Votre Attention Est Votre Superpouvoir - Fabien Olicard (2024)
Votre Attention Est Votre Superpouvoir - Fabien Olicard (2024)
lois sur le droit d’auteur. Il est identifié par un tatouage numérique permettant d’assurer
sa traçabilité. La reprise du contenu de ce livre numérique ne peut intervenir que dans le
cadre de courtes citations conformément à l’article L.122-5 du Code de la Propriété
Intellectuelle. En cas d’utilisation contraire aux lois, sachez que vous vous exposez à des
sanctions pénales et civiles.
© Éditions First, un département d’Édi8, Paris, 2024
Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation
collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce
soit, sans le consentement de l’Auteur ou de ses ayants cause est illicite et constitue une contrefaçon
sanctionnée par les articles L. 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
ISBN : 978-2-412-09805-9
Dépôt légal : mai 2024
PRÉFACE
AVANT-PROPOS
AU COMMENCEMENT
DE L’INFORMATION À L’INDIGESTION
Le titre qui fait cliquer
L’information n’est jamais gratuite
L’équilibre des curseurs
PANEM ET CIRCENSES : DONNEZLEUR DU PAIN ET DES JEUX !
L’apparition de la captologie
Jouez souvent, jouez longtemps
Renforcer l’addiction, de l’attention contre de l’argent
LES FLÉAUX SOCIAUX
La nécessité des algorithmes
Mieux vous comprendre pour mieux vous vendre
NOS USAGES NOUS TRAHISSENT
CONCLUSION
ENCORE UNE MINUTE
OUVRAGES DU MÊME AUTEUR PARUS AUX ÉDITIONS FIRST
PRÉFACE
Depuis tout petit, j’ai constaté qu’il m’était impossible de retenir une citation
par cœur. À l’école déjà, quand le professeur disait : « Werber, venez au tableau
et faites la récitation », je savais déjà que ça allait être une catastrophe, que
j’allais avoir une mauvaise note. J’avais l’impression que je n’avais pas le disque
dur qui me permettrait de stocker des informations.
J’ai observé Fabien Olicard à plusieurs reprises et j’ai été très surpris, alors que
nous étions au restaurant et que je m’étais absenté, qu’il n’utilise pas son
téléphone pour occuper ce temps. J’ai eu l’impression qu’il était très différent
des autres, parce qu’il était capable d’accepter l’ennui. Ce jour-là, j’ai pris
conscience que mon cerveau avait tout le temps besoin d’être stimulé, que
j’avais beaucoup de mal à rester sans rien faire. J’ai par exemple constamment
besoin d’être au courant de l’actualité. C’est une addiction. Le matin, dès mon
réveil, je mets les informations et je me prends ma dose d’émotions négatives.
Je sais que c’est mauvais, mais je suis incapable d'arrêter de le faire.
Fabien est un vrai accompagnateur. J’ai aimé que ce livre ne laisse pas le
lecteur livré à lui-même. Votre lecture est comme une promenade en forêt.
Fabien vous prend la main et vous dit : « Écoute, on va y entrer ensemble, il se
peut que tu voies des choses qui ne vont pas te plaire, que tu sois un peu
surpris ou que ce soit compliqué d’avancer, mais je suis à côté. Je ne te laisse
pas tomber et je te garantis que tu traverseras toute la forêt pour en ressortir
plus fort. »
Ce livre peut vous changer. C’est grâce à lui que j’ai pris conscience qu’il n’est
pas normal que je scrolle sur mon téléphone pendant que je regarde un film.
C’est grâce à lui aussi que j’ai compris que mon sous-système personnel était
un atout, mais que je devais protéger mon attention pour qu’il fonctionne.
Vous vivrez vos propres prises de conscience dans la riche conversation qui
vous attend maintenant avec Fabien Olicard.
Bernard Werber
AVANT-PROPOS
À l’âge de 8 ans, j’ai assisté à mon premier tour de magie. D’abord en tant que
spectateur, et, interloqué par ce que je venais de voir, je suis rapidement passé
de l’autre côté du chapeau haut de forme. La même année, au détour d’un
vide-greniers, j’ai acquis un ouvrage professionnel sur le sujet, Cours Magica, de
Robert Veno. J’étais émerveillé par le style d’écriture, poussiéreux à souhait
(j’aimais beaucoup que le livre utilise un langage très soutenu comme si j’étais
une personne importante). Ce guide faisait preuve d’un sérieux que je n’avais
pas soupçonné en le prenant sur la table en formica du vendeur. L’un des
chapitres était dédié à l’art subtil du mentalisme. Oh, pas explicitement bien
sûr, cette partie s’appelait « Magie mentale », avec en sous-titre : « Il n’y a pas
de trucs » !
Les mentalistes – et, par affiliation directe, les magiciens – utilisent l’attention
de leur public pour transformer la réalité. Pour que la pièce de monnaie semble
disparaître d’une main, alors que les observateurs, pourtant éduqués, savent
qu’un objet ne peut pas se volatiliser si facilement. (Je vous préviens, je vais être
obligé de vous dévoiler le grand secret de ce tour dans quelques pages…) C’est
donc en lisant ce chapitre sur cette magie mentale que j’ai compris que
l’attention était la clé de cet art et j’ai pu compenser mon manque d’agilité en
tant qu’illusionniste par mon habileté à manipuler la perception d’un public.
L’illusion n’existe pas dans les mains du magicien ou dans ce qu’affirme le
mentaliste. La véritable magie, l’instant où quelque chose d’impossible vient
d’avoir lieu, n’existe que dans le cerveau du spectateur ! Dans l’esprit de celui
qui observe un tour, mais qui décide malgré lui de conclure que l’impossible
vient de se réaliser !
Je travaille depuis presque quinze ans sur scène, avec mon étiquette de
mentaliste. Ma matière première est l’attention du public. J’ai besoin de celle de
mes spectateurs pour qu’ils puissent suivre ce que je vais faire, mais j’en ai aussi
besoin pour pouvoir la manipuler (en tout bien, tout honneur). C’est un
contrat tacite qui lie l’artiste aux personnes qui assistent à sa prestation. Vous
avez probablement déjà entendu parler du « détournement d’attention ». Cette
technique, dont le nom explicite est connu du grand public, n’empêche pas les
magiciens de s’en servir (enfin, en quelque sorte, vous comprendrez pourquoi
tout à l’heure). Mais pour détourner l’attention… encore faut-il qu’elle soit
présente ! CQFD.
Au fil des années, j’ai vu cette précieuse compétence, celle de dédier son énergie
mentale à se focaliser sur une tâche, se réduire comme une flaque d’eau sous le
soleil. Si vous observez continuellement une flaque, vous ne verrez pas l’eau
s’évaporer. Mais si vous jetez un coup d’œil toutes les dix minutes, vous vous
rendrez compte que la surface de la flaque diminue jusqu’à n’être qu’une simple
goutte. En observant mes notes prises depuis des années, je peux voir comment
j’ai adapté mes spectacles à ce changement. J’ai également adapté l’écriture de
mes vidéos sur Internet ainsi que la manière dont je conçois l’écriture de mes
livres.
Mon premier ouvrage 2 ressemble dans sa forme au Manuel des Castors juniors
pour le cerveau : ce n’est pas dû au hasard ou à un manque de motivation de ma
part. J’avais compris que ce premier livre serait probablement lu
principalement par des personnes aimant mon travail sur scène ou en vidéo,
mais que ce public ne lisait peut-être pas souvent des livres. J’en avais déduit
que si mes lecteurs abandonnaient trop vite leur lecture, j’aurais fait ça pour
rien… sauf pour la gloire d’avoir un titre en librairie (ce qui est déjà très
émouvant, je vous l’accorde). J’ai adapté la forme et le style de mes textes pour
amener les personnes qui me font confiance à pouvoir lire sans effort.
Je ne pense pas qu’il y ait un unique responsable à cette dérive. J’imagine mal
une sorte de Charles Montgomery Burns qui, comme dans Les Simpsons,
mettrait en place son plan diabolique. Il faut plutôt s’intéresser à pourquoi
Homer Simpson n’arrive pas à se concentrer plus de quelques secondes sans
voir un automate de singe claquant des cymbales occuper son esprit.
La société s’autorégule, progresse sur des chemins qu’elle trace dans un élan
collectif (que la route soit la bonne ou la mauvaise). Si l’attention humaine s’est
dégradée, nous n’en sommes pas responsables individuellement… Mais nous
en sommes responsables collectivement. Cette dégradation de l’attention est un
danger quand on comprend que c’est la clé de beaucoup de nos compétences,
de notre motivation, de notre mémoire, de notre réflexion. Je vais être
transparent : je suis très inquiet quand je vois cette faculté s’atrophier.
La bonne nouvelle, c’est que la pente sur laquelle nous glissons n’est qu’un
mirage. Il suffit presque d’en prendre conscience pour que le sol redevienne
plus plat et plus ferme sous nos pieds ! Nous pouvons déjouer les pièges du
quotidien, sans nous priver de nos divertissements, pour reprendre le pouvoir
sur notre attention. Elle s’adapte mais reste présente, plus ou moins enfermée
dans une boîte qui ne demande qu’à être ouverte ! Il y a des pièges à éviter,
mais globalement, ça n’est pas compliqué de la sauver. L’autre bonne nouvelle
dans ce tableau un peu sombre est que rien n’est irréversible (pour les
personnes atteintes de troubles cognitifs, cela demande évidemment d’autres
procédés).
J’écris pour vous, pour moi, pour sonner une alarme, mais aussi pour montrer
à tout le monde que l’extincteur est à portée de main ! Ne laissons personne
jouer avec ce trésor en dehors du cadre d’un spectacle d’illusion…
Restons attentifs !
Fabien Olicard
1
. Si vous pensez actuellement à un marteau rouge, vous faites partie d’une grande majorité ! J’aurais pu
organiser une révélation bluffante en simulant que je devinais ce à quoi vous pensiez (car si vous pensiez
effectivement à cet outil et à cette couleur, vous devez être un minimum surpris). Pour être un peu plus
exhaustif, sachez que tournevis et/ou bleu reviennent avec une fréquence non négligeable. Par contre, si
vous pensiez à une scie sauteuse violette… je suis désolé, mais je ne peux plus rien faire pour vous !
2
. Votre cerveau est extraordinaire, éditions First, 2017.
AU COMMENCEMENT
La phrase n’est pas une référence à Magritte et sa pipe qui n’en est pas une. Je
vous précise que ceci n’est pas une préface pour mieux capter votre attention et
augmenter les chances que vous lisiez ce préambule. D’ailleurs avez-vous
vraiment lu les préfaces qui ouvraient ce livre ?
Une préface qui n’apporte rien au livre que je lis ? Je passe. Le générique d’une
série ? J’appuie sur le bouton « Passer ». Le discours annuel du directeur de ma
société ? Je vais me mettre au fond de la salle pour regarder en même temps ce
qu’il se passe sur Instagram.
Pour que vous soyez attentif aux 48 000 mots qu’il vous reste à lire, il faut que
je donne du sens, du rythme, que je titille votre curiosité. Il faut que je
construise un texte où les passages sérieux arrivent après un enchaînement
digeste et divertissant. Que je rende votre lecture captivante en y mettant du
suspense. Ce qui tombe à point nommé puisque j’ai justement une histoire à
vous raconter.
Le 4 juin 2023, j’ai publié sur YouTube une vidéo ayant pour titre « Pourquoi
TikTok a (déjà) détruit votre futur ». Oh, pas sur ma « grosse » chaîne
aux deux millions d’abonnés, mais sur une petite chaîne annexe où je publie
de manière irrégulière. Bien que ce compte secondaire ne réunisse « que »
150 000 abonnés, la vidéo va vite me glisser des mains et réaliser le score
insensé de 950 000 visionnages ! Mais le moment où l’histoire commence
à être vraiment surprenante, c’est quand j’ai analysé
les commentaires de la vidéo : la moitié d’entre eux me « confirmaient »
que TikTok serait bien « l’antre du diable » et que la vidéo avait bien raison
de dénoncer cette plateforme « ridicule » et « inutile ». Le reste
des interventions était là au mieux pour contredire, au pire pour m’insulter,
sous prétexte que je ne connaissais rien à TikTok, que je n’étais qu’un boomer
de plus qui refusait le progrès qu’apporte cette application. J’étais donc soit
un génie, soit un débile, mais personne n’arrivait vraiment à trancher
sur ce point.
De mon côté, je crois que les deux camps se trompaient ! Mais avant de vous
expliquer pourquoi, revenons sur le titre de la vidéo. J’assume son aspect
volontairement aguicheur. J’ai moi-même envie de cliquer sur cette vidéo pour
savoir ce qu’elle raconte.
Comme pour un livre dont la couverture doit attirer votre regard dans la
librairie, le titre d’une vidéo doit capter votre œil et vous donner envie d’en
savoir plus. Mais il suffit de regarder ma vidéo pour comprendre que le sujet de
TikTok n’est qu’un tremplin pour développer un propos plus large, celui de
l’attention, et que je ne charge pas l’application de tous les maux. Je ne la
défends pas non plus ! TikTok n’est qu’un support à ce que j’ai à dire. J’aurais
pu en choisir un autre, mais j’ai préféré celui à la mode pour que l’audience s’y
intéresse plus.
Attendez.
Revenons encore un peu en arrière, juste avant que je décide d’écrire la vidéo
en question. (Ne vous inquiétiez pas du fil de notre conversation, tout sera
bouclé et cohérent à la fin du chapitre… Comme j’en vois qui se posent la
question, je préfère vous rassurer.)
J’ai vécu des moments gênants, mais j’ai trouvé ce que je cherchais ! Dans
la grande majorité des cas où j’ai pu lorgner sans passer pour
quelqu’un de curieux de lire les messages des autres, les patients cherchaient
quelles applications ils allaient utiliser, ou bien ils passaient frénétiquement
d’une application à une autre (toujours les mêmes, dans une sorte de boucle
infernale) pour voir si une notification salvatrice était apparue. En conclusion,
nous sortons nos écrans tactiles par réflexe, avant même de ressentir le moindre
symptôme d’ennui. L’utilisation du téléphone précède l’intention même
d’y faire quelque chose de précis.
J’en profite pour vous présenter mes excuses si vous m’avez croisé en train de
regarder par-dessus votre épaule dans une salle d’attente ou dans le métro –
puisque j’ai réitéré l’expérience dans les sous-sols parisiens. Moins de
personnes y sortent leur téléphone. Ce qui peut être surprenant de prime abord
s’explique par l’habitude de ce mode de transport. Certains dorment, d’autres
ont prévu un livre, un magazine ou un journal à feuilleter. Beaucoup
s’organisent en amont pour ce trajet quotidien (contrairement aux rendez-vous
médicaux qui sont habituellement exceptionnels). En revanche, j’ai été surpris
de voir dans le métro des personnes qui actualisaient en vain leurs e-mails,
leurs réseaux sociaux ou une page Internet. Visiblement personne ne capte de
réseau, mais le cerveau, habitué à déléguer son attention à cette extension de
nos cinq doigts, préfère fixer une barre de chargement immobile plutôt que de
se résigner à faire autre chose.
Passionnant, n’est-ce pas ? D’ailleurs, une étude réalisée par Atlas VPN
démontre qu’une personne lambda passe en moyenne 2 heures et 24 minutes
par jour sur les réseaux sociaux. Soit 876 heures par an. En le traduisant en
journées, ce temps passé se monte à 36,5 jours par an !
Rappelez-vous le fil rouge de ce chapitre que je persiste à répéter : ceci n’est pas
une préface. C’est un petit manifeste. L’attention est aujourd’hui un véritable
enjeu. En perdant des points de cette faculté, le cerveau perd son pouvoir et sa
capacité à mobiliser les ressources cognitives correctement (n’ayez pas peur du
mot « cognitif », je vous l’expliquerai en temps voulu). Sans motivation, un
être humain ne peut pas s’accomplir. Dès lors, un pont vers un possible épisode
dépressif se construit de lui-même. C’est aussi un manifeste, car l’attention est
également un enjeu de santé mentale. Cette faculté devrait être enseignée dès
l’école primaire. Elle est le socle de la mémoire, de la réflexion, de la relation
sociale et plus encore. La comprendre et savoir en prendre soin, c’est aussi
refuser de laisser ceux qui l’ont étudiée en faire un commerce au mépris des
conséquences.
Plus vite. Toujours plus vite, toujours plus haut, toujours plus… dense ! Vous
avez cru que j’allais lancer le slogan de Fort Boyard, mais je ne me voyais pas
vous donner une énigme du Père Fouras (quoique, maintenant qu’on en
parle…).
Je vais plutôt vous présenter le directeur de votre attention, installé dans son
siège social : le cerveau. Cette première partie est une initiation au sujet, pour
vous garder en alerte et vous donner envie d’en savoir plus ! Je vais vous fournir
les bases nécessaires pour comprendre ce qui se passe dans vos neurones, et il
sera temps d’approfondir certaines connaissances plus tard (principalement
dans la troisième partie). Pour vous aider à rester vigilant, sachez que vous
mettrez précisément une heure pour lire cette première partie (à une vache
près, ça dépend quand même de votre vitesse de lecture).
Vérifiez que vous avez cette heure devant vous, buvez un verre d’eau pour ne
pas avoir à vous lever pendant que vous tournerez les pages, faites en sorte de
n’avoir ni trop chaud ni trop froid. Pour finir, installez-vous confortablement,
coupez les notifications de votre téléphone (le mode avion fera l’affaire) et
restons entre nous pendant un tour de cadran.
Attendez ! J’en vois qui sont déçus depuis que j’ai dit qu’il n’y aurait pas
d’énigmes à résoudre. Vous n’allez pas m’obliger à me mettre une fausse barbe
blanche et à monter en haut d’une vigie au large de la Charente-Maritime ! Si ?
Alors soit ! Voici une énigme sur laquelle nous reviendrons tout à l’heure :
L’ÉNIGME DE LA ROULETTE
Dans cette énigme, vous êtes le héros d’un film de gangster. Vous vous retrouvez
à devoir jouer à la roulette russe avec l’un des malfaiteurs (en réalité, vous êtes en
infiltration pour l’arrêter). Ce jeu dangereux se pratique avec un revolver muni
d’un barillet à six coups et d’une cartouche.
Le malfaiteur ouvre le pistolet, enlève toutes les cartouches, puis en insère une
seule dedans. Il fait tourner le barillet et le bloque sans que personne ne puisse
savoir dans laquelle des six chambres se trouve l’unique cartouche. Il vous dit que
vous allez tirer à tour de rôle sur une bouteille au fond de la pièce. Celui qui fera
exploser la bouteille aura perdu…
Je n’ai pas vu le film dont vous êtes l’acteur principal, mais je crois qu’il vaut mieux
ne pas perdre ! Le malfaiteur tire et… aucune balle ne sort. Il est tombé sur l’une
des chambres vides du revolver.
Il vous donne l’arme et vous laisse le choix de faire tourner ou non le barillet avant
de tirer à votre tour.
Voici la question : Allez-vous faire tourner le barillet avant de tirer ou pas ? Et
pourquoi ?
Nous y sommes (le trajet est rapide). Je vous souhaite la bienvenue dans cette
masse renfermant des milliards de neurones ! Ne faites pas attention à la
décoration, c’est un modèle de série. Ce qui se trouve à l’intérieur est
néanmoins unique, après tout, c’est votre organe personnel.
Si plusieurs zones du cerveau sont impliquées, l’une des plus importantes est
celle qui réceptionne tout ce qui vient de l’extérieur ! Toutes les informations
sensorielles arrivent dans le cerveau au niveau de la « formulation réticulée ».
Ce n’est ni un jeu de mots, ni une contrepèterie ratée. C’est une structure
nerveuse du tronc cérébral. Il est logique que le secteur qui reçoit tout ce qui
provient du monde qui vous entoure soit en partie responsable de l’attention.
C’est d’autant plus logique que c’est également cette partie du cerveau qui gère
votre éveil. Ne dit-on pas d’une personne qui n’est pas attentive qu’elle « rêve »
ou qu’elle est « endormie » ?
Mais comment diable fait votre cerveau pour savoir ce qui est utile ou
nouveau ? D’abord, il capte l’information, ensuite il la compare avec ce qu’il a
en stock dans vos différentes mémoires. S’il ne trouve rien de similaire : bingo !
c’est nouveau. Il va peut-être dédier un peu d’énergie à cette nouveauté. Si
l’anecdote de votre moitié concerne encore l’une des bourdes quotidiennes de
Gérard à la compta, il y a peu de chance qu’il prenne ça pour un scoop digne
d’intérêt. Pendant la comparaison avec vos souvenirs, votre mental évalue
également la possibilité que cette information puisse vous être utile et, si c’est
le cas, double bingo ! À vous le gros lot, vous pouvez débloquer une réelle
concentration.
Votre attention se niche un peu partout, elle agit aussi sur la vigilance, la
concentration, l’éveil, etc. Elle implique vos perceptions, mais elle n’est pas
étrangère à votre capacité d’analyse, de raisonnement, à vos capacités de calcul
ou de langage, etc. Nous aurons l’occasion de détailler ce qu’on appelle les
« fonctions cognitives ». Pour le moment, traçons uniquement des contours
pour cerner la silhouette de l’attention.
Voyez cette capacité comme un champ labouré. Vous pouvez planter des
graines qui se nourriront de cette terre, mais elles auront besoin d’autres
éléments indirects pour grandir (tels que la pluie ou le soleil) pour finalement
produire les plantes que vous souhaitiez récolter. Terminé. La métaphore du
champ s’arrête là. Si dans la vie, vous laissiez un champ à l’abandon, vous vous
rendriez vite compte que rien d’utile ne pousse et que vous n’auriez plus rien à
manger. Avec l’attention, il est quasiment impossible de comprendre de quoi
on se prive lorsqu’elle ne remplit pas son rôle de manière optimale. Comme si
vous n’aviez jamais goûté au chocolat de votre vie, vous ne pourriez pas
vraiment savoir à côté de quelle saveur vous passez.
J’aurais bien aimé avoir inventé une série de tests permettant d’avoir une vision
exhaustive de votre attention (croyez-moi, si de tels tests existaient et pouvaient
être réalisés en quelques secondes, les neuropsychologues érigeraient une statue
à mon effigie, en tout cas je le réclamerais).
Par exemple, il existe des tests pour connaître l’état de « vigilance active » d’une
personne. La vigilance est une forme particulière de l’attention, on l’appelle
aussi « attention soutenue ».
Je vous entends d’ici : « ça paraît simple à faire », et vous avez raison, c’est
réellement très simple ! Il n’y a aucune difficulté à identifier les cibles. Ce qui
est réellement mesuré est le temps de réaction entre l’apparition de la cible à
l’écran et son identification en appuyant sur un bouton. Le temps de réaction
augmente proportionnellement avec la durée d’attente entre chaque cible.
Moins les cibles apparaissent fréquemment, plus les personnes mettront de
temps à appuyer sur le bouton après avoir détecté une cible.
Je vous ai prémâché le travail, vous n’avez plus qu’à vous plonger dans vos
souvenirs (ou à tester un peu plus tard, dans ce cas vous reviendrez noter vos
résultats sur les pages).
VOTRE ENVIRONNEMENT IDÉAL
Appliquez une note entre 0 et 5 aux situations que je vous propose, en fonction
de la qualité de votre attention dans les conditions suivantes. La qualité
correspond à votre capacité à maintenir votre attention longtemps et à l’effort
que ça vous demande.
Dans une ambiance calme ou silencieuse, mon degré de concentration
est de : .............
Dans une ambiance bruyante (comme un bar ou une rue animée), mon
degré de concentration est de : .............
Dans une ambiance musicale avec des paroles (un texte chanté par
exemple), mon degré de concentration est de : .............
Dans une ambiance musicale sans parole (un instrumental ou les bruits
de la nature par exemple), mon degré de concentration est de : .............
En me retrouvant seul dans un endroit, mon degré de concentration est
de : .............
En me retrouvant seul avec une deuxième personne à proximité qui
vaque à ses occupations, mon degré de concentration est de : .............
En me retrouvant seul mais au sein d’un groupe de personnes qui
s’activent (par exemple à la terrasse d’un café), mon degré de
concentration est de : .............
En étant assis pour effectuer ma tâche, mon degré de concentration est
de : .............
En étant debout pour effectuer ma tâche, mon degré de concentration
est de : .............
En étant en mouvement pour effectuer ma tâche, mon degré de concentration
est de : .............
Si vous avez testé ces dix variables, c’est déjà un grand pas dans la connaissance
de vos capacités. Vous pouvez aussi rajouter des conditions que je n’aurais pas
citées (le moment de la journée optimal ou ce que vous avez mangé au repas
précédent par exemple).
Vous pouvez dès à présent entourer avec un crayon les conditions d’ambiance
sonore, de présence humaine et de posture physique qui vous conviennent le
mieux… pour passer à la deuxième étape : la réalité.
Vous venez de répondre aux variables selon ce que vous pensez, il est
nécessaire de faire des tests en conditions réelles et de donner une nouvelle note
à chaque variable. Vous pourrez ensuite comparer vos résultats, les notes
déclaratives et les notes réelles, pour constater les potentielles différences.
C’est de cette façon que j’ai compris que, pour écrire un livre, il me fallait être
seul ou au milieu d’un groupe autonome, avec une ambiance bruyante ou
musicale (avec des paroles), en étant assis, mais avec une pause régulière pour
marcher.
J’ai fait exactement le même test que celui que je vous propose, et le fait de me
comprendre m’a permis de passer d’une capacité d’écriture de seulement deux
heures par jour à une (longue) journée entière ! Et sans être épuisé à la fin de
ma journée. Sachez que je ne suis pas meilleur que vous, j’ai juste fait assez
d’introspection pour me connaître et suivre ce qui me convient (même ce qui
ne semble pas être logique de prime abord). Je sais que la majorité d’entre vous
ne feront pas ce test (même ceux qui pensent le faire plus tard). Il demande du
temps et une certaine implication. Sur le pourcentage de personnes qui
répondront aux précédentes questions, une partie seulement exploitera les
résultats pour les appliquer. En disant cela, je ne veux culpabiliser personne,
mais je veux souligner qu’il est très dur d’utiliser des astuces quand elles
paraissent trop simples. Votre esprit critique confond « facile » et « peu
efficace ». Je vais sembler insistant, mais la connaissance de vos besoins
environnementaux est l’alliée la plus fiable pour faire de vous des
marathoniens de l’attention.
LA MÉMOIRE ET L’ATTENTION
Vous vous souvenez ? Le mot « attention » est à la fin du titre donc nous
abordons une partie plus théorique (ne craignez pas ce mot).
L’attention est aussi la porte d’entrée de votre mémoire avec les émotions.
Disons que si les émotions s’activent, elles vont courir vers l’attention pour lui
dire qu’il se passe quelque chose d’important… Tentons une mise en situation.
Votre esprit possède un rayon lumineux qui éclaire dans la direction de ce qui
semble vous intéresser ou être digne d’intérêt, quelle qu’en soit la raison.
Dans votre cours, il y a un élève qui a redoublé de nombreuses fois. Pour tout
vous dire, cet élève a 97 ans ! Ne me demandez pas comment il a fait pour
redoubler autant, le fait est qu’il est assis à côté de vous et que son grand
âge a altéré la qualité de son audition. Au moment où votre professeur dit :
« Nicosie est la capitale de Chypre », votre camarade un peu dur de la feuille
se redresse et dit : « Comment ça, Nicolas Sarkozy ? avec une fringale
de chips ? » Vous riez en lui expliquant que ça n’est pas Sarkozy, mais
Nicosie, qu’il n’y a pas de fringale, mais que c’est une capitale
et que personne ne mange de chips, mais que l’on parle de Chypre.
Le temps de ce fou rire, votre attention va être stimulée par la nouveauté
inattendue (et incongrue) de la situation. Il y a fort à parier que vous
retiendrez ensuite longtemps que Nicosie est la capitale de Chypre
(et que vous raconterez l’anecdote à chaque fois que quelqu’un parlera
de Nicolas Sarkozy).
La question qu’il vous reste à me poser est : « Alors est-ce que je dois tourner le
barillet du pistolet avant de tirer ou pas ? » Haha ! Vous ne l’aviez pas vu venir !
Je vais vous répondre que ça n’est pas encore le moment de reparler de
l’énigme, mais sachez que l’explication de votre décision de tourner ou non le
barillet doit être irréfutablement logique.
ATTENTION À L’ENNUI
Voici le moment de la deuxième expérimentation que vous allez vivre. Vous le
saviez en lisant le titre, n’est-ce pas ? Ce test est direct, sans préparation. C’est
plus fun. Je l’ai mis en deuxième parce que je sais que vous commencez
légèrement à « décrocher » de la lecture. Je compte bien vous réveiller avec cette
petite pause de deux minutes. Oui, deux minutes. Rassurez-vous, je les ai
incluses dans les soixante minutes de votre temps de lecture !
Je vous propose votre premier test sur la balance ! Je vous recommande de jouer
le jeu, offrez-vous deux minutes de vie pour appréhender ce qui va suivre.
Bien ! Tout d’abord merci de vous être prêté au jeu (sauf les petits malins qui
ont commencé par lire ce paragraphe avant de faire le test, je vous vois,
retournez en arrière et faites d’abord le test). Comment vous sentez-vous
maintenant ? Vous devriez être plus « calme ». Cet exercice apaise votre mental,
calme son besoin d’être nourri d’informations, baisse votre niveau de stress et
agit sur votre respiration (par extension, l’exercice a également un impact
positif sur votre rythme cardiaque et sur votre pression sanguine).
Vous venez de vous mettre dans un état favorable si vous devez faire preuve de
concentration sur quelque chose qui vous intéresse (je ne sais pas, ce livre par
exemple). Tout ça en seulement deux minutes ! Vous souvenez-vous de la
dernière fois où vous vous êtes offert 120 secondes pour ne rien faire au milieu
de votre journée ? 120 secondes pour ne penser à rien ? 120 secondes juste
pour vous.
Tant que le souvenir est au chaud, que son tiroir est ouvert, je veux que nous
débriefions ce qui s’est passé pour vous pendant ce condensé d’éternité.
Qu’avez-vous ressenti pendant ces 120 secondes ? Le temps vous semblait
rapide ? Au contraire, l’expérience vous a paru trop longue pour quelque chose
dont vous ne voyez pas l’intérêt ? Avez-vous éprouvé des sensations agréables
ou désagréables ?
Parmi ces personnes, certaines échouaient à ce test. Leur réaction était souvent
de qualifier le jeu de noms d’oiseaux pour éviter une dissonance cognitive. Je
comprends, il est très désagréable d’échouer à faire une chose que l’on pensait
facile. En disant que le test est « nul », « stupide » ou « inutile », le cerveau
compense la sensation désagréable d’un échec en justifiant le manque d’intérêt
du test (plutôt que de constater qu’il y a un problème à résoudre).
Dans les deux cas, gardez à l’esprit que le résultat n’est pas définitif, si vous
refaites le jeu lors d’un moment moins propice que celui où vous lisez
un livre en étant bien installé (par exemple en le faisant en plein milieu
de votre journée de travail), tenir 120 secondes vous semblera beaucoup
plus dur.
À chaque fois que vous aurez besoin de recentrer votre attention pour
retrouver des points de concentration, vous pourrez compter sur
la trotteuse de la première horloge que vous croiserez !
LA CONCENTRATION EST-ELLE
DIFFÉRENTE DE L’ATTENTION ?
Nous utilisons régulièrement ces mots comme s’ils étaient interchangeables,
vous l’avez sûrement remarqué. Y a-t-il réellement une différence entre la
concentration et l’attention ? Et si oui, comment l’une peut-elle agir sur l’autre ?
Les différences majeures sont dans le degré d’effort que vous allez déployer et
dans les ressources que vous allez utiliser.
Imaginons que vous soyez à la pêche, au bord d’une rivière. Vous pensez
à la fois où votre camarade de classe avait entendu « Sarkozy » au lieu
de « Nicosie », et vous commencez à comprendre pourquoi il redouble
chaque année. Vous avez jeté votre ligne et vous surveillez le bouchon
orange flottant à la surface de l’eau. S’il disparaît, vous allez devoir réagir
immédiatement, vous saisir de votre canne à pêche et la relever avant
que le poisson ne s’échappe. Votre vigilance est portée sur le changement
d’état du bouchon, cette forme d’attention ne demande pas beaucoup
d’effort et vous n’utilisez pas beaucoup de ressources cognitives pour cette
surveillance. Peut-être même que cette session de pêche n’était
qu’une excuse pour venir vous reposer au bord de l’eau. Peu importe
que vous fassiez une prise ou non, vous serez probablement détendu
en repartant.
Vous êtes chez vous dans la cuisine. Vous avez choisi plusieurs recettes pour
préparer un bon dîner en famille (c’est sympa, vous auriez pu m’inviter). Tout
en surveillant les différentes cuissons sur les feux ou dans le four, vous
écoutez un podcast passionnant, mais n’oubliez pas de garder
un œil sur votre enfant en bas âge, qui joue dans la pièce à côté. Je vous
apprends peut-être par la même occasion que vous êtes parent, toutes
mes félicitations.
À chaque fois que votre attention changera de cible (la suite de la recette, la
casserole, le poulet dans le four, le podcast, votre enfant), vous allez pour ainsi
dire « payer » une taxe dans votre cerveau, un coût cognitif, qui va occasionner
de la fatigue et réduire la qualité de votre attention sur chacune des cibles ! Il y
a fort à parier qu’à la fin vous soyez fatigué, qu’une des cuissons soit restée un
peu trop longtemps sur le feu et que vous n’ayez pas compris la moitié de ce
qui se disait pendant le podcast. Plus vous perdrez d’énergie en changeant de
cible et plus votre esprit affectera les ressources restantes à ce qu’il considère
être la priorité absolue de votre attention : dans notre exemple, ça serait votre
enfant.
Terminons avec l’attention soutenue. C’est elle que l’on appelle souvent la
concentration (vous avez vu comment je n’ai pas oublié le titre de ce chapitre !).
Il est difficile de maintenir dans le temps son attention sur une même action,
une même tâche ou une même pensée. L’attention soutenue, c’est le fait de
contraindre son attention sélective à ne pas se déplacer. Cela demande un
effort, de la volonté et de l’énergie, car votre attention a envie de basculer sur
une autre cible à chaque instant. Les premiers fautifs sont les fameux
distracteurs internes et externes. Nous aurons l’occasion de parler plus en détail
de l’attention soutenue dans les deux dernières parties du livre.
Vous connaissez à présent les bases des relations qui existent entre la
concentration et l’attention, il est temps de poursuivre (appréciez la qualité de
cette transition avec le prochain titre).
LE TEST DU TEMPS
Testez votre perception du temps sur des tâches simples et neutres. Pour
commencer, estimez le temps que vous pensez mettre pour réaliser l’action
proposée. Vous ferez cette action et vous noterez ensuite le temps que vous
aurez réellement mis. Ne le faites pas à la louche, sortez votre téléphone pour
chronométrer.
Réciter l’alphabet en entier.
– Temps estimé : .............
– Temps réellement écoulé : .............
Compter de 1 à 100 à la vitesse que vous voulez.
– Temps estimé : .............
– Temps réellement écoulé : .............
Citer dix films français de comédie.
– Temps estimé : .............
– Temps réellement écoulé : .............
Retrouver quelles sont la douzième et la dix-neuvième lettre de
l’alphabet.
– Temps estimé : .............
– Temps réellement écoulé : .............
Lire dans votre tête les dix-sept articles de la Déclaration des droits de
l’homme et du citoyen de 1789 3 (pensez à regarder la longueur du
texte avant d’estimer votre temps de lecture).
– Temps estimé : .............
– Temps réellement écoulé : .............
Alors ? Constatez-vous de grands écarts entre vos estimations et vos temps
réels ? Ou pire, êtes-vous déjà en train de me lire parce que vous vous êtes dit
que vous auriez le temps de le faire plus tard ou que ça n’avait pas tellement
d’intérêt ? Non, je pense que vous l’avez fait. Mais en sortant votre téléphone
pour lancer le chronomètre, avez-vous été tenté de vérifier si vous aviez des
messages ? Si c’est le cas, vous serez très intéressé par la deuxième partie qui se
rapproche un peu plus à chaque page.
Vous avez également ressenti que la lecture de la Déclaration des droits de
l’homme a demandé de l’attention soutenue. Vous avez dû être parasité par
des distracteurs externes, mais également par des pensées que votre cerveau
produisait à la lecture des articles (des avis, des réflexions, ou peut-être des
pensées basiques comme le simple fait de vous dire que vous n’aviez jamais lu en
entier cette Déclaration).
Votre seul besoin (pour le moment) est de mieux vous connaître et de mieux
appréhender ce que nous appelons « l’attention ». Et je peux vous dire que vous
êtes sur le bon chemin !
PERCEPTION, CONSCIENCE
ET ATTENTION
Voici venu le moment un peu philosophique. Hop, hop, hop ! ne fuyez pas ! Je
vous vois déjà jeter un coup d’œil au titre du prochain chapitre pour voir s’il
commence par « attention ».
Vous avez remarqué ces ruptures quand je vous interpelle ? J’utilise un
stratagème pour mettre du rythme, je vous fais prendre conscience que nous
sommes dans une conversation (plutôt dans un monologue où j’essaie
d’anticiper vos pensées et vos réactions). Quand je vous interpelle par le « Hop,
hop, hop », vous prenez conscience que j’écris en pensant à vous, en
m’adressant directement à vous.
L’attention aide notre esprit à avoir conscience d’une chose précise plus qu’à
avoir conscience de soi-même (relisez la phrase, elle est un peu complexe, je
vous avais dit que c’était l’instant philosophique).
J’ai voulu vous parler de ces fondamentaux dès la première partie car
l’attention est un bien précieux dont nous avons peu conscience dans l’instant.
Rares sont les personnes qui, comme vous, vont s’y intéresser au point de lire
un ouvrage entier sur le sujet. Là où le bât blesse, c’est qu’il faut soigner son
attention pour avoir conscience de son existence. C’est un cercle vicieux. Le
serpent se mord la queue et seule l’expérimentation peut nous permettre
(« nous », les humains) de comprendre sa vraie valeur.
C’est maintenant que nous raccrochons les wagons avec le titre de ce chapitre !
La perception est le meilleur exemple pour illustrer ces réflexions sur la
conscience. Prêt à stimuler votre imagination pour un nouveau jeu de rôle ?
Bien.
Des recherches similaires ont été faites par d’autres chercheurs sur le domaine
de la perception visuelle ou sensitive. En 2016, Skoda avait fait l’une des
publicités les plus intelligentes que j’ai pu voir dans ce domaine 4 : une Skoda
Fabia bleue était au centre de l’image, garée dans la rue devant des bâtiments.
Les téléspectateurs regardaient cette scène peu agitée (aucun mouvement si ce
n’est une passante qui traversait l’écran). Le spot était entrecoupé de flashs
noirs réguliers et rapides. Ils n’étaient pas placés par hasard, ils symbolisaient le
clignotement naturel des paupières. Vous n’en prenez pas conscience mais
régulièrement vous êtes dans le noir durant la fraction de seconde qu’il faut à
vos paupières pour humidifier votre cornée. C’est quelque chose de tellement
banal que vous avez un filtre mental pour ne plus le percevoir. Dans la
publicité de la Skoda Fabia, les éléments du décor changeaient subtilement et
légèrement à chaque coupure noire à l’écran. La couleur d’une façade, un
panneau en plus sur la route, un vélo contre un mur. Au bout de quarante-cinq
secondes, la seule chose à l’écran qui n’avait pas changé depuis le début de la
publicité était la voiture bleue au centre, et personne n’avait vu qu’il y avait eu
toutes ces modifications avant que la vidéo elle-même nous le fasse remarquer,
en nous montrant un avant/après édifiant !
Vous avez probablement des chaussures aux pieds. Dirigez votre esprit
sur les sensations de vos pieds avec vos chaussures. Ressentez le contact
de vos orteils les uns contre les autres. Êtesvous à l’aise ? Un peu serré ?
Avez-vous chaud ou froid ? Peut-être identifiezvous de légères douleurs
ou un fourmillement ? Il y a quelques lignes, ces sensations au niveau
de vos pieds n’existaient pas pour vous car sans votre attention, vous
ne pouviez pas les percevoir.
Bien choisir à quoi dédier votre attention est essentiel. Si cela va de soi, ça n’est
pas pour autant que nous le faisons. Laissez-moi vous poser quelques
questions. Vous avez le droit de ne pas y répondre. Je vais même vous
demander expressément de ne pas y répondre ! La consigne est étrange ? Tant
pis. Restez attentif à mes questions. Lisez-les, comprenez-les, mais ne vous
sentez pas impliqué par ces demandes, je ne veux pas que vous cherchiez à
donner de réponse. Voici cinq questions à lire sans penser à la réponse :
3. Avez-vous soif ?
5. Quel est l’arbre que l’on décore dans son salon pour Noël ?
Alors ? Difficile de ne pas avoir de réponses qui apparaissent dans votre esprit.
À chacune de mes questions votre attention s’est déplacée vers le sujet
concerné. C’est mon métier de mentaliste de diriger l’attention de mon public
pour le bluffer et le divertir. Je sais que si je vous demande de ne pas penser à
un éléphant rose, vous penserez a minima à un éléphant (et il sera
probablement rose). Je vous l’ai déjà dit, le cerveau n’aime pas le vide. C’est
comme si j’écrivais une phrase en grands caractères devant vous en vous
demandant de la regarder, mais sans la lire. À partir du moment où vous savez
lire, votre esprit ne peut pas s’empêcher de traduire les signes en lettres, puis en
mots, puis en phrases. NE LISEZ PAS CETTE PHRASE (TROP TARD).
Imaginez que 2 plus 2 soit égal à 10. Ne le retenez pas, s’il vous plaît,
car nous savons vous et moi que c’est faux. Mais je voulais juste que
vous lisiez attentivement que 2 plus 2 est égal à 10. C’est étrange, on ne nous
a pas appris ça et vous n’avez pas besoin de l’expérimenter pour savoir que
ça ne fonctionne pas. Mais, pour cette expérience, c’est important pour
moi de vous dire que 2 plus 2 est égal à 10. Et que nous y reviendrons
à la fin de ce chapitre. Le suspense est insoutenable ! Je pourrais vous
demander de lire cette addition à voix haute, mais je n’en ferai rien.
Votre attention se laisse manipuler par votre environnement, mais aussi par
ce qui est dit ou écrit autour de vous.
Souvenez-vous des premières fois où vous avez fait vos lacets. Ce souvenir
est peut-être lointain, mais je peux vous assurer que 100 % de votre attention
était dédiée au moment où vous faisiez le serpent autour de l’arbre pour
le faire rentrer dans le trou. C’était nouveau, c’était un enchaînement
de mouvements difficiles à retenir, il y avait un enjeu et vous vouliez
absolument réussir. Idem pour vos premiers mètres sur un vélo (sans
les petites roues en plus !) ou lorsque vous avez appris à nager à la piscine
municipale. Dans ces trois exemples vous vouliez être capable de bien faire,
vous vouliez apprendre. L’espace d’un instant vous avez été capable
de dédier toutes vos ressources cognitives à ces tâches. Aujourd’hui, vous
savez faire vos lacets, vous savez pédaler et vous savez nager (ou toute autre
activité, ce ne sont que des exemples).
Il est important que vous sachiez à quoi vous voulez faire attention, mais
aussi identifier les ennemis de votre attention. Si vous voulez lire ce livre
en vous plongeant dedans mais qu’en face de vous un écran diffuse
une émission de variétés, il y a de fortes chances pour que vous soyez
attiré vers l’écran régulièrement à cause d’un son ou d’une image.
Vous devez être conscient de deux choses : votre attention ne se dirige pas
spontanément vers ce qui est le plus utile pour vous. Elle n’est pas configurée
pour ce travail et c’est bien tout le problème qui nous occupe. Positivement en
revanche, elle vous autorise à ne pas faire de focus lorsque vous maîtrisez
quelque chose, une action physique. Vous perdriez du temps, de l’énergie (et
sûrement de l’efficacité) si vous deviez conscientiser votre manière de faire vos
lacets.
L’une des grandes problématiques n’est pas d’être attentif, par définition
votre attention est toujours portée sur quelque chose, encore faut-
il que cette chose soit vraiment utile pour ce que vous cherchez à faire
ou à apprendre. Vous devez simplement faire attention à ce à quoi vous
faites attention.
ATTENTION AU DÉPART !
J’aperçois la ligne de départ ! Vous êtes dorénavant équipé de solides bases sur
l’attention. Certes nous n’avons creusé ni en profondeur ni dans toutes les
directions, mais vous avez réussi à être concentré pour obtenir de nouvelles
connaissances, vous avez compris les implications basiques de l’attention. Vous
avez pu tester certaines de vos capacités et même situer les forces ou les
faiblesses de cette faculté. Vous avez effleuré les problématiques qui vont vous
permettre de passer au niveau supérieur et reprendre le pouvoir sur votre
précieuse attention (et sur ceux qui essaient de se l’approprier pour en faire
commerce).
Que vous ayez trouvé ou pas, votre esprit a été stimulé, et je vous recommande
de ne jamais vous adonner à une activité incluant de faire tourner un barillet
pour jouer avec la chance.
C’est une chose à retenir : vous n’avez pas besoin d’être attentif à tout,
tout le temps ! Il suffit que vous soyez capable de diriger votre attention
lorsque c’est utile, de savoir maintenir votre attention lorsque
c’est nécessaire, d’avoir assez de conscience pour éviter les pièges
« attrape-attention » et d’éduquer votre esprit à l’ennui pour résister
à la recherche de la gratification instantanée. Je m’adresse à vous, mais
vous pourriez très bien lire ce livre dans le but de transmettre une partie
de ces outils à votre entourage. Cela pourrait avoir un bel effet « boule
de neige ».
2
. Il s’agit de la première victoire de François Ier face aux mercenaires suisses dans l’espoir de récupérer le
duché de Milan et de conclure la guerre de la Sainte Ligue, commencée sept ans plus tôt. Vous savez
pourquoi je le sais ? Parce que je viens de chercher sur plusieurs sites spécialisés avant de vous le dire.
Mon tiroir aussi n’avait stocké que 1515 !
3
. Consultable sur le site de Légifrance (www.legifrance.gouv.fr).
4
. https://dai.ly/x2ink9j
COMPRENDRE QUI SONT
LES ENNEMIS ET S’EN SERVIR
LE BROUHAHA CULTUREL
Quand j’étais petit, nous avions trois chaînes sur notre vieille télévision.
Rapidement l’offre s’est étoffée à cinq chaînes, plus une sixième qui était
cryptée la plupart du temps : Canal+ ! Quand nous zappions dessus
on apercevait le film malgré la neige et le son caractéristique du cryptage.
Nous n’avions pas d’abonnement, cela représentait un gros budget
que ma famille ne pouvait pas se permettre. Ça ne m’empêchait pas de rêver
en feuilletant le programme télé. J’imaginais tout ce que j’aurais pu regarder,
si seulement j’avais eu cette chaîne.
C’est ce que j’ai fait lorsque j’ai eu mon premier appartement ! Mais
pas de la manière la plus attendue : j’ai acheté une carte d’acquisition TV
(une carte électronique qui, mise dans l’ordinateur, permet de brancher
l’antenne télé directement sur l’ordinateur), et j’ai téléchargé un logiciel
sous licence gratuite. Un peu de débrouillardise sur Internet m’a permis
d’obtenir une clé de décryptage qui, une fois rentrée sur ledit logiciel,
m’autorisait à voir Canal+ en clair ! Oui, je sais, ça n’était pas du tout légal,
mais je n’ai plus recommencé.
J’avais les six chaînes disponibles en réseau hertzien (les ondes que capte
ce bon vieux râteau sur le toit) et je passais juste plus de temps à zapper
devant mon écran ! C’était étonnant, je ne regardai pas plus la quatrième
chaîne que les autres. J’avais juste augmenté le temps que je prenais pour
sélectionner le programme qui allait bénéficier de mon « temps de cerveau
disponible ».
Je vous plonge dans mes souvenirs car je crois que c’est à cette période
que le déficit d’attention a commencé à progresser dans la société.
On ne s’en rendait pas vraiment compte, mais plus l’offre culturelle (au sens
large) s’élargissait, plus notre attention était malmenée, mal habituée.
LE COÛT DE CHOISIR
Arrêtons-nous devant notre vieux tube cathodique. Celui qu’il ne fallait
pas regarder de trop près pour ne pas s’abîmer les yeux (du moins c’est
ce qu’affirmaient tous les parents à leurs enfants). Dans les années 1990,
j’étais adolescent. Le rituel familial devant la télévision le soir était toujours
le même : nous nous installions tous sur le canapé du salon ;
la télécommande en main, mon père jouait au cow-boy en passant
d’une chaîne à l’autre. À cette époque, il était impensable de ne pas avoir
chez soi un endroit dédié au loisir télévisuel. C’est assez incroyable
de penser qu’un simple objet a modifié nos habitudes au point qu’une pièce
entière lui soit dédiée ! Les tirs de zappette de mon père s’estompaient
et nous nous arrêtions sur un programme. Je me suis souvent
dit qu’en fin de compte nous regardions le « moins pire » des programmes
disponibles. Je m’explique : nous avions décidé de regarder la télévision,
c’était notre projet, et nous faisions un choix par défaut. Nous restions devant
le programme le moins mauvais, celui qui nous « ennuyait » le moins. Était-
ce ça, le fonctionnement de la vidéo linéaire ? Je l’ai pensé pendant
un temps.
Ce qu’on appelle la « vidéo linéaire » est une vidéo qui continue de tourner en
notre absence : si j’allume la télévision je prends le programme en cours, il ne
m’a pas attendu ; il est diffusé en simultané pour tout le monde, que la
télévision soit branchée ou non. Donc si je veux voir un programme spécifique,
il faut que je sois devant mon écran à l’heure ! C’est le programme qui décide
du rendez-vous et non l’inverse.
La vidéo non linéaire, que l’on nomme souvent avec l’anglicisme VOD (video
on demand), nous libère de cette contrainte pour regarder ce que l’on veut,
quand on le veut. Ça a commencé par le replay de nos programmes favoris,
puis avec les films récents, suivi des contenus façonnés à la maison par des
créateurs du quotidien, Internet en général et enfin les plateformes de type
Netflix. Alors, c’est forcément mieux, non ?
Trente ans avant que vous ne lisiez ce livre, les films aux cinémas étaient moins
nombreux eux aussi. Le processus pour les voir chez soi, une fois passée leur
exploitation dans les salles obscures, était long, très long. Le cinéma était
protégé depuis des années par un système appelé « la chronologie des médias » ;
cette histoire propre à la culture française est pleine de rebondissements, je
vous invite à lire l’article de Libération paru sur le sujet il y a quelques années 2.
Au début des années 1980, la règle appliquée est à peu près la suivante : quand
un film sort en salle, il est disponible à l’achat en cassette vidéo (et en diffusion
sur Canal+) un an plus tard. Ensuite, la location dans les boutiques de cassettes
vidéo (disparues depuis des années) est possible. Deux ans après la sortie en
salle vous pouviez voir le film sur une chaîne française si, et seulement si, cette
chaîne avait financé une partie de la production de l’œuvre. Sinon, trois ans
après la sortie du film au cinéma, vous pouviez enfin le voir à télévision dite
« normale ». Et quatre ans après la première sortie en salle, vous pouviez y avoir
accès en service VOD payant. Comprenez, ou souvenez-vous, que dans ces
conditions d’attente, l’accès à un film était un véritable événement !
Aujourd’hui, il ne faut plus que quatre mois entre la première diffusion d’un
film en salle et son arrivée sur les sites de vidéos à la demande payants (et
même trois mois si le film a fait de mauvais scores sur ses entrées au cinéma).
Mais les plateformes sur abonnements, qui ne sont pas soumises à un certain
nombre d’engagements concernant le financement des créations
cinématographiques françaises, doivent attendre 36 mois. C’est l’une des
raisons qui a poussé Netflix à financer ses propres créations originales, et en
masse !
Choisir, c’est renoncer, et personne n’est jamais sûr d’avoir fait le bon choix.
Vous devenez responsable de votre choix et ça n’est pas confortable pour votre
cerveau ! Si le contenu vidéo que vous choisissez ne vous plaît pas et que vous
avez mis vingt minutes à vous en rendre compte : c’est votre faute. Si vous
n’avez pas vu la série dont tout le monde parlera demain : c’est votre faute.
Comme il est coûteux pour l’esprit de prendre une décision et de choisir quand
l’offre est infinie ; le plus simple est parfois de délaisser le divertissement et ça,
les plateformes l’ont bien compris. On y reviendra dans deux chapitres, vous
verrez, leurs méthodes sont redoutables !
Avant de parler des géants du numérique, autopsions le sujet de la culture. Qui
dit « culture » dit « art » et qui dit « art » dit « œuvre ». Force est de constater
qu’il y a de moins en moins d’œuvres et de plus en plus de divertissements.
Prenons en exemple une personne qui ne m’en tiendra pas rigueur (quoi
que je dise sur elle) : c’est-à-dire moi. Sur ma chaîne YouTube, je veux trouver
le juste milieu entre ce qu’il me fait plaisir de produire, ce que je veux
profondément produire et ce que le public veut voir comme vidéos.
Ça paraît évident, une fois écrit noir sur blanc, mais je vous assure
qu’équilibrer ces curseurs est bien plus chronophage et énergivore
que d’écrire, produire, tourner et monter la vidéo en question. À force
de pratiquer cet arbitrage, je constate que seul le divertissement survit
à l’industrie des vidéos YouTube. Il y a quelques exceptions, mais elles sont
par essence rares et hors de mon analyse.
L’une de mes vidéos, qui traite du sens caché derrière des logos de marques
bien connues du grand public, m’a demandé par exemple une petite heure
de préparation, vingt minutes de tournage, aucun investissement financier
et une heure de montage. Je vais être honnête, nous ne sommes
pas sur une œuvre d’art, mais sur un divertissement sympa qui se veut
un peu instructif. Cette vidéo a été visionnée 5 millions de fois et elle
a généré 4 000 euros de chiffre d’affaires pour ma société (de quoi payer
le salaire et les charges d’un assistant de production).
Côté consommateur ? Tout le monde aime dire qu’il apprécie la chaîne Arte et
ses documentaires, mais ce sont les émissions quotidiennes de Cyril Hanouna
qui remportent le plus d’audience (ou des programmes d’information
d’éditorialistes, on s’attaquera à cette partie dans le prochain chapitre).
Pourquoi ces programmes raflent-ils la mise de l’audimat ? Parce que nous
prenons moins de risques en sélectionnant un divertissement ! Le coût de
choisir, c’est aussi le manque de gratifications cérébrales auquel on s’expose en
ne choisissant pas un divertissement qui pourrait nous les offrir. On ne veut
pas prendre le risque de s’infliger le pire des maux : celui de l’ennui ! Sommes-
nous encore capables d’être contemplatifs ? De faire cet investissement ? Si je
regarde, par exemple, le programme LOL sur la plateforme Prime Vidéo, je vais
être certain d’être surpris régulièrement, de rire, ou même d’être indigné. Mon
choix est un investissement rentable si je veux recevoir des sensations, des
émotions vives, avec une fréquence ne laissant pas de place à l’ennui (donc ne
me demandant pas d’effort pour rester attentif devant mon écran).
Plus l’offre est grande, plus le coût mental est élevé. Ce chapitre
a probablement mis des mots sur des situations que vous vivez : Est-
ce le bon choix pour les vacances ? Quel vélo je vais m’acheter ? Quelle
série je vais entamer ce soir ? et ainsi de suite. Ces choix puisent dans
l’énergie de votre capacité d’attention et de concentration quotidienne.
Ces facultés ne sont pas des cornes d’abondances auxquelles vous
pouvez vous abreuver toute la journée. Vous avez besoin de soulager
votre esprit, et vous savez quoi ? vous pouvez compter sur la société
de consommation pour prendre le relais et vous délester du reste de votre
attention. Même dans des domaines que vous ne soupçonneriez pas,
comme l’Information avec un grand I !
DE L’INFORMATION
À L’INDIGESTION
Les gros boss de fin de niveau qui attaquent votre attention sont au nombre de
trois. Pour vous parler du premier, nous devons faire un voyage dans le temps
(ça en jette comme annonce, non ?).
Avez-vous en tête l’image du jeune garçon, dans les rues du New York
de 1912, un paquet de journaux sous un bras et agitant un exemplaire
de l’autre bras ? Il crie : « Dernières nouvelles ! On a retrouvé le Titanic !
Achetez le journal ! » Il y a toujours un passant pour lui donner une pièce
et s’offrir un exemplaire. Ce passant poursuit sa marche en ouvrant le journal,
il ne trouve pas l’information promise sur le Titanic, mais se laisse happer
par les autres gros titres qui, s’ils sont moins efficaces que celui que criait
le garçon, attisent quand même sa curiosité. Cette vente à la criée est, selon
moi, l’un des points de départ expliquant ce qu’est devenu le commerce
de l’information aujourd’hui : un commerce d’attention.
En 2024, l’information est partout et nous n’avons même plus à payer pour y
accéder ! Les informations gratuites ont commencé à prendre leur place à la
télévision (le journal télévisé reste l’un des formats les plus suivis avec le plus de
régularité), puis l’actualité est devenue un contenu sur Internet. D’abord sur
des sites spécialisés, puis sur les réseaux sociaux. Entre-temps sont apparus les
journaux gratuits, comme ceux que vous pouvez trouver aux abords des
transports en commun. Quel est le business de ces entreprises ? Elles ne
vendent pas de l’information puisque l’accès est gratuit. Elles vendent… des
espaces publicitaires. Voilà le business qui se cache (à peine) derrière ce métier.
Et comment vendre un espace de publicité aux marques ? En leur prouvant
que l’on a une audience et surtout que l’on possède l’attention de cette
audience. Vendre de l’information gratuite, c’est plutôt vendre l’attention d’un
utilisateur à une marque. La citation anonyme 3 qui dit « Si c’est gratuit, c’est
que vous êtes le produit » brille de vérité.
« Putaclic », c’est l’expression que l’on utilise pour parler d’un titre sur Internet
qui n’est pas conforme au contenu d’une vidéo ou qui exagère le contenu que
l’on va y trouver. La consonance avec un mot français vulgaire est fortuite. Ce
néologisme vient de l’anglais put a clic, soit « mettre un clic » dans la langue de
Molière. Pour les médias gratuits présents sur le Web, la première statistique à
présenter aux marques est le trafic de leur site Internet. Tous les coups sont
permis pour vous faire cliquer !
Plus loin dans le texte nous aurons enfin la réponse au titre de cet article :
« Fabien Olicard s’amuse à dire sur scène que le mentalisme est à la frontière
de l’illusionnisme et de la voyance : une sorte d’escroquerie honnête.
Son spectacle, lui, n’a rien de l’escroquerie parce que… ». S’ensuivra tout
le bla-bla inutile servant à justifier qu’une personne ait rédigé 800 mots pour
faire une sorte d’article d’information.
Vous pensez que ça s’arrête là ? Cette technique a une conséquence encore plus
perverse. La majorité des lecteurs ne vont pas cliquer, et leurs pensées,
stimulées par l’émotion, vont mémoriser le contenu du titre au même titre que
n’importe quelle donnée. Sans tenir compte de son caractère interrogatif.
Souvenez-vous : combien font 2 + 2 ? Quatre bien sûr ! Pourtant une partie de
votre cerveau se souvient d’un court instant où ça faisait 10… Malin !
Quand un utilisateur partage un lien sur les réseaux sociaux, seul le titre
apparaît et il faut consentir à cliquer pour lire la suite du texte. En 2016, le site
The Science Post a posté sur Facebook le lien d’un article dont le titre était :
« Étude : 70 % des utilisateurs de Facebook lisent seulement le titre
des papiers scientifiques avant de les commenter. » 46 000 personnes
ont partagé le post d’origine sur leur propre page Facebook, parfois sans
commentaire, parfois pour faire la morale à leurs amis. Sauf que l’article
en question était pire que faux : il n’existait pas ! Si vous cliquiez dessus, vous
tombiez sur une page comportant un texte latin dont l’on se sert dans
le graphisme et l’édition pour mettre en forme la mise en pages en attendant
le véritable texte (ce texte latin d’attente est communément appelé le lorem
ipsum). Il n’y avait pas d’article. 46 000 personnes se sont empressées
de partager un titre fort sans lire l’article, comme le dénonçait précisément
le titre du faux article ! À ce niveau, la mise en abyme est presque une œuvre
d’art.
Une étude, scientifique cette fois, publiée en 2015, réalisée main dans
la main par l’Institut français 4 et l’université de Colombia, démontre que plus
un article est viral, moins il est lu ! 59 % des liens partagés sur X n’avaient
pas été consultés par la personne à l’origine du partage.
Nous pourrions expliquer ce phénomène par des facteurs tels que le manque de
vigilance ou le biais de confirmation (biais qui active notre attention sur ce qui
confirme ce que l’on pense déjà). Mais le plus étonnant, c’est que cette
évolution du système de communication de l’information ne sert même pas les
enjeux financiers de ces organes d’informations puisque plus un article est viral
et moins il est lu ! Donc moins de trafic et moins de revenus publicitaires pour
le fournisseur d’information.
Les médias gratuits travaillent donc plus sur le titre d’un article et l’image qui
va apparaître que sur le contenu en lui-même. Je connais bien le souci pour
être soumis à cette même règle lorsque je poste mes contenus sur Internet.
L’information gratuite a tout fait pour manipuler notre attention jusqu’à la
rendre flemmarde, heureuse de ne pas faire d’effort et perdant l’habitude de
creuser une donnée. La loi dictée par votre cerveau est : « Stimule-moi,
offusque-moi ou passe ta route. »
Rajoutons à cela la course à la publication : plus un média gratuit poste tôt une
information, plus il a de chances que ce soit son contenu qui devienne
populaire. Cette précipitation engendre régulièrement des erreurs plus ou
moins graves : des erreurs de chiffres, des fautes dans les noms, des accusations
infondées et parfois des avis de décès erronés. Les concurrents écrivent leurs
articles en se basant sur le premier qui a publié l’info, personne ne veut perdre
sa place dans la course. L’information erronée se propage mais, heureusement,
elle va être rectifiée ! Les correctifs sont en général rajoutés à la fin des articles.
Vous savez ? Le fameux article sur lequel personne ne clique et que peu de gens
lisent en entier.
Le modèle économique de Google et de Facebook est basé à 97 % sur les
revenus publicitaires 5. Difficile de savoir pour les autres géants du secteur, avec
les changements récents, mais je doute que l’option payante de X ou que celle
encore plus récente de Meta (pour se conformer aux lois européennes) ait
révolutionné les modèles de ces plateformes.
Mes conférences sont plus calmes. Elles visent à transmettre un savoir, une
expérience, et à faire en sorte que le public reparte avec des connaissances utiles
pour la vie quotidienne ou pour le travail. Pour autant, je m’attache depuis
deux décennies à mettre du rythme et à instiller des moments divertissants avec
l’audience, toujours sur le principe de l’apprentissage ludique. Mes conférences
durent une heure (je connais les enjeux de l’attention et de la concentration). Il
y a vingt ans, mes conférences étaient équilibrées à 80 % d’information pour
20 % de show, de divertissement. Aujourd’hui, je suis à 60/40 %, et parfois je
pousse jusqu’à l’équilibre pour m’assurer l’attention de l’audience. C’est un
constat personnel qui m’inquiète sérieusement.
Ce chapitre est à l’image de cette partie, un état des lieux de notre société
face à l’attention. Je vous proposerai des solutions dans les autres parties
du livre, mais pour ce qui est de votre consommation de l’information
(au sens des actualités), je vous recommande de vous abonner
à un magazine (physique ou virtuel) payant, apolitique, sourcé. Et, surtout,
je vous invite à résister à l’envie de faire circuler l’information gratuite
d’une manière générale.
Tim Ferris disait que pour gagner du temps, il ne lisait plus les informations.
Il demandait simplement à son entourage ce qu’il y avait à savoir
sur le monde en ce moment. Il obtenait ainsi les grandes lignes
de l’actualité sans revoir les mêmes informations en boucle dans tous
les médias gratuits. Malin.
Le premier à avoir marqué les esprits fut le jeu du serpent, le Snake, qui rendait
si spéciaux les chanceux propriétaires d’un Nokia 3310. Le jeu du serpent est
apparu sur les ordinateurs personnels dès les années 1970 et, en 1997, la
marque Nokia a la brillante idée de l’installer d’office sur tous leurs téléphones.
D’abord sur le Nokia 6110, puis sur le légendaire 3310 qui va s’écouler à
125 millions d’exemplaires. Ce jeu était addictif. À la fin d’une partie, on
voulait en refaire une directement. Certaines personnes y jouaient tellement,
que le soir, en fermant les yeux dans leur lit, elles voyaient le serpent se
mouvoir dans un écran imaginaire. Comment expliquer ce succès ? Des
graphismes plus que basiques, un concept compréhensible en quelques
secondes, mais surtout : l’envie de faire mieux. Dans ce jeu, le joueur dirige un
« serpent » qui va se nourrir de pixels et grandir au fur et à mesure. Plus la
partie avance et plus le « serpent » va prendre de la vitesse. Finalement, on a
l’impression de perdre « bêtement » à cause d’une petite erreur de
manipulation ou d’un réflexe trop lent. C’est suffisant pour avoir envie de
relancer une « dernière partie », vite fait, en attendant la prochaine !
Lorsque ce jeu est devenu populaire à la fin des années 1990, c’était bien loin
d’être dans les prévisions de son créateur. Taneli Armanto, ingénieur chez
Nokia, a implanté le jeu dans le logiciel du Nokia. Il a reçu pour ce fait
d’armes un prix en 2005 à Londres au Forum du divertissement mobile. Il a
déclaré : « Quand nous avons créé Snake pour le Nokia 6110, nous voulions
permettre aux gens de se divertir, mais nous n’avions jamais imaginé que le jeu
deviendrait un classique du mobile. »
La technologie a beaucoup évolué depuis, au point que les jeux mobiles sont
devenus une industrie représentant 50 % du marché des jeux vidéo en 2023
pour un chiffre d’affaires mondial de plus 92 milliards de dollars en 2023 6.
On pourrait croire que la portabilité de ces jeux, toujours disponibles dans
notre poche, explique ces chiffres. Chaque jour, les utilisateurs de smartphones
passent en moyenne 1 h 30 min sur leurs jeux mobiles. Cette catégorie
d’application se place très haut sur le podium du temps passé sur nos
téléphones portables, avec pour seul réel concurrent sérieux les réseaux sociaux.
En voici les véritables raisons.
L’apparition de la captologie
Tout d’abord la méthode popularisée par Ikea, où l’on va créer un parcours dès
le seuil de la porte. Ce chemin est pratique à emprunter, il ne demande aucune
réflexion, aucune prise de décision. Le magasin fera en sorte de vous faire
passer dans tous ses rayons, de vous montrer les meilleures mises en scène de
ses produits. Plus vous passerez de temps dans le magasin plus vous serez
susceptible de rajouter des choses dans votre panier ! Il faut également
mentionner que ne pas suivre un chemin balisé demande un effort pour le
cerveau, et personne n’a envie d’être celui qui se distingue en jouant au saumon
qui remonte le courant. Si on bloque le passage en ne suivant pas le tracé, on
peut ressentir une gêne. Comme si l’on faisait quelque chose d’interdit.
Les spécialistes en captologie ont mixé ces deux manières de faire pour les trois
sites que je vous ai cités. Amazon, Google et Facebook sont aussi faciles à suivre
qu’un magasin Ikea, mais vous proposent toujours quelque chose que vous
n’aviez pas prévu, comme chez Harrods.
Lorsque la captologie s’est attaquée aux jeux sur les téléphones portables, les
domaines de compétences qui la formaient étaient déjà bien avancés –
spécialistes du marketing, experts de la neuro-économie, scientifiques,
analystes, statisticiens, etc. Il ne restait qu’à développer des jeux sympas ou des
jeux originaux. Il fallait créer des jeux où l’on reste, où l’on revient, où l’on
dépense. Des jeux où l’on consomme de la publicité, où l’on invite les autres
utilisateurs à jouer. Et comment peut-on faire ça ? En manipulant le cerveau
des joueurs.
Ces jeux se sont d’abord orientés dopamine ! Cette petite molécule sympa est
fabriquée par votre cerveau pour vous donner du plaisir et de la motivation.
C’est en partie grâce à cette molécule que l’humain se dépasse, qu’il sort de sa
zone de confort pour s’accomplir, évoluer ou encore chercher les ressources qui
lui manquent. Mais cette molécule possède un « léger » défaut : elle crée de
l’addiction. C’est le revers de la médaille. Et c’est surtout le bon moment pour
parler plus en détail du circuit de la récompense.
LE CIRCUIT DE LA RÉCOMPENSE
Faire une découverte scientifique par hasard porte un nom : la sérendipité ! C’est
en ratant la formule d’une colle extraforte que les Post-It ont été créés, l’utilisation
du Viagra telle qu’on la connaît est un effet secondaire d’un médicament pour les
maladies respiratoires, et la découverte de la pénicilline résulte d’une maladresse
sur une table de travail.
Justement, c’est en voulant faire des recherches sur le centre de vigilance du
cerveau qu’a été découvert, dans les années 1950, le centre du plaisir. Nous
sommes à Montréal, en 1952, à l’université Mc Gill. Milner est professeur et
encadre Olds pour les travaux de recherches nécessaires à son doctorat. Olds
veut essayer de stimuler une région du cerveau des rats, à l’aide d’électrodes,
pour que les rongeurs évitent naturellement certaines zones de leur enclos. La
stimulation se fait à l’arrière de l’hypothalamus, à l’endroit où se trouve le centre
de vigilance. (Nous pourrions parler de ces animaux sacrifiés au nom de la
science, mais nous sortirions du sujet initial. Contentons-nous de dire qu’à cette
époque nous n’avions pas la même conscience animale que de nos jours.) À
chaque fois que les rats allaient dans le secteur cible de l’enclos, cette zone de
leur cerveau était stimulée par un courant électrique. Aucune douleur (le cerveau
ne comporte pas de récepteur de douleur), mais, avec cette activation de la zone
de vigilance, les rats quittaient immédiatement le secteur, comme s’ils avaient
perçu une menace, et surtout ils n’y revenaient plus. L’expérience était un succès,
tous les rats réagissaient comme prévu.
Tous ? Non. L’un d’entre eux résistait encore et toujours à la stimulation. Un rat
qui au contraire retournait dans la zone et activait ainsi son électrode. Olds pensa
dans un premier temps que le rat était moins sensible que ses congénères, et il
augmenta l’intensité électrique dans l’électrode. Mais plus il augmentait la dose et
plus le rat retournait rapidement à l’endroit qu’il était censé fuir.
Pour comprendre ce qu’il se passait, Olds procéda à l’autopsie de l’animal. Il
découvrit qu’il avait commis une erreur. L’électrode n’était pas là où elle aurait dû
être, mais quelques millimètres à côté, assurément dans une zone provoquant
quelque chose de l’ordre du plaisir au vu du comportement du rat. Le doctorant
et son professeur mirent alors en place une expérience dédiée à cette
découverte fortuite. De nouveaux rongeurs, avec une électrode plantée dans ce
qui se révéla être le cortex septal, furent déposés dans une cage contenant un
levier. Ce levier était directement relié à un système de stimulation électrique, lui-
même relié à leurs électrodes individuelles. Si le rat actionnait le levier, le courant
activait le centre du plaisir du rat. Les résultats ont rapidement dépassé toutes les
prédictions qu’avaient pu estimer les chercheurs.
Ce n’est pas la première fois que des expériences faites sur les rats impliquaient
qu’ils obtiennent une récompense en échange d’une action. Trouver de la
nourriture à la fin d’un labyrinthe par exemple est une bonne motivation pour
tester l’aptitude des rats à mémoriser un trajet. Mais, dans cette nouvelle
expérience, les rats activaient sur une seule journée le levier deux cents fois par
heure (en moyenne) ! Dans les plus hautes statistiques, certains rats ont activé le
levier cent fois en une minute, soit presque deux fois par seconde ! Plus troublant
encore, l’augmentation de l’intensité de la simulation électrique ne ralentissait pas
leur volonté d’activer le levier. La charge était parfois tellement forte que certains
rats étaient littéralement projetés à l’autre bout de la cage, mais dès qu’ils
reprenaient leurs esprits, ils se précipitaient de nouveau sur le levier pour recevoir
un nouveau choc.
Une addiction au levier était née. Les priver du levier pouvait rendre les rats
agressifs. Couper la « récompense » les amenait à activer le levier frénétiquement
pour rien. Pire encore, les besoins primaires étaient complètement ignorés. Les
femelles pouvaient délaisser leurs portées pour aller s’autostimuler. La plupart
des rats préféraient ne pas manger, quitte à en mourir. Seul le sommeil ne pouvait
être évité, mais il était réduit à son strict minimum pour vite aller chercher sa dose.
Depuis les années 1950, les scientifiques ont découvert d’autres zones
responsables du plaisir d’un point de vue général ou associé à des actions
précises (comme le soulagement de la soif par exemple). C’est en partie pour
donner suite à ces travaux et à l’utilisation contestable des rats dans les
expériences, que des progrès ont été faits dans la compréhension de l’addiction.
C’est la notion de plaisir liée à la libération de dopamine dans le cerveau qui
en est la principale cause.
Comment font les jeux mobiles pour exploiter notre circuit de la récompense ?
Mettons de côté les jeux payants. Je parle des véritables jeux où le fait de
donner une somme d’argent permet d’avoir le jeu à 100 %, sans limitation
dans l’utilisation et sans bonus possibles dans le jeu en échange d’une
contrepartie financière. Il nous reste les jeux gratuits ou peu coûteux (mais
incluant des achats à l’intérieur du jeu pour pouvoir en bénéficier pleinement).
Pour être rentables, ces jeux gratuits ont une régie publicitaire très active. Plus
vous passez du temps à enchaîner les niveaux, plus vous devrez regarder des
publicités (souvent pour d’autres jeux, dont les publicités utilisent aussi des
principes psychologiques pensés pour capter votre attention). Mais ça n’est pas
le plus rentable pour cette industrie. Il faut qu’ils vous incitent à faire des
achats dans l’application. Vous aurez la possibilité d’acheter des options pour
aller plus vite, pour être plus fort et surtout pour moins attendre. Les
paiements sont toujours faits dans une unité qui est la monnaie du jeu (des
diamants, des pièces d’or, etc.). Cette monnaie virtuelle veut vous faire oublier
qu’il s’agit de véritables euros. Dans les premiers niveaux, le jeu va vous offrir
de petites sommes de cette monnaie pour vous habituer à vous en servir (j’ai
même vu des jeux qui obligeaient le joueur à dépenser sa monnaie virtuelle
offerte au départ, afin de lui faire réaliser sa « première fois » dans la boutique).
Si tout est aligné, vous ferez partie des 2 % des joueurs qui font un achat avec
leur carte bancaire au moins une fois dans ce genre d’applications. En 2016, le
cabinet Swrve a publié les résultats d’une étude réalisée sur des dizaines de
millions de joueurs grâce aux données des jeux. Il en ressort que 0,19 % de
joueurs d’un jeu génère 48 % du chiffre d’affaires du jeu. Les 52 % restants du
chiffre d’affaires sont obtenus grâce aux publicités visionnées par les 99,81 %
des joueurs restants. Pas de quoi inciter les sociétés de production à être plus
éthiques vis-à-vis de votre attention.
Il est possible que vous sachiez déjà, en surface, ce que j’explique. Je veux que
vous compreniez que rien n’est laissé au hasard. Certains de ces jeux peuvent
rapporter jusqu’à un million de dollars par jour. Je vous l’avais dit : votre
attention vaut de l’or.
Dernièrement j’ai pu observer une mode concernant la promotion de ces jeux
gratuits. Au lieu d’avoir une publicité vantant les mérites du jeu, vous pouvez
voir une partie se dérouler sous vos yeux où le joueur finit par perdre alors que
vous, vous aviez compris exactement ce que le joueur aurait dû faire… Vous
avez trouvé la solution sans y penser vraiment (un peu comme lorsque je vous
proposais de regarder un mot en essayant de ne pas le lire, c’est automatique).
Si vous doutez de l’impact de cette méthode, repensez aux fois ou quelqu’un
n’arrivait pas à ouvrir un bocal ou une bouteille et que vous avez dit : « Passe-
le-moi, je vais le faire. » Lorsque le joueur de la publicité rate de façon stupide,
il fait naître en vous une envie impérieuse de réussir à sa place.
Les réseaux sociaux ont contribué à vous faire croire que le monde qui vous
entoure n’est pas assez stimulant dans son ensemble. Personnellement, j’aime
les réseaux sociaux ! J’aime la technologie, la connectivité. Je suis friand des
innovations dans le domaine. Et j’ai dû me maîtriser pour continuer à faire ce
que j’aimais vraiment. J’insiste sur le terme « vraiment », car personne ne veut
vraiment passer plusieurs heures par jour à scroller sans but.
Ce que je tente de rappeler ici, c’est que les origines de ces détracteurs
d’attention sont souvent empreintes de valeurs à l’opposé de ce qu’ils sont
devenus. Personne n’a voulu au départ que l’information gratuite, que les jeux
gratuits ou que les réseaux sociaux gratuits soient autre chose que des moyens
de culture ou de loisir. Le mot « gratuit » semble être le point commun à tout
cela, mais nous verrons dans le chapitre suivant que ça n’est pas un critère
éliminatoire.
Dans un premier temps, les vidéos que YouTube vous proposait étaient basées
sur trois critères : les chaînes auxquelles vous étiez abonné, les vidéos ayant
cumulé beaucoup de vues, et les contenus semblant similaires à ce que vous
regardiez habituellement. Le nombre de créateurs de vidéos a explosé, tout le
monde a voulu tirer son épingle du jeu et les titres mensongers ont commencé
à apparaître (souvenez-vous, comme pour les journaux qui se vendaient dans la
rue, à la criée). Tout le monde voulait son clic. Et un clic était considéré
comme une vue. Je simplifie à peine.
Vous êtes peut-être en train de vous dire que c’est une bonne chose, que
YouTube est sympa d’avoir pensé à ses utilisateurs. La raison cachée derrière ces
changements est que les utilisateurs délaissaient la plateforme plus rapidement
qu’avant. Si un utilisateur clique sur trois vidéos pour se divertir et qu’il les
quitte car elles ne correspondent pas à son envie, il risque de fermer
l’application pour aller voir ailleurs. Et ça, ce n’est pas bon pour les annonceurs
et les affaires.
YouTube a encore évolué (sachez que les algorithmes évoluent chaque jour), et
maintenant le pourcentage de visionnage est mis en relation avec la durée de
visionnage, parce qu’il faut que vous restiez dans le bocal ! Si pour les jeux
mobiles, les joueurs sont parfois considérés comme des rats de laboratoire, les
réseaux sociaux considèrent leurs utilisateurs comme des poissons qui ne
doivent pas quitter l’aquarium trop vite. Une vidéo a alors plus de chances
d’être mise en avant si elle dure vingt minutes, même si elle n’est visionnée qu’à
50 %, qu’une autre vidéo qui dure dix minutes et qui est visionnée à 80 %.
Google veut que vous restiez longtemps, au point de « punir » la dernière vidéo
que vous aurez regardée avant de quitter YouTube, car après tout c’est peut-être
elle qui vous a fait sortir du bocal !
Comme pour les jeux sur téléphone, des personnes recherchent comment
optimiser le système pour vous rendre addict, quitte à ne plus remplir la
promesse initiale d’« interactions sociales authentiques ». D’ailleurs, n’avez-
vous pas remarqué que vous voyez moins souvent les publications Facebook,
Instagram ou YouTube des personnes que vous aviez pourtant décidé de
suivre ?
YouTube veut que vous restiez devant des vidéos pour vendre ses publicités
ainsi que pour collecter des données (dans le jargon, on utilise le mot « data »)
qui vont servir à Google directement ou indirectement par le biais de reventes.
Rassurez-vous, ils n’ont pas le droit de revendre nominativement vos data, mais
ils n’ont pas besoin de votre nom pour savoir quel type de consommateur vous
êtes.
Imaginez que je me place dans une rue piétonne de mon centre-ville tous
les jours pendant un mois. Muni d’un calepin, je note la fréquentation de cette
rue. Combien d’hommes et de femmes passent, le pourcentage de chaque
tranche d’âge. Je vais également inscrire qui possède un parapluie quand
il pleut, et qui s’arrête dans la boulangerie pour prendre un sandwich entre
11 h 30 et 13 h 30. Si je peux, je noterai aussi la facture moyenne
à la boulangerie. Tant que j’y suis, j’écrirai aussi le nombre de personnes
ayant un chien et l’heure à laquelle il y en a le plus. Imaginez le nombre
d’informations que je peux collecter. Aucun nom, aucun prénom, mais
des données complètes sur la fréquentation de cette rue. Pensez-vous
que ces informations pourraient avoir une valeur marchande pour
une société souhaitant s’installer ou investir dans les panneaux publicitaires
de cette rue ?
Twitter va plutôt exploiter le FOMO (fear of missing out), la peur de rater une
information, un événement. Cette peur réelle, que l’on peut constater
biologiquement dans le cerveau, va rendre les utilisateurs dépendants à la
plateforme. Il n’y a pas de « petits utilisateurs » de X (ex-Twitter) : soit vous y
allez très souvent, soit vous y aller très rarement. En clair, soit vous êtes tombé
dans le bocal, soit vous avez réussi à l’éviter. Pour ceux qui nagent à l’intérieur,
le système fonctionne ainsi : plus les utilisateurs vont réagir à un tweet, plus le
tweet sera recommandé à ceux qui suivent le créateur d’origine, puis à ceux qui
suivent ceux qui ont eu une interaction avec le tweet, puis au reste de X. Et sur
X comme ailleurs, ce qui fait réagir, c’est le conflit.
Léon Zitrone, homme de la télévision française des années 1960 jusqu’aux
années 1990, avait dit : « Qu’on parle de moi en bien ou en mal, peu importe.
L’essentiel, c’est qu’on parle de moi ! » C’est la même chose pour les tweets.
Peu importent les réactions qu’ils provoquent, pourvu qu’il y ait une réaction.
Depuis le rachat par Elon Musk et son changement de nom pour « X », l’ex-
Twitter propose un partage des revenus publicitaires entre les créateurs de
tweets et la plateforme. Moyennant un certain montant pour devenir membre
premium, vous pouvez prétendre à toucher votre part du gâteau. Puisque le
business appelle le business, de nombreux comptes se sont mis à publier des
infos trash plus ou moins vraies ou des tweets volontairement clivants, pour
susciter la réaction et engendrer des revenus. Mais, à mon sens, il n’y a toujours
qu’un seul gagnant : la plateforme, qui vend de la visibilité et vos données aux
annonceurs.
Je pourrais continuer sans fin et écrire un tome entier sur le sujet en analysant
les leviers utilisés par tous les réseaux sociaux. Instagram qui mixe habilement
notre besoin de validation sociale avec la sérotonine et la dopamine engendrées
par une notification. Oui ! Quand votre cerveau constate que vous avez reçu
un nouveau like, un nouveau commentaire, un nouveau message ou un nouvel
abonnement, il sécrète la même molécule que lorsque quelqu’un vous fait un
compliment dans la vraie vie. On se sent bien. Et, comme pour toutes les
récompenses, votre cerveau libère en plus de la dopamine. Bingo pour la
double addiction !
LE SCROLL INFINI
Scroller, c’est faire défiler du contenu à l’écran. On dit qu’une personne « scrolle »
lorsqu’elle agite son doigt de bas en haut sur son écran de téléphone pour
accéder à plus de contenu. Cette innovation a vraiment trouvé ses lettres de
noblesse lorsque Aza Raskin, en 2006, crée le concept de scroll infini.
Grâce à son invention, nous pouvons descendre dans un flux d’actualité infini,
généré automatiquement par l’algorithme, nous donnant l’illusion qu’il y a
toujours quelque chose de plus à consulter. Avant l’intervention de cet ingénieur
américain, l’utilisateur devait cliquer sur « page suivante », un geste peu coûteux,
mais suffisant pour permettre au processus décisionnel de notre cerveau d’agir,
et de potentiellement quitter la page pour reprendre le contrôle de sa navigation
sur le site.
En 2020, les équipes de l’émission Envoyé spécial, sur France 2, sont allées à
la rencontre du créateur à son domicile de San Francisco. Le moins que l’on
puisse dire c’est qu’Aza n’est pas tendre avec son invention. Il compare le scroll
infini à un verre d’eau qui se remplirait par le fond, nous obligeant à en vouloir
toujours plus, sans prendre en compte le risque de noyade.
En 2019, dépité, il a tenté de calculer combien son invention faisait perdre de
temps à l’humanité. Selon lui, c’est l’équivalent de la durée de 200 000 vies
humaines qui sont gâchées chaque jour. Seize millions d’années d’énergie
humaine passée à scroller sans but, sans l’avoir vraiment décidé. Aza veut
dorénavant utiliser son génie pour alerter, témoigner et réparer les troubles
qu’ont provoqués les réseaux sociaux en utilisant son invention. Depuis deux ans,
il travaille sur un projet « anti-scroll infini » qui ferait ralentir le défilement au fur et à
mesure du scroll jusqu’à le figer. L’utilisateur pourrait alors le débloquer en sortant
de sa torpeur ou reprendre ses activités.
Si TikTok fonctionne si bien, au point que tous ses concurrents ont essayé de
copier le concept, c’est que l’application vous libère de la lourde tâche du
choix. Dès son installation, vous n’avez qu’à scroller pour visionner des vidéos
courtes. Si l’une d’entre elles ne vous plaît pas, l’action de la zapper enclenche
déjà la suivante. TikTok apprend très vite de vous, et en quelques minutes à
peine vous vous trouvez avec une succession de vidéos qui vous correspondent
parfaitement.
Plus la vidéo aura d’animations dans l’image, plus votre attention voudra faire
son focus dessus. Le circuit de la récompense est activé en permanence. L’une
de leurs trouvailles est d’utiliser les mêmes musiques : à force d’entendre un
habillage sonore qui a été utilisé sur des vidéos que vous avez vues, vous
devenez plus prompt à le reconnaître et aimer la vidéo par association
naturelle.
Faisons un rapide test s’il vous plaît. Nous allons vérifier votre propre
dépendance. Choisissez dans votre téléphone l’application de votre réseau
social préféré et changez la place de son icône ! Si possible, déposez
l’application sur une page lointaine ou au fond d’un dossier avec d’autres
applications. Il y a de fortes chances pour que vous utilisiez habituellement cette
application par réflexe et vous allez pouvoir en prendre conscience. Maintenant
que vous avez déplacé l’application, si plusieurs fois dans la journée vous vous
retrouvez avec le téléphone dans la main, allumé, et votre doigt qui cherche en
vain dans la zone où était stockée l’application initialement, c’est que vous alliez
l’ouvrir par automatisme. Plus ce moment sera fréquent, plus il témoignera d’une
dépendance à cette application.
Je vous ai déjà expliqué que j’étais fan de la technologie, à en croire toute cette
partie on pourrait penser que je mène une guerre contre les programmes et
algorithmes. Pourtant, je vous l’ai dit, je suis passionné par cette intelligence et
ses possibilités. Je suis reconnaissant qu’Internet me permette de communiquer
sur mes spectacles, je produis du contenu sur Facebook, YouTube, TikTok,
Instagram et Threads. J’aime documenter mes efforts sportifs sur Strava, pour
moi avant toute chose mais aussi pour échanger avec des personnes ayant les
mêmes centres d’intérêt que moi. Je pense que les plateformes ont été ma plus
grande chance pour faire connaître mon travail (vous avez peut-être même
entendu parler de ce livre en consultant votre téléphone).
Vous allez par exemple devoir faire attention aux nouvelles habitudes qui se
sont immiscées dans votre vie. Dans la continuité de tout ce qui abîme notre
attention, nous adaptons nous-même nos usages pour ne pas fournir d’effort,
participant inconsciemment à cette spirale infernale qui diminue la puissance
de notre attention.
Les artistes qui sont sur scène constatent ce besoin qu’a le public d’avoir un
rythme toujours plus resserré. Si l’on compare le nombre de blagues à la
minute d’un sketch des années 1990 et d’un sketch d’aujourd’hui, on a le
sentiment que quelqu’un a utilisé un chausse-pied pour faire rentrer un
spectacle entier dans un seul sketch. J’ai la chance d’être informé sur le sujet de
l’attention et je crois que j’arrive à capter correctement l’attention de mes
spectateurs dans mes spectacles de mentalisme, mais j’ai adapté la construction
de mon dernier spectacle à cette mauvaise habitude de la consommation en
accéléré pour que les spectateurs sortent de salle sans s’être ennuyés tout en
préservant mon spectacle d’une accumulation de blagues qui ne me
ressemblerait pas.
Les applications, les réseaux sociaux, les jeux, l’information en ligne : tous les
médias ont décidé de choisir à votre place. Pas seulement pour vous imposer
leurs choix, mais bien pour vous délester de cette lourde charge mentale qu’est
la décision.
Décidez un minimum avant d’utiliser quelque chose. Vous voulez
regarder un film sur Netflix ? Décidez du genre avant de lancer
l’application. En réfléchissant, vous allez peut-être même penser
à une série que quelqu’un vous a conseillée. Décidez également du temps
ou du nombre d’épisodes que vous voulez regarder.
Netflix est aussi conçu pour vous garder captif, c’est de cette façon qu’il s’assure
de la plus grande part de marché (puisque vous n’allez pas à la concurrence),
qu’il peut collecter vos données (suivant ce que vous regardez et comment vous
le regardez), et qu’il vend des partenariats avec des marques pour les films et les
séries « maison ».
Même si l’utilisation de Netflix est payante, les procédés sont les mêmes que les
plateformes gratuites. Saviez-vous par exemple que les vignettes que vous avez
pour les films et les séries sont des versions sur mesure faites pour vous ?
Ouvrez l’application Netflix d’un ami qui a des goûts différents de vous, vous
serez étonné. Ne croyez pas que vous utilisez « Netflix », vous utilisez en réalité
« votre version de Netflix ». À quoi peuvent servir les données collectées sur
vous ? D’abord à produire des programmes adaptés à leur audience, à vendre
des partenariats publicitaires dans les films et les séries (si vous voyez clairement
le héros utiliser une marque connue, ce n’est pas un hasard), et enfin à revendre
ces données à des entreprises intéressées. Netflix a ouvert la voie et le modèle
aux catalogues fleurissant de ces dernières années comme Prime Video,
Disney +, Paramount +, etc.
Le P-DG de Netflix avait déclaré : « Quand vous regardez une série sur Netflix
et que vous en devenez accro, vous veillez tard le soir. À la marge, nous sommes
en concurrence avec le sommeil. Et ça fait donc beaucoup de temps 10. » Cette
déclaration a un sens profond : Netflix ne considère pas votre utilisation
comme un divertissement de votre journée, comme pouvait l’être « le film de
20 h 30 » à l’époque des six chaînes de télévision. Netflix et ses concurrents
considèrent votre utilisation comme une activité potentiellement envisageable
pour l’intégralité de votre temps d’éveil. Et ils n’ont pas tort, celles et ceux qui
ont déjà consommé une saison entière d’une série en une journée savent
précisément de quoi je parle.
Choisir avant d’agir va vous rendre plus conscient de ce que vous voulez
faire et comment vous voulez le faire. Durant l’écriture de ces lignes,
il m’arrive de faire des pauses « réseaux sociaux », je décide au minimum
lequel je vais utiliser et la durée que je souhaite passer dessus. Inutile
d’être tyrannique sur vos engagements, vous devez juste casser la boucle
infernale du choix par défaut.
Plus facile à dire qu’à faire ! Imaginez que dans votre cerveau se cache
une pièce blanche remplie d’ampoules. Les lumières sont éteintes, vous êtes
en train de dormir. Le réveil sonne. Plusieurs lumières s’allument. La première
s’éteindra lorsque vous couperez votre réveil, la deuxième quand vous vous
serez lavé et habillé, la troisième lorsque vous aurez bu votre café. Pourtant,
en faisant ces tâches, d’autres lumières vont s’allumer. Une parce que vous
aurez vu qu’il faut sortir la poubelle, une autre parce que vous vous êtes
rappelé que vous aviez besoin d’un dossier important, une autre pour penser
à faire un détour par la Poste, etc.
À chaque fois qu’une tâche est identifiée, mais qu’elle n’est pas terminée, votre
cerveau allume une ampoule intérieure et vous ne vous sentirez soulagé qu’une
fois l’ampoule éteinte. Si pendant que vous travaillez quelqu’un vous demande
s’il peut vous déranger, l’ampoule s’allume et vous ne pouvez pas continuer
sans lui avoir demandé de quoi il voulait vous parler. Ces ampoules s’éclairent
également lorsqu’une notification sonore ou visuelle se met en marche sur vos
appareils électroniques. La machine à laver qui bipe, la sonnette de votre porte
d’entrée, une vibration de votre téléphone. Figurez-vous qu’une nouvelle
hallucination est née concernant ce dernier point : des personnes qui croient
ressentir leur téléphone vibrer dans leur poche alors qu’il est dans la pièce d’à
côté.
Si vous êtes en pleine conversation et que vous percevez qu’un SMS vient
d’arriver, il vous sera impossible d’être concentré sans avoir lu le SMS pour
éteindre la lumière ou pour en allumer une autre si le message contient une
question ou vous demande de faire quelque chose d’urgent.
Parmi les stimulations visuelles qui captent notre attention, les couleurs vives
prennent une place assez haute sur le podium. Les publicités dans la rue, les
objets de loisirs que l’on veut vous vendre, les jeux, etc. sont tous pensés pour
être pétillants et stimulants visuellement. Les téléphones portables et leurs
applications nous piègent en partie par cette attraction naturelle pour les belles
et vives couleurs. En plus d’attirer notre attention, le biais d’exposition se met
en marche.
Aza Raskin (le père du scroll infini), en plus de lutter contre sa propre
invention, recommande une méthode simple, mais très efficace ! Changez
les réglages de votre téléphone pour que tout s’affiche en noir et blanc.
C’est très étonnant au début, mais vous allez constater une baisse de désir
quasi instantanément ! Je vous recommande de le faire au moins vingt-
quatre heures à titre d’expérience personnelle, il est très perturbant de voir
que sans les couleurs l’attrait de notre téléphone diminue drastiquement.
Alors que nous étions capables d’expliquer avec des arguments solides
pourquoi nous allions sur les applications. Personne ne dit jamais :
« J’y vais d’abord pour toutes ces belles couleurs chatoyantes ! »
Ce réglage se fait en général dans les options d’affichage
ou d’accessibilité de votre téléphone. Sur certains smartphones, vous
pouvez créer un raccourci, faites-le pour basculer à volonté entre le mode
couleur et le mode normal. Vous n’êtes pas obligé de regarder vos photos
et vos films en noir et blanc, mais vous pouvez aider votre attention
en sélectionnant ce mode au cours de votre journée.
Conclusion
Je pense que nous subissons cette économie de l’attention parce que nous
vivons dans un monde d’information sur le présent. L’entrepreneur américain
Nova Spivack expliquait dans une interview, que jusqu’au xixe siècle, les
sociétés vivaient par rapport à leur passé, c’était le point de fuite de leur regard
et leur référentiel. À partir du xxe siècle, les sociétés ont commencé à changer
leur regard de direction pour observer le futur. Moi qui étais adolescent dans
les années 1990, je me souviens à quel point nous fantasmions sur l’an 2000
(j’attends encore les voitures volantes et les hologrammes dignes de Star Trek
d’ailleurs). Le référentiel était le futur, expliquant sûrement ce goût prononcé
pour la science-fiction durant cette période.
2
. Guillaume Lecaplain, « La chronologie des médias, une histoire française bousculée », Libération,
13 mai 2017.
3
. Richard Serra et Carlota Fay Schoolman ont été les premiers à émettre cette idée en 1973 dans un
programme vidéo critiquant la télévision.
4
. Un établissement public chargé de l’action culturelle de la France à l’étranger, à ne pas confondre avec
l’Institut de France qui regroupe les prestigieuses Académies.
5
. Les revenus publicitaires de Facebook en forte hausse, Les Échos, Anaïs Moutot, 2 février 2017 ;
« Comment Facebook [Meta] gagne-t-il de l’argent ? analyse du modèle commercial de Facebook » 2024,
Four Week MBA, Gennaro Cuofano, 6 février 2024.
6
. Rapport de Newzoo sur le marché mondial des jeux vidéo, Agence française pour le jeu vidéo, 10 août
2023.
7
. Une personne qui cherche à terminer une tâche à 100 %, en incluant des actions qui ne sont pas
primordiales pour l’objectif.
8
. L’engagement sur les réseaux sociaux correspond aux actions des utilisateurs vis-à-vis d’une publication
(likes, commentaires, partages, etc.).
9
. Sacha Guitry, Toutes réflexions faites, éd. Le Bord de l’eau, 2008.
10
. Alex Hern, « Netflix’s biggest competitor? Sleep », The Guardian, 18 avril 2017.
COMPRENDRE QUI SONT
LES AMIS ET S’EN SERVIR
LA CARTE D’IDENTITÉ
DE L’ATTENTION
L’attention est une fonction cognitive complexe. La cognition ? Mais Fabien !
tu nous avais promis d’écrire quelque chose de digeste. C’est vrai, mais c’est aussi
l’occasion de poser des définitions sur quelques termes utiles.
La cognition est le procédé cérébral qui vous permet d’avoir conscience des
événements, des personnes et des objets de votre environnement. C’est
également le système cognitif (qui réunit toutes les fonctions cognitives comme
l’attention) qui va vous donner la possibilité de stocker de la connaissance. Il
vous permet aussi bien de savoir quel est le plat du jour d’un restaurant que de
vous souvenir de ce qu’il s’est passé lors de la bataille de Marignan (je force un
peu avec ce fait historique, mais est-ce que vous vous en souvenez encore ? Si
vous avez joué le jeu, vous devriez être capable de donner les contours de cet
événement).
Nous allons jouer ensemble au jeu de l’entonnoir. Le cerveau est une immense
collection de poupées russes. Vous savez, ces poupées qui en referment toujours
d’autres. En comprenant le fonctionnement de chacune des poupées, vous
pourrez prétendre à mieux vous connaître.
La première est votre capacité à être alerte. Cette capacité vous permet d’être
vigilant face à l’environnement qui vous entoure (d’ailleurs ça n’est pas simple
d’être face à quelque chose si l’on est entouré). Cette compétence nous a
certainement bien aidés au début de l’humanité pour voir si un danger
apparaissait : un buisson qui bougeait pendant que l’on cueillait de la
nourriture, et notre corps tout entier était prêt à faire son meilleur sprint pour
se mettre en sécurité. Nous avons beaucoup moins de dangers immédiats à
gérer aujourd’hui pour notre survie. Être alerte nous aide à détecter des choses
en fonction de l’importance du signal. Dans l’effet « cocktail party », c’est cette
même capacité qui va vous faire prendre conscience qu’une personne a utilisé
votre prénom dans une conversation à l’autre bout de la pièce, alors que vous
étiez vous-même en train de discuter avec une autre personne. Vous voulez
savoir quand on parle de vous (par curiosité, par nécessité ou par ego), et votre
cerveau le sait.
La deuxième capacité générale est le maintien de votre attention pour obtenir
une concentration durable. C’est plus facile à dire qu’à faire. J’expérimente
moi-même cette capacité en écrivant ces mots depuis ma chambre d’hôtel.
Mon cerveau me propose un nombre incalculable d’alternatives pour que je
relève la tête de mon écran et que je m’intéresse à autre chose qu’à vous écrire.
Plus la fatigue me gagne et plus des choses futiles me semblent extrêmement
attirantes ! (Il est actuellement 23 heures et je trouve très intéressant la
perspective de faire un peu de rangement dans la chambre.) La durée de votre
concentration varie en fonction de votre âge, mais nous avons tous
généralement tendance à la surestimer. C’est le moment de préciser que,
généralement, nous surestimons toutes nos compétences !
Le premier système est appelé algorithmique (oui, comme pour les algorithmes
des réseaux sociaux !). Ce système est plutôt lent, il analyse rationnellement les
données en pleine conscience. Vous savez que vous êtes en train de penser à ce
qui occupe votre esprit, vous savez ce que vous faites et pourquoi vous le faites.
Lorsque je relirai cet ouvrage pour corriger les éventuelles fautes d’orthographe,
je serai précisément dans ce système de pensée 1.
Enfin, le troisième système est celui de l’inhibition. C’est l’arbitre sur le ring de
boxe ! L’arbitre doit décider quel système privilégier entre l’algorithmique et
l’heuristique. Est-ce qu’il donne l’avantage aux automatismes ou est-ce qu’il va
faire en sorte que son humain soit en pleine conscience de ce qu’il fait ? Il va
prendre en compte les ressources disponibles, votre état de fatigue, votre
habileté à effectuer la tâche automatiquement et va, au besoin, mettre en place
des remparts pour résister aux automatismes qui ne sont pas utiles.
Commençons par la poupée des fonctions vitales. Les fonctions vitales vont
s’occuper de vous faire respirer même lorsque vous dormez et de gérer votre
rythme cardiaque à chaque seconde de votre vie (3 milliards de battements au
cours de votre existence, s’il vous plaît). En ouvrant la poupée des fonctions
vitales, vous avez découvert qu’il y en avait d’autres, plus petites (mais tout
aussi essentielles), qui sont cachées à l’intérieur. Celle qui nous intéresse le plus
dans les fonctions vitales est la poupée des fonctions basiques (importantes,
mais pas toujours de la première utilité). Ce sont elles qui vont vous souffler
l’idée de vous servir un verre d’eau lorsque votre corps se déshydrate. Elles vont
gérer votre sommeil, votre faim et même votre appétit sexuel (celui qui est lié à
votre instinct de reproduction).
Refermons la poupée d’origine, celle des fonctions vitales. Derrière elle s’en
cache une autre, dans un autre emplacement du cerveau (en l’occurrence le
cortex). C’est dans celle-ci que se trouvent les fonctions supérieures comme les
fonctions cognitives dont nous parlions au début de ce chapitre. Bon, vous
êtes toujours avec moi ? Même en rendant métaphorique cette partie, il faut
quand même faire un peu d’effort mental. Vous pouvez souffler un peu, ce
trajet est nécessaire pour vous donner l’intimité que je vous avais promise avec
votre propre cerveau. En tout cas, nous sommes dorénavant dans la poupée qui
contient tout ce que nous cherchions.
Pour nos besoins, allons directement sur une plus petite poupée qui se trouve à
l’intérieur, celle des fonctions cognitives supérieures. Dedans entrons
immédiatement dans une autre poupée encore plus petite, celle des fonctions
cognitives. Elle nous intéresse et contient seulement cinq nouvelles poupées à
l’intérieur, qui représentent les cinq fonctions cognitives :
La perception : c’est grâce à elle que vous recevez ces fameuses informations.
Le cerveau va recevoir cette masse continuelle de données et cette fonction va
commencer par organiser une reconnaissance. Elle organise, tri, jette, ignore,
envoie dans les tiroirs. Et c’est elle qui va reconnaître les stimulations pour les
envoyer à l’attention.
L’attention : on termine par celle qui nous intéresse dans ce livre. Cette
fonction vous permet d’être en alerte et de solliciter au besoin l’ensemble des
fonctions cognitives pour recevoir les informations et les stimulations qui vous
seront utiles. Soit parce que le conscient l’a décidé, soit parce que la perception
et l’attention l’ont décidé pour vous. Voici un exemple : l’état d’alerte est un
état de base. Donc si je fais exploser un ballon de baudruche dans la même
pièce que vous, vous allez réagir. Et vous pouvez ensuite décider de vous
intéresser volontairement à la forme des nuages, alors que votre état d’alerte ne
vous aurait pas fait faire un focus dessus.
Dans cette grande colocation toutes les fonctions cognitives travaillent de leur
côté, mais également à la même table. Elles peuvent être autonomes, mais
agissent le plus souvent à cheval sur le dossier des unes et des autres.
Évidemment je ne suis pas exhaustif dans la liste interminable des fonctions
cognitives. Un petit tour dans le cervelet, et nous aurions rencontré l’équilibre
ou la coordination des mouvements ; un arrêt au lobe frontal, et nous aurions
découvert l’organisation, la résolution de problème, le jugement, etc. Même le
simple fait de lire ces lignes demande l’activation de deux régions de votre
cerveau : le lobe pariétal pour la fonction des compétences académiques (savoir
lire en est une) et le lobe occipital pour la perception et la reconnaissance des
mots qui glissent actuellement sous vos yeux.
Notre système cérébral n’a pas été conçu pour garder une intention sur le long
terme. Au contraire, il est fait pour se mettre à jour régulièrement, pour réagir
à notre environnement et à nos pensées. C’est ce qui vous permet d’être agile
mentalement (et c’est une bonne chose), mais ce que vous gagnez d’un côté
vous le perdez de l’autre en ayant des intentions instables.
Vous avez déjà fait une partie de « ni oui ni non » ? (Vous pouvez répondre en
toute confiance, nous ne sommes pas en train de faire une partie). Il n’y a pas
de jeu plus simple que celui de pouvoir utiliser tous les mots de la langue
française sauf « oui » ou « non ». Les parties devraient durer une éternité
tellement la règle est simple. Pourtant, nous perdons tous plus ou moins
rapidement à ce jeu.
Vous ne pouvez pas garder une intention durant des heures dans votre esprit.
Pour optimiser son fonctionnement, vous pouvez la reformuler régulièrement,
refaire le point sur vos intentions après chaque pause ou encore écrire sur un
Post-It votre objectif (nous reviendrons sur les objectifs dans la prochaine
partie).
Quand vous focalisez sur un stimulus précis, vous êtes au guidon de votre
vélo sur une route sécurisée. Vous devez fournir un effort pour avancer dans
le bon sens, gérer l’équilibre pour ne pas tomber et maintenir fermement le
guidon entre vos mains. Si vous pouviez sentir que votre attention
commence à dévier, vous pourriez alors remettre les mains sur le guidon
pour reprendre la bonne route.
Imaginez à présent que vous êtes sur votre téléphone pour écrire votre liste
de courses avant de partir faire vos achats. Vous avez ouvert une note et, en
passant de pièce en pièce, vous réfléchissez à ce que vous pourriez acheter
pour ne manquer de rien. Pendant que vous faites le tour de la maison, votre
meilleur ami vous envoie un SMS qui « pope » au milieu de l’écran avec
comme message : « Tu pourras me dire si tu es dispo à un moment le week-
end prochain ? » Puisque le SMS est apparu (c’est un distracteur externe) et
qu’il s’agit de votre meilleur ami (provoquant chez vous une émotion
favorable), votre attention vient d’être capturée. En soi il n’y a pas de
problème, c’est un fonctionnement normal et il n’y a rien d’alarmant à réagir à
un SMS du moment que vous terminez d’écrire votre liste de courses avant
de lui répondre ! Mais vous risquez plutôt d’avoir envie d’aller consulter votre
agenda pour regarder votre disponibilité du week-end prochain, vous
ouvrez alors l’application agenda et vous venez de faire tomber le premier
domino d’une réaction en chaîne : votre attention est captivée par un
nouveau geôlier, et ce n’est pas vous qui l’avez décidé ! Une fois l’agenda
consulté, vous allez peut-être répondre à votre ami, puis voir la notification
d’un e-mail qui vous intrigue, avoir envie de passer « quelques minutes » sur
votre réseau social préféré ou simplement faire autre chose que terminer
cette fichue liste de courses.
Le seul moyen d’améliorer son attention dans le long terme est de la faire
progresser lorsque c’est nécessaire. Je distingue trois événements majeurs :
Si vous arrivez à lutter dans les trois circonstances que je viens de présenter,
c’est-à-dire si vous arrivez à vous mobiliser sur quelque chose qui ne vous attire
pas, à ne pas réagir à ce que vous savez être non essentiel et à accepter l’ennui :
vous pourrez renforcer la qualité de votre attention rapidement et
durablement.
Le TDA/H
Vous avez déjà entendu les termes TDA ou TDAH. Cet acronyme signifie
« trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité ». Ce trouble se
diagnostique par une combinaison de facteurs (plus ou moins présents) tels
que l’impulsivité, le déficit attentionnel et l’hyperactivité motrice.
Le TDA/H n’est pas figé dans le temps. Plusieurs études cliniques ont
démontré que le traitement à base de médicaments n’avait pas beaucoup
d’impact sur le trouble. En apparence, l’enfant peut avoir l’air « plus calme »
mais le médicament n’agit pas réellement sur le TDA/H. Il traite certaines
conséquences, mais pas la cause. La science recommande de s’orienter vers des
thérapies cognitives ou comportementales qui améliorent de façon significative
les effets du trouble dans la vie quotidienne.
Ce trouble touche environ 5 % des enfants et moins de 3 % des adultes. Rien
n’est définitif, le TDA/H a tendance à se stabiliser voire à s’atténuer avec les
années. Soit naturellement, soit parce que les personnes atteintes ont appris à
mettre en place des stratégies pour compenser ce déficit. Chez certaines
personnes, le TDA/H peut complètement disparaître ou, dans de rares cas,
s’aggraver.
Chez l’adulte
Si vous faites partie des adultes atteints de ce trouble, je vous invite tout
d’abord à vous éduquer sur le sujet. Vous n’avez pas décidé de cet état de fait et
vous n’en êtes pas responsable. Ce n’est pas une question de volonté. En lisant
des livres dédiés à ce sujet, vous serez ensuite à même de communiquer
efficacement aux autres les bases nécessaires pour qu’ils comprennent votre
fonctionnement. Vos principaux enjeux seront la gestion de votre humeur et la
gestion de vos performances. Les outils et solutions du chapitre suivant
pourront vous aider à mettre de bonnes stratégies en place, mais ne
remplaceront pas un accompagnement professionnel et personnalisé.
Conclusion
Que vous ayez lu ce qui précède la même journée ou sur plusieurs jours, le
plaisir décroît inévitablement. D’abord parce que vous avez réalisé les deux
tiers de l’effort nécessaire à fournir pour lire ce livre. Votre cerveau est un
gestionnaire de ressources et il va délivrer les efforts nécessaires en fonction de
ce qu’il vous reste à accomplir. L’art de gérer les ressources, c’est surtout l’art de
prévoir le futur. Vous savez maintenant pourquoi, lorsque vous avez envie
d’aller aux toilettes, vous êtes capable de vous retenir tout un trajet, mais qu’au
moment où vous mettez la clé dans la serrure de votre maison vous avez la
sensation que l’urgence est absolue (je suis désolé d’avoir pris cet exemple et
d’avoir réveillé ce souvenir, mais soyez honnête, s’il y a bien une expérience
commune à toute l’humanité, c’est celle-ci).
Il n’est pas question de toilettes ici, mais de voir la fin du livre arriver. Votre
attention se relâche car elle sait qu’elle a déjà fourni la majorité de l’effort
nécessaire pour accomplir cette tâche. Lorsque vous avez ouvert la préface, la
toute première fois, il y avait un mystère. Quoi de plus agréable et stimulant
qu’un mystère ? Tout y est possible. Vous aviez des espoirs, une certaine
excitation (toutes proportions gardées, je vous imagine mal sautillant de joie en
ouvrant la préface) de ce que vous alliez découvrir. Commencer un ouvrage
traitant d’un sujet que l’on veut approfondir actionne les mêmes mécanismes
cérébraux que lorsqu’on ouvre un cadeau, que l’on reçoit une lettre chez soi
(identifiée comme n’étant ni une facture, ni un rappel du centre des impôts) ou
que lorsqu’on gratte un jeu d’argent édité par la Française des jeux. L’afflux
chimique qui a été envoyé au tout début est largement consommé par votre
cerveau depuis et ne reviendra pas une deuxième fois.
Le souvenir le plus amusant que j’ai dans ma relation aux livres est celle
de l’informatique. J’ai été très tôt attiré par la technologie, je la trouve toujours
passionnante. Au début des années 1990, les premiers ordinateurs tournant
sous Windows 3.11 arrivent chez Monsieur et Madame Tout-le-Monde, mais
le prix de ces machines est beaucoup trop élevé pour le modeste budget
familial que ma mère tenait dans ses mains avec brio. Pour satisfaire mes
envies et ma soif de connaissance, ma mère avait accepté de m’abonner
à un magazine spécialisé dans les ordinateurs et le système d’exploitation
de Microsoft. Je me souviens que le magazine était livré mensuellement,
avec une épaisseur promettant de longues heures de lecture, accompagné
de deux disquettes contenant de petits programmes que je ne pouvais
pas installer (mais que je rangeais méticuleusement dans une boîte
à disquettes). Il en fallait, des efforts d’attention, pour essayer de comprendre
et de ressentir sans pouvoir faire de mise en application directe. Tout
se passait dans ma tête. J’imaginais même ce que je pourrais m’amuser
à faire si nous avions eu la chance d’avoir un ami ou de la famille
qui possédait le précieux objet. Cette relation platonique à l’informatique
a duré quelques années, je complétais mon savoir avec des lectures
au CDI de mon collège et les quelques magazines dont des habitants
faisaient don à notre bibliothèque communale.
2
. http://www.youtube.com/watch?v=vJG698U2Mvo
3
. Cette notation est la plus fréquente pour signifier « avec ou sans hyperactivité ».
4
. Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders (« Manuel diagnostique et statistique des troubles
mentaux »), 4e édition. Il s’agit de l’ouvrage de référence, publié par l’Association américaine de
psychiatrie, qui décrit les symptômes de l’ordre du mental.
5
. https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S014976342100049X
6
. La réponse est trois animaux : un chien, un chat et un lapin.
IL Y A TOUJOURS
DES SOLUTIONS
Quel chemin nous avons déjà parcouru ensemble ! Je ne sais pas précisément ce
que vous veniez chercher en ouvrant ce livre, mais nous avons défriché une
large connaissance sur le sujet. Attendez une seconde, je vois des resquilleurs
qui ont commencé par ce chapitre directement, si c’est votre cas lisez la note en
bas de la page 1.
Quoi qu’il en soit, vous avez appris beaucoup de choses sur votre attention, sur
vous-même, sur l’organe merveilleux qui permet d’interpréter le monde qui
vous entoure et même sur la société actuelle. Avez-vous remarqué que mon
écriture est moins hachée qu’au début du livre ? Moins de blagues, moins
d’interpellations. Parce que vous m’avez offert votre confiance, j’ai voulu vous
offrir le meilleur de mes connaissances en écrivant un livre qui, par sa simple
lecture, améliorerait déjà vos compétences d’attention.
Il est même probable que vous ayez lu ce livre plus rapidement que vos lectures
habituelles. J’espère que vous constaterez l’incroyable facilité avec laquelle vous
êtes arrivé à ce dernier chapitre, j’ai utilisé tout mon savoir-faire pour que mon
écriture puisse inclure (visiblement ou discrètement) tout ce que cette
connaissance pouvait offrir. J’éprouve une certaine fierté d’avoir fourni ce
travail et je veux surtout vous prouver à quel point rien n’est irréversible quand
il s’agit de reprendre la main sur sa concentration. Et ça tombe bien, nous
terminons ce trajet par les solutions concrètes, les outils applicables dans votre
vie pour faire des focus efficients, et nous parlerons même des produits du
commerce qui peuvent vous aider et de leur efficacité (le cas échéant).
Je vous donne les ingrédients et je vous laisse le soin de les doser pour créer la
cuisine qui vous conviendra. Alors attention, avant de dire que l’un des
ingrédients n’est pas à votre goût, il vous faudra le goûter (et si ma métaphore
dure trop longtemps dites-vous qu’il faut que vous essayiez chaque astuce avant
d’en éliminer une ou plusieurs).
Les huit recommandations contenues dans les prochaines pages servent à la fois
de solutions immédiates pour vous mettre en bonnes conditions mentales,
mais également de premier entraînement pour le long terme. L’attention et la
concentration sont vertueuses, plus vous vous en servez correctement, plus il
vous sera facile de vous servir !
Mais qu’il est bon de courir dans tous les sens, de se sentir utile et vivant en
faisant plein de choses en même temps ! Oui, c’est très attrayant de se sentir
multitâche, d’avoir l’impression de tout gérer. En papillonnant d’une tâche à
l’autre, nous avons l’impression (sincère, qui plus est) d’avancer sur tous les
fronts, d’avancer plus vite. Le problème est que ce n’est justement qu’une
impression, une illusion de notre perception.
Il arrive que l’on change de tâche parce qu’une nouvelle pensée est apparue par
association d’idées. On le fait parce qu’on ne veut pas perdre le fil de cette
pensée. Aucun problème ! Ne vous privez pas de cette fulgurance. Ayez
toujours de quoi noter près de vous pour vous décharger sur le papier en
notant cette idée ou cette future tâche. Vous éteindrez temporairement la petite
ampoule qui s’était allumée dans votre esprit. Facile, non ? Je sais que votre
esprit, qui prend du plaisir à s’éparpiller plutôt qu’à réaliser l’effort de rester sur
une seule et même tâche, est en train d’accueillir ce que j’écris avec de petites
réserves… Laissez-moi lui parler en face-à-face, à ce cerveau récalcitrant :
« Cerveau, tu es certainement très vif et très fort. Mais toutes les études faites
autour du multitâche ont démontré qu’aussi rapide que tu puisses être, tu
n’arrives pas à être plus performant que lorsque tu es concentré sur une seule
chose à la fois. » Voilà ! Il faut parfois être ferme avec lui…
Vous allez mieux percevoir ce concept avec cet exemple. Quand vous lavez
vos carreaux et que, pendant qu’ils sèchent, vous en profitez pour vider
et jeter la poubelle de la cuisine, vous êtes dans la même essence d’action
pour votre cerveau. Vous utilisez les mêmes ressources cognitives (même
si personne n’attend que ses carreaux sèchent en fait). Pourtant « vider
les poubelles de la cuisine » et « nettoyer les carreaux de la chambre » sont
bien deux thématiques de tâches différentes. Mais elles utilisent les mêmes
ressources cognitives : peu de réflexion et la motivation pour faire un effort
physique.
Nouvel exemple, prenez une seconde pour répondre à cette question avant
de lire la suite : si je relis ce livre en voulant améliorer le sens du texte tout
en corrigeant les fautes, est-ce la même tâche ou pas ? C’est-à-dire suis-
je en mode multitâche ou monotâche en faisant comme cela ?
À chacun de vos réveils, en particulier durant celui qui suit une bonne nuit de
sommeil, votre cerveau se trouve dans sa meilleure condition de
fonctionnement : il vient d’être nettoyé des impuretés durant la nuit, les
fonctions cognitives se sont reposées, vos émotions ont fait un reset salvateur.
C’est aussi le cas après une courte sieste en journée, à un moindre degré
évidemment.
Si vous étiez dans un jeu vidéo, je vous dirais que votre jauge de concentration
est à son maximum et qu’elle va ensuite baisser naturellement (si vous ne vous
en servez pas spécialement) ou plus rapidement (si vous la sollicitez
volontairement) au fur et à mesure du temps qui passe. En combien de temps
précisément se vide cette jauge ? Difficile de savoir, cela dépend de votre
énergie personnelle et de vos capacités actuelles d’attention, mais vous pouvez
être certain que cette jauge reste pleine au moins soixante minutes. Plus vous
entraînerez votre attention et plus ce temps de pleine énergie mentale
augmentera. Personnellement, je pense être en pleine concentration pendant
les trois heures qui suivent mon réveil.
Alors que faire de cet état de grâce ? Ou plutôt que ne pas faire pour
ne pas altérer cet état trop rapidement ? Une fois réveillé, votre esprit
est gourmand de découvertes, d’informations et de stimulations. Il se sent
en pleine forme et veut consommer cette énergie extraordinaire. Alors
vous devez le protéger, c’est-à-dire ne rien faire qui pourrait vous faire
ressentir des pensées négatives. Rien qui pourrait créer le fameux : « Ah !
il faudra que je pense à ça » ou « Oh ! il faut que je m’occupe
de ça encore ». Pas de mauvaises nouvelles, pas de sources de stress
ou d’agacement.
Soyez conscient de cette belle capacité fraîche juste après votre réveil.
À quel moment de la journée pensezvous que j’écris le plus ? Le matin
au réveil… et après ma sieste !
Sachez ce que vous faites
Vous connaissez au moins l’un des deux exemples qui suivent. Cette fois
où vous vouliez ranger vos placards et à un moment donné vous avez
constaté que vous étiez assis depuis trente minutes en train de lire un vieux
cahier retrouvé ou en train de consulter un album photo. Une autre fois
où vous avez pris votre téléphone pour regarder l’adresse d’un lieu
sur Internet et où vous vous êtes retrouvé piégé en train de répondre
à un groupe WhatsApp pour l’organisation de l’anniversaire d’un ami le mois
suivant.
Dans ces deux exemples vos objectifs n’étaient pas assez définis et vous avez
donné l’occasion à votre attention de trouver une certaine urgence
ou une certaine importance à tous les distracteurs. Vous manquiez
d’intention.
Pour aider votre attention, vous devez définir un objectif simple, clair
et précis. Inutile de dire à votre cerveau que l’objectif des prochaines
heures est de « progresser dans les révisions » ou de « trouver une idée
pour relancer les ventes ». Ce sont des concepts trop généralistes
qui ne renvoient aucune vision tangible pour votre cerveau. Votre
concentration ressemble un peu à un enfant de 5 ans qui ne demande
qu’à bien faire. Si vous lui dites : « Il faut que ta chambre soit impeccable »,
vous pourriez avoir de bonnes surprises en découvrant que les peluches
sont toutes rangées sur le lit, mais vous pourriez aussi retrouver votre
bambin plein de bonne volonté en train d’utiliser l’aspirateur directement
sur le chat pour nettoyer ses poils !
Je vous propose une application directe, un peu « méta », pour que vous
ayez un exemple concret.
Aujourd’hui, j’ai dédié tout mon temps d’éveil à l’écriture de ce livre, je suis
même allé m’enfermer une semaine du côté de La Rochelle pour fignoler
le texte. Mon objectif est donc : « Avancer sur le livre sur l’attention ».
C’est trop généraliste, non quantifiable et impossible de visualiser le résultat
que j’attends. Je redéfinis donc l’objectif d’une manière plus simple et plus
tangible. L’objectif du jour est : « Dédier tout mon temps disponible
à l’écriture du livre sur l’attention ». Je peux maintenant visualiser
concrètement ce que sera mon objectif du jour : « À la fin de la journée,
je devrais avoir terminé le chapitre “Comment s’aider pour être focus
sur une tâche”. » C’est très « méta » puisque c’est le chapitre que vous
parcourez en ce moment. Pour terminer, je cherche un marqueur
me permettant de quantifier régulièrement mon avancée vers l’objectif :
« Ce chapitre devra faire environ 3 000 mots. » C’est une estimation, bien
sûr, mais mon expérience est capable de faire une approximation crédible
du nombre de mots que je vais devoir écrire pour exprimer ma pensée.
Préparez-vous la veille
2. Les outils : comme un artisan qui prépare sa boîte à outils, vous devez
vous prémâcher le travail pour rassembler ce dont vous allez avoir besoin.
Par exemple, vous devez faire votre comptabilité demain ? Alors, la veille,
réunissez au même endroit vos relevés de comptes, vos tickets, vos notes
de frais, vos codes de banques, etc. L’énergie mentale nécessaire pour
préparer ses outils ne pioche pas du tout dans les mêmes ressources
cognitives que celles nécessaires à ce que vous allez faire le lendemain.
3. La zone : sachez où vous allez faire ce que vous avez à faire et préparez au
mieux le lieu. Référez-vous à la première partie de ce livre pour préparer le
terrain en fonction de vos conditions idéales. Pour ma part, je vais par
exemple préparer la playlist des musiques que je veux écouter en écrivant,
plutôt que de me demander souvent quoi écouter. Si vous allez travailler
derrière un bureau, dans une pièce, faites en sorte la veille qu’elle vous soit
agréable, que vous n’ayez plus qu’à vous asseoir confortablement pour
vous y mettre.
Cette trace mentale va être macérée durant la nuit et votre cerveau sera
encore mieux préparé à vous accompagner dans le focus que vous aviez
décidé la veille.
Les prochaines astuces vont être centrées sur votre environnement, donc sur
des solutions concrètes et instantanées. Les dernières concerneront un peu plus
le travail de fond qui vous permettra de continuer à renforcer votre attention
au niveau de sa puissance et de sa durée.
Lorsque vous entrez dans une phase de concentration, seul chez vous ou au
milieu d’un bar bondé, vous changez de dimension pour devenir un Robinson
Crusoé seul au milieu de son île. Malheureusement, des hordes de touristes
peuvent débarquer à tout moment sur la plage pour vous déranger dans votre
retraite. Ces touristes sont les amis, la famille, les enfants, les collègues, etc. Il y
a aussi les feux spontanés qui peuvent s’allumer partout autour de vous sur la
plage : ce sont les notifications, les e-mails, le téléphone, la sonnette de la
porte, etc. Vous n’êtes plus disponible et ça doit être très clair pour tout le
monde. D’expérience, je sais que beaucoup ne sont pas à l’aise de se
positionner en « non disponible » dans la vraie vie, parfois vous ne pouvez pas
l’être complètement pour des raisons légitimes (les parents qui télétravaillent se
reconnaîtront). Vous le sentez venir ? Nous nous approchons de ce genre de
contradiction où je vous sors de mon chapeau l’une de mes histoires
personnelles. La vérité, c’est que vous devez être indisponible et disponible en
même temps. Bonne nouvelle, j’ai essuyé les plâtres de ce dilemme avant vous.
J’identifie rapidement un jeune homme sur le côté qui semble ne pas savoir
où faire la queue. Je l’interpelle et lui propose même de passer devant
rapidement car je vois qu’il attend depuis un petit moment. Il me répond
que non, qu’il attend volontairement la fin. Je continue donc à accueillir
individuellement les personnes voulant discuter avec moi et, après une petite
heure, il ne me reste plus qu’à voir ce jeune homme à la patience rare.
Cela peut sembler rude, mais il était important d’être honnête. Pour autant,
je suis accessible à chaque instant. J’aurai toujours du temps pour
un échange dans la rue, à la sortie d’un spectacle ou à distance même.
La nuance entre l’accessibilité et la disponibilité n’est pas si ténue que cela
finalement, ces deux termes expriment deux choses très différentes.
C’est ce qui me rend non disponible en étant quand même disponible.
Le paradoxe n’en est pas un.
C’est la même chose que vous devez mettre en place lorsque vous souhaitez
être concentré sans perturbation extérieure, vous devez vous rendre
indisponible mais accessible. Voyons comment faire concrètement. Retournons
dans notre métaphore initiale, vous êtes de retour sur votre île (pas si déserte),
comment allez-vous gérer les touristes pour être accessible sans rompre votre
concentration ?
Vous pouvez décliner ces quatre points dans toutes les situations. Parfois la
solution est de demander à un collègue de vous envoyer un e-mail auquel vous
répondrez à tête reposée en fin de journée.
Pour conclure sur cette cinquième astuce, retour sur l’île déserte. Au lieu
d’éteindre les feux qui peuvent apparaître partout sur la plage, vous allez
préférer enlever tout ce qui pourrait s’enflammer ! Sans combustible, plus de
feu ! Donc exit les notifications visuelles ou sonores de vos appareils
électroniques. Vous pouvez débrancher la sonnette de votre porte d’entrée.
Bref, faire en sorte que rien ne puisse allumer une petite ampoule dans votre
esprit. Je sais que vous le saviez déjà (n’oubliez pas que je suis mentaliste quand
même) et je sais aussi que vous ne le faites pas assez (et vous saviez que je le
savais). Les choses simples sont celles que l’on met le moins en place. C’est
dommage car ce sont souvent des solutions efficaces, nous sommes biaisés par
un excès de confiance qui nous fait croire que : « Non, je ne coupe pas les
notifications, mais je ne regarderai pas, je n’en ai que pour trente minutes et je
suis capable de ne pas être perturbé par ça ! » Souvenez-vous que c’est le même
biais qui fait qu’une personne alcoolisée se dira qu’elle est quand même capable
de conduire prudemment.
Nous avons évoqué la sieste, bénéfique même si sa durée est courte. Être bien
concentré, avec une attention optimale, c’est aussi avoir pris soin de son corps.
Cette grosse machine complexe qu’est votre corps a des besoins. Vous êtes trop
fatigué mentalement ? alors commencez par faire une pause.
Attention ! Une vraie pause, celle où vous ne sollicitez pas votre cerveau
en le stressant sur Candy Crush ou en le bombardant d’informations
en scrollant TikTok. Une vraie pause, c’est ne rien faire. Vous pouvez
utiliser la technique des 120 secondes du début du livre, vous asseoir face
à la fenêtre pendant cinq minutes ou aller marcher dix minutes. Vérifiez
également vos besoins primaires : on ne fait pas preuve d’une belle
concentration quand on a la vessie pleine ou quand on a trop chaud.
Prenez le temps d’être bien dans votre corps.
Passons ensuite au carburant. Il n’y a que trois jauges à vérifier : l’oxygène, l’eau
et la nourriture.
Prévoyez d’être dans un endroit où l’air a été renouvelé, où la pièce n’est
pas saturée en CO2 à cause de trois autres personnes qui travaillent
au même endroit depuis des heures et qui n’ont jamais ouvert la fenêtre.
Enfin mangez équilibré, des choses digestes (sinon vous allez repartir
à la sieste) vous fournissant les bons nutriments pour travailler. Évitez
les sucres rapides qui boosteront vos performances, mais
qui retomberont d’un coup sec en vous faisant ressentir un énorme coup
de barre. Évitez également les aliments riches en graisses saturées
que votre corps aura du mal à synthétiser.
Je vais vous confier mon rituel : lorsque je veux être bien concentré comme
aujourd’hui, je commence par me faire couler un café (que je boirai
ou que j’oublierai à côté de moi). Ensuite je me rhabille, non pas que je sois
sans vêtement juste avant, je ne suis pas Victor Hugo 3 ! J’aime juste
remonter mes chaussettes, refaire mes lacets, réarranger mes vêtements.
Je lance ensuite la musique, et mon cerveau reconnaît inconsciemment
les conditions de « Fabien veut être concentré ».
Si vous n’avez pas encore de rituel bien à vous, je vous recommande une
technique d’ancrage efficace, inventée par Ellen Hendriksen. Ellen est
psychologue clinicienne, elle exerce à l’université de Boston. Sa méthode est
dite de « pleine conscience ». La technique s’appelle le 5-4-3-2-1, elle peut être
faite n’importe quand et discrètement, sans se faire remarquer. Il m’est arrivé de
la faire dans le train juste avant d’arriver à destination pour me recentrer entre
le moment où je travaillais sur mon ordinateur et le moment où j’allais
rencontrer les personnes m’accueillant à la gare pour le spectacle du soir.
Le 5-4-3-2-1 utilise les cinq sens pour faire descendre la pression mentale et
interrompre les pensées parasites. La technique me rappelle les créateurs de
parfum que j’ai pu voir travailler à Grasse. Entre plusieurs respirations
d’essences de plantes, ils plongent leurs nez dans des grains de café pour
respirer leur odeur. Ils m’ont expliqué que l’odeur des grains de café remettait à
zéro leurs compétences olfactives.
C’est pareil avec cette méthode, mais pour votre cerveau ! Une sorte de
nettoyage qui vous donne ensuite le champ libre pour vous concentrer sur ce
que vous voulez.
De cette sixième astuce, retenez qu’il n’est pas vain de préparer le corps
et l’esprit à se concentrer. Et que ces mêmes techniques permettent
de reprendre la main sur une attention dispersée à tout moment
de la journée, même si vous n’avez pas un but spécifique ensuite
ou une tâche particulière à réaliser.
Nous arrivons aux deux derniers points. Ceux qui vous permettront
d’améliorer une session où vous voulez être focalisé sur une tâche particulière
mais qui, avec de la pratique, vont améliorer votre capacité de concentration
ainsi que la puissance et la précision de votre attention. Une étude de l’École
polytechnique fédérale de Lausanne, publiée fin 2020, a augmenté notre
connaissance du sujet en prouvant que les interruptions ont un réel impact sur
les hormones de stress dans notre corps. Quand on vous stoppe, le cerveau
s’agace. On s’en doutait, maintenant on le sait !
Restez concentré une heure maximum, et faites une pause d’au moins
10 minutes avant d’entamer une nouvelle session. C’est le meilleur rythme
que je puisse vous recommander. Il est possible que cette durée soit trop
longue au départ, dans ce cas commencez par 45 minutes
ou 30 minutes. Augmentez vos sessions dans le temps lorsque vous
serez plus habitué à cet effort.
Pour conclure sur cette astuce, retenez que votre concentration se mesure à
l’aide de deux critères :
La méditation
Nous vivons dans une société où la réactivité prime. Il n’y a jamais eu tant de
moyens pour se déplacer rapidement d’un endroit à un autre. Il n’y a jamais eu
autant de technologie pour communiquer instantanément. Paradoxalement,
nous semblons toujours manquer de temps 4. Cette sensation est le résultat
d’une projection permanente de notre esprit dans « l’instant d’après ». Tout ce
qui était censé nous permettre de gagner du temps a eu finalement pour effet
de condenser encore plus d’activité dans nos journées. Pour suivre la cadence,
l’esprit s’attelle à anticiper tout ce qui pourrait vous arriver. Vous avez le corps
dans le présent, mais les pensées dans le futur.
C’est aussi un retour à la matière. Votre corps, que vous en ayez conscience ou
pas, vit toujours dans le présent. Si vous avez faim, froid ou mal, le corps est
immédiatement affecté et il vous en informe. Les pensées se focalisent sur
l’information. Puisque la méditation oblige la pensée à revenir au corps, alors
vos pensées reviennent au présent. CQFD.
Un rappel ne fait jamais de mal, surtout quand il s’agit d’une évidence : votre
cerveau est le moteur, l’attention n’est que l’une des propulsions qui
l’entraîne.
Toutes les stimulations ne sont pas mauvaises pour votre esprit. Vous
devez au contraire contenter votre besoin de faire et de découvrir. Pour
cela, faites des activités qui vous sortent de votre zone de confort,
expérimentez des choses que vous ne faites jamais ou trop peu souvent.
Vous pouvez également faire des jeux de société en découvrant
régulièrement de nouveaux titres ! J’en faisais mention au début de livre,
il existe de nombreux titres qui sont conçus pour jouer seul.
→ Faire une marche sans but précis (quoi de mieux qu’une errance
physique pour pratiquer l’errance mentale).
Ça vous est sûrement déjà arrivé en essayant de faire tenir en équilibre quelque
chose, par exemple, ou en faisant une action minutieuse, mais futile. Un autre
exemple : si vous mettez de l’essence à la station-service et que vous essayez de
terminer sur un compte rond au compteur de paiement (alors que
l’importance de cet objectif est assez relative).
Observons ces trois points sous le prisme de l’essence que l’on veut mettre
en terminant à 30,00 € précisément :
2. Vous savez qu’en réussissant en plus à faire un résultat rond, vous serez
content et fier de vous. Étonnant non ? Pourtant nous connaissons tous ce
genre de satisfactions futiles.
3. C’est tout à fait faisable en étant concentré, mais le moindre geste brusque
complique la tâche. Il faudra terminer par des petits coups sur la gâchette
très précis. C’est réalisable : ni trop facile, ni trop compliqué.
Atteindre le flow ne demande pas plus de travail. Alors pourquoi ne pas essayer
dès aujourd’hui d’atteindre volontairement cet état agréable et bénéfique pour
votre attention ?
COMMENT STIMULER L’ATTENTION
DES AUTRES
Permettez-moi de manipuler votre attention une petite seconde : avez-vous
remarqué que les chapitres de cette partie sont courts ? Même le premier était
divisé en plein de rapides sous chapitres. En effet, après la conclusion de la
troisième partie, je me devais de faire rebondir votre attention sur un rythme
régulier. En cas d’effet tunnel, vous auriez pu refermer le livre et ne plus
trouver la motivation de lire les dizaines de pages qui vous restent.
Maintenant que vous en savez plus sur l’attention vous avez aussi le pouvoir de
mieux stimuler l’attention des personnes à qui vous vous adressez. Et Peter
Parker lui-même le sait : « Un grand pouvoir implique de grandes
responsabilités. » Il n’y a pas de formule toute faite pour aider des personnes à
être concentrées ou attentives. Que l’objet de la concentration soit quelque
chose que vous dites ou quelque chose qu’elles doivent faire. Dans ces deux cas,
vous pouvez néanmoins être le chef de gare qui dépose des rails pour leur
attention. Vous pouvez surveiller les décrochages mentaux des autres, leur en
faire prendre conscience et les accompagner avec les outils que nous avons vus
au début de cette partie.
Je peux partager avec vous mon expérience dans la gestion des autres.
Je pratique sur scène des spectacles depuis longtemps, sans parler
des conférences. Dans ces spectacles, je dois rendre attentives (et satisfaites)
jusqu’à 5 000 personnes, sans pause, durant deux heures. Je réalise
également des vidéos sur Internet depuis sept ans en essayant d’apporter
quelque chose d’un peu plus dense que de simples divertissements.
Ce que mon expérience m’a appris (et ce sur quoi je vous recommande
de miser) est le rythme que vous allez donner. Il ne faut pas confondre
rythme et précipitation. J’entends par « rythme » le fait de donner
un tempo, de le faire varier, d’y mettre des ruptures et de la couleur.
De générer du repos pour le système cognitif de l’autre lorsque
c’est nécessaire. En gros, de ne pas miser sur l’intérêt intrinsèque
de ce que vous proposez, ça ne suffira pas.
J’ai la réputation, et j’en suis fier, d’avoir une exigence exagérée quant au
rythme de mes prestations. Je pense que cette exigence explique en grande
partie la qualité d’écoute que je peux obtenir en retour.
Le café
L’Inserm a publié un an plus tard un papier très intéressant 6 sur les effets à
long terme de la caféine sur le cerveau. La caféine laisse des traces dans la
région de l’hippocampe, pas l’extraordinaire mini-cheval vivant sous l’eau, mais
bien l’endroit du cerveau où siège la mémoire. La caféine aurait donc des
vertus aidant l’apprentissage en agissant directement sur le système mémoriel.
Mais (ne croyez pas qu’il n’y aurait pas de « mais ») tout le monde semble
oublier les travaux de 2017 des chercheurs de l’hôpital universitaire américain
Johns-Hopkins qui, si on les associe à ceux de l’université de Carnegie-Mellon
de Pittsburgh, nous sensibilisent sur le fait que si la caféine peut-être parfois
une béquille sur le court terme, elle peut aussi être néfaste dans le temps. Boire
du café provoque une hausse de l’adrénaline dans notre sang (pour une fois
qu’on ne parle pas de dopamine dans ce livre). Dans les faits, les émotions vont
prendre le dessus sur les prises de décisions rationnelles. On est « excité » et on
peut s’énerver beaucoup plus rapidement. La tension augmente et la
respiration s’accélère, mais pour des bouffées d’air superficielles. Le cerveau est
moins oxygéné et, par conséquent, on « pense » moins bien.
Comme beaucoup des substances spéciales que l’on peut trouver dans la
nature, la consommation régulière ou abusive peut entraîner de la dépendance.
Une consommation régulière de café provoque une sorte d’addiction. Réduire
votre consommation vous fera ressentir un état de manque (sueurs, angoisses,
etc.) si bien que les chercheurs de Johns-Hopkins recommandent d’aller
consulter un médecin si on souhaite changer ses habitudes de consommation
de café, comme pour n’importe quelle dépendance.
Retenez que la caféine peut s’avérer être une alliée temporaire lorsque
vous avez de mauvaises nuits mais que plus vous en prenez fréquemment,
plus vous subirez une forme d’accoutumance qui affectera votre attention
et qui fatiguera votre corps. À forte dose, le café affecte également
le rythme cardiaque.
Vous l’aurez sûrement compris, les études tendent à dire qu’il n’y a pas de
nécessité à prendre ce genre de produits. Beaucoup d’entre eux contiennent des
additifs, par exemple pour masquer le goût du poisson (souvent le véhicule
utilisé pour l’apport en oméga-3). Un grand nombre de plantes proposées
n’ont jamais démontré une quelconque interaction avec nos capacités
cognitives. Plus important encore, comme l’a rappelé en 2019 un dossier du
magazine 60 Millions de consommateurs, le ginkgo biloba (la star des
ingrédients pour ce genre de compléments) n’a pas non plus démontré une
réelle action sur les capacités cognitives. En revanche, ce produit a la fâcheuse
tendance d’avoir une interaction négative sur les traitements anticoagulants.
La stimulation cérébrale
Allons-nous devenir comme les rats dont nous parlions dans la première
partie ? Avec une électrode dans le crâne pour stimuler les bonnes parties de
notre cerveau ? Ce n’est pas tout à fait le projet, mais ce dont je vais parler ici
est très sérieux. De nombreuses personnes cherchent comment stimuler nos
fonctions cognitives de manière plus ou moins invasives. Elon Musk est sur le
coup avec un implant cérébral en cours de développement par sa société
Neuralink, c’est un bon exemple de technologie invasive puisqu’il faut le
positionner à l’intérieur de notre corps. Avec les potentiels risques qui vont
avec. D’autres personnes sont à la recherche de solutions plus « douces » à
l’aide d’électrodes ou de casques à poser sur le crâne pour y envoyer un courant
électrique maîtrisé.
Juste avant l’été 2023, en mai, est parue une méta-analyse 7 produite par des
chercheurs de l’université de Boston. Une méta-analyse est – tenez-vous bien à
la rampe pour ne pas tomber – une analyse des différentes analyses faites sur
une thématique précise, ici : la stimulation cérébrale transcrânienne. Selon
cette étude, regroupant presque 3 000 participants, les effets seraient
significatifs pour l’attention, la mémoire à court terme et sur le raisonnement.
Autre fait intéressant, il semblerait que les effets positifs soient durables
(a minima dans le court terme) puisque les capacités des participants
semblaient encore plus efficaces après la stimulation électrique que pendant
celle-ci.
Il est important de souligner que les auteurs de cette méta-analyse ont tenu à
préciser que la pertinence des résultats est à prendre avec des pincettes puisque
la plupart des études qu’ils ont analysées n’étaient pas faites sous la forme
d’essais randomisés contrôlés. En gros, on ne peut pas être assuré que les
résultats soient issus d’un processus scientifique rigoureux.
En conclusion
Je ne crois pas qu’il soit nécessaire de vouloir trouver un remède externe pour
récupérer sa pleine capacité d’attention. Je suis persuadé qu’une bonne
connaissance de soi, une vraie compréhension du processus de l’attention,
une sensibilisation aux pièges du quotidien et quelques astuces quotidiennes
suffisent. Et c’est exactement ce que vous venez de trouver dans ce livre. Avec
votre implication, vous vous passerez de gélules, de plantes spécifiques et de
prises électriques.
Nous n’avons pas terminé de voir fleurir des produits miracles censés améliorer
notre attention sans effort de notre part. Car plus le problème de l’attention
(provoqué par le commerce de l’attention) sera mis en lumière, plus un
commerce de solutions cherchera à prendre une grande place dans ce marché.
Il y a quelque chose de fascinant avec le commerce. Quand un système rentable
commence à devenir un eldorado, sa croissance augmente de manière
exponentielle. Tout le monde s’y met, on presse le citron comme s’il allait
toujours en sortir quelque chose.
Le cerveau humain réfléchit de façon linéaire, mais ne sait pas percevoir ce qui
est exponentiel. C’est tellement fascinant que nous allons observer ce
phénomène (hop ! encore une stimulation pour votre cerveau).
Prenez une feuille de papier devant vous. Si vous la pliez en deux, puis encore
en deux, son épaisseur aura augmenté. Pour être précis l’épaisseur sera quatre
fois plus grande puisque quatre bouts de feuille se superposent. Posez cette
feuille près de vous, on va y revenir dans quelques minutes (même si je sais que
vous n’avez pas pris de feuille quand je vous l’ai demandé d’ailleurs).
L’HISTOIRE DE SISSA
Il y a trois mille ans, en Inde, vivait un roi qui s’ennuyait. Plus rien ne le stimulait.
Peut-être que l’opulence et la possibilité de tout avoir avaient aussi déréglé son
attention et son circuit de la récompense. Il promit une récompense à quiconque
serait capable de le divertir. La personne qui arriverait à le sortir durablement de
son ennui permanent pourrait lui demander ce qu’elle voudrait. Tout le royaume
se mit à se creuser les méninges pour satisfaire son roi, mais surtout pour
recevoir la récompense qui pourrait changer la vie de toute leur lignée. Des
dizaines d’artistes, de conteurs, de dompteurs, de danseurs et de danseuses,
tentèrent leur chance, en vain.
Le grand vizir, Sissa ben Dahir, travaillait dans son coin sur un projet ambitieux. Il
partit à la rencontre de son roi qui lui demanda quel était son talent. « Aucun,
répondit Sissa, mais je saurai vous divertir pour toutes les lunes à venir. »
« J’aimerais savoir comment ! » lui répondit le roi. Sissa sortit une planche de bois
divisée en 64 cases : 32 de la couleur du bois qui alternaient avec 32 cases
noircies par une brûlure habillement exécutée. D’un pochon de tissu, il sortit
32 pièces de bois qu’il éparpilla. Certaines en bois brut et d’autres noircies par le
même procédé. Sissa expliqua à son roi les règles du jeu, celui que l’on appelle
aujourd’hui le « jeu d’échecs » (dont Sissa est le supposé inventeur). Le roi et Sissa
firent une partie, une longue partie. À l’issue de celle-ci, le roi voulut rejouer
immédiatement. Pendant des jours et des nuits, les parties se succédèrent. Le roi
ne se lassait jamais de tenter de nouvelles approches, de nouvelles stratégies.
Une guerre entière sur une simple planche de bois.
Au bout d’un temps raisonnable, le roi félicita Sissa et lui demanda quelle
récompense lui ferait plaisir. « Mon Roi, je ne serai jamais plus heureux que si
vous déposiez un grain de blé sur la première case de l’échiquier, puis deux
grains sur la deuxième case, quatre grains sur la troisième, huit grains sur la
quatrième et ainsi de suite en doublant toujours les grains d’une case à la
suivante. »
La légende raconte que la cour se mit à ricaner. Il est fort possible que le roi lui-
même trouvât stupide la demande de Sissa. Quelques grains de riz, alors qu’il
aurait pu demander l’intégralité du trésor royal ?
« Soit. Si c’est tout ce que tu souhaites Sissa, ta demande est accordée. »
Aucun doute sur ce qu’il s’est passé à l’intérieur du cerveau du souverain. Il a dû
envisager les cinq ou six premières cases en se disant : « 1 plus 2 plus 4 plus 8
plus 16 plus 32, etc. On devrait s’en sortir avec quelques sacs tout au plus. » Mais
la perception de la croissance exceptionnelle n’est pas programmée dans nos
capacités cérébrales. Il est très difficile pour les êtres humains d’imaginer une
accélération exponentielle. Finalement, il faut déjà plus de 1 000 grains de blé
pour remplir la onzième case ! Plus de 16 000 pour la quinzième case et enfin il
faut réunir 18 446 744 073 709 551 615 grains de blé pour répondre à la
demande de Sissa. Si ce chiffre ne vous parle pas (je ne suis pas certain de savoir
le prononcer moi-même), dites-vous que mille ans de production annuelle
mondiale de blé à notre époque actuelle ne permettraient même pas de satisfaire
cette demande très maligne de Sissa (et le résultat peut se lire simplement en
arrondissant à « 18 milliards de milliards » ou encore 18 trillons !).
Reprenez votre feuille de papier. Non, n’allez pas en chercher une ! Sauf si vous
ne croyez pas ce qui va suivre. Si vous arriviez à plier la feuille sur elle-même
plus de six ou sept fois d’affilée, vous seriez fort. Si vous me dites que vous y
arrivez huit fois, je dirai que vous êtes un champion ou une championne. Si
vous me dites que vous l’avez fait plus de huit fois alors je dirai que vous me
mentez. Encore ce principe de croissance exponentielle ! Votre feuille
commence à avoir une certaine épaisseur ! Au point que si vous pouviez la plier
sur elle-même 42 fois d’affilée vous pourriez, en posant votre œuvre
perpendiculairement au sol, passer à côté de la lune avec l’autre bout. La
distance de la terre à la lune est d’environ 384 400 km. Mais si j’imagine que
votre feuille a initialement 1 mm d’épaisseur, alors au 42e pliage, elle aurait une
épaisseur de 439 805 kilomètres ! Au 41e pliage, il vous manquerait encore
160 000 km pour voir si Pierrot pourrait vous prêter sa plume, un pliage de
plus et vous dépasseriez l’astre de 60 000 km. Il n’y a pas de juste milieu avec
l’exponentiel.
L’être humain pense de façon linéaire, mais agit de façon exponentielle, surtout
lorsque de l’argent est en jeu. C’est pour cette raison que le commerce de
l’attention s’est tant développé. L’industrie n’arrive pas à se contenter de ses
bénéfices, elle veut faire mieux, elle veut faire plus. Et s’il y a un désagrément
pour y arriver (au hasard, altérer l’attention des gens), alors ce désagrément va
amplifier de façon exponentielle également.
Attendez, je réfléchis une seconde… oui, vous avez raison ! ce livre fait partie
de ce commerce. Il veut être une réponse au commerce de l’attention et de ses
conséquences, mais il est vendu et génère une partie de mon salaire grâce aux
droits d’auteur. Il va aussi payer une partie du salaire de mon éditrice, il va
permettre de rémunérer la graphiste, l’imprimeur, le transporteur, mais aussi le
libraire qui vous aura vendu le livre. Bref de l’argent va circuler entre vous, la
vingtaine de personnes impliquées dans le fait que ce livre se trouve dans vos
mains, et l’État (qui prendra sa part du gâteau). L’autocritique étant faite,
terminons en énumérant ce qui pourrait nous aider à identifier les aides ou les
solutions que vous pourriez acheter.
Voici deux critères qui vont vous servir à évaluer l’intérêt ou non des produits
proposés pour optimiser votre attention et votre concentration :
que les solutions soient concrètes et basées sur des faits scientifiques, qui ne
sont pas des avis, mais qui font partie d’une réalité tangible ;
2
. Votre idée va devenir une réalité, éditions First, 2023.
3
. Pour s’obliger à avancer dans son roman, Victor Hugo écrivait nu ! Son personnel de maison avait
ordre de ne lui rendre ses vêtements que s’il était capable de leur présenter un chapitre terminé.
4
. Si le rapport au temps, la sensation de manque et cette thématique vous intéressent, je vous invite à lire
Votre temps est infini et Votre idée va devenir une réalité que j’ai écrits précédemment.
5
. M. Baer, E. Dane, H. Madrid, « Zoning Out or Breaking Through? Linking Daydreaming to
Creativity in the Workplace », Academy of Management Journal, vol. 64, no 5, octobre 2021 (DOI :
10.5465/amj.2017.1283).
6
. « Caféine : des effets à long terme sur les cellules du cerveau », mis en ligne le 13 juin 2022 sur le site
de l’Inserm, www.inserm.fr.
7
. S. Rover et al., “A meta-analysis suggests that tACS improves cognition in healthy, aging, and
psychiatric populations”, Science Translational Medicine, vol 15, no 697, mai 2023 (DOI:
10.1126/scitranslmed.abo2044).
CONCLUSION
Pour certaines personnes, ce n’était qu’un simple livre. Mais, pour d’autres, ça
sera peut-être la première fois depuis longtemps qu’elles en lisent un du début
à la fin. Une partie d’entre vous ne se pensait peut-être plus capable d’avoir
cette patience et cette compétence. Une autre partie encore a peut-être lu son
premier livre depuis toujours (en dehors d’une lecture imposée à l’école).
Félicitez-vous de ce petit marathon de concentration !
Chacun saura trouver son succès pour avoir franchi cette première marche dans
la récupération de cette précieuse capacité.