L'équilibre Contractuel Temps Normal Version Finale
L'équilibre Contractuel Temps Normal Version Finale
Sous le thème :
L’équilibre contractuel
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Introduction générale………………………………………………………………...3
Bibliographie……………………………………………………………………........19
2
Introduction générale
Suite à la mise à niveau de l’économie nationale, le législateur marocain a voulu donner une
attractivité économique au droit positif, c’est dans cette logique qu’il a procédé à combler les
vides juridiques afin d’éviter les abus de droit et de remédier aux déséquilibres contractuels
qui touchent une catégorie de contrats. 1 C’est dans ce sens qu’on peut entendre par l’équilibre
contractuel le juste rapport entre les droits et les obligations des parties il ne désigne donc ni
un équilibre absolu, ni encore un équilibre mathématique, mais la conciliation de forces et
d’intérêts.2
En d’autres termes, ce qui importe de savoir dans cet équilibre n’est pas la réalité de
l’équilibre contractuel en elle-même mais la correspondance de la volonté des parties réputées
libres et égales telles qu’elles doivent être selon le principe de la liberté contractuelle à leurs
intérêts.3
Quoique l'équilibre contractuel soit une expression récemment utilisée dans les règles de droit
puisqu'elle n'ait apparu clairement qu'à partir du XXème siècle. Cette dernière existait depuis
longtemps mais sous différentes appellations,4 mais elle ne disposait pas de la même force ni
les mêmes effets, c’est ainsi qu’il était question du « juste prix » sous l’égide du droit
canonique, puis plus tard « d'équivalence des prestations ».
Aussi, l'équilibre contractuel ne constitue pas un critère de validité du contrat, toutefois, s'il
n'est pas respecté, le contrat peut faire l’objet de lourdes sanctions par le juge. De ce fait, cette
notion est devenue peu à peu source de contentieux.5
Pour ces raisons, l’analyse de l’équilibre contractuel présente un double intérêt : un intérêt
théorique et un intérêt pratique.
Sur le plan théorique l’étude de l’équilibre contractuel enrichit la théorie juridique en offrant
un éclairage sur l’évolution des notions de liberté contractuelle et d’autonomie de la volonté.
Cette analyse éclaire la manière dont le droit adapte ses principes aux changements sociaux et
économiques, contribuant ainsi à la flexibilité et à la pertinence continue du droit des contrats.
1
Marine-Alice Muggeo , L’équilibre contractuel, mémoire pour l’obtention du Master 2 droit des contrats,
Université de droit de Toulon. Sous la direction de Monsieur Jean-Marie PERELLO. Année universitaire 2016-
2017. Page 4et 5
2
JACAMINO, Faustine. Le contrôle objectif de l’équilibre contractuel.Entre droit commun des contrats et droit
des pratiques restrictives de concurrence. HAL open science 2017.Page 4
3
https://cours-de-droit.net/la-recherche-de-l-equilibre-contractuel-a126603110/
4
Marine-Alice Muggeo , L’équilibre contractuel, mémoire pour l’obtention du Master 2 droit des contrats,
Université de droit de Toulon. Sous la direction de Monsieur Jean-Marie PERELLO. Année universitaire 2016-
2017. Page 1
5
Marine-Alice Muggeo , L’équilibre contractuel, mémoire pour l’obtention du Master 2 droit des contrats,
Université de droit de Toulon. Sous la direction de Monsieur Jean-Marie PERELLO. Année universitaire 2016-
2017.
3
Sur le plan pratique, l’analyse de l’équilibre contractuel fournit des critères pour évaluer la
validité et l'équité des clauses contractuelles, guidant les parties dans la négociation de termes
justes et raisonnables. Cela favorise une exécution harmonieuse des contrats tout en
permettant aux tribunaux de remédier aux déséquilibres substantiels qui pourraient survenir,
renforçant ainsi la crédibilité et la confiance dans le système juridique.
Ainsi dit, une question primordiale s’impose : Face aux enjeux de l’évolution économique et
sociale, comment le droit des contrats peut-il garantir un équilibre juste entre les parties,
assurant ainsi la protection de leurs intérêts tout en préservant l’intégrité du processus
contractuel?
4
Atteinte à l’équilibre contractuel
L'équilibre contractuel revêt du sens principalement dans le cadre des contrats commutatifs,
où les obligations des parties sont déterminées de manière définitive au moment de la
formation du contrat. Dans le cas des contrats aléatoires, où l'exécution dépend d'un
événement incertain, le concept d'équilibre contractuel perd sa signification, car l'aléa
prédomine. Dans les contrats aléatoires, la lésion peut être invoquée, d'où l'adage "l'aléa
chasse la lésion".
Le Code des Obligations et des Contrats (DOC) spécifie clairement dans son article 39 les
trois vices du consentement : l'erreur, le dol et la violence. La lésion, cependant, n'est pas
considérée comme un vice de consentement car elle n'est pas autonome et ne suffit pas par
elle-même à engendrer des conséquences juridiques. En détaillant davantage, la lésion
représente un déséquilibre dans l'équivalence entre les avantages obtenus par les parties. Le
DOC réserve deux articles à la lésion : l'article 55 dispose que la lésion ne justifie pas la
rescision, sauf si elle est provoquée par le dol de l'autre partie.
La Cour de cassation en se basant sur l’article 55 dans un arrêt rendu le 14 septembre 1983 a
décidé de l’appliquer et ne pas prononcer la rescision étant donné que toutes les parties au
contrat étaient majeures au moment de la conclusion de l'accord, qui s'est formalisé devant le
notaire.
5
intérêts. Une partie de la doctrine marocaine soutient que cette théorie peut être acceptée et
mise en pratique en se basant sur l'article 54 du Code des Obligations et des Contrats (DOC).
L’article 56 du DOC établit une exception en permettant la rescision en cas de lésion lorsque
la partie affectée est un mineur ou une personne incapable, même si elle a contracté avec
l'assistance de son tuteur.
L'état d'incapacité ou de minorité doit être interprété conformément aux règles établies dans le
code de la famille, et non en se basant sur des critères flous et très subjectifs tels que le jeune
âge d'un contractant, même s'il est légalement majeur, ou encore le manque d'expérience ou la
confiance accordée. Ces éléments ne justifient en aucun cas la résiliation d'une obligation
pour dol ou lésion. Le DOC protège ces contractants réputés faibles.
Cependant, le véritable problème réside dans la mesure de ces déséquilibres entre les
prestations dans le cadre de la théorie de la lésion.
6
Philippe Malaurie, laurent Aynès et Philippe Stoffel-Munck, les obligations, Ed Defrénois 3éme édition, 2007,
n 603 p 311 Référence cité par Mhamed Segam, Traité du droit civil ;théorie générale des obligations
1ère édition p 121.
6
Les clauses contractuelles doivent être rédigées en termes clairs et intelligibles. Toute
ambiguïté sera interprétée en faveur du consommateur.
Outre l’obligation générale de bonne foi et d’équilibre, certaines clauses insérées dans le
contrat peuvent être considérées comme abusives. Elles n’ont aucune valeur juridique ou
contraignante pour le consommateur, et le professionnel ne peut s’en prévaloir.
De façon indicative et non exhaustive, peuvent être regardées comme abusives les clauses
ayant pour objet ou pour effet :
1) dans les contrats de vente de supprimer ou de réduire le droit à réparation du
consommateur en cas de manquement par le fournisseur à l’une quelconque de ses obligations
;
2) de réserver au fournisseur le droit de modifier unilatéralement les caractéristiques du
produit, du bien à livrer ou du service à fournir.
3) D’exclure ou de limiter la responsabilité légale du fournisseur en cas de mort d’un
consommateur ou de dommages corporels causés à celui-ci, résultant d’un acte ou d’une
omission du fournisseur.
4) D’exclure ou de limiter de façon inappropriée les droits légaux du consommateur.
5) De prévoir un engagement ferme du consommateur, alors que l’exécution de l’engagement
du fournisseur est assujettie à une condition dont la réalisation dépend de sa seule volonté.
6) D’imposer au consommateur qui n’exécute pas ses obligations une indemnité d’un montant
disproportionnellement élevé.
7) D’autoriser le fournisseur à résilier le contrat de façon discrétionnaire si la même faculté
n’est pas reconnue au consommateur.
8) D’autoriser le fournisseur à mettre fin sans un préavis raisonnable à un contrat à durée
indéterminée, sauf en cas de motif grave
9) De proroger automatiquement un contrat à durée déterminée en l’absence d’expression
contraire du consommateur.
10) De constater de manière irréfragable l’adhésion du consommateur à des clauses dont il n’a
pas eu, effectivement, l’occasion de prendre connaissance avant la conclusion du contrat.
11) D’autoriser le fournisseur à modifier unilatéralement les termes du contrat et sans en
informer le consommateur ;
12) De prévoir ou d’augmenter le prix ou le tarif des produits, biens et services au moment de
la livraison ou au début de l’exécution du service, sans que, le consommateur n’ait de droit
correspondant lui permettant de rompre le contrat.
13) D’accorder au fournisseur, seul, le droit de déterminer si le produit ou bien livré ou le
service fourni est conforme aux stipulations du contrat ou de lui conférer le droit exclusif
d’interpréter une quelconque clause du contrat.
14) De restreindre l’obligation du fournisseur de respecter les engagements pris par ses
mandataires ou de soumettre ses engagements au respect d’une formalité particulière.
15) D’obliger le consommateur à exécuter ses obligations alors même que le fournisseur
n’exécuterait pas les siennes.
7
16) De prévoir la possibilité de cession du contrat de la part du fournisseur, lorsqu’elle est
susceptible d’engendrer une diminution des garanties pour le consommateur.
17) De supprimer ou d’entraver l’exercice d’actions en justice ou des voies de recours
consommateur.
La question qui se pose ici : Comment peut-on assurer une bonne exécution du contrat
tout en gardant un équilibre contractuel ? Quelles sont les principales manifestations du
déséquilibre contractuel en matière de l’exécution du contrat ?
Une fois le contrat est valablement formé, vient l’étape de s’assurer qu’il est
correctement exécuté par les parties. Certes, il y a des cas où cette exécution n’est pas bien
respectée. Ce qui engendre un déséquilibre contractuel : conséquence de ces manquements.
Le déséquilibre contractuel se manifeste de plusieurs manières telles que :
Le non-respect du principe de la bonne foi, qui joue un rôle crucial dans le contrat, que ce soit
lors de sa formation ou de son exécution. La bonne foi est un principe essentiel en matière
contractuelle. Elle est considérée comme étant une conviction erronée d’agir conformément
au droit reposant sur une apparence trompeuse ou sur l’ignorance d’un élément qui justifie
une certaine clémence du droit. C’est un comportement honnête et loyal que doit notamment
adopter toute partie à l’égard des autres parties lors de la conclusion d’un acte juridique
Le principe de la bonne foi est régi par le code des obligations et contrats. L’article 103 du
DOC8 prévoit que le possesseur de bonne foi est considéré comme étant celui qui possède en
vertu d’un titre dont il ignore les vices. Il fait les fruits siens et n’est tenu de restituer que ceux
7
Laure Bataille, « l’exécution du contrat », https://www.cairn.info/dscg-1-gestion-juridique-fiscale-et-sociale-
2017--9782311404319-page-81.htm, (Consulté le 20/11/2023).
8
Voir article 103 du DOC.
8
qui existent encore au moment où il est assigné en restitution de la chose, et ceux qu’il a
perçus depuis ce moment. Cette disposition paraît dérogatoire à l’art 316 dudit code 9en vertu
duquel la rescision remet en cause même pour le passé les effets produits par l’acte nul. Une
application rétroactive signifiera que la personne de bonne foi devrait restituer tous les fruits
qu’il a acquis dès le moment où il était en possession.
L’exigence d’une bonne foi n’est prévue expressément dans la vie du contrat qu’à son
exécution. Le droit des obligations et contrats dispose dans son article 231 que « tout
engagement doit être exécuté de bonne foi, et oblige, non seulement à ce qui y est exprimé,
mais encore à toutes les suites que la loi, l’usage ou l’équité donnent à l’obligation d’après sa
nature ». Cet article est le seul à évoquer expressément le terme ‘bonne foi’ comme une
condition d’exécution de contrat.
En addition, le dahir des obligations et contrats prévoit qu’en cas d’inexécution d’un contrat
ou retard dans l’exécution pour cas de force majeure, la partie défaillante doit verser à son co-
contractant des dommages-intérêts comme il est prévu dans l’article 263 10qui précise que : les
dommages-intérêts sont dus, soit à raison d’inexécution de l’obligation, soit à raison du retard
dans l’exécution, et encore qu’il n’y ait aucune mauvaise foi de la part du débiteur.
La notion de force majeure est mentionnée dans les dispositions de l’article 269 du dahir des
obligations et contrats11comme étant : le fait que l’homme ne peut prévenir tel que les
phénomènes naturels (inondations, sécheresses, orages, incendies, sauterelles), l’invasion
ennemie, le fait du prince, et qui rend impossible l’exécution de l’obligation.
N’est point considéré comme force majeure la cause qu’il fût possible d’éviter, sauf si le
débiteur justifie qu’il a déployé toute diligence pour s’en prémunir.
N’est pas également considérée comme force majeure la cause qui a été occasionnée par une
faute précédente du débiteur.
On déduit à travers l’article cité ci-dessus que la force majeure rend impossible l’exécution
d’une prestation, elle désigne un événement à la fois imprévu, insurmontable et indépendant
de la volonté d’une personne et par conséquent susceptible de dégager la responsabilité du
débiteur tel qu’il résulte de l’article 269 du code des obligations et contrats12.
Mais il convient de souligner que pour qualifier un événement de force majeure et pour
dégager la responsabilité du débiteur, il faudra que l’événement survenu réponde à trois
critères : D’abord, il doit échapper au contrôle du débiteur. Ainsi qu’il ne soit pas prévu lors
de la conclusion du contrat et il qu’il empêche le débiteur d’honorer ses obligations envers
son cocontractant.
Toutefois, il faut mentionner que l’imprévisibilité s’apprécie au jour de la conclusion du
contrat, donc chaque cas d’espèce est distinct de l’autre.
A titre d’exemple, le déséquilibre contractuel s’est manifesté remarquablement à travers la
crise pandémique causée par COVID-19. Ce cas de force majeure imprévisible a directement
affecté l'exécution des engagements contractuels.
9
Voir l’article 316 du DOC.
10
Voir article 263 du DOC.
11
Voir article 269 du DOC.
12
Voir article 269 du DOC.
9
Tout d’abord, il convient de noter que le caractère d’imprévisibilité doit s’apprécier à la date
de la conclusion du contrat. Ainsi, dans le cas de Covid-19, il est clair que les contrats conclus
avant 2020 ont le caractère d’imprévision, l’ambiguïté persiste en ce qui concerne les contrats
conclus en cours de 2020.
Ainsi, il convient de vérifier tout d’abord si des clauses d’imprévision sont insérées dans le
contrat et qui permettent l’adaptation de ce dernier en cas de changement des circonstances
imprévisibles pouvant affecter l’équilibre économique des prestations.
En cas d’absence de ces clauses d’imprévision, les parties peuvent d’un commun accord
modifier les clauses du contrat de façon à ce qu’il soit adapté avec les circonstances
survenues. Mais le problème se pose en cas de refus de l’une des parties de procéder à la
révision du contrat.
Dans ce cas, il revient au juge d’user de son pouvoir d’appréciation pour décider de la
révision du contrat qui doit déterminer l’état de la crise sanitaire au moment de la conclusion
du contrat et apprécier le caractère d’imprévisibilité. Il convient également de vérifier
l’existence du lien de causalité entre la pandémie et ses conséquences ainsi que les difficultés
excessives que le contractant défaillant a rencontré dans l’exécution de son obligation
contractuelle.
10
Contrôle objectif de l’équilibre contractuel
Dans ce sens, l’intervention du juge a permis, pour certains, d’apporter plus d’égalité, dans un
monde qui en était dépourvu. Ainsi comme a pu l’énoncer Monsieur Cadiet « le juge du
contrat n’est plus le spectateur passif de la querelle contractuelle, prisonnier d’un prétendu
principe de l’autonomie de la volonté qui lui impose de respecter les termes de la convention
et lui interdit de modifier le contenu, fût-ce, pour rétablir entre les parties, un équilibre
injustement rompu. » Pour d’autres, il s’agit d’une véritable immixtion du juge dans le
contrat, où ce dernier se permet de modifier une situation conclue par les contractants, là où il
n’avait pas vocation à intervenir. Pour Monsieur Niboyet, « Le contrat révisé n’a plus de
contrat que le nom et, c’est au milieu de ses décombres que vient s’établir la réglementation
du juge ».
Ici se pose la question de la justice contractuelle. Doit-on maintenir un contrat et son contenu,
malgré qu’ils paraissent injustes, ou au contraire, permettre à une autorité extérieure, le juge,
de s’immiscer dans le contrat, et rétablir un équilibre ?
11
Annulation d’une clause ou diminution de ses effets, réduction des obligations d’une partie,
autorisation ou refus de l’exercice de la sanction d’une faute contractuelle et condamnation à
des dommages-intérêts, et ce à travers deux mécanismes :
Ainsi et pour garantir la protection des parties contre tout abus, dans le cas où le contrat n’est
pas clair et précis, le juge a le pouvoir d’appréciation afin d’interpréter le contrat tel que prévu
dans l’article 462 du Dahir des obligations et contrats qui dispose que :
Il y a lieu à l’interprétation :
Lorsque les termes employés ne sont pas conciliables avec le but évident qu’on a eu en
vue en rédigeant l’acte.
Lorsque les termes employés ne sont pas clairs par eux-mêmes, ou expriment
incomplètement la volonté de leur auteur.
Lorsque l’incertitude résulte du rapprochement des différentes clauses de l’acte, qui
fait naître des doutes sur la portée de ces clauses.
L’interprétation aura pour effet majeur de modifier la qualification du contrat qui avait été
donnée par les parties, ainsi que déduire de nouvelles conséquences légales du contrat. Elle
peut aussi avoir pour conséquence de compléter les dispositions du contrat. Les contractants
ne peuvent pas tout prévoir et le juge complétera ainsi les lacunes et règlera certaines
situations que les parties n’avaient pas prévues. Parfois, le juge crée de nouvelles obligations
à la charge des parties et procède à un « forçage du contrat ». Enfin il arrive que le juge
découvre des obligations accessoires aux obligations principales auxquelles les parties
s’engagent.
Un contrat équilibré lors de sa conclusion peut ne plus l’être, après quelques années, si son
exécution s’échelonne dans le temps. En effet, les circonstances ayant présidé à la conclusion
de ce contrat peuvent changer et des événements imprévus peuvent survenir.
12
Cependant, la jurisprudence marocaine considère que le principe de la force obligatoire du
contrat interdit la révision pour cause d’imprévision. Ainsi, le juge ne s’immisce pas dans les
relations contractuelles comme le rappelle l’adage latin « de non vigilantibus non curat
praetor » qui évoque l’idée selon laquelle, par principe, le juge ne se préoccupe pas des
insouciants. En effet, son rôle est de « respecter et de faire respecter le contrat tel qu’il a été
conclu ».
Cette position trouve sa justification au nom du principe de l’intangibilité des contrats qui
s’impose non seulement aux parties mais aussi au juge (article 230 du DOC).
De plus, ce contrat s’impose au juge qui se voit interdit d’en modifier les stipulations
contractuelles même si les circonstances ont changé et engendré des situations inéquitables.
Le juge doit donc faire appliquer le contrat sans en dénaturer les clauses, même si les termes
employés sont obscurs, ambigus ou incomplets.
« Il ne saurait être fait échec à la force obligatoire du contrat formulée par l’article 260 du
D.O.C sous prétexte que les obligations stipulées sont devenues plus onéreuses par l’effet des
circonstances exceptionnelles » Cour d’appel de Rabat, 13 Janvier 1950.
« Les juges ne peuvent sous prétexte d’équité ou pour tout autre motif, modifier les
conventions légalement formées entre les parties » Com. 18 décembre 1979, n°339.
La révision du contrat est admise dans deux sortes d’hypothèse, soit lorsqu’elle a été
convenue par les parties (une révision conventionnelle) ; soit lorsqu’à titre exceptionnel, elle
se trouve autorisée par la loi.
Les parties peuvent, d’un commun accord, recourir à une révision conventionnelle, même si le
dahir des obligations et des contrats reste muet sur ce point, mais rien n’interdit les
contractants de prévoir des techniques concevables en cas de survenance d’un changement
économique affectant l’équilibre des prestations. Elles ont la possibilité d’insérer dans leurs
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contrats des clauses d’imprévision. Parmi les différentes clauses concevables à la révision du
contrat, existent, à titre d’exemple :
Clause de révision : C’est une clause selon laquelle les contractants déterminent d’un
commun accord les conditions et les modalités qui rendent possible la révision du
contrat.
Clause d’indexation : Elle permet une adaptation automatique des obligations aux
fluctuations économiques.
La révision judiciaire du contrat a également été admise par la jurisprudence. Dans un arrêt du
5 Mars 2020, la chambre commerciale de la Cour de cassation a considéré que « le contrat
par lequel les parties se sont engagées à acheter les travaux d’installation de pipelines dans les
délais contractuels déterminés par des stipulations déjà entrées en vigueur, mais qui se sont
confrontées à l’indisponibilité des pipelines pour l’exécution des travaux, peut autoriser la
Cour à modifier ledit contrat pour étendre les délais, même en l’absence de stipulation par les
parties de la possibilité de la révision du contrat, pour éviter de résilier le contrat » (Cour de
cassation, chambre commerciale, 5 Mars 2020, n°119/2020).
En résumé, le juge peut réviser les termes du contrat lorsque les conditions d’exécution de ce
dernier ont changé, en raison d’un fait indépendant de la volonté des parties.
Les exemples, ci-dessous, viennent illustrer comment le juge intervient pour instaurer
l’équilibre contractuel :
Il peut arriver que les parties prévoient des clauses qui permettent de se substituer aux
pouvoirs du juge afin d’échapper au contrôle de ce dernier. Toutefois, le juge n’est pas privé
de toutes ses facultés, puisque là encore il peut modérer la clause en elle-même, mais
également ses effets.
C’est le cas de la clause pénale, qui a été définie de manière plus précise par la jurisprudence.
Selon la Cour de cassation, constitue une clause pénale, la clause contractuelle « par laquelle
les parties évaluent forfaitairement l’indemnité à laquelle donnera lieu l’inexécution
l’obligation contractée ».
Ce principe est atténué, en ce sens que l’article 264 du DOC modifié par le Dahir du 11 août
1995, a donné au juge la possibilité de réduire ou d’augmenter le montant de cette indemnité,
proportionnellement au préjudice réellement subi. Toutefois, ce pouvoir ne peut s’exercer que
lorsque le montant est manifestement excessif ou dérisoire.
Il est à noter que la loi 31-08 relative à la protection du consommateur et ses décrets
d’application ont facilité le travail des juges marocains, qui résorbent de plus en plus le
déséquilibre qui existe dans la relation contractuelle entre les consommateurs et les
professionnels.
14
Indépendamment du principe juridique « Le contrat est la loi des parties » ( Art 230 du
DOC), et voulant protéger la partie faible dans la relation contractuelle et sans préjudice des
règles d’interprétation prévues aux articles 461 aux 477 du DOC et à l’article 264 ou encore à
l’article 878 du DOC, le législateur marocain est intervenu en vertu de l’article 16 de la loi,
en accordant au juge un pouvoir d’appréciation très large, en se référant au moment de la
conclusion du contrat et à toutes les circonstances qui entrent dans sa conclusion, pour
déterminer le déséquilibre entre les droits et obligations des parties.
Toutefois, en cas de doute sur le sens d’une clause qui manque de clarté et de transparence,
l’interprétation la plus favorable au consommateur prévaut.
Certes, ces décision judiciaires (rendues principalement par les tribunaux de Rabat,
Casablanca, Marrakech, Fès et Meknès) sont considérées réconfortantes et trop satisfaisantes
et deviennent aujourd’hui une référence et une position constante pour les juridictions du
Royaume.
Conformément aux dispositions de l’article 19 de la loi 31-08, « sont nulles et de nul effet les
clauses abusives contenues dans les contrats conclus entre fournisseur et consommateur. Le
contrat restera applicable dans toutes ses autres dispositions, s’il peut subsister sans la clause
abusive précitée.
Compte tenu de la gravité de l’atteinte portée à l’équilibre des contrats par l’insertion des
clauses abusives, seule la clause litigieuse sera réputée non écrite ! C’est-à-dire comme si elle
n’existait plus et le consommateur retrouve ainsi ses droits, sans que la totalité du contrat ne
soit remise en cause.
Dans le cadre du droit comparé, dans une affaire devant les tribunaux français, notamment
dans une décision du tribunal de commerce de Paris, « ce dernier a jugé de la suppression et la
modification de 7 clauses qualifiées abusives qui ont été source de déséquilibre entre les
parties et dont profite l’une des parties qu’est la grande société de ventre par internet
« Amazon ». Le tribunal à, également, statuer paiement d’un montant de 4 millions d’euros ».
Certes, la marge de manœuvre dont dispose le juge est limité tant qu’il n’y a pas une loi
explicite allant dans ce sens, mais selon le Professeur O.Azziman, « le juge marocain n’a
certainement pas utilisé toutes les ressources de la théories générale du contrat ».
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2- Equilibre contractuel : une intervention progressive du législateur :
A- L’équilibre contractuel du contrat de consommation : une intervention progressive
du législateur
La protection du consommateur est apparue comme une nécessité dans notre société suite au
développement considérable des échanges économiques, ce qui a conduit à une augmentation
du nombre de transactions commerciales entre les professionnels et les consommateurs. Ces
derniers, peuvent faire face à des pratiques abusives et malhonnêtes émanant des
professionnels en profitant de la faiblesse et de la vulnérabilité du consommateur.
C’est ainsi que des considérations de justice, d’équilibre et d’équité imposent la nécessité
d’assurer une protection du consommateur dans ses relations contractuelles avec le
professionnel. Aussi, convient-il d‘abord d’aborder l’intervention progressive du législateur
pour établir cet équilibre contractuel dans les contrats consuméristes.
La protection du consommateur a été de tous temps une préoccupation du législateur, mais
également de l’ensemble de la société civile. C’est aux États-Unis puis en Europe occidentale
que les excès pervers d’une société de consommation ont déclenché et développé le
mouvement consumériste aux débuts de la décennie 70. Ce mouvement s’est renforcé tout au
long des années quatre-vingt avec la refonte et la codification, notamment en France, du droit
de la consommation. 13
Concernant le Maroc, celui-ci a connu deux catastrophes majeures depuis son indépendance,
ayant entrainées des milliers de décès chacune : l’affaire des huiles nocives de Meknès en
1959 et le tremblement de terre d’Agadir de 1960. Alors que cette dernière relève de la
volonté céleste, la première a été provoquée par le fait de l’Homme.14
13
EL AYACHI Omar et LAABOUDI Nouha. La protection du consommateur contre les clauses abusives du contrat
d’adhésion. Mémoire de fin d’étude pour l’obtention de la Licence d’Etudes fondamentales en Droit Privé.
FSJES Agdal. Année Universitaire 2011-2012. Page 2
14
BENDRAOUI, Abderrahim. La protection du consommateur au Maroc. Publications de la Revue Marocaine
d’Administration Locale et de Développement, numéro 36. 2002. Page 7.
16
Or, depuis les années 80, le Maroc s’est lancé dans une démarche d’ouverture de son
économie sur le marché mondial à travers l’adhésion au GATT en 1987, et à l’OMC en 1994,
ce qui a imposé au législateur marocain de s’aliéner avec cette avancée économique. A cette
fin, la promulgation de la loi 06-9915 sur la liberté des prix et la concurrence a constitué le
point de départ d’un régime assurant une protection aux consommateurs à travers le chapitre
1er du Titre V intitulé « De l’information et de la protection du consommateur ». Cependant
la loi 06-99 n’était pas réservée uniquement à la protection du consommateur, mais elle
régissait également la liberté des prix et la concurrence, et c’est la quête d’équilibre dans les
relations qui mettent en présence des parties en situation fondamentalement inégalitaire qui a
justifié la promulgation d’une nouvelle loi, à savoir la loi 31/08, entrée en vigueur le 07 avril
2011, après une longue période d’attente.
B- Les mesures entreprises par le législateur pour équilibrer le contrat de consommation
L’article 15 de la loi n° 31-08 définit la clause abusive comme étant : « Toute clause qui a
pour objet ou pour effet de créer, au détriment du consommateur, un déséquilibre significatif
entre les droits et obligations des parties au contrat ». Ainsi, l’existence d’un déséquilibre
significatif est un élément à priori objectif et déterminant dans l’appréciation du caractère
abusif d’une clause.
Par ailleurs, l’article 18 de la loi prévoit qu’une clause contractuelle est considérée être
abusive si elle réunit les conditions mentionnées à l’article 15 de la même loi, et si elle a pour
objet ou pour effet l’une des situations citées par l’article 18 à titre indicatif et non exhaustif.
La non exhaustivité des situations citées par le législateur témoignent de sa volonté de donner
aux juges un pouvoir d’appréciation afin de décider ou non du caractère abusif d’une clause et
pouvoir rééquilibrer un contrat de consommation déséquilibré à cause de la mauvaise foi du
professionnel.
Cependant, la recherche d'un tel équilibre est limitée aux contrats passés entre professionnels
et non-professionnels ou consommateurs : le déséquilibre n'est sanctionné qu'à l'égard de
certaines personnes. Il s'agit ainsi d'éviter qu'un déséquilibre de fait entre les cocontractants ne
se transforme en un déséquilibre contractuel.
15
La loi 06-99 sur la liberté des prix et de la concurrence promulguée par le Dahir n° 1.00.225 du 2 Rabii I 1421
(5 Juin 2000). BO n° 4810 du 6 Juillet 2000, tel que modifiée et complétée par la loi 30-08, promulguée par le
Dahir n° 1.09.237 du 18 Moharrem 1431 (4 janvier 2010). BO n° 5814 du 3 Rabii I 1431( 18 février 2010).
17
Par ailleurs, il convient de préciser que l'article 29, a imposé des mentions obligatoires devant
faire l’objet de l’offre du contrat conclu à distance, et les a même assorties de sanctions
pénales prévues à l’article 177 de ladite loi, qui prévoit que les cas de manquement aux
dispositions de l’article 29 sont punis d’une amende allant de 1200 à 10 000 Dh. La
pénalisation prévue par cet article traduit la volonté du législateur de protéger le
consommateur en lui garantissant un équilibre contractuel entre lui et le professionnel.
L’obligation d’information
Soucieux d'assurer un équilibre subjectif entre les parties, le législateur a affirmé l'existence
d'une obligation d'information afin de remédier l'asymétrie d'information entre les parties au
contrat17.
Cette obligation d'information a pour objectif de permettre au consommateur qui n'a ni les
connaissances, ni les aptitudes nécessaires, d'apprécier aussi précisément que possible l'utilité
que doit lui procurer le contrat. En d'autres termes, l'obligation d'information a pour objet de
permettre au contractant de garantir que le service ou la chose qui fait l'objet du contrat
correspond bien à ce qui doit en être attendu. L'information constitue ainsi le point de départ
d'une relation de confiance entre le fournisseur et le consommateur.
Ainsi, avant d'être explicitement consacrée par les législations spéciales, notamment la loi 31-
08 sur la protection du consommateur, l'obligation de divulguer au consommateur toutes les
informations susceptibles d'influencer son consentement a été implicitement soulevée par le
Dahir des Obligations et Contrat (DOC), en particulier dans son article 52. Cet article évoque
la notion de réticence dolosive, indiquant que la fraude donne lieu à l'annulation du contrat
lorsque les manœuvres ou les réticences d'une partie, de son représentant ou de son complice,
sont de nature à empêcher l'autre partie de contracter sans ces manœuvres ou réticences. Une
lecture attentive de cet article met en évidence l'importance de cette notion pour la validité
d'un contrat. Ainsi, toute action ou information cachée par le fournisseur dans le but
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EL AYACHI Omar et LAABOUDI Nouha. Op Cit. Page 21
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HILGER, Geoffroy, Règle d’Or et équilibre contractuel, Actu-Juridique.fr, 2019.
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d'influencer abusivement le consentement du consommateur et sa décision de contracter peut
être considérée comme une réticence dolosive.
Par ailleurs, ce devoir d'informer le consommateur n'a d'utilité et n'a de raison d'être que si
l'information à fournir représente un intérêt pour lui.
La loi 31-08 complète ces dispositions en obligeant les professionnels à partager l'information
avec les consommateurs avant d'accepter une offre, afin d'éviter les abus. Un titre entier, le
titre II, est dédié à l'information du consommateur. L'article 3 de ce titre impose aux
fournisseurs une obligation générale d'information. Cette obligation est renforcée par
l'exigence de recourir à une offre préalable, notamment dans certains domaines d'activités 18.
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comparée », https://www.droitetentreprise.com/la-bonne-foi-en-droit-
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EL AYACHI Omar et LAABOUDI Nouha. Op Cit. Page 11
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PERELLO. Année universitaire 2016-2017.
Marine-Alice Muggeo , L’équilibre contractuel, mémoire pour l’obtention
du Master 2 droit des contrats,
Université de droit de Toulon. Sous la direction de Monsieur Jean-Marie
PERELLO. Année universitaire 2016-2017.
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