéristique, aux
inconscient doit être systématiquement recher- lèvres minces et rétractées.
chée : La lésion est nucléaire, parfois objectivable à la
C par la manœuvre de Pierre Marie et Foix, la résonance magnétique nucléaire. L’absence de
pression au bord postérieur des branches mon- nerf facial identifiable au trou stylomastoïdien a
tantes de la mandibule entraîne une asymétrie été vérifiée dans plusieurs cas (Stricker).9 Pitner,
faciale ; au cours de l’autopsie d’un nouveau-né de 1 mois,
C par l’inspection du tonus musculaire, la joue découvre une dégénérescence graisseuse des peau-
du côté paralysé se soulève à l’expiration : le ciers atrophiés, mais y note la présence de fibres
blessé « fume la pipe » ; nerveuses.
• la troisième portion extrapétreuse est la victime
d’agressions chirurgicales, le plus souvent invo- Syndrome de Cayler (Fig. 8)
lontaires, mais parfois délibérées en cas de chi- L’agénésie musculaire correspond à la théorie mé-
rurgie tumorale. sodermique de la séquence de Moebius. L’aplasie
des abaisseurs de la lèvre inférieure se rencontre
Paralysies congénitales dans l’« asymmetric crying facies » ou syndrome de
Cayler, qui y associe des malformations cardiaques.
Syndrome de Melkersson-Rosenthal
Il associe une langue plicaturée, une paralysie fa- Dysplasies latérales
ciale surtout inférieure, parfois à bascule et une Les dysplasies de la pyramide pétreuse, isolées ou
macrochéilie œdémateuse. intégrées à une dysplasie latérofaciale, parfois à
une microsomie hémifaciale, s’accompagnent fré-
Syndrome de Moebius (Fig. 7) quemment d’une paralysie faciale :
Von Graefe a, le premier, fait état en 1880 d’une • partielle dans le territoire inférieur dans le syn-
paralysie faciale bilatérale. Le syndrome malfor- drome de Gérard ; la dysplasie retentit sur
matif décrit par Moebius en 1888 associe une diplé- l’aqueduc et le contingent facial inférieur est
gie faciale, une paralysie de l’abducens et des comprimé, parce qu’en situation la plus anté-
altérations des extrémités, ainsi que du thorax, de rieure ;
sorte que les auteurs américains décrivent une • totale dans les dysplasies sévères. Le rocher est
séquence, le CLUFT syndrome (cranial, lower limb, plicaturé, recroquevillé vers l’intérieur, l’aque-
Constat technique
Impasse musculaire
Elle est à la fois morphologique et fonctionnelle.
Mimique modifiée
L’altération est le fait des erreurs de réinnervation,
Figure 11 La repousse axonale est tributaire du chimiotaxisme rançon obligatoire des réparations nerveuses homo-
distal. latérales, mais aussi de l’incitation motrice contro-
394 M.Stricker et al.
Mimiques falsifiées
La falsification résulte de la modification de l’inci-
tation motrice, puis, au stade suivant, de l’emploi
d’un effecteur musculaire différent sous contrôle
nerveux variable.
Mimique de substitution
La commande motrice diffère, émanant parfois du
phrénique ou du spinal, le plus souvent de l’hypo-
glosse. La réhabilitation du tonus est remarquable,
la mimique volontaire existe, mais sans dissociation
entre le facial supérieur et l’inférieur et la mimique
émotionnelle est nulle ; le patient grimace, surtout
lorsque la langue s’anime.
Mimique caricaturale
Lorsque l’effecteur est hors d’usage, la transposi-
tion de muscles voisins ou bien la transplantation
de muscles éloignés, même si le nerf facial contro- Figure 12 Signe du croisement.
latéral les anime, ne procure qu’une caricature de
mimique. complémentaire pour récidive tumorale. La réin-
Recourir aux transplants musculaires aboutit à nervation débute entre 8 et 14 mois au niveau des
un raccourci de la mimique, la réduisant à quelques élévateurs de la sangle buccale, s’étendant peu à
mouvements élémentaires simplifiés, quelle que peu dans le masque mimique, sauf à ses extrémités.
soit leur amplitude. On obtient un mouvement, Certains auteurs ont invoqué une réinnervation
rarement une mimique, à l’exception d’un sourire trans-sagittale par le VII opposé, c’est le signe du
particulier. croisement (Fig. 12), bien connu des électrologis-
La réhabilitation de la relation neuromusculaire tes. Dans un cas de Fisch,33 le blocage du VII opposé
facial-peauciers porte sur trois paliers : stoppait la mimique récupérée. Mais ce croisement
• tonus ; est limité dans l’espace, ne dépassant qu’excep-
• mimique volontaire ; tionnellement la commissure labiale.
• mimique émotionnelle. L’intrication entre trijumeau et facial et leur
L’analyse objective des récupérations montre à complicité sont étayées par de nombreux faits ana-
l’évidence que le nerf prime tout, assurant seul le tomiques et cliniques.
dernier palier émotionnel, à condition qu’il s’agisse Une intrication plexiforme entre les rameaux
du facial lui-même. terminaux du V et du VII est une disposition anato-
mique commune aux mammifères (Bowden et Ma-
Réinnervations paradoxales : intrication hran).34 Des fibres nerveuses émanées du V chemi-
trigéminofaciale nent avec les rameaux du VII, véhiculant la
Les réhabilitations paradoxales après interruption proprioception et la sensibilité profonde (Baumel
chirurgicale avérée du nerf facial ont été souvent 1974).35 La cénesthésie faciale relaie dans les gan-
attribuées à une repousse à travers le défect, re- glions du V vers le noyau sensitif (Fig. 13).
pousse guidée par le neurotropisme distal. Pour Des fibres du VII empruntent la voie du V (Olesh-
Martin et Helsper (1957),13 25 % des cas de destruc- kevich).36
tion chirurgicale du VII ont une récupération spon- La stimulation électrique du V provoque une
tanée. réaction réflexe des peauciers.
Martin, arguant de huit cas cliniques, dont un, Le 1er temps du réflexe de clignement est d’ori-
célèbre, de chanteuse, émit l’hypothèse d’une ré- gine musculocutanée faciale (Kugelberg) ;37
cupération par la voie du trijumeau. La patiente, (l’anesthésie locale des téguments n’affecte pas
après exérèse d’une tumeur parotidienne empor- ledit réflexe Rushworth).
tant les branches du VII, avait récupéré une moti- Une anesthésie locale dentaire provoque une
lité hémifaciale et cette mimique n’avait pas été parésie faciale (Hollinshead) et Cushing38 a observé
modifiée par une réintervention avec exérèse large des parésies faciales après destruction de la racine
Paralysie faciale 395
Facial réparable
Le rétablissement de la continuité nerveuse et de
l’alignement des fascicules par suture ou par greffe
est un concept ancien, initialement mécanique ; le
nerf étant assimilé à un conduit, structure guide de
la repousse axonale.
Méthodes et indications
Figure 15 Patient présentant une paralysie faciale droite traumatique. A. aspect préopératoire. B. Aspect après suture et
récupération.
Parfois, le déroutement du nerf permet un gain faute de quoi une nécrose centrale est à redouter.
de longueur suffisant pour éviter la greffe. La longueur du greffon induit un risque de déficit de
revascularisation et donc de réinnervation. La qua-
Greffe lité vasculaire du lit receveur est également impor-
La greffe équivaut à une double suture, elle obéit à tante. Ces considérations ont conduit à la pratique
certaines règles. de greffes nerveuses vascularisées.
Facteur vasculaire
Le rôle de la vascularisation est primordial, tant au
niveau du muscle, qu’à celui du nerf. Le diamètre
de la greffe nerveuse ne doit pas excéder 5 mm, Figure 16 Mise en place d’une greffe nerveuse en boucle.
Paralysie faciale 397
Figure 17 Aspect de patient présentant une tumeur maligne de la région parotidienne, ayant nécessité une résection du nerf facial
et reconstruction par montage en boucle. A. Aspect initial. B. Résultat postopératoire immédiat après boucle nerveuse. C. Aspect à
distance.
Figure 20 Patiente présentant une paralysie faciale droite après neurinome du VIII. A. Aspect initial. B, C. Aspects postopératoires
à distance après récupération d’une anastomose hypo-glosso-faciale.
Paralysie faciale 399
• comme donneur de tonus, préservant les mes (Ortiguela) et une perte de la sensibilité du
muscles peauciers dans l’attente de la repousse bord externe du pied et de la cheville. Zucker a
axonale d’une greffe transfaciale, l’hypoglosse proposé le prélèvement endoscopique pour limi-
jouant le rôle de « baby-sitter » (Terzis).55 ter le préjudice cicatriciel ;
• le greffon saphène externe est inversé, orien-
Anastomose faciofaciale ou greffe transfaciale tant son extrémité proximale du côté paralysé,
(Fig. 20, 21) de façon à prévenir les fausses routes dans les
L’idée de réanimer la face paralysée par une greffe collatérales nerveuses (O’Brien 1980, Mac Kin-
nerveuse branchée sur le nerf facial controlatéral non et Dellon 1988) ;5,59
est le fait de Scaramella. Elle fut reprise, modifiée • la greffe transfaciale permet de dériver sur un
et codifiée par Smith, Anderl, Samii56-58 et bien transplant musculaire un rameau du VII opposé,
d’autres : assurant la fonction demandée au transplant et,
• le nerf donneur est le sural ; dans ce cas, le protocole en deux temps permet
• l’intervention se déroule en un temps, mais plus d’attendre la repousse axonale pour transférer
volontiers en deux temps à 6 mois d’intervalle le muscle, qui est ainsi immédiatement réin-
pour minimiser le risque de blocage conjonctif à nervé.
la 2e suture ; La greffe transfaciale, transmission synchrone de
• le branchement est proximal pour certains, dis- l’influx nerveux émané du facial sain aux branches
tal pour la plupart, en aval du plexus génien ; correspondantes du côté paralysé (Anderl 1973)57
• l’implantation est nerveuse, mais faute de est :
mieux, musculaire (Anderl)57 lorsque aucun nerf • séduisante dans sa conception ;
utile n’est retrouvé ; • controversée dans sa réalisation ;
• la morbidité sur le côté sain est réduite, la • convaincante dans sa validité biologique et phy-
pratique des neurectomies sélectives a montré siologique ;
que 40 % du contingent nerveux peuvent être • décevante dans son efficacité clinique, en rai-
interrompus sans séquelle paralytique, mais son de la lacune quantitative de la repousse
avec le risque du spasme de régénération ; axonale par insuffisance du quota de neurotisa-
• la morbidité sur le site de prélèvement se chif- tion, selon Harii60,61 ; 20 % seulement des axones
fre à 27 % de complications, dont 6 % de névro- atteignent l’hémiface paralysée. Trois facteurs
400 M.Stricker et al.
Figure 25 Enfant présentant une paralysie faciale congénitale droite. A. Aspect initial. B. État d’une transposition musculaire libre
partielle de grand dorsal réinnervée.
Paralysie faciale 403
Figure 30 Enfant présentant une paralysie congénitale des abaisseurs ; réhabilitation par transfert du muscle digastrique. A. Aspect
initial. B, C. Aspects à distance.
C la région temporale est deshabitée, déprimée agressives. Le muscle coulisse sur le coussinet
en un « creux » disgracieux, constrastant avec de glissement de la sysarcose. La qualité de
la surépaisseur sous-jacente due au retourne- récupération du mouvement labiocommissural
ment musculaire ; est tributaire de la fixation des transplants et
• le protocole de Labbé78 (Fig. 32). Ce dernier a de la rééduction.
initié une technique de transposition-glissement Fixation. Le mode de fixation est essentiel pour
du muscle sur son pédicule avec section du l’équilibre et la symétrie du mouvement réhabi-
tendon, qui est transféré sur la sangle buccale lité : l’accès à la sangle buccale se conçoit de trois
dans la coulisse rétromalaire, à travers la sysar- manières :
cose manducatrice de la boule de Bichat. La • accès latéral par la voie du lifting, préférentiel
technique très logique est de simplicité appa- pour Zuker ;79,80
rente, mais de réalisation parfois délicate, les • accès nasogénien avec résection cutanée éven-
points de détails sont d’importance : tuelle ;
C le tendon temporal s’enroule très bas sur le • accès endobuccal, préférable à nos yeux chez
coroné ; il doit être soigneusement ruginé en les patients jeunes. La voie muqueuse dessine
spirale avant la section osseuse et ce geste un U très évasé étendu d’une lèvre à l’autre en
peut être mené de façon plus précise par une s’éloignant de la commissure.
courte incision endobuccale ; Le lambeau muqueux trapézoïdal est levé sur
C la distance de transfert varie selon la morpho- une charnière commissurale. La discision sous-
logie faciale et les faces courtes sont moins cutanée conduit sur les peauciers ou leurs reli-
favorables ; quats. La référence fournie par l’activité du côté
C la section osseuse de l’arcade doit être très sain est en partie fallacieuse, en raison de l’hyper-
antérieure pour dégager largement la cou- tonie habituelle, ce qui contraint à un facteur de
lisse ; pondération. Les manœuvres peropératoires de
C les attaches musculaires, surtout préarticulai- traction sur la sangle affinent les emplacements de
res temporomandibulaires, doivent être le- fixation.
vées et parfois, le pédicule temporal profond L’arrimage du transplant est effectué, si possi-
postérieur est à disséquer pour obtenir l’arc ble, de muscle à muscle, soit d’un seul tenant, soit
de rotation souhaité. La morbidité est réduite, dissocié, par des languettes disposées en éventail
le galbe temporal est peu altéré, car le muscle avec de notables différences selon les auteurs :
est resuturé à la portion aponévrotique anté- • certains arriment au niveau du sillon nasogé-
rieure préservée. L’hématome intramuscu- nien ;
laire est le risque majeur, l’hémostase est • d’autres (Rubin) prônent un ancrage dissocié
rigoureuse et les manœuvres musculaires peu entre les peauciers et le derme ;
406 M.Stricker et al.
Figure 31 Patient présentant une paralysie faciale inférieure par tumeur maligne de la glande sous-maxillaire. A. Aspect initial. B.
Aspect après exérèse tumorale. C et D. Résultats de la transposition du muscle digastrique.
• d’autres, enfin, recommandent d’utiliser un re- thérapie de complément, autrefois fort utilisée, est
lais de contrôle vers le côté sain. tombée en désuétude. Le training neuromusculaire
Dans le cas de transplant libre, l’arrimage proxi- se décompose en trois phases (Barat) :81
mal se situe à l’arcade zygomatique. • initiale passive ;
Rééducation. Les protocoles de rééducation ga- • secondaire d’aide active ;
rantissent l’entretien des peauciers, athlétisent les • terminale active par les mécanismes de « bio-
transplants, procurent une aptitude indubitable à feedback ».
une mimique intentionnelle, mais l’obtention du La phase passive correspond à l’entretien des
palier émotionnel est sujette à caution. La physio- muscles, la phase d’aide active à l’athlétisation des
Paralysie faciale 407
Figure 33 Réhabilitation des parties molles chez un patient présentant une paralysie faciale droite. A. Aspect initial. B , C. Aspect
final.
Figure 37 Patiente présentant une paralysie palpébrale. Réhabilitation par ressort de Morel Fatio de faciaux synthésé. A. Aspect
initial. B. Aspect final.
Paralysie faciale 411
Figure 39 Ectropion palpébral inférieur paralytique et sénile. Correction selon la technique de Kuhnt-Szymanowski. A. Aspect initial.
B. Aspect postchirurgical.
412 M.Stricker et al.
Figure 41 Patient présentant une paralysie palpébrale. Résultat de la technique de Terson. A. Aspect initial. B. Aspect
postopératoire.
Paralysie faciale 413
raire et les nerfs sont exposés à une diffusion Chez le patient âgé, en état précaire, l’anasto-
locale du produit (Eleopra 1996).98 mose hypo-glosso-faciale est un geste rapide, fia-
ble, peu agressif.
Indications Sinon, chez les adultes jeunes et motivés, les
transplantations musculaires semblent préférables.
Se soucier du nerf facial, c’est avant tout le préser- L’information est donnée au patient pour se déter-
ver lors des interventions sur l’étage latéral, c’est miner entre une simple transposition des mastica-
aussi le réparer à tout prix, en tout lieu et à tout teurs ou un transplant réinnervé et revascularisé,
âge, par suture ou par greffe. de réalisation plus complexe, soumis aux aléas de la
En cas de paralysie invétérée, l’activisme chirur- réinnervation.
gical sur les paupières est éminement critiquable, Enfin, la rééquilibration des parties molles avec
l’occlusion à tout prix est une hérésie perfection- ou sans suspension sera réalisée dans les autres cas.
niste, car le plus souvent, la cornée n’est pas en
danger et il faut préserver la morphologie de la
Paralysies partielles et parésies résiduelles
fente palpébrale. Au niveau buccal, il faut toujours
proposer un protocole de réhabilitation permettant
d’accéder à une mimique intentionnelle rééduca- Une combinaison judicieuse d’affaiblissement, de
ble ; les procédés passifs de suspension ne sont résections et de remise en tension permet une
indiqués que chez les patients réticents. amélioration significative dans de nombreux cas.
Paralysies de l’enfant
Critères d’évaluation des résultats
Conflits facial/rocher
La dysplasie du rocher s’accompagne d’une dysto- Les tables de cotation des muscles peauciers et la
pie de l’aqueduc de Fallope avec issue faciale aty- définition d’un score sont d’un intérêt plus théori-
pique du nerf en situation très antérieure. La paré- que que réel, appliquées, en général, aux résultats
sie faciale prédomine dans le territoire inférieur,
des réparations intrapétreuses et sujettes à cau-
car le contingent nerveux inférieur est en situation
tion, en raison de leur caractère éminement sub-
antérieure dans le rocher, et donc, première vic-
jectif.
time du garrot osseux. Tel est le cas dans :
Plus intéressante est l’approche de Lalardrie
• le syndrome de Gerard ;
(1967),99 de mensuration de la distance entre le
• la microsomie hémifaciale. Ortiz Monasterio a
réalisé chez ces patients très jeunes une greffe point interincisif et l’angle commissural et de sa
nerveuse transfaciale ; attitude, à notre sens, différence avec le côté sain, entre le repos et le
très abusive ; tous ces cas relevant plutôt d’une mouvement :
décompression intrapétreuse avec neurolyse • 0-5 mm : bon ;
fasciculaire éventuelle ; • 5-10 mm : décevant ;
• le syndrome de Moebius (Fig. 42). La transplan- • plus de 10 mm : médiocre.
tation musculaire est de mise, soit des tempo- En réalité, le seul critère objectif est dynamique
raux selon le protocole de Labbé, soit sous par le biais du film ou de l’image vidéo.
forme de transfert partiel micro-anastomosé,
réanimé par une greffe transfaciale courte ou
par le nerf massétérin (Zuker). Cette dernière Conclusion
technique autorise une réhabilitation émotion-
nelle meilleure et assure une excellente, quoi- Le chirurgien, confronté aux effets néfastes du
que paradoxale, symétrie. Harrison67 recom- couple pesanteur/paralysie dispose d’une gamme
mande d’étoffer les lèvres amincies par de procédés de réhabilitation pour rétablir le 1er
l’aplasie de l’orbiculaire ; palier de la mimique, celui du tonus au repos et
• le syndrome de Cayler. La symétrisation labiale accéder au 2e palier, celui de la mimique intention-
fait appel à l’affaiblissement du côté sain par la nelle. Malheureusement, même avec le secours de
toxine botulique ou une neurectomie hypersé- la rééducation, un constat est à dresser, à savoir
lective très distale. l’impuissance à retrouver une réelle mimique émo-
tionnelle symétrique, même avec la réparation du
Paralysies invétérées
nerf facial ou le recours à son homologue opposé.
Si le nerf facial est irréparable et les peauciers en Ce constat ne doit pas déboucher sur un immobi-
état, le choix existe entre les anastomoses nerveu- lisme chirurgical, améliorer est la règle, réanimer
ses et les transpositions musculaires. cette hémiface inerte est une satisfaction pour le
414 M.Stricker et al.
Figure 42 Patient présentant un syndrome de Moebius. A, B, C. Anomalies faciales tronculaire et digitale. D, E , F. Aspects après
réhabilitation après transfert temporal classique. À noter la dépression au niveau de la fosse temporale.
patient et son chirurgien, mais ce dernier doit se 5. Mackinnon SE, Dellon AL, Hunter DA. Histological assess-
garder de la tentation de la prouesse chirurgicale. ment of the effects of the distal nerve in determining
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En effet, le retentissement psychologique est ma- 51.
jeur, souvent mal évalué et se prolonge à très long
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EMC-Dentisterie 1 (2004) 417–428
http://france.elsevier.com/direct/EMCDEN/
MOTS CLÉS Résumé Les relations pathologiques entre l’œil et la dent sont connues depuis long-
Œil ; temps, bien qu’elles soient extrêmement rares. Il existe de nombreuses manifestations
Dent ; oculaires d’origine dentaire (uvéite, cellulite, conjonctivite, trouble de l’accommoda-
Infection focale ; tion, larmoiement...). Les séquelles ophtalmiques à long terme d’une pathologie dentaire
Uvéite odontogène ; peuvent être extrêmement graves : diminution permanente de l’acuité visuelle, diplopie
Cellulite orbitaire
ou même cécité... Les conséquences d’une infection orofaciale affectant l’orbite et le
système nerveux central peuvent être l’hémiparalysie, voire la mort. Le stomatologiste,
le chirurgien-dentiste et l’ophtalmologiste doivent associer leurs compétences pour
l’établissement d’un diagnostic et la mise en place d’un traitement local et/ou général.
© 2004 Elsevier SAS. Tous droits réservés.
KEYWORDS Abstract Pathological relations between the eye and the tooth are known for a long time,
Eye; although they are extremely rare. There are many ocular demonstrations of dental origin
Tooth; (uveitis, cellulitis, conjunctivitis, accommodation disturbances, watering...). Long-term
Focal infection; ophthalmic sequelae of a dental pathology can be extremely serious : permanent
Odontogenic uveitis;
reduction of vision, diplopia or even blindness... Consequences of oro-facial infection
Orbital cellulitis
affecting orbit and central nervous system can be hemiparalysy, even death. Stomatolo-
gists, dental surgeons and ophthalmologists should associate their competences for the
diagnosis establishment, and the implementation of a local and/or general treatment.
© 2004 Elsevier SAS. Tous droits réservés.
* Auteur correspondant.
Adresse e-mail : [email protected] (P. Barbrel).
des bourgeons faciaux de la cinquième et la sixième La face supérieure du maxillaire est une fine
semaines expliquent la contiguïté entre la cavité lame osseuse, rendue encore plus fragile par la
orbitaire et la cavité buccale, malgré leur éloigne- présence du canal infraorbitaire. La mince sépara-
ment topographique. C’est à ce stade de dévelop- tion entre sinus maxillaire et cavité orbitaire expli-
pement de la face que des défauts mineurs de que la propagation des infections ou des tumeurs.
fusion entre bourgeon nasal interne et bourgeon Parmi les rameaux vasculonerveux inclus dans la
maxillaire expliquent l’agénésie, voire l’ectopie de paroi antérieure du sinus maxillaire, un émanant de
certains germes dentaires, par dysmigration des l’alvéole de la canine vient s’ouvrir en avant du
odontoblastes. Leur évolution pourra être à l’ori- canal lacrymal au niveau de l’angle inféromédial de
gine d’accidents infectieux ophtalmologiques. l’orbite. C’est par cette voie intraosseuse que peu-
La complexité du développement de la face de vent se propager, jusqu’au grand angle de l’œil,
l’embryon explique l’éventualité des malforma- des suppurations ayant une origine alvéolaire. Ces
tions craniofaciales. Anomalies dentaires et oculai- canaux (dits « de Parinaud ») favorisent la diffusion
res coexistent fréquemment dans de nombreux syn- de l’infection vers l’œil.
dromes craniofaciaux, comme le syndrome de Le même périoste recouvre les canalicules den-
Crouzon, la maladie de Marfan, le syndrome de taires, le canal lacrymonasal et l’orbite.63
Pierre Robin...17 Le volume des sinus étant variable, les rapports
dents – sinus le sont également. Dents et sinus
Rapports anatomiques maxillaire sont séparés par 2 à 4 mm d’os spon-
gieux. Parfois, certains apex font saillie dans le
Du fait des rapports anatomiques de voisinage entre sinus (sinus procident) ; les dents antrales corres-
l’œil et la dent, une lésion dentaire peut, par pondent aux prémolaires et premières molaires
simple contiguïté et par diffusion, provoquer une maxillaires, rarement des deuxièmes et troisièmes
atteinte de l’œil. molaires et des canines. De plus, la barrière osseuse
n’est pas perméable. Elle est traversée par de
Rapports osseux nombreux pertuis où passent de fines ramifications
Le maxillaire supporte les dents supérieures dans sa des nerfs, artérioles et veinules dentaires. Chez
partie inférieure, entre dans la constitution de la l’enfant, les germes des dents définitives se super-
cavité orbitaire par sa partie supérieure, et com- posent à ceux des dents déciduales et se trouvent
prend une cavité centrale : le sinus maxillaire situés très près de l’orbite ; comme chez l’adulte
(Fig. 1). Certains auteurs comme Worms et Bercher dans les cas d’ectopie ou d’inclusion dentaire.
pensent que la propagation d’une infection den- Cette disposition explique la propagation fréquente
taire à l’œil doit se faire par le relais sinusien (la des suppurations d’origine dentaire au rebord infé-
« sinusite latente »).14 rieur de l’orbite chez l’enfant.39
Rapports vasculaires
Artères
Il existe de nombreuses anastomoses (Fig. 2) :
• entre l’artère maxillaire et l’artère ophtalmi-
que (branche de l’artère carotide interne) ;
• entre l’artère faciale et l’artère ophtalmique
par l’artère angulaire de l’œil.
Le système carotidien externe (destiné à la face,
aux téguments de la tête et à la partie supérieure
de l’axe aérodigestif) participe à la vascularisation
orbitaire.
Veines
Il existe des anastomoses (Fig. 3) :
• entre la veine ophtalmique supérieure et le
tronc thyro-linguo-facial par la veine angu-
laire. La veine ophtalmique supérieure se jette
dans le sinus caverneux, ce qui explique la
Figure 1 Rapports osseux œil-dent. 1. Cavité orbitaire ; 2. sinus possibilité des thrombophlébites craniofacia-
maxillaire. les ;
420 F. Jordana et al.
Vaisseaux lymphatiques
Les nœuds lymphatiques submandibulaires, au
nombre de trois à six de chaque côté, reçoivent les
lymphatiques des paupières et de la conjonctive,
de la joue, des lèvres, des gencives et du plancher
buccal.
Pour Larmande et al.32, l’absence de système
lymphatique orbitaire semble exclure toute propa-
gation de l’inflammation par voie lymphatique.
Pour cet auteur, il est exceptionnel qu’une infec-
tion dentaire entraîne une cellulite orbitaire par
l’intermédiaire d’une septicémie.
Rapports nerveux
Figure 2 Rapports vasculaires artériels œil-dent. 1. Artère
L’innervation sensitive de l’œil et des dents est
maxillaire ; 2. artère carotide externe ; 3. artère ophtalmique ; assurée par la Ve paire des nerfs crâniens, le nerf
4. artère angulaire ; 5. artère faciale ; 6. artère maxillaire. trijumeau, par sa racine sensitive (racine supé-
rieure, la plus volumineuse).
L’innervation de l’œil et des arcades dentaires
est donc sous la dépendance des branches du triju-
meau, le nerf le plus réflexogène de l’organisme.36
Le trijumeau est en connexion étroite avec la plu-
part des nerfs crâniens (nerf facial, nerf oculomo-
teur, nerf trochléaire), des nerfs cervicaux, des
systèmes sympathique et parasympathique.
Ainsi, toute irritation de la pulpe, qui est très
riche en fibres neurovégétatives, entraîne une at-
teinte trigéminale et sympathique. Cela peut occa-
sionner ensuite un accident oculaire réflexe.
Rapports cellulaires
Les espaces celluleux font largement communiquer
la région jugale et le plan musculaire des paupiè-
res.
Au niveau de l’apex de la canine et des premières
prémolaires, prend naissance une coulée cellulaire
verticale, qui s’étale dans la région génienne
haute, s’allonge dans le sillon nasogénien pour
aboutir à l’angle médial de l’œil. Seul le rebord
orbitaire sépare les tissus celluleux orbitaire et
Figure 3 Rapports vasculaires veineux œil-dent. 1. Veine jugu- nasogénien. Une ostéite diffuse du maxillaire peut
laire interne ; 2. veine jugulaire externe ; 3. sinus caverneux ; 4.
ainsi intéresser l’orbite. Le tissu nasogénien se
veine ophtalmique supérieure ; 5. veine ophtalmique inférieure ;
6. veine angulaire ; 7. veines ptérygo-ophtalmiques ; 8. veines poursuit dans le tissu celluleux lâche de la paupière
ptérygocaverneuses ; 9. plexus ptérygoïdien ; 10. veine faciale. inférieure. Cela explique la diffusion rapide de
certaines cellulites aiguës géniennes vers l’angle
• entre la veine ophtalmique inférieure et le médial de l’œil et la présence alors d’un œdème
plexus ptérygoïdien (qui draine les plexus orbi- palpébral. Le tissu celluleux de la région infra-
taire, sinusaux et péridentaires et qui possède temporale peut être infecté directement par une
des anastomoses avec le sinus caverneux) par dent de sagesse supérieure et propager l’infection
la veine infraorbitaire ; au tissu celluleux de l’orbite, par voie postérieure.
Relations pathologiques œil-dent : point de vue du stomatologiste et de l’odontologiste 421
Il s’agit de la propagation, le plus souvent aux Elles sont plus rarement retenues (Tableau 2).
annexes, d’un foyer infectieux, par extension de
proche en proche (périoste, sinus, fosse infra-
temporale et fente fissure orbitaire inférieure) ou Tableaux cliniques
par voie veineuse rétrograde.
Dans le rapport de la Société française d’ophtal- L’orbite est la cible favorite des manifestations
mologie de 1986, concernant les neuropathies opti- ophtalmologiques de la pathologie dentaire. Elle
ques, Hamard et al.23, se basant sur l’article de doit ce privilège à sa proximité anatomique, à la
François et Van Oye sur les uvéites et les névrites richesse de ses connexions vasculonerveuses et à
optiques20, considèrent que l’infection par conti- son hétérogénéité tissulaire.17
guïté (par voie osseuse, périostée, par le sinus
maxillaire) est exceptionnelle ; pour l’infection Atteintes infectieuses
focale (propagation par voie sanguine jusqu’à
l’œil), cet auteur rappelle qu’aucun germe n’a été Au niveau des paupières
mis en évidence au niveau de l’œil. Dans son rap- Œdèmes et abcès palpébraux inférieurs. Par conti-
port de 1997, la Société française d’ophtalmolo- guïté d’une dent infectée.
gie17 considère la propagation par contiguïté
comme la cause principale des atteintes oculaires Au niveau du rebord orbitaire
d’origine dentaire. Ostéopériostite aiguë.
422 F. Jordana et al.
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EMC-Dentisterie 1 (2004) 429–452
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MOTS CLÉS Résumé Utilisées chez l’homme depuis des siècles, les transplantations dentaires n’ont
Autotransplantations ; épuisé ni leurs indications, ni les améliorations susceptibles d’optimiser leur pronostic,
Réimplantations ; ainsi qu’en témoignent les nombreux travaux scientifiques qui leur ont été consacrés au
Greffes ; cours des dernières décennies. Elles ont pour but la mise en place chirurgicale, sur une
Rhizagenèse ;
arcade dentaire, de dents incluses ou ectopiques, le remplacement de dents perdues ou
Desmodonte
la compensation d’agénésies. En raison du principe de précaution, les autotransplanta-
tions sont seules envisageables. Les réimplantations de dents luxées accidentellement et
les déplacements chirurgicaux de dents en malposition sont envisagés à la suite des
autotransplantations. Les problèmes posés et leurs solutions sont proches. L’ensemble de
ces techniques forme un tout qui trouve naturellement place dans les plans de traitement
des omnipraticiens et des orthodontistes.
© 2004 Elsevier SAS. Tous droits réservés.
Abstract Teeth transplantations have been used since centuries. This surgical method has
KEYWORDS
Autotransplantations; been used in many new situations and has constantly been making breakthrough discove-
Reimplantations; ries. A great number of scientific studies have been published within the last few decades
Grafts; on this subject. Transplantations are used to put back impacted or ectopic teeth in their
Rhizogenesis; normal situation. They can also be used as substitute to lost teeth or to compensate for
Periodontial ligament agenesis. As a precaution, only autotransplantations are performed. The re implantation
of accidentally lost teeth and the surgical setting of malpositioned teeth are developed
with autotransplantations. Difficulties and solutions are similar to those encountered in
transplantation procedures. All of these surgical methods are included in oral surgeons’
and orthodontists’ daily practice.
© 2004 Elsevier SAS. Tous droits réservés.
leur technique et à rendre fiables les résultats Nous retiendrons ici les autotransplantations, de
qu’ils en escomptent, le but de la transplantation loin les plus pratiquées. Nous évoquerons égale-
étant, pour Gineste, « d’amener en position fonc- ment les techniques de repositionnement chirurgi-
tionnelle une dent incluse, impossible à dégager cal de dents mal situées qui, sans être des trans-
par les procédés orthopédiques ou chirurgico- plantations au sens défini plus haut, posent des
orthodontiques ».21,39 problèmes et rencontrent des difficultés analo-
Nous résumerons ici des données récentes qui, gues.
pour l’essentiel, concernent la croissance des ger- Nous réservons le terme d’implantation à l’inser-
mes dentaires, leur phase d’éruption, l’histologie tion intraosseuse de matériaux hétérogènes, soit
et la physiologie de la pulpe dentaire et du desmo- pour l’essentiel, actuellement, les implants en ti-
donte. La compréhension du comportement des tane. Leur grande diffusion et l’amélioration des
divers tissus intéressés dans les processus de trans- prothèses qu’ils supportent mettent aujourd’hui
plantation et de réimplantation, avant et après leurs indications en compétition avec celles des
l’acte chirurgical, permet de mieux lutter contre transplantations.
l’inflammation, voire l’infection liée à la mortifica-
tion d’un transplant, et surtout contre la résorption
radiculaire et l’ankylose, bêtes noires de ces tech- Un peu d’histoire
niques. Les indications ont elles aussi connu des
changements. Les progrès de l’orthodontie ont « C’est un vieux rêve humain que de transplanter
rendu certaines d’entre elles obsolètes tandis que les dents, et si les échecs ont été nombreux, il faut
d’autres voyaient leur utilité confirmée. De même, admirer la persévérance des thérapeutes et quel-
le développement de l’implantologie nous fait par- quefois leur imagination » (Durivaux).29 La remise
fois hésiter à choisir entre implant non biologique en place de dents ébranlées ou luxées, les réim-
et transplant. Avant un bref rappel historique qui plantations, les transplantations, ont tenté les pra-
éclaire à travers les siècles la démarche qui conduit ticiens de l’art dentaire depuis des temps fort
à réimplanter ou à transplanter des dents, il reculés. Un bref survol de ce chapitre de l’histoire
convient de préciser le sens des termes utilisés. de la médecine éclaire les espoirs, les difficultés,
les trouvailles, les solutions apportées par ces tech-
niques.
Terminologie Pour Renier, c’est au troisième millénaire av.
J.-C. que remontent les premiers écrits concernant
Greffe : transfert d’un fragment de tissu ou d’or- les réimplantations.78
gane d’un point à un autre d’un même individu ou Il est mentionné dans un compendium médical
d’un individu à un autre.30 trouvé en Chine : « Lorsque les dents sont ébranlées
Transplantation : transfert d’un organe entier ou sorties de leurs alvéoles, on les remet en place
d’un donneur, impliquant le rétablissement de la et on les maintient à l’aide de baguettes de bambou
continuité vasculaire afférente et efférente de cet reliées entre elles par des fils d’or ». Réimplanta-
organe avec l’appareil circulatoire du receveur.30 tion et contention sont déjà mentionnées, et ce en
Les transplantations dont nous parlons ici, trans- 3216 et 2636 av. J.-C. sous les règnes des empe-
plantations dentaires, correspondent mieux en fait reurs Chin-Noug et Hou-Angty.
à la définition que donnent Vincent et Merle-Béral En Égypte, des fils d’or maintenaient des dents
de ce qu’ils nomment « greffe dentaire » : « opéra- branlantes et supportaient des dents artificielles
tion qui consiste à placer dans une cavité alvéolaire ou, peut-être, des dents réimplantées. Ces métho-
naturelle ou préparée artificiellement une dent des sont utilisées dans l’Antiquité chez les Étrus-
récemment extraite, une dent conservée ou un ques, les Grecs et les Romains. En 460 av. J.-C.,
germe dentaire ». Lorsque le même sujet est à la Hippocrate aurait conseillé de mettre en place les
fois le donneur et le receveur, on parle d’auto- dents dérangées lors de fractures du maxillaire
greffe ou d’autotransplantation (ou autologue ou inférieur et de les maintenir à l’aide de fils d’or. La
autogène).38 Si le donneur et le receveur sont des grande civilisation arabe en fut peut-être l’héri-
sujets différents mais appartiennent à la même tière et en l’an mille, Abulcassis emploie lui aussi
espèce, il s’agit d’homogreffe ou d’homotransplan- des fils d’or ou d’argent lorsqu’il faut fixer des
tation (ou homologue ou allogénique). Enfin, si le dents ou les transplanter.13,18
donneur et le receveur appartiennent à des espèces À l’époque de la Renaissance, le célèbre anato-
animales différentes, nous employons la dénomina- miste André Vésale (1514-1564), dégagea lui-même
tion d’hétérogreffe ou d’hétérotransplantation (ou une de ses canines maxillaires. En 1554, Ambroise
hétérologue ou xénogénique).15,23 Paré rapporte un cas d’homotransplantation : « Un
Transplantations et réimplantations dentaires 431
homme digne d’être creu m’a affirmé qu’une prin- transplantations et les implantations de dents, en-
cesse ayant fait arracher une dent, s’en fit remet- tre 1876 et 1885.87
tre subit une autre d’une sienne damoiselle, la- Il faudra attendre le XXe siècle pour voir se
quelle se reprint, quelques temps après, maschait dessiner un corpus scientifique fondé sur l’expéri-
dessus comme sur celle qu’elle avait fait arracher mentation, la clinique, l’histologie, et la compré-
auparavant ».43 En 1595, dans Le miroir de la hension des processus de cicatrisation. À partir de
beauté et santé corporelle , Guyon affirme que « si ces données, indications, techniques et résultats
l’on arrache une dent pour une autre, il faut la retiennent l’attention de beaucoup d’auteurs et
remettre soudain dans son alvéole et qu’on l’atta- font l’objet de très nombreuses publica-
che avec filet à la voisine et se reprendra ainsi que tions.12,20,25,28,42,69,91
je l’ai vu souvent ». En 1633, Dupont, opérateur du
roi Louis XIII traite des odontalgies par la réimplan-
tation immédiate après extraction de la dent dou- Choix du (ou des) transplant(s) –
loureuse. Il décrit des cas de traitement d’édenta- Indications
tion partielle par hétéro- ou homotransplantation
de dents prélevées sur des cadavres ou sur des
La transplantation a pour but le remplacement
vivants.
d’une dent perdue ou manquante, ou de plusieurs,
Au XVIIIe siècle, l’incontournable Pierre Fau-
par une ou plusieurs autres qui en assurent les
chard32 publie à plusieurs reprises sur ce sujet. En
fonctions dans des conditions physiologiques les
1720, il décrit le cas d’un capitaine dont la canine,
plus proches possibles de la normale et, à tout le
extraite pour cause de carie, fut remplacée par
moins, acceptables. Ce résultat obtenu, une trans-
celle d’un soldat de sa compagnie. En 1728, il
plantation idéale est, pour nous, celle où le trans-
recommande dans son traité, Le Chirurgien Den-
plant se comporte dans sa nouvelle situation
tiste, la réimplantation ou la transplantation d’une
comme une dent vivante. La question que l’on doit
bouche à une autre, mais surtout chez les person-
se poser avant de l’entreprendre est : « le patient
nes jeunes. Il décrit également le « redressement
n’a-t-il rien à y perdre, a-t-il tout à y gagner ? ».
forcé » d’une dent en malposition sur l’arcade,
Paulsen la formule ainsi : « une transplantation
dont la suite logique sera, à notre époque, la corti-
réussie apporterait-elle au patient une solution
cotomie de repositionnement. En 1771, John Hun-
meilleure que toute autre ? L’échec de la transplan-
ter s’inspire d’une ancienne méthode chinoise
tation entraînerait-il un résultat plus mauvais que
consistant à greffer les ergots de jeunes coqs sur
lorsqu’elle n’est pas tentée ? ».3,12,71
leur crête : il greffe des dents saines de provenance
animale et humaine dans des crêtes de coqs. Il Que transplanter ? Où transplanter ? Quand
assure ainsi leur préservation et les garde vivantes. transplanter ?
En 1780, il décrit lui aussi des cas de traitements Ces questions ne se posent pas pour une réim-
d’édentations partielles par des hétéro- ou des plantation. Le site est l’alvéole de la dent luxée, le
homotransplantations de dents prélevées sur des transplant, la dent elle-même. La réimplantation
morts ou sur des vivants. doit être pratiquée le plus tôt possible après la
Des idées nouvelles apparaissent au XIXe siècle. luxation. Il en va différemment dans le cas des
Dès 1804, Pfaff conseille de renoncer « à la manie transplantations.
de transplanter des dents d’une bouche à une
autre » après avoir constaté que de telles interven- Que transplanter ?
tions pouvaient entraîner la transmission de mala-
dies. Malgré cela, il était encore courant à Londres Une dent. Une dent saine dont on n’a pas l’usage ou
en 1843 d’acheter des dents fraîchement extraites, qui n’est pas à sa place sur l’arcade : dent ectopi-
pour les transplanter. En 1861, Vasey (cité par que, c’est le cas fréquent des transplantations de
Andreasen) proposait « la transplantation dentaire canines ; dent surnuméraire de morphologie conve-
avant que la dent ait terminé sa formation et ceci nable ; dent appelée à être extraite en raison d’un
pour éviter une résorption et la transmission d’une encombrement, d’une dysharmonie dentomaxil-
infection ». En 1874, Legros et Magitot sont les laire. Le choix le plus fréquent est alors celui d’une
premiers à publier leurs essais de transplantation prémolaire ou d’une troisième molaire. Dans le cas
de germes dentaires.52 Il serait fastidieux de réper- d’une prémolaire, une dent à racine unique et
torier toutes les publications faites sur ce sujet à conique est la mieux adaptée : l’extraction est
cette époque. Rappelons simplement que l’Index of simple et les risques de lésion du desmodonte limi-
periodical literature de 1885 enregistre près de tés.34 C’est délibérément que nous éliminons de ce
300 articles concernant les réimplantations, les chapitre les homo- et, a fortiori, les hétérotrans-
432 J. Recoing
plantations. Le risque de transmission de patholo- nant le transplant : sinus maxillaire, canal mandi-
gies virales, en particulier VIH et hépatites B et C, bulaire, trou mentonnier, racines des dents adja-
n’autorise pas une transplantation directe d’indi- centes...80
vidu à individu. Les études récentes ont montré la Citons pour mémoire l’obturation d’une commu-
présence de prions dans la pulpe dentaire et dans le nication buccosinusienne par un transplant den-
parodonte. L’on connaît les difficultés rencontrées taire proposée par Politis et al.75
pour détruire les prions. Les banques de dents
constituées en Belgique ou au Danemark utilisaient Quand transplanter ?
la cryoconservation dans l’espoir de garder aux
cellules desmodontales un potentiel de vitalité lors Répondre à cette question oblige à distinguer deux
de leur réchauffement.75 Détruire les prions revien- groupes d’indications.
drait à conserver dans ces banques des organes Le premier concerne des transplants à visée or-
dentaires utilisables seulement sous forme de thodontique. Il s’agit des canines ectopiques et des
transplants inertes. agénésies de prémolaires essentiellement. On peut
Les seuls transplants que nous devions utiliser lui associer le remplacement d’une incisive cen-
actuellement sont donc les transplants autologues. trale par une prémolaire chez un sujet jeune dont
la croissance osseuse est loin d’être terminée et
Où transplanter ? n’autorise pas la mise en place d’un implant.27
Dans ces cas, le moment de l’intervention est
Là où l’on en a besoin et où la morphologie du choisi en accord avec l’orthodontiste, en fonction
transplant correspond à l’usage auquel il est des- du déroulement de son traitement, et du degré de
tiné, tant pour l’esthétique que pour la fonction. maturation de la dent transplantée. Il s’agit là
Si le transplant est une prémolaire, il est utilisé d’une donnée essentielle pour l’évolution du trans-
pour remplacer une autre prémolaire, le plus sou- plant.
vent dans le cas d’une agénésie. Une prémolaire Le deuxième groupe d’indications s’adresse aux
surnuméraire peut servir dans la même indica- transplants destinés à remplacer une dent extraite,
tion.43,71 le plus souvent pour cause de carie négligée, ou à la
Une prémolaire peut également remplacer une suite d’un traumatisme. Il s’agit le plus souvent du
incisive centrale maxillaire, sous réserve d’une co- remplacement d’une molaire par une dent de sa-
ronoplastie, car si leurs dimensions sont proches, la
gesse ou par son germe. La première molaire est en
morphologie de leurs couronnes diffère.27
effet la dent qui est le plus souvent et le plus tôt
Une troisième molaire peut remplacer une pre-
atteinte par la carie. Le transplant se fait au mo-
mière ou, moins souvent, une deuxième molaire,
ment où la dent « perdue » ne peut plus être
soit parce qu’elle est délabrée par la carie ou par
utilement restaurée et laissée en fonction.15 C’est
un traumatisme, soit parce qu’elle a dû être ex-
en général chez un adolescent ou chez un adulte
traite en raison d’une situation ectopique ou d’une
jeune et tous les auteurs sont d’accord pour dire
altération de sa morphologie.89
que la jeunesse favorise les chances de réussite des
Une indication plus rare est la compensation, par
transplants. À un âge plus avancé, cette solution
un transplant de dent de sagesse, d’une agénésie
est parfois proposée pour des raisons économiques
d’une, ou plus souvent de deux prémolaires, sur la
chez un patient qui ne peut assumer le coût d’une
même hémiarcade.
prothèse classique ou d’un implant.89
Garcia a également publié des cas de restaura-
tion des édentements maxillaires postérieurs par
greffes de dents de sagesse sous-sinusiennes.36,37
Enfin, une troisième molaire hypotrophique a pu Données actuelles
être proposée pour le remplacement d’une incisive
maxillaire, il s’agit là d’un cas d’exception. Évolution du transplant
Une dent ectopique, le plus souvent une canine,
sera transplantée dans l’alvéole de la dent de lait Il est difficile de savoir ce qui se passe dans l’inti-
qui lui correspond après aménagement orthodonti- mité d’un transplant. Les travaux expérimentaux,
que de l’espace qui lui est nécessaire et remode- ceux de Skoglund82,83,84,85,86 en particulier, mais
lage de l’alvéole. Si la dent de lait a été retirée aussi ceux de Monsour et Adkins,60,61 de Pogrel...74
auparavant, un nouvel alvéole devra être créé par nous permettent d’en savoir un peu plus grâce à
le chirurgien. Dans tous les cas, l’anatomie de la l’emploi de techniques histologiques et histochimi-
région où se fait la transplantation, doit être prise ques sur :
en compte afin de respecter les structures avoisi- • la conservation de l’anatomie pulpaire ;
Transplantations et réimplantations dentaires 433
s’insèrent dans le cément, tissu minéralisé qui re- Évolution des germes transplantés
couvre la dentine radiculaire, et dans l’os alvéo-
laire. Le desmodonte intervient dans la transmis- Dans les cas où les organes transplantés sont des
sion des informations extéro- et proprioceptives et germes enfouis, le pronostic dépend de leur capa-
dans la régulation de l’intensité des forces mastica- cité à faire leur éruption et à édifier leurs racines.
toires.90 Il est cémentogène par sa face interne et Cette édification comporte la synthèse de la den-
ostéogène par sa face externe. Après une auto- tine radiculaire et la formation de l’ensemble des
transplantation, les phénomènes de cicatrisation tissus de soutien de la dent. Elle est sous la dépen-
intéressent le complexe cément-desmodonte-os al- dance de la gaine de Hertwig.10 Issue des épithé-
véolaire. liums adamantins interne et externe, elle sépare le
Après destruction du ligament alvéolodentaire sac folliculaire de la pulpe.40 Formée de deux assi-
avant réimplantation, aucune attache conjonctive ses épithéliales accolées l’une à l’autre, elle pro-
n’est obtenue. Ces travaux sont confirmés par ceux gresse en doigt de gant jusqu’à la région apicale en
de Proye et Polson sur les transplants effectués induisant la formation des odontoblastes qui édi-
chez des singes : après dénudation des surfaces
fient la dentine de la racine. Sous l’induction de
radiculaires, ils n’observent pas de nouvelle atta-
cette dentine radiculaire, les cémentoblastes se
che conjonctive.76 Melcher insiste sur l’importance
différencient à partir des cellules mésenchymateu-
des cellules dérivées du desmodonte et de l’os
ses du sac folliculaire pour synthétiser le cément.
alvéolaire dans la réparation des lésions parodonta-
Dans une étude portant sur 100 transplantations
les.58
Le processus de réparation et de cicatrisation à de prémolaires humaines, Kristerson montre que la
la suite d’une transplantation a été bien décrit par transplantation à un stade précoce de développe-
Andreasen : dès le 4e jour qui suit la transplanta- ment radiculaire aboutit à une longueur radiculaire
tion, le caillot sanguin qui entoure la dent s’orga- finale plus courte que celle que l’on obtient en
nise en tissu de granulation. À 7 jours, des fibres transplantant des germes à un stade d’évolution
gingivales du transplant se lient à celles du site radiculaire plus tardif. Il observe également que les
récepteur et des fibres du ligament semblent s’unir germes transplantés qui ont été difficiles à ex-
à l’os alvéolaire. Au 34e jour, le nouvel alvéole est traire, ce qui augmente le risque de traumatiser la
constitué incluant des fibres de Sharpey.12 gaine de Hertwig, développent une longueur radi-
Le rôle des restes desmodontaux est bien mis en culaire moindre par rapport à ceux dont l’avulsion
évidence par les travaux expérimentaux de Saffar ne pose pas de problème.50
et Garcia : si le desmodonte de la racine transplan- Le rôle du sac folliculaire est crucial dans la
tée est préservé, une revascularisation des restes phase d’éruption. Il est particulièrement riche en
desmodontaux se produit au bout de quelques jours facteur de croissance (epidermal growth factor ou
et ces restes empêchent les ostéoclastes de péné- EGF), pendant la phase de développement desmo-
trer le tissu dentinaire et de résorber la surface dontal. Les observations de Pogrel, à propos de
radiculaire.33 400 cas de transplantations, montrent que le main-
Lindskog et Hammartröm ont mis en évidence un tien de son intégrité lors du temps chirurgical est
facteur anti-invasif (AIF), dont la production n’est nécessaire à la bonne conservation du ligament.74
possible que si la vitalité des cellules desmodonta- Les germes dentaires transplantés induisent la for-
les est préservée. Ce facteur inhibe la production mation d’os autour de leurs racines.46 Le respect du
des ostéoblastes et protège les dents contre le sac folliculaire est un élément primordial du succès
processus d’ankylose.53 de la greffe d’un germe. Une étude de Kristerson et
Andreasen confirme que la présence de cellules Andreasen sur le transplant d’incisives de singe
desmodontales intactes et vivantes à la surface de dont les racines sont au quart de leur édification
la racine du transplant est le facteur primordial confirme que le germe s’ankylose et ne fait pas son
pour assurer une cicatrisation parodontale sans ré- éruption si l’on supprime le sac folliculaire.49
sorption radiculaire. Il est donc indispensable que Monsour et Adkins ont publié en 1983 les résul-
l’exposition extraorale du transplant soit la plus tats de leurs études sur le chien.59 Ils ont trans-
brève possible afin d’éviter la déshydratation de la planté des germes de dents dont au moins un tiers
surface radiculaire qui nuirait à la survie des cellu- de la racine est évolué. Ils observent : après 7 jours
les desmodontales.8,9 les couronnes sont juste visibles cliniquement. La
Tous les auteurs qui pratiquent des transplanta- muqueuse est inflammatoire, la dent sensible au
tions s’accordent à l’heure actuelle sur la nécessité toucher. Au 14e jour la couronne est plus visible. Il
de préserver le desmodonte tant au moment de n’y a pas de mobilité pathologique. L’inflammation
l’extraction que pendant l’installation du trans- de la muqueuse subsiste. Au 28e jour, la dent a fait
plant dans son site receveur. totalement son éruption et est en position d’occlu-
Transplantations et réimplantations dentaires 435
sion. La longueur radiculaire a augmenté. Et Spee et l’occlusion. On repère, s’il existe, un tic de
60 jours après le transplant la majorité des dents mordillement, de succion, une anomalie de pulsion
est en occlusion fonctionnelle sans qu’aucune mo- linguale.
bilité excessive soit relevée. Les racines ont pour-
suivi leur élaboration et les apex se ferment. L’es- Étude de moulages des arcades
pace desmodontal observable sur les radiographies Elle complète utilement l’examen clinique. Elle
est régulier et son épaisseur semble physiologique. permet d’anticiper avec précision l’occlusion de la
L’on peut en conclure qu’après transplantation res- dent transplantée.
pectant le desmodonte, chez le chien, le potentiel
desmodontal est conservé. Bilan radiographique
Un bilan radiographique suffisant et précis est in-
dispensable. Dans les cas simples, un cliché pano-
Éléments de technique ramique numérisé de rapport 1/1, des clichés ré-
troalvéolaires status long cône, un cliché occlusal
Considérations générales suffisent. Mais dès que l’on prévoit une difficulté,
pour le prélèvement du transplant ou au niveau du
La décision de transplanter un organe dentaire doit site receveur, un examen tomodensitométrique est
être prise en accord avec le patient et son praticien demandé. Les techniques tridimensionnelles don-
habituel, stomatologiste ou chirurgien-dentiste, nent à l’opérateur une excellente approximation
orthodontiste. Cet acte est rarement une réponse de ce qu’il va rencontrer au cours de son interven-
simple à un problème isolé. Il s’inscrit dans un plan tion. L’imagerie tridimensionnelle par soustraction
de traitement dont l’étude doit déterminer le but ou par transparence des différentes densités per-
de la transplantation et le moment où elle a les met, comme l’a bien montré Pajoni, de déterminer
meilleures chances de réussir. Il est indispensable avec précision les rapports des dents entre elles
dans les trois dimensions de l’espace.67,68 Elle ré-
d’obtenir le consentement éclairé du patient, et,
vèle en outre la morphologie du transplant, une
s’il est mineur, de ses parents ou tuteurs légaux.
éventuelle courbure de sa racine, et dépiste des
Les risques et les possibilités d’échec doivent être
dysplasies, des anomalies ligamentaires, voire des
clairement expliqués.
zones de résorption ou d’ankylose. Les images sca-
nographiques aident aussi à situer exactement les
Bilan
rapports avec les cavités sinusiennes des maxillai-
res, les fosses nasales, le canal sous-orbitaire au
Bilan général
maxillaire, le canal dentaire inférieur et le trou
Un bilan général, la consultation du carnet de
mentonnier à la mandibule. Elles facilitent l’appré-
santé, au besoin la prise de contact avec le médecin
ciation de l’état d’évolution du transplant en visua-
de famille, permettent de dépister des contre- lisant le degré d’ouverture ou de fermeture de son
indications d’ordre général telles que risque oslé- apex lorsque celui-ci est peu visible sur les clichés
rien, diabète insulinodépendant, patient immuno- classiques. Enfin, les données du scanner permet-
déprimé ou atteint de troubles neurologiques tent, par stéréolithographie, la réalisation de mo-
entraînant des tics faciaux, brycomanie, absence dèles en résine du transplant et du site récepteur,65
de coopération, mauvaise hygiène. Al-Himdani mais ceci reste encore, pour nous, expérimental.
ajoute à ces contre-indications les pathologies can- Au terme de ce bilan, la décision de pratiquer la
céreuses de la sphère orofaciale, les hémopathies, transplantation est prise. L’intervention se fait de
l’insuffisance rénale.3 Ces contre-indications élimi- préférence en milieu chirurgical.
nées, le plan de traitement établi et accepté, il
reste à bien connaître, avant l’acte chirurgical, la Choix de l’anesthésie
qualité et la morphologie du transplant et l’anato-
mie du site receveur. Il doit répondre aux impératifs évoqués ci-dessus
pour permettre une préparation suffisante et sans
Examen clinique échauffement des parois du site receveur, l’extrac-
Il met en évidence la qualité du parodonte, le tion « en douceur » du transplant, et son installa-
volume des crêtes, d’éventuelles dysplasies visibles tion pratiquement atraumatique dans sa nouvelle
sur d’autres dents, l’espace interproximal disponi- situation. Dans une majorité de cas, une anesthésie
ble pour la transplantation, la distance à la dent locorégionale, potentialisée à l’aide d’un anxiolyti-
antagoniste. Les dimensions et la morphologie de la que de type benzodiazépines, est suffisante. Il
(ou des) dent(s) de l’arcade controlatérale fournis- n’est pas nécessaire que le patient soit à jeun. On
sent des indications utiles. On vérifie la courbe de évite les frais d’une hospitalisation.
436 J. Recoing
Matériel
le volume du site receveur. Dès lors, il est préféra- l’orientation que prendra le transplant d’une dent
ble de laisser le greffon en place dans son alvéole et mature.
de passer à l’étape suivante. On évite ainsi la perte Si l’intervention comporte dans un premier
de contact avec son milieu naturel, la dessiccation temps l’extraction d’une dent de lait ou d’une
des fibres desmodontales, on limite le risque de molaire délabrée, on se contente d’aménager l’al-
souillure bactérienne.35,81 véole de la dent extraite et de retirer le septum
interradiculaire s’il s’agit d’une molaire.11,12 Ici
Préparation du site receveur encore, la préservation des corticales est impéra-
L’opérateur doit préserver la gencive et le périoste tive. Cependant, il peut advenir que l’une d’entre
et aménager le volume osseux nécessaire à la mise elles ait été partiellement détruite par l’infection
en place du transplant. ou par une manœuvre d’extraction traumatisante.
Le décollement gingivopériosté n’est pas tou- Dans ce cas, l’apposition d’un greffon prélevé dans
jours utile lorsque la transplantation est consécu- le voisinage peut être utile mais n’est pas forcé-
tive à l’extraction d’une dent déciduale ou d’une ment nécessaire (Fig. 2). Borring-Moller et Frand-
dent délabrée. Lorsqu’il est nécessaire, il peut se sen, dans un travail sur la parodontite juvénile,
faire par simple clivage étendu au collet des dents montrent qu’une résorption osseuse dans le site
voisines. Toutefois, une incision vestibulaire de receveur n’est pas une contre-indication aux auto-
décharge à distance nous paraît souvent utile. Elle transplantations dentaires.16 Reade et Graham
donne une meilleure visibilité, facilite le clivage confirment cette opinion.77 S’il existe une infection
atraumatique du périoste, un désépaississement apicale au moment de l’extraction, il faut la cure-
éventuel de la gencive attachée. Elle rend possible ter soigneusement, rincer abondamment, surfacer
une section horizontale du périoste au-delà de la l’alvéole à la fraise boule, rincer à nouveau. Une
zone de réimplantation. La souplesse que l’on ga- autre solution consiste à cureter après avoir extrait
gne ainsi facilite l’adaptation de la gencive atta- la dent, puis à laisser cicatriser quelques jours pour
chée à la nouvelle situation anatomique créée par une transplantation dans un deuxième temps dans
la mise en place du transplant. Insistons sur le un tissu sain cicatriciel qui n’est pas encore ossifié.
respect du périoste dont le rôle dans la vascularisa- Cette méthode rejoint la technique de transplanta-
tion et le remodelage osseux est essentiel. tion en deux temps.12,24 Le site receveur est alors
Si la zone où se fera le transplant est déjà préparé 8 à 15 jours avant la transplantation, son
édentée, l’incision se fait sur la crête. On attend volume étant un peu surdimensionné, puis suturé.
toujours que le transplant soit en place avant de Une à 2 semaines plus tard il est réouvert. Le
réséquer, s’il en est besoin, un peu de fibromu- transplant est installé dans le tissu cicatriciel qui
queuse pour lui restituer une forme anatomique. comble la cavité destinée à le recevoir. Pour les
On s’attache, en fin d’intervention, à suturer avec auteurs, ce contact entre le transplant et le tissu de
précision pour assurer au transplant une bonne cicatrisation facilite une bonne intégration tout en
protection, limiter les risques d’infection et facili- diminuant les possibilités d’ankylose. L’inconvé-
ter l’activité ostéogène du périoste. nient de cette technique, pour le patient, est
La préparation de l’alvéole osseux a pour but de l’obligation d’une seconde intervention peu de
créer entre les corticales externe et interne l’es- temps après la première.
pace où l’on installera le transplant. Elle tient
compte de son volume et de la longueur et de la Mise en place du transplant
forme des racines. Elle est forcément approxima- Une fois le site receveur préparé, que l’on utilise
tive, mais doit être suffisante pour que la mise en une méthode en un ou en deux temps, le transplant
place du transplant puisse se faire aisément sans est retiré du site d’extraction où il avait été laissé
provoquer de traumatisme desmodontal. Elle doit en réserve, pour être installé dans sa nouvelle
être orientée de telle sorte que la mise en place de situation. On vérifie à ce moment qu’il peut être
la dent transplantée se fasse dans l’axe souhaité. inséré sans forcer. Si ce n’est pas le cas, il ne faut
Dans le cas d’une crête édentée, on pratique un pas hésiter à le retirer, à le remettre dans son
avant-trou au milieu de la zone interproximale, alvéole initial afin de parfaire l’aménagement du
puis un forage dans l’axe souhaité, à l’aide d’une site receveur, et recommencer la mise en place.
fraise boule en rotation lente et sous irrigation S’il s’agit d’une dent mature ou dont la racine est
permanente, en tenant compte des structures ana- édifiée au moins à ses deux tiers, elle doit être
tomiques de voisinage (sinus, fosse nasale, canal placée dans une situation aussi proche que possible
dentaire, racines des dents voisines...). On adapte de celle qui lui est destinée, en veillant toutefois à
ensuite le volume de cette cavité à celui du trans- éviter toute surcharge occlusale qui gênerait sa
plant. L’utilisation d’une jauge permet de vérifier consolidation. Si l’apex est fermé, une apicectomie
438 J. Recoing
Figure 2 Radiographie d’une dent de 6 ans ankylosée montrant l’absence d’édification de l’os alvéolaire. A. Radiographie; B.
Ascension chirurgicale d’une dent de 6 ans ; C. Mise en place d’un greffon de voisinage qui permet de caler la dent de 6 ans dans la
position souhaitée et de compenser l’absence d’os alvéolaire ; D. Transplant d’un germe de 48 en situation de 46 après avulsion de
cette molaire retenue et ankylosée ; E. Réparation spontanée de la perte osseuse.
franche à l’aide d’une pince gouge bien affûtée recommandés suivant les auteurs. Nous utilisons les
permet de le rouvrir. Si le transplant est un germe, attelles collées non rigides, la fixation sur un arc
il doit être enfoui en position pré-éruptive, en orthodontique préexistant à l’intervention et qui
veillant à ce qu’il n’y ait pas de compression de la aura souvent servi à aménager l’espace interproxi-
zone apicale. On se souvient qu’une lésion de la mal requis, le collage, sur la surface vestibulaire de
gaine épithéliale de Hertwig compromet ou empê- la couronne de la dent transplantée et des dents
che la poursuite de l’édification radiculaire.10 adjacentes, des brackets reliés par un fil d’acier
souple (Schneck et al.).81 Dans presque tous les cas
Contention nous préférons une contention souple ou semi-
Une mobilité importante du greffon dans les pre- rigide, sauf parfois au niveau de la canine maxil-
miers jours qui suivent sa mise en place aurait pour laire lorsque les mouvements de diduction risquent
conséquence une diffusion bactérienne susceptible de la déstabiliser avant sa consolidation. Une gout-
d’entraîner une nécrose de la couverture desmo- tière de protection préalablement préparée peut
dontale.6,12 Une contention est donc nécessaire. alors être utilisée avec l’avantage d’un positionne-
Ceci ne concerne pas, bien entendu, les germes ment exact de la canine préparé sur un set up. Une
enfouis. La suture attentive de la muqueuse ap- gouttière de résine autopolymérisable peut égale-
porte souvent à elle seule un certain degré de ment être façonnée et mise en occlusion pendant la
stabilisation. Cette suture peut être réalisée de séance opératoire. Les gouttières doivent laisser
telle sorte qu’un hamac en X coiffe la couronne de libre l’insertion gingivale pour en faciliter le net-
la dent greffée et empêche son extrusion. Elle peut toyage. La contention est maintenue de 2 à 4 se-
être stabilisée par collage à la couronne à l’aide maines, parfois plus dans le cas des canines sans
d’une goutte de composite. Ce type de contention dépasser 6 semaines.
aisé à mettre en œuvre suffit bien souvent pour les
prémolaires et les molaires. Elle a l’avantage d’une Surveillance postopératoire
souplesse qui favorise la stimulation desmodontale Les suites immédiates sont favorisées par l’adminis-
et les processus de revascularisation pulpaire et tration d’une antibiothérapie pendant 6 jours.
limite les risques de résorption et d’anky- L’hygiène doit être stricte, l’alimentation adaptée.
lose.12,34,35,49,81 Dans le cas des dents antérieures, Les contrôles sont rapprochés dans les premières
incisives, canines, ou si le procédé ci-dessus laisse semaines suivant l’intervention. Ils sont cliniques
trop de mobilité au greffon, une contention plus et radiographiques. On surveille la cicatrisation
ferme doit être mise en place. Divers procédés sont gingivale, la stabilisation du transplant ou son érup-
Transplantations et réimplantations dentaires 439
tion s’il s’agit d’un germe. On veille particulière- traitement endodontique est indispensable.7,12,34
ment à ce que le transplant reste en légère sous- En aucun cas, il ne doit être réalisé dans le temps
occlusion jusqu’à sa consolidation complète. Les de l’intervention. Le traitement canalaire de la
contrôles sont alors plus espacés : à 3 mois, à dent « dans la main », préconisé autrefois, est
6 mois, puis annuels si tout va bien. Une sensibilité formellement prohibé : il augmente le risque de
au froid peut réapparaître après quelques semai- résorption de la surface radiculaire en rapport avec
nes, mais ce n’est pas le cas le plus fréquent. l’augmentation du temps d’exposition extraorale
L’insensibilité au froid et au chaud ne signifie pas du transplant, et les risques de lésions du desmo-
forcément une mortification du transplant qui donte au cours des manipulations.7
peut, néanmoins, se comporter comme une dent Le traitement canalaire peut se réaliser en un ou
vivante. Dans ce cas, sa coloration ne s’altère pas, deux temps.
son parodonte est cliniquement normal. On com- Dans la technique en deux temps, la pulpe est
pare les sons obtenus à la percussion du transplant retirée puis on obture le canal radiculaire à l’aide
et des dents voisines Un son mat est de bon aloi, un d’hydroxyde de calcium dont les propriétés anti-
son clair, quasi métallique, en faveur d’une anky- septiques, anti-inflammatoires et ostéogéniques
lose.56 sont reconnues. Ce traitement est répété au moins
Les radiographies apportent des informations es- une fois 4 semaines plus tard. Six mois plus tard
sentielles. Le premier cliché est pris lors de la l’obturation définitive est réalisée. Les contrôles
première visite de contrôle, 8 à 10 jours après la sont ensuite annuels. Cette technique recomman-
mise en place du transplant. Il servira de point de dée par l’Association des endodontistes améri-
repère par comparaison avec ceux qui seront faits cains,24 dès la deuxième semaine qui suit la trans-
ultérieurement. Les clichés suivants doivent mon- plantation, doit surtout être mise en œuvre
trer une normalisation de l’os alvéolaire, la restau- lorsqu’on constate une anomalie de cicatrisation du
ration de la lamina dura. L’apparition, à partir du transplant : inflammation du desmodonte, résorp-
deuxième mois, de microcalcifications à l’intérieur tion de surface qui tend à s’aggraver au lieu de
du canal radiculaire et de la chambre pulpaire, disparaître. L’obturation canalaire ainsi pratiquée
atteste la reprise d’un processus vital et est un permet souvent de freiner, parfois d’arrêter cette
signe prédictif du bon comportement du trans- évolution.
plant. Le cliché panoramique montre l’intégration La technique en un temps consiste en l’obtura-
du transplant dans l’ensemble de la denture et ses tion définitive de la dent dès la première séance, à
rapports avec les structures anatomiques voisines, l’aide de gutta-percha et de ciment de scellement
mais le cliché rétroalvéolaire donne les informa- endocanalaire. Pour A. Garcia, cette technique est
tions les plus fines, particulièrement au niveau du réservée aux transplants de dents à apex fermé.34
collet et de la surface radiculaire de la dent trans- Cependant, il n’est pas exceptionnel qu’un
plantée. transplant à apex fermé se comporte comme une
Les investigations cliniques et radiographiques dent vivante. Cette évolution favorable nous sem-
vont donc permettre de juger du comportement du ble plus fréquente lorsqu’on pratique une apicecto-
transplant et de répondre à une question contro- mie, comme nous y incitent les travaux de Sko-
versée : le traitement endodontique est-il indispen- glund.84 C’est pourquoi, sous réserve d’une
sable ? Si oui, à quel moment doit-il être réalisé ? surveillance stricte et rapprochée, nous ne préco-
nisons pas le traitement canalaire systématique des
Traitement endodontique dents matures transplantées. Il ne doit être mis en
Sa mise en œuvre n’est pas systématique. Un trans- œuvre, mais alors sans tarder, que si l’on constate
plant « réussi » doit se faire oublier. Une fois sa une évolution défavorable.
mise en place achevée, et son intégration dans sa
nouvelle position acquise, il doit se comporter Particularités selon les divers types
comme une dent « normale » et son évolution dans de transplants
le temps doit suivre celle du reste de la denture.
C’est le plus souvent le cas lorsqu’on transplante Canines
chez un sujet jeune, une dent à l’apex largement Les canines ont une importance esthétique et fonc-
ouvert. Le cas idéal étant pour la plupart des tionnelle reconnue. À chaque fois que cela est
auteurs, celui d’un transplant dont l’édification possible, tout doit être mis en œuvre pour les
radiculaire est acquise aux deux tiers. A fortiori, on mettre à leur place sur l’arcade dentaire à laquelle
ne traite pas les canaux des germes transplantés. elles appartiennent. Les inclusions des canines
Lorsque le transplant est une dent mature, dont maxillaires sont de loin les plus fréquentes. Toute-
l’apex est fermé, pour Andreasen et Garcia, le fois, les canines mandibulaires retenues requièrent
440 J. Recoing
des solutions analogues. L’indication de leur trans- Il est beaucoup plus rare de transplanter une ou
plantation est posée à chaque fois que les méthodes parfois deux canines incluses chez une personne
par traction lente orthodonticochirurgicale, tou- plus âgée, partiellement édentée. Pourtant, la
jours préférables lorsqu’elles sont possibles, ne mise en place de deux canines superficiellement
peuvent être envisagées pour des raisons anatomi- incluses dans une crête édentée est une solution
ques ou pour des raisons pratiques dépendant du élégante pour stabiliser une prothèse et améliorer
patient. le capital dentaire existant. Dans ce dernier cas,
Le cas le plus typique est celui d’une canine l’apicectomie ne suffit pas à garantir la revitalisa-
maxillaire ectopique en position horizontale sous- tion de la canine. Il est préférable d’envisager un
nasale. Dès que l’indication est posée, la transplan- traitement endodontique.
tation doit être faite le plus tôt possible.39 Les
chances de reprise de la vitalité du transplant sont Incisives
corrélées à l’ouverture de son apex et l’on diminue La transplantation des incisives concerne l’enfant
ainsi les risques de transformation kystique du sac et le jeune adolescent. Elle est surtout utile pour
péricoronaire de la canine et de rhizalyse des apex les incisives maxillaires et, le plus souvent, pour les
des incisives. Il faut cependant que l’espace inter- incisives centrales lorsqu’une mise en place par
proximal qui lui est destiné soit suffisant. Sinon, un traction n’est pas possible. L’ectopie peut avoir été
traitement orthodontique préalable destiné à amé- provoquée par un traumatisme de la petite en-
nager cet espace est indispensable. La persistance fance, par l’inclusion d’odontoïdes ou d’un odon-
de la canine de lait est utile pour le maintien du tome complexe, par la présence d’une formation
volume osseux. Elle est extraite dans le même tumorale ou plus souvent kystique (Fig. 3). Les
temps que celui de la transplantation et l’alvéole règles sont les mêmes que pour les canines, en
est agrandi et approfondi en fonction du volume de apportant un soin extrême à la préservation de la
la canine transplantée et de la longueur de sa bordure mucogingivale. On respecte dans la mesure
racine. Si la canine de lait a été extraite aupara- du possible, le frein médian labiomaxillaire. En
vant, le volume osseux disponible peut être insuffi- effet, si l’on peut penser que dans le cas des
sant. On peut, dans ces cas, cliver avec prudence canines, la fonction prime sur l’esthétique, c’est le
les deux corticales pour insérer le transplant dans contraire en ce qui concerne les incisives. L’os
l’espace ainsi créé. Les problèmes que cela pose vestibulaire, souvent mince et fragile, doit être
rejoignent alors ceux des corticotomies de reposi- ménagé avec le plus grand soin et conservé (Fig. 3).
tionnement (cf. infra). L’extraction de ces canines La contention doit être souple ou semi-rigide.
ectopiques est en général aisée lorsque leur cou- Une incisive latérale maxillaire peut aussi être
ronne est en situation vestibulaire. Elle est plus remplacée par une incisive mandibulaire dont l’ex-
risquée lorsqu’elles sont entièrement palatines. Il traction serait programmée en raison d’un encom-
faut alors ne pas hésiter, après avoir récliné la brement antérieur.
fibromuqueuse de l’hémipalais correspondant, à
pratiquer un dégagement osseux large de la racine Prémolaires
pour faciliter son extraction, limiter le risque des- Une prémolaire peut rester incluse dans une situa-
modontal et préserver la stabilité des incisives. De tion qui n’autorise pas sa mise en traction. Si sa
même, l’avulsion des canines mandibulaires ecto- mise en place est souhaitable pour l’équilibre des
piques est souvent aisée lorsque la couronne est arcades dentaires, on peut la transplanter au même
vestibulaire et facilement accessible. Elle est beau- titre qu’une canine ou une incisive.
coup plus difficile lorsque l’inclusion est profonde Au maxillaire, il s’agit le plus souvent d’une
dans le bord basilaire ou si l’orientation est lin- deuxième prémolaire. Elle est parfois vestibulaire,
guale. mais le plus souvent palatine. Son avulsion est
La canine transplantée est installée en légère rarement difficile, la couronne étant souvent sous-
sous-occlusion. La contention semi-rigide, voire ri- muqueuse au voisinage du pédicule vasculaire pala-
gide est indispensable. tin.
Les principes sont les mêmes chez l’adulte. Une L’avulsion des prémolaires restées incluses dans
apicectomie est alors conseillée. Toutefois, l’avul- la mandibule est souvent plus difficile. Elles sont
sion est souvent plus difficile dans ces cas. Cette fréquemment incluses dans un os dense, où elles
difficulté oblige parfois à renoncer à la transplan- entretiennent des rapports étroits avec le canal
tation d’une canine incluse en situation palatine mandibulaire et les racines des dents voisines. Dans
lorsque son morcellement est nécessaire pour que ce cas, leur prélèvement atraumatique est aléa-
l’extraction ne risque pas de traumatiser les dents toire et l’on renonce souvent à les transplanter
voisines. pour leur substituer un implant.
Transplantations et réimplantations dentaires 441
Figure 3 (A à G) Volumineux kyste maxillaire gauche refoulant 21, 22 et 23 chez un jeune garçon. Vues avant, pendant et après
l’exérèse du kyste et la remise en place chirurgicale des trois dents refoulées. Radiographies pré- et postopératoires.
C’est dans la compensation des agénésies au ou deux prémolaires doivent être extraites, de les
cours d’un traitement orthodontique, que la trans- utiliser pour remplacer celles qui sont absentes
plantation des prémolaires trouve ses meilleures (Fig. 4, 5). La stratégie de ce type de transplant
indications. L’association d’un encombrement den- s’élabore en étroite collaboration avec l’orthodon-
taire au niveau d’une arcade ou d’une hémi- tiste. Le choix de la deuxième prémolaire s’impose
arcade, à une ou plusieurs agénésies n’est en effet à chaque fois que cela est possible lorsque le trans-
pas exceptionnelle. Il est donc tentant lorsqu’une plant provient du maxillaire. Monoradiculée, elle
442 J. Recoing
Figure 4 (A à F) Transplant de 35 en situation de prémolaire maxillaire gauche dans le cas d’une agénésie de 12, 22, 25 et 45,
permettant de rééquilibrer les arcades dentaires. Radiographies postopératoires et en fin de traitement d’orthopédie dentofaciale.
Photographies des arcades dentaires, traitement terminé.
présente moins de difficultés d’extraction et d’in- Il est également possible de compenser une agé-
sertion. Si le transplant provient de la mandibule, nésie de prémolaire en utilisant comme transplant
le choix de la première ou de la deuxième prémo- une dent surnuméraire de même forme.
laire dépend du plan de traitement orthodontique. Une incisive centrale perdue à l’occasion d’un
Il faut savoir attendre le moment où la maturation traumatisme, ou retirée en raison d’une malforma-
du germe que l’on va transplanter lui donnera les tion peut être remplacée par une deuxième prémo-
meilleures chances (Fig. 5). L’idéal est de le préle- laire, de préférence mandibulaire, mais une pré-
ver avec son sac folliculaire intact alors qu’il a molaire maxillaire peut également être utilisée.
édifié plus de la moitié de sa racine, si possible, les Cette technique, brillamment illustrée par Depla-
deux tiers (Fig. 1). Pendant cette attente, l’espace gne,27 concerne essentiellement l’enfant et le
qui lui est nécessaire doit être maintenu, le mieux jeune adolescent. Il faut agir rapidement après la
étant de garder la molaire de lait jusqu’à la trans- luxation de telle sorte que le volume osseux dispo-
plantation, sauf si elle est infectée. nible n’ait pas eu le temps de se résorber. On peut
Transplantations et réimplantations dentaires 443
Figure 5 (A à E) Agénésie de 14, 15, 24 et 25. Suivi radiographique d’année en année jusqu’à ce que l’édification radiculaire de 34 et
44 soit suffisante pour les transplanter dans de bonnes conditions en situation de prémolaires maxillaires, avant traitement
orthodontique.
Figure 6 (A à I) Inclusion ectopique de 21, malformée avec angulation de la racine sur la couronne. Transplant de 25 en situation de
21 avec positionnement en rotation de 90 °. Évolution, mise en place et coronoplastie. Radiographies préopératoires et 3 ans après
la fin du traitement.
Transplantations et réimplantations dentaires 445
Figure 6 (suite)
tit à une longueur radiculaire finale courte. Il est sion par un remodelage de la face occlusale de la
donc sage, à la suite du transplant d’un tel germe, couronne.
de garder en attente une autre dent de sagesse Il est préférable de transplanter en situation de
incluse qui permette, lorsqu’elle aura suffisam- dent de 6 ans la troisième molaire de la même
ment édifié ses racines, une transplantation de hémiarcade. Mais les volumes des couronnes ne
rechange si elle s’avère ultérieurement nécessaire. sont pas toujours compatibles. Une faible diffé-
La morphologie des couronnes et des racines des rence en excès est facilement rattrapée par un
dents de sagesse n’est pas toujours identique à stripping des faces proximales des dents voisines.
celle des autres molaires. Elle peut rendre la trans- On peut aussi, lorsque cette différence est plus
plantation impossible. Dans la mesure où la mor- importante, choisir de transplanter une troisième
phologie de la couronne est acceptable, il faut molaire maxillaire dont les dimensions sont souvent
parfois s’en contenter, quitte à rattraper l’occlu- moindres (Fig. 8).
taires ont avec les transplantations des points com- Déplacement chirurgical de dents à visée
muns, tant en ce qui concerne la technique orthodontique
opératoire que les conséquences postopératoires.
Le traitement des odontalgies par extraction sui- De tels déplacements sont souvent demandés par
vie de réimplantation de la dent douloureuse, n’est les orthodontistes pour les aider à débloquer des
plus pratiqué dans nos régions, de nos jours. situations difficiles, ou pour faire gagner un temps
Plus récemment, Lin (1983) et Keller (1990) ont appréciable sur la longueur d’un traitement. Les
publié leurs études concernant le traitement endo- difficultés techniques et les problèmes de suites
dontique a retro de dents extraites préalablement opératoires sont, sur bien des points, comparables
en raison des difficultés de traitement in situ, puis à ce que l’on rencontre dans les cas de transplan-
réimplantées.48 Actuellement, l’usage du micro-
tations.
scope facilite ces traitements difficiles et devrait
rendre cette pratique exceptionnelle.
Alvéolectomie d’induction19, 22, 26, 29, 63
La réimplantation de dents saines extraites par
Cette intervention décrite par Chatellier sous le
erreur est une réponse à une mutilation iatrogène.
nom d’alvéolectomie conductrice est destinée à
Lorsqu’elle se produit, la dent extraite malencon-
faciliter l’éruption d’une dent retardée 21. Elle crée
treusement doit être immédiatement replacée
chirurgicalement une voie d’éruption en suppri-
dans son alvéole et contenue. On surveille sa vita-
mant la portion d’os alvéolaire qui coiffe sa cou-
lité dans les semaines qui suivent.
La traumatologie accidentelle est la grande ronne. On retire par la même occasion une portion
pourvoyeuse des réimplantations. Le geste est sim- de fibromuqueuse correspondant à la zone occlu-
ple si la luxation est isolée, sans fracture alvéo- sale, dont l’épaisseur peut à elle seule constituer
laire, avec une dent intacte. Ces cas se rencontrent un obstacle. La fibromuqueuse vestibulaire et pala-
chez des sujets jeunes, et concernent fréquem- tine (ou linguale) est, elle, respectée. Contraire-
ment des dents antérieures. Ce type de luxation ment à ce que préconise Chatellier, nous évitons de
affecte le plus souvent les incisives maxillaires. mener l’alvéolectomie au-delà du collet de la dent
Tout doit être mis en œuvre pour une réimplanta- et nous empêchons l’iter dentis artificiellement
tion précoce. Sur un appel téléphonique, on peut ouvert de se refermer à l’aide d’un pansement
conseiller aux parents de replacer la dent dans son gingival. Durivaux estime pour sa part qu’il est
alvéole, avant même de se rendre au cabinet du essentiel de retirer le sac péricoronaire de la
praticien. Sinon, elle est conservée dans la salive dent.29
du patient ou dans du soluté physiologique pendant Ce geste permet dans certains cas de résoudre le
le transport afin d’éviter la dessiccation du desmo- problème de l’inclusion lorsque la dent retenue est
donte.62 L’association de pénicilline au liquide de dans un bon axe. Bien entendu, l’espace interproxi-
transport, autrefois conseillée, aurait une action mal qui lui est destiné doit être suffisant. Les dents
nécrosante sur les cellules desmodontales et n’est dont l’apex est resté ouvert ont plus de chances
plus recommandée. Comme pour les transplanta- d’évoluer ainsi favorablement, toutefois l’égres-
tions, le temps passé par la dent luxée hors de la sion de dents à l’apex fermé reste possible.
cavité buccale influe sur le résultat de la réimplan-
tation. Pilotage intraosseux44, 63, 81
Plus souvent, les traumatismes aboutissent à des Le pilotage intraosseux est une intervention chirur-
luxations et subluxations multiples, et s’accompa- gicale précoce à visée correctrice, sur un germe
gnent de fractures osseuses alvéolaires, voire inter- dont l’axe d’évolution est mal orienté. Ici encore,
ruptrices. Le traitement est alors global : réduction le meilleur moment pour agir est celui où les raci-
et contention des fractures et des dents mobilisées nes sont édifiées au moins aux deux tiers, au plus
après leur remise en place. Les couronnes des dents aux trois quarts. Le principe du pilotage est de
atteintes sont souvent lésées. Qu’il s’agisse d’un modifier la position intraosseuse de la dent tout en
simple éclat de l’émail ou d’une fracture partielle, évitant de léser le pédicule apical conservé comme
voire subtotale de la couronne, tout le matériel point fixe. Bien souvent, le pilotage amène la dent
dentaire qui peut être récupéré et remis à sa place en situation prééruptive. Il est alors associé à une
doit l’être. On facilite ainsi la stabilisation du (ou alvéolectomie d’induction (cf. supra). Pour réaliser
des) foyer(s) de fractures et l’on économise le la version chirurgicale et rétablir l’axe d’éruption
capital dentaire. Le traitement des canaux des de la dent, l’ablation d’une zone osseuse triangu-
dents réimplantées qui ne se comportent pas dans laire à sommet apical est nécessaire. Elle est me-
les suites comme des dents vivantes, et les restau- née le long de la racine avec le plus grand soin en
rations des couronnes se font dans des temps ulté- veillant à ne pas la léser. Sous irrigation, l’on peut
rieurs. utiliser un instrument rotatif fin, du type « fraise à
448 J. Recoing
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EMC-Dentisterie 1 (2004) 453–461
http://france.elsevier.com/direct/EMCDEN/
MOTS CLÉS Résumé Extraction chez l’enfant : cet acte peut paraître a priori simple, voire banal. De
Enfant ; son bon déroulement, au même titre que les soins pédodontiques, va dépendre le
Extraction ; comportement du futur patient devenu adulte. Ainsi, le premier contact et l’abord de
Dent de lait ; l’enfant sont essentiels ; le choix des termes dans la relation praticien - patient revêt une
Dent permanente ;
grande importance. La denture lactéale présente des caractéristiques morphologiques et
Rhizalyse ;
physiologiques qui la différencient de la denture permanente ; en premier lieu, la
Germe
rhizalyse qui lui confère son caractère éphémère. La carie et ses complications infectieu-
ses surtout, mais aussi les traumatismes constituent les causes principales d’extraction
chez l’enfant. À celles-ci viennent s’ajouter les extractions pilotées, pour des raisons
orthodontiques, qu’elles soient de dents temporaires ou de germes de dents permanen-
tes. De l’indication à la réalisation de l’acte, l’anesthésie constitue une étape intermé-
diaire qui peut parfois devenir un obstacle (peur de la piqûre). C’est pourquoi tout doit
être fait pour qu’elle soit la moins traumatisante possible. La technique opératoire doit
obéir à des règles précises et tenir compte de facteurs tels que la morphologie des dents,
la présence des germes des dents définitives sous-jacents et, durant un temps, la
coexistence des deux dentures. Pour les actes plus complexes tels que l’extraction des
odontoïdes ou plus généralement des dents incluses, le choix de l’anesthésie générale se
discute.
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KEYWORDS Abstract Tooth extraction in a child may seem a simple, ordinary act. It should be
Child; remembered, however, that when he becomes an adult, this patient will have an attitude
Extraction; to dental treatment that will depend on how he experienced this “paediatric extraction”.
Milk tooth; The initial contact and the way one addresses the child are therefore essential. The way
Permanent tooth; of talking and adequately chosen words are a key in the patient/doctor relationship. Milk
Root resorption; teeth are morphologically and physiologically different from permanent teeth, first, due
Bud to root resorption which confers them their temporary character. The main reasons for
tooth extraction in children are the decay and its related infectious complications; other
reasons are trauma, and scheduled orthodontic extractions of either milk teeth, or buds
of permanent teeth. Between the indication and the extraction itself, anaesthesia is an
intermediary stage which can sometimes constitute an obstacle (fear of the injection).
This is why much is to be done to make it as non-traumatic as possible. The operating
technique must comply with precise rules and take into account factors such as the
* Auteur correspondant.
Adresse e-mail : [email protected] (J.-D. Mettoudi).
morphology of the tooth, the presence of underlying permanent tooth buds and, for a
time, the co-existence of milk and permanent teeth. For more complicated acts, such as
removing odontoids or more generally unerupted teeth, general anaesthesia may be
considered.
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MOTS CLÉS Résumé Les maladies gingivales induites par la plaque sont des maladies infectieuses.
Maladie gingivale ; Elles sont des manifestations de la réponse inflammatoire locale et des réactions
Gingivite ; immunitaires spécifiques de l’hôte au biofilm bactérien dentaire. Selon la nouvelle
Plaque dentaire ; classification, elles comprennent les gingivites uniquement associées à la plaque et les
Biofilm ; maladies gingivales modifiées par des facteurs généraux. Les modifications de couleur, de
Risque parodontal ;
consistance, de texture de la gencive, avec respect du niveau de l’attache épithéliocon-
Facteur systémique
jonctive permettent de poser le diagnostic. Des facteurs systémiques tels que des
modifications endocriniennes, le diabète ou des dyscrasies sanguines, le stress, le tabac
ou des médicaments peuvent modifier le tableau clinique d’une gingivite. De plus,
certains facteurs locaux modifient l’environnement bactérien et l’intensité de la réponse
de l’hôte. L’évolution d’une maladie gingivale induite par la plaque en parodontite et
donc son pronostic sont fonction du risque parodontal, qui est conditionné par le
comportement immunitaire de l’hôte et par la nature du biofilm dentaire. Le diagnostic
du risque parodontal conditionne la prise en charge médicale et buccodentaire d’un
patient porteur d’une maladie gingivale induite par la plaque. Elle comprend la prise en
charge des composantes liées à l’hôte, des composantes étiologiques bactériennes, des
facteurs locaux aggravants et une maintenance parodontale.
© 2004 Publié par Elsevier SAS.
KEYWORDS Abstract Dental plaque-induced gingival diseases are infectious diseases. They reflect
Gingival disease; the local inflammatory and host-specific immune responses to the dental bacterial
Gingivitis; biofilm. According to the new classification, they include those gingivitis associated with
Dental plaque; dental plaque only, and the gingival diseases that are modified by general factors. The
Biofilm; diagnosis of gingivitis is based on gingival changes in colour, consistency and texture,
Periodontal risk; without epithelial connective attachment loss. Systemic factors such as the modification
Systemic factor of the endocrine system, diabetes, blood dyscrasias, stress, tobacco or medications can
modify the initial clinical signs of gingivitis. Moreover, localized tooth-related factors can
modify or predispose to plaque-induced gingival diseases. The evolution of a plaque-
induced gingival disease in periodontitis, as well as its prognosis, will depend on the
periodontal risk which is determined by the reaction of the host immune system and the
* Auteur correspondant.
Adresse e-mail : [email protected] (H. Boutigny).
nature of the dental biofilm. The medical and dental care of a patient with dental
plaque-induced gingival disease depends on the diagnosis of periodontal risk. It includes
the management of host-specific parameters, bacterial aetiology, correction of localized
tooth-related factors and periodontal maintenance care.
© 2004 Publié par Elsevier SAS.
Formes cliniques
La gingivite peut être localisée à une dent, ou bien
généralisée à l’ensemble des dents d’une cavité
buccale. Elle peut siéger sur la fibromuqueuse gin-
givale interdentaire ou papille (papillite), sur la
gencive marginale (gingivite marginale), sur toute
la fibromuqueuse gingivale (gingivite diffuse). L’in-
tensité de la réponse de l’hôte à l’agression d’ori-
gine bactérienne, c’est-à-dire l’intensité de la ré-
ponse inflammatoire, dépend du caractère de
virulence bactérienne et des capacités de défense Figure 3 Gingivite diffuse généralisée hyperplasique : sur une
et de régénération de l’hôte ; il est ainsi classique- base de gingivite installée, l’inflammation aiguë se traduit par la
ment décrit des gingivites qui s’installent et évo- présence de zones érythémateuses qui sont associées à des
luent lentement, des gingivites aiguës, d’appari- accroissements du volume de la gencive déformant le contour
tion soudaine, des gingivites subaiguës et des gingival.
phases d’inflammation aiguë survenant sur une gin-
givite déjà installée (Fig. 1, 2, 3). requièrent l’utilisation d’indices épidémiologiques,
qui sont des valeurs chiffrées qui permettent de
Épidémiologie des gingivites quantifier des signes cliniques. En ce qui concerne
les gingivites, les indices retenus sont les indices de
Les enquêtes épidémiologiques ainsi que de nom- plaque bactérienne et les indices gingivaux. Nous
breuses études cliniques concernant les gingivites ne décrirons que les indices épidémiologiques le
Maladies gingivales induites par la plaque 465
plus fréquemment utilisés dans les études clini- • 2 : plaque bactérienne abondante dans le sillon
ques. gingivodentaire qui se voit à l’œil nu ;
• 3 : plaque bactérienne abondante pouvant at-
Indices de plaque teindre une épaisseur de 2 mm.
Comme pour l’indice précédent, l’indice de pla-
Les indices de plaque bactérienne permettent que se calcule de la même façon, soit pour une
d’apprécier le degré d’hygiène buccodentaire et la dent, soit pour un groupe de dents, soit pour toutes
qualité de l’élimination de la plaque bactérienne. les dents d’une cavité buccale.
Ils ne permettent pas d’apprécier la qualité de
cette plaque et n’ont donc aucune valeur quant à la Indices gingivaux
virulence de celle-ci. Les indices gingivaux sont utilisés pour décrire
l’état relatif du degré de santé et/ou de maladie
Indice de plaque de Quigley et Hein modifié par des tissus gingivaux. La plupart de ces indices ont
Turesky et al. 6 une échelle graduée avec des limites supérieure et
Cet indice requiert l’utilisation d’un révélateur de inférieure définies. Ces indices sont en relation
plaque bactérienne, comme par exemple la fuch- avec un ou plusieurs des critères suivants : couleur,
sine basique ou l’érythrosine à 2 % en solution contour, saignement, étendue, fluide gingival.8
hydroalcoolique. Après coloration de la plaque bac-
térienne à l’aide d’une boulette de coton saturée Indice gingival de Löe et Silness (« gingival
en révélateur de plaque et élimination de l’excé- index » [GI]) 9
dent de révélateur par rinçage à l’eau, la plaque L’indice gingival permet d’apprécier la sévérité et
est quantifiée sur les faces vestibulaires et lingua- la localisation des gingivites. Il se calcule sur les
les des dents prises en compte, selon six scores quatre unités gingivales d’une dent, vestibulaire,
possibles : distale, linguale et mésiale, selon quatre scores :
• 0 : absence de plaque ; • 0 : fibromuqueuse gingivale normale ;
• 1 : îlots de plaque dans la région cervicale • 1 : légère inflammation gingivale avec un léger
dentaire ; changement de couleur, aucun saignement
• 2 : une fine et continue bande colorée de provoqué ;
plaque de moins de 1 mm de large est présente • 2 : inflammation modérée ; fibromuqueuse gin-
au bord cervical des dents ; givale de couleur rouge, rouge bleuté ;
• 3 : une bande colorée de plaque recouvre œdème, aspect vernissé ; il existe un saigne-
moins d’un tiers de la couronne ; ment provoqué au sondage ;
• 4 : la plaque colorée recouvre entre un tiers et • 3 : inflammation sévère, œdème important,
deux tiers de la couronne ; tendance à l’ulcération et à l’hémorragie spon-
• 5 : la plaque colorée recouvre plus des deux tanée.
tiers de la couronne. Cet indice peut également être utilisé dans le
L’indice peut être calculé pour une seule dent, contrôle de l’efficacité d’une thérapeutique visant
un groupe de dents ou pour toutes les dents. L’in- à réduire ou à éliminer l’inflammation gingivale.
dice de plaque de Turesky de toute une bouche est Une gingivite légère présente un GI compris entre
la moyenne des faces examinées. 0,1 et 1, une gingivite modérée un GI compris entre
1,1 et 2, et une gingivite sévère un GI compris entre
Indice de plaque de Silness et Löe (« plaque 2,1 et 3.
index » [PI])7
L’indice de plaque de Silness et Löe a été déve- Indice de saignement de Mühlemann (« sulcus
loppé parallèlement à l’indice gingival de Löe et bleeding index » [SBI])10
Silness. Il prend en compte la quantité de plaque Cet indice combine les signes cliniques de l’inflam-
bactérienne au contact de la fibromuqueuse gingi- mation et le saignement provoqué, premier signe
vale sur les faces vestibulaires, linguales et proxi- de la gingivite. Suite à un sondage délicat du sillon
males. Il ne tient compte que de la différence gingivodentaire, le saignement provoqué au niveau
d’épaisseur de plaque bactérienne et non pas de de la papille et au niveau de la fibromuqueuse
l’extension coronaire de la plaque dentaire. Il se gingivale est relevé selon quatre scores :
calcule en l’absence de toute coloration selon qua- • 0 : gencive normale, absence d’inflammation ;
tre scores : • 1 : les papilles et la fibromuqueuse marginale
• 0 : absence de plaque bactérienne ; sont d’apparence normale ; le sondage avec
• 1 : film de plaque bactérienne invisible à l’œil une sonde parodontale peut faire apparaître un
nu ; point de saignement ;
466 F. Boschin et al.
Flore bactérienne associée à la gingivite rochètes du type Treponema denticola vont pouvoir
Une accumulation de bactéries et/ou une concen- également coloniser l’environnement sous-
tration en germes pathogènes avec au moins 105 gingival. Il existerait une proportionnalité directe
bactéries/mm2 de surface dentaire est nécessaire entre le nombre de formes mobiles et le degré
pour déclencher une gingivite. Toutes les maladies d’érythème des tissus gingivaux.33
infectieuses ne répondent pas à ce schéma d’un La flore associée à la gingivite de l’adulte est
nombre critique de bactéries pour déclencher un différente de la flore associée à la gingivite de
tableau clinique. En ce qui concerne les maladies l’enfant. Chez l’enfant, il existe une plus grande
parodontales, il est impossible dans l’état actuel de proportion de Leptotricia sp., Capnocytophaga sp.,
nos connaissances de montrer que ces maladies Selenomonas sp., et des bactéries ayant besoin de
sont déclenchées par telle bactérie plutôt que par formate et de fumarate pour leur croissance ;23 il y
telle autre, au vu de la complexité de la flore aurait chez l’enfant une corrélation entre l’impor-
bactérienne sous-gingivale. Ainsi, suite à des prélè- tance de la gingivite, le volume du biofilm dentaire
vements de plaque sous-gingivale, on parle de « flo- et la quantité de bactéries à pigments noirs (Prevo-
res associées aux maladies parodontales » à l’égard tella intermedia) et de spirochètes.34
des bactéries le plus fréquemment rencontrées.30 Des modifications de flore bactérienne s’obser-
La flore associée à la gingivite passe d’une pré- veraient sous l’influence de différents principes
dominance de formes à Gram positif à une flore plus actifs médicamenteux, comme par exemple sous
complexe incluant des bactéries à Gram négatif et l’influence de psychotropes.
des formes spiralées. De nombreuses études en La composition bactérienne varie également en
microscopie montrent trois phases dans les change- fonction du cycle hormonal de la femme. Dans le
ments de la composition bactérienne de la plaque cas de gingivite chez la femme, le nombre de
bactérienne dentaire durant les 2 premières semai- bactéries hormonodépendantes comme Prevotella
nes de l’installation d’une gingivite. Durant la pre- intermedia serait proportionnel aux taux plasmati-
mière phase, les cocci et les bâtonnets à Gram ques d’œstrogènes et de progestérone.35,36,37
positif prédominent. Des espèces filamenteuses ap-
paraissent ensuite et enfin des spirochètes, qui sont Hypothèse de la flore spécifique et notion
observés dans la portion la plus apicale de la plaque de gingivite à risque
adjacente à la fibromuqueuse gingivale.23,24 Parmi les plus de 300 espèces bactériennes présen-
Moore et al.31 rapportent dans leur étude sur la tes dans une microflore parodontale associée à la
gingivite expérimentale que la composition bacté- santé parodontale, il existe des bactéries qui sont
rienne est relativement constante d’un sujet à considérées comme étant présentes normalement
l’autre lors des 4 premiers jours d’accumulation du et d’autres comme étant présentes occasionnelle-
biofilm dentaire. Dans les jours qui suivent, il exis- ment. L’étude de la microflore associée aux paro-
terait en revanche des variations de composition dontites agressives a permis d’isoler le rôle de
d’un sujet à l’autre. certaines bactéries qui semblent être systémati-
Comme dans le cas d’une microflore compatible quement associées aux destructions tissulaires ob-
avec la santé parodontale, les bactéries anaérobies servées.3,23 Ces associations impliquent le rôle de
facultatives à Gram positif des genres Actinomyces Actinobacillus actinomycetemcomitans, Porphyro-
sp., Streptococcus sp. sont retrouvées, mais dans monas gingivalis, Prevotella intermedia, Eikenella
des proportions moindres. Elles vont laisser la place corrodens, Campylobacter rectus, Eubacterium
à des bactéries anaérobies facultatives à Gram sp., Selenomonas sp., Tannerella forsythus (an-
négatif comme Neisseria sp., Eikenella corrodens, ciennement Bacteroides forsythus),18 Treponema
Capnocytophaga et Campylobacter. L’installation denticola.23 Si les connaissances actuelles ne per-
de la réaction inflammatoire et en particulier l’ins- mettent pas d’affirmer le rôle de ces bactéries dans
tallation d’un œdème entraîne la formation d’une les destructions tissulaires, une association ne si-
poche gingivale. C’est ainsi que les conditions envi- gnifiant pas automatiquement une cause, il existe
ronnementales deviennent favorables à une dérive suffisamment de preuves, comme la possession de
anaérobie de la microflore.20 La proportion de bac- puissants facteurs de virulence bactérienne, pour
téries anaérobies augmente. Dans cette catégorie, considérer ces bactéries comme potentiellement
les bâtonnets prédominent avec Prevotella sp.32 (P. parodontopathogènes. C’est ainsi qu’un patient
intermedia, P. denticola, P. gingivalis), Bacteroi- porteur d’une gingivite et dont la microflore
des sp., Fusobacterium sp. (F. nucleatum) et Lep- contient ces bactéries parodontopathogènes sem-
totricia. Des bâtonnets anaérobies à Gram positif ble présenter un risque plus important de faire une
comme Actinomyces israelii coexistent à côté de parodontite. Cependant, cette notion de risque
ces bâtonnets anaérobies à Gram négatif. Des spi- attachée à la composition de la microflore ne doit
Maladies gingivales induites par la plaque 469
Figure 6 Gingivite marginale localisée en rapport avec un défaut Figure 7 Gingivite marginale généralisée persistant dans le sec-
de contour et de points de contact de la 22 abandonnée à l’état teur incisivocanin maxillaire malgré un contrôle de plaque adé-
de prétaille prothétique. quat, du fait de la présence de composites cervicaux.
pas occulter les autres éléments impliqués dans gueuse et poreuse, constamment recouverte d’une
l’initiation d’une parodontite, comme les facteurs fine couche de plaque bactérienne, même après un
liés aux capacités de défense et à leur adaptation brossage minutieux, en fait un facteur aggravant
face à la nature de l’agression bacté- une gingivite (Fig. 9).
rienne.3,28,38,39,40 La respiration buccale a tendance à aggraver une
gingivite des secteurs antérieurs en se comportant
Facteurs locaux aggravant les gingivites comme irritant physique (Fig. 10).
Les gingivites associées au biofilm dentaire sont
initiées et entretenues par une microflore supra- et
sous-gingivale. En fonction des conditions environ-
nementales, la nature de cette microflore, mais
aussi le nombre total de bactéries et les proportions
de chacune des espèces qui la composent, sont
susceptibles de varier et donc de modifier l’inten-
sité de la réponse de l’hôte. Ces modifications
qualitatives et quantitatives dans l’écologie orale
vont se traduire par une aggravation de la gingivite
contribuant à augmenter localement le risque paro-
dontal.
Les facteurs qui peuvent faire varier les condi-
tions environnementales vont agir comme réten-
Figure 8 Gingivite diffuse généralisée aggravée par le traite-
teurs de plaque bactérienne (« pièges à plaque ») et ment multiattaches se traduisant dans la zone antéromaxillaire
entraver le contrôle de plaque. Ils modifient les par un accroissement considérable des papilles.
conditions physicochimiques de croissance bacté-
rienne.
Les facteurs de rétention de plaque classique-
ment décrits et repris dans la classification d’Armi-
tage1 sont :
• les facteurs anatomiques (les points de contact
interproximaux défectueux (Fig. 6), les malpo-
sitions dentaires) ;
• les restaurations débordantes, les limites cer-
vicales mal ajustées (Fig. 7), les appareillages
orthodontiques (Fig. 8) ;
• les fractures radiculaires ;
• les lésions cervicales radiculaires et les défauts
cémentaires.
Figure 9 Gingivite d’un secteur incisivocanin mandibulaire ag-
Le tartre, produit de la minéralisation de la gravée par la présence de tartre sous-gingival, rétenteur de
plaque bactérienne dentaire, ne peut affecter par plaque, ce qui explique la déformation du feston gingival avec
lui-même la santé gingivale, mais sa surface ru- l’hyperplasie des papilles.
470 F. Boschin et al.
quement saine ne peut exister dans des conditions res et de monocytes, à l’activation de macrophages
naturelles (cf. supra). L’exposition constante aux et à la production in situ de nombreux médiateurs
bactéries, à leurs composés et aux produits de leur de la réponse inflammatoire et immunitaire comme
métabolisme stimule un ensemble de réactions de des interleukines 1b, 6, 10, 12, le tumor necrosis
défense et en particulier une migration de granulo- factor a, le prostaglandine E2, les métalloprotéi-
cytes neutrophiles depuis le compartiment sanguin nes.47 L’activation des réactions immunitaires spé-
dentogingival vers le sillon gingivodentaire au tra- cifiques de l’hôte comme la production d’anticorps
vers de l’épithélium de jonction. Ces granulocytes par les cellules plasmatiques et les lymphocytes T
neutrophiles qui vont se retrouver ainsi dans le complètent la réaction de défense. L’ensemble de
sillon gingivodentaire sont parfaitement fonction- ces réactions concourre à la phagocytose des bac-
nels.16,44 Ils s’opposent à la pénétration des bacté- téries, à l’élimination des substances toxiques bac-
ries et de leurs composés dans l’épithélium de tériennes et in fine s’oppose à la pénétration et à
jonction et dans le tissu conjonctif sous-jacent. l’action délétère des bactéries et de leurs compo-
Cette ligne de défense est renforcée par l’intégrité sés dans le tissu conjonctif gingival.
des structures épithéliales qui jouent le rôle de La présence constante d’un biofilm au contact de
barrière, par le flux du fluide gingival qui permet un la fibromuqueuse gingivale entretient ces réac-
nettoyage du sillon gingivodentaire et par l’action tions, maintient la présence d’un œdème gingival
de certains composés immunologiquement actifs, et contribue à augmenter le volume du fluide gin-
comme des anticorps spécifiques et des protéines gival. Ces modifications de l’environnement peu-
du complément présents dans le fluide gingival. De vent favoriser l’établissement d’une microflore
plus, le turn-over élevé de l’épithélium de jonction bactérienne anaérobie et à Gram négatif, et en
et de l’épithélium oral sulculaire permet une cica- particulier l’acquisition de bactéries parodontopa-
trisation rapide en cas de lésions épithéliales mi- thogènes comme Porphyromonas gingivalis, Tane-
croscopiques. rella forsythus, Actinobacillus actinomycetemco-
La croissance du biofilm dentaire au contact de mitans, Treponema denticola. Si la réponse
la fibromuqueuse gingivale entraîne alors l’activa- inflammatoire locale et humorale est ou devient
tion d’une réponse inflammatoire locale compre- inadéquate, les bactéries parodontopathogènes et
nant entre autres des modifications vasculaires de les antigènes bactériens, en particulier le lipopoly-
la microcirculation parodontale, un exsudat plas- saccharide, pénètrent alors dans l’épithélium de
matique et l’installation d’un œdème.43 Les granu- jonction et le tissu conjonctif gingival, et enclen-
locytes neutrophiles, grâce à un gradient chimio- chent une série des réactions qui aboutissent à des
tactique, migrent en plus grand nombre depuis destructions tissulaires et à l’installation d’une pa-
cette microcirculation parodontale vers le tissu rodontite.48
conjonctif gingival, l’épithélium de jonction et le
sillon gingivodentaire. Ils forment une importante Maladies gingivales induites par la plaque
barrière dans le sillon gingivodentaire, le long de et modifiées par des facteurs systémiques
l’épithélium ; ils préviennent ainsi l’extension laté-
rale et apicale du biofilm dentaire et de ses effets Les maladies gingivales modifiées par des facteurs
délétères.45,46 systémiques se traduisent cliniquement, à quelques
La nature des leucocytes (leucocytes mononu- nuances près, de la même façon que les gingivites
cléés, granulocytes neutrophiles) présents dans le seulement associées à la plaque avec ou sans les
tissu conjonctif gingival semble être fonction de la facteurs locaux aggravants que nous venons de
nature de l’expression d’adhésines à la surface des décrire. La notion de « maladies gingivales modi-
cellules endothéliales comme la molécule d’adhé- fiées par des facteurs systémiques » se retrouvait
sion cellulaire endothéliale 1 (ECAM-1) ou comme la anciennement sous le vocable de « gingivites aggra-
molécule d’adhésion cellulaire vasculaire (VCAM- vées par des facteurs généraux ».
1). Ces molécules assurent une régulation de la Des facteurs systémiques peuvent modifier la
migration de ces cellules de défense depuis la mi- nature des réponses de l’hôte à l’étiologie bacté-
crocirculation parodontale jusqu’au tissu conjonc- rienne.49 Face à l’intensité de l’agression, ces ré-
tif gingival. ponses sont alors inadaptées soit par déficit de
L’activation des granulocytes neutrophiles et des certains éléments de défense immunitaire, soit au
macrophages permet ensuite une activation des contraire par leur excès ; dans les deux cas, elles
protéines plasmatiques, comme les protéines du entraînent un effet délétère.
complément, qui amplifie la réponse inflammatoire Cette réponse inadaptée contribue à augmenter
locale. Ce processus d’amplification va conduire à le risque parodontal, c’est-à-dire le risque qu’une
de nouveaux recrutements de cellules leucocytai- gingivite évolue en parodontite dont l’intensité et
472 F. Boschin et al.
la rapidité des pertes d’attache vont définir des Maladies gingivales induites par la plaque
formes agressives pouvant entraîner la perte d’une et modifiées par le diabète
ou de plusieurs dents.
À côté de la détection du risque parodontal Le diabète, qu’il soit de type I ou de type II, au-delà
d’origine bactérienne, il convient aussi de détecter du dysfonctionnement endocrinien, entraîne des
le risque parodontal lié aux facteurs systémiques modifications du comportement immunitaire de
chez tout patient porteur d’une gingivite. l’hôte. S’il est bien entendu que toutes les gingivi-
tes ont comme étiologie primaire une microflore
Maladies gingivales induites par la plaque bactérienne, un diabète est susceptible de poten-
et associées à des variations hormonales tialiser les effets de cette flore et donc de modifier
le tableau clinique d’une gingivite. Il est fréquem-
Des modifications hormonales entraînent une ré- ment observé comme complication d’un diabète la
ceptivité plus grande de la fibromuqueuse gingi- présence de microangiopathies dont des microan-
vale, notamment chez la femme. Dans ce cas, du giopathies buccales. De plus, le diabète représente
fait d’une augmentation du taux des hormones un facteur de risque parodontal important55
stéroïdes, œstrogènes et progestérone, une inflam- puisqu’il multiplie par 3 à 4,2 un risque initial. Une
mation préexistante, déclenchée et entretenue par gingivite chez un diabétique doit donc faire l’objet
la plaque bactérienne, peut être considérablement d’un traitement rigoureux et d’une maintenance
augmentée.50 On parle de gingivite prépubertaire, parodontale rapprochée.
de gingivite menstruelle, de gingivite gravidi-
que35,51 (Fig. 11), de gingivite liée à la prise de Maladies gingivales induites par la plaque
contraceptifs oraux,52 de gingivite de la méno-
et associées à des dyscrasies sanguines
pause.53 Ces gingivites présentent un tableau clini-
que analogue à celui décrit précédemment ; les
La gencive peut être le siège de manifestations de
signes cliniques, notamment le saignement provo-
dyscrasies sanguines comme par exemple de leucé-
qué et les hyperplasies gingivales, sont fréquem-
mies 56. Ces localisations gingivales qui sont parfois
ment plus importants.
révélatrices de ces dyscrasies vont soit venir com-
Dans le cadre du nouveau concept de parodonto-
pliquer un tableau clinique de gingivite déjà instal-
logie médicale,54 il est maintenant bien documenté
lée, soit compliquer le contrôle de plaque de par
le fait qu’une femme enceinte porteuse d’une in-
les douleurs gingivales provoquées.
fection est susceptible de déclencher un accouche-
ment prématuré et/ou de mettre au monde un
enfant de petit poids. Les gingivites, qui sont des Maladies gingivales induites par la plaque
maladies infectieuses, peuvent de ce fait être à et modifiées par des médicaments
l’origine de tels problèmes, d’autant plus que l’in-
tensité de l’inflammation gingivale est importante. Certains médicaments ont un tropisme particulier
Les mécanismes directs par bactériémie ou indi- pour le parodonte57 comme la 5-5 diphénylhydan-
rects par l’action des médiateurs de l’inflammation toïne (Di-Hydan®) utilisée dans les traitements an-
peuvent être impliqués. Il ne faut donc surtout pas tiépileptiques, la ciclosporine (ciclosporine A)58
négliger le traitement d’une gingivite chez la prescrite comme médicament antirejet chez les
femme enceinte. patients greffés, les inhibiteurs du calcium du type
nifédipine59 qui sont des antihypertenseurs. Ils en-
traînent une augmentation du volume de la fibro-
muqueuse gingivale qui, associée à une gingivite,
donne un tableau clinique de gingivite hyperplasi-
que. L’augmentation du volume de la gencive est
due à une hyperactivité métabolique du tissu
conjonctif gingival. L’hyperplasie gingivale entrave
le contrôle de la plaque bactérienne dont l’accu-
mulation est ainsi favorisée.
Figure 11 Gingivite gravidique diffuse localisée, assortie d’une Les fumeurs présentent moins de saignements gin-
formation épuliforme entre 11 et 12. givaux que les non-fumeurs et, à volume de plaque
Maladies gingivales induites par la plaque 473
La prescription de matériel comprend en premier bain de bouche est alors prescrite sur une durée de
lieu une brosse à dents. Depuis quelques années se 15 jours, à utiliser après chaque brossage.
sont développées les brosses à dents électriques Le contrôle du biofilm supragingival assuré par le
visant à améliorer la qualité et réduire le temps de patient doit nécessairement être complété par une
brossage. Différents concepts ont été proposés : un élimination du biofilm sous-gingival. Celui-ci est
mouvement rotatif de touffes de poils, un mouve- assuré par le praticien en passant un insert d’appa-
ment d’oscillation horizontale, un mouvement de reil ultrasonique dans le sillon gingivodentaire suivi
rotation quart de tour. Des études réalisées mon- d’une irrigation sous-gingivale à base de chlorhexi-
trent que le brossage est de qualité équivalente ou dine.
inférieure à un brossage manuel.80,81 Cependant,
une brosse électrique combinant un mouvement Suppression des facteurs locaux aggravants
oscillatoire et un mouvement pulsatile semble don- Les facteurs locaux aggravants se comportent
ner des résultats supérieurs.82 Il apparaît ainsi inté- comme des facteurs de rétention de plaque et
ressant de prescrire ce type de brosse lorsque le diminuent d’autant les chances d’obtenir une santé
patient ne réussit pas à effectuer un brossage ma- gingivale malgré tous les efforts déployés par le
nuel satisfaisant. Comme pour les brosses manuel- patient pour assurer son contrôle de plaque. Dans
les, il est important de contrôler la souplesse des ce contexte, il n’est pas rare d’observer une baisse
poils et l’absence d’agressivité du mouvement. de la motivation du patient. C’est ainsi qu’il
Le contrôle de plaque interproximal peut être convient de coupler à l’enseignement d’une tech-
complété par l’utilisation de fils interdentaires de nique de brossage et au nettoyage du sillon gingivo-
préférence non cirés et non tressés si le point de dentaire une élimination de ces facteurs locaux
contact permet le passage. Dans le cas contraire, aggravants. Elle est réalisée par :
un fil ciré est utilisé. • un détartrage aux instruments ultrasoniques et
Puisque dans la gingivite il n’existe aucune perte manuels ;
tissulaire parodontale, il ne semble pas nécessaire • un polissage des surfaces dentaires à l’aide
de prescrire des brossettes interdentaires, sauf d’une pâte abrasive et d’une brossette ou
d’une cupule en caoutchouc montée sur un
dans le cas de diastèmes primaires ou de dents
instrument rotatif à moyenne vitesse ;
manquantes.
• une correction des restaurations débordantes,
Il est possible de conseiller au patient un bros-
mal ajustées, mal équilibrées, etc. ;
sage du dos de la langue. Celui-ci est effectué avec
• une correction éventuelle des malpositions
la brosse à dents ou à l’aide d’un gratte-langue. Les
dentaires par traitement orthodontique.
études évaluant l’influence du brossage lingual sur
la formation du biofilm dentaire présentent des Maintenance parodontale
résultats controversés.83,84 Cependant, le brossage
de la langue reste intéressant car il assure un Le biofilm dentaire supragingival à l’origine de la
meilleur confort buccal et contribue à contrôler gingivite se créant dès les premières minutes qui
une éventuelle halitose 85. suivent son élimination, une maintenance parodon-
Un brossage dentaire par une méthode intrasul- tale doit être instaurée afin d’éviter toute récidive.
culaire, deux ou trois fois par jour après chaque De plus, cette maintenance s’avère importante dès
repas, est enseigné au patient. À chaque visite, les lors que le patient présente un risque parodontal,
progrès réalisés sont visualisés, ce qui participe à en d’autres termes, un risque de voir s’installer une
renforcer la motivation du patient à l’observance parodontite. La maintenance se traduit par des
de son traitement. Dans le cas contraire, les visites de contrôle dont la fréquence est fonction
conseils et la technique sont repris. du risque parodontal. Un renforcement de la moti-
La désagrégation du biofilm ne peut se faire que vation est instauré, accompagné d’une vérification
mécaniquement. Mais une action chimique associée de la qualité de la technique de brossage et le cas
est intéressante. Elle peut se faire par le biais de échéant par une reprise des conseils. Cette main-
molécules antiseptiques contenues dans des bains tenance parodontale est couplée à une mainte-
de bouche ou des dentifrices. L’antiseptique le plus nance médicale qui permet de vérifier en parallèle
utilisé est la chlorhexidine, dont l’efficacité sur les les composantes liées à l’hôte.
bactéries buccales et en particulier sur les bacté- Le risque parodontal n’est pas une notion figée ;
ries parodontopathogènes n’est plus à démon- il est susceptible d’être augmenté suite à l’acquisi-
trer.86,87,88 De plus, elle possède une action anti- tion de nouvelles pathologies systémiques ou à
fongique. Elle contribue, associée au traitement l’aggravation de pathologies systémiques existan-
mécanique, à l’établissement d’une flore compati- tes. Il doit donc être systématiquement réévalué
ble avec la santé parodontale. La chlorhexidine en lors de chaque visite de contrôle.
Maladies gingivales induites par la plaque 477
Figure 15 A. Vue linguale d’un secteur incisif mandibulaire Figure 16 A. Tableau clinique pouvant faire penser à une gingi-
présentant une gingivite avec papilles rétractées et œdématiées vite marginale généralisée assortie d’une manifestation épuli-
en regard de plaque bactérienne et de tartre. forme localisée entre 11 et 12.
B. Restitution ad integrum des papilles linguales 15 jours après B. Vue clinique 15 jours après la mise en œuvre d’un traitement
enseignement d’un contrôle de plaque adapté et détartrage. adapté montrant des récessions parodontales, lésions parodon-
tales irréversibles, qui signent l’existence d’une parodontite.
Pronostic avec ou sans traitements
qui entraîneraient des épisodes intermittents de
L’installation d’une gingivite chez un sujet signe lésions tissulaires et à long terme des destructions
l’existence d’une réaction inflammatoire de la part parodontales accumulées. L’évolution d’une gingi-
de celui-ci, première étape de la réaction immuni- vite vers une parodontite serait la conjonction d’un
taire face à l’agression antigénique de la plaque ou de plusieurs des facteurs suivants :
bactérienne. Cette inflammation gingivale primi- • la flore s’enrichit en espèces pathogènes ; la
tive est donc la manifestation de l’efficacité du présence d’une inflammation gingivale favori-
système de défense de l’individu, système qui sera serait l’apparition de certaines espèces bacté-
sensibilisé voire renforcé lors d’une agression bac- riennes pathogènes ;27
térienne ultérieure. Le passage à la chronicité peut • les systèmes immunitaires du patient permet-
traduire au contraire l’incapacité de l’individu à tent à l’agression d’origine bactérienne d’en-
maîtriser cette agression d’origine bactérienne si traîner une perte d’attache et l’un des diffé-
celle-ci est maintenue par absence de contrôle de rents types de parodontites ;
plaque ou si les défenses immunitaires intrinsèques • l’absence des bactéries compatibles voire né-
du sujet sont insuffisantes ou dépassées. Cette cessaires à la santé parodontale.
dernière situation concerne peut-être les sujets à Le traitement permet une réparation ad inte-
risque susceptibles de développer ensuite une pa- grum du parodonte superficiel puisque, lors d’une
rodontite.28,38,76 gingivite, les lésions ne concernent que la fibromu-
Il est maintenant bien mis en évidence que tout queuse gingivale qui est susceptible de « régénéra-
porteur de gingivite ne développe pas systémati- tion », les structures sous-jacentes n’ayant pas subi
quement une parodontite. Mais il n’a jamais été de destruction. Ainsi, dans ce cas de figure, les
démontré qu’une parodontite peut survenir en papilles gingivales décapitées peuvent voir leur fer
l’absence d’inflammation gingivale.48 Le passage de lance reconstruit après traitement, le niveau du
de la gingivite à la parodontite serait la résultante bord marginal gingival se rétablissant du fait même
de déséquilibres dans la balance hôte/agresseurs, de la « mémoire gingivale » à une distance cons-
478 F. Boschin et al.
tante du bord marginal de l’os qui ne subit aucune 21. Theilade E. The experimental gingivitis studies: the micro-
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Greffes – Transplantations et réim- et montage des dents. Polymérisa- Prise en charge psychologique – Psy-
plantations dentaires, 429 tion des bases, 2 chologie et relation d’aide en réha-
Motricité buccale – Examen neurolo- bilitation maxillofaciale, 122
H gique facial à l’usage de l’odonto- Protéomique – Phytothérapie et aro-
logiste et du chirurgien maxillofa- mathérapie buccodentaires, 179
Hémostase primaire – Physiologie de
cial, 131 Prothèse endo-orale – Introduction à
l’hémostase, 71
Motricité de la face – Examen neuro- la prothèse maxillofaciale, 118
Homme jeune – Fractures de la man-
logique facial à l’usage de l’odon- Prothèse extraorale – Introduction à
dibule, 228
tologiste et du chirurgien maxillo- la prothèse maxillofaciale, 118
Hygiène buccodentaire – Prophylaxie
facial, 131 Prothèse maxillofaciale – Introduc-
des parodontopathies et hygiène
buccodentaire, 349 tion à la prothèse maxillofaciale,
N 118 – Psychologie et relation d’aide
Nerf facial – Paralysie faciale, 382 en réhabilitation maxillofaciale,
I 122 – Prothèse maxillofaciale et
Imagerie dentofaciale – Stratégie des conception et fabrication assistées
explorations en imagerie maxillofa- O par ordinateur (CFAO), 275
ciale, 334 Occlusion – Prothèse adjointe par- Prothèse partielle adjointe – Pro-
Implants dentaires – Distraction al- tielle : occlusion, choix et montage thèse adjointe partielle : occlu-
véolaire, 82 des dents. Polymérisation des ba- sion, choix et montage des dents.
Inclusion dentaire – Accidents d’évo- ses, 2 Polymérisation des bases, 2
lution des dents de sagesse, 147 Occlusion – Restauration fonction- Prothèses – Céramiques dentaires,
Infection – Contaminations microbio- nelle par ajustement occlusal, 361 101
logiques par les dispositifs médi- Œil – Relations pathologiques œil- Prothèses dentaires – Travail des al-
caux dans les unités dentaires, 378 dent : point de vue du stomatolo- liages dentaires, 284
Infection focale – Relations patholo- giste et de l’odontologiste, 417
Prototypage rapide – Prothèse
giques œil-dent : point de vue du Opérations extérieures – Le
maxillofaciale et conception et fa-
stomatologiste et de l’odontolo- chirurgien-dentiste des armées.
brication assistées par ordinateur
giste, 417 Missions et rôles, 193
(CFAO), 275
Instrument – Contaminations micro- Os alvéolaire – Anatomie du vieillis-
Pseudo-tumeur – Tumeurs et dyspla-
biologiques par les dispositifs médi- sement craniofacial, 201
sies tumorales de la cavité buccale
caux dans les unités dentaires, 378 Os maxillaire – Anatomie du vieillis-
sement craniofacial, 201 du nouveau-né et du nourrisson,
Instrumentation – Détartrage et sur- 214
façage radiculaire, 55 Ostéites – Accidents d’évolution des
dents de sagesse, 147 Pulpolithe – Facteurs étiologiques gé-
Irrigation – Antiseptiques en parodon- néraux de la pathologie pulpoden-
Ostéoectomie – Traitements chirurgi-
tie, 49 tinaire, 312
caux des poches parodontales, 25
Ostéoplastie – Traitements chirurgi- Pulpopathies – Facteurs étiologiques
K caux des poches parodontales, 25 généraux de la pathologie pulpo-
Kyste mucoïde – Tumeurs et dyspla- dentinaire, 312
sies tumorales de la cavité buccale P
du nouveau-né et du nourrisson, Paralysie faciale/chirurgie – Paraly-
R
214 sie faciale, 382 Recherche évaluative – Recherche
Kystes péricoronaires – Accidents Pathologies générales – Facteurs évaluative en chirurgie esthétique
d’évolution des dents de sagesse, étiologiques généraux de la patho- maxillofaciale, 326
147 logie pulpodentinaire, 312 Régénération – Traitements chirurgi-
Péricoronarite – Accidents d’évolu- caux des poches parodontales, 25
L tion des dents de sagesse, 147 Réglementation – Phytothérapie et
Lésions des parties molles – Trauma- Phase de soutien – Prophylaxie des aromathérapie buccodentaires,
tismes dentaires et alvéolaires, 159 parodontopathies et hygiène buc- 179
Lésions du maxillaire – Stratégie des codentaire, 349 Réhabilitation – Psychologie et rela-
Phytothérapie – Phytothérapie et tion d’aide en réhabilitation
explorations en imagerie maxillofa-
aromathérapie buccodentaires, maxillofaciale, 122
ciale, 334
179 Réhabilitation maxillofaciale – Pro-
Luxations dentaires – Traumatismes
Plantes médicinales – Phytothérapie thèse maxillofaciale et conception
dentaires et alvéolaires, 159
et aromathérapie buccodentaires, et fabrication assistées par ordina-
179 teur (CFAO), 275
M Plaque dentaire – Maladies gingivales Réimplantations – Transplantations
Maladie gingivale – Maladies gingiva- induites par la plaque, 462 et réimplantations dentaires, 429
les induites par la plaque, 462 Plaquettes – Physiologie de l’hémos- Relation d’aide – Psychologie et rela-
Maladie parodontale – Antibiothéra- tase, 71 tion d’aide en réhabilitation
pie et maladies parodontales, 62 Poches parodontales – Traitements maxillofaciale, 122
Mandibule – Anatomie du vieillisse- chirurgicaux des poches parodonta- Révélateur de plaque dentaire – Pro-
ment craniofacial, 201 – Fractures les, 25 phylaxie des parodontopathies et
de la mandibule, 228 Polymérisation – Prothèse adjointe hygiène buccodentaire, 349
Méningite à pneumocoque – Trauma- partielle : occlusion, choix et mon- Rhinorrhée post-traumatique –
tismes craniofaciaux, 244 tage des dents. Polymérisation des Traumatismes craniofaciaux, 244
Métallurgie des alliages dentaires – bases, 2 Rhizagenèse – Transplantations et
Travail des alliages dentaires, 284 Position mandibulaire de repos – réimplantations dentaires, 429
Montage des dents – Prothèse ad- Restauration fonctionnelle par Rhizalyse – Extraction chez l’enfant,
jointe partielle : occlusion, choix ajustement occlusal, 361 453
484 Index des mots clés