TD 4 Et 5 - Droit Administratif (Contrats Administratifs)
TD 4 Et 5 - Droit Administratif (Contrats Administratifs)
IDAI Le Caire
Cours de droit administratif
Pierre Brunet
Professeur de droit public
SÉANCE N°N°6
SEANCE 4
Documents :
1. TC, 16 octobre 2006, Caisse centrale de réassurance (CCR)
2. TC, 8 juillet 1963, Société Entreprise Peyrot (ancienne jurisprudence)
3. TC, 9 mars 2015, Mme Rispal (nouvelle jurisprudence)
4. CE, 3 juin 2009, OPAC du Rhône
5. TC, 15 novembre 1999, Commune de Bourisp
6. CAA Bordeaux, 5 novembre 1992, Cne de Fronton ; TC, 12 décembre 2005, Société Hôtelière
Guyanaise (SHG) ; CAA Marseille, 9 juillet 2007, M et Mme X ; CAA Paris, 14 octobre 2008,
Fonds de développement des archipels ; CAA Bordeaux, 20 novembre 2008, Société
aveyronnaise de fabrication industrielle de parquets ; CAA Bordeaux, 22 décembre 2017, M.
A.C ; CE, 29 juin 2012, Société Pro 2C ; TC, 14 octobre 2013, M. C.
7. TC, 13 octobre 2014, Société Axa France IARD
8. TC, 24 juin 1968, Société « Distilleries Bretonnes »
9. TC, 21 mai 2007, SA Codiam
10. TC, 12 décembre 2005, M. Jacques X c/ Société Vert Marine SAS
11. TC, 19 mars 2007, France Telecom
Références :
Terrier (1903) ; Thérond (1910) ; Société des Granits porphyroïdes des Vosges (1912) ; Epoux Bertin
(1956) ; Union des assurances de Paris (1983)
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Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
IDAI Le Caire
Cours de droit administratif
Pierre Brunet
Professeur de droit public
l’arrêt Mme Rispal, quelle est la juridiction déclarée compétente par le Tribunal des conflits et
pourquoi ?
Analyse du document n°4 : Quel est le type de recours visé par l’article 551-1 du CJA ? Selon le tribunal
des conflits, quelle est la nature du contrat litigieux et pourquoi ? Celui-ci peut-il faire l’objet d’un
recours visé par l’article 551-1 du CJA ?
Analyse du document n°5 : Qu’est-ce qu’un contrat de cession de bien du domaine privé d’une personne
publique ? En principe, quelle est la nature d’un tel contrat ? En l’espèce, quelle est la nature de la
convention litigieuse et pourquoi ?
Analyse des documents n°5 à n°7 : Qu’est-ce que des « clauses exorbitantes » ? Donnez des exemples
de clauses considérées comme exorbitantes et des clauses qui ne sont pas considérées comme telles.
Quel lien pouvez-vous faire entre la présence de telles clauses dans un contrat et la nature dudit contrat ?
Analyse des documents n°8 et n°9 : Qu’est-ce qu’un contrat ayant pour « objet l'exécution même du
service public » ? Quel lien pouvez-vous faire entre l’objet d’un tel contrat et la nature dudit contrat ?
Dans les décisions Société « Distilleries Bretonnes » et SA Codiam., est-ce que les contrats litigieux ont
pour objet l’exécution même du service public ?
Analyse des documents n°10 et n°11 : Quels sont les juges déclarés compétents par le Tribunal des
conflits et pourquoi ?
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DOC. 1.
TC, 16 octobre 2006, Caisse centrale de réassurance (CCR)
Vu, enregistrée à son secrétariat le 4 novembre 2005, l'expédition de la décision du 28 octobre 2005 par laquelle le Conseil
d'Etat statuant au contentieux, saisi de la requête de la société anonyme Caisse centrale de réassurance (CCR) tendant à
l'annulation de la sentence rendue le 22 décembre 2003 par le tribunal arbitral, qui s'est déclaré compétent, dans le litige
l'opposant à la Mutuelle des Architectes Français (M.A.F.) et relatif à l'exécution de la convention conclue, sur le fondement
de l'article 30 de la loi n°82-540 du 28 juin 1982, entre cette entreprise d'assurance et le fonds de compensation des risques de
l'assurance de la construction, géré par la CCR, alors établissement public industriel et commercial, et au renvoi de l'affaire
devant le tribunal administratif de Paris, a renvoyé au Tribunal, par application de l'article 35 du décret du 26 octobre 1849
modifié, le soin de décider sur la question de la compétence ;
Vu, enregistrées le 24 mars 2006, les observations de la Caisse centrale de réassurance faisant valoir que la convention
litigieuse, signée par elle, gestionnaire du Fonds de compensation, agissant en qualité de mandataire légal de l'Etat ou, à tout le
moins, pour le compte de celui-ci, conclue par une personne publique et dont l'objet est l'organisation de la mission de service
public administratif que la loi a confiée au Fonds, alimenté par des recettes de nature fiscale et créé pour indemniser les sinistres
que les entreprises d'assurance doivent couvrir et qui ne peuvent plus être pris en charge par les primes versées, est un contrat
de nature administrative, et concluant à la compétence du Conseil d'Etat pour connaître de sa requête en annulation de la
sentence arbitrale ;
Vu, enregistrées le 16 mai 2006, les observations de la Mutuelle des Architectes Français qui conclut à la compétence de la
juridiction judiciaire pour connaître du litige l'opposant à la CCR ;
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu la loi des 16-24 août 1790 et le décret du 16 fructidor an III ;
Vu la loi du 24 mai 1872 ;
Vu le décret du 26 octobre 1849 modifié ;
Après avoir entendu en séance publique :
- le rapport de M. Jean-Louis Gallet, membre du Tribunal,
- les observations de la SCP Baraduc et Duhamel, avocat de la CCR et de la SCP Masse-Dessen et Thouvenin, avocat de la
Mutuelle des Architectes Français
- les conclusions de M. Jacques-Henri Stahl, Commissaire du gouvernement
Considérant que la M.A.F., qui, courant 2001, avait été condamnée à payer une indemnité à un maître
d'ouvrage au titre de la garantie d'un sinistre dont un architecte, assuré auprès d'elle, avait été reconnu
responsable, a sollicité la prise en charge de cette indemnité par le fonds de compensation des risques
de l'assurance de la construction, en exécution de la convention que, sur le fondement de l'article 30 de
la loi du 28 juin 1982, elle avait conclue, en 1984, avec ce fonds, dont la gestion avait été confiée à la
Caisse centrale de réassurance, alors établissement public industriel et commercial ; que, transformée
en société anonyme par la loi n°92-665 du 16 juillet 1992, la Caisse centrale de réassurance a refusé
l'indemnisation intégrale de la M.A.F. qui a saisi le tribunal arbitral prévu par la convention ; que la
CCR, contestant la compétence du tribunal arbitral, a déféré la sentence au Conseil d'Etat, lequel a
renvoyé à ce Tribunal le soin de décider sur la question de compétence ;
Considérant que, sauf disposition législative contraire, la nature juridique d'un contrat s'apprécie à la
date à laquelle il a été conclu ; que lorsqu'un établissement public tient de la loi la qualité d'établissement
industriel et commercial, les contrats conclus pour les besoins de ses activités relèvent de la compétence
de la juridiction judiciaire, à l'exception de ceux relatifs à celles de ses activités qui ressortissent par leur
nature de prérogatives de puissance publique ; que la convention litigieuse a été conclue par la Caisse
centrale de réassurance, agissant en son nom et pour son compte, en sa qualité de gestionnaire du fonds,
alors qu'elle possédait la qualité d'établissement public industriel et commercial en vertu de la loi n° 46-
835 du 25 avril 1946 ; que, par suite, elle a été passée entre une personne publique et un contractant de
droit privé ; qu'elle ne comporte aucune clause exorbitante du droit commun et se rattache aux missions
industrielles et commerciales confiées à la CCR ; qu'ainsi, elle constitue une convention de droit privé ;
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DOC. 2.
TC, 8 juillet 1963, Société Entreprise Peyrot
Vu, enregistrée au Secrétariat du Tribunal des Conflits le 1er avril 1963, l'expédition du jugement en date du 29 mars 1963 par
lequel le Tribunal administratif de Nice, saisi de l'action en dommages-intérêts dirigée par la société à responsabilité limitée
"Entreprise Peyrot" et son administrateur au règlement judiciaire contre la société anonyme d'économie mixte, Société de
l'Autoroute Estérel Côte d'Azur, à raison des manoeuvres dolosives dont cette dernière aurait usé pour amener ladite Entreprise
Peyrot, à qui elle avait, suivant marché du 2 juillet 1958, confié la construction du lot n° 5 de l'autoroute, à renoncer au bénéfice
de ce marché, a renvoyé au Tribunal des Conflits le soin de décider sur la question de compétence en raison du risque de conflit
négatif résultant de ce que, saisie du même litige, la Cour d'appel de Toulouse a, par arrêt du 13 juin 1961, devenu définitif,
décliné sa compétence pour des motifs inverses de ceux qui, selon le Tribunal administratif de Nice, justifient la compétence
de l'autorité judiciaire ;
Vu les lois des 16-24 août 1790 et du 16 fructidor an III ; Vu le décret du 26 octobre 1849 modifié et complété par le décret du
25 juillet 1960 ; Vu la loi du 28 pluviôse an VIII ; Vu la loi du 18 avril 1955 ;
Considérant que la Société de l'Autoroute Estérel-Côte-d'Azur concessionnaire, dans les conditions prévues à l'article 4 de la
loi du 18 avril 1955, de la construction et de l'exploitation d'une autoroute a passé avec l'Entreprise Peyrot un marché pour
l'exécution de travaux nécessaires à la construction de cette autoroute ; que l'Entreprise Peyrot impute à la Société de l'Autoroute
Estérel-Côte-d'Azur des manoeuvres dolosives destinées à l'inciter à renoncer à ce marché et estime avoir subi de ce fait un
préjudice dont elle demande réparation à cette société ;
Considérant qu'aux termes de l'article 4 de la loi du 18 avril 1955 portant statut des autoroutes, "L'usage
des autoroutes est en principe gratuit. Toutefois, l'acte déclaratif d'utilité publique peut, dans des cas
exceptionnels, décider que la construction et l'exploitation d'une autoroute seront concédées par l'Etat à
une collectivité publique, ou à un groupement de collectivités publiques, ou à une chambre de
commerce, ou à une société d'économie mixte dans laquelle les intérêts publics sont majoritaires. Dans
ce cas, la convention de concession et le cahier des charges sont approuvés par décret pris en Conseil
d'Etat, après avis des collectivités locales directement intéressées ; ils peuvent autoriser le
concessionnaire à percevoir des péages pour assurer l'intérêt et l'amortissement des capitaux investis par
lui, ainsi que l'entretien et, éventuellement, l'extension de l'autoroute" ;
Considérant que la construction des routes nationales a le caractère de travaux publics et appartient
par nature à l'Etat ; qu'elle est traditionnellement exécutée en régie directe ; que, par suite, les
marchés passés par le maître de l'ouvrage pour cette exécution sont soumis aux règles du droit public;
Considérant qu'il doit en être de même pour les marchés passés par le maître de l'ouvrage pour la
construction d'autoroutes dans les conditions prévues par la loi du 18 avril 1955 sans qu'il y ait lieu
de distinguer selon que la construction est assurée de manière normale directement par l'Etat, ou à
titre exceptionnel par un concessionnaire agissant en pareil cas pour le compte de l'Etat, que ce
concessionnaire soit une personne morale de droit public, ou une société d'économie mixte,
nonobstant la qualité de personne morale de droit privé d'une telle société ; qu'ainsi, quelles que
soient les modalités adoptées pour la construction d'une autoroute, les marchés passés avec les
entrepreneurs par l'administration ou par son concessionnaire ont le caractère de marchés de travaux
publics ; que, par suite, les contestations relatives à l'exécution de ces marchés sont au nombre de celles
visées par les dispositions de l'article 4 de la loi du 28 pluviôse de l'an VIII ; que, dès lors, l'action sus-
analysée engagée par l'Entreprise Peyrot contre la Société de l'Autoroute Estérel-Côte-d'Azur relève de
la compétence de la juridiction administrative ;
DECIDE : Article 1er - Il est déclaré que les juridictions de l'ordre administratif sont compétentes pour connaître de l'action en
réparation dirigée par l'Entreprise Peyrot contre la Société de l'Autoroute Estérel-Côte-d'Azur. Article 2 - La cause et les parties
sont renvoyées devant le Tribunal administratif de Nice. Article 3 - Les dépens sont réservés pour être mis à la charge de la
partie qui succombera en fin d'instance. Article 4 - Expédition de la présente décision sera transmise au Garde des Sceaux,
Ministre de la Justice, qui est chargé d'en assurer l'exécution.
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DOC. 3.
TC, 9 mars 2015, n° 3984, Mme Rispal
Vu, enregistrée à son secrétariat le 23 octobre 2014, l'expédition de l'arrêt du 21 octobre 2014 par lequel la cour administrative
d'appel de Paris, saisie d'une demande de Mme Rispal tendant à l'annulation du jugement du tribunal administratif de Paris du
23 janvier 2013 ayant rejeté sa demande formée contre la société des Autoroutes du Sud de la France (ASF) en réparation du
préjudice résultant de la résiliation de la convention du 23 avril 1990, a renvoyé au Tribunal, en application de l'article 34 du
décret du 26 octobre 1849 modifié, le soin de décider sur la question de la compétence ;
Vu l'arrêt du 17 février 2010 par lequel la Cour de cassation a décliné la compétence des juridictions de l'ordre judiciaire ;
Vu, enregistré le 27 novembre 2014, le mémoire présenté par Mme Rispal tendant à la compétence des juridictions de l'ordre
judiciaire par le motif que le contrat, conclu entre deux personnes privées, ne porte pas sur un objet nécessaire pour la
construction de l'autoroute ou constituant un simple accessoire à sa réalisation et que la société ASF n'a pas agi en qualité de
mandataire de l'Etat ;
Vu, enregistré le 14 janvier 2015, le mémoire présenté par la société ASF tendant à la compétence des juridictions de l'ordre
administratif et à l'allocation de la somme de 4 000 € au titre de l'article 75 de la loi du 10 juillet 1991 par le motif que les
contrats conclus par un concessionnaire d'autoroute en vue de la réalisation des ouvrages autoroutiers et de leurs accessoires
relèvent du juge administratif ;
Vu les pièces desquelles il résulte que la saisine du Tribunal a été notifiée au ministre de l'écologie, du développement durable
et de l'énergie qui n'a pas produit de mémoire ;
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu la loi des 16-24 août 1790 et le décret du 16 fructidor an III ;
Vu la loi du 24 mai 1872 ;
Vu le décret du 26 octobre 1849 modifié ;
Considérant que, dans le cadre des obligations faites aux sociétés concessionnaires d'autoroutes de consacrer une
part du montant des travaux de construction d'une liaison autoroutière à des œuvre d'art, la société ASF
a conclu le 23 avril 1990 avec Mme Rispal une convention lui confiant, moyennant une rémunération
forfaitaire, la mission d'établir une série de trois esquisses devant permettre à la société de choisir l'œuvre
à créer, puis la réalisation d'une maquette d'une sculpture monumentale que la société envisageait
d'implanter sur une aire de service située sur le futur tracé de l'autoroute A 89 ; que la convention stipulait
que la sculpture définitive ne pourrait être réalisée que si la société ASF était choisie comme
concessionnaire de l'autoroute A 89 et si l'une des trois esquisses présentées était retenue par elle ; que
la désignation de la société ASF en qualité de concessionnaire de l'autoroute A 89 a été approuvée par
décret du 7 février 1992 ; qu'après l'achèvement des travaux de construction des ouvrages autoroutiers,
la société ASF a informé Mme Rispal, par courrier du 7 juin 2005, de sa décision d'abandonner
définitivement le projet ; que, par arrêt du 17 février 2010, la Cour de cassation a décliné la compétence
du juge judiciaire saisi par Mme Rispal d'une demande d'indemnisation des préjudices qu'elle aurait
subis du fait de la résiliation du contrat qu'elle allègue ; que, par arrêt du 21 octobre 2014, la cour
administrative d'appel de Paris, estimant que le litige relevait de la compétence des juridictions de l'ordre
judiciaire, a saisi le Tribunal des conflits en application de l'article 34 du décret du 26 octobre 1849
modifié ;
Considérant qu'une société concessionnaire d'autoroute qui conclut avec une autre personne privée
un contrat ayant pour objet la construction, l'exploitation ou l'entretien de l'autoroute ne peut, en
l'absence de conditions particulières, être regardée comme ayant agi pour le compte de l'État ; que
les litiges nés de l'exécution de ce contrat ressortissent à la compétence des juridictions de l'ordre
judiciaire ;
Considérant, toutefois, que la nature juridique d'un contrat s'appréciant à la date à laquelle il a été
conclu, ceux qui l'ont été antérieurement par une société concessionnaire d'autoroute sous le régime
des contrats administratifs demeurent régis par le droit public et les litiges nés de leur exécution relèvent
des juridictions de l'ordre administratif ;
Considérant que Mme Rispal poursuit la réparation des préjudices qu'elle aurait subis à la suite de la
résiliation de la convention qui l'aurait liée à la société ASF et qui aurait porté sur l'implantation sur une
aire de repos d'une œuvre monumentale à la réalisation de laquelle la société concessionnaire était tenue
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de consacrer une part du coût des travaux, et qui présentait un lien direct avec la construction de
l'autoroute ; que le litige ressortit dès lors à la compétence de la juridiction administrative ;
Considérant qu'il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions
présentées par la société ASF au titre des dispositions de l'article 75 de la loi du 10 juillet 1991 ;
Décide : Article 1er : La juridiction de l'ordre administratif est compétente pour connaître du litige opposant Mme Rispal à la
société des Autoroutes du Sud de la France. Article 2 : L'arrêt de la cour administrative d'appel de Paris du 21 octobre 2014 est
déclaré nul et non avenu. La cause et les parties sont renvoyées devant cette cour. Article 3 : Les conclusions de la société ASF
présentées sur le fondement de l'article 75 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées. Article 4 : La présente décision sera notifiée
à Mme Rispal, à la société des Autoroutes du Sud de la France et au garde des sceaux, ministre de la justice.
DOC. 4
CE, 3 juin 2009, OPAC du Rhône
Vu le pourvoi sommaire et le mémoire complémentaire, enregistrés les 23 janvier et 9 février 2009 au secrétariat du contentieux
du Conseil d'Etat, présentés pour l'Office public d'aménagement et de construction du Rhône (OPAC DU RHONE) qui
demande au Conseil d'État : 1°) d'annuler l'ordonnance du 7 janvier 2009 par laquelle le juge des référés du tribunal
administratif de Lyon, sur la demande de la société Sitex, a annulé la procédure de passation du marché de fournitures et les
décisions de l'OPAC relatives à la dévolution du marché, invité l'OPAC à reprendre la procédure engagée pour le compte de la
SA d'HLM Gabriel Rosset, au stade de l'examen des offres et rejeté le surplus des conclusions ; 2°) statuant au titre de la
procédure de référé engagée, de rejeter la demande de la société Sitex ; 3°) de mettre à la charge de la société Sitex la somme
de 4 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
Vu les autres pièces du dossier ; Vu la loi n° 2001-1168 du 11 décembre 2001 ; Vu l'ordonnance n° 2005-649 du 6 juin 2005
relative aux marchés passés par certaines personnes publiques ou privées non soumises au code des marchés publics ; Vu le
code de la construction et de l'habitation ; Vu le code de justice administrative ;
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publics, c'est-à-dire entrant dans son champ d'application dont sont exclues les personnes morales
de droit privé, pouvant être qualifiés de marchés publics en vertu de l'article 2 de la loi du 11 décembre
2001 ; que de même, la circonstance qu'aux termes de l'article L. 433-1 du code de la construction et
de l'habitation : « Les marchés conclus par les organismes privés d'habitation à loyer modéré sont
soumis aux dispositions de l'ordonnance n° 2005-649 du 6 juin 2005 relative aux marchés publics
passés par certaines personnes publiques ou privées non soumises au code des marchés publics », est
sans incidence sur la nature du contrat et la compétence juridictionnelle pour connaître de
manquements aux règles de publicité et de mise en concurrence qu'elle institue ; qu'en effet, l'article
24 de cette ordonnance ne confie la compétence au juge administratif des référés pour connaître de
tels manquements que pour les seuls contrats administratifs ; qu'en conséquence, le marché de
fourniture litigieux conclu par l'OPAC DU RHÔNE mandataire de la SA d'HLM Gabriel Rosset est
un contrat de droit privé et les litiges relatifs à la passation de ce contrat, tels ceux liés à la
méconnaissance des règles de publicité et de mise en concurrence posées par les dispositions de
l'ordonnance précitée du 6 juin 2005, relèvent de la seule compétence du juge judicaire ; que, par
suite, en annulant la procédure de passation du marché susvisé et les décisions de l'OPAC DU
RHONE relatives à sa dévolution et en enjoignant à l'OPAC de reprendre la procédure au stade de
l'examen des offres, le juge des référés du tribunal administratif de Lyon s'est prononcé sur des
conclusions qui échappent à la compétence de la juridiction administrative ; que son ordonnance du
7 janvier 2009 doit, par suite, être annulée ;
Considérant que, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de régler l'affaire au titre de la procédure
de référé engagée en application des dispositions de l'article L. 821-2 du code de justice administrative;
Considérant qu'ainsi qu'il a été dit ci-dessus, le litige introduit par la société Sitex devant le juge des
référés du tribunal administratif de Lyon est relatif à un contrat de droit privé ; que, dès lors, la demande
de cette société doit être rejetée comme portée devant un ordre de juridiction incompétent pour en
connaître ;
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice
administrative :
Considérant qu'il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société
Sitex la somme que l'OPAC demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens ;
DECIDE : Article 1er : L'ordonnance du juge des référés du tribunal administratif de Lyon du 7 janvier 2009 est annulée.
Article 2 : La requête de la société Sitex devant le juge des référés du tribunal administratif de Lyon est rejetée comme portée
devant une juridiction incompétente pour en connaître. Article 3 : Le surplus des conclusions du pourvoi de l'OPAC DU
RHONE est rejeté. Article 4 : La présente décision sera notifiée à l'OFFICE PUBLIC D'AMENAGEMENT ET DE
CONSTRUCTION DU RHONE et à la société Sitex.
DOC. 5
TC, 15 novembre 1999, Commune de Bourisp
Cons. que par acte authentique du 31 décembre 1965, la Commune de Bourisp (Hautes-Pyrénées) a cédé
à la commune de Saint-Lary-Soulan diverses parcelles de bois et de pâturages de son domaine privé ;
que la vente était consentie "moyennant comme prix" diverses prestations en nature à la charge de la
commune de Saint-Lary-Soulan, au profit de la Commune de Bourisp et de ses habitants ; que
notamment la commune de Saint-Lary-Soulan s'est engagée à maintenir aux éleveurs de ladite commune
la jouissance des pâturages pour leurs troupeaux et à ouvrir à certaines familles de la Commune de
Bourisp l'accès à des tarifs réduits aux remontées mécaniques de sa station de sports d'hiver ; qu'elle a
reconnu en outre aux habitants de Bourisp "les droits et intérêts qui sont accordés aux frontaliers", cette
reconnaissance leur maintenant le droit qu'ils tenaient de traités de lie et de passeries du 14ème siècle,
de faire paître leurs troupeaux de part et d'autre de la frontière espagnole ; qu'en août 1987, la Commune
de Bourisp a assigné la commune de Saint-Lary-Soulan en annulation de cette vente sur le fondement
des dispositions des articles 1131, 1174 et 1582 du code civil ;
Cons. qu'un contrat conclu entre deux personnes publiques revêt un caractère administratif, sauf
dans le cas où, eu égard à son objet, il ne fait naître entre les parties que des rapports de droit privé ;
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que si la cession par une commune de biens immobiliers faisant partie de son domaine privé est en
principe un contrat de droit privé, l'existence dans la convention de clauses exorbitantes du droit
commun lui confère le caractère administratif ; que notamment la clause relative à l'accès à demi-tarif
aux remontées mécaniques de la station de ski accordé à certains habitants et à leurs héritiers
limitativement désignés par délibération du conseil municipal a pour objet de conférer, à la commune
venderesse et à ses habitants, des droits, et de mettre à la charge de sa co-contractante des obligations,
étrangers par leur nature à ceux qui sont susceptibles d'être consentis par quiconque dans le cadre des
lois civiles et commerciales ; qu'il suit de là que la demande en annulation de la vente relève de la
compétence des juridictions de l'ordre administratif ; (compétence de la juridiction de l'ordre
administratif pour connaître du litige opposant la Commune de Bourisp à la commune de Saint-Lary-
Soulan).
DOC. 6
CAA Bordeaux, 5 novembre 1992, Cne de Fronton ; TC, 12 décembre 2005, Société
Hôtelière Guyanaise (SHG) ; CAA Marseille, 9 juillet 2007, M et Mme X ; CAA Paris, 14
octobre 2008, Fonds de développement des archipels ; CAA Bordeaux, 20 novembre 2008,
Société aveyronnaise de fabrication industrielle de parquets ; CAA Bordeaux, 22 décembre
2017, M. A.C ; CE, 29 juin 2012, Société Pro 2C ; TC, 14 octobre 2013, M. C.
CAA Bordeaux, 5 novembre 1992, Commune de Fronton : (…) la convention précitée a, en son article
7, prévu que : “En cas de non-exécution par la Société de l’un quelconque de ses engagements
précédemment définis, et notamment à défaut de paiement de la redevance à échéance, la commune aura
la faculté de résilier de plein droit le présent contrat, après avoir mis la société en demeure de régulariser
sa situation par commandement ou sommation de payer ou de respecter les stipulations du bail contenant
déclaration par la commune de son intention d’user du bénéfice de la présente clause. Si, un mois après
ce commandement, la société n’a pas entièrement régularisé sa situation la commune pourra lui signifier
la résiliation de plein droit du bail, et l’expulsion de la société aura lieu sur simple ordonnance de référé
remise par monsieur le Président du tribunal administratif compétent” ; que ni cette stipulation, ni
aucune des autres clauses de ce contrat, et notamment celles relatives au montant et à la révision des
loyers, ne revêt un caractère exorbitant du droit commun (…)
TC, 12 décembre 2005, Société Hôtelière Guyanaise (SHG) : Considérant que le CNES est, selon la loi
du 19 décembre 1961 qui l'institue, un établissement scientifique et technique de caractère industriel et
commercial assurant sa gestion financière et présentant sa comptabilité selon les usages du commerce,
et qu'en conséquence, les contrats qu'il signe sont soumis au droit privé, à l'exception de ceux comportant
des clauses exorbitantes du droit commun ; que contiennent de telles clauses les accords conclus qui
confèrent au CNES un pouvoir de contrôle sur son cocontractant, en lui imposant des modalités
d'exploitation, en se réservant, postérieurement à la vente, l'appréciation de la qualité du projet
architectural ainsi que des normes et du prix des chambres de l'ensemble hôtelier dont la réalisation était
à entreprendre avant la réitération des actes définitifs de vente, en garantissant un taux d'occupation des
locaux, et en prévoyant des conditions de remboursement pouvant aboutir à une revente en faveur du
CNES à un coût déterminé et non au prix du marché ; qu'il suit de là que la demande en réparation relève
de la compétence des juridictions de l'ordre administratif (…)
CAA Marseille, 9 juillet 2007, M et Mme X : Considérant qu'en raison de la présence de clauses
exorbitantes du droit commun et notamment de la possibilité de résiliation de plein droit du bail à
l'initiative de la collectivité publique en cas de non paiement du loyer ou en cas de non réalisation des
travaux et des améliorations prévues, la convention passée entre les époux et la commune de Draguignan
revêt le caractère d'un contrat administratif (…)
CAA Paris, 14 octobre 2008, Fonds de développement des archipels : Considérant que, par un contrat
intitulé « marché public de travaux », notifié le 1er février 2005, le fonds d'entraide aux îles auquel a
succédé le Fonds de développement des archipels a confié à la Société entrepôts et magasins généraux
de Tahiti les prestations d'entreposage et de colisage de maisons préfabriquées, dites « Fare MTR »,
devant être distribuées dans les archipels dans le cadre d'opérations de logement social ; que
contrairement à ce que soutient le Fonds de développement des archipels, la seule circonstance que le
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contrat ait été passé conformément aux dispositions prévues par la délibération susvisée du 1er mars
1984 portant approbation du code des marchés publics de toute nature passés au nom du Territoire de la
Polynésie française et de ses établissements publics ne suffit pas à lui donner le caractère administratif
dès lors que l'article 1er de ladite délibération exclut de son champ d'application les marchés conclus à
l'initiative des établissements publics à caractère industriel et commercial ; qu'il résulte de l'instruction
que le contrat comporte en annexe un « cahier des clauses administratives particulières» qui précise dans
son article 11 qu’il ne fait aucune dérogation aux textes généraux et dont l'article 2.2 renvoie en ce qui
concerne les pièces générales du marché, au cahier des clauses administratives générales applicable aux
marchés publics passés au nom du Territoire de la Polynésie française et de ses établissements publics ;
que l'article 6.2 dudit cahier prévoit, notamment, au profit de la personne publique la faculté de résilier
unilatéralement le contrat en l'absence de tout manquement de son titulaire à ses obligations
contractuelles ; que contrairement à ce que soutient la Société entrepôts et magasins généraux de Tahiti,
ces dispositions constituent une clause exorbitante du droit commun des contrats en tant qu'elles se
rattachent à l'exercice d'une prérogative de puissance publique ; que par suite, le contrat susmentionné,
en tant qu'il se réfère, même indirectement à une telle clause, est un contrat administratif dont le
contentieux ressortit à la compétence des juridictions administratives (…).
CAA Bordeaux, 20 novembre 2008, Société aveyronnaise de fabrication industrielle de parquets :
Considérant que contrairement à ce qu'ont décidé les premiers juges, la clause résolutoire figurant à
l'article 8 de chacun des deux contrats litigieux et qui prévoit la résiliation de plein droit desdits contrats
en cas d'inexécution par le preneur de ses engagements ne constitue pas une clause exorbitante du droit
commun ; que ces contrats ne comportent, par ailleurs, aucune autre clause présentant ce caractère et
qu'ils ont ainsi le caractère de contrats de droit privé nonobstant les stipulations contraires de leur article
17 lesquelles ne sauraient valablement déroger aux règles d'ordre public de répartition des compétences
entre les juridictions des ordres administratif et judiciaire (…).
CAA Bordeaux, 22 décembre 2017, M. A.C. : « le contrat en litige ne comporte aucune clause qui, en
raison des prérogatives reconnues à la personne publique contractante dans l'exécution du contrat,
impliquerait, dans l'intérêt général, qu'il relève du régime exorbitant des contrats administratifs. En
particulier, si l'article 2 de la convention prévoit la possibilité pour la commune de la résilier à tout
moment pour des motifs d'intérêt général, cette clause, eu égard au caractère gratuit et précaire de la
mise à disposition du terrain, n'est pas exorbitante du droit commun. »
CE, 29 juin 2012, Société Pro 2C (req. 357976) : « Considérant qu'il ressort des pièces du dossier soumis
au juge des référés que la " décision portant agrément d'un prestataire de services extérieur entre les
demandeurs de visas et le service des visas ", signée par la responsable du consulat général de France à
Tunis et la société TLS Contact le 2 février 2012, confie à cette dernière, pour une durée de deux ans et
comme le permettent les dispositions précitées de l'article 43 du règlement du Parlement et du Conseil
du 13 juillet 2009, les tâches matérielles liées à la collecte des dossiers des demandeurs de visa pour la
France résidant dans la circonscription du consulat ; que ces tâches ainsi que les obligations du
prestataire et les modalités de sa rémunération auprès des demandeurs de visa, et donc le prix payé par
les usagers, sont fixées dans le cahier des charges annexé à la " décision d'agrément " et également signé
par le consulat et la société TLS Contact ; que, par suite, cet acte doit être regardé comme un contrat de
prestations de services ; que ce contrat, conclu après avis des ministres des affaires étrangères et de
l'intérieur dans les conditions prévues par le règlement du Parlement et du Conseil du 13 juillet 2009,
renvoie aux règles de droit interne relatives à la délivrance des visas, en particulier au décret du 13 août
1981, modifié par le décret du 24 février 1997, fixant le tarif des droits à percevoir dans les chancelleries
diplomatiques et consulaires et, en territoire français, par le ministère des relations extérieures, ainsi
qu'aux règles de droit interne relatives à la protection des données à caractère personnel ; que ce contrat
est, par suite, régi par la loi française ; que, dès lors qu'il comporte des clauses exorbitantes du droit
commun, notamment en ce qui concerne le droit permanent de visite et de contrôle de l'administration
et la possibilité de résiliation unilatérale au bénéfice de l'administration, il constitue un contrat
administratif ; que le juge administratif, compétent pour connaître des litiges nés de la passation et de
l'exécution de contrats administratifs qui sont régis par la loi française, est, par suite, compétent pour en
connaître. »
9
TC, 14 octobre 2013, M. C. : « Considérant que le travail procuré à M. C...dans l'établissement
pénitentiaire où il était détenu a été effectué sous le régime de la "concession de main-d'oeuvre pénale"
aux termes d'une convention conclue entre le directeur régional de l'administration pénitentiaire et le
représentant de la société Gepsa, entreprise concessionnaire, sur le fondement des dispositions du code
de procédure pénale ; que cette activité de travail, qui ne fait pas l'objet d'un contrat de travail et qui
s'inscrit dans l'exécution de la peine privative de liberté, procède de la préparation à la réinsertion du
condamné ; que, eu égard tant à la nature particulière de la relation de travail, qui se rattache à
l'accomplissement de la mission de service public de l'administration pénitentiaire, qu'à ses modalités
de mise en œuvre, soumises au régime pénitentiaire du détenu et aux nécessités du bon fonctionnement
de l'établissement qui influent sur les conditions d'emploi et de rémunération, le détenu ainsi employé
se trouve, à l'égard de la société concessionnaire, même de droit privé, dans une relation de droit public
; que, dès lors, le litige opposant M. C...à l'Etat et à la société Gepsa relève de la juridiction
administrative. »
DOC. 7
TC, 13 octobre 2014, Société Axa France IARD
Vu, enregistrée à son secrétariat le 28 avril 2014, l'expédition du jugement du 12 février 2014 par lequel le tribunal
administratif de Melun, saisi d'une demande de la société Axa France IARD faisant suite au renvoi préjudiciel ordonné le 1er
juin 2010 par la cour d'appel de Paris et tendant à titre principal à ce qu'il juge que le contrat conclu le 5 octobre 2005 entre la
commune de Joinville-le-Pont et l'association Aviron Marne et Joinville était un contrat de droit privé, a renvoyé au Tribunal,
par application de l'article 34 du décret du 26 octobre 1849 modifié, le soin de décider sur la question de compétence ;
Vu l'arrêt du 1er juin 2010 par lequel la cour d'appel de Paris a dit qu'il appartenait à la société Axa France IARD de saisir la
juridiction administrative pour déterminer les responsabilités dans l'incendie qui a détruit le bâtiment objet du contrat conclu
entre la commune de Joinville-le-Pont et l'association Aviron Marne et Joinville et a sursis à statuer sur l'action directe engagée
par la société Axa France IARD, assureur de la commune, contre la Mutuelle Assurance des Instituteurs de France, assureur
de l'association ;
Vu l'arrêt du 16 mai 2012, par lequel la Cour de cassation a rejeté le pourvoi de la société Axa France IARD contre l'arrêt de
la cour d'appel de Paris du 1er juin 2010 visé ci-dessus ;
Vu, enregistrées le 30 juin 2014, les observations présentées pour la Mutuelle Assurance des Instituteurs de France tendant à
ce que le juge administratif soit déclaré compétent au motif que le contrat conclu entre la ville et l'association est un contrat
administratif ;
Vu, enregistrées le 29 juillet 2014, les observations présentées par la SCP D. Célice, F. Blancpain, B. Soltner pour la SA AXA
France IARD, tendant à ce que le juge judiciaire soit déclaré compétent au motif que le contrat en cause n'est pas un contrat
administratif ;
Vu les pièces desquelles il résulte que la saisine du Tribunal des conflits a été notifiée au ministre de l'intérieur, qui n'a pas
produit de mémoire ; Vu les autres pièces du dossier ; Vu la loi des 16-24 août 1790 et le décret du 16 fructidor an III ; Vu la
loi du 24 mai 1872 ; Vu le décret du 26 octobre 1849 modifié ; Vu le code civil ; Vu le code général des collectivités territoriales
; Vu le code général de la propriété des personnes publiques ;
Considérant que la commune de Joinville-le-Pont et l'association Aviron Marne et Joinville ont conclu,
le 5 octobre 2005, un contrat par lequel la commune a donné à bail à l'association, pour une durée de
soixante-dix neuf ans et un loyer d'un euro, un ensemble immobilier destiné à la pratique de l'aviron,
dont elle est propriétaire et sur lequel elle s'est engagée à réaliser différents travaux de réhabilitation ;
que ce contrat emportait résiliation d'un contrat conclu en 1988, dont l'objet était comparable ; qu'un
incendie a détruit, le 25 octobre 2005, le bâtiment objet du contrat ; qu'après avoir versé à la commune
une somme de plus de quatre millions d'euros, la société Axa France IARD, assureur de la commune,
subrogée dans les droits de celle-ci, a engagé une action directe contre la Mutuelle Assurance des
Instituteurs de France (MAIF), assureur de l'association ; que, par une ordonnance du 9 octobre 2008,
le juge de la mise en état du tribunal de grande instance de Créteil a rejeté l'exception d'incompétence
soulevée par la MAIF ; que, par un arrêt du 1er juin 2010, la cour d'appel de Paris, après avoir déclaré
la juridiction judiciaire compétente pour statuer sur l'action directe engagée par la société Axa France
IARD, a dit qu'il appartenait à cette société de saisir la juridiction administrative pour " faire déterminer
les responsabilités dans l'incendie " et a sursis à statuer sur l'action directe ; que le pourvoi formé par la
société Axa France IARD contre cet arrêt a été rejeté par une décision de la Cour de cassation du 16 mai
2012 ; que, saisi par la société Axa France IARD, le tribunal administratif de Melun, estimant,
10
contrairement à la cour d'appel de Paris, que le contrat en cause n'était pas un contrat administratif, a,
par un jugement du 12 février 2014, renvoyé au Tribunal le soin de décider sur la question de
compétence ;
Considérant, en premier lieu, que si l'ensemble immobilier donné à bail par la commune de Joinville-le-
Pont a été spécialement aménagé pour la pratique d'activités sportives, il ne résulte pas de cette seule
circonstance qu'il appartiendrait au domaine public de la commune, une telle appartenance étant en outre
subordonnée à la condition que le bien en cause soit affecté à l'usage direct du public ou à un service
public ;
Considérant, d'une part, que l'ensemble immobilier en cause, dont l'utilisation est réservée aux membres
de l'association Aviron Marne et Joinville, n'est pas affecté à l'usage direct du public ;
Considérant, d'autre part, que si l'association Aviron Marne et Joinville a une activité d'intérêt général,
elle ne peut être regardée, eu égard à ses modalités d'organisation et de fonctionnement, notamment à
l'absence de tout contrôle de la commune et de toute définition par celle-ci d'obligations particulières
auxquelles elle serait soumise, comme chargée d'une mission de service public ; que, par ailleurs, alors
même que la pratique de l'aviron revêt une importance particulière à Joinville-le-Pont et que l'association
bénéficie, notamment dans le cadre du contrat en cause, d'aides importantes de la part de la commune,
celle-ci ne saurait être regardée, en l'absence de tout droit de regard sur l'organisation de l'association,
comme ayant entendu reconnaître le caractère de service public de l'activité de l'association ; qu'ainsi
l'activité exercée par l'association dans l'ensemble immobilier en cause ne constitue ni une activité de
service public qui lui aurait été confiée par la commune ni une activité à laquelle la commune aurait
entendu reconnaître un tel caractère ;
Considérant qu'il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que l'ensemble immobilier donné à bail par le
contrat litigieux ne peut être regardé comme appartenant au domaine public de la commune ;
qu'ainsi, le contrat conclu entre la commune de Joinville-le-Pont et l'association Aviron Marne et
Joinville n'a pas pour objet d'autoriser l'occupation du domaine public communal et ne peut être
qualifié de contrat administratif par détermination de l'article L. 2331-1 du code général de la
propriété des personnes publiques ;
Considérant, en deuxième lieu, que le contrat litigieux ne confère aucun droit réel à l'association sur
le bien mis à sa disposition ; qu'il résulte de ce qui a été dit ci-dessus qu'il n'a pas été conclu en vue
de l'accomplissement, pour le compte de la commune, d'une mission de service public ; que
l'association se bornant à utiliser le bien mis à sa disposition afin que ses adhérents pratiquent
l'aviron et les investissements à réaliser étant exclusivement à la charge de la commune, le contrat
ne peut davantage être regardé comme ayant été conclu en vue de la réalisation d'une opération
d'intérêt général relevant de la compétence de la commune ; qu'ainsi, ce contrat n'a pas le caractère
d'un bail emphytéotique administratif conclu en application des dispositions des articles L. 1311-2 et
suivants du code général des collectivités territoriales et n'est pas, par détermination de ces
dispositions législatives, un contrat administratif ;
Considérant, en troisième lieu, que le contrat litigieux ne comporte aucune clause qui, notamment par
les prérogatives reconnues à la personne publique contractante dans l'exécution du contrat, implique,
dans l'intérêt général, qu'il relève du régime exorbitant des contrats administratifs ;
Considérant qu'il résulte de tout ce qui précède que le contrat conclu le 5 octobre 2005 par la commune
de Joinville-le-Pont et l'association Aviron Marne et Joinville n'est pas un contrat administratif ; que la
juridiction judiciaire est dès lors compétente pour déterminer qui doit répondre de l'incendie survenu le
25 octobre 2005 ;
Décide : Article 1er : La juridiction de l'ordre judiciaire est compétente pour déterminer, dans le litige opposant la société Axa
France IARD à la MAIF, qui doit répondre de l'incendie survenu le 25 octobre 2005.
Article 2 : L'arrêt de la cour d'appel de Paris du 1er juin 2010 est déclaré nul et non avenu en tant qu'il a sursis à statuer sur
l'action directe engagée par la société Axa France IARD contre la MAIF jusqu'à ce que la juridiction administrative ait
déterminé qui devait répondre de l'incendie mentionné ci-dessus .
Article 3 : La procédure suivie devant le tribunal administratif de Melun est déclarée nulle et non avenue, à l'exception du
jugement qu'il a rendu le 12 février 2014. Article 4 : La présente décision sera notifiée à la société Axa France IARD, à la
MAIF et au garde des sceaux, ministre de la justice.
11
DOC. 8
TC, 24 juin 1968, Société « Distilleries Bretonnes »
Vu la loi des 16-24 août 1790 et le décret du 16 fructidor an III ; le-décret du 26 octobre 1849, modifié et complété par celui
du 25 juillet 1960 ; la loi du 24 mai 1872 ; le décret du 30 septembre 1953 ; les lois de finances du 21 juillet 1960 et du 21
décembre 1961 ; le décret du 29 juillet 1961 ;
Cons. que si, en vertu du paragraphe ler de l'article 1er du décret du 29 juillet 1961, le Fonds d'orientation
et de régularisation des marchés agricoles (FORMA) a été créé sous la dénomination d'établissement
public à caractère industriel et commercial, il résulte des termes du paragraphe 2 dudit article que cet
organisme a pour mission « de préparer les décisions gouvernementales relatives aux interventions de
1'Etat sur les marchés agricoles et de les exécuter » ; qu'à cet effet, il passe avec les exportateurs, selon
les modalités fixées et les pouvoirs conférés par les ministres compétents, des « contrats » comportant
pour les intéressés une subvention allouée avec des ressources qu'il reçoit exclusivement de l'État ; qu'il
ne poursuit aucune action propre et se borne à réaliser les buts déterminés par l'État avec les moyens
fournis par ce dernier ; qu'ainsi il exerce, en réalité, une action purement administrative ; que, d'autre
part, les contrats qu'il conclut dans les conditions ci-dessus définies ont pour objet l'exécution même
du service public dont il est investi ; que, dès lors, les litiges soulevés par leur exécution ressortissent
à la compétence de la juridiction administrative ;
Cons. qu'il résulte de ce qui précède que la demande de la Société « Distilleries bretonnes » tendant à
obtenir une augmentation de l'aide du FORMA ressortit contrairement à ce qu'ont décidé le Tribunal
administratif de Paris et le Tribunal de commerce de la Seine, à la compétence de la juridiction
administrative (…)
DOC. 9
TC, 21 mai 2007, SA Codiam
Vu, enregistrée à son secrétariat le 19 septembre 2006, l'expédition du jugement du 7 septembre 2006 par lequel le juge de la
mise en état du tribunal de grande instance de Paris, saisi d'une demande de la S.A. CODIAM, tendant à voir condamner
l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris à lui payer une indemnité à la suite de la rupture du contrat la liant à cet établissement
public, a renvoyé au Tribunal, par application de l'article 34 du décret du 26 octobre 1849 modifié, le soin de décider sur la
question de compétence ; Vu le jugement du 8 avril 2004 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise s'est déclaré
incompétent pour connaître de ce litige ; Vu, enregistrées le 2 février 2007, les observations présentées pour la société
CODIAM, tendant à voir désigner la juridiction judiciaire comme compétente par les motifs que la gestion d'un réseau de
télévision dans un hôpital est une prestation pour les besoins du service, qui n'associe pas le prestataire à l'exécution même du
service public ; Vu, enregistré le 8 février 2007, le mémoire en défense présenté pour l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris,
tendant à voir désigner la juridiction administrative comme compétente par les motifs que le gestionnaire d'un réseau de
télévision participe à l'exécution même du service public hospitalier et qu'en outre il est autorisé à occuper le domaine public
de l'hôpital ;
Vu les autres pièces du dossier ; Vu la loi des 16-24 août 1790 et le décret du 16 fructidor an III ; Vu la loi du 24 mai 1872 ;
Vu le décret du 26 octobre 1849 modifié ;
Considérant que par lettre du 17 décembre 1999, l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris a fixé au 31
décembre 2000 le terme de la convention portant sur la gestion et l'exploitation d'un réseau d'appareils
de télévision mis à la disposition des malades de l'hôpital Avicenne (à Bobigny, en Seine-Saint-Denis),
qui avait été conclue avec la société CODIAM jusqu'au 31 décembre 2002 ; que cette société a demandé
l'indemnisation du préjudice causé par cette rupture anticipée ;
Considérant que le contrat dont s'agit n'a pas pour objet de faire participer la CODIAM à l'exécution du
service public administratif ; que conclu seulement pour les besoins du service public, il ne comporte
pas de clauses exorbitantes du droit commun ; que la circonstance qu'il autorise le prestataire à occuper
un local spécialement aménagé dans l'hôpital n'a pas pour effet de lui conférer la nature d'un contrat
d'occupation du domaine public ;
12
Considérant qu'il résulte de ce qui précède qu'il appartient à la juridiction judiciaire de connaître du litige
né de sa résiliation ;
DECIDE : Article 1er : La juridiction de l'ordre judiciaire est compétente pour connaître du litige opposant la SA CODIAM à
l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris. Article 2 : Le jugement du 7 septembre 2006 du juge de la mise en état du tribunal de
grande instance de Paris est déclaré nul et non avenu. La cause et les parties sont renvoyées devant ce tribunal. Article 3 : La
procédure suivie devant le tribunal administratif de Cergy-Pontoise est déclarée nulle et non avenue à l'exception du jugement
rendu par ce tribunal le 8 avril 2004. Article 4 : La présente décision sera notifiée au garde des sceaux, ministre de la justice,
qui est chargé d'en assurer l'exécution.
DOC. 10
TC, 12 décembre 2005, M. Jacques X c/ Société Vert Marine SAS
Vu, enregistrée à son secrétariat le 20 avril 2005, la lettre par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice a transmis au
tribunal le dossier de la procédure opposant M. Jacques X à la société Vert Marine SAS ; Vu le déclinatoire présenté le 17 août
2004 par le préfet de la Seine-Maritime, tendant à voir déclarer la juridiction de l'ordre judiciaire incompétente par les motifs
que M. X assure la gestion de la cafétéria de l'espace nautique « Cap Vert » en qualité de sous-traitant de la société Vert Marine
SAS, qui est elle-même délégataire de service public de la communauté de communes de Cattenom (Moselle) et titulaire d'un
contrat d'occupation du domaine public ; qu'il se trouve en conséquence placé, comme cette société au nom de laquelle il agit,
dans une situation de droit public ; que la convention qu'il a conclue avec la société Vert Marine SAS comporte des clauses
exorbitantes du droit commun et a donc le caractère d'un contrat administratif ;
Vu le jugement du 21 février 2005 par lequel le tribunal d'instance de Rouen a rejeté le déclinatoire de compétence ; Vu l'arrêté
du 16 mars 2005 par lequel le préfet a élevé le conflit ; Vu, enregistré le 20 avril 2005, le mémoire présenté par la société Vert
Marine SAS ; il tend à la confirmation de l'arrêté de conflit ; la société soutient qu'elle a agi pour le compte de la communauté
de communes de Cattenom ; que la convention qu'elle a conclue avec M. X comporte des clauses exorbitantes du droit commun
; que la cafétéria est située sur le domaine public et qu'en conséquence cette convention est relative à l'occupation du domaine
public ; que l'exploitation de la cafétéria participe de l'exploitation d'un service public ; Vu, enregistré le 19 septembre 2005,
le mémoire présenté par le ministre délégué aux collectivités territoriales ; il tend à la confirmation de l'arrêté de conflit ; le
ministre soutient que le contrat liant la société Vert Marine SAS à M. X comporte occupation du domaine public et a en
conséquence le caractère d'un contrat administratif ;
Vu les autres pièces du dossier ; Vu la loi des 16-24 août 1790 et le décret du 16 fructidor an III ; Vu la loi du 24 mai 1872 ;
Vu l'ordonnance du 1er juin 1828 modifiée ; Vu l'ordonnance des 12-21 mars 1831 modifiée ; Vu le décret du 26 octobre 1849
modifié ; Vu le code du domaine de l'Etat ; Vu la loi du 13 avril 1938 tendant au redressement financier ; Vu le décret du 17
juin 1938 étendant la compétence des conseils de préfecture ;
Considérant que le décret du 17 juin 1938, pris sur le fondement de la loi du 13 avril 1938, attribue par
son article 1er, dont les dispositions ont été reprises à l'article L. 84 du code du domaine de l'État,
compétence au juge administratif pour connaître des « litiges relatifs aux contrats comportant occupation
du domaine public, quelle que soit leur forme ou dénomination, passés par l'État, les départements, les
communes, les établissements publics ou leurs concessionnaires » ;
Considérant que la communauté de communes de Cattenom (Moselle) a chargé, par une délégation de
service public, la société Vert Marine SAS de la gestion d'une base nautique située sur le territoire de la
commune de Breistroff la Grande et implantée sur le domaine public ; que la société Vert Marine SAS
a elle-même confié la gérance de la cafétéria destinée à permettre la restauration des usagers du
complexe sportif à M. X ; qu'ainsi les litiges qui peuvent s'élever entre la société Vert Marine SAS,
concessionnaire de service public, et M. X à l'occasion de l'occupation du domaine public par ce dernier
sont relatifs à l'exécution du contrat et relèvent, en vertu des dispositions précitées du décret du 17 juin
1938, de la compétence de la juridiction administrative ; que, dès lors, le tribunal de grande instance de
Rouen est incompétent pour connaître des conclusions de M. X mettant en cause la responsabilité de la
société Vert Marine SAS à raison du préjudice que l'intéressé estime avoir subi du fait de la fermeture
par cette société des installations de la base ; qu'il y a lieu, par suite, de confirmer l'arrêté de conflit (…).
DOC. 11
TC, 19 mars 2007, France Telecom
Vu, enregistrée à son secrétariat le 5 juillet 2006, la requête présentée par la société anonyme France Telecom tendant à ce que
le Tribunal, en application de l'article 17 du décret du 26 octobre 1849 modifié, déclare la juridiction de l'ordre judiciaire
compétente pour connaître de l'action en paiement de la somme de 70.291,03 euros, qu'elle a introduite à l'encontre de l'État à
13
la suite du refus du tribunal de grande instance d'Ajaccio de s'acquitter des factures relatives à la location et à l'utilisation de
lignes analogiques mise à disposition de cette juridiction, et, en conséquence, déclare nulle et non avenue l'ordonnance du juge
des référés du tribunal de grande instance de Paris du 13 mars 2006 ;
Vu ladite ordonnance par laquelle le juge des référés du tribunal de grande instance de Paris s'est déclaré incompétent pour
connaître de ce litige ; Vu l'ordonnance en date du 13 juin 2005 du président du tribunal administratif de Bastia qui a rejeté la
requête de la société France Telecom, comme étant présentée devant une juridiction incompétente pour en connaître ; Vu,
enregistré le 25 juillet 2006, le mémoire présenté par le garde des Sceaux, ministre de la justice qui s'en remet à la sagesse du
Tribunal ; Vu les autres pièces du dossier ; Vu la loi des 16-24 août 1790 et le décret du 16 fructidor an III ; Vu la loi du 24
mai 1872 ; Vu le décret du 26 octobre 1849 modifié ;
14
SEANCEN°N°7
SÉANCE 5
Thèmes :
– Les contrats de la commande publique
– Les « règles générales applicables aux contrats administratifs »
– Le cas de force majeure
– Le droit du cocontractant au maintien de l’équilibre financier du contrat
– Le contentieux contractuel
Documents :
1. Articles L. 1121-1, L. 1121-2 et L. 1121-3 du Code de la commande publique, créés par
l’ordonnance n° 2018-1074 du 26 novembre 2018
2. CE, 24 mai 2017, Société Régal des Îles
3. CE, 2 février 1983, Union des transports publics urbains régionaux
4. CE, Ass., 2 février 1987, Société TV6
5. Article L. 6 de Code de la commande publique, créé par l’ordonnance n° 2018-1074 du 26
novembre 2018
6. CE, 14 juin 2000, Commune de Staffelfelden
7. Articles L. 555-1 à L. 551-23 du Code de Justice Administrative
8. CE, Ass., 4 avril 2014, Département de Tarn-et-Garonne
9. CE, Ass., 28 décembre 2009, Commune de Béziers
Références :
Compagnie générale française des tramways (1910) ; Compagnie générale d’éclairage de
Bordeaux (1916) ; Compagnie des tramways de Cherbourg (1932) ; Commune de Béziers II
(2011)
Exercices :
Analyse des document n°1 et n°2 : Quelles sont les grandes catégories de contrats de la commande
publique et comment les distinguer ?
Analyse des documents n°3 à n°5 : Quels sont les pouvoirs reconnus à l’administration dans ces deux
arrêts ? Comparez les règles posées par le juge administratif avec l’article L. 6 du Code de la commande
publique.
Analyse du document n°6 : Qu’est-ce qu’un « cas de force majeure » ? En l’espèce, est-ce que la
situation est constitutive d'un cas de force majeure justifiant la résiliation du contrat ?
Analyse des documents n°7 à n°9 : Pour le référé précontractuel (document n°7), le référé contractuel
(document n°7) et le recours de plein juridiction en contestation de la validité du contrat (document n°8
et n°9), identifiez : i) qui peut saisir le juge, ii) quels sont les délais de recours et iii) quels sont les
pouvoirs du juge ?
DOC. 2
CE, 24 mai 2017, Société Régal des Îles
Vu la procédure suivante :
La société Régal des Iles a saisi le juge des référés du tribunal administratif de la Réunion d'une demande tendant, dans le
dernier état de ses écritures, à titre principal, à l'annulation, sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice
administrative, de la procédure de passation de la convention pour la gestion provisoire du service public de restauration
municipale lancée par la commune de Saint-Benoît et à la reprise intégrale de la procédure et, à titre subsidiaire, à l'annulation,
sur le fondement de l'article L. 551-13 du même code, de cette convention et à ce qu'il soit ordonné à la commune soit de
reprendre le service en régie, soit de reprendre intégralement le processus d'attribution de la convention portant sur l'exploitation
du service de restauration municipale dans des conditions conformes aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur.
Par une ordonnance n° 1601218 du 9 janvier 2017, le juge des référés de ce tribunal a rejeté sa demande.
Par un pourvoi sommaire, un mémoire complémentaire et deux autres mémoires, enregistrés les 26 janvier, 10 février, 17
février et 5 mai 2017 au secrétariat du contentieux du Conseil d'Etat, la société Régal des Iles demande au Conseil d'Etat :
1°) d'annuler cette ordonnance en tant qu'elle a rejeté ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 551-13 du code
de justice administrative ;
2°) réglant l'affaire en référé, de faire droit à ces conclusions ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Benoît la somme de 4 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de
justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- l'ordonnance n° 2015-899 du 23 juillet 2015 ;
- l'ordonnance n° 2016-65 du 29 janvier 2016 ;
- le décret n° 2016-86 du 1er février 2016 ;
16
- le décret n° 2016-360 du 25 mars 2016 ;
- le code de justice administrative ;
Après avoir entendu en séance publique :
- le rapport de M. Jean Sirinelli, maître des requêtes en service extraordinaire,
- les conclusions de M. Gilles Pellissier, rapporteur public.
La parole ayant été donnée, avant et après les conclusions, à la SCP Garreau, Bauer-Violas, Feschotte-Desbois, avocat de la
société Régal des Iles et à la SCP Monod, Colin, Stoclet, avocat de la commune de Saint-Benoît ;
1. Considérant qu'il ressort des énonciations de l'ordonnance attaquée que la commune de Saint-Benoît
a signé avec la société Dupont Restauration Réunion une convention provisoire pour la gestion du
service public de restauration municipale le lundi 28 novembre 2016 à 14h30 ; que la société Régal des
Iles a saisi le même jour à 19h07 le juge des référés du tribunal administratif de la Réunion d'une
demande d'annulation de la procédure de passation de ce contrat sur le fondement de l'article L. 551-1
du code de justice administrative ; qu'après avoir été informée de la signature de la convention, la société
Régal des Iles a maintenu ses conclusions initiales et présenté des conclusions subsidiaires tendant à
l'annulation du contrat sur le fondement des articles L. 551-13 et suivants de ce code ; que, par
l'ordonnance attaquée, le juge des référés a rejeté comme irrecevables l'ensemble des conclusions
présentées par la société ; que la société Régal des Iles se pourvoit contre cette ordonnance en tant qu'elle
a rejeté ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L 551-13 du code de justice
administrative ;
Sur la recevabilité du référé contractuel :
(…)
En ce qui concerne la qualification du contrat :
8. Considérant, d'une part, qu'aux termes de l'article 4 de l'ordonnance du 23 juillet 2015 relative aux
marchés publics : " Les marchés sont les contrats conclus à titre onéreux par un ou plusieurs acheteurs
soumis à la présente ordonnance avec un ou plusieurs opérateurs économiques, pour répondre à leurs
besoins en matière de travaux, de fournitures ou de services " ; d'autre part, qu'aux termes de l'article L.
1411-1 du code général des collectivités territoriales : " Une délégation de service public est un contrat
de concession au sens de l'ordonnance n° 2016-65 du 29 janvier 2016 relative aux contrats de
concession, conclu par écrit, par lequel une autorité délégante confie la gestion d'un service public à un
ou plusieurs opérateurs économiques, à qui est transféré un risque lié à l'exploitation du service, en
contrepartie soit du droit d'exploiter le service qui fait l'objet du contrat, soit de ce droit assorti d'un prix.
/ La part de risque transférée au délégataire implique une réelle exposition aux aléas du marché, de sorte
que toute perte potentielle supportée par le délégataire ne doit pas être purement nominale ou
négligeable. Le délégataire assume le risque d'exploitation lorsque, dans des conditions d'exploitation
normales, il n'est pas assuré d'amortir les investissements ou les coûts qu'il a supportés, liés à
l'exploitation du service " ;
9. Considérant qu'il résulte de l'instruction que la convention litigieuse, dénommée " concession
provisoire de service public pour la gestion du service de restauration municipale ", a pour objet de
déléguer par affermage provisoire le service public de restauration scolaire ; qu'aux termes de son article
2, " la gestion du service est assurée par le concessionnaire à ses risques et périls " et celui-ci " perçoit
auprès des usagers un prix " ; que les stipulations de l'article 37 relatives à la rémunération du
concessionnaire prévoient que le concessionnaire reçoit, en plus des recettes perçues sur les usagers, une
subvention forfaitaire d'exploitation annuelle versée par la commune de Saint-Benoît, d'un montant de
3 389 228 euros hors taxe, ainsi qu'un complément de prix unitaire au repas servi, facturé selon le nombre
de repas comptés lors de chaque service, également versé par la commune; que, compte tenu de ces
versements, qui couvrent 86 % de la rémunération du cocontractant, le risque économique du
cocontractant ne porte, ainsi que le stipule la convention, que sur la différence entre les repas commandés
et ceux effectivement servis, sur les variations de la fréquentation des cantines et sur les impayés ; qu'eu
égard à l'existence d'un dispositif de commande des repas, prévu par les stipulations de l'article 12.2 de
la convention, la différence entre les repas commandés et les repas servis ne saurait varier de manière
substantielle ; qu'en outre, compte tenu de l'objet du service, consistant en la fourniture de repas pour
les cantines scolaires, pour les crèches et pour les centres aérés, et de la durée du contrat, limitée à
quatorze mois, le nombre d'usagers n'est pas non plus susceptible de variations substantielles durant
17
l'exécution de la convention ; qu'enfin, la commune de Saint-Benoît ne fournit aucun élément permettant
d'évaluer le risque découlant des impayés ; que, dans ces conditions, la part de risque transférée au
délégataire n'implique pas une réelle exposition aux aléas du marché et le cocontractant ne peut, par
suite, être regardé comme supportant un risque lié à l'exploitation du service ; qu'il en résulte que la
convention litigieuse ne revêt pas le caractère d'un contrat de concession, et donc d'une délégation de
service public, mais celui d'un marché public ;
En ce qui concerne la régularité de la procédure :
(…)
DOC. 3
CE, 2 février 1983, Union des transports publics urbains et régionaux
Requête de l'Union des transports publics urbains et régionaux tendant à l'annulation du décret du 29 octobre 1980, relatif aux
modalités d'exploitation des services de transports publics d'intérêt local ;
Vu la Constitution du 4 octobre 1958 ; la loi du 19 juin 1979 ; le décret du 14 novembre 1949 modifié ; l'ordonnance du 31
juillet 1945 et le décret du 30 septembre 1953 ; la loi du 30 décembre 1977 ;
Considérant que les conclusions de la requête de l'union des transports publics urbains et régionaux
doivent être regardées comme tendant seulement à l'annulation d'une part, des articles 5 à 14, et d'autre
part, de l'article 31 du décret du 29 octobre 1980 ;
Sur la légalité des articles 5 à 14 : Cons., en premier lieu, qu'aux termes de l'article 4 de la loi du 19 juin
1979 relative aux transports publics d'intérêt local : " les services de transports publics d'intérêt local ne
peuvent être exploités que dans les conditions suivantes : ... dans le cadre d'un contrat conclu entre
l'autorité organisatrice et l'exploitant, comportant une convention et un cahier des charges. Un décret en
Conseil d'Etat définit les différentes catégories de contrats et détermine les clauses administratives et
financières qu'ils doivent obligatoirement comporter ... " ; qu'il ressort des termes mêmes de cette
disposition que le législateur a donné compétence au gouvernement, agissant par décret en Conseil
d'Etat, d'une part, pour énumérer limitativement les différents types de contrats qui peuvent être
passés entre les autorités organisatrices de transports publics d'intérêt local et les exploitants de
services de transports publics, d'autre part, pour rendre obligatoire l'insertion dans ces contrats des
stipulations minimales qu'il jugerait nécessaires à la sauvegarde des objectifs poursuivis par le
législateur, compte tenu du type de contrat choisi par les parties ;
Cons. qu'il suit de là que, par les articles 5 à 14 du décret du 29 octobre 1980, le gouvernement a pu
légalement édicter que la gestion des services de transports publics d'intérêt local exploités dans le cadre
d'un contrat ne pourrait être assuré que selon l'une des quatre modalités qu'il a énumérées et définies ;
qu'il a pu, aussi, par les mêmes dispositions, rendre obligatoire l'insertion dans ces contrats de clauses
régissant la durée, le renouvellement et la révision de ces contrats selon la part que prend l'exploitant au
financement des investissements, les obligations financières incombant à l'exploitant lorsqu'il participe
à des investissements et celles qui s'appliquent aux autorités organisatrices quand l'exécution du service,
assuré dans le cadre d'un contrat de gestion à prix forfaitaire ou d'un contrat de gérance, nécessite
l'exécution d'une infrastructure de transport collectif ; qu'il a pu, enfin, obliger les parties à insérer dans
les contrats une clause subordonnant l'exécution de nouveaux engagements financiers non conformes
aux obligations résultant du contrat, pris par l'autorité organisatrice, à la conclusion d'une nouvelle
convention ;
Cons. que ces diverses exigences n'apportent pas à la libre administration des collectivités locales et à
la liberté contractuelle des limitations excédant les limites de l'habilitation conférée au gouvernement
par l'article 4 de ladite loi ; que dès lors le moyen tiré par l'union requérante de ce que les articles 5 à 14
du décret du 29 octobre 1980 seraient contraires aux articles 34 et 72 de la Constitution du 4 octobre
1958, qui tend nécessairement à faire apprécier par le juge administratif la conformité à la Constitution
de l'article 4 de la loi du 19 juin 1979, n'est pas au nombre de ceux qui peuvent être utilement invoqués
devant le juge administratif ;
18
Cons., en second lieu, que les articles 9 et 10 du décret attaqué ont pour objet d'obliger les parties
contractantes, d'une part, à prévoir, dans les contrats de gestion aux risques et périls et les contrats de
gestion avec garantie de recettes, le principe et les modalités de la contribution financière due à
l'exploitant par l'autorité organisatrice en compensation des réductions tarifaires que cette dernière aurait
consenties à certaines catégories d'usagers, d'autre part, à insérer dans les contrats de gestion, avec
garantie de recettes une clause relative au montant de la contribution de l'autorité organisatrice dans le
cas où le montant des produits d'exploitation est inférieur à celui de la recette minimale garantie ; que
ces dispositions ne sauraient avoir pour effet de limiter à l'avance le droit éventuel à indemnité de
l'exploitant au cas où l'autorité organisatrice lui imposerait, en cours de contrat, des sujétions
imprévisibles lors de la signature de ce contrat ; que, par suite, le moyen tiré de la violation du principe
selon lequel le cocontractant a droit au maintien de l'équilibre financier du contrat manque en fait ;
Cons. enfin qu'en disposant, dans l'article 14, alinéa 1, que l'autorité organisatrice peut, en cours de
contrat, apporter unilatéralement des modifications à la consistance des services et à leurs modalités
d'exploitation, que l'usage de cette prérogative peut entraîner une révision des clauses financières du
contrat, et enfin que les modifications ainsi apportées ne doivent pas être incompatibles avec le mode
de gestion choisi, les auteurs du décret attaqué se sont bornés à faire application des règles générales
applicables aux contrats administratifs ;
Sur la légalité de l'article 31 : Cons. qu'il résulte d'une part des dispositions combinées de l'article 1er,
de l'article 2, alinéa 1, et de l'article 4 dernier alinéa de la loi du 19 juin 1979 que les communes et les
départements, groupés ou non, ainsi que leurs groupements, peuvent avoir la qualité d'" autorités
organisatrices " de services de transport public d'intérêt local, et que le territoire d'une commune peut
être desservi par des services relevant de plusieurs " autorités organisatrices " différentes ; que, d'autre
part l'article 1er renvoie à un décret le soin de fixer les conditions dans les- quelles pourront être créés
des " périmètres des transports urbains " à l'intérieur desquels tous les services réguliers de transport
public de voyageurs ont la qualité de " services de transport public d'intérêt local " et ne peuvent en
conséquence être exploités, en vertu de l'article 4 de la loi, que par une régie instituée par une autorité
organisatrice ou en vertu d'un contrat passé entre elle et l'exploitant ; qu'il résulte de l'ensemble de ces
dispositions que si la création d'un " périmètre des transports urbains " implique nécessairement la
désignation d'une " autorité organisatrice " compétente pour le territoire couvert par le secteur, cette
création n'interdit pas aux collectivités publiques incluses dans le périmètre ni à leur groupement de
jouer le rôle d'autorités organisatrices pour les services qui les concernent plus particulièrement ; qu'il
appartenait au décret en Conseil d'Etat, chargé par l'article 13 de la loi de fixer, en tant que de besoin,
les modalités d'application de celle-ci, de prévoir les dispositions nécessaires pour harmoniser l'action
de l'autorité organisatrice coordinatrice du périmètre et celle des autorités organisatrices particulières
comprises à l'intérieur de celui-ci ; qu'en disposant qu'à l'intérieur d'un périmètre des transports urbains,
une commune ou un groupement de communes autres que l'autorité organisatrice du secteur peuvent
exploiter des services, sous réserve de conclure avec celle-ci une convention, l'article 31 du décret
attaqué, loin de violer les dispositions de la loi du 19 juin 1979, en permet au contraire l'application ;
[rejet].
DOC. 4
CE, Ass. , 2 février 1987, Société TV6
Vu 1°], sous le numéro 81 131, la requête enregistrée le 12 août 1986 au secrétariat du Contentieux du Conseil d'Etat, présentée
pour la Société T.V.6 tendant à l'annulation du décret n° 86-901 du 30 juillet 1986 portant résiliation du traité de concession
conclu avec ladite société pour l'exploitation de la 6ème chaîne de télévision ; (…)
Sur la légalité du décret attaqué : Sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens des requêtes :
Considérant qu'il résulte de l'exposé des motifs du décret attaqué que, pour résilier le traité de concession
de la 6ème chaîne de télévision, le gouvernement s'est fondé sur les modifications du régime juridique
des services de télévision par voie hertzienne prévues par un projet de loi et sur les changements qui
résulteraient de la mise en oeuvre des principes posés par ce projet quant à la consistance et au
fonctionnement des services de télévision, notamment du fait de la privatisation envisagée de l'une des
19
chaînes de télévision du secteur public et des nouvelles règles concernant la diffusion des oeuvres
cinématographiques et leur interruptions par des messages publicitaires ;
Considérant que, s'il appartient à l'autorité concédante, en vertu des règles générales applicables aux
contrats administratifs et sous réserve des droits d'indemnisation du concessionnaire, de mettre fin
avant son terme, à un contrat de concession, elle ne peut ainsi rompre unilatéralement ses
engagements que pour des motifs d'intérêt général justifiant, à la date à laquelle elle prend sa
décision, que l'exploitation du service concédé doit être abandonnée ou établie sur des bases nouvelles
; qu'au cas d'espèce, le gouvernement s'est fondé sur l'existence d'un projet de réforme de la
communication audiovisuelle dont l'aboutissement, le contenu et les conséquences ne pouvaient être
tenus pour certains avant la promulgation de la loi ; que, par suite, un tel motif ne pouvait légalement
justifier une décision de résiliation, alors même qu'aux termes de l'article 1er du décret attaqué, celle-ci
ne doit prendre effet qu'à l'expiration d'un délai suivant la mise en place de l'une des institutions dont la
création est prévue dans le projet de loi ; qu'il suit de là que les Sociétés requérantes sont fondées à
demander l'annulation du décret attaqué ; (Annulation).
DOC. 5
Article L. 6 de Code de la commande publique
Créé par l’ordonnance n° 2018-1074 du 26 novembre 2018
S'ils sont conclus par des personnes morales de droit public, les contrats relevant du présent code sont
des contrats administratifs, sous réserve de ceux mentionnés au livre V de la deuxième partie et au livre
II de la troisième partie. Les contrats mentionnés dans ces livres, conclus par des personnes morales de
droit public, peuvent être des contrats administratifs en raison de leur objet ou de leurs clauses.
A ce titre :
1° L'autorité contractante exerce un pouvoir de contrôle sur l'exécution du contrat, selon les modalités
fixées par le présent code, des dispositions particulières ou le contrat ;
2° Les contrats qui ont pour objet l'exécution d'un service public respectent le principe de continuité du
service public ;
3° Lorsque survient un évènement extérieur aux parties, imprévisible et bouleversant temporairement
l'équilibre du contrat, le cocontractant, qui en poursuit l'exécution, a droit à une indemnité ;
4° L'autorité contractante peut modifier unilatéralement le contrat dans les conditions prévues par le
présent code, sans en bouleverser l'équilibre. Le cocontractant a droit à une indemnisation, sous réserve
des stipulations du contrat ;
5° L'autorité contractante peut résilier unilatéralement le contrat dans les conditions prévues par le
présent code. Lorsque la résiliation intervient pour un motif d'intérêt général, le cocontractant a droit à
une indemnisation, sous réserve des stipulations du contrat.
DOC. 6
CE, 14 juin 2000, Commune de Staffelfelden
Vu la requête sommaire et le mémoire complémentaire enregistrés au secrétariat du contentieux du Conseil d'Etat les 6 janvier
et 2 mai 1997 présentés pour la commune de Staffelfelden (68850) ; la commune demande au Conseil d'État : 1°) d'annuler
l'arrêt du 31 octobre 1996 par lequel la cour administrative d'appel de Nancy a rejeté sa demande tendant, d'une part, à
l'annulation du jugement du 9 février 1995 par lequel le tribunal administratif de Strasbourg a résilié la convention signée le 8
août 1980 entre la commune requérante et la société anonyme Lyonnaise des eaux et la société Sogest pour l'alimentation en
eau potable de la commune et a condamnée ladite commune à payer à la société Sogest une somme de 1 105 372 F avec intérêts
au taux légal à compter du 5 juillet 1988, d'autre part, à ce qu'il soit sursis à l'exécution dudit jugement ; 2°) de faire droit à sa
requête en appel et aux conclusions à fin de sursis à exécution du jugement du tribunal administratif de Strasbourg ;
Vu la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ; Vu le code des tribunaux administratifs et des cours administratives d'appel ; Vu
l'ordonnance n° 45-1708 du 31 juillet 1945, le décret n° 53-934 du 30 septembre 1953 et la loi n° 87-1127 du 31 décembre
1987 ; (…)
Sur la résiliation du contrat : Considérant que, au cas où des circonstances imprévisibles ont eu pour
effet de bouleverser le contrat et que les conditions économiques nouvelles ont en outre créé une
20
situation définitive qui ne permet plus au concessionnaire d'équilibrer ses dépenses avec les
ressources dont il dispose, la situation nouvelle ainsi créée constitue un cas de force majeure et
autorise à ce titre le concessionnaire, comme d'ailleurs le concédant, à défaut d'un accord amiable
sur une orientation nouvelle à donner à l'exploitation, à demander au juge la résiliation de la
concession, avec indemnité s'il y a lieu, et en tenant compte tant des stipulations du contrat que de
toutes les circonstances de l'affaire ;
Considérant qu'il résulte de l'instruction que la pollution qui a frappé le site de captage d’eau des sources
d'Illzach avait un caractère irrésistible et a constitué, en raison de son ampleur qui en interdit
l'exploitation pendant une période qui pourrait atteindre deux siècles, un événement imprévisible au
moment où a été conclu le contrat d'approvisionnement en eau de la commune ; que, contrairement à ce
que soutient la commune de Staffelfelden, l'économie du contrat, qui liait la société Sogest et la société
Lyonnaise des eaux à ladite commune, a, à la suite de cet événement, été bouleversée non seulement
pendant la période courant du 4 février 1988 au 13 juillet 1989, au cours de laquelle la société Sogest a
dû acquérir de l'eau distribuée par la ville de Mulhouse à un prix trois fois supérieur à celui payé par la
commune en application des stipulations contractuelles mais également postérieurement à cette date du
13 juillet 1989 à partir de laquelle a été mis en service le captage de la forêt de la Hardt, le prix payé par
la société Lyonnaise des eaux, qui s'était substituée à la société Sogest en application des stipulations de
l'article 8 du contrat, étant en moyenne supérieur d'environ deux fois à celui payé par la commune de
Staffelfelden en application des stipulations contractuelles ; que dans ces conditions, et compte tenu du
refus de la commune de réviser la tarification de l'eau qui est distribuée sur son territoire, la poursuite
par la société Sogest de l'exécution du contrat se heurtait à un obstacle insurmontable ; que, dès lors,
c'est à bon droit que le tribunal administratif de Strasbourg a prononcé à la demande de la société la
résiliation dudit contrat ;
Sur l'indemnité : Considérant en premier lieu, qu'il ne résulte pas de l'instruction que l'indemnité
transactionnelle forfaitaire de 25 millions de francs qui a été versée par les entreprises responsables de
la pollution du site de captage d'Illzach n'aurait pas indemnisé la totalité du préjudice subi par la société
Sogest jusqu'à la mise en service, le 13 juillet 1989, du site du captage de la Hardt ; que, par suite, la
commune de Staffelfelden est fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal
administratif de Strasbourg a accordé le versement d'une somme de 217 675 F au titre des pertes subies
par la société Sogest jusqu'au 13 août 1989 ;
Considérant, en deuxième lieu, qu'il résulte de l'instruction, notamment d'un récapitulatif établi par les
sociétés requérantes, qui n'est pas contesté par la commune de Staffelfelden, que le déficit d'exploitation
invoqué par la Sogest pour la période comprise entre le 13 juillet 1989 et la date de la résiliation
prononcée par le tribunal administratif s'est élevé à un montant total de 887 697,67 F ; qu'il sera fait une
juste appréciation de la part de la charge extra-contractuelle qui doit incomber à la société
concessionnaire en la fixant à 5 % du déficit ainsi calculé ; qu'il y a lieu, dès lors, de condamner la
commune de Staffelfelden à verser à la société Sogest une indemnité de 843 312,78 F ;
Sur les intérêts : (…) Sur les intérêts des intérêts : (…)
DECIDE : Article 1er : L'arrêt de la cour administrative d'appel de Nancy en date du 31 octobre 1996 est annulé. Article 2 :
L'indemnité de 1 105 372 F que la commune de Staffelfelden a été condamnée à verser à la société Sogest par le jugement du
tribunal administratif de Strasbourg du 9 février 1995 est ramenée à 843 312,78 F. Les indemnités dues au titre de chacune des
années en cause porteront intérêts au taux légal à compter du 31 décembre de l'année à laquelle elles se rapportent. Les intérêts
échus les 29 octobre 1993 et 7 mars 1996 seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
21
DOC. 7
Articles L. 555-1 à L. 551-23 du Code de Justice Administrative
Le référé précontractuel
Sous-section 1 : Contrats passés par les pouvoirs adjudicateurs
Article L551-1
Modifié par LOI n°2015-992 du 17 août 2015 - art. 118
Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il délègue, peut être saisi en cas de manquement aux
obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation par les pouvoirs
adjudicateurs de contrats administratifs ayant pour objet l'exécution de travaux, la livraison de fournitures ou la
prestation de services, avec une contrepartie économique constituée par un prix ou un droit d'exploitation, la
délégation d'un service public ou la sélection d'un actionnaire opérateur économique d'une société d'économie
mixte à opération unique.
Il peut également être saisi en cas de manquement aux mêmes obligations auxquelles sont soumises, en application
de l'article L. 521-20 du code de l'énergie, la sélection de l'actionnaire opérateur d'une société d'économie mixte
hydroélectrique et la désignation de l'attributaire de la concession.
Le juge est saisi avant la conclusion du contrat.
Article L551-2
Modifié par Ordonnance n°2016-65 du 29 janvier 2016 - art. 71
I.- Le juge peut ordonner à l'auteur du manquement de se conformer à ses obligations et suspendre l'exécution de
toute décision qui se rapporte à la passation du contrat, sauf s'il estime, en considération de l'ensemble des intérêts
susceptibles d'être lésés et notamment de l'intérêt public, que les conséquences négatives de ces mesures pourraient
l'emporter sur leurs avantages.
Il peut, en outre, annuler les décisions qui se rapportent à la passation du contrat et supprimer les clauses ou
prescriptions destinées à figurer dans le contrat et qui méconnaissent lesdites obligations.
II.- Toutefois, le I n'est pas applicable aux contrats passés dans les domaines de la défense ou de la sécurité au sens
de l'article 6 de l'ordonnance n° 2015-899 du 23 juillet 2015 relative aux marchés publics.
Pour ces contrats, il est fait application des articles L. 551-6 et L. 551-7.
Article L551-3
Créé par Ordonnance n°2009-515 du 7 mai 2009 - art. 1
Le président du tribunal administratif ou son délégué statue en premier et dernier ressort en la forme des référés.
Article L551-4
Créé par Ordonnance n°2009-515 du 7 mai 2009 - art. 1
Le contrat ne peut être signé à compter de la saisine du tribunal administratif et jusqu'à la notification au pouvoir
adjudicateur de la décision juridictionnelle.
Sous-section 2 : Contrats passés par les entités adjudicatrices
Article L551-5
Modifié par LOI n°2014-744 du 1er juillet 2014 - art. 2
Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il délègue, peut être saisi en cas de manquement aux
obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation par les entités adjudicatrices
de contrats administratifs ayant pour objet l'exécution de travaux, la livraison de fournitures ou la prestation de
services, avec une contrepartie économique constituée par un prix ou un droit d'exploitation, la délégation d'un
service public ou la sélection d'un actionnaire opérateur économique d'une société d'économie mixte à opération
unique.
Le juge est saisi avant la conclusion du contrat.
Article L551-6
Modifié par LOI n°2014-744 du 1er juillet 2014 - art. 2
Le juge peut ordonner à l'auteur du manquement de se conformer à ses obligations en lui fixant un délai à cette
fin. Il peut lui enjoindre de suspendre l'exécution de toute décision se rapportant à la passation du contrat ou à la
22
constitution de la société d'économie mixte à opération unique. Il peut, en outre, prononcer une astreinte provisoire
courant à l'expiration des délais impartis.
Le montant de l'astreinte provisoire est liquidé en tenant compte du comportement de celui à qui l'injonction a été
adressée et des difficultés qu'il a rencontrées pour l'exécuter.
Si, à la liquidation de l'astreinte provisoire, le manquement constaté n'a pas été corrigé, le juge peut prononcer une
astreinte définitive. Dans ce cas, il statue en la forme des référés, appel pouvant être fait comme en matière de
référé.
L'astreinte, qu'elle soit provisoire ou définitive, est indépendante des dommages et intérêts. L'astreinte provisoire
ou définitive est supprimée en tout ou partie s'il est établi que l'inexécution ou le retard dans l'exécution de
l'injonction du juge provient, en tout ou partie, d'une cause étrangère.
Article L551-7
Créé par Ordonnance n°2009-515 du 7 mai 2009 - art. 1
Le juge peut toutefois, en considération de l'ensemble des intérêts susceptibles d'être lésés et notamment de l'intérêt
public, écarter les mesures énoncées au premier alinéa de l'article L. 551-6 lorsque leurs conséquences négatives
pourraient l'emporter sur leurs avantages.
Article L551-8
Créé par Ordonnance n°2009-515 du 7 mai 2009 - art. 1
Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il délègue, statue en premier et dernier ressort en la forme
des référés.
Article L551-9
Créé par Ordonnance n°2009-515 du 7 mai 2009 - art. 1
Le contrat ne peut être signé à compter de la saisine du tribunal administratif et jusqu'à la notification à l'entité
adjudicatrice de la décision juridictionnelle.
Sous-section 3 : Dispositions communes
Article L551-10
Modifié par LOI n°2014-744 du 1er juillet 2014 - art. 2
Les personnes habilitées à engager les recours prévus aux articles L. 551-1 et L. 551-5 sont celles qui ont un intérêt
à conclure le contrat ou à entrer au capital de la société d'économie mixte à opération unique et qui sont susceptibles
d'être lésées par le manquement invoqué, ainsi que le représentant de l'Etat dans le cas où le contrat doit être conclu
par une collectivité territoriale, un groupement de collectivités territoriales ou un établissement public local.
Sauf si la demande porte sur des marchés ou contrats passés par l'Etat, elle peut également être présentée par celui-
ci, lorsque la Commission européenne lui a notifié les raisons pour lesquelles elle estime qu'une violation grave
des obligations de publicité et de mise en concurrence applicables a été commise.
Article L551-11
Créé par Ordonnance n°2009-515 du 7 mai 2009 - art. 1
Le juge ne peut statuer avant un délai fixé par voie réglementaire.
Article L551-12
Créé par Ordonnance n°2009-515 du 7 mai 2009 - art. 1
Les mesures prévues aux articles L. 551-2 et L. 551-6 peuvent être prononcées d'office par le juge. Dans ce cas, il
en informe préalablement les parties et les invite à présenter leurs observations dans des conditions prévues par
voie réglementaire.
Le référé contractuel
Sous-section 1 : Nature et présentation du recours
Article L551-13
Créé par Ordonnance n°2009-515 du 7 mai 2009 - art. 1
Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il délègue, peut être saisi, une fois conclu l'un des contrats
mentionnés aux articles L. 551-1 et L. 551-5, d'un recours régi par la présente section.
Article L551-14
Créé par Ordonnance n°2009-515 du 7 mai 2009 - art. 1
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Les personnes habilitées à agir sont celles qui ont un intérêt à conclure le contrat et qui sont susceptibles d'être
lésées par des manquements aux obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles sont soumis ces
contrats, ainsi que le représentant de l'Etat dans le cas des contrats passés par une collectivité territoriale ou un
établissement public local.
Toutefois, le recours régi par la présente section n'est pas ouvert au demandeur ayant fait usage du recours prévu
à l'article L. 551-1 ou à l'article L. 551-5 dès lors que le pouvoir adjudicateur ou l'entité adjudicatrice a respecté la
suspension prévue à l'article L. 551-4 ou à l'article L. 551-9 et s'est conformé à la décision juridictionnelle rendue
sur ce recours.
Article L551-15
Créé par Ordonnance n°2009-515 du 7 mai 2009 - art. 1
Le recours régi par la présente section ne peut être exercé ni à l'égard des contrats dont la passation n'est pas
soumise à une obligation de publicité préalable lorsque le pouvoir adjudicateur ou l'entité adjudicatrice a, avant la
conclusion du contrat, rendu publique son intention de le conclure et observé un délai de onze jours après cette
publication, ni à l'égard des contrats soumis à publicité préalable auxquels ne s'applique pas l'obligation de
communiquer la décision d'attribution aux candidats non retenus lorsque le pouvoir adjudicateur ou l'entité
adjudicatrice a accompli la même formalité.
La même exclusion s'applique aux contrats fondés sur un accord-cadre ou un système d'acquisition dynamique
lorsque le pouvoir adjudicateur ou l'entité adjudicatrice a envoyé aux titulaires la décision d'attribution du contrat
et observé un délai de seize jours entre cet envoi et la conclusion du contrat, délai réduit à onze jours si la décision
a été communiquée à tous les titulaires par voie électronique.
Article L551-16
Créé par Ordonnance n°2009-515 du 7 mai 2009 - art. 1
A l'exception des demandes reconventionnelles en dommages et intérêts fondées exclusivement sur la demande
initiale, aucune demande tendant à l'octroi de dommages et intérêts ne peut être présentée à l'occasion du recours
régi par la présente section.
Sous-section 2 : Pouvoirs du juge
Article L551-17
Créé par Ordonnance n°2009-515 du 7 mai 2009 - art. 1
Le président du tribunal administratif ou son délégué peut suspendre l'exécution du contrat, pour la durée de
l'instance, sauf s'il estime, en considération de l'ensemble des intérêts susceptibles d'être lésés et notamment de
l'intérêt public, que les conséquences négatives de cette mesure pourraient l'emporter sur ses avantages.
Article L551-18
Créé par Ordonnance n°2009-515 du 7 mai 2009 - art. 1
Le juge prononce la nullité du contrat lorsqu'aucune des mesures de publicité requises pour sa passation n'a été
prise, ou lorsque a été omise une publication au Journal officiel de l'Union européenne dans le cas où une telle
publication est prescrite.
La même annulation est prononcée lorsque ont été méconnues les modalités de remise en concurrence prévues
pour la passation des contrats fondés sur un accord-cadre ou un système d'acquisition dynamique.
Le juge prononce également la nullité du contrat lorsque celui-ci a été signé avant l'expiration du délai exigé après
l'envoi de la décision d'attribution aux opérateurs économiques ayant présenté une candidature ou une offre ou
pendant la suspension prévue à l'article L. 551-4 ou à l'article L. 551-9 si, en outre, deux conditions sont remplies
: la méconnaissance de ces obligations a privé le demandeur de son droit d'exercer le recours prévu par les articles
L. 551-1 et L. 551-5, et les obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles sa passation est soumise
ont été méconnues d'une manière affectant les chances de l'auteur du recours d'obtenir le contrat.
Article L551-19
Modifié par LOI n°2011-702 du 22 juin 2011 - art. 6
Toutefois, dans les cas prévus à l'article L. 551-18, le juge peut sanctionner le manquement soit par la résiliation
du contrat, soit par la réduction de sa durée, soit par une pénalité financière imposée au pouvoir adjudicateur ou à
l'entité adjudicatrice, si le prononcé de la nullité du contrat se heurte à une raison impérieuse d'intérêt général.
Cette raison ne peut être constituée par la prise en compte d'un intérêt économique que si la nullité du contrat
entraîne des conséquences disproportionnées et que l'intérêt économique atteint n'est pas directement lié au contrat,
ou si le contrat porte sur une délégation de service public ou encore si la nullité du contrat menace sérieusement
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l'existence même d'un programme de défense ou de sécurité plus large qui est essentiel pour les intérêts de sécurité
de l'Etat.
Article L551-20
Créé par Ordonnance n°2009-515 du 7 mai 2009 - art. 1
Dans le cas où le contrat a été signé avant l'expiration du délai exigé après l'envoi de la décision d'attribution aux
opérateurs économiques ayant présenté une candidature ou une offre ou pendant la suspension prévue à l'article L.
551-4 ou à l'article L. 551-9, le juge peut prononcer la nullité du contrat, le résilier, en réduire la durée ou imposer
une pénalité financière.
Article L551-21
Créé par Ordonnance n°2009-515 du 7 mai 2009 - art. 1
Les mesures mentionnées aux articles L. 551-17 à L. 551-20 peuvent être prononcées d'office par le juge. Il en
informe préalablement les parties et les invite à présenter leurs observations dans des conditions fixées par voie
réglementaire.
Le juge procède de même lorsqu'il envisage d'imposer une pénalité financière.
Article L551-22
Modifié par Ordonnance n°2009-864 du 15 juillet 2009 - art. 24
Le montant des pénalités financières prévues aux articles L. 551-19 et L. 551-20 tient compte de manière
proportionnée de leur objet dissuasif, sans pouvoir excéder 20 % du montant hors taxes du contrat.
Le montant de ces pénalités est versé au Trésor public.
Article L551-23
Modifié par Ordonnance n°2009-864 du 15 juillet 2009 - art. 24
Le président du tribunal administratif ou son délégué statue en premier et dernier ressort en la forme des référés.
NB : La notion de « pouvoir adjudicateur » et d’« entité adjudicatrice » désigne tous les acheteurs publics ou
privés, soumis aux règles de l’ordonnance n° 2015-899 du 23 juillet 2015 relative aux marchés publics. Les
pouvoirs adjudicateurs et entités adjudicatrices sont soumis aux règles de l’ordonnance n° 2016-65 du 29 janvier
2016 pour la passation des contrats de concession. Les pouvoirs adjudicateurs et entités adjudicatrices sont
désormais soumis aux règles des deux ordonnances pour la passation de leurs marchés et contrats de concession.
Les pouvoirs adjudicateurs, dans les ordonnances du 23 juillet 2015 et du 29 janvier 2016, recouvrent trois
catégories de personnes : les personnes morales de droit public, les personnes morales de droit privé poursuivant
une mission d’intérêt général et financées principalement sur fonds publics et les personnes morales de droit privé
dotées de la personnalité juridique constituées par des pouvoirs adjudicateurs dans le but de réaliser certaines
activités en commun.
Les entités adjudicatrices sont des pouvoirs adjudicateurs exerçant une des activités d’opérateur de réseaux, des
entreprises publiques qui exercent une de ces mêmes activités lorsqu’elles ne sont pas des pouvoirs adjudicateurs
et des organismes de droit privé qui ne sont ni des pouvoirs adjudicateurs ni des entreprises publiques lorsqu’ils
bénéficient de droits spéciaux ou exclusifs ayant pour effet de leur réserver l’exercice d’une des activités
d’opérateur de réseaux et d’affecter substantiellement la capacité des autres opérateurs économiques à exercer
cette activité.
Par ailleurs, il convient de signaler qu’il appartient au pouvoir adjudicateur ou à l’entité adjudicatrice de désigner,
dans leur marché, les personnes physiques habilitées pour les représenter et agir utilement dans le cadre de
l’exécution du contrat auprès de leur titulaire. A cet effet, une délégation de compétence et/ou de signature doit
être prévue par l’acheteur.
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DOC. 8
CE, Ass., 4 avril 2014, Département de Tarn-et-Garonne, n° 358994
Vu le pourvoi sommaire et le mémoire complémentaire, enregistrés les 30 avril et 11 juillet 2012 au secrétariat du contentieux du Conseil
d'État, présentés pour le département de Tarn-et-Garonne, représenté par le président du conseil général ; le département de Tarn-et-Garonne
demande au Conseil d'État : 1°) d'annuler l'arrêt n° 10BX02641 du 28 février 2012 par lequel la cour administrative d'appel de Bordeaux a
rejeté sa requête tendant à l'annulation du jugement n° 0700239 du 20 juillet 2010 par lequel le tribunal administratif de Toulouse a, à la
demande de M. François Bonhomme, annulé la délibération en date du 20 novembre 2006 de la commission permanente du conseil général de
Tarn-et-Garonne autorisant le président du conseil général à signer avec la société Sotral un marché à bons de commande ayant pour objet la
location en longue durée de véhicules de fonction pour les services du conseil général et enjoint au département d’obtenir la résolution du
contrat ; 2°) réglant l'affaire au fond, de faire droit à sa requête d'appel ; 3°) de mettre à la charge de M. Bonhomme le versement d'une somme
de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les frais de contribution à l’aide juridique ;
Vu les autres pièces du dossier ; Vu le règlement (CE) n° 1564/2005 de la Commission du 7 septembre 2005 ; Vu le code des marchés publics
; Vu le code de justice administrative ;
1. Considérant qu’il ressort des pièces du dossier soumis aux juges du fond que, par un avis d’appel
public à la concurrence du 26 juin 2006, le département de Tarn-et-Garonne a lancé un appel d’offres
ouvert en vue de la conclusion d’un marché à bons de commande ayant pour objet la location de longue
durée de véhicules de fonction pour les services du conseil général ; que, par une délibération en date
du 20 novembre 2006, la commission permanente du conseil général a autorisé le président de
l’assemblée départementale à signer le marché avec la société Sotral, retenue comme attributaire par la
commission d’appel d’offres ; que le 18 janvier 2007, M. François Bonhomme, conseiller général de
Tarn-et-Garonne, a saisi le tribunal administratif de Toulouse d’une demande d’annulation pour excès
de pouvoir de la délibération du 20 novembre 2006 ; que le conseil général de Tarn-et-Garonne se
pourvoit en cassation contre l’arrêt du 28 février 2012 par lequel la cour administrative d’appel de
Bordeaux a rejeté sa requête tendant à l’annulation du jugement du tribunal administratif de Toulouse
du 20 juillet 2010 annulant la délibération attaquée et invitant les parties, à défaut de résolution amiable
du contrat, à saisir le juge du contrat ;
Sur les recours en contestation de la validité du contrat dont disposent les tiers :
2. Considérant qu’indépendamment des actions dont disposent les parties à un contrat administratif et
des actions ouvertes devant le juge de l’excès de pouvoir contre les clauses réglementaires d’un contrat
ou devant le juge du référé contractuel sur le fondement des articles L. 551-13 et suivants du code de
justice administrative, tout tiers à un contrat administratif susceptible d’être lésé dans ses intérêts de
façon suffisamment directe et certaine par sa passation ou ses clauses est recevable à former devant
le juge du contrat un recours de pleine juridiction contestant la validité du contrat ou de certaines de
ses clauses non réglementaires qui en sont divisibles ; que cette action devant le juge du contrat est
également ouverte aux membres de l’organe délibérant de la collectivité territoriale ou du groupement
de collectivités territoriales concerné ainsi qu’au représentant de l’État dans le département dans
l’exercice du contrôle de légalité ; que les requérants peuvent éventuellement assortir leur recours
d’une demande tendant, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, à la
suspension de l’exécution du contrat ; que ce recours doit être exercé, y compris si le contrat contesté
est relatif à des travaux publics, dans un délai de deux mois à compter de l’accomplissement des
mesures de publicité appropriées, notamment au moyen d’un avis mentionnant à la fois la conclusion
du contrat et les modalités de sa consultation dans le respect des secrets protégés par la loi ; que la
légalité du choix du cocontractant, de la délibération autorisant la conclusion du contrat et de la
décision de le signer, ne peut être contestée qu’à l’occasion du recours ainsi défini ; que, toutefois,
dans le cadre du contrôle de légalité, le représentant de l’État dans le département est recevable à
contester la légalité de ces actes devant le juge de l’excès de pouvoir jusqu’à la conclusion du contrat,
date à laquelle les recours déjà engagés et non encore jugés perdent leur objet ;
3. Considérant que le représentant de l’État dans le département et les membres de l’organe délibérant
de la collectivité territoriale ou du groupement de collectivités territoriales concerné, compte tenu des
intérêts dont ils ont la charge, peuvent invoquer tout moyen à l’appui du recours ainsi défini ; que les
autres tiers ne peuvent invoquer que des vices en rapport direct avec l’intérêt lésé dont ils se prévalent
ou ceux d’une gravité telle que le juge devrait les relever d’office ;
4. Considérant que, saisi ainsi par un tiers dans les conditions définies ci- dessus, de conclusions
contestant la validité du contrat ou de certaines de ses clauses, il appartient au juge du contrat, après
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avoir vérifié que l’auteur du recours autre que le représentant de l’État dans le département ou qu’un
membre de l’organe délibérant de la collectivité territoriale ou du groupement de collectivités
territoriales concerné se prévaut d’un intérêt susceptible d’être lésé de façon suffisamment directe et
certaine et que les irrégularités qu’il critique sont de celles qu’il peut utilement invoquer, lorsqu’il
constate l’existence de vices entachant la validité du contrat, d’en apprécier l’importance et les
conséquences ; qu’ainsi, il lui revient, après avoir pris en considération la nature de ces vices, soit de
décider que la poursuite de l’exécution du contrat est possible, soit d’inviter les parties à prendre des
mesures de régularisation dans un délai qu’il fixe, sauf à résilier ou résoudre le contrat ; qu’en
présence d’irrégularités qui ne peuvent être couvertes par une mesure de régularisation et qui ne
permettent pas la poursuite de l’exécution du contrat, il lui revient de prononcer, le cas échéant avec
un effet différé, après avoir vérifié que sa décision ne portera pas une atteinte excessive à l’intérêt
général, soit la résiliation du contrat, soit, si le contrat a un contenu illicite ou s’il se trouve affecté
d’un vice de consentement ou de tout autre vice d’une particulière gravité que le juge doit ainsi relever
d’office, l’annulation totale ou partielle de celui-ci ; qu’il peut enfin, s’il en est saisi, faire droit, y
compris lorsqu’il invite les parties à prendre des mesures de régularisation, à des conclusions tendant
à l’indemnisation du préjudice découlant de l’atteinte à des droits lésés ; définies ci-dessus qui, prises
dans leur ensemble, n’apportent pas de limitation au droit fondamental qu’est le droit au recours ;
que toutefois, eu égard à l’impératif de sécurité juridique tenant à ce qu’il ne soit pas porté une
atteinte excessive aux relations contractuelles en cours, le recours ci-dessus défini ne pourra être
exercé par les tiers qui n’en bénéficiaient pas et selon les modalités précitées qu’à l’encontre des
contrats signés à compter de la lecture de la présente décision ; que l’existence d’un recours contre
le contrat, qui, hormis le déféré préfectoral, n’était ouvert avant la présente décision qu’aux seuls
concurrents évincés, ne prive pas d’objet les recours pour excès de pouvoir déposés par d’autres tiers
contre les actes détachables de contrats signés jusqu’à la date de lecture de la présente décision ; qu’il
en résulte que le présent litige a conservé son objet ;
Sur le pourvoi du département de Tarn-et-Garonne :
6. Considérant que, pour confirmer l’annulation de la délibération du 20 novembre 2006 par laquelle la
commission permanente du conseil général a autorisé le président de l’assemblée départementale à
signer le marché avec la société Sotral, la cour administrative d’appel de Bordeaux a énoncé qu’en
omettant de porter les renseignements requis à la rubrique de l’avis d’appel public à la concurrence
consacrée aux procédures de recours, le département avait méconnu les obligations de publicité et de
mise en concurrence qui lui incombaient en vertu des obligations du règlement de la Commission du 7
septembre 2005 établissant les formulaires standard pour la publication d’avis dans le cadre des
procédures de passation des marchés publics conformément aux directives 2004/17/CE et 2004/18/CE
du Parlement et du Conseil ; qu’en statuant ainsi, sans rechercher si l’irrégularité constatée avait été
susceptible d’exercer, en l’espèce, une influence sur le sens de la délibération contestée ou de priver
d’une garantie les personnes susceptibles d’être concernées par l’indication des procédures de recours
contentieux, la cour administrative d’appel a commis une erreur de droit ; que, par suite, et sans qu’il
soit besoin d’examiner les autres moyens du pourvoi, le département de Tarn- et-Garonne est fondé à
demander l’annulation de l’arrêt attaqué ;
7. Considérant qu’il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de régler l’affaire au fond en application
des dispositions de l’article L. 821-2 du code de justice administrative ;
8. Considérant que si M. Bonhomme soutient que l’avis d’appel public à la concurrence publié par le
département de Tarn-et-Garonne ne comportait pas la rubrique « Procédures de recours » en
méconnaissance des dispositions du règlement de la Commission du 7 septembre 2005, il ne ressort pas
des pièces du dossier que cette irrégularité ait été, dans les circonstances de l’espèce, susceptible
d’exercer une influence sur le sens de la délibération contestée ou de priver des concurrents évincés
d’une garantie, la société attributaire ayant été, d’ailleurs, la seule candidate ; que, par suite, le
département de Tarn-et-Garonne est fondé à soutenir que c’est à tort que, pour annuler la délibération
du 20 novembre 2006, le tribunal administratif de Toulouse s’est fondé sur la méconnaissance des
obligations de publicité et de mise en concurrence qui incombaient au département en ne portant pas les
renseignements requis à la rubrique « Procédures de recours » de l’avis d’appel public à la concurrence
;
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9. Considérant toutefois qu’il appartient au Conseil d’État, saisi par l’effet dévolutif de l’appel,
d’examiner les autres moyens soulevés par M. Bonhomme devant le tribunal administratif de Toulouse
;
10. Considérant, en premier lieu, qu’il ressort des pièces du dossier que les membres de la commission
permanente ont été, contrairement à ce que soutient M. Bonhomme, destinataires d’un rapport
mentionnant les principales caractéristiques du marché ;
11. Considérant, en deuxième lieu, qu’aux termes de l’article 71 du code des marchés publics alors en
vigueur : « Lorsque, pour des raisons économiques, techniques ou financières, le rythme ou l’étendue
des besoins à satisfaire ne peuvent être entièrement arrêtés dans le marché, la personne publique peut
passer un marché fractionné sous la forme d’un marché à bons de commande » ; que si M. Bonhomme
fait valoir que le département de Tarn-et-Garonne a méconnu ces dispositions en recourant au marché
fractionné pour la location de ses véhicules de service, il ressort des pièces du dossier que, compte tenu
du renouvellement à venir de l’assemblée départementale et de la perspective du transfert de nouvelles
compétences aux départements, le département de Tarn-et-Garonne n’était pas en mesure d’arrêter
entièrement l’étendue de ses besoins dans le marché ;
12. Considérant, en dernier lieu, qu’aux termes du deuxième alinéa de l’article 57 du code des marchés
publics alors en vigueur : « Le délai de réception des offres ne peut être inférieur à 52 jours à compter
de l’envoi de l’appel public à la concurrence (…) » ; que si M. Bonhomme soutient que le département
de Tarn-et-Garonne aurait méconnu ces dispositions en fixant le délai de réception des offres à dix-sept
heures le cinquante-deuxième jour suivant l’envoi de l’avis d’appel public à la concurrence, il ne ressort
pas des pièces du dossier, et il n’est pas même soutenu, qu’un candidat aurait été empêché de présenter
utilement son offre en raison de la réduction alléguée de quelques heures du délai de 52 jours de
réception des offres ; qu’ainsi, le vice allégué affectant la procédure de passation du marché n’a été
susceptible, dans les circonstances de l’espèce, ni d’exercer une influence sur le sens de la délibération
contestée ni de priver d’autres candidats d’une garantie ;
13. Considérant qu’il résulte de tout ce qui précède, sans qu’il soit besoin de statuer sur les fins de non-
recevoir opposées à la demande de M. Bonhomme par le département de Tarn-et-Garonne, que ce
dernier est fondé à soutenir que c’est à tort que par son jugement du 10 juillet 2010, le tribunal
administratif de Toulouse a annulé la délibération du 20 novembre 2006 par laquelle la commission
permanente du conseil général a autorisé le président de l’assemblée départementale à signer le contrat ;
14. Considérant que les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle
à ce que soient mises à la charge du département de Tarn-et-Garonne, qui n’est pas la partie perdante
dans la présente instance, les sommes demandées par M. Bonhomme devant la cour administrative
d’appel au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens ; qu’il n’y a pas lieu, dans les
circonstances de l’espèce, de faire droit aux conclusions présentées par le département de Tarn-et-
Garonne au titre des mêmes dispositions et de l’article R. 761-1 du code de justice administrative dans
sa rédaction applicable à la présente affaire ;
D E C I D E : Article 1er : L’arrêt du 28 février 2012 de la cour administrative d’appel de Bordeaux et le jugement du 20 juillet 2010 du tribunal
administratif de Toulouse sont annulés. Article 2 : La demande présentée par M. Bonhomme devant le tribunal administratif de Toulouse et
ses conclusions tendant à l’application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, présentées devant la cour
administrative d’appel de Bordeaux, sont rejetées. Article 3 : Le surplus des conclusions du pourvoi du département de Tarn-et-Garonne est
rejeté. Article 4 : La présente décision sera notifiée au département de Tarn-et-Garonne, à M. François Bonhomme et à la société Sotral.
28
DOC. 9
CE, Ass., 28 décembre 2009, Commune de Béziers
Vu le pourvoi sommaire et le mémoire complémentaire, enregistrés les 16 avril et 13 juin 2007 au secrétariat du contentieux du Conseil d'État,
présentés pour la Commune de Béziers, représentée par son maire ; la Commune de Béziers demande au Conseil d'État : 1°) d'annuler l'arrêt
du 12 février 2007 de la cour administrative d'appel de Marseille, en tant qu'après avoir annulé le jugement du tribunal administratif de
Montpellier du 25 mars 2005, il rejette sa demande tendant à ce que la commune de Villeneuve-lès-Béziers soit condamnée à lui verser une
indemnité de 591 103,78 euros, au titre des sommes que cette commune aurait dû lui verser en application des clauses d'une convention signée
le 10 octobre 1986 ainsi que 45 374,70 euros au titre des dommages et intérêts ; 2°) réglant l'affaire au fond dans cette mesure, de faire droit à
sa demande ; 3°) de mettre à la charge de la commune de Villeneuve-lès-Béziers la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code
de justice administrative ;
Vu les autres pièces du dossier ; Vu le code général des collectivités territoriales ; Vu le code de justice administrative ;
Considérant qu'il ressort des pièces du dossier soumis aux juges du fond que, dans le cadre d'un syndicat
intercommunal à vocation multiple qu'elles avaient créé à cette fin, les communes de Béziers et de
Villeneuve-lès-Béziers ont mené à bien une opération d'extension d'une zone industrielle intégralement
située sur le territoire de la commune de Villeneuve-lès-Béziers ; que, par une convention signée par
leurs deux maires le 10 octobre 1986, ces collectivités sont convenues que la commune de Villeneuve-
lès-Béziers verserait à la Commune de Béziers une fraction des sommes qu'elle percevrait au titre de la
taxe professionnelle, afin de tenir compte de la diminution de recettes entraînée par la relocalisation,
dans la zone industrielle ainsi créée, d'entreprises jusqu'ici implantées sur le territoire de la Commune
de Béziers ; que, par lettre du 22 mars 1996, le maire de Villeneuve-lès-Béziers a informé le maire de
Béziers de son intention de résilier cette convention à compter du 1er septembre 1996 ; que, par un
jugement du 25 mars 2005, le tribunal administratif de Montpellier, saisi par la Commune de Béziers, a
rejeté sa demande tendant à ce que la commune de Villeneuve-lès-Béziers soit condamnée à lui verser
une indemnité de 591 103,78 euros au titre des sommes non versées depuis la résiliation de la
convention, ainsi qu'une somme de 45 374,70 euros au titre des dommages et intérêts ; que, par un arrêt
du 13 juin 2007, contre lequel la Commune de Béziers se pourvoit en cassation, la cour administrative
d'appel de Marseille a, après avoir annulé pour irrégularité le jugement du tribunal administratif de
Montpellier, jugé que la convention du 10 octobre 1986 devait être " déclarée nulle " et rejeté la demande
de la Commune de Béziers ;
Sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens du pourvoi ;
Considérant, en premier lieu, que les parties à un contrat administratif peuvent saisir le juge d'un
recours de plein contentieux contestant la validité du contrat qui les lie ; qu'il appartient alors au
juge, lorsqu'il constate l'existence d'irrégularités, d'en apprécier l'importance et les conséquences,
après avoir vérifié que les irrégularités dont se prévalent les parties sont de celles qu'elles peuvent, eu
égard à l'exigence de loyauté des relations contractuelles, invoquer devant lui ; qu'il lui revient, après
avoir pris en considération la nature de l'illégalité commise et en tenant compte de l'objectif de
stabilité des relations contractuelles, soit de décider que la poursuite de l'exécution du contrat est
possible, éventuellement sous réserve de mesures de régularisation prises par la personne publique
ou convenues entre les parties, soit de prononcer, le cas échéant avec un effet différé, après avoir
vérifié que sa décision ne portera pas une atteinte excessive à l'intérêt général, la résiliation du contrat
ou, en raison seulement d'une irrégularité invoquée par une partie ou relevée d'office par lui, tenant
au caractère illicite du contenu du contrat ou à un vice d'une particulière gravité relatif notamment
aux conditions dans lesquelles les parties ont donné leur consentement, son annulation ;
Considérant, en second lieu, que, lorsque les parties soumettent au juge un litige relatif à l'exécution
du contrat qui les lie, il incombe en principe à celui-ci, eu égard à l' exigence de loyauté des relations
contractuelles, de faire application du contrat ; que, toutefois, dans le cas seulement où il constate
une irrégularité invoquée par une partie ou relevée d'office par lui, tenant au caractère illicite du
contenu du contrat ou à un vice d'une particulière gravité relatif notamment aux conditions dans
lesquelles les parties ont donné leur consentement, il doit écarter le contrat et ne peut régler le litige
sur le terrain contractuel ;
Considérant qu'en vertu des dispositions de l'article 2-I de la loi du 2 mars 1982 relative aux droits et
libertés des communes, des départements et des régions, désormais codifiées à l'article L. 2131-1 du
code général des collectivités territoriales : " Les actes pris par les autorités communales sont exécutoires
de plein droit dès lors qu'il a été procédé à leur publication ou à leur notification aux intéressés ainsi qu'à
29
leur transmission au représentant de l'État dans le département ou à son délégué dans le département " ;
que l'absence de transmission de la délibération autorisant le maire à signer un contrat avant la date à
laquelle le maire procède à sa signature constitue un vice affectant les conditions dans lesquelles les
parties ont donné leur consentement ; que, toutefois, eu égard à l'exigence de loyauté des relations
contractuelles, ce seul vice ne saurait être regardé comme d'une gravité telle que le juge doive écarter
le contrat et que le litige qui oppose les parties ne doive pas être tranché sur le terrain contractuel ;
Considérant, dès lors, qu'en jugeant que la convention conclue le 10 octobre 1986 entre les communes
de Villeneuve-lès-Béziers et de Béziers devait être " déclarée nulle " au seul motif que les délibérations
du 29 septembre 1986 et du 3 octobre 1986 autorisant les maires de ces communes à la signer n'avaient
été transmises à la sous-préfecture que le 16 octobre 1986 et qu'une telle circonstance faisait obstacle à
ce que les stipulations du contrat soient invoquées dans le cadre du litige dont elle était saisie, la cour
administrative d'appel de Marseille a commis une erreur de droit ; que, par suite, la Commune de Béziers
est fondée à demander l'annulation de l'arrêt qu'elle attaque ;
Considérant que les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à
ce que soit mise à la charge de la Commune de Béziers, qui n'est pas la partie perdante dans la présente
instance, la somme que la commune de Villeneuve-lès-Béziers demande au titre des frais exposés par
elle et non compris dans les dépens ; qu'il y a lieu, sur le fondement des mêmes dispositions, de mettre
à la charge de Villeneuve-lès-Béziers une somme de 3 000 euros à verser à la Commune de Béziers ;
DECIDE : Article 1er : L'arrêt de la cour administrative d'appel de Marseille du 12 février 2007 est annulé en tant qu'il rejette la demande de
la Commune de Béziers. Article 2 : L'affaire est renvoyée dans cette mesure devant la cour administrative d'appel de Marseille. Article 3 : La
commune de Villeneuve-lès-Béziers versera à la Commune de Béziers la somme de 3 000 au titre de l'article L. 761-1 du code de justice
administrative. Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Villeneuve-lès-Béziers au titre de l'article L. 761-1 du code de justice
administrative sont rejetées. Article 5 : La présente décision sera notifiée à la Commune de Béziers et à la commune de Villeneuve-lès-Béziers.
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REPONDEZ LE PLUS COMPLETEMENT ET LE PLUS RAPIDEMENT
POSSIBLE AUX QUESTIONS SUIVANTES :
– Comment distinguer les contrats ayant pour objet l’exécution même du service public
et ceux conclus seulement pour les besoins du service public ?
– Qu’est-ce qu’une clause exorbitante ? Donnez deux exemples.
– Un contrat passé entre deux personnes publiques est-il toujours un contrat de droit
public ?
– Un contrat passé entre deux personnes privées est-il toujours un contrat de droit privé ?
– Un contrat passé par une personne publique devenue par la suite personne privée est-il
toujours un contrat administratif ? Pourquoi ?
– Un contrat dont la passation se conforme au code des marchés publics est-il un contrat
administratif ?
– Les contrats passés par des SPIC avec leurs usagers sont-ils des contrats publics ?
– À quelles obligations sont soumises les personnes publiques lorsqu’elles passent un
marché public ?
– Quel est le critère de distinction d’un marché public et d’une concession ?
– Donnez deux exemples de délégation de service public.
– Quels sont les pouvoirs de l’Administration dans le cadre de l’exécution d’un contrat
administratif ?
– Qui est responsable du service dans la délégation de service public ?
– Que recouvrent les « règles générales applicables aux contrats administratifs » ?
– En quoi consiste le référé précontractuel ?
– Comment distinguer les recours de plein contentieux et les recours pour excès de
pouvoir en matière contractuelle ?
– Un recours en contestation de la validité d’une mesure de résiliation d’un contrat est-il
un recours pour excès de pouvoir ou de plein contentieux ?
– De quelles actions dispose une partie à un contrat contre le contrat lui-même ?
– En quoi consiste le principe de loyauté des relations contractuelles ?
– Dans quelle mesure le juge du contrat est-il juge de l’intérêt général ?
– Le juge du contrat dispose-t-il du pouvoir d’annuler le contrat ?
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