De la diversité des roches
sédimentaires à leurs classifications
La géosphère et les systèmes de la Terre Cours
Idées importantes : Les roches sédimentaires peuvent être classées selon leur nature
chimique, leur origine ou leur structure. Ces caractéristiques sont aussi témoins de leur
histoire.
Capacité IESO : « capacité d’identifier les roches sédimentaires suivantes : calcaire, craie,
chert, argile, marne, dolomite, grès, phosphorite, gypse, sel. » Ces roches sont en bleu
dans le texte.
Les roches sédimentaires sont très diverses, en relation avec la diversité de leurs
constituants et de leurs origines, la diversité des conditions de dépôt, la diversité des
conditions et de l’intensité de leur diagenèse. Cette diversité conduit à les classer en
utilisant trois critères :
• physiques : granulométrie et cohérence
• minéralochimique : roches calcaires (plus généralement carbonatées),
argileuses, siliceuses, salines, carbonées (voir la fiche « Les minéraux des roches
sédimentaires »)
• génétiques : selon l’origine des sédiments : détritique, chimique, biochimique
(voir la fiche « Origine des roches sédimentaires »)
Aucun des trois critères ne permet de construire à lui seul une classification satisfaisante,
car souvent une roche appartient à plusieurs catégories : par exemple, un grès à grains
siliceux et à ciment calcaire a une nature à la fois siliceuse et calcaire, une origine
détritique et chimique, voire biochimique. On utilise alors des diagrammes triangulaires
(voir la fiche du même nom) pour placer les roches intermédiaires. Dans ce qui suit, la
diversité est présentée avec une classification qui combine plusieurs critères.
I Les roches détritiques
Ce sont des roches sédimentaires composées à plus de 50 % de débris de roches. Elles
proviennent de l’érosion des continents et représentent 85 % des roches sédimentaires.
(voir la fiche altération) La nomenclature des roches est variée, elle dépend de la nature
des débris, du ciment, des modalités du transport et du dépôt, mais fondamentalement
ces roches sont classées en fonction de la granulométrie de la majorité des éléments.
Taille des grains grains >2mm 2mm>grains>62,5 µm grains<62,5 µm
Classe Rudites* Arénites* Lutites*
Roche meuble Galets, graviers sables Vases argileuses,
limons
Roche consolidée Conglomérats grès Pélites ‐ argiles
(brèches, poudingues)
* il n’est pas nécessaire de mémoriser ces termes
1
A Les roches à gros éléments > 2 mm
Sédimentées sous formes de galets, graviers, cailloutis, elles donnent une fois
consolidées des conglomérats : au sein des conglomérats, on distingue les brèches à
éléments anguleux, et les poudingues à éléments arrondis par des transports (galets
par exemple).
Les fragments de roches comportent :
Des roches volcaniques primaires
Du grès triasique
Du calcaire jurassique
Fig 1 Conglomérat EocèneOligocène (rift rhénan) Photo acBesançon
B Les roches à éléments moyens de 2 mm à 1/16 mm : classe des arénites
(arena=le sable en latin)
La sédimentation donne des sables meubles, qui sont consolidés en grès lors de la
diagenèse.
1La diversité des sables
Les sables détritiques sont majoritairement constitués de grains de quartz (sables au
sens courant), mais on appelle aussi sables des roches meubles d’autres origines (sables
calcaires). Ils peuvent inclure en plus divers éléments (feldspaths, micas, or, coquilles…).
L’étude de la forme et de la taille des grains (granulométrie) précise les modalités de
transport et de sédimentation (voir la fiche « Origine des roches sédimentaires »)
2La diversité des grès
Constitués à 85% au moins de grains de
sable, leur diversité reflète la diversité Feldspath
des grains du sable initial, la diversité des
ciments, et la présence éventuelle
d’éléments particuliers. Ils sont souvent
rugueux, et de couleurs très diversifiées,
surtout en fonction des impuretés dans le
ciment.
Fig 2 grès arkosique (grains de
quartz et de feldspath) Voir les grains
inclus dans un ciment.
2
a grès à ciment siliceux => roche siliceuse à
98%
Entièrement siliceuses, ce sont des roches
très dures (les grains de quartz rayent le
verre), friables si le ciment est peu abondant,
très cohérentes si le ciment est abondant ou si
les grains de quartz sont très engrenés
(recristallisation de la périphérie des grains
dans les quartzites).
Fig 3 grès quartzique ou quartzite : une
roche très dure et cohérente. (Photo issue du site
Planet‐Terre)
Des grès à surface granuleuse Des quartzites plus lisses à grains engrenés
Fig 4 Des roches siliceuses cohérentes
b grès à ciment plus ou moins calcaire
Les grains de quartz sont très durs (ils rayent le verre) et la roche fait effervescence avec
l’acide chlorhydrique HCl.
c diversité des éléments particuliers…
La nature des éléments secondaires en abondance conduit à qualifier les grès de
dolomitiques, argileux, phosphatés, ferrugineux, gypseux, feldspathiques, micacés,
coquilliers…
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C Les roches à éléments fins < 1/16 mm : les roches argileuses
Ces roches très tendres (rayables à l’ongle) sont friables à l’état sec ; poreuses, elles
forment une pâte avec l’eau, « happent à la langue ». Gorgées d’eau, elles forment des
couches imperméables, conditionnant les circulations ou accumulations de fluides
(eau, pétrole).
Elles sont composées principalement (35 à 70 %) de minéraux argileux (silicates en
feuillets ou phyllosilicates, voir la fiche « Minéraux des roches sédimentaires »), et de
quartz, de micas, de débris de coquilles…
Fig 1 Argile fossilifère Fig 2 Argile consolidée (argilite)
(Photo issue du site Planet‐Terre) (Photo issue du site Planet‐Terre)
Les argiles contiennent plus de 50% de minéraux argileux. Elles sont litées (shale)
ou non (argilites). Les marnes contiennent des minéraux argileux et du calcaire.
Elles font donc effervescence, happent à la langue.
NB : Il existe des roches à la fois volcaniques et sédimentaires (pyroclastiques) où des
projections volcaniques sont liées dans une matrice ou un ciment.
Les roches biodétritiques ou bioclastiques, formées de débris de squelettes d’êtres
vivants, en général calcaires, seront vues dans la partie II.
II Les roches d’origine biochimique ou/et d’origine physico
chimique = non détritiques
Ces roches ne proviennent pas d’éléments de roches préexistantes, mais d’une
précipitation à partir de la lignée des solutions, soit par saturation de la solution
(précipitation physico‐chimique, influencée par la température, la pression, la salinité :
songez au dépôt du tartre dans la bouilloire, aux cristaux de sel au fond du verre d’eau
salée qu’on laisse évaporer…), soit par extraction des solutés par les êtres vivants. On
subdivise ces roches à la base sur un critère chimique.
A Les roches carbonatées
Elles contiennent au moins 50% de carbonates, caractérisés par la présence de l’ion
carbonate CO3‐ (avec l’ion calcium Ca2+, on a les deux minéraux de carbonate de calcium :
la calcite et l’aragonite ; avec l’ion magnésium Mg2+ en plus, on a la dolomite). Elles
représentent 20% des roches sédimentaires.
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Les calcaires contiennent au moins 50% de calcite CaCO3 (voir fiche « Minéraux des
roches sédimentaires »). Ils font effervescence avec l’acide chlorhydrique HCl, et sont
rayés par l’acier. Ils contiennent souvent, en proportions variées, des squelettes et des
coquilles d’êtres vivants. Leur origine est donc multiple : chimique et biochimique, et
leurs aspects sont très variés.
Quelques exemples de calcaires :
Æ riches en précipitation d’origine biologique : calcaires construits (coralliens,
stromatolithes ‐ voir la fiche du même nom), calcaires d’accumulation (calcaires
coquilliers, calcaires à Foraminifères, craie)
La craie est une roche calcaire (à 90%) blanche, à grain très fin, faisant effervescence à
l’acide chlorhydrique. La craie est constituée par l’accumulation de coccolithes, pièces
calcaires de 5μm formées par des organismes unicellulaires photosynthétiques, les
Coccolithophoridés : ces plaques entourent la cellule de son vivant (en médaillon ci‐
dessous) puis s’accumulent au fond de la mer en une boue calcaire progressivement
compactée. Le ciment est peu abondant, ce qui rend cette roche friable, tendre, poreuse,
traçante. Elle caractérise les dépôts crétacés du Bassin parisien.
Fig 3 – La craie, une roche formée par Fig 6 Calcaire à gryphées (mollusque bivalve).
l’accumulation de coccolithes (en Les coquilles sont prises dans un ciment
médaillon) (Photo issue du site Planet‐Terre) calcaire (Photo issue du site Planet‐Terre)
E.Bonhoure
Fig 7 Un calcaire biodétritique peu Fig 8 Stromatolithes : une précipitation
consolidé : la roche est formée de fragments chimique de carbonate de calcium provoquée par
de coquilles (faluns de Doué la –Fontaine) la photosynthèse de cyanobactéries
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Æ précipitation d’origine chimique : calcaire lithographique (calcaire à grain très fin,
utilisé pour les lithographies), calcaire oolithique ou à « œufs de poisson » (constitué de
petites sphères, les oolithes, à dépôts de calcite concentriques autour d’une particule
progressivement « enrobée » : caractéristique des milieux agités), calcaire associé aux
stromatolithes.
Beaucoup de calcaires sont utilisés en construction pour faire des ciments, ou bien
comme moellons (blocs de pierre non taillés).
Les dolomies sont formées de plus de 50% de carbonates, dont plus de 50% de
dolomite = (Ca,Mg)(CO3)2. Elles ne font pas effervescence avec HCl, contrairement aux
calcaires. Fissurées, elles forment des
réservoirs d’hydrocarbures (associées
aux évaporites et argiles). Leur
carbonate magnésien vient d’une
précipitation directe (primaire), ou
d’un remplacement secondaire de la
calcite par la dolomite lors de la
diagenèse (dolomie secondaire). A
l’affleurement, elles sont souvent de
couleur ocre à brun rougeâtre (mais
cela est très variable) et présentent
parfois un aspect très découpé par
l’érosion, qui évoque des ruines
antiques (relief ruiniforme).
Fig 9 dolomie secondaire (Photo issue du site
Planet‐Terre)
B Les roches siliceuses (silice SiO2) non détritiques
Elles peuvent résulter de l’accumulation de tests siliceux de microorganismes comme les
Radiolaires (Æ radiolarites associées aux dorsales océaniques) ou les Diatomées, algues
microscopiques (Æ diatomites des eaux froides).
Les cherts (terme anglais) sont des roches ou des « accidents » siliceux dans des roches
d’autre nature (craie par exemple). Ce sont des roches d’origine chimique ou
biochimique (formées à partir de spicules siliceux d’éponges, par exemple – les
minuscules baguettes qui forment le
squelette des éponges).
On place dans les cherts, entre autres :
Æ les silex : accidents dans les couches
calcaires formés de silice sous différentes
formes (quartz, calcédoine, opale). Les silex
sont disposés en couches continues ou en
rognons disséminés ou groupés, parallèles
à la stratification. Ils proviennent d’une
précipitation biochimique au début de la
diagenèse, quand le sédiment est meuble, à
partir des eaux interstitielles enrichies en
silice par les spicules des éponges, dont on Figure 9 Un chert, une roche siliceuse très
peut voir des restes au microscope. dure (Photo issue du site Planet‐Terre)
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Le cœur du silex est dur, à grain fin, de couleur variable (jaune clair, brun, noir) parfois
zoné ; la cassure est lisse et conchoïdale (en forme de coquille), luisante. Les éclats,
utilisés par les hommes préhistoriques, ont des bords aigus et tranchants, translucides.
La périphérie (l’écorce) peut‐être couverte d’une patine blanche, car elle était en contact
avec le calcaire, dont des traces peuvent faire effervescence avec HCl.
écorce
cœur dur et lisse
Fig 10 Les silex de la craie : des exemples de cherts Photographie E. Bonhoure
Æles chailles : accidents siliceux des calcaires marins, d’origine comparable, en masses
ovoïdes de 1 à 30 cm, brunes, les chailles se distinguent des silex par une cassure mate,
non translucide, des limites peu nettes avec le calcaire et sans écorce marquée, un cœur
parfois calcaire, qui donne après décalcification un aspect caverneux.
Æles jaspes, de couleurs très variées et dont certaines variétés sont utilisées en
joaillerie. Elles contiennent plus ou moins de Radiolaires.
C Les roches salines ou évaporites
Elles se forment par évaporation, quand une solution est saturée, il y a précipitation
chimique des ions.
Le gypse, sulfate de calcium hydraté CaSO4, 2H2O, (voir la fiche « Minéraux des roches
sédimentaires »), souvent clair, rayable à l’ongle (tendre), soluble. Il présente des aspects
variés : gypse saccharoïde (à aspect de sucre en poudre), gypse pied d’alouette à fines
macles, gypse fer de lance à grande macle, roses des sables… Déshydraté par chauffage,
et réduit en poudre, il donne le plâtre, que l’on gâche avec de l’eau, puis qui prend par
formation d’un feutrage d’aiguilles de gypse.
Gypse saccharoïde
Gypse fer de lance
Gypse fibreux
Fig 11 Trois variétés de gypse
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Le sel (gemme) ou halite (voir la fiche « Minéraux des roches sédimentaires ») NaCl, en
cubes, trémies (pyramide quadrangulaire) ou grains de couleur très variées par des
impuretés. Il est utilisé en cuisine, dans l’agriculture et dans l’industrie.
Les évaporites comme le gypse et le sel sont
importantes quand on analyse les déformations et
les déplacements des unités géologiques sur le
terrain : elles jouent le rôle de « couche savon »,
favorisant les décollements, glissements
d’ensembles sédimentaires. On les trouve souvent à
la base des nappes de charriage (voir la fiche du
même nom) dans les chaînes de montagnes.
Fig 12 : Halite : Une roche tendre à goût salé
(Photo issue du site Planet‐Terre)
D Les roches phosphatées
Elles contiennent du phosphate (PO4)3‐ associé à divers ions : Ca, F, Cu, Al, Fe…
Les roches phosphatées marines résultent d’une précipitation chimique de phosphates
dissous à partir des apatites ( phosphate de Ca) des roches magmatiques, puis fixés par
les êtres vivants ( os, dents, excréments), puis redissous dans les eaux interstitielles des
sédiments. Dispersées dans d’autres roches ou regroupées, Leurs aspects sont divers :
en galets, en plages, en nodules.
Les phosphorites sont des phosphates qui s’accumulent dans les cavités des karsts ( ex
dans les Causses), à partir du lessivage de cadavres et d’excréments de Chauve‐souris en
particulier. Elles contiennent aussi des débris osseux, des argiles , du fer, du manganèse.
Les phosphates sont exploités pour les engrais.
E Les roches carbonées
Essentiellement composées de carbone organique, elles résultent d’une préservation par
enfouissement de la matière organique, conditions anaérobies qui n’ont pas permis le
recyclage en matière minérale (voir la fiche « Cycle du carbone »). La combustion de ce
carbone à l’état réduit permet de récupérer de
l’énergie, le carbone oxydé en CO2 est alors
libéré dans l’atmosphère. On distingue :
Æ les charbons solides, roches noires,
essentiellement constituées de débris végétaux
(feuilles, bois, algues). Ils se sont accumulés de façon
répétitive dans les bassins lacustres ou lagunaires,
au gré des transgressions et régressions marines.
On les classe en fonction de la concentration en C :
les tourbes (55% de C) brunes et peu denses
formées à partir de sphaignes (« mousses » des
tourbières), la lignite (75% de C) brun‐noir avec
des débris de bois reconnaissables, le charbon au
sens strict ou houille (85% de C) noir, mat ou Fig 13 Exploitation de tourbe dans le
brillant, tachant les doigts, l’anthracite noire, Connemara (Irlande) (Photo issue du site
brillante, ne tachant pas les doigts. Planet‐Terre)
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Fig 14 – Tourbe. On distingue les débris de Fig 15 – Bitume dans une dolomie (Photo issue du
sphaignes, mousses des tourbières (Photo issue site Planet‐Terre)
du site Planet‐Terre)
Æ les huiles à hydrocarbures : asphaltes ou bitume, pétrole
Le pétrole se forme par accumulation d’éléments du plancton, dans des bassins où les
eaux profondes, non brassées, ne sont pas oxygénées et sont réductrices. La
transformation de la matière organique associée aux sédiments donne des boues
sapropéliques (étymologie : sapros=pourri, pêlos=boue). Il se forme une huile riche en
hydrocarbures qui reste dans la rochemère, ou migre vers le haut grâce à sa faible
densité. Elle n’est conservée que si elle est piégée dans une roche –réservoir poreuse
(sable par exemple) par la présence d’une couche imperméable au dessus.
Le pétrole est une forme de bitume. On distingue différents bitumes par leurs
compositions chimiques et leurs propriétés. Les roches bitumineuses (calcaires, grès,
schistes) sont noires et à toucher gras. Les schistes bitumineux, exploitables, donnent
environ 40 litres d’huile de schiste par tonne de roche.
F Les roches ferrugineuses et alumineuses
Elles servent de minerai de fer (minette de Lorraine) et d’aluminium (bauxite de
Provence).
Les roches sédimentaires sont des roches formées à la surface de l’écorce
terrestre, elles sont stables dans leurs conditions de formation. Aussi, si les
conditions changent (lessivage, climat, enfouissement profond…), elles peuvent
être mises en solution, métamorphisées, plissées, faillées… leur structure est alors
changée, elles peuvent changer de catégorie.