Fabliaux
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
. Fabliaux. 1851.
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>FABLIAUX.
LA ROSE MOUSSEUSE.
L'ange puissant qui de l'aurore
Chaque matin reçoit les pleurs
Pour les répandre sur les fleurs
Les plus chères à Flore,
Par un beau jour d'été
S'endormit sous l'ombrage
Du plus joli rosier sauvage
Que l'Idalie eût enfanté.
Reconnaissant de cet asile
Et du repos doux et tranquille
Que venaient d'y goûter ses yeux,
A son réveil tout radieux,
Il tint ce bienveillant langage
Au fragile arbrisseau :
i< Merci, merci de ton ombrage,
« De mes enfants ô le plus beau!
« N'aurais-tu pas quelque prière
« A faire
« Qu'un ange te puisse exaucer?
_ 2 '—
« Dis, n'as-tu rien à demander
« Pour toi? Je suis prêt à tout faire;
« Parle, tu n'auras pas à souffrir un refus.
« — Eh bien! accordez-moi quelques charmes de plus. »
L'ange sourit f de la nature
Il prit la plus simple parure,
Puis au rosier en fit présent.
C'était cette mousse légère :
On l'appelle prinlanière.
Grâce à ce modeste ornement,
Elle fut la plus gracieuse,
La_ plus belle parmi les filles du printemps,
Et son nom fut'Rose Mousseuse,
La rose des amours naissants.
Enfants, vous êtes tous le rosier de ma fable.
Si vous voulez briller, n'ayez pour drnéin'ents
Que cette mousse aimable
Dont veulent vous doter dés anges'vos parents !
C'est la simplicité, parure inestimable,
Et si peu recherchée, hélas ! dé notre temps !
LE MOUCHERON,
Sur le front encorné d'un gros taureau •'sauvà'gê
Un petit, petit moucheron
S'étant a'ssïs, tenait, dit'-.on,
— s —
Au puissant animal cet orgueilleux langage :
« Seigneur, si je vous suis mi importun fardeau,
« Parlez, et, serviteur docile,,
« Tout aussitôt ailleurs j'irai chercher asile.
« —Tiens ! tiens! vous êtes làl » lui repart le. taureau.
Tel se croit de l'État pesant dans la balance,
Dont nul n'a soupçonné seulement l'existence.
LA ROSE ET L'ENFANT.
Sur le bord d'un courant que bordaient mille fleurs
S'épanquissait une rose
Du matin à peine éclose ;
Relie d'un vif éclat et d'attraits enchanteurs,
Elle brillait encore
De ces rubis si purs que disperse l'aurore
Et qu'on nomme ses pleurs ;
Et sous ces doux fardeaux en la voyant, coquette,
Raisser et relever la tête,
On la reconnaissait pour la reine des fleurs.
Un enfant l'aperçut. La jeunesse est folâtre:
Celui-ci donc en devint idolâtre.
Pour lui plus de péril, de danger, de courant :
Il ne voit que sa rose,
Et, penché sur le bord glissant, il se dispose
A la cueillir; mais, se jouant,
Le zéphyr dans les "airs doucement la balance,
Et rend son désir plus ardent
En aiguisant sa patience.
Près de s'en 'emparer, vingt fois même, vingt fois
Il la touche des doigts,
Et vingt fois loin de lui le zéphyr la retire ;
Il se penche encor plus; il la tient! ô délire!
0 bonheur il la lient !
!
« Victoire! à moi victoire! elle... elle m'appartient! »
Il a dit ; mais le sol sur lequel il repose
A failli sous ses pas ; du sort cruels arrêts! '
Dans le gouffre béant, en place de sa rose,
De la mort, malheureux! il cueille les cyprès!
Souvent, amis, souvent des plaisirs enchanteurs
Viendront, trop séduisants attraits, capter vos coeurs
Au sentier de la vie. Arrêtez pleins de force ;
Détournez-en les yeux! Ces attraits sont trompeurs,
Du mal ils sont l'amorce : -
Un précipice est là béant dessous leurs fleurs !
LE RENARD ET LE CERF.
^
Chez son voisin le cerf, un matin, se rendit
Le renard, et lui dit r
« Vous dont chacun vante la bienfaisance,
« Seriez-vous assez bon pour daigner assister
—5 —
« Un malheureux dans l'indigence?
« Seulement par un prêt : car je dois hériter
« Quelque jour d'un germain... Si vous voulez d;àvancc
« Be mon honneur avoir .un ou .deux bons garants,
« Leloup... —Le lpup?—11 est pres.que.de mes parents.
« — .C'est assez mon très-cher ; vous voyez cette porte,
« Veuillez au grand galop la franchir de .ce pas.
« En fait de caujtipn, mieux vaut n'en avoir pas
« Que d'.en avoir de cette s.orte. »
L'AMARANTE.
Dans la calèche d'osier
D'un pontife de Flore,
L'amarante voyant le plus joli rosier
Qu'.eût encore,
Depuis le retour du printemps,
Paré de ses brillants
.La généreuse aurore,
Se plaignait en ces mots : .« Prodigue pour, chacun,
« Partiale nature,
.« Mes frères ont reçu de to.i riche parure
« Ou suave parfum ;
« Et moi, ta fille aussi, je te semble .étrangère.
« Tu ne m'as rien donné, pas un attrait,; pas un !
« Et tandis qu'à la ville,
« Mariant sa blancheur à son vif incarnat,
G
— —
« Du rosier le jasmin court rehausser l'éclat,
« Que tulipe, anémone, oeillet, lis, pâquerette,
« En bouquets, en festons, en couronnes tressés,
« Vont, par un heureux sort, aux mortels empressés,
« Servir de doux liens ou de présents de fête !
« Parer les coupes d'or ! ou, cent fois plus heureux,
« De la belle Chloris se mêler aux cheveux!...
« Et que de ce rosier, l'objet de ta tendresse,
« Sur un sein virginal, brilleront les boutons;
« Ici, moi, je vais être exposée aux affronts
« De rustres, de butors ou de gueux en ivresse.
« Ah ! puisque je devais ignorer ton amour,
« Cruelle, pourquoi donc m'infligeas-tu le jour? »
Elle dit; tristement elle incline la tête.
Mais une de ses soeurs, la simple violette,
D'une voix à la fois douce, aimable, discrète,
Lui dit : « Ma bonne soeur, n'accuse pas ainsi
« Ta mère
« A la légère.
« Tu lui dois plus que nous. — Pour cela, grand merci!
« — Mais oui, chère amarante ; élégance, attraits, grâce,
« En un instant tout passe.
« Telle brille aujourd'hui, qui bientôt, qui demain,
« Ce soir... dans un instant... peut-être là plus'belle,
« Flétrie, on la verra foulée avec dédain,
« Tandis que toi, ma soeur, n'es-tu pas immortelle? »
Semblable à l'amarante est le quart des humains :
Les plus favorisés se plaignent des destins.
— 7 —
LA FOUINE ET LA TORTUE.
« Oh! que je vous plains donc, ma bien chère voisine,
« De charrier ainsi toujours votre maison;
«De vous plaindre du sort vous auriez bien raison, »
Disaità la tortue une jeune fouine.
« — Ce que tu me dis là part d'un coeur généreux ;
« Mais retiens bien, ma chère,
« Qu'un fardeau ne doit point passer pour onéreux
« Lorsqu'il est nécessaire. »
LE LINOT ET LE PINSON.
Au temps où la verdure
Cède le pas
Aux noirs frimas,
Où tout gémit dans la nature,
Sur le bord d'un balcon
Reposait une cage
Où vivotait dans l'esclavage,
Depuis ses jeunes jours, un vieux pinson.
Certain linot, et de tête et de nom,
— 8 —
Vint becqueter, près la volière,
De notre prisonnier les reliefs du festin,
Miettes de biscuit, de sucre, de plantain.
Linots sont réputés gens à tête légère :
Aussi le nôtre jalousait
Le bonheur du pauvre hère,
Et dans son patois lui disait :
« Combien injuste est la nature,
« Qui fit nos sorts si différents ;
« L'on te prodigue à toi succulente pâture,
« Et je meurs de faim dans les champs ;
« Et tandis que sans cesse,
« Tout tremblant pour mes jours, je dois fuir les filets,
« Toi, tu vis dans la paix,
« Dans l'abondance et la mollesse!
« — L'ami, dit alors le pinson,
« C'est bien à tort que tu fais cette plainte;
« Comment, ne vas-tu pas où tu veux, sans contrainte,
« Quand moi, moi! chaque jour l'on me tient en prison!
« Crois-moi, mon camarade,
« Si jamais l'oiseleur te tend une embuscade
« Et te retient captif, tu diras, mais trop tard :
« Ah ! que ne suis-je encore un pauvre campagnard !
« —Rah! bah! tout ton discours n'est qu'un vain radotage.
« — Plût au ciel que ce fût! je ipardonne à ton âge,
« Petit cerveau brûlé ! — Non, non ! vive la cage !
« Quand tout est à souhait, chaud logis, bons repas,
« Et pas une ombre de tracas,
« Qu'importe l'esclavage !
« — Tu parles, pauvre ami, tu parles enlinot,
« Et tout cela, sois sûr, te déplairait bientôt.
— 9 -
« — Non, non ! vive la cage !
« Vivent les doux plaisirs qu'on y goûte à foison !
« Vive, vive la cage, en dépit du pinson! »
Il dit, et dans la cage il finit sa chanson.
Un espiègle d'enfant, entendant leur causette,
S'était en tapinois approché du balcon.
Quel enfant dans son sac n'a pas d'inventiou?
Le nôtre déjeunait, et, de sa serviette
Qu'il lance vivement, il couvre notre sot
Linot,
Qui, sans savoir comment la chose s'était faite,
Tout interdit, troublé, se retrouve au cachot.
Le marmot à souhait servait la pauvre bête :
Pendant quatre ou cinq jours, ravi de sa prison,
Notre linot, mangeant des biscuits à foison,
Se loua de son esclavage,
Rut, rit, chanta, bénit sa cage;
Tout triste près de lui paraissait le pinson,
Et les échos du voisinage
N'étaient plus occupés qu'à redire ses chants.
Mais, hélas! sa gaîté ne dura pas longtemps!
Une vieille cruelle,
En effet, un matin,
Pour l'empêcher de fuir, vint lui couper une aile
Il jura, se plaignit, tempêta, mais en vain ;
11 fallut jusqu'au bout se soumettre
au destin.
Dès lors on le vit dans sa cage
Rédire tristement : « Ah! combien, cher pinson,
« Ton conseil était sage !
« Mourir vaut cent fois mieux que de vivre en prison.
« Adieu pour tout jamais ! adieu, vertes campagnes !
— 10 —
« Adieu, forêts, plaisirs! adieu, douces compagnes!
« Je ne vous verrai plus, linottes que j'aimais !
« Air libte et pur des bois, adieu pour tout jamais! »
II disait ; le pinson, en vain, comme un bon frère,
Par mille petits soins cherchait à le distraire,
Le spleen, le regret et l'ennui
S'emparèrent de lui.
Il en mourut, la pauvre bête,
Reconnaissant trop tard que, sans la liberté,
Richesse n'est que pauvreté,
Et beau logis qu'une prison complète.
DIEU FAIT RIEN CE QU'IL FAIT !
Dans un brillant discours, certain prédicateur
Ayant célébré la sagesse
Que dévoile sans cesse,
Dans ce qu'il fait, le Créateur,
Fut accosté, comme il quittait la chaire,
Par un quidam bossu de devant et derrière.
« Holà, monsieur l'abbé, l'ai-je bien entendu?
« Dieu fait bien ce qu'il fait, selon vous; mais, de grâce,
« Regardez-moi de dos, de profil ou de face,
« Et jugez si je puis en être convaincu.
« — En effet, mon ami, j'en fais l'aveu sincère,
« Je n'avais jamais vu si mal bâti sur terre;
_~ \\ —
« Mais cela vient tout justement
« Joindre fort à propos 'l'exemple à ma parole ;
« Car Dieu voulut apparemment,
« En vous faisant ainsi, faire quelqu'un de drôle;
« Et vous pouvez, je crois, faire confession
« Qu'il a fait un bossu dans la perfection. »
LES DEUX SAVANTS.
Deux savants, certain jour, sur l'article du chat,
Eurent un vif, mais un très-vif débat.
Comme c'est l'ordinaire,
Chacun pensait tout le contraire
De son confrère.
« Du lion, disait l'un, il a le noble coeur,
« L'intelligence et le courage.
« — Rah! dites donc plutôt, criait l'autre docteur,
« Que le traître, en partage,
« A la sombre fureur
« Du tigre, et sa soif du carnage.
« —Moi, je soutiens mon dire, et ne m'en dédis point,
« — Plutôt que de céder, moi, je perdrais le poing. »
Il n'en fallait pas tant pour allumer la guerre,
Peut-être même allaient-ils s'y livrer,
Quand une ondée accourt et les fait retourner,
Le détracteur des chats auprès d'une volière
Où les matous semaient la mort ;
Et leur avocat, au contraire,
Dans certain cabinet où, partout autre sort,
Gisaient.perruches empaillées
Par les rats à demi rongées.
Paris. — Imprimerie Schneider, rue d'Erfurlh, 1.