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L'accomplissement de Nos Devoirs Va-T-Il À L'encontre de Notre Liberté

Le document présente un débat philosophique sur la relation entre la liberté et le devoir. Il définit ces concepts et présente les positions de Benjamin Constant et d'Emmanuel Kant sur la question du mensonge. Constant affirme qu'il peut être justifié de mentir pour protéger autrui, tandis que Kant défend l'idée d'un devoir absolu de dire la vérité.

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L'accomplissement de Nos Devoirs Va-T-Il À L'encontre de Notre Liberté

Le document présente un débat philosophique sur la relation entre la liberté et le devoir. Il définit ces concepts et présente les positions de Benjamin Constant et d'Emmanuel Kant sur la question du mensonge. Constant affirme qu'il peut être justifié de mentir pour protéger autrui, tandis que Kant défend l'idée d'un devoir absolu de dire la vérité.

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L’accomplissement de nos devoirs va-t-il à l’encontre de notre

liberté?

Définition des termes du sujet:

*La liberté:
Voir le cours sur la liberté

*Le devoir :

Le devoir désigne l’obligation à l’égard de ce qu’il faut faire ou ne pas faire.

On considère qu’il y a plusieurs types de devoirs, que l’on divise surtout en deux catégories.

→ Il y a le devoir qui se réfère à la Loi ou à une norme imposée; un règlement, c'est-à-dire au


droit positif.

Exemple: Les élèves ont au sein de l’établissement des droits et des devoirs

→ Il y a le devoir moral qui s’adresse à ma conscience morale.

Exemple: Je sens que j’ai le devoir de ne pas mentir à mes amis.

Dans les deux cas, le devoir implique une règle à laquelle on se réfère, et s’adresse à la liberté
de l’homme (sans quoi le devoir se confond avec la nécessité)

Distinction obligation/ contrainte/ nécessité

*La contrainte est en général physique et s’exerce depuis une force extérieure

*L’obligation a un caractère moral ou juridique qui implique davantage l’assentiment de


l’individu.

*La nécessité désigne ce qui ne peut pas ne pas être ou être autrement. Elle renvoie à l’ordre
naturel des choses. Une obligation n’est pas une nécessité car si une obligation est formulée
c’est justement parce qu’il n’y a pas de nécessité à ce que les choses soient ainsi.

Une distinction fondamentale sur la notion de devoir : Déontologisme vs


Conséquentialisme ?

Lecture du texte de Benjamin Constant et du texte de Kant

Questions:
1°) Quelle est la thèse de Constant?
2°) Comment Constant justifie-t-il cette position sur le mensonge et la vérité?
3°) En quoi la thèse de Kant s’oppose-t-elle à la thèse de Constant?
4°) Comment Kant justifie-t-il cette position?
Texte 1 Constant, Des réactions politiques (1796)
Le principe moral, par exemple, que dire la vérité est un devoir, s’il était pris d’une manière
absolue et isolée, rendrait toute société impossible. Nous en avons la preuve dans les
conséquences très directes qu’a tirées de ce principe un philosophe allemand, qui va jusqu’à
prétendre qu’envers les assassins qui vous demanderaient si votre ami qu’ils poursuivent n’est
pas réfugié dans votre maison, le mensonge serait un crime. […]
Toutes les fois qu’un principe, démontré vrai, paraît inapplicable, c’est que nous ignorons le
principe intermédiaire qui contient le moyen d’application. […]
Je prends pour exemple le principe moral que je viens de citer, que dire la vérité est un devoir. Ce
principe isolé est inapplicable. Il détruirait la société. Mais, si vous le rejetez, la société n’en sera
pas moins détruite, car toutes les bases de la morale seront renversées.
Il faut donc chercher le moyen d’application, et pour cet effet, il faut, comme nous venons de le
dire, définir le principe.
Dire la vérité est un devoir. Qu’est-ce qu’un devoir ? L’idée de devoir est inséparable de celle de
droits : un devoir est ce qui, dans un être, correspond aux droits d’un autre. Là où il n’y a pas de
droits, il n’y a pas de devoirs.
Dire la vérité n’est donc un devoir qu’envers ceux qui ont droit à la vérité. Or nul homme n’a
droit à la vérité qui nuit à autrui.
Voilà, ce me semble, ce principe devenu applicable. En le définissant, nous avons découvert le
lien qui l’unissait à un autre principe, et la réunion de ces deux principes nous a fourni la
solution de la difficulté qui nous arrêtait.
Observez quelle différence il y a entre cette manière de procéder, et celle de rejeter le principe.
Dans l’exemple que nous avons choisi, l’homme qui, frappé des inconvénients du principe qui
porte que dire la vérité est un devoir, au lieu de le définir et de chercher son moyen
d’application, se serait contenté de déclamer contre les abstractions, de dire qu’elles n’étaient
pas faites pour le monde réel, aurait tout rejeté dans l’arbitraire. Il aurait donné au système
entier de la morale un ébranlement dont ce système se serait ressenti dans toutes ses branches.
Au contraire, en définissant le principe, en découvrant son rapport avec un autre, et dans ce
rapport un moyen d’application, nous avons donné la modification précise du principe de la
vérité, qui exclut tout arbitraire et toute incertitude.
Benjamin Constant, Des réactions politiques, chapitre VIII : « Des principes ».

Texte 2 Kant, D’un prétendu droit de mentir par humanité (1797)


La première question est de savoir si l’homme, dans les cas où il ne peut éviter de répondre par oui ou
non, à l'autorisation (le droit) de ne pas être véridique. La deuxième question est celle de savoir s’il
n’est pas absolument obligé, dans un propos qu’une injuste contrainte le force à tenir, de ne pas être
véridique, s’il veut se préserver ou préserver autrui d’un forfait qui le menace.
Être véridique dans les propos qu’on ne peut éluder, c’est là le devoir formel de l’homme
envers chaque homme quelle que soit la gravité du préjudice qui peut en résulter pour soi-même ou
pour autrui. Et même si, en falsifiant mon propos, je ne cause pas de tort à celui qui m’y contraint
injustement, il reste qu’une telle falsification […] constitue, au regard de l’élément le plus essentiel
du devoir en général, un tort : car je fais en sorte, autant qu’il est en mon pouvoir, que des propos
(des déclarations) en général ne trouvent aucun crédit et, par suite, que tous les droits fondés sur des
contrats deviennent caducs et perdent toute leur force ; ce qui est un tort causé à l’humanité en
général. […] Il y a donc un commandement sacré de la raison, qui commande inconditionnellement et
qu’aucune convenance ne doit restreindre : être véridique (honnête) dans toutes ses déclarations.
Emmanuel Kant, D’un prétendu droit de mentir par humanité, © Flammarion, « GF », trad. F. Proust, 1994, p. 98-100.
Une mise en pratique

« QUE DOIS-JE FAIRE ? »


A LA RECHERCHE DU MEILLEUR PRINCIPE MORAL

{ Préambule }

Dans la plupart des situations de la vie ordinaire, nous savons ce qu'il est juste de faire. Nous
savons ce qui est bien ou mal, ce qui est condamnable ou au contraire louable. Nous ne nous
interrogeons pas vraiment sur les raisons qui nous font qualifier tel acte de bon ou mauvais,
précisément parce que ce jugement est facile, intuitif. Nous « savons », sans avoir besoin d'y
réfléchir longuement, qu'il est mal de tromper une personne qui nous fait confiance, ou de
torturer un animal sans défense. Il existe en revanche des situations dans lesquelles la bonne
chose à faire ne va pas de soi. Ces situations nous forcent à nous interroger sur les principes
moraux sur lesquels nous basons nos jugements. C'est là le grand mérite des dilemmes
moraux : en poussant dans leurs ultimes retranchements certains principes moraux, ils
permettent d'en tester la validité. Nous pourrions être amenés à réformer ces principes, voire
à les abandonner, si nous découvrions qu'ils mènent à des conséquences que nous ne sommes
pas prêts à accepter.

{ Consigne }

Votre mission, si vous l'acceptez, va consister à étudier attentivement les situations exposées
ci dessous. Ces situations sont parfois des expériences de pensée, parfois des exemples issus
de cas réels. Il ne s'agit pas de s'enfermer dans ces exemples, mais de s'en servir comme d'un
levier pour formuler par vous-mêmes ce qui pourrait constituer les fondements d'une bonne
morale. Le but de cet exercice n'est certainement pas d'essayer de faire « gagner » une vision
particulière de la morale, mais de s'interroger sincèrement sur ce que doit être cette morale. Il
s'agit, à la fin de l'exercice, de proposer une réponse claire à la question suivante : Qu'est-ce
qui fonde la moralité d'un acte ? Sur quel(s) principe(s) doit-on s'appuyer pour dire qu'un acte
est bon ou mauvais, juste ou injuste ? Gardez cet objectif à l'esprit à mesure que vous
passerez les situations suivantes en revue.

⬧ Situation n°1 ⬧

Vous êtes conducteur de train. Un soir, alors que vous dirigez votre locomotive vers une aire
de remisage, vous vous apercevez que quatre ouvriers sont en train de travailler sur les rails
quelques dizaines de mètres plus loin. Le bruit de leurs outils fait qu'ils ne vous entendent pas
arriver. Vos freins ne fonctionnent pas et vous ne pouvez éviter l'impact, mais vous pouvez
toutefois dévier votre locomotive sur une voie secondaire. Malheureusement, un ouvrier se
trouve également sur cette voie. Vous n'avez que deux options : soit vous poursuivez votre
course sur votre voie actuelle, et tuez quatre ouvriers, soit vous vous déportez sur la voie
secondaire et tuez un ouvrier.

1) Quelle est la bonne chose à faire ? (= Qu'est-il juste de faire)

2) Pourquoi est-ce la bonne chose à faire ? Autrement dit, sur quels principes peut-on
s'appuyer pour affirmer que c'est la bonne chose à faire?
Par « principe », on entend ici une norme universelle à laquelle doit se conformer toute action
pour être considérée comme bonne. Essayez de formuler le principe qui justifie votre réponse à
la précédente question (= « x est la bonne chose à faire en vertu du principe y »)

⬧ Situation n°2 ⬧

Vous êtes médecin urgentiste. Suite à un terrible accident, quatre personnes arrivent aux
urgences, et les quatre ont besoin en urgence d'une greffe d'organes. Il se trouve qu'au même
moment, un patient parfaitement sain se trouve aux urgences. Ses organes fonctionnent bien,
et il est d'ailleurs sur le point de quitter l’hôpital pour rejoindre sa famille et reprendre le
cours de sa vie. Il vous suffirait de le tuer, et de récupérer ses organes. Si vous ne le faites
pas, les quatre autres patients mourront. Vous n'avez que deux options : soit vous assassinez
le patient sain pour récupérer ses organes, et alors les quatre patients accidentés survivront,
soit vous laissez le patient sain quitter les urgences et alors les quatre patients accidentés
décéderont.

1) Quelle est la bonne chose à faire ?

2) Pourquoi est-ce la bonne chose à faire ?

3) Quelle est la différence entre cette situation et la situation précédente ?

⬧ Situation n°3 ⬧

La DGSE met la main sur un terroriste qu'elle suspecte fortement d'avoir participé à la pose
d'un engin explosif dans le centre d'une grande ville française. Pour être plus exact, la
culpabilité de cette personne est avérée par de nombreux enregistrements. Il est prévu que
l'engin explose dans la journée, or il faudrait des jours et des jours avant de pouvoir retracer
l'endroit prévu de l'explosion. La seule source d'information exploitable est ce terroriste que
détient la DGSE. Serait-il juste que les agents tentent d'exploiter cette source en la torturant ?
Si le terroriste n'avoue pas où se situe l'engin, il est extrêmement probable que les services de
renseignements ne pourront pas prévenir l'explosion. Le dilemme moral est le suivant : ou
bien l'on torture un des responsables de l'attentat, et il est possible que des milliers de
personnes soient sauvées ; ou bien il faut renoncer à la torture et trouver d'autres moyens de
déceler l'endroit où se situe la bombe, et il est alors probable que des milliers de personnes
soient condamnées.

1) Est-il juste de torturer le terroriste ?

2) Sur quels principes moraux appuyez-vous votre réponse ?


⬧ Situation n°4 ⬧

Prenons la même situation, et la même urgence de trouver l'endroit où a été posée la bombe.
Supposons que pour une raison x, il soit impossible de faire pression physiquement sur le
terroriste. En revanche, la DGSE détient la fillette du terroriste. On sait que ce dernier est très
attaché à sa petite fille, et qu'il est donc vraisemblable qu'il cédera des informations pour
éviter à son enfant de souffrir.

1) Sachant que le fait de torturer cette enfant sauvera probablement la vie de plusieurs
milliers de personnes, est-il juste de le faire ? Est-ce la bonne chose à faire ?
⬧ Situation n°5 ⬧

Cette situation est basée sur des faits qui se sont réellement produits.

En juin 2005, un détachement de forces spéciales des SEALs est envoyé secrètement en
Afghanistan pour une mission de reconnaissance. Le but était de localiser un chef Taliban
étroitement lié à Oussama Ben Laden. D'après le service des renseignements, leur cible se
situait dans un petit village montagnard, et était protégée par 140 à 150 combattants
lourdement armés. Peu de temps après que le détachement ait pris position derrière une crête
pour surveiller le village et localiser leur cible, un troupeau de chèvres guidé par trois
bergers, dont un enfant, passe à proximité et les aperçoit. Il s'agissait de civils, et ils n'étaient
pas armés. L'officier Marcus Luttrell, en charge de la mission, fait face à un terrible dilemme.
S'ils laissent les bergers sains et saufs poursuivre leur route, il se peut qu'ils aillent prévenir le
village de la présence de soldats américains et fassent ainsi échouer l'opération, mettant en
danger tout le détachement. Mais s'ils veulent s'assurer qu'ils ne préviendront pas l'ennemi, il
faut les abattre. En effet, les soldats n'ont pas de corde sur eux pour attacher et neutraliser les
bergers le temps de l'opération, il faut donc soit les tuer, soit les laisser partir. Cette situation,
à l'inverse des précédentes, constitue un cas de figure dans lequel il faut agir dans
l'incertitude. Si l'on laisse partir les bergers, il est possible qu'ils aillent prévenir les talibans,
tout comme il est possible qu'ils poursuivent leur route. Il faut prendre une décision sans
savoir exactement ce qui en découlera.

1) Quelle est la bonne chose à faire ?

2) Pourquoi est-ce la bonne chose à faire ?

Comment les choses se sont-elles terminées ?

L'officier Luttrell n'a pu se résoudre à tuer de sang froid des civils désarmés. Il a donc décidé
qu'il serait plus juste de les laisser partir. Une heure et demie après que les bergers aient été
relâchés, le détachement s'est trouvé encerclé par 80 combattants talibans armés d'AK-47 et
de grenades. Tous les camarades de Luttrell ont été tués. Un hélicoptère a été dépêché sur la
zone en urgence pour sauver le reste de l'équipe, mais il fut également abattu. Au final, ce
sont une vingtaine de soldats américains qui sont morts ce jour là. Luttrell, grièvement
blessé, a survécu
en se laissant glisser sur le flanc de la montagneet en rampant jusqu'à un village Pachtoune. Il
regretta
amèrement son choix : « Cette décision était la mienne, et elle me hantera jusqu'à ce que je
repose dans une tombe ».
⬧ Situation n°6 ⬧

Vous êtes ami avec un couple depuis de longues années. Vous avez traversé bien des événements
ensemble, et une complicité forte vous lie aux deux membres du couple. Ces derniers sont heureux
et épanouis, et la vie semble réellement leur sourire. Vous apprenez un jour, tout à fait par hasard,
que l'un des deux trompe son partenaire... l'autre, qui commence à douter, vous interroge à ce sujet.
Si vous lui dites la vérité, vous ruinerez à coup sûr le bonheur des deux partenaires, ainsi que
l'équilibre serein qu'ils avaient atteint. Si vous lui cachez la vérité et lui assurez qu'il n'a aucune
tromperie à craindre, les choses rentrent dans l'ordre et votre couple d'amis poursuit son chemin
sans encombres.

1) Quelle est la bonne chose à faire ?

2) Pourquoi est-ce la bonne chose à faire ?

⬧ Situation n°7 ⬧

Un ami vous indique une cachette dans laquelle il a mis à l'abri une importante somme d'argent. Il
vous indique également qu'il souhaite, à sa mort, que cet argent soit entièrement versé à son neveu,
qui ignore tout de cette somme. Vous lui promettez d'exaucer ce dernier vœu. Votre ami décède, et
vous vous trouvez donc en charge du trésor dont tout le monde ignore l'existence. Il se trouve qu'à
cette époque, vous êtes en grande difficulté financière et auriez bien besoin d'autant d'argent... à
l'inverse, le neveu de votre ami vit confortablement et ne paraît pas avoir besoin d'un tel héritage.

1) Quelle est la bonne chose à faire ?

2) Pourquoi est-ce la bonne chose à faire ?


BILAN

1) A la lumière des situations précédentes, estimez-vous que vos réponses aux différents cas sont
cohérentes ? (= qu'elles ne se contredisent pas).

2) Si elles se contredisent, quel principe moral doit selon vous l'emporter et pourquoi ?

3) Quelles difficultés avez-vous rencontré dans l'évaluation des situations précédentes ?


Le déontologisme de Kant:

→ Le mot « déontologie » provient des termes grecs « devoir » (deon) et « connaissance » (logos).
Dans le champ de la philosophie morale, il désigne une famille de théories qui mettent l’accent sur
la notion de devoir.

→ Ainsi, mentir n’est pas interdit parce que cela pourrait avoir de mauvaises conséquences, mais
parce qu’il s’agit d’un mensonge et que le mensonge en tant que tel est mauvais. Théoriquement,
toute morale qui consiste en une liste de devoirs et d’interdits est une morale déontologique,
c’est-à-dire une morale qui considère les normes (devoirs et interdictions) comme constituant un
point de départ non dérivé d’autres considérations morales. C’est ainsi que le Serment d’Hippocrate
et le Décalogue peuvent être considérés comme des fragments de déontologie.

→ Kant accepte l’idée selon laquelle notre devoir ne peut être ni déduit de la simple analyse de nos
concepts moraux, ni connu par l’expérience. Il rejette par contre le recours aux sentiments moraux
et propose à la place une connaissance morale censée être synthétique (contre la voie de l’analyse)
mais a priori (contre la voie de l’expérience). Kant distingue deux façons d’accomplir ce que nous
devons faire : la simple conformité au devoir et l’action faite par devoir. Un commerçant honnête
qui ne se conduit honnêtement que dans le seul but de s’assurer la pérennité de sa clientèle se
conforme au devoir, mais agit par intérêt et non par devoir. Sa conduite n’a donc aucune valeur
morale.
La morale se caractérise par un impératif catégorique (« je dois », sans “si” subordonnant ce devoir
à un but).

→ Kant formule ainsi la première version de l’impératif catégorique:


Agis uniquement d’après la maxime grâce à laquelle tu peux vouloir en même temps qu’elle
devienne une loi universelle.
En tant qu’être raisonnable appartenant au royaume des autres êtres raisonnables, je dois
universaliser mon action. Tout ce qui ne peut pas faire l’objet d’une loi universelle est donc
immoral.

→ Après Kant, le déontologisme est reconsidéré d’après sa version plus politique, dans le
contractualisme. L’un des plus célèbres exemples de contractualisme est la Théorie de la Justice,
dans laquelle Rawls défend l’idée selon laquelle les bons principes de justice sont ceux que
choisiraient ensemble des personnes sous « voile d’ignorance », c’est-à-dire sans connaître leur
statut (socio-économique ou autre) dans la société. Là où le choix des meilleurs principes est
déconnecté de mon intérêt personnel il semble que je sois plus à même de réfléchir à des principes
universalisables.

Le conséquentialisme/ L’utilitarisme

→ Le conséquentialisme est une famille de théories pour laquelle le bien (en anglais good) vient
théoriquement avant le juste (right). Autrement dit : c’est parce que certaines choses et certains
états de choses ont une valeur, que certaines de nos actions sont justes (voire obligatoires) et
d’autres injustes, dans la mesure où elles promeuvent ou au contraire portent atteinte à cette
valeur. Par exemple, l’utilitarisme, la forme la plus célèbre et la plus répandue de
conséquentialisme, commence par définir le bien comme le bonheur pour ensuite en déduire que
l’action bonne est celle qui contribue à augmenter la somme totale de bonheur dans le monde et
l’action mauvaise celle qui aboutit à une diminution du bonheur total.

→ L’utilitarisme a, à l’origine, une visée tout spécialement politique : Bentham n’est pas tant
intéressé par notre conduite personnelle que par la possibilité de formuler un principe capable
d’orienter des réformes politiques, ainsi l’utilitarisme semble une doctrine morale propre à fournir
une fin à l’action publique. Il est ainsi lié chez J. Bentham à une réforme approfondie du système
carcéral rejetant toute fonction rétributive de la peine pour n’y voir qu’un moyen de prévenir de
plus grands malheurs.

→ John Stuart Mill résume la thèse utilitariste de la manière suivante : « les actions sont bonnes
ou sont mauvaises dans la mesure où elles tendent à accroître le bonheur, ou à produire le contraire
du bonheur ». À ce principe d’utilité s’ajoute une thèse hédoniste selon laquelle par « bonheur » on
entend le plaisir et l’absence de douleur ; par « malheur », la douleur et la privation de plaisir.

→ Pour autant l’utilitarisme n’est pas aveugle aux motivations qui précèdent les actions. J. Stuart
Mill distingue par exemple le caractère moral de l’action (qui dépend de ses conséquences) de la
valeur morale de l’agent (qui dépend de ses motifs). Ainsi, un agent qui a tenté d’aider une
personne mais fini par blesser quelqu’un a fait quelque chose de mal mais ne mérite pas d’être
blâmé, parce que ses motifs dénotent une haute valeur morale.

Quelques limites de l’utilitarisme:

→ Place le plaisir au premier plan; thèse hédoniste. L'utilitarisme considère en effet est utile ce qui
qui provoque le plus de plaisir (maximisation) au plus grand nombre. Mais nous ne privilégions pas
toujours le plaisir sur d’autres valeurs.

→ On peut soutenir la thèse selon laquelle l’utilitarisme est une doctrine aliénante, qui demande à
l’agent de se tenir en permanence à distance de ses projets personnels et de ce qui compte pour lui,
et d’évaluer chaque action amicale à l’aune du principe d’utilité avant de l’accomplir, tuant ainsi
toute la spontanéité qui semble indispensable aux relations que nous entretenons avec nos proches.
En effet l’utilitarisme devrait conclure qu’il est moralement indifférent que je sauve un inconnu
plutôt que mon ami.

3) Requalifier le problème avec Elisabeth Anscombe;

Distinguer entre l’acte d’un humain et l’action humaine

Le caractère bon ou mauvais d’une action humaine ne se mesure pas uniquement au simple fait
qu’elle entraînerait des conséquences bonnes ou mauvaises. Si, par hasard, une mauvaise action a
un effet bénéfique ou si une bonne action a un effet maléfique, la première ne se transforme pas
alors en bonne action et la seconde en mauvaise. Si, voulant piéger son adversaire en dévoilant son
ignorance en public, un orateur donne à ce dernier l’occasion de montrer son brio et son sens de la
répartie, ceci ne fait pas de son action un acte charitable envers son adversaire. De même si un
chirurgien voulant sauver la vie de quelqu’un par une opération délicate échoue et tue cette
personne, ceci ne fait pas de son action un meurtre ou une mauvaise action. Le résultat de l’action
du chirurgien est sans doute déplorable et celle de l’orateur peut être satisfaisante, mais c’est alors
abstraction faite du caractère volontaire de ces actions qu’on juge la première mauvaise et la
seconde bonne, simplement en tant qu’une certaine action a été la cause d’un certain résultat.

Ce que nous jugeons alors, dit Anscombe, c’est l’acte d’un humain et pas une action humaine. De
même, nous pouvons juger cruel l’acte d’un animal (celui, par exemple, d’un chat qui jouerait avec
un lézard et lui arracherait la queue) sans le juger responsable (au sens fort, en tant qu’agent qui
n’en serait pas simplement la cause) d’un acte moralement répréhensible.

Pour le dire autrement, ce n’est pas l’acte en soi qui est bon ou mauvais, mais l’acte
volontaire de tel ou tel agent, dans telles ou telles circonstances. Donc si l’acte en
question est parfaitement involontaire, il n’est pas une action humaine.

Une action morale est une action à la fois volontaire et faite par un humain.

En ce sens, toute action morale est une action humaine (volontaire) et toute action
humaine (puisque le terme d’action humaine contient en lui la dimension volontaire) est une
action morale (elle est bonne ou mauvaise)

Pour autant, bien qu’elle critique ainsi le conséquentialisme, E. Anscombe n’est pas pour autant
déontologiste; l’action bonne ou mauvaise est toujours évaluée dans un certain contexte.
L’idée que dans un cas particulier chaque action humaine est bonne ou mauvaise est différente de
l’idée du bien générique de toute action en tant qu’elle est une action : elle signifie que chaque
action humaine est spécifiquement bonne ou spécifiquement mauvaise. Si elle est
bonne, elle ne le sera pas simplement du fait qu’elle est une action

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