Rapport Des Organisations Internationales
Rapport Des Organisations Internationales
Quatrième rapport sur les relations entre les États et les organisations
internationales (deuxième partie du sujet), par M. Leonardo Díaz González,
Rapporteur spécial
sujet:
Statut, privilèges et immunités des organisations internationales, de leurs
fonctionnaires, experts, etc.
DOCUMENT A/CN.4/424*
Quatrième rapport sur les relations entre les Etats et les organisations internationales
(deuxième partie du sujet), par M. Leonardo Diaz Gonzalez, rapporteur spécial
[Original : anglais/'espagnol]
[24 avril 1989]
Pages
Note 169
Paragraphes
NOTE
Convention sur les privilèges et immunités des Nations Nations Unies, Recueil des Traités, vol. 1, p. 15.
Unies (New York, 13 février 1946)
Convention sur les privilèges et immunités des institu- Ibid., vol. 33, p. 261.
tions spécialisées (New York, 21 novembre 1947)
169
170 Documents de la quarante et unième session
Convention de Vienne sur les relations diplomatiques Ibid., vol. 500, p. 95.
(Vienne, 18 avril 1961)
Convention de Vienne sur les relations consulaires Ibid., vol. 596, p. 261.
(Vienne, 24 avril 1963)
Convention de Vienne sur le droit des traités (Vienne, Ibid., vol. 1155, p. 331.
23 mai 1969)
Convention de Vienne sur la représentation des Etats Nations Unies, Annuaire juridique 1975 (numéro de
dans leurs relations avec les organisations internatio- vente : F.77.V.3), p. 90.
nales de caractère universel (Vienne, 14 mars 1975)
[dénommée ci-après Convention de Vienne de 1975 sur
la représentation des Etats]
I. — Introduction
1. Le Rapporteur spécial a soumis à la Commission sions. Il exposait aussi diverses considérations touchant
du droit international, à sa trente-huitième session, en le champ du sujet, et présentait, ainsi que la Commis-
1986, son troisième rapport sur les « Relations entre les sion le lui avait demandé, un plan délimitant la matière
Etats et les organisations internationales (deuxième dont devaient traiter les articles du projet qu'il se pro-
partie du sujet) »'. posait d'élaborer.
2. La Commission a examiné ce troisième rapport, à 4. Après avoir entendu l'exposé du Rapporteur spé-
sa trente-neuvième session, de ses 2023e à 2027e séances cial, la Commission a procédé à un échange de vues sur
et à sa 2029e séance2. divers aspects du sujet, tels que le champ d'application
3. Dans son troisième rapport, le Rapporteur spécial du futur projet, la pertinence du plan présenté par le
analysait les débats de la Sixième Commission sur le Rapporteur spécial et la méthode à suivre à l'avenir.
sujet, lors de la quarantième session de l'Assemblée 5. A l'issue de cet échange de vues, la Commission a
générale, ainsi que ceux de la CDI, à sa trente-septième décidé de demander au Rapporteur spécial de pour-
session, et en dégageait un certain nombre de conclu- suivre l'étude du sujet, en suivant les grandes lignes tra-
cées dans le plan contenu dans son troisième rapport
et en tenant compte des opinions exprimées pendant
Annuaire... 1986, vol. II (l r e partie), p. 167, doc. A/CN.4/401. le débat de la Commission sur le sujet à sa trente-
Voir Annuaire... 1987, vol. I, p. 197 et suiv. neuvième session.
6. La Sixième Commission a examiné les travaux de des échanges de vues au sein de la CDI. Les mêmes
la CDI sur le sujet au cours de la quarante-deuxième représentants ont estimé, dans l'ensemble, que le plan
session de l'Assemblée générale3. Il y a lieu de relever, du Rapporteur spécial approuvé par la Commission
tout d'abord, que plusieurs représentants ont souligné constituait une base satisfaisante et adéquate pour la
la pertinence et l'importance du sujet, en rappelant le suite des travaux.
rôle joué par les organisations internationales. Ils ont 7. Au sujet de la démarche générale adoptée, on a
accueilli avec satisfaction les travaux de la CDI dans ce noté que le futur projet d'articles devrait aller au-delà
domaine et l'ont approuvée d'avoir demandé au Rap- du régime juridique existant et tenter d'en combler les
porteur spécial de continuer d'étudier la question, lacunes en vue de mieux asseoir les privilèges et immu-
conformément aux directives énoncées dans le plan nités des organisations internationales, ainsi que les
contenu dans son troisième rapport et en tenant compte garanties accordées à leurs fonctionnaires, tandis que le
plan proposé par le Rapporteur spécial devrait être
3
complété de façon à inclure la capacité et les moyens
Voir « Résumé thématique, établi par le Secrétariat, des débats d'action dont les organisations internationales dispo-
de la Sixième Commission sur le rapport de la CDI durant la qua-
rante-deuxième session de l'Assemblée générale » (A/CN.4/L.420), sent pour défendre les immunités de leurs fonction-
sect. E. naires conformément à la jurisprudence pertinente de la
Relations entre les Etats et les organisations internationales 171
CIJ. On a noté à cet égard que le projet examiné projet d'article 1er, soumis par le Rapporteur spécial
devrait énoncer le devoir du pays hôte d'assurer la pro- dans son deuxième rapport 4 , procédait d'une concep-
tection juridique et le respect du statut, des privilèges et tion trop étroite. On a noté en particulier que le
des immunités des organisations et de leurs fonction- membre de phrase « pour autant qu'il est compatible
naires, afin que le pays hôte ne puisse pas prendre des avec l'instrument qui les a créées » semblait trop res-
mesures restrictives de caractère discriminatoire contre trictif, et que les alinéas a, b et c du paragraphe 1 don-
les fonctionnaires d'une organisation internationale, naient l'impression que les organisations internationales
comme cela s'était produit dans certains pays. ne pouvaient pas avoir d'attributs autres que ceux visés
8. Certains représentants se sont déclarés favorables à dans ces alinéas. Les mots « et dans le droit interne de
la méthode adoptée par la CDI, qui consiste à codifier leurs Etats membres » ont été contestés, car le droit
les règles et la pratique en vigueur tout en identifiant les interne des Etats n'entrait guère en ligne de compte. En
lacunes existantes. On a jugé que ces deux démarches revanche, on a accueilli favorablement la proposition
du Rapporteur spécial tendant à présenter le para-
étaient utiles et qu'elles devraient être considérées
graphe 2 dans un article distinct à condition d'ajouter
comme complémentaires et tout à fait compatibles.
à la fin de ce paragraphe les mots « et par le droit inter-
9. A propos de la question de savoir à quelles organi- national ».
sations devait s'appliquer le projet d'articles, on a géné-
ralement estimé que seules les organisations internatio- 11. L'Assemblée générale, sur la base du rapport de la
nales à caractère universel devraient être prises en Sixième Commission, a adopté, le 7 décembre 1987, la
considération. Les organisations régionales ne devraient résolution 42/156, au paragraphe 3 de laquelle elle
être envisagées qu'à un stade ultérieur. recommande que la CDI poursuive ses travaux sur les
sujets inscrits à son programme en cours. Elle a réitéré
10. Au sujet de la notion d'organisation internatio- cette recommandation à sa quarante-troisième session,
nale, on a noté qu'il serait inutile d'entreprendre la dans la résolution 43/169, du 9 décembre 1988.
rédaction d'une nouvelle définition de l'expression, car
celle qui figurait dans la Convention de Vienne de 1975
sur la représentation des Etats restait valide ; la CDI
devrait examiner la question de la personnalité interna- 4
Annuaire... 1985, vol. II (l r e partie), p. 112, doc. A/CN.4/391 et
tionale des organisations. A cet égard, on a noté que le Add.l, par. 74.
12. Le Rapporteur spécial ayant traité de la notion 15. La définition de l'expression « organisation inter-
d'organisation internationale dans son deuxième rap- nationale » au paragraphe 1, al. i, de l'article 2 du
port 5 , il rappellera donc ce qu'il a déjà dit sur cette projet d'articles sur les traités conclus entre Etats et
question. organisations internationales ou entre organisations
internationales, est identique à celle qui est donnée au
13. Dans ce document, le Rapporteur spécial indi-
paragraphe 1, al. i, de l'article 2 de la Convention de
quait que presque tous les membres de la Commission
Vienne de 1969 sur le droit des traités ; l'organisation
qui étaient intervenus dans le débat sur son rapport
internationale est assimilée purement et simplement à
préliminaire avaient estimé qu'il n'était pas indiqué de
une organisation intergouvernementale. Au para-
tenter de mettre au point et de proposer une définition
graphe 14 du commentaire de l'article 2 du projet d'ar-
précise de ce qu'était une organisation internationale,
ticles sur le droit des traités, la Commission indique
d'autant plus qu'il ne s'agissait pas d'élaborer un traité
que l'expression « organisation internationale » est défi-
sur ces organisations. Ils ont demandé au Rapporteur
nie, à l'alinéa i du paragraphe 1, « comme s'entendant
spécial « d'éviter les grands débats de caractère doctri-
d'une organisation intergouvernementale, ce qui précise
nal et théorique »6.
que les règles des organisations non gouvernementales
14. Compte tenu des observations qui ont été formu- n'entrent pas en ligne de compte »7.
lées, le Rapporteur spécial est parvenu à la conclusion
qu'il fallait conserver l'attitude pragmatique adoptée 16. Aux paragraphes 7, 8 et 9 du commentaire de l'ar-
par la Commission lors de l'élaboration de trois de ses ticle 2 (adopté en première lecture) du projet d'articles
projets d'articles — qui sont aujourd'hui des conven- sur les traités conclus entre Etats et organisations inter-
tions —, à savoir les projets sur le « Droit des traités », nationales ou entre organisations internationales, la
sur la « Représentation des Etats dans leurs relations Commission a indiqué, de même, à propos de l'alinéa i
avec les organisations internationales de caractère uni- du paragraphe 1 :
versel » (première partie du sujet actuellement à l'étude) 7) [...] Cette définition doit être entendue dans le sens que lui
et sur les « Traités conclus entre Etats et organisations donne la pratique, à savoir celui d'une organisation formée à titre
principal d'Etats, et comprenant éventuellement des membres associés
internationales ou entre organisations internationales ».
5
Ibid., p. 105 et suiv., par. 15 à 30. 7
Annuaire... 1966, vol. II, p. 207, doc. A/6309/Rev.l, 2 e partie,
6
Ibid., par. 15. chap. II.
172 Documents de la quarante et unième session
qui ne sont pas encore des Etats, ou peuvent même être d'autres des traités auxquels une ou plusieurs organisations internationales
organisations internationales. On a pu évoquer à ce sujet les situa- sont parties. Le projet est destiné à s'appliquer à de tels traités, quel
tions particulières que sont celles de l'ONU au sein de l'UIT, de la que soit par ailleurs le statut des organisations intéressées".
Communauté économique européenne au sein du GATT ou d'autres
organismes internationaux, ou même de l'ONU agissant, par l'inter- 17. Le Rapporteur spécial estime donc que, aux fins
médiaire du Conseil pour la Namibie, au nom de cette dernière au du projet, la Commission doit maintenir la position
sein de l'OMS depuis que la Namibie est devenue membre associé de déjà adoptée, selon laquelle l'expression « organisation
cette organisation. internationale » s'entend d'une organisation intergou-
8) II convient toutefois de souligner que l'adoption, pour l'expres- vernementale ou interétatique.
sion « organisation internationale », d'une définition identique à celle
qui a été retenue pour la Convention de Vienne entraîne des consé- 18. De même, conformément aux opinions qui ont été
quences beaucoup plus sensibles dans le présent projet que dans cette exprimées à la CDI et à la Sixième Commission, il y a
convention. lieu de se limiter, pour le moment, aux organisations de
9) Le projet d'articles, par cette définition très souple, n'entend caractère universel, avec les réserves qui ont été faites
pas préjuger du régime auquel peuvent être soumises dans chaque pendant les débats et signalées dans le deuxième rap-
organisation des entités qui, dans le cadre de l'organisation et suivant
les règles en vigueur dans celle-ci, bénéficient d'une certaine autono-
port du Rapporteur spécial.
mie (organes subsidiaires ou rattachés). On a également évité de pré-
juger de l'étendue de la capacité juridique nécessaire pour qu'une
8
entité soit considérée comme une organisation internationale au sens Annuaire... 1974, vol. II (l r e partie), p. 307, doc. A/9610/Rev.l,
du présent projet. En effet, et l'on reviendra sur ce point dans le com- chap. IV, sect. B ; déjà cité dans le deuxième rapport du Rapporteur
mentaire de l'article 6, le projet d'articles n'a pas pour objet principal spécial, Annuaire... 1985, vol. II (l r e partie), p. 106, doc. A/CN.4/391
de régler le statut des organisations internationales, mais le régime et Add.l, par. 25.
19. Compte tenu des considérations précédentes, la 2. Les dispositions du paragraphe 1 ci-dessus concer-
première partie du projet d'articles serait libellée nant les expressions employées dans les présents articles
comme suit : ne préjudicient pas à l'emploi de ces expressions ni au
sens qui peut leur être donné dans d'autres instruments
internationaux ou dans le droit interne d'un Etat.
PREMIÈRE PARTIE
Article premier. — Expressions employées 1. Les présents articles s'appliquent aux organisa-
tions internationales de caractère universel dans leurs
1. Aux fins des présent articles : relations avec les Etats lorsque ceux-ci les ont acceptés.
2. Le fait que les présents articles ne s'appliquent pas
a) L'expression « organisation internationale » s'en-
aux autres organisations internationales est sans préju-
tend d'une organisation intergouvernementale de carac-
dice de l'application de toute règle énoncée dans les
tère universel ;
articles qui serait applicable en vertu du droit internatio-
b) L'expression « règles pertinentes de l'organisation » nal indépendamment des présents articles [de la présente
s'entend notamment des actes constitutifs de l'organisa- convention],
tion, de ses décisions et résolutions adoptées conformé-
3. Aucune disposition des présents articles [de la pré-
ment à ceux-ci et de la pratique bien établie de l'organi-
sente convention] n'empêche la conclusion d'accords entre
sation ;
Etats ou entre Etats et organisations internationales
c) L'expression « organisation de caractère universel » ayant pour objet de rendre les articles [la convention]
s'entend de l'Organisation des Nations Unies, des institu- applicables [applicable] en tout ou en partie à des organi-
tions spécialisées, de l'Agence internationale de l'énergie sations internationales autres que celles qui sont visées au
atomique et de toute organisation similaire, dont la com- paragraphe 1 du présent article.
position et les attributions sont à l'échelle mondiale ;
d) L'expression « organisation » s'entend de l'organi-
sation internationale en question ; Article 3. — Rapport entre les présents articles
é) L'expression « Etat hôte » s'entend de l'Etat sur le [la présente convention] et les règles pertinentes
territoire duquel : des organisations internationales
i) l'organisation a son siège ou un bureau ; ou Les dispositions des présents articles [de la présente
ii) une réunion d'un de ses organes ou d'une conférence convention] ne portent pas préjudice aux règles perti-
convoquée par elle a lieu. nentes de l'organisation.
Relations entre les Etats et les organisations internationales 173
Article 4. — Rapport entre les présents articles une éventuelle codification ne sera prise qu'à la fin de
[la présente convention] et d'autres accords l'étude9. Deuxièmement, comme on l'a déjà indiqué, les
internationaux autres termes qui pourraient être employés dans les
projets d'articles ne seront définis qu'une fois l'étude du
Les dispositions des présents articles [de la présente sujet terminée.
convention] : 21. On observera enfin que la première partie du
a) ne portent pas préjudice aux autres accords interna- sujet, dont traite la Convention de Vienne de 1975, se
tionaux en vigueur entre Etats ou entre Etats et organi- limite aux organisations internationales de caractère
sations internationales de caractère universel ; et universel. Toutefois, la Convention contient, au para-
b) n'excluent pas la conclusion d'autres accords inter- graphe 2 de l'article 2, une réserve indiquant que le fait
de limiter le champ d'application de la Convention à la
nationaux concernant les privilèges et immunités des
représentation des Etats dans leurs relations avec les
organisations internationales de caractère universel.
organisations de caractère universel n'empêche pas que
20. Il y a lieu de rappeler deux observations faites soit appliquée aux relations des Etats avec d'autres
antérieurement. Premièrement, la Commission est par- organisations toute règle énoncée dans la Convention
venue, on s'en souvient, à la conclusion qu'elle doit qui serait applicable en vertu du droit international
adopter, au stade initial de ses travaux sur la deuxième indépendamment de la Convention.
partie du sujet, une conception large, en ce sens que
l'étude devra inclure les organisations régionales, et que
la décision définitive d'inclure ces organisations dans Annuaire... 1983, vol. II (2e partie), p. 85, par. 277, c.
22. Dans son deuxième rapport, le Rapporteur spécial a examiné la capacité juri-
dique des organisations internationales, et il a proposé un projet d'article 1er qu'il
a ensuite décomposé en projets d'articles 1 et 2 10 . En effet, les débats aussi bien de
la CDI que ceux de la Sixième Commission ont montré que, de l'avis général, le
paragraphe 2 du projet d'article 1er devait constituer un article distinct, à la fin
duquel il fallait ajouter les mots « et par le droit international ». Le Rapporteur
spécial ne voit rien de plus à ajouter à ce qui a été dit dans le deuxième rapport.
VI. — Deuxième partie du projet d'articles : articles 5 et 6 présentés par le Rapporteur spécial
DEUXIÈME PARTIE
PERSONNALITÉ JURIDIQUE
Article 5
Article 6
La capacité d'une organisation internationale de conclure des traités est régie par
les règles pertinentes de cette organisation et par le droit international.
174 Documents de la quarante et unième session
A. — L'immunité de juridiction : fondement 29. On a invoqué des précédents pour définir les privi-
lèges et immunités des organisations internationales.
24. Pour garantir l'autonomie, l'indépendance et le Pour des raisons pratiques, bien compréhensibles, les
bon fonctionnement des organisations internationales, privilèges qui ont été octroyés à quelques organisations
pour les protéger de toutes sortes d'abus, et parce que internationales similaires ont utilement servi de réfé-
les tribunaux nationaux ne sont pas toujours l'instance rence lorsqu'on a étudié la question des privilèges et
la plus appropriée pour régler les différends auxquels immunités à accorder à une nouvelle organisation.
elles peuvent être parties, il est sans conteste indispen-
sable de leur octroyer une certaine immunité de juridic- 30. Depuis que les premières organisations internatio-
tion suivant les fonctions de chacune d'elles. nales ont été créées, il est apparu nécessaire de les faire
bénéficier d'une certaine protection contre les pouvoirs
25. Les raisons invoquées en faveur de l'immunité de publics locaux, en particulier les tribunaux et la police,
juridiction des Etats, dont la plupart sont semblables à susceptibles d'en entraver le libre fonctionnement. En
celles qui sont invoquées dans le cas des organisations effet, n'ayant pas de territoire propre, les organisations
internationales, peuvent donner à penser que les règles internationales sont contraintes d'avoir leur siège sur le
applicables dans le cas des Etats le sont également aux territoire d'un Etat.
organisations internationales.
31. A l'origine, les privilèges et immunités ont été
26. De nombreux auteurs considèrent qu'on ne doit accordés aux fonctionnaires ou représentants de ces
pas mettre strictement en parallèle les immunités juri- organismes, généralement en les assimilant aux diplo-
dictionnelles des Etats et celles des organisations inter- mates. Très rapidement, avec le développement accéléré
nationales, les motifs invoqués pour accorder l'immu- des organisations internationales, une nouvelle doctrine
nité n'étant pas les mêmes dans les deux cas. Il n'est a prévalu. Solidement fondée, elle fournit les raisons
pas du tout évident, d'abord, que les immunités néces- justifiant l'octroi de privilèges et d'immunités aux orga-
saires aux Etats et les immunités nécessaires aux orga- nisations internationales, raisons qui sont indépen-
nisations internationales doivent avoir la même dantes et différentes de celles invoquées à l'égard des
ampleur. De l'avis du Rapporteur spécial, il convient Etats.
d'examiner dans quelle mesure l'immunité de juridic-
tion devrait être accordée à une organisation internatio- 32. Les organisations internationales jouissent des pri-
nale donnée selon les besoins de sa fonction. Tel est le vilèges et immunités motu propio, parce qu'ils leur sont
critère qui doit prévaloir11. accordés dans des conventions, dans les accords de
siège, éventuellement par la coutume, en leur qualité de
27. Si la véritable raison d'être d'une organisation personnes juridiques internationales, comme sujets de
internationale réside dans les fonctions et dans les buts droit international. Elles en sont titulaires et peuvent
pour lesquels elle a été créée, ce sont les besoins fonc- les exiger des Etats. Une des différences fondamentales
tionnels qui doivent être l'un des principaux critères, entre elles et les Etats tient à la réciprocité. La nature
sinon le seul, pour déterminer l'importance et l'étendue différente des parties empêche les organisations interna-
des privilèges et immunités qui doivent être accordés à tionales d'offrir des avantages équivalents en échange
une organisation donnée. Son indépendance lui serait des privilèges et immunités qui leur sont concédés.
ainsi assurée dans la mesure qui lui est nécessaire pour Comme le dit Christian Dominicé :
exercer ses fonctions et atteindre ses objectifs.
[...] Toutes les conventions sur les privilèges et immunités de ces orga-
28. L'octroi de privilèges et d'immunités aux organi- nisations, notamment les accords de siège, n'auraient guère de sens si
sations internationales trouve aussi sa justification dans celles-ci n'étaient pas revêtues de la personnalité juridique internatio-
nale. Cela ne signifie pas, cependant, que les immunités soient un
le principe de l'égalité des Etats membres de l'organisa- attribut nécessaire de cette personnalité. Elles découlent des règles
tion. En effet, les organisations internationales étant spécifiques qui les prescrivent [...]12.
l'émanation d'Etats qui sont égaux entre eux, ceux-ci
doivent se trouver sur un pied d'égalité vis-à-vis de l'or- 33. Ne pouvant jouir de la protection que lui apporte-
ganisation qu'ils ont créée et de laquelle ils sont rait la souveraineté territoriale, comme c'est le cas des
membres. En particulier, aucun Etat ne doit obtenir des Etats, son unique protection est constituée par les
avantages fiscaux injustifiés pour les fonds mis à la dis- immunités qui lui sont octroyées. L'ampleur de l'immu-
position d'une organisation. nité qui leur est accordée, par rapport à celle de plus en
plus restreinte qui est reconnue aux Etats, est largement
justifiée par le fait déterminant que les Etats sont des
corps politiques qui poursuivent leurs propres intérêts,
11
Voir en particulier le rapport établi en 1968 dans le cadre du
Conseil de l'Europe, par le sous-comité en matière de privilèges et
immunités des organisations internationales et des personnes affectées
à celles-ci, tel que modifié et complété par le Comité européen de
12
coopération juridique : Conseil de l'Europe, Privilèges et immunités Ch. Dominicé, « L'immunité de juridiction et d'exécution des
des organisations internationales, résolution (69) 29 adoptée par le organisations internationales », Recueil des cours de l'Académie de
Comité des ministres du Conseil de l'Europe, le 26 septembre 1969, droit international de La Haye, 1984-IV, Dordrecht, Martinus
et rapport explicatif, Strasbourg, 1970, p. 23, par. 31. Nijhoff, 1985, t. 187, p. 164.
Relations entre les Etats et les organisations internationales 175
alors que les organisations internationales sont des qui ne trouvent pas place dans cette classification dua-
organismes de service, qui agissent au nom de tous liste : celle des organisations sans vocation universelle,
leurs Etats membres13. qui ne sont pas établies sur une base régionale, comme
l'OPEP, l'OCDE ou les Conseils de produits de base.
B. — Classification des organisations internationales 39. Dans la classification selon l'objet de l'activité, on
fait souvent la distinction entre organisations politiques
34. Avant de poursuivre, il convient de se demander, et organisations techniques ; d'autres préfèrent parler
comme on l'a fait dans le cas de la définition des orga- d'organisations générales ou d'organisations spéciali-
nisations internationales, s'il est possible et, surtout, s'il sées ; tout dépend du domaine de compétence de l'orga-
est nécessaire et opportun de s'attacher à établir une nisation. D'autres auteurs vont plus loin encore et dis-
classification de ces organisations, c'est-à-dire s'il est tinguent organisations politiques, économiques, finan-
utile de classer les organisations internationales en caté- cières, sociales, culturelles, administratives, militaires,
gories, afin de déterminer les privilèges et immunités etc. Il n'y a pas de limite à cette liste, purement descrip-
qui devraient être accordés à chacune d'elles. tive. C'est une énumération plus qu'une classification
véritable.
35. Les classifications proposées par la doctrine sont
très variables. En général, elles n'ont d'autre objet que 40. Dans la classification selon les pouvoirs, on peut
de faciliter l'énumération des organisations existantes. distinguer les organisations consultatives, normatives,
Ceci s'explique facilement. Comme on l'a déjà dit14, executives, etc., suivant qu'elles ont ou non le pouvoir
chaque organisation possède des caractéristiques qui lui de prendre des décisions obligatoires pour leurs
sont propres conformément aux fonctions que lui membres et peuvent ou non assurer elles-mêmes l'exé-
impartit l'instrument juridique qui l'a créée. Si quelques cution de leurs décisions. Cette distinction paraît plus
organisations internationales ont des traits communs, proche du plan juridique, mais elle n'est pas entière-
elles se différencient aussi par toute une série de traits ment satisfaisante. A considérer la force obligatoire des
qui correspondent à l'objet pour lequel elles ont été décisions, par exemple, l'Assemblée générale des
créées par la volonté des Etats. Nations Unies apparaîtrait comme un organe consulta-
tif, parce que ses résolutions n'ont que la valeur de
36. Dans ces conditions, toute tentative de classifica- simples recommandations, alors que le Conseil de sécu-
tion ne peut que conduire à l'identification de types rité serait un organe normatif, parce qu'il peut prendre
d'organisations internationales, ce qui constitue plutôt des décisions obligatoires16.
une classification systématique qu'une simple descrip-
tion de caractère théorique. Etant donné la diversité des 41. Le mieux serait d'essayer d'établir une classifica-
fonctions confiées aux organisations internationales, tion plus systématique — ou, si l'on préfère, scienti-
comme on l'a fait observer, toute classification sera for- fique — à partir d'une caractéristique des organisations
cément insuffisante. internationales qui soit aussi typique que possible mais
qui, en même temps, varie de façon significative d'une
37. La doctrine, dans sa majeure partie, utilise com- organisation à l'autre 17 . Comme on l'a déjà relevé, la
munément, pour classer les organisations internatio- fonction impartie à une organisation internationale
nales, les critères suivants : a) la composition ; b) l'objet constitue sa véritable raison d'être. C'est en vue de cette
de l'activité ; et c) les pouvoirs 15 . fonction que les Etats l'ont créée et ils participent à son
33. Dans la classification selon la composition, on fonctionnement en acceptant les charges et les disci-
distingue les organisations internationales à vocation plines qui en résultent inévitablement. La structure de
universelle et les organisations internationales régio- l'organisation est elle-même subordonnée aux besoins
nales. Les premières sont difficiles à définir, car aucune de sa fonction.
organisation internationale n'est totalement universelle. 42. Les organisations internationales existantes se
Parce qu'elles reposent sur une- base volontariste, il est conforment à peu près toutes à un modèle unique à
toujours possible à quelques Etats de s'en tenir à
trois niveaux :
l'écart. Même l'emploi des termes « à vocation univer-
selle », pour souligner que leur universalité est seule- a) Un organe intergouvernemental plénier au niveau
ment virtuelle, n'est pas suffisant, puisqu'une organisa- supérieur ;
tion comme la Banque mondiale, qui repose sur des b) Un secrétariat administratif au niveau inférieur ;
principes économiques précis, refuse la qualité de et
membre de façon durable aux Etats qui n'acceptent pas
ces principes. Les organisations régionales sont plus c) Un organe intergouvememental plénier (dans les
faciles à définir en termes de composition. Mais il y a organisations ne groupant qu'un nombre limité d'Etats)
une troisième catégorie d'organisations internationales ou restreint (dans les organisations mondiales) au
niveau intermédiaire.
43. Ce schéma très général se complique cependant
13
d'un certain nombre d'adjonctions, extrêmement
Ibid., p. 178 et suiv.
14 variées, suivant la nature des fonctions de l'organisa-
Voir le deuxième rapport du Rapporteur spécial, Annuaire...
1985, vol. II (l r e partie), p. 107, doc. A/CN.4/391 et Add.l, par. 32.
tion considérée, les circonstances auxquelles elle doit
15
Voir P. Reuter, Institutions internationales, Paris, Presses univer-
sitaires de France, 1975, coll. « Thémis », p. 240 et suiv. ; M. Virally, 16
« Définition et classification des organisations internationales : Voir Reuter, op. cit., p. 240 et suiv. ; Virally, loc. cit., p. 58
approche juridique » in G. Abi-Saab, éd., Le concept d'organisation et 59.
17
internationale, Paris, UNESCO, 1980, p. 57 et suiv. Voir Virally, loc. cit., p. 59 et suiv.
176 Documents de la quarante et unième session
faire face, l'orientation donnée à ses activités, etc. On méthodes utilisées pour atteindre ces objectifs peuvent
voit donc qu'il est extrêmement difficile, pour ne pas toutefois varier d'une organisation à l'autre. Les orga-
dire impossible, de ramener la multiplicité de ces élé- nisations opérationnelles agissent elles-mêmes, par leurs
ments institutionnels à quelques types bien définis ou propres moyens ou par des moyens mis à leur disposi-
significatifs. tion par leurs membres, mais dont l'utilisation est déci-
44. Cela étant, et conformément à l'idée de fonction dée par l'organisation. Elles ont donc la direction opé-
que la Commission a adopté comme base principale de rationnelle. Bien entendu, dans la plupart des cas, les
son étude, la fonction des organisations internationales, moyens utilisés par les organisations internationales
comme principe de classification, peut être considérée proviennent des Etats membres. Mais il y a une diffé-
principalement de trois points de vue : rence notable de situation suivant qu'ils ont été définiti-
vement transférés à l'organisation (comme dans le cas
a) D'après l'extension de la coopération que l'orga- de contributions financières) ou qu'ils lui ont été seule-
nisation est chargée de réaliser ; ment prêtés pour faire face à une situation déterminée
b) D'après l'étendue du champ d'activité réservé ou (comme dans le cas de contingents militaires, par
assigné à cette coopération ; et exemple).
c) D'après les moyens utilisés pour réaliser cette coo- 48. Certaines organisations internationales ont une
pération, le type de relations institué entre l'organisa- activité presque exclusivement opérationnelle. C'est le
tion et ses membres dans leurs rapports mutuels. cas des organisations financières et, notamment, des
banques internationales, comme la Banque mondiale.
45. Au premier critère correspond la division en orga-
D'autres ont une activité mixte, à la fois normative et
nisations mondiales ou universelles, ou encore globales,
opérationnelle, comme l'ONU (dont l'activité reste
et organisations partielles, restreintes. Les organisations
cependant avant tout normative) et les institutions spé-
universelles sont, bien entendu, celles qui tendent à réa-
cialisées (à l'exclusion des institutions financières).
liser l'unification de la société internationale en faisant
pénétrer en leur sein tous les Etats qui la composent et 49. Compte tenu des considérations qui précèdent,
qui ont pour but de tenter de résoudre les problèmes force est de constater qu'aucune des classifications pro-
qui se posent à l'échelle de la planète. Les organisations posées ne pourrait, à elle seule, fournir un critère géné-
partielles ne comprennent qu'un groupe limité d'Etats, ral permettant de déterminer les privilèges et immunités
groupés sur la base d'intérêts particuliers qu'ils parta- qui doivent être accordés aux organisations internatio-
gent et qui les distinguent du reste de la société interna- nales. Il n'est pas possible, en effet, de faire une nette
tionale. En un sens, on peut dire que les organisations distinction entre les diverses catégories. Il arrive qu'elles
universelles sont édifiées sur le principe d'inclusion et se superposent. Enfin, comme on l'a dit, il s'agit plutôt
que les organisations partielles reposent, au contraire, d'une énumération que d'une classification proprement
sur le principe d'exclusion. La distinction entre ces deux dite. On ne peut établir avec précision que de la simple
types d'organisations ne concerne pas seulement le classification fondée sur les critères énumérés se dédui-
nombre des membres et les règles relatives à leur admis- sent automatiquement et pour chaque catégorie d'orga-
sion, elle entraîne toute une série de conséquences sur nisations internationales des conséquences juridiques
la constitution de l'appareil d'organes, sur ses relations particulières et distinctes.
avec les Etats membres, sur la finalité de son action et
sur l'ensemble de ses activités. C. — Etendue de l'immunité de juridiction
46. Le deuxième critère conduit à faire une distinction 50. Il semble donc non seulement qu'il soit difficile
entre organisations internationales générales et organi- d'établir une liste des privilèges et immunités qui s'ap-
sations internationales sectorielles. Les premières sont pliquent uniformément à toutes les organisations inter-
les organisations internationales constituées en vue de nationales, mais encore qu'il ne soit pas souhaitable de
permettre une coopération organisée dans tous les le faire. En effet, chaque organisation internationale a
domaines où elle paraîtra utile, sans aucune limitation, ses caractéristiques propres, conformément à l'instru-
ou en n'excluant que certains secteurs bien définis (les ment qui l'a créée, et jouit, par suite, pour atteindre les
problèmes de défense nationale, par exemple). Ces buts et s'acquitter des fonctions qui lui ont été expressé-
organisations internationales générales peuvent être ment assignés, d'un nombre bien défini de privilèges et
constituées au niveau mondial, comme l'ONU, ou sur d'immunités, qui n'ont pas à être — et ne sont d'ail-
une base régionale, comme l'OEA ou l'OUA, par leurs généralement pas — les mêmes que ceux dont a
exemple. Le second type d'organisations est constitué besoin une autre organisation internationale, aux buts
par les organisations internationales auxquelles est assi- et aux fonctions différents.
gnée une fonction limitée à un seul secteur d'activité
51. Etant donné qu'il est difficile de définir les prin-
ou, tout au moins, à un ensemble de secteurs stricte-
cipes ou les critères généraux d'après lesquels il serait
ment définis.
possible d'accorder automatiquement à une organisa-
47. Le troisième critère permet de faire une distinction tion internationale donnée une série déterminée de pri-
entre organisations internationales normatives et orga- vilèges et d'immunités, toute règle qui sera élaborée en
nisations internationales opérationnelles. Les premières la matière doit contenir des dispositions de caractère
sont celles qui ont pour fonctions essentielles d'orienter général, qui puissent être complétées ou modifiées sui-
le comportement de leurs membres en vue d'éviter qu'il vant les données propres à chaque cas particulier, pour
ne devienne conflictuel ou, s'il l'est devenu, de faire ces- s'adapter aux besoins fonctionnels véritables de l'orga-
ser cette situation, et de faciliter la réalisation d'objec- nisation internationale considérée, conformément à
tifs communs par la coordination de leurs efforts. Les l'instrument juridique qui l'a créée.
Relations entre les Etats et les organisations internationales 177
52. Les accords généraux sur les privilèges et immu- existantes, est celui du besoin fonctionnel. C'est là, bien
nités des organisations internationales (Convention de entendu, le critère principal que la Commission a, elle
1946 sur les privilèges et immunités des Nations Unies aussi, retenu depuis le début de la présente étude.
et Convention de 1947 sur les privilèges et immunités 57. En tout état de cause, il ne faut pas perdre de
des institutions spécialisées18 par exemple) sont en vue :
général complétés par un accord de siège ou un accord
bilatéral ou multilatéral dans lequel sont définis, limités a) Que les privilèges et immunités sont un droit et
ou étendus les privilèges et immunités accordés à l'or- non une faveur ;
ganisation internationale considérée. Cette formule vise b) Qu'ils sont étroitement liés aux fonctions de l'or-
à concilier les intérêts des organisations internationales ganisation internationale à laquelle ils sont accordés ;
et ceux des Etats, qu'ils soient ou non le siège d'une ou c) Que l'usage qui en est fait ne doit aller à l'en-
de plusieurs organisations internationales. contre ni de leur raison d'être, ni de la justice.
53. L'examen des conventions relatives à ce sujet,
ainsi que des accords de siège et autres instruments juri- On reviendra sur ce point lors de l'examen de la ques-
diques bilatéraux et multilatéraux actuellement en tion des privilèges et immunités des fonctionnaires
vigueur, permet de constater qu'un certain nombre de internationaux.
critères ont régi, de façon plus ou moins généralisée, 58. Conformément aux dispositions de la plupart des
l'octroi des privilèges et immunités aux organisations textes en vigueur (conventions sur les privilèges et
internationales existantes. Il s'agit des critères sui- immunités, accords de siège, etc.), les organisations
vants : internationales échappent à la juridiction des tribunaux
de droit commun, à moins de renoncer expressément à
a) La zone géographique du ressort de l'organisation
ce privilège. Même alors, la renonciation ne peut
internationale ;
s'étendre à des mesures d'exécution.
b) Le caractère politique de l'organisation internatio-
nale ; 59. En dépit de son caractère apparemment excessif,
ce traitement exceptionnel est expressément limité par
c) Le type de fonctions assignées à l'organisation l'obligation imposée aux organisations internationales
internationale : commerciales, financières, ou même d'instituer un système judiciaire qui permette le règle-
industrielles ; ment des conflits ou des différends auxquels elles peu-
d) L'importance de l'organisation internationale, ce vent se trouver mêlées, obligation que consacrent tous
qui est logique, car certains privilèges et immunités qui les accords de siège existants, tels l'Accord entre l'OMS
sont nécessaires, voire indispensables, dans le cas d'une et la Suisse19 (art. 23) ou l'Accord entre l'UNESCO et
grande organisation internationale, peuvent être omis la France 20 (art. 28). Les Conventions générales de
sans inconvénients majeurs, lorsqu'il s'agit d'une petite 1946 et 1947 contiennent des dispositions analogues
organisation internationale aux attributions limitées. (art. VIII, sect. 29, et art. IX, sect. 31, respectivement).
L'Accord général sur les privilèges et immunités du
54. Enfin, il ne faut pas oublier le cas de certaines Conseil de l'Europe21 pose cette obligation de façon
organisations internationales auxquelles il n'y a pas plus explicite à l'article 21, qui prévoit l'arbitrage admi-
nécessairement lieu d'accorder des privilèges et immu- nistratif.
nités, même si elles ont été créées dans le cadre d'un
accord entre Etats. Il s'agit d'organisations internatio- 60. Dans leurs réponses au questionnaire que le
nales intergouvernementales constituées de telle ma- Conseiller juridique de l'ONU avait adressé, le 13 mars
nière qu'elles ne peuvent agir que comme personne 1978, aux institutions spécialisées et à l'AIEA, ainsi
morale de droit national de l'Etat de siège. qu'au questionnaire qu'il avait adressé, le 5 janvier
1984, aux organisations régionales, conformément aux
55. L'Assemblée générale des Nations Unies avait décisions prises par la Commission22, la plupart des ins-
elle-même indiqué, dans sa résolution 22D(I), du 13 fé- titutions spécialisées et l'AIEA, tout comme l'ONU,
vrier 1946, en application de laquelle fut élaborée et ont déclaré que leur immunité de juridiction avait été
adoptée la Convention de 1947, que : pleinement respectée et reconnue par les autorités
Tout en reconnaissant que les institutions spécialisées n'ont pas nationales compétentes23.
toutes besoin des mêmes privilèges et immunités, et que certaines
d'entre elles, en raison du caractère particulier de leurs fonctions, ont 61. Il ressort de l'analyse des réponses que le principe
besoin de privilèges dsune nature spéciale, qui ne sont pas nécessaires de l'immunité de juridiction des organisations interna-
à l'Organisation, l'Assemblée estime que les privilèges et immunités
de celle-ci devraient être considérés, en règle générale, comme un
maximum, dans les limites duquel les diverses institutions spécialisées 19
ne jouiraient que des privilèges et immunités nécessaires à l'accom- Accord du 29 septembre 1955, voir Suisse, Recueil systématique
plissement de leurs fonctions respectives, et qu'on ne devrait réclamer du droit fédéral, Berne, 1970, sect. 0.192.120.281.
20
aucune immunité et aucun privilège qui ne soient vraiment nécessaires*. Accord du 2 juillet 1954 (Nations Unies, Recueil des Traités,
vol. 357, p. 3).
56. En conséquence, le seul critère qui semble préva- 21
Conseil de l'Europe, L'Accord général sur les privilèges et immu-
loir de façon générale, tant dans la doctrine que dans nités du Conseil de l'Europe, du 2 septembre 1949, Strasbourg [s.d.].
les instruments juridiques de caractère multilatéral, 22
V o i r Annuaire... 1977, vol. II ( 2 e partie), p . 127, p a r . 9 5 ; et
bilatéral ou unilatéral, ainsi que dans la pratique suivie Annuaire... 1983, vol. II (2e partie), p. 86, par. 2 7 7 , /
23
par l'ONU et les autres organisations internationales Voir « Pratique suivie par l'Organisation des Nations Unies, les
institutions spécialisées et l'Agence internationale de l'énergie atomi-
que en ce qui concerne leur statut juridique, leurs privilèges et leurs
immunités : étude complémentaire du Secrétariat », Annuaire... 1985,
18
Dénommées ci-après « Conventions générales de 1946 et 1947 ». vol. II (l r e partie/Add.l), p. 153, doc. A/CN.4/L.383 et Add.l à 3.
178 Documents de la quarante et unième session
tionales s'est renforcé. A cet égard, il est intéressant de de juridiction en vertu de la section 2 de la Convention
citer la réponse de l'ONU au questionnaire susmen- de 1946 sur les privilèges et immunités des Nations
tionné : Unies26.
a) Reconnaissance de l'immunité de juridiction de l'ONU 64. Quant aux institutions spécialisées et l'AIEA, elles
11. Les Etats-Unis d'Amérique sont devenus partie à la Conven- recourent à l'arbitrage pour régler les différends qui
tion sur les privilèges et immunités des Nations Unies le 29 avril pourraient les opposer à des personnes privées de droit
1970. Cette adhésion a renforcé la position juridique de l'Organisa- commun27. Ainsi, les contrats d'achat et de vente avec
tion à l'égard de l'immunité de juridiction dont elle jouissait aux
Etats-Unis, laquelle, jusqu'alors, lui était reconnue en vertu de la les fournisseurs contiennent-ils généralement une clause
législation nationale et du droit international général découlant, en compromissoire.
particulier, des Articles 104 et 105 de la Charte des Nations Unies.
Cette décision a eu d'autant plus d'importance pour l'Organisation 65. Par ailleurs, elles ont créé un tribunal administra-
qu'elle est intervenue alors que la doctrine de l'immunité souveraine tif spécial, dont elles reconnaissent la juridiction, qui est
était en pleine évolution. Cette doctrine s'est infléchie dans un sens compétent pour juger les litiges qui peuvent les opposer
plus restrictif dans de nombreux pays et a débouché sur la promulga- aux membres de leur personnel.
tion de législations nationales telles que la loi de 1976 sur les immu-
nités des Etats étrangers (United States Foreign Sovereign Immunities 66. Une clause d'arbitrage figure généralement dans
Act of 1976) ; sans être directement applicable aux organisations les contrats d'assistance technique que les institutions
internationales, la nouvelle doctrine de l'immunité souveraine, et en spécialisées passent avec les Etats et dans les accords de
particulier, l'approche plus restrictive adoptée à l'égard des activités
commerciales des Etats étrangers auront inévitablement des répercus- coopération qu'elles concluent entre elles ou avec
sions sur la manière dont les tribunaux nationaux considéreront les l'ONU. L'acte constitutif de ces institutions prévoit un
activités des organisations internationales. L'ONU, toutefois, conti- recours éventuel auprès de la CIJ pour avis consultatif
nue de bénéficier d'une entière immunité de juridiction et ne ren- en cas de controverse sur l'interprétation ou l'applica-
contre aucune difficulté particulière à cet égard, à la différence
d'autres organisations qui ne jouissent pas de la même protection tion de l'une des dispositions des instruments juridiques
juridique en vertu des accords en vigueur24. en question.
62. Il est particulièrement intéressant de citer la déci- 67. Certaines organisations à caractère financier
sion de la Cour suprême du comté de New York dans acceptent d'être traduites devant un tribunal national
l'affaire Menon (1973), ce tribunal ayant son impor- dans certaines conditions. C'est le cas, ainsi qu'il est
tance puisqu'il se trouve dans le pays où l'ONU a son prévu dans leurs statuts, de la BIRD (art. VII, sect. 3),
siège. L'épouse séparée d'un fonctionnaire non résident de l'IDA (art. VIII, sect. 3) et de la SFI (art. VII,
de l'ONU contestait la décision par laquelle les juges de sect. 3). Cependant, aucune action judiciaire ne peut
la Family Court avaient refusé d'enjoindre à l'Organi- être intentée contre elles par des Etats membres, ou par
sation d'exposer les raisons qui s'opposaient à la saisie- des personnes agissant en leur nom et pour leur
arrêt du traitement de son mari pour assurer la subsis- compte. Les biens et avoirs de ces trois institutions, où
tance de la demanderesse et celle de son enfant mineur. qu'ils se trouvent, échappent à toute forme de saisie,
Cette demande a été rejetée par la Cour suprême, qui a d'opposition ou d'exécution en l'absence d'un jugement
déclaré que « la loi exempte expressément toute entité définitif.
souveraine* de la juridiction [des] tribunaux [des Etats- 68. Les réponses au questionnaire adressé le 13 mars
Unis], à moins que cette entité souveraine consente elle- 1978 par le Conseiller juridique de l'ONU aux chefs de
même à s'y soumettre ». La Cour a considéré, en outre, secrétariat des institutions spécialisées des Nations
que l'ONU « jouit de la souveraineté* et peut faire Unies et de l'AIEA indiquent que l'immunité de juridic-
bénéficier ses fonctionnaires et agents de cette protec- tion de la plupart des institutions spécialisées et de
tion », et que « ni la Cour suprême ni la Family Court l'AIEA a été pleinement reconnue par les autorités
n'ont compétence pour contester le statut souverain de nationales compétentes.
l'ONU applicable à son personnel et à ses agents res-
ponsables de ses opérations financières »25. On aura 69. Dans les jugements rendus lors d'actions intentées
l'occasion de commenter cette décision, lorsqu'on exa- contre l'OIT et le FMI, l'immunité de juridiction a tou-
minera la question des privilèges et immunités des fonc- jours été reconnue28. Toutefois, plusieurs actions en
tionnaires. justice ont été intentées contre la FAO, malgré l'exis-
tence d'accords internationaux qui lui concèdent l'im-
63. On citera, enfin, comme autre exemple pertinent le munité de juridiction. La FAO récuse la compétence
jugement rendu dans l'affaire Manderlie: c. Organisa- des tribunaux locaux. Les décisions des tribunaux du
tion des Nations Unies et Etat belge (1966). Le deman- pays hôte, l'Italie, ne reconnaissent pas l'immunité de la
deur avait intenté une action devant le tribunal de pre- FAO, alors même que l'Accord de siège29 prévoit
mière instance de Bruxelles en vue d'obtenir de l'ONU « l'immunité de juridiction ». Les tribunaux italiens
ou du Gouvernement belge, ou de l'un et l'autre soli-
dairement, des dommages-intérêts en raison du préju-
dice qu'il prétendait avoir subi « à la suite d'exactions
26
commises au Congo par les troupes de l'Organisation ». Voir Nations Unies, Annuaire juridique 1966, (numéro de
Le tribunal a déclaré l'action non recevable en tant vente : F.68.V.6), p . 299 ; cité d a n s d o c . A / C N . 4 / L . 3 8 3 et A d d . l à 3,
qu'intentée contre l'ONU, bénéficiaire d'une immunité partie A , chap. II, sect. 7, p a r . 13.
27
Voir doc. A/CN.4/L.383 et Add.l à 3, partie B, chap. I, sect. 1,
par. 9.
28
Ibid., partie B, chap. II, sect. 7, par. 43.
24
Ibid., p. 169, partie A, chap. II, sect. 7, par. 11. 29
Accord du 31 octobre 1950, voir Nations Unies, Textes législa-
25
Voir N a t i o n s Unies, Annuaire juridique 1973 ( n u m é r o de vente : tifs et dispositions de traités concernant le statut juridique, les privilèges
F.75.V.L), p . 215 et 216 ; cité d a n s d o c . A / C N . 4 / L . 3 8 3 et A d d . l à 3, et les immunités d'organisations internationales, vol. II (numéro de
partie A , chap. II, sect. 7, p a r . 12. vente : 61.V.3), p. 187.
Relations entre les Etats et les organisations internationales 179
essaient d'établir une distinction, en faisant valoir que pays hôte avait fait une déclaration sur l'immunité de
la FAO ne bénéficie de cette immunité que pour les juridiction de l'Organisation et sur son immunité à
questions ayant trait à des activités liées aux objectifs et l'égard des mesures d'exécution dans le pays.
aux fonctions de l'Organisation (actes jure imperii) et 75. Dans cette déclaration, le représentant en question
non pour les transactions de droit privé pouvant résul- reprenait la distinction, déjà évoquée (supra par. 69)
ter d'autres activités (actes jure gestionis). De toute que font les tribunaux italiens entre les actes jure impe-
façon, aucune mesure d'exécution n'a été prononcée rii et les actes jure gestionis, mais indiquait que « si une
contre la FAO. Bien entendu, les organes directeurs de partie cherchait à faire exécuter des mesures contre la
la FAO ne peuvent souscrire à cette interprétation et FAO [...] l'Organisation devrait comparaître devant le
soutiennent que les dispositions de l'Accord de siège juge [d'exécution compétent] pour invoquer l'existence
doivent être prises à la lettre. Sinon, la FAO, ainsi que de son immunité de juridiction aux termes de [...] l'Ac-
d'autres organisations internationales, seraient exposées cord de siège »33.
à des litiges qui seraient préjudiciables à l'exécution
effective de leurs programmes d'action30. On pourrait 76. Devant une interprétation aussi restrictive de l'ex-
envisager la possibilité de demander à la CIJ un avis pression « toute forme de juridiction » employée dans
consultatif sur l'interprétation des dispositions perti- son accord de siège, la FAO considère et soutient que
nentes de l'Accord de siège. ladite expression vise aussi l'immunité à l'égard des
mesures d'exécution.
70. Dans d'autres actions intentées contre la FAO, on
est parvenu à des règlements extra-judiciaires. Dans
certains cas, il n'a été pris aucune mesure pour exécuter D. — Renonciation à l'immunité de juridiction
le jugement.
71. La BIRD, l'IDA et la SFI ne jouissent pas d'une 77. Quelques cas se sont produits où des institutions
immunité de juridiction générale. L'immunité dont elles spécialisées ont, dans des circonstances particulières,
bénéficient ne concerne que les actions intentées par des renoncé à leur immunité de juridiction. C'est ainsi que
Etats membres ou par des personnes agissant pour le le FMI a renoncé à son immunité pour les besoins de
compte d'Etats membres, ou tenant leurs droits de certains prêts. Des clauses au porteur dont sont assortis
ceux-ci. Les autres personnes ne peuvent intenter des certains accords d'emprunt du FMI prévoient la renon-
actions que devant un tribunal compétent sur le terri- ciation par le FMI à son immunité de juridiction et la
toire d'un Etat membre où l'organisation possède un compétence des tribunaux nationaux désignés à l'égard
bureau, a désigné un représentant chargé d'accepter les des actions et des mesures d'exécution. L'UPU a
assignations en justice ou a émis ou garanti des valeurs reconnu la juridiction des tribunaux suisses en cas de
mobilières. Ni la BIRD, ni l'IDA, ni la SFI n'ont litige34.
signalé de cas où leur immunité limitée n'a pas été 78. Par ailleurs, comme on l'a déjà indiqué (supra
reconnue. par. 64), la plupart des contrats passés par les institu-
72. Quant à l'« immunité de juridiction », prévue à tions spécialisées et l'AIEA prévoient que les différends
l'article III, sect. 4, de la Convention de 1947, la plu- qui pourraient surgir devront être réglés par voie d'ar-
part des institutions spécialisées et l'AIEA ont indiqué bitrage.
qu'elles n'avaient pas rencontré de difficultés particu-
lières pour son interprétation. Le FMI a été d'avis qu'il E. — Biens, fonds et avoirs
fallait interpréter la formule dans un sens large, de
manière qu'elle s'entende de l'exercice du pouvoir judi-
79. Si l'on part du principe que les organisations
ciaire sous toutes ses formes31.
internationales possèdent la personnalité juridique, il
73. Il est intéressant de noter que la loi des Etats-Unis est facile de comprendre que le traitement ou le régime
de 1976 sur les immunités des Etats étrangers, United qu'il faut accorder aux biens d'une organisation inter-
States Foreign Sovereign Immunities Act of 1976, dis- nationale découle logiquement des droits inhérents à
pose expressément que les biens des organisations inter- cette personnalité.
nationales désignées par le Président des Etats-Unis 80. L'une des conditions essentielles pour qu'une
d'Amérique (parmi lesquelles figurent la BIRD, l'IDA organisation internationale puisse s'acquitter comme il
et la SFI) « ne font l'objet d'aucune saisie ni d'aucune convient des fonctions pour lesquelles elle a été créée
autre procédure judiciaire entravant le versement de est, comme on l'a déjà dit, qu'elle jouisse de l'autono-
fonds à un Etat étranger ou sur ordre d'un Etat étran- mie la plus absolue. Or, on voit mal comment une
ger à la suite d'une action intentée devant les tribunaux autonomie pourrait exister si l'on ne reconnaît pas à
des Etats-Unis ou des Etats »32. l'organisation internationale le droit de disposer d'un
74. Il n'a pas été signalé de cas où la question de l'im- patrimoine propre.
munité à l'égard des mesures d'exécution se soit posée. 81. Sans un instrument adéquat pour agir, sans les
Seule la FAO a signalé qu'à la réunion de son Conseil moyens d'action voulues et sans un soutien matériel
d'administration, en novembre 1984, le représentant du suffisant, les organisations internationales seraient dans
l'impossibilité de mener à bien la mission qui leur a été
30
Voir doc. A/CN.4/L.383 et Add.l à 3, partie B, chap. II,
sect. 7, par. 48, b.
31 33
Ibid., par. 52. Ibid., par. 54.
32 34
Ibid., par. 53. Ibid., p a r . 55.
180 Documents de la quarante et unième session
dévolue par leur acte constitutif et d'autres instruments 87. Selon la pratique des Etats et les instruments juri-
juridiques. Tout ceci, leur patrimoine le leur fournit. Le diques relatifs aux diverses organisations internatio-
patrimoine contribue, en premier lieu, à donner à l'or- nales (actes constitutifs, accords de siège, conventions,
ganisation une base permanente à partir de laquelle elle etc.), on considère que les biens d'une organisation
pourra mener la mission spécifique qui lui est confiée. internationale, pris dans leur ensemble, ne relèvent pas
82. Le patrimoine des organisations internationales du droit commun des biens. Ces biens étant affectés en
peut être comparé au patrimoine des personnes morales permanence à des fins institutionnelles, ils ne peuvent
de droit public, dans la mesure où il sert exclusivement être utilisés pour d'autres usages que ceux pour lesquels
à la réalisation des objets de l'organisation. D'où le ils ont été prévus. C'est pourquoi on leur accorde un
principe de l'intangibilité et de l'inaliénabilité du patri- régime de droit public, qui en fait des biens inaliénables
moine des organisations internationales35. et insaisissables.
83. Certes, ces caractéristiques ne sont pas propres
aux organisations internationales, et elles s'appliquent
indifféremment aux services publics de droit interne ou F. — Inviolabilité des biens et des locaux
de droit international. Le principe de l'inaliénabilité des
biens et celui de l'immunité fiscale n'ont d'autre objet 88. Un des privilèges les plus importants des organisa-
que de préserver le patrimoine des services publics pour tions internationales et qui est indispensable dans la
garantir la continuité des prestations36. pratique à leur plein fonctionnement est celui qui a trait
à l'inviolabilité des locaux de l'organisation. C'est le
84. Selon Jean Duffar, l'affectation des biens des ins- principe qui garantit à une organisation internationale
titutions publiques justifie, en droit interne, que ces son autonomie, son indépendance et sa confidentialité.
biens ne puissent être détournés de leur fonction ; elle Ce principe est évidemment consacré dans la presque
•explique surtout l'inaliénabilité du domaine public37. totalité des instruments juridiques relatifs aux privilèges
Les biens des organisations internationales bénéficient et immunités des organisations internationales, soit
aussi d'un droit de protection, parce qu'ils sont affectés dans les deux Conventions générales de 1946 et 1947,
à une fin collective. Peut-être même le principe général soit dans les accords de siège ou dans d'autres accords
est-il favorablement infléchi en faveur des organisations bilatéraux ou multilatéraux relatifs aux organisations
internationales, car qui dit domaine dit propriété, et les internationales existantes.
biens des organisations internationales sont protégés
alors même qu'ils ne sont pas la propriété de l'organisa- 89. En droit international, l'inviolabilité des locaux
tion. des organisations internationales est identique, par le
contenu, à l'inviolabilité des locaux diplomatiques, telle
85. Tous les textes relatifs aux privilèges et immunités qu'elle est prévue à l'article 22, par. 1, de la Convention
des organisations internationales mentionnent expressé- de Vienne de 1961 sur les relations diplomatiques. Tou-
ment les « locaux et immeubles ». C'est ainsi que la tefois, les principes sur lesquels repose ce contenu ne
Convention de Vienne de 1961 sur les relations diplo- sont pas les mêmes dans les deux cas. Les Etats respec-
matiques dispose, au paragraphe 3 de l'article 22 : tent l'inviolabilité des locaux diplomatiques en se fon-
Les locaux de la mission, leur ameublement et les autres objets qui dant sur le principe de l'égalité souveraine et de la réci-
s'y trouvent, ainsi que les moyens de transport de la mission, ne peu- procité. Dans le cas des organisations internationales,
vent faire l'objet d'aucune perquisition, réquisition, saisie ou mesure
d'exécution. on ne saurait parler de réciprocité, puisqu'il ne peut y
en avoir. L'inviolabilité se justifierait par l'impossibilité
Les deux Conventions générales de 1946 et 1947, les pour un ordre juridique subordonné, national, de sou-
accords de siège entre l'ONU et les Etats-Unis d'Amé- mettre ou de contraindre un ordre juridique supérieur,
rique 38 et l'ONU et la Suisse39 contiennent des disposi- international40.
tions analogues.
90. Lorsque les premières organisations internatio-
86. Cela paraît logique. Même s'il ne fait aucun doute nales ont été créées, on parlait, pour fonder l'inviolabi-
que les locaux et immeubles des organisations interna- lité, d'« exterritorialité ». C'est le terme employé dans
tionales jouissent du régime général applicable aux les accords conclus par le Gouvernement fédéral suisse
biens, il est évident que, sans locaux ni immeubles, il et certaines des organisations internationales qui ont
serait très difficile, voire impossible, pour une organisa- leur siège en Suisse. On peut lire dans ces accords que
tion de mener ses activités. D'où l'importance fonda- le Conseil fédéral suisse reconnaît notamment l'exterri-
mentale et particulière qu'on accorde à ses biens, en torialité des terrains et locaux de [l'organisation] et de
leur réservant un régime juridique spécial. tous les locaux occupés par elle à l'occasion de [ses
assemblées] ou de toute autre réunion convoquée en
Suisse par [l'organisation] (art. 4 des accords signés,
35 entre autres, avec l'OIT, l'OMS et l'OMM).
Voir J. Duffar, Contribution à l'étude des privilèges et immunités
des organisations internationales, Paris, Librairie générale de droit et 91. Cette théorie a été pratiquement abandonnée.
de jurisprudence, 1982, p. 235. L'inviolabilité des locaux d'une organisation internatio-
36
Ibid. nale ne repose pas sur une prétendue notion d'exterrito-
37
Ibid., p. 237. rialité (doctrine, on l'a dit, dépassée) ; elle repose sur le
38
Accord du 26 juin 1947, voir Nations Unies, Recueil des Traités, droit de toute organisation internationale au respect et
vol. 11, p. 11.
39
A r r a n g e m e n t provisoire d e s 11 juin et l a r juillet 1946 (ibid.,
vol. 1, p. 163), modifié par l'échange de lettres des 5 et 11 avril 1963
(ibid., vol. 509, p. 308). Duffar, op. cit., p. 101.
Relations entre les Etats et les organisations internationales 181
à l'inviolabilité de son intimité. Il s'agit d'un droit inhé- addition ne ferait que créer des confusions et pourrait
rent à la personnalité41. être interprétée comme signifiant que seuls des bureaux
92. Dans les accords les plus anciens, on mentionne de la mission doivent être considérés comme locaux
uniquement les « locaux de l'organisation ». Dans les officiels »45. Cependant, la Convention de Vienne de
textes plus récents, on précise le sens de ces termes et, 1963 sur les relations consulaires a opté pour cette for-
bien entendu, le contenu du privilège, sans en modifier mule au paragraphe 2 de son article 31, lequel limite
pour autant la portée. C'est ainsi que la Convention de l'inviolabilité à « la partie des locaux consulaires que le
Vienne de 1961 sur les relations diplomatiques a retenu poste consulaire utilise exclusivement pour les besoins
l'idée proposée par la Commission, lors de l'élaboration de son travail ».
de cette convention, selon laquelle « les locaux com- 96. Bien que la tendance à limiter et à différencier
prennent, s'il s'agit d'un immeuble, le terrain qui l'en- l'inviolabilité ait ses partisans convaincus, il est au
toure et les autres dépendances, y inclus le jardin et le moins un cas dans lequel un tribunal — la Cour de jus-
parc à voitures »42. La Convention de Vienne stipule en tice des Communautés européennes — a confirmé la
effet, à l'alinéa i de l'article 1 er , que « l'expression thèse de l'inviolabilité universelle et uniforme. La Cour
« locaux de la mission » s'entend des bâtiments ou des a, en effet, statué que les locaux et édifices de la Com-
parties de bâtiments et du terrain attenant qui [...] sont munauté européenne de l'énergie atomique ne se limi-
utilisés aux fins de la mission ». tent pas aux seuls locaux administratifs et que, par
conséquent, « l'intervention d'une autorité administra-
93. Chaque fois qu'elle a conclu avec un Etat hôte un
tive nationale dans la sphère d'intérêt d'une institution
accord au sujet des installations permanentes, comme
communautaire constitue une mesure de contrainte
celles de New York ou de Genève ou des locaux abri-
administrative »46.
tant le siège des commissions économiques régionales,
l'ONU s'est efforcée de délimiter avec précision, soit 97. La Convention de Vienne de 1961 sur les relations
dans l'Accord de siège, soit dans un accord additionnel diplomatiques consacre, à l'alinéa i de son article 1er,
ou dans une annexe, la zone dans laquelle se trouvent une autre des caractéristiques fondamentales de l'invio-
ses locaux, sur laquelle elle exerce son autorité 43 . labilité en droit international, à savoir que la protection
94. Cette notion d'inviolabilité, prise ainsi dans un conférée par l'inviolabilité ne dépend pas de la pro-
sens large et général, n'est pas acceptée par tous. En priété des locaux mais de leur occupation. C'est pour-
particulier, les Etats sur le territoire desquels se trouve quoi y sont employés les termes « quel qu'en soit le
le siège de certaines organisations internationales ten- propriétaire ». Des termes analogues sont utilisés dans
dent à la limiter. Dans le rapport établi en 1968 par un les deux Conventions générales de 1946 et 1947 (art. II,
sous-comité du Comité européen de coopération juri- sect. 3, et art. III, sect. 5, respectivement), ce qui indi-
dique, le principe selon lequel les locaux d'une organi- que que les mêmes principes s'appliquent aux organisa-
sation internationale doivent être inviolables est tions internationales47.
reconnu, mais on objecte qu'il ne semble pas nécessaire, 98. Dans la première étude, établie en 1967, par le
à première vue, de garantir l'inviolabilité des locaux Secrétariat, figure un commentaire des plus pertinents
quand il s'agit d'organisations internationales qui exer- dans lequel il est dit que
cent des fonctions purement administratives ou techni- Bien que la Convention de Vienne ne s'applique évidemment pas
ques, et que, dans certains cas, il suffirait peut-être de aux organisations internationales, il en ressort néanmoins qu'en
s'en tenir à l'inviolabilité des archives. Selon ce rapport, matière d'inviolabilité aucune distinction n'est faite entre les locaux
le mot « locaux » devrait s'entendre des « terrains, bâti- détenus en propriété et ceux qui sont loués ou détenus à un autre
ments ou parties de bâtiments [qui], quel qu'en soit le titre. A cet égard, la Convention est un instrument déclaratoire du
droit international existant48.
propriétaire, [sont] utilisés exclusivement pour l'exercice
des fonctions officielles de l'organisation* »44. 99. Il est évident que le principe énoncé sous la forme
adoptée dans les Conventions de Vienne de 1961 et
95. Cette même restriction avait fait l'objet de débats 1963, c'est-à-dire en tant que protection de l'occupa-
au sein de la Commission, à sa dixième session, en tion, implique l'existence de deux moments précis :
1958, lors de l'examen du projet d'articles relatif aux celui à partir duquel l'inviolabilité est applicable et exi-
relations et immunités diplomatiques (qui est à l'origine gible et celui où elle cesse de l'être. Le premier moment
de la Convention de Vienne de 1961). A cette occasion, est déterminé par le commencement de l'occupation
M. Tounkine, membre de la Commission avait désap- effective des locaux par l'organisation internationale.
prouvé l'addition du mot « officiels », après le mot Le second est déterminé, logiquement, par la cessation
« locaux », car, disait-il, « les locaux de la mission sont de l'occupation des locaux par l'organisation interna-
ceux qui servent à la mission pour ses fonctions ; cette tionale qui les occupait. La Convention de Vienne de
41
Ibid., p . 51 et suiv.
45
42
Voir Annuaire... 1958, vol. II, p. 98, doc. A/3859, chap. II, Voir Annuaire... 1958, v o l . I, p . 124, 4 5 5 e séance, p a r . 6 8 .
46
sect. II, par. 2 du commentaire de l'article 20 du projet d'articles rela- Affaire 2-68, Ufficio Imposte di Consumo di Ispra c. Commission
tif aux relations et immunités diplomatiques. des Communautés européennes, ordonnance du 17 décembre 1%8,
43
Voir « Pratique suivie par l'Organisation des Nations Unies, les Recueil de la jurisprudence de la Cour de justice des Communautés
institutions spécialisées et l'Agence internationale de l'énergie ato- européennes, Luxembourg, vol. 14, 1968, p. 639; cité par Duffar,
mique en ce qui concerne leur statut juridique, leurs privilèges et leurs op. cit. (supra n. 35), p. 102.
47
immunités : étude du Secrétariat », Annuaire... 1967, vol. II, p. 252, Voir Ph. Cahier, Le droit diplomatique contemporain, Genève,
doc. A/CN.4/L.118 et Add.l et 2, T partie, A, chap. II, par. 99. Droz, 1962, p. 198 et 199.
44 48
Voir Conseil d e l'Europe, op. cit. (supra n. 11), p . 27 et 28, Voir doc. A/CN.4/L.118 et Add.l et 2 (supra n. 43), 2 e partie,
par. 44 et 4 5 . A, chap. II, par. 91 in fine.
182 Documents de la quarante et unième session
1975 sur la représentation des Etats a adopté ce prin- l'article premier, ou toute partie desdits locaux, le Secrétaire général
cipe dans son article 70, relatif à la protection des de l'Organisation des Nations Unies en donnera immédiatement noti-
fication au Représentant permanent des Etats-Unis d'Amérique
locaux, des biens et des archives, dont le paragraphe 1 auprès de l'Organisation des Nations-Unies. Ce local, ou cette partie
dispose que « Lorsque la réunion d'un organe ou d'une desdits locaux, cessera d'être compris dans le district administratif à
conférence prend fin, l'Etat hôte est tenu de respecter et compter de la date de ladite notification.
protéger les locaux de la délégation tant que celle-ci les Et l'Accord réaffirme cette obligation dans les termes
utilise [...]. » suivants :
100. La doctrine est quasi unanime à reconnaître que
les principes relatifs à l'inviolabilité diplomatique sont
Article III
applicables dans leur ensemble aux locaux des organi-
sations internationales. La pratique suivie par les Etats
Dès qu'aura pris fin toute sous-location de toutes parties des
le confirme. L'inviolabilité dépend de l'affectation des locaux décrits à l'article premier et que l'Organisation des Nations
locaux aux fins de l'organisation internationale et de Unies aura pris possession de ces parties desdits locaux, le Secrétaire
leur occupation effective par celle-ci. général de l'Organisation des Nations Unies en donnera immédiate-
ment notification au Représentant permanent des Etats-Unis d'Amé-
101. Il semble toutefois exister une lacune en ce qui rique auprès de l'Organisation des Nations Unies. Ces parties desdits
concerne la détermination précise des deux moments locaux seront incorporées au district administratif à compter de la
que l'on vient de signaler : le début et la fin de l'inviola- date de cette occupation.
bilité. Cela tient à l'absence, dans la plupart des instru-
ments juridiques qui régissent les relations entre les 103. Dans son rapport sur les privilèges et immunités
Etats et les organisations internationales actuellement des organisations internationales, le sous-comité du
en vigueur, d'un processus établissant la notification Comité européen de coopération juridique ne s'occupe
obligatoire, tant au moment où commence l'occupation que des limites précises des locaux, qui doivent figurer
des locaux ou de tout autre espace occupé par une dans les accords de siège comme dans les accords rela-
organisation internationale, qu'au moment où elle tifs à l'occupation temporaire d'un local52.
cesse. Une telle notification doit, bien sûr, être faite aux 104. Il semble donc qu'il soit admis, de manière géné-
autorités compétentes de l'Etat hôte. Ainsi, l'ONU rale, que les locaux des organisations internationales,
envoie une notification officielle aux autorités du pays comme les locaux diplomatiques, sont inviolables. A
hôte lorsqu'elle est sur le point d'occuper ou de cesser cette inviolabilité est inhérente, par voie de consé-
d'occuper certains locaux. quence, l'exemption de toute perquisition, réquisition,
102. Une telle obligation avait été prévue à l'article 3 saisie, confiscation, expropriation et de toute autre
du projet de convention de la Harvard Law School forme de contrainte ou d'ingérence administrative, exe-
relatif aux privilèges et immunités diplomatiques. cutive, judiciaire ou législative. Aucun agent des pou-
Conformément à ce projet, l'inviolabilité des locaux voirs publics d'un Etat ne peut pénétrer dans les locaux
occupés ou utilisés par la mission devait être respectée d'une organisation internationale (telle qu'on l'a défi-
et garantie par l'Etat hôte « à condition que l'occupa- nie) sans avoir sollicité l'autorisation et sans avoir
tion ou l'utilisation ait été notifiée à l'avance à l'Etat obtenu le consentement des responsables de l'organisa-
hôte »49. A la neuvième session de la Commission, tion ayant qualité pour connaître de ladite demande ou
M. Ago, faisant observer que l'Etat accréditant a cou- donner ledit consentement, ou à moins que le texte juri-
tume de notifier à l'Etat accréditaire qu'il va occuper dique fondamental pertinent prévoie une dérogation au
certains locaux, avait proposé que l'inviolabilité com- principe de l'inviolabilité53.
mence à produire ses effets à la date où l'Etat accrédi- 105. La pratique des Etats, celle de l'ONU, ainsi que
taire reçoit la notification de l'Etat accréditant50. La des institutions spécialisées et de l'AIEA sont con-
Commission ne s'est pas prononcée sur cette proposi- formes à la doctrine : l'inviolabilité ne consiste pas seu-
tion. L'Accord conclu entre l'ONU et les Etats-Unis, en lement à ce que les Etats s'abstiennent de pénétrer dans
1966, à la suite de l'acquisition par l'Organisation de les locaux d'une organisation internationale, mais elle
locaux situés en dehors du district administratif, tel implique aussi l'obligation de les protéger contre toute
qu'il avait été délimité à l'origine51, prévoit expressé- menace ou perturbation qui pourrait avoir un effet pré-
ment, à l'article II, l'obligation de la notification tant judiciable. L'Etat est juridiquement tenu d'accorder aux
au moment où commence l'occupation des locaux locaux des organisations internationales la même pro-
qu'au moment où elle cesse : tection spéciale qu'aux locaux diplomatiques. Concrète-
ment, l'inviolabilité des locaux impose à l'Etat l'obliga-
tion non seulement de s'abstenir de certains actes, mais
Article II
encore de protéger activement les locaux. Ces principes
Au cas où le Secrétariat de l'Organisation des Nations Unies cesse-
ont été reconnus dans de nombreux accords de siège ou
rait d'utiliser pour ses bureaux l'un quelconque des locaux décrits à ont été considérés comme s'imposant aux Etats. Il en
est ainsi, par exemple, dans les accords conclus entre
49
Harvard Law School, Research in International Law, I. Diploma-
l'ONU et les Etats-Unis d'Amérique 54 (art. VI,
tie Privilèges and Immunities, publié en tant que Supplément to the
American Journal of International Law, Washington (D. C ) , vol. 26,
1932, p. 50 et 51 ; cité dans Cahier, op. cit. {supra n. 47), p. 200 et
52
216, et dans Duffar, op. cit. (supra n. 35), p. 135. Voir supra note 44.
5
" Voir Annuaire... 1957, vol. I, p. 56 et 57, 394e" séance, par. 25. 53
Voir doc. A/CN.4/L.118 et Add.l et 2, 2e partie, AT chap. II,
51
Voir doc. A/CN.4/L.118 et Add.l et 2 (supra n. 43). 2U partie, par. 109.
54
A, chap. II, par, 100. Voir supra note 38.
Relations entre les Etats et les organisations internationales 183
sect. 16) ; l'ONU et la France 55 (sect. II) ; la CEAEO et 109. On voit donc que la plupart des organisations
la Thaïlande 56 (art. III, sect. 5) ; la CEA et l'Ethiopie57 internationales actuelles, sinon toutes, telles qu'elles ont
(art. III, sect. 4) ; la FAO et l'Italie58 (art. IV, sect. 8) ; été définies, jouissent de l'immunité absolue de juridic-
la FAO et l'Egypte59 (art. II, sect. 4, c) ; la FAO et la tion en ce qui concerne leurs biens. Les Conventions
Thaïlande60 (art. V, sect. 7); l'UNESCO et Cuba 61 générales de 1946 et 1947 établissent, dans leurs ar-
(sect. B) ; l'UNESCO et la France 62 (art. 7). ticles II et III, respectivement, l'immunité juridiction-
106. Pour sa part, le Gouvernement fédéral suisse a nelle des biens et avoirs des organisations auxquelles
elles se rapportent. Ces textes confèrent une immunité
déclaré que la protection des locaux des organisations
absolue aux biens et avoirs desdites organisations. La
internationales constituait une obligation pour la
compétence des tribunaux nationaux est subordonnée à
Suisse, même lorsque les accords de siège conclus par la
la renonciation expresse de l'organisation, qui, en tout
Confédération ne contenaient pas de dispositions parti-
cas, ne peut pas être de caractère général ni s'étendre à
culières à cet égard63. L'Etat doit donc mettre en œuvre
des mesures d'exécution.
les moyens voulus pour protéger les locaux de l'organi-
sation internationale à l'extérieur et, éventuellement, à 110. Contrairement à ce qui se passe dans le cas des
l'intérieur. Dans ce dernier cas, comme on l'a dit, l'au- Etats, dans lequel l'étendue de l'immunité est générale-
torisation d'intervenir doit être obtenue d'un représen- ment déterminée par la jurisprudence, l'immunité, dans
tant compétent de l'organisation intéressée. L'Accord le cas des organisations internationales, étant un prin-
de siège entre l'UNESCO et la France 64 énonce expres- cipe absolu, les restrictions qui y sont apportées, ou qui
sément ce principe à l'article 7. y ont été apportées, résultent d'une disposition spéciale.
107. Si l'inviolabilité est reconnue à l'organisation Tel est le cas, on l'a vu, des organisations de caractère
internationale, dans l'intérêt des fonctions qu'elle économique ou financier comme la Banque mondiale,
exerce, il est logique qu'en contrepartie les Etats n'ad- 1TDA et la SFI, dont les instruments constitutifs pré-
mettent pas que les locaux occupés par une organisa- voient la compétence des tribunaux nationaux dans les
tion internationale puissent être transformés en terri- conditions fixées dans lesdits instruments. La compé-
toire d'asile. L'Accord de siège conclu entre l'ONU et tence des tribunaux nationaux a été prévue, non sans
les Etats-Unis d'Amérique 65 contient, à l'article III, une certaine réticence de la part des organisations inter-
sect. 9, al. b, une disposition expresse à ce sujet : nationales, dans les cas de litiges d'importance mineure
ou dans les cas d'accidents occasionnés par des véhi-
b) Sans qu'il puisse être porté atteinte aux dispositions de la
Convention générale ou de l'article IV du présent accord, l'Organisa-
cules appartenant à une organisation internationale.
tion des Nations Unies empêchera que le district administratif ne 111. Dans son rapport, le sous-comité du Comité
devienne le refuge de personnes tentant à échapper à une arrestation européen de coopération juridique a estimé que, même
ordonnée en exécution d'une loi fédérale, d'Etat ou locale des Etats-
Unis, ou réclamées par le Gouvernement des Etats-Unis pour être si une certaine immunité de juridiction est indispensable
extradées dans un autre pays, ou cherchant à se dérober à l'exécution dans le cas des organisations internationales, cette
d'un acte de procédure. immunité devrait faire l'objet de certaines exceptions et
L'Accord de siège entre l'UNESCO et la France garanties. Il a énuméré les domaines dans lesquels ces
contient une disposition analogue au paragraphe 3 de exceptions devraient exister, à savoir :
l'article 6. a) Les activités commerciales ou financières exercées
108. En général, il ressort des réponses au question- par les organisations internationales ;
naire, que le Conseiller juridique de l'ONU a adressé en b) La participation des organisations internationales
1978 aux institutions spécialisées et à l'AIEA, que l'in- dans des sociétés, associations ou autres personnes
violabilité des locaux est reconnue aussi bien aux insti- morales ;
tutions spécialisées et à l'AIEA qu'à l'ONU. Leurs
c) Les brevets obtenus par les organisations interna-
locaux sont le plus souvent à l'abri des perquisitions et
tionales ;
de toute forme d'intervention66:
d) Les droits réels sur un immeuble appartenant aux
55
organisations internationales ou revendiqués par elles,
Echange de lettres constituant l'accord du 17 août 1951 relatif à ou l'usage qu'elles font d'un tel immeuble ;
la tenue de la sixième session de l'Assemblée générale à Paris, voir
Nations Unies, Recueil des Traités, vol. 122, p. 191. e) Les successions, legs et dons en faveur des organi-
56
Accord du 26 mai 1954, ibid., vol. 260, p. 35. sations internationales ;
57
Accord du 18 juin 1958, ibid., vol. 317, p. 101. f) Les dommages résultant d'un accident causé par
Sli
Voir supra note 29. un véhicule automobile ou d'autres moyens de trans-
59
Accord du 17 août 1952, voir Nations Unies, Textes législatifs...
port appartenant à l'organisation internationale ou cir-
(supra n. 29), p. 212.
60
Accord du 6 février 1957, ibid., p. 220.
culant pour son compte ;
fil
Echange de lettres des 30 août et 9 septembre 1949, ibid., p. 230. g) Les demandes reconventionnelles fondées sur le
fi2
Voir supra note 20. même rapport de droit ou les mêmes faits sur lesquels
61
Voir Annuaire suisse de droit international, 1969-1970, Zurich, reposent les éventuelles demandes de l'organisation'17.
vol. 26, p. 170 et 171, ainsi que Ph. Cahier, Etude des accords de siège
conclus entre les organisations internationales et les Etats où elles rési- 112. Le principe de l'immunité des biens et avoirs uti-
dent. Milan, Giuffrè, 1959 (thèse), p. 259 et 260. lisés par une organisation internationale pour exercer
M
Voir supra note 20. ses fonctions et pouvoir s'acquitter de ses activités offi-
fiS
Voir supra note 38.
'"' Voir doc. A CN.4 L 3X3 cl Add.l à 3 (supra n. 2}). parlic B,
chap. II. SCLI L) L-t 10, par. 58 cl suiv. Conscil de l'Europe, op. ut. (supra n I • ). p. 24, par 33
184 Documents de la quarante et unième session
cielles est admis, comme on l'a vu, tant par la doctrine soit et à convertir toutes les devises qu'elles possèdent,
que par la pratique des Etats, et il est amplement sans être astreintes à aucun contrôle, réglementation et
consacré dans de multiples instruments juridiques bila- moratoire financiers de quelque nature que ce soit. Il
téraux, multilatéraux et, même, unilatéraux actuelle- est évident qu'un privilège aussi étendu peut ne pas
ment en vigueur. Ce principe comporte l'immunité paraître indispensable aux organisations internationales
contre toute perquisition, réquisition, confiscation, qui ont un budget de peu d'importance et dont les
expropriation, ou toute autre forme de contrainte ou fonds sont utilisés, en majeure partie, dans le pays où
d'ingérence administrative ou judiciaire, même si une elles ont leur siège.
telle immunité ne paraît pas essentielle dans le cas de
116. Les Conventions générales de 1946 et 1947
toutes les organisations internationales. On admet tou-
contiennent évidemment toutes deux des dispositions à
tefois une exception au principe de l'immunité, en ce
ce sujet. La Convention de 1947 prévoit à l'article III :
qui concerne l'expropriation, si elle est nécessaire pour
cause d'utilité publique. En pareil cas, l'organisation
doit être prévenue et consultée avant l'exécution de la Section 7
mesure et une indemnisation suffisante et juste lui être
accordée. Sans être astreintes à aucun contrôle, réglementation ou moratoire
financiers :
113. L'autonomie et l'indépendance des organisations a) Les institutions spécialisées peuvent détenir des fonds, de l'or ou
internationales seraient illusoires, si celles-ci n'avaient des devises de toute nature et avoir des comptes en n'importe quelle
pas la faculté de gérer et de mobiliser librement, sans monnaie ;
entrave d'aucune sorte, les fonds et avoirs mis à leur b) Les institutions spécialisées peuvent transférer librement leurs
disposition pour qu'elles s'acquittent efficacement des fonds, leur or ou leurs devises d'un pays dans un autre ou à l'inté-
fonctions qui leur ont été confiées. rieur d'un pays quelconque et convertir toutes devises détenues par
elles en toute autre monnaie.
114. Certains auteurs soutiennent que si l'on peut
généralement reconnaître aux organisations internatio- Une disposition analogue figure en général dans les
nales le droit de transférer des fonds sans être soumises accords de siège, comme c'est le cas, par exemple dans
au contrôle normal des changes, ce droit doit cepen- l'Accord conclu entre l'UNESCO et la France
dant se limiter aux transferts entre Etats membres. Il ne (art. 17)68. Dans tous les cas, il est formulé une réserve
devrait, par contre, exister aucune restriction en ce qui à l'exercice des droits accordés, à savoir que l'organisa-
concerne les monnaies dans lesquelles ces fonds peuvent tion intéressée devra tenir compte de toute représenta-
être possédés ou transférés. tion qui lui serait faite par le gouvernement d'un Etat
membre « dans la mesure où elle estimera pouvoir y
115. En définitive, aussi bien la doctrine que la pra- donner suite sans porter préjudice à ses propres inté-
tique des Etats dans leurs relations avec les organisa- rêts ».
tions internationales admettent que les organisations
internationales doivent être autorisées à posséder et à
transférer des fonds et des devises, ainsi qu'à posséder
des comptes en banque dans quelque monnaie que ce Voir supra note 20.
117. Compte tenu des considérations qui précèdent, le renonciation ne peut s'étendre à des mesures d'exécution
Rapporteur spécial propose de rédiger la troisième par- ou de contrainte.
tie du projet d'articles comme suit :
Article 8
TROISIÈME PARTIE 1. Les locaux que les organisations internationales
BIENS, FONDS ET AVOIRS utilisent exclusivement pour l'exercice de leurs fonctions
officielles sont inviolables. Les biens, fonds et avoirs des
organisations internationales, en quelque endroit qu'ils se
Article 7 trouvent et quel qu'en soit le détenteur, sont exempts de
perquisition, réquisition, confiscation, expropriation ou
Les organisations internationales, leurs biens, fonds et de toute autre forme d'ingérence ou de contrainte execu-
avoirs, en quelque endroit qu'ils se trouvent et quel qu'en tive, administrative, judiciaire ou législative.
soit le détenteur, jouissent de l'immunité de juridiction, 2. Les organisations internationales notifient à l'Etat
sauf dans la mesure où elles y ont expressément renoncé hôte la situation des locaux, leur description et la date à
dans un cas particulier. Il est entendu, toutefois, que la laquelle elles commencent à les occuper. De la même
Relations entre les Etats et les organisations internationales 185
manière, elles notifient à l'Etat hôte la cessation de l'oc- a) Les organisations internationales peuvent détenir
cupation des locaux et la date à laquelle l'occupation des fonds, de l'or ou des devises de toute nature et avoir
prend fin. des comptes en n'importe quelle monnaie ;
3. Sauf s'il en est convenu autrement entre les parties
b) Les organisations internationales peuvent transférer
intéressées, la date de la notification prévue au para-
librement leurs fonds, leur or ou leurs devises d'un pays
graphe 2 du présent article détermine le début et la fin de
dans un autre ou à l'intérieur d'un pays quelconque et
la jouissance de l'inviolabilité des locaux prévue au para-
convertir toutes devises détenues par elles en toute autre
graphe 1 du présent article.
monnaie ;