Georges CHARPAK
Henri BROCH
Devenez sorciers
devenez savants
Sciences
Chapitre 1
SORCIERS ET SAVANTS
Deux choses sont infinies, L’univers et la sottise humaine.
Mais je ne suis pas sûr de ce j’affirme quant à l’univers.
Albert Einstein
Nos ancêtres les sorciers,
les grands prêtres et les astrologues
Loin de nous l’idée de mépriser les sorciers ! Nous naissons tous
ensorcelés, émerveillés, effrayés par le monde fabuleux dans lequel le
destin nous a immergés. Nous apprenons à le connaître, à nous en
défendre, à le comprendre en forgeant des croyances, des religions,
des philosophies, des sciences.
Les antiques sorciers, alliés aux alchimistes, aux astrologues, aux
astronomes et à tous les chasseurs de mystères, sont les précurseurs
des savants qui découvrent et modèlent le monde dans lequel nous
vivons en traquant inlassablement l’inconnu, avec l’ambition d’établir
une vision cohérente de l’univers, animé ou inanimé. Ce n’était point
des ermites isolés, ils étaient souvent mêlés aux grands prêtres dont
l’ambition plus vaste visait à dévoiler les recoins les plus mystérieux de
l’être humain pour éclairer le sens de sa destinée. Les prêtres étaient à
ces tâcherons de l’observation ce que les théoriciens de la physique
moderne sont aux expérimentateurs obsédés à dévoiler les secrets de
la matière avec leurs microscopes de plus en plus puissants qui leur
permettent de voir des atomes isolés, leurs accélérateurs géants qui
reconstituent pendant des moments fugaces l’état de la matière au
moment du Big Bang, leurs télescopes qui recueillent les grains de
lumière émis il y a 15 milliards d’années aux confins de l’univers.
Le rôle des religions a été immense dans l’épanouissement de la
science ou les tentatives récurrentes pour la mettre à mort. Elles ont
souvent freiné son développement en s’opposant farouchement à ce
qui pouvait mettre en cause leurs dogmes. Du jour où les astronomes,
à partir de Copernic, ont chassé la Terre du centre de l’univers, et donc
de la Création, l’Église les a persécutés comme de vulgaires hérétiques,
condamnant Bruno au bûcher, réduisant Galilée au silence, forçant
Descartes à l’exil. Il fallut des siècles de bouleversements politiques et
sociaux pour changer la nature des relations entre certaines Églises et
la science. Comme aujourd’hui, il y avait coexistence et conflits entre
les obscurantistes et ceux qui considéraient bénéfiques pour l’homme
les lumières apportées par la science. La bataille politique fut gagnée
par les premiers et elle ne pouvait l’être que par eux en raison de la
force balbutiante des scientifiques.
L’âme humaine est capable de repentance
La repentance récente de l’Église catholique et la réhabilitation de
Galilée consacrent la place immense qu’occupe désormais la science
dans la perception de notre réalité quotidienne. Cette ouverture n’est
toutefois nullement partagée par toutes les sectes. On trouve sans
peine de puissants groupes intégristes dans toutes les religions, arc-
boutés sur la vérité immuable de leurs dogmes, pour lesquels la
science n’offre que les apparences de la vérité derrière lesquelles se
cache en réalité le diable.
Certes, le XIXe siècle a vu fleurir une véritable religion de la science,
une foi naïve en sa toute-puissance bénéfique, en sa capacité à donner
un jour une réponse à toutes les interrogations qui pouvaient inquiéter
l’esprit des hommes. C’est elle qui a inspiré tous les groupes qui
rêvèrent au siècle dernier de réformer une société qui présentait,
depuis la révolution industrielle, bien des tares inacceptables. Elle a
contaminé en particulier les pères fondateurs de la pratique
révolutionnaire marxiste. À l’échelle du temps de déroulement de
l’histoire humaine, cette bouffée d’obscurantisme qui a frappé pendant
une fraction de siècle la composante idéologique qui se rêvait la plus
progressiste de la planète peut sembler dérisoire. Elle révèle combien
aisément l’humanité, même la plus éduquée, peut se laisser entraîner
par des croyances aberrantes.
À la suite de l’implosion de l’Union soviétique, la majorité des
dirigeants ou de ceux qui s’engagèrent, pour des raisons diverses,
parfois nobles et idéalistes, dans la grande aventure humaine que fut
la tentative d’instaurer le socialisme, a pris conscience que
l’intervention d’un parti dirigeant dans les affaires de la science est de
même nature que l’intervention d’une Église.
Mais on n’en a pas fini. C’est ainsi qu’une secte puissante comme
l’Église de Scientologie organise un culte des écrits à prétention
scientifique de son fondateur, dont la fausseté est tellement criante
qu’elle en serait touchante si elle sortait de la plume d’un enfant de
10 ans. Des mots, des mots, encore des mots empruntés à des textes
scientifiques élémentaires et qui sont vidés de leur sens. Le court texte
suivant, extrait d’un livre du gourou, est édifiant.
Le point d’interrogation :
Tout cela nous laisse avec un énorme point d’interrogation. Que les
radiations flottent ou non à travers le monde est à côté de la question.
C’est un point d’interrogation qui flotte à travers le monde. Y en a-t-il
ou pas ? Et ce point d’interrogation, ce sont les radiations mêmes.
L’effet des radiations sur le corps humain :
À quel point les radiations sont-elles nuisibles au corps humain ?
Personne ne le sait, mais on peut, en gros, dire la chose suivante : un
mur de cinq mètres d’épaisseur ne peut pas arrêter un rayon gamma.
Par contre un corps en est capable. Ce qui nous amène à poser cette
question médicale de toute première importance : comment se fait-il
que les rayons gamma traversent les murs mais qu’ils ne traversent
pas les corps ? Visiblement, un corps est moins dense qu’un mur.
Comme nous ne trouvons pas de réponse dans le domaine de la
matière, il nous faut donc entrer dans le domaine du mental.
Comment de telles stupidités ont-elles pu influencer des gens de
culture même moyenne ?
La science bouleverse le monde
et peut menacer la vie
La supériorité extraordinaire des sociétés qui font un usage sans
restriction des potentialités de la science moderne suscite à son égard
des sentiments d’admiration mêlée de crainte qui peuvent aller jusqu’à
l’hostilité. Cette hostilité est nourrie par une vision apocalyptique,
hélas ! parfois justifiée, de certaines retombées du progrès
scientifique.
Comment des changements climatiques se produisant sur un siècle
avec une ampleur qui demandait autrefois 10 000 ans à se développer
seraient-ils acceptables sans réactions ?
Comment des armes permettant d’éteindre la vie sur Terre
pourraient-elles être déployées en comptant pour les neutraliser sur
des recettes politiques qui ont failli dans le passé ?
Comment croire que les milliards d’humains supplémentaires que
les démographes annoncent dans un proche avenir se laisseront
enfermer dans d’immenses poches de pauvreté et nous laisseront jouir
en toute quiétude de notre civilisation industrielle saturée de biens de
consommation ?
C’est le rythme effréné des découvertes scientifiques et de leurs
applications qui a déclenché cette réaction négative d’opposition. Ce
n’est pas un hasard si la remise en cause des effets de la science et le
doute sur l’aptitude des hommes à maîtriser ses conséquences se
produisent maintenant. C’est peut-être une réaction salutaire. Elle
survient au moment où se sont inextricablement mêlées dans nos
sociétés et sur notre planète les familles spirituelles dont les positions
divergent sur la stratégie nécessaire pour tirer parti du développement
inexorable de la science en neutralisant les effets néfastes de son
intrusion dans des groupes humains qui n’y sont pas préparés. Nos
instincts proviennent en grande partie de notre patrimoine génétique
qui était à son point optimum à l’âge des cavernes, il y a quelques
dizaines de milliers d’années, après une évolution de la matière
vivante qui s’est déroulée pendant 2 milliards d’années sur une planète
née il y a 4 ou 5 milliards d’années.
Ce qui est inquiétant mais illustre bien le défi extraordinaire du
siècle qui s’ouvre devant nous, c’est qu’un extra-terrestre habitant une
planète de notre galaxie et capable d’apprécier notre activité depuis
deux siècles serait stupéfait que nous dilapidions en un aussi court
laps de temps les combustibles fossiles − charbon, pétrole, gaz −
accumulés pendant des dizaines de millions d’années au cours d’un
cycle complexe de stockage des résidus de matières végétales ou
animales.
Or, non seulement trois milliards d’individus supplémentaires
réclameront leur part d’énergie nécessaire à une vie décente dont nous
prétendons même leur infliger l’exemple, mais les changements
climatiques engendrés par cette exploitation irresponsable des
ressources existantes peuvent à cette modeste échelle de temps
produire des catastrophes qui jetteront des centaines de millions
d’êtres sur les rivages des pays épargnés.
La façon dont fut brisée l’échine des peuples qui étaient en retard
d’une révolution industrielle, en Asie, en Afrique, en Amérique, illustre
ce dont est capable notre monde si une prise de conscience de la
solidarité qui lie désormais les destinées des peuples de la planète ne
devient pas l’élément moteur des relations internationales. Avec leur
refus persistant de se plier à une discipline planétaire sur l’émission de
gaz à effet de serre, les États-Unis offrent un modèle parfait de
l’égoïsme aveugle qui préside aujourd’hui à l’exploitation des
ressources de la Terre. Pour en sortir, il faut que les peuples aient bien
conscience des enjeux. Or le paradoxe, c’est que seule la science peut
éclairer cette réalité et constituer l’outil indispensable pour déjouer les
méfaits de la science.
L’état du monde dans lequel nous vivons, dont le niveau scientifique
rend possible la fabrication d’armes de destruction massive, peu
coûteuses, faciles à transporter, par des groupes disposant de
sanctuaires territoriaux modestes mais dotés de quantités d’argent
suffisantes, rend inévitables d’immenses tragédies si le niveau de
compassion des dirigeants des pays industriels à l’égard des
populations dont ils n’ont pas la responsabilité directe reste celui de
leurs prédécesseurs, adeptes de l’esclavage et du colonialisme.
Et si nous mettons en avant des valeurs morales comme l’esprit de
compassion, la solidarité, c’est parce que nous pensons que
l’extraordinaire richesse spirituelle de l’homme ne s’exprime pas
seulement dans ses démarches scientifiques. L’art, la philosophie et
toutes les sciences humaines honorent la condition humaine. Mais
pourquoi diable faut-il qu’un écrivain, qu’un poète, qu’un homme
politique soit parfois aussi ignorant en matière scientifique qu’un
sorcier d’une tribu oubliée dans la forêt vierge ou qu’un gourou
religieux intégriste ?
Nous admirons depuis toujours ces cours de « science pour les
poètes » dispensés dans certaines des meilleures universités
américaines, en général par des maîtres chevronnés. Aucun grand
commis de l’État ne devrait y échapper afin qu’on puisse le juger sur
autre chose que sa maîtrise des dossiers administratifs.
Nous ne prétendons nullement dans cet ouvrage renverser le cours
du monde. Nous espérons seulement, en commentant quelques
expériences de sorcellerie banale, pratiquées en famille avec le sourire,
montrer comment un certain nombre de sorciers modernes abusent le
pauvre monde ! Ils ont souvent pignon sur rue et peuvent même
désormais conquérir des titres universitaires. Nous ne voulons en
aucun cas imposer une pensée unique, fût-elle scientifique, nous
militons tout au contraire pour le doute, le scepticisme et la curiosité.
Bien entendu, nous exprimons notre plus grand respect pour les
vrais prestidigitateurs, les illusionnistes qui pour notre plus grand
bonheur et celui de nos petits enfants exécutent des tours qui nous
laissent bouche bée !
Nos merveilleux ancêtres
les hommes des cavernes
On voit sur cette image la Terre photographiée depuis la Lune. Elle
illustre la puissance atteinte par la technologie et la science humaines
qui, grâce aux satellites, aux stations astronomiques spatiales et aux
sondes navigant pendant des dizaines d’années dans les espaces
sidéraux, glanent une richesse prodigieuse d’observations et
conduisent à la découverte de nouveaux phénomènes loin d’être tous
élucidés. Elles viennent confirmer ou affiner des hypothèses, comme le
Big Bang, qui témoignent de la créativité des humains, capables de
concevoir des mécanismes mettant en jeu des distances et des temps
incommensurables à leur propre échelle.
Une auscultation de la Terre et de son environnement révèle que
l’intrusion de la science et de ses retombées peut remettre en cause
l’existence même, sinon de la vie, du moins des sociétés qui ont donné
naissance à la science.
En effet, si la vie s’est développée sur Terre, c’est en raison d’une
conjonction rarissime de propriétés telles qu’une atmosphère
favorable, apparue 3 milliards d’années environ après l’agglomération
des poussières d’étoiles mortes, une température clémente, venant en
petite partie du chauffage interne produit par une sphère de métal
fondu de 7 000 kilomètres de diamètre, nichée au centre de la planète
et qui puise une grande partie de sa chaleur présente dans la
désintégration des poussières radioactives originelles, et un
ensoleillement qui donne l’essentiel de la chaleur nécessaire à la vie.
Aucune autre planète qui gravite autour du Soleil ne jouit des
privilèges de la Terre. Ce qui est inquiétant, c’est que la chaleur qui
s’échappe de son cœur brûlant pour être rayonnée vers les espaces
galactiques est très voisine, en ce début de millénaire, de celle dégagée
par l’activité humaine. Celle-ci puise aveuglément ses ressources
énergétiques dans les combustibles fossiles dont la durée de vie se
compte désormais en petit nombre de siècles. Cette constatation serait
de peu d’importance si l’on n’observait pas un réchauffement du
climat qui mettrait en danger la survie d’une partie de l’espèce
humaine au premier siècle de ce nouveau millénaire.
Il est donc clair que les sociétés humaines doivent mobiliser leur
intelligence pour faire face à cette menace et puiser à cet effet dans les
ressources puissantes qu’offrent les sciences.
Nous avons évoqué notre capital génétique qui nous vient des
hommes des cavernes et qui a gardé sans doute sa fraîcheur originelle.
Mais la façon de vivre de la plupart de leurs descendants s’est en
général considérablement modifiée, la mondialisation galopante
traque désormais les tribus les plus isolées pour les hisser aux normes
de consommation du Terrien moyen. Or, ce serait une illusion de
croire que leur façon de penser a subi de profondes mutations, surtout
lorsqu’il s’agit de réactions spontanées à des événements inattendus.
Pour ceux qui sont exclus des processus de pensée scientifique et
technique, leurs réactions aux événements sont les mêmes que celles
de leurs ancêtres des cavernes qui nous ont, au demeurant, légué un
magnifique héritage dans lequel nous puisons les meilleures valeurs de
nos civilisations.
Les âpres luttes pour la vie, la nécessité d’inventer mille moyens
pour surmonter les difficultés de l’existence ont abouti, au cours d’une
évolution qui s’étend sur des millions d’années, à un résultat dont
nous avons bien des raisons de nous émerveiller. Mais nous sommes
confrontés au fait que l’espèce humaine, à cause de la science qu’elle a
engendrée, peut se détruire en se laissant aller sans retenue à des
comportements qui furent de tout temps répréhensibles mais qui du
moins ne constituaient pas une menace d’apocalypse pour la planète.
La nécessité d’inventer un nouveau comportement social requiert
qu’une large fraction des sociétés humaines maîtrise le raisonnement
scientifique. S’y opposent les tendances innées des hommes à
préserver les niches matérielles et spirituelles qui assurent leur survie
à une époque donnée. Elles s’expriment avec une vigueur et une
virulence tout humaines. Ces tendances apparaissent sous les formes
les plus diverses que nous allons tenter de démystifier : les
superstitions, l’astrologie, le paranormal, les trucages habiles.
Mais il nous faut être clairs. Aucun des deux auteurs ne se considère
dépositaire d’une sagesse qui l’autoriserait à donner à ses frères de
destinée un avis sur les grandes options de leur vie, en matière
spirituelle notamment. La science ne peut nullement prétendre avoir
compris les modes de fonctionnement de l’être humain et les finalités
de son existence ni même prouver qu’elle y parviendra jamais. Nous
serions tentés de faire nôtre cette profession de foi plutôt désespérée
de Stig Dagerman[1] :
Je suis dépourvu de foi et ne puis donc être heureux, car un homme
qui risque de craindre que sa vie ne soit une errance absurde vers une
mort certaine ne peut être heureux. Je n’ai reçu en héritage ni dieu ni
point fixe sur la terre d’où je puisse attirer l’attention d’un dieu : on
ne m’a pas non plus légué la fureur bien déguisée du sceptique, les
ruses de Sioux du rationaliste ou la candeur ardente de l’athée. Je
n’ose donc jeter la pierre ni à celle qui croit en des choses qui ne
m’inspirent que le doute, ni à celui qui cultive son doute comme si
celui-ci n’était pas, lui aussi, entouré de ténèbres. Cette pierre
m’atteindrait moi-même car je suis bien certain d’une chose : le
besoin de consolation que connaît l’être humain est impossible à
rassasier.
Il serait néfaste que le besoin de consolation se traduise par une
vulnérabilité exagérée aux chants de sirènes des marchands d’illusion
que nous croisons sur notre chemin.
L’homme est en possession d’un trésor, son libre arbitre, qui lui
donne la possibilité de choisir. Le cerveau d’un homme comporte plus
de connexions, des milliards de milliards de fois plus que celles du
plus puissant ordinateur réalisé jusqu’à présent. En outre, sa vie,
couplée à celle de milliards d’autres hommes, ouvre à de grandes
échelles de temps des possibilités infinies de relations sociales.
Ce serait pure folie que les promesses contenues dans ces
potentialités infinies s’abîment dans des conflits de nature ancestrale
mais auxquels la science contemporaine a donné un caractère
dévastateur. Il nous semble, alors, que la maîtrise par le plus grand
nombre d’un minimum de culture scientifique s’avère aussi décisive
pour l’avenir que dans le passé la parole, puis l’écriture et la monnaie.
Notre ambition est d’offrir aux lecteurs la possibilité de pratiquer,
pour leur plaisir et leur édification, quelques exercices qui leur
assurent la maîtrise des techniques utilisées par ceux qui embrouillent
les décisions indispensables à l’adaptation de la race humaine aux
changements qu’elle induit elle-même, en raison de ses merveilleuses
qualités créatrices.
En apprenant à berner les autres, vous serez mieux préparés à juger
des boniments des marchands d’illusions qui cherchent à vous
persuader de leurs connaissances hors du commun, que ce soit dans
les domaines touchant à la santé, à la vie sentimentale ou à la
politique.
Restez savants, devenez sorciers !
Les Terriens, radioactifs de naissance
Parmi les cendres d’étoiles consumées dont l’agglomération créa la
Terre, il se trouva quelques éléments radioactifs lourds, comme
l’uranium et ses semblables, mais aussi le potassium. On le rencontre
dans tous les tissus vivants. Il est essentiel à la vie. Son absence
conduit à des maladies graves et souvent létales.
Dans son ignorance, Dame Nature a négligé le fait qu’un centième
de cette brique essentielle était radioactif et pourrait terroriser
quelque écologiste anxieux. Sa vie moyenne est de 1,3 milliard
d’années, si bien que sa radioactivité subsiste de nos jours, elle est
d’ailleurs aisément mesurable grâce à la sensibilité miraculeuse des
détecteurs de particules. On découvre ainsi que le corps humain d’un
adulte est le siège de près de 6 000 désintégrations du potassium par
seconde. Celui-ci émet surtout des électrons et des rayons gamma très
énergétiques qui peuvent sortir du corps et irradier la personne
innocente, et sûrement inconsciente du danger, qui partage le même
lit. Les spécialistes et les citoyens qui traquent la radioactivité disent
qu’elle est de 6 000 becquerels dans notre corps à cause du potassium.
Bien entendu, ce n’est pas notre seule source d’irradiation. Notre
environnement naturel, la terre et le ciel, nous en octroie
généreusement au moins vingt fois plus.
Mais ce qui est extraordinaire, c’est qu’une alarme stridente est
désormais sonnée lorsque des détecteurs décèlent une contamination
dix ou cent fois plus faible que celle due au potassium naturel. C’est un
véritable fonds de commerce ou un tremplin vers le pouvoir pour
certains groupes. On a pu voir à la télévision des ingénieurs
convaincus, des âmes soucieuses de leurs infortunés compatriotes,
dirigeant un laboratoire indépendant de mesure de la radioactivité, la
CRIRAD, crier au loup à une heure de grande écoute parce qu’il
s’agissait évidemment d’une nouvelle renversante, et annonçait qu’une
laine de verre était radioactive et contribuer ainsi à faire chuter les
actions de la puissante société industrielle, Saint-Gobain, qui la
produisait, ou bien dénoncer une innocente plage du midi de la
France, près du Grau-du-Roi, dont les sables étaient radioactifs !
C’était certes vrai, mais ce sable provenait tout simplement de
l’érosion des roches naturellement radioactives de massifs
montagneux, transportée par les cours d’eau jusqu’à la mer. On a vu
lancer des études coûteuses, se chiffrant sans doute en millions de
francs, juste pour analyser les effets nocifs de l’uranium appauvri
utilisé dans les obus antichars pendant la guerre du Golfe dont celui
dû à la radioactivité était nul, d’évidence, car son intensité était
inférieure à celle que l’on respire à quatre pattes dans l’herbe, le nez
dans les fleurs des champs, en raison de l’émission d’un gaz radioactif
naturel, le radon, qui accompagne la désintégration de l’uranium
présent dans toute la croûte terrestre et dans beaucoup de maisons. La
dépendance à l’égard d’un préjugé idéologique peut contraindre à
d’étonnants travestissements de la réalité.
Si nous mentionnons tout cela, c’est parce qu’il est légitime et au
fond rassurant que les citoyens s’inquiètent de la nocivité relative des
sources d’énergie dont s’abreuve leur civilisation, y compris l’énergie
nucléaire. Mais ce qui n’est pas rassurant, c’est de voir comment des
bergers plus ou moins bien intentionnés peuvent exploiter leur
ignorance et leurs peurs pour les conduire à prendre des décisions
peut-être catastrophiques pour la planète. Leurs motivations ne sont
en général pas vénales, ils ne sont pas stipendiés par les puissances
économiques liées aux autres sources d’énergie, mais ils n’hésitent
jamais à exploiter l’ignorance comme un levier politique puissant.
Cent ans après la découverte de la radioactivité par Henri
Becquerel, Pierre et Marie Curie, il est navrant que l’immense majorité
des citoyens, même éduqués, n’ait jamais manipulé un compteur
Geiger. C’est comme s’ils n’avaient jamais utilisé une règle graduée
dans leur vie. Ils auraient appris à observer un atome qui se désintègre
quand il y en a un milliard de milliards dans une goutte de rosée. Ils
auraient appris qu’il y a dans une goutte d’eau de la Seine des millions
de milliards d’atomes d’arsenic, mais que ce n’est pas la raison pour
laquelle il ne faut pas la boire.
Ils auraient été fascinés par le rythme syncopé de la musique des
détecteurs. Cela les aurait aidés à pénétrer les secrets des lois du
hasard qui sont un élément essentiel à la compréhension de notre
monde et dont la subtilité est une des failles par lesquelles s’engouffre
la puissance des marchands d’illusions, comme nous le découvrirons
plus loin.
Naviguons sur l’océan de l’ignorance
Nous allons maintenant naviguer parmi quelques récifs
d’obscurantisme qui sont parfaitement répertoriés dans tout bon atlas
de la superstition et qui font l’objet d’une vénération et de pèlerinages
pieux. Ils sont tellement nombreux que nous devrons nous contenter
de quelques îlots bien connus :
– Comment exploiter un phénomène physique peu familier du
public pour prétendre posséder des pouvoirs extraordinaires, comme
tordre des clefs dans les poches d’individus crédules ?
– Comment léviter sans peine ?
– Comment s’affranchir enfin de la pénurie d’eau qui menace
l’humanité ?
– Comment devenir astrologue avec exactement la même chance de
tomber juste dans ses prédictions que les meilleurs professionnels ?
– Comment devenir télépathe, mais fuir les psychopathes, en se
libérant du carcan de l’espace et du temps ?
Le calcul des probabilités, l’étude des phénomènes aléatoires nous
sont peu familiers naturellement. Leur ignorance peut conduire à des
aberrations chez des professionnels chevronnés dans des domaines
comme la médecine, la physique et, bien sûr, les sciences sociales. Il
n’est d’ailleurs apparu, sous forme mathématiquement élaborée, que
depuis les premiers travaux de Pascal et Huygens au XVIIe siècle.
Nous nous sommes efforcés d’illustrer comment cette ignorance est
une des sources les plus pernicieuses des superstitions et des
supercheries. L’enseignement de ses bases fondamentales, comme
celui de l’arithmétique, devrait tenir une place importante dans les
programmes de mathématiques, à tous les niveaux.
Chapitre 2
LES PREMIERS STADES DE L’INITIATION…
Vous êtes un initié…
Sans être initié par deux grands lamas tibétains, vos pouvoirs vont
enfin vous être révélés et vous allez apprendre comment agir sur la
nature.
Vous saurez ainsi :
– décrire avec justesse le caractère de personnes inconnues,
– avoir des visions extatiques soumises à votre seule volonté,
– vous régler sur la longueur d’onde d’un autre cerveau et pratiquer
la télépathie,
– léviter, transpercer votre langue, commander à votre cœur de
s’arrêter,
– marcher sur des charbons ardents,
– déformer un métal avec votre seule concentration mentale !
La vérité sort du puits
« La preuve que l’astrologie fonctionne et fonctionne même bien,
c’est que mon horoscope m’a prédit des choses vraies, des choses qui
se sont effectivement produites, qui ont été réalisées. »
Combien de fois n’a-t-on pas entendu de telles paroles ? Combien
d’expériences personnelles de ce type ne présente-t-on pas comme
preuves de la validité de l’astrologie ?
Eh bien ! il faut être clair sur ce sujet : oui, l’horoscope fonctionne, il
fonctionne bien en effet. Mais la validité de l’horoscope n’entraîne pas
celle de l’astrologie…
Beaucoup de gens sont convaincus de la validité de l’astrologie
parce que leur horoscope « marche ». Ces gens estiment que les
retours qu’ils en ont, leurs constatations, certifient la validité qu’ils
accordent à la « Science des Signes ». Ils sont ainsi doublement
convaincus que leur horoscope leur fournit une base solide pour se
comprendre eux-mêmes et agir sur le cours de leur vie, sur leur
« destin ».
L’horoscope est signifiant pour ces personnes. En fait, il prend un
sens par elles et non pour elles. Il est très difficile de faire passer ce
type de réflexion qui va à l’encontre de l’expérience personnelle −
« Vous ne pouvez pas dire que cela n’existe pas puisque je l’ai
personnellement vécu ! » −, c’est-à-dire de la finalité sous-jacente à
cette simple préposition « pour ». L’individu qui lit un horoscope est
convaincu d’avoir affaire à son horoscope, que cet horoscope lui était
destiné, qu’il a été conçu par une puissance divine à dessein pour lui.
Sans compter que la satisfaction du client est également à la source
d’une rétroaction sur le devin augmentant la crédibilité que ce dernier
s’accorde à lui-même et accorde à sa « science », donc sa motivation
et, par voie de conséquence, son impact sur le client !
UNE EXPÉRIENCE CONCLUANTE
Il y a une vingtaine d’années, lors d’une intervention sur le
paranormal et l’occulte dans un établissement éducatif, l’un d’entre
nous a demandé à des étudiants de noter sur une feuille de papier
leurs nom, prénom, lieu, date et heure de naissance et le thème de leur
dernier rêve. Le tout écrit à la main.
En d’autres termes était induite l’idée d’un calcul du thème astral
via les coordonnées de naissance ou d’une analyse graphologique via
l’écriture manuscrite, l’un et l’autre pouvant être aidés par
l’oniromancie, l’interprétation des rêves via le récit du dernier rêve.
Une semaine plus tard, chacun de ces étudiants recevait une
description personnalisée de son caractère. Ce texte était suivi de la
question : « Jusqu’à quel degré pensez-vous que cette description vous
corresponde bien ? », suivie d’une grille comportant les six options
suivantes : « Excellent », « Bon », « Assez bon », « Assez mauvais »,
« Mauvais », « Faux ».
Les étudiants devaient donc mesurer la concordance entre la
description et leur véritable caractère, en tout cas celui qu’ils
estimaient être le leur.
Au total, 69 % des étudiants jugèrent que la description de leur
caractère était excellente, bonne ou assez bonne.
Ce résultat est concluant si l’on sait que nous avions été présentés
comme « scientifique démystificateur » − une bien mauvaise
présentation, soit dit en passant − et non comme un astrologue ou
autre gourou ce qui aurait certainement augmenté la crédibilité des
descriptions de caractères et donc le pourcentage de réussite.
Ce résultat est aussi particulièrement concluant si l’on ajoute que,
lorsque nous avons demandé à un étudiant de lire à haute voix la
description que nous avions faite de son caractère, les autres étudiants
se sont aperçus que la leur était… on ne peut plus semblable. En effet,
les fameuses descriptions « personnalisées » avaient été faites à
l’avance et elles étaient strictement identiques pour tous les étudiants !
C’était la démonstration simple mais éclairante de l’un de ces
multiples « effets » qui se produisent si souvent dans le domaine dit
« paranormal ».
Afin que vous puissiez tenter vous-même cette expérience très
édifiante, voici un modèle de description (cf. encadré), à mettre au
masculin ou au féminin suivant le cas et à compléter avec le nom ou le
prénom pour augmenter la personnalisation.
De telles descriptions ont été utilisées et testées pour la première
fois en 1948 par le psychologue Bertram Forer qui s’était inspiré pour
ses textes d’un ouvrage d’astrologie. L’efficacité en situation réelle de
tels textes démontre de façon claire et nette la puissance de ce que l’on
nomme l’« effet puits ».
L’EFFET PUITS
L’« effet puits » peut se résumer ainsi : plus un discours est vague −
profond pourrait-on dire, profond dans le sens de creux, bien sûr −,
plus les personnes qui l’écoutent peuvent se reconnaître, et se
reconnaître majoritairement, dans ce discours.
Des expériences ont en effet montré que le pouvoir persuasif de
déclarations vagues et générales est supérieur aux descriptions
appropriées faites par des psychologues de métier : c’est l’« effet
Barnum[2] » des sciences humaines. Mieux encore, des études ont
montré que, dans le cadre de l’analyse de problèmes personnels
profonds, des « oui » ou « non » totalement aléatoires et décidés à
l’avance, donnés en réponse à des questions précises, étaient perçus
comme des réponses très encourageantes par les personnes posant les
questions[3] !
L’effet puits explique, dans une large mesure, le succès des
horoscopes. « Vous faites parfois partie des forts » : creuse et, telle
quelle, dénuée de sens, cette phrase sera néanmoins acceptée comme
foncièrement vraie dans un horoscope car le lecteur − chaque
lecteur − l’interprétera de lui-même dans le contexte qui lui donne une
signification, « je suis fort en anglais », « je suis fort en bricolage »,
« je suis musculairement fort », « je suis… ».
Sans compter qu’il existe quelques règles élémentaires à suivre pour
augmenter la réceptivité. Par exemple, ne pas dire aux gens ce que l’on
sait − ou pense savoir − de vrai à leur sujet, mais leur dire ce qu’ils
voudraient qui soit vrai à leur sujet !
Bien sûr les astrologues jouent aussi sur le fait que le public oublie
vite leurs prédictions. Qui se rappellera, ou se rappelle même déjà, de
perles comme celle-ci : « Malgré une toile de fond positive sur
l’ensemble de l’année, la première quinzaine de janvier, puis celle de
septembre [1993] pourraient poser de sérieux problèmes à Pierre
Bérégovoy. » On la doit à la célèbre Elizabeth Teissier dans Votre
Horoscope 1993. Nous rappelons au lecteur qui serait fâché avec
l’histoire récente, que Pierre Bérégovoy, Premier ministre, s’est suicidé
le 1er mai 1993 en se tirant une balle dans la tête. Si vous désirez
connaître plus en détail la fabuleuse clairvoyance de Madame Teissier,
nous vous invitons à lire le chapitre consacré à cette astrologue, ses
« prévisions imprévoyantes » et ses manipulations de textes pour faire
coller prédictions et réalité dans l’ouvrage décapant d’Alain Cuniot[4].
Bien sûr, les astrologues se servent à tout propos de l’effet puits.
Ainsi Madame Elizabeth Teissier : « Des populations dans le monde
souffriront de la violence dans le mois qui suit étant donné que Vénus
et Pluton… » Mais ils usent et abusent également d’autres astuces
destinées à accréditer leurs vaticinations toujours triangulées sur
Amour-Argent-Santé. L’honnêteté intellectuelle ne doit pas être la
caractéristique première dans la carte du ciel de naissance de moult
astrologues. L’habileté, la roublardise s’illustrent quelquefois de belle
manière. Ainsi, à un des quatre fils d’un grand Moghol, un dénommé
Darah, féru d’astrologie, un devin jura sur sa propre tête qu’il porterait
la couronne. Comme on s’étonnait de la témérité de cette prophétie,
l’astrologue déclara : « De deux choses l’une : ou Darah montera sur le
trône et ma fortune est faite, ou il sera vaincu, puis assassiné, et je n’ai
plus rien à craindre de lui. »
Outre l’effet puits, les astrologues n’hésitent pas à mettre deux fers
au feu ou plus subtilement un seul fer mais à double face : « Enfin, il
ne tient qu’à nous d’opérer une conversion des énergies planétaires,
dissonantes, en en extrayant une quintessence positive… » Une chose
et son contraire, cela ne pose pas de problème à Elizabeth Teissier
dans Votre Horoscope 1993.
Sans oublier qu’ils comptent aussi sur le fait que, si l’erreur est
humaine, la faillibilité permanente ne l’est pas ! En effet, ni la
faillibilité ni l’infaillibilité permanentes ne sont le privilège de
quelques-uns ni même d’un seul. Mais, si pour l’infaillibilité cela peut
sembler une évidence, en ce qui concerne la faillibilité on y prête
beaucoup moins d’attention. Il faut donc rappeler que personne n’a le
privilège de toujours se tromper : même un astrologue fera
quelquefois des prédictions qui se révéleront justes. C’est le contraire
qui serait anormal. Prédisez, prédisez, il en restera toujours quelque
chose !
LES VACUOLOGUES
Faut-il aussi rappeler que les astrologues connaissent en fait très
peu de chose de ce qui se passe réellement dans le ciel ?
C’est Elizabeth Teissier qui nous le démontre encore dans Votre
Horoscope 1993 : « Comment fonctionne un tel horoscope
[l’horoscope collectif] et comment se justifie-t-il ? Comment est-il
pensable qu’un Capricorne né le 9 janvier 1960 subisse les mêmes
influx planétaires que tel autre, né le 9 janvier 1924, par exemple ? La
réponse à ces deux questions, la voici : dans sa ronde (apparente)
autour de la Terre, le Soleil se trouve chaque année, par définition, le
même jour au même endroit du ciel » (souligné par nous). C’est
totalement faux ! Le Soleil, à deux dates identiques, n’est pas du tout
au même endroit dans le ciel.
À un même jour donné, notre planète n’est pas, d’une année à
l’autre, dans la même position sur sa trajectoire autour du Soleil. Le
phénomène de précession des équinoxes[5] induit un décalage de cette
position et, pour s’en rappeler tout en le chiffrant, il suffira de retenir
que chaque année, à une date donnée quelconque, la Terre occupe une
position qui correspond, grosso modo, à « 3 Terres avant », c’est-à-
dire qu’il y a environ 36 000 kilomètres entre les centres des deux
positions de la Terre à une année d’intervalle.
Et c’est ainsi que, n’en déplaise à l’astrologue Elizabeth Teissier et
contrairement à ses allégations sur les « mêmes influx planétaires », le
9 janvier 1960 et le 9 janvier 1924, la Terre n’occupait pas la même
place sur son orbite autour du Soleil. Entre ces deux dates, la position
de la Terre a tout simplement changé d’environ…
1 300 000 kilomètres. Oui, un million trois cent mille kilomètres !
La plupart des devins astrologues travaillent avec un zodiaque
tropique, c’est-à-dire lié au Soleil et non point aux étoiles (zodiaque
sidéral) et, dans les thèmes astraux qu’ils construisent, ils utilisent des
signes définis comme des rectangles de la sphère céleste découpant le
zodiaque en douze cases à partir du point appelé « gamma »,
intersection de l’écliptique avec l’équateur céleste correspondant à
l’équinoxe de printemps.
Si, peu avant le début de notre ère, ces cases correspondaient à peu
près aux astres, aux étoiles, aux signes-constellations qui ont
déterminé les attributs de tel ou tel signe, il n’en est plus de même
actuellement car la précession des équinoxes a semé la confusion dans
ce bel édifice en déplaçant le point gamma sur le fond étoilé de la
sphère céleste et en entraînant avec lui les signes des astrologues qui,
désormais, ne recouvrent plus du tout les astres d’origine[6]. Les
astrologues « tropiques » contemporains utilisent ainsi bêtement des
signes rectangles, zones vides et immatérielles dénuées de toute
consistance, de toute entité stellaire.
Ces devins ne pratiquent donc plus l’astrologie mais bien plutôt ce
qu’il faut nommer la vacuologie.
LES ADORATEURS DU NOMBRIL…
L’horoscope connaît à l’heure actuelle une grande vogue parce que
nous sommes une civilisation narcissique. La science ne peut faire que
des prévisions globales ou collectives, alors que de très nombreuses
personnes ne s’intéressent qu’à leur destin personnel. Entre les
scientifiques lointains qui leur parlent de généralités et l’astrologue
proche qui leur parle exclusivement d’eux-mêmes, leur choix sera vite
fait. L’illusion de cette exclusivité, de cette unicité, est bien sûr encore
renforcée par la demande astrologique des coordonnées complètes de
naissance. Lieu précis, date heure et minute… donc une seule
personne… donc moi… donc adéquation forcée entre le résultat du test
et ma propre personnalité.
Ce que nous voyons, ce que nous percevons, ce sur quoi nous
pourrions témoigner est en partie déterminé par ce à quoi nous
pensons à l’instant précis de l’observation. Nos désirs profonds, nos
motifs, modulés par nos expériences passées, se trouvent renforcés,
inconsciemment ou non, par l’« exposition sélective ». Cette
exposition sélective est un principe psychologique bien documenté
selon lequel nous choisissons nos revues, nos quotidiens, nos stations
de radio, nos magazines de télévision, toutes nos autorités, de telle
sorte que nos opinions soient largement confirmées plutôt
qu’infirmées.
Et si, malgré cela, nous recueillons une information contraire, il
nous reste toujours le recours à la validation subjective qui permet,
dans un tel cas, de recevoir incorrectement ou interpréter
différemment la donnée contraire à nos désirs. Cette validation
personnelle est l’une des raisons principales de la persistance des arts
divinatoires. La validation subjective fait percevoir comme reliés deux
événements qui ne le sont pas et cela simplement parce qu’une envie,
une hypothèse ou une croyance demande ou nécessite une telle
relation, en l’occurrence simplement parce que l’horoscope l’annonce.
Ce qui induit un comportement superstitieux, un comportement fondé
sur la conviction que ses propres actions déterminent le cours des
événements même s’il n’en est rien dans la réalité.
Mais, si l’influence des planètes sur le destin d’une personne est
totalement inexistante, il n’empêche que celle de son horoscope peut
ne pas l’être. Et c’est surtout l’effet puits qui permet de comprendre
pourquoi l’horoscope possède sur nombre de personnes un
extraordinaire… ascendant.
La précession des équinoxes
(Phénomène découvert par Hipparque de Nicée
au IIe siècle avant notre ère)
L’action des forces gravitationnelles du Soleil et de la Lune sur le
renflement équatorial terrestre (la Terre n’est pas parfaitement
sphérique, elle est aplatie aux pôles) fait que la direction de l’axe de
rotation de la Terre (la « ligne » des pôles) n’est pas fixe.
L’axe terrestre effectue, un peu à l’image d’une toupie en rotation,
un lent pivotement qui lui fait décrire un cercle en 25 790 ans environ
(cf. schéma). Le phénomène complet est un peu plus complexe car, à la
partie dénommée « précession », s’ajoute un phénomène
supplémentaire qu’on appelle « nutation », caractérisé par une
période d’environ 18,6 ans et qui a pour effet de créer une petite
ondulation autour de la direction principale circulaire que décrit l’axe
terrestre.
Pour fixer les idées, signalons que, dans 12 000 ans environ, l’axe de
la Terre pointera aux environs de la nouvelle étoile polaire Véga de la
Lyre (cf. schéma) et que, depuis longtemps, l’étoile « polaire » actuelle
de la Petite Ourse ne servira plus à indiquer le nord !
Le plan de l’équateur céleste, c’est-à-dire le plan contenant
l’équateur terrestre, suit évidemment ce mouvement de pivotement de
l’axe de rotation de la Terre et, en conséquence, son intersection avec
l’écliptique, c’est-à-dire le plan de l’orbite de la Terre autour du Soleil,
se déplace elle aussi.
Or cette intersection détermine le point gamma (l’équinoxe[7] de
printemps) qui sert de référence au zodiaque tropique. En d’autres
termes, le point gamma se déplace lentement mais sûrement sur la
sphère céleste et entraîne avec lui les signes des astrologues tropiques
qui, désormais, ne recouvrent plus du tout les constellations d’origine
et continuent de se décaler de plus en plus (cf. schéma ci-après).
Un exemple parmi d’autres. Les « Lions », c’est-à-dire, à l’origine,
les personnes nées lorsque le Soleil, vu depuis la Terre, se trouve dans
la constellation du Lion, sont « courageux, orgueilleux et
dominateurs » : si cela pouvait paraître aller de soi au temps
d’Hipparque, il y a plus de deux mille ans, il est vraiment difficile de
concevoir le rapport de nos jours quand on sait que, pour les
personnes nées par exemple fin juillet − des « Lions », selon les
astrologues tropiques −, le Soleil ne se trouve point dans le Lion mais
dans l’écrevisse !
INTERMÈDE
L’effet puits ne se restreint pas à l’astrologie, il n’est pas difficile
d’en trouver de nombreuses applications dans tous les domaines de la
vie courante. En voici un exemple (cf. tableau ci-après) dans le champ
politique. Le texte original, que nous avons à peine retouché, est dû à
notre ami Jacques Poustis, de La Réunion, qui a remis à l’honneur ce
genre d’exercice pratiqué il y a quelques années par des étudiants
polonais en le publiant dans sa revue La Fée l’a dit en janvier 1998.
Commencez par la case en haut à gauche, puis enchaînez avec
n’importe quelle case en colonne 2, puis avec n’importe laquelle en 3,
puis n’importe laquelle en 4 et revenez ensuite où bon vous semble en
colonne 1, pour enchaîner au hasard… Mais n’oubliez surtout pas d’y
mettre l’intonation et la force de conviction, ingrédients
indispensables de la persuasion.
L’expérience personnelle…
Dans toutes les croyances au paranormal intervient souvent ce que
l’on peut appeler l’« expérience personnelle ». Tout argument
rationnel se heurtera systématiquement à une réponse de ce type :
« Mais vous ne pouvez pas me dire que cela n’existe pas puisque je l’ai
vécu », « je l’ai vu », « je l’ai ressenti », « je l’ai perçu »… Comment
faire comprendre à quelqu’un que son expérience ne constitue pas une
preuve ? Si quelqu’un vous affirme qu’hier était son jour de chance
puisqu’il a gagné le gros lot du Loto, il vous sera difficile de le
persuader que ce jour n’avait rien de particulier avant qu’il n’apprenne
la bonne nouvelle…
L’expérience personnelle n’est pas une preuve pour diverses raisons
dont la principale est que ce que nous rapportons de notre expérience
est très souvent subjectif. Même une expérience qui paraît concrète est
subjectivement rapportée, ce qui peut revenir à dire faussement
rapportée. L’expérience personnelle a de l’impact sur nos croyances,
non pas en tant que telle, en tant qu’événement déjà réalisé, mais par
le souvenir qu’on en a gardé. L’expérience est par définition quelque
chose de passé, donc quelque chose dont on se rappelle, qui est censé
nous guider, nous aider à interpréter, à comprendre. Mais elle ne
constitue pas pour autant une explication, elle ne fournit pas une
preuve. En effet, rien n’est si simple…
QUE VOUS RAPPELEZ-VOUS ?…
Nous vous proposons maintenant de faire travailler votre mémoire
visuelle. De nombreuses personnes ont une bonne mémoire de
l’image, une sorte de photographie d’un événement à l’instant t, ce que
l’on nomme « mémoire visuelle », elles ont la capacité de retenir assez
précisément les choses qu’elles ont vues.
Espérons que vous en faites partie. Concentrez-vous donc un
instant, rappelez-vous le moment du petit déjeuner ce matin : dans
quelle pièce vous étiez… à quel endroit précis… ce que vous buviez… ce
que vous mangiez… comment vous étiez habillé(e)… etc.
Bref, rappelez-vous la scène.
≈ STOP ≈
Ne tournez pas la page, relisez les lignes précédentes et faites
réellement, concrètement, ce petit effort de mémoire.
Ne venez-vous pas de revoir une scène comme celle-ci ?
C’est-à-dire, une scène dans laquelle vous êtes assis quelque part en
train de prendre votre petit déjeuner. Peut-être en vous voyant
légèrement de dos et de dessus, comme dans le dessin ci-dessus. Vous
venez ainsi de voir une scène où vous figuriez.
Or réfléchissons ensemble : vous auriez dû voir uniquement… vos
deux mains et un bol ! Rares sont ceux qui perçoivent une telle scène,
une telle image, avec uniquement ces éléments. La plupart des gens
perçoivent la scène telle que nous venons de la décrire et dont l’image
n’a bien sûr jamais frappé leur rétine.
En fait, le processus de mémorisation demande une construction
active lorsque nous cherchons à nous souvenir de quelque chose et
cette construction est, par nature, un processus de reconstruction,
d’élaboration. Voilà pourquoi, lorsqu’une personne nous parle de son
expérience personnelle, vécue, qui « prouve de manière indubitable »
tel ou tel phénomène paranormal, il faut, nonobstant sa sincérité,
prendre ce témoignage comme on dîne avec le diable : avec de longues
pincettes…
QUE VOYEZ-VOUS ?…
Pour rester dans le champ visuel, savez-vous que l’œil a des
pouvoirs particuliers ? « Il faut le voir pour le croire », dit-on
souvent… Qu’à cela ne tienne, nous allons le voir.
Fixez pendant environ une demi-minute le dessin[8] qui suit. Fixez
bien le petit point situé entre les deux cœurs et, sans bouger votre
regard, en vous concentrant sur ce point et en essayant de ne pas ciller
ou de le faire le moins possible, comptez mentalement et lentement
jusqu’à 30. Ensuite − et ensuite seulement − tournez la page pour
reprendre votre lecture.
≈ STOP ≈
≈ ne tournez pas la page ≈
Concentrez-vous sur le point et comptez lentement jusqu’à 30.
≈ STOP ≈
≈ Fixez cette page blanche ! ≈
L’expérience que vous venez de faire a dû vous faire « voir » l’image
qui suit :
C’est-à-dire le Christ (ou Karl Marx ou votre collègue et ami barbu,
cela dépend de vos présupposés) apparaissant sur la page blanche et
se mouvant légèrement.
Si vous avez regardé hors de la page blanche, sur une surface à peu
près unie, par exemple sur le mur de la pièce où vous êtes, vous avez
été alors gratifié de la même apparition mais beaucoup plus grande.
Cette apparition est due à deux phénomènes.
Tout d’abord à ce qu’on nomme la « rémanence rétinienne » ou la
« persistance rétinienne », à savoir qu’une image même fugitive dure
un certain laps de temps, de l’ordre d’un quinzième de seconde. C’est
ce qui permet, par exemple, lorsqu’on regarde un film de voir des
scènes animées fluides, continues, alors que l’appareil de projection
envoie sur l’écran une succession discontinue d’images fixes.
Ensuite au fait que, lorsque l’on fixe précisément, sans mouvement
oculaire, pendant un temps assez long, en l’occurrence plusieurs
dizaines de secondes, une image, les cellules de la rétine qui
travaillent − essentiellement les cônes au centre et en haute lumière,
les bâtonnets à la périphérie et en basse luminosité − sont toujours les
mêmes et finissent donc par être saturées et ne parviennent plus à
transmettre l’influx associé à la lumière. Si l’on supprime brutalement
l’image de départ et que l’on porte son regard sur une plage uniforme,
la surface rétinienne pourra transmettre normalement les couleurs,
partout sauf en certains endroits où les cellules saturées par l’image
fixe précédente ne pourront plus assurer une transmission optimale
pour les couleurs qui y étaient présentes en ce point. En conséquence,
nous allons percevoir en fond l’image complémentaire (forme et
couleurs) de l’image originelle.
Et cette image est en fait interne à notre œil, nous pouvons tourner
la tête dans n’importe quelle direction, nous l’observerons toujours.
Cette image étant sur notre rétine, indépendamment de l’extérieur,
plus la surface uniforme que nous observons sera lointaine, plus
l’image fantôme nous paraîtra grande puisque c’est l’ouverture
angulaire qui est conservée[9]. De la feuille blanche de ce livre au mur
lointain, la taille du fantôme s’adaptera et le mystère n’en sera que
plus grand.
Dans l’image test, nous avons choisi par simplicité le noir et blanc
mais le phénomène fonctionne également très bien avec les couleurs et
si vous désirez voir apparaître un ami stellaire verdâtre, dessinez une
tête d’extra-terrestre de votre choix mais donnez-lui une couleur
violette avec de grands yeux blancs. Fixez ensuite l’image une minute
avant de porter votre regard sur une surface blanche (le mur, le
réfrigérateur…) où vous verrez apparaître un sympathique ET tout vert
avec de grands yeux noirs.
Devenez télépathe…
Imaginons la situation suivante. Vous êtes avec des amis,
tranquillement installés dans des fauteuils après un bon repas et la
discussion (par un curieux hasard…) se porte sur les phénomènes
paranormaux, ces fameux phénomènes si « largement prouvés par de
nombreuses expériences de par le monde » et que « la science,
toujours aussi étroite d’esprit, refuse absolument d’examiner en se
cachant les yeux pour ne pas voir »…
La télépathie, le pouvoir qu’ont les cerveaux de communiquer entre
eux, arrive tôt ou tard dans la discussion par un biais ou un autre, par
exemple : « Ne vous est-il jamais arrivé de recevoir un appel
téléphonique d’une personne à l’instant précis où vous pensiez à
elle ? »… « Je sens, quand je marche dans la rue, si quelqu’un me
regarde alors qu’il est derrière moi et que je ne le vois pas »… « Et les
jumeaux ? Extraordinaire, non, ce pouvoir qu’ils ont de ressentir
précisément ce que l’autre sent à des kilomètres de distance »…
C’est à ce moment que votre conjoint intervient : « À ce propos,
chéri(e), est-ce que tu as déjà dit à tes amis que tu possèdes un don un
peu particulier ? Que tu t’en es rendu(e) compte un peu par hasard ?
Tu peux communiquer avec un collègue à distance, même très grande,
uniquement par la pensée ! »…
Et, vous, tout aussi innocemment : « Non ! non ! n’en parlons pas !
[Il est important de refuser d’en parler, cela fait beaucoup plus
sérieux.] Je ne suis pas un médium ou quelque chose de ce genre… je
ne sais même pas comment expliquer ce don, je ne sais même pas
comment cela fonctionne [la modestie dans les explications est
toujours payante, vos amis pourront ainsi faire étalage de leur
connaissance du sujet en déclarant que le savant X de l’Institut Y a
prouvé que la télépathie pouvait s’expliquer par Z]. En tout cas, c’est
vrai, j’ai ce don. »
Après une telle entrée en matière, il est certain que l’une ou l’autre
des personnes présentes vous priera d’en dire plus et vous demandera
de faire une démonstration afin de prouver vos dires. Vous expliquerez
alors que, dans ce qu’on appelle couramment « télépathie », il est
nécessaire d’avoir deux cerveaux qui soient accordés en quelque sorte
sur une même longueur d’onde et que vous avez découvert un tel
accord neuronal avec un collègue après avoir mené plusieurs
expériences sur ce sujet. Avec ce collègue, qui se trouve actuellement
dans sa famille à plusieurs kilomètres d’ici, Monsieur N [vous le
nommez explicitement], vous arrivez assez souvent, pas toujours, mais
assez souvent [il est important d’hésiter et de ne pas revendiquer
100 % de succès] à transmettre par la pensée la valeur d’une carte sur
laquelle vous vous concentrez.
Vous cédez alors à la pression amicale qui ne manque pas de
s’exercer pour que vous fassiez sur-le-champ une tentative. « Bon !
d’accord, dites-vous, mais je ne garantis rien. Il va falloir téléphoner à
mon collègue et je ne sais même pas s’il est là. Son numéro est, je
crois, le [vous donnez le numéro de téléphone de votre collègue]. Avez-
vous ici un jeu de cartes ? »
On vous apporte un jeu de cartes. Vous ne le touchez pas, vous
demandez à quelqu’un de l’assistance de mélanger les cartes, de les
battre et les rebattre, puis que les personnes présentes décident elles-
mêmes laquelle d’entre elles va choisir une carte au hasard dans le
paquet. Une carte est ainsi tirée au sort : le 7 de trèfle, par exemple.
Avant de vous mettre en condition et de vous concentrer fortement
sur la carte, vous sortez votre agenda pour vérifier le numéro de
téléphone que vous notez, avec le nom de votre collègue, sur une
feuille de papier. Feuille de papier que vous donnez à la personne qui a
été désignée par les autres pour aller téléphoner, hors de la pièce où
vous vous trouvez, à votre collègue qui sera donc le récepteur de
l’image (le 7 de trèfle) que vous, émetteur, allez tenter de transmettre
mentalement à travers l’espace.
La carte est placée devant vous et, prenant votre tête à deux mains,
vous vous concentrez alors avec maintes inspirations et expirations
fortes… Les secondes, les minutes s’écoulent lentement… Et tout cela
sous le contrôle visuel direct des personnes présentes.
Une dizaine de minutes plus tard, le préposé au téléphone est de
retour et ne cache pas son étonnement : aussi incroyable que cela
puisse paraître, Monsieur N, le récepteur, a déclaré, après moult
hésitations et des visions floues, percevoir le… 7 de trèfle.
Vous êtes totalement épuisé, essoufflé par la concentration qui vous
a été nécessaire. Vous vous tenez la tête : « Ouf ! C’est vraiment
épuisant ; je ne pourrais pas recommencer cela avant longtemps, c’est
vraiment très dur et j’ai l’impression que mon cerveau est en
surchauffe. »
Les questions fusent, se transformant vite en affirmations.
C’est extraordinaire… toute la manipulation des cartes a été faite
par les personnes elles-mêmes… Vous avez donné le nom de votre
collègue avant… et le numéro de téléphone aussi… Vous n’êtes pas
chez vous et la pièce n’est donc pas truquée… pas d’émetteur caché…
La personne qui est allée téléphoner témoigne que le récepteur ne
lui a pas tiré les vers du nez, qu’elle s’est contentée de demander la
personne idoine en expliquant la situation et n’a donné aucune
indication de quelque nature que ce soit qui puisse indiquer la carte
choisie.
Ce qui vient de se passer est vraiment extraordinaire. Une ou deux
personnes auront peut-être encore un doute, mais sans pouvoir
l’argumenter en quoi que ce soit ; c’est plus un doute de principe,
d’esprit borné sans doute… Peut-être faudrait-il recommencer encore
une fois, pour être sûrs ? Pas question de recommencer ! Vous l’avez
dit d’ailleurs, c’est vraiment trop épuisant, vous êtes « à plat ».
Et la soirée se poursuit agréablement après cette expérience qui
vient de prouver aux incrédules que la télépathie existe vraiment, que
la communication à distance entre deux cerveaux est parfaitement
possible.
LA SOLUTION EST (PEUT-ÊTRE) DANS L’AGENDA…
Mais, avant de nous quitter, jetons un coup d’œil sur votre agenda,
aux pages consacrées à la lettre N (N comme l’initiale du nom de votre
récepteur). Voici ce que l’on peut y lire :
Voilà qui éclaire d’un jour nouveau vos dons de télépathe et qui
montre qu’en fait la solution de l’énigme télépathique est d’une
simplicité désarmante.
L’information sur la carte choisie est transmise − sans qu’elle s’en
rende compte − par la personne qui téléphone au récepteur dont vous
avez donné le vrai nom. Tout est dans le prénom. Ce prénom n’est à
aucun moment, avant le choix de la carte à émettre, précisé oralement.
Il est simplement écrit, après le tirage au sort et après consultation de
l’agenda, consultation dont le seul but est de vous éviter de retenir par
cœur 54 prénoms associés à 54 valeurs de cartes (mais si votre
mémoire est performante, n’hésitez pas à vous passer du calepin !).
Vous serez peut-être étonné de voir dans cette liste 54 prénoms et
non seulement 52, mais, pour avoir été pris en défaut par son propre
frère lors d’une de ses démonstrations de télépathie à longue distance,
l’un d’entre nous a jugé plus prudent d’ajouter aux 52 cartes
conventionnelles et aux 52 prénoms correspondants, un prénom pour
désigner le joker (la carte qu’avait choisie exprès son rusé de frère !) et
un prénom pour désigner la carte de garde que l’on trouve dans
certains jeux neufs.
Ainsi, après avoir apparemment vérifié le numéro du correspondant
à appeler, vous écrivez en fait sur la feuille de papier ce numéro de
téléphone avec le nom (N) et le prénom (ici Julien) du récepteur. Et
cette feuille de papier, vous la donnez à la personne qui va téléphoner.
Ainsi, le nombre de personnes disposant de tous les éléments pour
résoudre l’énigme se réduit quasiment à une car la personne qui a
téléphoné au récepteur pense rarement à signaler aux autres qu’elle
disposait, en plus des informations déjà données, du prénom de la
personne à appeler. Cela ne lui viendra même pas à l’esprit car elle
pense disposer des mêmes informations que les autres et rien de plus.
Vous pouvez de toute manière glisser négligemment le prénom du
récepteur dans une phrase anodine au moment où vous accompagnez
brièvement, pour lui faire quitter la pièce, la personne qui doit
téléphoner. Puis vous retournez à votre place en disant (négligemment
aussi) : « Bien ! il est temps que je regarde cette carte que vous avez
choisie et que je me concentre dessus. » Une dizaine de minutes plus
tard, ce que vos amis auront retenu de ces enchaînements de
microévénements − s’ils en ont retenu quelque chose −, c’est que vous
avez effectivement (« sans même vous en rendre compte ») donné le
prénom avant de regarder la carte !
Et ne vous faites aucun souci ; votre ami N a placé son exemplaire
de la liste des prénoms tout à côté de son téléphone et il n’a vraiment
pas besoin de faire travailler ses méninges pour assurer une prestation
psychique de qualité. Il suffit qu’il hésite un peu avant de donner −
lentement, par bribes… − la valeur de la carte.
Et les variantes possibles du scénario sont prévues d’avance. Par
exemple :
– Bonjour, je voudrais parler à monsieur Nivet [Aie ! le prénom
n’est pas précisé].
– Qui demandez-vous ? Nous sommes plusieurs frères ici…
– Euh… Celui qui fait de la télépathie [Aie, Aie ! Toujours pas de
prénom]. C’est pour une expérience…
– Oh, vous savez, nous sommes un peu tous télépathes dans la
famille.
– Je voudrais parler à Julien Nivet [Ouf !].
– C’est moi.
Comme vous le voyez, rien de plus simple !
Nous vous conseillons d’inclure dans votre liste le vrai prénom de
votre collègue récepteur, pour que le jour où le sort sympathique
désigne précisément la carte correspondant à ce prénom, votre
triomphe soit total. Vous pourrez ainsi lancer : « Vérifiez donc vous-
même directement le numéro de téléphone dans l’annuaire… », qui
donnera à vos amis, sans aucune intervention de votre part, le prénom
du receveur.
Vous pouvez aussi − mieux vaut prévenir que guérir − vous créer un
code spécifique à n’importe quel jeu de cartes. Par exemple, si vous
pensez qu’on vous demandera plutôt de vous « exécuter » à partir d’un
jeu de tarots (ce qui est assez fréquent), il vous suffit d’ajouter à la
présente grille quelques prénoms pour les quatre cavaliers, pour
l’excuse, ainsi que pour les 21 atouts. Et de glisser ou d’inscrire le tout
dans votre agenda répertoire à la lettre initiale du nom de votre
collègue que vous avez choisi parce que son cerveau est vraiment sur la
même longueur d’onde que le vôtre. Et à qui, surtout, vous aurez
donné une copie de cette liste spécifique. Pensez également à mettre
un double de la liste à côté de votre téléphone car vous pouvez
évidemment aussi servir de récepteur à votre collègue qui désire, tout
autant que vous, faire la preuve de ses pouvoirs psychiques.
Bonne lecture de pensée !
Fakir sans peine et sans douleur…
LÉVITATION SANS FRONTIÈRES
En Inde, à Madras, au milieu des années 1930, le brahmane
Subbayah Pullavar faisait en pleine rue la démonstration de ses
pouvoirs psychiques en… lévitant. Ses aides tendaient une grande
pièce de toile derrière laquelle il s’affairait et qui, une fois ôtée, laissait
découvrir ledit brahmane en lévitation, flottant dans l’air, s’appuyant
seulement par la main sur une canne.
Le pouvoir de lévitation n’est pas réservé aux initiés hindous. En
effet, on pouvait voir en Europe, bien avant ces années 1930, une
lévitation encore plus jolie bien que moins exotique : nous étions en
1849 et le prestidigitateur Jean-Eugène Robert-Houdin présentait en
ce début du mois d’octobre sa « suspension éthéréenne » (cf.
illustration ci-dessus) qui devint vite célèbre.
Dans ces années-là, on parlait beaucoup de l’éther et de ses
applications et Robert-Houdin eut l’idée de profiter de l’engouement
du public pour augmenter ses effets magiques. Voici la présentation
qu’il en faisait[10] :
Messieurs, disais-je avec le sérieux d’un professeur de la Sorbonne,
je viens de découvrir dans l’éther une nouvelle propriété merveilleuse.
Lorsque cette liqueur est à son plus haut degré de concentration, si on
la fait respirer à un être vivant, le corps du patient devient en peu
d’instants aussi léger qu’un ballon. Cette exposition terminée, je
procédais à l’expérience. Je plaçais trois tabourets sur un banc de
bois. Mon fils montait sur celui du milieu, et je lui faisais étendre les
bras, que je soutenais en l’air au moyen de deux cannes qui
reposaient chacune sur un tabouret. Je mettais alors simplement sous
le nez de l’enfant un flacon vide que je débouchais avec soin, mais
dans la coulisse on jetait de l’éther sur une pelle de fer très chaude,
afin que la vapeur s’en répandît dans la salle. Mon fils s’endormait
aussitôt, et ses pieds, devenus plus légers, commençaient à quitter le
tabouret. Jugeant alors l’opération réussie, je retirais le tabouret de
manière que l’enfant ne se trouvait plus soutenu que par les deux
cannes. Cet étrange équilibre excitait déjà dans le public une grande
surprise. Elle augmentait encore lorsqu’on me voyait retirer l’une des
deux cannes et le tabouret qui la soutenait ; et enfin elle arrivait à son
comble, lorsqu’après avoir élevé avec le petit doigt mon fils jusqu’à la
position horizontale je le laissais ainsi endormi dans l’espace, et que,
pour narguer les lois de la gravitation, j’ôtais encore les pieds du
banc qui se trouvait sous cet édifice impossible…
Toutefois, malgré la beauté de cette suspension éthéréenne, force
est de constater que les brahmanes hindous peuvent revendiquer
l’antériorité sur notre maître magicien. En effet, le brahmane
Scheschal étalait ses pouvoirs quelques années avant notre
« prestidigitateur-physicien-mécanicien » (tels sont les termes choisis
par Robert-Houdin lui-même pour se présenter) puisque, dès les
années 1830, il présentait une lévitation[11] sur « canne de bambou et
peau de gazelle », c’est-à-dire avec pour seul support quelque chose de
particulièrement mou…
Fabuleux, non ? Bien
sûr, personne ne l’avait vu
s’élever majestueusement
et lentement dans les airs
jusqu’à cette altitude.
Personne ne le voyait de
même descendre
lentement jusqu’au sol. Et
cependant sa lévitation ne
manquait pas
d’impressionner,
affirmant la toute-
puissance de l’esprit de l’initié sur son corps soumis à la force de
gravitation.
Mais, plus qu’un long discours, il suffira de rappeler que le
Magazine Pittoresque de 1833, dans son numéro 16 donne la
présentation et la solution.
UN EXPLOIT CARDIAQUE…
Si vous venez d’expliquer ce qui précède à vos amis, vous êtes alors
en bonne posture pour passer à des choses plus sérieuses. En effet,
rien de tel que de démystifier un phénomène mystérieux pour en
accréditer plus facilement un autre. Vous saisissez donc l’occasion
pour déclarer que ce type de démonstration ne peut que nuire aux
véritables initiés, qui, eux, travaillent réellement et sérieusement en
profondeur sur leur corps et leur esprit et développent ainsi leurs
pouvoirs psychiques latents.
D’ailleurs, vous en avez rencontré un lors de vos voyages lointains.
Il n’est pas utile que vous ayez réellement fait un tel voyage, après tout
le célèbre Lobsang Rampa, auteur du Troisième Œil, toujours édité et
qui se vend bien, s’appelait en réalité Cyril Henry Hoskins, il n’était
pas plus tibétain que nous, il n’avait même jamais mis les pieds au
Tibet ni d’ailleurs quitté son pays − la Grande-Bretagne − quand il
publia en 1958 cet ouvrage retraçant sa propre vie au Tibet et son
initiation.
Or ce Sage que vous avez rencontré vous a transmis quelques
(faibles) pouvoirs, il vous a appris à diriger votre énergie vitale le long
des méridiens de votre corps. C’est ainsi que vous pouvez − très
faiblement encore car vous n’êtes qu’un simple novice au premier
stade de l’initiation − contrôler votre cœur. Vous pouvez, par la simple
force de votre pensée, arrêter votre cœur.
Devant l’étonnement, les sourires en coin ou le scepticisme marqué
de votre auditoire, vous expliquez que c’est difficile et épuisant, que
cela demande une extrême concentration, qu’il ne faut surtout pas être
perturbé par des bruits extérieurs, mais que vous voulez bien
essayer − essayer car vous n’êtes pas sûr de pouvoir réussir dans les
conditions présentes qui ne sont vraiment pas idéales.
Vous demandez alors que quelqu’un vienne vous contrôler,
quelqu’un désigné par l’assemblée elle-même et non pas choisi par
vous. Les personnes présentes s’étant accordées sur la désignation du
contrôleur, ce dernier vient se placer près de vous. Sans un mot, en
débutant votre concentration de yogi, vous lui tendez votre poignet
gauche afin qu’il puisse prendre votre pouls et contrôler ainsi votre
rythme cardiaque. Vous inspirez et expirez fortement plusieurs fois,
vous fermez les yeux et vous vous plongez dans votre méditation.
Les secondes s’écoulent, le silence s’est fait… « Son cœur s’est
arrêté ! Son cœur ne bat plus ! Il ne bat plus du tout ! », s’écrie le
contrôleur. Et les secondes s’écoulent encore… Plus d’une minute,
montre en main. Après quoi, épuisé, exténué, vous demandez à vous
asseoir afin de récupérer. Épuisé et exténué mais ravi de lire sur les
visages l’étonnement, l’ahurissement, l’admiration aussi, que votre
exploit psychique provoque.
Une nuée de questions s’abat alors sur vous. Vous développez à
l’envi votre voyage lointain, votre rencontre avec le Sage, votre
initiation dans le sanctuaire souterrain à la lumière des torches ou des
lampes à huile alors que des bâtonnets d’encens se consument
lentement.
À moins que vous n’ouvriez votre veste ou enleviez votre pull-over
pour montrer la petite balle de caoutchouc épinglée sur votre chemise
au niveau de l’aisselle gauche et que vous expliquiez que presser
fortement votre bras contre cette balle pour comprimer l’artère et
réduire ainsi les pulsations « cardiaques » jusqu’à zéro ne vous paraît
pas demander nécessairement un entraînement titanesque ni des dons
psychiques surhumains.
Toute l’astuce consistait ici à faire assimiler battements du cœur et
pouls pris au poignet. C’est ce qu’on appelle un « effet paillasson »,
effet qui consiste à utiliser un mot pour désigner autre chose que ce
que ce mot désigne. Vous êtes surpris par le drôle de nom de cet effet ?
Vous ne l’oublierez plus lorsque vous aurez constaté avec nous que,
contrairement à ce que demande l’écriteau qui accompagne un
paillasson, à savoir « Essuyez vos pieds SVP », vous n’avez
vraisemblablement jamais enlevé vos chaussures et vos chaussettes
pour vous essuyer les pieds !
CQFD !
SOUVENIR DE JEUNESSE
Un courrier reçu par l’un d’entre nous il y a quelques années[12],
nous fait découvrir les amusants dessous d’une autre démonstration
de fakirisme. L’auteur de ce courrier rapporte une expérience vécue
dans sa jeunesse, aux environs de 1927, qui lui avait permis de devenir
fakir amateur.
À cette époque, je vivais à Lagny-sur-Marne où mon père
possédait une des principales épiceries ; un jour est venu un « fakir »
pour s’exhiber une semaine durant sur un lit de tessons de verre et
dans un coffre scellé par huissier (Me Delaunay). Ses aides sont donc
venus à l’épicerie pour s’approvisionner en matière première et je les
ai accompagnés au dépôt de bouteilles cassées ; ils ont d’abord rempli
deux sacs et, quant au troisième, après l’avoir chargé à moitié, ils
l’ont pris chacun par une extrémité pour le secouer vigoureusement
et, à mon interrogation sur les raisons de cette pratique, il m’a été
répondu que « le patron n’était quand même pas assez fou pour
passer ses journées sur des tessons non émoussés »… Quant au coffre
scellé, il l’était effectivement, mais selon deux dimensions seulement,
la troisième, libre, permettant de faire coulisser deux panneaux pour
que, selon les mêmes aides, « le patron puisse aller dîner et dormir
dans un lit comme tout le monde » !
S’exhiber sur un lit de tessons de verre ne présente pas plus de
difficultés pour un fakir, comme pour tout un chacun, que de
s’allonger sur une planche à clous. Des étudiantes et des étudiants du
cours de zététique[13] de l’université de Nice-Sophia Antipolis intitulé
« Phénomènes paranormaux et méthodologie scientifique » ont déjà
effectué plusieurs fois une telle prouesse et, à part le courage de se
lancer dans un tel sujet d’examen et d’en faire la démonstration, le
risque est nul (ou presque).
À condition que la planche ait suffisamment de clous. Car tout le
secret de la planche à clous réside là : plus il y a de clous, plus la
planche est confortable. Personne, pas même un grand fakir indien, ne
pourrait s’allonger sur deux ou trois clous alors qu’il n’y a aucun
problème à le faire dès que la densité en devient telle que la pression
exercée soit suffisamment faible et, en conséquence, que les clous ne
pénètrent pas le corps.
POUR ÊTRE DOULOUREUX, C’EST DOULOUREUX
Si vous pensez que la planche à clous risque de faire un peu trop
commun, nous vous invitons à vraiment étonner votre entourage.
Prenez une longue aiguille d’acier, ouvrez votre bouche, sortez la
langue et faites comme l’un de nous :
Êtes-vous sûr de vouloir le tenter ? S’enfoncer la longue aiguille
d’acier au travers de la langue et, stoïque, montrer le résultat à son
entourage ? Après tout, rien ne vous y oblige, vous pourriez, tout
compte fait, plutôt continuer votre lecture tranquillement. Mais il faut
payer un peu de sa personne si l’on désire faire la démonstration de
ses pouvoirs de fakir. Le coup doit être rapide et puissant, comme le
cri que vous pousserez lorsque vous serez dans la douloureuse
situation montrée par la photo suivante :
Si vous pensez tenir le coup et que votre entourage ne tourne pas de
l’œil à votre première tentative, alors nous vous invitons…
… à ne pas tenter tout de suite l’expérience telle quelle, mais à
utiliser plutôt une autre aiguille qui aura la forme que vous voyez sur
la photo suivante. Tout le secret réside dans cette forme spécifique
d’aiguille avec une partie en U.
Vous pouvez, si vous le désirez, commencer votre démonstration
avec l’aiguille normale (entièrement rectiligne) afin de la montrer dans
son ensemble, mais il vous faut faire ensuite un échange par une
astuce de votre choix, comme une aiguille qui tombe (évidemment
celle que vous ramassez est l’aiguille en U) ou une aiguille que vous
nettoyez, que vous désinfectez, avec un coton imbibé de produit, et à
tant faire vous nettoyez aussi les autres aiguilles apparemment
identiques « qui vous serviront ensuite ». Évidemment, celle que vous
nettoyez juste avant de commencer votre expérience est celle en U.
L’échange exige un peu d’habitude et demande également une
« misdirection », c’est-à-dire attirer l’attention de l’assistance ailleurs
que là où se passent les choses importantes. Vous pouvez aussi
commencer votre démonstration directement avec l’aiguille en U en la
tenant entre pouce et index à l’endroit de la partie concave qui sera
ainsi totalement camouflée.
Entraînez-vous quelques instants devant une glace et vous verrez
que glisser sa langue dans la partie de l’aiguille en U sans que cela se
voie ne présente pas de grandes difficultés. Ensuite, les petits cris
d’horreur de l’assistance vous indiqueront clairement que votre
numéro est réussi.
Si vous voulez être un peu plus impressionnant ou un peu plus
sanguinolent − mais point trop n’en faut, n’oubliez pas −, vous pouvez
démontrer votre insensibilité à la douleur en vous tailladant les bras à
larges coups de couteau. Rien de plus simple ! Voici la clef du mystère
proposée par diverses personnes depuis de fort longues années : vous
préparez deux solutions saturées, l’une de thiocyanate de potassium et
l’autre de chlorure ferrique. Vous vous enduisez le bras de cette
dernière solution et vous le frappez avec un couteau dont la lame a été
humidifiée avec la première solution. De larges traces de « sang »
apparaissent là où le couteau frappe. Une fois le sang épongé, vous
pourrez même démontrer votre pouvoir psychique de régénération
cellulaire en éliminant toute marque et toute cicatrice.
A CANDLE IN THE DARK
L’astuce que nous venons de voir est un classique du genre
puisqu’on en trouve l’explication dans des ouvrages vieux de plus de
deux cents ans comme l’atteste le dessin suivant :
Nous avons là de quoi nous transpercer la tête, le corps, les bras…
Et ce truc classique est encore plus ancien puisqu’on en trouve une
description et un schéma dans un ouvrage sur les sorciers et leurs
capacités dites « surnaturelles » qui date du XVIe siècle. Ce livre, La
Sorcellerie démasquée, paru en 1584, est l’œuvre d’un personnage
actuellement oublié et qui pourtant mérite largement d’être (re)connu
et de passer à la postérité : Reginald Scot[14].
L’orthographe précise de son nom n’est même pas assurée puisque
la plaque de cuivre dans l’église de la Sainte Vierge Marie à Brabourne,
en Angleterre, où est censée se trouver sa tombe, porte le nom Scott,
avec deux t, et cette orthographe a été utilisée par la famille pendant
des générations[15]. Il semble que, sur des documents légaux, Scot ait
également orthographié son nom Scott. Il est né en 1538, ou avant, et
décédé le 9 octobre 1599.
Reginald Scot (ou Scott ou, peut-être, Scotte) représente réellement
« une lueur dans les ténèbres » (a candle in the dark[16]) et son
ouvrage La Sorcellerie démasquée − célèbre dans le milieu de la magie
et de l’illusionnisme par la vingtaine de pages qui traitent de tours de
magie − a connu une destinée spéciale : il fut frappé d’anathème et le
roi Jacques Ier d’Angleterre, ordonna sa destruction.
La Sorcellerie démasquée est un ouvrage particulièrement
courageux puisqu’il s’agit d’un traité rationaliste dont l’objectif
premier est la démystification des superstitions de son époque, en
particulier de la sorcellerie. Pour comprendre l’acharnement mis à
détruire ce livre, peut-être faut-il rappeler que le roi Jacques VI
d’Écosse − futur Jacques Ier d’Angleterre − était, lui, en 1597, l’auteur
d’un traité obscurantiste de démonologie !
Avec une méthode de recherche et d’analyse réellement scientifique
et une règle de base ancrée sur le scepticisme, l’ambition de Scot est
d’ouvrir les yeux de ses contemporains, essentiellement des juges
puisque c’est eux qui décident du (triste) sort des sorcières et des
sorciers. De plus, le livre XIII de son ouvrage constitue une mine
unique pour l’histoire de la magie, au sens d’illusionnisme, puisqu’il
nous rapporte de nombreuses techniques pour faire de véritables tours
de sorcier. Bon nombre de ces tours se retrouvent encore aujourd’hui
dans la mallette des illusionnistes.
On découvre ainsi le jeu des gobelets (une pièce ou une petite balle
qui passe mystérieusement d’un gobelet à l’autre), des manipulations
de pièces de monnaie (comment faire disparaître et apparaître des
pièces, comment faire ramper une pièce sur le sol, la faire sauter hors
d’un pot, comment fabriquer des pièces à double face, etc.), comment
faire passer une corde à travers son nez, sa bouche ou sa main,
comment libérer des perles enfilées sur une corde sans lâcher ses deux
extrémités, ou encore comment se planter un couteau à travers le bras,
la langue, se couper le nez (cf. illustration suivante). Le couteau de
gauche est pour la langue ou, avec une ouverture du U plus large, pour
le bras ; le couteau de droite pour le nez et le couteau du milieu est le
couteau normal, celui que l’on montre au début et à la fin.
Pour se planter un poinçon dans la tête, à travers la langue… Scot
décrit également tout ce qu’il faut (cf. illustration suivante). Le
poinçon de gauche est pour la langue, celui du milieu a une lame qui
rentre dans le manche et celui de droite sert à la présentation et, au
final, à percer du cuir pour bien montrer sa redoutable efficacité.
Si se planter une aiguille dans la langue ou se taillader le bras à
larges coups de couteau vous paraît trop peu, rien ne vous empêche de
faire encore plus fort et de représenter une décapitation. Scot nous
apporte alors la solution : la « décollation de Jean Baptiste » ou
comment couper la tête de quelqu’un, la déposer sur un plateau et
qu’elle soit toujours vivante, qu’elle parle[17]…
Un bon dessin valant un long discours, voici l’illustration d’origine :
La marche sur le feu…
Maintenant que vous êtes devenu un fakir tout ce qu’il y a de plus
présentable, nous ne résistons pas au plaisir de vous entretenir d’un
phénomène réputé extraordinaire qui exige des pouvoirs spéciaux au
moins aussi forts que ceux que vous venez d’acquérir : la marche sur le
feu.
Ce type de marche, sur des braises, sur des pierres chauffées au
rouge, se rencontre dans de nombreux pays de par le monde depuis
des époques reculées. Les États-Unis et l’Europe ont vu plus
récemment fleurir des séminaires qui permettent en un seul petit et
court week-end de maîtriser son « énergie vitale » et l’« alchimie du
feu » qui l’accompagne, cet enseignement s’achevant en apothéose par
une marche sur des charbons ardents. Et l’on explique que « de fortes
pensées peuvent jouer sur le tissu humain pour qu’il ne brûle pas
lorsqu’il est exposé à la chaleur ».
L’explication tient en réalité à quelques facteurs principaux résumés
sur la photo ci-dessus : le temps, l’isolation, l’état sphéroïdal, la
capacité calorifique et la conductivité thermique.
LE TEMPS
Lorsqu’on marche normalement, contrairement à une idée toute
faite, le temps de contact du pied avec le sol est faible, il est inférieur à
la demi-seconde à chaque pas. Bien sûr, lorsqu’on marche sur le feu,
on ne s’éternise pas sur les braises, personne ne s’arrête au beau
milieu pour prendre une pose avantageuse ou présenter son meilleur
profil à la caméra.
Cela dit, si l’on ne s’éternise pas, il ne faut pas non plus trop se
presser, il faut même éviter de courir car, lorsque l’on court, on se met
presque automatiquement sur la pointe des pieds et l’on présente alors
une surface plus petite (pour une même masse, celle de notre corps)
au contact des charbons et surtout plus sensible. La peau des orteils
est en effet généralement plus fine, moins cornée que le reste de la
plante des pieds.
L’ISOLATION
L’isolation que constitue une peau fortement calleuse sous les pieds
est certes un facteur utile − la corne protège correctement − mais non
nécessaire. Toutefois, si vous désirez tenter l’expérience, autant
marcher quelques semaines pieds nus avant le jour J de manière à
profiter de cette couche cornée.
L’ÉTAT SPHÉROÏDAL
L’état sphéroïdal − la caléfaction − est un autre élément
d’explication mais son rôle est très limité dans la marche sur le feu.
Qu’est-ce que l’état sphéroïdal ? Une expérience simple que vous
pouvez faire dans votre cuisine va vous montrer de quoi il s’agit.
Faites chauffer très faiblement une plaque de cuisson électrique
puis jetez dessus un dé à coudre d’eau. L’eau va s’étaler et s’évaporer
très rapidement, en moins d’une seconde. Si, en revanche, vous réglez
le chauffage de la plaque au maximum et attendez qu’elle soit devenue
rouge vif avant d’y jeter la même quantité d’eau, alors cette eau ne va
pas s’évaporer tout de suite. Vous pouvez déclencher un chronomètre,
vous serez surpris du temps que va mettre cette goutte à disparaître :
communément, plus d’une minute et demie !
La raison en est que l’eau n’est pas en contact direct avec la plaque
si celle-ci est très chaude ; un coussin de vapeur s’est créé
instantanément sous la goutte lorsque vous avez versé l’eau et cet
écran protège en quelque sorte la goutte d’eau puisque la vapeur a une
faible conductivité thermique, c’est-à-dire qu’elle transmet faiblement
la chaleur de la plaque vers la goutte d’eau.
Certains marcheurs s’humidifient les pieds avant de se lancer dans
l’angoissante épreuve pour tirer parti de l’état sphéroïdal. Bien que
chacun soit seul responsable de ses pieds, il paraît plus sûr, au
contraire, de les sécher avant la marche afin d’éviter qu’une braise
n’adhère au pied, ce qui serait évidemment bien douloureux.
L’état sphéroïdal n’est en fait pas réellement significatif dans la
marche sur le feu. Mais il le sera dans d’autres « miracles du feu ».
C’est ainsi qu’il intervient comme facteur principal si vous plongez −
en tremblant tout de même un peu − votre main délicatement dans du
plomb en fusion ou si vous passez votre langue sur une lame de
couteau chauffée à blanc[18].
CAPACITÉ CALORIFIQUE ET
CONDUCTIVITÉ THERMIQUE
Les deux raisons principales rendant possible la marche sur le feu
sont que les matériaux sur lesquels on marche ont une faible capacité
calorifique et surtout une mauvaise conductivité thermique alors que
nos pieds ont une assez bonne capacité calorifique[19].
Ce que l’on nomme « capacité calorifique » est la faculté plus ou
moins grande que possède un corps d’emmagasiner de l’énergie sous
forme de chaleur. La « conductivité thermique » est l’aptitude plus ou
moins grande que possède un corps de conduire, d’écouler dans un
sens ou l’autre, la chaleur.
Prenons l’exemple d’un poulet en train de cuire dans un four dont
vous avez réglé le thermostat à 200°Celsius. Au bout d’un moment,
tout, à l’intérieur du four, est évidemment à 200°Celsius. Or, lorsque
vous l’ouvrez, vous n’avez absolument pas peur de mettre votre main
dans l’air du four, air qui est pourtant à cette même température de
200°C ! En revanche, vous prenez garde de ne pas toucher le poulet,
lui aussi à 200°C ; et vous prenez surtout bien garde de ne pas toucher
le plat − toujours à 200°C − dans lequel se trouve le poulet. Tout le
monde sait d’instinct (et surtout d’expérience !) que des matériaux
différents portés à la même température peuvent avoir des capacités
de brûlage et des aptitudes de transfert de chaleur différentes. Le
poulet vous brûlera moins vite que le plat métallique dans lequel vous
l’avez placé…
Et si toutes les explications physiques qui précèdent ne vous
suffisent pas, il vous reste toujours la « force du livre[20] » !
En résumé, n’importe qui peut marcher sur des braises avec de
faibles risques de brûlure. Mais attention ! « Faibles risques de
brûlure » ne signifie pas « risques de brûlure faible ». Relisez bien
cette phrase. Ce sont les risques qui sont faibles ; si vous vous brûlez,
vous vous brûlez bien !
Ainsi, il n’est en rien nécessaire de faire appel à des explications
paranormales, parapsychologiques ou surnaturelles pour expliquer le
phénomène de marche sur le feu[21]. Plusieurs personnes, à des
époques différentes, ont d’ailleurs tenté, et réussi, d’autres expériences
« hors normes » : toucher du fer chauffé au rouge avec ses doigts, avec
sa langue, courir pieds nus sur du fer chauffé au rouge, plonger les
doigts dans du plomb, du cuivre jaune ou du fer fondus, ou bien se
laver les mains dans de la fonte en fusion à la sortie d’un fourneau[22] !
Bien sûr, il arrive que des participants à une marche sur le feu se
brûlent. Le pouvoir, ou non-pouvoir, mental ou psychologique de la
personne qui s’est brûlée n’y est pour rien, c’est simplement dû au fait
que tous les facteurs sont difficilement contrôlables. D’ailleurs, le fait
de savoir que la physique vous donne raison ne vous empêche pas
d’être bigrement nerveux avant le passage sur les charbons ardents. En
effet, on sait bien que, lorsqu’on connaît les principes impliqués dans
un effet, cela ne donne pas pour autant la connaissance des procédés
qu’il faudrait suivre pour prendre le minimum de risques. Et, pour
couronner le tout, les encouragements de votre entourage ne sont pas
spécialement faits pour vous desserrer les tripes : « Et si cela rate, ne
compte pas sur moi pour pousser le fauteuil roulant ! »
Rassurons-nous sur un autre plan, celui de l’efficacité de cette
chaude démonstration concernant les allégations de gourous et
consorts. Proposons par exemple aux soi-disants initiés disposant de
prétendus pouvoirs paranormaux qui leur permettraient de vaincre la
chaleur et le feu, de rester[23] un petit laps de temps[24] pieds nus sur un
objet bien plat, bien stable, qui serait à la même température que les
charbons dont ils tirent leur fierté. Cet objet serait une banale plaque
de cuivre… Initiés peut-être, mais pas fous, ils refuseront
certainement !
Un « torsionnaire » en démonstration…
Imaginons la situation. Vous êtes enseignant et vous pénétrez dans
l’arène que constitue un amphithéâtre d’un peu plus de deux cents
places. Face à votre public estudiantin, vous commencez votre cours.
Un cours un peu particulier, un cours sur « Les pouvoirs de l’esprit ».
Après force déclarations et affirmations introductives sur les pouvoirs
de psychokinèse qui auraient été démontrés par différents médiums,
vous vous lancez dans une diatribe sur ces pouvoirs exotiques qui
seraient curieusement réservés à quelques initiés. Et pourquoi
n’aurions-nous pas tous de tels pouvoirs ? Pourquoi penser qu’ils sont
le privilège exclusif des « élus », des « guides », des « médiums » qui −
comme leurs noms l’indiquent − ne sont en fait que des « moyens » au
service d’entités supérieures ? Doit-on vraiment avoir des neurones
spéciaux pour tordre clefs et petites cuillères ?
– « Tordre du métal par la simple action de son esprit, nous
devrions tous en être capables avec un peu d’entraînement… Pourquoi
ne pas tenter l’expérience ici, tous ensemble ? »
Vous tenez un brin de métal dans la main[25] et vous l’exhibez à la
ronde.
– « Nous allons essayer avec ce bout de fil de fer. Si vous êtes
d’accord, nous allons nous concentrer sur lui jusqu’à le tordre. Nous
allons même, avant, le déformer dans tous les sens pour lui donner
une forme vraiment quelconque. »
Vous le déformez donc. Vous conviez des étudiants des premiers
rangs à le déformer aussi. Vous tenez votre bout de fil de fer dans la
main.
– « Vous le voyez bien ? Tout le monde le voit ? Nous pouvons
commencer l’expérience ? Tout le monde le voit ? Oui ? Non ? Non !
C’est dommage ! »
Évidemment pas grand monde, hormis les plus proches étudiants,
ne peut percevoir clairement ce petit bout de fil d’environ 1 ou
2 millimètres de diamètre et une vingtaine de centimètres de long.
Alors vous glissez négligemment :
– « J’ai une idée… on va le mettre sur le rétroprojecteur allumé et,
ainsi, vous le verrez tous, même au fond de l’amphi. En tout cas, vous
verrez son image en grand sur l’écran. »
Vous posez votre fil tordu sur le rétroprojecteur.
– « Maintenant, concentrons-nous. Et nous allons voir si nos ondes
psychiques réunies peuvent avoir un effet ou non. Pensez fortement au
fil de fer ! Pensez fortement au fil de fer ! »
Pas grand-chose ne se passe et le fil de fer reste toujours très sage
tandis que les secondes, et même quelques minutes, défilent.
– « Après tout, peut-être n’avons-nous pas de pouvoir.
Concentrons-nous encore plus ! Une dernière tentative ! Pensez
fortement au fil de fer ! »
Et là, à la grande surprise de toutes les personnes présentes, on
aperçoit de visu un phénomène PK, un phénomène de psychokinèse :
le fil de fer frémit légèrement, frémit plus nettement, se plie, se déplie,
se contorsionne lentement tout seul et prend la forme d’un Z.
Ce que vos étudiants viennent de voir − et dont leur forte
concentration mentale ou la vôtre n’est en rien responsable −, c’est
tout simplement une application de l’« effet de mémoire de forme »
d’un métal particulièrement bien adapté pour ce genre de
présentation : du Nitinol, un alliage de Nickel et de Titane, élaboré par
le Naval Ordnance Laboratory (laboratoire du service du matériel de
la marine américaine).
L’effet mémoire de forme peut se résumer ainsi : on donne la forme
que l’on désire à un AMF (alliage à mémoire de forme), on maintient
cette forme tout en chauffant le métal et, après un brusque
refroidissement, ce métal peut être déformé à volonté assez largement
mais conserve néanmoins en mémoire la forme primitive qu’on lui a
donnée et qu’il retrouvera dès qu’il atteindra une certaine température
critique. Dans le cas que nous venons de décrire, la chaleur nécessaire
à cette transition est tout simplement apportée par l’ampoule du
rétroprojecteur.
Les fabricants d’alliages à mémoire de forme peuvent régler la
température critique sur une plage très large et cela permet de
nombreuses applications des AMF. Ces derniers servent ainsi de[26] :
– thermomarqueurs agro-alimentaires pour détecter des ruptures
dans la chaîne du froid ;
– manchons d’accouplement de tubulures permettant de faire une
jointure étanche par simple insertion des tubes à accoupler dans un
manchon d’AMF ;
– valves antifeu, détecteurs d’incendie, sécurités thermiques dans
des systèmes de chauffage ;
– amortisseurs divers en utilisant la superélasticité de ces
matériaux ; des centrales nucléaires utilisent également des plots
amortissants en AMF ;
– branches de lunettes superélastiques : si elles ont été tordues
accidentellement, on les passe sous l’eau chaude et elles retrouvent
leur forme d’origine ;
– arcs dentaires, fils dentaires superélastiques, beaucoup plus
faciles à poser sans avoir besoin de les retendre régulièrement ;
– agrafes médicales permettant de maintenir en place, par exemple,
les deux fragments d’un os brisé en utilisant simplement la chaleur du
corps humain : à basse température, l’agrafe est ouverte et se ferme à
la température corporelle.
Des alliages à mémoire de forme servent même à la protection
sismique de la basilique italienne de Saint-François d’Assise
endommagée par un séisme en 1997. En effet, l’intérêt des AMF a été
démontré dans ce cas bien particulier du risque sismique : ils
permettent d’amortir, d’absorber les chocs grâce à leur grande
flexibilité tout en soutenant les bâtiments du fait de leur solidité. Les
structures ainsi protégées peuvent résister à une secousse nettement
plus forte que celle qui détruirait un bâtiment équivalent renforcé par
des barres d’acier.
Bien sûr, les magiciens, les illusionnistes ne sont pas en reste et les
premiers tours de magie utilisant des métaux à mémoire remontent
déjà à plus de trente ans ! Et, lorsque le métal que vous possédez a une
température critique de l’ordre de 25°C, les applications permettant de
démontrer votre pouvoir de médium ayant un don de psychokinèse
deviennent vraiment nombreuses. Bien sûr l’application en
rétroprojecteur est assez concluante, mais la plus belle est peut-être de
déformer ce « vulgaire fil de fer » que vous venez de présenter et de le
placer sur votre main, paume largement ouverte dirigée vers le haut.
Vous amenez alors votre seconde main ouverte, paume vers le bas, au-
dessus du fil de fer et, sans jamais exercer la moindre contrainte sur
celui-ci, « par votre simple pouvoir psychique » − bien sûr la chaleur
dégagée par vos mains y sera en réalité pour beaucoup plus que votre
magnétisme de médium −, le métal va se tordre et prendre une forme
particulière comme un Z, un cœur ou un ressort.
Mais attention ! Ce qu’on vient de lire ne signifie pas
nécessairement que, lorsqu’on assiste à des démonstrations de
pouvoirs psychiques, tels que la torsion de cuillères ou de clefs à la Uri
Geller, on soit en présence de tels métaux à mémoire. La méthode
utilisée par certains médiums peut être différente et c’est là que l’on
touche du doigt la puissance malfaisante de bons prestidigitateurs qui
ont décidé de s’investir dans la duperie malhonnête.
Il existe des artistes de la prestidigitation. L’un d’entre nous (GC) a
pu apprécier l’habileté d’un artiste opérant dans un restaurant à la
mode des quais de la Seine qui lui a subtilisé la montre qu’il avait au
poignet. De nombreux clients ont été ainsi délestés de leur montre et
de leur portefeuille qui leur ont été évidemment restitués au bout de
cinq minutes.
Un médium peut donc emprunter à des spectateurs des clefs ou des
cuillères en les tordant subrepticement sans avoir à employer le
subterfuge de l’alliage spécial que nous avons décrit. L’un d’entre nous
(HB) a mis en œuvre ce tour avec ses étudiants : il leur demande de lui
confier leurs clefs et il détourne leur attention un laps de temps
suffisant pour leur rendre les clefs tordues. La méthode est discrète,
simple, efficace et rapide : on choisit, parmi celles qui sont présentées,
une clef qui possède un anneau[27] avec une grande ouverture qui
servira à faire un puissant bras de levier sur toute autre clef dont on
glissera simplement l’extrémité à l’intérieur. Les étudiants en restent
tout ébahis car ils ont l’impression qu’il a simplement effleuré leurs
clefs.
Comment certaines personnes n’attesteraient-elles pas en toute
bonne foi que leur clef, une clef parfaitement banale, « s’est tordue
sous l’effet de la force mentale du médium » ! À ceux qui ont des clefs
trop solides, il est toujours loisible de rétorquer que leur mental est
trop fort, position de repli du médium mais valorisante pour les sujets.
C’est dans ces tours de passe-passe que se manifeste la maestria d’un
prestidigitateur. Elle ne doit pas l’empêcher de rester honnête !
Un jour, Frédéric Joliot a entendu s’esclaffer de jeunes physiciens
pendant le repas. Il s’est enquis des raisons de leur gaieté. On lui
expliqua que l’un d’entre eux pouvait, par la force de son esprit, forcer
les autres à choisir dans une de ses mains une pièce d’une certaine
couleur. Trois séries de succès obtenus l’un à la suite de l’autre devant
des rationalistes sceptiques professionnels attestaient de la réalité du
pouvoir mental de l’opérateur. Frédéric Joliot sourit et dit : « Il triche.
Expliquez-moi comment il fait. »
Il importe peu que vous soyez toujours en mesure de mettre au jour
une supercherie. Votre maturité et votre expérience se mesurent à
votre capacité à ne pas gober les explications de phénomènes peu
communs, voire apparemment invraisemblables, sans faire appel à
votre esprit critique adossé aux acquis de la science et au volume
incommensurable de toutes les fables que l’humanité s’est laissée
conter pendant le dernier siècle.
Chapitre 3
LES COÏNCIDENCES EXAGÉRÉES…
Les prodiges de Dame Nature
Une licorne répondant au nom de Lancelot se promène
tranquillement dans le parc de Redwood en Californie. Fabuleux n’est-
ce pas ?
Si l’on y regarde de plus près, cette licorne est loin de l’image
mythique transmise de génération en génération puisqu’il s’agit
simplement d’un cabri. Mais pas n’importe quel cabri, puisque nous
sommes en présence du célèbre cabri de ce parc américain dont le
tissu, se formant au centre du front et donnant normalement
naissance aux cornes, ne s’est pas divisé et a donné une longue et
unique corne centrale.
Une revue de vulgarisation scientifique[28] nous faisait de même
découvrir, il y a quelques années, une tortue − bien vivante − avec…
deux têtes, ainsi qu’un serpent lui aussi doté de deux tels appendices.
Et que penser, dans le genre « merveille de la nature », de ce gros
lézard de près de 200 grammes et 60 centimètres qui traverse en
courant sur l’eau un lac de plusieurs centaines de mètres de large[29] ?
Les ressources insoupçonnées de la nature sont un réservoir
inépuisable de surprises pour l’Homo sapiens, tel ce basilic. Ses
défaillances, comme la tortue et le serpent à deux têtes, qui ne laissent
pas non plus de nous surprendre, n’en sont pas moins naturelles, et, si
elles sont anormales, elles n’ont rien de paranormal.
Le règne animal n’est pas le seul à recéler des merveilles. Le règne
minéral n’est pas en reste avec ce parallélépipède mystérieux, aux
arêtes vives de plusieurs centimètres de long et bien perpendiculaires
les unes aux autres. Un véritable objet usiné, digne de 2001 :
L’Odyssée de l’espace. Par quelle coïncidence extraordinaire le trouve-
t-on dans des couches archéologiques très anciennes, dans des
couches géologiques ? A-t-il été déposé là par des extra-terrestres pour
témoigner de leur passage sur notre Terre dans un passé lointain ?
Avant de se lancer dans ces affabulations, autant savoir que ce bloc
apparemment usiné est en fait on ne peut plus naturel puisqu’il s’agit
de pyrite, un sulfure de fer[30] qui cristallise en mode cubique.
Le règne animal, le règne végétal, le règne minéral nous offrent bien
des surprises et il y a certainement dans la nature plus de choses
extraordinaires à découvrir que ce que les tenants des « coïncidences
exagérées[31] » nous présentent comme surnaturel, « au-dessus » de la
nature.
Les coïncidences exagérées : le thème est lâché… Nous voudrions
montrer comment, à partir de réflexions et de calculs somme toute
assez simples, le roseau pensant qu’est l’homme est en mesure de
comprendre ces coïncidences et de se rendre compte qu’elles n’ont
souvent rien d’« exagéré ». En d’autres termes, nous voudrions
montrer que l’extraordinaire peut fort bien se produire − y compris
dans notre vie quotidienne − par une cause on ne peut plus naturelle.
Psychokinèse ? À vous de jouer !
UN BRILLANT ESPRIT ÉCLATANT
Le présentateur se tourne vers la caméra principale et, d’un air très
sérieux et enjôleur, regarde le téléspectateur droit dans les yeux en
déclarant : « Allez-y ! Allumez cinq ou six lampes à côté de vous ! »
Puis il se tourne vers le médium et demande : « Vous pensez
réellement pouvoir le faire ? » Après quelques moments d’hésitation,
le mage se prononce : « J’espère avoir suffisamment de concentration
ce soir, mais je ne suis pas dans les conditions vraiment idéales ; pour
produire ce genre de phénomène à distance, d’habitude je me retire
pendant plusieurs jours dans une solitude totale et une profonde
obscurité, après un jeûne strict. » Si jamais il échoue, le public le
mettra au compte des circonstances et non pas de ses compétences.
Et, pourtant, le médium n’échoue pas. Des ampoules grillent chez
les téléspectateurs qui regardent cette émission. Ils en font part au
standard téléphonique de la chaîne qui diffuse en direct cet
extraordinaire moment de culture. Le médium a donc bien réussi −
comme il le prétendait −, en concentrant sa puissance spirituelle sur la
matière, à griller des ampoules électriques à distance.
Extraordinaire, n’est-ce pas ? Pas si sûr ! Voyons les choses de plus
près !
Supposons que cette émission soit suivie par environ un million de
téléspectateurs − rappelons qu’une émission comme Mystères sur TF1
l’était par plus de dix millions de personnes ! − et qu’elle dure une
heure ou plus. Cela signifie qu’environ 5 à 6 millions d’ampoules ont
été allumées pendant une heure ou plus. Si des téléspectateurs n’ont
pas voulu jouer le jeu ou bien se sont lassés ou résolus au bout d’un
moment, par mesure d’économie, à éteindre quelques-unes de ces
lampes, cela peut nous ramener jusqu’à 2 millions de lampes allumées
pendant une heure.
Or la durée de vie moyenne d’une ampoule à incandescence est de
1 000 heures. Ce qui signifie que, pendant la durée de l’émission, il y
aura environ 2 000 lampes grillées[32] ! Le simple hasard explique
donc largement les nombreux coups de téléphone qui vont arriver au
standard pour témoigner du pouvoir du médium.
VOTRE FLUIDE TRAVERSE L”ESPACE
Imaginez que vous ayez été présenté à la télévision ou à la radio
comme un grand médium aux pouvoirs psychiques étonnants,
notamment de psychokinèse, vous permettant, entre autres mille
choses, de contrôler à distance la chute d’une pièce de monnaie.
Les téléspectateurs sont alors invités à tester votre pouvoir. Le
présentateur leur demande de se munir d’une pièce de monnaie et de
la lancer en l’air dix fois de suite, en notant à chaque fois de quel côté
elle est tombée.
Les téléspectateurs − rappelons-le, plus de dix millions pour une
émission comme Mystères ! − font leurs lancers devant l’écran
cathodique qui leur présente en gros plan votre visage crispé par votre
immense concentration mentale, force mimiques et soupirs à l’appui,
afin de transmettre votre fluide à travers l’espace. Et plus d’un million
de personnes (relisez bien le nombre !) chercheront à téléphoner
ensuite pour témoigner qu’effectivement, sous le contrôle de votre
pensée, leurs pièces ont été obligées de tomber préférentiellement
d’un même côté.
Le standard téléphonique « explose ». Le présentateur exulte, le
producteur se frotte les mains… Plus de 20 000 (oui vingt mille)
personnes jurent, témoignent, certifient et signent des deux mains,
que tous leurs lancers, oui tous sans exception, ont donné le même
côté de la pièce. Dix fois pile d’affilée, dix fois face d’affilée, ce qui est
impossible naturellement, bien sûr, tout le monde le sait.
Quels fabuleux pouvoirs vous venez de montrer là ! Nul doute que
votre cote ne monte d’un très gros cran. Et pourtant, votre fluide n’y
est peut-être pas pour grand-chose. Examinons la situation et
décidons de faire un lancer de pièces de monnaie. Voici le tableau que,
pour notre part, nous avons obtenu en lançant dix fois une pièce de
monnaie et en répétant cette expérience vingt fois, c’est-à-dire à la
place de vingt personnes, de Albert à Thérèse.
Pour chacune de ces vingt personnes, nous faisons le total des piles
(P) et des faces (F) obtenus et nous voyons alors que Marie a obtenu
8 fois pile et que Gérard, lui, a obtenu 9 fois face !
À VOUS DE JOUER !
Afin de vous persuader vous-même des possibilités de tels tirages,
nous vous présentons ci-dessous un tableau dans lequel vous n’aurez
qu’à reporter les totaux. La manière la plus simple de procéder est de
se munir de dix pièces de manière à éviter de lancer dix fois de suite
une seule pièce, comme nous l’avons fait précédemment. La démarche
est tout à fait équivalente. Il suffit de prendre en main les dix pièces,
de les mélanger puis de les jeter sur la table et de compter tout
simplement combien de piles et de faces ont été obtenus. Cela rendra
compte des dix lancers successifs qu’aurait fait une personne A. Vous
reportez alors dans le tableau les valeurs de face et pile obtenues pour
A et recommencez pour B, C et les autres.
≈ STOP ! ≈
Faites-le réellement. Interrompez votre lecture et allez chercher dix
pièces de monnaie et un stylo.
In fine, vous cochez les personnes qui ont obtenu huit, neuf ou dix
fois un même côté. Et le phénomène qui paraissait si improbable, si
« extraordinaire », sera tout simplement ainsi mis en évidence sous
vos yeux ; il se sera réalisé. Il y a en effet très peu de chances pour que
ce ne soit pas le cas. Contrairement à ce qu’on suppose a priori, la
probabilité d’obtenir un nombre important de fois le même côté n’est
pas si faible que cela. Le calcul[33] montre que nous avons près de 11 %
de chances d’obtenir au moins huit fois le même côté.
Si nous nous restreignons aux dix mêmes côtés, cela nous donne
quand même 1 chance sur 512[34]. Autrement dit, si seulement un peu
plus de cent mille personnes participent à l’expérience, il y aura
environ deux cents personnes qui obtiendront cette suite vraiment
extraordinaire : dix piles ou dix faces d’affilée.
L’illusion du petit effectif…
L’effet qui, très souvent, nous donne l’impression que quelque chose
qui se produit présente une faible probabilité d’occurrence, c’est-à-dire
« a peu de chances de se produire », est un effet qu’on peut appeler
l’« illusion du petit effectif ». On oublie très souvent que, si un
événement a peu de chances de se produire sur un petit nombre
d’essais ou un petit nombre de cas, il présente en revanche, lorsque les
essais ou les cas sont nombreux, une plus forte probabilité. Encore
faut-il être au courant de tous les essais, de tous les cas.
Dans le dessin qui suit, nous allons pénétrer au cœur des
sanctuaires de recherches parapsychologiques. Nous pourrons ainsi
découvrir onze médiums (ligne du bas) en train de se concentrer lors
d’une expérience dont nous laissons le choix du sujet, de la
méthodologie et de l’instrumentation à votre totale et entière
disposition. Il peut s’agir de divination de cartes, de vision lointaine
(remote viewing), de voyance sur photos, de télépathie avec des cartes
de Zener[35], cela n’a aucune importance, cela ne change rien à la
réflexion que nous allons mener.
Lors du premier test, quatre médiums échouent et sept réussissent.
Lors du deuxième test, deux médiums n’ont pas bien fait fonctionner
leurs pouvoirs psychiques et quittent donc la scène en laissant cinq de
leurs collègues plus doués (ou plus chanceux). Lors du troisième test,
de nouveau deux médiums n’ont pas été à la hauteur et laissent donc
trois autres poursuivre l’expérience. Lors du quatrième test, seul un
médium sur les trois réussit. Ce sujet est déclaré « époustouflant » et
lève donc les bras en signe de victoire.
Imaginons alors que ce médium ait réussi en fait à passer, par le
plus pur des hasards, des épreuves qui n’avaient rien de draconiennes,
qui présentaient environ une chance sur onze de réussir. Serait-il
toujours jugé aussi « époustouflant » ?
Pour en décider, il est nécessaire que toute l’information soit
disponible, en particulier que l’on soit au courant du fait qu’il y avait
au départ plusieurs médiums participant aux tests. Or, très souvent,
les résultats du médium doué sont les seuls publiés !
Cet exemple, simplifié et réduit en nombre de médiums comme en
nombre de tests, montre bien qu’il est nécessaire, dans un type
d’expérience donné, de bien connaître le point de départ et tous les
résultats car le jugement et la conclusion doivent évidemment s’établir
sur l’ensemble des données et non sur un sous-ensemble, sur une
partie restreinte quelle qu’elle soit.
La sélection des sujets ou des données est un des points clefs
auxquels on doit s’intéresser lorsqu’on aborde les expériences dites de
« parapsychologie ». Le contexte de ce genre d’expériences, dans
lequel la sélection en question est partie prenante, induit un type
d’incertitude souvent ignorée ou négligée. Or il faut rappeler que
l’incertitude sur une donnée est tout aussi importante que la donnée
elle-même, puisqu’elle décide de la fiabilité que l’on peut accorder à
cette dernière et, par voie de conséquence, de la fiabilité à accorder à la
théorie reposant sur ce résultat.
La sélection des données, par exemple, doit être examinée sous tous
ses aspects, y compris sous l’aspect un peu particulier que nous
montrons, à savoir la non-publication des données négatives. Irving
Langmuir (prix Nobel de chimie 1932) raconte[36] que son neveu David
Langmuir avait fait, avec quelques collègues, plusieurs milliers de
tirages de cartes façon Rhine[37] et que, ayant obtenu un « retour à la
moyenne », donc quelque chose de tout à fait normal, « ils n’ont pas
écrit à Rhine et n’ont pas publié sur le sujet ».
Mais, bien sûr, il n’y a pas que des erreurs involontaires et des
conclusions erronées dues à l’illusion du petit effectif. Il y a également
quelquefois des oublis ou des éliminations volontaires de données
contredisant l’hypothèse parapsychologique de départ ; nous sommes
alors en face de données trafiquées. Bien que, très souvent, les
personnes enquêtant sur ces sujets dits « paranormaux » évitent de
formuler trop clairement ou abruptement les constats qu’elles font et
se servent alors de périphrases qui noient le poisson, il est encore utile
de rappeler que la fraude semble bien une des sources principales
(sinon la source principale) de résultats en recherche
parapsychologique[38].
Irving Langmuir a ainsi témoigné que Rhine, qu’il a rencontré et
avec qui il a longuement discuté, avait dissimulé des centaines de
milliers de résultats négatifs ! Son jugement est sans appel : « Aucun
homme sain d’esprit ne pourrait écarter des données de la manière
dont Rhine l’a fait… Aussi je ne tiens pas en très haute estime ses
travaux. »
L’illusion du petit effectif a donc deux sources. Soit une erreur de
méthode ou de rapport d’expérience commise en toute bonne foi par
l’expérimentateur qui ne maîtrise pas ses propres données, soit une
malhonnêteté intellectuelle, une mauvaise foi, qui conduit à
l’élimination volontaire de résultats négatifs. On trouve là l’origine des
découvertes sensationnelles qui ont fait pendant de longues années les
délices des chasseurs de mystères invalidant la « science officielle ».
Paradoxal ? Vous avez dit paradoxal ?
Il y a quelquefois − pas souvent, mais quelquefois − des choses qui
apparaissent normales, habituelles, authentiques et sur lesquelles
personne ne s’interroge alors qu’elles sont plutôt surprenantes,
bizarres, paradoxales ou fausses et relèvent de l’anormalité la plus
criante.
Il y a souvent − pas quelquefois, souvent − des événements qui
semblent relever de l’incroyable, de l’extraordinaire, du paradoxal, qui,
« normalement », ne devraient pas se produire, mais qui, en réalité,
lorsqu’on les examine d’un œil un peu plus exercé, se fondent dans la
normalité la plus banale.
Quelques petites incursions du côté d’Alice au Pays des Merveilles
nous feront mieux comprendre.
VROUM !… VROUM… ! BANG !
Quoi de plus normal que de vibrer à l’unisson avec les basses
profondes qui emplissent la salle de cinéma lorsque, sur le grand
écran, le vaisseau spatial quitte la station et fonce dans l’espace
intersidéral ou se lance dans une folle attaque de l’Étoile noire où se
tapit la Force Obscure ? La salle − et nous avec elle − vibre sous la
poussée des moteurs crachant leurs décibels et se laisse prendre au
spectacle grandiose du ciel étoilé.
Et pourtant… Dans le vide spatial, il n’y a pas d’onde sonore qui
puisse se propager puisque cette dernière nécessite évidemment un
milieu comme l’air par exemple. Il est donc paradoxal de ne point être
choqué d’entendre le bruit des explosions. En d’autres termes, on ne
devrait rien entendre mais, dans le silence le plus complet, voir le
fabuleux vaisseau s’éloigner et ses tuyères briller.
CE N’EST PAS FLAGRANT
Pour rester dans l’espace, tournons nos regards vers des vidéos de
reportage sur les missions lunaires. Qui n’a vu le drapeau américain,
planté par les astronautes d’une mission Apollo, claquer dans le vent ?
Or, sur la Lune, il n’y a pas d’atmosphère, donc pas de déplacement
d’air ou de tout autre fluide gazeux, donc pas de vent et pas plus de
possibilité qu’un drapeau claque dans le vent !
Inutile de se lancer dans des hypothèses délirantes comme celles
qui ont cours aux États-Unis et qui affirment que les missions lunaires
sont un gigantesque bluff et que tout a été tourné en studio (The Moon
hoax). Le claquement du drapeau planté sur la Lune, que l’on a pu
voir, provient du fait qu’une tige perpendiculaire à la hampe a été
ajoutée pour que le drapeau tienne à plat et soit ainsi présentable,
sinon, faute de vent justement, il pendrait tout le temps comme un
vulgaire chiffon. Or l’astronaute a fortement secoué la hampe lorsqu’il
l’a plantée dans le sol et donné une impulsion à la tige horizontale qui
s’est propagée au drapeau. Et le fait qu’il n’y a pas d’atmosphère
permet au drapeau de se mouvoir sans amortissement et donc de
claquer quelques instants encore plus vaillamment !
Conclusion : le drapeau a claqué, mais pas sous le vent !
LEVER DE TERRE VU DEPUIS LA LUNE
La photo que nous vous avons présentée dans l’introduction
générale est quelquefois accompagnée d’une légende parlant du
« lever de Terre vu depuis la Lune ».
Bien que le lever de la planète bleue grouillante d’eau et de vie
observé depuis son satellite naturel désertique et couvert de cratères
soit particulièrement beau, exaltant et fortement émouvant… il est
vraiment « paradoxal ». En effet, aucun astronaute n’a jamais observé
ni n’observera jamais un tel spectacle, car il est tout simplement
impossible. La Terre, vue depuis la Lune, ne se lève pas. « La Lune,
vue depuis la Terre, se lève et se couche ; il est donc normal qu’il en
aille de même pour la Terre vue depuis la Lune » : voilà grosso modo
le raisonnement sous-jacent. Mais c’est un raisonnement erroné.
La Lune présente en effet toujours la même face (à peu de choses
près[39]) vers la Terre, ce qui signifie nécessairement que, lorsqu’on est
sur la Lune, en un point donné, la Terre occupe une position fixe et il
n’y a évidemment ni lever ni coucher de Terre[40]. Un astre immuable
en quelque sorte pour les Sélénites qui nous observent.
UN DRÔLE DE GROUPE
Il y a environ un quart de siècle s’était formé un groupe scientifique
américain dénommé le STURP : « Shroud of TUrin Research
Project ». Ce groupe était une association pour l’étude du saint suaire
de Turin comprenant quarante membres parmi lesquels trente-neuf
croyants et un seul agnostique. Tout paraissait normal.
Bien que cela ne parût pas évident à l’époque, il pouvait être
légitime, uniquement au vu de la composition du groupe, de se poser
des questions sur sa crédibilité au sujet de l’hypothétique linceul du
Christ[41] dont la signification religieuse n’échappait à personne. Un
simple calcul de probabilité montrait que, si l’on tirait au hasard
quarante scientifiques parmi les milliers que comptent les États-Unis,
on aurait sept chances sur un million de milliards (oui, un 1 suivi de
15 zéros) d’obtenir un groupe de quarante scientifiques comprenant
trente-neuf croyants[42] !
À titre indicatif, nous rappellerons que la probabilité d’obtenir les
six bons numéros au Loto en jouant une grille est de 7.10-8, soit sept
chances sur cent millions (environ une chance sur quatorze millions),
c’est-à-dire qu’il y a dix millions de fois plus de chances de gagner au
Loto que d’obtenir, par pur hasard, un groupe composé comme le
STURP ! Le calcul de probabilités nous donnait donc, dans le cas de
cette association prétendument scientifique, une indication forte qui
aurait dû amener les gens à prendre certaines affirmations des
dirigeants du STURP avec de grandes pincettes.
UN CHOIX PARADOXAL
Par les temps qui courent, les candidats aux élections aiment bien
souvent avoir des résultats de sondages pour les conforter dans leurs
comportements, leurs analyses, leurs programmes et leurs
présupposés. Trois candidats sont en lice : A, B et C. Un sondage est
fait auprès des électeurs afin de savoir comment ils classent les
candidats par ordre de préférence décroissant.
Mille personnes sont interrogées et l’ensemble des résultats obtenus
lors de ce sondage se trouve dans le tableau ci-dessous.
Ainsi, dans la première colonne, nous pouvons voir que
385 personnes préfèrent A à B et B à C.
Nous avons 385 + 205 + 25 soit 615 personnes sur 1 000, soit
61,5 %, qui, d’une manière ou d’une autre, préfèrent A à B. Avec un tel
résultat, aucun problème donc pour l’élection si A est confronté à B.
De la même manière, nous voyons que 385 + 370 + 5 soit
760 personnes sur 1 000, c’est-à-dire 76 % des personnes interrogées
préfèrent B à C. Le plébiscite est tel que B n’a pas de souci à se faire s’il
est confronté à C, il l’écrasera à plate couture.
Résumons la situation : A est préféré à B par 61,5 % des personnes
(A > B), et B est préféré à C par 76 % des personnes (B > C). Il
semblerait que l’on puisse logiquement en déduire que A sera préféré à
C (A > C).
Regardons de plus près. A est préféré à C par 385 + 25 + 5 soit
415 personnes, alors que C est préféré à A par 370 + 205 + 10 soit
585 personnes ! Donc, contrairement à ce que l’on pensait pouvoir
logiquement déduire de nos deux premiers constats, C est préféré à A
par 58,5 % des personnes sondées.
Ce petit paradoxe, le paradoxe de Condorcet, qui peut apparaître
dans des situations de choix sur la base de trois critères, est
surprenant parce que l’on suppose qu’une relation exprimée en termes
de préférence est toujours transitive[43], ce qui n’est pas le cas. Une
relation de préférence n’est pas une relation d’ordre au sens
mathématique.
VOUS AUSSI, VOUS ÊTES SCORPION ?
C’EST EXTRAORDINAIRE !
Bien sûr, si lors d’une réunion et en discutant avec votre voisine de
table vous vous rendez compte que vous partagez avec elle − quel
merveilleux hasard ! − la même configuration céleste, vous pouvez
vous ébahir à gorge déployée tout en remarquant dans votre for
intérieur que le nombre de signes astrologiques étant limité à treize (et
non à douze comme le croient certains astrologues), se trouver un
signe commun ne relève en rien du miracle.
En revanche, si, dans cette même réunion et en discutant toujours
de choses et d’autres avec votre charmant(e) voisin(e), vous vous
découvrez un jour de naissance commun, alors il est peu probable que,
tout sceptique endurci que vous soyez (ou pensiez être) sur les choses
de la vie, vous ne voyiez point là un signe du destin.
La probabilité pour que, lors d’une réunion quelconque, nous ayons
au moins deux personnes du groupe des « mêmes jour et mois de
naissance » est assez difficile à estimer mais nous pensons a priori
qu’elle est très faible. C’est pourquoi, lorsque cela se produit, nous ne
pouvons pas nous empêcher de nous exclamer que c’est
extraordinaire.
Est-ce vraiment miraculeux ? Prenons un groupe de soixante
personnes. Un calcul[44] montre que la probabilité pour que, dans un
tel groupe, il y ait au moins deux personnes nées le même jour est en
fait supérieure à 99 %. Oui, vous avez bien lu, il y a plus de 99 chances
sur 100 pour que cela se réalise. C’est le contraire − à savoir que, dans
ce groupe, nous n’ayons pas deux personnes nées le même jour − qui
serait donc réellement surprenant.
Soixante personnes, cela vous paraît trop grand ? Soit. Prenez alors
un groupe de cinquante personnes et vous avez tout de même 97 % de
chances pour que deux personnes au moins soient nées le même jour.
Pour un groupe de quarante personnes, la probabilité est de 89 % et
pour trente-cinq personnes réunies, nous avons 81 % de chances que
cela se réalise. Pour un petit groupe de vingt-trois personnes nous
sommes encore à 50 % de chances. Et si vous vous contentez d’une
égalité de date de naissance à un jour près − ce qui reste bien
surprenant, n’est-ce pas ? − alors la probabilité de 50 % de chances est
atteinte et dépassée pour quatorze personnes seulement !
Et toutes ces probabilités s’appliquent aussi bien lorsqu’on parle de
dates de décès ou de tas d’autres sujets…
ET POURQUOI PAS, CONCRÈTEMENT,
SUR LE TERRAIN ?…
Afin de vous assurer que, aussi paradoxal que cela puisse paraître,
les chiffres que nous venons de donner sont on ne peut plus sérieux,
nous vous offrons ci-dessous un calendrier qui vous servira à cocher
directement les jours et mois de naissance des soixante prochaines
personnes que vous rencontrerez.
Faites réellement l’expérience. La surprise est au bout des dates
cochées !
Séisme en astroland
Si l’on nous annonce qu’un astrologue a prédit avec succès certains
jours où il y a eu des séismes, cela peut en surprendre quelques-uns et
en conforter d’autres dans l’idée que cette personne a des dons
manifestes de voyance. Si l’on nous dit que sur une période de trois
ans − années 1994, 1995 et 1996 − elle avait prévu 169 jours sismiques
et qu’il y en eut effectivement 33, alors nous commençons à être
admiratif devant sa clairvoyance.
Est-ce bien raisonnable ? Est-ce surtout justifié ? Si l’on prend en
considération les seuls séismes correspondant à une magnitude
supérieure ou égale à 6,5, ou ayant causé des décès, blessures ou
d’importants dommages matériels, nous en trouvons 196[45] à travers
le monde de 1994 à 1996.
Nous avons maintenant de quoi réfléchir sur des bases un peu plus
solides pour aborder le problème suivant : quelle est la probabilité
que, par pur hasard, 33 des 169 jours sismiques prévus sur une
période de 1 096 jours couvrant les trois années en question tombent
sur des jours où des séismes se sont effectivement produits ? Nous
dispenserons le lecteur des calculs : la probabilité cherchée vaut
environ 7,1 %.
On pourrait trouver que cette probabilité est faible et donc accorder
son crédit aux prévisions astrologiques. Mais l’astrologue en question
n’avait pas annoncé à l’avance qu’il allait obtenir 33 succès. S’il avait
obtenu 37 succès ou 41 ou 53 ou n, cela aurait toujours été compté en
sa faveur, donc la question pertinente est : quelle est la probabilité
d’obtenir au moins 33 succès ? Cette probabilité, qui est la somme de
toutes les probabilités depuis celle d’obtenir 33 succès jusqu’à celle de
la réussite totale avec 169 prédictions exactes, vaut 30,5 %, ce qui n’est
plus du tout faible !
Un bon dessin valant parfois mieux qu’un long discours, nous vous
offrons le graphique représentant la probabilité[46] pour chacun des cas
possibles, depuis 0 jour prévu correctement jusqu’à 169 jours prévus
correctement.
Ce qui est intéressant sur ce graphique, c’est qu’il permet d’affirmer
que ce qui aurait été vraiment extraordinaire, anormal, de la part d’un
astrologue, eût été de se tromper tout le temps. En effet, n’avoir
aucune réussite est un résultat réellement époustouflant puisque sa
probabilité d’occurrence est ridiculement faible. De même, la
probabilité de n’avoir qu’un nombre de réussites très faible, moins
d’une dizaine − la courbe le démontre − aurait été également hors du
commun et aurait pu mettre en évidence un réel pouvoir, de
« misprédiction » pour ainsi dire, de la part de l’astrologue en
question.
Il est aussi intéressant de constater que, si l’on prend l’ensemble des
événements qui ont une probabilité égale ou supérieure à 1 %, il
délimite (cf. graphique) une zone qui va de 21 à 39 réussites et possède
une probabilité totale d’un peu plus de 96 % (0,963 précisément).
Autrement dit, vous pouvez vous établir gourou, voyant ou astrologue :
en prédisant complètement au hasard, sans le moindre pouvoir
psychique aussi petit soit-il, 169 journées de séismes sur trois ans,
vous avez un peu plus de 96 chances sur 100 d’obtenir entre 21 et
39 succès ! Rien ne vous obligeant à rappeler au public vos prédictions
fausses, vous avez ainsi largement de quoi vous assurer une belle
réputation de médium sérieux.
Prémonitoire ?
Imaginez cette situation. Vous êtes tranquillement allongé(e) dans
votre lit. Il est 6 h 04 du matin et vous somnolez encore ; vous émergez
à peine et une idée lancinante imprègne votre esprit : vous pensez à
votre cousin germain avec qui vous faisiez les quatre cents coups dans
votre jeunesse et que vous n’avez plus vu depuis des années, depuis
qu’il s’est installé à l’étranger. Vous n’aviez plus pensé à lui depuis très
longtemps.
Il est maintenant 6 h 08. L’horripilante sonnerie du téléphone
retentit et, tant bien que mal, vous décrochez le combiné pour
apprendre une triste nouvelle : votre cousin germain est décédé. Dans
un tel cas, personne ne peut s’empêcher de faire le rapprochement.
Voilà bien la preuve tant attendue que les prémonitions existent ! Qui
pourrait le nier ? Une telle coïncidence est impossible. Les mourants
envoient peut-être des messages télépathiques à des vivants, etc.
Examinons donc ce cas d’un peu plus près. Le problème auquel
nous sommes confrontés peut se formuler en ces termes : quelle est la
probabilité pour que, ayant pensé à une personne, nous apprenions
dans les cinq minutes qui suivent, par pur hasard, hors de toute
influence paranormale, d’une manière ou d’une autre, son décès ?
Pour résoudre ce problème concrètement, il nous faut connaître deux
choses : le nombre de personnes dont on apprend le décès, par
exemple en une année, et le nombre de fois où l’on pense à ces
personnes pendant ce même laps de temps.
Prenons donc des estimations très faibles pour donner encore plus
de crédit à notre résultat.
Première estimation : on connaît − « connaître » au sens large,
comme un individu lambda connaît le président de la République −
dix personnes dont on apprendra le décès au cours de l’année.
Deuxième estimation : on pense une fois seulement à chacune de
ces personnes sur ce même laps de temps d’un an.
Considérons une personne précise parmi les dix à qui nous avons
pensé dans l’année. Quelque part, n’importe où cette année, se situe
l’instant pendant lequel nous avons pensé à elle. Sachant qu’une année
représente 105 120 intervalles de cinq minutes, combien de chances
avons-nous pour que la connaissance de son décès nous soit donnée
dans la petite case de cinq minutes où se situe la pensée que nous
avons eue ?
Si l’on jetait une boule au hasard, les yeux fermés, sur un échiquier
de 105 120 cases dont une seule est rouge, combien aurait-on de
chances de tomber pile sur cette case rouge ? La réponse est bien sûr
1 chance sur 105 120. C’est-à-dire une probabilité très faible.
La prémonition existe donc ? Ne nous précipitons pas de conclure.
Tout d’abord, il faut traiter aussi le cas des neuf autres personnes qui
restent et dont on apprendra également le décès dans l’année. Pour
chacune de ces personnes, la probabilité de l’événement « pensée-
connaissance du décès » se calcule de la même manière et la valeur
obtenue est évidemment la même : 1 chance sur 105 120. Conclusion :
la probabilité totale qu’un tel événement se produise − somme de
l’ensemble de ces dix probabilités − est donc de 1 chance sur 10 512. Ce
qui est toujours faible.
Mais il faut alors se rappeler que nous n’avons rien de vraiment
exceptionnel et que nos voisins ont également un encéphale et qu’ils
peuvent donc penser eux aussi. Ce qui revient à dire que, sur
l’ensemble de la population française, hormis les tout petits enfants,
nous aurons un nombre de personnes à qui un tel événement arrivera
dans l’année qui se monte à : 1/10 512 multiplié par 55 millions, soit
5 232 personnes ! Le simple hasard offre ainsi plus de dix cas[47] de
prémonition de ce type chaque jour en France ! De quoi largement
alimenter la légende, surtout si l’on se souvient que nos hypothèses de
départ sont vraiment basses et que la valeur réelle est donc nettement
supérieure à celle trouvée. En d’autres termes, il est quasiment
impossible de ne pas trouver parmi nos connaissances une personne à
qui une telle chose est arrivée.
Ce type d’événement prémonitoire est donc très répandu et ne
présente aucun élément de paranormalité. Que, par pur hasard, il ne
se produise pas, c’est ça qui serait vraiment paranormal !
Halo solaire, comète… signes du ciel
Au mois de mai 1995, l’un d’entre nous aperçoit dans le ciel en
sortant de chez lui un phénomène atmosphérique rare : un grand halo
solaire d’environ 90° d’ouverture. Le Soleil était entouré d’un large
anneau lumineux dû principalement à la réfraction de la lumière dans
les petits cristaux de glace en suspension dans l’atmosphère. Après
être retourné chercher son appareil photo, il prend plusieurs clichés
afin de pouvoir montrer ce surprenant phénomène à ses étudiants.
Vraiment incroyable, n’est-ce pas ? Tomber sur un phénomène
aussi rare en sortant tranquillement de chez soi ! Ce phénomène a une
faible probabilité de se produire[48] mais l’événement vécu est-il
réellement aussi extraordinaire que cela ?
Le phénomène est surprenant, certes, mais tout autre phénomène
hors de l’ordinaire aurait pu mériter une photo. Et de tels autres
phénomènes sont innombrables : deux halos célestes circulaires qui se
coupent… un nuage en forme de Christ… des nuages en forme de
vélo… de voiture… une arche nuageuse lumineuse… des nuages
lenticulaires… le Soleil encadré de deux « faux Soleils[49] »… de la pluie
sous un ciel sans nuage… des grêlons énormes… du givre à midi… une
pluie de grenouilles… un chat et un chien côte à côte sur le toit… une
famille de geckos bien alignés sur le rebord de la fenêtre… un saint
suaire placardé par le vent sur le mur de la maison voisine[50]… un
sanglier qui déboule sur la route goudronnée… une tornade bien
visible et bien localisée… une boule de feu se déplaçant lentement à
proximité du sol… et pourquoi pas, dans cette liste de petites folies, un
gentil raton laveur ? Sans compter évidemment… une éclipse de Soleil.
À ce propos, un autre phénomène étrange s’est d’ailleurs produit.
Il y a quelque temps, il y eut dans le Sud-Est une nuit véritablement
extraordinaire, remplie de monstrueux éclairs de chaleur, tellement
monstrueux qu’ils semblaient annonciateurs de fin du monde incitant
de nombreuses personnes à téléphoner aux sapeurs pompiers et
surtout aux divers médias régionaux. Le grand quotidien de la région
ne s’est d’ailleurs pas privé de titrer largement sur ce phénomène :
« Nuit électrique sur la Côte d’Azur ».
C’était la nuit du 10 au 11 août 1999. Comment, cela ne vous dit
rien ? Mais, voyons, c’était la nuit précédant la célèbre éclipse de Soleil
du 11 août 1999 qui a tant fait parler d’elle, tant fait couler d’encre et
tant fait dire de bêtises à de grands couturiers et autres pythonisses.
Par le plus grand des hasards[51], un phénomène météo très particulier
avait donc eu lieu la veille de cette éclipse mémorable et les gens se
sont sentis angoissés par cette curieuse proximité…
Les coïncidences extraordinaires se produisent en fait à tout bout de
champ, elles sont très nombreuses dans la vie quotidienne, chacun
aura certainement un exemple à donner. Pour ne pas faillir à la règle,
voici ce qui est arrivé par une belle nuit, au début du mois d’avril 1997,
à l’un d’entre nous.
Ce soir-là, Henri Broch avait décidé de faire quelques diapositives
de la comète de Hale-Bopp. Cette comète, découverte en 1995 par Alan
Hale et Thomas Bopp et visible à l’œil nu, avait atteint une luminosité
maximale et était donc assez facile à photographier sans faire appel à
du matériel sophistiqué. Et autant faire le cliché tout de suite car, pour
un autre passage, il faudra attendre quelque 2 700 ans. Appareil photo
sur pied… comète visée vers le nord-ouest au-dessus d’un toit…
déclenchement… pose longue automatique. L’appareil mesurant lui-
même, en temps réel, la quantité de lumière qui atteint la pellicule
photographique, plus rien ne peut être changé. Il suffit d’attendre.
Et le résultat, vous pouvez le voir sur la photographie ci-dessous.
La grande traînée lumineuse qui zèbre la photo de gauche à droite
et disparaît derrière le toit n’est évidemment pas celle de la comète qui
est au centre de l’image. C’est l’enregistrement de la trajectoire d’un
avion (absent du cadre de visée au moment du déclenchement) qui est
venu, par un hasard incroyable, « tangenter pile » la tête de la comète !
La probabilité d’un tel événement est évidemment infime, encore
que, sur le nombre de personnes dans le monde qui ont
photographié − et photographié de nombreuses fois − cette comète, et
sur le nombre d’avions qui gravent leur sillage dans nos cieux la nuit,
la probabilité d’un tel événement n’était peut-être pas si infinitésimale
après tout.
Mais le point le plus important, c’est qu’il n’était pas décidé à
l’avance que cet événement particulier devait être enregistré. Tout
autre événement improbable aurait parfaitement fait l’affaire et nous
aurait autant surpris puisque improbable : un seul petit nuage dans le
ciel qui cache la comète… l’explosion de la comète enregistrée en
direct… un hélicoptère équipé d’un puissant projecteur traversant la
zone de ciel photographiée (il y a un camp militaire pas très loin)… un
chat bousculant le pied de l’appareil photo et le développement
montrera un ciel vide de comète… un chat montant sur le toit et
s’immobilisant juste sous la comète… un petit tremblement de terre (il
y en a dans la région) faisant vibrer le pied de l’appareil photo et le
résultat sur la prise de vue est très curieux… un pétard de feu d’artifice
coloré lancé par un voisin qui fête un événement quelconque
(l’anniversaire de son fils ou le passage de l’astre chevelu) et la traînée
lumineuse encadre la comète… ou encore l’appareil photo est en panne
juste ce soir-là.
Du halo solaire à la comète tangentée en passant par la nuit
électrique la veille d’une éclipse, tous ces événements improbables ont
par définition, comme leur adjectif l’indique, une faible probabilité de
se produire. Et c’est ce qui fait que, lorsque l’un d’entre eux arrive, on
s’exclame tout aussitôt que c’est extraordinaire. Oui, mais rien
n’indiquait à l’avance que c’était cet événement bien précis qui allait se
produire. Et l’on se serait exclamé de la même manière pour tout autre
événement improbable.
Il faut bien comprendre que, lorsque l’un ou l’autre de plusieurs
événements extraordinaires indépendants peut se produire, la
probabilité pour qu’un événement extraordinaire non précisé à
l’avance se produise correspond en fait à la somme des probabilités de
chacun de ces événements spécifiques pris séparément. Et une faible
probabilité + une faible probabilité + une faible probabilité + etc., cela
peut faire une probabilité non négligeable, sinon forte.
En d’autres termes, qu’un événement improbable défini arrive,
c’est, comme son nom l’indique, fort peu probable. En revanche, qu’un
événement improbable quelconque arrive, ça, c’est probable !
La gradation du risque
Il est − comme nous venons de le voir − intuitivement difficile de se
rendre compte que des événements improbables, c’est-à-dire dont les
chances de réalisation sont très faibles, sont en fait en nombre tel que
la réalisation de l’un quelconque de ces événements atteint une
probabilité assez forte et que, en conséquence, nous assisterons quasi
nécessairement à l’un d’entre eux. De la même manière, il est très
difficile d’évaluer les risques que l’on encourt quotidiennement,
hebdomadairement ou sur une période quelconque, lorsqu’ils sont
petits, même s’ils se cumulent dans un seul domaine.
Le mathématicien Sam Saunders (Washington State University) l’a
explicité[52] de manière assez claire à l’aide d’un petit batracien et de
quelques cigarettes. Prenez une grenouille et placez-la dans de l’eau
chaude. Elle cherchera à s’enfuir instantanément. Mais si vous la
placez dans de l’eau à température ambiante, elle restera bien
sagement dans ce liquide… que vous pourrez alors commencer à
chauffer sans aucune réaction de la part du batracien. Petit à petit,
vous pourrez ainsi augmenter fortement (mais lentement) la
température de l’eau et la grenouille demeurera tranquille jusqu’à ce
qu’elle soit cuite ! En d’autres termes, une variation brusque de
température la fera réagir alors que la même augmentation par petits
bonds sur un intervalle de temps plus long ne provoquera chez elle
aucune réaction.
Il en va de même chez l’humain. Nous ne parlons pas de plonger vos
proches et vos voisins dans une grande poêle gorgée d’eau, nous
voulons simplement signifier que nous ignorons souvent
l’accumulation graduelle de risques dans notre vie quotidienne.
Intéressons-nous par exemple à la consommation de cigarettes.
Supposons que, contrairement à toutes les données disponibles, nous
ayons des cigarettes absolument inoffensives à tout point de vue. Ces
cigarettes d’un nouveau type n’ont strictement aucun effet néfaste sur
la santé, à part un seul petit inconvénient, en fait très rare mais dont il
faut tout de même parler. Il se trouve que le procédé de fabrication est
tel que, tous les 20 000 paquets de cigarettes, il y en a un contenant
une cigarette − une seule − un peu spéciale. Malheureusement
spéciale. Il s’agit d’une cigarette explosive et sa puissance explosive est
telle qu’elle vous arrache la tête.
Prenons les choses du bon côté. Après tout, chaque paquet contient
20 cigarettes et il n’y a qu’un seul paquet sur 20 000 qui pose
problème. Le risque est vraiment faible puisque un fumeur n’a donc en
fait que 1 « chance » (!) sur 400 000 de se faire exploser la tête. Le
risque est vraiment faible, mais la transition de l’homme normal à
l’homme décapité est − lorsqu’elle se produit − instantanée. Ce faible
risque, mais à transition brusque, devrait amener beaucoup de
fumeurs désirant garder leur tête sur les épaules à cesser de fumer.
En France, environ 4 millions de paquets de cigarettes sont vendus
par jour. Ce qui signifie que, avec cette nouvelle technique de
fabrication, nous aurions chaque jour, environ deux cents personnes
qui se feraient exploser la tête. Soit un peu plus de soixante-dix mille
par an. Quelle hécatombe ! direz-vous. Vous aurez raison puisque c’est
beaucoup plus que le nombre de morts par accidents de la route contre
lesquels de vastes campagnes de sensibilisation et de prévention sont
menées. Et pourtant, ce serait nettement moins que le nombre de
décès annuels dus à la cigarette puisque en France le tabac fait un peu
plus de cent mille morts prématurées par an[53].
En d’autres termes, le risque de la cigarette explosive ne sera pas
accepté alors que la perte en vies humaines est inférieure aux décès
dus à la cigarette normale. Le risque non accepté est objectivement
inférieur au risque accepté sans problème − de fumer normalement
des cigarettes, même avec filtre ! On voit donc que, pour nager en
plein irrationnel, il n’est nul besoin de plonger dans les eaux troubles
du paranormal.
La recherche du sens
Regardez l’image ci-dessous. Qu’y voyez-vous ?…
Comment ? Vous ne voyez rien ? Jetez un coup d’œil sur
l’illustration qui suit[54] et concentrez-vous de nouveau sur la première
image de manière à mieux percevoir certains contours.
Voilà, c’est beaucoup mieux, n’est-ce pas ? Le visage que vous
percevez est assez bien dessiné et vous pouvez peut-être hésiter entre
Jésus, Karl Marx, un hippie chevelu des années 1960 ou votre voisin
barbu… Mais les personnes qui ont vu cette « apparition » n’ont pas
hésité : c’était le Christ.
Et c’est ainsi que la petite ville de Sierck-les-Bains, à côté de
Thionville en Moselle, est devenue célèbre depuis qu’une simple tache
d’humidité sur un mur d’une maison du centre-ville a attiré en
septembre 1985 l’attention de milliers de personnes qui y voyaient
l’apparition du Sauveur chrétien, des cars d’excursion faisant même
exprès le détour.
Nous avons le grand plaisir de vous faire découvrir, sur la
photographie ci-dessous, le Christ de Sierck-les-Bains tel qu’il était in
situ, à l’époque de sa splendeur.
Nous retrouvons ce que nous avons dit concernant les phénomènes
improbables. Combien de taches, d’humidité ou de toute autre origine,
y a-t-il sur les murs d’une ville ? Sur les murs de toutes les villes de
France et de Navarre ? Et pourquoi considérer uniquement les murs ?
Si, par exemple, la tache avait été observée, bien que cela soit plus
difficile, au sol, la réaction eût été certainement la même.
Parmi des milliers, des centaines de milliers de taches, on ne retient
évidemment que celles qui ont du sens pour nous, celles qui évoquent
quelque chose. Il s’agit donc finalement de l’équivalent d’un test de
Rorschach. De la feuille de papier au mur, il n’y a qu’un changement
de taille, le processus mental demeure le même.
Les tours du World Trade Center, cibles de l’attentat terroriste dont
l’onde de choc fait encore le tour de la planète, ont été filmées en
continu pendant plusieurs heures par de nombreuses caméras. Cela
représente des millions d’images. Et, parmi ces images, les médias
n’ont bien sûr pas manqué de trouver quelque chose. Après le Christ,
voici le diable.
Comme le disait, il y a quelques années, le rédacteur en chef d’une
revue américaine consacrée à l’investigation scientifique des
allégations paranormales[55], l’un des plus beaux attributs du cerveau
humain est une capacité hautement développée de reconnaître dans ce
qui nous entoure une trame et d’y chercher ensuite une signification.
Cette habileté « merveilleuse » est utile et féconde, la plupart du
temps. L’être humain cherche à comprendre son environnement,
éventuellement à s’y adapter, et, à cet effet, cette habileté à détecter les
trames est essentielle. Cela témoigne incontestablement de notre
grande agilité intellectuelle. Le problème est que nous ne savons pas
inhiber cette faculté. Notre cerveau persiste souvent à rechercher une
trame, une signification, un sens, même quand il n’y en a aucun, et
c’est alors que nous commettons des erreurs.
Externe et/ou interne ?
Finalement, si nous voulions faire une synthèse, nous pourrions
dire qu’il y a tout simplement deux origines possibles des coïncidences
extraordinaires.
La première est externe. C’est une cause cachée, à savoir tout
simplement un équipement défaillant[56] qui donnera des mesures ou
des résultats « hors normes » ou encore un canular, une tricherie, une
fraude. C’est une cause cachée, mais tout de même assez souvent
repérable et donc réparable ; même si cela peut demander des
enquêtes longues et coûteuses ou la mise à l’écart de certains
« chercheurs » parapsyphiles.
La seconde est interne. C’est une cause qui paraît a priori plus facile
à contrôler par le fait même qu’elle est interne, mais qui est en réalité
difficile à détecter, car elle nécessite un retour sur soi qui est rien
moins qu’aisé. Cette cause, c’est notre inaptitude profonde à
comprendre que des événements inhabituels sont probables sur un
grand nombre d’individus, de cas, ou sur un laps de temps très long.
Rappelons la constatation que nous avons faite dans les pages
précédentes. Qu’un événement improbable spécifié, c’est-à-dire
clairement défini à l’avance, se produise, c’est vraiment improbable.
En revanche, qu’un événement improbable quelconque − c’est-à-dire
n’importe lequel parmi les multiples possibles, limités par la seule
imagination des hommes − se produise, c’est fortement probable pour
ne pas dire certain. Encore une fois, il nous faut insister : c’est le
contraire qui serait anormal.
Des exclamations comme « Que le monde est petit ! » ou bien
« C’est extraordinaire ce qui nous arrive, n’est-ce pas ? », « Quelle
coïncidence ! », etc. sont finalement des exclamations on ne peut plus
normales[57] et qui traduisent la plupart du temps notre
méconnaissance des probabilités des événements de la vie courante.
Cette méconnaissance, ou ce qui serait plus précis cette
mésestimation, est un des supports profonds de la croyance au
paranormal.
Ce qui se dégage, à notre sens, très clairement de l’ensemble des
observations que l’on peut faire sur notre environnement et des lois du
hasard, c’est que l’extra-ordinaire, en deux mots, au sens de « hors de
l’ordinaire », peut donc être vrai, a même quelquefois de fortes
chances d’être vrai. Mais Dame Nature suffit largement pour en rendre
compte. Supernature n’est pas encore nécessaire.
Chapitre 4
ENQUÊTES À LA SHERLOCK HOLMES…
Décidément mon cher Watson,
vous êtes vraiment…
Nous voudrions, dans ce chapitre, vous livrer quelques exemples
d’enquêtes que l’on peut mener dans le domaine étrange du
paranormal, du surnaturel, du comportement irrationnel ou de la
dérive universitaire.
Quatre petites enquêtes à la Sherlock Holmes[58].
Tout d’abord une enquête sur le pendule explorateur, la baguette, la
radiesthésie, où entre en scène le chimiste Chevreul dont les
expériences furent un modèle de simplicité et de rigueur et dans
laquelle nous sommes heureux de vous présenter un petit guide à
l’usage de tout bon radiesthésiste qui se respecte…
Si avec le pendule ou la baguette vous ne trouvez pas l’eau, ne vous
inquiétez pas, cela n’a pas d’importance puisqu’un saint sarcophage,
sur lequel flotte depuis des siècles une titillante odeur de mystère,
nous offre une eau d’origine céleste incontestable.
Vous craignez la radioactivité comme la peste ? Vous avez peur de
trouver un diable dans le bénitier ? Soit, mais trouvez-vous normal
que des décisions dont l’avenir de l’humanité entière dépend sont
assujetties aux cris d’orfraie poussés par des idéologues sectaires ?
Peut-on trouver normal que des collègues universitaires[59] − par
manque de travail, par manque de rigueur, par incompétence ou par
avidité de gloire médiatique − acceptent de cautionner un ramassis
d’erreurs, de contre-vérités, d’absurdités ou de mensonges, et
présentent ainsi un courrier du cœur comme une thèse « très
honorable » ?
Mais commençons par une histoire[60] qui devrait nous faire
réfléchir.
Sherlock Holmes et le Dr. Watson font du camping. Après un solide
repas arrosé de quelques bières tièdes et d’une demi-bouteille
d’excellent bourbon, ils gagnent leurs sacs de couchage et s’endorment
lourdement. Quelques heures plus tard, Holmes se réveille et sans plus
attendre secoue son fidèle compagnon :
– Watson, regardez le ciel et dites-moi ce que vous en pensez !
– Je… Je vois des millions et des millions d’étoiles[61].
– Parfait ! et qu’en déduisez-vous ?
– Astronomiquement, répond Watson, sachant qu’il y a des millions
de galaxies, je me dis qu’il doit y avoir des milliards de planètes.
Astrologiquement, j’observe que Saturne est pile dans le Lion, d’où j’en
déduis… attendez ! laissez-moi deux secondes !… j’en déduis qu’il est
environ 3 h 15 du matin. Philosophiquement, j’en conclus que l’infini
est immense et que nous sommes bien peu de chose.
Météorologiquement, je pense que nous aurons demain une journée
magnifique… Ne me dites pas, Holmes, que vous en tirez d’autres
informations !
Sherlock Holmes, silencieux, allume une pipe, en tire une longue
bouffée et, devant la tête réjouie de Watson, dit d’une voix sinistre :
– Décidément, mon cher Watson, vous êtes vraiment indécrottable,
car à la vue de ce ciel au-dessus de nos têtes, la déduction primordiale
à faire est que des voyous nous ont fauché la tente…
Pendule explorateur et baguette divinatoire :
nihil novi sub sole ?
Il peut être épuisant et quelquefois démoralisant de remettre sur le
métier cent fois l’ouvrage. Et de constater que des phénomènes, déjà
démystifiés depuis longtemps et pour lesquels une explication tout ce
qu’il y a de plus naturelle avait été trouvée, sont en fait toujours
présentés comme extraordinaires.
Il en est ainsi du pendule et de la baguette dont on nous vante
toujours les inépuisables mérites. La vérité nous oblige à dire que l’on
ne voit pas beaucoup de radiesthésistes faire la preuve de l’efficacité de
la détection au moyen du pendule en la mettant au service d’une
bonne cause comme l’élimination des mines antipersonnelles qui
causent tant d’horribles mutilations chez des adultes et surtout des
enfants dans des pays déjà durement touchés par de longues guerres.
LE PENDULE TOURNE
Lorsqu’un radiesthésiste vous dit que son pendule a fait 12 tours,
que l’eau qu’il a détectée se trouve donc à 12 mètres de profondeur et
que sa manière de procéder est imparable puisqu’il n’a jamais été pris
en défaut, il est peut-être moins urgent de se lancer dans un coûteux
forage que de lui faire deux remarques simples.
Si, au lieu d’être français, ce brave radiesthésiste était anglais, l’eau
se trouverait-elle alors à 12 pieds de profondeur ? Ou le pendule, par
un miracle encore plus fabuleux que son simple mouvement, aurait-il
alors, pour s’adapter aux unités anglo-saxonnes, fait la conversion et −
sous l’effet de la même quantité de fluide radiesthésique, puisque la
source souterraine n’a évidemment pas changé − effectué non plus
12 tours mais 39,37 tours ? Sans parler, bien sûr, d’un radiesthésiste
chinois qui, au strictement même point et toujours sous l’action du
même hypothétique fluide radiesthésique, verrait donc son pendule
faire un nombre de girations bien différent encore ou, si le nombre de
tours demeurait égal à 12, annoncerait par exemple que l’eau se trouve
à 12 li de profondeur, soit près de 7 000 mètres !
Curieuse égalité en fait que le radiesthésiste cherche à créer entre
un nombre de tours, c’est-à-dire une grandeur sans dimension[62], et
une grandeur − la profondeur − possédant une dimension (longueur)
et s’exprimant donc dans une unité, quel qu’en soit le choix.
Trois tours, l’eau est à 3 mètres de profondeur, 12 tours, l’eau est à
12 mètres, 30 tours, l’eau est à 30 mètres… Indépendamment même
du problème de l’unité, il nous semble que le radiesthésiste se
revendique d’un phénomène encore plus curieux : plus l’eau est
profonde, donc plus loin du pendule, plus le pendule fait de tours !
Fabuleux, n’est-ce pas ? L’intensité de l’action augmente avec la
distance. Si l’eau est aux confins de l’univers alors certainement le
pendule fait un nombre infini de tours.
Ces contradictions internes ou ces non-sens ne les gênant
nullement, les tenants du pendule ont, pour leur objet favori, des
revendications très larges. Cela va de la détection de métaux au
diagnostic en médecine en passant par la localisation des nappes
pétrolifères, la localisation sur un plan de personnes disparues, la
détection de l’eau, celle des variations de champ magnétique et tant
d’autres merveilles. En réalité, la radiesthésie n’est pas une science ;
c’est LA science. Il suffit en effet de poser une question simple,
dichotomique, et le pendule est capable de dire par ses oscillations si
la réponse est « oui » ou « non » ; dans ces conditions, on peut obtenir
une réponse à toutes les questions que les scientifiques se posent sur le
monde qui nous entoure, sur l’univers tout entier.
Scientifiques du monde entier, arrêtez de chercher, de cogiter,
d’expérimenter, de vous tracasser ! Faites tout simplement de la
radiesthésie, posez vos questions au pendule, il sait tout, il est
omniscient.
Et, pourtant, toutes les prétentions des radiesthésistes, y compris la
détection de l’eau dont nous venons de parler brièvement, ont été
depuis longtemps démystifiées.
ET, POURTANT, LE PENDULE TOURNE
Nous ne pouvons que donner la parole, par-delà les décennies, à
l’un de nos collègues dont l’apport en ce domaine au début du
XIXe siècle a été décisif : Michel Eugène Chevreul. Né à Angers en
1786, ce chimiste a connu une très longue carrière scientifique
puisqu’il est mort en 1889 dans sa cent troisième année.
En 1812, Chevreul s’entretient avec un magnétiseur réputé qui
utilise le pendule comme moyen d’exploration, ce qui le pousse à
s’intéresser de plus près à ce phénomène. Il désire reproduire les
expériences tant vantées et se lance donc à son tour dans quelques
expérimentations avec le pendule. Ce n’est qu’en 1833 que le résultat
de ses investigations sera publié.
Voici un long extrait de sa « Lettre à M. Ampère sur une classe
particulière de mouvements musculaires[63] ».
Mon Cher Ami,
Vous me demandez une description des expériences que je fis, en
1812, pour savoir s’il est vrai, comme plusieurs personnes me
l’avaient assuré, qu’un pendule formé d’un corps lourd et d’un fil
flexible oscille lorsqu’on le tient à la main au-dessus de certains corps,
quoique le bras fût immobile. Vous pensez que ces expériences ont
quelque importance ; en me rendant aux raisons que vous m’avez
données de les publier, qu’il me soit permis de dire qu’il a fallu toute
la foi que j’ai en vos lumières pour me déterminer à mettre sous les
yeux du public des faits d’un genre si différent de ceux dont je l’ai
entretenu jusqu’ici. Quoi qu’il en soit, je vais suivant votre désir
exposer mes observations ; je les présenterai dans l’ordre où je les ai
faites.
Le pendule dont je me servis était un anneau de fer suspendu à un
fil de chanvre ; il avait été disposé par une personne qui désirait
vivement que je vérifiasse moi-même le phénomène qui se manifestait
lorsqu’elle le mettait au-dessus de l’eau, d’un bloc de métal ou d’un
être vivant, phénomène dont elle me rendit témoin. Ce ne fut pas, je
l’avoue, sans surprise que je le vis se reproduire, lorsque, ayant saisi
de la main droite le fil du pendule, j’eus placé ce dernier au-dessus du
mercure de ma cuve pneumato-chimique, d’une enclume, de plusieurs
animaux, etc. Je conclus de mes expériences que, s’il n’y avait, comme
on me l’assurait, qu’un certain nombre de corps aptes à déterminer
les oscillations du pendule, il pourrait arriver qu’en interposant
d’autres corps entre les premiers et le pendule en mouvement, celui-ci
s’arrêterait. Malgré ma présomption, mon étonnement fut grand
lorsque, après avoir pris de la main gauche une plaque de verre, un
gâteau de résine, etc., et avoir placé un de ces corps entre le mercure
et le pendule qui oscillait au-dessus, je vis les oscillations diminuer
d’amplitude et s’anéantir entièrement. Elles recommencèrent lorsque
le corps intermédiaire eut été retiré, et s’anéantirent de nouveau par
l’interposition du même corps. Cette succession de phénomènes se
répéta un grand nombre de fois, avec une constance vraiment
remarquable, soit que le corps intermédiaire fût tenu par moi, soit
qu’il le fût par une autre personne.
Plus ces effets me paraissaient extraordinaires, et plus je sentais le
besoin de vérifier s’ils étaient réellement étrangers à tout mouvement
musculaire du bras, ainsi qu’on me l’avait affirmé de la manière la
plus positive. Cela me conduisit à appuyer le bras droit, qui tenait le
pendule, sur un support de bois que je faisais avancer à volonté de
l’épaule à la main et revenir de la main vers l’épaule. Je remarquai
bientôt que, dans la première circonstance, le mouvement du pendule
décroissait d’autant plus que l’appui s’approchait davantage de la
main, et qu’il cessait lorsque les doigts qui tenaient le fil étaient eux-
mêmes appuyés, tandis que, dans la seconde circonstance, l’effet
contraire avait lieu ; cependant, pour des distances égales du support
du fil, le mouvement était plus lent qu’auparavant. Je pensai, d’après
cela, qu’il était très probable qu’un mouvement musculaire, qui avait
eu lieu à mon insu, déterminait le phénomène, et je devais d’autant
plus prendre cette opinion en considération, que j’avais un souvenir,
vague à la vérité, d’avoir été dans un état tout particulier, lorsque
mes yeux suivaient les oscillations que décrivait le pendule que je
tenais à la main.
Je refis mes expériences, les bras parfaitement libres, et je me
convainquis que le souvenir dont je viens de parler n’était pas une
illusion de mon esprit, car je sentis très bien qu’en même temps que
mes yeux suivaient le pendule qui oscillait, il y avait en moi une
disposition ou tendance au mouvement qui, tout involontaire qu’elle
me semblait, était d’autant plus satisfaite, que le pendule décrivait de
plus grands arcs ; dès lors je pensai que si je répétais les expériences
les yeux bandés, les résultats pourraient être tout différents de ceux
que j’observais ; c’est précisément ce qui arriva. Pendant que le
pendule oscillait au-dessus du mercure, on m’appliqua un bandeau
sur les yeux ; le mouvement diminua bientôt ; mais, quoique les
oscillations fussent faibles, elles ne diminuaient pas sensiblement par
la présence des corps qui avaient paru les arrêter dans mes
premières expériences. Enfin, à partir du moment où le pendule fut
en repos, je le tins encore pendant un quart d’heure au-dessus du
mercure sans qu’il se remit en mouvement, et dans ce temps-là et
toujours à mon insu, on avait interposé et retiré plusieurs fois soit le
plateau de verre, soit le gâteau de résine. Voici comment j’interprétai
ces phénomènes :
Lorsque je tenais le pendule à la main, un mouvement musculaire
de mon bras, quoiqu’insensible pour moi, fit sortir le pendule de l’état
de repos, et les oscillations, une fois commencées, furent bientôt
augmentées par l’influence que la vue exerça pour me mettre dans cet
état particulier de disposition ou tendance au mouvement.
Maintenant il faut bien reconnaître que le mouvement musculaire,
lors même qu’il est accru par cette même disposition, est cependant
assez faible pour s’arrêter, je ne dis pas sous l’emprise de la volonté,
mais lorsqu’on a simplement la pensée d’essayer si telle chose
l’arrêtera. Il y a donc une liaison intime établie entre l’exécution de
certains mouvements et l’acte de la pensée qui y est relative, quoique
cette pensée ne soit point encore la volonté qui commande aux
organes musculaires. C’est en cela que les phénomènes que j’ai décrits
me semblent de quelque intérêt pour la psychologie, et même pour
l’histoire des sciences ; ils prouvent combien il est facile de prendre
des illusions pour des réalités, toutes les fois que nous nous occupons
d’un phénomène où nos organes ont quelque part, et cela dans des
circonstances qui n’ont pas été analysées suffisamment.
En effet, que je me fusse borné à faire osciller le pendule au-dessus
de certains corps, et aux expériences où ses oscillations furent
arrêtées, quand on interposa du verre, de la résine, etc., entre le
pendule et les corps qui semblaient en déterminer le mouvement, et
certainement je n’aurais point eu de raison pour ne pas croire à la
baguette divinatoire et à autre chose du même genre. Maintenant on
concevra sans peine comment des hommes de très bonne foi, et
éclairés d’ailleurs, sont quelquefois portés à recourir à des idées
chimériques pour expliquer des phénomènes qui ne sortent pas
réellement du monde physique que nous connaissons[64].
Une fois convaincu que rien d’extraordinaire n’existait dans les
effets qui m’avaient causé tant de surprise, je me suis trouvé dans une
disposition si différente de celle où j’étais la première fois que je les
observai, que longtemps après, et à diverses époques, j’ai essayé,
mais toujours en vain, de les reproduire. En invoquant votre
témoignage sur un fait qui s’est passé sous mes yeux, il y a plus de
douze ans, je prouverai à nos lecteurs que je ne suis pas la seule
personne sur qui la vue ait eu de l’influence pour déterminer les
oscillations d’un pendule tenu à la main. Un jour que j’étais chez vous
avec le général P… et plusieurs autres personnes, vous vous rappelez
sans doute que mes expériences devinrent un des sujets de la
conversation ; que le général manifesta le désir d’en connaître les
détails, et qu’après les lui avoir exposés, il ne dissimula pas combien
l’influence de la vue sur le mouvement du pendule était contraire à
toutes ses idées. Vous vous rappelez que, sur ma proposition d’en
faire lui-même l’expérience, il fut frappé d’étonnement lorsque, après
avoir mis la main gauche sur ses yeux pendant quelques minutes et
l’en avoir retirée ensuite, il vit le pendule, qu’il tenait de la main
droite, absolument immobile, quoiqu’il oscillât avec rapidité au
moment où ses yeux avaient cessé de le voir.
Les faits précédents et l’interprétation que j’en avais donnée m’ont
conduit à les enchaîner à d’autres que nous pouvons observer tous les
jours ; par cet enchaînement, l’analyse de ceux-ci devient à la fois et
plus simple et plus précise qu’elle ne l’a été, en même temps que l’on
forme un ensemble de faits dont l’interprétation générale est
susceptible d’une grande extension.
ET LA BAGUETTE ?
Chevreul introduit une note dans sa lettre où il fait le lien entre
pendule explorateur et baguette divinatoire :
Je conçois très bien qu’un homme de bonne foi, dont l’attention tout
entière est fixée sur le mouvement qu’une baguette, qu’il tient entre
ses mains, peut prendre par une cause qui lui est inconnue, pourra
recevoir, de la moindre circonstance, la tendance au mouvement
nécessaire pour amener la manifestation du phénomène qui l’occupe.
Par exemple, si cet homme cherche une source, s’il n’a pas les yeux
bandés, la vue d’un gazon vert, abondant, sur lequel il marche,
pourra déterminer en lui, à son insu, le mouvement musculaire
capable de déranger la baguette, par la liaison établie entre l’idée de
la végétation active et celle de l’eau.
Pour Chevreul, l’analogie entre les deux faits est évidente et la mise
en relief de l’impact involontaire de la pensée sur le mouvement, qui a
été faite pour le pendule, vaut pour la baguette. La démonstration de
cet impact de la pensée et de la nécessité de la vision pour la
manifestation du phénomène a été faite de très nombreuses fois
depuis l’époque de Chevreul mais les prétentions des radiesthésistes
n’en ont pas été rabattues pour autant.
Dans le cadre du « Prix-Défi international de 200 000 euros » offert
à toute personne pouvant faire la preuve d’un phénomène paranormal
quel qu’il soit[65], les revendications ont été fréquentes mais peu de
sourciers ont voulu faire la simple démonstration de ce qu’ils
affirmaient pourtant péremptoirement, c’est-à-dire leur capacité à
détecter l’eau, préférant se rabattre sur d’autres types d’expériences.
L’un d’entre eux a néanmoins décidé de faire cette démonstration.
Ce candidat au Prix-Défi déclarait qu’il détectait l’eau aisément avec
sa baguette de sourcier, qu’il pratiquait cela depuis de nombreuses
années à la grande satisfaction des personnes pour qui il officiait et
que, d’ailleurs, sur 100 puits creusés sur ses indications, 98 avaient
donné de l’eau. Quant aux 2 autres, il semblerait que la société de
forage n’ait pas fait le travail correctement : « forage de biais » dans un
cas et « forage trop profond et perçant une cavité souterraine dans
laquelle l’eau s’est perdue » dans l’autre.
Le test s’est déroulé sur la pelouse du campus de la faculté des
sciences de Nice, le 12 juillet 2001. Le sourcier a d’abord défini à l’aide
de sa baguette une large surface dans laquelle il n’y avait selon lui
aucune source parasite souterraine qui pourrait le gêner en interférant
avec ses détections et l’expérience a pu alors commencer. Une prise
d’eau éloignée (toujours afin qu’il n’y ait aucun problème) alimentait
un long tuyau qui, arrivé à la zone propre d’expérience, était branché
sur une nourrice possédant dix sorties, chacune étant munie d’une
vanne. Dix tuyaux de faible longueur étaient branchés sur ces vannes
et rejoignaient ensuite une autre nourrice pour donner une seule sortie
(cf. plan schématique).
Les dix tuyaux étaient cachés par une simple toile qui portait
l’indication numérotée et la trace de l’emplacement précis de chacun
des trajets de ces tuyaux. Une seule des vannes − tirée au hasard −
était placée en position ouverte et le dispositif était filmé au
camescope afin que, dans une phase ultérieure, le médium puisse
contrôler que l’eau circulait bien dans un seul des dix tuyaux et qu’il
puisse en connaître le numéro.
Le sourcier n’avait donc qu’à indiquer, à sa convenance, grâce à sa
baguette, le numéro du tuyau[66] dans lequel l’eau était en train de
circuler. Il pouvait lui-même également s’assurer que l’eau était bien
en train de circuler à l’intérieur de l’installation (et avec le débit qu’il
souhaitait) puisque le tuyau unique de sortie débitait directement son
eau à la vue et sous le contrôle de tous. Il avait une chance sur dix de
tomber juste par hasard. Le sourcier était sûr de son fait et annonçait
que dans les conditions d’expérience qui lui étaient ainsi faites il aurait
sans difficulté un taux de réussite voisin de 100 %.
Vingt fois l’expérience fut tentée, avec toutes les pauses utiles ; vingt
fois la baguette piqua clairement et nettement, après plusieurs essais
si nécessaire pour que le sourcier s’assure de la netteté et de la fiabilité
de la réaction de sa baguette, vers un emplacement de tuyau.
L’expérience était filmée et toutes les annonces étaient ainsi
enregistrées et notées. Quels en furent les résultats ?
Deux numéros justes sur vingt essais. Le hasard complet et l’échec
plus que total de la prétendue détection d’eau par la baguette. La
déception du sourcier, très chaleureux au demeurant, très
sympathique et dont la bonne foi ne saurait être mise en doute, était
évidente. L’incompréhension de ses contre-performances était totale.
– Et pourtant, je vous l’assure, cela fonctionne, nous dit-il, je
détecte l’eau. Tenez ! regardez le tuyau d’arrivée dans lequel l’eau
circule ! Je ferme les yeux, je ferme réellement les yeux…
Il ferme les yeux, s’avance et la baguette, dans un mouvement
brusque, pivote entre ses mains et pointe effectivement à l’endroit
précis où se trouve le tuyau d’arrivée d’eau posé au sol.
– Bien ! Pouvez-vous recommencer ? lui demande-t-on.
Il ferme les yeux, s’avance et la baguette, dans un mouvement
brusque, pivote encore une fois entre ses mains et pointe à l’endroit
précis où se trouvait le tuyau qui a été déplacé à son insu tandis qu’il
marchait. Et aucun « effet de rémanence » n’est invoqué pour
expliquer cette grossière erreur. La vision première de la position du
tuyau mémorisée était clairement le facteur déclenchant.
Quelque temps plus tard, sur le conseil des expérimentateurs, le
sourcier sera d’ailleurs testé par un membre de sa famille sur une
expérience extrêmement simple : un seul tuyau dans lequel il devra
simplement détecter avec sa baguette si de l’eau est en train de circuler
ou non. Il aura donc une chance sur deux, en supposant évidemment
que l’on ne voie pas les vibrations du tuyau lorsque l’eau s’écoule, que
l’on n’entende pas l’eau sortir à l’extrémité du tuyau, etc. Un test
extrêmement simple et sans interférence de scientifiques sceptiques
risquant d’émettre des ondes négatives. Un parent ouvre ou ferme un
robinet éloigné afin que le sourcier ne voie pas le geste. Cent tentatives
auront lieu : elles n’auront manifesté aucune aptitude à détecter de
l’eau par l’usage de la baguette.
Voilà un exemple d’une personne qui, en toute bonne foi, s’était
persuadée − et avait persuadé les autres − au fil des ans de l’effectivité
de son pouvoir, lequel n’avait en fait jamais été attesté sinon
conformément aux lois du hasard.
Faut-il le rappeler une fois de plus ? Le pendule, la baguette et tous
les autres ustensiles de radiesthésie ont donné lieu à diverses
tentatives d’explication sans même que soit d’abord prouvée la réalité
du phénomène. Ne mettons pas la charrue avant les bœufs ! Tous les
travaux effectués jusqu’à présent et toutes les expériences
radiesthésiques contrôlées scientifiquement ont montré que le seul fait
de modifier la connaissance qu’a l’opérateur de ce qu’il doit annoncer
suffit pour que le résultat d’une expérience passe du succès complet à
l’échec le plus total, c’est-à-dire à un résultat conforme aux lois du
hasard.
Si, n’étant pas déjà radiesthésiste et malgré le contenu des pages qui
précèdent, vous décidiez de changer de métier et de vous lancer dans
celui-là, qui peut quelquefois, nous le reconnaissons volontiers,
nourrir mieux son homme que la recherche scientifique, nous vous
recommanderions de bien connaître ce que l’on nomme les « positions
de repli » communes à tout bon médium, pendulisant, radiesthésiste
ou parapsychologue qui se respecte. Vous les pratiqueriez sous forme
d’« effet bi-standard ». Cet effet consiste simplement à modifier les
règles du jeu en fonction des réponses ou en fonction des joueurs. Bien
qu’il paraisse assez surprenant que certaines personnes puissent agir
ainsi et tout autant que d’autres acceptent ou ne détectent pas de tels
agissements, la chose est fréquente.
Un exemple ? Le voici. Faites un rapide sondage des réponses à la
question suivante : « La caution de la science en faveur du paranormal
constituerait-elle un argument de poids en faveur de celui-ci ? » Vous
obtiendrez, à n’en pas douter, un « oui » quasi unanime. Posez une
seconde question à ces mêmes personnes que vous venez d’interroger
il y a seulement quelques instants : « Si la science rejetait le
paranormal, cela entamerait-il votre adhésion à celui-ci ? » Et vous
obtiendrez un « non » également quasi unanime. En d’autres termes,
vous présentez votre demande d’adhésion à un club : s’il vous accepte,
c’est un bon club ; s’il vous refuse, c’est un mauvais club !
Cette ambiguïté du double standard est souvent présente chez les
tenants des pseudo-sciences et plus encore chez ceux − l’intersection
des deux groupes n’est pas vide − des médecines dites « parallèles ».
Pour vous aider à pratiquer ce langage spécifique aux pseudo-sciences,
nous terminerons notre voyage au pays du pendule et de la baguette
par un petit guide[67] des positions de repli pour tout bon
radiesthésiste.
Le mystère du sarcophage d’Arles-sur-Tech
Arles-sur-Tech, petite ville des Pyrénées-Orientales, toute proche
d’Amélie-les-Bains, mériterait d’être connue du monde entier : de
tous les points du globe devraient y accourir amis et ennemis du
miracle, sans parler des savants spécialement intéressés par les
faits : physiciens et chimistes, géologues, hydrologues, adeptes de la
baguette et du pendule… Son église, en effet, possède la plus
invraisemblable des sources, une source mille fois plus mystérieuse
que la baguette des sourciers, une source entre ciel et terre. Le siège
de cette source est une tombe de marbre ne reposant sur le sol que
par deux socles massifs de vingt centimètres de hauteur.
Ce texte de la première moitié du XXe siècle n’a toutefois pas
apporté la renommée à cette curieuse tombe. Il faudra attendre plus
d’un demi-siècle pour que la célébrité soit vraiment au rendez-vous.
Mais, auparavant, quelques mots sur le monument lui-même.
Cette tombe − plus précisément, ce sarcophage − est taillée dans un
bloc de marbre de 1,90 mètre de long sur 0,65 mètre de haut et
0,50 mètre de large ; le couvercle, de forme prismatique, atteint une
trentaine de centimètres de hauteur. Ce sarcophage, que certains font
remonter au IVe ou au Ve siècle, censé avoir contenu les restes des
saints Abdon et Sennen, est devenu célèbre en 1992 lorsqu’un
magazine de la chaîne TF1 consacra un dossier entier à la fameuse
« sainte tombe » (c’est le nom donné de longue date au sarcophage par
les habitants) de l’abbaye d’Arles-sur-Tech. Cette sainte tombe (cf.
photo ci-dessus) se trouve à l’air libre, au bas d’un mur d’une douzaine
de mètres de haut, surplombant une courette qui s’ouvre du côté nord
sur la place de l’église à laquelle elle est attenante. Le couvercle du
sarcophage est aussi épais que les parois − de l’ordre d’une dizaine de
centimètres − et repose d’une façon imparfaite sur ces dernières ; on
peut même glisser les doigts dans l’interstice en deux ou trois endroits.
Le sarcophage ne repose pas directement sur le sol mais, comme il a
été dit, sur deux blocs de marbre.
Le phénomène « miraculeux » présenté par ce sarcophage est le
suivant : chaque jour, de l’eau, en quantité assez importante, environ
un litre, s’accumulerait à l’intérieur. Cette eau est quasiment pure et
on lui attribue des vertus curatives. On peut la puiser par un petit trou
situé sur un des côtés, à la jointure du sarcophage et de son couvercle,
trou par lequel une petite pompe à siphon est introduite.
Il arrive même que « le sarcophage déborde ». La production aurait
atteint 800 litres par an. Il n’y a apparemment aucune supercherie,
aucune tuyauterie, aucun remplissage extérieur. C’est un « mystère
irrésolu » comme l’a prétendu l’émission Mystères dans son tout
premier numéro diffusé le 8 juillet 1992 sur TF1. Au cours de cette
émission, différents documents avaient été présentés de même que des
entretiens et une enquête conduite à la fin des années 1950 par des
hydrologues pour conclure, que « les études menées jusqu’à présent
laissent un petit peu à désirer » et que « la sainte tombe ne livre pas
son secret ».
L’inscription figurant sur la plaque rivée à la grille d’entrée de la
courette où se trouve le sarcophage (cf. photo ci-après), et qui fait un
très rapide historique du monument, l’affirme également : « La sainte
tombe n’a pas livré son secret. »
UNE ENQUÊTE ET UN BLACK-OUT
Alors, mystère ? Miracle ? Eh bien, ni l’un ni l’autre !
Nous allons consacrer quelques pages[68] au mystère de ce
sarcophage, non que ledit mystère soit si profond qu’il faille mener de
longues investigations, mais parce que le cas est assez représentatif de
l’impact quelquefois délétère que peut avoir, à plusieurs niveaux, un
média puissant comme la télévision : de nombreuses personnes
croient en effet encore que le mystère du sarcophage est irrésolu ou
bien font appel à des explications qui, de fait, n’en sont pas, alors que
la solution est énoncée en détail depuis plus de quarante ans.
En effet, contrairement à ce qui a été affirmé explicitement dans
l’émission en question et dans différents écrits, l’enquête menée il y a
une trentaine d’années (à la date de l’émission de TF1) par des
scientifiques avait déjà permis de conclure de manière très nette[69]. Ce
sont les résultats de ces hydrologues − MM. Pérard, Honoré et
Leborgne − que nous portons à votre connaissance par de larges
emprunts.
L’enquête a été menée avec l’accord et la collaboration du curé
d’Arles-sur-Tech qui a mis la clef de la courette à la disposition des
chercheurs, et avec la collaboration de M. Rougé, instituteur en
retraite. Durant l’année 1961, pendant deux mois et demi − une seule
interruption de quelques jours pour Pâques en raison des visites de
fidèles ou de touristes −, des mesures, observations et expériences ont
pu être effectuées selon un programme établi à l’avance.
Les hypothèses émises a priori étaient :
– une remontée capillaire par l’intermédiaire des dés, les cales sur
lesquelles repose le sarcophage ;
– une condensation de l’eau contenue dans l’air pendant les heures
chaudes de la journée, c’est-à-dire quand la température des parois du
sarcophage est inférieure à celle de l’air ambiant ;
– un phénomène de rosée : refroidissement du sarcophage pendant
la nuit, par suite du rayonnement, avec abaissement de la température
des couches d’air voisines et dépôt de gouttelettes d’eau ;
– en complément des deux hypothèses précédentes : la traversée
possible du couvercle par l’eau condensée et peut-être l’eau de pluie
par effet de capillarité et gravité.
Les mesures effectuées ont porté sur :
– la température (thermomètre enregistreur placé à proximité du
sarcophage, bande relevée toutes les semaines) ;
– l’humidité (hygromètre enregistreur placé à côté du
thermomètre) ;
– le niveau de l’eau dans le sarcophage (niveau repéré, sur une
réglette graduée, dans un tube relié par un siphon à l’intérieur du
sarcophage) ;
– la direction et la force du vent ;
– la pluviométrie.
Les expériences faites sur place (d’autres ont été faites en
laboratoire) :
– le masticage du pourtour du couvercle de façon à voir si l’eau
venait uniquement de l’air qui peut circuler dans le sarcophage ;
– la pose d’une housse en nylon sur le couvercle avec un espace de
5 centimètres ménagé pour la circulation d’air.
On observe que deux mois sans pluie, c’est deux mois sans variation
du niveau d’eau dans le sarcophage, excepté les baisses dues aux
prélèvements de M. le Curé. Ce simple constat est déjà important. Il
montre en effet, comme le dit le rapport technique, « qu’il ne se
produit pas 1 à 2 litres d’eau chaque jour, et la production n’est donc
absolument pas continue, ce qui aurait pu être vérifié depuis fort
longtemps ». Le 10 avril 1961, il tombe 5,5 millimètres d’eau ; le
lendemain 6,9 millimètres, et le surlendemain le niveau d’eau du
sarcophage a changé, il s’est élevé d’environ 1 millimètre. Ces relevés
et ceux des jours qui suivent jusqu’au 23 avril sont donnés dans un
tableau, transcrit sous forme de courbes.
Ces graphiques − hauteur de pluie cumulée, variation du niveau
dans le sarcophage et transformée de la courbe du niveau dans le
sarcophage − montrent de manière très claire que le sarcophage se
remplit d’eau de pluie. Les hydrologues en étaient « arrivés à conclure
que l’eau met en moyenne cinq jours pour traverser le couvercle et
qu’un tiers de l’eau de pluie est récupéré en moyenne dans le
sarcophage ».
Un coup d’œil indiscret à l’intérieur du sarcophage par les
interstices disponibles avait d’ailleurs déjà montré la présence de
grosses gouttes d’eau rassemblées en quelques endroits du couvercle.
La pluie précédant cette observation datant de vingt jours, cela montre
que l’écoulement de toute l’eau peut être assez long comparé à la
moyenne.
De l’eau versée goutte à goutte sur le couvercle du sarcophage
disparaissait presque immédiatement en humidifiant un cercle de plus
en plus grand et, bien que la surface du couvercle fut très inclinée, le
cercle mouillé avait son centre exactement au point d’impact de la
goutte. La surface du couvercle est irrégulière et présente des petits
trous hémisphériques de 1 à 2 millimètres de diamètre qui, une fois
remplis, se vident en 45 secondes environ.
Au passage, l’étude des hydrologues nous apprenait que certaines
expressions sont vraiment trompeuses. Ainsi, lorsqu’on dit ou écrit
« le sarcophage déborde parfois », cela fait penser à − au moins − un
filet d’eau qui coule, or la réalité est assez différente puisqu’elle est
tirée d’un constat signé par dix personnes le 3 avril 1942 selon lequel :
« Le sarcophage est plein, le liquide déborde, une grosse goutte tombe
toutes les deux minutes sur le devant du tombeau. » Le tombeau étant
légèrement incliné, cela explique le débordement en un point bien
précis seulement.
La conclusion générale de ce rapport technique sur le sarcophage
d’Arles-sur-Tech était la suivante :
Le couvercle du sarcophage est perméable, et l’eau de pluie y
pénètre, met quatre à six jours en moyenne pour traverser la pierre,
et s’écoule ensuite goutte à goutte à l’intérieur. Comme il ne peut y
avoir une circulation d’air importante entre l’extérieur et l’intérieur,
il n’y a pratiquement pas d’évaporation et l’eau peut donc bien
s’accumuler. Comme, de plus, l’eau de pluie lave et attaque même
légèrement le couvercle, celui-ci reste propre et perméable et le
phénomène peut se prolonger indéfiniment. […] Pourquoi alors l’eau
reste-t-elle dans le sarcophage, puisque le corps de celui-ci est
également en marbre ? Tout d’abord, la pierre n’a pas
rigoureusement le même aspect, et il est possible qu’elle ait été taillée
dans un banc très peu perméable. D’autre part, l’eau stagnante dans
le sarcophage laisse déposer les moindres particules qu’elle peut
contenir, et il se dépose également le peu de poussière qui arrive à
passer par les interstices.
[…] On peut également penser qu’un peu de poussière est entraîné
par l’eau qui ruisselle sur le couvercle et pénètre entre couvercle et
corps (phénomène de la « goutte pendante »)… les dépôts ont dû, au
cours des siècles, rendre le sarcophage étanche en pénétrant dans les
pores mêmes de la pierre…
La conclusion signale encore que, le couvercle étant perméable, le
phénomène de rosée prend toute sa valeur, car l’eau qui se dépose sur
le couvercle peut ensuite s’infiltrer.
En résumé, comme le disait la présentation du travail, « nous avons
travaillé, cogité, sondé, palpé, siphonné (et) nous avons mis le doigt
sur la goutte qui remplit le sarcophage ».
Le fabuleux mystère du sarcophage d’Arles-sur-Tech porté à la
connaissance du grand public par l’émission Mystères de TF1 se réduit
donc dans les faits à un phénomène on ne peut plus naturel qui
n’aurait, suite à l’enquête des hydrologues de 1961, plus attiré
l’attention de personne n’était la désolante et lamentable
désinformation à laquelle se sont livrés les producteurs de l’émission
et le journaliste présentateur. Une anecdote significative montre bien
ce parti pris obscurantiste. Des mois avant la diffusion de l’émission
en question, lors de l’élaboration et la mise en forme de la série
Mystères, un journaliste travaillant pour cette société de production
avait contacté l’un d’entre nous pour savoir s’il voulait bien être le
« scientifique de service ». Entre autres sujets évoqués : le sarcophage
d’Arles-sur-Tech. Le journaliste avait été clairement informé de la
solution, en détail, et donc que le mystère n’en était plus un depuis
longtemps !
Ce contact fut alors suivi d’un grand silence. Et quelque temps plus
tard, dans la première émission Mystères, on présentait le sarcophage
d’Arles-sur-Tech comme une énigme non résolue.
LES PARAPSYPHILES RENCHÉRISSENT
Une des conséquences de l’émission Mystères a été également de
fournir du grain à moudre à des parapsychologues à la dérive ou en
mal de copie. Dans la floraison d’inepties, voici quelques extraits
récents :
Yves Lignon dans le Midi Libre du 27 juillet 1998 : « La solution
proposée dans plusieurs articles parus entre 1959 et 1961… est pour
plusieurs raisons facilement réfutable. Selon les auteurs de ces études,
le sarcophage se remplit parce que l’eau de pluie s’infiltre. Peut-être,
mais quand on lit que les mesures de la hauteur d’eau ont été faites à
l’aide d’une règle d’écolier, on se demande, même sans animosité, s’il
est possible de prendre ces gens-là au sérieux.
« […] si… on procède… à quelques calculs sur les tableaux des
nombres fournis, on s’aperçoit que rien ne permet de dire qu’il existe
statistiquement un lien entre quantité de pluie et hauteur d’eau dans le
sarcophage […]. »
Le journaliste qui a fait l’article central, J. Vilaceque, nous donne
également une information étonnante sur le sarcophage : « Il est là
sous son auvent dans une courette à gauche de l’église, posé sur deux
socles de pierre de 20 centimètres de haut » et se remplit d’eau « tout
seul. Sans que la pluie ne l’effleure… ».
Yves Lignon y reviendra ailleurs[70] : il ne peut pas s’agir d’eau de
pluie puisque « le monument est à l’abri », d’une part, et que « des
analyses d’eau en Angleterre » l’ont montré d’autre part.
COMMENT ON FABRIQUE UN MYSTÈRE…
Où le journaliste du Midi Libre et le dénommé Yves Lignon ont-ils
vu que le sarcophage est à l’abri ? C’est absolument faux ! Le
sarcophage est dans une courette, en plein air, en plein nord et ne voit
pas le soleil. Il n’y a strictement rien au-dessus. Il n’y a pas d’auvent.
Au contraire même, il y a un léger rebond de tuiles sur le mur de
derrière (cf. la photographie précédente), ce qui draine encore plus
d’eau vers le sarcophage (notez bien que nous disons « vers » et non
pas « dessus »).
De deux choses l’une, ou ces deux personnes n’ont jamais mis les
pieds à Arles-sur-Tech et inventent allègrement pour « faire de la
copie » ou elles mentent effrontément et consciemment. Dans les deux
cas, elles n’en sortent pas grandies. Mais, si la question de la crédibilité
de tels individus est vite réglée, reste les lecteurs de leur prose qui, en
toute bonne foi et pensant être informés objectivement, seront
certains que le sarcophage est abrité de la pluie et que le mystère est
donc total.
LA PESTE SOIT DE CETTE RÈGLE D’ÉCOLIER
Il semble que M. Lignon n’ait pas compris − ce qui est pourtant
élémentaire − qu’avec une règle d’écolier on peut tout de même
travailler correctement. Peut-être s’imagine-t-il que les graduations
d’une règle « de gosse » sont faites au « pifomètre » ? Un millimètre
est évidemment un millimètre et une règle d’écolier suffit largement
pour faire ce type de relevés.
Ce que certains parapsychologues semblent ignorer c’est que l’on
peut parfaitement faire des manipulations avec du ruban adhésif et
des bouts de ficelle (une manip’« avec les mains », en mettant la
« main à la pâte » !) qui − dans une première approche − donnent des
résultats tout à fait probants pour comprendre un phénomène ou
tester une hypothèse. Ce qui compte évidemment, c’est la
méthodologie utilisée et non la sophistication de l’appareillage, c’est
en l’occurrence beaucoup plus la manière de faire une mesure que la
qualité de l’instrument employé. Peu importe que leur système de
mesure soit rudimentaire pourvu qu’il soit efficace. Et il l’est !
UN FABULEUX « STATISTICIEN » EN ACTION…
Monsieur Lignon affirme donc : « si… on procède… à quelques
calculs… on s’aperçoit que rien ne permet de dire qu’il existe
statistiquement un lien entre quantité de pluie et hauteur d’eau dans le
sarcophage… »
On croit rêver ! Le lien entre quantité de pluie et hauteur de l’eau
dans le sarcophage est au contraire certain. Évidemment, à condition
de faire les calculs correctement, c’est-à-dire en prenant en compte
toutes les valeurs 0 (zéro) dans les deux mois qui précèdent les
premières variations de niveau d’eau (cf. le graphique). Valeurs que
l’on doit (et non « que l’on peut ») prendre en compte dans le calcul
testant l’hypothèse d’une corrélation entre quantité de pluie et hauteur
d’eau dans le sarcophage. Deux mois sans pluie, deux mois sans
variation du niveau d’eau dans le sarcophage, hormis ce que le curé
retire évidemment, puis, dès qu’il pleut, le niveau commence à monter.
Pas la peine de faire compliqué : le lien y est !
AUTANT REDÉCOUVRIR L’AMÉRIQUE…
La condensation : « véritablement une voie de recherche à
exploiter ». Un parapsychologue nous fait ainsi part de la grandiose
découverte qu’il a faite en lisant un article de 1998 d’un quotidien
régional dans lequel un professeur de physique suggère de s’intéresser
à une autre possibilité : la condensation[71]. On croit encore rêver.
L’article de 1961 des hydrologues évoque évidemment la
condensation de l’eau contenue dans l’air, premier phénomène auquel
toute personne s’intéressant au sarcophage pensera. L’article précise
même dans un passage sur les températures relevées : « … ces chiffres
sont donnés à l’attention des personnes qui ont fait des petits calculs
sur la quantité d’eau que l’on peut recueillir par la condensation. »
Mais il semblerait que ces petits calculs dépassent déjà les capacités de
certains grands parapsyphiles qui ignorent de plus que le phénomène
de paroi froide ne peut produire que des quantités faibles (nous en
reparlerons plus loin) par rapport à celles qui sont en jeu à propos du
sarcophage.
Juste pour apprécier encore un peu plus cette « découverte » de la
condensation, voici quelques lignes, entre tant d’autres, consacrées au
grand mystère du sarcophage d’Arles-sur-Tech : « D’autres ont pensé
que la pierre du sarcophage pourrait bien absorber l’humidité de
l’atmosphère, et que l’eau recueillie dans le fond du sarcophage ne
serait que cette humidité déposée là par condensation. Mais… il faut
reconnaître qu’un phénomène de ce genre n’aboutirait jamais à
produire des centaines de litres par an. » Ce texte, clair comme de
l’eau de roche, date de plus de soixante ans − oui, vous avez bien lu :
soixante ans − avant[72] la magnifique nouvelle hypothèse qui
enthousiasme M. Lignon.
Afin qu’il n’y ait aucune ambiguïté et pour bien montrer que la
condensation n’est en rien une hypothèse nouvelle, il faut rappeler que
c’est une réalité reconnue quasiment par toute personne s’étant
intéressée sérieusement au sarcophage d’Arles-sur-Tech en optant
pour une origine naturelle. Là où il y a divergence, c’est tout
simplement sur la part de la condensation dans la production d’eau.
Certains optent pour un condenseur d’humidité à rendement
particulièrement élevé et rejettent presque l’hypothèse de l’eau de
pluie, en contradiction toutefois, depuis 1961, avec les données, tandis
que d’autres optent plutôt pour une prépondérance de la pluie, comme
le démontrent les données publiées en 1961, avec une faible
participation des autres sources.
À titre d’exemple des nombreux textes ayant abordé le sujet, voici
un extrait d’article des Mémoires de l’Institut de préhistoire et
d’archéologie des Alpes-Maritimes[73] de 1975-1976 traitant des puits
aériens et où l’on pouvait lire à propos du sarcophage d’Arles-sur-
Tech :
[L’eau du sarcophage] est produite d’une part par la condensation
de l’humidité de l’air résultant de la différence des températures
intérieure et extérieure et parfois peut-être par la pénétration, les
jours de pluie, de l’eau à travers le couvercle poreux ou par
suintement de gouttelettes passant par les interstices existant entre le
couvercle et le sarcophage.
On a émis, à ce sujet, un certain nombre de théories ; pour :
– [1933] P. Basiaux : « C’est un capteur d’humidité atmosphérique
à rendement élevé. »
– [1934] H. de Varigny : « L’opinion des autorités de l’abbaye est
qu’il s’agit là d’un phénomène naturel, d’une condensation spontanée,
qui s’expliquera tôt ou tard par la physique » ; pour l’auteur « le
phénomène considéré comme miraculeux s’explique fort bien par la
physique ».
– [1957] René Colas : « On se trouve là en présence de
circonstances exceptionnelles : exposition au nord dans une cour
profonde où ne pénètre pas le soleil, ensemble architectural
environnant comportant des constructions massives formant
probablement volant thermique et surtout bonne circulation de l’air
chaud et humide déversé par-dessus la paroi sud, se refroidissant au
niveau du sol, dont l’humidité se condense dans la cuve du
sarcophage. »
– [1959] Delaunay-Delapierre et Delapierre-Devinoux [vous
remarquerez au passage que l’on savait s’amuser à l’époque avec les
pseudonymes] : « C’est le résultat d’un phénomène de condensation
de l’air. »
– [1957] Dupasquier : « Le rendement du sarcophage est bien élevé
par rapport aux installations de Théodosia ou de Montpellier. »
– [1960] Nicolas Chtechapov : « Il admet la production d’eau par
condensation de l’air mais reste quand même dubitatif ici. »
DE THÉODOSIA À TRANS-EN-PROVENCE
Certaines personnes croyant tenir l’explication de la production
d’eau à l’intérieur de la « sainte tombe » par un phénomène de
condensation, il est nécessaire de faire maintenant un court voyage qui
nous mènera du pays des cigales et de l’olivier jusqu’en Crimée.
À Trans-en-Provence (Var), le monument le plus connu du village
est sans conteste le puits aérien. Ce monument correspond à un
véritable essai grandeur nature de récupération de l’humidité
atmosphérique pour obtenir de l’eau par condensation. Il n’est peut-
être pas inutile pour notre propos de rappeler quelques données.
Ce puits aérien, conçu en 1928 et dont la réalisation fut terminée en
1931, est dû à Achille Knapen, ingénieur belge, lauréat de la Société
des ingénieurs civils de France. Il est fort imposant (cf. photo ci-
dessous) avec ses 12 mètres de diamètre à la base, près de 13 mètres de
haut et sa paroi d’environ 2,5 mètres d’épaisseur percée d’orifices
permettant la circulation de l’air ; à l’intérieur, près de 3 000 petites
plaques d’ardoise furent disposées pour augmenter la surface de
condensation.
Malheureusement, cet édifice n’a jamais pu concrétiser les espoirs
de son créateur qui avait même déposé un brevet aux États-Unis[74].
Achille Knapen espérait en effet une production de 30 à 40 mètres
cubes par jour et le puits aérien ne put fournir, les meilleures nuits,
que quelques litres d’eau.
Cet essai grandeur nature de récupération de l’humidité
atmosphérique par condensation dans un puits aérien n’est pas
unique[75], on peut en citer également un autre. Conçu en 1929 par
Léon Chaptal, directeur de la station de bioclimatologie agricole de
Montpellier, le récupérateur consistait en une pyramide de pierres
calcaires d’environ 13 mètres cubes érigée sur une plate-forme
bétonnée permettant de recueillir l’eau. Ce condenseur fonctionna
effectivement mais la quantité moyenne d’eau recueillie par jour
oscilla entre 0,2 et 0,5 litre !
À l’origine de ces essais, on trouve le « fait » souvent invoqué
comme la preuve de la possibilité effective de tels systèmes : « La ville
de Théodosia en Crimée était, quatre siècles avant notre ère, alimentée
en eau par des capteurs d’humidité constitués de (13 ?) gros
monticules de pierres. » En effet, à la fin du XIXe siècle, F. Zibold,
ingénieur chargé des travaux d’adduction d’eau à Théodosia, avait
découvert sur les collines environnantes de gigantesques cônes de
pierres à côté des canalisations d’alimentation en eau de la ville et
s’était convaincu que ces pyramides étaient des condenseurs
d’humidité pouvant chacun − selon le résultat de ses calculs − fournir
quotidiennement 55 400 litres d’eau potable à la cité antique.
Cette hypothèse ne fut d’ailleurs pas vérifiée par Zibold lui-même
puisque la tentative de réplication à échelle réelle qu’il commença en
1905 − deux mille tonnes de galets entassés en cône tronqué de
20 mètres de diamètre à la base, 8 mètres de diamètre au sommet et
6 mètres de haut − ne donna apparemment pas les résultats espérés.
Ce qui n’était ainsi qu’une hypothèse devint vite un article de foi.
Très succinctement, que peut-on en dire ? Pierre Descroix[76] a
montré, il y a déjà plusieurs décennies, que les chiffres annoncés par
Zibold pour l’alimentation en eau de Théodosia via les treize
« pyramides-condenseurs » étaient invraisemblables et que les
quantités d’eau de condensation alléguées provoqueraient pour
chaque pyramide de pierres une élévation de température de 99°C ! Ce
qui, on le voit, enlevait toute viabilité au système.
Deux expéditions, en 1993 et 1994, destinées à éclaircir le mystère
des puits aériens de Théodosia, ont fini de lever le voile. Comme l’a
rapporté Daniel Beysens[77], directeur de la mission à Féodosia
(Théodosia), les fouilles ont montré que les canalisations (qui sont en
fait médiévales ou modernes) du réseau d’alimentation en eau de la
ville se sont développées aux abords des pyramides « de façon
totalement indépendante » et que ces fameuses pyramides-
condenseurs qui cernent Théodosia sont en réalité des kourganes, des
tombes scythes ou grecques !
Si l’humidité de l’air est certes récupérable par des condenseurs, le
produit optimal ou (au moins) efficace pour cela est loin du type
d’essais tentés à Théodosia, Trans-en-Provence ou Montpellier. Et,
n’en déplaise aux parapsychologues amateurs de la théorie de la
condensation, le sarcophage d’Arles-sur-Tech n’est pas près de
prendre la relève comme puits aérien ultra-efficace.
ORIGINE CÉLESTE DE L’EAU CONFIRMÉE
Le principal résultat de la publication de 1961 a été confirmé par
une étude récente[78] qui porte essentiellement sur la détermination de
la quantité d’eau produite par condensation à l’intérieur du
sarcophage. Le résultat est clair et net : l’eau est bien d’origine
naturelle. Les auteurs de cette nouvelle étude ont recueilli des données
sur près de trois ans de manière totalement passive, c’est-à-dire en
n’intervenant pas sur le phénomène. Ils ont ainsi placé quatre
thermocouples qui ont mesuré la température de l’air externe, de l’eau
dans le sarcophage, de la pierre à l’extérieur du sarcophage et de la
pierre à l’intérieur du sarcophage pendant près de sept mois, puis de
l’air à l’intérieur du sarcophage. Étaient également mesurées − via
deux stations externes situées à 200 et 250 mètres environ du
sarcophage − la quantité de pluie, la température de l’air ambiant,
l’humidité relative et la pression atmosphérique.
La conclusion des chercheurs est on ne peut plus limpide en de
telles circonstances, elle éclaircit − et chiffre − les deux phénomènes
intervenant dans le remplissage de la sainte tombe, le phénomène
d’évaporation étant évidemment un facteur complémentaire négatif :
infiltration de l’eau de pluie et condensation de la rosée.
Autant citer les propos précis des auteurs, extraits de la revue
Atmospheric Research :
Il a été allégué, depuis au moins le XVIe siècle, qu’un sarcophage
clos, situé dans la cour de l’abbaye d’Arles-sur-Tech (France), produit
des centaines de litres par an. Plusieurs hypothèses ont été avancées
pour expliquer ce mystère. Après environ trois ans de collecte de
données, on conclut que la production d’eau, qui se monte à environ
200 litres par an, provient d’un bilan entre eau de pluie,
condensation de la rosée et évaporation. Des défauts dans la
fermeture permettent l’échange avec l’atmosphère. La condensation
est environ six fois plus importante que l’évaporation et intervient
pour environ 10 % de la production totale d’eau[79].
De même, la conclusion de l’article :
[…] le phénomène de captation de l’eau dans le sarcophage d’Arles-
sur-Tech peut être compris comme un équilibre entre l’eau de pluie
qui s’infiltre entre le corps du sarcophage et le couvercle, la
condensation de la rosée et son phénomène complémentaire,
l’évaporation. Une production totale d’eau d’environ 200 litres par
an a été mesurée, avec une contribution de la rosée représentant
environ 10 % de la production totale, soit 20 litres par an.
En ce qui concerne l’analyse des données, les auteurs écrivent :
« Nous avons d’abord essayé de corréler les précipitations d’eau de
pluie… avec le taux de production d’eau dans la tombe » ; et ils
déduisent des valeurs obtenues : « […] il est clair qu’une forte
corrélation existe entre ces deux quantités ».
En d’autres termes, Beysens et ses collaborateurs ont, comme leurs
prédécesseurs en 1961, établi une relation entre la quantité d’eau
apparaissant dans le sarcophage et la hauteur de pluie tombée et ils
ont, de plus, mis en évidence la contribution du facteur de
condensation.
Avant de clore sur cette nouvelle étude du sarcophage d’Arles-sur-
Tech, il est nécessaire de noter que Beysens et ses collaborateurs
portent une curieuse appréciation sur le travail de 1961 ; ils écrivent
textuellement que la conclusion de leurs prédécesseurs − couvercle
poreux et migration en cinq jours à travers le couvercle − n’est pas
fondée, mais ils n’apportent nulle part de justification à leur
allégation. Au contraire même, ils se trompent sur deux points
essentiels.
Premier point : sarcophage vide au début des mesures. Le délai
entre pluie et variation du niveau d’eau dans le sarcophage observé
dans les mesures de 1961 serait dû à un volume mort du fait de
l’inclinaison du sarcophage par rapport à l’horizontale. Lorsque ce
dernier se remplit, en commençant évidemment par le volume mort,
on ne peut pas lire le niveau d’eau puisque l’appareil de lecture n’est
pas encore atteint, ce qui crée un décalage. Mais vouloir tirer
argument de ce volume mort pour expliquer le décalage dans la lecture
des niveaux présuppose nécessairement que le sarcophage soit vide au
début des mesures. Or cette présupposition est fausse ! Le sarcophage
n’était pas vide. Le niveau d’eau était connu et parfaitement mesurable
dès le début des expériences et cela ressort directement de la lecture
de l’article de 1961. En effet, une simple petite règle de trois permet
même d’estimer le volume initial d’eau contenu dans le sarcophage au
début des mesures à environ 120 litres d’eau ! Pour un sarcophage
vide, cela fait tout de même beaucoup !
Deuxième point : porosité et non-porosité. L’opinion de Beysens et
ses collaborateurs selon laquelle le marbre ne peut pas être poreux en
son cœur n’est étayée par aucun argument ni aucune expérience. Elle
est même contradictoire avec les expériences faites en 1961 qui
montrent la porosité du marbre du couvercle !
Ce que cet exemple nous montre, c’est qu’il n’est pas correct de
vouloir mettre en balance des faits et des opinions surtout lorsque ces
dernières ne sont pas soutenues par une démonstration ou une
justification un peu plus forte que « Il nous a semblé naturel d’en
déduire que le sarcophage était vide » ou encore « Nous pensons que
le marbre n’est pas poreux en son cœur ».
EN CONCLUSION…
Le public dispose actuellement, avec les travaux de 1961 et ceux de
2001, d’une information bienvenue sur la fameuse sainte tombe qui se
remplit donc d’une d’eau maintenant non mystérieuse. À titre
d’explication complémentaire pour la conservation de l’eau dans le
fond du sarcophage, nous nous permettons également de porter à la
connaissance du lecteur un paramètre essentiel et très souvent passé
sous silence : l’intervention humaine. Ainsi, « en 1848, l’eau venant à
se perdre peu à peu par une petite fissure dans la partie inférieure de
la tombe, on la souleva de 0,75 mètre pour permettre de boucher la
fente facilement ».
Nous espérons que, dans un proche avenir, une nouvelle plaque
sera placée sur la grille à l’entrée de la courette de la sainte tombe
d’Arles-sur-Tech et que les médias ne manqueront pas de diffuser
l’inscription que cette plaque portera :
La sainte tombe a livré son secret : pluie et condensation.
La radioactivité ou le diable
entre dans le bénitier
Un phénomène « naturel », comme la condensation de l’eau dans le
sarcophage dont nous venons de parler, c’est bien. Un phénomène
« artificiel », c’est mauvais. C’est − à peu de choses près − ce que l’on
entend souvent dire : « c’est chimique », c’est « artificiel », c’est… La
radioactivité « naturelle », ça va ; la radioactivité « artificielle »,
bonjour les dégâts ! Les corps radioactifs font aujourd’hui l’objet d’une
diabolisation saugrenue.
Le XXe siècle a vu leur éclosion puis leur intrusion galopante dans
beaucoup d’activités humaines, de la recherche en biologie à la
datation des vieux suaires[80], de la médecine nucléaire à la
vaporisation instantanée de cités, de la nécrose contrôlée de prostates
cancéreuses à la production dangereuse d’électricité, de la
consécration de savants entrant au Panthéon à l’objet de batailles
électorales furieuses.
Ce siècle a connu d’effroyables cataclysmes, où la fureur humaine
sous ses formes les plus bestiales a pu se déchaîner : guerres féroces
entre les grands pays industriels, camps d’extermination et goulags où
périrent des dizaines de millions d’êtres humains condamnés pour
leur race, leur ethnie, leur religion ou leur appartenance à une classe
sociale maudite, guerres coloniales impitoyables où s’affrontèrent ceux
qui voulaient préserver un ordre établi par des siècles de domination
et ceux qui voulaient accéder à l’indépendance mais se réclamaient
d’idéologies qui aboutirent à des régimes souvent pires, pour les
peuples, que ceux qu’ils voulaient renverser.
D’après les historiens, plus de cent millions d’être humains furent
ainsi tués pendant ce siècle, mais les armes nucléaires n’y
contribuèrent que pour quelques millièmes. Et pourtant, la crainte de
ces armes domine la pensée politique de beaucoup d’humains et pèse
sur l’avenir de l’énergie nucléaire, pour des raisons parfois légitimes.
Certes, pendant la guerre froide qui vit s’affronter les deux
gigantesques blocs, la crainte d’un cataclysme nucléaire a sans doute
dissuadé l’un et l’autre des adversaires de dépasser certaines limites.
Pour beaucoup de gens de l’Ouest, la perspective d’une guerre
nucléaire n’était pas aussi effrayante que la victoire militaire du bloc
soviétique. Sans doute la vision de la destruction impitoyable de
certaines classes sociales, des paysans aisés, des petits bourgeois, des
membres de l’intelligentsia, des groupes religieux, contribua-t-elle à
faire préférer la mort plutôt que subir la domination d’un tyran
comme celui qui cueillit en prime, après la guerre de Corée, le poste
héréditaire de conducteur du peuple en Corée du Nord.
Dans le camp opposé, l’adage suivant lequel l’ennemi de mon
ennemi est un ami conduisit au soutien, par de grandes démocraties,
de la lie fasciste de certains pays, comme les colonels grecs, ou
Pinochet ou Mobutu. La liste est, hélas ! très longue, et tous les cadres
politiques qui ont trempé, à une époque ou une autre de leur carrière,
dans des épisodes peu glorieux, qui des guerres coloniales, qui du
stalinisme, qui du polpotisme, espèrent du siècle qui s’ouvre qu’il
effacera l’ardoise et leur permettra de repartir avec une blancheur de
lys dans de nouvelles aventures.
Cette crainte explique cependant pourquoi règne aujourd’hui une
confusion politique qui contribue à donner une certaine virginité au
siècle qui commence dans lequel peu de vieux cadres politiques
peuvent se targuer d’avoir été d’une lucidité exemplaire.
Mais, lorsqu’on voit qu’au terme de l’implosion de l’Union
soviétique en 1989 les deux camps disposaient de près de 40 000 têtes
nucléaires, d’une puissance voisine, pour chaque bombe, de près de
sept fois celle qui anéantit Hiroshima, il n’y a rien d’étonnant à ce que
le soupir de soulagement qui accompagna la fin de l’affrontement
entre les deux blocs s’accompagnât aussi d’un doute sur la capacité de
la classe politique à gérer l’énorme puissance que le développement de
la science remet entre ses mains.
La puissance nucléaire accumulée permettrait en effet sans mal de
vitrifier la quasi-totalité de la surface habitée du globe. On sait
aujourd’hui que, parmi les cibles assignées aux têtes nucléaires
américaines, il y avait la maison de campagne de la maîtresse du chef
adjoint d’un important organisme militaire du camp adverse. C’est
sans doute la plus belle démonstration de l’impuissance qui frappa la
classe politique face à certains lobbies militaro-industriels dont la
menace avait été dénoncée avec sagacité par le général Eisenhower.
Il est réconfortant, mais non totalement rassurant, que les
conversations amicales entre les États-Unis et la Russie visent à
réduire l’arsenal à une modeste dizaine de milliers de têtes nucléaires.
C’est un sujet de préoccupation qui devrait mobiliser les partisans et
les adversaires de l’énergie nucléaire pacifique ou même militaire. Et
la solution est infiniment plus facile à trouver que celle de la fourniture
d’énergie aux neuf milliards d’humains qui pointent à l’horizon de la
moitié de ce XXIe siècle, avec leur appétit de vivre comme nous, de
disposer d’une bonne nourriture, de villes éclairées, de voitures
particulières et de « rave-parties ». Cela conduirait à une
augmentation notable de l’énergie consommée et nous force à
examiner, sans démagogie, les ressources que nous laissons à nos
enfants. Le choix n’est pas très grand. Il faut prendre des décisions
dont l’impact sera important dans un demi-siècle ou dix siècles ou cent
siècles. Et il serait irresponsable que les décisions cruciales dépendent
d’échéances électorales immédiates et de la déferlante de démagogie
qu’elles impliquent.
Toutes les formes d’énergie ont des limitations ou présentent des
dangers qui leur sont propres et qu’il faut évaluer. Il est indispensable
que nous ayons conscience de l’irradiation naturelle que nous
subissons pour juger de façon pertinente les risques liés à l’utilisation
de l’énergie nucléaire.
LES RADIATIONS ET LE VIVANT
LES SOURCES FAIBLES D’IRRADIATION[81]
De la mémoire des hommes s’atténue rapidement le souvenir des
accidents soudains, quel que soit le nombre de victimes, lorsqu’ils ne
sont pas directement touchés. Mais la menace quotidienne d’un
accident dont les effets, très petits, se font sentir pendant de longues
années sur une grande partie de la population du globe paraît
intolérable et peut donner lieu à des vagues de réactions passionnelles.
Après l’accident de Tchernobyl, qui a disséminé une quantité
massive de corps radioactifs sur de grandes surfaces du globe, des
millions de gens se sont sentis menacés. Il est possible que quelques
dizaines de milliers d’entre eux aient contracté, ou contracteront, un
cancer en conséquence de l’accident. Cet accident a propagé la crainte
d’un empoisonnement radioactif quasi irréversible de la planète pour
les milliers d’années à venir, bien que, dans ce cas précis, la
contamination globale à long terme représente seulement 3 % de celle
due aux tests d’armes nucléaires dans l’atmosphère qui ont pris fin
pour la plupart en 1963. La proportion d’iode-131 libérée par
Tchernobyl a été de 0,1 % de celle des tests nucléaires mais elle a été
de 8 % pour le césium-137 qui contribue à une pollution persistante
dans l’environnement.
Les débats sur les nuisances spécifiques de l’industrie nucléaire
doivent partir d’une estimation sérieuse de l’effet des radiations
émises par les corps radioactifs à vie longue. Ils devront être gérés ou
traités, enfouis et mis hors d’état d’émerger à la surface du globe
pendant des milliers ou même des millions d’années. Il semble logique
de considérer le rayonnement ionisant naturel pour voir s’il est
raisonnable d’imposer des limites inférieures à ses variations sur
l’ensemble de la planète. Il faut aussi tenir compte des nuisances des
sources d’énergie alternatives qui présentent parfois des dangers
considérables sur lesquels les « nucléophobes » viscéraux ferment
pudiquement les yeux.
Depuis que la vie est apparue sur la planète, elle baigne dans un flux
de radiations. Ces dernières proviennent des rayons cosmiques ou des
radioéléments contenus dans les roches. Elles se sont enrichies des
apports de la radiologie médicale et de certaines activités industrielles
ou militaires.
Des particules de très haute énergie arrivent sur la Terre. Elles
produisent, dans les hautes couches de l’atmosphère, des réactions
nucléaires qui donnent naissance à une très grande variété de
particules, dont la plus grande partie, hormis les muons et les
neutrinos, est absorbée par l’air avant d’arriver au niveau de la mer.
Les neutrinos, qui sont des particules de masse nulle et sans charge
électrique, peuvent traverser la Terre avec moins d’une chance sur un
milliard d’interagir[82]. En revanche, les muons sont chargés et
interagissent avec la matière, en particulier avec notre corps : celui-ci
est traversé par cinq muons en moyenne chaque seconde. Un muon
perd dans nos tissus environ cent fois plus d’énergie que l’électron
d’un corps radioactif ingéré.
À haute altitude, les rayonnements sont beaucoup plus intenses
qu’au niveau de la mer. À l’altitude des hautes montagnes, il y a des
électrons, des rayons gamma, c’est-à-dire des rayons X énergétiques,
et des muons, et, à l’altitude où vole le Concorde, il y a, en outre, des
protons, des neutrons et des pions.
On voit sur la figure que, lorsqu’un proton de très haute énergie
pénètre dans l’atmosphère, il produit une cascade de particules aux
noms ésotériques, affublés de lettres grecques comme μ, υ, γ, en plus
des particules familières comme les électrons et les neutrons.
L’alphabet grec a depuis longtemps été épuisé en raison de la diversité
des particules produites et on a dû commencer à puiser dans
l’alphabet hébreu !
Les neutrons libérés dans l’atmosphère par les réactions nucléaires
produisent à leur tour, par interaction avec l’azote de l’air, du carbone-
14, un isotope radioactif du carbone-12 stable, dont la vie moyenne est
de quelques milliers d’années et que nous inhalons comme tous les
organismes vivants, animaux et plantes. Dans 10 % des cas, ces
réactions produisent aussi du tritium également radioactif. Le
carbone-14 est communément utilisé pour dater tous les corps
contenant du carbone (corps organiques et végétaux, ossements et
charbon de bois, par exemple) en mesurant le rapport carbone-
14/carbone-12 qui permet de calculer l’année où le premier a été
inhalé, sous forme de gaz carbonique, par un végétal ou un animal. Sa
concentration a ensuite décru par désintégration radioactive lorsque
l’échange avec l’atmosphère a cessé.
Les rayonnements naturels sont émis par les éléments radioactifs
des roches et des tissus vivants. Le potassium-40, un isotope radioactif
du potassium stable, en proportion de 1/10 000, a une vie moyenne de
1,3 milliard d’années ; il est donc encore présent, tout comme
l’uranium-235 qui, comme lui, a été produit dès l’origine de la Terre. Il
se trouvait dans la poussière des étoiles mortes dont l’agglomération a
donné naissance à notre système solaire. En raison de l’affinité du
potassium avec la plupart de nos tissus, il est toujours présent dans les
organismes vivants. D’autres éléments minéraux ont des isotopes à vie
longue. Un être humain de 70 kilogrammes contient des corps
radioactifs qui sont le lieu de 10 000 désintégrations par seconde, une
petite partie étant détectable à l’examen tandis que la majorité reste
absorbée dans les tissus.
Les rayonnements naturels, formés par les muons des rayons
cosmiques et les rayons bêta et gamma émis par les roches en quantité
variable, constituent le bruit de fond dans lequel s’est développée la
vie, car, même s’il est possible qu’ils aient provoqué des dommages
génétiques, au cours de l’évolution, les tissus vivants ont élaboré des
mécanismes de réparation des gènes.
Il est tout simplement ridicule de diaboliser les radiations lorsque
leur intensité se situe au niveau des radiations naturelles, à moins
qu’on ne prenne des mesures strictes pour se protéger aussi des
matériaux de construction légèrement radioactifs ou des rayons
cosmiques. Cela devient de la paranoïa ! Du point de vue de la société,
il est toujours avantageux de réduire le taux de radiation si le coût en
est inférieur au bénéfice attendu. Or nous ne connaissons aujourd’hui
ni l’un ni l’autre.
Nous avons rencontré un professeur de physique suisse qui, mû par
une passion antinucléaire habillée d’écologie, reprochait au CERN
d’affirmer que son activité ne contribuait qu’à des doses faibles de
radiations, très inférieures au bruit de fond naturel, donc sans danger.
Ce professeur affirmait qu’à fortes doses l’organisme mobilisait des
défenses contre les radiations, tandis qu’aux très faibles doses
l’attaque était plus sournoise donc plus redoutable. Si nous le suivions,
ce que nous ne ferons pas, nous pourrions dire que, grâce au
rayonnement naturel omniprésent, nous sommes toujours au-dessus
du seuil fatidique de l’irradiation nulle et que l’irradiation par une
faible fraction du rayonnement naturel n’a aucune importance, sauf si
l’idéologie antinucléaire de l’irradié conduit à une amplification
énorme de l’effet, ce qui serait le cas pour ce professeur.
La variation de l’irradiation naturelle, suivant la géographie ou
l’altitude, suffit à interdire de prendre au sérieux ces élucubrations,
mais l’estimation de l’effet des faibles doses sur l’organisme humain a
une importance sociale, et les prédictions controversées qui en sont
faites donnent lieu à des polémiques. Il est donc utile de comprendre
l’importance relative de toutes les sources de radiations et de leurs
effets sur la santé.
Les instruments de physique sont très sensibles aux radiations. Les
physiciens peuvent sans difficulté détecter le passage d’un seul
électron rapide émis par un atome radioactif. Ce qui nous intéresse ici,
c’est la sensibilité du corps humain : celui-ci est constitué par près de
1028 atomes[83], partagés entre quelque 1014 cellules, et un électron
rapide perturbe au plus 105 atomes dans une cellule qui en contient
donc 1014. Nous devons tenir compte du fait qu’au cours de la vie, dans
chaque cellule, s’accumulent des millions de lésions spontanées, qui
sont constamment réparées, tant bien que mal, par les mécanismes
merveilleux et complexes dont sont dotés les tissus vivants. C’est une
affaire délicate et très loin d’être éclaircie que l’effet de ces
microlésions occasionnées par les rayonnements.
La plupart des particules de la création réagissant avec les atomes
du corps humain arrachent des électrons aux cortèges atomiques, d’où
leur nom de « rayonnement ionisant » : elles ont toutes à peu près le
même effet sur les molécules vivantes. Des différences existent dans
leur capacité à détruire les cellules vivantes lorsque les radiations sont
constituées de particules lourdes et lentes, comme les particules alpha
qui sont des noyaux d’hélium, ou de particules légères et rapides,
comme les électrons et les rayons gamma. Les biologistes affectent
d’un coefficient d’efficacité biologique Q les radiations que l’on utilise
en radiologie et radiothérapie. Par exemple, si une valeur 1 correspond
aux rayons X, aux rayons gamma et aux électrons rapides, elle sera 10
pour les protons ou les neutrons rapides, et 20 pour les particules
alpha.
DOSE ANNUELLES DUE
AUX RADIATIONS INTERNES (DARI)
À la suite de discussions ayant suivi un travail en commun[84], les
deux physiciens Georges Charpak et Richard L. Garwin ont proposé
aux organismes spécialisés d’introduire une nouvelle unité de mesure
de l’effet des radiations, le Dari, compréhensible par tous ceux qui
acceptent de réfléchir sur le sujet afin de les mettre à l’abri de toute
démagogie.
Ce qui fait la puissance de l’utilisation des corps radioactifs dans la
recherche scientifique − la grande sensibilité de leur détection − est
retenu désormais comme une tare dangereuse. On peut mesurer avec
un détecteur un seul atome qui se désintègre (1 becquerel), mais des
milliards d’atomes sont nécessaires, en général, pour doser les corps
non radioactifs. Alors on dénonce les contaminations radioactives
mesurées en becquerels en faisant semblant d’ignorer les
10 000 becquerels qui habitent notre corps en permanence et en
masquant l’effet de ces contaminations comparé au nombre infini
d’agressions de notre corps, permanentes ou occasionnées par
l’activité humaine.
Puisque le corps humain subit naturellement l’effet des radiations
émises par les corps radioactifs, le K40 et le C14 qui y séjournent en
permanence, il est suggéré de prendre comme unité de référence l’effet
de ces radiations naturelles qui ont une intensité voisine de
10 000 becquerels.
La dose de 500 daris imposée aux travailleurs de l’industrie
nucléaire correspond à une estimation de réduction de l’espérance de
vie égale à celle produite par la consommation de dix cigarettes par
mois. Elle doit se comparer aux risques spécifiques associés à des
occupations professionnelles variées. Par exemple, la conduite d’un
véhicule automobile produit, en raison du caractère cancérigène des
fumées d’échappement, un risque potentiel plus grand.
Des polémiques ont été récemment engendrées par des irradiations
accidentelles dont l’impact est inférieur au dixième de dari. Le tableau
ci-dessus[85] illustre à quel point est exploitée la crédulité du public par
des groupes comme la CRIRAD ou Greenpeace lorsqu’ils sonnent
l’alarme pour des contaminations dont l’effet peut être considéré
comme inexistant à l’échelle d’une vie humaine.
Un problème important et réel pour l’énergie nucléaire est la
gestion des déchets radioactifs des combustibles usés. Certains
éléments ont des vies moyennes très longues, s’étendant sur des
centaines de milliers d’années. Leur neutralisation est envisagée par
différentes voies, par exemple l’enfouissement profond dans des puits
situés dans des zones désertiques. Il existe en Chine et au Mexique des
déserts où il n’a pas plu depuis 2 millions d’années. L’enfouissement
des déchets nucléaires mondiaux dans des puits constituerait un
revenu considérable pour ces pays. Le conditionnement des déchets
par fusion dans du verre, puis leur confinement dans des containers
métalliques épais sont à l’étude. Certains veulent les enfouir près de la
surface de façon à pouvoir les récupérer pour les détruire par des
méthodes de transmutation nucléaire. D’autres veulent les enterrer
dans des galeries profondes dans leurs containers prévus pour résister
à quelques milliers d’années d’irradiation. C’est l’objet des études
entreprises par le gouvernement français qui doivent lui permettre, en
2006, de prendre une décision fondée sur des expériences.
Une norme est imposée aux ingénieurs : la dose de radiations
externes ne doit pas excéder 2 % de celle due à la radioactivité
naturelle, sachant que la variation naturelle en France atteint 250 %.
Elle est donc acceptable.
D’autres exigent a priori qu’il n’y ait aucune radiation externe et
préconisent donc l’arrêt définitif de l’exploitation de l’énergie
nucléaire. Si l’on prend en compte la radioactivité naturelle qui
correspond pour l’ensemble du globe à des activités colossales, c’est
une position que l’on peut qualifier de psychorigide. Rien que dans la
mer, il y a naturellement une quantité suffisante d’uranium pour que
certains songent à son extraction afin de pourvoir à l’alimentation des
centrales nucléaires pendant des millions d’années. Et cet uranium ne
présente aucun danger. Vous pouvez sans crainte continuer à vous
baigner en vous méfiant toutefois des cancers de la peau qui peuvent
être occasionnés par le soleil que personne ne songe à débrancher !
Il nous faut donc prendre en compte les dangers réels qui existent,
ils se suffisent à eux-mêmes. Certains ont surgi par surprise. Par
exemple, les événements du 11 septembre 2001 à New York révèlent le
danger de certaines formes de terrorisme. Il faut y faire face et le
déploiement des missiles aériens au voisinage de tous les sites
dangereux, nucléaires ou non, est une utilisation plus pertinente de ce
matériel que de le laisser périr d’une vieillesse heureuse dans les
casernes. La prise en considération de la vulnérabilité de beaucoup de
centres industriels, comme les usines chimiques, est aussi
indispensable. Souvenons-nous que la catastrophe de l’usine de
l’Union Carbide en Inde a coûté la vie à six mille personnes,
instantanément. Et cela nous conduit à la démarche inéluctable, pour
les hommes responsables qui ont à décider des sources d’énergie, de
prendre en compte et comparer toutes les ressources qui s’offrent à
l’humanité, sans céder à la démagogie des groupes les plus bruyants
ou les plus richement dotés.
La misère qu’engendrerait une population excessive par rapport aux
ressources de la planète serait génératrice de beaucoup plus de dégâts
que ceux produits par un accident, nucléaire ou non. Elle créerait des
populations désespérées, n’ayant rien à perdre, sans avenir, terreau
idéal d’un terrorisme qui bénéficierait par ailleurs du progrès
inéluctable de la science et des techniques. Celles-ci permettent, en
particulier, la production à bas prix, d’armes de destruction massive
des populations, comme les armes bactériologiques. Il n’y a qu’un seul
vaccin contre ces perspectives : la solidarité à l’égard de ceux qui n’ont
pas eu le privilège de naître du bon côté d’une frontière qui borne un
pays prospère aux institutions stables et donne à tous ses habitants
l’illusion que leur avenir est assuré s’ils se conduisent comme de bons
consommateurs. Car c’est un pur hasard si le postier suisse jouit d’un
niveau de vie incomparablement plus élevé que son homologue italien
et a fortiori indien, puisque ni les uns ni les autres ne sont pour grand-
chose dans ce qui fait la différence entre leurs pays.
Cette solidarité va de pair avec une aide au développement qui ne
résoudra rien par le miracle des seules lois du marché mais aura peut-
être un effet avec un énorme investissement dans l’éducation, seul
antidote à la prise en main par des intégristes religieux ou politiques
transmettant leurs transes à des foules assommées par la misère et
abruties par l’ignorance.
Une drôle de thèse
Madame le docteur en sociologie[86] Elizabeth Tessier a conquis son
titre en Sorbonne en vantant les vertus de l’astrologie. Cela fit quelque
bruit car elle démontrait ainsi comment, sous couvert d’une louable
ouverture d’esprit, des professeurs d’université pouvaient faire
déferler, dans une prestigieuse université parisienne, une vague
d’obscurantisme. Il est certes légitime que dans une république laïque
et démocratique puissent fleurir les cent fleurs de la créativité
humaine. Personne ne s’offusquera de l’enseignement et des
méditations des facultés de théologie. Mais peut-être manquons-nous
de facultés de sorcellerie, sciences occultes, astrologie et autres
activités dans lesquelles s’épanouissent les talents de dizaines de
milliers de professionnels qui prodiguent conseils, soins et
consolations à des millions de Français. On pourrait ainsi les gratifier
de titres de docteur et même, pour les plus talentueux, de celui de
grands chanceliers du mamamouchi ! Mais il faut éviter de les faire
pénétrer à l’université autrement que comme sujets d’étude de
psychologie, de sociologie ou de psychiatrie.
Le statut de la fonction publique permet-il de noter ou de
sanctionner les éminents membres du jury qui se sont prêtés à la
farce ? Nous conseillons aux étudiants qui veulent entreprendre une
thèse de sociologie de ne pas choisir comme directeurs ou
examinateurs ceux qui ont composé le jury de Madame le docteur en
sociologie Elizabeth Teissier. Leur nom sur la page de couverture
pourrait faire sourire du contenu même de la thèse. À moins
évidemment qu’ils fassent acte de repentance. Et avec eux l’université :
peut-on dans certains cas invalider une thèse ? Nous suggérons
sérieusement de proposer le sujet de thèse suivant : « Analyser les
facteurs psychiques et sociaux qui peuvent conduire des professeurs
d’université éminents à donner le statut de science, méritant une
tribune sinon une chaire universitaire, à des superstitions primitives. »
Heureusement que des revues satiriques montrent que la voie n’est
pas totalement libre pour la supercherie. Ainsi Le Canard enchaîné du
11 avril 2001 publiait sous le titre « Elizabeth Teissier : une diseuse de
Sorbonne aventure » ces lignes de Frédéric Pagès :
L’astrologue chic et multicarte a appâté un gros client : un jury de
la Sorbonne. Qui lui a décerné le titre de « Docteur ». Victime de quel
ascendant ?
[…] Deux heures et demie d’âneries sur l’astrologie et une seule
information à se mettre sous la dent : Elizabeth Teissier s’appelle
Germaine Hanselmann…
L’essentiel, c’est que Germaine, désormais « docteur », pourra
proclamer que l’astrologie est validée, certifiée, officialisée par la
vieille Sorbonne. Lundi, dès l’ouverture des cours, on imagine ces
respectables membres du jury faisant la leçon à leurs étudiants au
nom de la « rigueur intellectuelle ».
De même, dans Charlie hebdo du 11 avril 2001 sous la plume de
Gérard Biard, un article intitulé « Madame Irma à la Sorbonne[87] ».
Au début du prêche, on se dit qu’elle est entrée dans la maison de
Mercure et a fumé la moquette. Mais on se rend vite compte que tout
cela est beaucoup moins farfelu qu’il n’y paraît. […] […] quand la
grande rouquine se tait enfin, on espère que le jury va se lever et lui
balancer son paveton de 900 pages à travers le lifting en lui
expliquant qu’ici on est à la Sorbonne, et pas chez Dechavanne. Eh
bien, non ! Au contraire […]. Pendant deux heures et demie, dans
l’enceinte de la fac la plus prestigieuse de France, on a parlé marc de
café et boule de cristal en faisant semblant de croire qu’il s’agissait de
sociologie. Le plus scandaleux, ce n’est pas qu’une astrologue ait
manœuvré pour infiltrer l’Université, c’est que quatre professeurs
l’aient admise sans sourciller comme l’une des leurs.
Nous suggérons aux deux journalistes de présenter à la Sorbonne,
en choisissant le même jury, une thèse de sciences sociales. À tout
prendre, nous préférons une Université impertinente à une Université
rétrograde.
Chapitre 5
DROIT AU RÊVE ET À LA LUCIDITÉ
Une réaction épidermique
Quand on découvre que, avant la Seconde Guerre mondiale, un
professeur du lycée français de Casablanca, féru de radiesthésie,
prétendait corriger ses copies de baccalauréat en suivant les
indications de son pendule, on s’interroge. Puis l’on pousse un soupir
de soulagement en apprenant que l’administration prit les dispositions
pour l’empêcher de continuer à appliquer ses dons dans le système
éducatif. Et l’on se dit que c’était il y a bien longtemps !
Quand on lit ce gros titre d’un article de journal relatant un fait
divers : « Licenciée pour incompatibilité zodiacale ! », on s’interroge à
nouveau. Et cela s’est passé en France en 1984. Peut-être y a-t-il eu
une suite judiciaire mais rien n’est moins sûr.
Quand on apprend, fin 1991, par un autre article de quotidien,
qu’une classe de terminale d’une grande ville a fait « la démonstration
de son esprit d’initiative et du rôle grandissant des sciences parallèles
dans le recrutement en entreprises » en organisant une réunion pour
étaler les mérites de « sophrologues, numérologues, astrologues,
morphopsychologues », on en reste abasourdi. Et quand on apprend
que « le cocktail de clôture placé sous la présidence effective du
recteur, aux côtés du proviseur du lycée, rassemblait beaucoup de
personnalités », on n’en croit pas ses yeux.
Alors, quand plus d’une dizaine d’enseignants ont fait parvenir ce
dernier article à l’un d’entre nous pour lui faire part de leur
stupéfaction, celui-ci a pensé qu’il était de son devoir de se faire le
traducteur de leur incrédulité. Il a donc écrit au recteur en question
pour lui signaler que l’on ne pouvait que « regretter que, à l’heure où
l’on parle de vouloir développer les actions de culture scientifique, des
responsables de l’Éducation nationale prêtent leur concours à ce
qu’Albert Jacquard nomme fort justement des entreprises de
crétinisation de notre culture » et qu’en lisant de tels articles il avait
« honte du comportement de personnes qui sont censées avoir avec
(lui) des objectifs pédagogiques communs ».
Cette réaction épidermique amena une réponse − involontairement
humoristique − de la directrice de cabinet du recteur déclarant que le
quotidien avait « publié par erreur que le cocktail de clôture avait été
placé sous la présidence effective du recteur ». On regrettera que les
centaines de milliers de lecteurs du quotidien n’en aient point été, eux
aussi, informés.
Mais le sel de cette réponse est bien plutôt le passage suivant : « Je
vous signale que les chefs d’établissement, dans le cadre de leur
autonomie, sont libres d’organiser quelque manifestation, rencontre
ou colloque que ce soit, qui paraissent intéressants pour la vie de leur
établissement. » Or cela n’est vrai que sous réserve expresse que cette
rencontre ne fasse point la présentation, la publicité ou l’éloge
d’activités illicites, c’est-à-dire tombant sous le coup de la loi, ce qui
était le cas de la manifestation « éducative » en question !
L’attention du recteur a bien sûr été attirée sur ce détail par un
courrier explicite qui déclarait que les objectifs pédagogiques que nous
avions l’honneur de partager avec de nombreux collègues − mais
manifestement pas avec tous − n’étaient pas de voir un jour
l’astrologie, la numérologie ou toute autre pseudo-science enseignée
dans nos collèges, lycées ou universités.
Ce que cette anecdote authentique révèle au grand jour, c’est le peu
de connaissances ou d’informations dont disposent certains
enseignants nantis d’autorité, heureusement rares, dans notre système
éducatif.
De l’artisanat à la multinationale
C’est qu’en effet un problème se pose. À tous les échelons, la société
est gangrenée par l’obscurantisme et les conséquences peuvent en être
graves.
L’occulte est passé en peu d’années d’un niveau simplement
artisanal et local à un stade commercial et international. D’où les excès
et les dérives que l’on constate et auxquels il faut impérativement
mettre un terme car, à partir d’une certaine intensité dans la passion
du surnaturel, la nocivité des dommages pourrait aller crescendo.
Comme on l’a déjà souligné, on n’entraîne pas impunément une
nation à accepter les erreurs les plus grossières, les idées les plus
fausses, les raisonnements les moins justifiables sans « l’atteindre
gravement dans sa formation intellectuelle », sans la faire « douter de
la science et de toutes les valeurs de raison ». Notre époque est
malheureusement exemplaire en ce sens par la caisse de résonance
que les médias offrent aux pseudo-sciences.
On peut remarquer aussi que le renouveau des pratiques magiques,
occultes ou paranormales a été curieusement rapide. Si rapide même
que l’on est en droit de se poser cette question : quels sont les concours
qui ont créé ce besoin et en ont favorisé, peut-être inconsciemment,
l’extension ? L’importance des moyens mis en œuvre traduit tout
simplement l’importance des enjeux financiers de cette évolution. Le
problème est peut-être encore même plus grave. Le généticien Albert
Jacquard l’a déjà explicité clairement : « Transformer les citoyens en
moutons soumis est le rêve de bien des pouvoirs. Pour y parvenir les
moyens sont nombreux ; les intoxiquer de parasciences peut être fort
efficace. »
Comment comprendre autrement qu’une chaîne de télévision
publique vouée à la culture, qui se distingue d’ailleurs par l’excellence
de certains de ses programmes, ait consacré sa première émission, oui,
sa toute première émission sur le réseau hertzien, celle qui est censée
donner le ton, sous le label explicite « Sciences et Techniques », à des
modèles réduits de la pyramide de Khéops concentrateurs d’ondes de
forme (!) permettant de momifier la viande (!!) et d’aiguiser − car,
nous citons textuellement, « les métaux subissent des mutations à
l’intérieur de la pyramide » − les lames de rasoir usagées (!!!). Le tout
assené par des pseudo-savants en blouse blanche. Incroyable, mais
vrai ! Il s’agit pourtant bien de la chaîne Arte, lors de son inauguration
le 28 septembre 1992 à 19 h 10.
On aurait pu supposer que les très vives réactions à cette curieuse
entrée en matière aient un peu assagi les responsables de la
programmation de cette chaîne, mais rien n’est moins sûr au vu
d’exemples plus récents. Ainsi, le 8 juin 2001, Arte nous offre une très
longue émission sur le paranormal avec quasiment aucune approche
critique ou sceptique, mais une débauche d’affirmations sur la chasse
aux fantômes et autres poltergeists.
Le 17 septembre 2001, l’émission « Archimède », le « Magazine
scientifique et technique », pourtant d’habitude autrement plus
sérieuse, nous plonge au cœur de l’eau et, avec des (ou sous couvert d’)
images réellement magnifiques, nous présente de mystérieuses
cristallisations microscopiques comme preuves de la théorie de la
mémoire de l’eau et des délirantes dilutions infinitésimales ! Le tout,
bien sûr, avec un principe d’autorité bien géré : un personnage central,
de l’« Université de Stuttgart » et, de temps à autre, un microscope et
une loupe binoculaire en premier plan. Il est vrai que la chaîne avait
l’excuse de l’existence d’un ancien battage publicitaire considérable
sur cette question de la mémoire de l’eau et qu’un nombre étonnant de
gens cultivés a été berné.
Voilà en tout cas qui nous montre comment même une chaîne
excellente sur le plan culturel peut être gangrenée par l’infection
obscurantiste.
Rationalité et construction des croyances…
Si la rationalité a une place évidente et a priori éminente dans
l’évaluation de nos croyances et dans leur déconstruction, en a-t-elle
une dans la construction de nos croyances ?
Bien que, aussi surprenant que cela puisse paraître dans notre
société scientifique et technique avancée, le niveau de croyance dans
les superstitions soit directement (et non inversement) lié au niveau
scolaire, comme nous le verrons plus loin, ce n’est pas le niveau
scolaire qui définit les croyances de quelqu’un. Mais, pour un même
phénomène « paranormal » en ce qui concerne le fond, le niveau
scolaire oriente le choix vers des formes plus compatibles avec ce
niveau, plus rationnelles.
Par exemple, dans le cas de la radiesthésie, le pendule, symbole de
cette parascience, pourra servir à faire de la divination, de la voyance
sur des cartes à jouer ou tout autre support, tandis que, pour une
personne dont le niveau d’études sera plus élevé, ce même pendule
servira plutôt à la détection des sources telluriques de la
« géobiologie », des variations magnétiques de la « sourcellerie » qui
fut, chose surprenante, défendue par un physicien de talent.
La montée de l’occulte
Au pays de Voltaire et de Condorcet, du scepticisme et des
Lumières, les croyances fleurissent. Rappelons quelques données.
Ce tableau résume une enquête ponctuelle menée il y a une
vingtaine d’années par l’un d’entre nous sur le crédit respectif
qu’accordaient des étudiants de premier cycle scientifique à la
psychokinèse et à la relativité.
La psychokinèse ou télékinésie, c’est-à-dire le déplacement d’objets
à distance sans contact, par le seul pouvoir de l’esprit sur la matière,
était représentée par la torsion des métaux grâce au seul pouvoir de
l’esprit, très à la mode à cette époque-là avec Uri Geller et ses cuillères
tordues et les nombreux articles et émissions qui lui étaient consacrés.
La psychokinèse recueillait les faveurs de près de sept étudiants sur
dix qui la considéraient comme prouvée scientifiquement. Tandis
qu’un étudiant sur deux estimait que la dilatation relativiste du temps,
représentative de la relativité, était une pure spéculation théorique !
Des enquêtes d’envergure nationale ont confirmé ces tristes
constatations que l’on aurait pu supposer isolées, dues à un contexte
local ou une formulation ambiguë des questions posées. Les trois
graphes qui suivent, fondés sur les travaux publiés en 1986 par deux
sociologues[88], concernent la population française et nous font
découvrir que ces croyances sont en pleine expansion.
Le premier graphe nous montre que, alors que les jeunes ont reçu et
reçoivent une éducation scolaire plus complète notamment sur le plan
scientifique, le niveau de croyance baisse avec l’âge de manière quasi
continue (les deux lignes en pointillés représentent les valeurs
moyennes de croyance de la population française : 48 % pour le
paranormal et 44 % pour l’astrologie).
Et, deuxième constat, mais chose avérée depuis longtemps : la
disparité homme/femme est très clairement confirmée en ce qui
concerne l’astrologie.
Le deuxième graphe montre que, contrairement à ce qu’on pouvait
supposer a priori, le degré de croyance au paranormal est directement
proportionnel au niveau des études effectuées, avec une petite
exception pour le supérieur scientifique dont le degré de croyance au
paranormal reste toutefois supérieur à la moyenne !
En ce qui concerne le niveau de croyance en fonction des catégories
socioprofessionnelles (troisième graphe), les résultats sont tout aussi
surprenants et les enquêteurs notaient même que « les instituteurs
sont un groupe pivot puisqu’ils se définissent comme le groupe qui
croit le plus fréquemment à l’astrologie et au paranormal ». Les
professeurs, bien qu’ayant un niveau de croyance en l’astrologie
« faible » (près de 30 % tout de même !), ont un niveau de croyance au
paranormal supérieur à la moyenne. Conclusion affligeante : le milieu
éducatif et l’ensemble de ses acteurs − instituteurs, professeurs,
étudiants − n’est pas protégé des superstitions. Chose intéressante, les
agriculteurs ont beaucoup plus les pieds sur terre, de façon
significative.
Les données présentées au colloque La Pensée scientifique, les
citoyens et les parasciences, en 1993, montrent une aggravation de
certaines constatations précédentes (cf. le tableau ci-dessous qui
expose une partie de ces données). Plus d’un Français sur deux croit à
la télépathie et un sur dix aux fantômes, et le milieu éducatif ne fait
pas exception à la règle.
On pourrait pousser un soupir de soulagement en apprenant par
d’autres données que 81 % des Français pensent que « le
développement de la science entraîne le progrès de l’humanité ». Mais
l’enthousiasme est de courte durée lorsqu’on découvre que,
simultanément, 58 % de ces mêmes Français pensent que
« l’astrologie est une science ». Ce qui prouve que nos contemporains
ne savent plus très bien ce qu’est une science.
Un exemple récent de cette aggravation nous a été fourni en
février 2001 par un courrier électronique que nous avons reçu de
M. Nicolas Hergott qui préparait l’agrégation de sciences physiques
(option physique) à l’université de Toulouse. Ayant découvert un
article du Bulletin de l’Union des physiciens de 1999 sur les croyances
obscures dans le monde enseignant, ce collègue a désiré apporter sa
« modeste (mais scandaleuse) contribution aux statistiques ».
Lors d’un repas, il a demandé à huit de ses collègues de préparation
à l’agrégation de physique s’ils croyaient à un quelconque phénomène
paranormal. Les résultats l’ont tellement choqué qu’il s’est déclaré
« prêt à consacrer sa carrière entière à combattre cette faiblesse
d’esprit ». Sur ses huit collègues en préparation à l’agrégation de
physique :
– un va voir régulièrement un magnétiseur, ce qui n’a surpris qu’un
seul des autres ;
– trois croient à la télékinésie ;
– quatre pensent que certains phénomènes resteront toujours
inexplicables et ne pensent pas pouvoir dissocier certains phénomènes
de concepts comme l’« âme » ou « Dieu » ;
– tous sans exception croient à la possibilité de télépathie.
Il ajoutait qu’il est « impossible de discuter de la crédibilité de ces
phénomènes sans vexer profondément les croyants en question ».
Cet exemple particulier et limité − mais significatif et non
anecdotique − concernant de futurs enseignants de physique montre
que le degré de crédulité atteint en ce début de millénaire a vraiment
de quoi surprendre les non-initiés. Mais il a aussi de quoi les inquiéter.
Car, pendant trois ans, jusqu’en 1994-1995, quatre classes de sixième
d’un collège public de l’académie de Montpellier ont été formées, avec
l’accord de l’équipe pédagogique, en répartissant les élèves selon des
critères astrologiques ! Cette « astropédagogie » n’est
malheureusement pas un épiphénomène.
Les graphiques que nous venons de montrer sont alarmants, mais il
ne faut pas considérer comme établie la différence entre les diverses
catégories socioprofessionnelles quand elles sont vraiment très
proches par leurs errements. En raison du nombre relativement
restreint de personnes testées, environ 1 500 pour la douzaine de
professions décrites, chaque résultat est marqué d’incertitude. Si l’on
faisait un dessin avec un cercle ayant un diamètre égal à l’incertitude
statistique, on observerait des nuages de cercles qui se recoupent. C’est
ainsi que la différence entre les instituteurs et les cadres moyens ou
celle entre les professeurs et les cadres supérieurs n’est peut-être pas
vraiment significative. Et c’est normal car ils partagent une culture
assez semblable.
L’enracinement des croyances qu’ils partagent n’est peut-être pas
très profond pour la plupart. S’ils voient à la télévision des gens
parfaitement honorables affirmer qu’ils ont vu un phénomène
extraordinaire, authentifié parfois par des gens dont la fausse
compétence est attestée par des diplômes prestigieux ou une position
sociale de responsabilité, ils n’ont peut-être pas le recul suffisant pour
dire : « On veut me leurrer, il s’agit de naïfs qui mentent ou se mentent
à eux-mêmes, car ils n’ont aucun esprit critique. » Il faut avoir soi-
même participé à des mises en scène pour voir jusqu’où peut aller la
crédulité humaine.
Lorsqu’il s’agit de phénomènes liés au hasard, combien de
personnes sont capables d’analyser froidement un fait simple ? Par
exemple, si 10 000 personnes observent un phénomène qui n’a qu’une
chance sur 1 000 de se produire pour une personne donnée, il y en
aura tout de même près d’une dizaine qui aura ce privilège.
Des croyances fausses, fondées sur des phénomènes peu probables,
sont tellement banales que des précautions spéciales ont été prises par
ceux qui doivent par exemple interpréter l’effet de médicaments sur
des patients pour s’assurer que des observations accidentelles,
amplifiées par l’imagination, ne faussent pas l’interprétation objective.
Bien des physiciens chevronnés ont publié de fausses découvertes
en raison de fluctuations accidentelles qui validaient des théories
incertaines ou confirmaient des intuitions mal fondées.
Une situation paradoxale
Si les fausses croyances sont en pleine expansion, il faut toutefois
bien se rendre compte que les phénomènes sur lesquels sont fondées
ces croyances ne croissent, eux, ni en nombre ni en intensité. Au
contraire même, le corpus va en se rétrécissant comme une peau de
chagrin.
Le nombre de phénomènes diminue. En effet, comme tout un
chacun peut le constater, apparition de fées dans les jardins, lamas
tibétains lévitant, ectoplasmes, fantômes et sorcières sur un balai se
font de plus en rares.
Et l’intensité des phénomènes décroît elle aussi. On pourrait
généraliser cette décroissance à tout phénomène « paranormal », mais
nous allons simplement prendre comme exemple la télékinésie dont
nous venons de parler à propos à la fois de l’enquête auprès des
étudiants et du minisondage en préparation à l’agrégation de
physique.
Examinons donc la variation de ce fameux pouvoir de
psychokinèse − pouvoir de déplacer des objets à distance par la seule
concentration de l’esprit − au cours du temps.
Le « mana » est censé avoir déplacé il y a plusieurs siècles les
statues de l’île de Pâques, soit une masse de plusieurs tonnes. Dans les
années 1850, ce même pouvoir prétendait mouvoir de lourdes tables,
soit une centaine de kilogrammes. Quelques décennies plus tard, avec
les poltergeists, les esprits frappeurs, on s’occupe de casseroles et
d’ustensiles de cuisine, soit un kilogramme. Dans les années 1970, on
se réduit au possible déplacement de petits objets, comme des pièces
d’un jeu d’échecs. À l’heure actuelle, ce même pouvoir permettrait à un
médium se concentrant « très très très fortement », de déplacer un
infime bout de papier, soit un gramme ! Le phénomène PK a donc
chuté, à mesure que les moyens de contrôle gagnaient en précision,
par un facteur de plus d’un million au cours du temps.
Les moyens de contrôle n’ont d’ailleurs pas besoin d’être vraiment
très élaborés pour être efficaces. Ainsi, depuis l’avènement de la
photographie infrarouge, sensible dans l’obscurité, les puissants
esprits qui se manifestaient si facilement dans les tables tournantes et
autres guéridons lorsque la lumière était très faible − les esprits ayant
certainement les yeux très sensibles et ne pouvant donc intervenir en
pleine lumière − ont désormais perdu toutes leurs forces.
Nous sommes donc actuellement dans une phase un peu paradoxale
où les croyances au « paranormal », dans son acception la plus large,
sont en expansion dans les milieux les plus cultivés alors que le
nombre et l’intensité de ces phénomènes baissent de façon drastique.
Les raisons principales de cet apparent paradoxe sont les suivantes.
D’abord, la caisse de résonance des médias électroniques. Le corpus
des phénomènes paranormaux reçoit aide et soutien de cet
amplificateur des médias « électroniques » (radio, télévision,
Internet…) effectivement sans équivalent dans les générations passées.
Alors qu’un esprit malin de village n’aurait eu, au début du XXe siècle,
qu’une renommée locale, il a suffi qu’un poltergeist sans prétention
taquine un petit village belge pour que CNN fasse faire le tour du
monde à ce phénomène.
Ensuite, les « médiamensonges » et la dérive déontologique. Les
médias − la généralisation est évidemment abusive et le concept
déresponsabilisant, il faut entendre plus précisément « quelques
médias à travers les producteurs et les journalistes qui en font le
contenu » − ne sont point les Prométhée qu’espéraient souvent leurs
propres fondateurs. Ils ne donnent pas non plus aux lecteurs,
auditeurs, visionneurs, ce que ces derniers attendent. Ils ne sont pas
les traducteurs, les intermédiaires, les médiums (!) d’une demande ; ils
créent cette demande et font mine, ensuite, de simplement y répondre.
Ils ne sont pas neutres, au contraire ils accentuent les phénomènes de
retour à la religiosité de pacotille.
Enfin, la courroie de transmission du milieu éducatif.
Contrairement à ce que l’on aurait pu supposer a priori et en
confirmation des niveaux de croyance en fonction des catégories
socioprofessionnelles que nous avons déjà explicités dans les
graphiques précédents, le milieu éducatif ne fait pas exception par une
quelconque immunité aux superstitions, il se fait même quelquefois la
courroie de transmission des pseudo-sciences et autres fariboles. Des
exemples consternants sont là pour nous le rappeler, depuis les
pyramides miniatures de Khéops accélérant le vieillissement du vin en
vente dans une coopérative d’enseignants en passant par des
catalogues d’ouvrages pour enseignants qui vantent les mérites de la
radiesthésie ou de l’astrologie.
Raison et sensation
Une explication complémentaire possible de ce paradoxe apparent
entre la persistance, voire l’augmentation des croyances au
« paranormal » et la diminution du nombre et de l’intensité des
phénomènes paranormaux, c’est que nous vivons actuellement une
phase particulière de modification des processus d’acquisition des
connaissances. L’expansion de l’information est en effet
essentiellement, sinon seulement, caractérisée par une enflure de
l’image visuelle et de la sensation immédiate au détriment du symbole
écrit et de l’analyse étayée.
En tant que moyen de communication, l’écrit permet une analyse
détaillée, construite, critique et disponible sur un intervalle de temps
conséquent, alors que les médias actuels font une place grandissante à
l’image instantanée et aux stimuli qu’elle déclenche. Cette substitution
du couple symbole écrit + analyse étayée par le couple image
visuelle + sensation immédiate a pour conséquence un remplacement
progressif et sournois de la raison par la sensation. Or, si l’on s’investit
avec les tripes, cela ne doit tout de même pas empêcher de faire aussi
travailler l’encéphale.
Au péril de la démocratie
La science est au centre de la culture moderne. Tout scientifique,
citoyen impliqué dans la société dans laquelle il vit, peut et doit
soulever les problèmes posés par le développement des pseudo-
sciences et des croyances. Il doit en effet mettre en évidence que les
croyances au paranormal sont des obstacles à l’avènement de l’homme
libre, cherchant à comprendre sa destinée.
Le destin de l’homme-objet, sans libre arbitre, serait-il inscrit dans
les arabesques des planètes et des astres de la voûte céleste ?
Des extra-terrestres seraient-ils venus sur Terre pour éduquer les
hommes-primates, incapables d’évoluer par eux-mêmes ?
L’homme-vassal, sujet obéissant, est-il condamné à prendre pour
guide ces médiums du surnaturel, supports d’un pouvoir surhumain ?
Et, contrairement à la forme de leurs allégations, la plupart des
astrologues, archéomanes et parapsychologues répondent finalement,
sur le fond, aux questions qui précèdent de manière clairement
affirmative. Tout ce qu’ils proposent n’est en réalité que facilité et
lâche renoncement à tenter de comprendre l’univers qui nous entoure.
Ce rabaissement de l’homme est bien mis en évidence dans la
technique sectaire qui consiste à dépersonnaliser l’individu. Le
leitmotiv consiste toujours à déclarer que des « forces » peuvent être
canalisées par certains individus (les « élus », les « messies », les
« surdoués » ; les autres n’étant que valetaille tout juste bonne à
s’émerveiller) qui pourtant ne sont pas les générateurs de ces forces,
de ces pouvoirs, mais uniquement les « focaliseurs », les « médiums ».
On assiste ainsi à une mystification de la connaissance qui a pour
résultat une conception du monde dont de nombreux éléments sont
irrémédiablement hors du champ de compréhension − donc du
contrôle − de la majorité des individus. Cette pensée ésotérique induit
une stratification du monde − ceux qui ont des pouvoirs, savent et
agissent tout en haut et, loin en dessous, ceux qui s’étonnent, admirent
et suivent sans comprendre − débouchant sur le fatalisme béat et la
déresponsabilisation des individus.
Attitude scientifique et comportement citoyen nécessitent en fait le
même terreau mental et moral spécifique pour leur développement.
Une société véritablement démocratique présuppose nécessairement
des citoyens aptes à la réflexion. Voilà pourquoi il serait encore plus
grave qu’on ne le pense généralement que l’esprit scientifique, c’est-à-
dire l’esprit critique, se trouve submergé par la crédulité. N’oublions
jamais que le droit au rêve ne prend toute sa valeur qu’accompagné du
droit à la lucidité.
Conclusion
À L’AUBE DU MILLÉNAIRE…
Un monde fécondé par la science
et vérolé par les superstitions
Fécondé ou engrossé ? Pour les uns, la science a fécondé la race
humaine en lui permettant d’ajouter aux attributs qui la distinguent
du monde animal le trésor de la connaissance. Pour d’autres, elle l’a
engrossée en abusant de sa candeur pour la rendre porteuse d’un
rejeton qui menace d’être un monstre.
Comment n’avoir pas le cœur soulevé à l’idée d’un monde envahi de
clones massivement produits par les techniques qui ont fait merveille
dans l’élevage des poulets en batterie, endoctrinés dès l’enfance par
des gourous qui pourraient les former à l’idée qu’il peut être plaisant
de se suicider pour une bonne cause ?
Les sociétés humaines doivent faire face à une vertigineuse
accélération de leur évolution induite par les retombées des
découvertes scientifiques. Elles semblent impuissantes à faire face aux
perturbations menaçant leur environnement économique, politique,
culturel et même physique. Un usage raisonné de la pensée
scientifique pour jauger et maîtriser des menaces réelles ou
imaginaires est parfois rendu impossible par les habitudes, les
croyances et les superstitions dans lesquelles nous sommes immergés
depuis des temps immémoriaux.
Nous avons été conduits dans cet ouvrage à effleurer des sujets
aussi dispersés que les menaces qui planent sur l’espèce humaine en
raison de la vertigineuse accélération de son évolution, induite par le
développement de la science, la gravité des perturbations apportées à
la vie physique de la planète, l’effet des superstitions les plus
répandues depuis des temps immémoriaux, leur exploitation politique
visant des objectifs à très court terme et empêchant l’utilisation de la
science elle-même pour évaluer les menaces et les esquiver.
Contre l’analphabétisme scientifique, il nous est apparu que le
principal antidote est l’éducation. Nous avons voulu y contribuer par
un survol des superstitions les plus répandues : astrologie, croyances
dans le « paranormal » et autres insanités. Nous avons souhaité
aiguiser la faculté critique de nos lecteurs en les initiant à des jeux qui
les éclairent sur leur propre crédulité.
Nous sommes préoccupés par la gravité des problèmes qui vont
assaillir nos enfants en raison des comportements que nous leur
léguons, comportements souvent marqués par le caractère impitoyable
des relations entre les peuples et l’indifférence, à longue échéance, à
l’égard de l’environnement.
L’activité humaine, multipliée en puissance par la science, peut
affecter les caractéristiques physiques de notre planète même,
bousculer le miraculeux mais frêle équilibre entre les facteurs qui ont
rendu possible la naissance de la vie et la richesse de son évolution.
Elle a conduit à une prolifération des populations et à une exploitation
frénétique des ressources naturelles. Le moment inéluctable est arrivé
où nous ne pouvons plus nous contenter de vivre dans nos niches plus
ou moins dorées en consommant à satiété les produits de la haute
technologie, en luttant à grand peine contre l’obésité qui est pour
beaucoup d’entre nous la principale menace de leur santé. Nous
sommes, sinon, guettés par des embrasements géants et des misères
indicibles.
On doit se demander si la pensée scientifique n’est pas le
complément indispensable à la sagesse, à la lucidité, à l’amour pour
que ces vertus ne s’expriment pas seulement en vaines invocations du
ciel mais en actes conséquents. Cette pensée se heurte à une
malédiction, la montée en puissance d’un obscurantisme qui prend sa
source lointaine dans l’ignorance, les peurs, les superstitions charriées
par l’évolution.
Tout ne se vaut pas
La Poste, service public s’il en est, qui se présente[89] comme
« l’avenir en marche », eh bien ! cette même Poste, dans son
calendrier de l’an 2000 nous a présenté les prédictions de l’astrologue
Elizabeth Teissier ! S’étalant sur deux pleines pages, avec dessins en
couleurs, et sous un large intitulé « Que vous réserve l’an 2000 ? », les
prédictions de notre astro-voyante ont été diffusées à des millions
d’exemplaires par les postiers français. Renvoyant, « pour en savoir
plus », aux sites Minitel et Internet de Mme Teissier ainsi qu’à son
serveur vocal.
Le même calendrier nous présentait sur un nombre identique de
pages, deux, pas plus, « Demain, le XXIe siècle », moult robots
cérébraux, des robots qui s’émeuvent, une bibliothèque en un seul
volume, des automates qui se soignent, les ordinateurs et la
climatologie du futur, l’automobile du futur, les transports du futur,
l’énergie au XXIe siècle, les capteurs vidéo, l’essence oxygénée, l’aile
volante, une autoroute intelligente, et une Poste qui l’est moins
puisqu’elle contribue à la crédulité générale.
L’idée « postmoderne » que tout est moralement permis, que tout
est licite et surtout que toute opinion en vaut une autre permet
également la diffusion et le développement de cet irrationnel et
contamine même la science. Non, toutes les opinions ne se valent pas.
Par exemple, si nous vous affirmons que, ayant ce livre en main ce
matin, nous avons ouvert la main et le livre est tombé au sol, vous
n’avez nul besoin de nous demander des preuves fortes ; mais si nous
vous affirmons que, ayant lâché le livre, celui-ci − contredisant
manifestement la loi de la pesanteur − s’est élevé majestueusement en
l’air, alors vous devez − vous devez et non vous pouvez − nous
demander des preuves beaucoup plus contraignantes que notre seule
affirmation. La charge de la preuve revient toujours à celui qui affirme
quelque chose de nouveau et plus la chose affirmée sort du cadre des
lois établies, a fortiori si elle entre en conflit avec ces lois, plus les
preuves apportées pour étayer cette proposition doivent être robustes.
Voilà pourquoi une opinion n’en vaut pas une autre. Voilà pourquoi
une « hypothèse de salon » n’est point une « hypothèse de travail » et
pourquoi l’adjectif scientifique ne s’attribue point à la première
allégation venue, fut-elle d’un quidam qui se prétend scientifique et en
exhibe les titres.
Scientifiques et journalistes, même combat !
Nous ne combattons pas l’irrationnel, nous luttons simplement
pour quelque chose. Par exemple, pour que les gens aient au moins les
deux facettes d’une information. Les superstitions ne gênent personne
sauf si elles sont présentées comme des phénomènes scientifiques
validés. Nous entrons avec ce nouveau millénaire dans une nouvelle
étape de la lutte pour la raison. Et le rôle des médias est déterminant.
Il existe heureusement des journalistes dignes d’estime et de
respect. Que d’émissions de télévision dont nous sortons réjouis, émus
par la restitution cathodique d’univers physiques ou artistiques ou
philosophiques, inconnus de nous ! Quel plaisir à certains dialogues
entre gens de grande valeur, parfois antagonistes, et qui ne donnent
pas l’impression que les téléspectateurs ne sont que des minus à qui il
faut servir une culture prédigérée.
Il est rare que l’on demande à quelqu’un qui ignore les rudiments de
la mécanique de donner son avis sur un nouveau moteur de voiture, ou
à un rebouteux de s’exprimer sur les maladies génétiques rares, mais
dans le domaine des sciences tout est permis. Tel personnage qui ne
pourrait expliquer à ses enfants les phénomènes élémentaires de
l’ébullition de l’eau peut à la télévision afficher ses certitudes sur l’effet
du krypton radioactif qui sort des cheminées de La Hague ! Bien sûr !
il faut éviter la dictature intellectuelle de quelques lobbies. Et des
débats acharnés sont parfois souhaitables ; mais pas lorsqu’ils sont
dominés par des ignorants qui font semblant de croire que le courant
côtier qui amène un peu de sable naturellement radioactif sur les
plages du Grau-du-Roi mérite les trompettes des médias. Il nous
semble légitime que certains organismes scientifiques comme
l’Académie des sciences puissent revendiquer un droit de réponse
lorsque des énormités sont proférées et propagées.
Dans cette action, les hommes de médias devraient prendre leur
place, toute leur place, et réfléchir sérieusement aux notions de
neutralité et de responsabilité. De nombreux acteurs desdits médias
ont, en effet, une fâcheuse tendance à se retrancher derrière leur
« nécessaire » neutralité pour nous présenter des reportages sans
enquête sérieuse, des informations « brutes », sous prétexte que
l’auditeur saura juger de lui-même. Ils oublient simplement − ou
feignent d’oublier − qu’un esprit critique s’exerce à vide s’il n’est pas
suffisamment informé et informé de façon suffisamment objective. Ces
grands prêtres d’une nouvelle religion craignent par-dessus tout de
s’attirer le courroux du grand dieu Audimat. D’où le fallacieux recours
à la « neutralité ». Dont la distance à la lâcheté devient alors vraiment
minime.
Il est encore d’autant plus nécessaire que cela change que, dans
notre monde, la réalité commence à devenir un peu trop virtuelle. Qui
ne se souvient des images du « charnier » de Timisoara ? Cette mise
en scène de la « réalité » choque les esprits qui demeurent toutefois
insensibles à la même honteuse manipulation, à la même mise en
scène de ce qui est présenté comme la réalité dans certaines émissions
de télévision portant sur le paranormal. Où est la déontologie
journalistique ?
À la fois porteurs et transmetteurs des germes virulents des pseudo-
sciences et meilleurs moyens de lutte contre ces infections, les médias
sont ainsi face à leur ambivalence et leurs responsabilités. Tout espoir
n’est pas perdu. Les médias donnent en effet quelquefois une
information intéressante et qui fait réfléchir. C’est ainsi que nous
avons appris[90] qu’à l’occasion de la semaine de la Science en Grande-
Bretagne, une superbe et savoureuse expérience de prévision boursière
avait eu lieu : une fillette de 4 ans a fait mieux qu’un spécialiste
financier et qu’une astrologue !
Il n’est jamais trop tard
Il est arrivé plus d’une fois que l’on assiste à des confessions de
médiums qui, sur le tard, avouent leurs mystifications. Les deux
petites filles − France Griffiths, 10 ans, et Elsie Wright, 16 ans −, qui
avaient vu des fées ailées voleter en l’air et les avaient photographiées
ont ainsi avoué leur mystification à l’âge de 76 et 82 ans !
Margaret Fox Kane, la fondatrice aux environs de 1847 à Hydesville
dans l’État de New York du mouvement spirite a également fait une
longue confession publique quarante ans plus tard, en 1888, pour
expliquer que tout n’avait été que « fraude, hypocrisie et illusion[91] ».
Il est arrivé encore plus souvent que des soupçons de fraude
apparaissent ou que des fraudes ou des possibilités de fraude[92] soient
clairement mises en évidence. Bien que cela puisse choquer les oreilles
des parapsychologues, la fraude est peut-être la source principale des
résultats en parapsychologie.
Même Walter J. Levy, le directeur du plus célèbre institut de
recherche en parapsychologie, le propre successeur de Joseph Banks
Rhine à Durham, en Caroline du Nord, a été pris en flagrant délit de
fraude. Ce qui n’empêche pas ses travaux d’être encore cités comme
des travaux scientifiques ayant « prouvé sans l’ombre d’un doute »
l’existence de « facultés psy » !
De puissantes armées peuvent se laisser berner…
Pendant la guerre froide, l’armée américaine s’intéressait à des
artistes de la baguette magique qui prétendaient pouvoir détecter des
sous-marins soviétiques en promenant leur instrument divinatoire sur
des cartes. Alertés par leurs services de renseignement dont la
réputation n’est plus à faire, les militaires soviétiques s’adressèrent à
des savants ukrainiens comme Leonid Pliouchtch pour qu’ils relèvent
le défi. Méditons ces lignes que ce dernier a écrites sur son aventure
qui illustre le degré de médiocrité auquel étaient tombés les dirigeants
soviétiques, ce qui explique pour une grande part la ruine du pays.
Plus je m’enfonçais dans le flot des livres sur la télépathie et plus
mon intérêt pour les phénomènes paranormaux grandissait. Avec un
groupe de camarades, je me rendis auprès du titulaire de la chaire de
psychologie et nous lui proposâmes d’organiser un cercle de
discussion sur la télépathie.
[…]
J’allais lire des rapports sur la télépathie dans quelques instituts en
vue d’attirer dans notre cercle des étudiants de diverses spécialités.
Au même moment, les premiers articles consacrés au sujet parurent
dans la presse soviétique. J’y appris l’existence à Moscou d’un
collaborateur de l’académicien Bekterev, B.B. Kajinski, qui, dans les
années 1920 et 1930, avait organisé avec Dourov et Bekterev, des
expériences de télépathie. J’écrivis à Kajinski, je montai le voir à
Moscou. Il me reçut très cordialement, car il voyait en moi un jeune
homme prêt à reprendre le flambeau de l’œuvre qu’il avait entreprise
avant guerre en ce domaine. Nous étions quatre à sa table : Kajinski,
sa femme, un jeune médecin nommé Naoumov et moi. Au cours de
cette soirée, Naoumov proposa de se livrer à une expérience pseudo-
télépathique, tout en me demandant de lui presser le pied aux
moments voulus… J’acceptai. Pendant cette démonstration truquée,
Kajinski s’efforça de découvrir la supercherie, mais nous réussîmes à
le tromper et à le convaincre qu’il avait bien assisté à une expérience
authentique. Je me sentis tout honteux devant lui, mais ne pus
trouver d’issue à la fausse situation ainsi créée.
Mon intérêt pour Kajinski s’évanouit aussitôt ; mais cet incident
me permit de dégager un principe qui ne cessa pas de me guider, par
la suite, dans le domaine de la parapsychologie : dans toute
expérience, le parapsychologue doit présumer à l’avance la tromperie
ou l’autotromperie, et préparer l’expérience de façon à la rendre
impossible. Un parapsychologue n’a pas le droit de se trouver en
situation de ne pas croire un autre sur parole[93].
Ce genre de fausse situation est beaucoup plus fréquent qu’on ne le
croit. Pour avoir participé à de très nombreuses séances sur toutes
sortes de phénomènes psy, l’un d’entre nous peut témoigner qu’il est
souvent impossible, lorsque la fausse situation est établie, de dire
simplement la vérité car la béquille psychologique que constitue
l’existence d’un phénomène parapsychologique est beaucoup trop
importante pour la personne concernée.
Des choix cruciaux pour la planète sont en jeu
Des décisions d’une importance capitale doivent être prises par nos
sociétés pour faire face aux conséquences inévitables de la présence
humaine sur notre planète. Il faudra faire des choix guidés, autant que
possible, par plus de rationalité. Celle-ci peut aussi conduire à l’erreur,
mais bien moins que l’ignorance et la superstition.
L’énergie nucléaire en est un exemple. Nous avons déjà soulevé
dans un chapitre spécifique le problème réel qui se pose pour cette
source d’énergie, à savoir la gestion des déchets radioactifs des
combustibles usés qui mérite un débat libéré des propagandes
exploitant la peur et l’ignorance ou les manifestations de minorités
violentes qui exigent la liberté de pouvoir utiliser leurs cocktails
Molotov pour élever à un coût intolérable le prix d’un transport de
corps radioactifs, moins dangereux que certaines de leurs actions.
Un autre problème, d’importance aussi cruciale que celui de
l’énergie nucléaire, est celui de la faim qui risque de guetter une partie
des milliards d’humains qui s’annoncent dans le siècle. Ce problème
n’est soluble que par des progrès dans l’optimisation des ressources
agricoles. Afin d’éviter que la faim ne devienne mauvaise conseillère…
Dans le passé des pas décisifs ont été accomplis grâce aux progrès
des techniques agricoles qui comportaient souvent des modifications
profondes des espèces exploitées. Il est évident que ces progrès ne
peuvent pas et ne doivent pas être stoppés et que c’est une véritable
guerre alimentaire qui est entamée, entre l’humain et la nature, entre
les pays, entre les firmes agro-alimentaires.
Les États-Unis, le Canada, l’Argentine, la Chine et l’Inde viennent
d’autoriser la culture des organismes génétiquement modifiés sur neuf
millions d’hectares, de coton, de riz, de blé, de pommes de terre, de
pois chiches, de choux. Nous assistons en France aux exploits de
commandos qui se pensent autorisés à arracher des plants, fruits de
dix années de recherches par des groupes de laboratoires
universitaires français. Le résultat certain est, qu’ils le veuillent ou
non, qu’ils œuvrent pour la suprématie des États-Unis. La peur sincère
des conséquences de l’évolution ou plutôt de la révolution en marche
est la base de l’aisance avec laquelle ils suivent, en nombre, les
gourous obscurantistes, qui n’ont en vue que le pouvoir politique qu’ils
peuvent en tirer.
La transparence scientifique est nécessaire, mais elle n’est d’aucun
effet sur des populations qui sont entraînées à croire, en masse, aux
sornettes par les efforts conjugués des gourous, des médias et des
lobbies. Nous avons évoqué dans l’introduction le capital génétique de
l’homme des cavernes qui n’a sans doute pas évolué pendant les
centaines de milliers d’années qui nous séparent et qui a suffi à faire
des prouesses, notamment scientifiques. Nous avons aussi fait l’éloge
de son libre arbitre, ce trésor qui lui permet de choisir ses relations
avec les autres comme avec le monde. Il nous faut ajouter, au terme de
ce livre, qu’il ne faut pas se faire d’illusions, ce libre arbitre est limité
par les conditionnements sociaux. L’un des auteurs (Georges Charpak)
en a fait l’expérience à ses dépens.
Lors d’un dîner entre amis, l’un des jeunes invités demanda à notre
hôte de se soumettre à un test : il lui présenta lentement, en lui
demandant de se concentrer, une demi-douzaine d’opérations de
calcul mental élémentaire comme « 7 plus 6, cela fait combien ? »,
puis il lui demanda, sans transition, de citer le nom d’un outil et d’une
couleur. Il s’exécuta et fut fort marri lorsque l’opérateur lui montra
que le résultat était inscrit d’avance dans un ordinateur. On me
soumit au même test un quart d’heure après et je citai le même outil
et la même couleur. Un visiteur inopiné subit le même sort. Je flairai
une supercherie, furieux de mon impuissance à la découvrir. Je
téléphonai sur-le-champ à Henri Broch qui m’interrompit et me dit
qu’il savait exactement qu’elle avait été ma réponse et me la donna,
absolument correcte. L’écrasante majorité des Français donne cette
réponse. Où était mon libre arbitre ? Jusqu’où va mon
conditionnement ?
Il est évident qu’un professionnel qui a une connaissance étendue
d’une vaste palette de réactions inconscientes peut acquérir une
puissance redoutable et se rire des tentatives des Don Quichotte de la
raison pure. Il peut utiliser ce pouvoir pour de bonnes causes, ce sera
le cas d’un médecin, d’un psychiatre, d’un artiste, comme pour des
causes détestables, ce sera le cas d’un charlatan ou d’un démagogue.
Ce n’est après tout que l’utilisation de la science, et celle-ci ne se limite
pas à l’étude de la matière inerte mais inclut aussi l’homme et la
société, de bonne ou de mauvaise façon.
« Puisse Dieu vous donner meilleure santé et plus de bon sens. »
Ces paroles, prononcées par le roi d’Angleterre Guillaume III qui
devait, par obligation royale, faire l’imposition des mains pour hâter la
guérison des écrouelles, témoignent de son amertume à devoir
s’incliner devant la pratique d’une sorcellerie primitive à laquelle
croyait son peuple. Elles pourraient être reprises par ceux qui veulent
s’appuyer sur le bon sens pour tenter de trancher entre des
alternatives également bonnes ou également mauvaises. Prométhée ne
doit pas avoir lutté pour rien ; la science ne doit pas être soufflée :
« Seul, la nuit, dans une vaste et sombre forêt, je ne dispose que
d’une petite bougie pour m’éclairer. Survient un inconnu qui me dit :
“Souffle ta bougie : tu y verras bien mieux.”
Cette petite bougie, c’est la raison. Elle est un outil modeste, sans
doute, et ne saurait à elle seule résoudre tous nos problèmes ; mais
cette bougie est aussi ce que nous avons de plus précieux[94]. »
Nous sommes toutefois tentés de nuancer cette affirmation de
Voltaire qui pèche par omission de tout ce qui est précieux et ne relève
pas de la raison pure. Ne fuyez pas ce qui vous enchante et vous
ensorcelle. Si l’allopathie addictive, l’homéopathie occasionnelle, le
zen, les sources thermales, la méditation transcendantale, le taoïsme…
sont indispensables à votre équilibre, n’écoutez que vous-même ! Mais
pourquoi vous laisser berner par plus malin que vous ? Il y a dans cette
énumération tronquée des éléments contradictoires : vous aurez donc
à choisir. Rappelez-vous cependant que seuls les imbéciles ne
changent jamais d’avis. La raison peut être bonne conseillère, elle a
toutefois besoin d’être exercée comme on exerce ses muscles avant une
difficile randonnée. Apprenez à ne pas vous laisser berner ! Ce livre a
l’ambition de vous entraîner à cet exercice dans un monde dont nous
ne devons pas laisser les commandes aux charlatans à courte vue qui
exploitent notre candeur et notre ignorance.
ANNEXE
Si le lecteur croise les doigts pour conjurer le diable lorsqu’il
aperçoit une équation, nous lui conseillons de sauter les pages annexes
qui suivent en ne lisant que les conclusions.
En revanche, s’il en a la curiosité, nous lui recommandons de
méditer les éléments de la démonstration. Cela lui sera très utile dans
sa vie.
Lancer de pièces et probabilités
Quelle est la probabilité pour qu’un événement qui a une
probabilité p constante de se produire sur un seul « lancer » se
produise k fois sur N lancers ?
• Si l’événement se produit par exemple 2 fois, la probabilité des
seuls 2 succès est p. p, c’est-à-dire p2. Si l’événement se produit 3 fois,
la probabilité des 3 succès est p. p. p, c’est-à-dire p3. Ainsi, si
l’événement se produit k fois, alors la probabilité concernant le seul
succès est p. p. p. p… (il y a k termes)… p. p soit pk.
• Mais cela signifie aussi que, sur la série de N lancers, nous avons
nécessairement échoué le reste du temps, donc que nous avons échoué
(N - k) fois ; la probabilité d’échouer, notée ici q, vaut tout simplement
1 - p (puisqu’il n’y a que deux possibilités : soit l’on réussit, soit l’on
échoue et, bien sûr, la somme des probabilités de ces deux événements
est égale à l’unité, c’est-à-dire p + q = 1, d’où q = 1 - p).
L’événement qui consiste à échouer (N - k) fois a donc une
probabilité de q. q. q. q… (il y a [N - k] termes)… q. q soit qN - k.
• Il faut enfin tenir compte du fait que les succès peuvent se
produire n’importe où dans la suite des N fois, ce qui nous oblige à
tenir compte du nombre de manières de combiner ces k succès parmi
les N possibilités de « positionnement ».
Le nombre de manières se nomme CkN et se calcule comme suit :
où le symbole ! qui suit un nombre se nomme factorielle
et signifie qu’il faut faire le produit de tous les nombres depuis 1
jusqu’au nombre considéré. Ainsi 4 ! représente le produit 1 x 2 x 3 x 4
et N ! représente 1 x 2 x 3 x 4 x 5 x… x (N - 2) x (N - 1) x N.
(Par convention 0 ! vaut 1)
En résumé :
La probabilité pour qu’un événement de probabilité constante p se
produise k fois dans une série de N essais est : P(k) = CkN pk qN - k
(cette loi porte le nom de loi binomiale).
Dans le cas qui nous intéresse ici, c’est-à-dire le lancer d’une pièce
de monnaie (avec p, probabilités d’obtenir face, valant 1/2 et q,
probabilités d’obtenir pile, valant également 1/2) que l’on répète
10 fois, et pour lequel on désire savoir combien de chances nous avons
d’obtenir 8, 9 ou 10 pièces du même côté, le calcul est donc le suivant :
– Probabilité d’obtenir 10 fois face :
P(10 F) = C1010(1/2)10 (1/2)0 = (1/2)10 = 1/1 024 soit une chance sur
1 024.
– Probabilité d’obtenir 10 fois pile :
P(10 P) = C1010(1/2)° (1/2)10 = (1/2)10 = 1/1 024 soit une chance sur
1 024.
– Probabilité d’obtenir 9 fois face (et donc 1 fois pile) : P(9 F) =
C9 9 1 10
10(1/2) (1/2) = 10 (1/2) = 10/1 024 soit 10 chances sur 1 024.
– Probabilité d’obtenir 9 fois pile (et donc 1 fois face) : P(9 P) =
C910(1/2)1 (1/2)9 = 10 (1/2)10 = 10/1 024 soit 10 chances sur 1 024.
– Probabilité d’obtenir 8 fois face (et donc 2 fois pile) : P(8 F) =
C8 8 2 10
10(1/2) (1/2) = 45 (1/2) = 45/1 024 soit 45 chances sur 1 024.
– Probabilité d’obtenir 8 fois pile (et donc 2 fois face) : P(8 P) =
C810(1/2)2 (1/2)8 = 45 (1/2)10 = 45/1 024 soit 45 chances sur 1 024.
La probabilité recherchée (pour, sur 10 lancers, obtenir 8, 9 ou
10 fois le même côté) est donc la somme de toutes les probabilités qui
précèdent puisque, le côté à obtenir n’étant pas précisé, il convient de
prendre en compte aussi bien les 8, 9 ou 10 « piles » que les 8, 9 ou 10
« faces ».
Nous obtenons ainsi 112 chances sur 1 024, soit 0,109375 c’est-à-
dire environ 11 %.
Cette valeur de 11 % explique bien l’effet dont nous parlons dans le
texte principal puisqu’elle signifie, aussi surprenant que cela paraisse,
qu’il y a plus de 1 chance sur 10 pour que, sur 10 lancers d’une pièce
de monnaie, on obtienne au moins 8 fois le même côté !
Autre manière de le formuler : si mille personnes lancent chacune
10 fois une pièce de monnaie, il y a environ cent (oui, 100) personnes
qui obtiendront au moins 8 fois le même côté.
Composition d’un groupe et probabilités
Le groupe d’études sur le « suaire » de Turin, STURP (Shroud of
TUrin Research Project), compte 40 membres : 39 croyants,
1 agnostique.
Quelle est la probabilité pour qu’un groupe formé de
40 scientifiques américains choisis au hasard parmi des milliers ait
une telle composition ?
La loi binomiale (cf. annexe « Lancer de pièces et probabilités »)
nous permet de calculer cela. Il suffit de connaître la probabilité p
pour qu’un scientifique américain soit croyant. Paul Kurtz (chairman
du CSICOP) a rapporté lors d’un colloque international à l’Université
de Maastricht en 1999 qu’une large enquête avait montré que, parmi
les scientifiques des États-Unis, 60 % ne croient pas et 40 % croient en
un dieu (NB : l’enquête montrait également que, si l’on se restreignait
aux scientifiques d’un niveau « académique » élevé, le taux de
croyance en un dieu était beaucoup plus faible). La probabilité p que
nous pouvons donc prendre est de 0,4.
La probabilité d’obtenir un groupe composé comme le STURP est
alors de :
P(39) = C3940(0,4)39 (0,6)1 = 7,3 10-15 soit 7 chances sur un million
de milliards !
Pour information, voici les résultats pour d’autres valeurs de p :
– Si p = 0,25 ==> P(39) = 1,0 10-22. No comment.
– Si p = 0,50 ==> P(39) = 3,6 10-11. Soit moins de 4 chances sur
100 milliards.
– Si p = 0,75 Même avec une probabilité p aussi élevée, nous
aurions encore pour la formation du groupe une probabilité P(39) =
1,3 10-4, soit une chance sur dix mille !
Stig Dagerman, Notre besoin de consolation est impossible à rassasier, Arles,
[1]
Actes-Sud, 1952, p. 1.
[2] Les spectacles du cirque Barnum étaient conçus pour qu’il y en ait un peu pour
tout le monde, pour que tout le monde s’y retrouve, d’où leur succès.
[3] Ray Hyman, « Cold reading : how to convince strangers that you know all about
them », Paranormal Berderlands of Science, Buffalo, Prometheus Books, 1981.
[4] Alain Cuniot, Incroyable… mais faux !, Bordeaux, Horizon chimérique, 1989.
Actuellement édité par Book-e-book.com.
[5] Voir ci-après « La précession des équinoxes ».
[6] Si vous désirez connaître votre véritable signe zodiacal de naissance qui n’est
pas celui dont vous affublent les astrologues (tropiques), nous vous convions non
pas à consulter la dernière voyante à la mode et chérie de nombreux médias, mais à
découvrir Astronomic Zodiac sur le site Internet www.book-e-book.com. Votre
signe zodiacal est tout simplement la position qu’occupait sur la voûte céleste le
Soleil, vu depuis la Terre, à l’instant de votre naissance ; et cela peut se calculer de
manière rigoureuse astronomiquement parlant.
[7] Les équinoxes de printemps et d’automne correspondent aux deux positions de
la Terre telles que la ligne Soleil-Terre soit perpendiculaire à l’axe de rotation de la
Terre, d’où, lors des équinoxes, l’égalité de la durée du jour et de la nuit pour tous
les points du globe terrestre.
[8] Jacques Poustis, « Fou !… mais logique », Science et pseudo-sciences (AFIS), n
° 243, août 2000, p. 2-5.
[9] L’image fantôme étant élaborée sur notre rétine par rémanence, elle est donc
indépendante du support extérieur. Elle occupe sur notre rétine un champ
déterminé par l’angle sous lequel on a perçu l’image primitive. Imaginons que vous
ayez perçu un trait de 5 centimètres sur une feuille placée à 30 centimètres de votre
œil : ce trait couvre un angle de 10° environ au sommet d’un triangle isocèle de
base 5 centimètres et de hauteur 30 centimètres. L’image fantôme formée par
rémanence aura exactement la même « dimension » sur votre rétine. Par
conséquent, si vous observez une feuille blanche située à 15 centimètres de votre
œil, soit deux fois plus proche que l’image primitive, le champ angulaire couvert
par l’image fantôme restera de 10°, si bien que le trait que vous percevrez sera deux
fois plus petit, à savoir de 2,5 centimètres. De même, si vous observez un mur blanc
à 3 mètres, donc dix fois plus éloigné que le dessin primitif, vous venez, toujours
sous un angle de 10e, une image fantôme de 50 centimètres.
[10] Jean-Eugène Robert-Houdin, Confidences et Révélations (1868), Genève,
Slatkine, 1980.
[11] Walter Gibson, Les Secrets des grands magiciens, Strasbourg, Éditions du
Spectacle, 1987.
[12] Courrier adressé à Henri Broch le 2 mars 1992 par Monsieur R.H. Remy,
demeurant au Mexique.
[13] Cf. le site web www.unice.fr/zetetique/ sur le serveur de l’université de Nice-
Sophia Antipolis.
[14] Reginald Scot, The Discoverie of witchcraft (1584), New York, Dover, 1972.
[15] Lewis Jones, « The discoveries of Reginald Scott », Skeptical Briefs, vol. 10, n°1,
mars 2000, p. 13.
[16] Montague Summers nous apprend dans l’introduction de 1930 à The Discoverie
of witchcraft que Thomas Ady dans A candle in the dark (1656) (réédité sous le
titre A perfect discovery of witches, 1661), se réfère souvent à Reginald Scot et à
son ouvrage.
[17] Pour les lecteurs intéressés, il y a aussi le « décapité parlant » rapporté par
Jean-Eugène Robert-Houdin, Magie et physique amusante, Book-e-book. coin,
2002.
[18] Il faut souligner que, dans le cas du fer chauffé au rouge ou de métaux fondus, il
s’agit de chaleur qui se propage par radiation : c’est pourquoi l’état sphéroïdal a
son importance dans ces cas-là. En revanche, dans la combustion des charbons, la
chaleur est obtenue par des réactions chimiques (oxydation) et l’état sphéroïdal
voit son importance, lors du contact, diminuer au profit de la privation du
comburant nécessaire.
[19] Tout cela favorisé par le fait que − cf. note précédente − en marchant sur les
charbons, on prive ces derniers de l’apport d’oxygène au point de contact avec le
pied et l’incandescence y est ainsi momentanément stoppée.
[20] Henri Broch a effectué la marche sur le feu montrée en photo en lisant le
chapitre de son livre Au Cœur de l’Extra-Ordinaire qui en donne l’explication
physique.
[21] Nous rappelons qu’Antoine Bagady, professeur de karaté, a parcouru sans se
brûler 60 mètres sur des braises ardentes à plus de 800°C en 1989. Et cela, sans
aucune allégation de pouvoir paranormal.
[22] Cf. en particulier les exemples de Mayne Reid Coe et de Jean-Eugène Robert-
Houdin détaillés dans Au Cœur de l’Extra-Ordinaire, op. cit.
[23] Pour qu’ils ne se fatiguent point à marcher.
[24] Tout simplement le même que la durée de contact qu’ils revendiquent pour leur
marche sur le feu.
[25] Si vous pensez que, malgré votre boniment, quelques étudiants (se) poseront −
judicieusement − la question de savoir d’où vient ce bout de métal que −
étrangement − vous aviez sur vous pour le cours, rien ne vous empêche de le
présenter ainsi : « Tenez ! Prenons simplement le trombone qui tient ces feuilles !
Il va nous servir d’objet métallique pour l’expérience. » Vous prenez alors ce
trombone, ce petit bout de métal et vous le montrez à la ronde.
[26] V. Borde, « Les alliages à mémoire de forme ». Industries et Techniques, n°755,
décembre 1994, p. 70-73.
[27] L’anneau est la partie d’une clef qui permet sa prise en main. Une clef de forme
ancienne se compose d’un anneau, d’une tige et d’un panneton ; les clefs modernes
sont plutôt de forme tige simple ou clef plate mais on en trouve toujours avec une
ouverture dans l’anneau qui soit suffisamment grande pour pouvoir y introduire
l’extrémité pointue d’une autre clef.
[28] « Monstres : quand les gênes bégaient », Science et Vie Junior, n°52,
octobre 1993.
[29] Le basilic est un lézard à crêtes (tête et dos) d’Amérique tropicale qui a une
masse de l’ordre de 200 grammes et mesure environ 60 centimètres, queue
incluse. Cet animal peut effectivement se déplacer sur l’eau à près de
12 kilomètres/heure. Sa tenue sur l’eau est due à plusieurs phénomènes physiques
dont l’effet de rame des pattes postérieures (accentué par l’extrême rapidité du
mouvement de ces pattes), la minimisation des forces de retenue de l’eau via les
cavités d’air que les pattes créent par une rapide rotation de leurs extrémités, et les
impulsions verticales résultant des gifles données par les pattes sur l’eau.
[30] FeS2. Celui dont nous parlons provient de Logroño dans les Pyrénées
espagnoles.
[31] Cf. « Le sanatorium des coïncidences exagérées », édifié par Charles Fort, Le
Livre des Damnés, Paris, Deux Rives, 1955 (livre publié à l’origine en 1919). Par
une coïncidence extraordinaire, nous trouvons dans cet ouvrage − publié dans une
collection dirigée par Louis Pauwels − un avant-propos de Jacques Bergier. Une
union de magiciens avant la lettre.
[32] Parmi les ampoules choisies de manière totalement aléatoire chez les
téléspectateurs, il n’y a aucune raison bien sûr que le choix privilégie uniquement
des ampoules très récentes ou uniquement des ampoules très vieilles. Tout se passe
comme si, globalement, sur les 2 000 000 d’ampoules au total, nous avions
2 000 ampoules qui n’ont qu’une heure de vie, 2 000 ampoules qui ont deux
heures de vie, 2 000 ampoules qui ont trois heures de vie, etc., 2 000 ampoules qui
ont 999 heures de vie et 2 000 ampoules qui ont 1 000 heures de vie. Donc si
l’émission dure une heure, ces 2 000 dernières ampoules citées atteindront leur
limite de durée de vie et grilleront.
[33] Cf. l’annexe « Lancer de pièces et probabilités ».
[34] Étant donné que nous n’avions pas précisé à l’avance quel devait être le côté −
pile ou face − qui devait arriver, nous profitons ainsi des deux possibilités. Nous
avons 1 chance sur 1 024 d’avoir dix « pile » d’affilée et 1 chance sur 1 024 d’avoir
dix « face » d’affilée, d’où le « 1 chance sur 512 ».
[35] Les cartes de Zener, devenues très célèbres depuis leur utilisation par le
Dr Rhine, ne sont rien de plus que des cartes qui portent seulement cinq symboles
différents (carré, rond, croix, étoile et vague) en lieu et place des symboles d’un jeu
de cartes classique qui semblaient trop difficiles à déchiffrer par perception
extrasensorielle. Ce type de cartes est souvent regroupé par paquets de vingt-cinq,
c’est-à-dire que chaque symbole est répété cinq fois.
[36] Irving Langmuir, « Pathological Science » (transcrit et préparé pour l’édition
par R.N. Hall), CRD, Technical Information Series, rapport n°68-C-035 (13 pages),
avril 1968. Exposé fait le 18 décembre 1953 au Knolls Research Laboratory.
[37] Joseph Banks Rhine est souvent présenté comme le père de la parapsychologie
scientifique ; il a été nommé à la fin des années 1920 à l’Université Duke, à Durham
(États-Unis), à une chaire de psychologie (alors qu’il était botaniste !) et s’est lancé
dans des travaux avec des médiums professionnels pour prouver la survie après la
mort ou les pouvoirs télépathiques d’une jument. Puis il s’est fait connaître par ses
expériences de perception extrasensorielle.
[38] Henri Broch, « Struggle for reason », Behavioral and Brain Sciences, vol. 10, n
°4, 1987, p. 574.
[39] Le « peu de choses près » recouvre le phénomène de libration (petites
oscillations apparentes de la Lune autour de sa position moyenne observée depuis
la Terre) qui permet de voir en fait, au cours du temps, près de 60 % de la surface
lunaire. On peut distinguer :
– la libration en latitude due au fait que l’axe de rotation de la Lune n’est pas
parallèle à celui de la Terre ; on perçoit, par exemple, sur une lunaison complète, le
même pôle lunaire sous un angle un peu diffèrent suivant le positionnement
respectif des deux astres ce qui donne une oscillation nord-sud ;
– la libration en longitude due au fait que la Lune a une orbite légèrement
elliptique et donc que sa révolution se fait à vitesse variable (alors que sa rotation
est uniforme) ; en résulte une petite oscillation est-ouest ;
– la libration diurne due au fait que l’observateur terrestre (qui n’est pas au centre
de la Terre mais à sa surface et se déplace donc, avec la rotation de sa planète, d’un
côté à l’autre de l’axe Lune-Terre) voit la Lune suivant un angle diffèrent entre son
lever son coucher ; en résulte aussi une petite oscillation ouest-est.
[40] Si vous désirez voir un lever et un coucher de Terre, il suffit de vous mettre en
orbite lunaire basse dans un vaisseau spatial, par exemple un module de
commande orbital comme celui d’Apollo XI.
[41] Pour une étude détaillée du saint suaire de Turin, tant sur le plan historique que
sur le plan scientifique, concluant qu’il s’agit d’un pur produit made in France au
XIVe siècle, nous renvoyons au chapitre qui lui est consacré dans Henri Broch, Le
Paranormal, Paris, Seuil, « Points-Sciences », 2001.
[42] Cf. l’annexe « Composition d’un groupe et probabilités » pour le détail du
calcul. Afin que tout soit clair et qu’il n’y ait pas de mauvaise interprétation, un
groupe formé de trente-neuf athées militants sur quarante membres prêterait
évidemment au soupçon d’un a priori du même type.
[43] Transitif signifie que si x est en relation (au sens mathématique) avec y et que y
est en relation avec z alors on en déduit que x est en relation avec z : xRy et yRz =>
xRz.
[44] La probabilité pour que, dans un groupe de N personnes, nous en ayons au
moins deux qui soient nées le même jour du même mois peut s’écrire : P = 1 -
[365 !/(365 − N) ! 365N].
[45] Liste provenant du National Earthquake Information Service, États-Unis.
[46] Le graphique correspond à la question : « Quelle est la probabilité p pour que,
par pur hasard, on obtienne N succès (succès = un séisme a effectivement eu lieu
le jour annoncé) en annonçant 169 séismes sur une période de trois ans ? »
[47] Plus de quatorze précisément, mais ce qui nous intéresse ici c’est bien sûr
uniquement l’ordre de grandeur.
[48] « De se produire » ou plus exactement « d’être vu dans cette région ». Le petit
halo solaire, qui possède une ouverture angulaire environ deux fois plus petite, est
lui beaucoup plus fréquent que le grand halo et peut être observé plusieurs fois par
an.
[49] Ces faux Soleils, concentration de lumière en certains points sur le cercle
parhélique (en grec : à côté du Soleil), sont également dus à la réfraction et à la
réflexion de la lumière dans et sur les cristaux de glace.
[50] C’est authentique ! Il y a en effet quelquefois des saints suaires qui sèchent
tranquillement à la fenêtre du bureau de Henri Broch.
[51] La formulation n’est pas innocente, elle est utilisée ici à dessein. Y a-t-il
vraiment des « grands » et des « petits » hasards ? Le hasard, c’est le hasard et le
pluriel n’est en rien nécessaire, mais ce que la formulation traduit, c’est en fait
l’existence de probabilités différentes. Il y a des événements à très faible
probabilité (un « grand » hasard) et des événements à plus forte probabilité (un
« petit » hasard).
[52] Rapporté par K.C. Cole dans « Calculated Risks », Skeptical Inquirer,
septembre-octobre 1998, p. 32-36.
[53] Article « Tabac » du Quid 2000.
[54] Avec un simple petit ajout au niveau des yeux et de la bouche.
[55] Kendrick Frazier dans le Skeptical Inquirer, vol. 22, n°5, septembre-octobre,
1998, p. 4.
[56] Cf. par exemple les « résultats réputés scientifiquement impossibles » (selon les
médias qui rapportaient l’affaire) obtenus par une équipe de physiciens américains
qui avaient mesuré le rayonnement cosmique traversant la pyramide de Chéphren
afin de déterminer si des chambres cachées existaient ou non.
[57] Ce qui ne signifie pas nécessairement, comme nous l’avons vu à maintes
reprises, qu’elles soient justes ou justifiées.
[58] Signalons que le choix de ce célèbre détective comme symbole d’enquêteur
n’implique en rien que nous adhérions aux croyances du créateur de ce personnage
de roman. Conan Doyle était en effet un fervent adepte du paranormal et un
parapsychologue assez crédule qui poussa même le ridicule jusqu’à écrire un livre
entier sur L’Arrivée des fées dans lequel il garantissait l’authenticité de photos de
charmantes fées ailées voletant dans l’air que deux petites filles avaient prises dans
une prairie. Sir Arthur Conan Doyle était, dans la réalité, nettement moins
perspicace que le héros de ses romans.
[59] Et une université en tant que telle !
[60] Rapportée par Jacques Poustis dans ses toujours savoureuses « Mémoires
d’outremer », Science et pseudo-sciences, n°243, août 2000, p. 38.
[61] Relevons ici que Watson a vraiment une vue exceptionnelle. Le nombre d’étoiles
visibles à l’œil nu est en fait simplement de l’ordre de quelques milliers.
[62] La dimension désigne la relation entre une grandeur donnée et les grandeurs
fondamentales à partir desquelles celle-ci peut s’exprimer, à partir desquelles on
peut la dériver. Les grandeurs fondamentales sont : longueur, masse, temps,
intensité de courant électrique, température thermodynamique, quantité de
matière et intensité lumineuse. Dans notre système international de mesures, les
unités de base sont : mètre, kilogramme, seconde, ampère, kelvin, mole et candela.
Une grandeur sans dimension est tout simplement l’équivalent d’un scalaire, d’un
nombre. Un angle peut s’exprimer (ici en tours) en radians, unité dite
« supplémentaire » et sans dimension.
[63] Eugène Chevreul, « Lettre à M. Ampère sur une classe particulière de
mouvements musculaires », Revue des Deux Mondes, 2e série, 1833, p. 258-266.
Ce texte est reproduit partiellement dans Louis Figuier, Les Mystères de la Science.
Autrefois, Paris, La Librairie illustrée, vers 1887.
[64] Chevreul introduit ici une note dont nous parlerons après la fin de cet extrait de
sa lettre à M. Ampère.
[65] Cf. l’espace spécifique sur le site web du laboratoire de zététique de l’université
de Nice-Sophia Antipolis qui lançait ce défi : www.unice.fr/zetetique. Le Prix-Défi a
pris fin en février 2002, date anniversaire de quinze années d’expérimentation.
[66] La baguette pouvant arriver quasiment au contact des tuyaux, ces derniers
étaient tous espacés les uns des autres d’une douzaine de centimètres, c’est-à-dire
beaucoup plus que le minimum de détection − un centimètre − que le sourcier
nous avait assuré nécessaire dans cette configuration d’expérience.
[67] Recueil de quelques possibilités de repli pour radiesthésiste élaboré par Henri
Broch et David Briant (étudiant de zététique ayant travaillé sur la radiesthésie,
dominante chimie physique, 1998-1999).
[68] Pour un dossier complet, cf. le site web du laboratoire de zététique de
l’université de Nice-Sophia Antipolis www.unice.fr/zetetique dans son espace
« Zetetic-Files » ou « Documentation ».
[69] G. Pérard, « Sarcophage d’Arles-sur-Tech. Rapport technique », La Houille
Blanche, n°6, décembre 1961, p. 874-881, avec un petit article introductif intitulé
« L’eau… culte » signé par C. Leborgne (p. 873) qui avait introduit sous ce titre le
problème posé par le sarcophage d’Arles-sur-Tech dans La Houille Blanche, n°1,
janvier-février 1959, p. 76-77.
[70] Dans Les Dossiers scientifiques de l’étrange, Paris, Michel Lafon, 1999, et dans
Vent Sud, France 3 Sud, 20 septembre 1999.
[71] Dans Vent Sud, France 3 Sud, 20 septembre 1999, on pouvait entendre ce
dialogue :
Pierre Macias :… On peut rentrer dans des approches autour de la condensation…
qui fait qu’au niveau des parois froides… on peut avoir production d’eau de
manière importante.
X : C’est aujourd’hui l’explication la plus rationnelle ?
PM : C’est une des hypothèses.
Yves Lignon : Cette hypothèse… c’est véritablement une voie de recherche à
exploiter.
[72] O. Leroy, « Notes et réflexions. Un prodige permanent : la tombe d’Arles-sur-
Tech », Vie Intellectuelle, vol. 10, n°43, 1936, p. 191-196.
[73] C.R. Cheneveau, « L’eau dans les castellaras de la Ligurie marinalpine (puits
aériens) », Mémoires de l’Institut de préhistoire et d’archéologie des Alpes-
Maritimes, tome XIX, 1975-1976, p. 3-16. Nous remercions Denis Biette qui nous a
signalé cet article.
[74] Brevet US n°1.816.592 du 28 juillet 1931.
[75] Il ne faut pas confondre ces essais de puits aériens en région sèche avec les
essais de récupération des gouttelettes de brouillard par des filets, des bâches ou
des arbres dans certaines régions très humides.
[76] P. Descroix, « La récupération de l’humidité atmosphérique », L’Eau, août 1951,
p. 127-129. Pierre Descroix précise dans cet article : « Des considérations de
rendement permettent d’affirmer que le débit théorique maximum ne devait pas
dépasser 5 % du chiffre mis en avant par Zibold… »
[77] D. Beysens avec la collaboration de A. Gioda, E. Katiouchine, I. Milimouk, J.-
P. Morel. V. Nikolayev, « Les puits de rosée, un rêve remis à flot », La Recherche,
mai 1996.
[78] D. Beysens, M. Muselli, J.-P. Ferrari, A. Junca, « Water production in an
ancient sarcophagus at Arles-sur-Tech (France) », Atmospheric Research 57, 2001,
p. 201-212.
[79] Traduction de l’Abstract complet et passage soulignés par nous. Dans ce qui
suit, les citations de Beysen et al. Sont les traductions du texte d’origine de la
publication.
[80] Par exemple la datation au carbone-14 du fameux « saint suaire de Turin » a
donné comme date 1325 ± 65, confirmant ainsi la datation historique du
XIVe siècle.
[81] Ce passage est extrait, pour partie, de Georges Charpak et Richard L. Garwin,
Feux follets et champignons nucléaires, Paris, Odile Jacob, 1997, p. 142-147.
[82] Toutefois, en 1987, des physiciens, qui avaient construit de gigantesques
détecteurs dans des cavernes, ont détecté une bouffée de neutrinos parce qu’une
étoile, une supernova, s’était éteinte en explosant à 150 000 années-lumière de la
Terre et avait alors émis un nombre gigantesque de neutrinos.
[83] Soit le chiffre énorme de 1 suivi de 28 zéros.
[84] G. Charpak, R.L. Garwin, Feux follets et champignons nucléaires, Paris, Odile
Jacob, 1997.
[85] Extrait d’une communication faite à l’Académie de médecine par Georges
Charpak et Richard L. Garwin le 19 juin 2001, Bulletin de l’Académie nationale de
médecine, 185, n°6, 1087-1096.
[86] Une analyse détaillée de la thèse de doctorat d’Elizabeth Teissier se trouve sur
le serveur de l’université de Nice-Sophia Antipolis à l’adresse suivante :
www.unice.fr/zetetique/articles/articles.html.
[87] Cf. Science et pseudo-sciences (AFIS) n°246, avril 2001, p. 2-12.
[88] Daniel Boy, Guy Michelat, « Croyances aux parasciences ; dimensions sociales
et culturelles », Revue Française de Sociologie, XXVII, avril-juin 1986, p. 175-204.
[89] Cf. l’Almanach du facteur de l’an 2000, le calendrier de La Poste de
l’année 2000 dû à J. Cartier-Bresson.
[90] Nice-Matin du 24 mars 2001.
[91] Le texte complet de la confession de Margaret Fox Kane se trouve in H. Broch,
Au Cœur de l’Extra-Ordinaire, éd. Book-e-book.com 2002.
[92] C’est ainsi que les fameuses cartes de Zener (cartes portant cinq symboles
différents : carré, rond, croix, étoile, vague) développées et vendues par l’institut
américain de Rhine sont tellement mal faites que leurs dos ne sont toujours pas
symétriques malgré plus de soixante ans de fignolage de la part de ces
parapsychologues. On peut très facilement reconnaître des cartes de dos et faire
ainsi grimper les statistiques sans avoir aucun pouvoir de clairvoyance ou autre
hypothétique don de perception extrasensorielle !
[93] Leonid Pliouchtch, Dans le carnaval de l’histoire, Paris, Seuil, 1977.
[94] D’après un apologue de Voltaire, Normand Baillargeon, La Lueur d’une bougie,
Montréal, Fides, 2001.