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Fonction Et Origine Probable Du Point Équant de Ptolémée - M. J. Evans

Le document examine les fonctions du point équant et du cercle déférent excentrique dans la théorie planétaire de Ptolémée. Il démontre que la nécessité du point équant devient évidente lorsqu'on tente d'expliquer les longueurs des arcs rétrogrades et les intervalles entre eux, en particulier pour Mars. Il propose également une hypothèse sur la démarche qui a mené Ptolémée à la découverte du point équant.

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Fonction Et Origine Probable Du Point Équant de Ptolémée - M. J. Evans

Le document examine les fonctions du point équant et du cercle déférent excentrique dans la théorie planétaire de Ptolémée. Il démontre que la nécessité du point équant devient évidente lorsqu'on tente d'expliquer les longueurs des arcs rétrogrades et les intervalles entre eux, en particulier pour Mars. Il propose également une hypothèse sur la démarche qui a mené Ptolémée à la découverte du point équant.

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Revue d'histoire des sciences

Fonction et origine probable du point équant de Ptolémée.


M James Evans

Résumé
RÉSUMÉ. — En partant toujours des apparences, nous examinons les fonctions du point équant et du cercle déférent
excentrique dans la théorie planétaire de Ptolémée. Nous démontrons que la nécessité du point équant devient évidente
aussitôt que l'on essaye de sauver les longueurs des arcs rétrogrades, et les intervalles entre eux, particulièrement dans le cas
de Mars. Enfin, nous proposons une hypothèse sur la démarche qui a conduit Ptolémée à la découverte du point équant.

Abstract
SUMMARY. — Beginning with the essential planetary phenomena to be explained, we examine the functions of the equant point
and the eccentric deferent circle in Ptolemy's theory. We show that the necessity of the equant point becomes evident as soon
as one attempts to save the lengths of the retrograde arcs, and the distances between them, particularly in the case of Mars.
Finally, we propose a hypothesis concerning the line of investigation that led Ptolemy to discover the equant.

Citer ce document / Cite this document :

Evans James. Fonction et origine probable du point équant de Ptolémée.. In: Revue d'histoire des sciences, tome 37, n°3-4,
1984. pp. 193-213;

doi : https://doi.org/10.3406/rhs.1984.2036

https://www.persee.fr/doc/rhs_0151-4105_1984_num_37_3_2036

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Fonction et origine probable

du point équant de Ptolémée

aussitôt
intervalles
fonctions
de RÉSUME.
Ptolémée.
du que
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rétrogrades,
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devient
nous
planétaire
les
évidente
propo-
et les

sons une hypothèse sur la démarche qui a conduit Ptolémée à la découverte du


point équant.

SUMMARY. — Beginning with the essential planetary phenomena to be


explained, we examine the functions of the equant point and the eccentric
deferent circle in Ptolemy's theory. We show that the necessity of the equant point
becomes evident as soon as one attempts to save the lengths of the retrograde
arcs, and the distances between them, particularly in the case of Mars. Finally,
we propose a hypothesis concerning the line o£ investigation that led Ptolemy
to discover the equant.

Tout le monde connaît, fait assez remarquable, les traits les plus
importants du système planétaire de Ptolémée (*). La figure 1 montre
la théorie des longitudes retenue par Ptolémée pour Vénus, Mars,
Jupiter et Saturne (la théorie de Mercure comporte une complication
supplémentaire). Le plan de la figure est le plan de l'écliptique. Le
point С est le centre du cercle déférent АКП. La Terre se trouve au
point O. Le cercle déférent, donc, n'est pas concentrique à la Terre,
mais excentrique. La ligne qui passe par les points О et С coupe le
déférent à l'apogée A, et au périgée П du cercle. Cette ligne, sur
laquelle se trouvent les points A, С, О et П, s'appelle la ligne des
apsides. Le centre К de l'épicycle se déplace sur le déférent. Son

(*) Je voudrais remercier mes amis les Tellier et les membres de l'Equipe
d'histoire de l'astronomie de l'Observatoire de Paris, qui m'ont apporté une
grande aide dans la rédaction de cet article.
Rev. Hist. Set, 1984, XXXVII/3-4 bhs — 7
194 James Evans

Fig. pour
1. — Vénus,
ThéorieMars,
des longitudes
Jupiter et de
Saturne
Ptolémée

mouvement n'est uniforme, ni vu de la Terre O, ni vu du centre С


du cercle déférent; en revanche il est uniforme vu d'un troisième
point E, centre du mouvement uniforme, ou point équant : cela veut
dire qu'un observateur imaginaire placé au point E verrait se déplacer
le point К à une vitesse angulaire constante. Pour des observateurs
placés en О ou en C, le mouvement n'est pas uniforme. Pour un
observateur sur la Terre, le point К se déplace le plus vite quand il
est près du périgée, et le plus lentement quand il est près de
l'apogée.
Les ouvrages de vulgarisation consacrés à l'histoire de
l'astronomie ont été souvent sévères pour Ptolémée et son système. Dans
un style mélodramatique, on traite Ptolémée et Aristote comme les
scélérats d'une histoire dont les héros sont Copernic, Tycho Brahé
et Kepler. On pourrait citer une dizaine d'exemples, mais il suffira
d'un seul. Après avoir décrit le système de Ptolémée — la combinaison
d'un cercle déférent et d'un epicycle, et les trois centres (Terre,
centre du déférent et point équant) — , Rudolph Thiel avoue que le
système réussit comme modèle mathématique. Puis il commence à
récriminer :
« Mais qu'en était-il de la signification du Tout, qu'en était-il pour la
cosmologie grecque? Les planètes se déplaçaient maintenant en boucles,
c'est-à-dire autour d'un point imaginaire qui, lui, pour une raison inconnue,
tournait autour de la Terre. Cependant, même ce point imaginaire ne
tournait pas exactement autour de la Terre; le centre de son cercle était un
deuxième point imaginaire à côté de la Terre ; et, puisque cela ne donnait
pas encore un mouvement uniforme, un troisième point imaginaire était
nécessaire, autour duquel le mouvement paraissait être uniforme.
Le point équanl de Piolémée 195

« Voilà le dernier tableau de Ptolémée ; voilà le dernier mot de


l'astronomie grecque ! Quelle absurdité ! Quelle capitulation pour l'esprit humain
d'accepter un tel mécanisme de l'univers. Quelle triste fin pour l'harmonie
des sphères » (1) !

Cette attitude, sous des formes plus modérées, est assez répandue.
Elle provient, en partie, de la difficulté à comprendre la fonction du
déférent excentrique et surtout celle du point équant. Mais, en vérité,
ces détails du système de Ptolémée proviennent très naturellement
de l'observation des rétrogradations des planètes, principalement des
planètes supérieures.
Le but de cet article est d'abord de démontrer, aussi simplement
que possible, la fonction de chaque détail du système destiné à
sauver les phénomènes, et ensuite de proposer une hypothèse sur
la démarche qui a conduit Ptolémée à la découverte du point équant.

INTRODUCTION AUX PHÉNOMÈNES

On appelle inégalité ou anomalie du mouvement d'un corps céleste


tout écart à une vitesse uniforme et constante. Cette terminologie
est liée à la méthode de calcul chez les astronomes, anciens aussi
bien que modernes. On calcule d'abord la position moyenne du corps,
c'est-à-dire la positioiuqiiil occuperait s'il n'y avait pas d'inégalité.
Ensuite, on ajoute ou soustrait une petite correction, ou «
équation », qui mesure l'écart entre la position moyenne et la position
vraie.

Inégalité zodiacale du Soleil

Chaque planète a deux inégalités distinctes qui, dans le ciel, sont


combinées. Le Soleil, cependant, n'a qu'une seule inégalité. Donc un
examen bref de la théorie grecque du Soleil servira de bonne
introduction à la théorie des planètes, dont les mouvements sont plus
compliqués.
La seule inégalité dans le mouvement du Soleil s'appelle
quelquefois inégalité (ou anomalie) zodiacale, parce que le Soleil paraît se
déplacer moins vite dans certains signes du zodiaque que dans

(1) Rudolph Thiel, And There Was Light, trad. angl. par Richard et Clara
Winston, New York, Mentor Books, 1960, p. 60. Publié en allemand sous le titre
Und es ward Licht (Hamburg, Rowohlt Verlag, 1956). .
196 James Evans

d'autres. A l'époque actuelle, le mouvement du Soleil est le moins


rapide au mois de juillet, lorsque le Soleil est dans le Cancer.
Cette inégalité de vitesse est rendue sensible par l'inégalité de
longueur des saisons. A notre époque, les equinoxes et les solstices
ont lieu le plus souvent aux dates suivantes :
Equinoxe de printemps 21 mars
Solstice d'été 22 juin
Equinoxe d'automne 23 septembre
Solstice d'hiver 22 décembre

On trouve les longueurs des saisons simplement en comptant les


jours sur un calendrier :
Printemps 93 jours, à peu près
Eté 93 jours
Automne 90 jours
Hiver 89 jours
II y a donc 7 jours de plus de l'équinoxe de printemps à l'équinoxe
d'automne que de l'équinoxe d'automne à l'équinoxe de printemps
suivant.
Il semble que ce soit au Ve siècle avant J.-C. que les astronomes
grecs ont remarqué des différences entre les saisons, mais les valeurs
des longueurs des saisons finalement retenues ont été celles d'Hip-
parque (IF siècle av. J.-C.)
Printemps 94 1/2 jours
Eté 92 1/2 jours
Automne 88 1/8
Hiver 90 1/8
On remarque que ces valeurs ne sont pas les mêmes que celles
d'aujourd'hui. Mais ce n'est pas une erreur d'Hipparque — les
longueurs des saisons ont vraiment changé. Autrefois, c'était l'automne
qui était la saison la plus courte : aujourd'hui, c'est l'hiver.
Donc le Soleil ne se déplace pas avec une vitesse angulaire
uniforme. Aujourd'hui, il lui faut 93 jours pour parcourir les 90° qui
séparent le solstice d'été de l'équinoxe d'automne, mais seulement
89 jours pour les 90° qui séparent le solstice d'hiver de l'équinoxe de
printemps. Et donc le soleil se déplace un peu plus vite en janvier
qu'en juillet. Cette variation apparente s'appelle anomalie ou inégalité
solaire. C'est un exemple d'inégalité zodiacale, parce que la vitesse du
Soleil est seulement une fonction de sa position dans le zodiaque.
Le point équant de Ptolêmée 197

Afin d'expliquer l'inégalité solaire, il fallait que les astronomes


grecs abandonnassent une de leurs trois hypothèses de départ :
1) l'orbite du Soleil est un cercle ; 2) le centre du cercle est la Terre ;
3) le Soleil se déplace le long du cercle à vitesse constante. On sait
aujourd'hui que les trois hypothèses sont fausses. En effet, l'orbite
est une ellipse ; la Terre ne se trouve pas au centre de l'ellipse, mais
à l'un de ses foyers ; et la vitesse du Soleil n'est pas constante.
Cependant au if siècle av. J.-C, il aurait été déraisonnable de rejeter une
théorie qui n'exigeait qu'une petite modification pour s'adapter aux
apparences. Il aurait été douloureux d'abandonner ou l'orbite
circulaire ou la vitesse constante : cela aurait détruit la simplicité du
système et compliqué le calcul.
Ce fut Hipparque, ou peut-être Apollonius, qui démontra que l'on
pouvait sauver les phénomènes par une modification bien moins
grave. Le Soleil se déplace encore le long d'un cercle à une vitesse
constante, mais le centre du cercle n'est plus la Terre : il en est un
peu écarté. La figure 2 montre la position du centre du cercle par
rapport à la Terre qui, de nos jours, dans ce système, rendrait compte
des apparences. Le point С est le centre du cercle excentrique du
Soleil. Le point О est le centre du monde, c'est-à-dire la Terre. Pour
un observateur terrestre, la distance angulaire entre un point équi-
noxial et un point solsticial est toujours de 90°, mais ces points ne
divisent plus le cercle du Soleil en quatre intervalles égaux. Nous
obtenons donc des saisons de longueurs inégales : l'été est la saison
la plus longue, et l'hiver la plus courte.

SE

SH

Frc. 2. — Illustration de la théorie solaire d'Hipparque


Le centre С est placé
de façon à sauver les longueurs des saisons à notre époque
EP = équinoxe de printemps, SE = solstice d'été, EA = équinoxe d'automne,
SH = solstice d'hiver.
198 James Evans

Mouvement de Mars : deux inégalités

Dans le cas du Soleil, il n'y a qu'une inégalité — l'inégalité


zodiacale. La vitesse angulaire du Soleil varie selon sa position sur le
zodiaque.
Dans le cas des planètes, il y a, outre l'inégalité zodiacale, une
autre inégalité, ce qui produit le phénomène très frappant du
mouvement rétrograde. Or une planète donnée ne rétrograde pas toujours
au même point du zodiaque, de sorte que cette inégalité n'est pas
une inégalité zodiacale, mais une inégalité d'un autre type. En effet,
les rétrogradations d'une planète ne sont pas liées à sa position sur
le zodiaque, mais à sa position par rapport au Soleil, C'est ainsi que
les planètes supérieures (Mars, Jupiter et Saturne) arrivent toujours
au centre de leurs arcs rétrogrades quand elles sont en opposition
avec le Soleil ; et c'est pourquoi l'inégalité dans le mouvement des
planètes qui produit les rétrogradations est appelée l'inégalité par
rapport au Soleil.

Fig. 3. — Boucles rétrogrades


produites par le modèle d'excentricité zéro de la fig. 4
Le point êquanl de Ptolémée 199

L'inégalité zodiacale est appelée, elle, première inégalité. L'origine


de cette terminologie se trouve dans la théorie solaire. Le Soleil n'a
qu'une inégalité. L'autre inégalité propre aux planètes (celle qui
produit les rétrogradations) s'appelle très logiquement deuxième
inégalité.
Chez les astronomes anciens, c'est l'épicycle qui produit le
mouvement rétrograde et qui donc sauve la deuxième inégalité. La
révolution de la planète sur l'épicycle produit une série de boucles qui
explique, d'une manière générale, les rétrogradations de la planète.
Voir la figure 3. Sur cette figure, que l'on trouve fréquemment dans
les manuels d'histoire de l'astronomie, les boucles rétrogrades ont
la même grandeur et la même forme, et les intervalles entre elles
sont uniformes. Cependant, le modèle qui engendre de telles boucles
n'est pas le modèle complet de Ptolémée, donné par la figure 1,
mais plutôt le modèle simplifié de la figure 4. Dans ce modèle simple,
les trois points — point équant, centre du déférent, et Terre — sont
confondus. Il n'y a qu'un seul centre. Nous l'appellerons le modèle
d'excentricité zéro.
Nous avons construit la figure 3, qui correspond au modèle
d'excentricité zéro, en utilisant des éléments particuliers à Mars.
Le rayon de l'épicycle vaut 0,66 fois le rayon du déférent. Le centre
de l'épicycle se déplace de 114° sur le déférent pendant que la planète
se déplace de 100° sur l'épicycle. Entre deux boucles rétrogrades
successives, Mars parcourt donc un tour complet de l'écliptique, plus

Fig. 4. — Version d'excentricité zéro du modèle de Ptolémée


200 James Evans

un arc de 50° environ. Le tracé qui correspond au modèle


d'excentricité zéro est simple et esthétique. Comme nous l'avons dit, toutes
les boucles rétrogrades ont la même grandeur et sont séparées par
des intervalles égaux de 50° : cela veut dire que la planète n'a pas
d'inégalité zodiacale, ce qui est très loin de la réalité.
La figure 5 montre les vraies rétrogradations de Mars, sur le fond
du ciel, entre les années 1971 et 1984. Le plan de la figure est le plan
de l'écliptique. Les longitudes célestes augmentent en sens inverse
des aiguilles d'une montre. La Terre se trouve au point O. Mars se

1973

Fig. 5. — Arcs rétrogrades de Mars pour la période 1971-1984


La Terre, d'où l'on fait toutes les observations, se trouve en О
Y indique la direction de l'équinoxe de printemps

déplace généralement en sens inverse des aiguilles d'une montre, mais


de temps en temps la planète rétrograde. L'arc de rétrogradation est
de 10° au minimum (1971) et de 20° au maximum (1978). Entre deux
rétrogradations successives, Mars parcourt complètement autour de
l'écliptique, plus un petit arc supplémentaire. Comme cet arc
supplémentaire est très variable, les intervalles entre les arcs rétrogrades
sont, eux aussi, variables. La distance entre les centres des arcs
rétrogrades de 1971 et 1973 est de 75° (on peut mesurer l'angle directement
Le point équant de Ptolémée 201

sur la figure). Entre les centres des arcs de 1978 et 1980, on ne trouve
que 34°. C'est une manifestation très frappante de l'inégalité première
(ou zodiacale) de Mars.
Le modèle d'excentricité zéro s'accorde-t-il avec le mouvement
véritable de la planète ? Pour répondre à cette question, nous
superposerons le tracé des boucles théoriques (fig. 3) et le tracé des arcs
véritables (fig. 5). Il en résulte la figure 6. La correspondance est à
l'évidence très mauvaise. Nous avons pris comme point de départ
la boucle de 1971 ; sa position est, en conséquence, juste. Mais la

Fig. 6. — Boucles rétrogrades produites par le modèle d'excentricité zéro de Mars


superposées aux arcs rétrogrades véritables
(cette figure provient de la superposition des fig. 3 et 5)

boucle suivante (celle de 1973) occupe une mauvaise position, très


en avance sur l'arc réel ; et il en va de même pour presque toutes
les autres boucles. De plus la largeur des arcs pose également un
problème. L'arc réel de 1980 est deux fois plus large que l'arc de 1971.
Le modèle d'excentricité zéro ne comporte aucun mécanisme pour
produire une telle variation. On peut choisir le rayon de l'épicycle
202 James Evans

afin d'obtenir des boucles qui s'accordent avec la largeur moyenne


des arcs rétrogrades observés. Mais il en résulte que dans chaque cas
particulier la boucle théorique uniforme sera ou trop large ou trop
étroite. Donc, par exemple, la boucle de 1971 est beaucoup trop large
et la boucle de 1980 est trop étroite.

NÉCESSITÉ DU SYSTÈME COMPLET DE PTOLÉMÉE


DÉMONTRÉE A PARTIR DES APPARENCES

Nous montrerons maintenant comment on aboutit au modèle


complet de Ptolémée quand on essaye d'expliquer les inégalités dans
les mouvements des planètes que nous venons de voir.
Comme on Га déjà vu, le modèle simple (d'excentricité zéro) ne
peut sauver ni les arcs inégaux, ni les intervalles inégaux entre les
arcs. Comment aménager le modèle ? Nous pouvons peut-être
emprunter le modèle excentrique à la théorie du Soleil et par suite
déplacer le centre du déférent de Mars à une certaine distance de
la Terre. Mais dans quelle direction ? Si on regarde attentivement la
figure 5, on remarque une ligne de symétrie très frappante. Cette
ligne de symétrie part de l'arc rétrograde de 1971, passe par la
Terre О et par l'espace entre les arcs de 1978 et 1980. Il est donc
évident que l'on peut déplacer le centre du déférent de Mars le long
de cette ligne de symétrie, soit du côté de l'arc de 1971, soit du côté
des arcs de 1978 et de 1980.

Un modèle intermédiaire

Le résultat est un modèle d'une complexité moyenne, un peu


plus compliqué que le modèle d'excentricité zéro, mais moins
compliqué que le modèle final de Ptolémée.
Ce modèle intermédiaire correspond à la figure 7. Le centre К de
l'épicycle se déplace à une vitesse uniforme sur le déférent; mais
le centre D du déférent ne coïncide pas avec la Terre O. Il y a deux
formes possibles de ce modèle, correspondant aux deux directions
possibles du point D. Sur la figure 7A, le centre du déférent se trouve
vers l'arc rétrograde de 1971 ; sur la figure 7B, il se trouve vers la
rétrogradation de 1980.
Quels mouvements proviennent du modèle intermédiaire dans
chacune de ses versions ? La réponse n'est pas difficile. Toutes les boucles
rétrogrades auront la même grandeur et la même forme, mais le
Le point équani de Ptolémée 203

(A)

de Fig.
Terre
pointО7.dans
équant,
— Les
un deux
sens
mais ou
versions
le dans
centre
l'autre
duDmodèle
duledéférent
long
intermédiaire
de la
a été
lignedéplacé
pour
de symétrie
Mars.
par rapport
Ilden'y
la afig.
àpasla
5.

centre de l'ensemble des boucles se trouvera au point D et non plus


au point O. Nous pouvons comparer la théorie nouvelle avec les
données de l'observation en superposant les figures 3 et 5 : il suffit
de déplacer le centre de la figure 3 par rapport au centre de la
figure 5. Le centre de la figure 3 est D, centre du cercle déférent de
Mars. Mais le centre de la figure 5 est la Terre O, d'où nous
observons le ciel.
Essayons d'abord la version du modèle intermédiaire de la figure
7A, sur laquelle le point D se trouve vers l'arc rétrograde de 1971
(voir la fig. 8A). Les largeurs des arcs sont maintenant acceptables.
On remarque que les boucles de 1971 et 1980 remplissent presque
exactement l'intervalle de la rétrogradation réelle. Donc, en déplaçant
le centre du déférent vers la rétrogradation de 1971, nous obtenons
un modèle qui produit des boucles de largeurs convenables dans
deux régions diamétralement opposées du ciel. Malheureusement, les
intervalles entre les arcs sont encore plus inexacts.
Examinons maintenant le mouvement engendré par le modèle
intermédiaire de la figure 7B, dans lequel le centre du déférent est
cette fois-ci déplacé vers l'arc de rétrogradation de 1980. La figure 8B
montre le résultat de la superposition des boucles théoriques et des
arcs rétrogrades véritables. Toutes les boucles théoriques se trouvent
maintenant sur les arcs rétrogrades correspondants. On constate que
la version В du modèle intermédiaire produit les intervalles variables
dont nous avons besoin. Qu'en est-il des amplitudes ? En déplaçant
le centre du déférent vers la boucle rétrograde de 1980, nous n'avons
pas résolu le problème. La boucle de 1971 est beaucoup trop large,
et les boucles de 1978 et 1980 sont beaucoup trop étroites. En effet,
le désaccord est plus mauvais qu'autrefois.
204 James Evans

Fig. 8A. — Comparaison du modèle intermédiaire A


avec le mouvement réel de Mars

II semble donc qu'un simple déplacement du centre du déférent


ne peut sauver notre modèle. Afin d'obtenir des intervalles variables
et exacts entre les rétrogradations, il faut déplacer le centre du
déférent dans une certaine direction ; mais, pour obtenir des arcs
rétrogrades d'amplitudes variables et exacts, il faut déplacer le centre
du déférent dans la direction opposée. Il n'y a pas moyen d'obtenir
à la fois des intervalles et des arcs exacts par un simple déplacement
du centre. On peut illustrer la situation de la façon suivante :
Imaginons une rangée d'arbres. Si nous nous en éloignons, ils
paraîtront plus petits et plus proches les uns des autres. Mais, comme
on peut le voir sur la figure 5, près de la rétrogradation de 1971, il
nous faut des arcs qui sont en même temps petits et éloignés les uns
des autres. On ne peut produire cette apparence en déplaçant
simplement la position de la Terre par rapport au centre des boucles
uniformes de la théorie de l'excentricité zéro. Il nous faut trouver un
nouveau mécanisme.
Le point équant de Ptolémée 205

Fig. 8B. — Comparaison du modèle intermédiaire В


avec le mouvement réel de Mars

Le modèle final de Ptolémée

La figure 1 illustre la théorie des longitudes adoptée par Ptolémée


pour Vénus, Mars, Jupiter et Saturne. En fin de compte, nous
examinerons le mouvement engendré par ce modèle ; mais d'abord, voyons
comment le modèle lui-même est suggéré bien directement par un
examen des phénomènes des rétrogradations. Nous partons de la
version В du modèle intermédiaire (fig. 7B). Le centre du déférent
et le centre du mouvement uniforme coïncident au point D, qui est
légèrement excentré par rapport à la Terre O. Autrement dit, le
centre К de l'épicycle se déplace à une vitesse uniforme sur le
déférent, et la ligne DK tourne à une vitesse angulaire constante. Sur
la figure 8B, nous avons choisi la position du point D (centre de
l'ensemble des boucles) de manière à obtenir le meilleur accord des
boucles théoriques et des arcs observés. Les positions des boucles
sont excellentes. Chaque boucle théorique se trouve sur son arc
206 James Evans

rétrograde correspondant. Les boucles, vues du point D, sont séparées


par des intervalles égaux (D est le centre du système des boucles).
Puisque les rétrogradations véritables coïncident avec les boucles, il
en résulte que le point D est vraiment le centre du mouvement
uniforme de la planète. En d'autres termes, le point D agit comme un
point équant. Les apparences ne laissent pas d'autre choix.
En revanche, ' le modèle intermédiaire В ne peut produire les
amplitudes exactes des arcs rétrogrades. La boucle théorique de 1971
est beaucoup trop grande, et les boucles de 1978 et de 1980 sont
beaucoup trop petites. La solution qui s'impose est celle que Ptolémée
a adoptée. Il faut séparer le centre du déférent du centre du
mouvement à vitesse uniforme. Sur la figure 8B, le point D représente
l'équant et le centre du déférent. Il faut laisser l'équant en D, afin
de préserver les intervalles exacts entre les rétrogradations ; mais
si nous déplaçons le centre du déférent vers O, les boucles rétrogrades
de 1978 et de 1980 se rapprocheront de la Terre et elles paraîtront,
en conséquence, plus grandes. La boucle de 1971 s'éloignera de la
Terre et elle paraîtra un peu plus petite. Nous pourrons peut-être
obtenir ainsi des largeurs exactes tout en préservant les intervalles
exacts que nous avons déjà obtenus. Le modèle final produit par le
dédoublement des fonctions du point D réparties entre les deux points
Eet С n'est rien d'autre que le modèle adopté par Ptolémée.
Ce qui provient de ce nouveau modèle, qui sépare le centre du
déférent du centre du mouvement uniforme, n'est pas évident ; car les
boucles rétrogrades cessent d'avoir une forme et une grandeur
uniformes. Maintenant, il faut calculer les mouvements correspondant à ce
modèle en utilisant les paramètres propres à Mars. Ces paramètres
sont : le rayon de l'épicycle, la valeur de l'excentricité du centre du
déférent et la direction de celui-ci par rapport à la Terre, les deux
vitesses (de la planète sur l'épicycle et de l'épicycle sur le déférent),
et les positions des points К et P à n'importe quel moment donné.
Quand nous superposons les boucles rétrogrades qui proviennent du
modèle sur les arcs rétrogrades véritables de Mars, nous obtenons
la figure 9.
Les positions et les largeurs des rétrogradations sont excellentes.
Nous devrions aussi mentionner que le modèle sauve, les moments
des rétrogradations. Comme on Га déjà remarqué, les planètes
supérieures arrivent toujours au centré de leurs arcs rétrogrades quand
elles sont en opposition, ou à peu près, avec le Soleil. La position du
Soleil sur le zodiaque est la mesure du temps. Il en résulte que, si
Le point équanl de Ptolémée 207

Fig. 9. — Comparaison de la théorie complète de Ptolémée avec les arcs


rétrogrades de Mars pour les aimées 1971-1984 (les paramètres numériques du modèle
ne sont pas ceux de Ptolémée, mais des paramètres tirés des données modernes).

les boucles rétrogrades occupent des positions justes sur le zodiaque,


les moments des rétrogradations seront en bon accord avec les
moments observés. Le modèle final de Ptolémée atteint donc son
objectif.

DÉCOUVERTE DE i/ÉQUANT

De l'histoire de la théorie des planètes avant Ptolémée, on ne sait


que peu de chose. L'astronomie mathématique dans l'Antiquité comme
aujourd'hui était réservée à des spécialistes peu nombreux. Après que
Ptolémée eut trouvé la forme finale de la théorie des planètes, les
œuvres de ses prédécesseurs perdirent de leur intérêt. Personne ne
les lut, personne ne les copia. Presque tout ce que nous savons de
208 James Evans

l'histoire de la théorie planétaire avant Ptolémée dépend des


quelques remarques que fait Ptolémée lui-même dans YAlmageste.
Noup essayerons d'esquisser le développement probable de la
théorie des planètes jusqu'à la découverte du point équant par
Ptolémée. Nous émettrons l'hypothèse que ce développement a suivi
à peu près le cheminement que nous venons d'ébaucher. Par là, nous
ne voulons pas dire que les astronomes grecs ont dessiné des figures
de boucles semblables aux nôtres, mais simplement que c'est le désir
de sauver les longueurs des arcs rétrogrades et les intervalles entre
eux, dans le cas des planètes supérieures, qui conduisit Ptolémée à
son modèle final.
Nos figures rendent visibles d'un seul coup d'œil tous les résultats
de centaines de calculs. Nous avons utilisé des observations et des
paramètres modernes pour construire ces figures, afin d'éviter la
question difficile, et en grande partie hors de propos, de la validité
et de la précision des observations anciennes. Pour prévenir des
objections possibles il suffit de noter que, au moins dans le cas de Mars,
le désaccord entre les rétrogradations réelles et le modèle
d'excentricité zéro, ou entre les rétrogradations réelles et n'importe quelle
version du modèle intermédiaire, est beaucoup plus grand que
l'évaluation la plus prudente des erreurs d'observations anciennes, comme
les figures le montrent de manière évidente. Il est donc tout à fait
possible que le cheminement proposé soit celui qui a été suivi. Il
nous reste à démontrer que ce fut le cheminement probable.
Ptolémée dit très clairement que les astronomes grecs n'avaient
aucune théorie satisfaisante avant son époque (2). D'après certaines
remarques du XIIe livre de YAlmageste, il semble que la théorie de
l'épicycle et du déférent ait eu son origine chez Apollonius et d'autres
mathématiciens de son école (iif siècle av. J.-C). Selon Ptolémée,
ces mathématiciens démontrèrent un théorème permettant le calcul
de la longueur de l'arc rétrograde. Voir la figure 10 : О est la Terre et
le centre du déférent, К le centre de l'épicycle. Soit fx la vitesse
angulaire du point К sur le déférent (/^ est la vitesse angulaire avec
laquelle tourne la ligne OK). Soit f^ la vitesse angulaire de la planète
sur l'épicycle, par rapport à la ligne tournante OK (si la planète se
trouve en F, f^ est la vitesse avec laquelle l'angle FKO diminue).

(2) Ptolémée, Atmageste, IX, 2. Ed. critique de J. L. Heiberg, Claudii Ptolemaei


Opera quae exstant omnia, t. I et II, Leipzig, Teubner, 1898-1903 ; trad. angl. par
G. J. Toomer, Ptolemy's Almagest, London, Duckworth, 1984.
Le point équant de Ptolémée 209

Epicycle

Déférent

Fig. 10. — Théorème d'Apollonius

Apollonius démontra que la planète, au point F, paraît stationnaire,


vue du point O, quand :
FG 2/x

OF U
En utilisant ce résultat, on peut calculer la longueur de l'arc
rétrograde si l'on connaît les deux vitesses angulaires et le rayon de
l'épicycle. Or, les vitesses angulaires sont déterminées par les périodes
tropique et synodique de la planète. On peut donc déterminer le rayon
de l'épicycle en exigeant du modèle qu'il reproduise des arcs
rétrogrades d'une certaine longueur.
Il faut remarquer que le théorème d'Apollonius ne s'applique
directement qu'au modèle d'excentricité zéro. Les astronomes qui
utilisèrent, les premiers, le modèle du déférent et de l'épicycle ne
s'occupèrent à l'évidence que de l'inégalité par rapport au Soleil.
Ils n'essayèrent pas d'expliquer l'inégalité zodiacale.
Or, il est presque sûr que ces astronomes connaissaient l'inégalité
zodiacale. Comme nous venons de le voir, dans le cas de Mars cette
inégalité est très frappante. Il y a une différence de 10° entre la
longueur de l'arc rétrograde le plus long et le plus court. L'intervalle
210 James Evans

entre les centres des arcs successifs varie de 34° au minimum jusqu'à
75° au maximum — variation énorme. Il semble donc que les
astronomes de l'école d'Apollonius aient négligé à dessein l'inégalité
zodiacale et n'aient tenté de donner qu'un modèle planétaire qualitatif et
explicatif. L'idée que l'on peut exiger d'un tel modèle qu'il soit
quantitatif et prédictif ne dut se former que lentement.
C'est Hipparque qui, le premier, imposa une telle exigence à la
théorie planétaire. Malheureusement, toutes les oeuvres d'Hipparque
ont été perdues, sauf son commentaire sur les Phénomènes d'Aratos.
Tout ce que nous savons de ses idées sur la théorie des planètes- est
tiré de quelques remarques de Ptolémée. D'après Ptolémée, Hipparque
apporta une contribution importante aux théories du Soleil et de la
Lune, mais il n'essaya pas de donner une théorie des planètes (Aima-
geste, IX, 2). Selon Ptolémée, Hipparque rangea les observations
d'une façon plus propre à l'utilisation, et il montra que les
phénomènes planétaires ne s'accordaient pas avec les théories des
astronomes antérieurs. Hipparque constata que les rétrogradations des
planètes ne sont pas uniformes, parce qu'il y a deux inégalités, mais
que les mathématiciens avaient donné pourtant leurs démonstrations
comme si tous les arcs rétrogrades avaient la même longueur. De
cette remarque de Ptolémée, il ressort qu'une partie de la
contribution d'Hipparque fut la démonstration que le modèle d'excentricité
zéro de ses prédécesseurs était en désaccord avec les mouvements
des planètes. Encore peut-on penser que les prédécesseurs immédiats
d'Hipparque savaient très bien que les intervalles entre les arcs
rétrogrades ne sont pas égaux, sans toutefois en tenir le moindre compte.
L'affirmation d'Hipparque, disant que l'on pouvait exiger un modèle
planétaire capable de sauver cette inégalité, fut probablement plus
importante pour le développement de l'astronomie que son simple
constat de l'échec de la théorie existante.
Ptolémée dit aussi qu'Hipparque craignait que les phénomènes
ne puissent être sauvés, ni au moyen d'un cercle excentrique, ni au
moyen d'un cercle concentrique mais portant un epicycle, ni même
au moyen d'une combinaison d'un cercle excentrique avec un epicycle.
Un modèle faisant appel à un cercle excentrique et à un epicycle
aurait ressemblé aux modèles de la fig. 7. Cela veut dire que, pendant
ou avant l'époque d'Hipparque, le modèle intermédiaire fut aussi
pris en considération.
Nous pouvons même dire quelle version de ce modèle fut préférée.
Pline, au IIe livre de son Histoire naturelle, donne quelques indica-
Le point équant de Piolémée 211

tions sur la théorie des planètes (3). Pline n'était pas astronome :
il est à la fois embrouillant et embrouillé ; mais il a écrit quelque
soixante-dix ans avant Ptolémée et il connaît des œuvres antérieures à
Ptolémée qui ont été perdues. Or Pline remarque que les cercles des
planètes n'ont pas le même centre, et il précise que l'apogée de Mars
se trouve dans le Lion ; l'apogée de Jupiter dans la Vierge ; et l'apogée
de Saturne dans le Scorpion. Il s'agit donc de la version В : ces
apogées sont corrects si on adopte une théorie qui sauve les
intervalles entre les rétrogradations, ce qui veut dire que l'on n'avait donc
pas essayé de sauver les longueurs des arcs.
Le choix de la version В était du reste le plus raisonnable, car,
sauf dans le cas de Mars, la variation dans les longueurs des arcs
rétrogrades n'est pas très frappante. Pour la plupart des planètes,
il n'y avait donc aucune nécessité urgente de sauver cette variation.
Mais les intervalles inégaux sollicitaient l'attention. De plus, il y a
une analogie entre la version В du modèle intermédiaire et la théorie
solaire. Le centre de l'épicycle de la planète (ou l'épicycle lui-même)
tient la place du Soleil. On obtient le mouvement apparent correct
de l'épicycle autour du déférent en plaçant l'apogée du déférent dans
la région du ciel où ce mouvement est en apparence le plus lent.
Hipparque dut démontrer que, bien que la combinaison des
epicycles et des excentriques puisse produire des intervalles corrects, elle
ne peut pas produire des arcs rétrogrades de longueurs exactes. Mais,
puisqu'il n'a rien proposé pour la remplacer, le modèle intermédiaire
resta en vigueur jusqu'à l'époque de Ptolémée (4).
Ce fut donc Ptolémée qui probablement introduisit le point équant.
Malheureusement Ptolémée ne dit presque rien de la démarche qu'il
a suivie. Il utilise directement le point équant sans explication quant
à son origine et comme si sa nécessité s'imposait d'elle-même. Il en
est presque toujours ainsi : le mode d'exposition ne retrace presque
jamais le cheminement de la découverte.
Il faut cependant relever que, dans son traitement de Vénus,

(3) Histoire naturelle, II, 63-64.


(4) II y a un vestige du modèle intermédiaire В dans le traitement des planètes
supérieures par Ptoîémée. Dans le cas du modèle final (avec un point équant),
le calcul de l'excentricité à partir de trois oppositions est très difficile. Ptolémée
commence donc en supposant que le point équant coïncide avec le centre du
déférent, c'est-à-dire qu'il utilise le modèle intermédiaire B. Après avoir obtenu
une valeur approximative de l'excentricité par ce calcul, il calcule la correction
exigée en passant au modèle final (Almageste X, 7 ; XI, 1 ; XI, 5). Dans la
première étape de ce calcul, on voit que Ptolémée a utilisé la méthode traditionnelle
pour déterminer l'excentricité du modèle intermédiaire qu'il a reçue de ses
prédécesseurs.
212 James Evans

Ptolémée trouva une méthode pour déterminer directement par le


calcul, à partir de certaines observations, la position du point
équant (5). Ptolémée montre donc, dans le cas de Vénus, que le
centre du mouvement uniforme est séparé du centre du déférent,
et que le premier est deux fois plus éloigné de la Terre que le second.
On a cru y voir la découverte du point équant (6) : c'est possible
mais peu vraisemblable. En effet, contre cette opinion, nous
observons que : 1) Avant de commencer son calcul de la position de l'équant
de Vénus, Ptolémée devait savoir que l'équant était distinct du centre
du déférent, sinon il n'aurait eu aucun motif pour faire le calcul. 2)
Ptolémée, se proposant de faire un calcul directement à partir des
observations, semble découvrir que le centre du déférent se trouve
exactement à mi-chemin entre la Terre et le point équant. Or si la
procédure de Ptolémée était fondée sur des données exactes, elle ne
mènerait pas à ce résultat précis. Le résultat calculé de Ptolémée n'est
donc probablement pas une découverte nouvelle, mais plutôt la
confirmation d'une hypothèse qu'il avait déjà conçue. 3) Les dates
des observations les plus tardives utilisées pour chaque planète
suggèrent, bien que de façon non démonstrative, que Ptolémée a achevé
son travail sur les planètes supérieures avant celui sur les planètes
intérieures (7). Il faut donc chercher dans une autre direction l'origine
du point équant.
Dans le passage de VAlmageste,. X, 6, où il commence à traiter des
planètes supérieures, Ptolémée affirme sans preuve que pour ces
planètes, comme pour Vénus, le centre du déférent se trouve à mi-chemin
entre la Terre et le point équant. Puis il ajoute la justification
intéressante que l'excentricité calculé à partir de l'anomalie zodiacale
est à peu près deux fois plus grande que l'excentricité calculée à
partir des longueurs des arcs rétrogrades à l'apogée et au périgée.
Il ne donne aucun détail mais il est évident qu'il a expérimenté avec
les deux versions du modèle intermédiaire.
En effet, pour au moins une planète supérieure, Ptolémée a calculé
l'excentricité qui pouvait sauver l'anomalie zodiacale. Il a trouvé la
distance entre la Terre et le centre du déférent (OD sur la fig. 8B)
qui donnerait les intervalles exacts entre les arcs rétrogrades. Telle

(5) Almageste, X, 3.
(6) Telle est l'opinion de O. Neugebauer, A History of Ancient Mathematical
Astronomy, New York, Springer Verlag, 1975, Part I, p. 150-151. Pour d'autres
hypothèses sur l'origine du point équant, différente de la nôtre, voir Olaf Peder-
sen, A survey of the Almagest, Odense, Odense University Press, 1974, p. 277-279,
306-307.
(7) Pedersen, p. 307.
Le point équanl de Ptolémée 213

était la procédure de ses prédécesseurs. Ptolémée a aussi calculé


cette même distance dans l'autre version du modèle intermédiaire
(OD sur la fig. 8 A) qui sauverait les longueurs des arcs rétrogrades.
Pour ce dernier calcul, Ptolémée s'est appuyé sur le théorème
d'Apollonius. Il a trouvé que les deux résultats n'étaient pas identiques.
Comme on peut le voir en comparant les figures 8A et 8B,
l'excentricité qui sauve les intervalles est plus grande que l'excentricité qui
sauve les longueurs des arcs, Ptolémée dit que la première est deux
fois plus grande que la seconde, mais ce n'est en vérité qu'une
approximation.
Ptolémée a compris alors qu'il pourrait préserver les intervalles
justes en laissant le centre du mouvement uniforme à la distance
requise de la Terre, et qu'il pourrait obtenir les rétrogradations
exactes en mettant le centre du déférent à la moitié de cette distance.
Que telle ait été la démarche de Ptolémée, c'est ce que l'on ne
peut pas prouver. Cependant à titre de confirmation l'on peut mettre
en avant un autre fait. Après avoir achevé la construction de la théorie
des longitudes des planètes, Ptolémée utilise la théorie nouvelle pour
calculer les arcs rétrogrades (Almageste, XII, 1-6). En particulier, il
calcule les longueurs des arcs rétrogrades de chaque planète à
l'apogée et au périgée, puis il constate que les longueurs des
rétrogradations calculées s'accordent avec les longueurs observées (8).
Malheureusement, il ne donne pas les valeurs d'observation avec
lesquelles on doit comparer les longueurs théoriques. Néanmoins, le
contenu du XIIe livre montre qu'il était important pour Ptolémée
de sauver les longueurs des arcs rétrogrades à l'apogée et au périgée.
Enfin, on peut se demander quelle planète conduisit Ptolémée à
sa découverte. Ptolémée dit que deux méthodes indépendantes pour
le calcul de l'excentricité donnent deux résultats différents, dont l'un
deux fois plus grand que l'autre. Or, dans le cas de Jupiter, les arcs
rétrogrades à l'apogée et au périgée sont presque égaux et, en consé-
quence, le calcul de l'excentricité à partir de ces valeurs n'est pas
vraiment possible. Dans le cas de Saturne, la situation n'est guère
meilleure. C'est seulement dans le cas de Mars que la différence entre
les longueurs des arcs est assez grande pour permettre le calcul. Il
est donc probable que Ptolémée a découvert l'équant en luttant avec
Mars, la planète qui, quatorze siècles plus tard, deviendra l'adversaire
de Kepler.
University of Puget, Tacoma James Evans.

(8) Almageste, XII, 6 ; trad. B. J. Toomer, p. 581.

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