L’autonomie financière des collectivités territoriales dans
la jurisprudence du Conseil constitutionnel
André Roux
Professeur à l'Institut d'études politiques d'Aix-en-Provence
Extrait de l’ouvrage «Les grandes décisions du Conseil constitutionnel »
Dalloz, 19°éd., 2018)
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Le nouvel article 72-2 alinéa 3 de la Constitution, issu de la révision constitutionnelle
du 28 mars 2003 dispose que « les recettes fiscales et les autres ressources propres des
collectivités territoriales représentent pour chaque catégorie de collectivités une part
déterminante de l'ensemble de leurs ressources. La loi organique fixe les conditions
dans lesquelles cette règle est mise en œuvre. » Cette disposition vise à mieux garantir
l'autonomie financière des collectivités territoriales en permettant à celles-ci de
disposer d'un niveau suffisant de ressources propres sur lesquelles elles disposent d'un
réel pouvoir de décision. Il s'agissait ainsi de contrecarrer le mouvement qui, dans les
années 1990, a conduit l'État à réduire progressivement la part de la fiscalité locale
dans les ressources globales des collectivités par diverses réformes (suppression de la
« vignette » automobile, de la part régionale de la taxe d'habitation, de la part salariale
de l'assiette de la taxe professionnelle…), cette réduction étant compensée par un
certain nombre de dotations.
L'intervention du pouvoir constituant, relayé par le législateur organique était donc
apparue nécessaire pour mieux garantir l'autonomie financière des collectivités
territoriales.
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Dans sa décision no 2003-489 DC du 29 décembre 2003 sur la loi de finances pour
2004, le Conseil constitutionnel avait souligné que le législateur organique, en
application de l'article 72-2 de la Constitution devait « définir les ressources propres
des collectivités territoriales » et « déterminer, pour chaque catégorie de collectivités
territoriales, la part minimale que les recettes fiscales et les autres ressources propres
doivent représenter dans l'ensemble de leurs ressources » (cons. 21).
Dans la décision no 2004-500 DC du 29 juillet 2004 (Loi organique relative à
l'autonomie financière des collectivités territoriales), le Conseil constitutionnel vérifie
que la mise en œuvre de l'article 72-2 de la Constitution par le législateur organique a
bien respecté les exigences constitutionnelles et il apporte un certain nombre de
précisions concernant les catégories de collectivités territoriales concernées et surtout
la définition et le mode de calcul de la « part déterminante » de ressources propres,
élément constitutif parmi d'autres de l'autonomie financière des collectivités
territoriales.
I. — La garantie d'une part déterminante de
ressources propres pour chaque catégorie de
collectivités territoriales
A. — Les catégories de collectivités territoriales
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Pour calculer la part déterminante que doivent représenter les ressources propres de
chaque catégorie de collectivités, le législateur organique n'a retenu que trois types de
collectivités : les communes, les départements et les régions. Il leur a assimilé, pour
l'application de cette disposition constitutionnelle, les collectivités dotées d'un statut
particulier et notamment celles d'outre-mer, alors même qu'il existe pour ces dernières
de réelles spécificités financières. Le Conseil constitutionnel a accepté le principe de
cette assimilation dans la mesure où la Constitution laisse sur ce point une grande
latitude au législateur organique à l'exception toutefois de la mention des provinces de
la Nouvelle-Calédonie, assimilées aux régions, qui fait l'objet d'une censure.
En effet, si elles sont bien qualifiées de « collectivités territoriales », les provinces de la
Nouvelle-Calédonie relèvent non pas du titre XII de la Constitution (« Des collectivités
territoriales »), mais de son titre XIII (« Dispositions transitoires relatives à la
Nouvelle-Calédonie »), comme l'a jugé le Conseil constitutionnel dans sa décision
no 99-410 DC du 15 mars 1999 (cons. 8). Le champ d'application de la loi organique se
situant dans le titre XII de la Constitution, les provinces de la Nouvelle-Calédonie ne
pouvaient donc pas être englobées de plein droit dans son dispositif. Il aurait
cependant été possible d'étendre aux provinces néo-calédoniennes les dispositions de
la loi organique et donc de l'article 72-2 alinéa 3 du titre XII de la Constitution en se
fondant sur l'article 77 de la Constitution qui prévoit l'intervention du législateur
organique pour fixer les règles d'organisation et de fonctionnement des institutions de
la Nouvelle-Calédonie et notamment de ses provinces. Mais cette extension ne pouvait
se réaliser qu'à une double condition : d'une part qu'elle ne soit pas contraire aux
orientations de l'accord de Nouméa du 5 mai 1998, auquel le titre XIII de la
Constitution confère valeur constitutionnelle (condition qui paraissait remplie en
l'espèce) et, d'autre part qu'elle recueille l'avis préalable de l'assemblée délibérante de
la Nouvelle-Calédonie comme l'exige l'article 77 de la Constitution. Or, comme cette
consultation n'est pas intervenue, il en découle logiquement que cette disposition de la
loi organique n'est pas conforme à la Constitution et ne peut s'appliquer aux provinces
de la Nouvelle-Calédonie.
B. — La définition des ressources propres
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Le législateur organique a défini de manière assez large les « ressources propres des
collectivités territoriales » en y incluant non seulement les impositions de toute nature
dont elles peuvent fixer l'assiette le taux ou le tarif, les redevances pour services
rendus, les produits du domaine, les participations d'urbanisme, les produits financiers,
les dons et legs, mais encore les impositions dont la loi « détermine par collectivité le
taux ou une part locale d'assiette ». Ces dernières sont représentées par des impôts
nationaux dont la loi prévoit qu'une partie sera affectée aux collectivités territoriales et
réparties entre elles selon une clé préétablie et stable, comme une part de la taxe
intérieure sur les produits pétroliers (TIPP) affectée par la loi de finances pour 2004
aux départements afin de compenser le transfert des charges relatives au revenu
minimum d'insertion. Il en va de même de la cotisation sur la valeur ajoutée des
entreprises (CVAE) dont une part forfaitaire alimente un fonds départemental et un
fonds régional de péréquation (Cons. const. 29 déc. 2009, no 2009-599 DC, cons. 60 à
65).
Le Conseil constitutionnel valide cette définition en considérant qu'il résulte de la
combinaison des dispositions de l'article 72-2 de la Constitution que les recettes
fiscales qui entrent dans la catégorie des ressources propres sont constituées non
seulement par les impositions dont les collectivités déterminent l'assiette le taux ou le
tarif, les impôts locaux proprement dits, mais aussi par les impôts d'État dont une
partie a été « localisée » formellement par la loi qui en détermine par collectivité le
taux ou une part locale d'assiette. Ou encore lorsque la loi procède à une répartition des
recettes fiscales au sein d'une catégorie de collectivités territoriales (Cons. const.
29 juin 2012, no 2012-255/265 QPC).
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Une autre conception, de nature à mieux garantir l'autonomie financière des
collectivités territoriales et de ce fait sans doute plus conforme à l'intention du
constituant de 2003, aurait consisté à définir les ressources propres uniquement comme
celles dont les collectivités territoriales peuvent fixer elles-mêmes le montant,
autrement dit celles sur lesquelles elles peuvent exercer leur pouvoir de décision.
Toutefois, cette conception restrictive de la notion de « ressources propres » aurait
soulevé des difficultés difficilement surmontables : en effet, les transferts de
compétences de l'État vers les collectivités territoriales, consubstantiels au mouvement
de décentralisation, doivent être compensés financièrement par l'État (Const., art. 72-2,
al. 4), que ce soit par des dotations ou des impôts d'État affectés. Si bien que la part
des « ressources propres » aurait à terme cessé d'être « déterminante » si l'on avait
retenu une conception stricte de ces dernières, sauf à créer de nouveaux impôts locaux
ou à figer les compétences exercées par les collectivités territoriales…
C. — Le calcul de la part déterminante des ressources
propres
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S'agissant de la définition de la « part déterminante » de ressources propres, le Conseil
refuse d'avaliser la première condition fixée par la loi organique qui prévoyait que la «
part déterminante » était celle qui devait garantir la libre administration des
collectivités territoriales relevant d'une catégorie, « compte tenu des compétences qui
leur sont confiées ». Il juge cette condition trop imprécise et sa portée normative
incertaine alors même que la loi a vocation d'énoncer des règles et doit être par là
même revêtue d'une portée normative. De ce fait, cette première condition ne respecte
ni le principe de clarté de la loi, ni l'exigence de précision que la Constitution requiert
du législateur organique. C'est la première fois que le Conseil constitutionnel censure
une disposition législative en raison de son absence de portée normative. Auparavant,
il se contentait de constater qu'une disposition de nature déclarative n'avait pas d'effet,
mais sans pour autant annuler. Il faut voir là un signal ferme adressé au législateur (et
au Gouvernement, auteur des projets de loi) dénonçant la dégradation de la qualité de
la loi (v. ss NO 26).
Se trouve, en revanche, validée la deuxième condition qui fixe un seuil minimal
correspondant au niveau des ressources propres constaté au titre de l'année 2003, au-
dessous duquel cette part de ressources propres ne serait plus « déterminante » (39,5 %
pour les régions, 58,6 % pour les départements, 60,8 % pour les communes).
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Par ailleurs, le Conseil émet une réserve d'interprétation concernant l'article 5 de la loi
organique qui prévoit que le Gouvernement devra transmettre chaque année au
Parlement un rapport « faisant apparaître, pour chaque catégorie de collectivités
territoriales, la part des ressources propres dans l'ensemble des ressources, ainsi que
ses modalités de calcul et son évolution » et que si, pour une catégorie de collectivités
territoriales, la part des ressources propres ne répond pas aux règles fixées par la loi
organique, les dispositions nécessaires devront être arrêtées, au plus tard, par une loi
de finances pour la deuxième année suivant celle où ce constat a été fait (v. aussi,
Cons. const. 29 déc. 2005, no 2005-530 DC, cons. 90, 93 à 98).
Le Conseil interprète cette disposition en considérant que le législateur organique a
nécessairement voulu que le Parlement soit mis à même de connaître cette part pour
chaque collectivité territoriale afin de pouvoir évaluer sa capacité de libre
administration. Et, dans le but d'assurer le respect effectif de ces dispositions, il précise
qu'il se réserve la possibilité, le cas échéant, de censurer les actes législatifs qui
porteraient atteinte au caractère déterminant de la part des ressources propres d'une
catégorie de collectivités territoriales, ce qu'il n'a jamais encore été amené à faire.
Ainsi, s'agissant par exemple du remplacement de la taxe professionnelle par la
contribution économique territoriale, le Conseil constitutionnel a jugé qu'il ne
ressortait pas des éléments qui lui étaient fournis que cette réforme porterait la part des
ressources propres de chaque catégorie de collectivité territoriale à un niveau inférieur
à celui de 2003 (Cons. const. 29 déc. 2009, no 2009-599 DC, cons. 75 et 76).
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Relevons cependant que dans la décision no 2005-530 DC du 29 décembre 2005 (cons.
90, 93, 98), après avoir considéré que la réforme du régime de plafonnement de la taxe
professionnelle n'emporte pas de son seul fait des conséquences d'une ampleur telle
que le degré d'autonomie financière d'une catégorie de collectivités territoriales se
dégrade dans une proportion incompatible avec les exigences constitutionnelles, il juge
que s'il apparaissait qu'en raison de l'évolution des circonstances la part des ressources
propres devenait inférieure au seuil minimal déterminé par la loi organique, « il
appartiendrait à la loi de finances pour la deuxième année suivant celle de ce constat
d'arrêter des mesures appropriées pour établir le degré d'autonomie financière de cette
catégorie au niveau imposé par le législateur organique ».
La même formule se retrouve dans la décision 2017 – 758 DC du 28 décembre 2017 (Loi de
finances pour 2018). Était en cause en l'espèce le nouveau dégrèvement de la taxe d'habitation
perçue par les communes et leurs EPCI à fiscalité propre, laquelle représente plus du tiers des
recettes fiscales du bloc communal. Ce dégrèvement a été fixé à 30 % du montant de la taxe
d'habitation dû en 2018, 65 % en 2019 et 100 % au-delà, si bien qu'à compter de 2020,
environ 20 % seulement des contribuables devraient rester assujettis à cette taxe. Le Conseil
constitutionnel constate que ce dégrèvement n'est pas susceptible dans l'immédiat d'affecter
les ressources propres des communes et de leurs EPCI à fiscalité propre dans la mesure où il
est entièrement remboursé par l'État aux communes. Il constate également que les différents
critères des ressources propres sont bien respectés, qu'il s'agisse du caractère local de l'assiette
de cet impôt ou de la possibilité pour les communes de continuer à en fixer le taux, toute
augmentation de ce taux par rapport à 2017 pesant alors sur l'ensemble des redevables, y
compris ceux bénéficiant du dégrèvement instauré. Il en conclut qu' « en dépit de l'ampleur
du dégrèvement, la taxe d'habitation continue de constituer une ressource propre des
communes », ce qui exclut l'atteinte à leur autonomie financière.
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Il a été jugé par ailleurs que la diminution de la dotation globale de fonctionnement
prévue par la loi de finances pour 2015, diminution qui représente 1,9% des recettes
des collectivités territoriales et qui est destinée à faire contribuer les collectivités
territoriales à l'effort de réduction des déficits publics, n'a pas pour effet de diminuer la
part de leurs ressources propres et, partant, de porter atteinte à leur autonomie
financière (Cons. const. 29 déc. 2014, n° 2014-707 DC ; v. aussi : Cons.const. 19 avril
2013, n°2013-305/306/307 QPC ; 22 nov. 2013, n°2013-355 QPC ; 21 oct.
2016,n°2016_589 QPC).
II. — Les autres éléments de l'autonomie financière
des collectivités territoriales
A. — L’autonomie financière en matière de ressources
10. Ni le principe de libre administration, ni celui de l'autonomie financière ne confèrent aux
collectivités territoriales un pouvoir fiscal propre. Il appartient en principe au seul législateur
de fixer le régime de la fiscalité locale. Autrement dit, autonomie financière ne signifie pas
autonomie fiscale (Cons. const. 29 décembre 2009, n°2009–599 DC, Loi de finances pour
2010).
Avant même la révision constitutionnelle de 2003 qui a consacré le principe de l’autonomie
financière des collectivités territoriales, le Conseil constitutionnel avait jugé que le législateur
ne saurait réduire les ressources globales des collectivités territoriales ou réduire la part des
recettes fiscales dans ces ressources au point d'entraver leur libre administration (Cons. const.
24 juill. 1991, no 91-298 DC, cons. 38 ; Cons. const. 29 déc. 1998, no 98-405 DC, cons. 46 à
50 ; Cons. const. 12 juill. 2000, no 2000-432 DC, cons 4 à 6 ; Cons. const. 28 déc. 2000,
no 2000-442 DC, cons. 6, 7, 10; Cons. const. 27 déc. 2001, no 2001-456 DC ; Cons. const.
27 déc. 2002, no 2002-464 DC, cons. 39, 43 à 45). Mais il n'a invalidé aucune loi supprimant
ou réduisant telle ou telle recette fiscale locale dès lors que cette suppression fait l'objet d'une
compensation financière de la part de l'État ou que cette réduction n'est pas de nature à porter
atteinte à la libre administration des collectivités (v. par ex. Cons. const. 29 déc. 2014,
no 2014-707 DC). En revanche, il a censuré censuré un dispositif de prélèvement sur les
ressources fiscales des communes, en raison de son caractère automatique et forfaitaire (Cons.
const. 7 décembre 2000, n° 2000-436 DC, Loi SRU).
La révision constitutionnelle de 2003 ne paraît pas avoir infléchi de manière significative la
jurisprudence du Conseil constitutionnel qui s'avère dans l’ensemble faiblement protectrice de
l'autonomie financière locale. Ainsi, la réduction de la dotation globale de fonctionnement par
la loi de finances pour 2016, à hauteur de 1,6 % des recettes des collectivités territoriales n'est
pas jugée d’une ampleur telle qu'elle entraverait la libre administration des collectivités
territoriales (29 déc. 2015, n° 2015 – 525, cons. 15 à 18). Il en va de même pour la réduction
de la DGF prévue par la loi de finances pour 2017 qui représentait 1% des recettes des
collectivités territoriales (Cons. const. 29 déc. 2016, n°2016-744 DC, § 52 et 53). Par ailleurs,
l'augmentation du montant du prélèvement sur les ressources fiscales des communes n'ayant
pas respecté leurs obligations en matière de construction de logements sociaux, lequel ne peut
excéder 5 % du montant des dépenses réelles de fonctionnement de la commune, voire 7,5 %
dans certains cas, n'est pas jugé comme portant à la libre administration une atteinte
suffisamment grave. (Cons. const. 26 janvier 2017, n°2016–745 DC, §52,53 et 55 à 59, Loi
relative à l’égalité et la citoyenneté́ )
En revanche, dans la même décision n° 2016-745 DC, la suppression de la dotation de
solidarité́ urbaine et de cohésion sociale pour les communes faisant l’objet de la procédure de
carence en matière de construction de logements sociaux a été jugée contraire à la
Constitution. En effet, ces dispositions visaient toute commune faisant l’objet d’un arrêté de
carence, quel que soit l’écart entre le niveau de logements locatifs sociaux existants dans la
commune et les objectifs auxquels elle est tenue. En outre, la perte de ressources qui résultait
des dispositions contestées ne faisait l’objet d’aucun plafonnement, lequel constitue une des
garanties concourant à la préservation des ressources des communes et ainsi au respect du
principe de libre administration (Cons. const. 6 décembre 2001, n° 2001-452 DC ; 17 janvier
2013, n°2012-660 DC). S'agissant, qui plus est, de communes qui par définition se trouvent
confrontées à une insuffisance de ressources et supportant des charges élevées puisqu’elles
bénéficient de la DSU, le dispositif prévu aboutissait « à priver certaines d'entre elles d'une
part substantielle de leurs recettes de fonctionnement » au point d'entraver leur libre
administration.
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Le nouvel article 72-2, alinéa 1er de la Constitution qui dispose que « les collectivités
territoriales bénéficient de ressources dont elles peuvent disposer librement dans les
conditions prévues par la loi » « …n'interdit nullement au législateur d'autoriser l'État à
verser aux collectivités territoriales des subventions dans un but déterminé » (Cons.
const. 17 juill. 2003, no 2003-474 DC, cons. 15).
XX
Il a été jugé par ailleurs que les principes de « libre administration » et de « libre
disposition des ressources » devaient être conciliés avec l'exigence de valeur
constitutionnelle de bon usage des deniers publics, s'agissant de l'obligation imposée
aux collectivités territoriales d'informer l'État avant toute opération affectant le compte
du Trésor sur lequel elles sont tenues de déposer toutes leurs disponibilités (Cons.
const. 29 déc. 2003, no 2003-489 DC, cons. 31 à 33).
B. — La compensation financière des transferts, création
et extension de compétence
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Le Conseil constitutionnel veille avec soin au respect de l'article 72-2, alinéa 4 de la
Constitution qui prévoit que tout transfert de compétences entre l'État et les
collectivités territoriales doit s'accompagner de l'attribution de ressources équivalentes
à celles qui étaient consacrées par l'État à leur exercice et que toute nouvelle
compétence (création ou extension) augmentant les dépenses locales doit être
compensée par des ressources prévues par la loi (Cons. const. 17 juill. 2003, no 2003-
474 DC ; Cons. const. 18 déc. 2003, no 2003-487 DC ; Cons. const. 13 janv. 2005,
no 2004-509 DC ; Cons. const. 15 févr. 2007, no 2007-547 DC ;
Cons. const. 30 juin 2011, n 2011-142/145 QPC). Il a jugé, cependant, que la
o
compensation prévue par l'article 72-2, alinéa 4 n'ouvrait pas droit à un
dédommagement intégral et « glissant » (Cons. const. 29 déc. 2004, no 2004-511 DC).
Autrement dit, si les charges liées à la compétence transférée augmentent par suite d'un
changement de circonstances de droit ou de fait, l'État n'est pas tenu de compenser
l'augmentation. Il apparaît, en revanche, que si les ressources de compensation
diminuaient en euros constants, l'État devrait maintenir un niveau de ressources
équivalent à celui consacré à l'exercice de cette compétence avant son transfert (Cons.
const. 29 déc. 2003, no 2003-489 DC, cons. 23 ; Cons. const. 29 déc. 2004, no 2004-
511 DC ; Cons. const. 13 janv. 2005, no 2004-509 DC).
Par ailleurs, il a été jugé que les dispositions de l'article 72-2 de la Constitution
relatives aux créations et extensions de compétences ne visent que celles qui
présentent un caractère obligatoire (ibid., cons. 9). Dans ce cas, il n'est fait obligation
au législateur que d'accompagner ces créations ou extensions de compétence de
ressources dont il lui appartient d'apprécier le niveau, lequel doit être « suffisant » afin
de ne pas dénaturer le principe de libre administration des collectivités territoriales
(Cons. const. 29 déc. 2009, no 2009-599 DC, cons. 105 et 106 ; Cons. const.
30 juin 2011, no 2011-144 QPC, cons. 8 à 11). Cette exigence constitutionnelle
n'impose pas au législateur d'affecter une ressource particulière au financement d'un
transfert, d'une création ou d'une extension de compétences, ni de maintenir dans le
temps une telle affectation (Cons. const. 30 juin 2011, no 2011-144 QPC, cons. 7). Pas
plus qu’elle n’impose que la suppression ou la réduction d’une recette fiscale percue
par des collectivités territoriales soit compensée par l’allocation d’un montant de
recettes comparables (Cons. const. 29 déc. 2015, n° 2015-725 DC , cons. 19)
Le Conseil constitutionnel juge également que l'obligation de compensation financière
ne s'applique pas dans l'hypothèse d'un simple aménagement des conditions d'exercice
de la compétence sociale de droit commun qui relève des départements depuis la loi du
22 juillet 1983 (Cons. const. 18 oct. 2010, no 2010-506 QPC, cons. 6). De la même
manière, l'obligation de compensation ne s'applique pas, pour les départements, aux
compétences relatives à la protection de l'enfance qui ne font que reprendre celles
transférées en 1983 (Cons. const. 25 mars 2011, n° 2010-109 QPC).
Par ailleurs, lorsqu'il s'agit d'un transfert de compétences entre collectivités
territoriales, il n'existe aucune obligation constitutionnelle de garantir une
compensation intégrale des charges résultant des transferts. Une telle obligation ne
concerne que les transferts de compétences de l'État vers les collectivités. (Cons. const.
30 juin 2011, n° 2011–142/145 QPC Département de la Seine-Saint-Denis et autre ;
1er juillet 2016 n°2016–549 QPC, Collectivité de Saint Martin)
Enfin, il est possible pour l'État de prévoir une compensation lorsqu'il opère un
transfert de ressources fiscales à une collectivité. Une telle compensation, en elle-
même, ne porte pas atteinte à la libre administration des collectivités bénéficiant du
transfert. (Cons. const. 22 novembre 2013, n° 2013–355 QPC, Communauté de
communes du Val de Sèvre, s’agissant du transfert de la taxe sur les surfaces
commerciales du budget de l'État à celui des communes et des EPCI à fiscalité propre ;
v. aussi Cons. const. 28 mars 2014, n° 2014–386 QPC, Collectivité de Saint-
Barthélemy) .
C. — Le principe de péréquation
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Le principe de péréquation, visant à favoriser l'égalité entre les collectivités
territoriales (Const., art. 72-2, al. 5) a, quant à lui, été interprété comme n'imposant pas
que chaque type de ressources (Cons. const. 17 juill. 2003, no 2003-474 DC, cons. 18)
ou que chaque transfert ou création de compétences (Cons. const. 18 déc. 2003,
no 2003-487 DC, cons. 18) donne lieu à péréquation.
Le Conseil constitutionnel a par ailleurs admis que pour mettre en œuvre cette
péréquation financière entre les collectivités, le législateur puisse regrouper celles-ci
par catégories définies par des critères objectifs et rationnels. Il a précisé que cette
péréquation peut-être destinée à corriger non seulement les inégalités affectant les
ressources, mais également les inégalités relatives aux charges. Elle peut également
être mise en œuvre par une dotation de l'État ou encore grâce à un fonds alimenté par
des ressources des collectivités territoriales (Cons. const. 29 déc. 2009, no 2009-599
DC ; Cons. const. 29 juin 2012, no 2012-255/265 QPC).
D.- L’autonomie financière en matière de dépenses
13. Le Conseil constitutionnel a jugé que le législateur, sur le fondement des articles 34 et 72
de la Constitution, peut définir des catégories de dépenses qui revêtent un caractère
obligatoire pour une collectivité territoriale. Cette atteinte à l'autonomie financière des
collectivités comporte cependant des limites : les obligations et les charges imposées aux
collectivités territoriales doivent répondre à des exigences constitutionnelles ou concourir à
des fins d'intérêt général. En outre, elles ne doivent pas méconnaître la compétence propre des
collectivités concernées ni entraver leur libre administration. Enfin, il convient qu'elles soient
définies de façon suffisamment précise quant à leur objet et à leur portée (Cons. const. 7
décembre 2000, no 2000-436 DC, Loi relative à la solidarité́ et au renouvellement urbains ;
26 janvier 2017, n°2016-745 DC, Loi relative à l’égalité et à la citoyenneté). Récemment, il a
été jugé que les dispositions de la loi de modernisation de la justice du XXIe siècle qui
transfère aux officiers de l'État civil, sans compensation financière aux communes,
l'enregistrement des pactes civils de solidarité ainsi que le traitement des demandes de
changement de prénom et de certaines demandes de changement de nom étaient certes
susceptibles d'entraîner un accroissement des charges pour les communes. Cependant, eu
égard au montant des sommes en jeu, ces dispositions n'ont pas pour effet de dénaturer
l'administration des collectivités territoriales (Cons. const .17 novembre 2016, n°2016 – 739
DC, §28 à 31).
14. Le mécanisme d'encadrement des dépenses de fonctionnement des collectivités
territoriales, prévu par l'article 29 de la loi de programmation des finances publiques pour les
années 2018 à 2022, afin d’associer les collectivités à la réduction du déficit public, bien que
contraignant, n'est pas jugé contraire au principe de la libre administration et de l'autonomie
financière des collectivités territoriales (Cons. const., 18 janvier 2018, n°2017-760 DC). En
effet, le dispositif contesté vise à mettre en œuvre « l'objectif d'équilibre des comptes des
administrations publiques » mentionné à l'article 34 de la Constitution. En outre, plusieurs
garanties viennent limiter l'atteinte portée à la libre administration des collectivités
territoriales, celle-ci n'étant donc pas jugée suffisamment grave pour justifier une censure.