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Me Ahmad Simozrag-Histoire de L'islam Politiques

Le document décrit la naissance de la première communauté islamique à Médine, y compris les efforts du Prophète Mohammed pour établir des liens avec les tribus de Médine et le serment d'allégeance à Aqabah qui a mené à la migration vers Médine et à la fondation de la communauté.

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Me Ahmad Simozrag-Histoire de L'islam Politiques

Le document décrit la naissance de la première communauté islamique à Médine, y compris les efforts du Prophète Mohammed pour établir des liens avec les tribus de Médine et le serment d'allégeance à Aqabah qui a mené à la migration vers Médine et à la fondation de la communauté.

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Histoire de l’Islam politique

Maître Ahmed Simozrag

Centre Africain de Diffusion Islamique et


Scientifique ( C.A.D.I.S)

1ère édition septembre 2004


www.bismillah-debats.net

Du même auteur :

Nouveau Dialogue entre un musulman et un


chrétien : 2 Tomes
La Chari’a et l’actualité
A l’ombre de Islam : 2 volumes
Apostasie par ignorance

1
2
DEDICACE

A mes chers étudiants qui, par leur motivation et


leur assiduité, m’ont encouragé à rassembler la
matière de cet ouvrage.

Que Dieu les récompense tous y compris ceux


qui se sont intéressés de loin aux cours sans y
avoir assisté.

3
4
Introduction :

L’histoire de l’Islam politique revêt un intérêt


particulier en raison de sa richesse et de son
caractère passionnant. Mis à part les efforts
somme toute louables des anciens historiens tels
que Tabari, Ibn Qathir, ibn al Athir, Ibn
Khaldoun et d’autres qui n’ont pas manqué de
composer des volumes sur l’histoire politique et
sociale de l’Islam, les historiens modernes ne
semblent attacher que peu d’intérêt à cette
matière dont le manque est ressenti avec regret
par les milieux intellectuels aussi bien laïcs que
musulmans. Si je me suis permis d’aborder un
domaine qui n’est pas le mien, c’est bien à cause
de ce vide que le devoir m’incite à combler.

Néanmoins, étant donné que l’écriture de


l’histoire n’est pas chose facile-- les historiens
vous le diront – c’est en simple amateur que
j’essaie de présenter brièvement au lecteur un
aperçu de l’histoire mouvementée de l’Etat
islamique.

Seulement, faut-il le rappeler, l’histoire n’a


d’utilité que si elle peut servir de source
d’inspiration pour améliorer le présent et orienter
vers des lendemains meilleurs. Si l’on se borne à
raconter des récits sans tirer profit de leurs
enseignements, on perdrait son temps dans les
fantasmes et l’imagination stérile. Or, tout
l’intérêt de l’histoire est qu’elle contient des faits
5
et des vérités qui doivent servir de leçons.
Certains faits sont à éviter, à bannir, d’autres
sont à rechercher, à imiter, à rééditer.

Par exemple, la communauté de Médine, ses


qualités morales et sociales, la foi et la piété qui
la caractérisent, les vertus de fraternité et
d’amour qui sous-tendent les relations entre ses
membres, les principes d’équité et de justice qui
étaient appliqués, l’exemple de solidarité, de
générosité, l’esprit de sacrifice pour la cause de
Dieu qui l’anime, la cohésion sociale, l’unité
malgré la diversité sociale et culturelle de ses
membres, toutes ces valeurs sont à prendre en
considération si l’on aspire à l’instauration d’une
société semblable à celle de Médine.
En revanche, les querelles pour le pouvoir, la
division, les excès, le dogmatisme religieux et
philosophique, le clanisme, l’extrémisme de
certaines sectes, le despotisme de certaines
dynasties… sont à éviter. Ces attitudes sont à
bannir parce qu’elles sont à l’origine de tous les
malheurs de la communauté et surtout de la
décadence qui lui a fait perdre sa place comme
puissance et comme civilisation.

L’ouvrage traite de l’histoire de l’Islam politique


commençant par la gestation et la naissance de
la communauté-Etat de Médine.
Dans ce contexte, il nous a semblé nécessaire de
parler des efforts du prophète (s) et des outils
qu’il a utilisés pour l’édification et l’organisation
6
de cette communauté-Etat exemplaire que
constitue la société de Médine.

Après le décès de son fondateur (paix et salut sur


lui), la communauté-Etat n’a pas connu dans
l’immédiat de grands bouleversements
susceptibles de porter atteinte à sa stabilité et au
fonctionnement normal de ses institutions. Mis à
part les troubles, très tôt dissipés, de l’apostasie
de certaines tribus arabes, on peut dire que la
société a fonctionné harmonieusement grâce à un
système d’équité et de justice mis en place par les
Califes. Les troubles ont commencé à la fin du
règne du troisième Calife Othman ibn Affane à la
suite des événements subversifs suscités par
Abdallah ibn Sabaa, un Juif que tous les
historiens désignent comme un faux converti à
l’Islam. C’était le début d’une succession de
révoltes qui vont marquer l’histoire de l’Islam et
entamer la cohésion sociale de la communauté.
La désobéissance de Moawia, gouverneur du
Cham, aux ordres du Calife fut l’acte fondateur
de la division de la communauté et des luttes
fratricides qui s’ensuivirent.

Cet événement a engendré le grave schisme


(Sunnite/ Chiite) qui va se perpétuer et affaiblir
à jamais la communauté musulmane.

Ensuite, l’ouvrage aborde de manière plus ou


moins détaillée les différentes dynasties à partir
des Omeyyades jusqu’aux Ottomans, en passant
7
par les Abbassides, les Fatimides, les Ayyubides,
les Mamelouks, etc.

L’exposé des dynasties n’est pas exhaustif.


Certaines dynasties dont l’énumération peut
paraître ennuyeuse n’ont pas été citées. Cette
étude n’a pas pour objet de recenser mais de
rendre compte des grands événements qui ont
marqué l’histoire de l’Islam.

L’important est que ce modeste travail permette


d’ouvrir un champ de réflexion ou servir de base
à des travaux plus consistants et plus
approfondis.

L’Auteur

8
I- Gestation et naissance de la Communauté
de Médine

1- Gestation

La gestation de la première communauté


islamique a commencé avec les rencontres du
prophète pendant les derniers temps de la
période mecquoise.
La mission du prophète (s) commença à avoir peu
d’impact sur la société mecquoise et les
persécutions contre les musulmans
s’intensifièrent. Mis à part la minorité qui s’est
convertie à l’islam, la société mecquoise s’est
révélée réfractaire, imperméable à l’appel du
messager de Dieu. C’était une société de païens
conservateurs qui attachaient peu d’intérêt au
changement, plutôt elle se dresse contre toute
idée nouvelle. Le prophète (s) se mit à rechercher
un autre milieu plus favorable et plus réceptif au
message.
Pour ce faire, la saison du pèlerinage était pour
Mohammed (s) une occasion de rencontrer les
visiteurs pour nouer des relations et leur porter
le message.

ll disait à ses interlocuteurs que les Mecquois


l’empêchaient de transmettre la parole de son
Seigneur et qu’il cherchait à s’exiler ailleurs ;
« protégez-moi, leur dit-il, et suivez-moi et bientôt

9
vous serez maîtres des empires voisins des Perses
et des Byzantins ».

Il rencontre un groupe de six Médinois, de la


tribu de Khazradj. Il les invite à l’Islam et ils
acceptèrent. Le voisinage des juifs a permis aux
Médinois d’avoir des notions de la prophétie
contrairement aux Mecquois qui n’en
connaissaient que très peu de choses. Les six
avaient dit au prophète : « notre peuple est trop
déchiré par les querelles intestines, il se peut que
Dieu l’en délivre par ton intermédiaire. Nous
allons tous travailler dans ce sens et l’inviter à ce
à quoi tu nous as invité, et que nous avons
accepté ».

La population de Médine était composée de deux


tribus arabes, Aws et Khazradj et de trois tribus
juives : Banu Qoraiza, Banu Nadhir et Banu
Qainuqaâ.
Ces tribus étaient déchirées par des luttes
fratricides. Chacune des tribus arabes avait des
alliés parmi les tribus juives. Ces guerres
intestines avaient duré longtemps et épuisé tout
le monde.
Les juifs attendaient la venue d’un prophète. A
chaque discussion, ces derniers menaçaient leurs
ennemis arabes qu’ils suivraient ce prophète et
qu’ils combattraient avec lui.
A leur retour à Médine, les six pèlerins se mirent
à prêcher la religion du nouveau prophète.

10
Beaucoup de gens ont embrassé l’islam à la
faveur de leur prêche. Toute la ville commença à
parler du nouveau prophète.

L’année suivante, une délégation de douze


nouveaux convertis se rendit au pèlerinage et
rencontra le prophète au même endroit, c’est-à-
dire Aqabah. C’est là que le prophète leur
demanda de lui prêter serment de fidélité. Il s’agit
du serment de Aqabah I. La formule de ce
serment a été rapportée comme suit : Les
membres de la délégation s’engagent à « écouter
et obéir dans l’aise comme dans le malaise, dans
le plaisir comme dans le déplaisir ! et c’est sur
nous- mêmes que tu auras la préférence. Et nous
ne contestons pas le commandement à quiconque
le détient. Nous ne craindrons pour la cause de
Dieu le blâme de nul détracteur. Il est entendu
que nous n’associerons à Dieu quoi que ce soit,
que nous ne volerons pas, que nous ne
forniquerons pas, que nous ne tuerons jamais
nos enfants, que nous ne propagerons point la
calomnie parmi nous, et que nous ne te
désobéirons pour aucune bonne action ».

Le prophète envoya avec le groupe médinois


Mus’ab Ibn Umaïr pour enseigner la religion à
Médine. Ce dernier eut quelques difficultés au
début, mais il fit un travail remarquable en
matière de da’wa. Quand il rentra à la Mecque
l’année suivante, il annonça au prophète que la
majorité des membres de clans arabes avait
11
embrassé l’islam. D’ailleurs, il fut accompagné
d’une foule de pèlerins médinois dont 71 hommes
et 2 femmes musulmanes.
Ils prirent rendez-vous avec le prophète pour une
rencontre nocturne à Aqabah. Ils sortirent par
petits groupes pour ne pas susciter les soupçons
des païens.

Le prophète était accompagné de son oncle Abbâs


qui n’avait pas encore embrassé l’islam. Celui-ci
prit la parole le premier et dit : « vous savez bien
que Mohammed est actuellement dans son pays
et dans sa famille, qui le protège. Il veut quitter la
Mecque pour vous rejoindre. Si vous croyez que
vous allez accomplir vos promesses et le protéger,
alors prenez vos responsabilités. Par contre, si
vous devez le laisser et l’abandonner après qu’il
aura quitté son peuple, il vaudra mieux ne pas
l’inviter dès maintenant ».
Ensuite le prophète récita quelques versets du
Coran et leur dit : « je vous engage à me protéger
comme vous protégez vos femmes et vos
enfants ».
Ils répondirent : « oui, certes ; nous jurons par
Celui qui t’a envoyé muni de la vérité que nous te
protégerons de la façon dont nous protégeons
nos protégés ».

Puis le prophète leur demanda de désigner eux-


mêmes leurs chefs. Parmi les élus qui lui ont été
présentés, il nomma neuf chefs (naqib) pour les
neuf clans des Khazrajites et trois pour ceux des
12
Aousites. Il nomma aussi As’ad ibn Zurârah qui
avait hébergé le missionnaire Mus’ab pendant
son séjour à Médine, chef de l’ensemble.
L’émigration commença quelques jours après la
conclusion de ce pacte dit Aqabah II. Mais elle
n’était pas chose facile ; certains furent empêchés
de voyager, d’autres furent enchaînés et
emprisonnés, d’autres ont vu leurs biens
confisqués.
Citons par exemple le cas de Hicham ibn al As à
qui on avait mis des chaînes aux pieds pour
l’empêcher de sortir. Ayache ibn Rabi’a subit le
même sort ; il fut ramené de Médine, enchaîné et
jeté en prison avec Hicham. Les deux y
demeurèrent longtemps jusqu’à ce que le
prophète, une fois installé à Médine, dépêchât
des agents secrets pour les enlever et les ramener
à Médine.
Quoi qu’il en soit, les traits caractéristiques de
cette communauté commençaient déjà à devenir
perceptibles, même avant l’arrivée du prophète à
Médine.

Tout d’abord, il ressort de ce qui précède que le


prophète ne s’est appuyé ni sur les membres de
sa famille ni sur son clan pour diffuser son
message et fonder la première communauté
islamique. Ce qui signifie que l’Etat islamique qui
va servir de support au message divin revêt un
caractère cosmopolite, universel sans aucune
empreinte de nature dynastique ou nationale, un

13
Etat au-dessus des contingences et des
considérations d’ordre familial et tribal.

Les membres de cette communauté vont se


distinguer par une foi sincère et un engagement
entier pour la cause islamique. Leur conversion
n’était pas une conversion tactique ou
superficielle. L’islam a imprégné leurs cœurs et
façonné leurs comportements. Nous avons vu que
le prophète (s) n’avait à aucun moment exercé
des contraintes sur les convertis. Ils avaient de
leur plein gré embrassé l’islam et ils s’étaient
engagés à respecter ses prescriptions et à
combattre voire se sacrifier pour le défendre.
Non seulement ils s’étaient engagés à se
comporter correctement, à savoir : écouter et
obéir, ne pas voler, ne pas forniquer, ne pas tuer,
ne pas propager la calomnie, mais aussi à
protéger le prophète de l’islam de la façon dont ils
protègent leurs femmes et leurs enfants. Cela
suppose qu’ils fussent prêts à consentir des
sacrifices pour le protéger comme ils le feraient
pour leurs femmes et leurs enfants.

On peut également relever comme caractéristique


de cette communauté, la supériorité de la foi et
de la religion aux choses mondaines. L’émigration
des musulmans en abandonnant leurs biens,
leurs rangs et leurs clans signifie qu’il est permis
de le faire pour sauver sa foi. On peut donc
affirmer que la religion a une valeur supérieure à
la patrie, au clan, aux biens matériels, voire à la
14
vie étant donné que la défense de la religion peut
impliquer le sacrifice de la vie.

Une autre caractéristique consiste dans la bai’a


(élection) et la libre adhésion. L’idée d’élection
apparaît à travers le fait que le prophète (s)
demanda à la délégation médinoise composée de
73 personnes de désigner elle-même les
personnes susceptibles d’être nommées comme
chefs. Le prophète n’a fait qu’adopter leur choix.

Il y a aussi un mode d’élection qui consiste dans


le serment d’allégeance. C’est une manière de se
rallier à une opinion, à une personne, à un chef,
de le reconnaître ou de le désavouer.
Le Coran approuve les serments d’allégeance
prêtés au prophète. Il les considère comme des
serments prêtés à Allah : « Ceux qui te prêtent
serment d’allégeance ne font que prêter serment
à Allah : la main d’Allah est au-dessus de leur
main ». s48, v10

« Allah a très certainement agréé les croyants


quand ils t’ont prêté le serment d’allégeance sous
l’arbre ». s48, v18

Le prophète ne s’est jamais prévalu de sa qualité


de messager de Dieu pour imposer quoi que ce
soit à quelqu’un contre son choix, même la vérité
révélée n’était pas imposée : « Dis : la vérité
émane de votre seigneur. Croira qui voudra et
niera qui voudra » s18, v29
15
« Devrons-nous vous l’imposer alors que vous la
répugnez ». s11, v28
On peut d’ores et déjà comprendre que la société
qui va naître à Médine est une société libre régie
par des valeurs morales et des principes de droit
et de justice idéale.

2- Naissance

Arrivé à Médine, le prophète fut accueilli dans


une ambiance de joie intense. Les garçons et les
filles entonnaient cette chanson :
La plaine lune s’est levée sur
nous
De la thaniyat al wadà
Le remerciement nous incombe
Pour aussi longtemps qu’on
appelle à Dieu
O ! celui qui a été envoyé pour nous
Tu es venu avec un commandement
qui sera obéi

Cet événement va marquer la naissance de la


communauté qui va transformer le monde. Ce fut
une communauté-Etat basée sur trois projets
fondamentaux que le prophète entreprît de
réaliser dès son arrivée à Médine. Ces trois
projets ou actes sont : la construction d’une
mosquée, la fraternisation entre les émigrés
(Mouhajiroun) et les autochtones de Médine
(Ansars) et enfin l’organisation de la vie
16
communautaire sur la base d’un document écrit
(l’acte constitutionnel).

2.1 La construction de la mosquée

la construction d’une mosquée à Quba fut le


premier acte du prophète.
Le premier sermon de vendredi fut prononcé dans
cette mosquée. Après les louanges d’usage, il dit
ceci : « o gens ! faites attention tout d’abord à vos
propres personnes ; sachez que lorsque l’un de
vous meurt, il laisse son troupeau, sans berger,
puis il rencontre son Maître, qui n’a besoin ni
d’interprète ni d’intermédiaire. Dieu lui
demande : ‘‘ mon messager n’est-il pas venu chez
toi ? Ne t’ai-je pas donné des biens et même
beaucoup ? Qu’est ce donc que tu as apporté ? ’’
l’homme regarde à sa droite et à sa gauche, mais
ne trouve personne (pour le secourir), et il voit
devant lui l’Enfer. Quiconque donc veut s’en
protéger, qu’il le fasse, même avec un morceau de
datte. Quiconque ne possède rien pour le donner
en charité, qu’il dise une bonne parole, car un
bienfait est récompensé par Dieu de 10 à 700 fois
selon sa valeur. Que la paix soit sur vous ! »

Après un bref séjour à Quba, le prophète décida


de quitter ce lieu pour aller plus au nord de
Médine. Il monte un jour sur sa chamelle, lâche
la corde de l’animal pour qu’elle marche à son
aise. Chaque fois que des gens insistaient pour
17
que le prophète s’installât chez eux, il
disait : « laisser la chamelle marcher, elle va nous
conduire là où il plait à Dieu ». La chamelle
s’assit dans un terrain près de la maison de Abu
Ayoub, appartenant à deux orphelins. Le
prophète l’acheta et y commença immédiatement
la construction d’une mosquée : l’actuelle grande
mosquée de Médine. Tout le monde, y compris le
prophète, apporta son concours à la construction
de cette mosquée. A côté de la mosquée on
construisit une salle qui servait d’école pendant
la journée et de dortoir pour les sans-abri
pendant la nuit. D’un autre côté de la mosquée,
on fit bâtir la maison du prophète.

Le prophète a commencé par la mosquée à cause


de son importance et de son usage polyvalent.
Outre sa fonction religieuse, la mosquée a des
fonctions sociales, politiques, éducatrices, etc.

La mosquée est à la fois le creuset de l’unité et le


centre de la foi et de la science islamiques. La
mosquée est le lieu où les musulmans se
rencontrent cinq fois par jour pour s’aligner en
rangs serrés dans leurs prières et aussi pour
apprendre, pour débattre de leurs affaires, pour
trancher leurs différends, pour prendre des
décisions importantes concernant le destin de la
communauté. En un mot la mosquée est un lieu
de culte qui fait office d’université, de tribunal, de
lieu de réunion publique. C’est le lieu où se

18
concrétise l’égalité, la fraternité et la solidarité
des musulmans.

2.2 Fraternisation des Mouhajiroun (émigrés)


et des Ansar (autochtones)

Le prophète réunit une grande assemblée de tous


les chefs de familles mecquoises et médinoises et
conclut des pactes de fraternité entre eux.
Chaque chef de famille médinoise devait
fraterniser avec un chef de famille mecquoise. Les
deux chefs devenaient des frères contractuels qui
partageaient la nourriture et les gains et qui
héritaient l’un de l’autre.
Il fit de Jaafar ibn Abi Talib et Mu’adh ibn
Jabal deux frères ; Hamza ibn Abdul Muttalib et
Zaïd ibn Haritha deux frères ; Abu Bakr et
Kharija ibn Zuhair deux frères ; Omar ibn
khattab et Utbane ibn Malik deux frères ;
Abdurrahmane ibn Aouf et Saâd ibn Rabi’e deux
frères et ainsi de suite.
Saad dit à Abdurrahmane ibn Aouf : « voilà mes
biens, je t’en donne la moitié ; j’ai deux femmes,
je divorce avec l’une d’elle à ton choix, pour que
tu puisses l’épouser ».
Abdurrahmane répondit : « Que Dieu te bénisse
dans tes biens et dans ta famille ; montre-moi
seulement le marché de la ville ». Ce dernier, avec
une petite somme d’argent, commença à faire du

19
commerce et il devint, quelque temps après, l’un
des plus riches compagnons du prophète (s).
Cette fraternisation, qui va servir de socle à
l’unité de la communauté, était basée sur l’unité
de la foi car on ne peut fraterniser sur la base de
croyances ou de convictions opposées. Elle a
regroupé 372 familles mecquoises et médinoises.
C’était une fraternité réelle qui s’est traduite par
un amour réciproque et une entraide mutuelle,
un partage à parts égales des récoltes et des
biens. L’exemple de Saâd ibn Rabi’e et de
Abdurrahmane ibn Aouf illustre cette
fraternisation.

2.3 Organisation de la Communauté

Il y avait à Médine environ une dizaine de milliers


d’habitants composés de musulmans, de juifs, de
chrétiens et de tribus arabes païennes. Avant
l’hégire, les Khazradjites avaient désigné comme
roi Abdallah ibn Ubay ibn Salûl et ils
s’apprêtaient à l’introniser. L’islam rendit
impossible la réalisation de leur projet au grand
dam de l’intéressé.
Il n’y avait pas d’organisation politique à Médine.
Chaque tribu constituait une unité indépendante,
qui ne reconnaît aucune autorité autre que celle
de son propre chef. Celui-ci représente la plus
haute autorité de la tribu ; il n’y avait pas
d’égalité entre les tribus ; le prix du sang
redevable à certains clans faibles était égal à la
20
moitié de celui des clans puissants. Il fallait
concilier ces tribus, dissiper leurs rivalités,
organiser cette population hétérogène et
disparate, créer les conditions d’une coexistence
pacifique entre les différents groupes, définir les
droits et les devoirs des musulmans d’un coté et
des non-musulmans de l’autre ; il fallait
organiser la vie collective, la doter des
institutions judiciaires, financières, éducatrices,
militaires.
Dans cette perspective, le prophète convoqua une
sorte d’assemblée générale constituante à
laquelle participèrent les musulmans et les non-
musulmans. Cette assemblée s’est tenue dans la
maison d’Anas et tous étaient d’accord pour se
constituer en communauté-Etat. Un document
tenant lieu de loi organique fut rédigé sous la
dictée du prophète. C’était la première
constitution écrite dans l’histoire.

La première traduction de ce document en


langues européennes, l’a divisé en 47 articles
mais selon le professeur M. Hamidoulah, le
document comporte 52 articles.
Le document est nommé Sahifa (feuille, écrit). La
première disposition traite de l’immigration d’une
communauté musulmane, composée de
musulmans émigrés de la Mecque, de
musulmans médinois et des non-musulmans qui
acceptaient cette forme d’organisation sociale
ainsi que le devoir de combattre, aux côtés des
musulmans, en cas d’agression.
21
 cette communauté reconnaît l’égalité des
droits à chacun de ses membres.
 en matière de lutte contre l’injustice,
chaque citoyen devrait y apporter son aide,
fut-ce même contre les membres de sa
tribu, de sa famille ou contre ses proches
(article 13).
 pour le règlement des différends, on doit
avoir recours à la justice divine consistant
en la loi de Dieu et l’arbitrage de Son
envoyé (article 23).
 le document laisse la porte ouverte aux juifs
désireux d’entrer dans la communauté.
 il reconnaît le libre exercice du culte à ces
derniers : « aux juifs leur religion et aux
musulmans leur religion » (article 25).
 il fait interdiction aux juifs, et à plus forte
raison aux musulmans, de porter aide ou
protection aux qurairchites de la Mecque ou
à leurs alliés.
 les frais de guerres défensives devraient être
supportés par chacune des communautés
juive et musulmane (article 24,37, 38) mais
en cas de guerre offensive, aucune
communauté n’a l’obligation d’aider l’autre
(article 45)

Remarques importantes :
1) Le document ne fixe pas les limites
territoriales de la communauté-Etat. Est-ce que
c’était dans le souci d’une extension future ? Ou

22
est-ce une façon de rejeter la notion de frontières
terrestres ?

2) Le document ne parle ni des tribus arabes ni


des tribus juives mais de leurs subdivisions ex :
Banû Auf, Banû Najjâr.

3) Le document intègre les juifs dans la même


communauté que les musulmans : « les juifs des
Banû Auf formeront une communauté avec les
croyants. Aux juifs leur religion et aux
musulmans leur religion » (article 25). Dans le
récit d’Abu Ubaid, il est écrit : « formeront une
communauté faisant partie des croyants ».
Est-ce que le prophète voulait dire que les juifs
en tant que monothéistes ne devaient pas se
solidariser avec les païens de la Mecque ?
Est-ce que le document projette de ranger dans la
catégorie de croyants tous les fidèles des religions
monothéistes face à la catégorie des incroyants et
polythéistes, comme le suggère le Coran dans les
versets suivants : « Dis : ô Gens du livre, venez-
en à une parole commune entre nous et vous :
que nous n’adorions qu’ Allah, sans rien lui
associer, et que nous ne prenions point les uns
les autres pour seigneurs en dehors d’Allah » s3,
v64

« Certes, ceux qui ont cru, ceux qui se sont


judaïsés, les Nazaréens et les Sabéens, quiconque
d’entre eux a cru en Allah, au Jour dernier et
accompli de bonnes œuvres, sera récompensé par
23
Son Seigneur ; il n’éprouvera aucune crainte et
ne sera jamais affligé » s2, v62

Ce document prouve que l’islam ne connaît point


la séparation entre le politique et la religion, que
la laïcité n’a pas sa place en islam.

L’Islam a construit dès son apparition un Etat de


droit, un système organisé fondé sur une
constitution et des lois formant ce qu’on appelle
la chari’a, le droit dans l’esprit de faire régner la
justice. Ceux qui prétendent se contenter du
Coran comme constitution se trompent parce que
le prophète est mieux placé qu’eux pour savoir
s’il fallait ou non rédiger une constitution. Il a
rédigé une constitution qui a pour objet
l’organisation des pouvoirs au sein d’une
communauté.

II - Les qualités de la Communauté-Etat de


Médine

La communauté qui vit le jour à Médine après


l’immigration du prophète (s), devrait servir de
modèle aux musulmans dans tous les domaines.
Cette communauté possédait des qualités et des
caractéristiques qui font d’elle une communauté
unique en son genre. Certes, la présence du
prophète au sein de cette communauté a
contribué à sa formation et à son éducation,
mais son exemplarité ne se limite pas à la période
prophétique, elle s’étend jusqu’à la fin du califat
24
éclairé, date à laquelle le pouvoir se transforma
en dynastie. C’était une communauté
indépendante et souveraine qui gérait elle-même
ses affaires et élisait ses dirigeants, lesquels
étaient responsables devant elle et lui rendaient
compte de leur gestion. Elle était placée au-
dessus du pouvoir et non l’inverse comme c’est le
cas actuellement. Ni le prophète, ni les quatre
Califes après lui n’ont concentré le pouvoir entre
leurs mains. En réalité c’était la communauté qui
exerçait le pouvoir au moyen de la choura. C’est
pourquoi le prophète n’a pas désigné de
successeur avant sa mort, sachant que ce choix
appartient à la communauté. C’est pourquoi
aussi le discours coranique s’adresse non pas
aux dirigeants mais à la communauté, ce qui
prouve que c’est elle qui compte aux yeux d’Allah
et qu’elle est seule responsable devant Lui.
Quand il s’agit d’un ordre, d’une exhortation ou
d’une obligation, le Coran parle au pluriel,
s’adressant à la communauté des croyants même
si l’exécution de l’action ou de la sanction n’exige
qu’une seule personne :

« Ne tuez point la vie qu’Allah a rendu sacré sauf en droit » s17,


v34
« Et ne vous tuez pas vous-mêmes. » s4 v29
« Ne transgressez pas » s2, v190
« Allah vous commande de rendre les dépôts à leurs ayants droit,
et quand vous jugez entre les gens de juger avec équité »s4, v58
« Allah ne vous défend pas d’être bienfaisants et équitables
envers ceux qui ne vous ont pas combattus pour la religion et ne
vous ont pas chassés de vos demeures. » s60, v8
25
« Allah vous défend seulement de prendre pour alliés ceux qui
vous ont combattus pour la religion, chassés de vos demeures et
ont aidé à votre expulsion. » s60, v9
« Donnez le poids exact et ne faussez pas la pesée » s55, v9
« Et ne dévorez pas illicitement vos biens » s2, v188 ; s4, v29
« Ne prenez pas de confidents en dehors de vous-mêmes » s3,
v118
« Ne pratiquez pas l’usure » s3, v130
« Ne prenez pas pour alliés les mécréants au lieu des croyants »
s4, v144
« Remplissez fidèlement vos engagements » s5, v1 ; s17, v34
« Observez strictement la justice » s4, v135
« Soyez des témoins équitables » s5, v8
« Ne tuez pas vos enfants » s6, v151 ; s17, v31
« Allah vous commande de rendre les dépôts (les droits) à leurs
titulaires et de juger avec équité quand vous jugez entre les
gens. » s4 v58
« Obéissez à Allah et à Son messager et ne vous disputez pas
sinon vous fléchirez et perdez votre force. » s8 v46
« Et n’espionnez pas ; et ne médisez pas les uns des autres » s49
v12
« Rivalisez dans les bonnes œuvres » s2 v148
« N’insultez pas les divinités qu’ils invoquent en dehors d’Allah,
sinon ils insulteraient Allah par hostilité et par ignorance. » s6
v108
« Et ne discutez que de la meilleure façon avec les gens du Livre,
sauf ceux d’entre eux qui sont injustes. » s29 v46
« Entrez tous dans la paix ; ne suivez pas les traces du Démon : il
est votre ennemi déclaré. » s2 v2O8
« Dépensez de ce que Nous vous avons attribué. » s2 v254
« Observez strictement la justice et soyez des témoins pour
Allah. » s4 v135

1- La meilleure communauté

26
Dès lors que c’est Allah, gloire à lui, qui rend
témoignage à cette communauté en la qualifiant
de la meilleure communauté que l’humanité ait
connue, on ne peut plus douter de cette réalité.
Le Coran attribue entre autres qualités à cette
communauté la foi en Dieu, le combat pour le
bien et contre le mal.
« Vous êtes la meilleure communauté qu’on ait
fait surgir pour les hommes. Vous ordonnez le
convenable, vous interdisez le blâmable et croyez
en Allah » s3, v110

Elle était la meilleure communauté parce qu’elle


réunissait ces trois qualités, à savoir la croyance
en Allah, l’incitation au bien et la condamnation
ou l’interdiction du mal.
Le prophète (s) a dit : « Il m’a été accordé ce
qu’aucun prophète n’a obtenu : J’ai vaincu par la
peur, j’ai eu les clefs de la terre, j’ai été
nommé Ahmad, toute la terre fut purifiée pour
moi, et ma communauté fut rendue la meilleure
des communautés. » (rapporté par Ali ibn Abi
Taleb)

2- Une communauté de juste milieu

« Et aussi nous avons fait de vous une


communauté de juste milieu pour que vous
soyez témoins contre les gens, et que le messager
soit témoin contre vous. » s2, v143

27
Le juste milieu (al wassatia) a plusieurs
significations, à savoir : justice, médiation,
modération, droiture, équilibre, force, meilleure.
Certains auteurs ont traduit juste milieu par
juste. Le témoin doit être juste ; la communauté
va témoigner pour ou contre les gens. Ce terme
signifie également : meilleure. Une communauté
de juste milieu est une communauté meilleure.
On dit de la tribu de Quraïch qu’elle est « awsat
al arab », la plus équilibrée, la plus médiane, la
plus juste. Il en est de même de la « prière
médiane » qui est la meilleure prière. Selon un
hadith rapporté par l’Imam Ahmad, le prophète a
dit : « le prophète Noé sera appelé le Jour de la
résurrection, on lui demandera s’il avait
transmis. Il dira oui ; on appellera son peuple et
on lui demandera : « est-ce qu’il vous a
transmis ? » Ils diront : « aucun avertisseur ne
nous était venu et personne ne nous a
transmis. » On demandera à Noé : « qui pourrait
témoigner ? » il dira : « Mohamed et sa
communauté ». C’est cela : « Et aussi nous avons
fait de vous une communauté de juste » et le
wassat est la justice, vous serez appelés, vous lui
témoignez qu’il a transmis puis je témoigne pour
vous ».

3- Egalité et équité

Le Coran a posé le principe de l’égalité des êtres


humains quelles que soient leurs couleurs, leurs
28
langues ou leurs origines. Car Dieu les a créés
dans la même forme et de la même matière.
« Les gens sont égaux comme les dents d’un
peigne » disait le prophète. Ce dernier prenait
part personnellement aux travaux de
construction de la mosquée ; il avait creusé avec
eux la tranchée alentour de la ville de Médine.
Dans son discours d’adieu, le prophète a dit : « ô
gens, votre Seigneur est Un et votre père est un,
l’Arabe n’a aucun mérite sur le non arabe, ni le
blanc sur le noir sauf par la piété. Le plus noble
d’entre vous est le plus pieux ».

Cette communauté avait intégré en son sein


l’Arabe, le Persan, le Byzantin, l’Africain, le riche,
le pauvre, le lettré, l’illettré, l’émigré, l’autochtone
et tous étaient égaux devant la loi ; ils étaient
égaux en droits et en devoirs.

La justice est l’une des conditions de l’existence.


Rappelons que les dispositions de l’article 13 de
l’acte constitutionnel fait obligation à chaque
citoyen d’apporter son aide dans la lutte contre
l’injustice même contre les membres de son clan
ou de sa famille.
A propos de la justice, Dieu leur
ordonne : « d’observer strictement la justice…Ne
suivez donc pas les passions afin de ne pas dévier
de la justice » s4, v135

29
« Et que la haine pour un peuple ne vous incite
pas à être injustes. Pratiquez la justice, cela est
plus proche de la piété » s5, v8

« Et quand vous parlez, soyez justes même s’il


s’agit d’un proche parent » s6, v152
«Et quand vous jugez entre les gens, de juger
avec justice » s4, v58

Le prophète a dit : « un jour d’un imâm juste vaut


mieux que soixante années d’adoration ».

4- La choura

La choura ou consultation était l’une des


pratiques de cette communauté. Le Coran
contient tout un chapitre intitulé la choura ou il
est question des qualités des croyants lesquels se
consultaient entre eux sur toute chose. Le
prophète (s) consultait très fréquemment ses
compagnons. Il l’avait fait dans la bataille de
Badr, d’Ouhoud, de la Tranchée, de Hudaibiya. Il
consultait certains compagnons même sur ses
affaires privées ; il avait demandé conseil à Ali
ibn Abi Taleb et Oussama ibn Zaid au sujet d’une
mésentente familiale et ils l’avaient conseillé.

Les compagnons, après lui, avaient régulièrement


appliqué la choura comme principe de
gouvernement.

30
Les sages musulmans ont dit : « l’erreur avec la
consultation est plus utile que la régularité avec
l’autocratie et la dictature. »

5- Solidarité et esprit de groupe

L’esprit de groupe et la solidarité faisaient


également partie des qualités de la communauté
de Médine. Parce que ses membres étaient
obéissants à la parole d’Allah quand Il dit : « Et
accrochez-vous tous à la corde d’Allah et ne soyez
pas divisés. » s3, v103

« Et obéissez à Allah et à Son messager et ne vous


disputez pas sinon vous fléchirez et perdrez votre
force » s8, v46

« Allah est avec le groupe, celui qui s’isole, s’isole


dans le feu ». (Hadith)

« Celui qui se sépare du groupe d’un empan, c’est


comme s’il ôtait l’anneau de l’islam ». (Hadith)

Ils étaient solidaires les uns des autres. La parole


d’un membre engage tous les membres du
groupe. Par exemple, lorsque le musulman
homme ou femme accorde la protection à un non
musulman, tous les autres musulmans, y
compris le chef de l’Etat, doivent respecter le
pacte de protection.

31
Cette disposition était inscrite à l’article 15 de
l’acte constitutionnel avant d’être entérinée par le
sixième verset de la Sourate 9 du Coran qui dit : «
Et si l’un des associateurs te demande asile,
accorde-le lui afin qu’il entende la parole d’Allah,
puis fais-le parvenir à son lieu de sécurité. Car ce
sont des gens qui ne savent pas ». s9, v6

6- Le sens du sacrifice et du jihad pour la


cause de Dieu

La force de la foi en Dieu a cultivé en eux le sens


du Jihad et du sacrifice pour la cause de Dieu. Il
y avait des musulmans qui pleuraient quand on
leur annonçait leur inaptitude au combat pour
des raisons d’infirmités ou de vieillesse. Il n’est
pas exagéré de dire que si l’Islam avait pu
atteindre les extrémités de la terre, c’était grâce
aux sacrifices de cette communauté.

Rappelons la parole de Ribe’i ibn Ameur à


Roustam, chef des armées perses : « Allah nous a
envoyés pour sortir les gens de l’adoration des
hommes à l’adoration du Seigneur des hommes,
et de l’étroitesse de la vie présente à la largeur de
la vie future, de l’injustice des religions à la
justice de l’islam. »
Le Calife Abou Bakr désigna Omar ibn kathab
comme juge à Médine. Ce dernier a chômé toute
l’année, il ne reçut ni plainte, ni plaignant si bien
qu’il se sentit inutile et démissionna. Lorsque le
32
Calife l’interrogea sur les raisons de sa
démission, il lui dit : « une société de croyants
comme celle-ci n’a pas besoin de juge, chacun
d’eux connaissant son droit, n’en a pas réclamé
plus, et connaissant son devoir n’a pas failli à
son accomplissement. Chacun d’eux a aimé pour
son frère ce qu’il aime pour lui-même ; lorsque
l’un d’eux s’absente, ils s’enquièrent de lui ; s’il
tombe malade, ils lui rendent visite, s’il est dans
le besoin, ils lui viennent en aide ; s’il est
éprouvé, ils le consolent. Leur religion est le
conseil sincère, et leurs mœurs : l’incitation au
bien et l’interdiction du mal, pourquoi se
disputeraient-ils » ?

III - LA SUCCESSION DU PROPHETE

1- Le décès du prophète :
Le prophète tomba malade dès son retour du
pèlerinage d’adieu. Un jour il quitta sa maison
avec un bandeau autour de la tête ; il prit place
au minbar (la chaire) et dit : « il y avait un esclave
de Dieu ; Dieu lui proposa de choisir entre ce qui
est ici-bas et ce qui est auprès de Lui ; et cet
esclave préféra ce qui est auprès de Dieu. » Abou
Bakr le comprit et se mit à pleurer. « Barrez
toutes les portes qui s’ouvrent sur la cour de la
mosquée, continue le prophète, sauf la porte de
Abou Bakr car je n’ai connu personne de plus
utile à ma cause que lui ; si je pouvais prendre
un ami parmi les humains, ce serait Abou Bakr.
33
Il est mon compagnon et frère dans la foi, jusqu’à
ce que Dieu nous réunisse auprès de Lui ».
Le prophète recommanda ensuite l’expédition
d’Usama, en rappelant les mérites de ce jeune
compagnon et de son père Zaid ibn al Haritha. Il
rentra chez lui.
Le lendemain son état se détériora ; il demanda
aux gens qui se trouvaient à ses
côtés : « apportez-moi du papier pour que je
puisse rédiger un écrit ; vous ne vous égarerez
pas ensuite ». Certains s’opposèrent, disant que
ce n’est pas le moment de le faire « le prophète
est souffrant, nous possédons le Coran et cela
nous suffit »; il y avait une dispute à ce sujet
entre les gens présents ; le prophète leur aurait
demandé de sortir.
Ne pouvant plus diriger la prière, il nomma Abou
Bakr pour le remplacer. Le prophète prononça
cette phrase à voix basse : « il n’y a de Dieu
qu’Allah ; quelle agonie dans la mort ». Son
dernier mot audible fut : « mais avec le
Compagnon d’en haut ».

La nouvelle de la mort plongea la ville dans


l’émoi. Omar s’emporta contre ceux qui
pleuraient : « l’envoyé de Dieu n’est pas mort,
leur dit-il, il est seulement allé auprès de Dieu
comme Moise y était allé, pour revenir bientôt
auprès de sa communauté afin de la guider
jusqu’au jour de la résurrection ».
Abou Bakr intervient : « Peuple ! quiconque
adorait Mohamed, qu’il sache qu’il est mort ;
34
mais quiconque adorait Dieu, alors Dieu est
vivant et ne meurt jamais ». il récite le verset
suivant : « Mohamed n’est qu’un messager. Des
messagers avant lui sont passés. S’il mourait
donc, ou s’il a été tué, retournerez-vous sur vos
talons ? Quiconque retourne sur ses talons ne
nuira en rien à Allah ; et Allah récompense bien
les reconnaissants ».s3, v144

2- Discussion et délibération

Les Ansars, estimant qu’il fallait immédiatement


régler le problème de la succession, se rendirent
à la Saqifa des banou sa’idah pour débattre de
cette question. Il s’agissait de savoir auquel des
deux clans des émigrés et des Médinois revenait
le mérite de la succession du prophète. Avant
l’arrivé des émigrés à l’assemblée, les débats
avaient abouti à la désignation de Saâd ibn
Ubadah comme Emir sans qu’il y eut un
consensus autour de ce personnage. Les Ansars
étaient divisés tant sur leur droit à la succession
que sur la personne de Saâd ibn Ubadah. Ceux
qui prétendaient avoir droit à la succession du
prophète tiraient argument de l’asile accordé au
prophète, du fait que celui-ci est mort chez eux,
que Dieu les a nommés Ansars (soutiens,
auxiliaires) dans Son Livre (s9, v100,117).
En revanche, les opposants estimaient que les
Qoreichites étaient plus dignes que les Ansars
parce que ce sont eux qui avaient la charge de la
35
prophétie. Le Califat appartient à ceux qui ont eu
la charge de la prophétie. En plus, il ne faut pas
oublier que le prophète ne mourut pas avant
d’avoir désigné Abou Bakr comme remplaçant
pour diriger les offices ; ce choix était
fondamental car la Salat est le pilier de la
religion. La discussion n’était pas terminée
lorsque Abou Bakr arriva en compagnie de Omar
ibn kathab, Abou ubaidah et d’un groupe de
mohajiroun (émigrés).
Ali resta en deuil chez lui avec certains membres
de sa famille.

Thabit ibn Qais (khazrajite) intervint et dit : « ô


Mohajiroun ! Vous savez tous comme nous que
Dieu avait envoyé Mohamed comme messager qui
resta à la Mecque malgré la persécution et le
refus, Dieu lui enjoigna de s’abstenir de toute
violence. Ensuite Il lui permit d’émigrer et de
combattre. Nous étions ses auxiliaires et son
asile. Puis vous êtes venus, et nous partageâmes
avec vous nos biens. Nous sommes donc la vraie
force de l’Islam, et c’est de nous que Dieu parle
dans le Coran : « A ceux qui, avant eux, se sont
installés dans le pays et dans la foi, qui aiment
ceux qui émigrent vers eux, et ne ressentent
dans leurs cœurs aucune envie pour ce qu’ils ont
reçu et qui les préfèrent à eux- mêmes, même s’il
y a pénurie chez eux » s59, v9
« Cela entre autres versets que nul ne peut nier.
En outre, vous savez aussi toutes les bonnes
paroles que le prophète a prononcées en notre
36
honneur. Il quitte ici-bas et ne nomme personne
clairement comme son successeur, mais enjoignit
à sa communauté de tenir fermement le Livre de
Dieu et la sunna (tradition) du prophète. Tant
qu’on s’y tient, on ne pourra être unanime dans
l’erreur. Nous sommes donc les auxiliaires de
Dieu, et c’est à nous qu’appartient la direction du
peuple. Qu’en pensez-vous ô Mohajiroun ? je
vous salue ».

Abou Bakr se leva et lui répondit : « ô Thabit !


Ton peuple ansârite est exactement comme tu
l’as décrit ; personne ne s’y oppose. Quant à nous
Mohajiroun, Dieu a révélé à notre sujet : « Aux
émigrés besogneux qui ont été expulsés de leurs
demeures et de leurs biens, tandis qu’ils
recherchaient la grâce et un agrément d’Allah, et
qu’ils portaient secours à Dieu et à son messager
ceux-là sont les véridiques. »s59, v8. et Allah
vous a ordonnés de suivre les véridiques lorsqu’Il
vous dit : « ô les croyants craignez Allah et soyez
avec les véridiques ».s9, v119. En outre vous
savez que les Arabes n’admettront cet amr
(commandement) que pour les qoraichites, qui
sont considérés comme le clan le plus éminent
parmi les Arabes ; et ce sont également eux que
vise la prière d’Abraham : « Nôtre Seigneur !
Envoie l’un des leurs comme messager parmi
eux » s2, v129. Je choisis donc pour vous l’un de
ces deux : Omar et Abu Ubaidah ; prêtez serment
à n’importe lequel d’entre eux ».

37
Thabit ibn Qais se leva pour demander aux
musulmans s’ils étaient d’accord avec ce qu’a dit
Abu Bakr ? « Oui nous sommes d’accord, répond
l’assistance ».

Thabit : « Il ne vous fallait pas imputer à Abu


Bakr la désobéissance au prophète ? N’avez-vous
pas mentionné que le prophète l’avait choisi pour
diriger la prière, ne faisant cela que pour le
désigner comme successeur ? Or Abu Bakr
désobéit au prophète en se retirant de l’élection
du successeur du prophète au profit de Omar et
de Abu Ubaidah. Comment pouvez-vous suivre
ceux auxquels Abu Bakr avait été préféré par le
prophète lui-même et choisi par lui » ?
Les Mouhajiroun conclurent que, si le chef est
choisi parmi eux, les ministres le seront parmi les
Ansars et qu’ils ne décideraient rien sans
consulter les Ansars et sans leur présence.
Le Khazrajite al Hubâb ibn al Mundhir propose la
désignation de deux émirs : « un émir de chez
nous et un émir de chez eux ».
Cette proposition fut rejetée par les Ansars eux-
mêmes. On se rappela in extremis d’un hadith
qui coupa court à toute discussion : « les
dirigeants sont des Quraichites ».

3- L’élection de Abu Bakr

Abu Bakr, rappelant qu’il n’était pas candidat,


proposa Omar ou Abu Ubaidah. Ces derniers
38
refusèrent la proposition en affirmant que Abu
Bakr était le meilleur des Mouhajiroun, le seul
qui a été en compagnie du prophète dans la
caverne (Coran s9 v40) et enfin qui avait été
nommé par le prophète pour diriger les offices. Ils
demandèrent à Abu Bakr d’étendre sa main pour
qu’on puisse lui prêter serment.
Bachir ibn Saad s’écria : « Je vous jure par Dieu !
Personne ne doit prêter ce serment à Abu Bakr
avant moi ! » Et c’est ce qu’il fit. Quelques-uns
s’opposèrent, mais la grande majorité de
l’assistance y compris les Ansars, vint l’un après
l’autre serrer la main d’Abu Bakr au titre du
serment. Saad ibn Ubadah faisait partie du
groupe des opposants. Ainsi vit le jour
l’opposition au sein de l’Etat islamique.
Ali et les Banû Hachim étaient en désaccord avec
l’élection d’Abu Bakr. Ils estimaient que la
succession revenait de droit à Ali. Celui-ci dit à
Abu Bakr : « Vous l’avez emporté sur les Ansars
en leur disant que Mohamed était des vôtres ; je
retourne le même argument contre vous ; nous,
les membres de la famille du prophète, sommes
plus près de lui que quiconque ». Abu Bakr
répondit qu’il ne savait pas que Ali lui contestait
cet ‘‘amr’’ (pouvoir), sinon il ne l’aurait jamais
accepté.
Ce conflit s’aggrava lorsque Fatima, fille du
prophète et épouse d’Ali se rendit chez Abu Bakr,
pour lui réclamer en héritage la terre de fadak
que son père possédait. Abu Bakr lui rappela une
parole du prophète qui disait : « nous prophètes,
39
nous ne laissons pas d’héritage. » Il l’assura qu’il
prendrait en charge les dépenses de la famille du
prophète.

Quelques jours après le serment de la Saqifa, la


population de Médine se réunit à la mosquée et
émit un vote de confiance en faveur d’Abu Bakr.
Celui-ci prononça ensuite son discours
d’investiture.
Après les formules de louanges habituelles, il
dit : « Peuple ! j’ai été choisi comme votre chef,
bien que je ne sois pas le meilleur d’entre vous.
Donc, si j’agis bien, aidez-moi, et si j’agis mal,
corrigez-moi. En effet la véracité est la confiance,
et le mensonge est l’abus de confiance. Or le
faible parmi vous est fort à mes yeux, jusqu’à ce
que j’obtienne pour lui son droit ; et le fort parmi
vous est faible à mes yeux, jusqu’à ce que je lui
arrache ce qui n’est pas son droit ; tout cela par
la volonté de Dieu. Ecoutez ! il n’y a aucun
peuple qui ne soit pas frappé d’humiliation s’il
néglige de lutter pour la cause de Dieu et
l’immoralité ne se répand pas au sein d’un
peuple, sans que Dieu ne l’afflige d’une calamité
générale. Obéissez-moi, tant que j’obéis à Dieu, et
à son messager. Si je désobéis à Dieu et à Son
messager, vous ne me devez aucune obéissance.
Levez-vous pour la prière ; que Dieu vous fasse
miséricorde » !

40
IV- Les Califes et le système du califat

A première vue on peut considérer que le décès


du prophète n’a pas entraîné de grands
bouleversements au sein de la communauté. Cela
est dû, d’une part à la stabilité du système grâce
à l’organisation politique et sociale mise en place
par le prophète, et d’autre part à l’absence de
rivalités ouvertes parmi les compagnons qui
pouvaient prétendre au pouvoir. A l’exception de
la réunion précipitée de la Saqifa, décriée par les
uns et justifiée selon les autres par l’urgence de
combler le vide créé par le décès du prophète, il
y avait une sorte de désintérêt qu’on peut
attribuer à deux facteurs :

1) l’état de consternation lié à la mort du


prophète.

2) l’existence d’un hadith selon lequel il est


interdit d’accorder le commandement à celui qui
le demande.

On peut également expliquer cette situation par


l’état d’impréparation des ennemis de l’Islam qui
n’avaient pas hésité à entrer en action dès
l’assassinat de Omar pour semer la discorde au
sein de la communauté et fomenter des troubles
ayant débouché sur l’assassinat des deux autres
Califes.
Néanmoins, le calme relatif de cette courte
période ne doit pas nous faire oublier les grands
41
soubresauts de la périphérie provoqués par le
mouvement d’apostasie et de désobéissance.
Il y avait, à l’origine de ce mouvement, les faux
prophètes et les tribus nomades qui avaient
refusé de payer la Zakât.

La plupart des penseurs et des experts


musulmans ont considéré le refus de payer la
zakât au jeune Etat musulman comme une
rébellion et une tentative de déstabilisation de
l’Etat islamique. De ce fait, nombre de savants
musulmans, à l’exception des Chiites, ont
approuvé la méthode musclée de la riposte du
Calife Abu Bakr. Car, priver le jeune Etat d’une
ressource aussi importante que la Zakât,
équivaut à la destruction de cet Etat et, à travers
lui, du message de l’Islam. C’est pourquoi, les
Califes avaient d’emblée déclaré que l’Etat avait
pour fonction essentielle de protéger la religion,
c’est-à-dire le message de l’islam. Si l’Etat venait
à s’effondrer, la religion à son tour ne pourrait
pas échapper à l’effondrement. Il s’ensuit que le
Calife Abu Bakr, en menant le combat contre les
partisans de la rébellion, n’a fait que sauvegarder
l’intégrité de l’Islam.
Il est à noter que, en dépit de la gravité de la
situation, le Calife n’a pas agi sans rappeler à
l’ordre et inviter les rebelles au repentir et ce,
avant de donner des instructions fermes aux
chefs militaires leur rappelant leur devoir de
craindre Dieu et d’éviter les abus dans le combat.

42
1- Mode d’élection du Calife

Il est important de remarquer qu’aucun des


quatre Califes éclairés n’avait tenté de s’imposer
contre la volonté du peuple, de même qu’aucun
Calife n’avait osé transmettre le pouvoir à son fils
avant que l’impudence et l’effronterie eussent
conduit Mouawia à transformer le califat en
monarchie héréditaire.

S’il est vrai qu’il n’y a pas de règles pour le choix


des candidats puisque chaque Calife a fait l’objet
d’un choix selon un mode particulier, il n’est pas
moins vrai que ce choix doit être sanctionné par
l’acte d’allégeance (bai’a) de la communauté. Le
Calife tire sa légitimité de ce vote de confiance
que les membres de la communauté expriment
en sa faveur.
De nos jours, la désignation des candidats dans
les démocraties relève de la compétence des
partis politiques. Ensuite ce choix est soumis au
suffrage universel.
La désignation du premier Calife dans la Saqifa
s’apparente à la méthode des partis politiques
modernes. Les émigrés et les Ansars ont joué le
rôle de partis politiques.
La désignation de Omar par Abu Bakr ne pouvait
pas être considéré comme une cooptation dans la
mesure où cet acte n’avait pas dispensé le Calife
de la condition du vote de la communauté (bai’a).

43
C’était donc une simple proposition entérinée par
la communauté.

D’ailleurs, Abu Bakr avait réuni les musulmans


dans la mosquée et leur avait dit : Est-ce que
vous accepterez celui que je vous propose ?
Quant à Omar, il avait désigné pour sa
succession un conseil de choix de candidat qui
avait retenu la candidature de Uthman ibn
Affane.
Après l’assassinat de Uthman, un groupe de
musulmans avait fait appel à Ali pour occuper
cette fonction mais ce dernier exigea que sa
désignation se fasse en public et à la majorité.
Après le vote d’approbation, le Calife devait
prononcer un discours sous forme d’une
déclaration de politique générale.

2- La politique des Califes

Avant de voir les Califes à pied d’œuvre sur le


terrain de l’action, on peut avoir une idée de leur
politique à travers leurs discours d’investiture.
L’examen de leurs discours rend compte de leur
personnalité, de leur modestie, de leur souci de
justice, de leur dévouement pour la cause de
Dieu, de leurs préoccupations de bien servir la
communauté, de l’intérêt qu’ils portent à la
propagation de la parole de Dieu, de leur crainte
de commettre des injustices ou de bafouer les

44
droits des gens, de leur piété et de leur mépris de
ce bas monde.
Ali et Uthman avaient, dans leurs discours, mis
l’accent sur l’inanité de la vie ici bas, qu’ils
qualifient de demeure provisoire, d’illusion. C’est
la vie future qu’il faut prendre en compte.
Ali insiste sur le respect des droits des gens. Il
met en garde contre l’atteinte à la vie humaine
sans raison valable : « le vrai musulman est celui
dont les autres n’ont à craindre le mal ni de la
langue ni de la main ».
« Craignez Dieu pour ce qui est des droits de Ses
serviteurs et de Sa terre car vous êtes
responsables ».
Abu Bakr et Omar avaient axé leurs discours sur
la justice, les garanties des droits.
Omar annonça que sa sévérité s’abattra sur les
injustes, tandis qu’elle sera paix et sécurité pour
les justes. L’attribution des fonctions devait
répondre, selon le Calife, à quatre critères : le
mérite, la compétence, la force du caractère,
l’honnêteté.

Il était tellement modeste qu’on ne pouvait le


distinguer du plus humble citoyen.
On l’a vu plus haut, Abu Bakr disait : « j’ai été
choisi comme votre chef, bien que je ne sois pas
le meilleur d’entre vous ». Il demanda aux gens de
l’aider s’il agit bien et de le corriger dans le cas
contraire.

45
3- Le désordre créé par l’apostasie

Après son élection, Abu Bakr s’est trouvé


confronté à un mouvement insurrectionnel
conduit par des apostats et des faux prophètes.
Ce mouvement naquit au sein des Bédouins dont
la conversion à l’Islam n’était qu’un fait de
circonstances sans engagement sincère.
Le Coran a fait état de ce manque de sincérité et
de faiblesse de foi chez les Bédoins avant que cela
ne se manifeste dans les faits : « les Bédoins ont
dit : « Nous avons la foi » dis : « vous n’avez pas
encore la foi. Dites plutôt : nous sommes
simplement soumis, car la foi n’a pas encore
pénétré dans vos cœurs » s49 v14.

Certaines tribus pensaient que l’Islam devait


prendre fin avec la mort du prophète.
D’autres ont trouvé dans la mort du messager de
Dieu une occasion pour lui succéder et se
réclamer prophètes eux-mêmes. Il s’agit de
Toulaiha al-Asdi, Al Asswad al Ansi,
Moussailama al Kaddab (le menteur), Sajah la
Tamimite, etc..

D’autres encore ont cessé de payer la Zakât parce


que, selon eux, seul le messager de Dieu était
habilité à prélever l’aumône conformément au
verset qui lui ordonne : « prélève de leurs biens
une sadaqa (aumône) par laquelle tu les purifies

46
et les bénis et prie pour eux. Ta prière est une
quiétude pour eux » s9 v103
C’est à lui, dirent les apostats, et non pas à un
autre que Dieu à ordonné de prélever cette
aumône.
Ils avaient considéré la zakât comme un don
exclusivement religieux qui a pris fin avec la mort
du prophète. Abu Bakr avait compris le danger
de ces mouvements tant pour la stabilité de l’Etat
que pour la propagation du message. Il était donc
légitime de les combattre, ce que le Calife n’a pas
tardé à faire avec un génie tel qu’il remporta,
sans beaucoup de perte, une victoire éclatante.

4- L’administration

L’administration fonctionnait à merveille sous les


Califes. Le vaste territoire de l’Etat islamique était
divisé en provinces administrées par des
gouverneurs.
Ces derniers étaient soumis à un contrôle
rigoureux qui s’exerçait sur leur manière
d’administrer et de diriger la chose publique.
Outre ce contrôle, Omar avait fixé à tous ses
gouverneurs une réunion annuelle qui se déroule
pendant le rassemblement du pèlerinage. Au
cours de cette rencontre, les gouverneurs
devaient rendre compte au Calife de l’état de
leurs provinces. A cette occasion, le Calife
tranchait également les litiges entre les
gouverneurs et les administrés, individus et
47
groupes victimes d’abus d’autorité ou de
violations de droits.
Les gouverneurs redoutaient beaucoup cette
rencontre qui pouvait revêtir la forme d’un
tribunal populaire.
De ce fait, ils s’efforçaient de s’acquitter
convenablement de leurs missions afin d’éviter
l’humiliation de la sanction au cours de cette
rencontre publique.
Même en dehors de cette rencontre, les Califes,
en particulier Omar ibn Khattab, convoquait le
gouverneur chaque fois qu’il fût l’objet d’une
plainte.
Le contrôle ne se limitait pas à la seule probité du
gouverneur, il s’étendait également à sa fortune.
Lorsqu’un gouverneur manifeste un signe
extérieur de richesse sans rapport avec sa
rémunération et ses biens privés, le Calife
ordonnait qu’une partie de ses biens soit versée
au trésor public. Il a ainsi fait confisquer une
partie des biens de Amr ibn al Ass quand il était
gouverneur d’Egypte. De même qu’il a ordonné à
Saâd ibn Abi Waqqas de verser au trésor de l’Etat
la moitié de sa fortune personnelle. On raconte
qu’un Copte avait gagné dans une course de
chevaux contre le fils de Amr ibn al Ass. Pris de
colère, ce dernier avait fouetté puis emprisonné le
Copte, accusé d’avoir offensé le fils des « deux
nobles ». Le Copte porta plainte au Calife. Celui-ci
fit venir de toute urgence le gouverneur Amr ibn
al Ass et son fils. Après s’être assuré de la
véracité des faits, il ordonna au Copte de se faire
48
justice lui-même en infligeant au fils des « deux
nobles » le même châtiment que celui qu’il avait
subi. Puis il lui redonna le fouet pour qu’il fasse
de même avec le père, ce que le Copte refusa
estimant qu’il avait obtenu satisfaction.
C’est à cette occasion que le Calife prononça sa
fameuse phrase : « Depuis quand vous arrogez-
vous le droit d’asservir les gens, alors que leurs
mères les avaient mis au monde libres ? »
Dans une lettre adressée à Abu Mussa al Achari,
gouverneur de Basra, le Calife Omar lui dit : « ô
Abu Mussa, tu es un homme comme les autres,
sauf qu’Allah a fait de toi le plus chargé parmi
eux. Celui qui a la charge des musulmans a le
même devoir que celui d’un esclave envers son
maître ».
Il posa un jour cette question à une assemblée :
« Que dites-vous si l’Emir des croyants (le Calife)
surprend une femme en plein pêché » ?
Ali lui répondit : « Qu’il présente quatre témoins,
à défaut, il sera fouetté pour diffamation, à
l’instar de n’importe quel musulman »

5- La Justice

L’islam considère la justice comme l’équilibre du


monde et le fondement des civilisations
humaines.
La justice était l’une des préoccupations
essentielles des Califes éclairés.

49
Le Calife était soumis comme n’importe quel
individu à la sentence du juge et tout citoyen
pouvait porter plainte contre lui. En Islam, la
justice est une émanation de la loi divine et elle
ne saurait exister en dehors de l’application de
cette loi (la Chari’a). Sous les quatre Califes, la
justice était totalement indépendante de
l’exécutif, c’est-à-dire du pouvoir politique. En
aucun cas le chef de l’Etat, encore moins le
ministre ou le gouverneur, ne pouvait s’immiscer
dans les affaires du juge, sauf en cas de
défaillance ou de partialité de celui-ci. La
magistrature était libre des contraintes et des
pressions du pouvoir politique.
Elle était en quelque sorte le recours des faibles
et des opprimés contre les exactions et les abus
des particuliers et de l’administration.
Le prophète a dit : « sur trois juges, deux iront en
Enfer et un seul ira au Paradis ».
On rapporte que le Calife Omar, voulant acheter
un cheval à un particulier, avait pris ledit cheval
et l’avait utilisé pour transporter des objets avant
de payer le prix. Le cheval s’étant foulé la patte,
le propriétaire se disputa avec Omar et demanda
réparation. Omar lui demanda de choisir un
homme qui trancherait le litige entre eux.
L’homme choisit Chouraih al’Iraqi. Lorsqu’il prit
connaissance du litige, Chouraih imputa la
responsabilité à Omar, étant donné qu’il avait
pris le cheval en bonne santé et qu’il en était
responsable jusqu’à ce qu’il le rende sain et sauf
à son propriétaire. La justesse du jugement de
50
Chouraih plut au Calife Omar, qui le nomma juge
à Koufa.

V- L’expansion de l’Islam

L’Islam a connu une expansion très rapide à


l’époque des Califes. Au cours de cette période,
l’Islam a pu atteindre des contrées éloignées en
Afrique, en Asie et en Europe. C’est ainsi que le
Maghreb, une partie de l’Afrique, la Perse,
l’Afghanistan, l’Arménie, Byzance, l’Ile de Chypre
furent déjà islamisés.
Les régions ouvertes par les musulmans étaient
sous tutelle des Perses et des Byzantins. Les
musulmans devaient transmettre le message
pacifiquement, mais ils se heurtaient aux armées
des puissances tutrices qui les empêchaient
d’accomplir leur mission. Donc d’un côté ou de
l’autre, des guerres s’imposaient. Néanmoins, les
guerres menées par les musulmans n’étaient ni
des guerres coloniales ni des guerres contre les
peuples. C’était plutôt des guerres de libération
(foutouhât), consistant à retirer le pouvoir à
l’oppresseur pour le remettre au peuple, lequel
avait une entière liberté d’accepter l’Islam ou de
le rejeter.
« Notre mission, disaient les musulmans, est de
libérer les hommes de l’emprise des hommes et
de les réconcilier avec leur Créateur, le Dieu des
hommes ».
Or, les guerres d’apostasie qui étaient soutenues
par les deux puissances de l’époque, la Perse et
51
Byzance, avaient été une occasion pour les
musulmans d’acquérir une expérience militaire
qui leur a permis de remporter la victoire contre
ces mêmes puissances. Grâce à cette victoire,
l’Etat musulman connut un essor considérable.
Mais l’ennemi de l’Islam qui était aux aguets, ne
va plus se contenter d’empêcher sa progression
géographique, il va lui porter un coup presque
fatal en attaquant sa direction.

VI- La fin du califat

On peut dire que le projet de déstabilisation de


l’Etat islamique avait été planifié avant
l’assassinat du Calife Omar. Cet acte ignoble qui
emporta le deuxième Calife n’était qu’un début
d’exécution d’un vaste complot satanique dont les
juifs étaient les principaux instigateurs. Omar a
été poignardé par un captif persan appelé Fairouz
et surnommé Abu Lou’lou’a. Ce dernier avait été
vu quelques jours auparavant en compagnie d’Al
Hourmouzân et de Joufaina ; le premier était un
prince perse déchu après la victoire des
musulmans et le second, perse lui aussi, faisait
partie de l’aristocratie. Tandis que le juif Ka’b Al
Ahbar avait prédit la mort de Omar trois jours
auparavant.
Uthman, quant à lui, a été assassiné par des
insurgés qui firent brusquement irruption dans
son domicile après l’avoir assiégé pendant
quarante jours.

52
La révolte qui emporta le Calife Uthman était
fomentée par le juif musulman Abdallah ibn
Sabaâ. Ce dernier faisait la tournée des
provinces, notamment d’Egypte, Basra, Koufa
pour inciter les populations à la révolte contre le
Calife.
Les révoltés, après avoir quitté Basra, Koufa et
l’Egypte, marchèrent sur Médine et assiégèrent la
maison du Calife.
Auparavant, Ali a tenté d’apaiser les esprits en
proposant sa médiation auprès du Calife à l’effet
d’obtenir des réformes. Ce fut une tentative
vaine, car la situation avait atteint le point de
non-retour, suite à la découverte par les
insurgés, dans le courrier du Calife, d’une lettre
adressée à son gouverneur d’Egypte lui intimant
l’ordre d’exécuter les chefs des insurgés à leur
retour au pays. En réalité, le Calife n’était pas au
courant de cette lettre. Les insurgés
soupçonnaient Marwan ibn al Hakam, secrétaire
particulier du Calife, d’en être l’auteur. Ils
demandèrent donc au Calife de leur livrer ce
dernier. Mais le Calife, craignant pour la vie de
son secrétaire, refusa de le livrer. En plus, le
Calife s’opposa à toute intervention armée contre
les insurgés afin d’éviter un bain de sang. En fin
de compte, les insurgés décidèrent de passer à
l’action. Ils assassinèrent froidement le Calife
pendant qu’il récitait le Coran le matin à l’heure
de la prière.
La crise s’est accentuée durant le règne de
Ali ibn Abi Taleb, d’autant plus que, dès son
53
accession au califat, celui-ci prit la décision de
destituer certains gouverneurs, comme Mouawia,
devenus puissants de par la stature et la
popularité qu’ils avaient acquises. Le Calife prit
donc la décision de destituer Mouawia et de le
remplacer par Sahl ibn Hanif. Non seulement
Mouawia ne va pas obtempérer, mais il va
s’insurger contre son chef hiérarchique, l’imam
Ali qu’il soupçonnait d’être impliqué dans
l’assassinat de Uthman. D’abord, il fit barrer la
route au nouveau gouverneur du Cham, Sahl ibn
Hanif. Arrivé à Tabouk, ce dernier fut arrêté par
des cavaliers qui l’empêchèrent de continuer sa
route vers Damas, capitale de la province. Il
rebroussa chemin. Ensuite, il fit soulever la
population du Cham contre le Calife, ce qui allait
aggraver la discorde et provoquer une guerre
fratricide parmi les musulmans.

Pour la première fois, une cassure s’est


produite dans la communauté qui allait
désormais avoir deux directions et deux
capitales : Damas et Koufa. Cette division a eu
pour conséquence l’émergence de plusieurs
factions et mouvements rivaux, en particulier le
mouvement chiite, composé des partisans de
l’imam Ali et le mouvement des Kharidjites, formé
des adversaires de ce dernier. Les Kharidjites ou
Khawaridj reprochaient au Calife d’avoir accepté
l’arbitrage qui l’opposait à Mouawia, arguant du
fait qu’il n’y a de jugement ou d’arbitrage que de
Dieu : « la houkma illâ lillâhi». « Une parole
54
véridique par laquelle on ne chercherait que
l’égarement » leur rétorqua l’imâm Ali.
Les Kharidjites ont décidé d’assassiner le Calife et
deux autres personnages : Mouawia et Amr ibn
Al Ass, qu’ils considéraient comme la cause de la
crise qui secoue la communauté. Ces deux
derniers échappèrent à la mort tandis que le
Calife fut assassiné. Le 17 Ramadan, le Calife se
rendit à la mosquée comme d’habitude pour la
prière du matin. Abdurrahman ibn Muljim,
accompagné de deux compères, attendaient le
Calife à l’entrée de la mosquée. Ibn Muljim se jeta
sur lui et le blessa mortellement à la tête. L’imâm
succomba à sa blessure trois jours après, sans
avoir désigné de successeur.
Il dit à son fils Hassan : « je ne vous ordonne rien,
et je ne vous interdis pas de choisir qui que vous
voulez » !
Après sa mort, les habitants de Koufa
prêtèrent serment d’allégeance à son fils Hassan
lequel se désista six mois plus tard en faveur de
Mouawia. Son objectif étant de mettre fin à la
division et au conflit meurtrier qui déchirent les
musulmans.

Du coup, Mouawia se trouva à la tête d’un


vaste empire. Cependant, il ne va pas tarder à
désigner son fils Yazid comme prince héritier et
demandera à la population du Cham de lui prêter
serment d’allégeance. Ce qui fut fait. Puis, il
demanda à Marwan ibn al Hakam, son
gouverneur de Médine d’obtenir le serment
55
d’allégeance des habitants de sa province.
Marwan réunit les notables et leur dit : « l’Emir
des croyants envisage de se faire succéder par
son fils, tradition de Abu Bakr et Omar ! ».
Abdurrahman ibn Abu Bakr se leva et
dit : « plutôt la tradition de César et de Kirsa
(Kosroés) ; par contre Abu Bakr et Omar n’ont
pas transmis le pouvoir à leurs enfants ni à leurs
proches ».

En l’an 51, Mouawia profita du pèlerinage


pour prendre la bai’a (allégeance) pour son fils
Yazid. Dans le but de renforcer cette allégeance
par le soutien particulier des anciens
compagnons dont Abdallah ibn Zoubair et
Abdallah ibn Amr, ce dernier lui fit l’objection
suivante : « il y avait avant toi des Califes qui
avaient des enfants ; ton fils n’est pas mieux
qu’eux ; il n’ont pas vu en leurs fils ce que tu as
vu en le tien, mais ils ont choisi pour les
musulmans ce qui était meilleur ».
Tandis que Abdallah ibn Zoubair lui adressa la
réponse suivante : « Si tu en as assez de l’Emirat,
démissionne et présente ton fils afin qu’on l’élise.
As-tu vu si nous prêtons serment d’allégeance à
ton fils en même temps qu’à toi, qui d’entre vous
doit-on écouter et obéir ? L’allégeance ne peut
jamais échoir à vous deux en même temps. »
Après le décès de Mouawia, son fils Yazid lui
succèda et ainsi, le califat se transforma en
monarchie héréditaire.
Ainsi furent réalisées ces prophéties :
56
Une rapportée par Safina qui déclare avoir
entendu le prophète (psl) dire : « le califat ne
durera que trente années, puis ce sera une
monarchie. » Cité par Ahmad et les ‘‘Sounan’’.
L’autre rapportée par Abou Oubaida ibn al
Jarrah : « le début de votre religion, c’était une
prophétie et une miséricorde ; puis ce sera un
califat et de la bonté ; puis ce sera une monarchie
et de la contrainte ».

1- Banu Umayya 1 (659-750)

Saïd ibn Al Mouçayeb rapporte « Oumu Salama


eut la naissance d’un neveu qu’on appela Al
Walid ». Le Prophète a dit : « Vous commencez à
attribuer des noms de vos Pharaons. Il y aura
dans cette communauté un homme appelé Al-
Walid qui fera plus de mal à ma communauté
que Pharaon à son peuple. Abu Amr Al-Awzaï a
dit : les gens croyaient que c’était Al-Walid ibn
Abdul Malik, puis nous avons constaté qu’il s’agit
d’Al-Walid ibn Yazid à cause des troubles qui
sévirent à son temps et qui occasionnèrent sa
mort.

La dynastie omeyyade a commencé avec Mouawia


en 659 et s’est terminée en l’an 750 avec Marwan

1
Histoire des Califes, Souyoti, Moroj dahab, al Mas’oudi
57
ibn Mohamed ibn Al-Walid. Leur règne a duré 91
ans, 7 mois et 13 jours.
Umayya est l’arrière-grand-père de
Mouawia, il fut un des notables de la tribu de
Quraich avant l’Islam.
Dès l’avènement de l’Islam, les rapports entre
Banu Umayya et leurs cousins Banu Hâchim se
détériorent à cause du mauvais accueil réservé
au Prophète (s) par Banu Umayya.

Abu Sufiane ibn Harb, père de Mouawia, jouissait


d’une grande notoriété à la Mecque à l’époque où
fut proclamée la mission du Prophète (s), mais il
combattit l’Islam de toutes ses forces et causa
d’énormes dégâts aux musulmans. Il n’y entra
qu’à la veille de l’ouverture de la Mecque ; puis
tous les membres des Banu Umayya le suivirent.
Le Prophète (s) fit preuve d’une grande sollicitude
envers eux pour les rapprocher des Banu Hâchim
et dissiper la haine entre eux. Dès lors, leur
dévouement à l’Islam ne s’est pas fait attendre.
Abu Sufiane perdit un œil lors d’une bataille aux
côtés du Prophète ; celui-ci employa Mouawia
comme secrétaire de la révélation et confia
plusieurs postes de responsabilité aux membres
de cette famille. Cette tradition s’est poursuivie
durant le règne des trois premiers Califes et ainsi
l’influence des Banu Umayya ne cesse de grandir
jusqu’au moment où ils s’approprièrent le
pouvoir au temps de Mouawia.

58
1.1 Caractéristiques de la dynastie omeyyade

1.1.1 Transformation du califat (khilafa) en


monarchie héréditaire

Après avoir arraché la khilafa par la rébellion, la


conspiration et la ruse, Mouawia la transforma
en monarchie qu’il transmit à son fils Yazid.
Sur son lit de mort, il écrit les recommandations
suivantes à celui qui va lui succéder2 :

« Mon cher enfant, je t’ai épargné toutes les


fatigues des expéditions et des voyages, je t’ai
aplani les affaires, j’ai abaissé tes ennemis, j’ai
fait baisser la tête devant toi aux Arabes, et
réuni sous ta domination un empire tel que
personne n’en avait jamais réuni. Veille sur les
hommes du Hijaz : c’est ta race ; honore ceux
d’entre eux qui viendront te trouver ; fais du
bien à ceux qui sont restés loin de toi. Veille
sur les hommes de l’Irak, et s’ils te demandent
la destitution d’un préfet (gouverneur) par
jour, fais-le, car destituer un préfet est plus
aisé que de voir dégainer cent épées. Veille sur
les hommes de la Syrie et qu’ils soient dans
ton intimité ; si quelque ennemi te donne de
l’inquiétude, prend-les pour défenseurs, puis,

2
Ibn Al Athir : al-Kaml fiTarikh, Tome 3, P.259
Gaston WIET: grandeur de l’islam, P.55-56
59
après la victoire, renvoie les Syriens dans leurs
contrées ; car en y restant, leur caractère
s’améliore. Et je ne crains pour toi de
compétition au sujet de cet empire que de la
part de 4 Quraychites : Hussein, fils de Ali ;
Abdallah, fils d’Omar ; Abdallah, fils de
Zobair ; Abdurrahman, fils d’Abou Bakr. Pour
ce qui est du fils d’Omar, c’est un homme à
qui la piété et l’adoration ont enlevé toute
énergie ; lorsqu’il ne reste plus que lui, il
accepte ton autorité. Quant à Hussein, fils
d’Ali, c’est un homme léger, et le peuple de
l’Irak ne le laissera pas tranquille qu’il ne l’ait
poussé à la révolte. Lorsque Hussein se sera
révolté et que tu auras triomphé de lui,
accorde-lui ton pardon, car c’est un proche
parent, ses droits sont importants et il est de
la famille de Mohammed. Quand au fils d’Abu
Bakr, s’il voit ses compagnons agir d’une
manière, il les imitera ; il n’a de pensée que
pour les femmes et les amusements. Enfin, il y
en a un qui restera accroupi en face de toi
comme le lion et qui te traitera avec astuce
comme le renard ; s’il rencontre quelque
occasion propice, il ne fera qu’un saut : c’est
Ibn Zoubair. S’il fond sur toi et que tu
parviennes à le vaincre, coupe-le en mille
morceaux ! Et épargne autant que possible le
sang de tes sujets ».

Ce testament politique illustre l’esprit clanique


de la caste omeyyade, leur soif du pouvoir et
60
leur insouciance quant aux principes
islamiques de gestion de l’Etat.

1.1.2 Les révoltes

Abdallah ibn Zoubair et Hussein ibn Ali se


révoltèrent quand ils apprirent la succession de
Mouawia par son fils Yazid. Auparavant les gens
de Koufa (Irak) incitaient Hussein à la révolte
contre Mouawia mais Hussein temporisait.
L’intronisation de Yazid était la goutte qui fit
déborder le verre. Hussein prit la décision de
mener la révolte contre Yazid. Il sortit de la
Mecque avec une foule et se dirigea vers l’Irak.
Nous y reviendrons plus loin.

La débauche de Yazid n’a pas tardé à gagner les


provinces y compris la Mecque et Médine qui
furent polluées à leur tour par le vice du
libertinage et des boissons enivrantes.
Sur ordre de leur leader Abdallah ibn Zoubair,
les habitants de Médine destituèrent le
gouverneur de Médine et ses collaborateurs
d’origine omeyyade, à savoir Marwan ibn Al-
Hakam, Uthman ibn Mohammed ibn Abi Sufiane
et d’autres. On décida de les arrêter mais ces
derniers s’échappèrent de justesse.
Lorsque Yazid apprit la nouvelle, il envoya une
armée à Médine pour mater la révolte. Muslim
ibn Okba fut désigné à la tête de cette armée qui
a perpétré des massacres inouïs à Médine. Les
61
femmes de la ville sainte du Prophète étaient
livrées au viol et la ville au pillage. La bataille se
déroula à Al-harra, un endroit fort ensoleillé à
Médine. Ensuite Muslim prit la direction de la
Mecque à la recherche de Abdallah ibn Zoubair.
Mais il reçut un coup de lance et céda le
commandement à Hussein ibn Noumaïr. Muslim
succomba à ses blessures peu de temps après.
Hussein ibn Noumaïr reprit la marche
jusqu’à la Mecque, assiégea ibn Zoubair
plusieurs jours. Il n’hésita pas à bombarder la
ka’ba à l’aide d’une catapulte. Ils lancèrent de
gros projectiles et du feu sur la Ka’ba dont ils
incendièrent les voiles, la terrasse et les cornes
du bélier d’Abraham.3 Les artilleurs étaient
foudroyés sur le coup. Dieu les frappa par la
foudre ; plus de dix artilleurs et leurs machines
de guerre ont été carbonisés. C’était le samedi 4
Rabie Awal de l’an 64 de l’Hégire. Au même
moment, disent certains, onze jours après
affirment d’autres, Yazid se fut éteint, terrassé
par une crise cardiaque. Il décéda alors que son
armée était encore à la Mecque.
Son fils Mouawia lui succéda mais il ne régna
que 40 jours avant de mourir empoisonné et
poignardé on ne sait par qui, à l’âge de 21 ans.
Hostile au système dynastique, ce dernier n’avait
pas désigné de successeur.

3
Il s’agit du bélier du Paradis qui fut offert au prophète Abraham (psl) pour
être sacrifié à la place d’Ismaël. Les cornes de ce bélier étaient scellées à la
Ka’ba
62
Quand on lui demanda de le faire, il répondit :
« je n’ai pas goûté sa douceur pourquoi
supporterai-je son amertume. »
Sur ces entrefaites, Abdallah ibn Zoubair fut élu.
Il obtint le serment d’allégeance des habitants du
Hijaz. L’Irak, le Yémen, l’Iran, les provinces
d’Egypte et du Cham ne lui avaient accordé le
serment d’allégeance qu’en partie et tardivement
après la mort de Mouawia ibn Yazid.
Abdallah ibn Zoubair était un homme
courageux et d’une grande piété, confit en
dévotion. Il se consacrait énormément à la prière
et au jeûne. Abdallah était le fils de Zoubair ibn
al-Awam ; sa mère est Asma bint Abu Bakr. Il
avait reconstruit la ka’ba en l’agrandissant et y
avait placé une porte d’entrée et une porte de
sortie.
A cette époque, Marwan ibn al-Hakam lui
disputait le pouvoir au Cham. Si les gens du
Cham avaient prêté serment d’allégeance à ce
dernier, son autorité en revanche n’était pas
reconnue dans les autres provinces, d’après les
historiens. Par contre, l’autorité de son fils Abdul
Malik qui lui succéda était légitime dans les
provinces du Cham, de l’Egypte et de l’Irak. Ce
dernier fut un despote pervers. Il plaça des
sanguinaires à la tête de certaines provinces tels
que Hajjaj ibn Youssouf gouverneur d’Irak,
Mouhallab à Khoraçane, Hichâm ibn Ismail à
Médine. Dès son installation à la tête de l’Etat,
Abdul Malik ibn Marwane envoya Al-Hajjaj à la

63
tête d’une armée à la Mecque pour combattre
Abdallah ibn Zoubair considéré comme rebelle.
Arrivé à la Mecque, Al Hajjaj assiégea ibn Zoubair
dans la Mosquée sainte. A Damas (capitale de
l’Etat), la nouvelle eut bon accueil ; Al Hajjaj
reçut l’ordre de l’emmener vivant. Des
pourparlers furent engagés entre Al Hajjaj et
Abdallah ibn Zoubair par l’intermédiaire de son
frère Urwa ibn Zoubair. On offrit à ibn Zoubair
un asile en paix hors de la Mecque s’il renonce à
ses ambitions politiques. Ibn Zoubair refusa sur
les conseils de sa mère qui lui dit : « n’accepte
pas un plan qui cache un complot. Il vaut mieux
mourir noble. Evite l’emprisonnement ».

Sa mère voulait l’inciter au combat. Abdallah


dit à sa mère : « je crains d’être mutilé après la
mort ». Sa mère lui répondit : « Mon fils ! Est-ce
que le dépouillement fait mal au mouton
égorgé ! ». Il était réfugié dans la Ka’ba lorsqu’un
groupe de soldats lui intima l’ordre de sortir.
Abdallah et ses gardes les affrontèrent et les
chassèrent loin de la Mosquée. Mais peu de
temps après, ils reçurent des renforts,
l’assiégèrent et le tuèrent à coups de pierres dans
l’enceinte même de la ka’ba. Certains
chroniqueurs font état de la démolition par
catapultage pour une seconde fois de la ka’ba.
Une cinquantaine de soldats ont été foudroyés4.

4
Histoire des Califes, Souyoti p.212
64
Ce fut en l’an 74, ibn Zoubair fut crucifié en
public.
Al Hajjaj fut nommé gouverneur de la
Mecque, il reconstruisit la ka’ba sur l’ordre du
chef en la ramenant à ses dimensions anciennes.

1.1.3 Rappel de la naissance du mouvement


kharidjite

Le mouvement kharidjite est né à l’occasion de


l’arbitrage du conflit opposant Mouawia à Ali ibn
Abi Talib.
Un jour, se sentant affaiblies par une rude et
interminable bataille, les troupes de Mouawia
brandirent le Coran et exigèrent que le conflit soit
soumis à l’arbitrage sur la base du Livre de Dieu.
Dans le même temps des voix s’élevèrent dans les
deux camps approuvant l’initiative de l’arrêt du
combat afin d’épargner le sang des musulmans. Il
convient de noter que durant le combat, les deux
armées s’arrêtaient au même moment pour prier
en face de la même qibla (direction de la prière),
invoquer le même Dieu, prier pour le même
prophète, puis reprendre le combat. Au début,
Ali n’avait pas accepté la proposition, estimant
que c’était un complot orchestré par Mouawia.
Mais certains de ses proches collaborateurs
comme le Yéménite al-Ache’ath ibn Qaïs firent
pression sur lui et il finit par accepter l’arrêt du
combat et l’arbitrage. Il désigna Abou Moussa al
65
Ach’ari pour le représenter dans l’arbitrage.
L’armée du Calife fut troublée par la nouvelle, un
groupe voulait poursuivre le combat jusqu’au
résultat de l’arbitrage, un autre groupe voulait
suspendre le combat jusqu’à l’arbitrage et ainsi la
division commença à faire son chemin dans les
rangs de l’armée du Calife.
Ce dernier ne savait quoi faire ; les uns le
poussaient à poursuivre le combat, les autres lui
demandaient d’aller à l’arbitrage. Ceux qui
voulaient poursuivre le combat élirent pour chef
Abdallah ibn Wahb Arracibi. Ils se présentèrent
devant le Calife et lui dirent : « Crains Dieu, tu
t’es engagé et tu as exigé notre engagement pour
combattre jusqu’à la mort ou l’anéantissement de
notre ennemi s’il ne se conforme pas à l’ordre de
Dieu. Nous constatons que tu t’es penché vers
une option impliquant la division, la
désobéissance à Allah et l’humiliation dans ce
bas-monde. Lève-toi et viens avec nous, nous
appliquons à l’ennemi l’arbitrage de Dieu par
l’épée jusqu’à ce que Dieu juge entre nous et eux,
Il est le meilleur des juges, et non le jugement des
gens. ».
En réalité, le Calife n’était pas contre la reprise
du combat, mais les partisans du combat
exigeaient de lui la reconnaissance de son péché
et le repentir. « Quand nous avions accepté
l’arbitrage, affirment-ils, c’était une faute, nous
nous en sommes repentis, repens-toi comme
nous, sinon nous te désavouons ». Le Calife leur
dit qu’il n’est pas possible après avoir donné sa
66
parole, prêté serment et accepté. Il en résulte que
les partisans du combat s’insurgèrent contre le
Calife qui se trouva en fin de compte avec les
indécis.
L’arbitrage a tourné à l’avantage de Mouawia. Ce
dernier était représenté par Omar ibn al-As, un
grand stratège, qui a piégé Abou Moussa al-
Ach’ari. Lors des tractations, Omar ibn al As
proposa à Abou Moussa al Ach’ari la destitution
des deux personnages, Ali et Mouawia, qui sont
la cause du conflit et de l’effusion du sang des
musulmans. Sur cette base, les deux arbitres
avaient conclu un accord. Abou Moussa al-
Ach’ari fut le premier à faire une déclaration
publique selon laquelle Ali et Mouawia ont été
destitués. Il affirme : « J’ai destitué Ali et
Mouawia, reprenez la chose et désignez celui que
vous estimez méritant ».
En fait, cette décision ne pouvait s’appliquer qu’à
Ali. Car Mouawia n’avait pas le titre de Calife ni
d’Emir des croyants, les musulmans ne lui
avaient pas prêté allégeance en tant que tel. Il
était gouverneur du Cham démis de ses fonctions
par l’Imâm Ali. C’est pourquoi, il s’est rebellé
injustement et agressivement contre le Calife.
Lorsque Omar ibn al-As monta sur la chaire, il
entérina la décision de Abou Moussa destituant
Ali ; il confirma Mouawia dans sa fonction d’Emir
des croyants.
Le résultat de l’arbitrage a donné du grain à
moudre aux adversaires de celui-ci, trouvant un
argument de poids à faire valoir contre Ali pour
67
l’amener à reconnaître ses torts et à reprendre le
combat contre Mouawia. Il refusa et ils se
révoltèrent contre lui. D’où la naissance du
mouvement kharidjite, ceux qui sont sortis. Ils
déclarèrent la guerre à Mouawia aussi bien qu’à
Ali ibn Abi Talib qu’ils se résolurent à assassiner.

1.1.4 Rappel de la naissance du mouvement


chiite5

Il n’y a pas d’accord sur la date exacte de


l’apparition du mouvement chiite. Certains
rattachent la naissance de ce mouvement à la
réunion de la Saqifa, d’autres, au mouvement de
Abdallah ibn Sabaa sous le règne du 3ème Calife
Othman ibn Affane, d’autres encore la situent à
l’époque de l’Imâm Jaafar as-Sadek, etc.
En bref, les Chiites considèrent que la succession
du prophète revient de droit à Ali ibn Abi Talib et
ce en vertu de textes du Coran et du hadith.

Ils font le lien entre certains versets du Coran et


l’Imamat de Ali ibn Abi Talib.

Ils assurent que le prophète reçut l’ordre de


transmettre le message de Dieu (s5 v67), ce

5
Cette partie figure également dans le livre ‘‘ Droit et doctrines islamique’’ à
paraître bientôt incha Allah
68
message, assurent-il, n’est autre que la
désignation de Ali comme successeur du
prophète et Imâm.

D’après les Chiites, le prophète hésitait à


annoncer la désignation d’Ali comme successeur
et ce n’est qu’après la révélation de ce verset qu’il
décida de le faire.

L’événement se déroula à Ghadir Khoum lors de


son retour du pèlerinage. Le Prophète, qui était
au milieu d’une foule immense, prononça un
sermon qu’il conclut par cette résolution : « Celui
dont je suis le maître, Ali sera son maître. Ô
Dieu, sois l’ami de celui qui lui vouera son amitié,
et sois l’ennemi de celui qui lui déclarera son
inimitié ».

C’est par ces propos on ne peut plus clairs,


affirment les Chiites, que Ali fut désigné comme
Imâm et successeur du Prophète.

Et c’est ainsi que la mission du Prophète a été


parachevée, comme l’avait annoncé le verset 3 de
la sourate 5 :

« Aujourd’hui, J’ai parachevé pour vous votre


religion, et accompli sur vous Mon bienfait. Et
J’agrée l’islam comme religion pour vous »

Ils ajoutent que le prophète a désigné Ali comme


héritier et successeur dès la troisième année de
69
sa mission quand il déclara publiquement devant
les notables des Banu Hachim qu’il est l’envoyé
de Dieu et leur demanda : “Qui parmi vous serait
prêt à me soutenir dans cette mission et qui
deviendrait en contrepartie mon frère, mon
légataire testamentaire, mon suppléant parmi
vous ?”
Ali répondit : “Moi ô Prophète de Dieu, je serai
ton soutien dans cette mission !”
Le Prophète prit Ali par l’épaule et dit : «Celui-ci
est certes mon frère, mon héritier, mon
successeur parmi vous. Ecoutez-le et obéissez-
lui » .

Ils invoquent aussi des versets du Coran qu’ils


nomment les versets de la “Wilaya”, à savoir :

« Vous n’avez d’autres alliés qu’Allah, Son


messager et les croyants qui accomplissent la
Salât, s’acquittent de la Zakât en étant
prosternés ». s5 v55

Ils disent que ce noble verset concerne l’Imâm Ali,


lorsqu’il fit don de sa bague en étant prosterné.
Le verset coranique (2.124) qui dit : « Je vais faire
de toi (Abraham) un Imâm pour les gens » « Et
parmi ma descendance » ? demanda-t-il. « Mon
engagement, dit Allah, ne s’applique pas aux
injustes ». Ils prétendent que ce verset a rendu
impossible l’imamat de l’injuste. Et celui qui
adore une idole, même pendant un petit laps de
temps, est un injuste. Or, selon les Chiites, il n’y
70
a que Ali parmi les autres compagnons qui n’a
jamais adoré d’idole.

« Allah ne veut que vous débarrasser de toute


souillure, ô gens de la Maison (du Prophète), et
veut vous purifier pleinement » s33 v33

Ils disent que ce verset de purification concerne


les gens de la Maison lesquels se limitent à Ali,
Fatima, Hassan et Hussein. Dans ce verset, il est
question d’infaillibilité et l’imamat gravite autour
de l’infaillibilité.

1.1.5 Révoltes kharidjite et chiite

Si les Kharidjites n’ont cessé de combattre


Mouawia avec acharnement, les Chiites, en
revanche, furent momentanément neutralisés par
l’accord conclu entre Mouawia et Al-Hassan,
lequel se désista au profit de Mouawia. Dans cet
accord, il n’était pas question pour celui-ci de
transmettre le pouvoir à son fils. Mais, malgré
tout, Mouawia transmit le pouvoir à son fils
Yazid.
Comme nous l’avons mentionné plus haut,
l’intronisation de Yazid va inciter Hussein à
déclencher la révolte contre lui. Il sortit de la
Mecque avec une foule parmi les gens de Ahlu’l

71
Beit6 et se dirigea vers l’Irak. Plusieurs
personnalités et fils de compagnons du prophète
s’opposèrent à sa sortie. Avant que Hussein et
ses hommes n’arrivent à Koufa, Yazid eu vent de
l’événement et donna l’ordre à son gouverneur en
Irak Ubaid Allah ibn Ziad de les combattre.
Les gens de Koufa qui avaient promis à Hussein
de combattre à ses côtés le lâchèrent. Hussein et
ses hommes se trouvèrent encerclés par l’armée
de Yazid ; il proposa vainement une
réconciliation. Il fut tué avec 16 de ses hommes.
On le décapita et amena sa tête à Yazid. C’était le
jour de Achoura : « Vingt mille parmi les
habitants de l’Irak prêtèrent serment d’allégeance
à Hussein, puis ils le trahirent, s’insurgèrent
contre lui et le tuèrent »7

Rappelons cette remontrance d’Al-Horr ibn Yazid,


un des proches de Hussein, à l’adresse des
Chiites à Karbala : « Vous avez appelé ce
serviteur vertueux et quand il est venu à vous,
vous avez comploté contre lui pour le tuer, il
devint tel un captif entre vos mains, qu’Allah ne
vous abreuve le jour de la soif ! »8

Quant à la révolte des Kharidjites, qui d’ailleurs


n’a connu aucun répit, elle se poursuivit contre
son fils Yazid, considéré, lui aussi, comme un
6
Littéralement les gens de la maison (la famille du prophète paix et salut sur
eux)
7
Mohcin al-Amine : les dignitaires du chiisme p 341
8
Al-Irchad al-mufid, p.234
72
tyran qui s’est emparé du pouvoir injustement et
sans aucune légitimité. Dans un premier temps,
ils rejoignirent l’opposition de Abdallah ibn
Zoubair à la Mecque, mais cette alliance n’avait
pas duré longtemps en raison de leurs
divergences avec ce dernier. Ils sortirent de la
Mecque scindés en deux groupes, l’un prit la
direction de Basra et l’autre se dirigea vers
Yémen. Ils se battirent avec acharnement contre
Banu Umayya jusqu’à la fin de leur règne.
Néanmoins leur révolte a connu une accalmie à
l’époque d’Al-Walid ibn Abdul Malik et celle de
son frère Souleymane, accalmie qui s’améliora
nettement au temps de Omar ibn Abdul Aziz, qui
sut les écouter et leur faire entendre raison.

Cette diatribe prosaïque traduit le


mécontentement des Kharidjites à l’égard des
Banu Umayya.
« … Après lui (Ali) règna Mouawia9, fils
d’Abu Sofian, maudit lui-même, fils d’un père
maudit par le prophète. Brutal parmi les
Bédouins, appartenant au reste des païens
envahisseurs, gagné à l’Islam par l’argent,
relâché par la grâce du Prophète. Il répandit
le sang des innocents, il traita en esclaves les
serviteurs de Dieu. Il s’appropria l’argent de
Dieu, il détruisit la religion par la ruse et la
perfidie, violant l’honneur sacré des femmes,
suivant l’impulsion de sa concupiscence

9
Gaston WIET, Op. cité p.63, 64
73
jusqu’à la fin. Puis après lui son fils Yazid,
Yazid le buveur et Yazid le chasseur,
dresseur de faucons, de panthères et de
singes. Il rejeta le Coran, il consulta les
devins, il poursuivit ses désirs jusqu’à sa
mort, que Dieu le maudisse et le punisse !

Après lui vint Marwan10 expulsé et maudit,


fils d’un père maudit par le Prophète, noyé
dans le vin et la débauche : maudissez-le et
maudissez ses pères !
Puis les fils de Marwan se succédèrent sur le
trône, issus d’une maison maudite, expulsés
par le Prophète, relâchés par sa grâce, qui
n’étaient pas du nombre des Mouhajiroun, ni
des Ansars, ni des suivants dans la bonne
voie. Ils mangèrent l’argent de Dieu, ils se
jouèrent de la religion de Dieu, ils
emmenèrent en esclaves les serviteurs de
Dieu.
Et ces perversités continuèrent sous leur
régime, car les fils en héritaient de leurs
pères ; ô peuple de Mohammed, que tu étais
malheureux et abandonné !

Ainsi ils gouvernèrent insoucieux du Livre de


Dieu, que Dieu les maudisse ! et vous,
maudissez-les comme ils le méritent. Omar,

10
le Prophète (s) expulsa al-Hakam ibn Abi l’ As à Taïef, son fils Marwan
vivait à l’époque sous le toit de son père. Il regagna la Mecque au temps de
Uthman
74
fils d’Abdul Aziz était de leur nombre ; certes,
il se donna beaucoup de peines, mais il ne
put accomplir sa tâche. Et lorsqu’il eut
terminé sa carrière, Yazid, fils d’Abdul Malik,
lui succéda. Un enfant, un étourdi,
irresponsable de sa conduite, incapable du
moindre acte de gouvernement.
Dieu dit : « Si vous voyez en eux du
discernement, livrez-leur leurs possessions »
(Coran s4 v6). Or, la cause du peuple de
Mohammed, le maintien de ses lois et de ses
institutions sont encore plus importants que le
bien des orphelins avec tout l’intérêt que Dieu y
attache. Puis Yazid était un débauché, buveur et
mangeur de choses défendues, s’habillant de
vêtements défendus. Il se fit tisser deux pièces de
laine, il les paya mille dinars la pièce, dépensant
en matière indigne l’argent acquis de manière
illégale, pour lequel il y avait eu des hommes
battus et des têtes tondues (rasées). Ainsi il se
permettait ce que Dieu n’avait permis ni à Ses
serviteurs dévots ni aux Prophètes Ses envoyés. Il
s’assit plaçant à sa droite Hababa et à sa gauche
Salama pour qu’elles lui chantassent et jouassent
des instruments de Satan. Et il but le vin dont
l’usage est interdit expressément dans le texte
sacré et quand il en eut subi l’influence dans son
âme, dans sa chair et dans son sang, quand il en
eut l’esprit trouble, il déchira ses habits et se
tournant vers ses femmes : « voulez-vous que je
m’envole ? » leur demande-t-il. Oui, envoyez-vous

75
à l’Enfer, à la malédiction de Dieu, là où on ne
viendra pas vous délivrer ».11

1.1.4 La tragédie de Karbala

La tragédie de Karbala accentue l’hostilité des


populations d’Iran et d’Irak contre Banu Umayya,
ce qui va légitimer la révolte des Chiites,
notamment les descendants d’Al-Abbas ibn
Abdul-Muttalib, oncle du Prophète, et leur
permettre d’arracher le pouvoir à leurs
adversaires.
Après la mort de Hussein, les Chiites avaient
ressenti le besoin de restructurer leur
mouvement. Au cours d’une réunion, ils prirent
acte de leur manquement au devoir de secours
envers Hussein, se repentirent et en
demandèrent pardon à Allah. Dès lors, on les
appelle “Taïbine”, c’est-à-dire les repentis. Mus
par un ardent désir de venger Hussein, les
Chiites n’ont cessé de combattre la dynastie
omeyyade juqu’à la fin de son règne. Après
Hussein, leurs principaux leaders furent
Souleymane ibn Sard, Mokktar ibn Abi Ubaïd
attaqabi, Zaïd ibn Ali Zine-al-Abidine.

A l’instar des Kharidjites, la révolte chiite a connu


une accalmie pendant le règne d’Al-walid ibn
Abdul-Malik et de Omar ibn Abdul Aziz qui
interdit l’injure de l’Imam Ali initiée par Mouawia

11
Gaston Wiet et Mas’oudi : Muruj eddahab Tome 3 p.120
76
dans les sermons du vendredi et la remplaça par
le verset 90 de la sourate 16 : « Certes, Allah
commande l’équité, la bienfaisance et l’assistance
aux proches. Et Il interdit la turpitude, l’acte
répréhensible et la rébellion. Il vous exhorte afin
que vous vous souveniez » s16 v90

1.1.5 Les mouvements contestataires

1.1.5.1 Al-Mou’tazila

Là aussi, il y a un désaccord entre les historiens


sur l’origine précise de ce mouvement. D’aucuns
estiment qu’il est le prolongement d’un
mouvement mystique neutraliste qui s’est formé
à l’occasion des conflits entre Ali et Talha et
Zoubeir d’une part, Ali et Mouawia d’autre part.

Il convient de rappeler que lorsque Ali ibn Abi


Taleb avait pris la décision d’affronter les gens du
chameau12, beaucoup de compagnons s’étaient
séparés de lui, ayant choisi la neutralité. Parmi
eux, figuraient notamment Saad ibn Abi Waqqas,
Abdallah ibn Omar, Oussama ibn Zaïd, Zaïd ibn
Thabit, Hassane ibn Thabit, Rafaa ibn Khoudaij,
Mohamed ibn Mouslima, Kaab ibn Malik,
Mouslima ibn Abdallah, Abou Said al-Khoudri,

12
la bataille du chameau était dirigée par notre mère Aïcha (Que Dieu soit
satisfait d’elle)
77
Noumane ibn Bachir, Sohaïb et Foudala ibn
Oubaid, Kaab ibn Ajara et d’autres.

Tous ces gens ont préféré rester en dehors des


hostilités.
En ce qui concerne le conflit entre Ali et
Mouawia, ce groupe condamnait Mouawia même
s’il refusait de prendre part au combat. Après le
décès de Ali, un autre groupe s’est mis à l’écart,
refusant de s’impliquer dans le conflit entre
Hassan ibn Ali et Mouawia.

Certains pensent que l’idée de l’itizal (neutralité,


séparation, isolation) prend ses racines dans ces
premiers groupes qui sont les ancêtres de la
génération des Mou’tazila qui s’est distinguée par
ses théories rationalistes.

Une des devises scandées par les moutazilites et


qui les distingue des autres groupes est la
formule : « position entre les deux » (manzila baïn
al manzilataïn)
Cette formule traduit l’opinion des moutazilites à
l’égard des Banu Umayya.

Les sunnites considèrent ces derniers (Banu


Umayya) comme des croyants même s’ils
commettent des péchés. Les kharidjites en
revanche les considèrent comme des mécréants.
Les Moutazilites les classent dans une position
médiane entre la croyance et l’incroyance. C’est là
le sens de la formule : ‘‘position entre les deux’’.
78
D’après les Moutazilites, celui qui commet un
péché majeur n’est ni croyant ni mécréant mais
un pervers (entre les deux). La théorie moutazilite
fut initiée par Ouassel ibn Ataa qui fut le disciple
de Abdallhah ibn Mohamed ibn Hanafiya. Une
chose est sûre : Al-Moutazila est né à Basra (Irak)
avant de se propager dans les provinces
avoisinantes.

La sanctification de la raison est un dogme de


la doctrine moutazilite.
Selon eux, la raison est le substitut de Dieu en
l’Homme. C’est la raison qui permet à l’Homme
de distinguer le bien du mal ; sans la raison on
ne peut pas savoir que le Coran émane de Dieu et
qu’il contient Sa parole. Allah, disent-ils,
s’adresse à ceux qui sont doués de raison. C’est
pour cela que la religion et la loi ne punissent pas
le dément, celui qui est dépourvu de raison, car
irresponsable. Les Moutazilites considèrent la
raison comme la première source de droit, avant
les autres sources, étant donné que c’est cette
faculté qui permet de savoir, de constater la
véracité, la valeur et l’authenticité des autres
sources. C’est avec la raison que l’on reconnaît la
force obligatoire et la valeur probante des autres
sources.
Les Moutazilites ont dépensé beaucoup d’énergies
pour la défense du Coran contre ses adversaires
et ce, par la mise en œuvre de toutes les preuves
fournies par la raison. Ils déclenchèrent une vive
79
polémique sur la personne de Dieu, l’Etre parfait
par excellence. Ce qui les amena à ne considérer
parmi les attributs divins que l’unité et à
combattre vigoureusement l’anthropomorphisme
de certains théologiens en particulier sunnites.
Ils repoussèrent donc l’éternité du Coran en n’y
voyant qu’une création ultérieure, loin d’être
rattaché à l’essence divine. Leur théorie
ressemble à celle des chrétiens unitariens tel
Arius qui, pour rejeter l’idée que Jésus (le Verbe
de Dieu) soit égal à Dieu, soutenaient que Dieu
existait forcément avant le Verbe puisqu’il est le
seul incréé.
Les théologiens n’ont pas accepté la thèse
moutazilite de la création du Coran, d’autant
plus que le Calife Al-Mamoun voulait l’imposer
par des méthodes quelque peu vexatoires.

Les Moutazilites affirment : « Dieu n’est pas


comme les choses ; il n’est ni un corps, ni un
accident, ni un élément, ni une monade, mais au
contraire, le Créateur des corps, des accidents,
de la monade, de la substance dont nous
parlons. Il échappe à toute perception des sens,
aussi bien dans ce monde que dans l’autre. Il
n’est ni limité dans l’espace ni borné par une
étendue quelconque ; mais éternel, indépendant
du temps et de l’espace, sans fin et sans limite ;
c’est Lui qui crée toutes choses et les produit du
néant. Lui seul existe de toute éternité ; tout ce
qui n’est pas lui existe dans le temps ».

80
A propos du libre arbitre, les Moutazilites
déclarent : « Dieu n’aime pas le mal. Il n’est pas
l’auteur des actions humaines ; les hommes
pratiquent le bien qui leur est ordonné, ils évitent
le mal qui leur est défendu, à l’aide d’un pouvoir
que Dieu leur a accordé et qu’Il a incarné en eux.
Il n’ordonne que ce qui Lui plaît ; Il ne défend que
ce qui lui est odieux. Toute œuvre bonne émane
de Lui ; mais Il n’est pour rien dans les
mauvaises actions défendues par Lui. Il n’impose
pas à Ses serviteurs un fardeau au-dessus de
leurs forces, et ne leur demande que ce qu’ils
peuvent donner. La faculté de faire ou de ne pas
faire n’existe chez eux qu’en vertu de cette
puissance que Dieu leur a communiquée, qu’Il
possède effectivement, qu’Il anéantit ou qu’Il
maintient selon Sa volonté. Il aurait, s’Il l’eût
voulu, contraint l’Homme à Lui obéir ; Il l’aurait
préservé nécessairement de tout acte de
désobéissance ; Il pouvait le faire, et s’Il ne l’a pas
voulu, c’est afin de ne pas supprimer les
épreuves et les tentations auxquelles l’Homme est
assujetti ».
La doctrine sur l’obligation d’ordonner le bien
et d’empêcher le mal est un dogme fondamental
chez les Moutazilites. Elle est obligatoire pour
tous les croyants et peut leur être imposée par
l’épée ou tout autre moyen coercitif ; elle
constitue une obligation aussi impérative que le
Jihad contre le mécréant et contre le pervers.
Dans un premier temps, les Moutazilites se
déclarèrent apolitiques, mais ils furent confrontés
81
à une réalité telle qu’ils ne pouvaient pas
échapper à la politique.
Les théories moutazilites sur le pouvoir
politique, l’imamat, la légitimité, les conditions
d’exercice du pouvoir, la consultation ont
alimenté l’opposition à la dynastie omeyyade.

1.1.5.2 Al-Mawali

Il s’agit des musulmans non-arabes dont le


nombre avait considérablement augmenté en
raison de l’expansion de l’Islam. Les Omeyyades
avaient très peu de considération pour les non-
arabes ; ils étaient traités comme des citoyens de
seconde zone ; frappés d’exclusion, ils n’avaient
pas accès aux hautes fonctions de l’Etat, bien
que l’Islam prône l’égalité entre les membres de la
société. En dépit de leur conversion, ils
continuaient à payer la Jizia sous prétexte que
leur conversion n’avait pour but que d’échapper à
cette obligation. De ce fait, ils avaient rallié les
mouvements contestataires.

82
1.1.5.3 Al-Mourjea (ceux qui diffèrent)

Al-mourjea fut un groupe politique


regroupant plusieurs courants, certains
pacifistes, d’autres révolutionnaires. Les
pacifistes s’efforçaient de concilier les différentes
tendances des parties en conflit. Ils disent que
parmi les différents mouvements chiites,
kharidjites, omeyyades, certains avaient raison,
d’autres avaient tort et, étant donné qu’il n’est
pas possible de distinguer les uns des autres, il
convient de différer et de remettre cette affaire à
Dieu Seul qui doit trancher au jour du jugement.
Ils prônaient l’égalité entre les musulmans,
reprochant au pouvoir la discrimination envers
les nouveaux convertis qui n’avaient pas les
mêmes droits que les musulmans.
Ils s’opposent à l’anathème qu’on jette sur
les pécheurs musulmans. Pour eux, le péché
quelle que soit sa gravité n’annule pas la foi. Le
jugement du pécheur relève d’Allah Seul. Par
conséquent on ne doit pas débattre ni préjuger
d’une question qui nous échappe. Les thèses de
ce courant se confondent avec celles des
Omeyyades qui développent les mêmes
arguments en ce sens que la perversité dont ils
étaient accusés ne remet pas en cause la foi.

Le courant révolutionnaire était représenté


par Jahm ibn Safouane et al-Harith ibn Souraïj.
Ce courant s’opposait à l’injustice des
83
Omeyyades notamment envers les nouveaux
convertis. Comme nous l’avons mentionné plus
haut, les Omeyyades faisaient payer le tribut
(jizia) et l’impôt foncier (kharaj) aux nouveaux
convertis sous prétexte qu’ils ne sont venus à
l’Islam que pour échapper à ces impôts. A cet
effet, les Omeyyades exigeaient des nouveaux
convertis en guise de preuves de leur foi, des
conditions parfois difficiles à remplir, telles la
circoncision, la connaissance d’une sourate du
Coran, l’accomplissement des rites, etc. Ce
faisant, les Omeyyades faisaient le lien entre la
foi et les actes, ce que les savants d’Al-Mourjea
rejettent catégoriquement. D’où leur théorie de
séparation entre la foi et les actes qui contredit
les pratiques et les croyances des Omeyyades.
Ces derniers donnaient la pleine liberté aux
percepteurs d’impôts de scruter les consciences
des gens, de soumettre les nouveaux convertis à
une véritable inquisition. A cause de ces
injustices, une révolte fut déclenchée par Jahm
ibn Safouane et al-Harith ibn Souraïj lesquels,
après leur défaite, s’exilèrent en Turquie avec
trois mille de leurs hommes. Ils y séjournèrent
pendant douze ans. Ils ne revinrent au pays
qu’après l’assassinat du Calife Al-Walid ibn
Yazid13 par une faction du même courant
révolutionnaire.

13
Voir Hadith du prophète sur Al-Walid ibn Yazid mentionné au début du
chapitre 1 Banu Umayya, page 57
84
1.2 Embellie d’une période trouble

La période omeyyade connut une embellie sous le


règne d’Al Walid ibn Abdul Malik, de son frère
Soulayman et de Omar ibn Abdul Aziz qui
sauvèrent l’honneur de la dynastie grâce à leur
droiture et aux grandes réformes qu’ils
introduirent dans la gestion de l’Etat.

1.2.1 Al Walid ibn Abdul Malik

Al Walid ibn Abdul Malik succéda à son père en


686. Il mit en place des œuvres de bienfaisance
au profit des pauvres, des orphelins, des
malades, des aveugles, etc. Il construisit des
centres d’accueil et leur désigna des enseignants
et des aides. Il distribua des subsides aux
pauvres et leur interdit la mendicité. Il accorda la
pleine liberté et un salaire décent aux docteurs
de la loi et aux hommes de science. Il entreprit
l’agrandissement des mosquées de Médine et
d’Al-Aqsa et la construction de la Mosquée de
Damas. Il encourageait la mémorisation du
Coran en octroyant des primes aux lauréats. Il
rétablit le Jihad et entreprit les expéditions en
direction de l’Asie et de l’Europe.
Durant son règne, s’acheva l’ouverture de
l’Espagne, de l’Inde et du Caucase.
Son règne a duré 9 ans et 8 mois.
85
1.2.2 Soulayman ibn Abdul Malik

Il poursuivit les réformes engagées par son frère.


Il fut un homme pieux et épris de justice. Il
nomma Omar ibn Abdul Aziz comme ministre. Il
licencia le personnel de Hajjaj impliqué dans les
exactions, libéra les prisonniers irakiens, victimes
de l’injustice de Hajjaj. Il rétablit la prière à sa
première heure, contrairement aux Banu Umayya
qui prirent l’habitude de retarder son
accomplissement. Son règne ne dura que deux
ans et demi.
Il mourut en l’an 696 laissant sous pli cacheté un
testament dans lequel il transmit le pouvoir à
Omar ibn Abdul Aziz.

1.2.3 Omar ibn Abdul Aziz

Il s’appelle le Calife vertueux ; on le compte parmi


les Califes bien guidés, à savoir Abu Bakr, Omar,
Uthman et Ali. Omar ibn Abdul Aziz est l’exemple
d’un chef d’Etat intégre qui craint Dieu et qui
cherche à Lui plaire par l’humilité et la
satisfaction des besoins sociaux de la
communauté.
Dès son accession au pouvoir, le Calife changea
de comportement. Il devient austère dans la
nourriture, l’habillement, la parole, le sommeil,
etc. Il dépouilla sa femme de ses bijoux qu’elle
avait hérités de ses parents et les versa au trésor
86
public. Il enraya la pauvreté et fit régner la
justice.
Selon des témoignages dignes de foi,
l’argent de la Zakat ne trouvait pas preneur en
son temps faute de pauvres.
Son gouverneur de Khoraçan (Iran) lui demanda
l’autorisation de faire usage de la force alléguant
qu’il a en face de lui des gens que seuls le sabre
et le fouet peuvent corriger.
Le Calife lui répondit : « tu as menti, c’est plutôt
la justice et le droit qui peuvent les corriger.
Applique-leur cela ».
Omar mourut d’une maladie dont il ne voulut pas
se soigner ; sa mort était ressentie comme une
calamité.
Il fut succédé par Yazid ibn Abdul Malik en
éxécution du testament de son frère Soulayman
ibn Abdul Malik.

1.3 Regain du désordre

On assiste à un retour en force à la corruption.


La justice qui avait régné au temps de Omar ibn
Abdul Aziz, la paix et la stabilité qui s’ensuivirent
furent battues en brèche dès la prise du pouvoir
par ses successeurs. Cette dernière étape du
règne omeyyade était marquée par des troubles
graves qui ont précipité l’effondrement de l’Etat,
la chute de cette dynastie. Les Califes étaient
corrompus et faibles ; ils ne s’intéressaient
qu’aux jeux et aux amusements, faisant fi des
mœurs et des traditions sociales. Ils excellaient
87
dans la recherche de beauté et l’édification des
palais. Ils se disputaient le pouvoir et son
héritage entre frères et fils. Les testaments
désignant des frères comme princes héritiers
étaient violés au profit des descendants. La
succession ou la désignation de l’héritier du
pouvoir a créé une fracture au sein de la maison
omeyyade même. Alors que les groupes
d’opposition reprochaient déjà à cette famille
(omeyyade) le monopole du pouvoir. Rappelons le
hadith déjà cité concernant Al-Walid ibn Yazid
qui atteignit le sommet de la débauche et de
l’hérésie au point où il fut exécuté par le peuple.
L’histoire ne lui retient ni action positive ni
témoignage favorable.
La débauche des dirigeants s’accompagne d’un
relâchement et d’une mauvaise gestion qui furent
à l’origine de mécontentements populaires. Les
musulmans non-arabes firent cause commune
avec les groupes des insurgés, en l’occurrence les
Chiites et les Kharidjites.
Les Arabes sur lesquels s’appuyaient les Banu
Umayya étaient eux-mêmes divisés en plusieurs
clans dont certains prônaient l’abolition de la
dynastie et le retour au califat authentique. Ce
désordre a multiplié les foyers de tension et
ravivé les mouvements de révolte qui couvaient
depuis longtemps.
Les musulmans n’avaient pas accepté le système
dynastique introduit par Mouawia. Les
Kharidjites estimaient que le califat n’était pas
l’apanage de la tribu de Quraich ; tout musulman
88
libre peut prétendre à cette fonction s’il obtient
l’accord de la communauté ; les Chiites
considéraient l’Imamat (le Califat) l’Imamat
comme une charge limitée à la famille du
Prophète (s). C'est dire que les esprits étaient
bien préparés à une révolte généralisée qui allait
balayer les hommes de cette dynastie.
La révolte fut proclamée solennellement en 747.
Le principal instigateur Abu Muslim Al-Khoraçani
établit son quartier général au Khoraçan, à Merv.
Abu Muslim rassemble les mécontents de toutes
les provinces. Ils étaient tous vêtus de noirs et
portaient des gourdins peints de noirs ; ils
arrivaient de toutes parts à pied, à cheval, à dos
d’âne. En 750, le dernier Calife omeyyade
Marwan ibn Mohammed apprit que des troupes
venaient de toutes les directions pour le tuer ; il
s’enfuit vers l’Egypte, sur son chemin les troupes
abbassides le trouvèrent sur les rives du grand
Zab, un des affluents du Tigre. Il perdit la bataille
et prit la fuite, il fut rattrapé près d’un village
appelé Boçair en Egypte où il fut exécuté. Puis
l’ordre fut donné de rechercher et de mettre à
mort tous les membres de la famille Banu
Umayya. Ils furent rassemblés dans un endroit
appelé Nahr Tousi et furent massacrés.
Cependant, la fuite de Abdurrahmane ibn
Mouawia en Espagne va permettre à cette
dynastie de contribuer à l’essor de la civilisation
islamique.

89
1.4 Les principales réalisations des
Omeyyades

1° Le courrier et son mode d’acheminement ;


2° Création d’une monnaie islamique ;
3°Arabisation de l’administration des provinces
non-arabes ;
4°Développement de l’art architectural et
construction des mosquées
5° Construction de routes, le génie de
construction de puits et développement des
affaires économiques ;
6° Construction d’hôpitaux ;
7° Construction de relais pour les voyageurs,
sortes d’auberges où les voyageurs se restaurent
et se reposent ;
8° Ouverture de nouvelles contrées. L’expansion
de l’Islam fut l’une des grandes réalisations des
Omeyyades.

2-Banul Abbâs ou les Abbassides (750-1258)

Banul Abbâs sont les descendants d’Al Abbâs ibn


Abdul Muttalib oncle du Prophète Mohamed (s).
Cette famille n’a jamais cherché le pouvoir pour
l’un de ses membres au nom d’Al Abbâs, mais ils
ont réclamé ce droit au nom d’Ali et ses
descendants. Ces derniers furent épuisés et
exténués par les révoltes qu’ils ne cessèrent de
90
conduire à l’encontre des Banu Umayya du début
jusqu’à la fin de leur dynastie.
Au début du deuxième siècle de l’Hégire et à
la suite de la débâcle des Chiites (Alaouites), les
Abbassides se mirent à convoiter le pouvoir pour
eux-mêmes arguant du fait que Al Abbâs est le
premier héritier du Prophète qui n’a pas laissé
d’héritier mâle. Al Rawandia (habitants de
Rawand [Iran] furent le fer de lance de ce
mouvement revendiquant le pouvoir au nom des
descendants d’Al Abbâs oncle du Prophète et ils
ont exagéré l’amour de cette famille comme les
Alaouites avec Ali.
On rapporte que le Prophète (s) avait informé son
oncle Al Abbâs que le califat échoira à ses
descendants et que depuis, ils ne cessèrent de s’y
attendre et d’en parler entre eux14.

14
Après la prise du pouvoir par les Abbassides, ces derniers poursuivirent les
omeyyades partout où ils se trouvaient et les liquidèrent, à l’exception de
Abdarrahman ibn Mouawia qui se réfugia en Espagne et y établit une dynastie
91
2.1 Des hommes et des œuvres

2.1.1 Le premier Calife abbasside fut Abul


Abbâs Abdallah ibn Mohammed dit Assaffeh –
(750-754)

Son premier discours était ainsi :

« Louange à Allah qui a choisi l’Islam pour Lui-


même, l’a ennobli, honoré, agrandi et l’a choisi
pour nous et soutenu grâce à nous … Il a fait de
nous ses défenseurs. Il nous a imposé la piété et
a fait de nous les plus dignes de celle-ci. Il nous a
distingués par la lignée et la parenté de son
Messager, Il nous a créés de sa généalogie et
dérivés de sa source.
Il a fait de lui l’un de nous, souffrant de nos
difficultés, plein de sollicitude pour nous,
compatissant et miséricordieux pour les
croyants. Il nous a mis au premier rang de l’Islam
et a révélé aux musulmans un Livre à réciter. Il a
dit, béni et exalté soit-Il :
« Allah ne veut que vous débarrasser de toute
souillure, ô gens de la Maison et veut vous
purifier pleinement » s33 v33
Et Il a dit :
« Dis : Je ne vous en demande aucun salaire si ce
n’est l’affection envers la parenté » s42 v23

92
Et Il a dit : « Et avertis les gens qui te sont les
plus proches » s26 v214
Et Il a dit : « Le butin provenant (des biens) des
habitants des cités qu’Allah a accordé sans
combat à Son Messager, appartient à Allah, au
Messager, aux proches parents, aux orphelins,
aux pauvres et aux gens de la route » s59 v7
« Et sachez que, de tout butin que vous avez
ramassé, le cinquième appartient à Allah, au
Messager, à ses proches parents, aux orphelins »
s8 v41
Il a, Gloire à Lui, enseigné notre mérite et imposé
notre droit et notre affection ; Il nous a réservé
des prises et des butins une part à notre honneur
et à notre grâce et c’est à Allah le Détenteur de
l’abondante grâce.
Et la chamia 15 a prétendu que d’autres étaient
plus dignes que nous en politique, au
commandement et en Khilafa, qu’ils soient
défigurés, c’est par nous qu’Allah a guidé les gens
après leur égarement, les a éclairés après leur
ignorance, les a sauvés après leur perdition, par
nous Il a manifesté la vérité et infirmé le faux,
redressé ceux d’entre eux qui étaient en tort,
élevé ce qui était bas et accompli ce qui était
défaillant, uni ce qui était divisé jusqu’à ce que
les gens soient devenus, après l’inimitié,
affectueux, bienfaisants, compatissants dans leur
vie ici-bas et frères sur des lits les uns en face

15
Allusion à Banu Umayya, dans Tabari Sab’ïya, alllusion à Abdallah ibn
Sabaa
93
des autres dans la vie future, tout cela pour
rendre grâce à Mohamed, lorsqu’Il l’a rappelé à
Lui, ses compagnons ont poursuivi la mission
après lui, leurs affaires étaient l’objet de
consultation entre eux ; ils ont embrassé les
héritages (richesses) des nations, ils y ont
appliqué la justice, géré à bon escient, restitué à
leur propriétaire et ils en étaient sortis démunis,
puis bondirent les banu Harb et les banu
Marwan, ils l’ont usurpé et géré à tour de rôle
entre eux, ils se comportèrent injustement avec
les ayants-droit, Allah leur accorda un délai
jusqu’à ce qu’ils L’irritèrent et quand ils
L’irritèrent, Il se vengea d’eux par nos mains et
nous a restitué nos droits et par nous, Il permit à
la communauté de se reconstituer (…) afin de
favoriser ceux qui étaient faibles sur terre … Et
j’espère que l’injustice ne vous viendra pas d’où
vous est venu le bien, ni la corruption ne vienne
d’où vous est venue la réforme ».16

Le Calife prit place dans la chaise, tandis que son


oncle Dawoud prit la parole et dit :
« … nous ne sommes pas venus pour le pouvoir
ni pour nous faire fortune ni pour construire des
palais, notre souci est de restituer les droits à
leurs titulaires et d’appliquer le Coran et la
Sunna ».

16
ibn al Athir : al Kamel fi Tarikh, p.324,325 Tabari T4, page 346.347
94
2.1.2 Al-Mansour 2ème Calife abbasside 754-
775 accède au califat par testament de son
frère Abul-Abbâs Abdallah ibn Mohamed.

L’homme était d’un charisme exceptionnel17.


A cette époque les savants musulmans
entreprirent la compilation des hadiths, de la
jurisprudence, de l’exégèse, la science, la
grammaire, l’histoire, etc.
Il répondit à une propagande le traitant de radin,
par ce sermon prononcé au Mont Arafat au
pèlerinage :
« ô gens, je suis l’autorité de Dieu sur Sa terre, je
vous gouverne par Sa volonté et Sa guidance, je
suis le gardien de Ses trésors que je partage par
Sa volonté et donne par Sa permission, Allah
m’en a fait un cadenas ; s’Il veut m’ouvrir, Il
m’ouvre pour vous en donner et s’Il veut me
fermer, Il me ferme. Aspirez à Allah, ô gens, et
demandez-Lui en ce jour béni au cours duquel Il
vous a donné de Sa grâce ce dont Il vous a
informé dans Son Livre : « Aujourd’hui j’ai
parachevé pour vous votre religion, et accompli
sur vous mon bienfait. Et j’agrée l’islam comme
religion pour vous ». Demandez-Lui qu’Il
m’oriente vers ce qui est juste, qu’Il me guide vers
ce qui est droit, et qu’Il m’inspire la compassion
et la bienveillance envers vous, qu’Il m’ouvre pour

17
a eu des démêlés avec l’Imam Abou Hanifa qui fut, semble-t-il, persécuté
par le Calife
95
vous donner et partager équitablement, Il est
l’Audient, qui répond aux appels ».

Il dit à son fils Al Mahdi : « ô Abu Abdallah,


le Calife ne se redresse que par la piété, l’autorité
ne se redresse que par l’obéissance, le peuple ne
se redresse que par la justice, celui qui est plus
digne du pardon est le plus capable de châtier, le
moins doué d’intelligence est celui qui agresse ce
qui est plus petit que lui ».
Al-Mansour était versé dans l’astronomie et
il fonda l’école astronomique de Bagdad. Cette
école a relevé plusieurs erreurs attribuées à
Ptolémée et corrigé les tables astronomiques
grecques. C’est grâce à l’école de Bagdad qu’on
découvrit le mouvement de l’apogée du soleil,
l’évaluation de son inclinaison, l’excentricité de
son épicycle et sa diminution progressive,
l’estimation précise de la durée de l’année. Ils
parviennent à connaître certaines particularités
des étoiles errantes et fixes. L’école de Bagdad a
permis aux savants de constater les irrégularités
de la plus grande latitude de la lune, de découvrir
une troisième inégalité lunaire, connue sous le
nom de variation. « Ils signalèrent les taches du
soleil, étudièrent les éclipses, les apparitions de
comètes et autres phénomènes célestes ; ils
mirent en question l’immobilité de la terre et
furent les précurseurs lointains de Copernic et de

96
Kepler »18. « Ce qui caractérise l’école de Bagdad,
écrit M. Sédillot, c’est l’esprit véritablement
scientifique qui préside à ses travaux : marcher
du connu à l’inconnu, se rendre compte
exactement des phénomènes pour remonter
ensuite des effets aux causes, n’accepter que ce
qui a été démontré par l’expérience, tels sont les
principes enseignés par les maîtres. Les Arabes
du IXème siècle étaient en possession de cette
méthode féconde qui devait être si longtemps
entre les mains des modernes, l’instrument de
leurs plus belles découvertes ».
Sismondi écrivait : « l’école de Bagdad a non
seulement puissamment contribué au réveil de
l’Europe, mais en porta la lumière aussi dans
l’Asie tout entière »

2.1.3 Al Mahdi ibn Abdallah Mohammed ibn Al


Mansour (776-786)

Al Mahdi fut un homme très généreux, jouissant


d’une grande popularité à cause de ses qualités
d’homme intègre, épris de justice et de droiture.
Il rendit justice aux opprimés, mit en sécurité son
peuple et vidé les trésors en faisant des dons aux
pauvres. Il combattit l’hérésie, la délation et
l’espionnage contre la vie privée des gens.

18
HAIDAR BAMMATE. Apport des musulmans à la civilisation, tawhid page
52
97
Un jour, il éconduisit un délateur en
s’écriant : « la situation du délateur, lui dit-il,
n’est pas pire et son péché n’est pas plus grand
que le péché de celui qui accepte sa délation ».
« Si tu es l’ennemi de quelqu’un, nous n’avons
pas à châtier ton ennemi, si tu es jaloux, nous
n’avons pas à assouvir ta jalousie, si c’est un
conseil que tu nous donnes, nous n’acceptons
que les conseils agréés par Allah et utiles pour les
musulmans »

Il inventa l’art de la dialectique et ordonna


de composer des livres de répliques aux athées et
aux hérétiques.

2.1.4 Haroun Ar-rachid ibn Mohamed ibn


Abdallah Al-Mahdi (786-809)

Un homme d’une très forte personnalité et


de grandes qualités. Son règne coïncida avec
celui de Charlemagne empereur d’occident. Il
faisait partie des Califes les plus savants et les
plus vertueux. Il était versé dans le fiqh et les
lettres. Sa vie était partagée entre le Jihad une
année et le pèlerinage l’autre année. Il faisait
chaque jour cent rakaâs et un don de mille
dirhams de ses propres moyens.
On rapporte que les jours d’Ar-rachid
étaient des jours heureux semblables à des jours
de fêtes.

98
Deux événements ont marqué l’époque de
Haroun Ar-rachid : la recrudescence des
rébellions et le progrès scientifique. A son époque
prit fin le parchemin comme support d’écriture ;
on découvrit le papier qui contribua au
développement de la vie administrative et
culturelle. On installa à Bagdad les premières
manufactures de papier.
Pendant les fêtes de Pâques de l’an 802,
Haroun Ar-rachid envoya des présents à
l’empereur (Charlemagne) parmi lesquels il y
avait une horloge en métal construite avec un art
admirable. Un mécanisme mû par l’eau marquait
le cours des douze heures, et au moment où
chaque heure s’accomplissait, un nombre égal de
petites boules d’airains tombaient sur un timbre
placé au-dessous et le faisaient tinter par leur
chute. Il y avait encore douze cavaliers qui,
lorsque les douze heures s’étaient révolues,
sortaient par douze fenêtres, en fermant derrière
eux, dans le choc de leur sortie, ces fenêtres qui,
auparavant, étaient ouvertes. Il y avait d’autres
merveilles admirables dans cette horloge inventée
par les Arabes à Bagdad.
En revanche, les relations avec l’empire byzantin
n’étaient pas au beau fixe.

Il serait intéressant de reproduire cette citation


sur le feu grégeois que l’armée musulmane utilisa
pour la première fois lors du siège d’Héraclèe, en
806 : « Boutez le feu aux mangonneaux et mettez-

99
les en action, il n’y aura pas de résistance de leur
part ».
« Ils firent comme il avait ordonné ; ils placèrent
du lin et du naphte sur les boulets de pierre, y
boutèrent le feu et tirèrent contre les remparts.
Le feu se collait aux remparts et désagrégeait les
pierres qui éclataient et s’éboulaient. Lorsque
l’incendie eut enveloppé la ville de toutes parts,
les assiégés ouvrirent la porte et demandèrent
quartier. Héraclèe capitula quand elle vit cette
chose surprenante : de lourdes machines qui
lançaient naphte et feu. C’était comme si nos
feux, au flanc de leur citadelle, eussent été des
étoffes teintes séchant sur les cordes d’un
foulon ».19

Les sciences étaient divisées en deux catégories :


Les sciences rationnelles et les sciences
transmises. Chaque science avait sa propre
méthode de recherche, de vérification et de
compilation.
La méthode des sciences transmises était
basée sur l’authenticité du récit et la fiabilité du
rapporteur. Le spécialiste du hadith s’attelait par
exemple à rassembler les hadiths et en vérifier
l’authenticité grâce à une étude biographique des
rapporteurs en remontant la chaîne jusqu’au
Prophète (s).
Les sciences dites rationnelles comprennent la
médecine, les maths, les sciences naturelles, la

19
Gaston WIET : Grandeur de l’islam, p.80
100
physique, l’astronomie, etc. Elles étaient basées
sur la méthode d’observation et
d’expérimentation.
Si l’on fait état d’une découverte, on s’intéressait
moins à son auteur qu’à sa vérification par des
procédés d’expérimentation pratique.

Le règne de Haroun Ar-rachid connut plusieurs


rébellions. Parmi les plus importantes, figurent :

a) La rébellion des Alaouites


Il y avait deux révoltes chiites conduites
séparément par deux frères : Yahia et Idriss fils
de Abdallah. Ce dernier réussit à restaurer une
dynastie au Maghreb (Maroc) au nom des
Idrissides en 794. Concernant l’autre rébellion, le
Calife dépêcha une armée sous le
commandement d’Al-Fadhl ibn Yahia al-Baramki.
Il n’y eut pas de combat avec les insurgés mais
des pourparlers avec leur chef Yahia ibn Abdallah
qui finit par renoncer à la rébellion sous
certaines conditions dont les garanties de
sécurité pour sa vie de la part du Calife.

b) La rébellion des Kharidjites (reprise du


combat)
Les Kharidjites n’avaient pas tardé à reprendre
leur révolte du côté du Yémen contre les
Abbassides sous le commandement d’Al Walid
101
ibn Toraif Acharibi vers l’an 810, mais sans
succès.

c) La révolte de Rafâa ibn Allaith en 813 à


Khorassan20
Ce dernier fut combattu par le gouverneur de
Khorassan Ali ibn Aissa mais la bataille tourna à
l’avantage des insurgés du fait que la majorité de
la population était contre le gouverneur à cause
de son despotisme et de ses exactions. Le Calife
le destitua et le remplaça par un autre qui fut, lui
aussi, incapable de contenir la rébellion. Le Calife
lui-même décida de mener le combat ; la
situation s’est calmée au temps d’Al-Mamoun.

d) Le conflit barmekide
Les Barmékides sont les membres d’une famille
persane issue de Khaled Barmek qui fut une
figure de prou de la dynastie abbasside. Cette
famille avait le monopole du poste de premier
ministre (Vizir). Leur influence ne cessa de
grandir et ils devinrent de ce fait encombrants.
Lorsque le Calife apprit leur implication dans des
manœuvres sournoises, il fit exécuter leur chef
Jaâfar ibn Yahia et emprisonna son père et ses
trois frères Al-Fadal, Moussa et Mohamed.

20
Au-delà de l’injustice contre laquelle les insurgés s’étaient soulevés, la
révolte semblait revêtir un caractère racial. Les persans se plaignaient de
l’influence grandissante des arabes sur les rouages de l’Etat.
102
Dès lors les Barmekides vont rallier ouvertement
la révolte alaouite.

e) L’épisode Nicéphore 1er


Nicéphore 1er, empereur d’Orient écrit une lettre
à Haroun Ar-rachid où il dit :
« La reine avant moi, Irène, s’est comportée
comme une vassale devant toi. En conséquence,
elle t’a fait don d’une partie des richesses
impériales. Cela est dû à la folie et à la faiblesse
des femmes. Quand tu auras lu mon message,
tâche de restituer ce qu’elle t’a donné sinon,
l’épée tranchera entre nous ».

A la lecture de la lettre, le Calife devient furieux ;


les gens de son entourage s’étaient étonnés ; ils
l’avaient rarement vu dans cet état.
Le Calife lui répondit ainsi qu’il suit :
« Au nom d’Allah le Clément, le Miséricordieux.
De Haroun Emir des croyants

A Nicéphore chien des Romains !

J’ai lu ton message, ô fils de la mécréante ; la


réponse est celle que tu vas voir avant de
l’entendre, salut ». Il mit en alerte ses troupes
avant de leur intimer l’ordre de marcher sur
Byzance. Ils envahirent Héraclèe ; la ville fut
dévastée ; l’empereur reconnut la défaite et
décida de verser un tribut tous les ans en
échange d’une trêve.

103
Le Calife en convint et retira ses troupes.

2.1.5 Al-Mamoun (813-833)


On rapporte qu’Al-Mamoun de tendance
moutazilite, était le meilleur des Califes
abbassides en terme de politique, de science, de
charisme, de bravoure, de tolérance, de justice,
de générosité. On le considérait parmi les grands
savants, il menait des débats chaque jour avec
les jurisconsultes et les savants.
Il disait : « les seigneurs des hommes dans ce
monde sont les généreux et dans l’au-delà les
Prophètes ». Il fut à l’origine de la théorie de la
création du Coran qui fut une rude épreuve pour
les savants musulmans. Il invoquait à l’appui de
sa théorie le verset : « Nous en avons fait un
Coran arabe afin que vous raisonniez » s43 v3
Ainsi que le verset « … et établi les ténèbres et la
lumière » s6 v1
Il adopta une politique conciliante avec les
Alaouites à telle enseigne qu’il désigna comme
successeur Ali Arrida même si cela n’a pas calmé
leur ardeur contre lui.
Ils se révoltèrent à la Mecque et élirent
comme Emir Mohamed ibn Jaâfar Assadek. Le
Calife lui livra bataille, procéda à son arrestation
et lui pardonna. Son règne s’est caractérisé par
l’influence persane21 et la disparition d’Arabes de
la scène politique. Il fonda en 830 Bayt al-Hikma

21
La mère d’Al-Mamoun était d’origine persane
104
(maison de la sagesse) qui fit office d’université
mondiale dotée de bibliothèques, de laboratoires
et de centres de recherche.
La civilisation islamique connut un essor
prodigieux sous le règne d’Al-Mamoun. On
assista à l’éclosion de connaissances dans tous
les domaines. De l’art à la philosophie en passant
par la physique, la chimie, la médecine,
l’architecture, la géographie, l’histoire, l’exégèse,
etc.
Le Calife se mit à rechercher la science partout
où elle se trouvait « grâce à la hauteur de ses
conceptions, grâce à la puissance de son
intelligence, il la tira des endroits où elle se
cachait ». Il ne se contenta pas de dépêcher des
émissaires partout dans le monde pour la collecte
d’ouvrages et de documents de toutes sortes, il
entra en relation avec les empereurs d’Orient,
leur fit de riches présents et les pria de lui faire
don des livres de sciences et de philosophie qu’ils
avaient en leur possession. Les empereurs lui
envoyèrent des ouvrages de Platon, d’Aristote,
d’Hippocrate, de Galien, d’Euclide, de Ptolémée et
d’autres. Le Calife recruta alors les traducteurs
émérites et les chargea de traduire ces ouvrages.
Une fois la traduction achevée, le Calife poussa
les gens à lire ces traductions et les encouragea à
les étudier.
Il traitait les savants et les intellectuels avec
une estime et une considération bien
particulières. Ce qui avait incité les gens à se
consacrer à la recherche du savoir et des
105
connaissances avec les moyens mis à leur
disposition par le Calife. Une fois, ce dernier était
en réunion avec un groupe de savants lorsqu’une
femme entra et dit : « ô Emir des croyants, mon
frère est mort en laissant 600 dinars, on m’a
donné un dinar en me disant : c’est cela ta part.
Al-Mansour lui dit : c’est cela ta part. Les savants
lui demandent : comment ? Il répond : cet
homme a laissé deux filles ? Elle dit oui. Il dit :
Elles ont les deux tiers (400) et il a laissé une
mère qui a le sixième (100) et il a laissé une
épouse, elle a le huitième (75). Puis interroge la
femme : est-ce que tu as douze frères ? Elle dit
oui ! Ils ont chacun deux dinars et il te reste un
dinar.

En effet, les savants occupaient auprès du Calife


des situations et des postes élevés. Il les recevait
en audience particulière, aimait à les consulter et
débattre avec eux des sujets littéraires,
philosophiques, théologiques, etc. Ainsi,
l’entourage du Calife était constitué d’érudits
entre autres des jurisconsultes, des analystes,
des traditionnistes, des théologiens, des
lexicographes, des poêtes, des métriciens, des
généalogistes.
Lors de la création de la Maison de la
sagesse, le Calife avait confié sa direction à
Mohamed ibn Moussa Al-Khawarzmi. C’est lui
qui inventa l’algèbre. Le mot « Algorithme » est
tiré du nom de l’auteur. Son traité d’algèbre est

106
intitulé Al-Gabr wal Muqâbala (calcul par
restitution).
Al-Mamoun, dont la mère était d’origine
persane, menait une politique opposée à celle de
son frère Al Amine né d’une mère arabe
Zoubeida.
Le règne d’Al Amine s’est caractérisé par une
influence de l’élément arabe.
Al Mamoun s’appuya au contraire sur les persans
parmi lesquels il choisit la plupart de ses
conseillers, ses ministres et ses gouverneurs. Il
introduisit des modifications importantes au sein
de l’Etat, il tente de transférer le pouvoir aux
Alaouites. A cet égard, il écrit un testament
politique désignant Ali Arreda comme successeur,
ce qui a provoqué une levée de boucliers de la
part des Abbassides qui destituèrent Arreda et
désignèrent à sa place son oncle Ibrahim ibn Al
Mahdi. Lorsque le Calife eu vent de ces
mécontentements, il revint sur sa décision.
« j’aime tellement le pardon, disait-il, que je
crains ne pas en avoir de récompense divine » ; ce
qui prouve que l’homme était très indulgent.
2.1.6.1 Le mouvement des Zott

Les Zott, d’après ibn Khaldoun, sont des


Tziganes et des métisses qui ont saisi
l’opportunité des guerres pour s’emparer des
régions marécageuses alentour de Basra où ils
semèrent le désordre. Renforcés par des esclaves
fugitifs, ils y pratiquaient le banditisme,

107
interceptaient le commerce, frappaient, pillaient
et massacraient les marchands qui venaient à
Bagdad de Basra, de l’Inde et de la Chine.

C’était une population nombreuse


composée de Tziganes et de métisses qui a fui la
misère de l’Inde pour venir s’installer dans la
région. Ils utilisaient les barques pour exécuter
leurs sales besognes. Les troupes d’Al-Mamoun
ne pouvaient en venir à bout et c’est au temps
d’Al-Mou’tacim qu’ils furent neutralisés.

2.1.7 Al-Mou’tacim Billah (834-843)

Son nom est Abou Isaac Mohamed ibn Haroun


Ar-rachid surnommé Al-Mou’tacim Billah. Il fut
un homme de courage et de forte personnalité
mais sans culture. Son cachet portait
l’inscription : “louange à Allah que rien ne Lui
ressemble”. Sa mère était Turque, il fut le premier
Calife à s’appuyer sur les Turcs et à leur ouvrir
les portes de l’administration.
Il poursuivit la politique d’Al-Mamoun à
bien des égards et de manière plus ferme à
propos de la théorie de la création du Coran. A
cause de cela, il persécuta bon nombre de
savants dont Ahmed ibn Hanbal qui fut l’objet de
bastonnade à cause de son opposition à cette
théorie.

108
Il ressentit le besoin d’une armée forte pour
la défense du territoire et le maintien de l’ordre
compte tenu de la recrudescence des rébellions. Il
recruta des mercenaires turcs dont l’effectif ne
cessa d’augmenter jusqu’à constituer une
menace pour l’Etat.
Il construisit une ville pour servir de base
aux troupes turques dont la population
commençait à se plaindre à cause de leurs
mauvais comportements. Le Calife distingua les
Turcs des autres troupes par de somptueux
uniformes, des étoffes de brocart, des ceintures et
des ornements dorés.
« Des hommes, écrit ibn Khaldoun, non sans une
nuance de mépris, ont pu consentir à entrer dans
un état de servitude, mais cela a été avec l’espoir
d’atteindre aux honneurs, aux richesses et à la
puissance : tels furent les Turcs au service des
Califes abbassides ».
C’est pour protéger ces Turcs contre les
représailles de la population de Bagdad, lasse de
leurs méfaits, que fut fondée, à une centaine de
kilomètres au nord de Bagdad, la résidence
palatine de Samorra »22. Cette ville était devenue
la capitale à la place de Bagdad pendant soixante
ans.
Ainsi, au conflit clanique opposant les
Arabes aux Iraniens, s’ajoute un troisième
élément avec la présence des Turcs. Ces derniers
vont donc étendre peu à peu leur influence et

22
Gaston WIET op.cit, page 105
109
s’emparer des secteurs et des postes clés de
l’Etat. Leur autorité s’est vu renforcée après le
décès d’Al-Mou’tacim auquel avait succédé son
fils Al-Watiq billah Haroun et après lui son frère
Al-Moutawakkil ala Allah Jaafar.

Ce fut le début de la deuxième période


abbasside caractérisée par la faiblesse de la
dynastie et l’éclatement.

Les Turcs étaient devenus un lobby très puissant


qui se servait du Calife comme un jouet ; ils
avaient en quelque sorte le pouvoir de nommer et
de destituer les Califes. Après la mort du Calife
Al-Watiq Billah, les chefs turcs se réunirent et
désignèrent Jaa’far fils d’Al-Mou’tacim qu’ils
surnommèrent Al-Moutawakkil. Et lorsque ce
dernier tenta de réduire leur influence, ils
complotèrent contre lui et finirent par le faire
assassiner avec la complicité de son fils Al
Mountacir billah qui lui a succédé en 869.
Al-Mutawakkil était réputé pour la remise
en valeur de la Sunna. Ils détruisit le mausolée
de Hussein ibn Ali à cause des excès commis par
les pèlerins de ce lieu.

f) La révolte des Carmathes

Les Carmathes sont des membres de la


secte ismaélite. Cette secte croit que l’imamat
s’était perpétué dans la descendance d’Ismaël fils
110
de Jaafar As-sadek. La secte est un mouvement
égalitariste, rattaché aux doctrines de
nivellement prêchées par Mazdak sous les
Sassanides. Ils pratiquent un syncrétisme
religieux qui intègre athéisme et polythéisme. Le
nom du mouvement est tiré de son fondateur
Hamdan Qarmat ibn Al-Ach’ath qui déclara
publiquement le mouvement à Koufa en l’an 900.
Il construisit une maison qu’il baptisa « Dar al
Hijra », maison de l’immigration et imposa
cinquante prières par jour.
La secte dissimule ses vraies croyances ;
ses missionnaires avaient pour instructions
d’adapter leurs croyances à celles de n’importe
quelle personne rencontrée sur le chemin du
prosélytisme de la révolution.
« Si vous avez affaire à un homme qui professe la
doctrine des Chiites, vous vous ferez connaître de
lui comme étant vous-même zélé partisan de
cette doctrine. Pour vous insinuer dans son
esprit, vous entrerez en matière en parlant de
l’injustice que les musulmans ont commise
envers Ali et ses enfants, du meurtre de
Hussein… En suivant cette marche, les hommes
de cette secte seront bientôt et facilement
conduits où vous voulez les mener.
Si vous vous adressez à un Sabéen, insinuez-
vous dans son esprit en dissertant sur le nombre
septénaire, et les choses qui observent ce
nombre.

111
Si vous avez affaire à un sectateur du magisme,
ses opinions au fond sont conformes aux vôtres.
Insistez sur l’excellence du feu, de la lumière et
du soleil. Entre tous les peuples, les mages et les
Sabéens sont ceux qui ont le plus de rapports
avec nous, et dont la doctrine s’approche le plus
de la nôtre (…)

Si celui que vous gagnez est un juif, commencez


à vous concilier son attention en l’entretenant du
Messie. Je veux dire du Messie des juifs, du faux
Messie ; enseignez-lui que c’est le Mahdi qui est
le Messie ; que la connaissance du Mahdi procure
le repos des actions et dispense des obligations
pénibles, de même qu’il lui a été commandé de se
reposer le jour du Sabbat. Vous gagnerez son
cœur en parlant mal des chrétiens et des
musulmans ignorants, de ce qu’ils débitent au
sujet de Jésus, assurant qu’il n’a pas été
engendré et qu’il n’a pas de père. Avec ces propos
et d’autres semblables, vous en aurez bientôt fait
un prosélyte.

Vis-à-vis des chrétiens, vous vous frayerez le


chemin en parlant mal des juifs et des
musulmans sans distinction, en témoignant que
vous reconnaissez la vérité du symbole des
chrétiens ; reprochez-leur qu’ils ont méconnu le
Paraclet, et enseignez-leur que le Paraclet va
venir et que c’est à lui que vous appelez.

112
Si un homme de la secte des Manichéens vous
est présenté (et vous savez que cette secte est la
source d’où vous tirez votre origine), commencez
tout de suite avec lui par un enseignement déjà
fort avancé par ce qui concerne le mélange des
ténèbres et de la lumière. Par ceci, vous vous
emparerez de l’esprit de ces gens-là et vous
obtiendrez leur confiance.

Si vous trouvez quelqu’un parmi ceux à qui vous


croyiez pouvoir pleinement vous fier, vous lui
dévoilerez tout le secret.

S’il arrive qu’on vous présente un homme attaché


à la doctrine des philosophes, vous n’ignorez pas
que l’essentiel de notre doctrine repose sur les
opinions des philosophes et que nous sommes
d’accord avec eux en ce qui concerne les religions
établies par les Prophètes et l’éternité du monde.
Seulement, il y en a parmi eux qui diffèrent
d’opinion avec nous, en ce qu’ils admettent, sans
cependant le connaître, un être qui régit le
monde.

Si ceux à qui nous avons affaire se trouvent


d’accord avec nous, et qu’ils ne reconnaissent
point d’existence d’un être qui gouverne le
monde, il n’y a plus aucune différence entre notre
doctrine et la leur.

Si on vous présente un dualiste, vous êtes sûr de


la victoire. La première chose à faire avec lui,
113
c’est de rejeter le dogme de l’unité de Dieu et de
lui parler de préexistant et de suivant, et de la
manière dont l’un hérite de l’autre.

Si vous avez à traiter avec un Sunnite, parlez


avec respect devant lui d’Abu Bakr et d’Omar ;
Faites l’éloge de leurs mérites et n’épargnez point
la critique à Ali et à ses enfants ; rapportez des
circonstances de leur vie, dignes de censure.
Faites-lui entendre qu’Abu Bakr et Omar
n’étaient pas étrangers à la doctrine que vous lui
enseignez. Quand vous vous serez une fois
insinué dans son esprit par ce moyen, vous le
conduirez où vous voudrez, et vous serez maître
de lui. Ayez soin seulement de vous faire donner
des promesses bien sûres, et de le lier par les
engagements les plus inviolables et les serments
les plus sacrés. Ne vous empressez pas de confier
à ceux mêmes qui se montreront dociles et
soumis à tout ce que vous leur proposerez des
dogmes qui pourraient choquer et révolter leurs
esprits, si vous ne les y ameniez insensiblement
et par degré. Ne les faites avancer que pas à
pas. »23

Cette secte apparut à Bahreïn vers l’an 900, elle


se dota d’une puissante milice placée sous le
commandement de Abou Said Al-Qarmati.

23
NOUWAIRI, cité par G.WIET, op.cit, page 114,115
114
La secte installée à Bahreïn entra en guerre avec
l’armée du Calife Al-Muktafi billah Ali ibn Al-
Mu’tadhid. Il y eut plusieurs batailles au cours
desquelles la secte infligea des pertes sèches à
l’armée du Calife à Basra.

Elle a perpétré des massacres parmi les pèlerins


à la Mecque, et pillé la Kaa’ba. Ils avaient
emporté les objets en or, le voile et la pierre
noire24. Le chef de la secte avait gardé celle-ci
pendant vingt ans, on leur proposa cinquante
mille dinars pour sa restitution mais en vain. Elle
ne fut restituée que sous le règne d’Al-Muti’ Lillah
AbulKacim Al-Fadl ibn Al Muqtadir après que la
secte eut été neutralisée.

Au cours de cette 2eme période que les


historiens distinguent de la première, le pouvoir
central de Bagdad va céder à une sorte de
décentralisation très poussée. On assista peu à
peu à la naissance de principautés plus ou moins
indépendantes. La soumission au pouvoir central
avait un caractère purement symbolique. Elle se
manifestait dans l’utilisation d’une monnaie
portant le nom du Calife, la prière pour ce dernier
dans les mosquées et le versement d’une
redevance annuelle au budget central. De plus, le
prince devait obtenir l’approbation du Calife. En
dehors de cela, chaque principauté était

24
Souyoti : histoire des Califes p.383
115
autonome, dotée d’un budget, d’une
administration et d’une armée autonome.

Ces principautés situées à l’est, au centre et à


l’ouest de l’Etat abbasside étaient fondées et
gouvernées par les Persans, les Turcs et les
Arabes.

116
2.2 Les principautés persanes

2.2.1 Les Tahirides (820-872)

Cette principauté fut fondée par Tahir ibn


Hussein d’origine persane, général en chef de
l’armée du Calife au temps d’Al-Mamoun. Il
conduisit la révolte contre Al-Amine (de mère
Arabe) et accéléra la succession d’Al-Mamoun (de
mère persane).

Les Tahirides avaient choisi Naiçapour


comme capitale, ils avaient largement rétabli
l’ordre dans leur pays et contribué à son
développement économique. Ils demeurèrent
fidèles au Calife et lui payèrent une redevance
annuelle jusqu’à leur renversement par les
Saffarides.

2.2.2 Les Saffarides (868-902)

Sous le commandement d’un cavalier redoutable


appelé Ya’coub ibn Allaith Assaffar, les Saffarides
avaient profité d’un léger mécontentement social
pour arracher le pouvoir à leurs adversaires par
la force. Leur chef avait même des ambitions sur
Bagdad qu’il tenta d’assaillir mais son armée
subit une sanglante défaite en 879. C’était
seulement pour s’en débarrasser et le faire taire
117
que le Calife lui reconnut les provinces du
Khomassan, du Djibal, du Fars, du Séistan, du
Kerman, du Sind et de la Transoxiane.

Cependant le Calife lui reprit quelques provinces


avant que les Samanides, qui affirmaient leur
allégeance au Calife, aient réussi à en reprendre
le reste.

2.2.3 Les Samanides (902-998)

Les Samanides régnaient sur la Perse et une


partie de l’Asie centrale. Placés sous l’autorité du
Calife, ils choisirent successivement comme
capitale Samarkand puis Boukhara. A l’époque
de l’Emir Ismaïl ibn Ahmed, le pays avait connu
une grande prospérité. Cette dynastie contribua
considérablement au développement scientifique
si bien que Samarkand et Boukhara furent de
grands centres de rayonnement et des pôles
d’attraction d’étudiants et de chercheurs, sous la
conduite d’éminents savants comme Ibn Sina
(Avicenne) et Baïrouni.

Après le décès de l’Emir Ismaïl, la division


s’installa au sein de la famille princière et ce fut
l’aurore de leur déclin.

118
2.2.4 Les Boueihydes (945-1055)

Les Boueihydes étaient des soldats aguerris qui


entrèrent en révolte en 933 et envahirent les
territoires de l’Est, notamment Fars, Djibal et le
Kerman. Leur chef Mou’iz Al-Dawla fit son entrée
à Bagdad en 945. Le Calife Al-Moustakfi lui
décerna le titre d’Emir des Emirs, ce qui mena à
l’instabilité, à la confusion et au rétrécissement
du pouvoir du Calife.

2.3 Les principautés turques

2.3.1 Les Ghaznavides ( 962-1186)

Ce sont des soldats turcs dont le chef Sebketkine


se révolta contre son maître samanide et
s’installa à Ghazna en 961. Cette capitale donna
son nom à la dynastie ghaznavide. Ils étendirent
leur principauté à l’Afghanistan, au Pakistan, au
Khorasan et au nord de l’Inde. L’Emir est appelé
Sultan. Son fils Mahmoud était un musulman
très engagé qui se consacrait à la propagation de
l’Islam.

119
2.3.2 Les Saljukides ( 1055-1113)

Les Saljukides forment une population d’origine


turque habitant le désert situé entre la Chine et
la Mer Caspienne (Mer de Ghazouine). Ils
envahirent Naiçapour, capitale du Khorasan et
déclarèrent leur indépendance. Ce faisant, ils
arrachèrent aux Ghaznavides le territoire du
Khorasan. Ils obtinrent la reconnaissance du
Calife sous condition du respect des règles de
l’Islam, de la justice et des bonnes mœurs.

2.4 Les principautés au Centre et en Afrique

2.4.1 l’Etat tholonien ( 868-905 )

L’administration de la province d’Egypte fut


confiée à un Turc nommé Bacbac ; mais les Turcs
aimaient rester à Bagdad et désigner d’autres
pour l’administration des provinces. C’est ainsi
que Bacbac désigna Ahmed ibn Tholone comme
substitut ou chef d’Etat adjoint en Egypte. Une
tentative de révolte amena le Calife abbasside à
destituer la famille d’ibn Tholone et de les
remplaçer par Mohamed ben Taghy 25.

25
Al-Ikhchid (935-969) d’origine turque. Pour ses faits d’armes contre les
tentatives d’invasion fatimides, le Calife le gratifia avec ce titre asiatique
d’ikhchid et lui permit d’annexer le Yémen et le Hijaz
120
2.4.2 Les Hamdanites (872-996)

Les Hamdanites sont membres d’une tribu arabe


dont le chef Hamdane ibn Hamdoun avait, en
réaction à l’influence turque sur le califat,
instauré un pouvoir autonome à Moussoul et ses
environs. Les Hamdanites à l’époque d’Al-Hassan
ibn Abdallah surnommé Nacer addawla et son
frère Saïf Addawala lancèrent vainement des
attaques contre les Turcs à Bagdad pour en
débarrasser le Calife.

Ils acquièrent une puissance et une renommée


sous le règne de Saïf Addawala qui annexa Haleb
à son autorité.

2.4.3 Al-Aghaliba ou Aghlabides (800-909)

Cette principauté installée à Tunis par le Calife


Haroun Ar-rachid avait principalement pour
mission de mater les révoltes berbères et de
contrer éventuellement les attaques lancées par
les adaressa (idrissides) contre les territoires de
l’Etat abbasside.

La principauté fut confiée à Ibrahim ibn Al-Aglab


qui fit face à plusieurs révoltes berbères. Après le
décès de ce dernier, le pouvoir a faibli à cause
des dissensions intestines des membres de la

121
famille et surtout de la présence de ministres
chiites qui avaient facilité la prise de pouvoir par
les Fatimides.

2.5 Les dynasties indépendantes de l’empire


abbasside

2.5.1 Al-adarissa ou Idrissides (788-985)

C’est un Etat alaouite fondé au Maghreb (Maroc)


par l’Imâm Idriss ibn Abdallah ibn Al Hassan qui
fuit les Abbassides à l’époque du Calife Al-Hadi
ibn Al-Mahdi en 791.

Le fondateur fut liquidé sur ordre du Calife mais


la dynastie continua sous l’autorité de son fils
Idriss II qui entreprit de construire la ville de Fès
afin de la prendre comme capitale. Le territoire de
l’Etat s’étendait à tout le Maroc et à la partie
Ouest de l’Algérie. Il contribua à la propagation
de la civilisation islamique au Maghreb.

2.5.2 l’Etat rostomide (780-909)

l’Etat rostomide fut fondé en Algérie par


Abdurrahmane ibn Rostom. La ville de Tahart
(Tiaret) était sa capitale. Ce fut un Etat
indépendant basé sur un système d’organisation

122
socio-politique conforme à la doctrine ibadite,
issue de la doctrine kharidjite. Dans ce système,
l’autorité suprême revient à l’Imâm, lequel
s’appuie sur un conseil de consultation (choura)
composé d’hommes de science et de bonnes
mœurs, « ahl al ilm wa al waraa ». Cet Etat fut
renversé par les Fatimides en 909.

2.5.3- Les Fatimides (909-1171)

Les Fatimides sont des Ismaéliens qui


prétendaient descendre de l’Imam Ismaël ibn
Jaafar As-Sadiq (7ème Imam), un descendant
direct de l’Imâm Ali et de Fatima, la fille du
Prophète ( s).
Au cours du pèlerinage en 892, Abu Abdallah
rencontra des pèlerins berbères de la tribu de
Kutâmah. Il les appela à sa cause et retourna
s’installer avec eux à Tazurt en Petite Kabylie. A
la même époque, le leader ismaélien Ubaïd Allah
Saïd fuit le pouvoir abbasside en Syrie et
s’installa au Maghreb où son missionnaire Abu
Abdallah lui avait préparé le terrain en
annonçant l’apparition de l’Imâm attendu Al-
Mahdi en Syrie.

Il trouva un bon accueil au Maghreb où il fut


proclamé Calife à Kutâmah après avoir chassé les
Aghlabides en 909. Il ne tarda pas à conquérir
tout le Maghreb y compris la Libye, et construisit
au sud de Tunis une ville à laquelle il donna son

123
nom Al-Mahdyyah qui fut la capitale de la
dynastie.
Après leur installation en Tunisie, les Fatimides
avaient tenté à plusieurs reprises de s’emparer de
l’Egypte ; quatre tentatives échouèrent. A cette
époque, l’Egypte était gouvernée par un prince
Ikhchidide jouissant de la confiance du Calife
abbasside.

Après la mort de Kâfûr, le dernier prince


ikhchidide, la situation politique commença à se
détériorer en Egypte.

La dernière tentative d’invasion fatimide devait


aboutir sans beaucoup de peine. Le quatrième
Calife Al-Mu’iz liddinillah succéda à son père Al-
Mançour en l’an 963 ; il ordonna à son général
Djauher Assiqli de tout mettre en œuvre pour
envahir l’Egypte. Une armée formidable fit route
vers l’Egypte, s’empara du pays sans rencontrer
de résistance. Le général fit une déclaration dans
laquelle il rassure le peuple d’Egypte que l’Emir
des croyants Al-Mou’izz Lidinillah, en faisant
avancer ses armées victorieuses et ses troupes
aguerries, n’a voulu qu’une chose : « c’est vous
faire respecter, vous protéger, combattre pour
vous, car des mains ennemies vous dépouillaient.
Il a écarté de vous ceux qui voulaient vous
dominer. L’avilissement s’est étendu à tous les
musulmans, la peur les a envahis, leurs appels
au secours se sont multipliés, leurs cris se sont

124
élevés, leur état a fait pleurer le Calife et l’a fait
veiller ».
Il fait état de la bassesse qui accabla les
musulmans comme s’il parlait des musulmans
d’aujourd’hui. Il parle de l’insécurité et du
brigandage que font régner les Carmathes sur le
chemin de la Mecque et qui empêchait les
musulmans d’effectuer leur pèlerinage.

« Notre maître et seigneur l’Emir des croyants m’a


engagé à ressusciter le droit, à étendre la justice,
à supprimer l’oppression, à faire disparaître
l’inimitié, à bannir les méfaits, à établir l’égalité
dans le droit, à protéger l’opprimé et contraindre
l’oppresseur ; à juger dans les questions de
successions, d’après le Livre de Dieu, Grand et
Puissant, et d’après la Sunna de son Prophète,
que Dieu le bénisse et lui accorde le salut ».

Il assure que le Calife lui a ordonné de s’occuper


des mosquées, de leur entretien, du payement de
leur personnel, de laisser suivre chacun et
librement sa doctrine, que les protégés sont libres
de pratiquer leur religion, « on veillera sur vous,
on vous défendra, on éloignera de vous ceux qui
voudraient vous agresser ».

Après son entrée à Fostat, le général Djauhar fit


tracer, au nord, l’enceinte du Caire et poser les
fondements du palais royal. Il fit construire la

125
Mosquée Al Azhar dont le nom est tirée de Fatima
Az-Zahra. Cette mosquée devint une université 26.

Les forces fatimides poussèrent plus loin les


limites de leur empire en annexant la Palestine,
le Sud de la Syrie et l’Ouest de l’Arabie.

2.5.3.1 Al-Hakim bi Amrillah ( 996-1020)

Al-Hakim bi Amrillah est le 6ème Calife fatimide.


Ce fut un personnage bizarre. Fervent partisan
de la doctrine ismaélite, il mena une politique
dure à l’égard des Sunnites. Il persécuta les juifs
et les chrétiens, détruisit l’église du Saint
Sépulcre à Jérusalem. Il prétendit, semble-t-il,
que Dieu s’était incarné en lui en 1017. Ses
prétentions furent propagées par le Persan
Hamza et le Turc Darazi dont la secte des Druzez
tire son nom.
En 1005, Al-Hakim bi Amrillah, fit construire une
mosquée qui portera son nom. Cette mosquée
comprend une école baptisée Dâr Al-Hikma,
chargée d’enseigner les croyances chiites-
ismaélites. L’enseignement à Dar Al-hikma inclut
également d’autres disciplines telles que la
philosophie, l’astronomie, les mathématiques, la
médecine, etc.

26
où d’après Al Maqirzi l’enseignement était tellement sectaire à sa naissance
que la possession d’un ouvrage rédigé par un sunnite était sévèrement punie
126
Dès l’apparition de Dâr Al-hikma « l’esprit
sectaire de l’enseignement à Al-Azhar s’estompa
progressivement. Les ouvrages non ismaélites
furent de plus en plus tolérés. De plus,
l’influence ismaélite à Al-Azhar se limita à
certains cours de jurisprudence chiite ».

La population du Caire se révolta quand elle


découvrit le caractère extrémiste et sectaire des
enseignements dispensés par Dar Al-Hikma.

L’école fut fermée pour un temps, puis rouvrit ses


portes pour dispenser un enseignement public
normal.

Au début, les Fatimides entretenaient de bonnes


relations avec les Carmathes installés à Bahreïn.
Mais avec le temps, cette alliance va connaître
une rupture et déboucher sur un affrontement
sanglant entre les deux armées. Des combats
eurent lieu en Syrie puis en Egypte, aux portes
du Caire : l’armée carmathe fut mise en déroute à
plusieurs reprises. Les affrontements eurent lieu
à l’époque du Calife fatimide Al Aziz Billah (975-
996). On ne connaît pas les causes du conflit
mais la pierre noire en est certainement l’une des
causes.

2.5.3.2 Al Moustancir Billah (1035-1094)

127
Son règne a duré soixante ans. L’Egypte connut
un désordre sans précédent à cette époque.
L’armée était composée de troupes de diverses
origines. On estimait dangereux d’avoir une
armée homogène, de la même origine, car on
pensait que les soldats n’auraient aucune
émulation pour bien servir. L’armée fatimide était
composée de Grecs, de Turcs, de Noirs,
d’Arméniens. Ces troupes entrèrent en guerre les
unes contre les autres encouragées par les
rivalités au sein du pouvoir et le désordre qui
règne dans le pays et la région. Les croisés
envahirent déjà Jérusalem et bientôt toute la
Palestine. Ils occupèrent les villes côtières de la
Syrie. Le pouvoir d’Al-Moustancir faiblit au profit
du ministre Badr Al-Jamali et de son fils Al-Afdal
qui usurpa le pouvoir du prince héritier Al-
Moustaâla Billah. Ainsi une rivalité meurtrière vit
le jour parmi les ministres.

Alors plongée dans l’anarchie et la misère,


l’Egypte était au milieu du XIIè siècle convoitée à
la fois par les Francs croisés et par Noureddin
Mahmoud 27 qui était en guerre avec les croisés
et parvint à unifier la Syrie musulmane après
avoir libéré les forteresses franques au Nord. Le
Kurde Chirkouh, lieutenant de Noureddin, voyant
que les croisés avaient des vues sur l’Egypte,

27
Nur ed-din Zaugui est un Turc qui avait la charge de gouverneur de
Mossoul ; il fonda la dynastie Zanguide dans la Syrie et le Liban, il se lança
dans la lutte contre les croisés.
128
informa Noureddin Mahmoud. Celui-ci anticipa
en envoyant son armée dans la vallée du Nil sous
le commandement de deux grands guerriers
kurdes : Assad Ad-din Chirkouh et Salah Addin
Al ayyûbi. L’expédition de l’armée syrienne en
Egypte fut un grand succès pour les musulmans.
Les croisés furent chassés ainsi que leurs
collaborateurs parmi les Fatimides qui
rivalisaient avec leurs frères pour le pouvoir.
Depuis, Salah Addin devint le grand Vizir
d’Egypte. La mort du dernier Calife fatimide
ouvrit la voie à l’instauration de la dynastie
ayyubide par Salah Addin.

129
2.5.3.3 les Ayyubides (1169-1250 )

Salah Addin naquit dans une famille kurde en


1128 à Takrit en Iraq. Il mena la guerre contre les
croisés et les pourchassa des territoires
musulmans qu’ils occupaient. Après la mort de
Noureddin Mahmoud, les princes syriens lui
prêtèrent serment d’allégeance. Il devint alors le
Sultan d’Egypte et de Syrie qu’il rattacha au
califat abbasside.

Les Fatimides réunirent leurs forces et se


révoltèrent contre lui mais la révolte fut écrasée.
Salah Addin rétablit l’Islam sunnite en faisant
appel aux savants sunnites qui furent contraints
à la clandestinité, en encourageant
l’enseignement des quatre doctrines sunnites.
L’idéal pour Salah Addin fut de libérer Jérusalem.
Il mit sur pied une armée puissante
essentiellement composée d’Egyptiens, de Syriens
et un certain nombre de généraux d’origine
turque et kurde. Les croisés du château des
Cracks de chevaliers attaquèrent les musulmans,
Salah Addin réagit en envoyant son armée en
Palestine. La confrontation entre les deux armées
eut lieu à Hittîne. L’armée musulmane remporta
la victoire dans cette bataille historique malgré le
désavantage numérique. La victoire de Hittîne
ouvra la voie vers Jérusalem. La ville fut
reconquise sans affrontement ni résistance ; les
prisonniers de guerre furent traités avec
130
humanité et miséricorde, contrairement aux
massacres perpétrés par les croisés. Salah Addin
affronta les croisés dans d’autres batailles en
Palestine d’où il pourchassa définitivement
l’adversaire.

Salah Addin entreprit beaucoup de réformes dans


le domaine de l’enseignement et propulsa le
mouvement scientifique. Il parvint à rassembler
autour de lui les musulmans, il revitalisa l’appel
à l’Islam et le Jihad, il rénova la mosquée Al-
Aqsa.

Après sa mort en 1193, ses trois enfants et ses


proches se mirent à se disputer le pouvoir. Son
frère Al-Adel l’avait emporté sur les enfants de
Salah Addîn en raison de l’expérience acquise et
des combats menés avec ce dernier.

Al-Adel avait partagé le royaume entre ses


enfants et après sa mort, ils se mirent eux aussi
à se disputer le pouvoir. Ils régnaient sur
l’Egypte, la Syrie, le nord de l’Irak et la majeure
partie de la Palestine.

Ces dissensions amenèrent le dernier Sultan de


la dynastie ayyoubide, Assalîh à constituer une
armée de mercenaires connus sous le nom de
Mamlouks, la plupart d’origine turque, afghane,
kurde, caucasienne.

131
Leurs pays d’origine furent envahis par les
Mongols qui semèrent le désordre partout où ils
s’installèrent.

A la suite des invasions mongols, les marchands


d’esclaves capturèrent les enfants perdus et les
vendirent aux Sultans ayyoubides. Ils les
formèrent et les éduquèrent de manière à en faire
une élite et des soldats d’avant-garde.

2.5.4- Les Mamelouks (1250-1517)

Lorsque la dynastie ayyoubide s’affaiblit, l’un des


Mamelouks prit le relais et dirigea l’Egypte et la
Syrie. Il s’agit de Sayf Addîn Qutuz. Dès son
arrivée au pouvoir, ce dernier devait faire face
aux Mongols qui envahirent Bagdad et se
dirigèrent vers la Syrie après avoir tout détruit
sur leur passage.

Les Mongols envoyèrent des émissaires menacer


Qutuz de guerre s’il ne cédait pas pacifiquement
ce qui restait du sultanat. Qutuz refusa. Le
savant Al’Izz ibn Abd-Assalam propose à Qutuz
de bâtir une armée puissante avec les biens de
l’élite gouvernant le sultanat. Qutuz accéda à la
proposition du savant et appela le peuple
égyptien au Jihad contre les Mongols. Il prépara
une armée constituée de paysans égyptiens et
des Syriens qui ont fui après l’invasion mongole.
Cette armée fut placée sous le commandement
132
d’officiers mamelouks. La confrontation eut lieu à
Aïn Jâlout au nord de la Palestine en 1260 et
s’acheva par la victoire des musulmans. Le
commandant des troupes mongoles, Kitbûgha,
fut tué. Cette défaite obligea les Mongols à se
retirer de la Syrie.

3- Installation au Caire du Calife abbasside

Suite à la destruction du Califat abbasside à


Bagdad et la défaite des Mongols à Aïn-Jâlout, le
2ème Sultan mamelouk, Adh-Dhahîr Baybars,
invita la famille abbasside à s’installer au Caire.
Un flux de savants, venant de l’Est et de l’ouest,
a accompagné ce mouvement.

Sous le règne des Mamelouks, Al-Azhar fut


rénové et agrandi et il devint le premier centre
intellectuel musulman. Le Sultan Baybars tint un
conseil de savants et de notables au cours duquel
l’assistance prêta serment d’allégeance au Califat
abbasside représenté alors par Ahmed ibn Al-
imam Adh-Dhakir bi Amrillah surnommé Al-
Moustancir billah qui échappa aux Mongols. Le
nouveau Calife confirma Baybars dans la
fonction de Sultan. Il convient de noter que le
Calife abbasside était investi d’un simple pouvoir
symbolique, limité à quelques cérémonies
religieuses. Le Califat s’est poursuivi en Egypte
jusqu’à la chute des Mamelouks provoquée par
les Ottomans en 1517.
133
4- Prise de Bagdad par les Mongols en 1258

Avant l’invasion de Bagdad par les Mongols, il y


avait eu des pourparlers entre le Calife Al-
Mousta’cim et Holaco (Hulegu), le général
mongol.

Le Calife Al-Mousta’cim était un homme pieux,


fidèle au Coran et à la sunna comme son père et
son grand père, mais il n’était pas comme eux en
terme de fermeté et de discernement.

Le Calife se fia à l’un de ses ministres, un chiite


nommé Mouayyid Addin Al Alqami ; celui-ci
établit des relations secrètes avec les Mongols et
complota contre le Calife.
D’après l’historien Souyoti, c’est ce dernier qui
livra Bagdad aux Mongols28.
Les Mongols étaient des combattants aguerris et
rapides, leurs armées étaient composées de
femmes et d’enfants et de toutes les couches de
la société. Ils pouvaient facilement espionner
leurs adversaires, mais leurs adversaires ne
pouvaient pas les espionner du fait que personne
parmi eux ne leur ressemble.

Lorsque les Mongols arrivèrent aux portes de


Bagdad, après quelques accrochages avec l’armée

28
Souyoti : Histoire des Califes, p. 465
134
musulmane, le ministre proposa au Calife sa
médiation pour une trêve ou une réconciliation. Il
contacta les chefs Mongols, obtint leur confiance
et des promesses en ce sens que le roi Mongol n’a
pas de visées hégémoniques, qu’il compte marier
sa fille au fils du Calife Abu Bakr et qu’il n’avait
nullement l’intention de renverser le Calife.

Il demanda au Calife de lui répondre « pour


épargner le sang des musulmans, après tu
pourras faire ce que bon te semble ; le mieux est
de se diriger vers lui ».

Le Calife sortit vers lui accompagné d’une foule


de notables. Ils furent installés dans des tentes,
et le ministre invita les savants à assister à la
conclusion du pacte. Ils furent tous passés au fil
de l’Epée y compris le Calife et les membres de sa
famille. C’était une calamité sans précédent pour
l’Islam et les musulmans ; la destruction de
Bagdad fut l’un des épisodes les plus noirs de
l’histoire de l’Islam et le prélude à la conquête
mongole qui allait bouleverser de fond en comble
le Moyen-Orient par les destructions, les
massacres et la ruine des villes. Seul un membre
de la famille Abbasside échappa au désastre et se
réfugia au Caire assurant à la dynastie une
survie symbolique jusqu’à 1517. Le ministre n’a
pas eu ce qu’il espérait, c'est-à-dire un Vassal
alaouite, il ne tarda pas à mourir d’une crise.

135
5- Les Omeyyades d’Espagne (756-1031)

Il faut rappeler que les musulmans avaient


conquis l’Andalousie en 711 à l’époque du Calife
Al-Walid ibn Abdul Malik et sous le
commandement du gouverneur de l’Afrique du
Nord Moussa ibn Nouçair et son général Tarik
ibn Ziade. Après l’installation de l’Islam en
Afrique, Moussa envoya en l’an 709 un message
au Calife, lui demandant l’autorisation de
conquérir l’Andalousie.
Après avoir obtenu l’accord du Calife, Moussa
organisa une armée composée de neuf mille
hommes qu’il plaça sous le commandement d’un
célèbre chef berbère nommé Tarik ibn Ziade. Il
mit sur pied une flotte composée de cent navires
de guerre accostés en Tunisie.

La première bataille eut lieu au détroit de Jabal


Tarik ou détroit de Gibraltar d’où Tarik sortit
vainqueur.
La bataille décisive se déroula pendant le mois de
Ramadan de l’an 714.
Au cours de cette bataille, Tarik ordonna de
brûler les bateaux sur lesquels ses troupes
avaient traversé. Il prononça son célèbre discours
qui resta gravé à jamais dans les annales de
l’histoire. Il dit aux soldats : « la Mer est derrière
vous et l’adversaire est devant vous, vous n’avez
donc le choix qu’entre le mort ou la victoire ». Les
136
pertes étaient énormes dans les rangs des
musulmans, mais l’armée des Wisigoth était
presque toute anéantie ; un grand nombre de
soldats, s’était jeté dans la rivière à la suite de
leur roi Rodrigue.

Puis Tarik commença à conquérir toute


l’Andalousie du sud vers le nord et il entra à
Tolède, le royaume de l’Andalousie, sans
rencontrer de résistance.

Moussa se rendit à Cordoue et fit construire une


mosquée qui sera la première dans toute
l’Europe, baptisée : Masjid Arrayate (la mosquée
des drapeaux).

L’Andalousie se détacha peu à peu de l’Afrique du


Nord pour se placer sous l’autorité directe du
pouvoir central de Damas. Mais après la chute
des Banu Umayya et l’instauration du Califat
abbasside, l’Andalousie va se séparer du pouvoir
abbasside et former un Etat indépendant sous
l’autorité de Adurrahmane ibn Hicham ibn Abdul
Malik surnommé Addakhil. Ce dernier, qui avait
échappé au massacre des Omeyyades par les
Abbassides, accompagné d’un groupe de
partisans, défit en 756 le gouverneur Youssouf
al-Fihri29 et se fit proclamer Emir d’al-Andalus
dans la grande Mosquée de Cordoue.

29
Représentant le pouvoir abbasside
137
Connu sous le nom de Abdurrahmane 1er (756-
788), il réussit à rétablir l’unité de l’Espagne qui
avait été le théâtre d’affrontements entre
différents groupes ethniques : Arabes et
Berbères, Arabes Yéménites et Qaisites,
Espagnols convertis et Espagnols chrétiens.

Il établit à Cordoue le siège de son Emirat. En


plus des séditions internes, il fit face à deux
ennemis extérieurs : les Francs sous
Charlemagne et l’Empire abbasside qui n’ont
jamais été satisfaits du statut de l’Andalousie
comme Etat indépendant. Les Omeyyades
d’Andalousie furent la cible de plusieurs attaques
menées par des troupes abbassides venant de
l’Afrique du Nord. Mais maintes fois
Abdurrahmane 1er en sortit vainqueur.

De même, il remporta la victoire contre les


soldats de Charlemagne qui ont traversé les
Pyrénées pour lui lancer des attaques surprises.

A leur retour d’Espagne, les troupes de


Charlemagne tombèrent dans une embuscade
tendue par les Berbères aux Pyrénées où ils
subirent d’énormes pertes.

Il fit de Cordoue le foyer d’une civilisation qui


accompagnait les centres scientifiques de Bagdad
dans l’éveil intellectuel de l’Europe et de l’Asie.

138
Il fonda des universités et des bibliothèques qui
attirèrent les gens de tous bords. Ainsi Gerbert
d’Aurillac qui fut le premier Pape français sous le
nom de Sylvestre II passa trois ans à Tolède,
étudiant les mathématiques, l’astronomie, la
chimie et d’autres disciplines sous la direction
des docteurs musulmans. Plusieurs prélats et
savants anglais, allemands, français et italiens
avaient étudié dans les universités de l’Espagne
musulmane. Abdurrahmane Addakhil parvint à
pacifier le pays et à gagner la confiance des
populations. Il rétablit la justice en supprimant
l’oppression et l’arbitraire ; il tranchait lui-même
les différends entre les gens ; il venait au secours
des faibles.
Il construisit des écoles, des routes, des ponts,
des canaux d’irrigation qui permirent la mise en
valeur d’énormes surfaces agricoles. Il accomplit
d’innombrables œuvres de bienfaisance. Il
envoyait les prédicateurs à travers tous les pays
afin d’ordonner le bien et de porter le message de
l’Islam.
Après sa mort en 794, son fils Hicham 1er ibn
Abdurrahmane ibn Al-Hakam lui succéda.

5.1 Hicham 1er ibn Abdurrahmane ibn Al-


Hakam (788-796)
Il se trouva, grâce aux efforts de son grand-père,
à la tête d’un pays prospère et paisible qui
rayonnait de progrès et de connaissances.

139
Il eut tout de même à juguler la révolte de ses
frères Abdallah et Souleymane évincés du trône.
Hicham 1er était un homme pieux dont le règne
se distingua par les expéditions estivales (sawaïf
sur asturien : Pyrénées)

5.2 Al Hakem 1er lui succéda (796-822)


Contrairement à son père, il dut faire face à des
révoltes incessantes et surtout à une querelle
dynastique de la part de ses deux oncles
Abdallah et Souleymane qui furent exécutés
après avoir tenté un coup d’Etat déjoué.

5.3 Abdurrahmane fils d’Al-Hakem 1er fils de


Hicham (822-852).
Il prit possession d’un territoire pacifié, d’un pays
prospère, d’une administration organisée et d’une
activité économique en plein essor.

Il n’empêche que des événements douloureux


vinrent de temps à autre perturber la tranquillité
du pays. Parmi ces événements, figurent les
attaques martyres de Cordoue. C’était des
attaques meurtrières décidées par des chrétiens
mus par la haine contre l’Islam et les musulmans
qui les avaient surpassés en matière de progrès,
de civilisation, de tolérance et de justice. Les
musulmans avaient remporté une victoire
éclatante.

140
5.3.1 Les assauts des Normands
Les Normands étaient des milices chrétiennes
venues de la Scandinavie et qui établirent leurs
bases en Normandie. Ces milices lançaient des
attaques terribles contres les musulmans ; elles
seront battues et neutralisées sous le règne de
Abdurrahmane III.

5.4 Abdurrahmane III (912-961)

Abdurrahmane III était un homme de courage, de


qualité et d’intelligence, organisateur, ambitieux
et tolérant. La longévité de son règne va lui
permettre de restaurer l’autorité et le prestige de
la maison omeyyade, de reconquérir les
territoires tombés en dissidence, mettre fin à
l’existence des principautés insoumises à
Cordoue et anéantir la rébellion à l’intérieur. Il
mit fin à la révolte d’ibn Hafsoun, un faux
converti qui avait soulevé l’Andalousie.

Au Maghreb, il entreprit de contrecarrer


l’expansion fatimide, soutenant les tribus
dissidentes ainsi que tous les petits Etats qui
étaient en conflit avec la dynastie chiite, ralliant à
son autorité une grande partie du nord du Maroc
et de vastes territoires du Maghreb.

Il occupa deux places maritimes stratégiques du


détroit de Gibraltar : Ceuta et Tanger.

141
Il se proclama Calife en 929 et Prince des
croyants pour subjuguer les Fatimides, avec le
surnom de “An-Nacer Li dinillah” (défenseur de la
religion d’Allah).

Face aux Fatimides, le Calife de Cordoue


incarnait aussi le souvenir de l’orthodoxie
sunnite à un moment où le Califat abbasside
était en pleine décadence.

A son époque, la civilisation islamique atteignit


son âge d’or. L’Andalousie était devenue la Qibla
des savants qui venaient de tous bords puiser le
savoir et les connaissances dans ses universités
et ses instituts.

Il restitua aux Omeyyades leur gloire, et édifia un


Etat islamique prospère où régnaient la paix, la
sécurité et la justice.

A sa mort, en 961, la puissance arabe en


Espagne se trouva alors à son apogée. D’un
royaume secoué par les guerres et les rivalités de
clans, il avait su faire un Etat pacifié, stable et
très riche.

5.5 Al-Hakim II (961-976)

Ce dernier a succédé à Abdurrahmane III. Son


règne fut l’un des plus pacifiques et des plus
féconds de la dynastie omeyyade en Espagne. Il
142
agrandit la Mosquée de Cordoue et la dota d’une
magnifique parure qui fut l’une des merveilles de
l’art hispano-mauresque. Il avait une grande
passion pour les sciences islamiques, les lettres
et les arts. Il fut surnommé : Al-Mustancir billah
(celui qui cherche l’aide victorieuse d’Allah).

A la mort d’Al Hakam II, la dynastie va subir de


sérieux revers. Le nouveau souverain étant trop
jeune (12 ans), le pouvoir va passer entre les
mains d’Ibn Abi Amir, un “maire du Palais”
lequel, grâce à son génie, son ambition, son
courage et surtout le soutien de la reine Sobh va
s’imposer comme le véritable détenteur du
pouvoir. Il mit à bas ses adversaires, s’affirmant
comme le champion dans les grandes victoires
des guerres de conquête. Il s’empara de
Barcelone, Léon et Saint-Jacques-de-Compostelle
(997).

A l’intérieur, il mata l’aristocratie arabe et


réorganisa l’armée en recrutant des contingents
berbères. A sa mort, un de ses fils lui succéda,
pendant que le Calife Hicham règnait en titre.
Dans ce contexte d’instabilité, une crise politique
va secouer le pays et entraîner la chute du califat
omeyyade d’Occident. L’Andalousie va sombrer
dans une guerre civile qui, au bout de vingt ans,
va déboucher sur la disparition du califat en
1031. L’Empire va se démembrer en une foule
d’Etats minuscules, entre les mains de roitelets

143
connus sous le nom de Riyas At tawaïfs (chefs ou
Rois de factions).

Ces roitelets vont exceller dans la construction


des palais, la chanson, la musique, en un mot le
libertinage. Ils doivent leur longévité à la
protection de Youssef ibn Tachfine chef des
Almoravides (Al Mourabitoun) qui parvint à
unifier plusieurs parties du Maghreb et de
l’Andalousie sous un commandement unique. Les
Almoravides sont des guerriers religieux
originaires du Sahara occidental. Epris de justice
et de paix, mus par une foi islamique
inébranlable, en peu de temps, ils s’emparèrent
de la moitié du Maghreb. Ils remportèrent la
victoire sur le roi de Castille en 1086, conquirent
Valence et défendirent l’Andalousie dont les
Emirs étaient en lutte avec les troupes
chrétiennes au début de la reconquête. En
rattachant les territoires de l’Andalousie au
Maroc, Youssef ibn Tachfine avait scellé l’union
politique, permit la libre circulation des hommes
et des idées entre les deux rives du détroit. En
1070, Marrakech devint la capitale politique.
Pendant ce temps, le fondateur de Marrakech,
Abou Bakr fonça dans l’Afrique noire via le
Sénégal. Cette période s’est caractérisée par la
stabilité, la prospérité et le développement de la
production culturelle et artistique.

C’est grâce à Youssef ibn Tachfine, assurent les


historiens, que la chute de l’Andalousie a été
144
retardée de près de trois siècles. Sans lui, nous
n’aurions pas assisté à l’éclosion d’esprits tels
que Ibn Rochd, Ibn Tofaïl, Ibn Baja, Ibn Arabi,
Ibn Khaldoun ou Ibn Khatif. Les Almoravides ont
régné de 1055 à 1147, mettant un terme à la
phase de crise des derniers Idrissides.

6- la dynastie Al Mouwahhidoun (1147-1269)

Les Al Mouwahhidoun sont des insurgés berbères


qui occupaient le haut Atlas succédant aux
Almoravides. Se voulant réformateur, ibn
Toumert prêche la pureté, le rigorisme et l’unicité
de Dieu, d’où le nom Al- Mouwahhidoun
(Monothéiste). Ils étaient des défenseurs de la
pure tradition islamique, ils considéraient la
musique comme une hérésie. Mahdi ibn Toumert
avait ordonné de détruire des instruments de
musique et de brûler les ateliers de vente de
ceux-ci. La poésie ne fait pas partie de
l’abomination. En 1147, Abdul Moumen succéda
à Ibn Toumert. Il organisa le pays et le dota de
moyens militaires dont une flotte considérable.
Cependant, les luttes de succession vont
provoquer l’effondrement de l’Empire. Les
chrétiens d’Espagne, toujours à l’affût,
n’attendent que la première occasion pour fondre
sur les musulmans. Dès le déclin de l’Empire, les
chrétiens relancèrent les attaques contres les
territoires musulmans de l’Andalousie. Leurs

145
victoires se succèdent face à des princes versés
dans la dépravation.

La bataille de Las Navas de Tolosa en 1212 et la


perte de contrôle des routes sahariennes
annoncent la fin de l’Empire Al-Mouwahhidoun.

7-- Les Mérinides (1269-1492)

Dès 1269, le Maghreb al-Aqsa ( Maroc) passe aux


mains d’une tribu berbère des hauts plateaux, les
Mérinides. Abou Youssef Yacoub, premier Sultan
de la dynastie Mérinide jeta les bases d’un Islam
orthodoxe et se lança corps et âme dans le Jihad
contre les chrétiens en révolte en Espagne. Il
parvint à ralentir leur progression vers le sud.
Grenade fut sauvée de justesse. Le troisième
souverain mérinide, Abul-Hassan, surnommé le
Sultan noir (né d’une mère abbasside) régna de
1331 à 1349, période au cours de laquelle il
construisit un Empire berbère qui s’étend de
Tunis jusqu’aux rivages de l’Atlantique. Il mit
beaucoup d’efforts dans la construction de belles
medersas faisant office d’université coranique.
Très affaiblis, les Mérinides furent incapables de
repousser les attaques chrétiennes, et sont
définitivement chassés d’Espagne. L’élan de la
reconquête poussa les Portugais et les Espagnols
vers les côtes marocaines. En 1415, les Portugais
sont à Ceuta. Ferdinand d’Aragon et Isabelle de
Castille reprennent la ville de Grenade en 1492.
Dans le même temps, les Turcs étaient à
146
Tlemcen. Ainsi prit fin la présence multiséculaire
des musulmans en Espagne.

8- Les Ottomans (1280-1924)

L’Empire ottoman fut une puissance étrange qui


a régné sur une grande partie de la planète,
Europe, Afrique, Asie durant plus de six siècles.
Il ne cesse de susciter la curiosité et l’admiration
des observateurs. Il a bénéficié d’une situation
géographique centrale qui lui a permis de
contrôler des voies et des espaces maritimes
énormes, de se développer et de s’inscrire dans la
durée.

Le succès de l’Empire ottoman n’est pas


uniquement d’ordre militaire, il est aussi
politique et social.

Les Ottomans sont issus d’une tribu dite Ghazi ;


ils tirent leur nom d’un de leurs premiers chefs
Othman. Ils furent les rassembleurs du monde
musulman.
Sous le règne du Sultan Mourad 1er, ils lancèrent
des attaques contre les Balkans. Mourad fut
assassiné sur le champ de bataille, son
successeur Bayzid 1er poursuivit le mouvement et
conquit la Serbie, Kosovo, la Bosnie, la Bulgarie
et une partie de la Grèce. Seule la Hongrie
opposa une résistance.
147
La zone des Balkans devenait terre d’Islam.
Bayzid assiégea ensuite Constantinople. Il
rencontra une farouche résistance organisée par
une flotte française sous le commandement du
maréchal Boucicant.

La confrontation avec les Mongols va empêcher


les Ottomans de poursuivre leur expansion vers
le Proche-Orient. D’autant plus que les princes
dépossédés d’Anatolie avaient sollicité
l’intervention de Tamerlan. La bataille d’Ankara
en 1402 tourna à l’avantage des Mongols qui
emmenèrent le Sultan Bayzid 1er en captivité où il
mourut peu de temps après. Cette défaite eut des
retombées négatives sur la dynastie ottomane. Il
en résulte deux problèmes : le problème de la
succession et la reprise des anciennes
principautés turques par les Mongols.

Trois des quatre fils de Bayzid furent éliminés par


leur frère Mohamed 1er. Il est une tradition chez
les Ottomans qu’en l’absence d’un principe
successoral bien défini, les problèmes de
succession soient réglés dans le sang. Il met sur
pied un plan de défense et de conquête que son
fils Mourad II va appliquer à la lettre.

La conquête est érigée en principe d’Etat ; mais à


l’égard des territoires musulmans, c’est de
défense ou de protectorat qu’il s’agit et non de
conquête.

148
Son successeur Mourad II va se consacrer à
l’organisation de l’armée. Il construit une flotte
importante. Il rétablit l’autorité ottomane sur
l’ensemble de l’Anatolie. Puis, il se tourna vers
l’Europe où des combats acharnés sont menés
aux frontières de la Hongrie.

Le siège de Constantinople non réussi par lui,


sera préparé par son successeur Mohamed II. La
puissance d’artillerie fut utilisée au maximum
contre Constantinople30. Après un mois de
pilonnage régulier, la ville fut prise d’assaut le 29
mai 1453 et passa aux mains des musulmans.
Elle sera baptisée Istanbul. Cette victoire fut
suivie par d’autres victoires, telles que la prise de
Belgrade, la conquête de la Hongrie, le siège de
Vienne. On ne peut parler de la dynastie
ottomane sans mettre l’accent sur le symbole de
cette dynastie, le personnage qui marque son
histoire : Souleymane le magnifique.

La plus belle période de l’Empire est celle du


Sultan Souleymane le magnifique, soliman 1 er,

30
Vers la fin de VIIè siècle, l’Anatolie sort de l’hégémonie byzantine. Elle est
d’abord occupée par les Omeyyades et ensuite par les Abbassides jusqu’à la
fin du Xè siècle. A la fin du Xè siècle, Byzance, grâce aux croisades, a eu la
souveraineté sur l’Anatolie. La capitale de l’empire byzantin avait déjà subi
deux sièges par des flottes musulmanes. Le premier avait duré cinq ans de 673
à 677, le second un an en 717. pendant le siège, les prêtres orthodoxes et les
courtisans continuent de se disputer à propos du sexe des anges, d’où
l’expression de querelles byzantines pour désigner des disputes inopportunes
par rapport à l’enjeu.
149
surnommé par les Turcs : Souleymane le
législateur.

Il est le 10è et le plus illustre des Sultans


ottomans. Très tôt, selon l’usage de la dynastie, le
jeune prince commença à occuper des postes
administratifs et militaires en Crimée, en Asie
mineure, puis, durant l’absence de son père, le
Sultan Selim 1er, fut éloigné par ses compagnons
d’Orient dans la capitale Istanbul et à Edine.

Souleymane monta sur le trône en 1520


succédant à son père à l’âge de 26 ans. Il se
trouva à la tête d’un Empire comprenant le Sud-
Est de l’Europe, l’ancien Empire mamelouk
constitué de l’Egypte, de la Syrie, de la Palestine
et du Hijaz conférant le patronage de la Mecque
et Médine. Le jeune Sultan prit part à de
nombreuses opérations militaires. Il fait réprimer
la révolte engagée par le gouverneur de la Syrie et
de la Palestine à l’annonce de la disparition de
Selim 1er. Puis il remporte à l’ouest deux succès
militaires successifs : en 1521, il s’empare de la
puissante forteresse de Belgrade, alors sous la
domination hongroise, sécurisant ainsi la
présence ottomane sur les Balkans et ouvrant la
voie à de nouvelles avancées en Europe centrale ;
en 1522, il lance une grande expédition navale et
terrestre, engageant plus de 200 navires et
quelques deux cent mille hommes, contre l’île de
Rhodes, où les chevaliers de Saint- Jean s’étaient

150
établis après avoir été chassés de Jérusalem, et
dont il s’empare après un siège de cinq mois.

Dans le même temps, la flotte ottomane sillonne


la méditerranée trouvant dans les corsaires tel le
célèbre Khayreddine Barberousse des
remarquables alliés pour s’assurer la prise des
pays de l’Afrique du Nord. Seul le Maroc échappa
au contrôle de l’Empire ottoman.

D’autres éléments de la flotte ottomane


interviennent en Mer rouge, permettant au
Sultan de s’emparer du Yémen, d’Aden et de
Mossaoua, et dans le Golfe persique, dont il
s’assure l’accès par la prise de Bassora (1546).

Souleymane réunit ainsi sous son autorité des


territoires situés sur trois continents très
disparates par les conditions naturelles, les
ethnies, les religions, les traditions politiques,
mais unifiés au sein d’un Etat remarquablement
organisé, respectueux de la loi et de l’ordre.

L’autorité du Sultan s’appuie sur une élite


politico-militaire, recrutée parmi les jeunes
enfants grecs, albanais ou slaves enrôlés dans le
cadre du ramassage (devchirme) puis
soigneusement éduqués pour faire partie de la
garde impériale, ceux qu’on appelle les
janissaires. Eduqués dans l’Islam sunnite, puis
encasernés, ces enfants deviennent les meilleurs
soldats de l’Empire, attachés à la personne du
151
Sultan. Ils sont un peu la garde de cette grande
armée, une garde nourrie de la foi islamique,
dépourvue d’attaches familiales : car les
janissaires ne peuvent se marier. Avec ses
équipements, ses fonderies de canons, son
organisation remarquable, l’armée ottomane était
techniquement en avance sur son siècle.

8.1 Peut-on assimiler à un colonialisme le


système de domination ottoman ?

L’occupation ottomane ne peut être comparée à


un système colonial pour la simple raison qu’il
n’y avait ni transfert de richesses vers la
Métropole ni implantation de colonies dans les
territoires conquis.

Loin de se comporter comme des colons ou des


administrateurs coloniaux, les principales
préoccupations des Ottomans se limitent à l’ordre
et à la levée des impôts. Les Turcs n’ont guère
touché aux structures politiques, culturelles et
confessionnelles préexistantes. Ils étaient très
respectueux des croyances et des traditions des
autres peuples.

Les hautes fonctions étaient accessibles pour


tout le monde sans condition d’origine ni de
religion. En Algérie par exemple, le titre de Dey,
équivalent à celui de chef de gouvernement, était
attribué à des Algériens. Les juifs et les chrétiens
152
n’ont jamais été inquiétés pour leur religion sous
l’Empire ottoman. La seule obligation étant
l’allégeance à l’Etat et non à la religion
musulmane.
Il existe de nombreux témoignages d’Européens
selon lesquels les populations européennes
étaient, sous l’Empire ottoman, mieux gérés que
ne l’avaient été Byzance ou les Etats latins.
« Jamais, en tout cas, l’on ne vit alors des
persécutions systématiques. Tout au contraire,
l’empire, Istanbul en tête, offrit un refuge aux
juifs de l’Europe des pogroms […] Face à l’Europe
des persécutés, l’empire ottoman, en ses beaux
jours de la première moitié du XVIè siècle,
apparaît bien comme un asile de paix religieuse.
Ni les “nations”, ni les entités provinciales ne
seront déracinées : à preuve, la vitalité qu’elles
manifesteront jusqu’à nous »31.

L’empire reconnaît aux non-musulmans le statut


de nation (millet), c'est-à-dire de communauté
protégée, placée sous la juridiction de ses
autorités propres.

Cette situation a fait régner un peu partout


l’ordre et favorisé l’épanouissement de l’économie
grâce au développement du marché du travail,
l’artisanat et le commerce.

31
André MIQUEL : l’Islam et sa civilisation, éd. Armand Collin, Paris, p.
244-245
153
Au niveau du pouvoir, les règles de l’Islam étaient
strictement observées, grâce à une étroite
collaboration entre l’Etat et les Oulémas. Ceux-ci
étaient rigoureusement organisés et hiérarchisés
sous l’autorité suprême du Mufti d’Istanbul, qui
porte ce titre de Cheikh el-Islam.
Le Sultan se veut investi d’une mission sacrée
consistant à faire régner la justice et l’ordre de la
loi.

8.2 les grandes manœuvres de déstabilisation

Au XIXème siècle, l’Empire ottoman devient


l’objet de convoitise des puissances européennes
motivée par des ambitions territoriales ainsi que
par des sentiments de jalousie et de crainte à
l’égard de l’islam. Dès le début du XIXème, les
Européens mettent sur pied un plan de
déstabilisation et de guerre totale contre l’Empire
ottoman. En plus des attaques armées lancées
contre la capitale de l’empire et ses possessions,
on a suscité la révolte des Arabes, des Arméniens
et des nationalistes turcs contre l’Etat
musulman.

Ainsi, on assiste à l’invasion de l’Egypte et de la


Syrie par Napoléon (1798-1801), la Grèce obtient
son indépendance sous la pression des
puissances européennes, le Tsar Nicolas
déclenche la guerre de Crimée et projette de
porter la guerre à Istanbul ; l’empire perd les
154
pays des Balkans, puis le Moyen-Orient et les
pays du Maghreb, l’un après l’autre. Accablé de
dettes envers l’Occident, il n’a plus d’argent pour
faire face à ses obligations même les plus
urgentes.
Les Britanniques ont fait soulever l’Emir de la
Mecque, Chérif Hussein contre les Ottomans.
Le célèbre Lawrence d’Arabie, un espion
britannique, spécialiste de la subversion prônait
une renaissance arabe qui se substitue, dit-il, à
la corruption ottomane.

Les Français et les Britanniques se partagent les


pays du Proche-Orient en vertu d’un traité de
partage conclu par le Français François Georges-
Picot et l’Anglais Mark Sykes, d’où le nom du
traité Sykes-Picot.

La Palestine sera internationalisée (condominium


Franco-britannique de fait).
Ce traité sera remis en cause par les
Britanniques au moins pour la Palestine. A cet
effet, le mouvement sioniste est mis à
contribution par les Anglais, ce qui conduira à la
déclaration Balfour du 02 novembre 1917 relative
à la création en Palestine d’un foyer national juif.

Quant aux Arméniens, ils furent l’objet de


manipulation de la part des ennemis de l’Islam.

D’une part, on a poussé les Arméniens ottomans


au soulèvement à l’intérieur de l’empire, et
155
d’autre part, on a créé à l’extérieur des comités
de soutien à la lutte pour la libération des terres
d’Anatolie et des Arméniens ottomans. Ces
derniers ont mené plusieurs révoltes à l’intérieur
de la Turquie, qui ont fait des milliers de morts
parmi les Turcs ; ils ont tenté d’assassiner le
Sultan Abdulhamid.

Au cours de la première guerre mondiale, les


Arméniens ont servi d’espions (ou de cinquième
colonne) à la solde des Russes. Certains ont
déserté l’armée ottomane et passé aux côtés de
l’armée russe. Les troupes arméniennes ont
perpétré des massacres parmi les populations
civiles turques ; cela s’est déroulé à Zeve, à Van,
à Mu, à Erzurum, Kumquat, Kayseri, Yozgat,
Merzifoni, Sasun, Babali ; signalons l’occupation
et la mise à sac de la Banque ottomane par les
Arméniens en 1896. Au moment où l’Etat
ottoman était en guerre, les Arméniens le
poignardaient dans le dos ; ils ont formé des
commandos de sacrifice à Zeytun qui s’étaient
attaqués aux gendarmes et aux fonctionnaires.

La répression de ces révoltes par les forces


ottomanes a été utilisée comme propagande en ce
sens que « les musulmans massacraient les
chrétiens ».
On a accusé les premiers de génocide, alors qu’en
réalité, si génocide il y avait, la responsabilité est
partagée entre les deux communautés.

156
En ce qui concerne les nationalistes, ils ont mis à
profit les premiers signes de faiblesse de l’Etat
ottoman pour sa déstabilisation ; aidés en cela
par les Sionistes, les Arabes et les puissances
européennes. La défaite de l’Allemagne pendant
la première guerre mondiale ne va pas arranger
les choses.

L’Empire ottoman qui a pris le parti de


l’Allemagne pendant cette guerre va subir cette
défaite en cédant la place aux nationalistes qui
s’installent au pouvoir dès 1924.

Du coup, l’Etat islamique a cédé la place à l’Etat


laïc de Mostafa Kémal Ataturk.

157
TABLE DES MATIERES

INTRODUCTION :................................................................... 5
I- GESTATION ET NAISSANCE DE LA
COMMUNAUTE DE MEDINE ............................................. 9
1- GESTATION .......................................................................... 9
2- NAISSANCE ........................................................................ 16
2.1 LA CONSTRUCTION DE LA MOSQUEE ............................ 17
2.2 FRATERNISATION DES MOUHAJIROUN (EMIGRES) ET
DES ANSAR (AUTOCHTONES) ................................................ 19
2.3 ORGANISATION DE LA COMMUNAUTE ........................... 20
II - LES QUALITES DE LA COMMUNAUTE-ETAT DE
MEDINE ................................................................................... 24
1- LA MEILLEURE COMMUNAUTE ......................................... 26
2- UNE COMMUNAUTE DE JUSTE MILIEU ............................ 27
3- EGALITE ET EQUITE .......................................................... 28
4- LA CHOURA........................................................................ 30
5- SOLIDARITE ET ESPRIT DE GROUPE ................................ 31
6- LE SENS DU SACRIFICE ET DU JIHAD POUR LA CAUSE DE
DIEU ....................................................................................... 32
III - LA SUCCESSION DU PROPHETE ......................... 33
1- LE DECES DU PROPHETE : ............................................... 33
2- DISCUSSION ET DELIBERATION ....................................... 35
3- L’ELECTION DE ABU BAKR .............................................. 38

158
IV- LES CALIFES ET LE SYSTEME DU CALIFAT ... 41
1- MODE D’ELECTION DU CALIFE ........................................ 43
2- LA POLITIQUE DES CALIFES............................................. 44
3- LE DESORDRE CREE PAR L’APOSTASIE ........................... 46
4- L’ADMINISTRATION ............................................................ 47
5- LA JUSTICE ...................................................................... 49
V- L’EXPANSION DE L’ISLAM ........................................ 51
VI- LA FIN DU CALIFAT .................................................... 52
1- BANU UMAYYA (659-750) ............................................. 57
1.1 Caractéristiques de la dynastie omeyyade .... 59
1.2 EMBELLIE D’UNE PERIODE TROUBLE ........................... 85
1.2.1 Al Walid ibn Abdul Malik .................................. 85
1.2.2 Soulayman ibn Abdul Malik ............................ 86
1.2.3 Omar ibn Abdul Aziz .......................................... 86
1.4 LES PRINCIPALES REALISATIONS DES OMEYYADES..... 90
2-BANUL ABBAS OU LES ABBASSIDES (750-1258)......... 90
2.1 Des hommes et des œuvres................................. 92
2.1.1 Le premier Calife abbasside fut Abul Abbâs
Abdallah ibn Mohammed dit Assafeh –(750-754) 92
2.1.2 Al-Mansour 2ème Calife abbasside 754-775
accède au califat par testament de son frère Abul-
Abbâs Abdallah ibn Mohamed. ................................. 95
2.1.3 Al Mahdi ibn Abdallah Mohammed ibn Al
Mansour (776-786) ........................................................ 97
2.1.4 Haroun Ar-rachid ibn Mohamed ibn
Abdallah Al-Mahdi (786-809) ..................................... 98

159
a) La rébellion des Alaouites .................................... 101
b) La rébellion des Kharidjites (reprise du combat)
........................................................................................... 101
c) La révolte de Rafâa ibn Allaith en 813 à
Khorassan ...................................................................... 102
d) Le conflit barmekide ............................................... 102
e) L’épisode Nicéphore 1er.......................................... 103
2.1.5 Al-Mamoun (813-833) ..................................... 104
2.1.7 Al-Mou’tacim Billah (834-843) ..................... 108
2.2 LES PRINCIPAUTES PERSANES ..................................... 117
2.2.1 Les Tahirides (820-872) .................................. 117
2.2.2 Les Saffarides (868-902) ................................ 117
2.2.3 Les Samanides (902-998)............................... 118
2.2.4 Les Boueihydes (945-1055) ........................... 119
2.3 LES PRINCIPAUTES TURQUES ...................................... 119
2.3.1 Les Ghaznavides ( 962-1186) ....................... 119
2.3.2 Les Saljukides ( 1055-1113) .......................... 120
2.4 LES PRINCIPAUTES AU CENTRE ET EN AFRIQUE ....... 120
2.4.1 l’Etat tholonien ( 868-905 )............................. 120
2.4.2 Les Hamdanites (872-996)............................. 121
2.4.3 Al-Aghaliba ou Aghlabides (800-909) ........ 121
2.5 LES DYNASTIES INDEPENDANTES DE L’EMPIRE
ABBASSIDE ........................................................................... 122
2.5.1 Al-adarissa ou Idrissides (788-985)........... 122
2.5.2 l’Etat rostomide (780-909) .............................. 122
2.5.3- Les Fatimides (909-1171) ............................. 123
2.5.3.1 Al-Hakim bi Amrillah ( 996-1020) ............ 126
2.5.3.2 Al Moustancir Billah (1035-1094)............. 127
160
2.5.3.3 LES AYYUBIDES (1169-1250 ) ........................... 130
2.5.4- LES MAMELOUKS (1250-1517) .......................... 132
3- Installation au Caire du Calife abbasside ....... 133
4- Prise de Bagdad par les Mongols en 1258...... 134
5- LES OMEYYADES D’ESPAGNE (756-1031) ................. 136
5.1 Hicham 1er ibn Abdurrahmane ibn Al-Hakam
(788-796) ........................................................................ 139
5.2 Al Hakem 1er lui succéda (796-822) ................ 140
5.3 Abdurrahmane fils d’Al-Hakem 1er fils de
Hicham (822-852). ....................................................... 140
5.4 Abdurrahmane III (912-961) ............................. 141
6- LA DYNASTIE AL MOAHD (1147-1269) ....................... 145
7-- LES MERINIDES (1269-1492).................................... 146
8- LES OTTOMANS (1280-1924)...................................... 147
8.1 Peut-on assimiler à un colonialisme le système
de domination ottoman ? ........................................... 152
8.2 les grandes manœuvres de déstabilisation 154

161
4ème de couverture

Cet ouvrage traite de l’histoire de l’Islam politique. Ce thème


revêt un intérêt particulier en raison de sa richesse et de son
caractère passionnant.
Des événements importants y sont relatés, avec moins de détails
certes, mais de manière objective et sans parti pris.

Parmi les thèmes abordés dans ce livre, figurent la naissance de


la communauté de Médine, ses caractéristiques et ses mérites,
le système du Califat bien guidé, sa justesse et sa légitimité, la
fin de ce système, sa transformation en monarchie héréditaire,
les troubles qui s’ensuivirent, les différentes dynasties, à partir
des Omeyyades jusqu’aux Ottomans, en passant par les
Abbassides, les Fatimides, les Ayyubides, les Mamelouks, etc.

Les contestations et les révoltes contre le despotisme et


l’injustice menées par des factions apparentées à des partis
politiques telles que les chiites, les kharidjites, les moutazilites,
al-Mourjea, les circonstances de la naissance de ces
mouvements et leurs revendications, les manœuvres de
déstabilisation de l’empire musulman, son démembrement
suite aux invasions coloniales, sont l’objet de développements
plus ou moins détaillés dans cet ouvrage.

Enfin, ce livre présente un résumé d’une longue histoire, riche


en épisodes à la fois prospères et conflictuels ; il renseigne le
lecteur sur des réalités concrètes dont la connaissance est
instructive à plus d’un titre.

162

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