Cahiers de Douai Le dormeur du val Arthur RIMBAUD
1870
Introduction
Les 22 poèmes qui composent les cahiers de Douai furent écrit entre mai et octobre
1870 chez les tantes du professeur George Isambard, chez lequel Arthur Rimbaud résida lors
d’une de ses fugues. La guerre Franco-Prussienne constitue donc le cadre d’écriture de ces
poèmes mit en recueil à l’initiative de Paul Demeni, un ami éditeur d’Izambard. Le recueil
s’encre donc dans la révolte du jeune poète face aux conformismes bougeais et au
nationalisme. Le dormeur du val constitue peut-être le poème le plus connu des cahiers de
Douai. Dans ce sonnet argumentatif dont le titre repose sur un euphémisme, le poète
oppose un cadre naturel idyllique à la mort brutale d’un soldat progressivement suggérée.
C’est ainsi que le 1er quatrain évoque la nature et le 2e, le jeune soldat entrain de dormir. La
progression du sommeil à la mort se fait dans le sizain grâce à plusieurs indices disséminé
par le poète et par la révélation finale de la chute qui incite à la relecture.
Il convient donc de se demander en quoi et comment le genre même du sonnet participe
ici à l’efficacité de la dénonciation de la guerre.
Analyse du texte
1er mvt : Un cadre naturel - Personnification de la nature = chante V.1 / Berce-le =
Mère V.11 / Montagne fière V.3
A/ Une nature personnifiée
- Apostrophe = Nature V.11
- Description idyllique
B/ Une nature magnifiée - Présence 4 éléments = Eau, terre, feu, air
(Rivière / soleil / montagne / Froid)
- Importance couleur = glaïeul/rouge / cresson bleu
/ herbe verte / soleil jaune
- Synesthésie = sollicitation des sens
(Odorat = cresson / vue = soleil / ouïes = rivière
chante / toucher = nuque baignant dans le frais)
2e mvt : Le soldat
A/ Une description Atypique
- Vulnérabilité du soldat = suite d’apposition, rythme ternaire
tête nue V.5
- Pas de description détaillée du soldat
- Déterminant impersonnel = Un soldat, Le soldat
B/ Un dormeur étrange
- Sommeil éternel = répétition du verbe dort V.7 .9 .14
- Contexte de la guerre = un soldat jeune = guerre franco-
prussienne
- Comparaison enfant malade + pâle = supposition de la mort
3e mvt : Passage progressif du sommeil à la mort
- Sens anéantis = bouche ouverte / inutile
Parfum de font pas frissonner / pas de
A/ Détournement du lyrisme
réactions
Vue = Nature idyllique mais soldat ne voit
rien
- Un mort dans un cadre idyllique
- Indice dans V.1 = trou de verdure = terme péjo = tombe
B/ Une chute brutale - Insiste sur dort / isotopie du sommeil = mort
- Euphémisme de la mort = Deux trous rouges = violence
de la chute renforcée par la ponctuation
- Couleur rouge = glaïeul donc violence de la guerre
- Rejet de tranquille en apposition = abandon du soldat
Conclusion
Le sonnet est bel et bien une forme sens et dans le dormeur du val la structure
même du poème participe à l’efficacité de la dénonciation de la guerre. C’est pourquoi, le
poème même repose sur un effet de contraste entre la beauté de la nature et la violence de
la mort. Construit de manière pictural, le sonnet brosse le tableau saisissant du cadavre
d’un jeune soldat au cœur d’un havre de paix participant à renforcer le scandale de cette
mort tragique. A l’instar, d’autre pièces des cahiers de Douai comme le Mal, Rimbaud
dénonce l’arbitraire de la guerre dans son recueil.