LE
VERITABLE PETIT .. ALBERT
LE
VERITABLE
PETIT -ALBERT
OU
SECRET POUR ACqlJERIR
UN TRESOR
SUIVI D'UN
PETIT RECUEIL de quelques-uns des lerveilleoI Secrets
de la Nature, de la leduioe, de I'lbduslrie,
des Scieuces el des Arls
DMi~ aUI Classes Laborieuses des Villes et des Campagnes
du Bas - Canada
PAR
JOSEPH-NORBERT DUQUET
TYPOGRAPHB
QUEBEC
Imprime al'imprimel'ie uu Journal de Quebec.
1861
Depose.· conform~ment A,I' Acte dO. Parlement Provin-
cial, I'an 1S61, par I'nuteur, JOSEPH-NoRBERT DUQlIET,
au Bureau du Registrateur de"la Province du Canada.
AVERTISSEMENT
Voici un petit livre qui fait son apparition dans
un temps bien critique, ou les esprit se trouvent
presque tous absorbes pat' la terrible pensee de
la guerre ! et au momenl meme que notre cher
Canada est a la veille de perdre son plus beau
tresor: la pa ix !
Quant a ce tresor incomparable, qm pourrait
no us donner maliere a .un chapitre tres - inte-
res~ant, nous Ie declarons de suile, nous ne pou-
voris rien promcttre, soit pOll I' conserver, soit
pOlll' acqucrir un tel tresor, C'est au lion brilan-
nique it veiller SUI' ce precieux depot con fie it sa
gar'de vigilanle,
En livl'ant alljourd'hui, ala curiosile du public,
cet olJvrage que nous avons intitu\e : Le l'eritoble
Petit-Albert ou secret pour acqwjrir un (resor,
Jlotl'e but cst de donner au lectcllr, d'abord un
aper~u fidele des prillcipaux livres de secrets meJ'-
veilleux qui ont fait tant de viclimes et qui en font
encore malheureusement un si grand Ilombre chez
presque tous les pellples, Quelques personnes,
VI AVERTISSEMENT.
qui ignorent tout Ie mal que font plusieurs de ces
livres au milieu de· nous, dironl, peut-Mre, que
1I0llS avons ell lort de devoiler la stupidite ot les
choses abominables que renferment ces livres
trompeurs; et que notre publication pourrait ac-
crediter davanta~e I~s .supers~~ion~ parmi Ie peu-
pIe. A celles:lil, nous leur dirons de descendre
quelque peu les degres de la societe, et de s'infor-
mer de ce que l'on pense, parmi un trop gmnd
Dombre d'hommes, du Petit-Albert, du Grand-
Albert, du Drugon-Rou-ge,du t;rimoi1'e, etq., alors
elles seront d'accord avec no US, et reconnaitront
la necessite qu'il y a de meUre a nu les mensonges
grossiers et ridicules. que renferment ca,s iivres
dangereux, mais qui cessen! de l'etre du moment
qu'on en fait voir toute I'absurdite. Tel est Ie but
que nO,lIs nOus proposons d'alteindre dans Ie pre-
mier livre.'
Dans Ie deuxieme livre, nous faisons voir ce que
c'est que les lresol's caches, ainsi que les personnes
qui s'occnpent ales decouvrir; HOUS rapportons
aussi quelques histoires de chercheurs de tresOfl!'
qui ont eu pour theatre les villes de Qnebec et de
Montreal, I}isloires que nou1\ termi,nons par IIll
chapitre SUI' la canse qni a fail se pmpager ces
fausses croyanc\\s jusqn'a Hos,jonrs.
Dans Ie troisieme, nous o/frons aux classes ou-
vrieres des moyens tres-propI'esa ameliorer leur
condition sociale avec Ie t'eritable secret pour acque-
rir un: tresor, etc. Nons ayons eu Ie plaisir de lire
cette partie, eocore mannscrite, a plusieurs ou-
AVEn TISSE~lENT. VII
vrier~, appartenant 11 uifl'er~nts eorps de melier,
ellous en ont ete tres-salisfaits. Nous esperons
done aujourd'hui que les classes ouvrieres en ge-
neral s'interesseront 11 lire surlout ee lI'oisieme
livre.
Le qnatrieme est dcdie 11 la classe agricole, et
nous llvons lieu d'espercr que les cultivateurs ne
liront pas sans lIIteret ceUe partie uans laquelle
ils trouveront de qnoi les encourager dans la
culture du sol, ainsi que les moyens propres a
ameliorer leur sort en leur faisant oblenir uu
gouvernement une protection sans egale pour
l'induslrie agricole. lis y liront aussi un chapitre
sur les miseres et les dangers des proces, si fu-
nesles surlout au paysan.
Enfin, dans Ie cinquieme livre, Ie leeteur lroll-
vera un « Pelit Recueil de quelques-uns des mer-
veilleux Secrets de la Nature, de la Medecine, de
l'Industrie, des Sciences et des Arts.)) La plupart
de ces secrets sonl extraits u'nn onvrage public
recemment 11 Paris par Ie profcsseur Victor Dou-
blet, auteur d'un grand nombre d'ouvrages d'his-
toire, de morale, de mathCmatiques, de sciences,
de lilterature etd'cducation, etc. Quant aux secrets
concernant specialp.ment la mcdecine, nous cnga-
gp.ons fortement tout lecteur, qui serait dans Ie cas
de s'en servir, de lire attcnlivement Ic Secret im-
portant pour se guerir soi-mt!1ne, qu'il trouvera 11
la page 123.
En dCdiant co T'eritable l'etit-Albert aux classes
laborieuses des villes et des campagnes dll Bas-
VlIl AVERTISSEMENT.
Canada, -qne nons avons soumis Ii des personnes
competentes, - nous osons esperer qlI'elles' ac-
cueillel"ont avec plaisir et satisfaction cet ouvrage
et qu'elles nous aideront efficaccment Ii en propa-
gel" la lecture.
J. N. DUQUET,
Typographe.
LE
VERITABLE PETIT-ALBERT
ou
SECRET POUR ACQUERIR UN TRESOR
LIVRE PREMIER
•
Introduction. - Les .Admirables Secrets du Grand-Al-
bert. - Secrets ~lerveilleux du Petit-Albert. - Le
Dragon-Rouge et laPoule-Noire. - I... es Grimoires.
- Les Elements de Chiromancie. - Petit Trait~
de la Baguette Divinatoire. - Le Grand Etteilla;
ou I'art dc tirer Jed cartes et de dire la bonne aven-
ture. - La Prescience, ou I'interpretation des reves,
visions 'nocturnes, etc" etc. - De quelques autres
livres merveilleux. - Des Sorciers et des Magiciens,
Faust Ie IIIagicien, Sorciers escrocs ou voleurs, Ie
type des bons Sorciers.
CHAPITRE r.
INTRODUCTION.
Nous n1entreprendrons pas de tniiter au long
un sujet aussi complique que l'est celni des
diiferents ouvrages a'-e secrets imerveilleux dont
nons venons d'indiquer les titres ci~haut. La
raison en est bien simple, c'est que pour de-
rouler avec avantage, sous toutes ses phases
si multiples, une question de ce genre, nous
ne possedpns pas les connaissances neces-
saires ; d'un autre cote, c'est qu'il y aura it des
A
LE VERITABLE
volumes a fa ire pour en tracer toute l'histoire,
landis que notre but principal est plutot de four-
nir des moyens proprcs a ameliorer la condition
sociale et materielle des classes laborienses des
villes et des campagnes, sous la forme d'un pe-
tit livre.
Cependant, comme nous nous sommes pro-
pose de signaler et de combattre certaines faus-
ses croyances qu'on rencontre encore, plus sou-
vent qu'on ne Ie pense, chez un grand nom-
bre de personnes, non-seulement de la cam-
pagne, mais me me au sein de nos grandes villes,
nous croyons qu'iI serait tres a propos de faire
connaitre sommairement la cause premiere de
ces erreurs populaires qui ont fait tant de victimes
dans Ie monde entier et qui en font encore au-
jourd'hui un si grand nombre, en depit des pro-
gres et des lumieres tant vantes du 1ge siecle.
En consultant I'Histoire de la Sorcellerie,
nous y lisons: "L'ignorance, l'extreme im-
perfection des connaissances, l'attrait du mys-
tere et de l'inconnu, l'ambition de se faire
craindre, les malheurs d'une societe grossiere
et sans cesse exposee a tous les desastres, telles
sont les causes qui contribuerent a propager la
magie et la sorcellerie dans I'Europe du moyen-
age, et ceUe triste aspiration vers les mysteres
du monde infernal prouve alors combien etaient
profondes la misere et la barbarie. La croyance
est universelle, et la terreur toujours persistante
jusqu'au seuiI meme de notre temps."
Comme bien des imaginations se laissent se-
duire par les fables, une foule de legendes se
fonnerent sur son histoire.
Suivant l'une de ces legendes, Adam au-
rait invente la magie ; a ce compte-Ia elle serait
aussi ancienne que Ie genre humaib. Suivant
d'autres, les descendants dE! Cain s'y seraient
PETIT-ALBERT.
adonn€ls les premiers, et Cham, au moment du
deluge, en aurait €lte Ie depositaire et lepropa-
gateur. Mais, pour ne pas se perdre dans Ie
·vague de ces ){~gendes, la plupart toules con-
·tradictoires, disons que les magiciens etaient
en grand honneur ala cour de Pharaon et qu'i1s
poss{'daient deja, Ii ceUe epoque, toutes les
sciences occultes: Ie fait est consigne meme
dans les !ivres saC'res de l' Ancienne Loi.
Aujourd'hui, qu'on ne trouve plus de ces ma-
giciens ou sorciers ce.lf~bres, nous n'avons done
pas a craindre leurs malefices et sortilegeS';
mais leurs alUvres ou croyances absurdes et dia-
boIiques n'en sont. pas moins arrivees jusqu'a
nous. N ous les trouvons imprimees dans des
!ivres tres recherches par Ie vu Igaire, et, entre
!mlres, Ie Grand-Albert, Ie Petit-Albert, Ie Dra-
gon-Rouge et Ie Grimoire.
Comme ces livres sont la cause principale de
la propagation des erreurs populaires jusqu'a
nous, nons allons essayer de demontrer que
ces ouvrages ne renferment, d'un bout Ii l'autre,
que 'les mensonges les plus grossiers. Nous
nous servirons a cet elfet des meiIleures auto-
rites.
Commen<;ons par Ie Grand-Albert.
CHAPITRE n.
Les Admirables Secrets du Grand"Albert.
On attribue ce livre a Albert de Groot, savant
etpieux dominicain, dont Ie nom fut traduit
par celui d'Albert Ie Grand. Cet homme d'un
genie extraordinaire, naquit dans la Souabe Ii
Lawigen, sur Ie Danube, en 1205, et fut mis 'a
tort an nambre des magiciens par les demono-
LE V.l:RITABLE
graphes. A la suite d'une vision dans IaqueIJe
Ia sainte Vierge, qu'il servait tendrement, lui
ouvrit Ies yeux de I'esprit, rapportent ses bio-
raphes, il devint Pun des plus grands doc-
leurs de son siecle. Albert!e Grand fut eve que
de Ratisbonne et mourut saintement a Cologne,
age de 87 ans. Ses ouvrages, manuscrits, ne
furent publies qu'en 1651, c'est-a-dire 359 ans
apres sa mort. "En les parconrant, dit Collin
de Plancy, dans son Dictionnaire infernal, d'ou
nous empruntons ces details, on admire un sa-
vant chretien; on ne trouve jamais rien qui ait
pu Ie charger de sorcellerie. II ditformelJement,
au contraire: "Tous ces contes df> demons
" qu'on- voit roder dans Ies airs, et de qui on
"tire Ie secret des choses futures, sont des
" absurdites que Ia saine raison n'admettra ja-
" mais. "
Cependant, on lui attribue, mais a tort, les
Admimbles secrets d' Albert te Grand, ou, comm.e
on Ie designe en Canada, Ie Grand-Albert.
Ce livre contient plnsieurs traites sur les ver-
tus des herbes, des pierres precieuses et des
animaux, etc., etc., augmentes d'un preservatif
contre la peste, les fievres maJignes, les poisons
et Pinfection de Pair, tires et traduits des an-
ciens manuscrits de cet homme savant; c'est
l'ouvrage qui Ie dit. "Excepte du bon sens,
dit Collin de Plancy, on trouve de tout dans ce
fatras, jusqu'a un tl'aite des fientes. "
Aussi, la plupart des meilleurs historio-
graphes s'accordent a dire qu'Alhert Ie Grand
est completement etranger a ce livre, rempli de
reveries grossiers et fastidieuses, presque toutes
. absurdes et fort sales.
Mais, ce qui doit nous etonner beaucoup,
c'est de voir qu'en Europe, au centre me me de
Ia civilisation Ia plus avancee, on vende,encore,
PETIT-ALBERT.
chaque annee, aux pauvres habitants des cam-
pagn'es, des milliers d'exemplaires du G'I'and-'
Albert, nonobstant les absurdites dont il est
retnpli.
Cetle malheureuse infiuence du mysterieux,
apres avoir traverse I'Ocean, s'est repandue for-
tement en Amerique ;' mais heureusement qu'tm
Canada, nous Ie disons avec un legitime orgueil,
on est bien loin de vendre par milliers d'exem-
plaires ce livre trompeur aux habitants de nos
campagnes, ainsi que cela se pratique en Eu-
rope. Nous croyons, au contraire, qu'il serait
meme difflcile d'en reunir par tout Ie Bas-Ca-
nada de 25 a 30 exemplaires, quoique ce livre,
neanmoins, soit tres recherche. Mais, en eel a,
nous devons feliciter, et beaucoup, nos libra ires
Frallco-canadiens qui se refusent, chaque jour,
de se preter aces sortes de speculations pour
Ie moins aussi perverses que condamnables.
Nous terminerons ce chapitre par une des
plus celebres sorcelleries d'Albert Ie Grand qui
eut lieu a Cologne et qui contribua sans doute
pour beaucoup a Ie faire passer pour un grand
sorcier de son tempi>: .. Un jour, il donnait
un banquet, dans son c\oitre, a Guillaume H,
cornie de Hollande et roi des Romains. C'etait
dans Ie creur de l'hiver, et la salle du festin
presenta, a la grande surprise de la cour, la
riante parure du printemps ; mais, ajoute-t-on,
les fieurs se fietrirent a la fin du repas. A une
epoque ou I'on ne connaissait point les serres
chaudes, I'elegante prevenance du bon et sa-
vant religieux dut surprendre. Ce qu'il appe-
lait lui-meme :;:es operations magiques n'etaient
ainsi que de Ja magie blanche. "
Volla done a quoi se reduisait toute la sorcel-
lerie d'Albert Ie Grand. D'ailleurs, il est prouve
6 LE VERITABLE
jusqu'a l'evidence que tous les livres de secrets
merveilleux qu'on a publies sous Ie nom de ce
savant dominicain, ne sont qu'nne supercherie
et qu'une reclame, pour mieux inspirer la con-
fiance aupres des gens credules a qui on vou-
lait les vendre.
Passons maintenant au Petit-Albert.
CIIAPITRE III.
Secrets Merveilleux: du Petit-Albert.
Tel est Ie titre de ce fameux livre que con-
voitent encore aujourd'hui un si grand nombre
de personnes, et eel a avec la ferme conviction
qU'elles peuvent, a l'aide de cet ouvrage, de-
couvrir des tresors, se faire airner, se guerir de
toutes maladies, voir en songe celie ou celui
qu'on devra epom;er un jour, et une foule de
choses a peu pres semblables ou pour Ie moins
aussi. absurdes.
Or, il est plus que prouve que ce livre est,
presque d'un bout a Pautre, un tissu de men-
songes grossiers. Voyons plutot ce que nous en
disent de savants historiographes :
" Albert Ie Grand est egalement etranger it
cet autre recueil d'absurdites (Ie Petit-Albert),
PLUS DANGEREUX que Ie premier (Ie Grand-AL-
bert), quoiqu'on n'y trouve pas, comme le~ pay-
sans se l'imaginent, les moyens d'evoquer Ie
diable. On y voit la maniere de nouer et de
denouer Paiguillette, la composition de diverses
philtres, l'art d't savoir en songe qui on epou-
sera, des secrets pour faire danser, pour faire
multiplier Ies pigeons, pour gagner au jeu, pour
retablir Ie vin gate, pour faire des talismans
eabalistiques, decou vrir les tresor~, se servir de
la main de gloire, composer l'eau ardente et Ie
PETIT-ALBERT. 7
feu gregeois, la jarretiere et Ie baton du voya-
geur, I'anneau d'invisibilite, la poudre de sym-
pathie, I'or artificiel, et en fin les remedes contre
les maladies et des gardes pour les troupeaux. "
Un exemple; voici quelques moyens que Ie
Petil-Albel·t enseigne pour decouvrir et se saisir
d'un tresor :
D'abord, a I'endroit ou I'on pretend qu'il
cxiste un tresor, il faut commencer par y faire
bruler un parfum, afin de se rendre favorables
les esprits (gnomes) qui en sont les gardiens. II y
en a un different pour chaque jour de la semaine.
En faisant connaitre ici de quoi se compose Ie
parfum du jeudi, on se fera une idee de ceux
des autres jours de la semaine : ainsi, d'apres Ie
Petit-Albert, Ie parfum du jeudi doit etre com-
pose de glands de chene, seches au four, de la
sciure de bois calcinee, des ongles et des becs
d'aigle carbonises, des cosses de vanille rapees,
et des plumes de perroquet male brulees. II
faut reduire Ie tout en poudre fine et en former
une pAte epaisse avec du sang de condor et de
la cervelle de lion, de crocodile ou de chat sau-
vage. De cette pate on fait des petites boules,
qu'on fait secher avant de s'en servir pour
qu'elles brulent plus facilement.
Pour bruler Ie parfum 11 la satisfaction des
esprits, il faut allumer un feu expres avec
Ie caillou d'un petit fU8il; ct il est bon d'ob-
server <fne Ie caillou, la meche, l'allumette et la
bougie soient nellfs, et qu'ils n'aient servi a
aucun usage profane, car les esprits sont extre-
mement difficiles, pen de chose les irrite, c'esl
Ie Petit-Albert, bien entendu, qui nous Ie dit.
Voila pour les parfums. Maintenant, a. l'en-
droit oil se trouve Ie tresor, il faut planter a
main droile une branche de laurier vert, et a
main gauche une branche de verveine, CrC\l£lel
8
ensuite la terre, de hauteur d'homme, entre ces
deux branches, puis faire une couronne de ces
branc.hes et en entourer son chapeau en y ajou-
tant un talisman, petitc plaque d'etain, sur un
sens, une figure representant la fortune, et sur
l'autre, p-es paroles en gros carap-teres: AMou-
ZIN ALBOMATATos.
Le voila donc ce secret merveilleux pour
decouvrir les tres,'rs! Avis aux chercheurs
d'argent! Vite, qu'ils se halent de se procurer
des glands, de la sciure de bois, des ongles et
des becs d'aigles, des plumes de perroquet
male, du sang de condor, grand oiseau du
Perou,-c'est un peu loin, mais qu'importe la
distance, quand il s'agit d'un tresor on peut
bien aller chercher du sang de cet oiseau au
Perou. Ce n'est pas tout, il faut encore de la
cervelle de lion, de crocodile et de chat sau-
vage. Bah! qU'est-ce que cela fait, rien n'em-
p~che, tout en allant chercher du Rang de con-
dor all Perou, rie poursuivre jusqu'en Afrique
pour y faire un approvisionnement de eervelle
de lion. D'un llutre cote, il ne faut pasoublier
non plus les branches de lauril'r et de verveine ;
la couronne et Ie talisman de la fortune avec leg
paroles magiques: Anwuzin albomatatos.
Enfin, Ie Petit-Albelot termine son chapitre Bur
les tresors, par la remarque suivante:
" Quand on a des raisons soli des pour croire
que ce sont des hommes defunts qui gardent les
tresors, il est bon d'avoir des cierges benits au
lieu de chand plies communes, et les conjurer
de la part de Dieu de declarer 8i Pon pcut faire
quelque chose pour les metlre en lieu de bon
repos, et il ne' faudra jamais manquer d'e..{e-
cuter ce qu'ils auront demande."
Pour donner la mesure de confiance que !'on
doit accorder a toutes ces absurdites, il nous
PETIT-ALBERT. 9
suffira de citer ici ce qu'en disait un savant au-
teur fran<;ais, it propos de certaines formules
qui se trouvent dans ce livre et d'autres sem-
blables : " Ce qu'il' y a d'elonnant, dit-il, c'est
qu!' les gens de village croient it de telles for-
lllu1es, qu'ils les emploient, et de plus qu'on
laisse vendre publiquement en France les livres
quiles donnent."
Les hommes de sens s'en rapporteront plutot
it ceUe autorite, et nous ne pouvons comprendre
qu'il put rester en Canada un seul homme qui
croirait aux merveilles du Petit-Albert lorsqu'il
voh que ee livre ne contient qu'erreurs et men-
songes.
CHAPITRE IV.
Le Dragon-Ronge et la Poule-Noire.
Le Dl'agon-Rllltge traite premierement de l'art
de commander les esprits celestes, aeriens, ter-
restres, infernaux, puis du vrai secret de faire
parler les morts, de gagner toules les fois qu'on
met aux loteries, de decouvrir les tresors cacbes;
etc., etc. ; la Paule-Noil'e, ou la poule au:c ceufs
d'or, de la scienee des talismans et des anneaux
magiques, de Part de la necromancie et de la
cabale pour conjurer les esprits infemaux, les
sylphes, les oadins, les gnomes, de la maniere
d'acquerir la connaissance des sciences secretes,
etc., etc.
Telles sont les niaiseries toutes incompre-
hensibles que contient ce volume, reimprime
encore si souvent en France, et dont les igno-
rants qui l'achetent sont chaque jour les dupes.
La croyance la plus gtmeralement repandue
touchant la poule noire, c'est qu'en la sacrifiallt
a minuit, soit it la lisiere d'un bois, ou encore
A*
10 LE VERITABLE
a
mieux la fourche de trois chemins, on engage
Ie diable a venir faire un pacte. D'apres ce
fameux livre, it faut prononeer une conjuration,
ne se point retourner, faire 'un trou en terre, y
repandre Ie sang de Ia poule et I'yenterrer. Le
me me jOllr, ou neuf jours apres, 'Ie diable vient
et donne de l'argent, ou bien il fait present a
cclui qui a sacrifie d'une aulre poule noire qui
est une poule aux (Bufs d'or. '
" Les doell's, dit un auteur, croient que ceM
sortes de ponIes, donnees par Ie diabIe, sont
de vrais demons. Le juif Samuel Bernard,
banquier de Ia cour de France, mort a quatre-
vingt-dix ans, en 1759, et dont on voyait Ia
a
maison la Place-des-Victoires, a Paris, avait,
disait-on, une poule noire qu'il soignait extre-
mement ; iI mourul pen de jours apres sa pouIe,
laissant trente-trois million~"
Le leeteur comprendra, sans doute, que la
fortune immense realisee par eet homml', durant
une existence aussi longue, ne fut qne Ie fruit
de sa bOlme administration comme banquier a
la cour de France, et que sa poule noire n'y fut
certainement pour rien. Ainsi que chacun mette
de I'ordre et administre bien ses propres af-
faires, tout en pratiquant l'economie, et il 5e
trouvera en peu de temps possesseur d'une ve-
ritable paule aux {£Uf~ d'or.
Nom, terminerons ce chapitre en citant une
conjuration (res-forte, dont on se sert speeiale-
ment pour decouvrir les tresors caches tant par
les hommes que par les esprits; nous la trou-
vons dans Ie me me ouvrage, et on peut s'en ser-
vir, dit l'auteur, tous les jours et a toute heure du
jour et de la nuit. l\Iais voyonsd'abord quelles
sont les differentes croyances les plus repandues
touch ant ces sorte,S de tresors et comment on
les croit gardes. . - , "
PETIT-ALBERT, 11
D'apres cet ecrivain, par exemple en Ecosse;-
on croit qu'i1 y en a sous les mOQtagnes, et qu'i1s
sont gardes par des geants et des fees; en Bre-
tagne, on croit qu'iJs sont gardes par un vieil-
lard, par une vieille, par un serpent, par un
chien noir ou par de petits demons, haut d'un
pied; dans les tiutres pays, il en est de m~me,'
moins quelques variantes, -
Pour se saisir de ces tresors, " il faut, di-
sent-Us, apres quelques prieres, faire un gran,d
trou sans dire un mot. Puis Ie tonnerre grimde. l
l'eclair brille, des charrettes de feu s'elevenf'
dans les airs, un bruit de chaines se fait entendre,"
et bient6t on decouvre une tonne d'or-, Parvient--
on a l'elever au borddu trou, un mot qui vous'
echappe la precipite dans l'ablme a mille pieds
de pl'Ofondeur." -
Voici maintenant une des abominables cop-
jurations que des hommes, qui se tllrguent d'~tre
chtetiens,ont l'audace de prononcer en pareiHe'
Circonstance : "
"Je vous commande, demons qui residez en
ces Jieux, ou quelque partie du monde que
vous soyez, et quelque puissance qui vous aient
ete don nee de Dieu et des saints anges sur ce'
lieu m~me, je vous envoie au plus profond des
abtmes infernaux. Ainsi, allez tous, maudits
esprits et damnes, au feu eternel qui vous est
prepare et a tous vos compagnnns; si vous
m'~tes rebelles et desobeissants, je vous con-'
trains et condamne par toutes les puissances de
vos superieurs demons, de venir, obeir et re-
pandre positivement a ce que je vous ordon-
nerai au nom de Jesus-Christ, etc."
Les comment aires deviennent inutile!! apres
avoir rapporte de semblables blasphemes, Ie
simple bon sens du lecteur saura les repud.ie~
justement,
t2 LE VERITABLE
CHAPITRE V.
Les trois fameux Grimoires.
N ous nous bornerons a signaler ici les trois
grimoires les plus connus, en Ics accompagnant
de quelques noles. Un bon nombre de gens
croient encore, d'apl'es la tradition, qu'on fait
venir Ie diable en lisant Ie grimoire; mais qu'il
faut avoir soin, de~ qu'il parall, de lui jeter
quelque chose a la lete, soit une !lavate, une
souris ou un chiffon; car aUlrement, disent-iIs,
on risque d'avoir Ie cou tordu. Aussi on avait
Ia prudence, des qu'il ,etait saisi, de brlller Ie
terrible petit volume connu sous Ie nom de
Grimoire, autrefois tenu secret et pour une'
bonne cause.
Voici maintenant Ies trois grimoires qui ont
ete les plus celebres d'entre tous les autres. Le
premier est connu sous Ie nom de Grimuire du
pape Honorius. avec un "recucil des plus mres
secrets," ornes de figures et de cercles. Une
partie de ce volume ne contient que des conju-
rations, el l'autre un " recueil de rares secrets."
Le second e~t intitnle: Le vrai Grinwi7·e., et
sur Ie revers du titre: "Les veri tables Clavi-
cules de Salomon." On y trouve aussi des con-
jur'ltions et des formules magiques avec un
" recueil de secrets curieux."
Le troisieme est Le Grand Grimoire avec la
" Grande Clavicule de Salomon," contenant la
magie noire ou les forces infernales du gra,nd
Agrippa (1), pour decouvrir les IreSOnl caches et
(I) Henri Corneill. Agrippa clait mOdecin et philosophe et rut
l'OB des plus savants hommes 4e son temps. N e a Cologne en 1486
eat mort a Grenoble en 1535, aprea une carriere orageu8d. II pa~~
pour un gra.nd sorcier de son epoque, et comme ayant des relation.
'8cr~te8 avec S&tao.
PETl:r-ALBERT. 13
se faire obeir a tous les esprits, sui vis de "tous
les arts magiques et de secrets merveilleux."
Pour donner aces Iivres niais et absurdes,-:-
qu'on attribue faussement, Ie premier, au pape
aonorius et les deux derniers, a Salomon,-une
anlorite plus grande, " on disait, rapporte I'His,-
toire de la Sorcellerie, qu'i1 fallait les faire bap-
tiser par un pretre, et les nom mer comme un
enfant. Le pretre recommandait aux puissances
infernales d'etre favorables a ce neophyte; el iI
sommait rune de ces puissances de venir, au
nom de tontes, apposer son cachet sur Ie volume.
Le livre signe et see lie, tout I'enfer se trouvait
soumis aux volontes de celui qui s'en servait, et
il n'y avait point de diable qui ne se .fit un
plaisir et un honneur d'obeil'. "
" Tout ce que l'imagination la plus dereglee
peut inventer de plus absurde, tout ce que "im-
piete peut revel' de plus sacrilege se trouve
reuni dans ces volumes, que I'on peut regarder
avec raison comme devant occuper Ie premier
rang parmi les monuments de la sottise hu-
maine. "
A I'appui de ce qui precede, nous citerqns
la conjuration suivante, extraite du GI'imoire
qu'on attribue a tort au pape Honorius, et 'ou
les noms de la Trinite, de Dieu, de Jesus-Christ,
de sa sainte mere, des saints et des martyrs, les
versets de I' Ancien et du Nouveau-Testament
sont profanes de la maniel'e la plus odieuse.
La voici en son entier :
"Moi (on se nomme), je te conjure, esprit
(on nomme I'esprit qu'on veut evoquer), au nom
du grand Dieu vivant qui a fait Ie ciel et la
terre et tout ce qui est contenu en iceux, el en
vertu du saint nom de Jesus-Christ, son tres-
cher fils, qui a souffert pour nous mort et pas-
sion a I'arbre de la croix, et par Ie precieux
Li: VERITh.BLE
amour du Saint-Esprit, trinite parfaite, que tu
aies a m'apparaitre sou, une humaint' et belle
forme, ~ans me faire peur, ni bruit, ni frayeur
quelconque. Je t'en conjure au nom du grand
Dieu, vivant, Adonay, Tetragrammaton, Jehova,
Tetragrammaton, Jehova, Telragrammaton, A-
donay, Jehova, Otheos, Athanatos, Adonay, Je-
hova, Otheos, Athanatos, Ischyros, Athanatos,
Adonay, Jehova, Othe:J~, Saday, Saday, Saday,
Jehova, Otheos, Athanatos, Tetragrammaton; a·
Luceat, Adonay, Ischyros, Athanato:'l, Ischyros,
Athanatos, Saday, Saday, Saday, Adonay, Sa-
day, Tetragrammaton, Saday, Jehova, Adottay,:
Ely, Agla, Ely, Agla, Agla, Agla, Aclonay, Ado-
nay, Adonay! Veni (on nomme I'esprit)veni
(on nomme l'esprit) veni (on nomme l'esprit).
" Je te conjure de rechef de m'appaiaitre
comme dessus dit, en vertu des puissances et
sacres noms de Dieu que je viens de reciter
presentement, pour aceomplir nies desirs et vo-
lontes sans fourbe ni mensonge, sinon saint
Michel archange invi~ible te foudroyera dans
Ie plus profond des enfers; viens done pour
faire Illa volonte. "
Et pour donner plus de force a cette abomi-
nable conjuration, on y ajoutait encore certaines
forlllalites : tels que les sacrifice:; de chats, de
chiens et de poules noires; ou bien encore on
portait sur soi de Ja corde de pendu ; Illais,
surtout, on cherchait ;'1 se procurer des amfs de
coq, pondus dans Je pays de~ infideles.
II suffit, sans doute, d'indiquer ces stupidjh~s
inconcevables, pour fairc com prendre de suite
qu'elles sont toutes, sans distinction, les ceuvres
des ten:ps barbares, ou la plupart des peuples
croupissaient dans une ignorance complete de
tout principe religieux.
PETIT-ALDERT •
Nous terminerons ce chapitre en rapportant,
a propos uu Grimoire, une anecuote assez plai-
sante, extraite de I' Hisloire des fantomes et des
Memons:
" Un petit seigneur de village venait d'em-
prunter a son berger Ie livre du Grimoire, avec
lequel celui-ci se vantait de forcer Ie diable a
paraHre. Le seignenr, curieux de voir Ie diable,
se retira dans sa chambre ct se mit a Iireles
paroles qui obligent l'esprit des tenebres a se
montrer. Au moment au il pronon<;ait, avec'
agitation, ces syllabes puissantes, la porte qni
etait mal fermee, s'ouvre brusquement; Ie
diable' paralt, arme de ses longues comes et'
tout couvert de poils noirs .•.. Le curieux sei-
gneur perdconnaissance et tombe Inourant de
peur sur Ie carreau, en faisant Ie ~igne de la
croix. II resta longtemps sans que personne
vint j,~ relever. Enfin il rouvrit les yeux et se
relrouva avec surprise dans sa chambre. II vi-
sita les meubles, pour voir s'i! n'y avail rien
de degrade: un grand miroir qui etait sur une
chaise se trouvait brise, c'etait l'reuvre du
diablp. Malheureusement, pour la beaule du
conte, on vint dire un instant apres a ce pauvre
seigneur que son bC'uc s'etait echappe, el qu'on
l'avait repris devant la parle de cetle me me
piece ou i! avail si bien represente Ie diable.
II avait vu dans Ie miroir un bouc semblable a
lui et avait brise la glace en voulanl combatu'e
son ombre."
eette antcdote nous donne I'explication d'une
foule d'autres apparitions extraordinaires, qui
se reduisent, moins les variantes, it celie du sei-
gneur et de son bouc.
Hi LE VERITADLE
CHAPITRE VI.
Les El~ments de Chiromancie.
Ce livre cantient l'aft de dire la bonne aven-
ture en expliquant l'a venir et Ie caraetere de
l'homme et de la femme, par les lignes et les
signes de la main. Cette science, que les Bohe-
miens ont rendue celebre, est reconnue comme
fort ancienne.
II y a dans la main quatre lignes principales,
designees d'apres ce traite sous Ie nom dela
ligne de la vie; la ligne de la 15ante et de res-
prit; la ligne de la fortune et du bonheur ; et la
ligne de la jointure. De plus on trouve en outre
de ces lignes, sept tuberosites ou montagnes,
qui portent Ie nom des sept planetes.
Voila assuremellt une main pleine de bien
belles et grandes choses, I"urtout quand il y va
de montagnes. Qui aurait cm que chaque in-
dividu renferme a la fais dans sa main, la Mon-
tagne de Venus; la Montagne de Jupiter; la
Montagne de Saturne; la Montagne du Solei!;
la Montagne de Mercure; la Montagne de la
Lune; et enfin la Montagne de Mars r
QueUes montagnes et quelle main r
" Mais, dit-on, l'experience et les faits parlent
ell [aveur de l'art de dil'e la bonne aventure par
les ligne;; et les signes de la main. Un Gree
predit a Alexandre de Medicis, duc de Toseane,
sur l'inspeetion de sa main, qu'it mourrait d'une
mort violente; ct il fut en elfet assassine par
Laurent de Medicis, son cousin."
A quoi un auteur rbpond: "De tels faits
lie prouvent rien, car si un chiromancien (di-
seur de bonne aventure) rencontra juste une
PETIT-ALBERT. 17
fois ou deux, il se trompa ,mille fois. A queI'
homme raisonnable persuadera-t-on, en eifet, que
lesoleil se me Ie de regler Ie mouvement de son
index (comme Ie disent les maitres en chiro-
mancie astrologique)? que Venus a soin de son
pouce, et Mercure de son petit doigt? Quoi !
Jupiter esteloiglle de vous d'environ cent dn-
quante millions de Iieues dans sa moindre Ms-
tance ;: il est quatorze cents fois plus gros que
Ie petit globe que vous habitez, et decrit dans
son' arbite des annees de douze ans,' et vous
voulez qu'il s'occupe de votre doigt medium ...... '
C'en ellt assez pour faire com prendre de suite
combien est absurde Ie livre qui renferme cette
fausse science et combien est ridicule I'homme'
qui ose y croire. Nous n'en diron.s pas davan-
tage sur ce chapitre.
CHAPITRE VII.
Petit Traite de la Baguette Divinatoire.
Ce petit livre nous explique comment on peut
decouvrir les metaux, les sources cachees, les
tr~sors, I('s malefices et les volimrs, it l'aide
de la baguette di vinatoire, rameau fourehu,
soit de coudrier, d'aune, de hetre ou de pom-
mier.
Ce fut en 1692 que la baguette divinatoire
fut mise en grande vogue, par un paysan du
nom de Jacques Aymar, habitant une des pro~
vinees de France, et qui, a cette epoque, fit
del5 merveilles it Paide de cette baguette,' et
sensation dans toute I'Europe.
Cct homme fit tant de prodiges, disent les his-
toribgraphcs, qu'on publia des Iivres sur sa ba-
guette et ses operations. Un M. de Vigny,
procureur dll roi a Grenoble, fit imprimer une
18 LE VERITABLE
relation intitulee : " Histoire merveilleuse d'un
.. ma<;on qui, conduit· par la baguette divina-
.. toire, a suivi un meurtrier pendant quarante-
.. cinq heures sur la terre, et plus de trente sur
" I'eau." Aussi, inutile de dire que ce paysan
devint Ie sujet de tous les entretiens_
Mais, malheureusement pOUl" Aymar, qui
jouissait d'une si grande reputation, avec sa
baguette divinatoire, on rapporte qu'il arriva un
jour que Ie fils du grand Conde, frappe du bruit
de tant de merveilles, fit venir ce paysan a
Paris, afin de lui faire decouvrir, a l'aide de
sa fameuse baguette, deux petits flambea)lx
d'argent qu'on avait voles a Mademoiselle de
Conde. Aymar pareourut quelques rues de
Paris en faisant tourner la baguette; il s'arrela
a la boutique' d'un orfevre, qui nia Ie vol el
se troUva Ires offense de I'aeeusation. Mais
Ie lendemain on remit a l'hotel, Ie prix des flam-
beaux; quelques personnes dicent que Ie paysan
l'avait envoye pour se donner du credit. Mais
dans de nouvelles epreuves il fut Ires bien
constate que la baguette prit des pierres flour
de I'argent; elle indiqua de I'm'gent ou il n'y
en avait point. En un mot, eUe opera avec si
peu de sueees qu'elle perdit son renom. Dans
d'autres experiences la baguette resta immobile
quand illui fallait tourner. Aymar, un peu
confondu, avoua enfin qu'il n'etait qu'un im-
posteur adroit, que la baguette n'avait aucun
pouvoil", et qu'il avait cherche a gagner de
I'argent par ce petit charlatanismE"'. (1)
Cependant la baguette divinatoire continua
encore a avoil" de nombreux adeptes, et des
savants firent imprimer des centaines de vo-
lumes pour l'expliquer. Meme de nos Jours,
(I) IJictionnaire Infernal.
PETIT-ALBERT. 19
on s'en sert encore, au milieu de nos campa-
gnes, surtout POUI' decouvrir les sources q'eau.,
Durant l'ete de 1859, dans une paroisse tout
pres de Quebec, nous avons vu nous-meme
une perSOnile qui jouissait d'une grande re-
putatjon com me trouveur de cours d'eau sou-
terrains II l'aide de 1a baguette divinatoire, mais
elle nous avoua avec franchise que sa baguette
ne lui disait pas toujours la verite et que son
imagination la dirigeait plut6t que la vertu de
sa baguette, chaque fois qu'on i'engageait II de-
couvrir une source d'eau.
Pour reduire II neant ceUe pratique ridicule,
nous ~e croyons pas devoir mieux faire que de
citer ici les remarques suivantes, faites par Sal-
gues, dans son ouvrage traitan! des erreurs et
des prejuges populaires :
"Faut-il rassembler, dit-il, des arguments
pour prouver l'impuissance de la baguette di-
vinatoire ?-Que I'on dise quel rapport il peut
y avoir entre un voleur, une s,Ource d'eau, une
piece de metal et un Mtlln de caudrie,·. On
pretend que la baguette tourne en vertu dl' l'at-
traction. Mais par quelle 'lertu d'alll'action les.
emanations qui s'echappent d'une fontaine,
d'une piece d'argent ou du corps d'un meurtrier,'
tordent-elles une branche dc coudrier qu'un
homme robuste tient fortement entre seg mains?
D'ailleurs, pourquoi Ie meme homme trouve-t-il
des fontaines, des metaux, des assassins et des
voleurs, quand il est dans son pays, et ne trouve,
toil plus rien quand iI cst II Paris? Tout (,lela
n'est que charlatanisme. Et ce qui detruit tout
Ie merveilleux dH la baguette, c'est que tout Ie
monde, avec un peu d'adresse, peut la faire
tourner II volonte. lIne s'agit que de tenir les
extremites de la fourche un peu ecartees,' de
20 I.E VERITABLE
maniere a faire ressort. C'est alors la force' d'e-
lasticite qui opere Ie prodige. "
Ainsi donc, Ie " Petit Traite de la Baguette
Divinatoire" n'est, lui aussi, qu'un livre trom-
peur et absurde, bon tout au plus a duper les
gens credules qui I'achetent.
CHAPITRE VIII.
Le Grand Etteilla, ou la bonne aventure.'
Ce livre traite de l'art de tirer les cartes et oe
dire la bonne aventure, par "une methode au
moyen de laquelle on peut, dit l'auteur, ap-
prendre soi-meme sa destinee et a dire la bonne
aventure, " et de bien d'autres choses encore,
toujours cn rapport avec les cartes. '
On croit generalement que les cartes furent
inventees pour amuser la folie de Charles VI;
mais, d'apres l'auteur du Grand EtteiIla, la c.ar-
tomancie, qui est l'art de tirer les cartes, serait
bien plus ancienne. Cela nous importe peu,
dans tous les cas. Mais ce qui nous etonne
beaucoup, c'est de voir encore de nos jours
tant de personneR, - de femmes de tout age,
de meres de famille surtout, - s'exercer Ii Ii-
rer les cartes, et l'on sait pourquoi : c'est l'a-
venir que Pon pretend devoiler, en consultant
des morceaux de cartons sur lesquel8 se trouvent
des figures, des caJun, deR trijies, des carr~au?; et
des piques. Quelles niaiseries ! et dire qu'on
" rencontre des dames, a dit un auteur, qui con-
" suitent leurs cartes et qui doulent de Dieu.
" Cependant nou, les prierons d'observer, aiou-
" te-t-il, que ~e grand moyen de lever Ie rideau
" qui nous cache l'avenir s'est trouve souvent
" en defuut. Une des plus fameuses tireuses
" de cartes fit Ie jeu pour un jeune homme sans
" barbe qui s'etait deguise en fille. Elle)~i
" promit un epoux ric he et bien fait, trois gar-
"9ons, une fille et des couches heureuses. "
En voici encore une autre:
." Une dame qui commen<;ait a Msiter dans
sa confiance aux cartes 5e fit un jour une rlms-
site pour savoir si elle avait dfjeune. Elle
etait encore a table devant les plats vides, elle
avait l'estomac bien garni ; toutefois les cartes
'lui apprirent qu'elle etait a jeun, car la reussite
ne· put avoir lieu. "
Que les jeunes filles, ainsi que celles qui sont
arrivees a cet age qU'elIes n'osent plus dire,
comptent encore maintenant sur l'exactitude et
la verite des cartes, pour connaltre l'avenir!
CHAPITRE IX .
.1.08. rreSClence, ou interpretation des songes.
, Ce livre contient la " Grande interpretation
des songes, des reves, des apparitions et des vi-
sions nocturnes. " D'apres l'auteur de cet ou-
wage, songer a la mort, annon{'e mariage ; son-
ger des Heurs, prosperite; songer des tresors,
peines et soucis; songer qu'on devient aveugle,
perte d'enfants, et ainsi de suite; il y en a de
toutes les couleurs et pour tous les gOiHs.
Mais nous pouvons. reduil'e tous ces songes,
reves et vj~ions nocturnes, a des causes bien
simples, qui tiennent a la nature des differents
temperaments, ainsi que nous Ie demontre si
b'ien Pencer, dans l'extrait suivant : .'
"Les songes natuff~ls, dit-il, viennent des
emotions de,lajournee et dutemperameLlt. ~es
pel'sonnes d'un temperament sanguin sOI\ge~t
LE VERITABLE
les {estins, les danses, Ies diverti~semenls, Ies
plaisirs, les jardins et Ies fleuTS. Les tempera-
ments bilieux songent Ie" disputes, les que·
relies, les combats, les incendie!', les couleurs
jaunes, etc. Les melancoliques !>ongent l'ob-
scurite, les tenebres, la fumee, les promenades
nocturnes, les spectres et leO' choses trisles. Les
temperaments pituiteux ou fiegmatiques songent
la mer, les rivieres, les bains, les navigations,
les naufrages, les fardeaux pesants, etc. Les
temperaments meles, comme les sanguins-me-
lancoliques, les sanguins-flegmatiqiIes, les bi-
lieux-melancoliques, etc., ont des reves qui
tiennent des deux temperaments. "
Telle est a peu pres Ia veritable interpretation
des songes, reves et visions nocturnes. Au
moins, celle-ci a pour base la veritable science:
c'est-a-dire l'experience du temps et l'etude
eonstante du genre humain. Ainsi, lorsqu'une
personne fait un mauvais r€ve,-on l'entend dire
tous les jours,-qu'elle etudie bien son.tempera-
ment, et se rappelle aussi ses impressions du
jour precedant son mauvais reve, et elle com-
prendra de suite '1ue les reves, songes et vi-
sions nocturnes tiennent plutO! aux differents
temperaments et aux emotions du passe qu'a
l'interpretation des choses de l'avenir.
CHAPITRE X.
De quelques autres livres de secrets merveilleux.
Nous nous contenterons, dans ee ehapitre, de
signaler quelques-uns des livres qui peuvent
encore induire en erreur certaines personnes
par tryp credules, bien convaincu que, d'apres
ce que nous avons deja dit dans les chapi-
PETIT-ALBERT. 23
tres precedents, il nous euffira de mention-
ner ici les diiferents titres de ces ouvrages pour
mettre en garde tous ceux qui auraieht encore
a
une tendance croire aux choses ridicules qu'ils
renferment.
La ~[agie Rouge.
Ce livre est designe ... par .l'auteur bien en-
tendu, comme " la creme des sciences occultes,
naturelles et divinatoires, avec des recettes et.
remedes pour la conservation de la sante et
pour Ja guerison assuree d'un grand nombre de
maladies." Mensonge ; et d'un.
Le grand jeu des 78 Tarots-Egyptiens.
Livre de Thot. Ce jeu a ele fabrique et ve-
rifie par Zlismon, pour servir a la metbode. du
Grand Etteilla, ou Part de tirer les cartes et de
dire la bonne aventure. Ce que nous avons
deja dit au cbapitre VIII, a propos du Grand
Etteilla, expliql1e Ja valeur de ce grand jeu.
Mensonge ; et de deux.
Ph'Ylacteres ou preseroati{s contre les maladies.
Ce livre comprend les malefices et les en-
chantements, ensemble les pratiques et lee
croyances populaires les plus repandl1es; de
plus il est accompagne d'une notice sur la Pltylo-
te~e, ou sur l'ancien usage de se saluer a table
et de 8'1 exciter a boire. Pour Ie coup en voila
un qui est frugal et l'ami de la temperance,
dllns Ic boire .au moins!· Mensonge absurde
et de trois.
LE I"ER1T.\BU
lIIanuel complet du Dbnonomane.
Enfin, ce dernier livre contient, ni plus ni
moins, n'en soyez pas surpris, les ruses de
l'enfer devoilees. (:a promet beaucoup', n'est-ce
pas? Ie diable-a-quatre en un mot, y compris la
stupiditL Mensonge; et de quatre enfin.
En voila assez comme 9a; baissons Ie rideau
pour nous permettre main tenant de pre parer la
mise en scene de nos sorciers et de nos magi-
ciens.
CHAPlTRE XI.
Des Sorciers et des Magiciens.
N ous allons, maintenant, entretenir Ie lec-
teur specialement sur la phalange innombra-
ble des sorciers qU'on rencontre dans tous les
temps, et dans tous les lieux, dans Ie Nou-
veau comme dans l' Ancien-Monde. D'abord,
on a crn generalement avec raison que les sor-
ciers peuvent, a l'aide des puissances infernales,
operer des choses surnaturelles en consequence
d'un pacte fait avec Ie diable.
Mais en consultant leur histoire, nous y
voyons que ces gens n'etaient la plupart que des
imposteurs, des charlatans, des fourbes. des.
maniaques, des fous, des hypocondres, ou ,des
vauriens, qui cherchaient a se rendre remar-
quables par les terreurs qu'ils inspiraient.
Selon Bodin, les sorciers se rendaient cou-
pables de quinze crimes, dont il donne toute la
nomenclature, mais ce n'est qu'un fatras de
stupidites dans lequel satan joue, bien entendu,
Ie premier role. Inutile de Ies mentionner ici.
Parmi ces crimes, Bodin en a omis plusieurs
qui ont leur cote fantastique, car seion d'autres
PETIT-.\tBtRt.
historiographes, Ie!! sorciers operaient it volonte
lSur les elements, et produisaicnt alors, soit Ie
beau temps, la pluie, le froid ou Ie chaud ; et,
qu'animes de l'esprit du mal, ils excitaient Ie
plus sou vent des ouragans et des temp~tes pour
!!Ic venger de quelqu'un.
Le demonographe de Lancre rapporte qu'un
roi des Goths n'avait, pour exciter un orage,
qu'a tourner 80n bonnet du c6te au il voulai,t qu'e
Ie vent'soumat. M. Marmier, dans ses Souve-
nirs de Voyages) rapporte Ie fait suivant :
.. Un respectable voyageur allemand, qui ex-
plora Ie nord vers la fin du dix-huitieme siecle,
raconte qu'il acheta d'un Finlandais un mou-
choir, ou iI y avait trois nreuds qui renfer-
maient Ie vent. Quand il fut en pleine mer, Ie
premier nreud lui donna un delicieux petit vent
d'ouest-sud-ouest, qui etait precisement celui
dont il avait besoin. Un peu plus loin, comme
il changeait de direction, il ouvrit Ie second
hreud, et it survint un vertt moins favorable;
mais Ie troi!!ieme nreud prodtiiliit une horrible
temp~te, et c'etait sans doute, dit Ie naIf con-
tl!ur, une punition de Dieu que nous avions
irrite en faisant un pacte avec des hommes re-
prouves."
Les Borciers se vantaient de plus d'ar~ter Ie
cours des fleuves et de les faire remonter vers
leur ;ource, de trat\sporter aussi Ies moissons
d'un champ dans un. autre. " Mais, pour s'em-
parer des produits d'un champ quelconque, il
fallait, dit une legende ecossaise, Ie labourer
avec un attelage de crapauds; que te diable
conduisit Jui-m~me Ja charrue; que les cordes
de cette charrue fussent de chiendent, etc., etc.,
que ce singulier labourage, une fois termine,
tous lee fruits passaient d'eux-m~mes dans la'
•
26 LE VEIUT ABLE
grange des sorcieres, et qu'il ne restait au pro-
prietaire que des epines et des ronces. "
II y aurait encore beaucoup de choses a dire
touchant d'autres puissances dont 5e vanlaient Ies
sorciers du moyen age et des temps modernes,
mais nous croyons que cela suffit pour demon-
trer com bien alorf!, etaient malheureuses II's
generations qui se courbaient ainsi sous l'in-
tluence d'une pareille superstition.
Pour avoir une idee du grand nombre de 80r-
ciers repandus en Europe, dans Iesderniers
siecles, iI nous suffira de dire ici, d'apresi des
autorites irrecusabhos, qu'on chassa de la ville
de Paris, sous Charles IX, plus de trente mille
sorciers : ce qui n'empilcha pas neanmoins Ia
fameuse Catherine de Medicis, mere du roi,
d'aller consulter, chaque jour, son s()rcier-asf,ro,~
logue., bien paye par elle, et de se Iivrer elle-
meme aces pratiques absurdes. Sous Henri Ill,
8uccesseur de Charles IX, on comptait plus de
cent mille sorciers en France. " Chaque ville, dit
Collin de Plancy, chaque bourg, chaqu~ village,
chaque hameau avait les siens. On II'S pour-
suivit sous Henri IV et sous Louis XIII; Ie
nombre de cel:! miserables ne commen<;a a dimi-
nuer que sous Louis XIV. L'Angleterre n'en
etait pas moins infestee. Le roi Jacques ler,
qui leur faisait Ia chasse tres-durement, ccrivit
contre eux un gros Ii vre, sans eclairer Ia ques-
tion. "
Des ecrivains Ires-bien renseignes etablissent
qu'il a ete brule, en Europe, plus de cent mille
personnes pour cause de sorcellerie. Selon d'au-
tres, ce nombre serait meme bien au-dessous
d.e la realjte. Cela parai!, de prime abord, tenir
de Ia fable, mais quand on connalt Ies motifs
sur lesquels un juge se fpndait quand il avail
a condamner un prete,pdu sorcier, on n'est
PET?f-UBERT. 21
plus etorine du grand nombre de victimes qu'on
fit passer par Ie feu, durant plusieurs siecles.
_ Par exemple, d'arres un ouvrage de Boguet,
avocat, dans lequel se twuve: ~, Vne instruc-
tiort pour un juge en fait de sorcellerie," pu-
blie en 1601, it suffisait, pour condamner un
sorcier a etre brftle, que sa contenance fftt in-
quiete ; de ne point jeter de Iarmes; de fixer
If'S yeux en terre; avoir Ie regard effare; de
batbotter a part; de blasphemer; tout cela etait
indice. De plu~, ~i l'accuse flait triste, taci-
trimI', s'it portail sur Ie corps quelfJue marque,
slit flail sai~i de graisse, (il ne faisait pas bon
(:I'etre gras a cette fpoque) tout ccla indiquait
un sorcier dont la peine etait Ie ~uRl)lice du
feu; mais d'abol'd Ie sorcier devait etre etran-
gle, car' il n'y avail que les loups-garous qui
fussent brftles vifs. Tel est en resllme Ie " chef-,
d'/:euvre d~ jurisprudence etd'humanite de l'a.,
vdcat Boguet qui rf'9ut dans Ie temps le~ suf-
frages des barreaux. "
Aussi, nons pouvons dire en tonte sftrete, qu'a
celte' epoque les tribnnallX judiciaires ant, en
grande partie enfante les sorciers et contribue
pour beaucoup a repandre cctte fausse croyance
chez tou~ les peuplcs, meme II'S plus civilises.
e'est une tache qui ne s'effacera jamais de
l'histoire judiciaire du moyen age, meme des
temps ITiodernes.
Nous'admettrons volontiers, qu'a part Ies vic-
times innocenles, trouvees coupables de sorcel-
Ierie slIr les indices ridicules qu'on vient de
lire, que les tribunaux judiciaires condam-
naiert parfois au supplice du feu des hommes
qui Ie meritaient bien; mais dans ces cas on
avait tort de les faire mourir comme sorciers,
plutot que comme de fiers, gueux; car, "un
fait est certain, - a dit un auteur, - c'est que
28 1E VERITAIILE
presque tous les sorciers .etaie.nt des bandit.s qui
prenaient un masque dlabohque pour fane Ie
mal; c'est que la plupart de leurs sortileges
etaient des err.poisonnements et leurs sabbats
d'aifreuses orgies. Ces sorciers etaient encore
des restes de bandes heretiques, conduits
d'aberrations en aberrations 8 l'adoration toule
crne du <lemon."
Cependant, comme on a mis au rang des sor-
ciers des hommes qui n'etaiettt point des ban-
dits, mais bien pin tot des genies d'une haute
portee dans la connaissahce des difl"erentes
sciences humaines, surtout dans la magie, il
est bon, croyons-nous, d'en dire quelques mots
ici.
La croyance aux sorciers fnt tellement gene-
rale dans les derniers siecies, qu'on en voyait
dans toute chose. La moindre decouverte
valait de snite a son auteur Ie titre de sorcier.
Par exemple, qui ignore que l'inventeur de l'im-
primerie fut persecute en compagnie de ses
associes, Faust et Sh<:eifer, des l'apparition du
premier livre imprime par eux Yers Ie milieu
du XVe siecie? En France, dans la ville capi-
tale, Paris, les personnes qui avaient achete la
bible, imprimee en encre rouge par Faust, ne
virent dans l'impression de cel ouvrage que
l'<:euvre du diable. Faust fut accuse com me
sorcier, et, sans la protection de Louis XI, alors
regnant, cel imprimeur aurait subit inevitable-
men! Ie supplice du feu.
En un mot, disons qu'il suffisait alms, pour
etre designe comme sorcier, qu'un homme, par
sa science, s'eleva: quelque peu au-dessus du
commun des mortels. C'est ainsi qu'on a mis
sou vent a lort au nombre des sorciers, meme
des papes, des eveques, des lOis, des hommes
de lettres, des inventeurs, des magiciens, enfin
l'ETIT-ALBERT. 29
111 plupart des hommesqui se livraient a l'etudl!
des diverses sciences humaines.
Faust Ie Magicien.
Faust, Ie farne'lx magicien, qu'on a confondu
avec Faust, l'associe de Gutenberg, l'inventeur
de l'imprimerie, est, entre les autres magi-
ciens, celui qui a Ie plus etonne Ie monde de
ses merveilles. Aussi, on lui fait jouer un role
dans sa ){~gende qui tient a tout ce qu'il y a
de plus infernal. En voici les principaux traits,
que nous empruntons a differents auteurs:
Faust, ne a Weimar, en Allemagne, au
commenc::ment du XVle siecle, etait un genie
f>lein d'audace,-disent les Iegendaires,-anime
d'une curiosite indomptabIe, avec un immense
desir de tout sa voir, il apprit Ia medecine, la
Jurisprudence, la theologie ; it approfondit Ia
science des astrologues, et, quand iI eut epuise
les sciences natQ.telles, it se jeta dans la magie,
et devint pour les Allemands I'ideal du sorcier.
Faust avait asservi a ses ordres, par un pacte
de vingt-quatre ans, un demon qui avait nom
l\fephis!opheles, Ie second des archanges de-
chuB, et, apres Satan, Ie plus redoutable chef
des legions infernales.
On ajoute qu'a l'aide de ce demon, Faust des-
cendit aux enCers, parcourut les spheres ce-
lestes et toutes les regions du monde sublu-
Daire.
Widman, dans son histoire de Faust, rap-
porte les conditions du paete fait entre Satan
et ce magicien qui Ie signa de son sang, sur
parchemin, et dont on assure qu'on trouva Ie
double parmi les papiers du docteur; iI portait:
10. que l'esprit viendrait toujoul's au comman-
dement de Faust, lui apparaitrait sous une Ji-
30 LI; VERITABL~
gure sensible, et prend.it ceUe 9u'illu.i ord~
nerait de revetir; .20. que l'espnt feralt tout ce
que Faust lui commanderait; 30. qu'il serait
exact et soumis COmme un serviteur; 40. qu'il
arriverait 11 quelque heure qU'om l'appelat ; 50.
qu'a la maison il ne serait vu ni reconnuque1de
lui. De son cOte, Faust s'abandonna audiabl'ii?
Sans reserve d'aucundroit 11 la redempiion.nl
de secours futur a la misericorde divine. Le
demon lui donna,' en retourde ce traitep ,un
,coffre plein d'or; des lors, Faust, futmaitrJl,~,u
monde, qu'il parcourut avec eclat. Ji:t"POUf
terminer convenabler,nent son infernale exis~
tellCe', il eut a l'expiration de son pacte Ie con
tordu par Ie <liable.
Inutile de dire que toute ,cette hilltoire n'e,s~
qu'une fable ridicule, et que jamais teUe C;,hR~
n'eut lieu a I'egard decet hom,me: c'est la".au
reste, tout ce que les auteurs serieux S'&ccoi'!i~nt
11 dire. ' ,
A propos du pouvoir surnaturel dont j()uissait
Faust, ses historiens rapportent l'anecdote sui-
vante, qui a bien son cote risible:
" Un jour, se ren~ontrant a table dans un
cabaret avec douze ou quinze buveurs q!Ji
avaient entendu parler de ses prestiges, ayant
tous la tete echaufIee, its lui demander,~nt una-
l)imement qu'il leur fit voir une vigne char-
gee de raisins murs. lis pensaipnt que, comme
on etait alors en decembre, it ne pourrait pro..
duire un tel prodige. Faust leur annon9a qU'a
l'instant, sans sorlir de table, ils allaient ,voir
un,e -vigne telle ql,l'ils la souhaitaient; mais
a condition que tous i]s resteraient a, lews
places, et attendraient, pour couper les grap.
pes de raisin, qu'ill,e leur commandat, les assu-
rant que quiconque,desobeirait courrait risqJle de
~ v~e.:.\'ousayantpronlis ,<l.'obeir, Ie rnagiciell
PJ>TIT-ALBERT. 3i
fascina si bien les yeux de ces gens, ,qui etaie!l.t
ivres, qu'il leur sembla voir une t,'es-belle vigne
char~ee d'autant de longues grappes de raisin
qu'i1s etaient de convives. Cette vue les ravj~ ;
ilsprirent leurs couteaux et se mir~nt en devoi~
de !louper les grappes au premier signal de
Faust. Il se fit un plaisir de les tenir quelque
tei'nps dans cette posture, puis, tout a coup, il fit
disparaitre la vigne et les raisins; et chacun de'
ces b.uveurs, penJant avoir en main sa grappe
pour.la couper, se trouva tenant d'une main le
ne~ ,de s,on voisin, et de Pantre Ie COUleau leve"
de, sorte que s'ils eussent coupe les grappe~
sans attendre Pordre de Faust, ils se seraien,t
co,upe Ie nez les uns aux autres. " .
II est facile de s'expliquer comment un pareil
prod,ige, opere dans un temps ou Ie magne,
tisme et la biologie etaient compliltement in-
connll,s, pouvait faire tourner la Ulte des peu-
pl~s de cette epQque; e'en etait assez pour
leur faire C)'oire, dans des circonstances 111011-
vent toutes naturelles, aux puissances infer-
nales agissant par I'entremise des hommes ex-
tl'aordinaires, qui furent plutot la terreur que,
les bienfaiteurs des sieeles qui les vi rent nailre,
tant leur science des secrets de la nature etait
incompatible avec l'esprit borne des generations
d'alors, Du moment qu'une personne s'ele-
va.it. au-dessus ,du COlUmua des hommes, .de
suite ,on la designait comllle sorciere, ct comme
ayant fait pacte avec Satan; enfin tout ce qui
depassait la sphere de leurs connai~ances
etait regarde comme magique et surnatul'el. i
Dans cette disposition des esprits, il devenait,
souvent facilea,des fourbes adroits d'abu!!~r
de la credulite pubJiqup par des jo.ngleries qq.;ils
appuyaient de !'aulorite I;le l'Ecritun~~Sainte
et des antiques traditions, ~~urluut a.une epo-
32 1£ VERITABLE
que ou les prejuges' et l'ignorance Ie parta-
geaient l'empire du monde.
Mais aujourtl'hui, comme Ie remarque un
auteur, les progres de la civilisation, les lu-
mieres de la philosophie, les faits extraordi-
naires expliques par les progres des sciences
et des -arts, nous ont entin delivre de tout!;S
ces visions de magiciens, de sorciers, luups-
garous, lutins, feu-folet, etc., etc. Ce n'est
plus que dans les campagnes eioignees des
grandes villes, et parmi la classe la moins
eclairee du peuple, qu'on trouve des traces de
ces prejuges et de ces superstitions que les pro-
gres des lumieres ne tarderont point a faire dis-
paraitre. Penser autrement serait blasphemer
Dieu; ce serait croire qu'H abandonne sa toute
puissance aux demons, et que ceux-ci la com-
muniquent aux hommes pour qu'ils la fassent
servir a corrompre, pervertir et faire Ie malheur
eternel de l'espece humaine. 11 est au oontraire
bien plus juste d'attribuer au progres des scien-
ces les efiets merveilleux qU'elies enfantent et
dont plusieurs, reunis a Padresse, constituent la
magie blanche.
Sarcil!rs escrocs ou valeurs.
N OUS rapporterons ici que Iques faits concernant
de pretendus Borciers .appartenant a notre siecle,
lesquels nous ferunt blen connaitre ceux de l'an-
cien temps.
En 1820, Ie tribunal correctionnel de Marseille
fOUt a se prononcer 8ur une cause de sor('ellerie
entre une demoiselle abandonnee par un homme
qui devait Pepouser, et un docteur qui passait
pour sorcier, a qui elle avait demande un se.
cret pour ramener son ingrat et infidele amant
PETIT-ALBERT. 33
et nuire a une rivale, A cet eifet Ie sorcier com-
menqa par se fair!' donner de l'argent, puis une
poule noire, puis un ccelll" dc bceuf, puis des
clous. Mais il fallait que la poule, Ie cceur et
les clous fussent voles. Cependant, tout fut inu-
tile, et la demoiselle ne put retrouver Ie cceur
de son amant. De la un proces qui se termina
par la condamnation du sorcier a l'amende et a
deux mois de prison com me escroc.
En 1841,-la nate est bien rapprochee de nou~,
-des sorciers, au nombre de sept, to us de la
meme famille, elaient traduits devant Ie tribunal
correctionnel de Valognes, France, pour divers
delits d'escroquerie a l'aide de manceuvres frau-
duleuses employees au pres de pauvres igno-
rants qui se eroyaient ensorceles. C'est toute
une longue histoire que Ie proct~s de ceUe fa-
mille de sorciers qui furent tous condamnes
Ii paycr l'amende et Ii subir la prison, comme
voleurs, pour plusieurs annees.
Durant l'ete de 1858, - la date est presque
d'hier,-Ia justice faisait encore main-basse sur
une famille de sorciers: Ie sieGr M. • •• et ses
fils, domicilies Ii Saint-Etienne, France. Nous
trouvons, a ce sujet, dans un journal fran<;ais, Ie
Memorial de la Loire, des revelations qui attes-
lent a quel point Ie" masses se laissent encore
egarer, meme en France, par Ie plus grossier
charlatanisme, lequel n'est rien autre chose
qu'une transformatltm de la sorcellerie des temps
passes. Voici quelques extraits de ces revela-
tions:
"Appeles aupresd'un malade, Ie sieur M .•••
et ses fils, qui avaient la reputation de commu-
niquer directement avec II's esprits celestes, et
de guerir, par leur intervention, toutes les infir-
mites humaines, commenqaient par lui faire
comprendre qu'i1 n'etait atteint d'aucune aifec-
B*
34 U VtR1TABL!
tion dangereuse: que e"e~it simplement' un
malhenr qu'un de ses ennemis avait 'jete, sur
lui. Pour conjurer ce malh,eur, les sieurs M .• '. ~
ordonnaient de placer dans 'un vase de ten'e
de l'urine, de la l'aclure d'ongles;une m~"
che de cheveux et de barbe et de' quetques
gouttes de sueur des pieds, Ie tout proven ant
de l'ensorcele; enfin, d'ajouter a ce melange
de I'huile, dn villaigl'e et dix clous de la lon-
gueur de 4 a 5 pouces, et de faire bouillir
Ie tout jusqu'a parfaite evaporation du liquide.
"Pendant cette operation, qui ne pouvai~
pas durer moins de villgt-quatre heures, I'indi-,
vidu qui avait jete Ie sort SUI" Ie malade devait
se presenter dans la chambre m~me ou elle
a vait lieu et reprendre a son compte Ie malheur.
" Les dous devaient ~tre enfonces dans une
planche destinee a cet usage et n'ayant jamais
sel'vi a aucun autre.
,,' Si la guerison n'etait pas obtenue (et elle
ne l'etait jamais), Ie malade deva:it prendre un
baton de la longueur de 36 pouces, d'un egal
diametl'e dans toutes ses partie~, Ie couper' en
douze portions egalcs, les placer dans la poche
droile de .son pantalon et Ie suspendre a la porte!
de sa chambre a concber; puis Ie lendemain
ces douze bouts de baton "!levaient ~tre coup!!!!
dans lem' longueur et ~trll rellnis tous ensemble
de maniei'e a reformer Ie bafim SUI' une surface
unie~
" Les sieurs M, ••• pere et fils ne se conten~
taient point de ces moyen!,! absurdes pour enle-
ver de l'argent a leur clientele, cal' tous ces
procedes ridicules etaient assez chei'ement pa-
yes; i1s prescrivaient, ahn d'obtenir l'enleve1
ment des mallJeuJs pour lesquels on les consul-
tail, de fair'e 'bouillir, apres 'les avoir (,loupb;
PETIT-ALBERT. 35
dans une . marmite remplie d'huile, Ie!! v~te·
ments d.umalade .
." Quelquefois I'un des fils M. • .• se rendait
ou. feignait de se I'endre Ii la Louvesc pour in-
terceder aupl'es de Saint-Fran<;ois-Regis afin
d'obtenir la guerison du malade.
" Enfin lorsque tOllS ces moyens avaient ete
reconnus inutiles, un fa isait lier avec des cordes
les jambes et les bras du malade et on lui pres-
erivait de l'ester dans son lit pendant au moins
trente-eix heures. .
"Qui Ie croirait? toutes ces momeries ab-
surdes ont trouve creances aupres de certains
esprits et I'on pretend que la maison des !<ieurs
Moo.. ne desemplissait pas de gens qbi ve-
naient les consulter. "
Le type des bons Sorciet·s.
NOllS terminerons ce chapitl'e, deja bien long,
par une anecdote assez recente qui nous fera
admettre I'existence d'une c1asse de sorciers
exemplaires, Ie,; seuls que nou:> voulons bien
reconnaitre, et dont Mme Lenormand est Ie
vrai type. Cette dame, morle a Paris dans
Ie moos d'aoOt 1851, a I'age avanet' de 90 ans,
etait la femme de I'imprimeur qlli fonda Ie
Journal des Dtbats, avec M. Bertin aine, en
1797.
En' consultant sa bIOgraph ie, nous voyons
qu'apres s'elre retiree du commeree de Iibl'airie
furaine, ou elle rt-ussit a creer une des plus
importantes maisons de Paris, Mme Lenormand
eut un salon ou beau coup de sommites politi-
ques etacademiques se donnerent rendez-vous.
Plus tard, se senlant faliguee de cettc societe,
elle alia se fixer dans une propriete situee. dans
Ie m~me qual'tierque ilon homonyme, Mile Lenor~
36 LE VERITABLE
mand, la devineresse fameuse a laquelle I'Empe-
reur Napoleon ler preta I'oreille et donna cent
mille francs. La parite des noms, la proximite
des demeures firent souvent na1tre des qui pro-
quos. En voici un qui merite d'iHre mentionne :
" Un jour, une jeune fille troublee, eperdue,
entre chez elle.
-Madame, s'ecrie l'inconnue, vous lisez dit-
on dans l'avenir •••• secourez-moi.
Mme Lenormand examinela jeune fille, juge
a son exterieur, a ses manif~res, a qui elle peut
avoir affaire, et apres quelques vagues inter-
rogations qui la fixent dans ses soupc;ons, elle
repond:
- Vaus avez abandonne la maison paternelle ?
-~ui!
-Vous cedez a un amour passionne ?
-~ui!
-It vous a decide a le suivre ?
-~ui!
Voila Ie present, mon enfant ••••
-Mais l'avenir, l'avenir, madame •••• ?
-L'avenir! Ie voici •••• II vous deshono-
rera •••• II vous abandonnera •••• Vous perirez
dans Ia misere, dans les Iarmes. • •• V otre vieux
pere en mourra de honte et de desespoir ••••
Voila l'avenir!
Et tirant parti de l'etfroi et de la credulite de
Ia jeune fille, elle l'amena peu a peu a des
sentiments moins exaltes, la calma,Ia persuada
qU'elle pouvait encore echapper a cet avenir si
{uneste, et la faisant monter en voiture, Ia ra-
mena a ses parents.
-Ah! madame, vous etes done soreiere
pour avoir su deviner.... dit la jeune fille
sauvee.
-Non, mon enfant. • •• mais je suis mere !"
.........................................
PB'lJlF-ollBIRT. 37
C'est ainsi que nous rencontrons par fois de
bons sorciers, dans des personnes qui connais-
sent assez bien les differentes phases de la nature
humaine, par l'experience des annees, et l'e-
tude constante du cceur de l'homme, pour pou-
voir, avec a propos, influencer un jeune esprit,
surtout en proie a une de ces passions violentes
capable de tous les sacrifices, et savoir l'arreter
au moment me me que cette jeune personne allait
se precipiter corps et arne dans un centre de
demoralisation infame.
Soyons sorcier comme l'etait Mme Lenor-
mand et nous serons de bons sorciers. Que de
jeunes personnes tombees qui ne Ie seraient
point aujourd'hui si elles eussent rencontre,
avant leur chute, une sorciere du genre de Mme
Lenormand ? •••
38 LE VERIUBLE
LIVRE DEUXIE:\1E
..
Les Tresors caches. - Les Chercheurs de treoors. -
Histoiro de six chercheurs de tresors, pres de la Clite
a ~au\·ageau. Quebec. - Histoire de trois chercheurs
de tresors. pr~b du Chiiteau-:.\lactavish, u, la i.\lon-
tagne de :lIolltreal. - Histoire de cin'l chcrchcurs
de tr<'surs. dans Ie jardin de l'ancienne residence de
feu }I. Perraull, Quebec. - Cause principale de la
propagation des fausscs croyances du peuple sur
l'existcnce des tr<'slJrs caches, jusqu'u, nosjours.
CIIAPITRE I.
Les Tresors caches.
Comme il se trou ve encore, en Canada, bon
nombre de gens qui croient a l'existence de tre-
SOl'S caches, soit sous des montagnes, dans des
souterrains, lIlasures, 'ou dans tout autre lieu
imaginaire ; et que ces td'sors sont gardes soit
par un vieilJard, une vieille fl'mme, un sef-
pent, un chien noil' ou des esprits matins, et
qu'on ne peut s'en saisir qu'a l'aide de cer-
taines formules ou conjurations qui Be trouvent
dans les differents ouvrages de sortileges, male-
fices, etc., que nous avons fait I:onnaitre dans
Ie livre precedent, nous tacherons de delllOn-
trer ici com bien se trompent grossierement les
personnes qui entrdiennent des idees aussi
absurdes. D'abord, parce qu'on net rouvli nulle
part ;;l.ucul1 e preuv6l, :aUCllncas qui naps gao
rantissentll·exist~nce. ou· ladecouverte de tre·
sors ·(laches dans dec teU~if candititms, c',est~3.·
dire ga-rdes 'par des .peJfsonnaget:! mysterieux on
esprits maHaisants, quit,iennent taus de I'autre
monde. C'~.l!1 ,la.assurement ·une· fa1ale erreUl
populaire qui ne peut- trotter que' dans l'imagi·
nation de personnes pat' tropsuperstitieuse:s., .
, Cependant;:nous vou:!dns'bien adrnettre qu'en
cepays il peut se' 'troilver des tresors enfouis
queique' part, ainsi que cela s'est vu en Europe,
Startout dans les pays qui' ant ele' tant ' de fois
houleversespar des guerres au des te.vdll'ltidns;·
car il est reconnu que/dans ces moinents critiques
plusieurs p-ersonnes, possedant de .grandes' 'ri-
chesses, en or au en argent, les deposent au sein
de la terre au dans tout autre lieu sur, avec l'es-
perance de les retrouver une fois la templlte des
guerres au des revolutions passee; et, com me
il arrive assez sou>{ent qllP. ces personnes aban-
donnent leur patrie, et voh.t' moul'il' en pays
etrangers, aim'!! il peut se fa ire que des fortunes,
plus au mains· grandes, restent cachees dans
les entrailles de la terre.
Toutefois, si,: jamais all parvient ales decou•.
vl'ir,-ce qui est arriv(i deja en -Canada, qui a
e~suye lui aUBsi, 3." diffeTentes, epoques, des·
luttes sanglanles,-qu'on reste bien conv.aincu
que ce ne serli' jam!l>is a' ,I'aided'aucull livre
magique.; que: ce ,SeF8I toujour:s, au contl"dire,_par.
unecirconslance :.inatte~dlJle; un coup du h8i8ud~
une cause 'toutel naturelle·.enGn,,: au moment.
m~me qll'on s'y. attendra ,Ie mains, et.cela S!lns
avoir i 3. combatt-re au aeonjl1l'er aueuns demoD,1
serpent, ehiennoir, vieille ou.vieillard,-y compritt
tout ;ce' qu'une foUe imagination. peut inventer
de· semblable .
.Mais, COlUUlIil lei dUCOUIvertelil 'de "eli tr~IiI"r..
40 LE VERITABLE
sont bien rares et bien incertaines, c'est toujours
un grand malheur pour celui qui se livre a cel!
recherches, Ie plus sou vent ephemeres, parce
que l'homme perd ainsi chaque jour un veritable
tresor, qui se trouve dans Ie bon emploi du
temps, la vigilance, Ie travail assidu, et surtout
dans la pratique de l'economie.
Dans ce dernier cas on est toujours certain
de la fortune, ou du moins d'un peu d'aisance
accompagnee de bonheur. Dans Ie premier, on
fouille sans cesse les entrailles de la terre, on Ja
boule verse en tous sens; on y trouve beaucoup
de pierres, d'argent point: la misere la plus
abjecte seule en cst la fatale con. equence; et
finalement, denue de tout, on va mourir a Phe,-
pita!.
CHAPITRE II.
Les Chercheurs de Tr~sors.
On compte deux classes d'hommes parmi les
chercheurs de treson! caches; mais leur idee
est it peu pres la meme quant a leur existence
et aux moyens qu'ils doivent employer pour les
decouvrir: tous croient que des esprit~ malfai-
sants, suppots de l'enfer, en sont les gardiens
fideles.
Dans la premiere classe, nous placerons tous
ceux qui, tout en croyant a l'existence de
ces tresors, ne poussent point neanmoins leurs
perquisitions noctnrnes au point d'abandonner
leur travail manuel, et de mettre ainsi leurs
families dans la misere. Aus8i, nons avons
la ferme conviction qu'il nous suffira de leur
prouver, pour leur faire abandonner cette voie
qui aboutit toujours aux deceptions et it l'in-
iiOmnie, que c'est nne fatale erreur d'.entre-
PETIT-ALBERT. 4t
tenir une pareille croyance, qui n'a fait partout
que des dupes et des malheureux.
Dans Ia seconde classe, nous placerons tous
ceux qui sont ennemis du travail, et les desceu-
vres, qui, ayant rejete tout principe qui carae.
terise Ie veritable chretien, Ie bon pere de
famille et l'utile citoyen, cherchent, jour et nuit,
quelque tresor imaginaire, a l'aide des moyens
enseignes dans Ies livres trompeurs, deja men-
tionnes, sans s'occuper, Ie moins du monde,
des horribles bla!lphemes qu'ils proferent par-
fois contre la MajesU~ Divine, en recitant, qans
ces circonstances, certaines conjurations ou {or-
mqle~ de prieres qes plus impies, non plus que
q~s miseres de tout genre qu'ils amoncelent sur
leur tete coupable.
Quant a ceux-Ia, nous l'avouerons, il faudrait
presque un miracle pour leur faire abandon ncr
(lette fausse croyance et pour Ies gagner a Ia
verite. Genfralement, lorllque vous parlez a
l'un de ces chercheurs de tresors, de ses devoirs
comme chretien, comme pere et comme ci-
toyen, il restera sourd a ce Iangage qui frappe
ses oreilles inutilement. Mais, au contraire,
parlelll-lui de tre80r8; dites-Iui que vous avez Ie
Petit-Albert, ou tout autre livre de secrets mer-
veilleux, alors vous serez certain de faire vibrer
chell cet homme la corqe sensible de toutes ties
convoitises. Yous verrez sa figure s'epanouir
de bonheur, se8 yeux s'enflammer, et, la bouche
be ante, de sa poitrine haletante, s'echappera
un soupir suivi de cette supplication:
- Ah ! monsieur, si vous etiez assez bon que
de me procurer Ie Petit-Albert, ou Ie Dragon-
Rouge ou bien encore Ie Grimoire, vous me
lendriez mille fois heureux, car, a l'aide de
l'un de ces !ivres, je pourrais conjurer et chasser
les esprits malins qui gardent un certain tresor
42 LE V,£RlTABLE
dont je connais seul l'existence, et je devi
drais rich .. '
Pauvre homme, il ne sait pas qu'il soul
apres un livre qui ne pellt que l'induire en
reur; car il est une chose certaine, c'est (
tous les ouvrages de ce genre, n'ont ete inspi
e! ecrits que pour tromper des gens ignora
et par trop credules. Tous ces ouvrages, en
qu'on reganle alljourd'hui comme autant
monuments eleves en I'!wnneur de la sot!
hnmaine des temps passes, n'ont en pour autel
que des hommes a l'esprit pervers, anin
du desir de faire fortune, en repandant, pal
Ie reuple, des milliers d'exemplaires de Iel
publications toujours mensongeres quand el
ne sont pas d'un bout a ['autre un blasphel
horrible conlre la Foi chretienne et catholiqu1
Ans~i, ne voit·on que des hommes deprav
sans principe religieux, ou du moins d'u
ignorance et d'une credulite impardonnab
a
qui osent eroire encore de pareilles absnrditj
Les tristes resultats Je ce~ fausses eroyanc1
sont que les chercllE'urs de tresors trainent prl
que tous une exi"tenee vide et malhenreuse, d(
Ie terme senl met fin a leurs folies esperanci
TelJe est, n'en clontons pas, la cl.:!rlorable c(
clition inevitablement rbervee a tous ceux q
coure'll! ,\ la recherche de trewrs ephemtm
avec Ie Grand ou Ie Petit.ALbert, Ie Grimoire
Ie Dragon·Rouge en main .•••
A ce propos, nons rapporterons iei Ie tr:
snivant:
II y a une qninzaine d'annees, nne person
de celie ville, qne nons avons tres bien eonn~
se livrait depuis deja longtemp~ a Ia recherc
de tresors cache,:. Cet homme etait telJeme
imbu dr ceUe fatale penst·e qu'il fut IOlljo~
impossible de Ie desabnser. Chaque annt
PETIT-ALBERT. 43
on Ie voyait apparailre, tantOt a l'imprimerie,
tantot chez le~ libralfes, tan tot dans nos in-
stitutions religieuses: inutile de dire que Ie
Petit,Atbert tHail Ie seul objet de ses vlsites,
qui lui avait toujours valu de severes remon-
trances, tant a cause de son ignorance que par
rapport aux niaiseries contenues dans Ie livre
qu'il tenait tant a se procurer.
Neanmoins, Ie malheureux ne se tenait
jamais pour battu. Au contraire, toutes 81'S
pensees, tous ses desirs, toutes se~ esperan-
ces tendaient vers un seul but: c'est-a-dire,
qu'a Paide du Petit-A/bed, iltrouverait infJil-
liblement un trbor. Enfin, illui arriva un Jour
de faire la connaissance d~n etre semblable
a lui, mais plus heureux, car ce dernier posse-
dait Ie livre tant dbire. II avait en outre Ie
Dragon-Ruuge! Quelle trouvaifle! disait-il.
Puis de 8e mettre a faire des perquisitions a
droite et a gauche, pour troUV('f son fameux
tresor.
Dlx annees plu8 tard, - il Y a de cela a
peine vingt mois, - un corbillard cheminait
sur la rue Saint-Jean vers Ie nuuveau cilt1etiere
catholique, a Sainte-Fui. Dans ce chariut, dont
la forme pcrasee et la nudite 'complete nous
faisai<>nt reconnaltre de suite celui appartenant
a l'Hotel-Dieu, se trouvait Ie corps c!'un mal-
heureux 'Iue la derniere des llliseres avait
force d'aller mOUl·ir it cet hopital, apres avoir
passe plus de la moitie de sa vie a la recherche
d'un tresur. Ces l'estes morlel::;, un l'a deja
compris, etaient c('ux de eet hOlllme qu'on a vu
tantot s'allier au possesseur du Petit,Alber·t et
du Dragoil-Ruuge, •••
Un artiste humanitaire a peint quelque' part
Ie tfiste spectacle d u cunvui du pauvre, sui vi
LE VERITABLJ:
q'»n seul ami fidele : son chien! Eh bien! Ie
convoi de eet infortune ne se composait seu-
lement pas de cet ami fidele de l'holIlme !.....
Apres cela les commentaires deviennent inu-
tiles; chacun peut les faire soi-meme.
CHAPITRE III.
Hiatoire de six Chercheurs de Tusorl, QulSbec.
Alin de demontrer tout Ie ridicule dont se
couvrent les chercheurs de tresors, nous ne
voyons rien de mieux que de rapporter ici
quelques histoires,. chacunt! sous son titre res-
pectif, louchant ces sortes de recherches. Nous
les livrerons 11 la curiosite du lecteur telles
qu'elles nous ont ete racontees par des temoins
Qculaires: c'est 11 ce titre seul que nous en
garantissons l'authenticite.
II y a quelques annees, une personne de ceUe
ville, laquelle avait ete alliee a une bande de
chercheurs de tresors, nous fit Ie recit d'une des
perquisitions nocturnes de celie bande. Jl va
sans dire qu'on ne fait de pareilles demarches
que de nuit, surtout 11 cette heure si solennelle
qui voit tant de crimes se commellre, depuis
les vols les plus audacieux jusqu'aux meurtres
les plus abominables: MINUIT !....... C'est
Pheure de predilection de ces fou~ malheureux.
Un soir, dit-elle, c'etait en juillet, vers onl!;e
heures, nous j>artlmes du faubourg St-Jean six de
notre bande, tous bien determines Ii nous saisir,
coute que coute, d'un tresor considerable, dont
Pexistence n'etait connue que de celui qui nous
conduisait au port assure de la fortune. Apres
quelques minutes de marche, nous nous trou-
varnes au bas d'un champ servant de paturage
Ii un troupeau de betes Ii cornes, tout pres de la
f>EtIT-ALBERT.
C6te-~-Sauvageau. .Arrives a I'endroit du tre-
sor, 110tre chef, qui connaissait tous les secrets
du Petit-Albert et de bien d'autres livres mer-
-~'" ~IlX, commen<;a par faire un grand cercle
avec une baguette de coudrier, afin de nous
mettre en garde contre les t'sprit8 mal ins qui
gardaient ce tresor, puis recita une conjura-
tion (I) que nous repetames apres lui. Minuit
venait de 80nner et de gros nuages, s'elevant
vers l'oue~t, s'approchaient majestueusemeilt,
avec toute la perspective d'une tempete pro-
chaine, On entendait deja, dans Ie lointain,
gronder 80urdement Ie tonnerre. Je ne sail.' ce
qui se passa alors en moi, mais il me semblait
voir des spectres hideux sortir des entrailles de
la terre... la peur s'empara de moi et je trem-
blais de tous mel.' membres •••• Cependant,la
pensee du tresor me remit un peu, et nous nous
mimes hardiment a I'amvre.
Ell moins d'une demi-heure, munis que nous
etiol1s de beches et de piques, on avait deja pra-
tique un trou de plusieurs pieds carre, lorsque
tout a coup une masse solide fait rebondir nos
pique! !.... C'etait un cotfre-fort ! Aussitot notre
chef fait des signes cabalistiques, et recite une
houvelle formule de priere que nous repetons
tous; mais au meme instant un hurlement si-
nistre se fait entendre dans Ie lointain, suivi de
I beuglements epouvaniables venant dans notre
direction.
Nous restons tous frappes de terreur; et, a
la pensee de voir apparaitre Ie diablt> avec
toute sa suite, je me signe aus8itot, la frayeur
me faisant oublier qu'il ne fallait jamais faire en
pareille circonstance aucune action ou signe
religieux.
(1) Voir au ehapitro de. Grimoiro., pour cette coDjuratiOD.
·Hi LE vERITABLE
-Miserable lache! s'exdama avec rage nolttl
chef, lout est maintenant perdu par ta faute.
En effet,a peine avait-il prononce ces mots
que la fomlre en enormes serpents de feu vint
s'abimer sur no'.1~, la terre trembla ~ous nos
pieds et Ic coffrc-fort s'enfon<;:a a
d('~ mille
picds ,de profondeur. Ah! je n'oublierai de
nia vie cetle nnil d'horrcur !
...........................................
Comme lui, nou~ croyons qu'il n'ollbliera ja-
mais ccltc nuit d'hoffl'llT; surtout quand on re-
fiechie ;t la condamnable action dont ces eher-
cheurs de tresors s'':·t'lit'nt rendu coup'ables, en
allant prononcer ainsi, avec la pl'rspeclive d'ac-
querir un peu d'or, (h'8 conjurations dans les-
que lies se lrouvent les blaspheme~ les plus re-
voltants.
Maintpnant, disons qlie leur coffre-fort n'etait
rien autre chose qu'une large pierre plate qu'on
avait pris pour un coffre, ainsi ql1e cela fllt
veri fie apres exampn sur les liellx memes.
Quant anx hurlements el bpllglements epouvan-
tablps qu'on avait en1endus, rien de plus na-
turel; attendn qne personne n'ignore qu'a Pap-
proche d'nn ol1l'agan, les animanx sont frappes
de 1erreur par Je triste a~pect de Ja nature. Ainsi
done, rien d'etonnanl d'entendre, dans ces mo-
ments sinistres, des chiens hurler et des bete,s a
comes beugler. Puis on sait aussi qne la foudre
eclate pn'sque toujours durant un fort orage,
rien done encore d'e1onnant que la foudre soit
tombee aux pieds memes de ces miserablet',
qni ne virenl, dans celte connl),ion de la na-
ture, qne les IJllissances de I'enfer dechainees
contre eux. C'est ainsi qlle des hommes, dans
leur fatal ignorance, osent attribner a Satan dps
pouvoirs qu'il n'a jamai~ eus: pouvoirs' qni'
n'appartiennent qu'a Dien sen!.
PETIT.!ALBERT. 47
CHAPITRE IV.
Histoire de trois Chercheurs de Tresors,MontreaI.
a
En 1846, residant alors MontTt'al, on nous
mconta, apropos de chercheurs d'argent, une
~d~np bien amusante, qui eut lieu durani I'au-
tomne de 1843 pres du fameux Chi'tteau-Mac-
t"vigh, all pied de la Montagne s'elevant imme-
"iatement en a\'l'ierE' dE' la ville de Montreal.
N(lus d:irons d'abord quelques mots sur ce
vieux chaleau, qui n'a jamais l·te acheve et qui
II fou rni tant de sujets a la legellde et de terreur
)inur II's enfants.
La superstition a toujours fait croire chez Ie
vnlgaire que Ie Chateau-Mactavish etait hante
p'lr des esprits, des fantomes et des revenants
d,~ loute espece ; et qu'aucun etre humain n'a-
"'lit pu y demeurer a cause du tintarnarre,
deH bruits de chaines et des lamentations qu'on
y eutendait chaque nuit, de Ii! cave au grenier.
f ~untes d'enfa,uts que tout celn. Si rt-eJlement
on ait vu 'parf6is des lumieres et entpndu du
lImit et des'lamentations, partant de l'interieur
<If! ce chatean inhabite, on peut etre certain que
ee ne fut 1;\ que re fait de quelques desreu-
vres sans glte, qui trouvaient bon,d'aller faire
la noce dans un lieu ou ils ne craignaient nulle-
ment d'etre inquietes par quelques autres per-
sonnes.
Ce chateau, qu'on a demoli Ie printemps der-
nier (1861). a Jaisse encore, en disparaissant,,'
un nouveau, mais triste souvenir. Un Canadien,
c1u nOf!! de George Chartrand, l'un des mll<;ons
a
(J-CCUpe.~ en demolir les murailles, rut ecrase
par un 'pan qui s'affaissa tout it coup sur lui; et
4S it VERITABLE
il mourut peu d'heures apres en avoir ete retir6,
Quelques commeres ont dd, sans doute, attri'
buer ce fatal accident aux esprits ou fantOmes,
mecontents de ce qu'on leur enlevait ainsi leur
ancienne demeure? •••
Trois individus, habitants du fauboug Saint·
Antoine, pretendaient done qu'il se trouvait un
tresor cache tout prell de ce chateau; mais que
pour s'en saisir, disaient-ils, iI leur manquait
les moyens propre8 a conjurer les esprits qui Ie
gardaient. •
lis s'adresserent un joura la personne qui nous
raconta cette anecdote, croyanl qU'elle possedait
Ie Petit·Afbel·t, pour lui demander si elle ne
pourrait pas leur donner une conjuration on
formule de priere indillpensable, croyaient-iIs,
pour s'emparer de ce tresor.
Curieuse de savoir, dit-elle, ce qu'ils vou-
Iaient en faire, je leur repondis affirmativement ;
mais je leur dis que, pour reciter avec eifel la
conjuration que j'allais leur donner, illeur fau-
drait jeuner toute une journee, et faire en outre,
a l'endroit ou se lrouvait Ie tresor, Ie sacrifice
de deux chats noirs, en se servant d'un couteau
dont la lame fdt encore vierge (1). Inutile de
dire qu'iIs p.'y engagerent tous. De suite je
tra<;ai sur nne feuille de papier une foule de
mots qui ne pouvaient ~tre'" compris dans au-
cune langue; et, en leur donnant ce papier
precieu:t;, je leur fis promettre solennellement
d'en garder Ie secret pour eux seuls.
Quelques jours plus tard, c'etait un vendredi
soir, voici ce qui se pasl!ait au pied de Ia Mon-
tagne de Monteal, a quelques pas du ChAteau-
Mactavish:
(I) Dan. tont saerifice oil I'on repand I. sang, iI Cant que 1. eOIl-
naa, ou autre! instruments, dont 00 Ie lIert .. cet efret .,it Deaf.
L .. livr.. de ooDjilration; "oEijplll' toni. Qael1. aboardi" t
PETIT-ALDERT. 49
Trois hotnmes, blottis dans une petite cavitt:,
se preparaient a faire Ie sacrifice de deux
matol:ls noirs, qu'its maitrisaient difficilement.
L'un des trois aiguisait it eet effet un long con-
leau encore tout neuf.... ..
A ee moment, minuit sonna aux eadrans de
l'e.glise anglieane et les douze coups argentins
furent apportes jusqu'it euxpar une brise d'ltu-
tomne, assez forte et continue, qui fa~sait mugi,J:
sourdement les grands arbres de la montagne
en en agitant leo> branches et les feuilles, deja
jaunies, avec un bruit semblable a la pluie qui
tombe durant un fort orage. Le Saint-Laurent
m~lait aus~i, it ce concert nocturne de la na-
ture, sa voix si puissante qui roule, en gron·
dant, ses eaux avec tant de for"e et tant de ra-
pidite vers la Pointe Saint-Charles, en Se i()l'lU-
rant sur un lit de milliers de cailloux.
Alors Ie sacrificateur immola Pun des .c4ats,
et;;& l'inlltant, la viotime couvrit !QuS le1\ alen-
toursAe. ·ses 6inislres miaulemenl~ .. C~' qu'~n
tenda,n/ son carnarade, qui comprit de sui~e Ie
sort q!ij I':j.ttend..,il, se met aus~itOl a jouer des
dentg' et des grilles, si bien qu'il filit 1a<;her prise
it l'homme qui Ie retena)t captif, et il disparait
dans la Montagne~ .••
-Voila une affairc manquee, dit l'un d'eux,
et je crains fort maintenant que ce chat donne
l'eveil it tous les espril. du 'voisinagel.,. , " If
En effet, it peine avait·il prononce ces mots
que de grandes fiammes, surgi~sant tout-a.-coup
de la montagne, s'approcherent dans leur di-
rection, aC(loiri'pagnees d'un bruit epouvantable
de chaines et de chaudieres ; et, en moins de dix
minutes, tous haletants, les cheveux hi'~rlsses,
plus morts que vifs de frayeur, nos trois cher-
cheul's "de tresors se retrouvaient dans Ie faubourg
Saint-Antoine, ayant parcouru une distance it
c
LE VERITABLE
{aite {remir les meilleurs coursiers du monde.
ees pauvres diables se complerent encore heu·
reux de s'iHre retires de la, en y lais~ant, deux,
leurs couvre-chefs, et l'autre, la queue de SOil
habit, restee en Irophee sur un piquet de clO·
.... ..maintenant
ture!
..Voici .. ............................. .
l'explica~ion
de tout Ie
myslere. La personne, de qui nos trois in-
dividus avaient obtenu une conjuration, ayant
appris a'eux, la nult, I'heure et Ie lieu aU it"
devaient se rendre a la Montagne, a la· re-
cherche du pretendu tresor, communiqua aus-
sitf>t cette farce a plusieurs de ses arnie, et ill!
s'engagerent, au nombre de buit, d'aller ce
soir-Ia, a quelque distance de l'endroit ou, de-
vaient se rendre nos cherchenrs, tous munis de
torches enflammables, d'un paquet de clHrines
et d'une chaudiere,' afin de leur jouer un man-
vais tour. On sait quel en fnt Ie resultat. Voila
a quoi se reduisent, glmeralement, toutes ces
visions infernales, esprit3, fantomes ou: reve-
nants, qu'on pretend voir, et qn'dn dit garder
les tresors diches.
CHAPITRE V.
Histoire de ciJlq Chercheurl de Tr&ora, Qu6bec.
. Assez souvent it arrive que les chercheurs d'ar-
gent decouvrent de curieux tresors dans leurs
perquisitions nocturnes,et dont les especes qu'ils
renferment 80nt paTfois plutot liquides et cou-
lantes, que solides et sonnantes; aussi nous
croyons tres a propos de rapporler ici un fait de
eEl genre qui se pas~a, il y a quelque vingt ans,
a Quebec, entre les denx cilernes que nous
voyons encore aujourd'hui, quoiqu'en partie
PETIT-ALBERT. 51
detrnites, sur Ie terrain de l'ancienne residence
de feu M. Perrault (I), rue et faubourg Saint-
Louis. Ce fut pres de la citerne qui se trouve
il. l'ouest de ce terrain, rue Claire-Fontaine, en
face du Clos de La 7'our (2), que la scene 8uivante
se passa.
La personne de qui nous tenons cette histoire
faisait eUe-meme partie de cette excur8ion noc-
turne, ou plutot de cette peche aux tresors,
mais c'etait plus par curiosite qu'autrement,
disait-elle. Laissons-lil. parler:
.(1) M. Joseph-FraD~oi. Perrault, ne .. Quoboc Ie ler juin 1753,
fit. Ie commerce des pelletcries durant plusieura annees pour SOD
pen qui avait ere 8'etablir aur: Illinois npres 18 prise du Canada
p<\r las armees brita.nDique~. Revenu en Canada, M. Perrault
s'eta.blit .. Montrea.I, ou. it etudia.le clroit j at en 1795, lord Dor·
cbester Ie DQmmu. Greffier de 1110 Cour du Bane du Rai pour Je die-
triot de Quebec: cha.rge q,-,'il De CBSSa. de remplir avec distinction
j u8qu'en 1844. M. Perrault expira. Ie 5 a.vril de cette IDeme
a.nnee, Il. J'age po.triarcld de pres de 91 aDS, o.pre~ &,"oir consacre
presque toute sa fortuue t\. 1'6ducation de la. jeunesse. II de-
bouf8a. pre~ de $8,000 pour l'erection at l'entretien de deux mai-
sons d J 6cole, en 1830 et 31, dans Ie fallhourg Saint-Louis, dont
l'aM etah pour lee gar90ns et l'autre pour les filles, et dau les-
~u81le8 on emeignait DI?n-seulewent a. lire et ecrire maia meme
1 iudustrie et.I'agriculture pratiques. It depensn, en outre, plus de
86,000 pour ~tablir une forme-modele pres de 1& Petite-Riviere
Saint-Charles; mais iI cut la douleur de voir tomber cet etablisse-
maDt d'etude pra.tique, a.pros qUt'lquee aooses d'exi8tenc8, faute
d'encourn.gement. 11 dota aU8si Ie pays d'ouvrages clussiquos
q,,'il redigea. at fit imprilUar a sas propres frais, tel:t que gram-
waires angla.iaes, fra.n~3ises et latines; des vocabulll.ires; des
mllnuels pour les institute Drs et les institutrices; un ab'~ge do
l' Hi8toire du Canada. j un traits de grande et petite 0 ulture ; un
traite de ~edecina veterioaire, etc, etc. Cependa.nt, qui Ie croi·
ra.it, Ie nom et les bonnes rouvres de cet hommG si devoue ii. redo-
cation et au bien·etre de ses compa.triotcs, paraissent etta deja
pasees a. 1'6tRt d'un oubli complat. Est-ce ainai que 1e paya doit
reconnaitre at recompen~ar dlgnement Ie devouement de ceux qui
CODaRore::lt lellr fortune ;l. repaodre l'edueation parmi Ie peuple 1 ....
Indifference at oubli! quelle roooDoai~sa.nce !....
(2) Terrain appartenant au gouvernoment militaire 01\ se trouve
origae une tour de der"Dse. On compte en Hgne droite, 8. l'onest de
la ville, depujlle cuteau Sainte-Genevieve ju.&qu'nux Plaine8 d' A ...
braham, quatre tours erigees par Ie gou\"ernernent militn.ue. SOU8
l'administration de ~irJn.mes Henry Craig, de 1807 a. 1811. L'im-
porto.nc" do 0138 toun eat de garantir 1& Ville, en temps de gu.err8,
d'uno invasion de l'armce enaomio de ce cute: etaot celui qui peut
mett·re 1& vilte Ie plue en da.nger devllDt une armoe coDsiderable.
LE VERlT ABLE
Le printemps demier, -·nous disait en 184-
cette personne, ~ je m'associai a quatre de
mes amis, parmi lesqueJs sc trouvait un vieil-
lard qui comptait deja plus de quarante annees
passees a la recherche d'un tresor, ·.a l'aide du
Petit-Albert, qu'il conservait comme la prunelJe
de ses .yeux. Mais, it l'epoque ou se passe oetle
scene, notre homme n'avait pu encore obtenir
aucun bon resultat, car toujours il avait ete
trompe dans ses esperances.
Or, cette [ois, il etait pLus que jamai-s con-
vaincu de trouver lin tresor cache dans un-cer-
certain lieu a lui seul connu, et il s'enga.-
geait a Ie partager avec I}o,us' si nous voulions
l'aider dans cette derniere tentative. Les con-
ditions etan! Caciles, nc)us les acceptames.
Nous etions donc cinq personnes de notre
hallde le. jour .que nous arretames ce proj'et
tout dore !
A quelque temps de la,-c'etait ~ans Ie moil!
de mai,-durant une nuit pluvieuse et naturelle-
ment bien sombre, guides par notre'vieillard,
nous nous rendimes, un peu avant minuit, a
l'ehdroit Oll se trouvait Ie pretendu Iresor; ,
Arrives sur les Heux fortunes, on planta a
droite une branche de laurier, a gauche nne'
branche de verveine, car, scion Ie Petit.-A/bert,
la verveine et Ie laurier sont d'un bon usage'
pour empecher que les esprits (gnomes) ne
nuisent au travail de ceux qui sont occupes it
ehercher des richesses enfouies sous terre ~ puis
on fit bruler un certain parfum compose d'apres
une recetle enseignee aussi dans Ie meme livre.
-Main tenant, dil notre vieillard, ces precau-
tions seront cause que les esprits! gardiens uu
tresor, ne nous seront point nuisibtes, et, si mon
Petit-Albert dit vrai, i1s nous aideront meme
dans notre entreprise.
PETIT~ALBERT • 53
Sur ce, on se met a creuser activement la terre,
entre les branches de laurier et de verveine,
et en moins d'une demi-heure, par unepluie
liatlante qui nous fouettait la. figure en tOilS
sens, on decouvre, a quelques 'pied!! du sol, un
large coffre de bois..... C'etait Ie tresor ! il
·n'y avait pas a en douter. Tous trausportes
de joie, nous en brisons Ie couvercle, et c'estia
qui y plongera la main· Ie premier pour en re-
tirer les richellses; mais, par .deftlrence, il
fut convenu que ce privilege appartenait de
droit"1't notre chef it qui nous elions redevables
d1nne: de~ouverte aussi precieuse. II faltait
.nousyoir inspecte.l les goussets et les poches de
-ilosviHements pour s'assurer de leur solidite et
Noir s'il ne s'en trouvait point de troues .
. Mais la decepLion fit bientot place 11 notre folie
.jole, car en plongeant Ie bras dans Ie coffre, notre
vieillard Ie retire aussitot en jetant une excla-
mation de surprise indescriptible accompagnee
'cil.'un juron epouvantable, puis au meme instant
deux enormes chiens lerneu\'iens arrivent su!'
nous en aboyant et hurlant 11 faire tremble!' la
\erre .••..... Le diable! tel fut Ie cri general. Et
cha~un de pr.endre ses jambes a son cou, et SilU ve
qui peut. Quant 11 moi je vous assure que je ne
fus .pointle demie!', et je me trouvai transporte
sur la rue Saint-Je.an, sans savoir comment et.
par ou j'y etais descendu si rapidement.
Revenu un peu de rna premiere frayeur, je
commen~ai a m'inquieter sur Ie sort de mes as-
socifs que je. fie voyais point reparaitre, et la cu-
rio.site de savoir ce qui avail pu leur arriver me
determina de retourner sur mes pas, en ayant
soin, toutefois, d'epier a travers les tenebres Ie
moiudre signe de danger, et en me tenant cons-
tamment SUI' Ie qui-vive. Arrive aux coins des
rues Prevost et Claire-Fontaine, j'apel'{;us trois
54 LE VEruUBLt
de mes camarades occupes, pres d'une mare
a
d'eau buurbeuse, faire la lessive notre mal. a
heureux plongeur, qu'ils avail'nt retire par leiS
-oreilles du fond d'un grand canal rempli de
saletes les plusordurierll8, et dans lequel il etait
tombe, en voulant se dHendre contre Ies chienll
qu'on avait pris it tort pou\' Ie diable, cllr Ie leI»-
demain je pusm 'as:mrer qu'ils appal.'tenaient a
un bourgeois anglais dont la residence attenait
prt!cisement au terrain sur lequel nous avioDs
fait nos recherches.
II fallait voir quelle drole de mine faisait
notre homme au Petit-Albert, et je ne 'pus m'em.
pecher de lui dire, au milieu de sa coofmioa,
que son fameux livre, avec ses secrets merve,ii-
leux, ses branches de laurier,et de verveine"y
compris ses parfums, nous avait fait decouvrir
un curieux tresor liquefie d'ou s'echappaient des
odenrs qui etaient bien loin dc sentir la rose, et
je les quittai, tout en risnt de notre me8aventule.
en leur faisant abandon bien entendu de mapallt
de butin. '
........................................................................... '.
Le lecteur nous pardonnera sans doute, de
rapporter une pareille scene, attendu que notTe
unique but est de faire sai$ir tout ('.e qu'il y a i.t
la fois dp depiorable, d'absurde et de degradlln't
chez l'homme qui se livre ainsi par son ignorance
a de telles actions. '
II Y aurait des centaines d'histoires a racOllter
a propos des chercheurs d'argent, rnais comm1!J
nous croyons les avoir toules re8Um~PS, moiM
quelques varianles, par cl·lIes qui precedeut,
nous nous en tiendrons 18. pour ne nous oocupel'
main tenant que de la cause principale qui a fait
se propager jusqu'a nous de pareilles croyanoos,
entachees de tant d'absurdit8s.
PETlT-~BERT • 55
CHAPITRE VI.
La cause de la propagation de cesf'ausses croyancell
. jusqu'a nOB joura.
II Depuisia. venue de Jeso8~(jhrititt
PtVldue sur toute la terre, I,
tous les enfants de Bon Eglise, ra.
sent et Ie eomprennent. Cependo.nt,
couDa.,
encore ehez nOU8 cOmma ch'ez 'Ies aD·
CiODS jui£.;, les abus l!Iuperstitieu n'opt
pas tous disparu." (COLLIN D.s P.L4NCY.)
D'abord nous dirons que les fausses croyancell
des peuple~ d'autrcfois sur l'existence des
tresors cache8, gardes par des esprits myste-
rieux, ont eu pour mere la superstition, et
qu'une telle mere ne pouvait enfanter et multi-
plier autre chose que la superstition; el, chose
deplorable, ces filles de l'erreur ont trouve pour
epoux une grande partie du genre humain.
Aussi, de toutes ces alliances, marquees {)u
signe de la folie, on vit naitre des legions de
creatures qui se developperent rapidement sous
l'intluence de toutes ces superstitions, lesquelles
out POIU bases principales l'ignorance, 1'0r-
gueil, Ie fanatisme et la peur ; quatre causes
que les docteurs chretiens n'ontjamais cesse de
combattre, car, "q\loique les philosophes Be
Y'lUltent,-dit un auteur diiltingue,-il est bien
etaWi que c'ast I'Eglise qui a toujours fait Ie
plus- pour extirper les superstitions."
Mais, en de pit des efforts constants qu'Elie
ait ·pu faire, dans tous les temps, pour de-
raciner et detruire les superstitions, la fa-
tille croyance aux trellors oaohes et gardes par
del esprits, chiens ou chats noirs, etc., est eD-
core de nos jours tres repandue, surtout parmi
les populations des campagnes; et tout hom me
56 LE yjtllT.UlLE
de bon sens est frappe d'elonnement de voir
que de pareilles sotlises se soien! propagees a
travers tant de siecles pour arriver jusqu'a nous
aussi vivaces que jan'lai8, en' ill-pit des lumieres
regelleral~·i.ces ?u X1Xf sie~le.,. "i'. ,
Comment donc exphquer lacause pnnclpale
d'un,e persistance aus~i ten ace chez les peu-
ples, meme Les plus civilises? La cause de celte
malhellreilse propagation. est pourtant Le fait, it
n'y a pas a en donter, d'hommes qui se vantent
d'etre dans la voie <iu progres, et qui, connais-
sant tous Les rouages de ['ambition et de La cre-
dulite hurnaines, repandent chaque ann~e., en
Europe, des milliers d'exemplaires de ces !ivres
mensoogers au milieu des classes laborieutl6,s,
6t cela dans I'unique but de faire uoe sptiCI1--
lation lucrative, au grand detriment ,de la v.e,-
rite, du bonheur de la sooiete et de tout :senti-
ment honnete qui distingne Ie veritable chretien
el Ie bon choyeo.
Par exell.ple, la France,-elle n'est pas J.a
seule, mais, comme elle ",e trouve Ii la tete de
la civilisation la plus avaneee, nous la uitons
de prHerence,-compte pour beaucoup dans la
propagation de. ces reveries allsul'des, puisqu'on
y vend encQre, chaque annee, anx habitants
des campagnes des milliersd'exemplaires du
Grand-dlbert. Dans presque tousles pays de
I' Ancien-Monde, en Anglelerre, en Eeosse, en
Allemagne et aillenrs, on y imprime et on y
vend encore tous les jours de .ces !lortes de
livrb ..
Apres cela, II ne laut plns,s'etonner Sl nous
trouvons encore en .grande voglUl'cliez .nous, les.
faus~e8 croyances qui faisaient, ,daDs: Les temps
anciens, l'apanage des peuples devoyils; car il
est une chose certaine, c'est qu'aussi longtemp"
qu'i1 se trouvera de:! hommes a l'cspl'it assez
PETIT-ALBERT. 57
petvers pour exploiter la curiosite toujours si
avide et .l'ignorance d'nne partie du genre hu-
main, par l'appat seduisant de la reproduction
de ces livres, qui promettent tant de merveilles
irrealisables, de meme aussi i1 se trouvera tou-
joms.des ,'sprits assez credules pour eroire aux
fecrets 1Iterveille!t3; que renferment ces Ii vres, et
qui ne manqueront pas de les acheter ehaque
fois que l'occasion s'en presentel'a, au risque
Ill.eme d'en faire souffrir leurs familles.
L'Eglise n'a cesse de s'tdever contre ces livres
et Elle a fait tout ce qui btait en son pouvoir
pour extirper les fausses croyances que ces ou-
vrages ont semees chez tous les peuples chre-
tiens. Comme catholique, nous l'applaudis-
sons de tout notre camr d'avoir ainsi sans cesse
oppose la verite chretienne aux erreurs po-
pulaires enfantees par la cupidite et l'esprit
du mal. Cependant, il faut bien Ie dire, l'Eglise
n'a pu atteindre la source de cette plaie hideuse
de la societe, c'esHl-dire qU'elle n'a pu, malgre
sa vigilance, empecher la reproduction de ces
livres dangereux. A.ussi, nous sommes ferme-
ment convaincu, que c'est a cela que ceUe fa-
tale aberration du genre humain doit de s'etre
perpetuee jusqu'a nos jours.
A ce mal, puisqu'il existe, nous croyons que
Ie specifique semit de publier des cOlltre-Petit-
Albert, Gmn'l-Albe·rt, Grillloires, etc., etc., afin
de devoiler toutes II's absurdites que renferment
ces livres si recherches, et qui faussent si gra-
vement l'esprit des gens par trop credules.
Nous ne voulons pas dire que l'ouvrage que
nous publions atteindl'a ce noble hut; car, par
lui, nous n'avons voulu qu'att~rer l'attention de
nos bons ecrivains, et les engager a traiter dans
toute son etendue Ie sujet important qne nous
efHeurons aujourd'hui d'une maniere si impar-
~*
58 LE VERITABLE
faite. Mais en attendant que d'an/res, plus Ila-
biles que nous a combattre les erreurs popu-
laires, s'cngagent dans la voie que nons par-
courons avec une certaine inquietude, quant an
succes, nous poursuivrons l'amvre que nous
avons commencee dans l'unique but de servir
Ia cause des classes laborieuses des villes et
des campagnes.
Nous passerons maintenant des tresors ephe-
meres aux tresors veri tables que peuvent ac-
querir les classes ouvrieres.
IiTIT-A.LURT. 59
LIVUE TUOISIEME
AUK claeses ouvrieres. - Etre riche I La. Cigale- et.lp.
Fourmi.-Posseder des richesses.-La perseverance.
- Le desir et la volont.;. - VouloiT c'est.pouvQU:.
- Secret pour acqnerir uu tr6,oc. - Le tableau des
economies. - Les Caisses ou Banques d'Eparsu.e.
- Sociews de secours mutuels et de protection, o~c
ganisees dans chaque corps de metier; des boDs·
et des mauvais rapports entre les maitres et les ou-
vriers; la construction navale et les Cbarperitiers,
a Quebec; Ie moyen d'ameliorer la condition soelale
des classes ouvricres.
CHAPITRE J.
Au Classes Ouvrieres.
II Calni qui pouvait nom mer se8 an-
e8trea depuis s& mere jusqu'll, Dian i
celui qui 6tait avant Abraham, .JeSUI,
notre ~~gn~ur, 0. voulu nattre ouvrier
at se 'fa.ire charpentier, afin d'etre
:~C:,,;~ l~rho~::. f,lu. humble. de.
N ous eprouvons en ee moment une bien douce
satisfaction a la seule pen see de eontribuer, dans
une eertaine mesure, a I'am{dioration des c1a,ses
ouvrieres, au point de vue de leur bien-~tre
materiel, et eela en leur proposant de mettre en
prl\tique tes moyens que nous .llons leW" sug-
gerer a eet effet.
N ous aeons esperer qu'eHes nous sauroot gre
de nos bonnes intentions, quand bien ~~me
60 LE 'VtRITABLI
nous ne pOUl'rions atteindre efficacement ce noble
001; car, nous I'avouons avec francbise,-nou8
sommes loin de posseder les connaissances re-
quises pour traiter a fond un sujet de celie
j~portance.~ajeure,. ';1 Fi les .. (j'1e!ques consi-
derations qUI vont SUI vre rencontrUJent l'appro-
bation d'un certain nombre d'ouvriers, notre but
serait doublemcnt atteillt et notre allente plus
que satisfaite.
On dil'a peut-etre que nous n'inventons lien;
que nous ne faisons que repeter une verite aussi
ancienne que Ie monde; qu'on savait toutes ces
choses bien avant nous; soit, nous I'admettons
de suite; mais en meme temps nous dirons
que s'it y a des verites qui ne sont pas tou-
jours bonnes a dire on ne pourra contester
I'efficacite de repeter sans cesse, dans tow,;
les temps et sous toutes les formes possibles,
celie grande verite de I'economie domestique;
car c'est en s'impreignant d'elle fortement et
en la mettant en pratique que les classes ou-
vrieres pourront obtenir un ~urcrolt d'aisance
qui les rendra plus ou moins heureuses au
milieu de leurs rudes et penibles travaux.
CHAPITRE II.
Etre l'iche ! La Cigale et la Fourmi.
" Regier sa. depenseosur SOD ~,eDU,
c'est 8llgess8; depenser tout BOD re-
venu,. c'est imprudence j depeueer plul
que 80n rev8nu, c'eat folie. H.
I! 11 est heureux d'atro fiehe j maia
tort peu de riches sont heureux."
Etre riche! tel est l'ardent desir de presque
tous les hommes.
-Ah ! si j'etais riche, je serais heureux ! dit
souvent l'homme ..
PETIT-UDERY. 61
Eh bien! 'sivousvoulez Petre raisonnable-
ment, vous Ie ponvez sans aucun 'doute; car
nous entendons par 'etre fiche raisonnabJement,
celui qui peut vivre dans une cerlaine ai~ance,
selon son etat, sans etre oblige de s'endetter,
et dont les uepenses journalieres ne depassent
jamais ses revenus. Ainsi, pour eire a la fois
riche et heureux it faut n'avoir jamais de dettes:
ne rien devoir equivaut a la richesse.
Partant de ce principe, l'homme se convain-
cra bicntOt de lanecessite qu'it y a, pour lui
et sa famille, de s'assurer, contre les mauvais
jours de, ,l'avenir, d'une certaine somme d'ai-
sance !it de 'bonheur, en faisant de!! economies
pendant qu'il en est encore capable.' ,\
,Nous lui proposons, comme modele, la sage
prevoyance .de la Fourmi, ce petit insecte que
Ie bon Lafontaine a dorine pour exempJe au
genre humain, dans la premiere de ses Fables.
Dans cette fable, que nous reproduis.ons cj-
dessous, on verra aussi, dans Ja Cigale, l'his-
toire de tous Jes hommes qui vivent sans pre-
voyance, sans S'oecQper ,du lendemain et qui
n'amassent rieri' pour faire face aux jours cri-
t!que~ que 1'on rencontrc si souvent durant la
vie. La voici; qu'on la medite bien, car eUe
est pleine d'enseignements :
La Oigtille et la Fourm):,
La cig!lle, :tyant chltnts
, Tout rete,
Se tI'ouva fort depourvue
Quandla bise fut venue:
'Pas un .senl petit morceau
De mouche ou de vermisseau I
Elle alia orier famine
Chez la fourmi sa voisine,
La priant de lui preter
62 LE VERITABLE
Quelque grain pour 8ubsister
JutKJ.u'a.la aaison nouvelle:
Je vous pairai, lui liit-elle,
Avant l'oilt, foi d'animal,
Interet ~t principal. .
La fourD;li n' est pas prete use ;
C' est I", son moindre defaut :
Que faisiez-vous au temps chaud ?
Dit-elle a cette emprunteuse.-
Nuit et jour a tout venant .
Je chantais, ne vons deplaise.-
v ous chan tiez ! j' en Buis fort aise.
He bien! dansez maintel1ant.
Plusieurs, sans doute, se reconnaitront dans
Ia Fourmi; mais aussi comhien ne se reconnai-
tront-ils pas dans la Cigale ? Et s'i! nous fallait
executer la danse de cette malheureuse cigal,e
i! y aura it de quoi donner un bien grand ba t
d'affames!
CHAPITRE III.
PossMer des Richesses.
"HeurEluse In. f~Dlille qui nfa POol
trop de richesse, at qui ne souffre pas
de 1s. pauvret6."
II Pierre qui roule 'a'.tause PD.S da
mOQsse."
La soif de l'or estlellement violente chez la
plupart des hommes, que la seule perspective
de posseder un tresor suffit g€meralement pour
les engager it. tou t quitter: patrie, families, arnie,
et leur faire braver toutes sortes de dangers.
Cependant, on peut acquerir des richesses
avec beaucoup pIu!! de certitude sans s'eloigner
pour cela de sa patrie et sans conrir aucuns pe-
rils. V oyons comment:
-Mais je voudrais posseder un certain capi-
PETIT-ALBERT. 63
tal, un petit tresor, enfin, dit encore .l'homme,
pour me mettre a l'abri des mauvais jours, ame-
nes soit par Ie manque de travail, soit par la
maladie.
-Tres·biell, et vous avez doublement raison ;
de plus vous Ie pouvez encore. Mais, pour
cela, it vous faut faire d'abord Ie sacri1ice de
toute depense inutile ou frivole; puis econo.
miser sur vos gages de chaque jour, une petite
somme, ne serait-ce qu 'un sou; que vous placerez
en reserve; et, lIJuand vous aurez ainsi, durant
quelques annees, accumule economie sur eco-
nomie, vous vous trouverf'Z possesseur d'un
joti petit capital. Alors vous serez riche an.
dela de vos besoins journaliers, et vous aurez Ie
commencement d'un tresor qui ne pourraque
s'accroifre de jour en jour.
Lorsqu'un ouvrier est possesseur d'un ca-
pital, si petit qu'il :wit, il participe de ce mo-
ment meme a lous les bienfuits de l'ordre so-
cial. .. Une premier" economie, dit un auteur,
encourage a des economies nouvelles; ces pla-
cements Ie rassurent (l'ouvtier) contre les infir-
mites de la vieilIesse, eontre les accidents de Ia
vie et contre les cbanC':es d'un travail qui n'es!
pas, dans tous les temps, egalement retribue."
Au contraire, " l'ouvrier qui n'epargne pas
est sans excuse de necessite, sans prevoyance
de la maladie et de la vieillesse, sallS tendresse
pour sa famille, sans pitie pour lui-meme."
CHAPITRE IV.
La Peraeverance.
II Petit I. petit, l'oiseau fait son Did."
- C'est vrai ! et je comprends parfaitement
bien tout cela,-dit encore notre homme ;~mais
64 LIl VER1TADLE
je voudrais, ajoute-t-il, devenir riche immedia.i
tement; c'est trop long d'allendre ainsi des an-
nees, et il faut trop de perseverance pour faire
ces economies.
C'est pourtant la 8eule voie qui reste ouverte
aux classes ouvrieres, et c'est en 1a suivarit
qil'elles peuvent parvenir Ie plus suremeD! a
I'aisance et au bonheur. Au reste, tout cequi
nous entoure dans la nature nous en donne une
preuve chaque jour.
Par exemple, I'oiseau, cette 0harrnante et frele
creature, n'est-ce pas loujour~ petit a petit qu'i!
fait son nid, pour y elever sa petite famille ailee
et la mettre a l'abri de l'intemperiedes sai-
sons?
L'enfant au berceau n'a-t-il pas mille et une
vicissitudes a essuyer a van I que de devenir
homme?
Les grandes villps qui etonnent Ie plus les
peuples par leurs richesses et leurs merveilles;
D'ont-elles pas commence d'abord par la cons-
truction d'une ou de quelques habitations de la
plus panvre apparence, elevees dans Ie temps
au milieu d'une fore I ou d'un de:;!ert? Ce-
pendant qupl progres et quelle per8everance
dans Ie developpement de cos grandes villes !
La terre!· n'a-t-elle pas toujours suivi la
meme marche que Dieu lui illlflrirua apres l'a-
voir creee? Et les annees, le~ saisolls; lfls jours
et les nuits? Quelle admirable regularitl; dans
('et enchainement perpetuel de la nature! QueUe
perseverance!
Et de dire que l'homme ~t11l1, Ie chef-d'reuvre
de la creation, voudrait se soustraire aux lois
divines et naturel/es qui regi~sent si bien tout
ce qui se meut autour de nous!...... Erreur
fatale! oui !. fatale popr un grand nombre d'hom-
mell ••••••
rETIT-ALBERT. 65
CHAPlTRE-V
.L.e. J}~8ir Ilt' la. Volllnt~.
" II n', II. que ie premier pas qui
coute. "
Beaucoup de desir, et peu de volonte. Or,
pour faire des eco'pomies~! .acquerir un tresor,
iI ne suffit pas de Ie desirer; plus que cela,
il faut Ie v0'1wirtmergiquemeut; et, comme
dit Ie proverbe: " 11 n'y a que Ie premier pas
qui cottle.') . ' ,
Entre desirer une chose et la vouloir acque-
rir,- il y aloute la difference du jour a la nuit.
On pcut desirer beaucoup de choses et ne
jamais les obtenir. Pourq'loi? -parce quI' gene-
ralement i'homme se .borne ales desirer, et
qu'il n'adopte aucun moyen pour les accomplir :
c'cllt-a-dire qu'i1 n'en a pas la volonte. .
Voila la veritable cause qui empilche la plu-
part. des h<'mmes, parmi le~ classes ouvrieres,
d:"acquerir, si non destre:mls, au moins l'ai~
sance et.lebonbeur au >lein de leurs families.
d)our. demontrer la sup{;~iorite de la"voionte
sur Ie desir, nous fel'Ons la comparaison sui-
vante, tonte vulgahe qu'elle 'puisse etre.:
• SUpPMons par exemple un jeune homme qui,
brQlant du desir de se.marier, ne ferait aucune
demarche pour realiser seOl VCllUX, at meme
fuirait toojours la presence du beau sexe. Evi-
demment, dirait"on avec raison,ce jeune homme
vieillira et mourra eeJibataire, car avec tout son
desir, il manque totalement de V'olonte.
·~d;ppelons - nous donc toujours qu'en toute
choselO1'8q!le Ie .desir n'est pas aecompagne,
cbaque fois, d'ilne volonte e-nergique, il n'est
66 LE VtRITABLE
plus alors qu'une lellre morte, un mot vide de
sens, et l'on peut ~tre fermement convaincu que
tous ceux qui soupirent apres des richesses, sans
prendre les moyt'l1s de les obtenir, n'en ont que
Ie desir et jamais la volonte; elles se conten-
tent, comme on Ie dii d'ordinmre, de batir des
chateaux en Espagne ••••••
eRAPITRE VI.
Vouloir c'est PouvoiJ
Vouloir c'est pou.voir! C't'st la un principe
admis pour tout, ceo qui est rais.onnable et. Jen
harmonie avec Jes doctrines que nous enseigl1fl
notre sainte religion.
Cependant, beaucoup disent :-" C'est im-
possible, je ne. puis faiIe des economies."-
C'est impossible, qnand on ne veut jamais faire
quelque sacrifice de ses desirs desordonnes, et
nous en savons malheureusement quelque chose
par notre pwpre experience.; mais cela devient
possible, meme facile,.du moment que ron s'abs-
tient de faire toute depense inutile on frivole, et
qu'on nc se donne que, bien juste Ie slrictene-
cessaire.
Alors, seulement, on pourra, en Ie vou;lant
serieusement, acquel'ir un tresor plus ou moins
considerable, selon qu'on aura economise.cha-
que jour, en. prenant sur lesb{meiices, pen
ou beancoup, en proportion de ce que Pon
gagne. L'oUl'rier, meme Ie moins retribue,
pellt ·aisement mettre de cote un.. cinq ou dix
centins par jour; et,.a.la fin de l'annee, on de
plnsieurs anoees, it se trouvera possesseur
d~nne somme a8sez .ronde qui apportera l'ai-
sance ausein de sa famille. Que c1laque ou-
PETIT-ALBERT. 67
vr!er Ie v~ui1le donc serieusement et Hie pourra
tres-c{,11amement.
CHAPITRE VII.
Secret pour acqutlrir un Tresor.
Pour entrer dans Ie chemin de )'"
fortuDe it faut'1 apporter Ie tra.va.il
et l'ecoDomie.
P~ur acqu{rir et p03seder un tresor nOllS pro-
poserons ici aux classes ouvrieres un moyen
que nous voulons faire connaitre dans toute son
etendue, convaincu d'avance que tous ceux
qui Ie mettront. en pratiqile nous sauront gre de
Ie leur avoir indique, vu qu'ils se trouverOlit
bientot riehes, sans meme 's'en douler.
Ce moyen, au plutot ce secret infaillible pour
acquel'ir un tresor, en usan! d'un ppu d'eco-
nomie, est aussi facile qu'il est efficace; il
suffit, pour I'employer, de choisir dans 16 -tableau
suivanl la somme ou Ie petit tresor que I'on
veut posseder au bout d'une au de plusieurs
annecs ; et gurtout d'etre REG{) LIER a de-
pose.r chaque jour ou a la fin de chaque se-
maine, Ie nombre de centins qu'on aura decide
d'epargner.
Alors on se persuadera que, pour decou vrir un
tresor, ce moyen vauI, a lui seul, plus que tous
les Grand et Petil-Albert, les Grimuin's at Ie
DmfJon-Roug·e., et enfin tons les livres clu meme
genre, qui promettent monls et merveilles, mais
n'ont jamais ete d'aucnne utilite.
Dans Ie Tableau snivant nons avonscru de-
voir adoptcr de preference Ie nouveau conr~
monetairc plutot que I'ancien. Le lecteur qui
ne serai-t pas encore familier avec celle ·uurniere
a
de compter tronvera la fin dn volume nne me-
thode simple et facile, pour s'en rendre oompte.
I
'~n P)~aflll On aura On aura On aura On aura On aura On aura On aura rng~
-... <:>
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par en en en en en en en ~a~
jour. - 1 an. 6 an .. 10 aDS. IS aIlS. 20 ans. 2S ans. 30 anB. s,,:::., '='
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438 00
492 75
584 00
657 00
730 00
821 25
876
985
00
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821 25 1095 00 I 1368· 75
730 00 1095 00 _ 1460 00 1825 00
1314
1642
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I 40"
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146
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00
547 50 11095
00 ll642 50 219000 21117 50
730 fiO 1460 _ 00 ~2190. 00 2920 00" 3050~ 00
3285
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PETIT -ALBERT. 69
CHAPITRE VIII.
Les Caisses on Banqnes d'Epargne.
"ene ca.isse d'epargne est une
imtitution eS5entiellement anti-ri.
'Dolutionnaire. IJ
Maintenant, si l'ouvrier ajoute l'interet que
lui'rapporteront sea economies deposees dans
une caisse ou banque d'epargne offrant, bien pn-
tenull, tOlltes les garanties d'une bonne admi-
nistration (t), it verra Hon petit capital grossir
encore bien plus vite t car l'argent place a in-
teret fait des petits, dit Franklin, c'est-a-dire que
l'argent engendre l'argent.
Par exemple, toute somme d'argent, deposee
dInts une Banque d'Epargne n'olfrant meme que
5 pollr toO, ~e double a peu pres 10u,~ les seize
aIis,sell}ement par'les'interiHs : d'un petit capi-
tal de vingt-cinq piastres, on en obtiendra ein-
quante au bout da'16 ans; et ainsi de suite.
Aussi l'importan~'>, d'nne caissed't-pargne est
incitlcl,:llable pour les classes ouvrieres. Comme
Ie dit Cormenin,' cet~e institution "permet 11
l'ouvrier de deveni'r maitre Ull jour, en aclietant,
avec ses petits capitaux amasses, un fonds de
boutique acbalande, ou:de faire les frais et aebats
(l) Nalls ne pouvons nous empecher ici de deplorer 3merement,
-8ans vouloir'blltmer pcraonne !ndividuellement,-la. maJheureuse
chute de' 1& ~. Caisse d' Economie de ~aint-L(oeh, JJ qUi a, par sa
mauVll,iss. admini,stration, porte une profonde at gra.ve atteints ~u
credit do tOutes ces institution's en cette ville. Mais hatons ..nous de
dire que 1& H Caisli:e d' J!:eonomie Notr~·Dame" et III. It Han que de
Prevoyance ~~ d' Epargno de Quebec," soot he~reQsement h\. pour
nous prouvor touto l'efficaeite et, toute l'importance de C8S Institu.·
tiOD!!!, qui,-comma l'a tlit Eli justenient un auteur,-Bont anti rt"o·
lutio1Lnaj.r~8, surtou.t qlu\gd elles Boot dirig6es par des hammas
auasi integros que catU que nous vayoos A 10. tete de nos deux Cais8es
d'Beonomie actuelles, iesql1ela ant juEttement droit a l'bstime et 1\
la. ,oonfianoe des CitoY8D6 de ijuebec.
70 LE VERITABLE
d'un premier etablissemenl, ou de consacrer
plus lard, s'it est actif, ingenieux, entre pre-
nant, a quelque entreprise plus ~ructue?,se que
Ie gain retreci d'une manualite Journahere, des
capitaux qui, epargnes, ne suffiraient pas II
cela."
" La frugalite, la prevoyance, l'esprit d'or-
dre, a dit un autre auteur, telles sont les qua-
lites dont les caisses d'epargne leront bientot
conlracter l'habitude II l'ounier. Longtemps
courbe sous Ie poids de l'infortune, son arne se
releve; iI commence II s'estimer avec justice;
puisqu'i1 tient ce qu'i1 possede du travail et de
la sagesse. Ses mceurs s'ameliorent, son carac-
ters s'adoucit, son interieur est plus calme, sa
famille plus affectionnee ct plus heureut'e; en
devenant proprietaire, il devient un membre
pluil. actif de la societe; i1possede, il a intfmH
de conserver; il goute les bienfait .. de l'ordre
general, iI s'y affectionne et iI en sent la ntces-
site. "
Profonde et admirable verite; aussi les cia!!-.
ses ouvrieres ne devraient jamais la perdre· de
vue, car c'est la Ie veritable moyen que l'o\tvrier
doil adopter et mettre en pratique, s'il vellt se
mettre lui et sa famille a l'abti des infortunl's
ou des infirmites, amenee8 inevitablement par
un age avance. Alors il verra sa carriere ee
terminer avec beaucoup moins d'amertume,
parce que ses economies constantes du passe
lui permettront de finir ses jours, apres un
rude labeur, au sein de sa famille bien-aimee,
qui lui prodiguera ses soins emprt'sses, sans
avoir la douleur, toujours bien amere a ce mo-
ment supreme, soit de recourir it l'assistance
de personnes amies ou bien etrangeres, ou en.
core d'aller mourir a l'hopital. Aussi cet heu-
reux ouvrier emportera avec lui, au-dela du
PETIT-ALBERT. 71
tombeau, la bien douce consolation qu'il lai!lse
it ses enfants cheris et it sa famille Ie bel exem-
pIe de l'economie, accompagnee de quelques-
uns de ses bons fruits!
CHAPITRE IX.
Soci6t6s de Secour. mutuels et de Protection,
dans chaque Corps de M6tier.
" La. bjenfaisa.nce est Ie bvoheor
do 180 vertu j it n'y en a point de
plua grand sur la torre."
" II raut ~tre utile anx hommC8'
pour etra grand d.a.ns l'opiniou dee
hommes,"
L'efficacite des societes de bienfaisance et de
protection comme corps est un sujet de la plus
haute importance, pour toutes les classes ou-
meres, lant sous Ie rapport des secours mutuels
qu'eUes peuvent en retirer, que sous celui de la
protection et de l'avanr.emcnt de leurs metiers
rf'!spectifs, et cela pour Ie plus grand avantage
des maitres ou entrepreneurs en general que tim;
ouvriers en partieulier.
Des boIlS et des maut'tlis rapports entre les
Jlailres et les Ouvriers.
En consultant l'histoire de la vie sociale des
peuplescivilises de tous les temps, on reCOD-
Datlra facilement que c'est toujours des bons
rapports et de la bonne intelligence qui existent
entre Ie mattre et I'ouvrier que decoulent inva-
riablement Ie progres des differents corps de
m~Iier, ainsi que Ie bien-eIre moral et mate-
riel donI jooissent Pun et I'autre.
De fail, quand cel etat de chose existe, c'est
qu'il y a reciprooitti de sympathie entre cux, et
72 LE vtRIT!BLE
que l'ouvrier re<;oit uue juste et equitable. retri·
butiou de son travail quotidien, tout en lalssant
au lIlaitre un profit digne de la pOMilion supe-
rieure qu'il occupe.
Mais, au contraire, quand il y a mesintelli·
gence sur celie grave question entre Je maitre
et I'ouvrier, il arrive sou vent qll'une luue ine-
gale s'engage ent~e eux. L'ouvrier se met en
greve, et on Ie voit parfois triomphersur
les empietements injustes de son 'patron et. Ie
forcer a capituler tout a son avantage. Dans
Ie moment, tout est bien pour Ie vainqueur j
mais iI n'a pas compte sur It·s mauvais jours a
venir: une medaille a toujours son revers.
Alors arrive un autre ordre de choses ; l'ouvrier
..e voit tout-a.ooup oblige de subir a son tour
la condition du vaineu;, et scm maitre, ueant
de represailles, lui fail payer bien, cher et bien
ameremenl son triompbe, epheme~e. Voila ce-
pendantce qui arrive ,·generalement clans de
semblables cas.
Au nom du simple QOo. sens, nou," demandons
a quoi servent ces scene!! de <Iesordre, oon-
nueB sous Ie nom de greve? L'ex-perience no~
fournit trop d'exemples pour hhiter un seul
instant a proclamer hautement que ces lulles de-
plorables toument 'invariablement, contre l'ou-
vrier, et que celui-et finit ·toujditrs par suc-
comber IQrsqu'il n'a pi u.s de pain a donner a :sa
famille qui en demande a grands '.:ri8 ••••
Que faire done, dira-t-on, dans de pareiiIell
circonslances ? ,'
A ceUe question, t(lute grosse d'inquietudes,
nO!Js repondons: L'ouvrier doit s'appljquer
d'abord, par tous les moyens equitable~ a Caire
disparaitre cetle mesintelligence, ces mauvais
rapports, quand iI en existe entre lui et son
patron; puis travailler ardemment a agrandir
I'ET1T-UBERT, 13
ia Bphere dc ses connaissances dans I'art ou Ie
metier qu'il cxerce ; de se livrer aussi, durant
ses heme ... de loisir, 11 I'etude de choses propres
11 ameliorer sa conditioll sociele.
a
Mais pour obtenir un pareil resultat l'avan-
tage du plus ?,rand nombre, parmi les classes
ouvrieres, it n existe qu'un moyen, etce moyen,
c'est l'esprit d'as.50ciation. Aussi, la {ormation
et l'existence de bonnes societt~8 de secours
mutuels ct de protection comme corps,-dont Ie
but senJ.it aussi de stimuler la fraternite parmi
les ouvriers, de leur mcltre devant les yeux
l'iclee morale et I'idee economique, de leur
faire comprendre les d"Yoirs d'un peuple ap-
pele a vivre au milieu de race~ diiferentes et
de leur faire voir la necessite· pour £lUX d'etre
toujours unis et de ne jamai~ se divisl'T,-ces
societes, disons-nous, ain~i constituee~, peuvent
senles relever la dignite des arts £It metiers en
Canada, ct amc'liorer ellieacement la condition
social£l des classes on vrieres.
C'est h\ la seule planche de salut qui reste aux
ollvriers s'ils veulent entretenir de bons rapports
avec leurs patrons, et s'ils tiennent a se secourir
mutuellement et 11 se proteger com me corps,
contre la fatale concurrencc qui se pratique entre
les maitres: concurrence qui tourue toujours all
desavantage des nns et des autres.
De pi u~, ces societes auraient aussi pour eifel,
sinon d'arreter, au moins d'amoindrir l'envahis-
sement des villes par un si grand nombre de per-
sonnes qui desertent Ie,; campagnes pour venit
travaitler a viis prix a des metiers qu'ils n'ont
pom la plupart jamais appl'i8, et forcer par ]a Ie
!:Ion ouvrier des eites a aller chercher en pays
etl'alJUers une retribution pins raisonnable de
I'On lJ~vail, sa patrie la lui refusant.
D
74 LE VERITABLE
La Construction de, Nat'ires IJt iell Charpentier,.
a Qufbec.
Nons citeronl'l ici, comme preuve de ce qne
DOUS avaDqon~, la cla~8e nombrcuse des char-
pentier" de navire de Quebec, qui ~'est vue re-
dnite depuis plusieurs annh's.1 s'expatrier par
centaine;>, fante de construction ou de gages as-
l!ez elevt'i'I pour ~nbveDir aux be,;oin!! Ie>! plus
pressants de leurs families.
La veritable cause de ce tri"te elat de chose,
- et nous ne croyons pas nOllO' tromper, - ce
fut Ie resultat d'une lrop grande ambition de
la part de quelques maltres-coDl~tructeur~, on
plutot de quelques speculateurs ignorant com-
pletement l'art du charpentier de navirP, mais
qui tentimmt neanmoins de reali~er d'enorme!<
fortunes, durant les annees extraordinaires de
1854 a 1856, epoque 011 lee navires 8e vendaient
a
en Angleterre des prix presque fabuleux.
Mais, qu'arriva-t-il? c'ei'lt que la plupart des
navires, construits par ees speculateurs qui
s'etaient jete!! tete baissee dans eeUe grande
entreprise, furent presque tous condamnes, une
fois rend us a Londres, comme etant de tre~
mauvaise construction, tant sous Ie rapport de
la mauvaise qualite de leur bois, que lSOUS celui
de leur peu de solidite : ees batiments n'ayant
pu traverser l'Ocean une premiere fois sans avoir
e1e considerablement pndommages.
De la, depreciation complete a Londres de la
grande renommee que s'etait acquise la cite de
Quebec pour ses cbantiprs de construction de
premier ordre, ·puis, refus de la part des mar-
cbands de Londres d'acheter les navires sortis
de n<?s chantip.r~ canadiens. La consequence fut.
la rume de plusleurs maitres-con~tructcurs, qu'il
n'y eut presque plus de construction dans nos
I'ETIT-ALBEl\T. 75
cha~tiers, que la misere devint generale parmi
la 'nomhreuse classe des cbarpentiers, dont un
grand npOlQre fut contraint d'emigrer.
D'un autre cbte~ I'inqualifiable fr(mesie de
ces : li:peculateurs de faire construire leuTI! na-
vires. sipromptement, m~me sans SOiM,. pour
realiser plus vite des profits considerables, fut ·Ia
cause qU,'/lll grand nombre de gens des campa-.
gn8.\l ~nvahirent nps chantioers, attires a la ville
par l'appat seduisant des gages eleves que 1M.
cl!l~ses ouvrieres, surtout celle des oharpe)ltiers,
gagnaient alors; ce qui amena de suite une
reaction de favorable dans lesprix de la main-
d'muvre. Ajoutez acela, comme nous venons
de Ie ({ire, la plupar.. des navires condamnes a
LOlldrc5 comme elant mal construits; la de-
preciation en Europe de nos chantiers de coIJ.s.
tru;ction navale; la ruine de plusieurs de nos
maitres constructeurs; presque plus de construc-
tion depuis, cette peri ode, et vous aurez l'expli-
cation de la chute de cette importante industrie
a Quebec et du grand nombre de charpentiers
sans travaux.
Voila la triste et deplorable oondition, a la-
quelle se trouvent reduits, dcpuis plusieurs
annees, ... les charpentiers de navire a Quebec.
Cependant, rien np se fait pour operer un chan-
gement en favellr de I'importante cause de la
construction navale en Canada.
Ne devrait-il pas ~tre pris des mesures pour
relever lao grande rt;.nompI.e.e doptjouissajent na-
guere en Europe nos. chantiers de c.onstructi?n,
et leur donner toute la v;igueur des temps passes?
Par exemple, ne serait-ilpas a pl'oposque
notre legis~ature ,nommat un inspecteur de:la
construction navale, surtout a Quebec, pour veil-
ler a ce qu'eUe so it faite autant. que possible
sanll r~proches? 11 est bien ,Vl'lli que no us avons
76 LE VEnITABL£
a
deja Qt1ebec, depuis quelques annGes, un ins-
pecteur nomme it cet eltet par de grands capi-
talistes de Londres; mai~ celte ~l1rveillance,
nOllS Ie disons d'apre~ des autorites irrefutabIes,
11'e8t pas encore suffisante pour ret'lblir en Eu-
rope la reputation de nos chantiers de construc-
tion, et Ia raison en est bien simple, c'e~t qu'eHe
se trouve sous Ie controle d'hommes nullement
intere~s(~, it la prosperit€' de notre pays. Celte
surveillance, au reste, ne S't'tend pa~ au·dela
d'une assurance des capitaux places par Ies in-
teres;.t-s, dans cette industrie.
A ce sujet, nous nous bornons a attirer Patten-
tion de notre gouvernement sur ce qu'il pour-
rait faire en faveur de celte importante induB~
lrie pour Ie Canada en general et pour Quebec
en. particulier.
Si nous mention nons ici particulierement la
classe des eharpentiers de navire, c'est que
.celle-ci se trouve, par son grand nombre, plus
frappee et plus maltraitee que les autres, quoique
celles·ci Boufirent aussi beaucoup sous ie rap-
port des gages et sous celui du peu de protection
dont elles sont entouree, pour exercer avec avan-
tage et satisfaction leurs differents mGtiers.
Le moyen que les Ouvriers do/vent adopter pour
arne/iorer leur condition.
Pour obvier it l'entrainement des differents
corps de metier vers une decadence plus com-
plete, nous ne voyons pas de moyen plus cf-
ficace, nous Ie repeton~ encore, que celui des
societes de sec ours mutuels et de protection
comme corps, bien organisees dans chaque
corps de metier respeclif, l'olDposees d'h,lm-
mes ayant sincerement a cceur I'avaneernent ct
PETIT-ALBERT. 77
Ie progres des arts et metiers, et dont Ie but 88-
rait aussi d'arriver it. une entente cordiale entre
les llIaltres et les ou vriers, afin de reglee et
dldinir,-a\ltant que possible it. l'av:lntage, de,
toua,-la question des gages ainsi que celie de
l'appreutissage it. faire pour exercer,un metier.
quelconque au sein de chaque ville. lYun autfe
cOte, .ces societes, ayant poue base invariable la
bie!1faisance, seraient aussi un baume des plus
salutaiee ·pour cbacun de leurs membres qui
serait frappe d'une maladie plu3 ou illoins
grave.
C'est dans un de ces moments critiques, el it.
Ia fois douloureux, qu'il devient consolant pour
un malade de se voir enloure de la sympathie
d\l tous ses confreres, accompag,lilee en me me
temps d'un secours legitime, et non pas de l'au-
mone, pouvant I'aider it. subvenir aux besoins II'S
plus pressants de sa famille. Ce seul motif de,
vrait me me engager de !luite toutes les classes
ouvrieres it. organiser au milieu d'elles des 80-
cieles de ce genre.
Comme bon nombre de pecsonncs pourraient
mettre en doute Ie succes, meme la possibilite.,
de fondee ces societes dans chaque corps de
me,tier, nous donnerons pour exemplI' Ia So-
ciete T!Jpograp/tique de Quebec, composee exclu~.
sivement de typographes, et dont Ie but est it. la
fois philanthropiqup., Iitteraire et de protection.
Cette societe compte auJourd'hqi, apIeS seu-
Iement ..ix annees d'eltistenoe" les plus beaux
Jesultats qu'it soit possible de d~sirer: ayant. it.
~a disposition, outre son fonds de secours, un
<liabinet de Lecture oil la plupart des journa,ux
d~ la Province sont relfus chaque jour; aussi1
nIle magnifique Bibliotheque" reunissant pres
de . mille volumes dus en grande partie it. la ge-
netpsite de plusieurs citoyells de Quebec el de
78 LE vtRITAIlLE
Montrea I, parmi lesquels des membres dn clerge
c{)mpten,~ pour nne bonne part.
Cependant cette societe a eu de bien mauvais
jours 11 tr;lVer:;:er, et de Tudes l'preuves 11 snbir;
mais cela. ne I'a pas arrelee dans t'a marche
progressive, et elle est aujourd'hui plus floris-
sante que jamais.
Est-ce que I'existence de ces societes serait
impussible parmi les autres corps de metier,
lorsqu'eJle est possible pour les Typographes ?
Est-ce qu'il ne se trouve pas autant d'intelli-
gence et d'l'flprit de corps parmi les premiers
que chez les autres? Oui ! egalement; nOUf>
sommes tous doue~ d'intelligence, possedant a
peu pres la rneme education, acquise dans nos>
ecoles communes, et nous sornmes tons, sars:
distinction, des onvriers.
Or, ce qui se fait com me societe parmi lese
Typographes peut se faire egalement parmi Ic8'
Charpentiers de navire, les Mennisiers, Ilts
Menbliers, les TaiJlenrs de pierre, les Maqolls,
les Charrons, les Forgerons, les Peintres en
biltiment, les Cordonniers, entin, par tous les
autres corps de metier.
Tout Ie secret pour fonder et faire reul;lsir ces
societes consiste, d'abord, dans la bonne volonte
de~ ouvrins en general, puis dans Ie devouement
et l'aetivite de quelques hommes seulemel1t,
qui se rnettent a la tete du mouvement.
Nous sommes fermcment convaincu que les
maltrl!s ou entrepreneurs verraient la formation
de ces sodetes d'un tres-bon mil, surtout quando
ils a'.lraient acquis la certitude qU'clles ne leu',
seraient point hostiles; c'est-a-dire des qu'ils
san raient que Ie but de ces societes de secou IS
mutuels et de protection, est non-senlement ;Ie
fail'e rena1tre en Canada des jours meilleul'~ P(lIll"
le~ arts et metiers en general, mais surtout en
PETIT-ALBERT. 79
faveur des mailres et des ouvriers en particu-
lie/,".
Pour obtenir ces beaux resqitats,---:'il ne faut
pal!! se Caire illusiqn,~il faudra sans doute de,g
a:~nees d'une grand!! Pl1rseverl!-nce. . Mai8, d'un
a.utre cote, quel ,~$t celui qui ignore que Ie
trav~il ~onstant triomp4e .de tqut! L'immo~tel
Fral!klin,-lui qui a dote Ie monde de!li belles
et de 8i .utiles choses, entr'autres l'ele~t.ricite,
qui, par Ie moyen des telegraphes, eommu-'
nique aujourd'hui, a."la minute, la pensee hu~.
maine Ii des mille lieues de distanee,-eh bien!
eet hom me de genie a .dit quelque part: que
la goutle d'eau, tant petite qU'elle soit, .nnit
toujours, en tombant sans eesse une Ii une, pal'
creuser la pierre la plus dure. Or, supposons
qUI! ees societe;; ne soienl que. ces gOllttes d'eau
et 'qu'elles travaiUent avec constance dans cette
nouvelle mission, eUes nniront certainement par
imprimer Ie cachet inetfac;ablc de leurperseve-
ranee et de leur energie:
C'est enC(lre au sein de ces soeietes que les
classes 011 vrVlres pourraient adopte~ des moycns
afin de s'entendre avec. nos legls]atellrs sur
l~urgence de lit passation d'unidoi ayant pour
but de reeler getieralement ;\ l'avantage de tous.
Iii. question des gages dans les differents corpli
de metie~, ainsi quel'apprentissage Ii faire pour
exercer un metier quelconque, et de ,proteger
ees differentes classes plus e.flicacement en pa-
ralysant en partie l'envahissement des cites par
un trop grand nombre d'ouvriers etrangers.
Personne, sans do ute, ne niera au peuple Ie
droit qu'il ad'exiger de ses deputes l'accom-
plissement, si non de toules, au moins d'une
partie des promesses faites par eux avant ella-
eune des elections generales?
Malheui'ensement, nne Cois les elections ter-
80 LE yf:RlTABLF.
minees, plu~ieuTs de ces representants du
peuple, deviennerrt aussitol d'une inditfereJjce
impardOllnable Ii l'egard de leur~ commet1ants,
et ne paraissent pas plus s'oep-nper d!) leurs
electeurs que des habitants dc la fune. Cepcn-
dant, quelques jours avant la "Votation, on avait
YU ces memes hommes s'evertuer beanconp 11
faile de belles promesses : rien moins que mers
el monde 1.. •• sans compler les grands mots de
prosperite ! de Iiberle! d'egalite! de fralt'r-
nite ! de peuple-I'oi ! ! ! ..••.•• , et qui, nne fois
elus, paraissent se moquer de ce me me peuple-
"r •••• ••••
101,
Or, qu'on n'oublie pas eeci: avec I'existence
des societes dont nous venons de pader, Ie
regne de tons les representanls, qui ne s'en
tiennent qu'aux prornesses, dena finir, et Ie
peuple ne pourra qu'y gagner tres-certainement.
Pour terminer ce chapitre, nous engageons
fortement, eneore une {ois, les Guvri!)rs a se
mettre immediatement Ii etablir au milieu d'eux
des ~ocietes de secours mutueTs et de protec-
tion comme corps, car iI y va de leurs plus
grands interets, tant au point de vue du bien-
etr!) mate rid qu'ii c!)lui de leur condition su-
ciale ; de plus, que l'union soit toujours leur eri
de ralliement; que leur respect et leur attache-
ment Ii nos institutions religieuses e\ nationales
soient plus vivaees que jamais; qu'ils :ravail-
lent aussi en eommun ii Hlire disparanre toutes
les causes, ou du moins les prineipales, qui cn-
tretiennent el fomentenl ehaque jbnr ces hai-
nes personnelles qui semenl la desunion parmi
Ie peuple; car, pour nous ~ervir des refiexions
admirables d!) I'un de nos premiers journalistes
franco - eanadiens: "lei comme aux Etat;:-
Unis, comme en Europe, le~ signes des temps
sonl incerlains, el dans ce eiel sombre et hl'u-
PETIl-ALBERT. Sf
menx, les penple~ marchent en tatonnant vers
lenr!! destineeB. Si nous VOUIOllB echapper au
danger, tenons-nous tous par la main, et, pour
nons reconnaitre dans la nuit qui se fait au lour
de nons, pqU3,SOIlS. tOQS Ie meme crt de rallie-
ment." (1) UNION!!!
(I) Journal de Quibec, Dumero dll 30 m~ro 1861, dan. un article
Bur 10. necessite de l'union des Bas~Co.nadiens entr'eux, p:u l'hono..
ra.ble M. CauchoD, aujonrd'hui ministre des 'I'ra.vaux Publics.
82 LE VERITABLE
LIVRE QUATRIE.'I E
Aux Cultivateurs: L' .\e:riculture ct la Colonisation.-
Le Clerp;e ef la Coloni"ation. - J,,, llouvemement
doit accorder une protection ,all' e.~·ale i11'Industrie
A~Ticole. - Les ('ultivateurs et leurs Deputes au
Parlement.-La Culture const'lIIte; Ie Laboureur cot
Res Enfants. - VEriucalion c\.~·ricole; deux I,ivres
utiles a meuiter. - On doit cmindre les-Procos et
fuir les COllrs de Justice; I' Huitre et les Plaideurs.
- L'Intcmpcrance amene la Folic ct la :.\lurt. -
Uonelusion.
CHAPITRE I.
L'Agriculture et la Colonisation,
te ~olda.t qui verse son !IIong pour
dHcndre sa. patrie, et Ie cuitivatellT
qui en arro&o Ie ~ol de fle8 ~ueurs IJour
la. nourrir, rcmpli-~eDt tOUg les deux
une mis~ioll sublime! * ••
U C'est parmi les cultivn.tcuril que
nai:-;sent les moiJleurl:1 citoyeoB at les
meillcurs 8uldatt!."
L'agriculture! quelle mine inepuisable ex- a
ploiler! que de richesses, que de tresors de- a
couvrir au sein des campagnes par Ie seul moyen
de l'agricuhure bien comprise et bien faite. Elle
est la base solide sur laquelle rt'pose toule
l'existence plus au mains heureuse des peuples
civilises.
L'agriculture, c'est lout l'avenir d'un pays;
eUe est pour lui comme un coffre-fort san~ cesse
l'ET1'l'-ALBEIlT. 83
a
rempli d'abondantes richesse~, servant alimen-
ter ses milliers d'habitanh.
Vagriculture! c'est encore Ie principe vital
tit Ie developpement de toutes les autres indus-
tries. Sans agriculture, point de civilisation:
c'est un peuple a l'etat sauvage, ne vivant que
de chasse et de peche !
Dison~ avec Mgr. I'eveque d'Or/bans, (France)
dans son discours sur cet art:
" L'agricu!ture est Ie [ondement meme de la
vie humaine: I'agriculture est la noui'riciere du
genre humain. Ah! si la veritable grandeur, si
la reelle noblesse, c'est de servir it qllelque chose
ici-bas, c'e~t d'etre utile, qu'y a-t-il de plus noble
et de plus grand que de donner au genre humain
sa nourriture et sa vie? "
En tel'minan! son discours, Ie meme eveque
ajoute :
" Honneur donc a la culture quelque nom
qu'elle porte, a quelques travaux qU'elle s'ap-
plique, quelques pmduits qui sortent de 8es
mains! Honneur aux hommes qui, la compre-
nant et l'appreciant, dans sa dignite et ses ser-
vices, se devouent et I'encouragent, lui appor-
tent soit leurs bras, soit leurs capitaux, soit leur
;;cience et leurs methodes, soit Ie glorieux en-
couragement de leurs prix et de leurs recom-
penses ! Honneur it ces fetes, ,[ ces concours qui
coumnnent, qui stimulent, qui assurent les pm-
grb par ceUe merw'illeuse exposition des pro-
cedes, de ces methodes, de ces instrument" par
celt,· mise en commun si noble et ~i chrl·tienne
aussi des lumieres et de l'experience de cha-
cun et de tOllS. Ah! qu'il t1eurisse parmi nous,
cet art antique et divin, source inepuisabJe de
richesses nationalps, qui donne it la patrie de
robustes "nfants, de forts soldats, et a la soc iet~
des citoyens honnetes et surs: barriere contre
84 u: Vi:nlTABUl
Ie desordre, garantie de la paix sociale; que
tout I'encourage el ie favorise, que lout en pro-
voq,ue la diffusion, Ie progre~ et la pratique ..... "
Quant it la belle canse de la colonisation, nous
resumeron5 tonte son importance en qnelquel!
mots.
La coJonil'lation! c'est conquerir de nou-
velles possessions! c'est etendre les limites
d'un pays! c'est livrer bataille anx grands arbres
seculaires de nos immense", forl!ls! c'est mettre
sur pied une armee de jeunes et vigoureux co-
lons tous munis de provisions; de haches, dc
pioches et de beches, et les en voyer prendre
d'assaut eet ennemi immoMle qui couvre de son
ombre un sol fertile, et qui tiechira sous les seuls
coups de la cognee du bucheron !
La colonisation! c'est encore repandrc Ie
bien-eire materiel au sein des populations! c'est
multiplier les revenus d'un Etal ! c'est enfin,
augmenter du meme coup la puissance des gou-
vernements el Ie bonheur des peuples !
Aussi Ie bifm-l!lre et la prosperite de notre belle
patrie dependent enlierement de I'agriculture et
de la colonisation. Il faut donc de toute neces-
site que la legislature vienne au secoul's de I'a-
griculteur et du nouveau colon si I'on tien! sin-
cerement it Ia prosperite de notre pays en general
et au bouheur du people en particulier.
CHAPITnE II.
Le C1erg4§ et la Colonisation.
Si, d'un cote, notre gouvernement a pres-
que toujours ete d'une trop grande indifference
quant a l'importante question de I'agriculture
de l'autre, nous Ie disons avec bonheur, notJ·~
PETIT-ALBERT. 85
venerable clerge s'est montre ~ans cesse a Ia
hauteur de sa noble mission en ~e con~tituant
a la fois l'apotre de Ia civilisation et de la co-
lonisation. Aussi a lui, pour une bunne part,
sont dUB tous les progres et Ie developpement
de l'agriculture canadienne, et il y aurait de
a
nombreuses pages a ecrire la louange d'un
grand nombre de nos missionnaires qui se sont
voues et se vouent encore actuellement a la co-
lonisation, uniquement dans l'interet de leurs
ouailles et de notre patrie.
De nos jours comme dans Ie moyen age, Ie
clerge a fait beaucoup pour Ie progres de l'agri-
culture et de la colonisation. Chateaubriand,
dans son Genie du Cltristianisme, consacre une
belle page au c1erge seculier et regulier du
moyen age, a propos de cettc industrie. En voici
quelques extraits que nous nous plaisons a re-
produire :
" C'est au clerge seculier et rC'gulier, dit cet
auteur, que nous devons pncore Ie renouvelle-
ment de I'agriculture en Europe, comme nous
lui devons la fondation des colleges et des hopi-
taux. Defrichements des terres, ouverture des
chemins, agrimdisscment des hameaux et des
villes, etablissement des messageries, arts et
metiers, manufacture" commerce interieur el
exterieur, lois civiles et politiques; tout enfin
nous vient originairement de FEglise. Nos
peres (·taient des barbares a qui Ie christianisme
ctait oblige d'enseigner jusqu'a Part de se
nourrir."
Apres avoir enum~re l'etendue des terres
a
incultes, colonisees et cultivees cette epoque
par des religieux, Chateaubriand ajoute :
" De plus, l'exemple qui est son vent pen de
chose en morale, paree que les passions en de-
86 LE VERITABLE
trni"ent le~ bons effets, exeree une grande pui~
sance sur Ie core mall'riel de la vie. Le spec-
tacle de plu"ieurs milliers de religienx cllitivant
a
la terre, mina peu peu ces prejuges barbares,
qui attachaient Ie mepris a Part qUi nourrit les
hommes. Le paysan apprit, dans II's monaslere~,
a retourner la glebe 1'1 a fertiliser Ie sillon. Le
baron commen<;a a chprcher dans son champ
dcs n'esors plus certains que cpux qu'il se pro-
curai! par les armes. Les llloines furen! donc
reellement le~ peres de I'agricultme, PI com me
laboureurs eux-memes, el comme les premiers
maitres de nos laboureurs."
Si en Europe Ie c1erge fut Ie renovateur de
i'agricultme, et que les moines en furent les
peres, en Canada Ie clerge fut It- premier a co-
loniser et a culti ver, 1'I les Recollet" el les J e-
suites fment ciJez nous les peres de l'agricul-
lure: comme laboureurs eux-memt·s el comme
les premiers maitres de nos labomeurs.
~ous pOllvons dire que l'ceuvre de ces pre-
miers missionnaires a ele continuee depuis,
sans subir aueune. interruption, par Ie clerge
canadien, de concert avec quelques laiques,
zt!les defensems de la colonisation des town-
ships de I' Est, de la Vallee du Saguenay, elc.
Cependant, en depit du devouement et de
i'initiative con stante du clerge et de quelques
laiques, l'agricuJtme dans Ie Bas-Canada souf-
fre generalement, et la colonisation pst presque
toujours paralysee des son debut. OU se trouve
done la source du mal qui en empeche Ie dC've-
loppement, puisque Ie c1erge nra eesse de la
favoriser de toutes ~es forces? Le mal vient de
,:otre legislature, et C!'est aux ~eputes du peuple
a y apporter un prompt et effieace remede car
la plaie menace de tlevenir incurable. '
PETIT-ALBEIIT. 87
Voyons (!onc ce que Ie goU\'ernempnt n'a pa"
fait et devrait fairp pour fa voriser efficacement
la colonisation en Bas-Canada.
CHAl'lTRE III.
Le Gouvernement do it accorder une protection
sans egale a l'Industrie Agricole.
De tout temps on a vu des monarqlles et des
empereurs s'attacher uniqllement a conquerir
de nouvelles possessions, a foree d'argent et
de sang hllmain, sacrifiant de.; milliers de
leurs Illeilleurs sujels pour la ,ellie gloriole (l'a-
jouter quelques centaines de lieues de plus ~l
leurs dornailws, sans Ips doter pour tout ccla
d'une plus grande somme de bonheur. Au
conlraire, car il en est des gllt'rres eomme des
proces, de meme qne Ie meille-ur des proci~s nc
vaut pas Ie plus mauvais accommodt'ment, de
meme aussi la meillenre des !.:LH'l'l'l'S 11e vaut pas
la plus mauvaise entente entre deux puissances
eunemies. Cepcndant, l'orgLleil el l'ambition
des "o11qu~ra11ts sont presque toujours leurs
seuls conseillcrs en pareill,'s cilconslanees, et
la sagesse cl Ie bien-eIre dont ils doivent eu-
tourer les peLlples qn'ils gouvernent, vienncnt
rarement leur servir de coutrppoids.
Aussi les resnltats de la ph::part de ces gner-
res, soulevees pour des raisons in~ignifiantes,
~ont d'abol'd l'epni;;ement du tl't~SOl' public, puis
la creation d,' lourds impots preleves parmi Ie
peuple, qui en paie la fa<;on, sans compter les
nombrcuses victimes, Ie grand nombl'e d'orpne-
Iius, et la desolation qU'elles sement dans tons
les rangs de la soci'ete,
Or, si les grands de la terre peuvent tout se
88 LE ytRrrABLE
a
permettre pour [a ire la guerre leurs voisins,
au prix de tou~ le~ sacrifil'l'~ d'argf'nt d de
sang humain, que ne devrait pas faire un bouver-
nemenl pour dbvelopper avanlagl'usement I'agri-
culture et faciJiter la colonisation de la grande
"·tendue de terrains fertiles, (lui abonde autour
de nous, et qui n'attend que la hache du co-
Ion pour praduirc d'abondantes moissons et
augmenter du meme coup les revenus de notre
jeune pays? surtout quand on reconnalt loute
la verite de la maxime suivanle, que" Ie labou-
rage et Ie paturage sont les deux mamelles d'un
Etat !" ou, comme dit I'Ecriture-Sainte," Ie
roijuste chen' he la prosperite de ses domaines."
Proverbes, 29. 4.
Ces grandes verile~ furent tres-bien compri8es
au XVle siecle par Henri IV, roi de France. A
cetle epoque, la France presentait Ie plu~ ailli-
geant spectacle et les champs oHi-aient d'im·
mellses friches. Ce qui fesait dire au bon rai
Henri: " Les vexation", auxquelles ant cte en
" butte les laboureurs, leur Ollt fait abandonner
" non-seulement leur labour et vacation ordi-
" na.ire,. mais aus,i leurs maisons ; se twuvant
" maintenant les fermes censes et quasi tous les
" villages inhabitez et deserts." De plus" Ie
commerce et I'industrie, selon un auteur, etaient
dans une stagllation complete; enfin, la misere
s'elendait de la chaumiere du pauvre au palais
du riche, et les finances se trouvaient dans Petat
Ie plus deplorable.
" Sully, (ministre de Henri IV), qui portait
un vif interet a Pagrieulture, - ajoute Ie meme
auteur,-pensa avec raison qu'il sufIirait de
Pencour~ger pour rele'ler la France de ses lon-
gues humiliations, pour accroltre Ie bien-etre
public et la richesse nationalc. II ne se trompa
pas! Au bout de quelques annees, avec une
PETIT-ALBERT. 89
vo!ofolte unique, constante et energique, il re-
media aux abus, soumit toutes ll~s depenses a
un controle sevet-e, et, accordant une protection
sans egale a l'industrie agricole, il prouva a
tous la verite de cette maxime: "Le labouraae
" et Ie paturage sont les deux mamelles d'~n
" Etat ! "
Voila ce que doit faire notre gouvernement a
I'exemple de Sully, s'il veut accroltre Ie bien-
etre public et la richesse nationale du Canada,
et voila aussi ce qu'il n'a jamais fait, au moins
pour ce qui est d'avoir accorde 1I11e prutection
sans egate lll'industrie agricole, si indispensable
au developpement t'flicace de l'agriculture et de
la colonisation, surtout d'un pays comme Ie
nOtre et dont Ie sol est d'llne si grande fertilite.
"Voulez-vous reussir dans Ie gouvernement
des Etats, a dit Chateaubriand, etudil'z Ie genie
des peuples: pour toute science, favorisez ce
genie. "
Ell bien! quel est Ie genie dominant du peu-
pIe Canadien? N'est-ce pas I'indus[rie agricole ?
N'est-il pas doue generalement de dispositions
de premier ordre pour exereer cette premiere
des industries? Qui! mais ce qui lui manque
pour obtenir de meilleurs resultats dans la cul-
ture, surtout !lans la colonisation des nouvt'lles
terres, c'est, n'en doutons pas, ,'ette proteetion
sans ega Ie, a la Henri IV, de la part dn gOllyer-
nement.
Que notre gonvernt'ment nous accorde, a
l'avenir, cette protection san,; egale pour l'in-
dustrie agrieole ; qu'il favorise la colonisalion
des townships,ete., en fournissant aux nouveaux
colons les moyens les plus indispensables pour
leur pernU'ttre d'aller s'y etablir ct attendre une
premiere recolte; qu'il fasse faire de bon, che-
mins, pour faciliter Ie colon a aller vendre sur
90 LE rElllTAllLE
les man:lies Ie, pIns voisins Ie surplus ue ses
prouuits; qu'il adopte a cet elfet un bon Sys-
teme de Voierie, car il ne suffit pas d'avoir des
chemin" ou routes publiqUt·s, il faut encore veil-
Icr a ce qu'ils soient tous entretenus en bon
etat. Alors nons venons sans aucun doute s'ac-
croitre rapidement Ie bien-etre public et Ia RI-
CHESSE NATION ALE !
En bonne justice, nous devons dire ici que,
de puis quelques annees, Ie gouvernement a re-
connu eniin la necessite de favori,;er un peu
plus Ie developpement de ['agriculture et de Ia
colonisation dans Ie Bas-Canada, qu'il ne I'a-
vait fait par Ie passe; et qu'i1 paraH decide au-
jourd'hui a entrer d'un pas plus ferme dans
cette nouvelle voie de progre~ dans laquelle se
trouve tout l'avenir de notre patrie!
Tout en felicitant Ie gouvernement sur ce
qu'il a pu faire l't promet surtout de fairea I'a-
venir en faveur de la belle cause de la colonisa-
tion, en Bas-Canada, nous sommes d'opinion
qu'illui faut encore beaucoup s'en occuper s'j)
veut gincerement Ie prosres de l'agricnlture et
de la colonisation de notre pays; car i\ n'en est,
pour ainsi dire, qn'au debut, et il lui reste,
dans Ie Bas-Canada seulement, plus de trois
millions d'acres de terre a disposer! QueUe
a
mine exploiter, pour un gouvernement qui veut
accroilre Ie bien-etre public et la richesse na-
tionale! !.... .
Esperons donc, encore une' fois, que Ie gou-
vernement accordera a l'avenir une protection
sans egale a I'indll",trie agricole, puisqu'il est
du devoir d'un gouvernement sage, a dit un
de nos bons eerivains, de lout faire pour prote-
ger a"ant tout la classe agricolc, nourrieiere du
paf s , mere du commerce et de I'industrie, toute
pUlssante en quelque sorte, mais nullement a
PETIT-ALBERT. 91
eraindre tant qu'on 'lui lalssera sa fOi, ses
mmurs, SE"S habitudes pacifique:;; et ses ttadi~
tions llOnn.~les. (1)
CHAPITRE IV .
.Les Gultivateurs et leurs Deputes au Parlement.
Le cultivateur au l'habitant,-ainsi qu'on Ie
designe generalement dans Ie Bas-Canada, par-
fois par mepris a cause de son etat rustique, au
encore pour Ie tourner en ridicule par rapport a
son langage, ses manieres humbles et modesles
ou son costume d'etoffe du pays,-Ie cultivateur,
disons-nous, peut bien se passer de tout Ie
monde, mais personne ne peut se passer de lui.
Si, parfois, notre paysan excite Ie dedain au
l'hilarite d'un certain nombre de mal-appris au
d'orgneiIlertx qui peuplent les cites, c'est du,
sans donte, a l'ignorance de ces derniers ton-
chant l'importance de l'agriculture.
Le cuitivatenr est de fait Ie senl homme veri-
tablementindependant, et Ie seul qui puisse
dire avec verite: "Je peux me passer de tont
l'e inonde, mai:;; personne ne peut se passer de
moi."
'J amais les rois, les em perellrs, et les con-
querants les plus pniss<ints du mandl', ne pour-
rorit tenir uri langage aussi imposant; cal' taus
ces "'rands de la terre ne Ie sont reellement que
par la volonte 011 Ie concours des peuples qil'ils
gonvernent. Au oontralre, Ie cultivateur actif ct
laborieux ne doit sa granaeur et tonte son inde-
pendance qu'a la oulture et ala reoondite du sol,
lorsque la divine Providence veut faire fructi-
(1) Considera.tions Bur l' A~ricult'lre Canadienne, n.u point. do
vue religiellz, na.tional et du bien-Citra ma.teriel, pa.r HUn Auu de
l' .Ili<tuc~tiQII."
92 LE VERITABLE
fier les spmences qu'il jette ehaque annee dan~
son sein. Le eultivateur est ainsi Ie veritable
roi de la terre, et, it la /'oi", Ie plus heureux
et Ie plus independant des rois du mande, quoi-
<lu'il n'ait pour tout blason que l'epi, c'est-a-dire
Ie paill, dont Dieu gratifia Ie genre humain d~ns
Ie personne d'Adam, Ie premier noble et Ie pre-
mier roi du monde, de qui nous deseendons
tous, pi'lits eomme gralld~, pauvres eomme
riches, et it qui Dieu dit: " Tu gagneras ton pain
" it la sueur de ton front! "
En obligeant noIre premier pere, et en lui
toute Ia race hldnaine, it gagner son pain a la
sueur de son front, Dieu confirma davant age la
fondalion de I'industrie agricole, comme etant
la premiere et la plus importante source qui
devai! alimenter et assurer I'existence de l'hu-
manite tout entiere.
En disant que Dieu eonfirma davantage la
fondation de l'industrie agrieole, nous voulons
dire que la culture remonte encore plus haut
qu'a la chUIc d'Adam, et nous sommes appuye
de l'Ecrilure-Sainte qui dit au ch. II de la Ge-
nese : " Le Seigneur Dieu prit done l'homme,
et Ie mit dans Ie paradis de delices, atin qu'il
Ie ('Iiltil'ut el qu'il Ie gardat." .
Ainsi done Ie. eultivatem peut dire avec un
legitime orgueil que la profession qu'i1 exerce
lui vient direCll'ment de Dieu, landis que toutes
les autres indu~tries, ainsi que 10Ules les insti-
tutions civiles ne sont que de creation humaine.
Que Ie paysan soit done fier dc son etat ;
qu'il s'y attache davantage; qu'il r,e se laisse
jamais aller au decouragement )1i it l'indifference
pour la culture du sol; car sa mission est des
plus nobles et des plus sublimes; qu'a l'avenir
il prenne en pitie ces orgueilleux et ces mal-
appri~, qui cherchent a Ie mepriser et a Je
i'ETlT-.UBtlt't . 93
tOtlrller en ridicule mllme lor;qu'il se monlre
a
humble et modeste. Quant son costume, que
Ie paysan s'enorgueilli~8e d'en porter un ton-
jours d'une etof!',. mannfacturee dans Ie pays,
plutot que d'un fin lis;m, importe dc I'etranger,
el quelqut'fois use en grande partie avant meme
que la valeur n'en ait ele payee.
Si nou" avons cssaye de faire ressortir ici
toute I'importance dn eultivaleur par son indus-
trie, c'est afin de demontrcr que les dest inees
d'un Etat reposent invariablcment sur cette
classe laborieuse d'hommes dt's champs, que
nos legislatcurs doivent enloun'r de toule leur
protection. C'psl 'mlonl aux rppresentants de
la clas,,~ agricole du Ba,-Canada a prendre
l'initiative anpres d1\ gonvel'l1emcnt pour obtenir
ccttc proteclion. Pour eng'lger serieusement Ips
deputes a deft'ndre sa cause dans Ie Parlemenl,
la classe agricole d()it prendre sans plu; larder
les· mesures necessaircs ii. cette fin.
Or, pour atteindrc ce but, il cst un mO~'('n
clont nous g,uantissnns I'infaillibilite, dn mo-
mcnt que les cuitivatems l'adopteront avec en-
tente.; mais a\'ant de Ie lellr sUQ:!.("rer, nOlls
leur rappelJerous que Ie Parlellll'nt Provincial sc
compose en grande partie de Inemore, l'I'prespn-
tant la cia"", agl·icole. Les vilJes duBa.--Canadll,
par exemple, n'ont pour les rt'l'rh,'ntl'r que Illlit
deplltt~S, pendant qll" les eomtes en ont pri's de
soixantl'. C'est donc au sein des campagnes
que se recrute toutf' la forcc du gonve,.,wll1cnt !
Cepcndant, presq lie tOlljonrs on a semble me-
connaltre ceUe verite.
Voici Ito moyen que nons olfrons aux cultiva-
teurs :
Chaque fois qnc vailS ame7- a faire Ie choix
d'lln candidat, ayez s()in dl' YoUS asslln'r d'abord
d'uu hotllllle possedant ks qualitt's n';l't"saires
94 LE yi:I\ITADLE
pour defendre volre cause avec avanlage dans
Ie Parlement j et ne lui accordez vo~ ~ulfragel!
qu'apres un engagement solennel de sa part,
a
qu'il veiJIcra san~ cesse en Parlement sauve-
garder nu~ instilutions, noIre langue et nos
lois, et qu'il travaillera energiquerr.ent a obtenir
du gouvcrnement une pwtection ~ans egale
pour l'industrie agricole, en favorisant surtout
la co\oni"alion par tout Ie Bas-Canada.
Mainlenant, pour faire rl'wp\ir plus sttrement
l'engagement qu'alJra contracte votre candidat,
qu'un eorriile permanent soit organise dans cha-
que comte, compose des prineipaux electeurs
de chaque paroisse, qui devront se reunir deux
fois par annee, c'est-;l-dire avant et apres cha-
cune des se~.,i{)ns du Parh'ment Provincial. La
premiere reunion aurait pour but de prendre en
consideration les besoins du comh~ et de [aire
une demande, s'il y avait !it'll, a la legisla-
ture, par l'entremise de votre depute. La se-
conde reunion serait a l'elfet de s'enqul'rir de
la conduite du gouvernemcnt durant la session
ecoulee par rapport a la delllunde de votre comte,
ct, de plus, de vous assurer si votre candidat
s'est acquitte de son devuir convenablement it
votre egard. Nalls savons que plusieurs depu-
tes ant pour regie de visiter leur comte avant
chaque session pour avoir l'npinion de leurs
commettants sur les grandes questions, et de
parcourir de nouveau les paroisscs apres la ses-
sion pour leur rendre compte de ce qui a ete
fait dans l'interet general.
. ~es bans [rui!" ciue produira ce moyen si ju-
dlCleux serout mcaleulables j et Ie succes en
est d'autant plus certain, qu'il 8uffira a Ia cla~se
agricole de Ie vouloir s0rieusemcnt pour qu'elle
l'ubtie nne.
Quant it ceux qui douteraicnt encore de celie
PETIT-ALBERT. 95
a
verite nous les engageons fortement la mettre
en pratique et ils resteront. convaincus de loute
son efficacite.
Mais il va sans dire que pour assurer la rea-
lisation d'un progres au"i desirable, il faudra
que l'amour de la Religion et de la Patrie soit
plus vivace que jamais nu milieu de la cla~se
agricole, et que toutc sa politiqne repose sur ceUe
base fondamenlale ; et alors, seulement alors,
elle aura la certitnde dc snivre une politique
toujours en harmonie avec nos devoirs religieux
P.t nos droits comme pen pic.
Voila Ic secrf't infaillible qui peut senl ame-
Iiorer la condition sociale d('~ cllliivateurs, et
amener a la {ois Ie bonhenr, l'aisance et meme
I'abondancc des richl'sscs all scin de leurs fa-
milies, sans avoir besoin, pOll I' tont. ('('Ia, des
livrcs de Sf'crets merveillPllx qne nons avons
designes ailleurs tont en d('montrant le, falls-
setes grossieres qu'i1s l'enfermcnl.
CIIAPITHE V.
La Culture constante ; Ie Laboureur et ses enfants.
On comprendra f:wilcmenl quc les moycns
qne nons vcnons de snggerer ne sont tont au
pins qne la base soli de sm laqnelle doit re-
poser Ie grand principe de l'indns~rie agl'icol~.
De me me qne tout edifice pubhc peut aVOIr
des proportions plus on moins grantl}oses, el
reunir a la {ois plus on moins de bf'antes el de
richesses dans sa structure, selon Ie plus on
moins de talent el de goul que l'arcbitecte
aura apportes ; de meme anssi I'indnstrie agri-
cole exige beaucoup de savoir et d~ goth de !a
part dn cnitivatellr qui vellt en fatre ressorttr
tontcs les beautes et toutcs les richc~s!Cs.
96 LE VERITABLE
C'est hi, nous Ie savons, une etude pratique et
raison nee toute speciale afaire, et nuus n'entre-
ptendrons pas de l'exposer ici sous toutes se~
faces si multiples; nuus laissons a d'autres
ceUe tache pour nous trap difficile; mais, dans
tous les ca", nous suggerons aux cultivateurs
comme un des moyens gtmeraux, bien propre
a obtenir d'heureux resultats, Ie conseil donne
par un laboureur a ses enfants, quelques mo·
menls avant sa mort.
Ce n'e~t qu'une fable, il est vrai, rnais c'es!
une fable pleine dc verit~, comme savait en
faire Ie bon Lafontaine, et contre laque\le l'ex-
perience de tous les temp~ n'a pu donner encore
un dellH'nti .
.Madam~ de Sevigne disait, pal'lant un jour
des F'Zbfes de Lafontaine: " C'est un panier de
ceris('~ (d~ France), on veut choisir les plu~ belles
et Ie panier ne,te vide. "
a
En voici nne excellente goliter :
Le Lf(l)01lrrur ct 8e.~ En/ants.
Travaillez, prenez de la peine:
("cst Ie fonds qui manque Ie moins.
11,n ric~e labourel1r, sentant sa mort proehainc,
Fit vemr sos enfants, leur parla Sans telnoins.
Gardcz-vous, leur dit-il, de vendre l'heritage
Que nous ont laisse nos parents:
Un tresor est cacbe dedans.
Je ne sais pas I'endroit: mais un peu de courage
Yous Ie fera trouver; vous en "iendrez a bout.
Rcmuez "otre champ des qu'on aura fait I'out : (1)
Creusez, fouillez, Mcbez, ne laissez nullo place
Ou b main ne passe et repasse.
Le p~re mO,rt, les fils vo~s ;etournent Ie champ,
n,· ~'a, de la, partout; Sl bien 'lu'au bout de I'an
PETIT-ALBEnr. 97
11 en rapporta davantagc.
D'argent, point de caohe. ~lais Ie pere fut sage
De leur montrer, avant sa mort,
Que Ie travail cst un tresor.
Cette fable, ou plntot ce secret infaillible pour
decouvrir ct acquerir un tre~or, denait etre
gravee dans la memoire de tons les cllltiva-
teurs j elle devrait aussi se trouver au aein de
chaque Camille de la campagne, meme cncadree
et suspendue dans un endroit bien apparent
dc la maison. Elle serait a Ia. fois une belle
legon et un salutaire exemple a donner, surtout
aux jeunes enfants; car personne n'ignore que
c'est durant Ie jeune age que les bons principes
et les vives impressions se gravent assez pro-
fondement dans l'esprit pour ne jamais s'effa-
cer ! .•.•.
CHAPITRE VI.
I.'Educatlon Agricole; deux Livres utiles il. mediter.
CI Lea !ivrea Bont 1\ l'awo ce que lao
nourriturc cst au corps."
H II faut lire pour s'instrulro, pour
S6 corriger et POllf se co080Ier."
" It fa.ut, daDB Ie sn.voir, pr6ferOl'
l'utilo au brill ant."
Nous nOUR ocnuperons maintenant ici d'une
question de la plus haute importance, celie de
l'e~ll{)atioll agricole. C'est par elle que les oul-
tivuteurs pourront. acquerir les nouvelles COIl-
nais8unces qui leur deviennent de nos jours
pI us que jamais indispensables, surtout s'iIs
veuLent lutter avec avantage contre l'epuise-
ment du sol, qui a besoin d'etre ameliore et
beaucoup si all veut lui redonner sa fertilit~
premiere.
it vERITABLE
C'esl pourquoi nous engageons fortement oIl's
cultivateurs a mettre en pratique taus II's moycos
propres a developpcr II's ressources incalculables
de I'agriculture, particulierement ceux qui peu-
vent leur eIre suggeres par des hommes compe-
tents qui ant deja ecrit sur cet art. Certes, on
ne peut pas i5e plaindre que ces derniers nous
font decaut ; nous en complons plusieurs au-
jourd'hui qui ant dote notre pays, depuis quel-
ques annees, d'admirables et d'uliles enseigne-
ments sur I'avenir et II's immenses ressources
de l'agriculture canadienne; san~ compter en
outre deux publications periodiques, consa-
crees tout specialement a I'industrie agricole:
la Revue Agricole, publiee a Montreal par M.
Perrault, sous II's auspices du gouvernement ;
et la Ga'Zette des Campagnes, qui vient de pa-
a
r:;l.itre Saint-Louis de Kamouraska, et dont 1\1:.
E. Dumais est Ie redaeteur-proprietairc. Inu-
tile de dire que ces feuilles devraient elrc entre
les mains de ehaque cultivateur.
Mais, nous Ie disons a regret, il existe mal-
heureusement un defaut capital parmi nous :
c'est Ie manque de gOilt pour la lecture de cha-
ses propres a nous inslruire et a nous renseigner
sur tout ce qui doit nous interessl'r. Ce sonl
done les lecteurs qui font dHaut par leur indiffe-
rence impardonnable a l'egard de l'instruetion
agrieole, I't non II'S ouvrages traitant sur eel
art !.... Chose bien deplorable, helas !.....
11 serait done beaucoup a desirer que les
cullivateurs se livrasserit un peu plus it la lec-
ture des prineipaux ouvrages se rattaehant a.
leur industrie. A cet elfe!", nous tnentionnerons
une brochure, entre plusieurs aut res, que les
cultivateurs devraient tous 81' procurer. Elle est
en vente chez les principaux libraires de celie
ville sous Ie titre: Considerations sur l'agricul-
PETIT-ALBERT. 99
ture canadiennp, au point de vue religieu:l:, n'Z-
tional et du bil'll-etre materiel, et {'lie repond
pa..raitement aux importantes questions qui y
sont traitees par l'autem: Un ami de l'Education.
En empruntant quelques extrai!s, a propos de
cette broehnre, d'nn article trb-jndiciE'ux qui fut
publie l'allDee derniere dans un jonrnal de celie
ville, (I) nous nous compterions henreux s'ils
avaient Ie bon eifet d'engager plusienrs cultiva-
teurs a se procmer et a mediter ce petit livre,
rempli d'enseignements "i utiles pour eux, tant
au point de vue religieux et national que sous
celui du bien-eIre materiel.
" On ne saurait trap Ie re peter, dit eet eeri-
vain, Ie bien-eIre general du peuplc, apr''.s la
religion qui Ie rend sur ]a terre hcnreux par les
vertus d'nne bonne conscience, consiste, en Ca-
nada, dans la culture raisonnee du sol. C'est
ponrquoi la brochure dont nons parions a ete in-
titulee: "Considerations 8m l'agriculture ca-
" nadienne, au point de vue rcligicux, national
" et dn bien-eire mall'rid "
" Ces trois idees resument Ie vrai bonhcur
temporel dn penple ca:1ad,icn, si on veut se
donner la peine de les mediler lant soit peu.
Au .point de vue rcligieux, l'agricultur~ ea~u~
diennc mise en honnem par tous eenx a qUI Il
ap,partient, aide pui's:llllrtlcnt les famille~ it con-
server les princ'ipcs de la foi et les bonnes lll<l'lUS.
Elle atta~he au sol les membrcs de la famille
dans un pays encore heureux de p05seder un
peuple religieux et moral. Sous ce rapport
inappreciable, il est mieux, quoiqu'on en ait pu
dire quelque part, qhe Ie peuple canadien soit
casanier 'pIUIM qu'avenfurier .
.... .... .... .... ..... .... .... ..... , ....... .
(11 Journal d. Quebec, 3 DOV. 1861.
100 LE VERITABLE
" Mai~, comme Ie peuple ne se fait jamai8
mal a lui-me me, ou negligte de :;e porler vers son
bien, plUlol par absence de lumii:re que par par-
ti-pris ou par mechancele, inslruison~ Ie peuple
avant tout snr Ie mal qu'il a a eviter et sur Ie
bien qu'il a a poursuivl'e. Pour cela, en ma-
tiere d'agriculture, puisque c'est ici la question,
prenons ICI> moyens que Ie peuple Ile puisse lever
les yeux, en quelque sorte, sans qu'il voie des
livres, des champs, des objets tie toute Ilature
qui lui parle des bienfaits et tie l'honlleur tie ce
premier dl'~ arts. Et si on Ie lui presente, cel
art, a la hauteur veritable qu'il com porte, c'est-
a-tlire au point du vue 1'e/igil'u;c national et du
bien-etre mate7"iel, on finira peut-elJ'e plus tot
qu'on ne pense, a ouvrir les yeux aux moins
clairvoyants et a faire entendre quelques-ulls
meme d'entre les plus sourds, "
Quell> beaux sentiments exprimes dans lout
ce qui precede! It n'y a qu'un veritable patriote
et un ami sincere de son pays capable de parler
ainsi; nous disons tlone a vee bonheut et j u,-
tiee, que celui qui a diete ccs lignes cst bit'n
digne de toutc la reconnaissance du peup/e ca-
nadien en general et de la classe agricolc en
particulier. " .
Que les cultivateurs se hiltent done de se pro-
curer et de lire Ie petit line qui a su inspirer a
cet eerivain de si noble~ sentiments, et, cn eet
ouvrage, ils pourront eompter sur un veritable
ami de leurs interets les plus ehers et le~ plus
saeres.
A l'appui de ce que nous venons de dire, qu'on
lise plutot \'extrait suivant que nou~ empl'llntons
maintcnant a la conclusion du livre tie cet Ami
de I' Education:
"Un plan agricole et de ('olonisation qui reu-
nil'ait, comllle 1lI0yens, I 'utilite de:; clwmins de
PETIT-ALBERT. 101
fer; des associations de secours a la fa<;on de
M. Drapeau; des ecoles e":'mentaires el secon.
daires ou l'enseignement agricole serait de ri.
gueur; des ecoles speeiales, telles qu'a Sainte.
Anne, cJes fermes-modeles et des expositions a
la maniere de ]\1. Casgrain; un enseignem~nt
"imple, tel que celui de feu M. Perrault et au-
tres que nous avons cites; des joumaux clairs
et pratiques dans leurs renseignements; une
loi d'usure sage et chretienne; un.concours puis.
sant prete par Ie gou vernement et Ie clerge ;
des chemins ouverts partout au sein de~ forets ;
des terres a bas prix et des secours de tout genre
aux premiers colons; un tel plan, n'en doutons
point, ferait a jamais la force ct l'bonneur du
pays. Et sous Ie rapport matl'riel et moral,
chose inseparable dans tout pays chretien, un
tel plan, mis en ceuvre serieusement, consen'c-
rait n'JS mceurs, la simpJicite de nos gout~ ct de
110S usages, l'esprit de foi et d'bonnelete ; de-
tournerait les ravages du luxe et de la vie molle;
ranimerait les santes delf'tbres et les corps mines
par la vie des chantiers et de leurs vices; fer-
merait la plaie de l'emigration chez nos voi-
sins, si funeste a la foi dc nos peres; donnerait
au pauvre son pain de tOllS les joms et coupe-
rait toute issue au paup('risme el aux insurrec-
tions suscitees par In faim ou par I'oisivete. "
Tel ("t Ie resume dn petit livre intitule :
" Considerations sur l'agriculture canadienne,
au point de vue rehgieux, national et dn bien-
etl'e luateriel, " que nOll .. .: sll~g·{·rons aux agri-
culteurs de se procurer et de lire attentivement:
la lecture seule produira au milieu d'eux d'a-
bondants fruits.
" Le Con,yeillel' dlt Pel1ple ou reflex ions adres-
ReeS aux Canadiens-Franc;ais, par un Compa-
102 LE vtRITAIlLE
triote," tel e8t Ie titre d'un livre,-publie del'-
nieremenl a Montreal, et en yentc chez tous les
libraires,-que nous voudrions aU8~i voir enlre
II's mains de taus les Canadiens, :;.urtout des
cultivateurs, quoiqu'il traite de questiolls cn
dehors de l'education agricole,
L'auteur nous dit, dans son inlroduction:
" Ce petit ouvrage n'est dirige contre aucun
parti politique en particulier, de meme que son
objet n'est d'en servir aucun, Jc censure It' mal
parlout ou je Ie rencontre, sans egaI'd pour Ie:;.
opinions politiqul's de qui que ce soil. Aussi
ai-je re<;u l'expression de la 8ympathie et de
l'approbation de eitoyens distingups qui, fout
en diiferant d'opinions sur Ie terrain de ia po-
litique, se rencoutrent sur celui des bans prin-
cipes,"
Nous n'entreprendrons pas la lache difficile de
faire ressortir iei toute I'importance de cct ou-
vrage ecrit pour Ie peuple. N ous nous conten-
ferons seulement de mettre sous les yeux du
lecleur les titres des difierents chapitres qui di-
vi sent ce petit livre, pour en Caire saisir tont
l'interet: 10 Le peuple et 8es amis; 20 Ie
peuple et 8es ennemis ; 30 Ie peuple et la poli-
tique; 40 Ie peuple et les elections; 50 Ie
penple et Ie journal; 60 Ie peuple et la reli-
gion; 70 Ie peuple et la colonisation; 80 Ie
peuple et son avenir,
Ajoutez a eela Ie caraetere sacre dont cst re-
vetn l'auteur, et son amour sans borne, pour tout
ee qni se rattache au bien-elre religieux, materiel
et national des classes laborieu,l's, sm'lout ties
eampagne~, et I'on se convaincra de la neees·
site qu'il ya de se procurer irnmediatement Ie
Carlseiller du Peuple, et de Ie mediler avec loute
l'attenlion possible.
PETIT-ALBERT. 103
CIIAPlTnE VII.
CraignoDs les Proces; l'Huitre et les Plaideurs.
"Le meilleur proces no va.ut pas Ie
plus mall\'n.is n.ccommodement. "
II paraHra peut-etre etrange de donner place
ici a un chapilre de ce genre, qui n'a nullement
rapport a I'intiustrie agricole. Mais cette ques-
tion touche de trap pres les classes laborieuses en
general, surtout celie dcs call1pagnes, pour nous
abstenir de mettre en gal'de taus ceux qui pre-
fi~rent entrer en proces, plutot que de regler
leurs diificultes entre eux, quand bien meme
il y aura!! de grandes conceosions a faire de
part au d'autre, surtout lor~qu'on connait la
maxime suivante, si pleine de verite, que" Ie
meilleur proce" ne vaul pas Ie pluti mauvais ac-
coml11odement. " ,
Nous ne craignons pas d'avaneer qu'une Cour
de justice est genemlement-pour les hOl11l11eg
a proct~s ou a chicane, ce qui revient au meme,
-un gOllffre sans fond Oll vont s'engloutir a
,jamais le~ biens de la plupal't de' ceux qui y
mellen! nne fois les pieds, On a Vll assez sou-
vent des personnes entl'er en PWct-s pour dcs
chases pl'esqu'insignifiantes, dl'S bagatelles, en-
fin, ct en sortil', apres bien des peripeties, to-
talcment ruinees, ••••
Par exemple, voici une personne qui pretend
que son voisin a empiete sur sa terre de quel-
'lues pouces, en renou\'elnnt une cloture tombee
de vetuste, pendant que Ie demier soutiellt de
son cote tout Ie contrail'e. La difficulte aug-
a
mente petit petit; on se chicane, on se dit
d~s injures, [luis vite on prend I~ chemin de la
i04 u: VERITABLE
ville, pour aller consulter un avoeal. Inutile
de dire que Ia cause de noIre homme a proces
esl trouvee eXl'ellentc : " Vous gagnerez votre
proct~s, lui dit l'homme de loi, eI je m'en
charge." Uu autre avocat en dit autanl au
defendeur,-altendu que toules les callS"" sonl
excellenles d'apres certains avoeats,-el voi[;\
la IUlte engagec. Ell~ dure des mois, souv~nt
des annees, et se !ermine cntin par un jugement
disons favorable au demandeur: ce dernier
entre, il est vrai, en possession de sp,: quelqups
pouces de terrain; mai,:, pour en payer la fa<;on
a madame la Conr, il lui faul trouvcr une
somme, en bel argent, valant vingt, meme qua-
rante fois plus que ce qu'il a outenu, el sans
delai, car en cour : poiltt de credit!
Quant a l'infortune qui a perdu son proces, it
nous semble l'entendre faire Ie reproche que fai-
sait un jour un parisien it. son avocat, qui venait
de perdre sa cause:
LE PLA.IDEuR.-Perdu, monsieur... perdn
sur taus les points .••• el vous me disiez encore
ce matin que ma cause etail excellente ! ....
L'AvocA.T.-Parbleu ..•• je lmis encore tout
pret a Ie soutenir si vous voulez en aplwler .•.•
mais je vous previens qn'en Cour royaJe je ne
Ie soutiens pas a mains de cent ecus !..... (Les
Gens de Justice).
Nom; avons lu en')ore quelque part: Un plai-
deur se presente un jour chez nn et'leure avoca!,
a Paris, et Ie prie de se charger de ~a cause:
., Volre affaire ('51 excellenle, lui dit I'avocal,
mais je suis mche que vous veniez si tard, je
me ,mis engage ce malin a pI aider pour volre
adversairc. - Mais si ma "ause est bonne, re-
marque Ie plaideur, la sienne ne peut I'£-Irp. __
C'esl ee que nous verrous a I'audienee," repond
l'avocat. .
PETIT-.I.LDEnT. 105
AUHsi, Bal'geton, ce\(~bl'e avoeat de Paris,
aVllit bien raison lorsqu'il di~ait un jour it 1\1. de
Trudaine: " Deux lois gouvernent Ie monde:
la loi dn plus furt, et In loi du plus fin." Et que
les lois sont encore, COll1ll1e l'a dit un grand
penseUl', "des toiles d'araign~e: les petites
mouches y sont prises, les grosses brisent la
toile."
N'oublions done jall1ais que si les guerres et
les epidemies ne sement sur leurs passages que
la mort et la desolation, de leur cOte, les procE~s
et les COUl'S de justice ne laissent Ie plus sou-
vent que mine et misere a (:es plaideurs qui en-
trent a tout propos dans cetle voie tortueuse et
toujours si inecrtaine.
Ah ! s'i! n'y avait de retribues que les avo-
cats gagnunt leurs causes, on ne verl"3it pas
autant de proCt·s! et COlIlbil!n de querclles am'-
tees! .••••• JYai 11 CUI''' , pOlUquoi n'en serait-il
pas d'une cause perdlle, eOll1mc il en esl de
tout contrat ou engagement nun rcmpli, ponl'
les chose" ordinairt's de la vit'.! Par exemple,
ne crierait-un pas, avec raison, ,\ I'injusticc
s'i! nons fClllait payer tout. de meme If' COllt
de travaux qnelconqnes non ex('cutes ou d'ou-
jets aclwt(,s dont all ne pourrait obtenir la P'''-
Ht'sHion? Les av()cals ne s('raient-il, pas les
premiers a tOllner de toutc la forcE' de leurs pou-
mons contl'e un actc all>'si illegal?.,.
Aussi, Napoleon-Ie-Grand avait bien compl'is
tout Ie " Heau des proces, qu'il disait ell'e unc
verilable lepre, un vrai cancer social. " Ce qn i
lui faisait dirc un jam, tlmanl son exil;l Sainte-
Helene, ccs paroles si judicieuses que nous re-
produisons ici: "Deja mon Code les avait (Ies
proci;)s) singulierement dimillul', en mettant une
fonle dc causes <1 la portee de chacun; mais il
reslait encore beal1co111~}' faire an legislatellr,
106 LE VERITADLE
non qu'il dllt ~e flatter d'empechcr ICE< homml's
de se querelle~ : ce devait etre de tout temps.
Mais il fallait cmpecllcr un tiers de vivre des
querelles des deux autres, empecher qu'il II's
excitat meme, afin de mieux vivre encore.
J'aurais donc voulu etablir qu'il n'y ellt d'a-
voue~ ni d'avocat~ retribues que ceux qui ga-
gneraient leurs cau~('~. Par la, que de fJllerelles
arretees! car il est bien evidellt qll'il n'en serair
pas un seul qui, du premier examen d'une cause,
ne la repoussat si elle lui semblait douleu~e.
On nc saurait craindre qu'un homme vivant de
son travail voulul s'ell charger pour Ie seul
plaisir de bavarder; et meme, dans ce cas en-
core, Ie tra I'('r~ ne serait nuisible qu'a lui senl.
Mais avec les praticiens, observait l'Empereur,
les choses k8 pins simples 8e compliquenl tout
aussitot. On me presenta une foule d'objec-
tions, une mullitude d'inconvenienls ;. ct moi,
qui n'avais P:lS de temps a perdre, j'ajournai
rna penseI'. l\Iais, encore aujourd'hui, jc reete
convaincn qU'elle ,'st luminensc, et qu'en la
creusant, la retonmant ou la modifiant, on pour-
rait en tirer grand parti. " (1)
Voila qui est parle en veritable ami du peuple !
e'est bien hI, assurement, une pensee lumillellse,
commll I'a elit Ie grand homme, et qni merite-
rait d'Hre creusee, retournee on modillec afin
d'en tirer parti !
ADieu ne plaisc que nons venillons adresser
a
ici quelqnes reprocllf's nos avocats plus parti-
culierement, car, nOllS devons Ie dire pour Icur
honnenr, nons sommes au contraire fcrmement
convaincn que tous les hommes de loi conscien-
c.ieux,-et n'~lls nOll' fta~tons ~l'e~l ?onnaitre pIn-
SleUI'S,-Seralent tous d18JloSes a cpouser celie
(I) Mim<>rial de 8ainl,·He~ne.
PETIT-ALBERT. 107
pensee Tumineuse dp. K apoleon ler, pour Ie bien-
etre du plus grand nombre.
Esperons qu'un jour cptte question sera re-
glee, si pmais nos legislateurs viennpnt it re-
connaitre les immenses avantages qu'elle pour-
rait produire dans tous le~ rangs de la Societe.
Mais, en attcndant, il n'est pas mal de se
rappeler sans eesse la fable: L'huUre et les plai-
deurs du bon Lafontainc que nous rcproduisons
ici dans son entier :
L'H,,'ilre clles Plaideurs.
Un jour deux: pelerins sur Ie sable reneontrent
Une hUltre, que Ie flot y venait d'apportcr:
lis l'av"lent des yenx, dll 'lni,c;t ils se la lllontrent;
A regard de la dent il fallut cout,'slcr.
L'un se baisilrtit deja. pour "masser la proie ;
L'autre Ie pousse, et dit: II est bon de savoir
Qui de nous deux: cn aura lajoie,
Celui qui Ie premier a ]>lll'apercevoir
En sera Ie gobeur; I'anlre Ie verra fa ire.
Si p:lrla. ron jUf!c I'affaire,
Reprit "'JIl compagnon, j'ai I'ceil bon, Dien merei.
Je ne l'ai pas mau\·ai:-; aussi
1
Dit l'autre, ct je l'ai vue aYLIIlt VOllS, :-'llf rna vie.
Eh bien! vous I'avez yue; et moi je l'ai ,clltie.
Pendant tout ce bel incident,
Penin Danclitl arrive: ils Ie prennent pour jnge.
Perrin, fort gravemcn!, ouvrc I'hultre, et Ill. gruge,
Nos deux messieurs Ie regardant.
Co repas fait, il dit, d'un ton de prc~ident:
'fenez, b COUl' vous donne" chacnn une ceaille
Sans depens; et 4u'cn paix chacun chez soi s'en aille.
l\IAttez cc qu'il en COl,te :\ plaider nujourd'ht~i ;
C()mptez ce qu'il en re"Ic' i bcnuconp de f"lllliles :
Your vorrez 'I"" Perrin tire I'ar)!:ent :l, lui,
Et ne. laisse :lUX plaideurs quo Ie sac et les quilles.
108 LE YERITABU
ellAP1TRE VJIl.
L'Intemperance amime la Folie et la Mort.
II L'intempesaocc en n. tuo plusieurl'l;
mlLis Phomme sobre prOiIJ!JIr6 MJS joars "
L'intemperance, cette lepre hideuse, ce can-
cer social, Imine ,\ sa suite tOilS les vices du
genre humain ; non contente de cela, elle con-
duit encore I'homme, udonlle !lUX boissons eni-
nantes avec exce~, a cet etat d('plorable qui a
nom folie, c'est-,'t-u ire la perte de l'intelligence :
ce don precieux, cette res",crnblance de Dieu,
qui seule distinL';ue les hommes el les rend su-
perieurs a toutes les aull't's creatures!
Rien d'etonnant, en effet, de voir un ivrogr.e
finir par perdl'c totalement I'intelligence, lol's-
qu'il l'avait deja perdue momentanement tant
de fnis pendant ~e~ libations sans frein ; ain~i,
d'une folie partielle il arrive a une folie complete
et permanente.
Voici un exemple a l'appui de ce que nous
avan~ons. X ous lision~ dernierement dans Ie
Journ.al de III societe de la morale cliretien.ne, pu-
blic en France, qu'i1 est entre a l'hoflpice de
Bicetre, (hopital des fous) a Paris, dans l'espac:c
de cinq an~, 126 hommes qui avaient perdu Pin-
telligence par suite de l'intemperance.
Dans i'hospice de la Salpetriere (hopitai des
folies), au"si Ii Paris, 134 femmes ont ete ad-
mises en moins de sept ans par suite encore de
l'intemperance.
Le Dr. Bayle, en examinant ces terribles re-
sultats, a etc conduit a atlirmer que Ie tiel's de
10us les cas de folie en France, doit etre at-
tribne nux e,ce~ de boi8son.
PETIT-ALBERT. 109
En Angletcrrc, OU Pon fait grand usage de
genievre et d'eau-de-vie, la proportion est ell-
core plus forte: elle s'eleve a la moilie.
On calcule, ajoute la feuille a laquelle nous
empruntons ces faits, que les exces de boisson
tuent annuellement, en moyenne, trente mille
individus aux Etats-Unis, et cinqnante mille en
Angleterre; la gncrre. la fievre jaune el Ie cho-
lera n'en tuent pas davantage.
Selon d'aulres autorites, on a constate que
sur 480 alienes admis a l'hopital des fous a Li-
verpool, 257 s'etaient aHire cctte maladie par
l'intemperance.
Nons !l'onvons ailleurs, qn'(Jn emprisonne
chaque annee, ell Angleterre, <I pen pres qninze
mille hommes et dix mille femmes, pn tout
vingt-cinq mille personnes, par suite d'ivre'~l·.
Qll'on nous vienne dire apres cela que Ie dieu-
Bacchus n'est pas en grand honneur dans l'clll-
pire britannique !
En addition ant, senlement pour I'Angleterre,
Ie nombre de fous a l'hopital de Liverpool,
237; Ie nombre de personncs emprisonnees
chaque annee, 25,000 ; et Ie Hombre de per·
sonnes tuees annuellel11ent, 50,000 par les ex-
ces de boisson; on obtiel1Llm Ie chim'e epou-
vantable de 75,277 ivrognes !
Si on ajoute les 30,000 personnes tuees chaque
annee aux Etats-Unis par l'intemperance ; et
les 260 personnt's admises dans les deux hos-
pices de fous, a Paris; on obtiendra en tout,
105,518 victimes des exces de boisson! .•• ,
Un auteur, qui a etudie toutes les fatales con-
sequences de !'intemperance, s'exprime ainsi :
a
" Les ivrognes gont sujets de frequentes in-
flammations de poi trine, a des pletm~sies qui
~oUl'ent les emportent a la llcur de leur age,
110 LE YEl\ITADLE
s'Us yechappent, pins tal'd Us tombent, long-
temps avant la \'ieille"c, dans toutes Il''' intir-
mites, et surtout dans l'asthme, qui Ie!:! conduit
a I'hydropisie de poitrine, Heureusement la
societ~ ne perd rien en perdant des sujets qui la
deshonorent, et dont l'amc est, en quelque fa«;on,
morte longtemps avant Ie corps. "
a
Nons ne demandons qu'une chose celui qui
serait encore tente, iI I'avenir, de boire avE'C
exces, c'est de lire de temps a
autre ce petit
chapilre, ct de faire 80uvenl une cOUTte r€dlexion
sur la misere et les malheurs de tout genre
produits pa,r I'internpt·rance. En retour, nous lui
promettons bonheur et prosperitf', surlout !-i'i!
sait s'appnyer sur Celui qui soutient les fai-
bles ! ••••••
CHAPITRE IX.
Conclusion.
~ ous resumerons ce petit livre en tres-pE'u de
mots. D'abord, nons repeterons :lUX cla"~p~
ouvrieres d'avoir toujours pour principe celui
d'user de Ia plus grande economie possible et
a
d'adopter cet eifel les mesures qne nons leur
avons sll!S~el'l'es dans cet ouvrage; d'etublir
dans chaque corp~ de metier une societe a la
fois de bienfaisance et dc protection, car c'est
Iii Ie moyen Ie plus Sllr d'ameliorer leur con-
dition sociale; de travailler sans ccsse a faire
disparaitre surtont les prineipales cau~es qui se-
ment et entretiennent les haines personnelles et
la desunion parmi Ie peuple; de cuns:t<"'l'er au-
tant que possible quelque8 heures a Pelude de
choses propres Ii leur fail'e acquerir de nou vellc8
PETIT~ALBERT • Hi
connaissances dans l'art ou Ie metier qn'elles
exercent.
Ala classe agricole, nous lui dirons de s'ap-
pliquer activement a mettre en pratique tons les
moyen!'; reputes avantageux qui lui ont ele et
lui. sont suggeres chaque jour par des per-
sonnes qui se devouent specialemcnt a la belle
cause de I'agriculture, en ce pays; qU'elle se
hale d'organiser dans chaque paroisse des asso-
ciations de secours dans Ie genre de celles de
M. Drapean, a qni nons devons ceUe hemeuse
idee si pleine d'avenir, de prosperite et de bon-
henr ponr l'etablissement de nos jeunes colons
canadiens; qU'elle lise pI relise souven! les
Considerations Sill I'arrriculture canadicnne, au
point de vue reli!!,'icII'/;, national ('/ dlt bien-etre
'IT/aUdel, par" Un Ami de l'Education, " ain~i
que Ie Conseiller dlt Peuple, par" Un Compa-
triole ; " qU'clle se rappelle souvent Ie cons('il
donne par Ie laboureur a Bes enfants avant sa
mort, tire des Fables de L{t{ontaine ; cju'inva-
riablement elle n'elise pom la representer all
Parh'ment, que des homrr,es sincerement atta-
ches a notre devise nalionale : " :\ os institntions,
notre langue el nos lois!" et tons bien disposes
a employer toute Ic-ur inflLll'nc(' aupres du gou-
vernement pour oLtenir de lui, 'line protectiun san'
egale pour l'in£iustrie agricole !
Entin, a tous, nons dirons de pcscr vingt fois
une difficulte quelconque avant que d'aller ~e
jeter entre les bras d'nne Com de justice pour
en obtenir une ~olution, puisqn'i1 est reeonnn
partout que Ie l1willenr proct~s nc vant pas Ie
plus mall vais aceommodement; qnant a I'in-
temperance, cbacnn sait. ql1'elle l',t la mere de
tons les vices et qu'elle fait de tenibles ravages
partout Oll elle "implante ('( qu'ellc porte tou-
jOl1l'S dan~ ses flanc~ rnenrlri~, la misere, la de-
LE yF.R1TARLE
gradation, la (oli" et la mort, - que ron relise
plntot Ic chapitre consacrc a CP sujet, - plmdant
que l'hommc sobre ct prevoyant prolonge H'~
jours et moissonne sur la route de la vie une
grande somme de bonheur !
C'est a la generation, deja penchant vcrs le
declin de la vie, de !'oumer dans l'esprit de celie
encore a son printemps, tous ces grands prin-
cipes de vl'rite, Ce sem la, assurement, Ie plus
bel heritage qU'elle pouna leguer a ses nom-
breux enfants !
PETIT-ALBERT. 113
LIVRE CINQUIEME
APPENDICE.
Petit Recueil de quelques-uns des Merveilleux
Secrets de h Nature, de la: Med~cine,
de l'Industrie, des Sciences
et des Arts.
PRElHlimE PARTIE.
Secrets pOllr se {aire aimer, s' embellir, se rajellllir
et se 911crir soi·meme.
Afin de donner pIns d'interet a n?tre petit
livrE', nons avons em it propos d'y uJonter un
choix de quelques-uns des merveilJenx secff'ts
de la nature, de la medecine, de l'indnstrie,
des sciences et des arts, que nons a vons re-
cneillis dans dilferents auteurs dont la veracite
ne pent eIre mise en doute.
Comme il va sans dire que de jAnnes amon-
reux s'attendent a ce qne Ie Veritable Petil-
Albert devra lell!' faire connaltre Ie secret de
se faire aimer, nous allons donc commeneer
par celui-hl. II nons semble deja entendre pal-
piter Ie comr dn jenne homme ct de la jeune
fille ala seul pensee d'obtenil' un pareil secret.
Le voici :
Secret ponl' se /<til'e ai""'J'.-Le seul, l'unique, Ie
v~l'itable beer"t ponr se fail'e aimer est loin de con sister
daM les philtres plus ou llloins bizarres que tant de Jlilt-
114 LE Y £IUTABLE
giciens ont enscig-ne:l. composer avec des herbes ou d'au-
treo substances dil""r,e,; ce secret cnnsiste tout simple-
ment :l. savoir mettre en pratique Ie veritable art de
plaire qui lui-memc renferllle plm;ienl's conditions, telles
que Ie soin de S/I. persouue, la bonne cond!lite et I'amour
dn travail. En cffet. toutes Ie,; foi,; qu'on pourra dire
d'un jeune hOlllme: it est propre, il se tient /,i"II, it ut
bon /MI'((illcllr, il est "allg", ecollome, ric., il piaira in-
failliblement. et il ne sera jaman.. repollsse d'une Illaison
hunnell', s'il s'y l'rescllte en vue de eontracter une al-
liance.
II en sera de meme d'une jeune fille : 'si elle est douce,
In,,,!,,,te, la],orieu.", et '1'1'elle ait soin de se teuir pro-
prement, avec uue ele,~'autc simplicite, sans coquetterie,
elle attirent plus sun",}cnt les' regards et captivera lea
creura. U ne telle persoune ne manquera pas de trouver
de bonne heure un excellent parti, et Hi elle sait a'atta-
cher it un homme qui 1"""',,1c les qualites que nous
avons indiquces, elle cst siLrC ,rHre henreuse en menage.
POl/'r g,ui,-ir 1-, p<lssio1t de l'amour.-Si vous ressentez
nn fol et yiolent amour ct que vous ayez reellement la
ferme volonte de YOUS en dcbarrasser, eloignez-vous d'a-
bord de votre passion, chassez J'oi,il'cte, occupez-vous
scrieusement de travaux penibles ou s.;ricux; veillaz,
suez, fati:cuez et pur~('z·YOU,' deux ou trois fois. En
a~iS5ant ain,i VOllS aurez bien tOt oubli.! votre amour et
votre esprit recouvrera Ie calme et la paix.
Pour rewIre les joups ,'crmPIl/ps et colorles.-On les
frictionne avec de la racine fl'aiehement eueillic de gre,
lIuuilkt, plante qu'on nomme sccau de Salomon.
SC<'rPl pour U,lItchir Ie visage. - Prenez un blanc
d'oouf, battez-Ie dans un vase de ferblanc jusq~'a ce qu'il
"cume et se tourne en eau; delayez dedans nnc demi-
once de miel fi!l, melez-y deux grains de .if-argent pul-
Yerise, Le SOIf, au moment de vous coucher, prenez
de cette eau avec la main ut f'r<,ttel.-\'Ous-cn Ie visa!!e.
Le lendemaiu matin vous YOUS la.cn·z avec de l'eau de
fontaine, et vou. aurez Ie Yisage trc:;.-blanc et tri:s-bril-
lant.
PETIT-ALBERT. 115
POUI' rend,.e le visflge ct le" mains d'"ne eel"I'lllte
bhmclteur et J/une dU/fccllr agrcaule. - Faiteq macerer
de la mie de pain dans du lait; ajoutez-y quelques
tranches de citron, un blanc d\J.'uf battu, un peu de
camphre et un peu d'alun pulveri;", et lavez-vous avec
cette enu.
Pou'/' j'aJeunil' Ie I'iSllgc. - Prcnez cau-de-vie deux
onccs, eau de fieur" de fe\'c, 'Iuatl'e onces, eau de roses
quatre onces; mGlez Ie tout en a!!itunt iortemcnl la bou-
teille, et chaque matin mcttez un dellli-verre de ccltc
liq1\eur dans un velTe d' eau, pour vous en laver trois
Ibis de suite Ie vi,a"e.
POltJ" jaire (ZiSP(ffO/tI'C lr:s rilles duo ,;i;';(fge ct 1,'s inU/,-
qlles de III pet ill; ,.,!/,01", - Fait"s fundre un peu de cire
blanche de baleine, melez-y unc deUli-once d'eau de rose8
et quelques gouttcs de buume de Tolu, et etcndez-eu
Bur Ie visage en vous couchant. Lc lendemaill essuyez
legeremcnt.
POlLr fa ire rlisprn·(('ltrc le,r; rmISSCll}'.<) rlu I'i.-;n!lf'.- TIat-
tez deux oouf.q aYee Ie jus d'un e;tmn, ".i,mt('z ..\" un tant
soit peu de vif argent sublime et I"vez-ell les taehes.
rour 9ulll'il'1(lj(fnnisse lli,plo,.. iJ1I'airee.-Prcnez des
feuilles de lIoyer "echees et rc'.]"il,," en poudre, int'usees
pendant une lIuit dans un petit Yene de vin blane 'lue
vous prendrez Ie matin Ii. jean.
]>oHr se trlfllsj'ol'mo' lc visage.-Faites lnacerer pen-
dant quatre Oll ':;11,/ jours. dall" du \'inai~Te, des "corces
do nOlx Ycrtes et des ~rcnadesl frottc:&-vou~'-en Ie \'i~a,!.!.'e,
et, pendant I'Ju';"lII:'~ jours, vous ressemhlcrez Ii. un
n~l,(re ou it UIl muliitre.
Pour fuire tlfIt't'lI/I' les cltetCIlX 1I0ll'S et tre.<.:.-lu'Tlgs.-
Prenez un lezal'll vert., Mez-Iui la 10te et la queue, faites-
Ic ouire dans I'huilc et oi~llez-\'ous-ell les ~heveux.
Pour arreter ,,, chute dls clll'rnr.1'. - Fnit('~ rotir sur
des charbons ardents de la niclle 'Inc vous pilel'ez et
passel'cz au tamis; puis vous la meleroz avec de I'cau et
vous VOliS cn laverc~ la tete.
H6 I.E VERITABLE
lJ,wi' j:lI"re derrn/r les rhrl'ell,"C ('1'fpus I'f fi~;s;s-On
'e fa",' 1:1 tHe et on I'enduit d'unc piite COIlI!,"":C de
cendres de chataignes et de miel.
PUIII' changer a volo,,'. l" CQul,ur des chereux, - En
se les frottant aycc de I'huile de micl YOUS les aurez
blouds' en les iayant avec de Ia lessiye dans laqucllc
YOUS faites fondre de la litharge, YOUS les aurez noirs,
POll I' empecher Ie. ('he!'ell:e tT" b['lIlchil'. - Millez un
peu de lithar~e ou dc !oulfate de fer avec de l'huile l't
lavez-vous-en la tete tous les soir~ pendant une semaine.
Pour flire croilre promptem"nt l" burl,,, el lei 1110'118-
tacl,,",,-FrictiollneZ-YOus avec de l'eau de miel et de Itt
[(raisse d'anguilles. On se sert aussi dc ce proccde pour
faire croitre les cheveux,
Pour ('nlmer l'int/antmalion des yellx et fortifier la
vile. - ~I,'k7, :\ une chopine d'eau de riviere quinze
gouttes de sulfate de zinc ou couperose blanche et cinq
prises d'iris en poudre; secouez-en la bouteille, laissez
reposer deux jours, passez au tamis de ,oie et baignez
I'reil malade dans ccttc eau ; vous serez promptement
gucri.
Secret pour 911frir la faiblesse de la 'vue, - ~rett.,z
dans une bouteille de verre des foies ou des intestins de
gougeon. de ri"iere; exposez :l. une douce chaleur du
solei!; ils se cooYertiront en une liqueur jaune et bui-
leusc qui cst un rculI,dc excellent pour la faible",e de la
vue, lorsqu'on I'applique sur les yaux,
POllr guerir "l rh:ife iljl·lIlIIl)l'~/",.-Pl'Cnez deux cuil-
leree, d'buile d'oli\,ci; et une cuillerce de "in"i~re de "in
distill':; battez·bien p"ur en fairc un lillimen't; prellez-
en :wee un pineeau en poil de blaireau et passez-en
quatre fois Ie. jour ,ur les yeux en e(:~rtant les panpieres.
(l'e remMe a etc prescrit par une >ulIlllanbule.)
Pour rendr. les dents "'une 1,/",,,1',"r lela/onle ct
dOn1lPr it IfI Louclu! nne SUfl/'t' odeui'. - Faite~ brfHer la
Illie d'un pain d'ol'ge que vous aurez sale et dans lequel
PETIT-ALBERT. 117
vous aurez petri du miel, vous vous frotterez leR den t8
avec cette poudre qui leur fera aequerir une eclatante
blancheur, en me me temps qu'elle vous connnuni,!uera
une haleine d'uue agreable odeur.
Pour gue.·ir a l'illslallt meme les maux ou rages de
dents.-l'renez des feuilles fi'aiches d'eclair ou cheli-
doine (plante tres-ColUlllune), frottez-en les dents et les
gencives, machez-en ; failes plusieurs fois cette me me
operation; et vous serez gucri. Les dents g-:ttees tom-
beront par la suite, et les saines seront garanties de la
carie.
Secret merveilleux pour gue.·ir les IIIflllX de dellis par
Ie sc"Z attoltchement. - Prenez un ver qui \"it dans la
tete du chardon, ecrasez-Ie dans \"os doigts, entre Ie
pouee et l'index; laissez secher \"os doigts avant de 1,8
laver. Vous eonservereZ' longtemps la propriet,; de guerir
Ie !Ual aux dents en les touehant avec ces deux doigts.
(Ce Hecret vient d'un vieil ermite.)
Pour guerir Z'ceO/,lement pllrulent des oreillcs.-Ins-
til!ez dans I'oreille purulente de I'urine chaude d'un en-
fant. Ou bien encore appli,!ucz sur l"orcille une pomme
mure cuite et lin pell ouverte a son SODlmet, Ie soir ell
vons couchant, et Ie matin VOllS y trouverez un ver.
Po",,. g1l6,.ir les lIUWX c/'oreillcs.-F"ilr" fonure dans
Itt bouche du sel de cuisine, inclinez la tete dll maladc
tantOt d'~n cote, tantOt de I'autre, instillez dans Ic,
oreilles votre saliye sa lee ; il rendra, par les oreillc, ct
par Ie nez une (I"antite de matieres qui Ie soulageront
tont de suite, et il sera promptement guel~.
POWI' guerir la surdite.-Instillez tous les soirs dans
l'oreille deux a trois gouttes d'huile d'amandcs aUl~res,
jusqu'iL parfaite guerilOOn. Ce remMe tait sortir la pollr-
riture gui obstrue I" membrane du tympan, ct Ie rctablit
duns EOIl etat normal.
Pour (aire sortir des oreille.9 les ·illseelcs 'lui s!J 80llt
ilftroduits. - Lorsqu'tln illsecte quelcollque s'est intro-
duit dans l'oreille, il faut y injecter de ouite de l"huile
118 LE VERITABLE
chaude; ce 'lui fait sortir auseitOt I'inseetc qui serait
cau'e de graves neeidcnt.~,
Pour gucr,:r tUlff de suite III migrffinr.-Prenez nes
marro,,,-u'l,,de (hlo-u'lnue) ",tis et red"its en poud,'e,
en guise de tabae, une priso Ie matin, et une autre Ie soir,
Pour !J""rir 1'I'oml""'''tl1t le "hu'r"e de cervC<lIf,-
Prencz suiI' de chandelle, rhum ct lIoix llIuscade, faites
fondre sur Ie feu Ia chandelle dall" Ie rhulU, ajoutez la
lIoix r:q)ee et [lites du tllut ulle pOIDmude dOllt vous oill-
drez: lOla poitrine que YOUS I'l'COUVl""'cZ dO' papier
brouillard; fl'oltcz en,uitt' tonte la 1.. 1" d I" fi"nre "n'C
ce remede chand, et cllveloppez, Cela fhit trall'pirer,
moucher et cracher; Ie lendelllain, on ~e trouye extr;)-
melnent soulage, si l'on n'(',-.;t pas gueri.
POllr .9/tl,rir 1es r/umerc., de 1fl figure.- (-cor .. t qui a
coo.te :~,(!OO fralles :\ un reli~ieux.)-l\.rN'"ie ell Iloudre
cinq ."rai"s, cinabre vin~t-cin(l grains, savaHe bruIee
une pincec. On fait rougir un peu Ie cinabre ell I'expo-
sant au fcu dans une cuillere de fer; on ajoute en suite
rar.'cnic et une I",mne pincee de savatte brillee. Lorsque
Ie tout est bien mel" on Ie consorye dans un fbenIl bien
bouche pour <:11 bassiiIer Ie challcrc 01 en mettre dessus
par compresses cluatre au cincl foislc jour_
Pour 9uerir f,> m·,l dr gorg".-Faitf'-"': 1;af,!!ariRcr Jp ma-
lade avec Ja dcrortinn de rouille. rJ,. chevrc-feuilltl' j on
j njoutc un IWIl de miellor:iqu'i1 y a ulcl!ration.
}>'JIU 9puir et ({n·aU" le cr((d~eIlH"nt de ""'"/1q.-l~I:
duisez en poudl'c des cOfluiiles de noisettcs ,~d,,:e, au
soleil, I'asi'l'z-I",; au tam is de soie et conservez-Ies dans
un flacon rt i'abri de toute humidite. La dose t'.<t d'un
groB qu'on prend'dans un bouillon ou de I'eau pUre, On
la renouvclle chaque fois qu'on voil Ie sang revenir_
PUll/' guerir Z,l poitJ'ine grrtsse d l'.a...,.t7ttnc. - Faitc8
bouillir dans quatre verres d'eau, que vous lai<.,crez re-
duire it t!'Oi" six onees de sncre eandi jaulle, Prpnr'z
un verre Ic ,nir, un Ie matin, ct Ie tl'oisielllc, Ie i'eeond
soir en vous couchau L
PETIT-ALBERT. 119
Ponr guer;,·lr., m,,"x d'eR/omoc. - Le malade doit
prendre une forte infnsion de ehieoree amere Ie matin
Ie midi et Ie soir. '
Secret ponr supporter longtemp8 la /uim et h, soif
Bans en nre illcolI/llwde. - Prenez de l'ail ou du bit
eaille de jument, on de l'oirynou marin que l'on nomme
squilJe, I'nn ou I'antre a la ~ncme eflieaeit<i. Cette me-
thode a souvent ete employee dans les siMes des villes
pendant des temps de famine. " ,
Pour gucrir promptement ", coqnelllclte.-Battcz en-
semble plusienrs blancs d' (('uE;, ajontez une once de sncre
ponr chaqne blanc d'ami; laissez reposer; il en re8ul-
tera un sirop dont vons donnercz nne cuillerec it l'enfant
apres chaqne r[ninte. Le malade sera gucri en moins
de troiM ou quatre jonrs.
POn'1" guirir 1('..; concltlsif)HS ()c('(fs;onu/rs par l(,3 1'('l's.
-Imbibcz d'cs,,"cncc de thCrebenthine les barbes d'unc
plume, couvrez la bonche de l' enfan t avec un linge et
passez la plume sous charlue narine, Irottez cnsuite Ie
creux de l'estomuc avcc la memc plume; l'cnlunt 1'e-
viendra anssitot et les convnlsions cesseront.
Pou'r guo ..ir lo f,n,i" on I'N solitail'e-Pendant deux
Ie malade nc sc nourl'ira que d'ulle petitc ,[ualltitC
JOUl'S
de soupe Clairc; Ie troisieme jour, Ie matin, dans J'es-
pace d'une au deux heurDs, il boil''' abolldummcnt d'une
decoction d'ecorce f'miche de racincs de grenadier dans
deux livres u'cau reuuite :1 une livre .
. Pour 911crir promptcmcnt lcs rrdi'L/(I's.-Pl'cncz ,une
(!uantite suflisantc d'herbes appclce vulgaircllIcnt heruc
nOllee, enveloppez·\'ous-cn les pieds, ct la colli'lue ces-
sera aussiWt.
Pour gllerir la constipation (! rillsf",,! memc.-
Quand la constipation est opiniiitre, iT faut appliqner
un sinapisme au bas de la colonne epiniere :1 la region
lombaire; Ie malade evaeucra deux hcures "pres, ct il
sera gueri.
Pour guerir les doulcurs de ,·huTltatisme. - Prellez
120 LE YERITABLE
deux onees de beurre frais, avec un dcmi-\-errc de
honne ean-de-vie; incorporez I'un avec I'Dutre, frottez
la partie donloureu,c avec cettc pommade en VOUB tenant
del-ant Ie teu; enveloppez cnsuitc avec une f1anclle
chaude, et la douleur disparaitra.
POllr 911erir les rII1LJJUlfiSJ}l('.s cltroniqllcs.-Prencz des
feuille~ de fougere de quoi taire un matelas sur lequel
vous concherez jURqU':l. votre guel'ison qui ne se laissera
pas lon,,-lL'lIlp.- atteodre.
S"ad pOll I' g,"'rir 1'1. .luII·al!!"ie en quelqlles "clIl'es.-
Prenez de bonne cau-de-yie et du sayon :l. hl\'er; faites
chauffcr l'eau-t1c-yic; byez·en bien les articulations et
la partie paralysee, frottez aveC du savon jUSf!u'a cc
'Iue la partie soit couvcrte d'une mousse savonneU8e;
trempez en suite une f1anelle dans cette ean-de-vie, ap-
pli,!uez et reoouvelez ce~te application au bout dc deux
heures.
POllr g""l'il' la effurt., d(ms lesl'eills, remede prompt
rt i"f,,·Uible.-Prenez de la filasoC', deux ou trois blancs
d'reufs que YOUS Hendez sur ]a fila",", soupoudrez ayec
de rencens pulverise, arrosez d'un peu d'eau-de-vie et
appliquez sur la region lombaire.
POlll' gltel'ir la brulures tres-graves. - Prenez du
blanc d'Bspagne passe au tamis de soie et de I'huiJe
d'olives en quantite suffisante; faites une pommade ou
liniment clont vous oindrez, av('c les barbes d'une plume,
la partie brflIee. ('e remede a gueri des brularcs tres-
graves que des medecins n'avaient pu gucrir.
Pour flire di"p(lwilre les /,crrue.,.-I! faut lesfrotter
avec du sue de joubarbe ou avec des feuilles de sarrasiu
ou ble noir.
Pour 9"irir la te'gllc.-Prenez un pain rond tres-
chaud, sortant du four; coupez-Ie en deu~ par Ie cote'
appli'{uez une des moitie.; en forme de calotte sur I~
te~e du .malade. Yous lai"crez ce pain jus'lu';" 'ce f!u'il
"(,,t froId.
rOUT glU!rir leo cnVJf;;G,; des pilei.; OU del; mains.-En-
PUll-UDElll. 121
ve10ppez la partie maladc d'un cataplasme de persil
qu'on allra fait cuir dans I'llrine. C'est un tres-excel.
lent remMe.
Pour gutrir la con ...,tX pied3.-Faites bouillir uno
pressme de veau et lavez·vous-en Ies pieds plusieurs
jours de suite, apres avoir coupe vos corso
Pour gutrir res durillon. et les cors.-Faites macerer
de la queue de poireau ou des feuilles de lierre dans de
fort v.inaigre; appliquez-en matin et soir pendant plu.
sieurs jO'lll'S sllr lea cors ou durillons, etils seront bientOt
deracines.
Secret pour 911,,1"1' les panaris.-Enveleppez Ie mat
avec un ver de terre vivant, que vous laisserez jusqu'a
ce qu'il soit entierement de.seeM et Ie mal sera gueri.
Pour guerir les cleus ou furoncles.-Delaym: de la fa·
rine ordinaire avec de l'eau jusqll'a, consistance de pate
molle, etendez de cette pate sur un morceau de toile
assez large pour recouvrir toute la partie enflammee;
oignez la .p6.te avec de I'huile d'olives et mettez au mi·
lieu un peu de floor de Bafran; appliquez sur Ie mal,
VOIlS eprouverez uu prompt soulagement. Changez rem.
platre deB qu'il a durci.
Pour de/ruire le cl/l,troon et ie cancer.-Faites sur la
pustule maligne une Iegere incision crusiale Bans I't!·
tendre plus loin. On fait em suite dissoudre du sel dans
du fort vinaigre et on lave la plaie avec la solution.
Cette lotion enlilve tout Ie venia, la plaie ceBSe d'etro
noire, elle devien t nette et se cicatrise en fort pell de
temps.
Pour gutrir prornpfement les engelu1'e& avec creva8S1'S.
-Lavez·les avec du lait doux dans lequel vous avez
fait fondre un peu de sel blan{l en poudre.
Secret merveilleux contre la rage.-Faites bouillir et
cuire dans une pinte de lait une grande tasse de fcuilles
de rkue une tasse de feuilles de buis et neuf feuilles de
Bauge. 'Cette boisson cause des malaises, des vertiges,
des tremblements et provoquc nne sueur froide de deux
a trois heures, apreb laquelle Ie malade sera gueri.
F
122 LE vtlllTABLE
Secret admirable pour gllerir l'hyJropi'ie a l' ;n$lant
---Faites infuser dans un verre de bon vin blanc nn bou·
quet dc feuilles d'artemi,c, gros comme un bouquet dE
violettes. Coulez et faites boire au malade. Au boui
de quelques minutes iI rendra toute I'eau qui Ie gene. II
ne faudra lui donner i manger que deux heurcs apris,
iI sera entieremen t gueri.
,'I,cret me:rveilleux pour arqnirir 1a In,j,,ance de
gulrir tOllteo 1.. dOllle:ur8 en genera1.-Au mois de scp-
tembre, prenez une taupe vivantc, etouffez-Ia. dans vos
mains, ouvrez·li en dcux et frottez·vous les mains de
son sang; mettez ensuite des gants de peau que vous
conserverez pendant vingt-quatre beures, sans laver
vos mains. Ce temps eeouIe, vous pourrez oter VOB
gants et vous laver les mains. Par ce moyen vous aurez
acquis la puissancc de guerir toutes sortes de douleurs
en appliquant la main dcssus. On conserve cette fa.
culte un an ou deux; il faut reuouveler la merne opera-
tion tous les ans. (Ce remede est rnagnetique.)
RemMe inJailliblc con Ire l'ivrognerie. - Ne servez A
un ivrogne que des aliments impregnes d'eau-de-vie,
mais dans une proportion sullisante pour que I'odeur et
Ie go(lt en soient prononces; apres lui avoir £~it Bubir
un pareil regime pendant quntre ou einq jours conB4!cu-
tifs, I'ivrogne Ie plus entett! deviendra forcement d'une
sohnete complete et constante; ne pouvant plus alors
supporter I'odeur des boissons alcooliques sans eprouver
un profond dego(lt. Que les Cours de Recorder eB8aien'
plutOt de ce remMe aupres des nombreux enfants de
Bacchus qui les visitent cbaque jour. (Le Veritable
Petit-Albert. )
Secret pOllr jcruir toujOllr8 d'une bonne ,anli.-On de-
mandait i un medecin octogenaire qui jouissait encore
~e l.a meiIIeure.sante, comment il faisait.P?nr se porter
81 bien: «Je VIS de mes remedes, repondlt-t1 et je n'en
prends pas. ~ Nous ajouterons, nous eomr:,e comple-
ment: Soyons toujours d'une grande' sobriet6 en toute
chOllC et ne permeUQns jamais a I'ennui aux peines et
MUcis de resider au mi)ieu de nous. '(Le Veritable
Petit-Albert. )
PETIT-ALBERT. 123
Secret po,,,' bien envisager la 1lwrt et 8e familiariser
allec eUe. - Voici comment CMteaubriand defiuit les
deux points de vue differents sous lesquels I'inseuse et
Ie sage envisagent la mort: •
(II Y a deux points de vue d'ou b mort se montro
bien differente. De r Ull de ces point~ vous apercevez la
mort au bout de la vie, comme un f'antOme a l'extremite
d'une lon~e avenue: elle vous semble petite dans I'eloi-
gnement; mais a mesure que vous en approchez elle
grandit; Ie spectre demesure fin it par etendre sur vous
ses mains froides et par vous etouffer,
» De I'autre point de TUe la mort parait enorme au
fond de la vie; mais a mesure que vous marchez sur
elle, elle diminuc, et quand vous ctes au moment de la
toucher, elle s'evanouit. L'insense et Ie sage, Ie pol-
tron et Ie brave, I'esprit impie et l'esprit religieux,
l'homme de plaisir et I'!tomme dc vertu, voicnt ainsi
differemment la mort dans la perspective. »
Le lecteur sense comprendra de suite quel est celui
de ces deux points de vue qu'illui reste a choisir pour
bien envisage.. In mort et se familiariser avec elle. (Le
Veritable Petit-Albert.)
Secret important ponr 8e gull'i,' soi-mhne.-Quoique
toutes les recettes qu'ou vient de lire, concel'llant la me-
decine, aient "te extraites des reuvres des meilleurs pra-
ticiens, entr' autres des note" ruanuscrites du docteur
Gardey, ancien Chirurgien-Major dc la Marine et des
Colonies, du gouvcl'llement fran~,ais, par Ie professeur
Victor Doublet, auteur d'un grand nombre d'ouvrages
d'histoirc, de morale, de mathematiques, de sciences, de
litterature et d'cducation, nonobstant eel a, nous croyons
devoir dire il. toute personne qui scrait dans Ie cas de se
servir de la plupart de ces recettes d'user toujours de la
plus grande prudence.
Par exemple, un remMe peut etfe tres-efficace pour
guerir certaine rualadie, lorsqu'il est employe il. propos,
tandis que Ie meme remede peut devenir dangereux en
l'employant soit trop tOt soit trop tard, Ou bien encore
une personne se croira atteinte d'une maladie qui en
sera une toutc autre que celle supposee; alors, elle pren-
dra un remMe tout a. fait contl:aire U. sa veritable lIlala-
12~ LE VERITABLE
die, et les effets d'un .pareil traitement peuvent etre
encore tres-fatals au patIent.
Pour obvier a cet inconvenient, il sera donc toujoura
sage et pruden t 'tie consulter un bou medecin pour con"
naitre d'abord Ie veritable caraclerc d'une maladie quel-
conque, et ~avoir ensuite it quoi s'cn tenir sur les reeettea
qu'on devra employer. Ainsi tout Ie secret pour se
guerir soi-mcme comiste a savoir user avec :l. propos des
remedes indiqu~s dans cct ouvrage.
Toutes ces recette., d'ailleurs, ont eW expcrimentees
et soumises au cren,et de la science a Paris, avant que
d'etre livrees a la publicite par Ie professeur Victor Dou-
blet, et elles sont pour la plupart reconnues comme effi-
eaces par les hommes de \'art, tant du Nouveau que de
I'Ancien-l\Ionde. (Le ririt"bl~ Pctit-Albert.)
Secret pOllr Iwnnnrritre le$ medccincs dcs ch"rl"tfl/l$.
-Chaque fois qu'on lit dans les journaux ou gazettes,
soit parmi leurs annonces ou leurs matieres it nouvelles,
qu'un remMe guerit de tous maux, depuis Ie cholera, la
constipation, les maux d'intestine, la diarrhee, les he-
morrhoides, l'indigestion, les maux de poi trine, la dy8'
pepsie, les douleurs du foie, les maux de tete, la toux, Ie
rhume, l'influenza, l'inflammation, les maladies des
femmes,la goutte,les fievres, jusqu'it ressusciter presque
les morts, etc., etc., defions-nous toujours de ces reeettea
qui promettent ainsi de guerir toutes les maladies du
genre humain, fussent-ellcs memes toutes reunies dans
\'ctre d'un seul individu.
Qu'on se rappelle sans ce~se que Ie but de la plupart de
ces charlatans n'est pas tant de guerir ces maladies que
de s'enrichir. D'ailleurs, peu importe ,\ tes h5.bleurs
la gucrison de leurs dupes pourvu (IU'ils debitent leurs
drogues et qu'ils moissonnent deM pia&tres en abondance.
Aussi quand un Yankee veut realiser une fortune 00108-
sale a~x .Etats-Uni", et qu'il a a. sa disposition lea capi-
taux lDdlspensables pour annoncer a grands frais une
pretendue decouverte merveilleuse, il invente un ra-
mede que!conque qu'il offr~ comme pouvant guerir toutes
lee maladIes en general; tl fera r';peter un pareil men.
songe a son de trompette, surtout par la presse ameri-
caine, puis vogue la galere vers Ie port do la fortune.
PETIT-ALBERT. 125
Si I'Americain ne reussit pas suffisamment dans son
coup d'essai, il n'a souvent qu'a chann-er Ie nom de ses
drogues po,!r obtenir un succes fouo: Bucces qui est
pre~que touJours dil aux nombrcux puffs publics dans
les Journaux, plutot qu'a l'efficacite des medecines de
ces charlatans americains. Est-ce Ill. un des produits des
lumieres regeneratrices tant vanWes du XIXe siecle?
Si I'on ItVuit a juger de I'etat sunitaire des peuples de nos
jours, d' apres les annonces de medecines de tout genre
qu'on rencontre i1 la quatrieme page de la piupart des
journaux, ne pourrait-on pas conclure que l'huruanite
tout entiere est en souffrance et qu'elle marche a grands
paJ! vers son aneantissement? (Le Veritable Petit-
Albert.)
DEUXIEME PARTIE.
Secrets pOllr se recreer et s'inslruire sur des clloses
concernant les differents metiers, l'indlistrie
agricoie, elc., etc., etc.
Pour f,dre de 1'01' sans or.-Prenez du suc de f1eurs
de safran sec en poudre, uutunt d'orpiment; jaune non
terreux; broyez Ie tout ensemble, mettez-Ie en digestion
dans un fumier et trois semaines aprcs servez-vous-en
pour dorer.
Pour fa,-,.e 1'01' "wte a l'huile sans or. - Prenez de
l'ocre jaune, un peu de terre d'ombre, du blanc de
plomb et de la mine; broyez Ie tout avec de l'huile
gras&e, et vous pourrez dorer ce qu'il vous plaira.
Pour dorer sans or.-Pulyeriscz et incorporez avec
un jaune d'reuf deux onces de mercure, une once de sel
ammoniac, et mettez Ie tout dans un vaisseau bouche
au fumier chaud pendant vingt-quatre jours. Vous
pourrez, avec cette substance, dorcr des cadres ct tout
ce que vous voudrez.
POllr netto.ver et blanchir l'argenterie. - Prc~ez
quatre onces de sayon blanc, ritpez-Ie dans une chopmc
d'eau chaude i dans un. autre vase, mettez pour quel.-
t26 LE Vf;RITABLE
ques sous de lie de vin en pain, avec une autre chopine
d'eau chaude; et dans un autre plat enc~re, pour q~el
ques sous de cendres gravclees avec aU"l une choplDe
d'eau chaude j ensuite, prenez une brosse que vous
tremperez' 1° dans la lie de vin; ~o dans la grave!ee j
3° dans I~ sa von; vous en frotterez l' argen terie que
VOUB laverez ensuite dans l'eau chaude et essuierez avec
un linge sec. Elle sera comme neuve.
POUT nettoyer le Clli"re el I,' mellr" It 'le1(f. ~Il·lez et
agitez dans un flacon deux gros tl'n"ide sulfurique, un
groB de noir d'ivoire, un gros d'alull el trois onces et
demie d'eau filtree. On mouille un linge de ce mt!-
lange et 1'011 frotte Iegerement I'objet qu'on veut net-
toyer, puis on l' essuie fortemen t.
Pour argenter 1e cuivre.-Reduisez en poudre une
once de zinc, un gros et un tiers de gros de mercure su-
blime j poudrez-en et frottez ce que vous voulez ar-
genter.
j.\j/~n·ef pour tremper l'acier, de 11lflr1.ierp qu',a pui~~e
rouper le }·r comme Ie plmnb.-Tirez par l'alambic l'eau
d'une certaine quantite de vers de terre; melez:L cette
eau autunt de sue de raifort, et vous y cteindrez quatre
:.. cinq fois l'acier bien embrase. L'acier ainsi tremp.!
sert it faire des couteaux, de, epees et d'autres instru-
ments avec lequel on peut couper Ie fer aussi aisement
<i lie du plomb.
Pour am"llir et adouci,. ['acier.-Prenez du fiel de
beeuf, melez·y autant d'mine et autant de jus d'orties,
faites rougir l'acier au feu et eteignez.le einq ou six fois
dans cette !iciueur, il s' amollira comme du plomb.
POllr convertir 1e fer en (lr;a de Damas. - II faut
d'abord Illi uter son aigreur ordinaire Ie mettre en li-
maille, Ie rougir dans un creuset ct l'eteindre plusieurs
f?is dan~ l'huile d'ulin,; oul'on aura deja eteint plu-
sleurs fOIB du plomb fondu j on couvrir .. Ie vaisseau
aUBsitOt, de peur que J'huile ne s'enflamme,
PO'IIT com'ert;r 1e fer en cuivrr.-:llettcz du vitriol en
poudre, distillez-en l'esprit pa\' la cornue, relevez lea eo-
llrits sur Ill. tete morte, plongez-y et etcigne& des II\-
PETIT-ALBERT. 127
mines de fer ou de la limaille rougies au feu j peu A. peu
Ie fer se eonvertira en cuivre.
POU1' preserver lefer de 1a rouille.-Faites-Ie chauffer
jusqu'a ce qu'on ne puisse Ie toucher sans se bruler,
puib frottez-Ie de eire blanche neuve et remettez-Ie au feu
pour lui f"ire absorber la eire. Essuyez en suite avec un
morceau de serge, et jamais il ne se rouillera.
Pour rendre 1e fer auss; blanc et alt•• ; brillant que
l'm·gent.-Miilez dans I'eau fl'Oide egales parties de sel
ammoniac en poudre et de chaux vive, faites rougir
voke fer i la forge et faites-Ie "teindre plusieurs foia
daus cette eau; il deviendra blanc comme l' argent et
vous lui donnerez Ie poli.
POllr faire une ealt qui dore parfaitement le rnivre et
l'airain. - Dissolvez dans du vinaigre distilJe egales
quantile de vitriol vert et de sel ammoniac; evaporez
Ie vinaigre et mettez a la cornue pour distiller; con-
servez Ie proJuit de b distillation et eteignez dans cette
liqueur Ie cuivre bien poli, vous I'en retirerez admira-
blement bien dore.
Pour fa ire ulle ealt qui dore 1e fa.-Prenez une once
de couperose blanche, une once d'alun blane, deuxgros de
verdet, autant de sel commun; mettez Ie tout Jans une
houteille de verre bien luttle avec chopine d'eau de ri-
viere; faites bouillir et rcduire it moitie et bouchez bien
la boutcille de peur que I'eau ne s'evente. On fait
rougir Ie fer et on I' eteint dans cette eau.
Pour oonserver l' eclat des m'mes-Frottez-Ies de moelle
de cerf; ou bien detrempez de la poudre d' alun dana
du fort yinai,:;re et frottez-en les armes, elles He conser-
veront toujour; tres-Iuisantes.
POItr donnel'au:eamu:s ulletl'empe I,·es-dure.-Prenez
sue d'orties, fiel de boouf, urine d'enfant ou vinaigre
tl·es.fort avec un peu Je sel; incorporcz Ie tout ell-
Remble et trempez-y Ie fer.
Pour augmenlel' 1a force et la portee des balles.-I1
faut lea tremper dans I'huile avant de les introduire
dans l'arme ;I, feu. On II tlprouvtl aussi que les balles
128 LE VERITABLE
graissees aveo du lard percent les cuirasses les plus so-
lides.
Pour appliquer l'or et l'argent our 1e bois.-Teignez
Ie bois en noir, mettez un peu de gomme adrngante dans
une assez grandc quantite d'eau, detrempez-y I'or.ou I'ar-
gent en coquille, couchez de cette eau un peu claire In'elt
un pinceau sur les endroits des jours de votre ouvrage,
et ponr les ombres prenez un peu d'iDde broye avec de
l'eau de !!:omme arabique tres-claire. Ensnite passez un
vernis siccatif d'huile d'aspic et de sandarac, et faites
votre application.
Pour rendre Ie 1,oi. incombustible. - Peignez-Ie avec
une couleur verte :1 I'huile dans laquelle vous aurez melt!
de I' alun de plume pul verise et de III eendre de plom b
blanc. l\Iettez de chacuDc de ces deux substances Ie
quart du poids de la pciDture.
Pour colorer Ie boi. en 110ir poli - Broyez sur Ie
marbre ou pierre du noir de lampe avec de reau gommee,
mettez-Ie dans un vaisseau de terre, couchez-en sur Ie
bois avec un pinceau et polissez avec la dent, (petit ins-
trument en fer.)
Pour eontrefaire l'lbene.-Faites infuser des noix de
galle dans dn vinaigre ou. auront trempe des clous de fer
rouilles, frottez-en Ie bois et polissez.
Pour colorer Ie bois en or, en argent 0" en cuivre
7'Ouge.-Pilez dans un mortier du cristal de roehe, puis
broyez sur Ie marbre avec de I' eau claire; faites-Ie
chanffer dans un pot neuf, en y ajoutant un pen de
colle claire, faites sec her et frottez avec un morceau d'or,
d'argent ou de cuivre, puis polissez avec Ill. dent.
Pour onder Ie bois de noya ou de poirier.-Eteiguez
de Ill. chaux vive dans )'urine, trempez-y une brosse avec
laquelle vous ferez les ondes sur Ie bois. Quand Ie bois
sera sec, frottez-Ie avec une couenne de lard.
Pour contrefuire u.
)'(lcinc de noyer.-Passez sur votre
boi~ sept ou huit couches de colle forte, jusqu'a ce qu'il
deVienne luisant, puis donnez :1 confusion avec Ill.
brosse, des. coups .de bistre bien broyes nve~ de I'eau
PETIT-ALBERT. 129
commune. Appliquez en suite Ie vernis de la Chine.
POllr rnarln'a /" bois.-Donncz au bois deux couches
de noir :1 n?ircir dctrempcz avec du vernis, polissez, es-
8uyez et fUites ehauffer pour y mettrc du blanc dctrempe
dans un vernis blanc fait avec la laque et Ie sandarac
blancs. Couchcz Ie blanc sur Ie noir,suivant les figures
que vous voulez f\tire; laiiisez Secller, prelcz ICgercment,
essuyez, vernissez d'un beau wrnis clair, afin de con-
server au blanc tout son ecbt; laissez secher et polissez.
Pour faire Ie rn"rbre blanc Sill' le oois. - Prencz du
marbre Ie plus blanc et Ie plus be~u que vous pourrez
trouver, ca~sez-le par morceaux et calc inez-Ie au feu j
broyez-le sur une pierre de marbrc blanc et eclaircissez-
Ie avec de la ('ulle. Donnez-en deux couches, laissez
secher, polissez; rnai,; passez un linge blanc dessus
avant de polir.
Ponr fILin Ie ""'I'I'Te 110'-)' SlIr lc oois.-Faites bruler
sur une pelle rouge du noir de fumee 'Iue vous broierez
avec de I'eau-dc-vie, ei "'" ht grosseur d'un H-'U!' de uoir
vous mettrez la i!ro,scur d'un petit pois de plomb eu
grain, autant de suif de chandelle at autant de savon .
.Millez Ie tout ensemble et broyez bien, puis eclaireissez
avec de la colle bien claire; vuus en donnercz quatre
couches et YOUS polin:z.
Po III" frrir(~ un tl'f$-fort Ci1l1CHf prop1'e a ,'ncrommoder
lrs pots CIISS{.... -Prenez l'ef.:inc une once, tuilc broyt-c
demi-once, ma<;tic quatre onces, failes fondre Ie tout en-
semble et chauffez les pieces avant d'appliqucr Ie ciment.
PonT jfl.i1'e 1l1t cirnent qui rcsiste it l'CIfU pour 'rt:.-
joindre Ie,. vases orisc•. - ~Iclez bien enscmble chaux-
vive, tcre~enthine et from age mou, clont vous prendrcz
avec b pomte d'un couteau, pour mettre sur les bords
du vase que vous voulez rcjoilldre.
Pour fa'ire blanchir 111 cire.-On la fait fondre sans
bouillir dans un poclon, on prend ensuite un poe Ion de
bois que l'ou trompe dans la eire, jusqu':1la hauteur de
deux doigts et que rOll trempe aussitu( dans l'eau fraiche
pour en detacher la eire. Quancl ~on a fait pasEer aimi
pur l'eau tuute la eire, on la recueille, on l'expose sur
F*
f30 LE VERITABLE
l'herbe t\ la rosee jusqu't\ ce qu'elle soit blanche, et on
1& fait fondre.
Pour allgmenlrr 1e po;ds de In c;re.-On y njoute de
la farine de f~ye;; bicn fine. D'autres y ajoutent du suif
purifie par Ie vinaigre, mais la pn''<'llcc du suif se re-
connait aiscment quaud on goute]a eire avec les dcnt~.
POllr l"i" des clwndcllcs de su(fpurijie '1"i semUc-
ront all8si ~f'n·s d sl'Ion/ IIwi ... i dU'l'able~ que la cirt,.-
Jetez de la chaux-yivc en poudre subtile dans du .uif
fondu, la ehaux tambera au fond et Ie suifsera purge ct
aussi beau que la eire.
Pour faire un ctrapc·l'(:rllis pour leI c]"au88ures pi
les harnais, - Prenez quatre onecs de noir d'i\'oire,
deux onees de eire ,ier~c, une once d'cssencc de citron
deux gros d'e»CIlCC d~ tcrebent"inc. J?aites bouillir
pendant dix minutes,
Pour produire des I"";",,, /,lanches sur la pem, d'un
cheval,-Les maquignons be' servent de certains cosme-
tiques pour faire paraitre sur la penu des chevaux des
taches blanches au front, a la jamLe gauche, au picd
droit, etc" et leur donner plus de prix; mais ces taches
ne sont pas durables, On reIllarque que quand un
cheval a <'te gl1"ri ,rune bh-,"ure Ie poil qui renait :t
cette place cst blauc. II sullit. donc pour oLtenir des
taches blanches de raser Ie poil et dc meurtrir legcrement
la pcau du cheyal :t i'endroit ou l'on ycut obtenir du poil
blanc.
Pour rnJrunir un che'vnl.-Les Dlaquignons commen-
cent d'abord par ~onfler Ic~ sallieres d'un vieux cheyal
en les souffiaut ,\ l'aide d'un tuyau de plume apres avoir
fait une legere incision :'t la cuisse pour y introduirc un
bout de chalumeau, ensuite ib lui liment les dents.
~Iais ils ont soin de faire cette operation quelques jours
nv:,nt de m~ttr~ Ie cheva~ en vente, parcequ'il ne pour-
ralt broyer I aVOlDe en pre,,'uc,' des achewurs 8i ses dents
etaient trop fraichement limces.
r
POllr dompler" i,lsl,wl i, ,."c .."iTe I"lls /ullguellx
et ie reHlln' alls~itut 170//,( fl ·inoJfellsi/: - Faitcs-lui
man!:"r de i' orge dan. la'luelle vous aurez m.IQ Un peu
rETlT-ALBERT. t3t
de jusquiame. Si apres cela Ie cheval vous semble Un
peu trop reveur ou trop abattu, frottcz-Iui les naseaux
avec du vinaigre, il reprendru. sa iougue et sa vigueur
primitive.
Pour faire paraltre tre.'-grfls un b(13'~f "w.igre.-On
lui fait ala cuisse une legere incisiou, de manicre a ne
lui ouvrir que la peau j on passe l'extremite d'uu tuyau
de plume ou de paille par cette ouverture, on souffle
fortement ,\ l'autre extrelnite du chalurueau, et quand
on a fait cctte operation aux qualre cuisses de l'animal,
on lui donne abondamment it manger. (Cet avis est im-
portant pour les acheteurs de bestiaux gras.)
Secret assure pour g1terir l'enflure on la tympanite
des besti(lllx.-Tous les habitants des camp"gnes con-
naissent I'enflure subite qui Hurvieut souventaux breuf.~
et aux vaches lorsque ces animaux paissent de l'herhe
eneore mouillee par la rosee, ou qn'ils mangent trop avi-
dement ou en trop grande quantite des plantcs substan-
tielles telles que la luzerne, Ie lI'c,fle, Ie sainfoin, etc.
L'air ct l'humidittS que contiennent ce., herbes et ces
plantes degages par la chaleur interne se developpent
avec une precipitation effrayaute: l'animal cnfle sensi-
blemellt j la meteorisutioll gagne biento(' tout son corps j
et, s'illl'est promptemellt Breouru, il ~uccombe ,ur Ie
piturage meme. Voici Ie remede qU'il faut employer;
il n'ofhe aueuu danger, il se tl'ouve faeilemcllt 80UB la
maiu et l'cffieacite en c.,t I':arantie par de nombl'cuses
experiences. Des que l'on s'aper~oit qu'un booufou une
vache est attaqu6 de cette muhtdie, on lui fait avaler
une demi-bouteille de bit dans Icrlucl on millc de la
poudre de chasse antantqu'il en peut entr;n- daps un d6
a coudre; puis I'on met dans sa bouchc Ull petit billot
que l'on mailltient comme un mors en l'attachant aux
cornes; on fait ensuite llJarcher l'animal qui desenfle
bientOt sans autre secours.
POllr 9"e'l'i"l' promptement et infailliblement k pieti'l
des moutons.-Nettoyez tout de suite Ie pied malade,
amojndrissez la corne, vous apercevrez l'abces; il s'in-
dique par une blancheur qui se prolonge dans Ie sens de
la 101!~ueuf 4e I~ corne. On passi! une ou ue)lX fois,
132 LE vtRIHnLE
sur cette place blanche. lea barbes d'une plume imbi-
bees d'acide nitrique ou d'eau forte du commerce.
Lors de cettc application, il s'echappe une I6gere fumlle,
l'eau forte parait pcnctrer la corne, et quelques heures
apres la bete est gucrie et ne boite plus.
S,'rrPi admirable pour laire iclnre 'ps _Is sa",
poltle.-Placez vus reut's daus une bolte, sur un peu de
foin ; entretencz dans cette boite une lampe assez ar-
dente pour y entretenir constamment, pendant Ie jour
et la nuit, une chaleur toujours egale de trente-un a
trente-deux degres Reaumur, la'luelle est Ie degre de la
chaleur humaine; et ap"I" Ie .ingtieme jour, vous V4'rrez
vos poulets eclore_ II faut avoir soin de renmer les mufs
de temps en temps.
POlt" recnnnalli'es les males el 7e .• lemelles ,u,ns les
reuls d" pOille.-Les reut:. bien nrrondis des deux bouts
ne produisent que II," poules; les 'cut;; dont I'une ues
extremitCs s'allonge en pointe renferment toujours des
eoqs.
Pour animer les coqs alt combal.-Melez de I'ail pile
a la nourriture que vous leur donnerez,
Secret I'mo' ""'pecher fa poule de gratter fa terre et
."';" au jardinagc. - Chaussez-In de bas et elle Eera
forece de pieoter flue du bec; alors elle tera une guerre
acharnce aux inseetes surtout les cloportes.
Pour gll"!'i!' l"l"'jJie ,les 1'J)l"illes de basse-cour.-On
enleve avee In puinte d'un couteau la pellicule blan-
ch1>tre qui reeou\'re la langue de l'animal on lave la
plaie avec un peu de viuaig"e; on fait av~ du beurre
frais ella pellicule qu'on vicnt d'arracher une pilule que
1'0n fait a.aler al'oiseau, et il se trouve aussitot gucri,
Pour conserver Irai. Ip gibicr et lps I'Olrtille.•. -On lea
vide sans Ie" plumer ni leo dcpouiller' nn 6te aussi Ie
jabot, on lea relllplit de ble et on lea 'entouit dans un
tas de bIe,
Pour laire l'".<srr un !YIII par Ie goulnt etroit d'une
bOllleillc '''<lillO/iN: sans Ie msser. -lIIettez tremper un
Qluf pendant troIS Jours dans du fort Yinaigre; I'etirez-Ie
PETIT-ALBERT. 133
alors ~t vous trou~erez que la coque est comme du par-
chemm. IntrodUlsez-le dans une bouteille' versez-y de
l'eau, et roouf ne tardera pas a. prendre ~a forme na-
turelle.
Secret pour preserver le. legumes des 1imaces et lima-
~ons.-Peuplez un jardin de crapauds, et i1s debarras-
seront les legumes de tous les insectes qui leur sont nui-
sibles. II se fait depuis quelques annees en Europe un
commerce assez considerable de crapauds pour les em-
ployer a. cet usage. A I.ondreR, on les vend jusqu'a.
six chelin. la douzaine; a Paris, un ecu. Cela en de-
montre toute l'ellicacite.
Pour detruire tOlltes sortes d'insectes dansles potagers.
-Repnndez sur les couches et tout autour des planches
de In cendre melee de suie.
Secret pOl;r glll1'i,. 1a maladie des arbres. - Des que
I'on s'aper<;oit que les feuilles jaunissent et que Ia vege-
tation laisse II desirer, il faut Mcher la terre a environ
cinq pieds autour de I'arbre pour que les racines maladcs
puissent recevoir la composition suivante: d~layez dans
dix gallons d'eau, une livre et deux onces de sulfate de
fer pulverise, trois livre de sel commun, une livre et
deux onces d'alun de roche; quand Ie (,out est fondu
vous arrosez pres du trone de I' arbre malade, deux fois
Ie ler jour et une troisieme fois Ie lendemain. La Yege-
tation raprendra en peu de jours toute sa vigueur.
Pour qu'ltn arbre de/lt, vieltx porte des fruits en
abon,za.1Ice. - Pereez-Ie en divers endroits avec un tar-
riere ou un autre instrument, enduisez de terebenthine
des chevilles de bois que vous enfoncerez a. foroe dans les
trous que vous aurez faits, et vous serez surpris de I'a-
bondance de la recolte que vous aurez a faire.
Pour obtenir des fruits d'"ne grosseur extraordinaire.
-II faut greffer I'arbre fruitier et avoir soin de detacher
de I'arbre fruitier, au moment de la formation des fruits,
tous ceux qui paraissent peu vigoureux, afiu que la seve
nourrissiere ait plus de vigueur et se repande dans les
fruits qui promettent de venir a maturite. On doit
aussi, pendant Ill. croissance des fruits, oter soigneuse-
ment tous ceux qui sont piqut!s,
t3t U: VERITABLE
POllr ditrllire 1u in,.-t'"' qui ntfaqumt le8 arlwn
fruitt'en- U n moyen de Ics extermine~ est de faire .U~Cl
infusion de tabae avec la'luelle, lorsqu elle est refrOldle
et passec au tam is, on arrose les branches. Cette ope-
ration les nettoient des iDsectes qui les devoreDt, sans
qU'elles eD souffreDt aucun dommage.
R""rel pou,. dllrll1·,.p 1es fOIl)·mis. - La Auie de cbe-
minee mise au pied des arbres empeche les fourmis d'en
approcher.
Alllre nW/fPll.-T' ne eau char~ce d'unc forte decoction
de feuillcR de noyer, versee daDS la fourruilliere, lait
perir les fourmis.
Puur preserver lea sel/ultces rl,',< ills~ctes rt des oi.eaux
lo,.qu'on 1ps a mises en terre.-l<'aites tremper vos 8e-
menees dans Ie suc de joubarbe quelque temps avant
de les semer.
rOllr priserrer le.. ricoltes des diga.ts que Cfmsmt leo
mulots et les Tats.-On place dans les meules de ble ou
de fbin des tii!es de men the sauvage qui est Ull poison
violen t pour cette vermine.
rOllr conselover 11' bll pr"d"lIt pZ,,,ie>()'s annlu.-Il
faut I\'nt",,(']' dans ncs grelliers expo,es a tous les vents,
de peur f[u'il ne s'';ehautre, Ie reeouvrir de paille et avoir
soin de Ie remuer "ouvent. Commc I'humid·ita scule
peut Ie faire I!:ernlcr d pourrir, 00 11 soin de l'ellposer
autant que possible !lUX rayoos du solei!. Les aociens,
en usant hahilement de ces moyens, ont conserve du
ble pendant plus de cioqullnte aos .
.JfJllw,ze p",mpte ct .heile pour f'nlll'''''fir tcmleesptce
d'llerbe en fltmie1·. - Elle Be reduit a decomposer une
production Yef!'etale reccnte a I'aide de la .haux; pour
eela au f"it uo lit d'herbes fraiches d'ellviroD un pied
d'epaisseur, sur lequel on etend une eouche tres-mince
de ohaux vive broyee, ct ron continue de faire plusieurtl
couches alternatives dans Ie meme ordre. Lorsque ees
deux substances ainsi disposees ont ete en contact durant
quelques heures, la deoomposition eommeDce a Be /1Ia-
nifester .. II f~ut mc";,e uyujr win de s'opposer :l. l'in.
lIammahon qUl "n seralt la 'Ulte. en jetao~ .'.lr In m~
PETIT-ALBERT. t35
quelques mottes de terre ou une brassee d'herbe. Dans
l'espace de vingt-quatre heures Ia decomposition est par.
faite, et la cendre qui en· resulte posssede les qualites
d'un excellent fumier. Tous les vegetaux peuvent
servir a. eet usage, pourvu qu'ils soient recents; eette
Ilondition est absolument necessaire, et Ie filmier est
d'autant meilleur que I'herbe est plus nouvellement
cueillie et la chaux plus recemment faite.
Pour enivrer les poissons et les prend·l'e it, la main•...,
PJ:enez de la noix de galles orient:lle, quatre onces, une
once de fromage, trois onces de farine de feves; melez
Ie tout avec de I'ean·de·vie j faites·en des boulettes
grosses comme des petits pois. Le matin, avant rau·
rore, jetez cet appat dans I'eau. Trois hemes apres
vous revenez a I'endroit ou vous avez appaM, et vous
trouvez une multitude de poissons qui flottent sur I'eau
et que vous pouvez prendre avec la main. Quand lenr
ivresse sera passee, ils seront aussi gaillard qu'aup".
ravant.
Pour .attil'el' tOllte sorte de poissons au meme endroit.
":"'Broyez et melangez ensemble de la fleur de souci, de
l!\ marjolaiue, de J.t farine de froment, du vieux beurre,
de la graisse de chevre et des vers de terre.
Secret pour garder 1e poi..on long temps frais.-On
conservera Ie poisson frais pendant une annce entiere, ai,
apres I'avoir.vide et nettoye, on Ie met dan. un vaisseau
de terre rempli d'huile d'olive, et exacteUlent bouche.
Secret de familles pour disinfecter 1a viande la plus
puante.-Prencz de la lessive faite avec de In cendre fil·
tree, faites·y bouiIIir Ia viande .troi~ ou quatre miuutes
et personue ne pourra d6couv1'lr 81 elle a ettl puante et
pourrie.
Pour disinfecter la viande saUB.-On jette quelques
seaux de dissolution de pota6se sur un baril de viande
salee p~ante. Cette operation lui donne la meme qua·
lite que si elle n'avaitjamais etC alteree,
Pour empocller la viande de se gi1ter pendant lll$
grandes c7talem's.-On la met tout simplement tl·emper
d.ans d u lai t caillt;;.
136 LE VERlHBLE
Pour oler a /"
1';I111(/e so "tIl!tV";,,, odeur q.wnd clle
~()mmence a se 9"I,r.-On la fait bouillir dans nne mar-
mite ou l'on a jete un morcean de charbon ardent que
I'on rctire au bout de dix minutes.
Pml!' rle.<sa/er /" "i"nd, ,./ I"~ rendre lrafche.-Faite~
)a bouillir dans du lait, et en.uite faite ... la euire dans
l'eau.
S,.,Tel pour attendr;r lei! jl1mbons.-On les envp)oppe
dans un Iin.~e et on Ie, tient enterres pendant une heure
dans un endroit 'lui ne soit ni trop see ni trop humide.
Pour le brurre. - On emploie deux nla~
COllStTI'CI'
ni~res: 1 0 cn Ie ,alant; 2 0 cn Ie fondant. Puur
saler Ie beurre on Ie petrit avec du sel fin, on passe )e
rouleau dessus pour ell exprimer tout Ie petit lait et on
Ie met dan" un va8C cn Ie pressant fortement de peur 'lne
I'air y penetre. Qnand Ie vase cst rcmpli, on Ie couvre
ct on Ie place dans nn lieu sec. Pour faire Ie beurre
fondu on Ie fait bouillir sur un fpu clair, 011 l'~cume (·t
on Ie vcrse dans un vase. On reeonnait 'Iue Ie benrre
est suflisamment cuit quand il est transparent comme
l'hnile.
,"'I"'ret ire.1f - import(l11t pOllr rerulre farinrvs{'s les
pommcs dl' hr,'c (pI,t"te,,) UqllCUSfS ct de 111/WI'lli", gnut.
Lor'sLlue les pOOl Illes de telTe sont a'lueuses et de mauvais
gOllt, il faut ne les faire cuire que dans l'eau bouil-
Innte, c'est-a-dire, ne le~ jeter dans la marmite que
quand l'eau bout bien j',rt.
Pour cu"s!,,,,,,, /,,"I,'s sorteS de peUeteries et les PI"-
UTV,'r des verso - Des Ie mois de tnai on doit battre les
fourrures et les manchons avec une baguette, puis )C8
envelopper . dans du linge sans les presser, et mettre
e~tre les phs u'!e once de camphre grossierementpulv6-
rise, apres qUOI en les enferme dans une armoire,
Seeret pour rompn.,,," une paudre propre a luire
mourirla l'ermine.-Reduisez en poudre de la racine de
sous-safran, frouez-en la tete de I'enfant infeete de ver-
mine, et pendant la nuit tous les poux "'r(,n t detruitR
pourvu que vou~ ayez eu soin de lui en velopper la reU:
avec un Illoucholr.
PETIT-AL1IERT. 137
Pour detTuire les punaisel. - Acide nitrique deux
onces, tiel de bamf trois onces, chaux-vive en poudre
trois onces. Millez exactement et oignez avec ce mllJange
lea lieux de leur retraite. L'huile de charbon, q·u'on
se sert depuis quelques annees en Canada pour l'eclai-
rage, detruit aussi promptement les punaises; il suffit
d'en introduire quelques gouttes partout OU elle ~ejour
nept.
. Pour empecher que les mouches ne s' attachent allX ta-
bleaua;. - Faites tremper, pendant cinq ou six jours,
une botte de poireaux dans un demi-seau d' eau, et lavez-
en les tableaux et autres objets que vous voudrez preser-
ver du contact des mouches.
Secret pour prendre les renards.-On porte une poule
dans I'epdroit oil l'on sait qu'il y a des rejlards, on passe
dans I'une de ses pattes un fil qui soit assez long ponr
I' ';tendre :\, plusieurs pas; apres l' avoir attache :\, un
buisson, de dessus un arbre Oll Ie chasseur se met, il
tire de temps en temps Ie til pour faire crier la poule ;
les renards accourent a ce bruit, et Ie chasseur peut alors
les tuer.
Pour qu'un chien.'attache a un nouveau 11taUre.-Le
nouveau maitre prend du beurre frais dans sa main, il
en frotte Ie chien depuis la tete jusqu'il. la queux, en
passant sur l'echine, et illui donne sa maiu a lecher.
Prodde pour relever le poil du velours coucM et Im-
lever les tachel de eire. - On fait chaulfer un fer sur
lequel on place un Iinge mouill6 ; Ie fer etant en eet
etat, on l'applique sous Ie velours: la vapeur de I'eau
peniltl'e a travers Ie velours, et Iamollit Ie poil que I'on
rl!leve avec la brosse. On sc sert du meme procl!de
peur enlever les taches de eire qui se trouvent sur Ie
velours; la vapeur dl!tache la eire qui s'enleve ensnite
aisi!ment.
Pour enlevel' des taches d'huile ou de graiue sur 1e
drap.-Mettez de l'huile de tartre sur la tache, lavez
auaBitOt avec de i' cau tiede, puis deux ou trois fois avec
de I'eau froide, et Ie drap sera nettoy!!.
Pour enlever lei taches de rouille ,ur le linge.-Faites
138 LE vtruTADLE
dissoudre du sel d'oseilledans de l'eau. ('.-tte diSBOlu-
tion a la propricw de fairc disparaitre, abMoluJllent et
sans retour, les taches de rouille.
Pour faire un bcm, '!IeNl is ponr I"U",...",. - Prenez
ean-de-vie, sucre eandi ot blancs d'reufs bien battus en-
semble, et versez de l'eau dessuR.
Pour faire lin verni$ admirable. - Prenez huile de
lin, huile de mastic blanc parties "J"ales, un peu de w-
rebenthine, du verre pile bieu broy~, du vert de gris
brule, de l'ambre bien battu; faile, bouillir et fondre Ie
tout ensemble danM un pot de terre neuf, et vous aurez
un vernis admirable.
POllr rnanier le fell sans Sf' brfill>T les 1naius.-Lavez-
vous les mains avec du sue de guimauve ou de mauve,
du blanc d'reuf et de I'alun, et vous pourrez manier Ie
feu sans vous bruler les mains,
Secrrf ponr manipuhr le plomb fondu ofln, Ie
bralfl' lCl "u, ins, - Prenez deux oneed de bol d' Ar-
menic; une once de vif-argent, demi-onee de camphre
ct deux onces d'eau-de-vie; melez Ie tout ensemble danB
un mortier de eui\Te; vous pouvez, en vous frottant
les mains avec celte composition, les tremper dans du
plomb fondu sans quelles Boient bruMes.
Secret ponr rendre inrombn.tiUes les mousselines,
les denlcUes et toute~ ulllre•• toffes Iigeres.-IIsuffitpour
rendre incombustibles, selon un savant chimiste fl'an~aiB,
de meier ... I' amidon 'lui sert :l. les empescr la moitie de
son poids de carbonate de chaux, vulgairemcnt appe\e
craie ou blanc d'Espagne. On procede en.uite au re-
passage comme :l. I' ordinaire, Cette adjonction de blanc
d'Espagne ne l('.1te rien, ni l'apparence, ni InquaiiM,
ni la blancheur de l'.:toffe. (Journuux/rall~ui8 de 1861.)
P()ur tail/er fucilem""t le caillou. - II raut Ie faire
bo.uillir <juel'jue temps dans du suif de mouton, on Ie
talllera alBement.
Secret pour mpier sur-le-champ un portrait ou une
eslampe.-)Iouillez une toile ou un papier avec de I'eau
d'aluD ct du savon, appliljuez la toile ou Ie papier sur
PETIT-ALBERT. t39
l'e~tampe ou Ie portrait: mcttez cela sous presse; en Ie
retlrant, vous aurez une a~sez belle copie de l'estampe
ou du portrait.
Pour reproduire sur un manuscrit les letlres que le
telnps en a <:.ffitcee.,.-Paites bouillir de Ia noix de galles
dans du vin blanc, trempez une eponge dans ce vin,
passez-Ie sur Ie papier et les Iettres effacces reparaitFont.
Pour acquerir promptelltent une lIL611Wire prodigieuse.
--Jetez sur des charbons ardents de l'encens en poudre j
respirez-en Ia vapeur en ayant soin de fermer la bouche,
tout en vous tenanL a une petite distance du foyer.
Moye" d' eviter toute discussion inutile et deplacee m
sociiti.-La discussion n'est excusable en societe que
lorsqu'elle est moderee et peut interesser tous ceux qui
en sont temoins. l\Iais pour ces disputeurs acerbes, qui
sont prets:l. soutenir sur toute question Ie pour et Ie
contre, par esprit de contradiction, il sont deplaces dans
toute reunion dont I'objet est l'amusement et Ie plaisir.
Si vous elevez ou sontonez une discussion, faites·Ie avec
fermete, mais en meme temps avec politesse. C'est Ie
moyen Ie plus sur de prouver a votre adversaire et de
fairc reconnaitre par lui que vous avez raison. Lors-
que VOUE voyez que vous avez affaire a un de ces etres
dont Ie seul bonbeur est de n'etre jamais de l'avis de
personne, fuites retraite devant un pareil homme, en
lui laissant apercevoir que ce ne bont pas ses arguments
qui vous y obligent, mais l'inutiJite et Ie degout d'une
telle discussion. (L'art de briller en societe.)
Methode facile pour collvertir les pences, les sous 011
les farthings ell cell tins et vice versa.
Pour con vertir les pences en centins, muitipliez vos
pences par Ie chiffl'e 5, et divisez Ie produit par Ie chilfre 3.
Pour convel'tir les sous en centins, multiplicz aussi
vos sous par Ie chifl're 5, et divisez Ie produit par Ie
chiffre 6.
Enlin, pour convertir les farthings en centina, multi-
no LE vtRIT,\DLE PETIT-ALDERT.
pliez encore ,os farthings par Ie chiffrc 5, et divisez Ie
produit par Ie ehiffre 1~,
Pour obtenir Ie reAultat contraire, il suffit seuleDlent
de changer Ie chiffl'~ multiplicatcur avec Ie chiffre divi-
seur,
EXElII'LE:
Pencel, Sous. Farllting.s. SOU!.
15 30 60 45
5 5 5 5
3175 GI15tl 1:q300 61~:?5
~;; cts. ~5 cts. ~;; cts. :17 ~ cts.
Methode facile pOllr cOllnaitre l'ill/eret d'une somme
qllelcolllJlle.
~Iultipliez invariablement tout capital en piastres par
Ie tnux de I'interet et Ie produit vous donnera en piastres
et ccntins I'illteri't pour un an. S'il se trouve de~ cen-
tins au capital place II interet, alors les deux premiers
chitfres du produit sont ll" milliemes; les troisicme et
quatricllle, les centins; et Ie reste, les piastres. S'il ne
se trouve point de centins au capital, les deux premiers
chiffres du produit sont toujours les ccutins, et les sui-
vauts les piastres.
EXEMPLE:
A 5 p. 100. A 6p.100. A 7 p, 100.
$438 88,357 $15,642 75
5 6 7
---- -----
li:H 90 $501 42 51,094 99 25
C.'est--l-dire que l'int.eret du dernier capital, de 15,642
pJastres et 7" centins :. 7 p, 1UO, cst de 1,094 piastres
99 eentin, et ~" milliemes par an. '
Pour trouver l'interet d'une partie d'annee, divise!
l'.interet an~uel ~ar l~ ~raction qui reprtlsente cette par-
tle: pour SIX mo", d,VlSCZ par 2: pour quatre mois di-
Yis~z P?r.a ; pour trois.m~is, dll'is"z par 4 j pour deul:
mOIS, ulvlsez par 6, et 3lDsI de suite.
TABLE
DES
MATIERES CONTENUES DA~S CE VOLUME
PAGES
AVERTISSE!IENT......................................... V
LIVRE PRE;\IJER.
CHAP. I.-Introduction...................... ......... 1
II.-Les Admirables Secrets du Grand·Al-
bert...................................... 3
IlL-Secrets Merveillcux du Petit-Albert... 6
IV.-Le Dragon-Rouge et la Poule-Noire... 9
V.-Les trois fameux Grimoires............. 12
VI.-Lea Elements de Chiromancie.......... 16
VII.-Petit Traite de la Baguette divinatoire. 17
VrII.-Le Grand Etteilla, ou la bonne aven-
tnre ................... ................. 20
IX.-La Prescience, ou interprl!tation des
songell .................... ,....... ........ 21
X.-De quelques autres Livres de Seorets
Merveilleux ............................ 22
La Magie Rouge......................... 23
Le Grand Jeu des 78 Tarots-Egyp-
tiens ..................................... ib.
Pbylacteres ou preservatifs contre lea
maladies ................................ ib.
IUanuel complet du Demonomane...... 24
XL-Des Borciers et des Magiciens.......... ib.
Faust Ie Magicien- .... ,...... ........... 29
Sorciers escrocs au voleurs.............. 32
Le type des bons sorcicrs... ....... ..... 35
142 TABLE DE5 MATltRES.
LIYRE DEl·XIE)IE.
PAGES
CHAP. I.-Les Trcsors caches........................ 38
I L- I.e, Chercheurs de treBors............... 40
IlL-Histoire de six cbercheurs de tresors,
a Quebec................................. 44
IY.-Histoire de trois chercheurs de treliOrS,
a )lontreal.... .......................... 47
V.-Histoire de cinq chercheurs de tresors,
a Quebec................ ................. 50
YL-La CaUSe de Is propagation de ces
fausses croyances jusqu'a nos Jours. 55
Llnm TROISJE:llE.
CHAP. 1.-Aux Classes Ouvrit)res.............. ..... 59
H.-Etrc riche I La ('i'l"le et la Fourmi.. 6U
IlL-Possedcr des riche;ses.................... 62
1V.-La perseverancp . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 63
V.-Le desir at la volontc..................... 65
YI.-Vouloir c'cst pouvoir..................... 66
YII.-Secret pour acquerir un tresor......... 67
Tableau des Economies...... ........... 68
VII1.-Les Caisses ou Banqucs d·Epargne.... 69
1X.-Societes de Secours mutuel. et de Pro-
tection, dans chaque corps de metier. 71
Des bons et des mauvais rapports entre
les .'!aitres et les Ouvrier............. ib.
La Construction deB Davires et les
Charpentiere, il. Quebec...... ........ 74
Le moyen que leB Ouvriers doiveDt
adopter pour ameliorer leur condi·
tion sociale.............................. 76
LIVRE QUATRIE)1E.
CHAP. 1.-Aux Cultivateurs: I' Agriculture et la
Colonisation............................ 82
I1.-Le Clerge et 1& Colonisation............ 84
IlL-Le gouvernement doit accorder une
protection san8 egale a. l'Industrie
Agricole .......... .............. .. ....... 87
TABLE DES JlATIERES. 143
PAGES
IV.-Les Cultivateurs et leurs DtlpuMs au
Parlement ........... .... ............... 91
V.-La Culture con stante j le Laboureur
ct ses En/ants........................... 95
VI.-L'cducation agricole j deux !ivrea utiles
& mediter..................... ........... 97
VII.-Craignons les Proces j l'Huitre et le3
Plaideurs ................................ 103
VIII.-L'intemperance amene la folie et la
mort ..................................... 108
IX.-Conclusion .................................. 110
LIVRE CINQUIEME.
PRElllERE PARTIE.-Secrets pour se faire aimer,
s'embellir, se rajeunir et se guerir Boi-
meme ................................ 113 :\ 125
DEUXIElIE PARTIE.-Secrets pour acquerir des
oonnaissances dans les metiers, I'agri-
culture, etc., etc .................... 125 a 139
·Methode pour convertir les pences, les sous
ou les farthings en centins, et vice
versa, etc............................ 139 a 140