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The Housemaid D Amma Darko Traduction Co

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KWAME NKRUMAH UNIVERSITY OF SCIENCE AND TECHNOLOGY,

KUMASI

COLLEGE OF ART AND SOCIAL SCIENCES

DEPARTMENT OF MODERN LANGUAGES

THE HOUSEMAID D’AMMA DARKO: TRADUCTION COMMENTEE DES SIX

PREMIERS CHAPITRES

BY

ISAAC EZONLEH ANYIMAH

MAY 2009

1
THE HOUSEMAID D’AMMA DARKO: TRADUCTION COMMENTEE DES SIX

PREMIERS CHAPITRES

by

Isaac Ezonleh Anyimah B.A. (Hons) French

A Thesis submitted to the Department of Modern Languages,

Kwame Nkrumah University of Science and Technology

in partial fulfilment of the requirements for the Degree of

MASTER OF PHILOSOPHY (FRENCH)

College of Art and Social Sciences

©*May 2009

DECLARATION
2
I hereby declare that this submission is my own work towards the MPhil French and that

to the best of my knowledge, it contains no material previously published by another

person nor material which has been accepted for the award of any other degree of the

university, except where due acknowledgment has been made in the text.

………………............... …………….……………. …….…..……………

Student Name & ID Signature Date

Certified by: ……………………. …………………..

DR. A. Y. YEGBLEMENAWO Signature Date

(Supervisor)

Certified by: …………………….. ……………….

MR. MR DICKSON PIMPONG Signature Date

(Head of Department)

3
DEDICACE

A mes filles

ISABELLE MAME AKASI ANYIMAH

(Maa)

et

ARABELLE NANA ASSIEMLA ANYIMAH

(La Vieille)

A la mémoire de mes parents

JOSEPH MENLAH ANYIMAH

et

MARTHA AKASI KODJALEH

REMERCIEMENTS

4
Je tiens à remercier les suivants pour leur soutien dans la réalisation de ce

mémoire. Je remercie vivement mon directeur, le Docteur Albert Y.

YEGBLEMENAWO, pour sa grande patience, sa critique et sa contribution sans pareil

au cours de cette recherche. Je remercie également le Professeur K. OPOKU-

AGYEMAN pour ses conseils et sa contribution, ainsi que ces professeurs des

Départements d’Anglais et de Langues Modernes : Monsieur Melvin Nettey Djorbuah,

le Docteur Agyei-Kye Lot, Monsieur Julius Kuutiero, Monsieur Emmanuel Y. Akpakli,

Madame Philomena Abeka, et surtout Monsieur Ebenezer Oteng-Preko et Madame

Henriet Eyeson pour leur encouragement et leur soutien moral durant le programme.

A notre Doyen de la Faculté des Sciences Sociales, le Docteur Lawrence

TUFUOR, pour son encouragement, et respectivement aux Chefs des Departements

d’Anglais et de Langues Modernes, Madame Dadson et Monsieur Dickson Pimpong, je

dis un grand MERCI.

Aussi à ma femme, Agnes Mozouma KENDJA, et à tous mes frères et sœurs

surtout Francis Anwobor ANYIMAH, Very Rev. Samuel ANYIMAH, Mercy W.

ANYIMAH, Joseph A. ANYIMAH (Vieux) pour leur soutien, sans oublier mes oncles,

tantes, cousins et cousines vivant au Ghana, en Côte d’Ivoire et aux Etats-Unis.

Je dis aussi merci à tous mes amis qui m’ont voulu du bien ainsi qu’à d’autres

personnes dont les noms ne figurent pas ici.

RESUME
5
Dans cette étude intitulée The Housemaid d’Amma Darko : Traduction

commentée des six premiers chapitres, il a été question de la traduction et l’analyse des

six premiers chapitres du roman, The Housemaid d’Amma Darko, femme écrivain

contemporain ghanéen.

Cette étude comprend trois chapitres. Le premier chapitre, dont le titre est

« Approche épistémologique », rend compte du cadre théorique et la méthode d’analyse

de la recherche. Il fait montre de trois théories de traduction exposées par Inês Oseki-

Dépré (1999), à savoir les théories prescriptives ou classiques, les théories descriptives

ou modernes et les théories prospectives ou artistiques. La méthodologie utilisée est la

traduction sémantique, une méthode qui prend en considération la valeur esthétique du

texte original. Cela se relie au fait que le roman en question est un texte expressif, plein

d’imagination de l’auteur et donc autoritaire. Néanmoins, nous employons la traduction

communicative pour rendre compte des énoncés cibles dont les effets sont aussi proches

que ceux des énoncés sources.

Le deuxième chapitre intitulé « L’activité traduisante », est à propos de la

traduction du roman The Housemaid de l’anglais en français. Il a été question à cette

étape de l’emploi de la méthodologie résumée ci-dessus. Avec les méthodes sémantique

et communicative, nous avons tâché de contourner des expressions dont la plupart sont

idiolectales, ainsi que des expressions dialectales et familières.

Le troisième chapitre (« Analyse de la Traduction ») se rapporte à l’étude de la

traduction. Ce chapitre met en relief les problèmes de traduction qui se révèlent

généralement sous forme de lexies dont les versions appropriées sont parvenues par des

processus détaillés et des procédés tels que l’équivalence, la concentration (de Vinay et
6
Darbelnet), le procédé d’équivalent fonctionnel (de Peter Newmark) et la théorie de

Georges Mounin (qui insiste sur la compréhension exacte de la notion par rapport à

l’accent sur la référence de la langue source).

Ce même chapitre illustre une distinction lexicale entre l’anglais et le français. A

partir du style de l’auteur, certaines expressions anglaises démontrent en elles-mêmes la

répétition d’une même idée, ce que le français ne tolère pas.

Il ressort de cette étude que toutes les langues partagent des points communs

(« les universaux de langage ») malgré les divergences linguistiques. Dans le domaine

de la grammaire, par exemple, les langues comportent des phrases qui consistent en mots

ayant une prononciation et un sens. Chaque langue fait une distinction entre les

substantifs et les verbes et chacune a aussi des pronoms. En outre, toute langue fait

preuve d’un accord avec les sujets (actants) et les objets. Il faudrait signaler que les

divergences et les points communs offrent à chaque langue une manière unique

d’exprimer toute situation, assurant ainsi la possibilité de traduction entre les langues.

Nous avons donc tâché de dissiper à travers cette recherche la notion d’intraduisibilité

d’une langue quelconque.

Mots clés : traduction, traduction sémantique, traduction communicative, aspect

linguistique, aspect culturel, énoncé, expression, procédé, langue source, langue

d’arrivée, texte expressif, analyse

7
ABSTRACT

In this research entitled “Translation into French of, and comment on, the first

six chapters of The Housemaid by Amma Darko”, it was all about the translation and the

analysis of the first six chapters of the novel, The Housemaid, by Amma Darko, a

contemporary Ghanaian writer.

This study comprises three chapters. The first chapter, whose title is

“Epistemological approach”, gives an account of the theoretical framework and the

method of analysis of the research. It displays three translation theories expounded by

Inês Oseki-Dépré (1999), known as prescriptive or classic theories, descriptive or

modern theories and prospective or artistic theories. The methodology used was

semantic translation, a method which takes into consideration the aesthetic value of the

original text. This relates to the fact that the text-type is expressive and therefore

authoritative because it is full of the author’s imaginations. However, we used

communicative translation to give account of target statements whose effects are as

close as those of the original statements.

The second chapter entitled “The translation Activity” is about the translation of

the novel from English to French. At this level, it was all about the application of the

methodology that has just been summarised. With the semantic and communicative

methods, we ensured to find versions of expressions, most of which are idiolects, as well

as those of dialects and colloquial expressions.

The third chapter (“Translation Analysis”) refers to the study of the translation.

This chapter emphasises the problems of translation which are generally lexical and
8
whose versions demanded detailed processes and procedures such as equivalence,

concentration, (by Vinay et Darbelnet), functional equivalence (by Peter Newmark) and

George Mounin’s theory (which insists on the exact understanding of the notion rather

than an emphasis on the reference of the source language).

This same chapter illustrates a lexical distinction between English and French. It

has been noted from the author’s style that some English sentences show in themselves a

repetition of ideas, which the French language cannot tolerate.

It has been noticed in the course of this research that all human languages have

common aspects (“language universals”), though there are linguistic differences between

them. In grammar, for example, languages have sentences which consist of words with a

pronunciation and a meaning. Each language distinguishes between nouns and verbs and

each also has pronouns. Furthermore, each language demonstrates an agreement

between subjects (agents) and objects. It is necessary to indicate that the differences and

the common aspects provide each language with a unique manner of expression about

any situation, thereby ensuring the possibility of translation between languages. Thus,

we tried through this research to dissipate the notion of untranslatability of any

language.

Key words: translation, semantic translation, communicative translation, linguistic

aspect, cultural aspect, sentence, expression, procedure, source language, target

language, expressive text, analysis

9
TABLE DES MATIERES

DECLARATION………………………………………………………………………iii

DEDICACE……………………………………………………………………………iv

REMERCIEMENTS…………………………………………………………………..v

RESUME……………………………………………………………………………….vi

TABLE DES MATIERES……………………………………………………………..x

0.0 INTRODUCTION………………………………………………………………1

0.1 Objectif de l’Etude…………………………………………………………….....1


0.2 Justification du Choix du Sujet……………………………………………….....3
0.3 Limitation du Champ du Travail……………………………………………….3
0.4 Hypothèses de Départ………………………………………………………… ...4
0.5 Arrière-plan historique…………………………………………………………..4
0.6 Travaux antérieurs…………………………………………………………….....5

CHAPITRE 1………………………………………………………………………….10

1.0 APPROCHE EPISTEMOLOGIQUE…………………………………………10

1.1 Cadre théorique………………………………………………………………....10


1.2 Méthodologie…………………………………………………………………….11

CHAPITRE 2…………………………………………………………………………14

2.0 ACTIVITE TRADUISANTE………………………………………………….14

2.1 PREMIERE PARTIE (DU ROMAN)

2.1.1 Chapitre 1……………………………………………………………………..14

2.2 DEUXIEME PARTIE (DU ROMAN)

2.2.1 Chapitre 2……………………………………………………………………..27

2.2.2 Chapitre 3……………………………………………………………………..40

10
2.2.3 Chapitre 4……………………………………………………………………..46

2.2.4 Chapitre 5…………………………………………………………………….64

2.2.5 Chapitre 6…………………………………………………………………….73

2.3 Résumé de chapitres 7—12…………………………………………………....81

CHAPITRE 3………………………………………………………………………..85

3.0 ANALYSE DE LA TRADUCTION…………………………………………85

3.1 Analyse du Point De Vue linguistique………………………………………..85

3.2 Analyse du Point De Vue culturel…………………………………………….94

3.2.1 Culture matérielle et concept culturel……………………………………...94

3.2.2 Culture sociale……………………………………………………………….98

3.3 Distinction lexicale……………………………………………………………..101

3.4 Particularités orthographiques…………………………………………….....103

3.5 Validation des Hypothèses………………………………………………….....104

CONCLUSION………………………………………………………………………105

BIBLIOGRAPHIE ET SITOGRAPHIE…………………………………………...108

REFERENCES……………………………………………………………………....110

ANNEXE I : Glossaire des termes particuliers…………………………………….112

ANNEXE II : Copie des six premiers chapitres du texte The Housemaid………..114

11
0.0 INTRODUCTION

Notre mémoire intitulée « The Housemaid d’Amma Darko: Traduction

commentée des six premiers chapitres » est un travail de traduction et analyse des six

premiers chapitres du roman, The Housemaid. En guise d’introduction, nous rendrons

compte de l’objectif de l’étude, la justification du choix du sujet, la limitation du champ

du travail, les hypothèses de départ, l’arrière-plan historique du roman The Housemaid

et les travaux antérieurs se rapportant au domaine de la traduction.

0.1 Objectif de l’Etude

L’objectif de cette étude est de traduire de l’anglais en français la moitié du

roman. Comme toute oeuvre de traduction, il nous est impératif de produire le même

effet ou presque sur le lectorat de la traduction comme obtenu sur le lectorat du texte

source, ou bien rendre le sens juste tout en prenant compte de la valeur esthétique de

l’original. Nous voudrons donner un aperçu sur certains mots-clés tels que traduction,

traduction sémantique et traduction communicative.

Selon Jean-claude Corbeil, la traduction :

est un mode de communication à la fois interlinguistique et


interculturelle ; elle participe alors à la connaisance réciproque des
cultures du monde, qu’elle rend accessibles… ; la traduction
est…alors, un moyen de pallier l’incapacité linguistique des
interlocuteurs. 1
(Actes du Colloque Traduction et Qualité de Langue, 1984, extrait de

http://www.cslf.gouv.qc.ca/Publications/PubD116/D116-1.html (le 1e

avril, 2006.))
12
Quant à Antar Solhy Abdellah: Translation is ultimately a human activity which

enables human beings to exchange ideas and thoughts regardless of the different

tongues used.2 (ProZ.com, 2005, extrait de http://www.proz.com/translation-

articles/articles/299/1/What-Every-Novice-Translator-Should-Know (le 1e avril, 2006.))

(La traduction est principalement une activité humaine qui donne la possibilité

aux humains d’échanger des idées et des pensées malgré les langues différentes

employées). (Notre version).

Bien que les deux définitions rendent comptent de la traduction comme un

moyen de communication humaine, la première est plus pertinente concernant les

aspects linguistiques et culturels qui sont impliqués dans la traduction. D’après Andrew

Chesterman, la traduction sémantique est plus fidèle, plus littérale ; elle donne la priorité

au sens et à la forme du texte original, sans du tout imposer la forme sur la langue

d’arrivéé, et c’est approprié aux traductions de textes sources qui sont autoritaires, tels

que les textes religieux, les textes juridiques, la littérature, et peut-être les discours

ministériels (Chesterman A., (2000b) Translation typology, extrait de

http://www.helsinki.fi/~chesterm/2000bTypes.html (le 1e avril, 2006)).

La traduction communicative est plus libre, et donne la priorité à l’efficacité du

message à communiquer. Elle porte surtout sur des facteurs tels que la lisibilité et le

naturel, et c’est approprié aux traductions des textes « pragmatiques » dont la forme

réelle de l’original n’est pas fidèlement liée au sens visé. Elle se rapporte à des textes

comme les publicités, les brochures touristiques, les descriptions et règles d’usage des

produits et les manuels (Chesterman A., (2000b) Translation typology extrait de

http://www.helsinki.fi/~chesterm/2000bTypes.html (le 1e avril, 2006).

13
0.2 Justification du Choix du Sujet

Tout d’abord, notre choix du sujet a été suscité par un cours sur le féminisme

pendant la première année de notre programme d’études. A travers ce cours, nous avons

été exposé à la situation de la femme dans la société ghanéenne vis-à-vis de l’homme.

Nous nous sommes rendu compte de la manière dont les différentes cultures africaines

placent la femme dans une position subordonnée par rapport à l’homme. Nous avons

aussi remarqué comment les normes sociales obligent la femme à accepter sa situation ;

elle devient en fin de compte son propre ennemi. C’est ce dernier point qui retient notre

attention dans le roman que nous avons choisi.

Une deuxième raison pour le choix de ce sujet repose sur notre envie de pratiquer

la profession de traducteur. Avant de nous inscrire pour notre programme d’études, nous

faisions la traduction à l’Institut des Langues où nous travaillions, avec la connaissance

des procédés de traduction acquise lors de nos études en licence. Cependant, c’est au

cours du programme actuel que nous avons eu une connaissance profonde des procédés

et des méthodes de traduction. Ainsi, il nous a fallu choisir un sujet d’intérêt pour y

appliquer ces procédés et méthodes, dans un champ limité.

0.3 Limitation du Champ du Travail

L’oeuvre littéraire The Housemaid est composée de douze chapitres, faisant cent

sept pages en tout. Elle est aussi divisée en deux parties. Nous comptons entreprendre la

traduction des six premiers chapitres du roman, ainsi pour nous restreindre aux

exigences pour le travail de la maîtrise. (Une copie de ces chapitres du texte original

constitue l’annexe II de cette étude).

14
0.4 Hypothèses de Départ

Nos hypothèses de départ dans ce travail de traduction sont :

(1) que les problèmes qui se posent dans la traduction sont strictement d’ordre

linguistique,

(2) que les problèmes de traduction sont d’ordre culturel (mais lesquels des aspects de

la culture ?)

(3) qu’il n’y a ni problèmes linguistiques ni culturels

Georges Mounin (1963 :59) étaye nos hypothèses en indiquant que :

Non seulement la même expérience du monde s’analyse


différemment dans les langues différentes, mais l’anthropologie
culturelle et l’ethnologie amènent à penser que…ce n’est pas toujours
le même monde qu’expriment des structures linguistiques différentes.
On admet, aujourd’hui, qu’il y a des ‘cultures’ (ou des ‘civilisations’)
profondément différentes, qui constituent non pas autant de ‘visions
du monde’ différentes, mais autant de ‘mondes’ réels différents. Et la
question s’est posée de savoir si ces mondes profondément
hétérogènes se comprennent ou peuvent se comprendre (c’est-à-dire
aussi se traduire) (…) 3

Nous tâcherons ainsi d’examiner les problèmes qui vont naître du passage du monde

ethnographique ghanéen exprimé en anglais dans l’oeuvre par l’auteur, au monde de la

langue française qui est la langue cible. En même temps que nous faisons passer des

énoncés dans l’expérience française, nous faisons passer aussi, au moins, l’image ou la

représentation des énoncés dans l’expérience du monde français. Cela a un lien étroit

avec la méthodologie que nous employons.

0.5 Arrière-plan historique (The Housemaid)

The Housemaid est une fiction dont le cadre spatio-temporel se rapporte à la

société ghanéenne moderne. Le thème principal du roman porte sur l’exploitation des

15
femmes au Ghana. Il s’agit d’abord de la découverte d’une enfant mort-née et des habits

souillés de sang, aux alentours d’un petit village nommé Braha, dans la région de l’est

du Ghana. Tout le monde est prêt à donner des commentaires sur l’histoire probable

concernant l’enfant abandonné. Les hommes ont leur point de vue: ils accusent les

femmes d’être responsables d’une telle situation. Les femmes aussi se défendent en s’en

prennant à l’ignorance et le manque de responsabilité des hommes envers leurs femmes

et enfants.

Au cours de l’histoire, il devient évident que sept femmes différentes sont

impliquées dans la tragédie. Elles sont toutes prises dans la toile de la superstition,

l’ignorance, la culpabilité et la corruption. Le roman se divise en deux parties, la

première recouvrant anaphoriquement l’abandon et les réactions des gens, tandis que la

deuxième touche au complot abortif des parents d’Efia pour hériter de la richesse de

Tika. (Efia est la bonne de Tika, toutes les deux étant protagonistes).

0.6 Travaux antérieurs

Pour le besoin de cette étude, nous nous référons à certains auteurs qui ont travaillé

assidûment sur la théorie et la pratique de la traduction. Le théoricien, Salawu Adewuni,

Ph.D., indique dans l’introduction à son article « Narrowing the Gap between Theory

and Practice of Translation » (Translation Journal, Vol. 10, No. 2, April 2006) que pour

être plus pratique que théorique, la traduction doit être conçue comme une tentation de

deviner correctement l’intention de l’auteur. Il en déduit que dans la traduction, il s’agit

de la satisfaction plutôt que la perfection (la satisfaction réside dans la capacité de

diminuer l’écart entre la théorie et la pratique) et que les complications sont plus

marquées quand une langue tonale et une langue non tonale y sont impliquées.
16
Igor Maslennikov, en mettant l’accent sur la fidélité dans la traduction des

proverbes et des expressions régulières d’origine biblique, de l’anglais en d’autres

langues d’arrivée, estime qu’il est obligatoire pour tout traducteur de trouver les

équivalences des expressions (pourvu que l’emploi de ces expressions se relie

contextuellement au sens biblique) qui sont employées d’habitude dans la langue

d’arrivée (« Proverbs and Phrases of Biblical Origin, » Translation Journal, Vol. 10, No.

2, April 2006). Selon lui, c’est la raison pourquoi une traduction mot à mot n’est pas

parfois applicable et peut être absolument incompréhensible à l’audience cible.

Peter Newmark (1987 : 79) postule qu’il est absurde de considérer comme

intraduisible un mot dont le sens ne peut pas être rendu littéralement et précisément par

un autre mot, surtout quand ceci pourrait être énoncé au moins par le procédé d’analyse

componentielle en quatre ou cinq mots, ou comme une note de bas de page. Il soutient

cet avis en citant Gadamer qui maintient que la tâche du traducteur n’est jamais de

copier ce qui est dit, mais de viser le sens de ce qui est dit afin de le transmettre selon

son dicton.

Newmark rend compte de la manière dont Faust tente de traduire « logos » (1987 :

78), un mot qui est pratiquement sans contexte, du grec en allemand. Il fait remarquer

son départ de « Wort » (mot), « Sinn » (sens, pensée), « Kraft » (force, puissance)

finalement à « Tat » (fait, activité), mais sans se référer malheureusement à la langue de

départ (le grec). Newmark reconnaît, néanmoins, la lutte intensive de Faust avec ces

quatres mots clés.

A propos de la possibilité de traduction entre deux langues quelconques, Mounin

(op. cit.) fait remarquer que :

17
Tel est le vaste ensemble de raisons pour lesquelles on peut parler
d’universaux de langage : cosmologie, biologie, physiologie,
psychologie, sociologie, anthropologie culturelle et linguistique elle-
même contribuent à dresser ce vaste inventaire de traits communs,
grâce auxquels le nombre des références et des dénotations
communes permet le passage de toute langue en toute langue, pour de
très vaste secteurs de l’expérience humaine, qui vont s’élargissant.4

Il conclut dans « Visions du monde » et traduction que la question d’intraduisibilité entre

certaines langues est au moins inexistante vis-à-vis du « domaine des universaux. »

J.-P.Vinay et J. Darbelnet (1958 : 68) avancent l’argument qu’il est peu probable

que la « représentation linguistique » soit identique dans deux langues différentes. Ainsi,

les lacunes qui caractérisent une langue dans un domaine particulier ne sont pas

nécessairement les mêmes dans la langue à traduire. Ces auteurs préviennent les

traducteurs de s’attendre donc à des mots dont il faudrait à tout prix rendre le sens dans

la langue d’arrivée. Dans le domaine des termes génériques, ils citent des mots anglais

tels que « nuts », dont le sens comprend « les noix », « noisettes », « amandes », etc. et

« awards » qui s’applique aux « prix », aux « bourses d’études », etc.

Il est à souligner que la notion de culture est essentielle quant aux implications

pour la traduction. Newmark définit la culture comme un mode de vie y compris ses

manifestations propres à une communauté qui emploie une langue particulière comme

son moyen d’expression (op cit : 94). Mais au niveau opérationnel, il ne considère pas la

langue comme un élément de la culture (op cit : 95), contrairement à H. Vermeer (2002)

pour qui la langue est une partie intégrante de la culture (« Cultural Implications for

Translation, » in Translation Journal, Volume 6, No. 4, October 2002). Malgré ces idées

divergentes, les notions de langue et culture semblent indissociables.

18
Inês Oseki-Dépré (1999), en exposant sur la traduction après la Deuxième

Guerre Mondiale, reconnaît que les problèmes de traduction sont aussi liés à « la

différence des langues (obstacle linguistique) »,5 mais affirme que c’est « la diversité

des réalités psycho-socio-ethnologiques (obstacle culturel) »6 qui constitue le problème

majeur. Selon elle, les diversités culturelles sont présentes durant toute l’histoire de la

traduction.

Isabelle Larrivée (1994) estime que les éléments primordiaux de résistance à la

traduction sont « le narcissisme culturel et le leurre de la pureté ». Elle étaye cette

position en citant Anthony Berman (1984) :

Toute culture voudrait être suffisante en elle-même pour, à partir de


cette suffisance imaginaire, à la fois rayonner sur les autres et
s’approprier leur patrimoine. La culture romaine antique, la
culture française classique et la culture nord-américaine moderne
en sont des exemples frappants.7

Mohammed Albakry (« Linguistic and Cultural Issues in Literary Translation »,

Translation Journal, Vol. 8, No. 3, July 2004) affirme qu’il n’est pas facile de transférer

un texte ancré dans une culture en une autre. D'après lui, ce qui est une tâche exigeante

pour le traducteur est l’emploi des métaphores et allusions, spécifiques à certaines

cultures. Cette constatation ressort de sa traduction de la première et la deuxième partie

du recueil des nouvelles (« A Night in Casablanca ») de l’écrivain marocain,

Muhammad Zefzaf, de l’arabe en anglais.

Kate James (2002) cite Eugène Nida qui, au sujet des problèmes de la

correspondance dans la traduction, accorde une importance égale aux différences

linguistique et culturelle qui existent entre la langue source et la langue d’arrivée

(« Cultural Implications for Translation, »in Translation Journal, Volume 6, No. 4,


19
October 2002). Selon elle, il conclut que les différences culturelles peuvent causer des

complications pour le traducteur, par rapport aux différences dans les structures des

langues (Nida, 1964 : 130).

Nous avons recueilli jusqu’ici des auteurs dont les apports sont pertinents pour la

théorie et la pratique de la traduction. Cette étude comprend trois chapitres. Le premier

chapitre recouvre le cadre théorique et la méthodologie du travail. Le deuxième chapitre

se rapporte à la traduction des six premiers chapitres de l’œuvre littéraire The

Housemaid. Le troisième chapitre rend compte des processus et procédés employés pour

analyser la traduction.

20
CHAPITRE UN

1.0 APPROCHE EPISTEMOLOGIQUE

Ce chapitre recouvre le cadre théorique et la méthodologie de notre analyse. Ces

étapes mettent en perspective notre manière d’aborder et de résoudre les problèmes qui

se posent dans la traduction. Elles définissent aussi les parages de notre travail.

1.1 Cadre théorique

Inês Oseki-Dépré (Théories et Pratiques de la Traduction littéraire, 1999 :17),

expose trois types de théories pour la traduction, tels que les théories préscriptives, les

théories descriptives ou modernes et les théories prospectives ou artistiques. Les

théories préscriptives demandent de suivre à la lettre le modèle du texte d’origine quand

on fait la traduction d’une langue en une autre. C’est-à-dire que ce genre de traduction

impose les structures de la langue source sur la langue d’arrivée. Ces théories défendent

« une argumentation qui prône l’élégance et/ou l’adaptation aux habitudes de la langue

d’arrivée au détriment d’une exactitude qui serait en quelque sorte étriquée »8 (op cit :

19).

Les théories descriptives ou modernes, reposent « sur les caractéristiques du mot et

de sa fonction de représentation » (op cit : 45). Elles insistent « davantage sur la fidélité

au contenu qu’aux beautés stylistiques de l’original » (op cit : 46). D’après ces théories,

« la traduction est le résultat d’une série de procédés (linguistiques, esthétiques ou

idéologiques) qu’il s’agit de décrire de façon objective (la linguistique) ou délibérément

subjective selon sa propre définition de la traduction (la poétique, l’herméneutique) »9

(op cit : 97). Quant aux théories prospectives, elles préconisent une activité traduisante
21
ouverte et artistique. En fait, elles « n’appartiennent ni à l’un ni à l’autre groupe » 10 (op

cit : 97).

Pour le compte de ce mémoire, nous avons décidé d’employer les méthodes

descriptives vu notre envie de tenir fidèlement au contenu du texte original. Nous

passons ensuite à la méthodologie de notre travail.

1.2 Méthodologie

Peter Newmark précise dans Textbook of Translation (1988 : 47) que parmi les

nombreuses méthodes exposées par les experts sur la traduction, seules les méthodes

sémantique et communicative réalisent les deux buts principaux de la traduction:

précision et économie. A partir de la théorie fonctionnelle du langage établie par Bühler

et adoptée par Jakobson, il rend compte de trois fonctions du langage à savoir les

fonctions expressive, informative et vocative. Selon Newmark, ces fonctions de langage

se rapportent à trois catégories de textes. Il suggère que la méthode de traduction

communicative soit appliquée aux textes vocatifs (les affiches, les écriteaux, les

publicités, etc.) et informatifs, tandis que la méthode sémantique doit viser les textes

expressifs, à savoir les assertions autoritaires et personnelles, et les oeuvres littéraires

respectables et pleines d’imaginations comme la nôtre (op cit : 47).

Selon l’approche de Peter Newmark (op. cit: 21), nous lisons le texte The Housemaid

deux ou trois fois pour découvrir l’intension, le registre, le ton de l’auteur et aussi

remarquer les expressions difficiles. Cela nous permet de nous repérer avant de

commencer à traduire. Nous employons généralement la traduction sémantique dans ce

travail, mais nous employons aussi la traduction communicative quand cela est

nécessaire. Nous aurons comme procédure initiale la traduction littérale (op. cit:76) dont
22
la non application à n’importe quel niveau signalerait un problème de traduction, ce qui

demanderait le recours à d’autres procédés tels que la modulation, l’équivalence ainsi

qu’aux méthodes sémantique ou communicative citées ci-dessus. Nous comptons

procéder à partir des unités de traduction, c’est-à-dire phrase par phrase dans le texte

source (op. cit: 30-31).

Nous faisons aussi référence aux théories de la traduction par Georges Mounin,

J.-P. Vinay et J. Darbelnet ainsi qu’à des revues de traduction. L’internet aussi sera notre

source de référence à cet égard. Le dictionnaire Collins Robert (21st century edition)

sera également consulté.

Dans le texte source figurent de manière prépondérante des idiolectes et des

expressions familières faisant preuve du style individuel de l’auteur. Nous identifions

chaque problème de traduction et nous indiquons tous les facteurs à prendre en

considération pour résoudre le problème. Nous recommandons ensuite le procédé et la

traduction appropriés.

J.-P. Vinay et J. Darbelnet (1958 :31) indiquent que :

En LD ce sont surtout les options qui doivent retenir l’attention.


En LA le traducteur devra compter avec les servitudes qui
entravent sa liberté d’expression, et il devra aussi savoir choisir
entre les options qui s’offrent à lui pour rendre les nuances du
message.11

LD représente langue de départ et LA signifie langue d’arrivée. Il faudrait spécifier qu’il

y a une situation de servitude quand le choix, la forme et l’ordre des mots sont imposés

par la langue. Néanmoins, quand la langue offre le choix entre deux constructions ayant

le même sens, il s’agit d’option.

Nous avons établi jusqu’ici le processus par lequel nous comptons entamer et

réaliser la traduction. Cette définition de notre approche mène ainsi à son emploi, dans le
23
chapitre deux. Il s’agit là de la mise en œuvre des théories et des méthodes pour mener à

bien ce travail de traduction.

24
CHAPITRE DEUX

2.0 ACTIVITE TRADUISANTE

Ce chapitre englobe la traduction de tous les six premiers chapitres de l’œuvre

originale (voir photocopie en annexe page 115). L’oeuvre est divisée en deux parties. La

première partie comprend le premier chapitre, et les onze autres chapitres se regroupent

sous la deuxième partie. Nous commençons par le titre du roman, The Housemaid, qui se

traduit comme La Bonne. A propos, nous signalons que certains termes particuliers sont

annotés alphabétiquement dans la traduction et expliqués dans l’annexe I. (Par cette

annotation alphabétique, nous comptons distinguer entre le glossaire et les renvois

bibliographiques).

2.1 Première Partie (du roman)

2.1.1 Chapitre un

Au Ghana, si tu nais une femelle, prends l’habitude de prier et maîtrise-le. Car tu en

auras besoin désespérément au fur et à mesure que la vieillesse te traque, et que la main

de Dame Nature se rapproche de toi avec un sourire ironique, peinture et brosse toute

prêtes, à te barbouiller de rides.

En plus de cela, si tes enfants, luttant désespérément eux-mêmes pour leur survie

économique, trouvent qu’ils n’ont pas assez de temps pour toi, et te classent parmi les

délaissés, et si, pour comble de malheur, l’argent, métal précieux qui rend la vie belle, se

décide que ton allure ne lui dit vraiment rien et t’échappe à tous les coins et recoins,

sache alors sans aucun doute que tu es sur le point de mériter le nom grandiose de

sorcière.
25
a
Une veuve découragée, une vendeuse dynamique d’akpeteshie au temps jadis

dans le village de Braha, maintenant sans ressources, âgée et solitaire, commença à être

soupçonnée de sorcellerie quand un de ses petits–enfants développa le kwashiorkor (la

maladie de la malnutrition). On disait qu’elle s’était transformée en serpent et s’était

logée dans le ventre du pauvre enfant.

Puis un autre petit-enfant développa le goitre d’où toute la population de Braha

eut les yeux rouges.

On se demandait pourquoi elle se logeait de la sorte dans les parties des corps de

ses petits-enfants. Et on la déclara officiellement sorcière.

Chassée du village, elle se réfugia dans une hutte isolée dans la banlieue du

village. Nul ne lui venait en aide à part quelques sympathisants qui laissaient les restes

de leurs repas en route à leurs champs.

Près de la hutte se trouvaient plusieurs sentiers, mais au-delà de cela il n’y avait

que la brousse. C’était la raison pour laquelle la vieille dame commença à se méfier

quand elle aperçut une dense colonne de fourmis-magnans faire le va-et-vient depuis le

fourré derrière sa hutte. Elle fit part de son soupçon, mais elle reçut ce qui est dû à toute

sorcière parlant sérieusement : des huées.

« Pourquoi ne pas interroger ton pot de sorcellerie, » lui conseilla-t-on. « Il se

peut que deux ou trois de tes crapauds aient trouvé la mort prématurément en essayant

de s’enfuir. » Cela avait suscité un éclatement de rires.

Mais la vieille veuve persista, insistant à ce que le fourré soit fouillé. Voyant que

personne ne répondait, elle défia son isolement et s’amena au seuil de la maison du

doyen du village. La maisonnée fut bouleversée. Quoi d’autre pourrait résulter de

26
l’arriver d’une sorcière à l’aube devant votre porte, si ce n’est pas la malchance ? Mieux

vaudrait la satisfaire et se débarrasser d’elle. Alors il fut ordonné de procéder à la fouille.

Les jeunes, qui étaient chargés de faire cette fouille, étaient furieux.

« Si nous ne trouvons rien, nous la chasserons plus loin encore dans la brousse, »

menacèrent-ils.

Mais à peine furent-ils arrivés à la lisière du fourré qu’une odeur nauséabonde et

piquante les assaillit. La recherche prît de la ferveur. Puis ils tombèrent là-dessus : le

corps épouvantable d’une nouveau-née en décomposition.

Cela déclencha un véritable tumulte à Braha.

« Qui est-ce qui a fait cela ? C’était l’enfant de qui ? Quel acte abominable et

impardonnable ! Et pourquoi est-ce que les dieux ont permis cela ? »

« Crois-tu qu’elle était abandonnée déjà morte ? » se demanda quelqu’un.

« J’espère bien. J’ai horreur de considérer la possibilité qu’elle ait été

abandonnée là-bas alors qu’elle respirait encore, » répondit un autre.

« Que Dieu nous aide ! »

« Oui. Après cela c’était aux dieux de démasquer le coupable. Division du

travail! »

La communauté de Braha était trop petite pour avoir un commissariat de police à elle-

même, alors la police à Osiadan, le grand village voisin, fut informée. A son tour, elle fit

un rapport à la police régionale qui envoya rapidement deux policiers à Braha.

Au lendemain matin, les journaux nationaux et locaux avaient eu vent de

l’histoire et ils l’avaient présenté à la une :

27
«Est-ce que les dieux dormaient ? » se demanda un journal local. « Démasquez la

maman! Pendez-la ! » proposa un autre.

Mais deux journaux nationaux étaient moins sensationnel dans leur reportage :

« Pourquoi est-ce qu’elle a fait cela ? » se demanda le premier. « La maternité passe en

jugement ! » répondit le deuxième.

La recherche de la mère commença avec ferveur, et il fut vivement recommandé

à toute personne ayant une information quelconque de passer au commissariat le plus

proche.

Au milieu du vacarme, deux garçons pilleurs de poubelle qui fouillaient le dépotoir

comme d’habitude pour un quelconque qui puisse être utile, aperçurent un sac rouge en

plastique et firent un geste vif pour le saisir. A l’intérieur, ils trouvèrent un corsage

décoré de fleurs rose-blanc-jaune, une lingerie en nylon beige et un pagneb décoloré.

Tout était taché de sang et d’autres liquides dont les deux pilleurs de poubelle n’avaient

pas la moindre idée. Mais ils l’emportèrent tout de même car ils étaient tombés sur des

trouvailles en pires conditions qui se sont avérées utiles.

De retour à la maison, ils donnèrent leur trouvaille à leur baby-sitter qui avait dix

ans et était soeur d’un d’entre eux. Elle trempa les habits dans un seau d’eau et elle

attendit que sa mère revienne du marché à la maison afin qu’elle puisse avoir 200 cedis

pour acheter une savonnette pour les laver.

Deja, à ce moment-là, l’histoire du bébé abandonné s’était répandue à tous les coins et

recoins, déclenchant bagarres et disputes dans plusieurs camps. Soudain, le nom d’un

village oriental peu connu était sur les lèvres de chaque Ghanéen.
28
A la gare près du grand marché à Kumasi, ville où les deux pilleurs de poubelle

avaient fait leur découverte, un charron dont la joue gauche porte des marques tribales,

chargeait les ignames d’une femme. Il cria sans s’adresser à quiconque en particulier : «

Lorsque la mère sera démasquée, il faudrait que son utérus soit enlevé, coupé en deux et

présenté à elle pour être avalé avant d’avoir compté jusqu’à trois. »

« Oui ! » acquiesça un deuxième charron, avide de sang, tandis qu’il marchandait

avec une vendeuse de tomates. Il hurla, tout en montrant ses dents grièvement tachées.

« Et il ne faudrait pas qu’elle soit anesthésiée au moment où on lui enlève l’utérus. »

« Bêtises ! » dit la vendeuse de tomates qui en avait assez de ces absurdités

masculines. « Je peux prévoir que vous avez tendance à vous avérer aussi irresponsables

que l’homme qui engrossa la pauvre femme en premier lieu. »

« Madame ! Ah ! » fit le charron balafré, vraiment perplexe. « Qui a dit qu’il

était irresponsable ? Lui, qu’est-ce qu’il a à voir même avec l’abandon du bébé ? »

Cela infuria tellement la vendeuse d’igname qu’elle cracha juste aux pieds du

charron balafré. Il bouillit de dégoût.

La vendeuse d’ignames s’en est fichue.

« Zut alors ! » hurla-t-elle. « Tu crois que la mère a pris simplement place là, et

écarté les jambes pour que Dieu fourre le bébé dans le ventre d’en haut ou quoi ? »

« Oh ! » cria l’homme aux dents tachées, ne pouvant pas se taire.

« Oh ! Pourquoi ? Est-ce que mon frère a dit que ce n’était pas un homme qui l’a

engrossée ? Est-ce là le problème ? »

« Question pertinente, mon frère. Pose-la encore. » Un chauffeur de taxi qui gara

à coté et se délectait de maïs bouilli de et de coco salé, interrompit.

29
« Pourquoi est-ce que les femmes essaient toujours de renverser les situations comme

ça ? Le problème est de savoir pourquoi elle devrait mettre au monde un rien que pour

l’abandonner dans un fourré, et non pas… »

. « Tais-toi ! Tais-toi ! » cria la vendeuse de tomates. « Pourquoi est-ce que vous

les hommes, vous essayez de justifier les situations, juste pour vous soustraire aux

reproches ? »

« Echapper aux reproches ? Pardon madame ! » dit le charron aux dents tachées,

d’un air méprisant. Tournant au chauffeur de taxi, il dit, « Dis-moi, est-ce que tu peux

comprendre pourquoi chaque fois qu’il y a un problème relatif au sexe, les femmes

parlent comme si c’était les hommes seuls qui prennent plaisir à l’acte? »

Le chauffeur de taxi applaudit comme fou. « Combien tu as mis les doigts

dessus, mon frère ! » Cela davantage attira d’acclamations, ce qui dégoûta la vendeuse

de tomates.

« Cela ne mène nulle part, » lança-t-elle. Et elle déversa sa frustration sur son

charron. « Tu acceptes ce que je te propose ou nous deux nous n’avons aucune affaire à

traiter. »

« Pourquoi ? » hurla l’homme aux dents tachées. « Ah ! Tu es furieuse contre

moi à cause de ce que j’ai dit ? »

« Pourquoi est-ce que je dois l’être ? » répliqua-t-elle avec un sarcasme

caustique. « La maman du pauvre bébé, qui qu’elle soit, n’est pas une parente à moi,

alors pourquoi est-ce que je dois être furieuse contre toi à son propos ? Tout ce qui

m’intéresse, c’est de te payer le minimum possible pour transporter mes tomates. C’est

tout. »

30
Les charrons tous les deux de sexe masculin réalisèrent qu’il valait mieux ne pas

provoquer davantage leurs clientes toutes de sexe féminin.

« Alors, mon frère, que je ferme ma grande bouche, avant que ma madame-

cliente ici présente ne décide de faire transporter ses ignames par quelqu’un d’autre »,

railla le charron balafré.

Et tout le monde, y compris le chauffeur de taxi, rit.

Mais partout, il n’y avait pas de quoi rire. A une gare de taxi tout près du marché, le

désaccord entre deux chauffeurs de taxi sur qui est coupable, résulta en une bataille

réelle.

« C’est la femme ! » cria un chauffeur à tue-tête. Son cuir chevelu était si peu

couvert qu’on dirait que le créateur n’était pas d’humeur généreuse quand il travaillait

sur ses cheveux. « Ça doit être la femme. C’est toujours la femme. Ah ! Qui avait

commis le premier péché du monde ? »

« C’est l’homme ! » se mit en désaccord une vendeuse de « tiger-nut, »c une

jeune fille d’environ dix-sept ans. « Va voir ma soeur. Elle n’a que quinze ans et déjà

enceinte de son deuxième enfant. L’homme qui était responsable du premier avait

disparu aussitôt qu’on lui en avait fait part. Et ce dernier aussi, il était vraiment un

homme gentil jusqu’au moment de la grossesse. Et voilà ! Il a commencé lui aussi à

parler bizarrement: ‘ Ah ! n’était-il pas une seule fois que j’ai concrétisé avec toi ?’,

‘ Toutes les autres fois, ne me suis pas retiré avant de jouir ?’ « Puis il déclara que non,

non, non, c’est sûr qu’il n’était pas responsable. Alors, dis-moi, deux enfants à seize ans,

pas de mari ni de travail. Je t’assure, c’est une bonne raison pour abandonner son bébé,

n’est-ce pas ? »
31
« Alors, peut-être l’homme et la femme doivent en être tous deux, tenus

responsables, » contribua un passager dans une queue.

A ce moment, le vieux comptable qui, pendant tout ce temps–là était assis là

silencieusement derrière son bureau usé, dit calmement:

« Nous ne savons pas exactement ce qui s’est passé. Nous ne savons ni pourquoi

cela s’est passé ni comment. Il se peut que ce soit quelqu’un d’autre qui en est

responsable à part l’homme et la femme. Qui sait ? Peut-être même que c’est quelqu’un

parmi nous ici. Donc, ne commençons pas à juger qui est coupable et qui ne l’est pas.

Après tout... »

« Quoi ? Quoi encore, vieillard ? » dit un autre jeune chauffeur, un jeune homme,

qui ne pouvait plus se maîtriser. « Epargne-nous tes longues, vaines paroles, d’accord ?

Le problème est simple, alors pourquoi tourner autour du pot ? La femme était une

prostituée qui était devenue négligente; elle pensait que le bébé ruinerait ses affaires, et

ainsi elle s’en est débarrassée dans le fourré. C’est simple. C’est une chose terrible à

faire, et seule une putain, un démon, une Jézabel jusqu’aux ongles peut le faire. »

« Ou bien quelqu’un qui ne figure pas parmi les susmentionnés, » insista

calmement le vieux.

« Tu serais surpris d’apprendre les raisons pourquoi les gens font des choses pareilles. »

« Les gens font quelles choses ? » railla encore le deuxième chauffeur le plus

jeune. « Vieillard, ce que tu dis est toujours de la pure absurdité. Et dis-moi, pourquoi

même devons-nous t’écouter ? Est-ce que nous ne te connaissons pas ? A ton âge d’or,

quand l’agent de police avait fécondé la petite soeur de ta femme, est-ce que tu avais

attendu le ‘qu’est-ce que’ et le ‘pourquoi’ et le ‘comment ?’ N’avais-tu pas sommé tes

deux grands gaillards de fils à la caserne pour lui régler son compte ? Que je continue? »
32
A ce moment, le chauffeur aux cheveux clairsemés, qui avait parlé

premièrement, décida que non seulement le second chauffeur s’éloignait du sujet

principal, mais qu’il se montrait aussi impoli envers le vieillard.

« Quel rapport y a-t-il entre le problème de la belle-soeur du vieillard et cette

affaire, mon frère ? Ou bien tu veux le honnir pour ton plaisir ? » réprimanda le

chauffeur aux cheveux clairsemés.

Le second chauffeur était si déconcerté que son camarade chauffeur s’oppose

ainsi à lui.

« Tu veux te disputer avec moi ? D’accord, ce n’était pas pour mon plaisir;

c’était pour le plaisir de la tête de ta mère. Si malgré sa vieillesse et ses cheveux gris, il

ne peut pas parler raisonnablement, ne devrait-il pas être...? »

Baffe ! Le premier coup atteignit le jeune chauffeur en plein visage. Un autre

l’atteignit au nez et l’étourdit. Mais il reprit conscience rapidement, ou plutôt

l’imaginait, et déclenchait un coup de représailles très mal visé. Cela manqua sa cible, le

chauffeur aux cheveux clairsemés, mais cogna les lèvres d’un innocent passager qui

s’était arrêté à côté, perdu dans ses pensées. Le passager virevolta, étonné, confus et

saisit sa bouche sanglante d’une main. Qu’est-ce qui les a pris de l’amener dans cela ? Et

sans regarder, il rendit avec colère un coup brutal et furieux. Il n’avait ni vu ni ne se

souciait de quelle partie du corps frappait le coup. La personne qu’il avait cognée hurla

des obscénités, sentit son oeil gonflé et aussi laissa voler un coup. Alors des poings

commencèrent à voler librement. C’était une scène à laquelle assister.

C’était à ce moment-là que Mami Korkor, une vendeuse ambulante de poissons frais,

sortit très épuisée du marché, et se dirigea vers la maison. Mais en s’apercevant de la


33
mêlée générale, elle battit en retraite et emprunta le portail de derrière. Cela rallongea

son parcours à la maison, mais mieux valait cela que risquer un coup mal venu.

Son retour tardif avait mis sa fille Bibio en colère, donc quand elle a vu sa mère

de loin, elle est allée la rencontrer à mi-chemin de la cour où elles habitaient.

« Je ne faisais que m’arrêter ici pour t’attendre. Pourquoi ? Ne voulais-tu pas

retourner à la maison aujourd’hui ? » poussa-t-elle un rougissement de fureur à sa mère,

qui le jugea préférable de ne pas du tout essayer d’expliquer les choses. Et puis, d’une

manière même plus impolie, Bibio demanda- non, exigea 200 cedis pour une savonnette.

« Un savon pour quoi ? » demanda Mami Korkor d’un ton brusque.

« Ton fils et son ami, ils m’ont envoyé quelque chose du dépotoir, que je dois

laver », répondit avec brusquerie Bibio, la fille de dix ans qui apparaissait, réfléchissait

et parlait réellement comme une fille de quinze ans.

Mami Korkor dévisagea un bref instant sa fille, souhaitant désespérément avoir

les moyens de lui procurer une meilleure vie. Bibio, de sa part, ne cacha pas son mépris

de la vie dans laquelle elle est née. Quand l’occasion se présentait, elle ne manquait pas

de bien faire comprendre à sa mère qu’elle était la cause de leur vie pitoyable.

« Ils vont toujours faire les poubelles ? Ne t’ai-je pas dit de ne pas le leur

permettre? » La mère reprocha à sa fille, ce qui exaspéra davantage Bibio déjà furieuse.

Aussi furieuse qu’elle était déjà de sa vie, il lui suffisait seulement d’être reproché

ainsi. Et certainement pas de la personne qui l’a mise au monde dans la misère.

« Mami Korkor, » (c’était de cette manière qu’elle s’adressait à sa mère quand

elle était d’une humeur d’esclandre), « lequel des deux garçons ai-je mis au monde ? »

Sa mère fut décontenancée.

34
« Je n’aime pas le ton sur lequel tu parles, Bibio », avertit sa mère d’un ton

glacial.

Bibio gloussa.

« Tant pis. Tu devrais alors m’envoyer à l’école pour apprendre les bonnes

manières. Mais puisque tu m’as plutôt fait rester à la maison pour faire la mère à toi et

aux fils de ton amie - des garçons qui ne sont que de trois ans moins âgés que moi – à

quel autre endroit peux-je apprendre mes manières à part la rue ? »

Mami Korkor en resta bouche bée.

Et n’oublie pas, Mami Korkor, que même cette robe que je porte vient du

dépotoir.

Accablée par Bibio, Mami Korkor fut embarrassée. Elle savait que sa fille

grandissait dans les milieux des zonards, mais comment pourrait-elle changer la

situation ? Elle avait dû colporter des poissons du matin au soir pour gagner juste pour

nourrir elle-même et ses quatre enfants. Ils dépendent tous d’elle. Pas un sou ne venait

de leur père.

Mais Bibio avait un point de vue différent.

« Pourquoi, après avoir fait Nereley avec lui, tu avais continué à faire Akai, moi

ainsi que Nii Boi quand tu t’es rendue compte qu’il était irresponsable ? »

Mami Korkor conclut qu’elle aurait toujours tort dans l’esprit de Bibio. Elle lui

donna les 200 cedis.

Le lendemain matin, elle vit la blouse à fleurs fraîchement lavée, les dessous et le

pagne sur la corde à linge. Ils étaient anciens, mais toujours mettables. « C’est triste »,

pensa-t-elle, et elle maudit le père des enfants. Puis elle ramassa son plateau et se dirigea

vers le marché.
35

Dès lors, la police avait été débordée d’informations dont certaines s’étaient révélées

utiles. Deux ou trois journaux aussi avaient suivi certains des gros titres et avaient ouvert

leurs propres enquêtes. Ils proposaient des histoires diverses sur l’identité du suspect.

Pourtant un facteur commun parcourait toutes les histories: les habits qu’on avait

dernièrement vu porter la femme. Et quand Mami Korkor l’entendit, elle tressaillit, jura

trente fois, accabla Satan d’injures de lui avoir amené plus d’ennuis dans son arrière-

cour déjà en proie à des troubles, puis fit venir la vendeuse de manioc, la commère

principale du marché, et confia en elle qu’en fait l’habillement dont tout le monde

parlait, pendait en ce moment précis sur une corde à linge chez elle.

La vendeuse de manioc soutint sa réputation. Et Mami Korkor fut bientôt

entourée de conseillères de toutes sortes.

« Dépêche-toi à la maison et brûle-le, » proposa une vendeuse d’aubergines.

« Et avertis-les de ne pas dire à quelqu’un », ajouta la vendeuse de sel.

« Non, » se permit la vendeuse de gombo d’être d’un autre avis.

« Retourne-le au dépotoir ».

Mais Mami Korkor fit ce qui lui était venu en tête. Elle réunit son fils, l’ami de

son fils et Bibio, puis rassembla les habits et eux tous se dirigèrent vers le commissariat

de police.

Une fille, âgée d’environ seize ans, s’assit devant l’officier du jour, rongeant ses

ongles. Elle ne parlait pas le ga, en lequel Mami Korkor parlait à l’officier, mais elle

soupçonna clairement ce qui se passait.

Après qu’il eut noté la déposition de Mami Korkor, l’officier fit venir une

secrétaire pour la faire taper à la machine, et dit: « Nous vous sommes reconnaissants
36
d’être venue, madame. Nous faisons certainement des progrès. Et maintenant,

permettez-moi de vous présenter cette jeune fille-ci ». (Il indiqua la fille du doigt).

« Voici Akua, celle qui nous a donné l’indice essentiel à propos des habits. Elle vivait

avec une amie appelée Efia, qui s’en est allée brusquement un jour, portant ces mêmes

habits. Et au moment où elle quittait, elle était enceinte ».

37
2.2 Deuxième Partie (du roman)

2.2.1 Chapitre deux

Cela n’avait jamais été le rêve de Tika d’être toujours célibataire et sans enfant à l’âge

mûr de trente cinq ans. Ce n’était pas très amusant de vivre seule avec Efia, sa bonne,

dans une cité de deux chambres, et voyager fréquemment partout en Afrique à la

recherche des marchandises pour vendre au Ghana, ni était le fait de sauter au lit avec les

hommes de toute forme et taille pour le plus piètre des excuses d’affaires. Mais elle

semblait être prédestinée à un tel comportement – il y a plusieurs années où elle était

tombée amoureuse pour la première fois. Elle s’était tellement investie dans l’amour que

lorsque cela a mal tourné elle s’était jurée de ne plus se faire avoir. Elle devint

totalement indifférente à l’amour.

Il s’appelait Owuraku, et ils avaient tous deux dix-huit ans quand ils s’étaient

rencontrés. Ils venaient tous deux d’atteindre aussi le niveau d’études de seconde et ils

attendaient impatiemment le résultat du brevet d’études du premier cycle. C’était un

coup de foudre. Mais quand les résultats étaient déclarés, Owuraku avait réussi avec une

mention très bien et avait été reçu pour la classe de première, tandis que Tika avait

échoué lamentablement.

« Tu te présenteras à la deuxième session de l’examen ? » demanda Owuraku,

inquiet.

« Non ! » répondit Tika imperturbable.

Son attention était sur sa mère. Madame Sekyiwa, sa mère, était cent pourcent

analphabète, bourrée de fric et criblée de culpabilité. À l’âge de vingt-deux ans elle avait

commencé une affaire clandestine avec un homme marié et de vingt-quatre ans plus âgé
38
qu’elle. Sa femme était stérile et les rumeurs couraient que c’était le résultat d’un

avortement qu’elle avait eu quand ils sortaient ensemble. Puis Sekyiwa tomba enceinte.

Et l’homme sentit que son obligation envers le fœtus dépassait sa loyauté à sa femme.

Il l’abandonna.

« Je ne vivrai le reste de ma vie que pour toi et notre enfant », promit-il à

Sekyiwa. «Je te lancerai dans les affaires. Je vais t’enrichir. Je vais investir tout ce que je

gagnerai en toi. Ainsi un jour quand je serai vieux et que je ne travaillerai plus, tu

pourrais t’occuper de moi et notre enfant ». Alors aussitôt après la naissance de Tika il

pourvit à Sekyiwa un grand magasin rempli de textiles. Dès la troisième année, Sekyiwa

était devenue une des riches propriétaires de magasins au marché. Des jeunes, beaux

chercheurs d’or commencèrent à rivaliser les uns avec les autres pour obtenir son

attention. De toute façon, la libido de son époux diminuait, alors elle céda. Elle leur

donna de fortes sommes ; ils lui assurèrent de la satisfaction sexuelle. Elle était

évidemment satisfaite de la vie. Son mari l’avait mal interprété pour de l’amour ; son

cœur débordait d’affection pour sa jeune femme. Il l’embrassa et dit : « Maintenant que

nous avons atteint notre but, nous pouvons commencer à jouir de la vie », la regardant

tendrement dans les yeux.

Mais à sa surprise, Sekyiwa se moqua de lui avec mépris.

« Jouir de quelle vie ? Quelle vie y a-t-il à jouir avec une pine impuissante ? »

C’était ainsi que les disputes avaient commencé. Pas un jour ne passait sans

qu’ils ne se battent ou se disputent. Et la petite Tika assistait à tout cela.

Puis, il s’est passé un jour quelque chose. Tika était retournée de l’école et avait

trouvé la maison en tumulte. Tout le monde était en noir et pleurait. Sa mère l’avait prise

à part, lui avait expliqué ce qu’est la mort, et lui avait dit que son père était mort.
39
La petite Tika se rappelait les bagarres et les disputes entre ses parents

auxquelles elle avait assistées. Tous les hurlements et les cris venaient de sa mère ; les

supplications et prières provenaient de son père. Elle se rappelait les mains de sa mère,

lancées en direction du visage de son père en accord avec ses insultes. C’était son père

qui avait l’habitude de pleurer. Après une pareille dispute, Tika qui était adossée,

confuse contre le mur du couloir, avait vu sa mère sortir de la maison, la dépassant

comme un ouragan. Elle était allée trouver son père et lui avait demandé pourquoi il

pleurait. Il l’avait câlinée, et avait réussi quand même à avoir un faible sourire et l’avait

assurée qu’il ne pleurait pas, mais elle savait qu’il ne lui disait pas la vérité.

« Est-ce que maman t’avait battu ? » elle avait demandé.

« Non », son père avait répondu calmement. Comme s’il tirait sur les forces de sa

fille pour éviter d’éclater en sanglots, il l’avait serrée fort dans ses bras. Ce n’était jamais

nécessaire qu’on dise à Tika que son père était un homme très malheureux.

C’était même une évidence plus aveuglante, ces samedis libres-là où sa mère ne

l’emmenait pas au magasin. Durant ces jours, son père devenait une personne

complètement différente, jouant et riant avec elle. Il suffisait d’entendre le bruit de

l’arrivée de sa mère pour que la bonne humeur de son père disparaisse brusquement,

comme si la lumière de sa vie était éteinte rien qu’en appuyant sur un bouton.

Sa mère, en lui expliquant la mort, disait que son père était allé au ciel et ne

retournerait plus. Tika se demandait si sa mère l’avait envoyé au ciel parce qu’elle ne

voulait plus de lui. « Tu l’as fait mourir ? » demanda-t-elle à sa mère en toute innocence.

Sekyiwa était stupéfaite. « Comment peux-tu dire cela ? » reprocha-t-elle

prudemment.

« Parfois tu le faisais pleurer », dit Tika.


40
Sekyiwa était accablée.

« Tika, tu es trop petite pour comprendre comment ton père était mort »,

manoeuvra- t-elle, « mais un jour, quand tu seras assez grande pour comprendre, je

t’expliquerai. D’accord ? »

Tika hocha la tête. Puis, comme cherchant une affirmation catégorique, elle

ajouta, « Donc, papa ne reviendra plus ? »

« Non », répondit Sekyiwa.

« Qui va jouer avec moi le samedi si tu ne peux pas m’amener au magasin ? »

« Je vais chercher quelqu’un ».

« Pourquoi tu ne peux pas jouer avec moi » ?

« Parce que je dois gagner de l’argent pour m’occuper de nous ».

« Donc si tu finis de gagner de l’argent, tu vas jouer avec moi ? »

Mais avant que Sekyiwa ne puisse y répondre, on l’appela pour parler à la

nouvelle bonne qu’elle voulait employer pour s’occuper de Tika. La petite Tika

continuait d’attendre et d’espérer voir le jour où sa mère finirait de gagner de l’argent et

viendrait jouer avec elle.

Des années plus tard, Tika apprit que deux jours avant la mort de son père, il

avait essayé de se réconcilier avec sa première femme. Mais son ex-femme était

beaucoup offensée par cette démarche et lui avait lancé toute injure imaginable. Et elle

ne s’était pas arrêtée là.

« Enterre tout grain d’espoir que tu as pour une réconciliation possible dans un

trou d’un million kilomètres ! » avait-elle dit. « Et il faut t’assurer aussi qu’autant que

nous vivons tous deux, tu ne traverseras jamais mon pas ni marcheras sur mon ombre.

Même quand tu étais puissant et que tu m’avais quittée pour ton potage au poulet, est-ce
41
que je t’avais demandé de retourner ? Alors pourquoi maintenant que tu n’es qu’un

pitoyable bout de patate ! »

Elle lui lança qu’il serait affligé de lèpre, s’il désobéissait à ses avertissements, et

elle avait cassé six œufs crus à ses pieds pour solliciter les pouvoirs des dieux pour le

réaliser. Cela s’était avéré trop fort pour son cœur.

Tika n’avait pas tenu sa belle-mère pour responsable. Au contraire, tout ce

qu’elle avait en imagination était les mains de Sekyiwa et des injures lancées à la figure

de son père.

« Si tu ne l’avais pas abandonné, est-ce qu’il serait allé demander la

réconciliation ? »

Donc Sekyiwa avait toujours su que Tika rejetait la responsabilité de la mort de

son père sur elle. Elle essayait d’acheter son pardon. Tika trouvait du plaisir à voir sa

mère bouleversée. En quelque sorte, le désespoir de sa mère pour son pardon adoucissait

le souvenir de la tristesse remarquée dans le visage de son père la dernière fois qu’elle

l’avait vu. Elle acceptait en jubilant toute négociation financière que Sekyiwa lui offrait.

Que pouvait-elle avoir d’autre de sa mère, se demanda-t-elle. Et quand Tika avait échoué

à son examen, elle savait que tout ce qu’elle pouvait faire était de proposer un projet

d’affaires et Sekyiwa le financerait. Sekyiwa, pour sa part, voyait l’échec à l’examen de

Tika comme une occasion pour montrer sa responsabilité ; c’était une occasion pour

acheter le pardon de sa fille. Elle offrait son aide spontanément pour de meilleurs

résultats. Un matin elle réveilla sa fille avec une proposition :

« Je veux te lancer dans les affaires ».

« Un magasin ? » demanda Tika.

42
« Non. Mais je te ferai avoir un entrepôt. Tu vas faire entrer des marchandises

des pays avoisinants. Des propriétaires des magasins achèteront en gros de toi ».

Sekyiwa avait demandé à une amie qui était déjà dans les affaires de donner une

connaissance de base à Tika. Puis elle signa un chèque contenant beaucoup d’argent à

Tika comme capital.

« Alors maintenant, suis-je pardonnée ? » demanda-t-elle lorsqu’elle le lui avait

remis.

Tika regarda le chèque, puis sa mère, et marmonna quelque chose. Sekyiwa

continuait à la regarder avec l’air d’attendre quelque chose. Comme Tika ne disait

toujours rien, le découragement s’empara de Sekyiwa. Quoi d’autre pourrait-elle faire ?

Si cette générosité avait aussi manquer de faire une forte impression sur Tika, alors peut-

être la meilleure des choses à faire était d’attendre que Tika elle-même décide quand la

pardonner. Sekyiwa laissa reposer sa culpabilité.

Obsédée à prouver sa réussite malgré son échec scolaire, surtout à Owuraku, Tika

investit tout dans ses affaires – son intelligence, son énergie, sa dignité. Et elle réussit.

Le temps où Owuraku avait fini la terminale et allait à l’université Tika fournissait tous

ses besoins.

« Tu as de la veine ! » se moquaient ses camarades jaloux au début.

Cela gonfla l’amour propre d’Owuraku. Puis il parvint aux oreilles des amis

d’Owuraku qu’il payait le prix de sa bonne chance à son insu. Il avait dû partager Tika

avec d’autres hommes, quelque chose dont ils étaient sûrs qu’Owuraku n’avait aucune

idée. Et ils n’étaient plus si jaloux de lui. En effet, ils décidèrent de le mettre au courant.

Après tout, pourquoi étaient-ils amis ? Ils firent venir Owuraku.


43
« Mon vieux ! » dit l’un en le tapota dans le dos. « La façon dont ta copine est

devenue ton fournisseur, elle pourrait récupérer ta masculinité tandis que tu n’as aucune

autorité du tout sur sa féminité. Tu piges ? Rien n’est gratuit, n’est-ce pas ? »

Avant que Owuraku ne puisse déchiffrer ce qu’il disait et y répondre, un

deuxième ami parla au premier d’un ton brusque, « Il ne faut pas tourner autour du pot,

mon vieux ! Parle directement ! ». Et faisant face à Owuraku, il dit sans ménagements,

« Il s’agit de ta copine. Tu piges ? Mauvais propos ! »

« Comme quoi ? » demanda Owuraku.

« Comme… »

Et Owuraku écoutait douloureusement les commérages au sujet de Tika qu’on

dirait que tout le monde avait entendu, à part lui. Il avait aussi remarqué la joie avec

laquelle ses amis lui en avaient parlé.

Stupéfait, furieux, et se sentant à la fois avili et humilié, il alla plus tard chercher

Tika. Il la trouva complètement épuisée, écroulée dans un fauteuil, venant juste d’arriver

d’une tournée de ses débiteurs. Owuraku se lança directement à l’attaque.

« Quels sont ces vilains bruits qui courent que tu couches avec tout le monde ?

Propriétaires de magasins, directeurs d’agences bancaires, douaniers… ? »

Il pensait que Tika allait fondre en larmes et demander pardon. Au contraire, elle

parla sur la défensive d’un ton brusque, « Est-ce que je fourre mon nez dans tes

méthodes d’études ? »

Tika était accablée par les événements. Comment se fait-il que ces choses ne

peuvent jamais restées sans être dévoilées, se demanda-t-elle ? En effet, jusqu’à ce

qu’elle n’y soit rentrée, elle ne s’était pas rendue compte que les affaires pouvaient

comporter tant de frictions. Il lui avait fallu quelque temps pour comprendre qu’afin de
44
rester dans les affaires et avoir de bons résultats il fallait consentir. Et il lui fallait avoir

de bons résultats car elle voulait prouver, surtout à Owuraku, que son échec était

seulement au niveau de son examen. Par exemple, quand elle avait commencé les

affaires, elle pensait que les femmes qui importaient les marchandises pour vendre au

Ghana payaient tous les droits de douane à la lettre. L’amie de Sekyiwa, qui lui avait

donné des cours particuliers dans ses affaires, n’avait rien dit pour la désillusionner. Ce

n’était que quand elle (Tika) y était rentrée qu’elle (Tika) s’était rendue compte que les

profits reçus des importations étaient négligeables si tout droit de douane était payé

jusqu’au dernier jeton. Certains douaniers acceptaient des pots-de-vin en espèces en

échange des tarifs douaniers réduits, mais ceci ne s’appliquait pas à Samuel, le chef

douanier à la frontière, quand l’intéressée était justement jeune et jolie. Il rejeta l’offre

d’argent de Tika et indiqua de façon obscène que ce qu’il voulait d’elle était l’acte

sexuel. Elle avait besoin de son aide, alors elle avait consenti.

Il y avait d’autres aussi, mais comment aurait-elle pu expliquer cela à Owuraku ?

Les maris d’autres femmes faisaient semblant de ne pas être au courant. Les affaires

étaient les affaires. Un point c’est tout, car s’ils intervenaient et les femmes arrêtaient

leurs cabrioles, les affaires diminueraient et l’argent cesserait de rentrer. Mais Owuraku

n’était pas comme ces autres hommes. Il était étudiant en licence avec l’orgueil et des

perspectives d’avenir. Pour Owuraku, l’argent était bon, mais pas à tout prix. Et cela

était le point que Tika avait manqué.

Owuraku choisit un plan de sortie de la liaison. Dans son cœur, il en avait fini

avec Tika, mais il avait décidé de ne pas le lui dire immédiatement. Il la laisserait croire

que la liaison se tenait toujours, et il continuerait à bénéficier financièrement d’elle

jusqu’à ce qu’elle se rende compte que c’était fini entre eux. Ensuite, il choisit une
45
copine au campus. Quand Tika en avait entendu parler, elle avait refusé de croire et elle

confronta Owuraku. Il n’avait pas nié. Mais Tika n’abandonnerait toujours pas. C’était

une réaction contre la peine qu’elle lui avait faite, se dit-elle. Elle engagea une enquête

dans les origines de sa rivale, elle apprit qu’elle était d’une famille pauvre, et elle se

convainquit même davantage que les choses s’arrangeraient d’elles-mêmes au bon

moment. Owuraku se rendrait compte que la fille n’avait rien à lui offrir.

« Comment peut-elle même essayer de me succéder ? Qu’est-ce qu’elle a à offrir

à Owuraku ? L’argent incarne le pouvoir. Pas les livres. » Et elle combla Owuraku avec

plus d’argent et de cadeaux.

Cela devait lui faire renoncer à cette « erreur »-là, s’assura-t-elle. Mais Owuraku

avait senti sa frustration. Et il était toujours enragé. Alors, avec l’idée de vengeance il

acceptait tout ce qu’elle lui donnait - et il en passait à sa pauvre amante du campus.

Le jour de jugement arriva quand il avait terminé ses études.

« Quand est-ce que tu feras venir tes parents pour voir mes parents pour célébrer

les rites de mariage ? »

« Quand j’aurai trouvé un emploi et j’aurai économisé assez pour financer la

dot, » répondit Owuraku.

« Pourquoi attendre si longtemps ? Je fournirai l’argent, » proposa Tika.

« C’est scandaleux ! » dit-il d’une voix rageuse, faisant semblant d’être

étonné. « Seule une femme éhontée, et désespérée qui voulait un mari pour le plaisir

d’acquérir le titre d’une femme mariée, ferait cela. As-tu incinéré tout ton orgueil et ta

dignité ? »

Tika soupçonna de la vengeance.

« Tu m’insultes exprès ? »
46
« Comment peux-je le faire ? » railla Owuraku. « Comment est-ce que j’ose le

faire ? Mais crois-moi, mes parents disent toujours qu’une femme comme toi ne vaut

jamais grand-chose. On n’achète pas le statut d’épouse – on l’acquiert ».

Tika n’avait pas besoin de plus d’injures. Elle abandonna Owuraku et s’en tint à

quatre amants utiles et attirés. Samuel, le fils d’un pasteur apostolique, était son douanier

à la frontière Ghana – Togo. Riad, le métis, était un propriétaire de magasin avec

plusieurs débouchés. Et à travers Eric, l’artiste qui tire le diable par la queue, elle resta

sur la liste des clients favoris de la banque commerciale gérée par son frère aîné. Mais

c’était M. Attui, un propriétaire d’usine, qui l’aidait à avoir des taux de crédit

intéressants sur les marchandises qu’elle achetait, qui était sa seule erreur.

Samuel, Riad et Eric avaient tous une femme, et portaient des anneaux de

mariage, et parlaient orgueilleusement de leurs femmes et enfants, et voulaient le désir

sexuel de Tika. Attui, cependant, avait deux femmes avec une totalité de douze enfants

entre elles, et deux concubines. Il insultait toujours ses femmes, et avait laissé tomber

les deux concubines quand il avait rencontré Tika et n’avait pas hésité à désirer

d’épouser plus de femmes et augmenter le nombre de ses enfants.

« C’est un grand honneur quand un homme meurt et dans la nécrologie, on lit

«veuves ». Et quand les noms de tous ses enfants entrent dans une ou deux lignes, où en

réside la gloire? Dix lignes – ça c’est quelque chose ! »

Pour quelque raison Attui pensait que Tika souhaiterait être sa troisième femme ?

« Continue seulement de me faire ça bien, » il gémissait au cours de leurs

rapports sexuels. Perdu en extase, il insultait ses épouses comme des femmes idiotes

ayant des corps insensibles.

Puis Tika tomba enceinte.


47
A qui appartenait la grossesse ?

Elle fit quelques calculs et se décida que cela devait appartenir à Attui.

« J’ai besoin d’argent pour un avortement, » lui dit-elle.

« Tu es enceinte ? Bon Dieu, Tika ! Non ! Pas d’avortement. Je t’épouserai

comme ma troisième femme. Hein ? Heureuse ? »

Tika, consternée, était même plus dissuadée par la mémoire du mariage de ses

propres parents. Elle n’aimait pas Attui et elle savait très bien quel genre de femme elle

serait pour lui au cas où elle resterait avec lui dans un mariage sans amour. Le

lancement des mains de Sekyiwa au visage de son père était toujours une image vive

dans son esprit. Elle ne voulait pas devenir comme sa mère.

« Attui, garde ton argent. Je n’ai pas besoin de ça. Mais à partir d’aujourd’hui

garde tes distances. Et oublie d’avoir jamais eu des rapports sexuels avec moi ».

Attui était abasourdi. Puis il devint désespéré. Comment pourrait-il laisser partir

Tika? Dites donc! Où pourrait-il avoir de tels rapports sexuels satisfaisants ? Il se

tourna vers Sekyiwa, la mère de Tika, et sollicita désespérément son aide pour

convaincre Tika à changer d’avis. En fait, Sekyiwa méprisait Attui. Attui ne savait pas

ceci parce que Sekyiwa était très gentille envers lui chaque fois qu’il rendait visite à

Tika. Mais Sekyiwa décida de parler à Tika pour une raison différente.

« Attui était venu me voir hier », commença-t- elle. « A propos de ta condition.

Mais mon souci n’est pas au sujet de sa demande en mariage. Tu ne deviens pas de plus

en plus petite, ma fille. Tes affaires sont devenues l’essentiel de ta vie, donc tu as tenu

d’autres choses importantes en échec. Et je m’inquiète que tu te réveilleras un jour juste

pour réaliser que c’est trop tard pour faire d’autres choses ».

« Comme quoi ? »
48
« Comme avoir des enfants. S’il te plaît, Tika, je te conseille vivement, garde

cette grossesse. Comme moi, il se peut que ce soit la seule que Dieu est disposé à te

donner. Nous allons nous en occuper ensemble. Nous n’avions pas besoin d’un homme.

Je vais réduire mes activités commerciales et être là pour cet enfant. Moi et toi, nous

semblons accumuler seulement la richesse sans penser à qui nous allons la léguer ».

Tika pensa à son défunt père. Et à Kataso, la pauvre collectivité rurale à l’est

d’où il venait. Comme la plupart des villages au Ghana, le village avait perdu les plus

prospères de ses enfants aux villes, et ses enfants ne retournaient pas très souvent pour

aider ceux qu’ils avaient laissés là. N’y a-t-il personne à qui léguer sa richesse ?

« C’est faux, maman. J’y réfléchis depuis un certain moment. Je la lèguerai au

peuple de Kataso », railla-t-elle.

Pour Sekyiwa ceci confirma son pressentiment depuis le début. Elle ne pouvait

jamais acheter le pardon de Tika. Cela devrait venir de Tika elle-même.

« Va aligner ta richesse sur leurs routes ! » Continua Tika. « Après tout, ne

venait-elle pas d’un de leurs enfants célèbres ? Maman, je ne vais pas garder cette

grossesse. Cela me fera faire aux femmes d’Attui ce que tu avais fait à la première

femme de papa. Et si l’enfant grandit pour être pour moi ce que je suis devenue pour toi

? Je sais que tu n’es pas fière de moi. Je ne suis aucune bénédiction pour toi. Je ne te

reproche pas seulement la mort de mon père. A l’intérieur ici », indiquant son coeur du

doigt, « je te reproche aussi la perte d’Owuraku. Tu m’as élevée pour apprécier l’argent

au-dessus de tout autre chose. Alors, tu vois, Owuraku et moi, nous aurions pu déjà

nous marier – et donnerions naissance aux petits enfants dont tu as désespérément

besoin ».

49
« Je ne devais pas me mêler de ce qui ne me concerne pas, » dit Sekyiwa à Tika,

« Je devais savoir comment je suis indigne même de te suggérer quelque chose. Mais

oui, j’ai besoin désespérément d’un petit enfant. Donc, je t’en prie toujours. S’il te

plaît, il faut reconsidérer la décision d’avorter cet enfant. Je t’en prie ».

Mais Tika n’avait pas changé d’avis. Elle termina la grossesse.

Sekyiwa était anéantie. « Enfant égoïste et égocentrique ! » dit-elle avec

amertume. « Je ne serai plus hantée par ce que je t’ai fait subir. Tu dis que je suis une

meurtrière d’avoir abandonné un homme qui avait abandonné quelqu’un d’autre ?

Comment dois-je t’appeler toi aussi, hein ? Je t’ai payé les conséquences de mes actes,

ma fille. Tout. Je dois payer à Dieu mon créateur quelle que soit la dette qu’il me reste

à payer ».

Cette nuit-là Tika décida que le moment était venu de quitter la maison de sa

mère.

50
2.2.2 Chapitre trois

Kataso.

Son père l’appellerait de venir s’asseoir à coté de lui dans le divan du salon, ses

pieds étendus sur la table basse, et dirait avec passion, « C’est là où mon cordon

ombilical était enterré, Tika. Alors, si je meurs, ramène-moi là ».

Tandis que cela se passait Sekyiwa serait loin dans une chambre d’hôtel, jouant

un jeu de passion à elle-même avec un jeune amant.

Kataso, un village dans les collines de l’est, n’avait pas d’eau potable, pas

d’électricité, pas de centre de loisir, rien. Le chef seul possédait un poste de télévision –

ancien, noir et blanc, et complètement en panne. Il n’y aurait aucun courant pour le faire

fonctionner, même si cela marchait. Il se trouvait au palais pour servir de décoration.

Une minorité favorisée qui, parfois avait les moyens d’acheter des piles, possédait des

radios programmées à l’avance, le genre importé de la Chine dans les années 1960; elles

étaient programmées définitivement sur la seule chaîne qui était disponible à l’époque.

C’est donc la raison pour laquelle l’amour restait le seul loisir vraiment

abordable à Kataso. Tout un chacun – les jeunes, les vieux, ceux d’âge mûr et les

immatures – se le permettaient librement rendant les deux sages-femmes les plus

occupées des professionnels du village.

Les jeunes hommes, ne pouvant plus supporter cette vie terne et triste, partaient

pour Accra, Kumasi et Takoradi pour travailler comme des cireurs de chaussures, des

charrons ou des vendeurs ambulants d’articles tels que pop-corn, colliers de chiens et

désodorisants pour voitures le long des rues les plus populaires de la ville. Parfois,

certains étaient flanqués à la porte, sur l’ordre du chef, pour cause de méfait. Un jour à
51
l’aube, on entendit crier l’annonceur du palais : « Ecoutez, oh écoutez, vous les bons

habitants de Kataso. Le chef m’a demandé d’envoyer ce message à vous tous. On a

demandé à Kofi Akorti de quitter ce village immédiatement. Mama Ama Mbroo avait

rapporté qu’il avait fécondé sa fille âgée de 14 ans. Cela amène à douze le nombre de

jeunes filles que Kofi Akorti a fécondées jusqu’à présent à Kataso. Dans l’intérêt du

village, Akorti est banni du village, selon le chef, afin de l’empêcher de féconder encore

douze filles ».

En revanche, des parents ou des connaissances dans les villes envoyaient

chercher les filles pour travailler comme des bonnes et des baby-sitters, bien que

beaucoup d’entre elles finissaient par devenir des vendeuses d’eau glacée et des

prostituées.

Un jour, il y a quatre ans, Akua, frustrée et brûlant d’envie de quitter Kataso,

mais sans aucun espoir d’être embauchée, avait fait ce qu’une seule fille avant elle avait

fait: elle avait quitté la maison pour une destination inconnue, sans dire un mot à

quelqu’un.

Sa mère pensait qu’elle allait chez des amis. Ceux qui l’avaient vue se diriger

vers la périphérie de Kataso supposaient qu’elle était envoyée.

Alors, Akua s’en alla, sortit de Kataso, continua à travers Braha, le village

voisin, arriva à Osiadan, et marcha à travers la ville pour se placer sur l’autoroute

Accra–Kumasi, armée seulement de sa détermination d’arriver à la ville.

Pendant presque trois heures elle s’était arrêtée au bord de la route demandant à

être prise en stop. Finalement, le camion d’un entrepreneur s’arrêta.

« Où vas-tu ? » demanda le chauffeur avec brusquerie.

« Kumasi ».
52
« Tu as l’argent pour me payer ? »

« Non ».

Il grogna. « Donc tu ne vas pas me payer ? »

Akua déboutonna son chemisier. Les yeux du chauffeur flamboyaient de

consentement. Elle enleva son slip. Il eût un grand sourire, et arrêta le camion dans un

virage isolé.

« Mais ne me féconde pas, » avertit Akua.

« Je ne le ferai pas », et il couvrit les bouts de ses seins avec ses lèvres. Il les

lécha et caressa son corps. Akua aimait cela et lui faisait la même chose. Quand c’était

fini, le reste du voyage avait continué dans un silence stupéfiant. Le chauffeur la déposa

à la gare ferroviaire quatre heures plus tard.

« Je suis sûr que tu trouveras de l’aide ici », l’assura-t-il. Et il s’en est allé.

Akua en avait trouvé. Il y avait plusieurs jeunes filles ici travaillant comme des

porteuses, qui avaient fui le village pour chercher des cieux plus cléments, juste comme

elle.

« Le village d’où je viens, quand deux femmes se disputent, vous savez comment

elles s’insultent ? ‘Qui t’a dit que tu peux te comparer à moi ? Combien de tes enfants

sont dans la ville ?’ Alors quand j’ai dit à ma mère que je voulais quitter, elle m’a donné

immédiatement sa bénédiction », révéla une fille.

Puis une autre: « C’est la même histoire, d’où je viens. J’ai appris que quand ma

mère avait reçu la bouteille thermos et la lanterne que je lui ai envoyées le mois passé la

moitié des villageois lui ont rendu visite pour y jeter un coup d’oeil et faire des

comparaisons ». Des soupirs furent poussés après cette parole.

53
C’était un mois après l’arrivée d’Akua. Elle s’était habituée dans son travail de

porteuse et elle était devenue plus ouverte et plus cordiale avec ses amies. Alors elle

avait aussi quelque chose à dire: « Quant à Kataso, le moment très attendu était quand

les citadins y retournent pour la fête d’igname. La maisonnée qui comprend le plus

grand nombre de personnes revenues de la ville reçoit plus d’attention. Et quant à la

danse à la « Quebec Inn … »d

« Qu’est-ce que c’est ? » demanda quelqu’un.

« Un centre de loisir à Osiadan. La danse qui couronne la fête est appelée

«showtime,» car c’est le moment où les personnes qui sont de retour mettent leurs

meilleurs habits et rivalisent l’une avec l’autre. Je ne peux pas croire que je puisse être

une d’entre elles cette année ».

Et pour le reste du jour Akua ne pouvait pas s’empêcher d’y penser. Qu’est-ce

qu’elle pouvait acheter pour sa famille ? Certainement, pour sa grand-mère, un pot de

chambre en plastique aux couleurs vives et une poire de lavement fabriquée en Chine.

Mais sa mère ? Qu’est ce qu’elle pouvait lui acheter ? Peut-être …

« Eh, Akua ! Arrête de rêver ! Tu ne peux pas voir ton client là-bas ? » cria

quelqu’un, interrompant sa rêverie.

Elle se leva précipitamment. Si elle allait satisfaire sa famille au village, alors,

Dieu sait qu’elle aurait besoin de tout jeton. Et elle se précipita pour aider la femme qui

venait par là chaque semaine pour acheter des oeufs à vendre à Nkawkaw. Elle passa les

quarante minutes suivantes à transporter les caisses délicates d’oeufs dans le train et elle

reçut un gros pourboire. Quand elle avait rejoint ses amis, son attention était toujours

sur la vendeuse d’oeufs.

54
« Qu’est-ce qu’il y a ? Est-ce qu’elle était mesquine avec toi ?

« Pourquoi ? » demanda Akua distraitement.

« Tu la regardes fixement avec un regard bizarre ».

« Pas elle. C’est sa tresse de mèche. N’est-ce pas que c’est merveilleux ? C’est

ce que je vais me faire faire pour la fête de Kataso ! »

La vie d’une porteuse à Kumasi n’était pas ce qu’une personne normale

appellerait la vie. C’est la survie. Mais Akua savait qu’au jour de la fête d’igname,

l’adulation qu’elle recevrait à Kataso adoucirait sa souffrance et son humiliation.

Comme ses camarades, Akua n’avait pas de maison régulière. Elles vivaient

toutes dans des maisons inachevées, quand les travaux d’achèvement commençaient,

elles quittaient. Grâce à des pots-de-vin et de rapports sexuels, les travailleurs aux

chantiers de construction leur informaient de la prochaine place à occuper. Puisqu’elles

y habitaient illégalement et les propriétaires des constructions parfois s’arrêtaient en

passant, elles ne permettaient rien qui pouvait trahir leur présence. La préparation de

repas était hors de question; elles achetaient à manger strictement au bord de la rue.

L’eau gardée dans des réservoirs pour les travaux de construction suffisait pour leur bain

et leur lessive. L’eau potable était achetée et conservée dans des bouteilles en plastique,

et la brousse voisine était leur lieu de défécation.

C’est ce qu’il a fallu à Akua pour mériter d’être bientôt une des personnes à

envier – une personne qui est retournée.

Au village pour la fête cette première année-là, Akua avait ébloui sa famille avec

des histoires sur les feux de signalisation, les autoponts, le dernier cri en matière de

voitures et des événements exotiques tels que les visiteurs musiciens. Et finalement,

quand le moment de ‘show time’ était arrivé, elle s’était jointe fièrement à la foule de
55
personnes qui étaient retournées, pour aller à Osiadan. Les filles rayonnaient dans leurs

modèles extravagants de «kaba»e et les jeunes hommes apparaissaient branchés dans

leurs jeans amidonnés, leurs chaussures à grosses semelles, leurs T-shirt d’occasion,

exhibant des slogans comme «Chicago Bulls»f et «Wacko Jacko »g avec de bizarres

coiffures de travers pour couronner le tout.

Ma petite fille! Le visage de la grand-mère d’Akua rayonnait de fierté au

moment où elle la regardait arrêtée dans la simple embrasure de sa porte.

Durant sa deuxième visite au village pour la fête, Akua qui dansait avec un mec

en T-Shirt gris ruisselait. A l’avant, en caractères gras et rouge, se lisait « Je suis assuré

par la Mafia » ; à l’arrière était « Si tu me cognes, on te cogne ». C’est le moment où

elle avait aperçu Efia. Elles étaient des amies d’enfance mais durant sa visite précédente

Akua ne l’avait pas rencontrée. Efia semblait pitoyable, en entrant dans la Quebec Inn

portant une robe froissée et tenant deux oranges pelées. Quand Akua l’avait appelée,

elle avait sursauté.

« Est-ce que c’est vraiment toi ? Je n’aurais pas pu te reconnaître. Tu as

complètement changée ! » Et elle ne s’arrêtait pas d’apprécier le charme d’Akua.

« Qu’est-ce que tu fais ? demanda Akua ».

« Je vends des oranges dehors », répondit Efia.

Akua lui acheta toute une bouteille de Coca Cola. Efia fut électrisée. « Je veux

venir aussi à la ville », lui confia-t-elle.

« Viens alors », lui conseilla vivement Akua.

« Je viendrai. A moins que quelque chose ne se passe », déclara Efia. Elle

semblait être très déterminée.

56
2.2.3 Chapitre quatre

Quelque chose s’était vraiment passé.

Parmi les natifs de Kataso ayant du travail officiel et le confort d’un foyer à

Accra, dont le père de Tika, était une dame appelée « Teacher »h en raison de sa

profession. Et elle avait atteint le niveau où elle était mariée parce qu’elle était adoptée

par une parente qui était mariée à un homme d’Accra. Au début, elle avait l’intention de

prendre Teacher pour bonne, mais son mari bienveillant avait reconnu la capacité de la

petite fille et avait dit à sa femme qu’il voulait l’inscrire à l’école.

« Est-ce que tu n’attends pas trop d’elle ? » demanda la femme à son mari. « La

fille a presque onze ans et les enfants à qui tu veux qu’elle se joigne au cours primaire

un, sont âgés de six à sept ans. Non seulement aura-t-elle du mal à s’intégrer, elle ne

sera même pas acceptée ».

Mais elle était acceptée.

« Elle a un peu plus de sept ans », le mari mentit à la directrice de l’école en

gardant son sérieux.

Le directeur gloussa cyniquement « Bien sûr », dit-elle. « Et vous semblez vous

aussi avoir juste un peu plus de douze ans ! » En lui lançant un regard méfiant.

Mais le mari s’était préparé à l’avance.

« Je comprends votre scepticisme », consentit-il, « mais c’est un problème dans

leur lignée. A cause de leur taille, il y a une plaisanterie dans leur village, que leur

grand-père avait cueilli une noix de coco en s’arrêtant seulement sur un tabouret. Le

frère qui vient après elle a un peu plus de six ans … mais je le ferai venir pour que vous

voyiez ce que je veux dire ».


57
Le garçon en question était le fils d’un ami, et avait douze ans. La directrice lui

lança un regard douteux. « Les mensonges doivent vraiment être un problème dans la

famille », grogna-t-elle. Et elle inscrivit l’enfant.

« Maman de classe! » s’en moquèrent ses camarades de classe.

« Madame d’école ! » taquinèrent ses maîtres.

Mais encouragée par son père adoptif, la fille persista et réussit jusqu’à l’école

normale supérieure.

Après l’obtention de son diplôme, elle resta à Accra pour enseigner. Elle

entretînt des liens avec les habitants de Kataso, leur rendant visite au moins une fois par

mois et participant chaque année à la fête d’igname. Si les habitants de Kataso

pouvaient profiter pleinement de la connaissance acquise de Teacher et la récompenser

équitablement, peut-être serait-elle même retournée définitivement au village. Elle avait

quinze ans quand Tika était née et ses sentiments pour les habitants de Kataso n’avaient

jamais diminué. C’était parce qu’elle était née dans la hutte d’une sage-femme

traditionnelle dans le village, et son cordon ombilical était mis dans une calebasse et

enterrée par sa grand-mère dans la terre rouge du village, comme le père de Tika. Par

contre, Tika était mise au monde dans un hôpital dans la ville et son cordon ombilical

était passé dans le système d’égouts avec nombreux autres.

A cause de sa position, Teacher était souvent chargée de chercher pour les jeunes

filles de Kataso des fonctions de bonnes auprès des familles à Accra. D’habitude, il y

avait une garantie que la formation de couturière ou de coiffeuse serait financée après

que la fille aurait servi pour quatre ans. Pour cette raison, Teacher était très bien connue

parmi les natifs de Kataso vivant à Accra, y compris Tika. Avant la naissance de Tika,

Teacher connaissait son père et sa première épouse qui était aussi originaire justement
58
de Kataso. Et comme la plupart des natifs de Kataso vivant dans la ville, Teacher avait

suivi avec un intérêt vif, les rumeurs et les commérages se rapportant à l’histoire de

l’abandon par le père de Tika de sa première épouse pour Sekyiwa, qui n’était pas de

Kataso. L’allégeance de Teacher, bien sûr, était à la première des deux épouses.

Comme la plupart des villageois, avec qui elle discutait ces développements, quand cette

première épouse avait éconduit les tentatives de réconciliation du père de Tika, elle la

soutenait davantage. Quand l’homme était mort à cause du snobisme de la première

épouse, Teacher et tous le natifs de Kataso, tout comme Tika, en avaient reproché à

Sekyiwa plutôt qu’à sa première épouse.

« Ne pas être originaire de Kataso est une chose », dit-elle, « mais causer la mort

d’un de ses fils, et un immense chagrin à une de ses filles, en est une autre. Les

habitants de Kataso ne peuvent jamais la pardonner ». Mais Teacher ne méprisait pas

Tika à cause du simple fait que le sang de Kataso coule dans ses veines.

Néanmoins, à ce jour humide et chaud quand le messager de l’école était venu

dans la classe lui dire qu’elle était attendue dans la salle des professeurs, et qu’elle était

rentrée voir Tika, elle s’était dit immédiatement qu’il y aurait eu une erreur quelque part.

Tika, se rendant compte de la manière dont Teacher était déconcertée, ne lui avait même

pas donné l’occasion de la saluer.

« Je suis venue au sujet d’une bonne. J’en ai besoin. Quelqu’un de la famille de

mon père. C’est pourquoi je suis ici ».

Teacher ne pouvait pas se tenir parfaitement débout sur ses jambes. Elle s’assit.

« Puis-je m’asseoir aussi, s’il vous plaît ? Je me sens assez épuisée », demanda

Tika.

Teacher présenta précipitamment ses excuses et fit signe à Tika de s’asseoir.


59
« Je ne pense pas que quelqu’un à Kataso aimerait que sa fille vienne servir et

vivre avec votre mère. Peu importe l’empressement avec lequel les gens profiteraient de

l’occasion de faire échapper leur fille du village, cela ternirait la réputation de cette

famille-là. Ils auraient à vivre toujours avec la culpabilité et la honte d’avoir cédé à

l’ennemi ».

Tika commença à se sentir un peu faible. Elle était en bonne santé quand elle

s’était mise en route. La sensation d’être dans les vapes avait commencé sur le chemin,

mais elle avait décidé quand même de venir et en finir avec l’affaire. Le franc-parler de

Teacher démontrait clairement l’ampleur d’animosité à Kataso envers Sekyiwa, et cela

semblait aggraver les vertiges.

« La fille ne va pas servir ma mère », Tika retrouva son style. Elle va vivre avec

moi. Et je suis à moi-même maintenant ».

Teacher était heureuse d’apprendre cela, mais, merde ! quelqu’un ferait une

scène de tous les diables!

« Il y a beaucoup de jeunes filles qui errent dans les rues ici à Accra, qui

sauteraient joyeusement sur l’occasion d’un bon abri, et la garantie d’au moins un repas

substantiel par jour ».

« Ça c’est vrai », consentit Tika, mais je veux que la personne soit de la famille

étendue de mon père ».

Son obstination rendit Teacher perplexe.

« Pourquoi? » demanda-t-elle.

« Parce que si je suis assez chanceuse de me trouver dans la position d’améliorer

la vie d’une personne, je le considère mon obligation de le faire pour quelqu’un venant

60
de la lignée de mon père. De cette façon je rendrais, à ma manière une partie de ce que

ma mère doit à mon défunt père ».

Cela réussit à convaincre Teacher !

« D’accord ! » Teacher, profondément émue, consentit. « Je vous rendrai mon

aide. Je partirai pour Kataso ce week-end pour voir la famille étendue ».

Tika se leva, rayonnante de remerciements, et tendit sa main à Teacher. Teacher

la prit et elle eût un petit sourire.

« Vous aurez de mes nouvelles dès mon retour », l’assura-t-elle. Mais tandis

qu’elle parlait, elle avait remarqué que quelque chose n’allait pas.

Soudain, Tika eût les yeux écarquillés et resta debout, fixant Teacher d’un air

ébahi. Elle suait à grosses gouttes.

« Qu’est-ce qui …? » commença Teacher, mais dans un instant, Tika gémit et se

tordit de douleur.

Teacher, abasourdie et confuse, cria au secours à tue-tête. Quelques minutes

après, Tika était transportée d’urgence à l’hôpital.

Depuis le jour où Sekyiwa avait remarqué à son retour à la maison que Tika était partie,

elle vivait dans l’étourdissement.

« Pourquoi travailler si dur, rien qu’à économiser ? Pour qui fais-je cela ? » Et

elle s’enferma dans sa maison.

Au départ, elle caressait l’idée de se lancer dans une folle fête sexuelle et

interminable, mais, curieusement, l’idée ne l’intéressait pas. Elle a donc essayé de

prétendre qu’elle ne s’inquiétait pas de ce qui se passait. Mais plus elle prétendait plus

son obsession de gagner le pardon de Tika grandissait.


61
« Le mort ne peut pas pardonner. Mais si le coeur clément du vivant est assez

généreux, cela peut satisfaire celui du mort aussi ».

Elle voulait à tout prix gagner le pardon de son défunt mari aussi. Elle avait

donc continué à s’enfermer dans ses pensées.

L’après-midi de ce jour, elle était absorbée dans ses pensées comme d’habitude,

et n’avait pas remarqué au début que quelqu’un frappait à la porte de devant. Quand elle

l’avait ouverte, le visiteur s’identifia comme un infirmier du centre hospitalier.

« Excusez-moi, madame, mais j’ai de mauvaises nouvelles pour vous »,

commença-t-il, et il raconta à Sekyiwa l’hospitalisation de Tika. Cela n’avait pas secoué

Sekyiwa. Elle était restée calme, ce qui n’était pas ce à quoi l’homme s’attendait. Après

qu’il ait entendu ce qu’elle avait à dire, il était même plus stupéfait.

« C’est bien que vous soyez venu m’informer, jeune homme, mais je ne pense

pas que ma fille voudrait me voir à côté de son lit de malade. Vous a-t-elle demandé

spécifiquement de venir me le dire ? »

« Non. C’était la dame qui l’avait accompagnée à l’hôpital ». Et il lui était venu

à l’esprit que la dame ne lui avait pas révélé son identité. Sekyiwa se demandait de qui

il pouvait s’agir.

Le jeune homme haussa les épaules. « Je ne sais pas, mais elle m’a supplié, elle

m’a indiqué le chemin d’ici et elle m’a donné de l’argent pour le transport ».

« Et qu’est-ce qui ne va pas avec ma fille ? »

« Des com…complication ».

« Quelles complications ? »

L’infirmier indiqua son abdomen.

« L’avortement ? »
62
Cela frappa l’infirmier comme un éclair. «Vous êtes au courant ? »

Sekyiwa eût un sourire ironique.

« On a dû enlever aussi son utérus parce que c’était très mal infecté », ajouta

lentement l’infirmier.

Quelque chose mourut en Sekyiwa.

« Pourquoi, Dieu ? Pourquoi as-tu permis à ce que cela lui arrive ? Elle est

tellement jeune ! »

Le jeune homme se sentit idiot et désespéré.

« Il faut que j’y aille maintenant », annonça-t-il.

Il pouvait toujours entendre Sekyiwa marmotter à elle-même tandis qu’il s’en

allait.

A l’hôpital, Teacher disait à Tika, « Je vais à Kataso. Tu auras besoin de la bonne même

plus tôt actuellement ».

Et Tika hocha la tête faiblement en disant, « Je paierai tout ce que ça coûtera ».

C’était tôt le matin du troisième jour de l’hospitalisation de Tika. Elle était

informée qu’elle y resterait une semaine.

« Si j’entreprenais un voyage aller-retour en taxi d’Osiadan à Kataso, je devrais

pouvoir rentrer et vous donner des réactions demain à cette heure-ci ».

Teacher était retournée avec des réactions, mais cela n’avait pas plu à Tika.

« Il a fallu du temps, de la délicatesse et de l’énergie pour les convaincre »,

divulgua Teacher. « J’ai même rapporté vos paroles. Ils ont préparé quelqu’un pour

vous, mais ils m’ont refusé de l’amener sur-le-champ ».


63
« Pourquoi ? »

« Ils ont insisté à négocier directement avec vous. Je pense que c’est seulement

un prétexte pour vous rencontrer personnellement. Vous pouvez comprendre leur

curiosité, n’est-ce pas ? »

Tika avait compris. Mais elle voulait aussi vite sa bonne. « Une journée ou deux

après que je serai déchargée guérie de l’hôpital, je pense que nous devions chercher un

taxi avec de bons amortisseurs à louer aller-retour pour Kataso, suggéra-t-elle. Teacher

savait que cela coûterait une fortune. Mais ce n’était pas son problème; c’était celui de

Tika, et ce qui était une fortune pour elle n’était rien probablement pour Tika. Donc à

travers un chauffeur qui couvre la route entre Accra et Osiadan, elle avait relayé un

message à Kataso à propos du jour prévu.

« Devrai-je présenter quelque chose ? Peut-être une bouteille de schnaps ? »

demanda Tika.

« Je pense qu’ils préféreraient du pain », conseilla Teacher.

A Kataso au jour convenu, le père d’Efia s’était déjà soûlé et dormait profondément sur

une natte en osier dans la hutte, bien qu’il n’était même pas encore midi.

« Akpeteshie », gémit la mère d’Efia. « C’est avec quoi il lave sa bouche très tôt

le matin ».

« Peut-il nous rejoindre ? » demanda la grand-mère d’Efia, la mère de sa mère.

La mère était allée vérifier. Il était étendu bras et jambes écartés sur le sol,

inconscient des mouches qui bourdonnaient en rentrant et sortant de sa bouche, et

ronflait comme si le lendemain était le jour du Jugement dernier.

« Il ne pourra pas », dit-elle à la vieille dame, qui grogna.


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« Que devons-nous faire donc ? » demanda la grand-mère.

« Peut-être que nous devons appeler quelqu’un de la maison familiale. Papa

Kaawire est là ».

Efia était alors envoyée d’appeler Papa Kaawire, qui avait consenti aussitôt et

était retourné avec elle.

Lorsqu’ils étaient assis, les villageois avaient accueilli les citadins, qui à leur tour

les avaient remerciés et leur avaient fait cadeau de leurs pains. Puis Teacher lança

l’affaire, récapitulant leur mission. Les membres de famille d’Efia étaient allés à un côté

et s’étaient entretenus comme s’ils entendaient tout pour la première fois. Quand ils se

furent rejoints aux autres, Papa Kaawire parla, les yeux fixés sur Tika.

« Nous savons ce que nous voulons de vous pour notre enfant. Pourrez-vous

aussi nous dire alors ce que vous attendez d’elle ? »

« Je voyage beaucoup, » commença Tika, « je veux donc à ce qu’elle soit

honnête et digne de confiance, car elle sera chargée de toute la maison à maintes

reprises. Il est nécessaire que je puisse assez me fier à elle pour ne pas m’inquiéter pour

ma maison quand je serai ailleurs ».

« Et les tâches ménagères ? » demanda la mère d’Efia.

« C’est l’essentiel. Si elle peut nettoyer, laver, balayer et bien préparer, c’est

ça», répondit Teacher.

« Mais je ne vais pas supporter le vol », Tika dit son mot, « et tout ce qui se

passe dans la maison doit rester dans son enceinte ».

« C’est compréhensible », remarqua Papa Kaawire, et jeta un coup d’œil à tous

les visages autour de lui. Il reprit, « Alors maintenant pouvons-nous savoir comment

vous comptez récompenser notre enfant pour ses services ? »


65
Des yeux s’écarquillèrent avec intérêt.

« Je m’occuperai pleinement d’elle. Je ne vais pas la maltraiter. Après quatre ans, je

vais l’inscrire comme une apprentie couturière. Et avant de quitter, elle aura sa propre

machine à coudre, en plus de l’argent suffisant pour débuter dans la vie ».

Les membres de famille d’Efia, qui ne cessaient pas de faire un signe de tête tout

ce temps, avaient déclaré qu’ils étaient satisfaits des promesses.

« Je vais parler à la fille moi aussi », commença la mère, « pour lui dire de se

comporter bien. Elle est naturellement travailleuse, donc je prie qu’elle reste comme

cela. Son père sera informé de tout quand il se sera réveillé ».

« Et s’il arrive qu’il ne soit pas d’accord sur quelque chose ? » demanda Teacher.

« Quelle chose par exemple ? » cracha la grand-mère d’Efia. « S’il voulait que

ses points de vue soient pris en considération, ne devrait-il pas se réveiller et nous

rejoindre, au lieu d’être dans l’état déplorable où il se trouve actuellement ? »

La mère d’Efia marmonna une protestation, mais la grand-mère lui lança juste un

regard méchant et pinça les lèvres d’une manière de défi. Mais le problème secoua Papa

Kaawire. Il plaça ses lèvres à l’oreille de la mère d’Efia. Elle fit un signe de tête et

quitta le groupe sans mot dire.

« Je veux qu’elle vérifie si son mari peut nous rejoindre maintenant », Papa

Kaawire informa les autres. Mais le père d’Efia était toujours affalé où ils l’avaient

laissé, ronflant toujours, et il y avait même plus de mouches festoyant goulûment sur sa

bouche. Papa Kaawire n’était pas du tout content de cela. Il consulta la grand-mère,

puis s’adressa à Tika et Teacher.

66
« Je sais que vous auriez voulu emmener Efia, mais ce n’est pas bien que je vous

la laisse sans la bénédiction de son père ». Teacher fronça les sourcils. « Autrement dit

…? »

« Autrement dit, soit vous attendez à ce qu’il se réveille soit vous laissez de

l’argent pour que le chauffeur d’Osiadan vous l’amène demain ».

Tika et Teacher se consultèrent entre elles et se décidèrent sur la dernière proposition.

Le père d’Efia se réveilla l’après-midi et hurla instantanément pour sa nourriture. Sa

femme se précipita dans la hutte pour l’assurer que cela venait. Quelques minutes plus

tard, il était assis et se régalait avec contentement du taro bouilli, avec du piment et du

tilapia fumé. Sa femme débarrassa les assiettes quand il avait fini, puis lui donna de

l’eau pour se laver les mains et à boire. Puis elle l’informa calmement qu’Efia devait

partir pour Accra le lendemain. L’homme bouillit de colère, et hurla des obscénités, et

lança la cuvette d’eau à sa femme.

« Pour quelle raison spécifique as-tu osé me tenir hors des négociations ? »

brailla-t-il. « Qu’est-ce qui t’a pris de ne pas m’appeler ? »

« Je t’avais appelé. Mais tu étais au-delà de te réveiller. » Sa femme, habituée à

ses humeurs, était imperturbable.

« Alors pourquoi tu ne les as pas fait attendre jusqu’à ce que je me réveille ? »

« Tu te considères un peu trop, mon maître. Ce sont des gens de la ville. Très

occupés. Ils n’auraient pas toléré une telle exigence ».

« Ils ne l’auraient pas tolérée ? » Il était vraiment sidéré.

Sa femme l’étudiait avec pitié. « Sois donc reconnaissant que nous avons une

bouche de moins à nourrir, mon maître ». Et elle le quitta.


67
Alors Papa Kaawire le fit venir et le mit au courant en détail de ce qui s’était

passé, confiant que le fait d’apprendre un métier spécifique à Efia lui ferait beaucoup

plaisir. Au contraire, après avoir écouté attentivement, sans interrompre une seule fois,

et même faisant un signe de tête avec enthousiasme à certains stades, il demanda

prudemment : « Alors, qu’est-ce qu’il y a dedans pour nous ? »

La mère d’Efia, dégoûtée, eût le souffle coupé. « Je ne te comprends pas, » elle

réussit quand même à dire quelque chose, tout en gardant son calme.

Son mari la dévisagea et dit, « Je parlais de nous-mêmes, ses parents. Qu’allons-

nous avoir du départ de notre fille pour la ville pour servir quelqu’un ? »

A ce moment-là sa femme s’emporta. « Pourquoi tu parles comme si nous

vendions notre fille ? Est-ce un mariage où nous devions avoir droit à une dot

quelconque ? »

« Non ? »

« Non, pour l’amour de Dieu ! La dame, en dépit de qui elle est, semble être une

bonne personne. Et Teacher ne serait jamais d’accord de nous l’amener si elle ne le

croyait pas. Elle ferait ce que nous n’aurions jamais pu pour notre enfant. Il faut en être

au moins reconnaissant ».

Mais le père d’Efia était même plus étonné que sa femme ne partageait pas son

point de vue.

« Ne nous sommes-nous pas occupés d’elle jusqu’à ce stade ? Et si nous ne

l’avions pas nourri jusqu’ici, aurait-elle grandi si forte pour pouvoir la servir ? »

La mère d’Efia éclata, « Cela était notre responsabilité, n’est-ce pas ? Nous

n’avons fait faveur à personne en nourrissant notre fille, n’est-ce pas ? »

68
Mais son mari ne se laisserait pas faire. «Tu t’es bien préparée pour une

confrontation, hein ? »

Le silence.

« Et tu disais qu’elle quittait le lendemain ? »

« Oui ».

L’atmosphère qui s’ensuivit fut tendue, et lourde de soupçon et d’incertitude.

Quelques instants plus tard, la mère d’Efia était allée à la recherche de la vieille dame.

«Maman, nous n’avons pas assez de manioc pour le « foutou »i du soir. Je dois allez en

déraciner encore plus », lui dit-elle. Et elle partit à la ferme.

A son retour, une scène très atypique la confronta. Son mari et sa mère étaient

comme chat et souris. Ils ne s’évaluaient jamais, et à la moindre occasion elle crierait

« Bon à rien ! » après lui et il crierait « Sorcière ! » après elle. Alors quoi diable

avaient– ils trouvé de commun pour justifier un tel contact étroit ?

Elle l’avait su au milieu de la nuit, quand la vieille dame l’avait réveillée, et lui

avait demandé de réveiller aussi Efia, pour une discussion importante.

La grand-mère s’adressa à Efia, « Ton père m’a fait la surprise de ma vie hier. Il

m’a prouvé que bien que son corps soit tombé à akpeteshie, sa cervelle ne l’est pas.

La mère d’Efia avait commencé à trépigner d’impatience. Qu’est-ce qui pourrait

bien advenir après ? Elle le sut vite.

« Il avait attiré mon attention sur quelque chose que je n’avais pas du tout

considéré auparavant », la vieille dame reprit la parole. Nous l’avons simplement

discuté. Mais aussi raisonnable qu’il s’est prouvé, il s’en est remis à moi et à ma vieille

69
sagesse de mettre vraiment des choses en place. Et je te dis, nos ancêtres chéris ne

m’ont pas fait faux bond ».

La mère d’Efia était déjà si frappée de stupeur qu’elle ne pouvait que dévisager

la vieille dame tandis qu’elle se tournait pour s’adresser à elle. « Mon enfant, le choix de

Teacher pour Efia pour cette Tika ». (La mère d’Efia grimaça : « cette Tika ? ») « était

grâce au bon travail fait par l’esprit j du père de Tika ».

« Cette Tika » était assez mauvaise, mais les esprits ? Que veux-tu dire par là,

maman ?»

« Parmi tous les membres de la famille étendue, pourquoi Teacher avait-elle opté

pour nous ? Elle pouvait aller à la maison familiale, n’est-ce pas ? Regarde toutes les

filles entravées là-dedans cherchant juste une occasion comme ceci. Pourtant Teacher

avait seulement jeté un coup d’œil à notre fille Efia et s’était décidée que c’était elle.

Pourquoi ? Parce que l’esprit avait choisit quelqu’un qui pouvait entendre et comprendre

sa voix lointaine – moi, à travers ton mari. La manière dont cette méchante femme- là

avait causé la mort prématurée du père de Tika, je te dis, que son âmek n’aura de repos

qu’après avoir réglé ses comptes ».

La mère d’Efia fut abasourdie. « Eh ! Maman ! »

Mais la vieille dame l’ignora. « Ecoute, le défuntl veut retourner à sa famille tout

ce que sa méchante femme lui avait volé. L’argent avec quoi Tika avait commencé ses

affaires, n’était-ce pas une partie du prix du sang de sa mère ? »

La mère d’Efia ne pouvait pas s’empêcher d’être d’accord.

«Bien ! Et maintenant, crois-moi, l’argent est destiné à retourner à cette famille»,

sur un ton sans réplique.

« Ma mère est devenue folle ! » La mère d’Efia se disait. Puis elle demanda,
70
« Qu’est-ce que tu veux nous dire, maman ? »

La vieille dame semblait prouver à quel point elle était folle. Elle se tourna vers

Efia, «Ecoute, la femme avec qui tu vas vivre est une femme riche mais inutile ».

« Maman ! »

« Une femme vraiment inutile ».

« S’il te plaît, maman ! »

« Un utérus improductif est assez mal. Mais aucun utérus du tout ? Et c’est ce

qu’elle est. Une femme vivante sans utérus ».

« Mon Dieu, maman ! Vraiment, tu dois être … »

« Donc, ma petite-fille, si tu me demandes, les circonstances actuelles ne sont

aucune coïncidence du tout. Cela a été destiné de cette manière depuis le jour où cette

méchante femme-là avait volé à notre fils célèbre... »

« S’il te plaît, maman … »

« Les dieux et les ancêtres de notre village avaient tout conçu. Et le fait que tu

vas vivre avec elle est une partie essentielle de ce plan-là. Alors écoute-moi ! Sois

soumise, humble et très fiable. …»

« Bon conseil, maman ! »

« Puis il faut tomber enceinte ».

« Quoi ? »

« Vous m’avez tous deux bien entendue. Efia, tu vas vivre avec elle, gagner son

affection, lui devenir indispensable. Ainsi quand tu seras innocemment tombée

enceinte…»

« Innocemment ? Comment peut-elle tomber enceinte innocemment ? »,

demanda la mère d’Efia.


71
« En faisant semblant d’être forcée à l’acte sexuel », répondit la vieille dame.

« Par qui ? » demanda encore la mère.

« Cela n’a pas d’importance. Ce qu’elle doit faire, c’est seulement pour tomber

enceinte ».

« Comment ? » demanda Efia innocemment.

« Idiote ! » En dormant avec un homme. Comment peut-on le faire

autrement ?» hurla sa mère, s’enthousiasmant peu à peu pour le plan de la vieille dame,

quoi qu’il en soit. « Ne me dis pas que tu n’en sais pas déjà ! »

La vieille dame jeta un regard curieux à sa fille et sourit un peu. Puis elle se

tourna vers sa petite-fille. « A la réflexion, » commença-t-elle, « quand tu seras tombée

enceinte, tu refuseras de nommer le père ».

« Pourquoi ? » L’intérêt de la mère d’Efia s’intensifie.

« Parce que cela va nous épargner un jour le risque d’une réclamation pour

l’enfant par quelque homme idiot après que l’enfant sera devenu le personnage

important que nous attendons sûrement. Et ceci est le plan. Inévitablement, cette Tika

se précipitera pour nous informer de ce qui se passera. Et c’est là où je vais jouer aussi

mon rôle. Aussi vieille et ridée que je sois, quand j’aurai versé énormément de larmes

en sa présence, elle aura besoin d’un cœur de fer pour refuser ma supplication fervente

de pardonner ma petite-fille. Je vais sangloter comme un enfant, me mettre sur mes

vieux genoux frêles et la prier d’avoir pitié de nous ».

« Cela doit marcher ! » La mère d’Efia parlait avec enthousiasme. « Mais tu sais

ce que tu fais, maman, n’est ce pas ? »

« Bien sûr, mon enfant ! » Elle savait qu’elle avait convaincu sa fille.

72
« En plein dans mes larmes », reprit-elle, « au bon moment, je vais renverser les

rôles. Je suggérerai qu’il se pourrait que tout se serait passé avec la bénédiction de nos

ancêtres, et je soulignerai comment son cher père était aussi actuellement un des

ancêtres bien-aimés ».

« Ooh ! Maman ! »

« Puis j’insisterai que mes instincts me disent que c’est la volonté des ancêtres

d’apporter dans sa vie la joie d’un bébé pleurant ».

« Oh ! Maman ! »

« Et lui offrir le fœtus d’Efia ».

Efia et sa mère furent calmes plates.

« Je vais la conseiller vivement, d’une voix basse et tremblante, d’adopter

l’enfant ». Et elle marqua une pause pour faire de l’effet.

« C’est cela ? » la mère d’Efia ne pouvait pas maîtriser sa curiosité.

La vieille dame rit longuement et profondément. « Et dire que ton mari et moi,

nous nous inquiétions que tu ne serais pas d’accord…»

« Oh, maman ! » dit-elle, embarrassée.

« Mais non, ce n’est pas cela. C’est ainsi que la richesse nous reviendra. »

« Comment ? »

« Mon enfant ! » répliqua-t-elle d’une manière de remontrance, « Dois-je te dire

tout ? Si elle prend ce bébé-là comme son enfant, que supposes-tu se passera si elle

meurt, ou même avant ce moment ? Et qui à ton avis héritera finalement de sa

richesse ? »

« Oh, Maman ! »

73
« Je suis donc heureuse que nous soyons tous d’accord maintenant. Cela veut

dire que la réussite est assurée. Notre tâche sera de nous assurer que l’enfant n’oublie

jamais qui est sa vraie mère. Ainsi, la richesse appartiendra aussi à Efia, et donc à nous

tous. Et nous ferons de sorte que toute la famille en bénéficie. Nous allons transformer

Kataso. Les habitants du village nous tiendront en haute estime. Que les ancêtres nous

aident ! » proféra-t-elle avec une détermination obstinée.

« Oh, Maman ! » acquiesça-t-elle avec admiration.

« Oh, grand-mère ! » consentit-elle timidement.

74
2.2.4 Chapitre cinq

Efia avait suivi le conseil de sa grand-mère à la lettre. Et Tika pouvait à peine se retenir

de son exultation.

« Elle est excellente ! » dit-elle à Teacher.

Et Teacher dit, « Eh bien, alors Dieu merci. Et elle était vraiment reconnaissante

que le Tout Puissant l’avait une fois de plus guidée à faire un bon choix et sans ennuis.

«Cela améliore aussi ma propre réputation, n’est-ce pas ? »

Tika était d’accord, mais n’avait pas dit à Teacher que la situation rendait les

choses pénibles et inconfortables pour elle à propos de ses affaires sexuelles avec ses

nombreux amants. Efia s’était révélée très fiable, tenant la maison avec une main de

maître. Mais peut-être même à cause de cela, Tika ne savait pas comment l’intégrer

dans cette autre partie de sa vie. Elle fit preuve de diplomatie en disant à Efia que les

hommes qui lui rendaient visite étaient des associés. Cela, bien sûr, n’était pas tout à fait

faux, mais Efia n’était pas une imbécile. Les associées de sa dame se retrouvaient

toujours au salon.

« Apporte-nous de la bière et des verres, Efia. Nous avons tant de choses à

débattre », dirait sa dame.

Mais quand le partenaire était un homme, elle dirait : « Veille à ce que

Monsieur---et moi, nous ne soyons pas dérangés. Nous avons beaucoup d’affaires à

discuter ». Et Tika disparaîtrait avec lui dans la chambre. Ensuite, la clé tournerait dans

la serrure. Et le nombre de fois qu’Efia mettait son oreille au trou de la serrure, elle

entendait des bruits : des gémissements, des halètements et des soupirs, et le grincement

violent du lit.
75
« Qu’est-ce que cela a à voir dans les discussions d’affaires ? » pensa-t-elle.

«Pour qui est-ce que madame me prend ? »

Alors un jour, quand un certain associé avait visité madame et ils s’étaient

retrouvés derrière la porte bouclée de la chambre et puis un deuxième associé était venu

frapper à la porte de devant, les instincts éveillés d’Efia l’avaient poussée à prendre le

plus grand des risques qu’elle ait jamais pris dans sa vie de ménagère. Elle avait jeté un

regard sur l’homme à la porte, elle avait pensé aux affaires qui se déroulaient déjà dans

la chambre de madame, et lui avait dit : « Madame devait être de retour de Lagos hier,

mais elle a envoyé un message à propos d’un retard inattendu et a dit qu’elle serait de

retour demain ».

L’homme fronça les sourcils. « Et cette voiture ? » en indiquant du doigt avec

soupçon à la Toyota Carinam de couleur bleu foncé garée devant la maison.

« C’est la voiture de la mère de madame. » Elle vient souvent contrôler des

choses en l’absence de madame. Elle dort profondément maintenant, mais si vous

voulez que je la réveille…»

« Non ! » l’homme lança un grondement, consterné. « Bien sûr que non !

(«Idiote ! Pourquoi aurais-je besoin de la mère ? » proféra-t-il intérieurement.) « Voici

ma carte. N’oublie pas de la lui remettre dès son retour ». Et il se tourna, jeta un dernier

coup d’œil à la Carina bleue et marcha vers sa voiture.

Des heures plus tard, quand Tika avait fini ses relations avec l’associé numéro un

et l’avait accompagné à sa voiture, Efia s’était servie de son courage d’inspiration divine

et avait dit à Tika ce qu’elle avait fait. Tika fronça les sourcils. « La fille est en train de

76
me dire carrément qu’elle sait le genre d’affaires qui se déroulent derrière ma porte

bouclé », pensa-t-elle à elle-même.

« Qu’est-ce que tu veux … » mais elle s’interrompit, s’éclairant le visage.

« Oui, pourquoi pas ? N’est-ce pas là la solution du problème ? Si Efia avait fait le

premier pas vers la connaissance et la compréhension des affaires, pourquoi ne pas la

faire y prendre part ? »

C’était ainsi que cela avait commencé. En cas de mauvais moments ou de pure

malchance, quand il est apparu qu’une dispute était imminente, ou bien si Tika ne

voulait pas voir un associé particulier à un moment particulier, Efia s’assurerait à ce que

l’homme en question parte de bonne grâce pour revenir un autre jour, parce que

«Madame n’est pas de retour », ou « L’oncle de madame est en visite du village » ou,

comme cela s’était passé à deux reprises, « Madame est très malade, alors un pasteur

prie avec elle en ce moment ».

Tout s’était avéré tellement bien et parfait.

« Oh, Efia ! Que ferais-je sans toi ? » demanda Tika. Et elle dit à Teacher :

«Sans elle je serais perdue ».

C’était comme si tout se passait sous un charme merveilleux.

Puis un jour, le charme était rompu.

Tika s’apprêtait pour faire le tour chez ses débiteurs, et appela Efia pour la

charger de préparer la nourriture du jour.

« Je serai de retour le soir, alors prépare le riz vers 15 heures. Mais prépare le

ragoût tout de suite. La viande a été trop longtemps hors du congélateur ».

77
Efia fit docilement un signe de tête et la rappela que Monsieur ---- avait dit qu’il

viendrait vers 20 heures.

« Je serai à la maison longtemps avant cela », révéla Tika.

« A quelle heure à peu près, madame ? Au cas où…»

« Je serai de retour pour 18 heures ». Et elle quitta.

Tika pouvait facilement acheter une très bonne voiture d’occasion mais l’idée ne

lui était pas très appréciable. Etant absente de la maison à maintes reprises voudrait dire

employer un chauffeur.

« Les domestiques et les bonnes, les chauffeurs et les bonnes, les jardiniers et les

bonnes – ils sautaient toujours au lit les uns avec les autres. Pas question ! »

En plus, un chauffeur dans la maison signifierait aussi une autre paire d’yeux

curieux regardant par-dessus son épaule. Non merci.

Alors comme d’habitude, ce jour-là, Tika avait loué un taxi, et avait indiqué le

chemin de son premier débiteur au chauffeur. Le chauffeur regarda son dos disparaître

dans la boutique du débiteur, inclina son siège, puis ferma les yeux et pria à ce que sa

passagère l’engage pour toute la journée.

« Regarde-moi, comme je prie pour ma chance, pour que je puisse gagner de

l’argent d’une femme. Ces femmes propriétaires de grands magasins au marché sont en

train de prendre le pouvoir du pays. Elles vous éblouissent avec leur humilité

trompeuse, vous tirent de tout votre argent par des cajoleries, puis elles visent votre

pouvoir. Je parie…»

Mais sa songerie était brusquement interrompue.

« Ouvrez, chauffeur ! Ouvrez ! »

C’était sa passagère qui frappait désespérément à la vitre du taxi.


78
« J’ai laissé quelque chose d’important à la maison ».

Dépêchez-vous ! Ramenez-moi rapidement, sinon, je ne pourrais pas finir mon

tour aujourd’hui ».

Et quand le chauffeur avait démarré, il avait demandé, « De l’argent ? »

« Ben oui. C’est mon calepin. Quand je ne l’ai pas, ils se disputent avec moi à

propos de leurs dettes ».

Le chauffeur voyait l’occasion d’impressionner sa passagère et, avec de la

chance, d’être engagé pour la journée. Alors il conduisait comme un dératé. Il s’était à

peine arrêté devant la maison quand Tika était descendue et se précipitait vers la porte de

devant.

« Se précipiter pour de l’argent. Se précipiter pour le pouvoir. L’autorité suprême ! »

Et il avait constaté lorsqu’il parlait que tout n’allait pas très bien pour sa passagère à la

porte de devant.

Il avait raison.

Tika s’était arrêtée là frémissant de rage lorsqu’elle tournait désespérément le

bouton de la porte une deuxième fois.

Merde ! Pourquoi était-elle bouclée ? Efia ne bouclait jamais la porte de devant

quand elle était dedans. Cela pourrait seulement signifier qu’elle était sortie. Mais où ?

Elle devait être dedans en train de préparer le ragoût. Pourquoi avait-elle quitté la

maison ?

Et Tika essaya encore la porte. Mais toujours pas de chance. Elle mit son sac

sur la balustrade et chercha son propre trousseau de clés. Elle les avait à peine utilisées.

Elles étaient les réserves de toutes les clés dans sa maison et dans son magasin. Dites
79
donc, comme elles étaient toutes identiques ! Laquelle ouvrait la porte de devant ?

Pourquoi n’avait-elle jamais fait attention ? Enfin, elle s’était décidée pour une.

« Que le bonheur me sourie ». Elle inséra la clé. Evidemment ce n’était pas la

bonne clé, mais cela n’était pas la cause de la confusion sur le visage de Tika. Il y avait

déjà une clé à l’autre côté de la serrure.

« La porte est bouclée de l’intérieur. C’est ça ! Mais bon sang ! Qu’est-ce qui se

passe ? »

« Efia ! » cria-t-elle.

Silence.

« Efia !! » cria-t-elle.

Silence. Elle donna de grands coups dans la porte en rage et en fureur. Il n’y

avait toujours que le silence.

Elle donna encore de grands coups dans la porte puis s’arrêta. Elle pouvait

entendre du bruit dedans. Mais, enfin qu’est-ce qui se passait ? Elle frappa violemment

encore.

« Je sais que tu es là – dedans, alors, ouvre, Efia ! » hurla-t-elle.

Efia répondit lentement, «J’arrive, s’il vous plaît, madame ».

L’oreille de Tika était toujours collée à la porte, et juste au moment où elle avait

entendu parler Efia, elle avait aussi entendu claquer la porte de derrière de la cuisine.

Attisée par le soupçon, elle alla en coup de vent derrière la maison, mais il n’y avait rien.

Personne.

Elle était retournée précipitamment à la porte de devant, et voilà Efia,

imperturbable et inébranlable, s’arrêtant dans l’embrasure de la porte comme la chasteté

en personne.
80
« Peux-tu me dire ce qui se passait dedans ici ? » exigea Tika avec colère.

« Rien, madame », répondit Efia, comme une ange.

Tika était hors d’elle-même. « Je te défends de m’appeler madame avec une telle

politesse trompeuse ! Tu me prends pour une folle ? A qui est-ce que tu marmonnais

dedans tout à l’heure ? »

« Personne, madame ». Elle parlait si impassiblement, Tika devint encore plus

furieuse.

« Tu étais dedans ici avec quelqu’un faisant Dieu sait quoi, et tu as fait sortir la

personne par la porte de derrière avant de me faire entrer. N’est-ce pas ? »

« Non, madame ».

Désespérée et frustrée, Tika était enragée au comble. « Comment me charger de

cette situation ? » pensa-t-elle. « Que dois-je faire ? Et depuis combien de temps cela se

passe-t-il ? Dieu ! La fille a quelque fois cette maison pour elle seule pour toute une

semaine. Que se passe alors ? Et pourtant, comment pourrais-je continuer sans elle ? »

« Je ne peux pas faire autrement que de rapporter cela à ta famille », dit Tika.

«Je dois les faire savoir que je ne peux pas supporter de telles situations ». Elle était

allée dans sa chambre pour le calepin, ce qu’elle avait trouvé sur le lit. « Dieu ! Après

tout cela, j’ai failli t’oublier encore ».

Lorsqu’elle partait, elle s’était arrêtée à côté de la porte et disait, « Je repars,

Efia. Alors tu peux continuer de faire ce que tu faisais ».

Efia n’avait pas bronché et cela avait rendu Tika furieuse. « Je pense que je dois

même passer par la gare pour envoyer un message à ta famille. J’aimerais les rencontrer

bientôt ».
81
Tika était sûre qu’elle avait joué son atout. « Elle doit cuire le ragoût dedans dans

la peur à l’heure qu’il est », pensa-t-elle. « C’est ridicule. N’est-ce pas qu’elle est venue

travailler pour moi? Qui avait dit qu’elle pouvait venir imiter ce que je fais ? »

Mais tandis que Tika était assise dans le taxi allant à toute allure vers la ville, pensant à

ces choses, Efia se tordit de rire dans la maison, serrant fort son ventre.

‘« Apprête-toi pour rencontrer tes parents »,’ imita-t-elle, hurlant davantage de

rire. Enfin elle cria dans la direction de la porte de la chambre de Tika : « Elle est partie.

Sors !»

Le mec qui surgit de dessous le lit de Tika semblait si pétrifié qu’Efia se tordait

de rire sottement.

Le mec fut perplexe. « J’aurais pu être attrapé. Si elle avait regardé sous le lit,

elle m’aurait vu ».

« Non », Efia, intrépide, dit avec assurance, « car avant d’ouvrir la porte de

devant, j’avais claqué la porte de derrière. Alors, elle pensait que je t’avais fait sortir

avant de la faire entrer ».

Le mec était vraiment impressionné. « Et dire que je te considérais toujours

comme naïve. Eh ! »

Efia avait commencé à se déshabiller. « Elle ne reviendra pas jusqu’à ce soir.

Faisons cela encore ».

« Et si elle revient ? » demanda nerveusement le mec.

« Cesse de poser des questions et allons-y », réprimanda Efia, « et quand tu veux

jouir, ne retire pas ton truc ».

82
L’idée du type était déjà sur le film pornographique minable qu’il avait regardé

la veille au centre délabré de vidéo à côté des toilettes publiques. Il n’avait pas le temps

pour des pourquoi.

83
2.2.5 Chapitre six

Teacher écoutait silencieusement, frappée de stupeur.

« Vous pensez donc qu’elle était là-dedans avec un homme ? » demanda-t-elle à

Tika.

Tika avait affirmé qu’elle n’en doutait pas que c’était le cas, ce qui avait

bouleversé Teacher. Toujours, elle tenait les bonnes qu’elle présentait aux gens à cœur

pour la simple raison que si la bonne ne causait pas d’ennuis, cela rehausserait sa

réputation dans la ville. Et quand les citadins tenaient à leurs promesses et

sponsorisaient les bonnes à apprendre un métier, cela améliorait son image à Kataso.

Teacher n’était pas une bonne Samaritaine en tant que telle. Non seulement ne jouissait-

elle pas des avantages annexes résultant de ses efforts, elle les attendait vraiment avec

impatience. Comme on dit : « Une bonne réputation est bien, mais on ne peut pas faire

les achats avec cela au marché ». Alors du manioc et du plantain et de la viande lui

parvenaient des familles reconnaissantes de Kataso. Et des tissus, des provisions et de

l’argent lui parvenaient des citadins heureux, y compris Tika. Ainsi, le problème d’Efia

était une croisade personnelle pour Teacher.

« Il faut que j’établisse la vérité avant que nous ne décidions quoi faire », elle

supplia Tika.

Et Tika avait révélé qu’elle serait de toute façon occupée les deux mois suivants,

puisqu’elle devait voyager au Togo, à Lagos et à Abidjan. « Cela devrait vous donner

beaucoup de temps et un moment de répit très suffisant ».

Heureusement Teacher connaissait d’autres personnes dans le lotissement où

vivait Tika ; elle s’était arrangée pour des bonnes pour deux familles voisines. Et elle
84
avait appris de ces bonnes que les mecs dans le quartier avaient surnommé Efia comme

« Fille Facile ».

Avant que Tika ne retourne de ses voyages à l’étranger, Teacher avait pris une

décision.

« Qu’on envoie chercher ses parents ! »

La mère d’Efia était occupée en pilant ses graines de palme pour la sauce. Elle leva la

tête juste à la longue pour voir un des garçons de courses de la gare routière d’Osiadan

se dirigeant vers elle.

« Il doit s’agir d’Efia ! » cela lui parvint instinctivement.

Elle reçut le message sans appeler son mari. Ensuite, elle se dirigea droit vers la

vieille dame, avec un grand sourire.

« Cela doit être cela ! » s’exclama la vieille dame, enivrée.

« Ooh ! Ma petite-fille ! » Elle serra la mère d’Efia dans ses bras.

La mère et la fille s’accrochèrent l’une à l’autre, se faisant des idées, jusqu’à ce

que la mère d’Efia se relâcha de l’étreinte de la vieille dame et demanda jovialement,

«Alors, quand est-ce que nous irons ? »

« Pas quand nous irons. Quand est-ce que tu iras ? » souligna la vieille dame.

Cela éveilla des craintes chez la mère d’Efia. « Quand est-ce que j’irai ?

Maman ! Tu rejettes tout sur moi actuellement que cela s’est passé ? »

« Espèce d’idiote », railla-t-elle, « cela fait partie du plan ». Et elle s’assit. « Tu

partiras pour Accra demain tôt dans la matinée. Elle nous a envoyés de l’argent pour le

billet, n’est-ce pas ? »

« Oui ».
85
« Bien. Alors tu iras chez cette Tika demain. Et quand elle t’aura dit la

nouvelle, il faudra être abasourdie… »

« Comme ceci ? » faisant des grimaces. Elles rirent tous deux.

« Oui, » reprit la vieille dame, « elle doit te voir très abasourdie et bouleversée.

Peut-être que tu dois même faire quelque chose pour le prouver. Oui ! Gifle-là ! »

« Qui ? »

« Efia, bien sûr. Qui d’autre ? Tika ? Alors donne à Efia quelques gifles

brusques. Et sois saisie par l’émotion ».

« Que je verse des larmes ? »

« Cela serait merveilleux. Et si les larmes refusent de couler ?»

« Je vais attacher du piment moulu dans un bout de pagne et le frotter dans mes

yeux. Elle ne va pas voir ».

« Merveilleux ! Frotte-le bien dans tes yeux et pleure comme un enfant. Dis

ensuite que tu ne peux pas seule te charger de ce qui s’est passé, alors tu dois retourner

ici pour nous consulter ».

« D’accord ».

« Mais il faudra promettre de retourner dans deux jours. »

« Dois-je ? »

« Oui. Et cette fois –ci je retournerai avec toi ».

« Oh, maman ! » il y eût des embrassades continuelles.

« Maintenant va finir avec la préparation de la sauce. Je vais voir ton mari. Je

peux lui parler, n’est-ce pas ? »

« Oui. Il n’était pas allé à « Kill-Me-Quick.»n Il avait seulement bu le quart de la

bouteille de boisson qui était sous son lit.


86

Le lendemain, quand Tika avait vu l’allure dans laquelle la mère d’Efia arrivait, elle

avait commencé aussitôt à sympathiser avec elle. « Comment est-ce que je peux jamais

renvoyer Efia ? » pensa-t-elle. « Cela causera la mort à cette femme.» Et elle l’accueillit.

Mais tandis que Tika expliquait ce qui s’était passé, elle avait remarqué que la

mélancolie que la mère d’Efia démontrait au début changeait en chagrin. « Est-ce qu’elle

ne me crois pas ? » se demanda-t-elle.

De sa part, la mère d’Efia était tellement découragée qu’elle ne pouvait pas se

maîtriser. « C’est cela ? » hurla-t-elle rudement.

Tika fronça les sourcils, ne croyant pas ce qu’elle avait entendu. « Est-ce cela

votre manière de me dire que ce que votre fille avait fait n’était pas si mauvais ? La

froideur dans la voix de Tika avait secoué la mère d’Efia. « Non ! Madame Tika, s’il

vous plaît, ce n’est pas ce que je voulais dire. » Je voulais dire, oh…» et elle se leva d’un

bond. « Imbécile !» hurla-t-elle à Efia, qui s’était jusqu’ici arrêtée silencieusement et

regardait désespérément. « C’est ce que tu as fait ? »

Ne sachant que faire d’autre, elle donna six gifles rapides à Efia qui était très

perplexe, car elle ne pouvait pas comprendre pourquoi elle était frappée pour quelque

chose qu’on lui avait ordonné de faire.

« Mais maman !... » commença-t-elle à se plaindre.

« Tais-toi ! » l’interrompit sa mère. « Je n’aimerais même pas entendre un mot

de toi, c’est compris ? Pas un mot ! » Elle lui donna deux gifles de plus.

Efia était stupéfiée. Maman ! Mais… »

« S’il vous plaît ! » intercéda Tika, sauvant la situation sans le savoir. « S’il vous

plaît ne la battez plus ».


87
Tika devait entendre le soupir de soulagement interne de la mère d’Efia. La mère

d’Efia dit plus haut, « Cela ne suffit pas, Madame Tika. Elle mérite d’être battue.

Imbécile ! Attends à ce que ton père et ta grand-mère en prennent connaissance ! »

A ce niveau-là Tika déclara que cela suffisait vraiment. « Ceci est sa première

fois, Maame Amoakona,o alors laisse tomber. Cependant, actuellement qu’elle sait que je

n’hésiterais pas de vous informer si elle recommence, je suis sûre qu’elle n’osera même

plus ».

Palpitant de rage provoquée par sa déception, la mère d’Efia parla brusquement,

« Cela lui servira de leçon ». Et elle s’était jetée soudainement dans le fauteuil qui lui

était offert pour s’asseoir. (« Comme c’est mou, confortable, agréable ! » pensa-t-elle.

« Oh, quand pourrais-je avoir un tel confort ? ») Disparais de ma vue ! » hurla-t-elle à

Efia, qui quittait timidement à grandes enjambées, complètement étourdie.

Puis Maame Amoakona se tourna vers Tika pour lui rendre ses excuses attardées.

Mais Tika l’arrêta, exprimant ses propres regrets à propos de la situation, et lui demanda

de passer la nuit.

« Il se fait tard. Et il se pourrait que la nuit tombe même avant d’arriver à

Osiadan ».

(Du lit confortable. Nourriture agréable de la ville. Une occasion d’expliquer les

choses à ma pauvre Efia, » pensa Maame Amoakona.) Je vous remercie beaucoup,

Madame Tika. Vous êtes gentille. Merci. » Et elle frotta ses yeux de plus de piment.

« Ne pleurez pas, s’il vous plaît, Maame Amoakona. Efia ! »

« Madame ! »

« Emmène ta mère dans ta chambre. Elle va passer la nuit ici ».

« Dieu merci », pensa Efia, et lança un regard méchant à sa mère.


88
« Je sors », déclara Tika. Je passerai aussi chez Teacher lui dire que tout est

résolu maintenant. Reposez-vous bien, Maame Amoakona Et toi, Efia, il ne faut pas

oublier le ragoût ; rappelle-toi aussi que nous sommes actuellement trois. »

« Oui, Madame ».

Efia s’était arrêtée là, son cœur battant, attendant patiemment à ce que Tika quitte, pour

qu’elle attaque sa mère. La mère aussi savait ce que pensait sa fille, alors elle n’avait

pas attendu à ce qu’elle l’attaque.

« Tout était seulement une farce », expliqua-t-elle tandis qu’Efia lui lança un

regard méfiant. « J’ai dû agir comme si j’étais bouleversée ». Et elle lui montra le bout

de pagne contenant le piment.

Efia avait compris.

« Maintenant, dis-moi, est-ce que la personne avec qui tu as failli être surprise,

était celle par qui tu comptais te faire féconder ? »

« Il me l’a déjà fait, maman ».

« L’a-t-il déjà fait avec toi ? »

« Il m’a déjà fécondée ».

« Il l’a fait ? Ooh ! Efia ! Ooh !... » Elle s’était arrêtée brusquement. « Qu’est-ce

qui te fait croire qu’il l’a déjà fait ? »

« Durant les deux mois que madame avait voyagé, je n’avais pas vu mes règles ».

« Ooh ! Efia ! Et dire que j’étais tellement découragée. Viens. Assieds-toi.

Réfléchissons. Non, va faire ton travail à la cuisine. Laisse-moi entreprendre seule la

réflexion ».


89
Le moment où Tika était de retour, Maame Amoakona avait déjà conçu ce qu’elle ferait.

« Madame Tika », commença-t-elle, « la honte que ma fille nous a rendue est

énorme. Quand je serai de retour à Kataso, j’en ferai le compte rendu entier. Il se peut

que sa grand-mère décide de venir pour… »

« Non ! » Tika interrompit brusquement, horrifiée. (Merde ! Elles veulent

prendre l’occasion de cette affaire pour rendre ici leur deuxième maison. ») « Maame

Amoakona, ceci n’est pas du tout une affaire qui demanderait la visite de la vieille dame.

Alors, il ne faut pas la prolonger ».

La mère d’Efia sourit. « Vous avez encore prouvé comment vous êtes gentille,

Madame Tika. Merci. Et croyez-moi, de la manière dont je l’ai traitée, je doute qu’elle

regarderait encore un homme dans les yeux ».

Tika poussa un soupir de soulagement. « Juste autant que vous restiez loin

d’ici », pensa-t-elle.

Le matin, elle rangea de vieux habits dans un carton pour que la mère d’Efia

emmène à Kataso. Maame Amoakona remercia le ciel, mais pas à cause des vieux

habits.

« S’il vous plaît, Madame Tika, pourriez-vous permettre à ce qu’Efia m’aide à

emporter le carton d’habits à la gare ? »

« Bien sûr. Oh, pourquoi, Maame Amoakona ? Est-ce que vous devez me

demander la permission pour cela aussi ? »

En route pour la gare, la mère d’Efia lui dit : « J’ai dû chercher un moyen de te

faire venir avec moi. Ainsi quand je retournerai après demain avec ta grand-mère, je

prétendrai que tu m’avais avoué la nouvelle de ta grossesse juste à la gare. Je dirai que

cela m’avait tellement bouleversée que je ne pouvais même pas prendre le courage de
90
retourner avec toi pour l’informer. Alors, j’avais continué mon chemin à Kataso pour

informer ta grand-mère ».

« Alors, tu seras de retour avec grand-mère ? »

« Oui. Après demain ».

« D’accord ».

« Et si tu reçois plus de gifles, rappelles-toi que c’est une farce ».

91
2.3 Résumé de Chapitres 7—12

Le chapitre 7 concerne l’arrivée inattendue de la mère et la grand-mère d’Efia

pour révéler à Tika la grossesse « planifiée » d’Efia. Il faudrait rappeler d’abord que la

richesse de Tika provient de sa mère Sekyiwa qui n’est pas originaire de Kataso, mais

qui séduit le père de Tika, un homme de Kataso résidant à Accra, marié également à une

femme de Kataso. Pour cause de stérilité, le père de Tika abandonne sa femme pour

Sekyiwa, une femme qu’il dépasse de vingt quatre ans. Sekyiwa devient riche par son

aide au détriment de la première épouse.

Après la naissance de Tika, son père devient sexuellement faible, ce qui pousse

Sekyiwa à accepter l’amour d’autres hommes. Le père de Tika meurt de chagrin causé

par le manque d’amour pour lui et par conséquent les mésententes continuelles. Pour ce

fait, les habitants de Kataso reprochent à Sekyiwa la mort de leur enfant célèbre, le père

de Tika. Alors, à travers Efia, la bonne de Tika, les parents d’Efia planifient un moyen

pour avoir accès à la richesse de Tika : faire en sorte qu’Efia tombe enceinte par tous les

moyens possibles, et que l’enfant devienne l’héritier de Tika qui, heureusement pour

eux, est aussi stérile.

Comme déjà dit, l’arrivée de la mère et la grand-mère chez Tika, dans le

septième chapitre, est pour lui révéler la grossesse « planifiée » d’Efia, et la persuader à

adopter l’enfant qui va naître. Selon le plan, Efia ne doit jamais mentionner le nom de la

personne qui l’a fécondée, afin d’éviter une réclamation ultérieure pour l’enfant après

qu’il aura hérité la richesse de Tika.

92
Le huitième chapitre raconte comment la nouvelle de la grossesse est répandue à

Kataso. Pour certains, c’est une honte pour la famille, et pour d’autres, c’est une

occasion perdue, car le fait que Teacher cherche une nouvelle bonne pour Tika est la

preuve qu’Efia sera renvoyée. Néanmoins la grand-mère qui en est la cause reste

impénitente. Pour contraindre Tika à garder Efia et son enfant, elle décide qu’un des

amants de Tika soit désigné comme responsable de la grossesse. Selon elle, cela doit être

un homme marié qui est un amant clandestin de Tika, et qui est très sensible à sa

réputation.

Le chapitre neuf rend compte du comble de l’astuce des parents d’Efia. La mère

et la grand-mère reviennent le lendemain à Accra chez Tika et profitent de l’absence de

Tika pour se concerter avec Efia. Parmi les amants de Tika, elles s’entretiennent sur

quatre et se décident finalement sur Nsorhwe, un homme marié depuis dix-sept ans et

avec deux enfants qui fréquentent une école prestigieuse. Il est le gérant d’une grande

banque commerciale et il occupe aussi une haute position dans une des deux églises

auxquelles il appartient. Les parents d’Efia font cette surprise à Tika en la présence de

Teacher et laissent Efia déclarer le nom de la « victime. » La réaction de Tika leur

prouve qu’elles ont échoué dans leur but.

Le dixième chapitre fait part de la stérilité de Nsorhwe et sa réaction face à la

situation avec l’aide de Tika, au lieu de soucis à cause de cette accusation. Encouragé

par Tika, son allure détendue et sa réaction conséquente foudroient complètement les

parents d’Efia, qui s’attendaient plutôt à une réaction violente. Il les étonne en

« confessant » d’avoir même eu seize rapports sexuels avec elle, et les rassure qu’il

s’occuperait bien de l’enfant, mais insiste sur un test de paternité pour déterminer le vrai
93
responsable de la grossesse ; un test dont elles n’ont aucune idée et qui, selon lui, est très

douloureux. Elles décident entre elles de partir avec Efia, qui, pensant à la honte qui

l’attend à Kataso, fuit la maison à l’insu de ses parents, volant de l’argent à Tika.

Le onzième chapitre met en relief l’arrivée d’Efia à Kumasi chez Akua, sa

camarade qui est aussi originaire de Kataso, dans l’intention de rester chez elle jusqu’à

son accouchement. Elle réussit à convaincre Akua et ses deux occupantes de chambre, à

condition que sa présence ne les dérange pas, selon les deux autres. Mais elle refuse de

visiter la clinique, même quand son ventre cesse de d’augmenter, de peur qu’elle soit

aperçue par quelqu’un ayant les nouvelles de son vol.

Elle disparaît un jour, laissant seulement des traces de sang qui pourrait signifier

qu’elle a accouché, mais ses amies se demandent comment elle aurait pu le faire sans

l’aide d’une sage-femme. Akua informe la police, donnant une description détaillée

d’Efia, et la police fournit à la média les nouvelles qui font la une le lendemain.

Le douzième et dernier chapitre révèle comment Efia essaie en vain d’emporter à

Kataso, dans un sac en plastique, son enfant qui nait avec le mongolisme et qui meurt

aussitôt après. Elle abandonne le corps dans un fourré à Braha, voyant qu’elle ne peut

plus l’emporter dans son état de décomposition. Elle retourne à Accra en auto-stop et

raconte à Teacher tout ce qui s’est passé : l’astuce de ses parents et les conséquences

actuelles. Teacher essaie de convaincre Tika de pardonner Efia et l’accepter une fois de

plus, mais cela a failli résulter en mésententes entre elles. Teacher persuade Tika plutôt

de ne pas prolonger cette affaire afin que la réputation de Nsorhwe ne soit entraînée

dans la boue.

94
Tika reconnaît avoir participé d’une part ou d’une autre à la situation actuelle,

mais il est moins facile pour elle de s’en sortir. Elle dit qu’Efia est victime de la

manipulation de ses parents, autant qu’elle même. Selon Tika et Teacher, Efia doit être

heureuse que son enfant malformé n’ait été vu comme tel au village, car cela y aurait

suscité un tumulte : certaines vieilles dames auraient été accusées d’avoir causé ce

malheur par sorcellerie.

En guise de conclusion à ce chapitre, il a été question de la traduction des six

premiers chapitres du roman et du résumé des six autres qui restent. Le chapitre suivant

s’intéresse à la critique de la traduction.

95
CHAPITRE TROIS

3.0 ANALYSE DE LA TRADUCTION

Kate James (« Cultural Implications for Translation », Translation Journal,

Volume 6, No. 4, October 2002) cite Eugène Nida (1964 : 130) en faisant part du fait

que les problèmes de traduction peuvent varier en étendue selon la lacune culturelle et

linguistique existant entre les deux (ou les plusieurs) langues en question. Selon elle, les

traducteurs font face de manière permanente à comment contourner les aspects culturels

implicites dans un texte source, et au problème de trouver la technique convenable pour

transmettre ces aspects avec succès dans la LA. De la même façon, nous reconnaissons

que les problèmes de traduction qui se posent entre la langue source (LS - l’anglais) à

partir de notre roman d’analyse, et la langue d’arrivée (LA - le français) sont composés

des niveaux linguistique et culturel.

3.1 Analyse du point de vue linguistique

Ce sont des problèmes de lexique qui se dévoilent au niveau linguistique de notre

analyse. A travers l’analyse lexicale suivante se décèlent les procédés de Vinay et

Darbelnet tels que l’équivalence, la concentration, la dilution ainsi que le plan du réel et

le plan de l’entendement. Le procédé d’équivalent fonctionnel et certains points de vue

analytiques de Peter Newmark, la théorie développée par George Mounin (1963) citée

par Kate James (October 2002) et le procédé de visualisations dont Paul Kussmaul cite

Danica Seleskovitch et Lederer (1989 : 25-26) se repèrent également à ce stade.

96
Notre texte source révèle à la troisième page l’énoncé « cash, fine sweet cash »,

un idiolecte qui prend sa source de la langue parlée. Le dictionnaire Collins Robert

(21st century edition) propose des options compte tenu du contexte dans lequel figure

l’adjectif « fine » vis-à-vis du substantif «cash » qu’il qualifie. L’équivalence

« précieux » est la meilleure option dans la mesure où l’argent est rapproché aux bijoux

en matière de valeur. Cela fait ressortir le sens connoté du mot en rapport avec le

référent, et met en évidence le point de vue de l’auteur.

Quant à l’adjectif « sweet » nous avons proposé une expression pour rendre une

traduction littérale d’une idée ancrée dans le langage familier : « métal...qui rend la vie

belle ». Nous faisons allusion à un sujet (l’argent) dont la valeur rend du plaisir,

comparable au plaisir que rend la nourriture. La traduction de l’énoncé source comme

« les sous, les bons sous, » appliquant le procédé de concentration, fait allusion à la

nature familière de l’énoncé dans la LA, mais ne rend pas compte de l’effet de l’énoncé

source. Le procédé de traduction appliqué à ce niveau à partir de quoi la version cible

acceptable devient « l’argent, métal précieux qui rend la vie belle » est celui de

l’équivalence descriptive (Peter Newmark, pp. 83-84).

A cette étape se présente aussi un problème de traduction dans l’énoncé suivant :

Bury any shred of hope you have for a possible reconciliation


down a million-mile pit »... « Even when you were functioning
down there, did I ask you back when you left me for your
chicken soup? How much more now that you are nothing but a
miserable piece of potato! (p.20)

Le procédé à appliquer est celui de l’équivalence, et pour commencer, nous considérons

la première phrase de l’énoncé comme une unité de traduction. Les troisième et


97
quatrième phrases de l’énoncé renferment des significations connotatives qu’il faudrait

faire ressortir avec des versions équivalentes. Les expressions dont il s’agit dans la

troisième phrase sont « when you were functioning down there » et « chicken soup », et

« a miserable piece of potato » pour la quatrième phrase.

Prenant tous ces repères en considération, nous proposons la version suivante

comme l’équivalence de l’énoncé (avec les équivalents des expressions connotatives en

caractères gras) :

Enterre tout grain d’espoir que tu as pour une réconciliation


éventuelle dans un trou d’une profondeur d’un million six cent
mille kilomètres !...Même quand tu étais puissant, je ne
t’avais demandé de retourner quand tu m’avais quitté pour
ton potage au poulet, à plus fort raison maintenant que tu
n’es qu’un pitoyable bout de patate !

En plus de cela, l’expression « Just keep giving it to me good » (p.25) est à

considérer. C’est un idiolecte dont la traduction littérale ne ferait pas ressortir l’effet ou

le sens exact dont l’auteur compte ressortir. Il faudrait donc le procédé d’équivalence

pour atteindre ce but. Nous la traduisons donc comme « Continue seulement de me faire

ça bien ».

D’ailleurs, l’expression métaphorique « a dead penis » (p.18) appartient au

langage vulgaire et dont la traduction demande une équivalence pour rendre l’effet

exact. Nous proposons ainsi l’expression « une pine impuissante ». L’expression « She

left home and headed out, (saying nothing to anyone) » (p. 30) constitue un problème de

traduction au niveau lexical. Une traduction littérale de cette expression aboutirait à la

surtraduction. Pour cela, nous emploierons le procédé d’équivalence à travers lequel

nous aurons la traduction suivante : « Elle avait quitté la maison pour une destination
98
inconnue, (sans dire un mot à quelqu’un). » Notre envie d’adopter cette version est due

au fait que nous comptons rendre sur le lectorat de la LA le même effet ou presque,

produit sur le lectorat de la LS.

« Monkey humility » (p. 52) est une expression provenant de l’anglais pidginisé,

identique à des collocations telles que « monkey business » ou « monkey tricks » qui

sont applicables au contexte des affaires. Les deux derniers composants signifient la

malhonnêteté dans les affaires ou les relations, l’accent étant mis sur le mot « monkey. »

Dans ce sens, nous traduisons l’expression comme « une humilité trompeuse», par le

procédé d’équivalence. De la même façon, une expression typiquement idiosyncrasique,

ou de pidgin verbalisé telle que «Don’t you dare madam me so monkey-politely » (p.

54) ne pourrait être traduite littéralement puisque cela risquerait de perdre son effet. A

travers le procédé d’équivalence, nous traduisons l’expression comme la suivante,

prenant en considération le sens de la première partie du mot composé (monkey) : « Je te

défends de m’appeler madame avec une telle politesse trompeuse ! »

« Luck, luck, be on my side ». (p. 53) est une expression dont la traduction

littérale serait moins acceptable. Nous proposons ainsi une équivalence telle que « Que

le bonheur me sourie ». En plus, les expressions « all-male cart pushers » et « all-female

customers » (p. 7), appartenant à la catégorie ci-dessus, font également référence aux

fonctions ou activités des hommes et des femmes respectivement, que la tradition avait

établies dans la société ghanéenne ou ouest africaine. Ainsi, seuls les hommes sont

charrons, et les denrées alimentaires sont vendues seulement par les femmes. Selon le

style de l’auteur, les adjectifs « all-male » et «all-female » sont employés

emphatiquement, ainsi que pour faire montre d’un jeu de mots. Une traduction
99
respective de ces expressions comme « les tout masculins charrons » et «leur toutes

féminines clientes » fait preuve de la traduction littérale. En tant que des aspects

linguistiques ayant des implications culturelles pour la traduction, nous suggèrerons

respectivement comme des équivalences les expressions « les charrons tous les deux de

sexe masculin » et « leurs clientes toutes de sexe féminin ». Cela servira non seulement à

assurer le sens exact mais aussi le jeu de mots créé par l’auteur.

L’énoncé « easing grounds » (p. 32) évoque aussi un problème de traduction au

niveau lexical. Nous proposons « lieu de défécation, » comme équivalence, de même

que l’expression « a do-you-take-me-for-a-fool glare » (p. 34) auquel nous proposons

«un regard méfiant ». L’expression « to mete out kangaroo justice to him » (p. 9) pose

aussi un problème de traduction au niveau du lexique. La collocation « kangaroo

justice » est une expression péjorative et un idiolecte façonné d’après la collocation

« kangaroo court » qui signifie « tribunal révolutionnaire » (ou illégal). L’expression

familière « lui régler son compte » est proposée à partir du procédé d’équivalent

fonctionnel (Newmark, 1988 :83) qui, néanmoins ne rend pas compte de la manière

immédiate de l’action impliquée dans l’expression de la LS. Il y a donc une perte dans

cette version de la traduction (Vinay et Darbelnet, 1958 : 163).

Il y a un problème métalinguistique dans l’énoncé suivant: « Her daughter was

growing up on the wrong side of the tracks, she knew » (p.11). Comme l’indiquent

Vinay et Darbelnet (1977:257) dans cette allusion « portant sur des faits très

particuliers, intimement liés à la vie d’une nation, il faut renoncer à toute traduction et

chercher simplement à faire comprendre au lecteur de quoi il s’agit ». 12 Ce point de

vue est le même que celui de Mounin (1963) 13 selon lequel la compréhension exacte de
100
la notion est ce qui importe dans la traduction et non pas l’emphase sur la référence de

la LS.

En plus, il y a un exemple qui sous-tend l’expression en question. Il s’agit de la

traversée fréquente des villes américaines par la voie du chemin de fer, ce qui résulte en

le fait que les habitants se trouvent répartis des deux côtés de la voie. Ainsi il y a

toujours un côté plus chic par rapport à l’autre à chaque ville, et d’où l’expression ‘ a

right side and a wrong side of the tracks ’. 14 Pour ressortir le sens exact de la notion,

nous faisons référence au contexte qui révèle la vie pitoyable du personnage, Bibio, et

ses frères et soeurs abandonnés par leur père. La mère s’occupait seule d’eux à partir de

la vente du poisson, de l’aube au crépuscule, et ils s’habillaient tous du dépotoir. Nous

traduisons donc l’expression comme : « Elle savait que sa fille grandissait dans les

milieux des zonards ».

L’expression « angry blow » (p. 10) est un idiolecte. Selon la théorie développée

par Mounin (op cit) qui insiste sur la notion et non sur la référence de la LS, nous

proposons la version « un coup brutal et furieux » comme la traduction de l’expression.

En outre nous analysons l’énoncé « She gave them good money ; they gave her good

sex » (p. 18) qui fait preuve du jeu idiosyncrasique de mots par l’auteur. Nous faisons

référence à la théorie de Mounin (op cit) qui souligne l’importance de la signification du

lexique de la LS, afin que la version cible réalise la fonction exacte envisagée par

l’auteur du texte source. Les expressions qui retiennent notre attention sont surtout

«good money » et «good sex » dont les traductions sont respectivement « fortes sommes

d’argent » et « de la satisfaction sexuelle. » En somme, nous traduisons l’énoncé

comme : « Elle leur donna de fortes sommes d’argent ; ils lui assurèrent de la

satisfaction sexuelle ».
101
L’énoncé suivant est aussi digne d’analyse : « The chief thinks that it is in the

interest of the village that Akorti carries his wilful and undisciplined penis away from

here before he impregnates another twelve girls » (p.30). L’emploi du procédé de

traduction littérale ne rendra pas compte du sens exact de cette expression qui fait

preuve du style individuel de l’auteur et qui appartient au langage vulgaire. Ainsi nous

recourons à la théorie de Mounin (op cit) qui met l’accent sur l’importance de la

signification du lexique afin que l’énoncé cible qui est la version française, remplisse sa

bonne fonction. De ce fait, l’énoncé entier se traduit ainsi : « Dans l’intérêt du village,

Akorti est banni du village, selon le chef, afin de l’empêcher d’engrosser douze autres

filles ».

L’énoncé idiolectal « To sighs » (p. 31) signifie un fait extralinguistique qui pose

un problème de traduction. Nous considérons le fait que l’action dont il s’agit se passe

juste après une autre. Employant la théorie de Mounin (op cit) qui met en relief

«l’importance de la signification du lexique de la LS » afin que la version cible

remplisse sa bonne fonction, nous traduisons l’énoncé comme : « Des soupirs furent

poussés après cette parole ».

La locution suivante présente une implication lexicale pour la traduction: « She

got her son, his friend and Bibio, and gathered up the clothes, and headed for the police

station» (p.12). La traduction de cet énoncé demande l’emploi du procédé du passage du

plan du réel (l’énoncé source) au plan de l’entendement (l’énoncé cible) (Vinay et

Darbelnet, op cit : 58). Selon ces experts linguistiques,

102
Par le plan du réel nous entendons le plan sur lequel la

représentation linguistique côtoie la réalité concrète. Le

plan de l’entendement est un niveau d’abstraction auquel

l’esprit s’élève pour considérer la réalité sous un angle

plus général. 15

Dans leur analyse comparative des énoncés français et anglais, ils concluent que :

« D’une façon générale les mots français se situent généralement à un niveau

d’abstraction supérieure à celui des mots anglais correspondants ». 16 Nous proposons

ainsi la traduction comme : « Elle réunit son fils, l’ami de son fils et Bibio, et rassembla

les habits et tous se dirigèrent vers le commissariat de police ».

La locution « free and fair » (p. 10) est un idiolecte employé adverbialement par

l’auteur. Le procédé de concentration de Vinay et Darbelnet (op. cit : 183) indique que

dans la traduction, la même idée d’une langue a quelquefois besoin de moins de mots

dans une autre. « En d’autres termes, au même signifié correspondent des signifiants

d’inégale longueur » (op. cit : 183). Vinay et Darbelnet donnent un exemple courant de

concentration en anglais comme « not », par rapport à « ne…pas », en français. Ils

donnent d’autres exemples de concentration en anglais, tels que « asylum » (« le droit

d’asile »), « to make amends » (« faire amende honorable »). De ce fait, nous traduisons

« free and fair » par « librement ». De la même manière, nous la traduisons l’expression

« to sit back and wait » (p.21) comme « attendre patiemment ».

Au niveau lexical se présente à partir de l’expression « I did » (p. 43) un aspect

de grammaire de cas, à savoir « case-gaps » 17 (lacunes de cas), ce que le traducteur doit

remplir dans la LA. Pertinente à l’expression en question est la première de quatre


103
catégories de ces « case-gaps » préconisées par Newmark (op cit) : (1) obligatoire (2)

impliqué (3) facultatif (4) supplémentaire. La première qui est fondamentalement

syntaxique demande à combler la lacune, soit parce que l’énoncé source est ambigu

sinon linguistiquement défectif, soit parce que la syntaxe de la LA le demande selon le

contexte, comme l’expression ci-dessus. Nous proposons ainsi la traduction de

l’expression comme « Je t’avais appelé ». De la même façon, la traduction de

l’expression « they wouldn’t have » (p.43) demande à être comblé dans la LA, d’où la

version « Ils ne l’auraient pas toléré ».

Il s’agit dans l’expression « My lord » (p. 43) d’une appellation provenant d’une

femme à son homme dans le contexte d’un mariage coutumier. Bien que ce titre ou cette

appellation évoque également d’autres contextes tels que la religion et la chevalerie c’est

justement ce contexte-là qui avait influencé son choix par l’auteur. Nous traduisons donc

l’expression comme « mon maître ». A considérer également est l’expression « And we

will let it trickle down and spread » (p. 49) dont la traduction littérale ne ressortirait le
18
sens exact. Pour cela, nous recourons au procédé de « Visualisations » dont Paul

Kussmaul fait part dans son article « Observing Visualisations », contribué dans

European Society for Translation Studies. Selon lui, « Visualisations » peut avoir lieu à

certains stades du processus de la compréhension de textes sources, résultant en des

traductions créatives. Les traductions créatives, pour le compte de ce travail, se

définissent comme des traductions comportant des changements en comparaison avec le

texte source, y amenant ainsi quelque chose de nouveau. Prenant en compte ces points

de vue, nous traduisons l’expression comme : « Nous ferons en sorte que toute la famille

en bénéficie ».

104
Ensuite, à travers le procédé de dilution (Vinay et Darbelnet, op cit : 183) se

traduit l’expression suivante « her God-given courage » (p. 50) comme « Son courage

d’inspiration divine ».

3.2 Analyse du point de vue culturel

L’aspect culturel comprend cinq catégories à savoir l’écologie, la culture

matérielle, la culture sociale, les organisations, coutumes, activités, procédures,

concepts, et les gestes et habitudes (Newmark (op cit : 95). Ce sont les cultures

matérielles, sociales et concepts (culturels) qui sont pertinents à notre analyse. Quant

aux sous-catégories, la culture matérielle recouvre la nourriture, les habits, les maisons

(et les villes) et le transport tandis que la culture sociale s’intéresse au travail (et au

loisir) (Newmark (op cit : 95). Il est remarquable que certains lexiques comportent aussi

des implications culturelles voire sociales.

3.2.1 Culture matérielle et concept culturel

Cette rubrique d’analyse englobe des sous-catégories telles que la nourriture, les

habits, le transport et les maisons. Elle comporte aussi les procédés d’équivalence

(francophone ouest-africain), équivalents fonctionnel, culturel et descriptif, et emprunt

(Newmark), adaptation (Vinay et Darbelnet), et la théorie de Mounin.

« Fufu » (p. 44) est une nourriture traditionnelle du Ghana et de certains pays de

la sous-région ouest – africaine. Il y a deux variétés de ce genre de nourriture, c’est-à-

dire, celle préparée avec de l’igname ou celle avec du manioc comme démontre le

contexte de la LS. Bien qu’il n’y ait pas d’équivalence de cet aspect culturel dans la LA,

105
la culture francophone ouest africaine où cette nourriture est connue, en fournit un : «

foutou. » En plus, la sous-région francophone fait la distinction entre les autres variétés,

à savoir « foutou igname » ou « foutou banane ». En tant que terme dialectal, nous

proposons l’équivalence francophone ouest-africaine qui est également dialectal :

«foutou ».

« Palm-nut » (p. 57) sont des fruits des palmiers qui sont des arbres nourriciers

cultivés surtout en Afrique occidentale. A partir des fruits, communément appelés « les

graines de palme », se produit de « l’huile de palme » ainsi que de la sauce aussi appelée

« sauce graine » en Afrique francophone occidentale. Compte tenu de ces facteurs

(qu’ignore le dictionnaire Collins Robert que nous utilisons), nous traduisons « palm-

nut» en adoptant le procédé d’équivalent descriptif : « graines de palme ».

Quant à l’expression « tiger-nut seller » (p. 8), cela fait référence à une activité

culturelle propre à la société ghanéenne. « Tiger-nut » est un type de noix produit

localement et vendu par les femmes. Le procédé approprié pour rendre compte de ce

problème de traduction est l’emprunt qui, malgré la création d’une couleur locale,

demanderait une explication dans l’annexe 1. Ainsi la traduction de l’expression « a

tiger-nut seller » devient « une vendeuse de tiger-nut ».

Selon Newmark (op cit : 47), les mots culturels des textes expressifs comme The

Housemaid sont transférés intacts, pour rendre ainsi la couleur locale. Le mot

« akpeteshie» dans l’expression « a vibrant akpeteshie seller » (p. 3) est donc emprunté à

la LA, résultant en la version « une vendeuse dynamique d’akpeteshie, » et expliqué

dans le glossaire à la fin. Dans l’énoncé « a faded cover cloth » (p. 5), il s’agit d’une

106
situation provenant de la culture de l’auteur et créant une lacune dans la LA. La

collocation est aussi un sociolecte. Au Ghana, comme dans certains pays de l’Afrique

occidentale tel que le Nigéria, l’expression en question désigne un des trois morceaux de

pagne qui constituent l’habillement traditionnel des femmes. Ce troisième morceau de

pagne sert entre autres à attacher les enfants au dos. C’est indéniablement ce morceau de

pagne qui était utilisé pour attacher le nouveau-né abandonné autour duquel tourne

l’histoire. Cette réalité culturelle à laquelle l’auteur fait allusion en anglais est

inexistante en français. Ainsi, il y a une perte dans sa traduction en français comme

«pagne » à partir du procédé d’équivalent fonctionnel (Newmark, op cit : 83), car c’est

un mot générique qui ne rend pas compte de la réalité dont il s’agit. Pour contourner ce

problème, nous avons recours à une explication dans l’annexe 1.

Dans cette catégorie de culture matérielle figure aussi l’énoncé « outlandish kaba

styles» (p. 33) qui est une expression dialectale englobant un concept culturel. Il s’agit

des modèles spécifiques d’habillement féminin appelés « kaba » et connus dans certains

pays de l’Afrique de l’Ouest tels que le Ghana et le Nigéria. Puisqu’il n’y a pas

d’équivalence de ce mot en français, nous l’empruntons intact à la LA (Newmark, op cit:

47). Nous traduisons ainsi l’expression comme : « des modèles extravagants de kaba »

(avec une explication dans l’annexe 1). La marque de la voiture dans l’expression « the

dark blue Toyota Carina, » est empruntée à la LA (Newmark, op cit : 81), d’où la

version « la Toyota Carina de couleur bleu-foncé » (avec une explication dans l’annexe

1).

La collocation « compound house » est un terme sociolectal qui fait allusion

culturellement à une maison faisant un enclos où habitent plusieurs personnes. Il s’agit


107
d’une sorte d’habitation caractéristique du milieu rural. A travers le procédé

d’équivalent culturel (Newmark op cit : 82), nous proposons la traduction de ce

phénomène par l’expression connue du milieu francophone ouest-africain : « cour

commune ».

L’implication culturelle de ce concept « pesewa » pour la traduction est

considérable dans l’expression « not a pesewa came from their father » (p.11). En tant

que concept culturel propre à la société ghanéenne, son emprunt à la LA résulterait en sa

prononciation inexacte par un lecteur non idéale appartenant à la LS (Coulthard, 1992)

et rendrait aussi l’expression lourde. Puisque le but de toute traduction est de rendre

l’équivalence de l’effet de la LS, nous emploierons le procédé d’adaptation (Vinay et

Darbelnet (op cit : 52-53) à partir duquel nous proposons la version « sou » pour traduire

l’expression comme la suivante : « Pas un sou ne venait de leur père ».

De la même façon, une partie de l’énoncé suivant pose un problème conceptuel :

«If she was going to satisfy her people back home, then, God knows, she needed every

cedi ». Le complément d’objet direct de la proposition principale de l’énoncé, à savoir

« every cedi », est ce dont il s’agit. La partie de la phrase en question fait référence à la

monnaie courante du Ghana qui n’est pas directement transposable en français.

L’adoption de son équivalent, le « franc », ne transmettrait pas non plus la même réalité

culturelle requise par le contexte. D’ailleurs, l’emprunt de cette devise ghanéenne par la

LA risquerait de faire manquer l’apport exact même à un lecteur idéal de la LS

(Coulthard, 1992, cité par Kate James dans Translation Journal, Volume 6, No. 4,

108
October 2002) dont la connaissance culturelle sur le Ghana est peu profonde. Nous

appliquerons donc la théorie de Mounin (op cit) selon laquelle la compréhension exacte

de la notion importe au lieu d’un accent mis sur la référence de la LS. A partir de ce

point de vue, nous traduisons le complément d’objet comme « tout dernier jeton », et la

traduction de l’énoncé entier devient : « Si elle comptait satisfaire à sa famille au village,

alors, Dieu sait qu’elle avait besoin du tout dernier jeton ».

3.2.2 Culture sociale

Selon Newmark, cette phase recouvre le travail et le loisir, mais nous y incluons

des aspects qui sont aussi pertinents, c'est-à-dire ayant des implications sociales. Les

procédés en jeu sont l’adaptation (Vinay et Darbelnet), l’équivalent dynamique (Eugène

Nida), l’emprunt et certains points de vue analytiques de Newmark.

Le substantif nominal « a male truck pusher » (p. 6) est un dialecte dont la même

réalité culturelle n’est pas exprimable en français. En plus, la situation en question

découle d’une situation culturelle qui existe au Ghana ainsi qu’aux autres pays ouest

africains, mais pas en France ou en Europe. Il s’agit d’une personne qui transporte des

bagages ou des marchandises par le moyen d’une charrette. The Housemaid explicite

cette situation où les hommes transportent les marchandises des femmes qui, seules, sont

les vendeuses des condiments dans les marchés. L’adjonction dans l’énoncé source de

l’adjectif qualificatif « a male » n’est que pour des raisons d’emphase et ne demande pas

à être traduit séparément. A travers le procédé d’adaptation, la traduction du terme par

l’expression « pousse-pousse » est une sous traduction car le terme fait allusion à un

109
promeneur ou une promeneuse. Nous proposons ainsi le terme « charron » comme la

traduction de l’énoncé en question, toujours par le procédé d’adaptation.

La collocation « market mummies » (p. 18) est une expression qui exprime un

phénomène socioculturel au Ghana. En tant que situation socioculturelle inexistante en

France et donc impossible de transposer dans la LA, nous employons le procédé

d’équivalence dynamique (Nida, 1964 :129) 19 qui essaie de rapprocher le récepteur aux

modes de comportement pertinents dans le contexte de sa propre culture, sans insister à

ce qu’il comprenne la structure du contexte de la LS. Le phénomène se réfère au statut

social qu’atteignent certaines commerçantes ghanéennes à cause de la magnitude de

leurs activités commerciales. Elles achètent les marchandises en grandes quantités et les

revendent en détails. La traduction de la collocation demande donc l’application de ces

caractéristiques sans quoi l’implication culturelle sera ratée dans la LA. De ce fait,

l’énoncé « one of the wealthy market mummies » se traduit comme « une des riches

marchandes ».

Le terme « Teacher » (p. 34) est employé au cours de l’histoire comme le surnom

d’un personnage. Comme indiqué dans l’introduction à cette analyse, certains éléments

lexicaux comportent des implications culturelles, voire sociales. Le terme en question

(Teacher) recouvre, de sa part, un concept social. Nous l’empruntons à la LA, car sa

traduction ne rendrait pas le même effet comme le terme source.

« Class mother » est une collocation qui décrit une situation sociale existante au

Ghana. C’est un surnom donné à une fille inscrite à l’école à un âge bien au-dessus de

l’âge limite d’inscription ou de scolarisation des enfants, par les autres enfants de

110
l’école. Cette collocation, qui est originaire de la langue locale dont dispose l’auteur, est

la traduction directe du phénomène. Ce phénomène n’existe pas dans la société

française, et pose ainsi un problème de traduction. D’après Peter Newmark (op cit : 47),

les composants expressifs (les structures syntaxiques rares, les collocations, les

métaphores, les mots employés particulièrement, les néologismes, etc.) d’un texte

expressif doivent être traduits avec précision sinon littéralement. Ainsi nous traduisons

la collocation « class mother » comme «maman de classe ». Nous avons préféré le mot

«maman » à celui de « mère » car le registre en question est attribué aux enfants du

niveau du cours primaire un.

Ensuite, la collocation « school madam » a le même phénomène social expliqué

ci-dessus et nous l’analysons selon le point de vue de Newmark (op cit : 47). Selon le

texte, l’énoncé que nous analysons provient d’un groupe de maîtres qui se moquent

d’une fille inscrite à l’école à un âge dépassant l’âge limite de scolarisation des enfants.

Au niveau scolaire, le nom « madam » se réfère à une maîtresse d’école, mais la

collocation « school madam » est un surnom donné à une élève plus âgée que les autres

et dont on se moque en la comparant à une maîtresse. Considérant les facteurs ci-dessus,

nous traduisons la collocation comme «une maîtresse d’école ».

L’expression « class one » (p. 34) indique le niveau premier du système scolaire

anglophone. Elle comporte des implications sociales pour la traduction, d’où le besoin

d’une équivalence fonctionnelle (Newmark, op cit : 83). A cet égard, sa traduction vis-à-

vis de l’échelle scolaire francophone est ce qu’on appelle communément « C. P. 1 » ou

bien Cours Primaire un.

111
3.3 Distinction lexicale

Il a été évident à partir du style de l’auteur qu’un énoncé anglais a la possibilité

d’affectionner l’emploi de deux ou plusieurs mots là où le français en demande un seul.

D’ailleurs, une expression anglaise tend à tolérer la répétition d’une idée dans la même

proposition contrairement au français.

Nous avons décelé des exemples comme les adjectifs « big and generous » (p.

38) dans l’expression « But if the forgiving heart of the living is big and generous

enough… ». La version « généreux » a été proposée pour l’expression en question, la

proposition entière devenant « Mais si le cœur clément du vivant est assez généreux… ».

Ensuite, l’expression « calm and composed » dans l’élocution « She remained calm and

composed » (p. 38) a été rendue par « calme », l’élocution entière devenant « Elle était

restée calme ».

Dans l’énonciation « Convincing them to comply took time, tact and energy » (p.

40), nous avons mis l’accent sur l’expresssion « Convincing them to comply » et nous

avons proposé la version suivante pour l’énonciation entière: «Il a fallu du temps, de la

délicatesse et de l’énergie pour les convaincre ». En plus, l’expression « …going over

their mission again » dans la déclaration « Then Teacher set the ball rolling, going over

their mission again » (p. 41) est digne d’attention. Ayant proposé la version

« …reprenant leur mission », nous avons traduit la déclaration entière comme « Puis

Teacher lança l’affaire, reprenant leur mission ».

La proposition subordonnée suivante est aussi un exemple : « …because the

whole house will be in her complete care… » (p. 41). Ayant mis l’accent sur « complete
112
care », nous l’avons traduite comme, «…car elle sera chargée de toute la maison… ».

Nous avons employé à ce niveau le procédé de transposition. En plus, la proposition

relative « …who snorted angrily » dans le déclaré « He can’t, she told the old lady, who

snorted angrily » (p. 41), appartient aussi à cette catégorie d’exemples. La traduction

proposée était : ‘« Il pourra pas », dit-elle à la vieille dame, qui grogna.’

D’ailleurs, l’expression « …and even nodding eagerly at some points in

agreement… » (p. 43) a été traduite comme « …et même hochant la tête avec

enthousiasme par endroits pour signifier son accord… ». Les parties suivantes de

l’expression ont été prises en considération : « nodding eagerly…in agreement ». A la

même page se révèle également l’énonciation, « Her husband stared her directly in the

face… », dans laquelle nous avons souligné l’expression, « …stared her directly in the

face… ». La traduction proposée à l’énonciation était « Son mari la dévisagea. »

Dans la proposition « I will urge her…to adopt the child, make it hers » (p. 48),

nous avons repéré l’expression « to adopt the child, make it hers », et nous avons ainsi

traduit la proposition entière comme « Je vais lui conseiller vivement… d’adopter

l’enfant ». A la page 50 se découvre également l’élocution « …when an imminent clash

loomed… » à partir de laquelle nous avons respectivement mis en relief l’adjectif et le

verbe « imminent » et « loomed ». La version cible de l’élocution est devenue alors

« quand il est apparu qu’une dispute était imminente.» Cette version ne fait pas preuve

de la répétition comme dans l’original.

L’expression suivante renferme aussi une répétition : « …a very good second-

hand car in fine condition » (p. 51). Nous avons relevé respectivement l’adjectif

113
comparatif et l’adjectif prépositif « very good » et « in fine condition » et nous avons

traduit l’expression entière comme « une très bonne voiture d’occasion ». Quant à

l’énonciation « …another pair of inquisitive eyes peering over her shoulder » (p. 51),

nous avons remarqué l’adjectif et la préposition verbale respectifs, « inquisitive » et

« peering over » qui font apparaître une répétition. La version cible proposée était « une

autre paire d’yeux curieux regardant par-dessus son épaule ».

L’énonciation « …praying for my luck to shine » (p. 52) révèle une répétition à

travers les mots « luck » et « to shine. » La traduction proposée était « …je prie pour que

le bonheur me sourie ». Il en est de même pour la déclaration, «Efia was doubled up in

the house, clutching her belly and laughing her guts out » (p. 55). Nous l’avons traduite

simplement comme «Efia se tordit de rire dans la maison ».

Une répétition se trahit aussi dans l’énoncé « …dreaming dreams and thinking

thoughts… » (p. 57), ce que nous avons rendu en francais comme «…se revassant…»

D’ailleurs, l’élocution « …a big grin on her face » (p. 57) fait remarquer une répétition

à partir de l’expression « grin on her face », ce que nous avons traduit comme « …avec

un grand sourire ».

3.4 Particularités orthographiques

Nous avons entrepris un inventaire des lexies utilisées par l’auteur présentent des

différences en orthographe par rapport au dictionnaire Collins Robert (21st Century).

The Housemaid note « city-dwellers » (p. 41) tandis que le dictionnaire démontre « city

dwellers », « hold-up » (p. 50) est plutôt « holdup », et « summon » devient « summon

up » dans le dictionnaire. Des mots ou des expressions comme « second-hand » (p. 50),

« shuffling » (p. 53), « rundown » (p. 55) et « making a face » (p. 57) sont plutôt notés

dans le dictionnaire comme «secondhand », « shuffle », « run-down » et « making


114
faces » respectivement. En plus, il y a des mots forgés par l’auteur et que nous décrirons

ainsi comme « darkoniens » : « unflustered » (p. 53) et « stewing » (p. 54).

3.5 Validation des Hypothèses

Nous reconnaissons à partir de cette analyse qu’aux niveaux linguistique et

culturel, il n’y a pas d’ordre spécifique quant à la composition des problèmes de

traduction. Autrement dit, ces deux aspects constituent également les problèmes de

traduction. Néanmoins, les problèmes consistent majoritairement des éléments lexicaux

qui rendent compte de l’idiosyncrasie de l’auteur, et que nous avons contournés à l’aide

des procédés appropriés. Au sujet de l’aspect culturel, bon nombre des mots sont

empruntés à la langue d’arrivée.

Il est à rappeler en fin de compte que tous les noms propres ont été empruntés

tels quels à la langue d’arrivée (Newmark, op cit : 82). Cependant, certains n’ont pas du

tout été désignés, à savoir le nom du père de Tika et celui de la grand-mère d’Efia. Ce

n’est qu’au sixième chapitre que le nom de la mère d’Efia est mentionné.

115
CONCLUSION

Nous avons entrepris dans cette étude intitulée The Housemaid d’Amma Darko :

Traduction commentée des six premiers chapitres, la traduction et l’analyse des six

premiers chapitres de l’œuvre littéraire, The Housemaid. Dans l’œuvre, il s’agit des rôles

de sept femmes et de l’abandon conséquent d’une nouveau-née morte. Avant la

découverte de ces rôles, les hommes et les femmes s’accusent généralement d’être

responsables du sort du bébé.

Cette étude est composée de trois chapitres. Le premier chapitre intitulé

« Approche épistémologique » était au sujet du cadre théorique et la méthodologie

employés dans l’analyse. Nous avons étudié les trois théories de traduction explicitées

par Inês Oseki-Dépré (op cit), à savoir les théories prescriptives ou classiques, les

théories descriptives ou modernes et les théories prospectives ou artistiques. Les

premières demandent à ce que les structures de la langue source soient imposées à la

langue d’arrivée. Quant aux deuxièmes, elles insistent sur « la fidélité au contenu qu’aux

beautés stylistiques de l’original » (p. 46) tandis que les troisièmes se rapportent à une

activité de traduction ouverte et artistique. Nous avons employé les théories descriptives

dans notre analyse afin de maintenir fidèlement le contenu de notre texte original.

En ce qui concerne la méthodologie, nous nous sommes basé sur celle préconisée

par Peter Newmark (op cit), adoptant généralement la traduction sémantique compte

tenu du fait qu’il s’agit d’une œuvre littéraire. Néanmoins, la traduction communicative

est employée là où la version cible essaie de produire un effet aussi proche que celui du

texte original. Nous avons aussi employé la traduction littérale comme la méthode

116
initiale, et l’unité de traduction a été au niveau de la phrase. Les procédés de traduction

établis par Vinay et Darbelnet, Georges Mounin et Newmark ont été exploités.

Le deuxième chapitre (« L’Activité traduisante ») se rapporte à la traduction de

l’œuvre de l’anglais en français. Il s’agit à ce niveau de la mise en jeu de la

méthodologie que nous venons de résumer. Il a été question de comment traduire des

expressions à majorité idiolectales, et dialectales à un certain niveau, ainsi que des

expressions familières, à travers des processus détaillés et des procédés tels que

l’équivalence, la concentration, la dilution, le plan du réel et de l’entendement (de

Vinay et Darbelnet), le procédé d’équivalent fonctionnel (de Peter Newmark) et la

théorie de George Mounin (qui met l’accent sur la compréhension exacte de la notion au

lieu de l’accent sur la référence de la langue source). Nous avons également fait face à

certains mots ou concepts culturels, dont la majorité sont empruntés à la langue cible. Le

reste des chapitres (du roman) qui n’ont pas été traduits, c’est-à-dire de sept à douze, ont

été résumés.

Le chapitre trois dont le titre est « Analyse de la Traduction », marque l’étude de

la traduction. Cette étape a démontré le dépistage des problèmes de traduction dont les

solutions ont valu des processus détaillés ainsi que des procédés mentionnés ci-dessus, et

des versions appropriés. Nous avons illustré dans ce même chapitre la différence lexicale

entre le français et l’anglais dans la mesure où une idée se répète dans la même

expression anglaise, le français n’admet pas cette répétition. Des spécificités

orthographiques ont été aussi remarquées chez l’auteur.

117
Il est évident à partir de notre recherche que toutes les langues humaines

disposent des points communs en dépit de la divergence linguistique. Cela revient à dire

que chaque langue a sa propre manière d’exprimer toute situation. Ces points communs,

autrement dits « les universaux de langage » rendent ainsi possible la traduction d’une

langue à l’autre. Prenant en considération le domaine de la grammaire, chaque langue a

des propositions comprenant des mots qui ont chacun une prononciation un sens. En

plus, chaque langue a des pronoms, et elle fait une distinction entre les substantifs et les

verbes. Il y a aussi un accord entre les sujets et les objets. C’est donc les divergences et

les points communs qui rendent particulière la manière d’expression de toute situation,

dans toute langue. En ce qui concerne les méthodes descriptives que nous avons

utilisées, le passage à la fois interlinguistique et interculturel d’une langue à l’autre ne se

réalise pas sans se tenir fidèlement au contenu de l’original.

Finalement, nous rappelons que les œuvres littéraires sont des textes écrits aux

niveaux linguistiques de leurs auteurs. Elles sont ainsi pleines d’imagination, faisant

preuve de l’idiosyncrasie des auteurs. Il incombe au traducteur de se rendre compte que

ces éléments idiosyncrasiques qui constituent l’exception et la transgression (Logos

Multilingual Portal, 2004), sont des traits du style littéraire, et que la transgression

signifie l’existence des normes. Notre souhait est qu’à travers cette étude, d’autres

chercheurs seront encouragés à savoir ces normes, pour mener à bien des travaux de

traductions littéraires, afin de contribuer leur part à la dissipation de la notion

d’intraduisibilité des langues quelconques.

118
BIBLIOGRAPHIE

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2
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2006).
3
GEORGES Mounin, 1963 : Problèmes théoriques de la Traduction, Gallimard, page
59.
4
GEORGES Mounin, 1963 : Problèmes théoriques de la Traduction, Gallimard, pages
222-223.
5
INES Oseki-Dépré, 1999 : Theories et Pratiques de la Traduction litteraire, Paris,
A.Colin, page 55.
6
INES Oseki-Dépré, 1999 : Theories et Pratiques de la Traduction litteraire, Paris,
A.Colin, page 55.
7
ANTHONY Berman, 1984 : « L’Epreuve de l’Etranger, Culture et Traduction dans
l’Allemagne romantique », Gallimard, Essais, 1984, cité par Isabelle Larrivée ,1994 :
La Littéralité comme Traduction : Abdelkebir Khatibi et le Palimpseste des Langues,
Université Paris 13, page 12.
8
INES Oseki-Dépré, 1999 : Théories et Pratiques de la Traduction littéraire, Paris,
A.Colin, page 19.
9
INES Oseki-Dépré, 1999 : Theories et Pratiques de la Traduction littéraire, Paris,
A.Colin, page 97.
10
INES Oseki-Dépré, 1999 : Théories et Pratiques de la Traduction littéraire, Paris,
A.Colin, page 97.
11
J.- P. Vinay et J. Darbelnet, 1977 : Stylistique comparée du Français et de l’Anglais,
Didier, page 31.
12
J.- P. Vinay et J. Darbelnet, 1977 : Stylistique comparée du Français et de l’Anglais,
Didier, page 257.

121
13
KATE James, 2002 : « Cultural Implications for Translation », Translation Journal,
Volume 6, No. 4, (citant Mounin (1963)), extrait de http://www.proz.com/translation-
articles/articles/256/1/-Cultural-Implications-for-translation (le 1e avril, 2006).
14
J.- P. Vinay et J. Darbelnet, 1977 : Stylistique comparée du Français et de l’Anglais,
Didier, page 257.
15
J.- P. Vinay et J. Darbelnet, 1977 : Stylistique comparée du Français et de l’Anglais,
Didier, page 58.
16
J.- P. Vinay et J. Darbelnet, 1977 : Stylistique comparée du Français et de l’Anglais,
Didier, page 59.
17
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18
PAUL Kussmaul, 2005: « Observing Visualisations », European Society for
Translation Studies, extrait de www.est-
e
translationstudies.org/research.html#lapversusesp (le1 avril, 2006).
19
KATE James, 2002 : « Cultural Implications for Translation », Translation Journal,
Volume 6, No. 4, (citant Eugène Nida (1964 : 129)), extrait de
http://www.proz.com/translation-articles/articles/256/1/-Cultural-Implications-for-
translation (le 1e avril, 2006).
20
Logos Multilingual Portal, 2004, extrait de
e
www.logos.it/pls/dictionary/linguistic_resourses.cap_let_1_1b_en?lang=en (le 1 avril,
2006).

122
ANNEXE I

GLOSSAIRE DES TERMES PARTICULIERS

Chapitre 1

(a) Akpeteshie : une boisson alcoolique produite localement de canne à sucre, du


palmier ou de l’arbre de raphia.

(b) Pagne : la traduction de la version source par ce mot générique résulte en une perte
en français.

(c) Tiger-nut : un type de noix cultivé localement et vendu par les femmes.

Chapitre 3

(d) Quebec Inn : un centre de loisirs à Osiadan, le seul grand village avoisinnant le
village de Braha.

(e) Kaba : un modèle d’habillement féminin, connu en Afrique de l’Ouest, surtout au


Ghana et au Nigéria.

(f) Chicago Bulls : le nom d’une célèbre équipe américaine de basket ball.

(g) Wacko Jacko : le nom donné à Michael Jackson, un artiste américain, pour faire
référence à son agression sexuelle à enfant.

Chapitre 4

(h) Teacher : le surnom donné à un personnage dans le roman en fonction de sa


profession d’enseignant.

(i) Foutou : C’est une nourriture traditionnelle du peuple du Ghana ainsi que de la
plupart des groupes ethniques de la sous-region ouest–africaine. Il y a deux variétés
communes de cette nourriture, à savoir celle préparée avec de l’igname et l’autre avec du
manioc.

(j) Esprit : Etre immatériel ou incorporel, non visible mais dont les agissements sont
sentis par les vivants.

(k) Âme : Principe spirituel de l’homme, conçu comme séparable du corps, et immortel.
(Selon la croyance chrétienne, cet aspect immortel de l’homme est jugé par Dieu).

(l) Le défunt : Celui qui est mort.

123
Chapitre 5

(m) Toyota Carina : la marque d’une voiture japonaise produite entre 1970 et 2000.

Chapitre 6

(n) Kill-Me-Quick : un bar à Kataso où l’alcool local (akpeteshie) est vendu.

(o) Maame Amoakona : le nom de la mère d’Efia, la bonne de Tika. (Ce nom n’était
pas déclaré jusqu'au sixième chapitre, mais il est aussi remarquable que le nom de la
grand-mère d’Efia n’était pas du tout déclaré tout au long de l’histoire.)

124
ANNEXE II

COPIE DU TEXTE ORIGINAL THE HOUSEMAID (LES SIX PREMIERS


CHAPITRES)

125

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