Les principaux fondements de la réforme comptable en Algérie
Ph.D. étudiante. CHELIGHEM Nor elhouda1 Ph.D. étudiante. BENDAHOU Nardjess2
, ) (الجزائر2 جامعة لونيسي علي البليدة، تسيير الموارد البشرية والتنمية المستدامة، مخبر المقاولة1
[email protected]
[email protected] ، اجلزائر، حممد بن امحد2 جامعة وهران2
Résumé
L’Algérie a entrepris un ensemble de réformes visant à moderniser la gestion des
Finances Publiques et à renforcer la transparence financière. Parmi ces initiatives, la réforme
comptable de l'État occupe une place essentielle, inscrite dans le cadre du projet de la
modernisation du système budgétaire. Cette réforme, ancrée juridiquement dans la Loi
Organique relative aux Lois de Finances (LOLF), est caractérisée par l'introduction d'une
comptabilité en droit et obligations constatés capable de refléter fidèlement la situation
financière du pays. Cette réforme marque un tournant significatif dans l'organisation
budgétaire et comptable de l'État, avec des implications substantielles sur la manière dont les
finances publiques sont planifiées, exécutées et rendues compte.
Les mots clés : Finances Publiques, réforme comptable, comptabilité en droit et
obligations constatés, la transparence financière
ملخص
ومن.قامت الجزائر بمجموعة من اإلصالحات الرامية إلى تحديث إدارة المالية العامة وتعزيز الشفافية المالية
ويتميز. وهو جزء من مشروع تحديث نظام الميزانية، يحتل اإلصالح المحاسبي للدولة مكانا أساسيا،بين هذه المبادرات
بإدخال المحاسبة على أساس،)LOLF( المرتكز قانونيا على القانون العضوي المتعلق بقوانين المالية،هذا اإلصالح
ويمثل هذا اإلصالح نقطة تحول هامة في.الحقوق والواجبات المثبتة القادرة على أن تعكس بأمانة الوضع المالي للبالد
مع ما يترتب على ذلك من آثار كبيرة على الطريقة التي يتم بها تخطيط المالية العامة،تنظيم الميزانية والمحاسبة للدولة
.وتنفيذها واإلبالغ عنها
الشفافية المالية، المحاسبة على أساس الحقوق والواجبات، اإلصالح المحاسبي، المالية العامة:الكلمات المفتاحية
I. Introduction
Afin d'assurer une gestion financière saine et efficiente des finances publiques, ainsi que
de garantir une utilisation performante des deniers publics, le gouvernement algérien a
instauré une la réforme comptable. Cette réforme ambitionne de passer progressivement,
d’une comptabilité de caisse vers une comptabilité en droits et obligations constatés
s’inspirant des normes comptables internationales(IPSAS). Ses objectifs principaux incluent
l'amélioration de l'efficacité de la dépense publique en assurant la disponibilité d'informations
pertinentes, fiables et sincères. Elle vise également à contribuer à la conception et à
l'évaluation des politiques publiques en évaluant leurs impacts sur l'évolution financière et
patrimoniale. Enfin, elle aspire à établir des comptes de l'État reflétant fidèlement son
patrimoine et sa situation financière.
L'objectif à travers cette recherche consiste à présenter la réforme comptable de l'Etat
algérien et la nouvelle gestion des deniers publics apportée par la loi organique relative aux
lois des finances (LOLF), et à savoir son impact sur la modernisation l’amélioration l’action
publique. Ce travail abordera également les raisons et les objectifs de la réforme engagée ainsi
que les difficultés de sa mise en œuvre.
Compte tenu de l’importance que revête la thématique de la réforme de la gestion des
finances publiques et son impact sur une gestion budgétaire et comptable performante en
Algérie, et afin d’illustrer l’enchainement d’idées citées ci-dessus, la question centrale qui
mérite d’être posée est la suivante : Quels sont les principaux fondements de la réforme
comptable en Algérie, et quels sont les apports de cette nouvelle gestion comptable ?
En vue de répondre à notre problématique, il est indispensable de suivre une méthode de
recherche plus adéquate. Nous avons choisi la méthode descriptive appuyée sur la recherche
documentaire, car il s’agit d’une réforme qui est récemment entrée en vigueur par la
promulgation la loi organique relative aux lois de finances (LOLF) et la loi 23-07du 21 juin
2023 relative aux règles de comptabilité publique et de gestion financière, dont les textes
d’application sont en cours de préparation. Donc, la démarche poursuivie est exclusivement
qualitative, elle se base sur une analyse documentaire.
II. Cadre conceptuel de la réforme comptable
L’Algérie, à l’instar d’un grand nombre de pays, a entrepris une réforme en profondeur
de ses finances publiques dont l’objectif est d’améliorer l’action publique et pour une
meilleure allocation et utilisation des ressources publiques. Parmi les éléments essentiels de
la réforme du secteur des finances publiques, se trouve la réforme du système comptable.
1. Le contexte général de la réforme comptable
La loi organique n°18-15 du 2 septembre 2018, modifiée et complétée, relative aux lois
de finances a introduit des réformes visant à renforcer la transparence et améliorer la gestion
des finances publiques. Ces réformes ont une incidence directe sur le système comptable de
caisse, nécessitant ainsi une refonte du cadre légal régissant la comptabilité publique, institué
par la loi n°90-21 du 15 août 1990 relative à la comptabilité publique.
Cette refonte du cadre comptable intègre les changements introduits par la loi organique
relative aux lois de finances, tout en respectant les principes traditionnels de gestion des
opérations financières et comptables de l'État (OUDAI Moussa, 2022).
Cette réforme vise le passage de la comptabilité de caisse vers une comptabilité en
droits et obligations constatés, inspirée des normes internationales (IPSAS), pour produire des
états financiers reflétant fidèlement la situation financière de l'État à la fin de l'exercice,
offrant ainsi au parlement une base solide pour évaluer la situation financière réelle de l’Etat
et prendre des décisions éclairées.
Cette loi organique prévoit la coexistence de trois comptabilités : une comptabilité
budgétaire, une comptabilité générale, et une comptabilité d’analyse des coûts, ainsi que le
rôle des différents acteurs intervenant dans l’exécution du budget et des opérations financières
et comptables de l’Etat et des autres entités publiques.
La mise en œuvre effective de ces comptabilités, notamment la comptabilité d'exercice,
implique l’adoption d’un référentiel comptable inspiré des normes comptables internationales
du secteur public et adapté au contexte algérien.
2. Fondement juridique comptable et financier
Aujourd’hui la réforme comptable est au cœur du projet de modernisation du système
budgétaire. Il y a une interdépendance entre la réforme de la comptabilité de l’Etat et la
réforme budgétaire qui nécessite des changements structurels au sein du système comptable
de l’Etat (KISSI Fadia, 2012).
Cette réforme comptable est inscrite dans la loi organique relative aux lois de finances
(LOLF). L’ancien cadre comptable, issu de la loi n° 84-17 du 7 juillet 1984, modifiée et
complétée, relative aux lois de finances et de la loi n° 90-21 du 15 août 1990, modifiée et
complétée, relative à la comptabilité publique, ne retient qu’une seule comptabilité de caisse.
Mais le nouveau cadre comptable, issu de la réforme encadrée par la loi organique n°18-
15 du 2 septembre 2018, modifiée et complétée, relative aux lois de finances, en particulier
les dispositions de son article 65, et la loi 23-07 du 21 juin 2023 relative aux règles de
comptabilité publique et de gestion financière, prévoit une réforme majeure des comptes de er
l’État, décrivent les grandes lignes du système comptable applicables dès le 1 janvier 2023.
D’abord il maintient la comptabilité de caisse au niveau de la comptabilité budgétaire en
ce sens que « l’Etat tient une comptabilité budgétaire qui se décompose en comptabilité des
engagements et en comptabilité des recettes et des dépenses budgétaires fondée sur le
principe de la comptabilité de caisse ».
Ensuite, il rajoute, à côté de celle-ci, deux autres types de comptabilités : la comptabilité
générale : « l’Etat tient également une comptabilité générale de l’ensemble de ses opérations,
fondée sur le principe de la constatation des droits et obligations », et enfin une comptabilité
d’analyse des coûts que « l’Etat met en œuvre (…) destinée à analyser les couts des
différentes actions engagées dans le cadre des programmes».
Par ailleurs, « Les comptes de l’Etat doivent être réguliers, sincères et refléter de
manière fidèle son patrimoine et sa situation financière»1.
3. Objectifs de la réforme comptable de l’Etat
La réforme comptable dans laquelle l’Algérie s’est lancé, ne se résume pas seulement à
un nombre de changements techniques, financiers ou comptables, mais elle dispose aussi une
dimension culturelle avec un passage vers une optique stratégique basée sur l’intégration de la
quête des résultats et de la performance dans les décisions publiques (BELACEL Brahim,
2018).
La réforme comptable représente un levier primordial de la bonne gouvernance car elle
permet la restitution de l’image fidèle de la situation financière et patrimoniale de l’Etat et le
suivi des politiques publiques ; En adoptant les normes IPSAS, l’Algérie gagnerait beaucoup.
En effet, ces normes qui sont connus dans le monde entier, assurent une transparence
dans la gestion budgétaire ainsi que de l’efficacité dans l’exécution de la dépense de l’Etat. Le
respect du référentiel des normes améliore la qualité de l’information financière et il peut
participer à faciliter l’accès au financement international (BEN SALAH KHALIFA Ines,
2021).
1
Art 65 de la loi organique n° 18-15 du 2 septembre 2018 relative aux lois de finances
Cette réforme, ambitionne l’amélioration de l’attractivité de l’Algérie à travers
l’introduction de la comptabilité d’exercice et de la comptabilité d'analyse des coûts des
services publics, pour venir accompagner la comptabilité budgétaire.
La réforme comptable permet d’avoir une meilleure prise de décision politique due à
l’amélioration de la qualité de l’information dont disposent les responsables.
Les objectifs de cette réforme peuvent se résumer dans les points suivants (BELACEL
Brahim, 2018) :
les principes constitutionnels de transparence, responsabilité et reddition des
comptes ;
la production dans des délais adéquats, des synthèses lisibles et adaptées aux
besoins d’informations des utilisateurs et des décideurs ;
l'intégration de la dimension patrimoniale dans la comptabilité publique ;
la production d'une information comptable et financière fiable, pertinente et
rapide
la consécration du contrôle parlementaire sur l'action du gouvernement à travers
l'évaluation des politiques publiques.
III. La réforme de la comptabilité publique
1. Les trois dimensions de la Comptabilité publique
La LOLF affirme la complémentarité de trois types de comptabilité tenus de manières
parallèles à savoir : une comptabilité budgétaire, une comptabilité générale, et une
comptabilité d’analyse des coûts.
La Comptabilité Budgétaire
Selon l’article 84 de la loi n° 23-07 du 21 juin 2023 relative aux règles de comptabilité
publique et de gestion financière : « La comptabilité budgétaire se décompose en comptabilité
des engagements et en comptabilité de caisse : en comptabilité des engagements, les dépenses
budgétaires sont comptabilisées au titre du budget de l’année au cours de laquelle elles sont
engagées ;
En comptabilité de caisse, les recettes et les dépenses sont comptabilisées au titre du
budget de l’année au cours de laquelle elles sont encaissées ou payées par les comptables
publics. »
La comptabilité générale
D'après la réforme, l'Etat tient également une comptabilité générale de l'ensemble de ses
opérations. Selon l’article 87 de la loi 23-07 du 21 juin 2023 relative aux règles de
comptabilité publique et de gestion financière : « La comptabilité générale retrace l’ensemble
des mouvements affectant le patrimoine, la situation financière et le résultat. Elle est fondée
sur le principe de la constatation des droits et obligations. Les opérations sont prises en
compte au titre de l’exercice auquel elles se rattachent, indépendamment de leur date de
paiement ou d’encaissement.»
Toutefois, la comptabilité générale est présentée par un plan comptable qui permet de
présenter les différents états financiers de l’Etat, ces derniers doivent alors faire l’objet d’une
certification par la Cour des comptes. Elle favorisera la transparence et la sincérité des
comptes publics.
La comptabilité analyse des coûts
La comptabilité d’analyse des coûts a pour objet d’analyser le coût des différentes
actions engagées dans le cadre des programmes, afin de permettre l’évaluation de leur
performance. » au sens de l’article 92 de la loi 23-07 du 21 juin 2023 relative aux règles de
comptabilité publique et de gestion financière.
Les données de la comptabilité d’analyse des coûts doivent être extraites à partir de la
comptabilité générale. La comptabilité analytique remplit plusieurs fonctions essentielles au
sein de l’organisation. Elle permet de calculer les coûts et d'analyser la rentabilité de chaque
politique publique, de mesurer le coût des produits et services des structures de l’Etat,
facilitant ainsi la prise de décision pour les gestionnaires (DAMIEN Catteau, 2016 ).
2. Les états financiers
Les états financiers sont une représentation structurée dont l’objectif est de donner une
image fidèle du patrimoine, de la situation financière de l’État, du flux de trésorerie ainsi que
de sa performance et du résultat à la date de clôture de l’exercice.
L’information financière doit répondre aux besoins des utilisateurs notamment les
responsables de l’État, les citoyens, les élus, les créanciers, les fournisseurs et les médias. Elle
est également destinée aux institutions publiques internationales et aux investisseurs en titres
de dettes. Ces informations portes (DJAH Manel, 2021):
Sur les sources, la répartition et l’utilisation des ressources financières ;
Sur la manière dont l’Etat a financé ses activités et a fait face à ses besoins de
trésorerie ;
Sur la capacité de l’Etat à financer ses activités et à honorer ses passifs et ses
engagements ;
Sur la situation financière de l’Etat, pour l’évaluation de la performance de
l’Etat en termes de coût du service, d’efficience, d’efficacité et de réalisations.
Les états financiers de l’État sont les suivants2 :
le bilan ou la situation financière : décrivant les éléments de l’actif et les éléments du
passif ;
le compte de résultats ou l’état de la performance financière : décliné en trois parties :
un état des charges nettes de l’exercice, un état des produits régaliens nets et un état de
détermination du solde des opérations de l’exercice ;
le tableau des flux de trésorerie : qui a pour objet de fournir les informations sur les
flux de trésorerie et leur destination, en distinguant les flux liés à l’activité
opérationnelle, les flux d’investissement et les flux de financement ;
le tableau de variation de la situation nette financière ;
l’annexe comportant les notes précisant les principales règles et méthodes comptables
et les autres notes explicatives.
3. La certification des comptes de l’Etat
Au niveau du secteur privé, la certification représente un acte d’opinion et de synthèse
établi par le commissaire au compte indiquant que les états financiers de synthèse sont
réguliers et sincères et donnent une image fidèle du résultat des opérations de l’exercice
écoulé ainsi que de la situation financière et du patrimoine de la société à la fin de cet
exercice.
Dans ce contexte, les administrations publiques qui convergent vers les pratiques des
entreprises se doivent satisfaire à cette exigence. Afin de permettre aux états financiers
d’apporter une garantie à l’usage des citoyens, des parlementaire, et leurs des investisseurs sur
la conformité et la sincérité des comptes de l’État, la transparence et la fiabilité des données
doivent être assurées.
2
Art. 95 de la loi 23-07 du 21 juin 2023 relative aux règles de comptabilité publique et de gestion
financière
A défaut de la certification, un mécanisme d'évaluation de la fiabilité des états
financiers par une autorité indépendante doit être recherché. En application de l’article 88 de
la Loi organique de 2018, les comptes de l’État doivent être certifiés par la Cour des comptes
« au regard des principes de régularité, de sincérité et de fidélité. En outre, le rapport de
certification établi par la Cour des comptes doit accompagner annuellement le projet de loi
portant règlement budgétaire. La Cour des comptes devra donc se prononcer par avis sur les
comptes. »
En somme, la certification des comptes se définit comme l’opinion écrite et motivée
fournie par un organisme indépendant, et sous sa responsabilité, sur les états financiers d’une
entité au regard de règles comptables. Elle permet de garantir la fiabilité de l’information
financière issue de la comptabilité générale et de connaître les charges et engagements futurs
qui pèseront sur l’Etat.
IV. La mise en œuvre de la réforme comptable
La réforme comptable de l’Etat se traduit par l’adoption d’un nouveau Plan Comptable
de l’Etat, sur la base des normes internationales IPSAS. Le principe de comptabilisation des
droits constatés, et la détermination du résultat patrimonial des activités de l’Etat en
constituent le socle.
1. Les nouveaux principes comptables issus des normes IPSAS
Dans le cadre de la réforme comptable, de nouveaux principes comptables sont adoptés,
s’ajoutant aux anciens principes de la comptabilité publique, afin de mieux ajuster cette
dernière aux exigences de transparence qu’aux impératifs d’une utilisation rationnelle et
judicieuse des données et des résultats comptables. Ces principes sont les suivants
(BELACEL Brahim, 2018) :
Principe de sincérité
L’objectif du principe de sincérité est de s’assurer de la réalité et de la fiabilité des
comptes. La sincérité comptable, c’est l’assurance que les opérations financières de recettes et
de dépenses publiques sont enregistrées avec exactitude, et que les états financiers reflètent le
patrimoine et la situation financière de l’Etat à la clôture des comptes.
Principe de régularité
La régularité peut se définir comme le respect des lois et règlements en matière,
particulièrement, d’exécution des dépenses. Elle est donc un contrôle formel des pièces
comptables justificatives. Dans le nouveau cadre comptable, le principe de la régularité et de
la conformité aux règles et aux procédures en vigueur est énoncée et pleinement consacrée par
les dispositions de l’article 88 de la LOLF.
Principe de l’image fidèle
Ce principe de l’image fidèle est prévu dans les dispositions de la LOLF algérienne.
L’article 65 dans son alinéa 04 dispose : « Les comptes de l’Etat doivent être réguliers,
sincères et refléter de manière fidèle son patrimoine et sa situation financière ».
Principe de continuité de l’activité ou de l’exploitation
Ce principe suppose que l’entité qui produit les états financiers ne sera pas en cessation
d’activité ou d’exploitation et poursuivra ses activités dans un avenir prévisible.
Principe de permanence des méthodes
Ce principe consiste en l’obligation de toute entité produisant des états et des documents
comptables et financiers d’une permanence dans l’application des règles et procédures
relatives à l’évaluation des éléments et à la présentation des informations.
Principe de non compensation
La compensation est interdite entre éléments d’actifs et éléments de passifs ou entre
éléments de charges et éléments de produits dans le compte de résultat.
Principe de coût historique ou de juste-valeur
Le coût historique consiste à enregistrer la valeur comptable nominale d’un bien, sans
pour autant tenir compte des variations que peut subir la monnaie et les changements, positifs
ou négatifs, du pouvoir d’achat.
2. Le plan comptable de l’Etat
L’élaboration du Plan Comptable de l’Etat (PCE) a pour objet l’amélioration de la
gestion et de la transparence dans les finances de l’Etat. Il permettra de passer d’une simple
logique d’encaissement et de décaissement, vers une comptabilité d’exercice, à partie double,
qui exige une optique patrimoniale, d’exploitation et de résultat.
La mise en œuvre du PCE nécessite la conjugaison des efforts de l’ensemble des
partenaires car la mise en place du nouveau schéma comptable est difficile, notamment au
niveau du recensement du patrimoine, de sa valorisation afin d’élaboration un bilan
d’ouverture, ainsi que du degré de son imprégnation par les comptables publics (DJAH
Manel, 2021).
Pour répondre aux besoins de réforme de la comptabilité publique en Algérie, un recueil
des normes comptables appelé Norme Comptable de l’Etat (NCE) a été conçu. Ces normes
visent à permettre à toutes les entités publiques de produire des états financiers fiables et
comparables dans le temps et à l'échelle internationale.
Le NCE, intégré dans le Plan Comptable de l'État (PCE), comprend 17 normes
comptables.
Il définit les règles d'évaluation, de comptabilisation et de présentation des états
financiers. Ce référentiel comptable national, qui s'inspire des standards nationaux (SCF)
qu’internationaux (IPSAS, elles –mêmes issues des normes IFRS), tout en les adaptant aux
spécificités nationales, constitue la base normative de la nouvelle comptabilité de l'État, en
combinant les principes comptables des entreprises avec des ajustements pour répondre aux
besoins spécifiques du secteur public.
Tableau 1: Normes Comptables de l'Etat Algérien
NCE 1 Présentation des états financiers
NCE 2 Tableau des flux de trésorerie
NCE 3 Produits régaliens et opérations sans contrepartie directe
NCE 4 Charges
NCE 5 Composantes de trésoreries
NCE 6 Instruments Financiers : dettes et autres passifs financiers
NCE 7 Participations de l’Etat et créances rattachés
NCE 8 Présentations des informations budgétaires dans les états financiers
NCE 9 Immobilisations corporelles
NCE 10 Immobilisations incorporelles
NCE 11 Provisions, passifs éventuels et actifs éventuels,
NCE 12 Produits des opérations avec contreparties directes
NCE 13 Stocks
NCE 14 Contrats de location
NCE 15 Dépréciation d’actifs non générateurs de trésorerie
NCE 16 Solde net de l’exercice, erreurs fondamentales et changement de méthodes
comptables
NCE 17 Créances de l’actif courant
Source : DJAH Manel, « La réforme comptable de l’Etat : Objectifs, état des lieux et enjeux Cas de
l’Algérie », IEDF, 2021
3. La mise en place du système d’information
Comme la plupart des pays en développement, l’Algérie a adopté des efforts pour
développer la numérisation du système budgétaire et comptable et renforcer les moyens
humains et matériels qui constituent les principaux axes du Plan d’action du Ministère des
Finances.
La modernisation du système budgétaire a prévu deux logiciels pour une meilleure
gestion de la dépense publique. Un est dédié à la préparation et à la présentation du budget
connu sous l’appellation Système Intergouvernemental de Budgétisation (SIGBUD) et le
deuxième, Système Intégré de Gestion Budgétaire (SIGB) pour l’exécution du budget. Nous
allons dans se focaliser uniquement sur le système SIGB en raison que ce dernier qui prend en
charge la comptabilité en droits constatés (ACHA, 2020).
Le SIGB sera constitué d’un progiciel de gestion budgétaire et d’un progiciel de gestion
de trésorerie, et prendra en charge l’ensemble des événements associés au processus
d’exécution de la dépense publique et sera installé auprès des ordonnateurs, dans les postes
comptables et dans les services du Ministère des Finances responsables de l’exécution
budgétaire.
Il permettra de rationaliser les processus budgétaires et comptable en appliquant le
principe de la saisie unique par l’initiateur de l’opération. Il assure la concordance des
données des comptables, des ordonnateurs, et des contrôleurs budgétaires et accélérer le
traitement des actions liées notamment à la dépense.
Le SIGB permettra l'exécution des dépenses sur le budget général de l'État dans les
meilleures conditions de qualité, de coût et de délais, en fonction des crédits qui sont mis à la
disposition des acteurs. Il assurera la mise en œuvre de l'ensemble de la chaîne de dépense,
notamment via l’utilisation d’une procédure générique ou « normale », comportant une phase
administrative (activités d'Engagement, de Liquidation et d'Ordonnancement) et une phase
comptable (activité de Paiement).
4. Les enjeux de la réforme comptable de l’Etat en Algérie
La réforme comptable en Algérie est un processus long et complexe, connait plusieurs
enjeux techniques qui mettent en cause la réalisation des piliers de la réforme, parmi eux :
Les enjeux de mise en place d’une comptabilité du patrimoine :
La mise en place d'une comptabilité du patrimoine dans le secteur public constitue la
raison principale derrière la mise en œuvre de la réforme comptable en Algérie, mais elle est
confrontée à plusieurs difficultés. Tout d'abord, le recensement des immobilisations pose des
défis, car cette nouvelle comptabilité doit prendre en compte la comptabilisation des
immobilisations et des droits et obligations constatés, qui ne sont pas pris en compte dans la
comptabilité de caisse. Il est craint que la comptabilisation de ces biens selon des règles issues
du secteur privé ne fournisse pas une information satisfaisante pour éclairer les décisions
publiques les concernant.
L’absence d’un système d’information intégré
Le retard enregistré en matière de conception d'un nouveau système d’information,
permettant de prendre en compte les nouvelles opérations requises, constitue un grand
obstacle de la réforme comptable. En effet, toute réforme des finances publiques implique la
mise en place et la rénovation des systèmes d’informations et des applications informatiques
actuelles, en vue d'assurer la performance au niveau de l'information financière. En effet, cette
réforme nécessite des compétences spécifiques de haut niveau.
La maitrise des nouveaux instruments comptables
La réussite de la réforme comptable repose sur l'implication d'intervenants compétents.
Ainsi, la maîtrise des nouvelles procédures comptables et la compréhension approfondie des
concepts émergents tels que les amortissements, les provisions, et le rattachement des charges
et des produits de l'exercice sont des défis majeurs. En effet, le succès de ce projet dépend
largement de la compétence technique des comptables publics, qui doivent assimiler et mettre
en œuvre les nouvelles méthodes et principes comptables introduits par les normes IPSAS. Il
est à noter que l'adoption de ces normes IPSAS engendrera une transformation significative
du rôle traditionnel des comptables publics.
Les enjeux financiers :
Une réforme comptable de l’Etat nécessite l’existence des ressources matérielles,
humaines et financières. Ainsi, le financement du processus de la réforme comptable constitue
l’enjeu majeur pour l’Etat Algérien notamment avec la crise économique actuelle.
Á travers ce qui précède, il ressort bien que la mise en place d’une nouvelle
comptabilité inspirée de celle des entreprises vise à garantir la transparence de la situation
financière de l’Etat et à favoriser la recherche de la performance. La réforme comptable
constitue en cela une évolution majeure avec le passage à une comptabilité d’exercice et la
prise en compte de la dimension patrimoniale.
V. Conclusion
À l'échelle mondiale, les États s'engagent dans la modernisation de leur gestion
financière, influencés par les nouvelles orientations de la gestion publique. L'objectif de ces
initiatives est de rationaliser les dépenses publiques en intégrant la transparence et l'efficacité
dans la gestion budgétaire.
De son côté, l'Algérie a lancé un vaste chantier de réforme du système budgétaire et
comptable de l’État, appelé Modernisation du Système Budgétaire (MSB). Le gouvernement
s'engage ainsi, à changer son approche de la gestion budgétaire en l'orientant vers les résultats
et la recherche de l'efficacité.
La réforme comptable est le corolaire de la réforme, elle vise à améliorer la gestion des
finances publiques et à accroître la transparence dans la gestion des comptes publics. Son
essence repose sur l'adoption du principe de la « constatation des droits et des obligations »,
exigeant que les opérations soient enregistrées au titre de l'exercice auquel elles se rattachent,
indépendamment de leur date de paiement ou d'encaissement.
La réforme comptable de l’Etat résulte du besoin exprimé par l’Etat algérien de se doter
d’un PCE moderne, opérationnel, répondant aux critères des normes internationales.
La nouvelle comptabilité de l’État constitue un instrument essentiel pour garantir la
qualité comptable, offrant une information plus précise et sincère sur la réalité financière et
patrimoniale des entités publiques.
D'une part, elle devient une source essentielle d'information pour les gestionnaires,
facilitant la prise de décision et la gestion publique lors de l'établissement des prévisions et de
l'évaluation des politiques publiques. D'autre part, en offrant une lisibilité accrue des comptes
de l’État, elle permet un contrôle plus efficace des gestionnaires à travers l'utilisation
judicieuse d'indicateurs de performance.
La transition d'une comptabilité de caisse à une comptabilité d’exercice constitue le
cœur de cette réforme, introduisant également une comptabilité tridimensionnelle. Cela inclut
une comptabilité générale à partie double pour refléter une image plus détaillée de la situation
financière et patrimoniale des entités publiques, une comptabilité budgétaire pour le suivi des
autorisations et de l'exécution budgétaire, et une comptabilité d’analyse des coûts des
programmes pour mesurer les coûts de service et faciliter la prise de décision.
Á cet égard, nous pouvons également confirmer que plusieurs éléments sont nécessaires
à la réussite de cette réforme, parmi lesquels nous pouvons citer :
La nécessité d’une formation continue pour les acteurs impliqués dans la gestion
budgétaire afin de garantir une compréhension approfondie des principes de la
LOLF et d’assurer une mise en œuvre efficace ;
La mise en place des compagnes de communication auprès du public et des
parties prenantes afin d’expliquer les objectifs de la réforme ;
La collaboration avec des institutions internationales pour bénéficier de leurs
expertises dans le domaine de la gestion des finances publiques ;
L’investissement dans des systèmes d’information modernes pour soutenir la
gestion budgétaire, améliorer la collecte des données, et renforcer la
transparence.
En guise de conclusion, il apparaît clairement que, la mise en œuvre de la réforme
comptable de l’Etat est un projet difficile et compliqué à la fois. Cette complexité, peut être
levée, grâce à l’apport des nouvelles technologies de l'information et de la communication, et
notamment par la nécessité de la mise en place d’un système d’information intégré.
VI. Références
[1] ACHA, F. e. (2020). La réforme comptable de l’Etat en Algérie et la nécessité de la
mise en place du système d’information intégré. Revue des Réformes Economiques et
Intégration En Economie Mondiale, Vol 14 N°.1.
[2] BELACEL Brahim. (2018). la réforme de la comptabilité de l’Etat en Algérie. thèse
de doctorat,. Université Paris Panthéon Sorbonne,, France,.
[3] BEN SALAH KHALIFA Ines. (2021). La réforme comptable de l’Etat: objectifs, état
des lieux et enjeux Cas : Tunisien. Mémoire de fin d’étude pour l’obtention du
diplôme de troisième cycle spécialisé en finances publique. IEDF.
[4] BISSAAD Ali. (2001). Manuel comptabilité publique, budget, agent et compte. école
nationale des impôts, 1ére édition.
[5] DAMIEN Catteau. (2016 ). Droit budgétaire- comptabilité publique,. Hachette, .
[6] DJAH Manel. (2021). La réforme comptable de l’Etat : Objectifs, état des lieux et
enjeux Cas de l’Algérie . Mémoire de fin d’étude en vue de l’obtention du diplôme de
troisième cycle spécialisé en Finances Publiques. IEDF.
[7] KISSI Fadia. (2012). rojet de modernisation du système budgétaire en Algérie. AL-
IJTIHED Revue des études juridiques & économiques - C.U.TAM – ALGERIE.
[8] OUDAI Moussa. (2022). Le système budgétaire de l’Etat en Algérie sur la voie de la
réforme et de la modernisation. Revue Algérienne de Finances Publiques, Vol 12, N°
02.