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OPTICIENS CÉLÈBRES 31

Johannes Kepler
Mathématicien et astronome germanique, Johannes Kepler est surtout connu pour avoir découvert les lois qui
régissent le mouvement des planètes, et qui portent aujourd’hui son nom. Ses tables astronomiques, combinant
les observations méticuleuses de Tycho Brahe et ses propres prévisions théoriques, comptent parmi les plus
durablement précises jamais établies : elles ont servi de socle stable à la théorie copernicienne face au modèle,
alors unanimement admis, d’un univers géocentrique. Atteint d’une vue déficiente qui l’empêche de mener un
travail expérimental original, il s’impose néanmoins comme une grande figure de l’optique dont il revisite les
concepts fondamentaux : il propose notamment une approche mathématique efficace qui étaye les premières
observations à la lunette de Galilée.

ohannes Kepler naît dans une famille de Nicolas Copernic [1473-1543]. C’est lit-
J modeste de Weil der Stadt le 27 dé-
cembre 1571. Son père, Heinrich Kepler,
téralement un acte hors la loi, dans un
monde dominé par l’église et le modèle
est mercenaire dans l’armée du duc de géocentrique de Claude Ptolémée [vers
Wurtemberg. Sa mère Catherine est fille 90-vers 168] qui place la Terre au centre
d’aubergiste ; elle fabrique occasionnelle- du monde. Mais les arguments de son
ment des potions médicinales qui lui font professeur sont probants, la démarche
une réputation de guérisseuse. Johannes intellectuelle séduisante : Kepler devient
est un garçon de faible constitution, né un copernicien convaincu. Bien sûr, cette
prématuré. À trois ans, il contracte une nouvelle position est peu compatible avec
vérole qui manque l’emporter et lui laisse la charge de pasteur… Kepler abandonne
des séquelles sévères, dont une vue for- alors ses études en théologie et accepte
tement affaiblie et des mains déformées. un poste de professeur de mathématiques
Les Kepler, d’obédience protestante lu- à l’école protestante de Graz en 1594. Il
thérienne, vivent en paix au sein du catho- devient également l’astrologue de l’ar-
lique Saint-Empire romain germanique, chiduc Ferdinand de Habsbourg.
sous le règne du tolérant Maximilien II.
Ils déménagent en 1576 à Leonberg, près Premiers travaux mathématiques
Principales dates
de Stuttgart, et y ouvrent une auberge. Kepler se marie le 27 avril 1597, avec
À neuf ans, le jeune Johannes s’émerveille 27 décembre 1571 Barbara Müller ; c’est un mariage d’amour,
Naissance à Weil der Stadt (Allemagne)
avec son père de l’éclipse du 31 janvier organisé par ses proches. Paysanne au
1601 Mathematicus impérial à Prague
1580, et de l’apparente diminution de la 1609 Deux premières Lois de Kepler caractère fort, elle lui donne trois enfants
taille de la lune quand elle passe devant le 1611 Publie les Dioptricae et s’occupe avec ferveur et efficacité de
soleil. C’est une expérience qui le marque ; 1619 3e Loi dans l’Harmonie du Monde son foyer. Mais la mort de leur fils
1627 Publie les Tables Rodolphines
il y reviendra plus tard. Il fréquente à cette Friedrich, victime de la peste Hongroise
15 novembre 1630
époque l’école latine de Leonberg. À par- Mort à Regensburg (Allemagne) à l’âge de sept ans, l’anéantit. Elle se
tir de 1583, il entre au séminaire protes- suicidera un an plus tard, en 1612.
tant d’Adelberg, et enfin au séminaire Sur le plan scientifique, Kepler ne tarde
supérieur de Maulbronn. pas à affirmer ses positions. Il réunit ses premières réflexions sur
En 1589, son père prend de nouveau les armes. Il ne reviendra le mouvement des planètes et l’organisation de l’univers dans
plus. Cette même année, Johannes entre au célèbre séminaire le Mystère Cosmographique, un ouvrage paru en 1596 et qui le
évangélique Stift de l’Université de Tübingen, fondé en 1536. place d’emblée à l’avant-garde des astronomes de son temps.
La voie semble donc tracée vers l’ordination… Pourtant, Kepler Brillant et passionné, parfois d’une naïveté émouvante, ce livre
n’est pas réellement en accord avec le courant de pensée luthé- est rien de moins que le premier plaidoyer convaincant pour la
rien tel qu’il fut rédigé en 1530 dans la confession d’Augsbourg théorie copernicienne. Il constitue également l’acte fondateur
et qui prévaut alors à Tübingen. d’une nouvelle science : l’astrophysique, car à la différence
Au Stift, il étudie la philosophie, la philologie, le grec et surtout notable de ses contemporains, Kepler s’intéresse à l’étude des
les mathématiques sous la férule de l’astronome Michael causes qui régissent l’organisation des planètes.
Maestlin [1550-1631]. Kepler est un étudiant brillant et un esprit Kepler y propose notamment un modèle du système solaire basé
ouvert ; Maestlin décide de l’initier à la théorie héliocentrique sur des polyèdres réguliers. Il imagine une « âme » qui attire

juillet/août 2011 • 54 •
Article disponible sur le site http://www.photoniques.com ou http://dx.doi.org/10.1051/photon/20115431
32 OPTICIENS CÉLÈBRES

les corps inertes vers le Soleil et induit le mouvement des pla- Kepler, qu’il publie dans l’Astronomie Nouvelle en 1609. Il est
nètes. Il tente même de la décrire par une loi mathématique liant impossible de dire l’importance inouïe de cette découverte ;
la période de révolution des planètes à leur distance au soleil. qu’on songe simplement qu’Isaac Newton [1643-1727] a déduit,
Magnifique intuition, mais basée sur des concepts erronés d’op- par le calcul, la Loi de l’attraction gravitationnelle à partir des
tique et de dynamique… Non décidément, ce n’est pas assez Lois de Kepler. Kepler vient d’entrer, de plein pied, au Panthéon
mûr. Il lui faudra encore vingt ans d’effort et de réflexion pour des génies de l’humanité.
comprendre et établir l’Harmonie du Monde.
L’optique
Mathematicus impérial Pendant sa bataille avec Mars, Kepler prend conscience de l’im-
La théorie des solides emboîtés permet à Kepler, alors obscur portance de maîtriser les concepts et phénomènes optiques pour
professeur de mathématiques à Graz, d’entrer en contact avec ses travaux astronomiques. C’est une culture que n’avait pas son
ses déjà illustres contemporains : Tycho Brahe [1546-1601], astro- maître Maestlin, et qu’il se forge seul en étudiant notamment les
nome danois qui a fait construire le fameux Uraniborg (littéra- œuvres de l’Anglais Roger Bacon [1214-1294] et de l’Arabe
lement Palais des Cieux), probablement le plus important obser- Al Haytham [965-1039]. Il publie Astronomia pars Optica en 1604,
vatoire d’Europe de l’époque ; et plus tard Galilée [1564-1642]. dans lequel il propose la première étude mathématique de la
Tycho Brahe occupe depuis 1599 la charge de mathematicus camera obscura et de la réfraction dont il donne la loi i = n × r
impérial à la cour de Rodolphe II à Prague. Séduit par le Mystère (limite aux petits angles de la loi de Descartes-Snell). Il s’intéresse
Cosmographique, il invite Kepler à le rejoindre. C’est une pro- aussi au mécanisme de la vision, et soutient l’hypothèse d’une
position extraordinaire, et qui tombe à pic : protestant peu formation des images sur la rétine… Ce premier livre sur l’optique
toléré, savant poursuivi pour ses idées coperniciennes, Johannes est essentiellement une synthèse des connaissances de l’époque,
Kepler doit s’exiler. Il se réfugie à Prague en 1600, et devient l’as- présentées sous un angle étonnamment moderne, dans un objec-
sistant mathématicien de Tycho Brahe. tif pratique : servir ses travaux d’astronomie. Son second ouvrage
Celui-ci se débat depuis quelques années déjà avec l’inextricable Dioptricae, paru en 1611, est plus original. Il y établit la théorie
mystère de l’orbite de Mars. Il dispose, grâce à Uraniborg, d’ob- des lentilles et de leurs combinaisons, et explique notamment le
servations astronomiques à la fois fiables, précises et complètes, fonctionnement de la lunette avec laquelle Galilée vient de
mais ne parvient pas à les exploiter. Or Kepler, le bigleux inca- découvrir les satellites de Jupiter.
pable d’observations, est un extraordinaire manipulateur de Kepler passe ainsi dix années paisibles et scientifiquement
chiffres. Il se prend immédiatement au jeu et poursuit l’effort très productives à Prague, dans une position confortable et
même après la mort de Brahe en 1601, lorsqu’il lui succède prestigieuse. Sa situation se dégrade brutalement en 1611 avec,
comme mathematicus impérial. Notons en passant que c’est une successivement : la mort de son fils Friedrich ; le suicide de sa
position rare, qu’il occupe jusqu’en 1612 et qui offre des privi- femme Barbara ; l’abdication de son protecteur, l’empereur
lèges inespérés au fils de l’aubergiste et du mercenaire. Rodolphe II, pour son frère Matthias… De plus, ses prises de
Mais revenons à l’orbite de Mars, car ce n’est pas une mince position scientifiques sont suspectes aux yeux de l’église et lui
affaire. Qu’en est-il précisément ? Pour l’astronomie classique, valent d’être excommunié en 1612. Ainsi, pour mille raisons, l’air
celle en laquelle croit encore Kepler mais qu’il s’apprête à révo- de Prague lui devient irrespirable. Kepler doit quitter la capitale
lutionner, les orbites des planètes sont circulaires, et il suffit donc de l’Empire. Il s’installe à Linz, en Autriche.
de quelques observations pour en déterminer tous les para- Veuf depuis peu, l’ex-mathematicus impérial est un bon parti et
mètres. Grâce aux données pléthoriques amassées par Tycho devient un homme courtisé. Il épouse en secondes noces Susanne
Brahe, il peut calculer plusieurs jeux de paramètres et les affiner Reuttinger, la fille de l’hôtelier de la ville voisine d’Eferding, avec
à l’envie. Bref, pour Kepler, c’est a priori un travail simple et qui il a sept enfants. C’est un mariage heureux. Détail amusant
banal, quelques feuillets à noircir, l’histoire de quelques mois et signe de son insatiable curiosité d’esprit, Kepler remarque en
tout au plus. Pourtant Mars lui résiste – elle résiste même bien, achetant le vin pour son repas de noces que les volumes des ton-
six longues années. De toute évidence, l’orbite de Mars n’est pas neaux sont estimés selon une méthode archaïque et grossière
circulaire. Kepler, coincé comme tous alors dans les modèles (déduction du volume à partir de la mesure de la diagonale).
antiques, enraciné dans les certitudes astronomiques de son Il s’intéresse alors aux solides de révolution, dont il calcule la
époque, doit déployer des trésors d’imagination et d’audace contenance par la méthode des indivisibles (un précurseur du cal-
intellectuelle. Il laisse vagabonder son esprit, hésite, s’enhardit, cul infinitésimal), et publie ses résultats dans Nova Stereometria
doute – confirme enfin ce que son intuition lui souffle : Mars la Doliorum vinarorum en 1615.
rouge suit une trajectoire elliptique, dont le soleil est un foyer. Cette même année, sa mère Catherine est accusée de sorcellerie.
Mieux encore : le rayon qui relie Mars au Soleil balaie des aires C’est une charge grave, qui peut lui valoir le bûcher. Johannes
égales pendant des durées égales ; cette aire peut donc être uti- Kepler doit intervenir : le procès dure six longues années au cours
lisée comme une mesure du temps. En étudiant l’orbite des desquelles Catherine, âgée de soixante-dix ans, passe plusieurs
autres planètes du système solaire, il prouve l’universalité de ce mois en prison à Güglingen. Finalement reconnue innocente,
que l’on appelle désormais les première et deuxième Lois de elle est relaxée en 1621.

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OPTICIENS CÉLÈBRES 33

L’harmonie du monde
Malgré son exil à Linz, Kepler reste avant tout un astronome.
Son œuvre contient en filigrane la conviction profonde que
l’Univers est soumis à des lois harmoniques. Cette foi en une
Harmonie du Monde (le titre du livre qu’il publie en 1619 et dans
lequel il attribue aux planètes un thème musical) le conduit à
la découverte – tellement improbable, tellement troublante,
tellement fantastique – de sa troisième Loi, selon laquelle le
carré de la période de révolution de chaque planète autour du
soleil est proportionnel au cube du demi-grand axe de sa tra-
jectoire elliptique. Un moment d’intuition et de découverte si
intense qu’il en fixe, avec une émotion vibrante, la mémoire
dans l’énoncé de sa loi.
Le calcul des tables astronomiques fait partie intégrante de
la charge d’astronome, ou de mathematicus impérial. Kepler
s’en est toujours acquitté ; pour autant, c’est une tache fasti-
dieuse et laborieuse. Les logarithmes inventés par John Neper
[1550-1617] en 1614 sont un soulagement pour toute la confré-
rie, mais ils restent mystérieux, donc d’une fiabilité douteuse.
Convaincu pour sa part par ce nouvel outil, et en réponse au scep-
ticisme railleur de son ancien maître Maestlin, Kepler s’emploie
à expliquer leur fonctionnement et démontre leur pertinence
mathématique dans Chilias logarithmorum. Il améliore la
méthode de calcul de Neper, et établit une nouvelle table de
logarithmes par une méthode géométrique.
En 1627, Kepler publie à Ulm son œuvre maîtresse, les Tables
Rodolphines, qui font magnifiquement la synthèse de son tra-
vail de mathématicien et d’astronome, et des observations de
Tycho Brahe. Ces tables, fait rare et remarquable dans la connais-
sance mouvante des choses célestes, restent exactes pendant
plusieurs décennies – confirmant avec éclat l’exactitude des
Lois de Kepler, et la pertinence du modèle copernicien.

Ultima verba
Kepler meurt le 15 novembre 1630, à l’âge de cinquante-neuf
ans, d’une courte maladie. Il est enterré dans la ville de
Regensburg (Bavière) mais en 1632, durant la guerre de Trente
Ans, l’armée suédoise détruit sa tombe. Ses manuscrits, retrou-
vés en 1773 et récupérés par Catherine II de Russie, se trouvent
aujourd’hui à l’observatoire de Pulkovo à Saint-Pétersbourg.
On imagine mal aujourd’hui le parcours de ces savants, grands
esprits audacieux, caractères courageux et trempés, fins polito-
logues, qui ont fait la science que nous pratiquons et bâti le
monde que nous connaissons. Kepler est l’un de ces hommes :
il a révolutionné notre vision de l’Univers, et initié un élan qui
nous entraîne encore aujourd’hui dans notre course folle autour
du Soleil, parmi les étoiles, au cœur de la galaxie. I

Riad HAIDAR
Onera
[email protected]

Référence
[1] J.-P. Luminet, L’œil de Galilée (J.-C. Lattès, 2009).

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