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Denis Saurat - L'Atlantide Et Le Règne Des Géants

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DU MÊME AUTEUR

DANS LA MÊME COLLECTION :

LA RELIGION DES GÉANTS


et la civilisation des insectes
DENIS SAURAT

L’Atlantide
et
le règne
des géants

Avec 6 dessins in texte


© Éditions Denoël, Paris, 1954
NOTE PRÉLIMINAIRE

Trois débris d’os de géants ont été découverts :

Un à Java.
Un dans la Chine du Sud.

Voir F. WEIDENREICH. – Giant early man from Java and South China.
Anthropological papers of the American Museum of Natural History,
vol. 40, n° I, 1945. Apes, giants and man, Chicago, 1946.

Voir D. HOOIJER. – Notes on the gigantopithecus. American Journal of


physical anthropology, n° 1, 1949.

Un au Transvaal : le plésianthrope du pliocène.

Voir Bulletin de la Société préhistorique de France, juin-août 1950.

De plus, des outils de pierre (bifaces) ont été trouvés (en Syrie et en
Moravie) dont le poids, de 3 à 4 livres, implique chez les êtres qui les
employaient une taille de 3 à 4 mètres (Burkhalter).
Les ossements donnent la même indication pour la taille.
1

LA LUNE ET LA CIVILISATION

La science est en train de créer, sous nos yeux, une nouvelle mythologie.
L’univers astronomique se mesure par milliards d’années-lumière. Le
nombre de galaxies calculé dans le ciel arrive également au milliard. Dans
l’infiniment petit l’atome est devenu un monde incompréhensible, presque
entièrement vide et cependant chargé d’inconcevables forces explosives qui
peuvent être déchaînées. Dans le domaine humain, qui tient pour nous,
inévitablement, le milieu entre l’infiniment grand et l’infiniment petit, la
chronologie a reculé ses dates de départ. L’homme a existé sur la Terre il y a
cinq cent mille ans, et peut-être il y a un million d’années.
L’habitation de l’homme, la planète Terre, est devenue plus mystérieuse
qu’autrefois à nos yeux. Nous ne savons à peu près plus rien de son
intérieur. L’ancien feu central, terreur de nos enfances et qui ressemblait
étrangement à l’enfer, a disparu et on nous dit maintenant que le centre de la
Terre n’est probablement pas plus chaud qu’un confortable feu de bois. Les
théories de l’évolution de la surface terrestre, de la dérive des continents,
des effondrements sensationnels, passent au rang de mythes, sans pourtant
cesser de présenter des possibilités.
On ne sait plus rien de certain, et tout redevient possible.
Alors l’imagination humaine, qu’un siècle ou deux de science
raisonnable avaient quelque peu matée, reprend des forces et se met à
utiliser quelques-unes des données de la science nouvelle. Mais
l’imagination humaine semble être une constante. Elle est disposée, non pas
tant à créer de nouvelles images qu’à revaloriser de très anciennes traditions
auxquelles l’homme est attaché depuis qu’il se connaît.
C’est ainsi que l’une des plus vieilles légendes de notre civilisation,
l’histoire de l’Atlantide racontée par Platon, a de nos jours changé d’aspect
et est redevenue croyable.
D’abord, une nouvelle théorie cosmogonique, sujette, il est vrai, à de
violentes controverses, donne une explication acceptable, non seulement de
ce que rapporte Platon, mais, ce qui est plus important encore, de certains
passages de la Genèse jusqu’ici considérés comme de pure fantaisie.
Puis, l’ethnographie la plus récente apporte à la fois à cette théorie et à
la Bible des confirmations tout à fait inattendues.
Enfin, la psychologie actuelle et peut-être même la biologie végétale,
animale et humaine présentent certaines données qui sont curieusement en
harmonie avec Platon et avec les récits de la Genèse.
L’assemblage de ces différents éléments donne un tableau tellement
étrange, tellement nouveau et cependant tellement accordé aux plus
antiques légendes qu’il semble préférable de présenter d’abord
synthétiquement ce tableau, et de ne passer qu’ensuite aux confirmations et
aux concordances. L’accumulation des détails risque en effet de fausser les
perspectives et de mettre trop en évidence les parties qui devraient être
solidement établies, et qui, par la nature même des témoignages accessibles,
ne peuvent pas l’être.
Voici donc, en grandes lignes, l’étonnante histoire qui se présentera,
lorsque l’imagination aura comblé les lacunes de l’information. Nous
verrons ensuite les très nombreux fragments de preuves qui permettent à
l’imagination de travailler légitimement.
Notons d’abord que les mégalomanies qui affligent les astronomes
autant que les physiciens de l’atome ne peuvent être interdites aux
historiens nouveaux. Si les galaxies atteignent au milliard, si l’atome peut
produire ou détruire un monde, l’homme lui-même peut bien s’accorder
dans son histoire quelques centaines de milliers d’années de plus ou de
moins. Pourquoi l’homme serait-il plus modeste que l’univers dont il fait
partie ?
Il y a quelque trois cent mille ans, une civilisation très développée, et
très différente des nôtres, était établie dans les Andes, à une hauteur de
3 000 ou 4 000 mètres au-dessus de l’océan Pacifique actuel. Mais l’océan
d’alors montait à cette altitude sur les montagnes, et la civilisation de
Tiahuanaco se situait au bord de la mer. C’est dire que l’air y était
respirable, alors que maintenant il ne l’est presque plus dans ces régions.
Pourquoi l’eau et l’air étaient-ils accumulés à cette hauteur ? C’est que
le satellite de la Terre d’alors, du genre de notre Lune actuelle, n’était qu’à
la distance de 5 à 6 rayons terrestres de nous. Au lieu d’une marée
comparable à celle d’aujourd’hui, qui monte et redescend parce que notre
Lune est à 60 rayons terrestres de nous, la marée d’alors, attirée par une
gravitation lunaire beaucoup plus forte, n’avait plus le temps de
redescendre : cette Lune puissante tournait trop vite autour de la Terre.
Aussi toutes les eaux du monde étaient entassées en une marée permanente
qui formait un bourrelet autour de notre planète. Ce bourrelet fixe montait à
plus de 3 000 mètres dans les Andes. Cela est prouvé par une ligne de
dépôts marins que l’on peut suivre pendant 800 kilomètres à ces altitudes.
De cette civilisation de Tiahuanaco, de la région du lac Titicaca en
général, il nous reste de gigantesques ruines. Les plus anciens chroniqueurs
de l’Amérique du Sud nous rapportent que lorsque les Incas parvinrent
jusqu’à ces pays, ils y trouvèrent ces ruines à peu près dans l’état où elles
sont aujourd’hui, et remontant pour eux déjà à une incommensurable
antiquité. Les Incas, assez superstitieux, décidèrent d’aller s’établir plus
loin.
Les pierres taillées présentent en effet des caractères qu’on ne retrouve
nulle part ailleurs jusqu’à présent. D’abord, leurs dimensions. Une des
statues, en une seule pierre, a plus de sept mètres de hauteur et pèse dix
tonnes. Il y a des douzaines de statues monolithiques de ce genre, toutes
transportées de loin.
La façon de travailler la pierre est aussi unique. Plusieurs portiques, ou
murs avec portes et fenêtres, sont d’une seule pierre. Au lieu d’arranger des
pierres entassées autour d’un orifice, comme nous le faisons, ces gens
prenaient une énorme pierre, de plusieurs mètres de long et de haut, et
épaisse en proportion, mettaient cette pierre en place dans leur édifice et
puis taillaient dedans les ouvertures désirables.
Nous sommes donc devant les preuves de moyens de travail que
l’humanité n’a plus connus. Peut-être de nos jours seulement pourrions-
nous refaire tout cela, avec nos instruments les plus modernes, mais nous ne
le ferions pas, et pour beaucoup de raisons : sociales, économiques,
religieuses et financières. Donc, il y avait aussi là une civilisation dont les
principes étaient différents des nôtres.
Sur le côté intellectuel de cette civilisation nous avons aussi des
données. D’abord, en 1937, les sculptures d’un de ces portiques
monolithiques ont été déchiffrées. Elles constituent un calendrier bien
mieux organisé que les nôtres : ce calendrier commence à un solstice et est
divisé par solstices et équinoxes. Ses douze mois et ses semaines
correspondent à des états répétés du satellite dans le ciel. Les figurations
enregistrent non seulement le mouvement apparent, mais le mouvement réel
du satellite. Rappelons, par comparaison, que notre calendrier ne commence
nulle part, astronomiquement parlant ; nos mois et nos semaines ne
rapportent pas les phases de la Lune, et nous ne savons généralement pas
que la Lune a un mouvement réel différent de son mouvement apparent.
Autrement dit, les hommes de Tiahuanaco étaient intellectuellement
plus développés que nous.
Artistiquement, le poli de leurs statues, l’harmonie dans les proportions,
les expressions rendues par le sculpteur dans le visage de ses personnages
sont bien au-delà de ce que nous savons faire aujourd’hui, au niveau de
Michel-Ange et des sculptures les plus impressionnantes de l’Égypte. Ceci
nous force à supposer non seulement un développement intellectuel, mais
un développement spirituel supérieur au nôtre. Il est bien vrai que, si fiers
que nous soyons de nos acquisitions intellectuelles, nous ne nous targuons
plus d’un haut développement spirituel dans notre XXe siècle : nous
sommes plutôt portés à nier le spirituel en lui opposant l’intellectuel.
Mais la cosmographie de l’Autrichien Hœrbiger, le créateur de ces
nouvelles conceptions du système solaire, nous place devant une idée plus
bouleversante encore.
La Lune n’est pas le premier satellite de la Terre. Il y a eu plusieurs
lunes : un satellite a circulé autour de la Terre à chacune des périodes
géologiques. Pourquoi, en effet, y a-t-il des périodes géologiques si
abruptement distinctes les unes des autres ? C’est qu’à la fin de chaque
période – et c’est cela qui en causait la fin – un satellite est venu tomber sur
la Terre. La Lune ne décrit pas autour de la Terre une ellipse fermée, mais
une spirale qui va en se rétrécissant et qui finira par faire tomber la Lune sur
la Terre. Il y a donc eu une Lune du primaire qui est tombée sur la Terre,
puis une Lune du secondaire, puis une du tertiaire. Avant de tomber, lorsque
sa spirale était trop près de la Terre, chacune de ces lunes se dissolvait, les
solides, les liquides, les gaz se séparant à cause de leurs résistances
différentes à la gravitation ; ainsi le satellite tournant trop vite rattrapait ses
parties lentes et se transformait en un anneau, comme les anneaux de
Saturne qui sont dans cet état actuellement. Et enfin, la spirale se resserrant,
l’anneau touchait la Terre et tout le satellite s’écrasait, plus ou moins en
cercle autour de notre planète. Tout ce qui était pris dessous, plante ou
animal était enterré dans des conditions telles que cela se fossilisait : par
manque d’air, par pressions. Car on ne trouve de fossiles qu’à ces périodes.
L’organisme enterré à nos époques ne se fossilise pas, il pourrit. Aussi
n’avons-nous par les fossiles que des témoignages excessivement
fragmentaires sur l’histoire de la vie.
Mais bien avant cet écrasement, pendant des périodes de centaines de
milliers d’années, la Lune tourne autour de la Terre à la distance de 4 à
6 rayons terrestres, assez régulièrement, parce que le mois lunaire est égal
alors au jour terrestre. Les deux astres tournent ensemble, jusqu’à ce que la
chute de la Lune s’aggrave et que la Lune se mette à tourner plus vite que la
Terre.
Pendant cette période fixe du satellite rapproché, le poids de tous les
objets et de tous les êtres terrestres est considérablement diminué, puisque
la force de la gravitation lunaire les attire vers le haut, et compense une
grande partie de la gravitation terrestre. Or, c’est la gravitation qui nous
donne notre taille : nous ne grandissons qu’à la hauteur et au poids du corps
que nous pouvons porter. Donc, dans ces périodes de pesanteur allégée, les
organismes grandissent davantage. Ainsi sont créés les géants.
Preuves ?
À la fin du primaire, nous trouvons en effet les végétaux géants, qui,
ensevelis par la chute du satellite, donneront la houille.
À la fin du secondaire, nous trouvons en effet des animaux de trente
mètres de long, diplodocus et autres, fossilisés par leur ensevelissement lors
de la chute du satellite secondaire. Peut-être aussi des mammifères géants,
peut-être aussi les premiers hommes géants. Car à ces époques, les êtres
soulagés de leur poids ont pu se dresser sur des jambes et des pieds ; et leur
boîte crânienne élargie a permis l’expansion du cerveau. D’autres bêtes se
sont mises à voler : les insectes gigantesques du primaire, les oiseaux du
secondaire.
Puis dans les périodes sans Lune, seuls ont survécu des spécimens de
ces mutations brusques : a survécu ce qui a pu s’adapter à la nouvelle
gravitation ; sans doute en diminuant aussi les proportions trop grandes.
Ainsi donc, des hommes ordinaires ont été formés pendant le tertiaire,
avant l’approche de la nouvelle Lune, des hommes plus petits, plus lourds,
moins intelligents : nos ancêtres. Mais des races géantes et intelligentes,
issues du secondaire, il y a peut-être quinze millions d’années, ont continué
à exister, et ce sont ces géants qui ont civilisé les hommes. Toutes les
anciennes mythologies de l’Égypte et de la Grèce à la Scandinavie, de la
Polynésie au Mexique, rapportent unanimement que les hommes ont été
civilisés par des géants et des dieux. C’est le Titan Prométhée qui a tiré les
hommes de leur sauvagerie. La Bible porte témoignage sur les géants rois
des peuples combattus par les premiers Hébreux.
Ainsi donc, les ruines gigantesques, et pourtant souvent faites pour la
taille humaine, de Tiahuanaco s’expliquent : des maîtres géants ont aidé et
dirigé leurs sujets humains dans ces travaux. Les grands cirques du Titicaca
ne sont pas couverts, mais seulement entourés de murs. Les rois géants
pouvaient s’y asseoir devant les hommes-sujets.
Le caractère pacifique et bienveillant de ce premier règne des géants sur
les hommes est affirmé partout. Il suffit d’ailleurs de lire sur le visage des
géants de pierre de Tiahuanaco l’expression de souveraine bonté et de
sagesse, qui est frappante. C’est l’âge d’or des Anciens.
Et les statues gigantesques sont les statues des géants-rois. Pourquoi les
hommes se seraient-ils épuisés à les transporter et à les tailler ? Entre seuls
hommes, la taille humaine aurait suffi. Ce sont les géants eux-mêmes qui
ont été les sculpteurs de leurs images. Plus tard, en Égypte, et un peu
partout, une fois les géants disparus, les hommes se sont fatigués à essayer
d’évoquer et de ressusciter le temps et les images des dieux. Nous
retrouvons de nos jours, dans des îles voisines de la Nouvelle-Guinée, de
malheureux sauvages qui érigent encore dolmens et menhirs sans plus
savoir pourquoi, tout comme nos ancêtres l’ont fait jadis en Bretagne, en
Angleterre et ailleurs.
Car l’âge d’or des géants débonnaires et civilisateurs ne dura qu’un
temps. En effet, la Lune tertiaire que connurent les géants et les hommes de
Tiahuanaco finit par venir à son tour s’écraser sur la Terre. Alors la
gravitation lunaire cessa. Les eaux des océans tombèrent : rien ne retenait
plus le bourrelet marin des tropiques. Les mers refluèrent sans doute
jusqu’aux pôles, ne laissant à découvert que les plus hauts massifs
montagneux. De formidables oscillations des eaux détruisirent hommes et
civilisations un peu partout sur la Terre, et enfin le niveau actuel des mers
s’établit à peu près. Que resta-t-il ? Les réfugiés ou les isolés des hautes
montagnes, comme Platon lui-même le dit.
Mais, dans les Andes, par exemple, l’air même était devenu
irrespirable : maintenant à 4 000 mètres au-dessus de la mer. Une
civilisation, largement maritime, était devenue impossible : la mer avait
disparu. Les survivants ne pouvaient que descendre vers les marécages
découverts par la retraite de la mer : leur civilisation était perdue, avec leur
sol même, leurs navires, leurs instruments, la plupart de leurs savants sans
doute : car les survivants durent être peu nombreux. Les grands
mouvements des mers avaient détruit soudain les villes, et on trouve autour
de Titicaca des chantiers de pierre évidemment abandonnés tout d’un coup.
La civilisation devait recommencer presque à rien.
Les vieilles mythologies ici prennent un sens et nous aident à
comprendre. Certaines des races gigantesques dégénérèrent à tel point
qu’elles devinrent cannibales et prirent les hommes pour nourriture. Les
géants ogres se trouvent dans toutes les traditions. D’autres géants restèrent
plus civilisés et luttèrent contre les férocités de la décadence. Tous les
peuples se souviennent des luttes affreuses entre les géants et les dieux : les
hommes évidemment prirent pour dieux ceux qui les protégeaient. Hercule
est l’un des dieux les plus anciens, en Grèce comme en Égypte : c’est le
géant bon qui détruit les géants mauvais. Jupiter lui-même ne peut vaincre
les Titans sans le secours d’Hercule.
Puis, naturellement, les géants s’affaiblirent : physiologiquement, dans
les périodes de Lune lointaine, ils ne pouvaient plus porter leur poids et leur
cerveau aussi dégénéra. Et alors les hommes exterminèrent les monstres.
David tua Goliath. L’arme de jet des petits hommes fit disparaître les géants
devenus plus ou moins stupides. Jusque dans les contes de fées, où Hugo
s’émerveille

De voir d’affreux géants très bêtes


Vaincus par les nains pleins d’esprit.

Ainsi nous arrivons à l’aube de notre histoire, celle qui commence il y a


quelque six ou sept mille ans. Les géants sont exterminés. Il reste des récits
que l’on croit à peine : comment Ouranos et Saturne dévoraient leurs
enfants ; comment les Hébreux entrant dans la Terre promise trouvèrent le
lit de fer d’un roi géant qui avait quatre ou cinq mètres de haut. Comment
d’anciennes civilisations avaient disparu dans des cataclysmes – et l’histoire
de l’Atlantide n’est qu’un épisode de ces écroulements. Il reste
d’inexplicables témoignages. Les statues gigantesques, l’île de Pâques,
Karnak et Stonehenge, les derniers sauvages du Pacifique.
Plus inexplicables, en fin de compte, que tous les récits et tous les
témoignages, il y a les songes incoercibles. Toutes les générations des
hommes que nous connaissons ont rêvé, et rêvent encore, de la grande
civilisation disparue, origine de toutes les nôtres, de l’Atlantide et des bons
géants ; et toutes les générations continuent aussi les cauchemars des
catastrophes, des débâcles et des décadences.
Et la psychanalyse et l’analyse psychologique les plus récentes en sont
réduites graduellement à l’hypothèse ultime si difficile à accepter, mais
devenue de plus en plus inévitable : qu’il y a derrière tout cela quelque
chose d’irrémédiablement vrai. Le monde et son histoire sont bien plus
remplis de catastrophes et de merveilles que nous ne l’avons cru jusqu’ici.

Si l’on cherche une Atlantide qui soit la source de toutes les civilisations
et qui fasse la synthèse de toutes les traditions, on peut croire que cette
société des Andes, il y a trois cent mille ans, a été l’Atlantide. Au lieu de
disparaître sous la mer, elle a été abandonnée par la mer et a péri tout
autant. Après le rétablissement de la tranquillité des mers, les hommes
déchus qui vivaient en Europe et se souvenaient de l’ancienne mère des
peuples par laquelle ils avaient été colonisés et civilisés, ont dû s’aventurer
vers l’Ouest pour la retrouver. Mais jusqu’à Christophe Colomb, ils n’ont
plus jamais trouvé terre : leurs navires étaient trop petits, leurs équipements
trop maigres, leur navigation trop insuffisante. La tradition a dû s’établir
que ce continent avait sombré : si loin qu’on allât vers l’Ouest on ne
trouvait plus rien. L’océan était vide. Les Grecs finirent par dire que de ce
côté on arrivait aux îles bienheureuses, où n’abordaient que les morts.
Mais c’est une tradition plus courte et plus petite que rapporte Platon. Il
place la catastrophe seulement il y a quelque dix mille ans – et c’est
l’inondation qui la cause. La théorie de Hœrbiger nous permet de situer
aussi, dans ce temps et dans cet espace de l’Atlantique Nord, une autre
Atlantide plus modeste, mais encore très impressionnante. La catastrophe
des Andes peut se situer il y a deux cent cinquante mille ans. Depuis cette
date la Terre s’est trouvée sans satellite jusqu’à l’avènement de notre Lune
actuelle. Cette Lune était une petite planète qui, comme toutes les planètes,
tournait autour du Soleil en une spirale rétrécissante. Les petites planètes
spiralent vers le Soleil plus rapidement que les grandes parce que leur force
d’inertie est moindre : elles portent en elles moins de la puissance de
l’explosion primitive qui les a lancées loin du soleil. Donc, dans leur spirale
rentrante plus rapide, les petites planètes rattrapent les grandes. Il arrive
fatalement qu’une petite planète passe trop près d’une grande planète, et
alors la gravitation de la grande planète, à cette distance, est plus forte que
la gravitation du soleil. La petite planète se met à spiraler autour de l’autre,
et devient un satellite.
Ainsi notre Lune actuelle fut captée par la Terre il y a quelque douze
mille ans. Nouvelle catastrophe sur la Terre à cette époque : le globe
terrestre prit sa forme renflée aux tropiques, les airs, les eaux et le sol même
étant attirés par la gravitation lunaire, comme encore aujourd’hui. Les mers
du Nord et du Sud refluèrent vers le milieu de la terre. Concevons qu’une
civilisation s’était établie entre il y a trois cent mille ans et il y a douze
mille ans sur des plaines élevées au-dessus de la mer entre le 40e et le
60e degré de latitude nord ; et voilà cette civilisation à nouveau détruite,
cette fois par submersion : les eaux du Nord la couvrent en une nuit, comme
le rapporte Platon, et plus au Nord, des âges glaciaires recommencent sur
les terres dénudées d’air et d’eau par l’appel de la Lune commençante.
Deux Atlantides possibles toutes deux, et l’une bien postérieure à l’autre
et en dérivant, se présentent ainsi à nous. Les deux d’ailleurs nous seront
nécessaires si nous voulons intégrer toutes les traditions dont nous avons
encore les fragments dispersés par toute la Terre depuis la plus haute
antiquité.
2

L’HISTOIRE DU SYSTÈME SOLAIRE

Raymond Furon écrit :


« Lors des communications qui furent faites à la Société de
Biogéographie, en 1948, sur la paléoclimatologie, le déplacement des pôles
et des continents, les physiciens, géophysiciens et astronomes présents
furent d’accord que rien, dans la Nature actuelle, ne permettait de constater
un déplacement des pôles ou des continents(1). »
Fred Hoyle soutient, séparément, que les continents ont toujours eu à
peu près leur forme actuelle(2).
La science actuelle rend donc très difficile l’acceptation de l’existence
de l’Atlantide, de la réalité de l’effondrement d’un ou de plusieurs
continents. Aristote, l’un des premiers représentants connus de la science,
soutenait déjà que l’Atlantide de Platon n’était qu’un mythe.
Ici intervient, en faveur des thèses atlantidiennes, une partie au moins
des théories de Hœrbiger. Si la disparition de l’Atlantide est due non à un
effondrement du sol, mais à un changement subit du niveau des mers, si
l’Atlantide a disparu non parce que le continent atlantique s’est effondré,
mais parce que l’océan a monté, le récit de Platon peut encore être accepté
dans ses grandes lignes ; et aussi la ruine des hautes cités des Andes il y a
deux cent cinquante mille ans peut être expliquée inversement par
l’abaissement des eaux. Et les deux phénomènes sont connexes.
Voyons donc, sommairement, et pourtant d’un peu plus près, les idées
de Hœrbiger sur les catastrophes terrestres. Hœrbiger est un cosmographe
autrichien mort en 1931, et auteur d’une théorie de la formation de
l’Univers solaire connue sous le nom de Glazialkosmogonie. Cette théorie
n’a pas été acceptée dans son ensemble par les hommes de science
contemporains. Mais elle s’est révélée d’une puissance explicative rare dans
certains domaines, en particulier dans l’analyse et la classification des
mythes rapportés depuis la plus haute antiquité ou recueillis chez les
sauvages d’aujourd’hui.
Les idées actuelles exprimées par Furon en France ou Hoyle en
Angleterre, tous deux spécialistes officiellement qualifiés, vont contre les
idées générales de Hœrbiger, mais semblent très bien pouvoir s’accorder
avec quelques-unes des idées sur l’évolution des civilisations développées
par les disciples du savant viennois. Il arrive souvent, en science, que des
théories opposées en principe aboutissent à des idées parallèles sur des
points précis. Par exemple, pour Hoyle et ceux qu’il représente, la Lune est
en train de s’éloigner de la Terre, ayant pris son départ, il y a deux ou trois
milliards d’années, très près de la Terre, ou même en contact. Il est difficile
de comprendre quelle force aurait lancé la Lune vers l’extérieur, mais même
s’il en a été ainsi, cette Lune hoylienne ascendante s’est forcément trouvée,
à une époque donnée, à la distance de 5 à 6 rayons terrestres de la planète,
et alors le phénomène du bourrelet d’eau tout autour de la Terre a dû se
produire, comme sous la Lune hœrbigérienne descendante. Pourquoi alors
les mêmes phénomènes ne se seraient-ils pas présentés sur les Andes et sur
les plaines atlantiques ?
Il n’est pas nécessaire d’opter entre les deux idées contradictoires. Mais
comme seuls les hœrbigériens nous donnent une vue d’ensemble, suivons-
les en ce qui concerne notre sujet.
Les diverses écoles sont d’accord pour admettre que notre monde a été
formé par une explosion, il y a quelque trois ou quatre milliards d’années,
date assez récemment substituée à d’autres infiniment plus lointaines.
Plusieurs variétés d’explosion ont été proposées au cours des trente
dernières années. Peut-être que notre soleil a fait partiellement explosion
parce qu’un grand corps astral est passé trop près et a attiré une partie de la
substance solaire à la distance des planètes, puis a disparu. Peut-être qu’il a
existé, il y a environ trois milliards d’années, un autre Soleil jumeau du
nôtre et ce serait celui-là qui a fait explosion, on ne sait trop pourquoi, et
produit des planètes, ses fragments. Peut-être qu’il y a quatre milliards
d’années toute la matière du cosmos entier, et non pas seulement de notre
système solaire, était concentrée en un seul atome, point zéro de l’univers,
et que cet atome a fait explosion ; cela semblerait naturel s’il avait en lui
toutes les forces maintenant déployées. Paul Couderc dit(3) que cela ne
signifie pas cependant un commencement absolu de l’Univers. Hœrbiger, il
y a quelque cinquante ans, a imaginé la rencontre dans l’espace d’un
énorme corps à très haute température entrant en collision avec une masse
obscure de glace « cosmique » ; l’un pénétrant profondément dans l’autre
(on a le choix) produit une quantité de vapeur d’eau qui finit par faire
explosion.
De toute façon, il y a explosion pour commencer. Les fragments projetés
au loin se classent d’eux-mêmes en trois sections : les uns vont tellement
loin qu’ils se perdent dans l’espace ; les autres vont si peu loin qu’ils
retombent sur la masse centrale d’où est partie l’explosion. Mais dans la
zone moyenne il se produit un différent classement : le fragment le plus
important attire par sa gravitation tous les morceaux de matière moins
pesants que lui dans son voisinage. Ces fragments mineurs sont soumis à
deux forces : la force première de l’explosion qui les a lancés vers
l’extérieur, et la force gravitationnelle qui les attire vers la masse plus forte
située dans leur voisinage. Il en résulte une force que nous représentons
comme la diagonale d’un parallélogramme ; le fragment moins lourd cesse
de s’éloigner, mais il ne tombe pas directement sur la masse qui l’attire. Il
se met à circuler autour de cette masse. Le corps central est le soleil ; les
corps plus petits qui circulent autour sont les planètes. Mais la force
primitive de l’explosion diminue peu à peu, parce que l’espace est plein
d’une matière extrêmement ténue, hydrogène ou vapeur d’eau, qui ralentit
le mouvement propre au corps lui-même. Par contre la gravitation vers le
corps central est une constante et même va augmenter, relativement à la
force centripète. Ainsi la planète ne décrira pas une courbe fermée, mais
une spirale, puisque l’une seule des deux forces du parallélogramme va en
diminuant. Donc, conclut Hœrbiger, tôt ou tard toute planète tombe dans
son Soleil.
Mais de cette force initiale de l’explosion, les fragments plus petits
portent moins que les fragments plus gros, puisque cette force doit être
proportionnelle à leur masse. Donc les fragments plus petits qui sont vers
l’extérieur du système cèdent plus rapidement que les autres à la force
d’attraction du Soleil ; ils ont moins de résistance que les autres. Ainsi nous
voyons que Mars, plus petit que la Terre, tourne autour du Soleil à une
vitesse plus grande. Ainsi toute planète plus petite que la Terre, tournant en
spirale plus vite que la Terre, finira par rattraper la spirale terrestre. Cela
s’est évidemment produit déjà dans le passé, puisque les planètes ne sont
pas rangées par ordre de grosseur. Quand donc une petite planète, spiralant
vers le Soleil plus vite que sa grosse voisine, vient trop près de celle-ci, la
gravitation de la grosse planète devient plus forte, à cette courte distance,
que la gravitation du Soleil. Alors la petite planète se met à tourner en
spirale autour de la grosse et devient un satellite.
Ainsi la Terre a déjà capté trois satellites avant la Lune : le satellite
primaire, le satellite secondaire, le satellite tertiaire. Chacune à son tour, ces
Lunes sont venues s’écraser sur la Terre avec des effets que nous avons déjà
indiqués et dont nous retrouverons des descriptions.
La Lune actuelle est assez récente, n’ayant été acquise qu’il y a environ
douze ou treize mille ans, et étant encore éloignée de 60 rayons terrestres.
À son tour, elle s’approchera de la Terre ; elle rassemblera les eaux des
mers en une marée permanente sous l’ellipse de son cours ; elle noiera les
tropiques sauf les plus hautes montagnes. Elle soulagera tous les êtres de
leur poids et sans doute elle créera une nouvelle race d’animaux, de plantes
et d’hommes gigantesques. S’approchant plus encore, elle éclatera à son
tour, et deviendra autour de la Terre un immense anneau de rocs, de glace,
d’eau, d’air et d’autres gaz. Et enfin cet anneau se rétrécissant viendra
s’écraser sur la terre.
Ce sera peut-être la fin de l’homme. Les calculs de Hœrbiger montrent
que notre Lune est en effet plus grosse qu’aucune des Lunes précédentes et
que donc la catastrophe que causera sa chute sera plus violente encore
qu’aucune catastrophe précédente. Les disciples de Hœrbiger maintiennent
qu’il y a dans notre Apocalypse certains souvenirs assez précis de ce qui
s’est passé à la chute de la Lune tertiaire. Ce sera pire la prochaine fois.
Mais si l’homme survit, un spectacle final lui est réservé. Mars, plus
petite que la Terre, est en train de circuler en dehors de l’orbite de la Terre,
et sa spirale se rétrécit donc plus vite que la nôtre, à cause de la moindre
inertie martienne. Donc, Mars nous rattrapera. Quand Mars arrivera trop
près de la Terre, que se passera-t-il ? Les mathématiques, jusqu’ici
amicales, deviennent fatales pour nous. La masse de Mars est trop grosse
pour que Mars soit capturée et devienne un satellite. Mars passera très près
de la Terre mais lui échappera, entraînée plus près du Soleil par une vitesse
supérieure à celle de notre planète et pourtant restant écartée de nous par
une inertie trop forte. Notre atmosphère, entraînée par la gravitation de
Mars, nous quittera pour se perdre dans les espaces. Les eaux des mers
tourbillonneront tout autour de la Terre, et cette fois dans tous les sens. La
Terre sera lavée de tout ce qui peut être remué ; et de plus la croûte terrestre
éclatera de tous côtés. La vie sur la Terre sera terminée.
Après cela, dit le prophète mathématicien, la Terre, continuant sa
spirale, sera rattrapée par de nombreux planétoïdes actuellement bien au-
delà de Mars et composés surtout de glace, et la Terre deviendra une grosse
boule de glace, et ira enfin se jeter dans le Soleil.
Une expression maintenant courante, « l’expansion de l’Univers »
pourrait nous donner quelque espoir de ne pas finir ainsi. Si l’Univers est en
train de se dilater, peut-être serons-nous touchés à temps par cette dilatation
qui va s’accélérant, dit-on, et arrachés aux rétrécissements décrits par
Hœrbiger ? Mais ce n’est là qu’une illusion. Louis Couderc explique que
l’expansion de l’Univers ne se fait que dans les distances inter-galaxiques.
Notre Voie lactée ne se dilate pas et donc notre système solaire ne se dilate
pas. Le sort prévu pour notre Terre par Hœrbiger est inévitable, si les
calculs de Hœrbiger sont justes(4).

L’histoire de la Terre

La théorie de Hœrbiger nous apporte pour l’histoire de la Terre, à


l’intérieur de l’histoire du système solaire, des explications plausibles sur
un certain nombre de points qu’aucune autre théorie n’éclaire.
Y a-t-il eu, réellement, des géants ?
Y a-t-il eu une civilisation mère des autres civilisations ?
Comment cette civilisation a-t-elle péri ?
Que sont les sauvages d’aujourd’hui, des primitifs ou des dégénérés ?
Que sommes-nous nous-mêmes, à notre point de la civilisation, des
commençants ou des déclinants ?
Quel est le rôle de l’esprit dans l’évolution des civilisations et pourquoi
les civilisations meurent-elles ?
Voyons d’abord quelle a été, en grandes lignes, la marche de
l’intelligence et de l’humanité dans la vision d’ensemble de l’histoire que
nous permet Hœrbiger.
C’est le gigantisme qui nous donnera les premières indications sur
lesquelles l’imagination puisse travailler.
Qu’à la fin du primaire, donc au temps où la première Lune de Hœrbiger
tournait très près de la Terre, il y ait eu des arbres géants et des insectes
géants, la géologie en est d’accord. Les arbres géants ensevelis plus tard ont
donné la houille. Les traces des insectes géants se retrouvent en fossiles.
Mais il y a bien plus(5).
Comment peut-il se faire que, comme Fabre le premier l’a montré, un
insecte en fait sans cerveau et donc (?) sans intelligence, puisse piquer
exactement sept centres nerveux d’une chenille, ainsi engourdie et, non
tuée, pour que des larves à venir aient, des mois plus tard, une nourriture
fraîche ? Comment expliquer l’instinct des insectes ? Comme Fabre l’a fait
remarquer dans sa controverse avec Darwin, la théorie de l’évolution ne
peut expliquer cela, l’insecte doit réussir ses sept piqûres dès le premier
acte, car autrement la postérité de l’insecte ne vivra pas.
Alors le géologue imagine qu’à ces temps primaires où le Soleil était
plus large qu’aujourd’hui, et où la Terre tournait droit sur l’écliptique, un
été perpétuel assurait aux insectes une longue vie. Certains de ces insectes,
sous l’effet du gigantisme qui avait permis à leur système nerveux de
s’agrandir, étaient intelligents. Intelligents au point d’apprendre comment
piquer leurs victimes aux points convenables.
Retenons ce trait de la longévité qui va avec le gigantisme. Nous
retrouverons cela pour les hommes.
Puis, pendant les millénaires, cette science devenue automatique s’est
transmise aux descendants. Quand ensuite les hivers se sont installés, quand
les insectes sont morts tous les ans, quand leurs œufs et leurs larves ont dû
passer les saisons froides à l’abri, seuls ont survécu ces insectes qui avaient
acquis les automatismes inculqués pendant les périodes d’intelligence.
Ainsi les insectes d’aujourd’hui seraient des restes dégénérés d’êtres
autrefois rationnels, quoique peut-être pas rationnels à la façon humaine,
peut-être doués d’autres sens et d’autres sentiments. Peut-être aussi – nous
y reviendrons – nos sauvages d’aujourd’hui sont les restes dégénérés
d’empires d’autrefois, et répètent sans le comprendre des actes autrefois
organisés par des administrations rationnelles.
Les théories hœrbigériennes nous permettent pour la première fois de
comprendre et d’admettre ces idées étranges et raisonnables.
À ces périodes de gigantisme où la Lune proche enlève de leur poids à
toute chose et à tout être, interviennent de plus des puissances récemment
découvertes qui ressemblent de plus en plus aux dieux créateurs des vieilles
religions : les rayons cosmiques.
« Les rayons cosmiques actuels, dit Paul Couderc, dont les énergies
dépassent tout ce que nous connaissons, ne sont pourtant que les survivants,
les descendants débiles de glorieux rayons cosmiques initiaux dont serait né
le monde. »
L’action de ces rayons cosmiques, conjuguée avec celle des gravitations,
sur les gènes, les chromosomes, et autres parties encore à découvrir sans
doute du mécanisme reproductif, produit ces étonnantes mutations brusques
qui font surgir des êtres nouveaux tout à fait différents de leurs ancêtres
immédiats, de leurs parents apparents. D’où ces insectes géants et
intelligents à la fin du primaire. D’où ces hommes géants et intelligents à la
fin du secondaire, sur lesquels la Bible va témoigner.
Hœrbiger explique aussi la chute après ces montées. L’apogée des races
se place au moment où la Lune est assez près de la Terre pour soulager la
pesanteur et donner aux rayons cosmiques le champ d’action nécessaire.
Mais la Lune venant ensuite s’écraser sur la Terre, la pesanteur reprend
ses droits, les rayons cosmiques s’estompent et se voilent. Tout redescend.
La vieille idée de la chute est réhabilitée. Seules survivent des races
diminuées qui ont cependant gardé suffisamment quelques-unes des qualités
de la grande époque. Ces races recommencent péniblement, sous un ciel
sans Lune, à construire une existence lentement remontable.
Puis une nouvelle Lune est capturée, les marées recommencent, l’être
devient plus léger, et tout monte vers une nouvelle grande période. Pendant
les périodes sans Lune apparaissent les races petites, les animaux sans
hauteur et sans prestige, rats et putois, les races humaines des nains.
Pendant les périodes des Lunes approchantes viennent les races moyennes,
comme notre race humaine actuelle, et les animaux à notre taille, du chien
au cheval. Mais la Lune n’agit à son maximum que sur la zone terrestre qui
se trouve au-dessous de son cours. Au nord et au sud de cette ceinture, des
conditions différentes se présentent. Ainsi, après plusieurs cycles, la Terre
donne un spectacle très varié : il y survit de tout. Races en décadence, races
en montée, géants, nains, êtres intermédiaires ; restes des époques géantes,
apprentis des époques prospères en formation.
Hœrbiger seul nous permet de comprendre cet étrange tableau si mêlé,
puisque seul il nous explique une succession des époques propices au
développement de la vie, des catastrophes soudaines, et des périodes
défavorables.
Une nouvelle époque de gigantisme se produit à la fin du secondaire et
nous sommes forcés par la logique et l’imagination conjuguées de placer là
la création de l’homme.
Étonnante histoire : après deux siècles de discrédit, le récit de la Bible
retrouve une très grande valeur sous le choc des théories de Hœrbiger, et
pourtant la Bible n’est en aucune façon même l’un des points de départ de
Hœrbiger. Nous examinerons spécialement plus loin les affirmations
bibliques. Nous ne regardons ici que le tableau général.
L’homme est survenu par mutation brusque, sous l’action des rayons
cosmiques sur les gènes d’un animal probablement disparu, et qui mit au
monde un couple de jumeaux humains, mâle et femelle. On peut faire
intervenir ici, d’une façon inattendue mais assez réconfortante, l’encyclique
Humani generis du 12 août 1950 : « L’Église n’interdit pas que la doctrine
de l’évolution (soit l’objet de recherches) pour autant qu’elle recherche si le
corps humain fut tiré d’une matière déjà existante et vivante, car la foi
catholique nous oblige à maintenir l’immédiate création des âmes par
Dieu. » Et, au paragraphe suivant, l’encyclique insiste sur le caractère
unique d’un Adam père de tout le genre humain.
L’hypothèse hœrbigérienne accorde plus que n’en demande Pie XII. Il
est en effet bien plus facile de concevoir que la mutation brusque de
l’animal à l’homme se soit produite une seule fois, les conjonctures
favorables devant être infiniment rares. « L’immédiate création des âmes »
est en harmonie avec l’apparition soudaine d’une intelligence bien plus
développée que chez les animaux. L’allégement de la gravitation terrestre
permet à l’homme nouveau-né de se tenir droit sur ses jambes et d’élargir
son crâne monté vers le ciel. Et il est évident que ces perfectionnements
physiques ne seraient rien si n’était éclos alors ce principe qui permet à
l’homme d’en profiter : le principe spirituel, l’âme.
Donc, tout d’un coup, un homme, comme dans la Genèse. Et Ève ?
Il faut ici postuler, ce qui n’a plus rien de déraisonnable, que la Bible
nous rapporte les derniers fragments d’une tradition qui avait été hautement
scientifique, et que nous ne pouvons comprendre que depuis peu d’années.
Ève tirée d’une côte d’Adam, Ève moitié, physiquement, d’Adam, chair
de sa chair ? Peut-être qu’une très ancienne science savait comment se
forment les jumeaux – et que de la scission d’une cellule initiale peuvent
sortir deux jumeaux, l’un mâle et l’autre femelle – peut-être que cette
connaissance, dégénérée jusqu’à une époque où l’on n’avait plus sur la
conception des enfants que des notions très vagues, a été traduite en récit
grossier mais substantiellement vrai dans la Genèse. Les hommes du
IXe siècle d’avant notre ère en Palestine, ne connaissant ni gènes ni cellules,
n’ont pu interpréter la très vieille information sur le premier couple humain
sorti d’une même cellule, (le jumeau femelle n’étant que la moitié séparée
du jumeau mâle) qu’en transférant cette idée sur l’Adam à taille d’homme,
et coupé en deux par le Créateur. Ainsi derrière ce tableau on peut discerner
une réalité autrefois scientifiquement connue. Que cette réalité scientifique
ait été connue à si haute époque ne nous étonnera pas lorsque nous verrons
ce qu’ont pu être les connaissances des hommes de Tiahuanaco il y a trois
cent mille ans.
Mais la Bible nous apporte encore un témoignage en faveur des
hœrbigériens, et nous citerons les textes plus tard. La Genèse rapporte que
les premiers hommes, après Adam, vivaient normalement cinq cents, six
cents et jusqu’à neuf cents ans. C’est l’une des affirmations qui ont jeté le
plus de discrédit sur les anciens récits. De plus, cette affirmation toute
gratuite n’est aucunement nécessaire à l’orthodoxie religieuse. Pas plus que
les autres textes qui rapportent l’existence des géants, textes aussi à
examiner plus loin. L’Écriture n’établit pas de relation entre les deux faits,
et omet de nous dire qu’Adam était un géant. (Il est vrai que les traditions
juives et musulmanes réparent plus qu’abondamment cette omission.) Mais
les deux faits sont connexes. De même que l’allégement de la gravitation
terrestre permet le gigantisme, cet allégement permet la longévité, parce
que l’usure physiologique, cause normale de la brièveté de la vie, est en
relation avec le poids du corps, et que donc un corps plus léger pour le
même volume doit vivre plus longtemps.
Ainsi sont rénovées et réhabilitées les anciennes conceptions de
l’orthodoxie : la création immédiate d’Adam et Ève, la longévité des
premiers hommes, la réalité des géants ; nous n’avons donc qu’un premier
couple humain, mais gigantesque et de vie très longue.
Ajoutons ici un point curieux.
L’homme naît trop tôt. Il arrive au monde bien moins compétent que le
petit animal, qui sait tout de suite nager, courir, mordre, s’adapter. C’est que
le géant primitif a dû être expulsé trop tôt du sein maternel non
gigantesque(6) : il aurait autrement tué la mère, dont la défense naturelle a
été de s’en débarrasser. Ainsi il a dû apprendre ensuite tout ce que l’animal
sait à sa naissance. Et de plus l’homme devait apprendre autre chose que ce
qu’il aurait appris dans le sein maternel de l’animal : à se tenir droit sur ses
jambes, à mieux penser, à parler, ce que sa mère ne savait pas faire.
L’homme naissant ainsi abandonne un héritage animal pour se créer un
domaine humain : ce qu’il ne peut faire que s’il a une âme qui l’y pousse.
Le récit de la Genèse, qui omet toute mention de l’animal origine du
corps humain, est donc dans la noble tradition, acquise dès la naissance :
répudier le plus possible de l’être bas antérieur, commencer à l’apparition
de l’âme. C’est en effet une création nouvelle.
Sur un autre point encore la Bible nous aide indirectement et nous
permet de placer cette création à la fin du secondaire. En effet, dans notre
théorie, il n’y a place au commencement que pour des géants de longue vie,
enfants et descendants de ceux que nous appelons (et pourquoi pas ?) Adam
et Ève. Or, Tiahuanaco à la fin du tertiaire nous montre les géants mêlés aux
hommes ordinaires, puisque les mégalithes gigantesques sont adaptés à des
usages humains.
Donc, comme la Bible le rapporte, il y a eu diminution de la vie
humaine, et de la taille humaine, au cours des millénaires, et pourtant des
races géantes sont restées en vie au milieu du pullulement des petits
hommes : les Samson et les Goliath ont duré très longtemps.
Hœrbiger nous donne la raison de cet aspect de la chute : pendant la
période asatellitique tertiaire certaines races placées dans des circonstances
défavorables – chassées du Paradis terrestre des tropiques – se sont adaptées
à des conditions plus dures, probablement dans les terres septentrionales.
En ce faisant, d’ailleurs, elles ont acquis des qualités – et des défauts – qui
plus tard permettront aux races moyennes d’exterminer les derniers des
géants.
Sur cet aspect physique de la chute, nous aurons à revenir. Marquons
dès maintenant que la bible, comme Platon, insiste dès le début sur un côté
moral de la dégénérescence humaine, et ce serait perdre de vue le but même
de cette étude que d’oublier cela.
En effet, en fin de compte, que nous importent les géants et les
Atlantides ? Ces récits pittoresques ne nous émeuvent que parce qu’ils
représentent dans la matière physique du monde des événements spirituels
et moraux de l’aventure humaine. Même s’il n’y avait jamais eu de géants,
même si aucune Atlantide n’avait jamais existé, les bouleversements
représentés dans ces images traditionnelles sont aussi sensibles que jamais
dans la texture même, dans les sentiments les plus intimes, de nos âmes.
Nous portons tous en nous un Paradis perdu, une Ève séparée de chaque
Adam, un homme perdu par chaque femme, un univers englouti. Les plus
anciens récits nous émeuvent profondément parce que nous y sentons les
mêmes désirs, les mêmes nostalgies dans les âmes de nos prédécesseurs sur
la Terre.
Et qu’est-ce que la vérité, si ce n’est ce que l’homme croit toujours ?
Il y a toujours, dans ces vieilles mythologies, une qualité de force et de
rêve que nous ne trouvons pas dans les inventions mêmes de la science, et
donc qui excitent en nos âmes un amour plus profond. Et qui osera dire que
l’objet de l’amour n’existe pas ?

La vérité a cette terrible caractéristique d’être totalement incroyable, et


donc d’exiger un acte de foi.
3

TIAHUANACO

Près du lac Titicaca, dans les Andes, à environ 4 000 mètres d’altitude,
on trouve les ruines de plusieurs villes entassées l’une sur l’autre. Jusqu’à
présent, l’existence de ces ruines est inexpliquée. Les disciples de Hœrbiger
donnent bien une thèse générale qui permet de concevoir comment ces
énormes pierres se trouvent à cette hauteur, dans une région où la vie
normale de l’homme est presque impossible. Mais une exploration
scientifique reste encore à faire. Les quelques caractères relevés jusqu’à
présent constituent, pris dans leur ensemble, une confirmation frappante des
théories de Hœrbiger, et cela d’autant plus que la théorie générale du savant
viennois ne doit rien, pour son origine, à cette archéologie. Il se trouve que
les calculs de Hœrbiger sur la Lune tertiaire, sur la marée permanente et sur
la chute du satellite sont confirmés par une expérience préhistorique. Si les
thèses de Hœrbiger se trouvent démontrées fausses, il faudra en inventer
d’autres, de très semblables, pour expliquer Tiahuanaco(7).
Le premier fait frappant est d’ordre géologique.
Une ligne de sédiments marins a pu être étudiée, qui s’étend de façon
ininterrompue sur près de 700 kilomètres. Cette ligne commence près du lac
Umayo, au Pérou, à près de 100 mètres de hauteur au-dessus du niveau du
lac Titicaca, et passe, au sud de ce lac, à 30 mètres au-dessus de l’eau, et va
se terminer en s’inclinant de plus en plus bas vers le sud au-delà du lac
Coipusa, 250 mètres plus bas qu’à son extrémité nord. De plus, cette
déclinaison n’est pas une droite, mais une courbe. Pendant un quart de la
distance, la ligne de sédiments descend de 0 m 30 par kilomètre, et au
dernier quart de près de 0 m 60.
Il y a donc eu là une mer.
Cette mer n’était pas horizontale par rapport à notre horizon.
La surface de cette mer était courbée, et beaucoup plus que ne l’est la
surface de nos océans ou de la Terre en général.
Les géologues ont postulé une élévation du continent sud-américain au-
dessus de la mer actuelle. Mais cette thèse est peu satisfaisante parce qu’on
ne voit guère d’où serait venue la formidable force nécessaire. Puis
comment ce soulèvement d’un pays de montagnes si accidentées aurait-il
laissé régulière une ligne de sédiments aussi longue ? Cette ligne aurait été
brisée en milliers de fragments non identifiables par un soulèvement de ce
genre. Enfin, pourquoi cette ligne de sédiments présenterait-elle une courbe
si délicatement définie ? Les cataclysmes, même lents, ne suivent guère les
géométries polies.

Diagramme d'une pierre taillée de 8 tonnes.

L’explication hœrbigérienne est bien meilleure. La marée permanente


causée par la Lune tertiaire approchée avait entassé l’eau jusqu’à cette
hauteur, et le bourrelet d’eau était tout naturellement régulier et convexe, et
il a duré assez longtemps pour déposer ses sédiments sur les montagnes
déjà existantes. Ainsi les desiderata des géophysiciens de 1948 sont
respectés. Aucun grand changement ne s’est produit dans le continent. Les
orthodoxes et les hœrbigériens sont d’accord quant à l’âge où ont cessé ces
dépôts marins : entre trois cent mille et deux cent cinquante mille ans avant
nous. Or, cet ancien rivage passe devant les ruines de Tiahuanaco, qui était
donc un port sur cette mer de la fin du tertiaire.
Les pierres mêmes de ces ruines présentent des caractères qu’on ne
trouve nulle part ailleurs dans le monde. La civilisation première des Andes
ne ressemble à rien de postérieur, et ses singularités ne se comprennent que
par une date infiniment ancienne. Voici d’abord une pierre de près de
9 tonnes, creusée sur ses 6 faces de mortaises inexplicables. D’ingénieux
architectes et de savants archéologues ont passé en vain des semaines à
imaginer les tenons de ces mortaises et les implications de ces trous
géométriques. Ce monolithe a 3 mètres de haut et jouait un rôle oublié par
tous les constructeurs de l’histoire subséquente. Voici des portiques de
3 mètres de haut, de 4 mètres de large, d’un demi-mètre d’épaisseur, et
taillés dans une seule pierre, dans laquelle la porte et les fausses fenêtres ont
été découpées au ciseau, et les sculptures de frise sculptées dans la pierre
même : poids, plus de 10 tonnes. Voici d’autres parties de mur qui pèsent
60 tonnes. Voici, pour soutenir d’autres murs composés de pierres plus
petites, des blocs de grès de plus de 100 tonnes enfoncés dans la terre au-
dessous des bâtiments.
Voici enfin les statues géantes. Une statue sculptée dans une seule pierre
a été descendue au musée de plein air de La Paz ; elle a 8 mètres de haut et
1 mètre d’épaisseur et pèse 20 tonnes. Il y a des douzaines de statues de cet
ordre, et des excavations sérieuses n’ont pas encore été faites.
On a trouvé pourtant dans les fouilles amorcées des ossements humains
dans les strates principales, à proximité des os de toxodons, animaux qui
ont disparu à la fin du tertiaire. Cela suffirait à dater cette civilisation, mais
l’examen du calendrier déchiffré en 1937 apporte des preuves plus précises,
quoique pas plus décisives. Les têtes stylisées de toxodon sont aussi
utilisées dans la décoration des portiques, et dans la constitution du
calendrier. L’existence simultanée des constructeurs et des animaux
tertiaires ne semble donc pas pouvoir être mise en doute.
Problème curieux : les monolithes découpés semblent avoir été mis en
place par des géants. Mais ils sont découpés en ouvertures, portes et
fenêtres, qui sont à l’échelle humaine. Et pourquoi les hommes se seraient-
ils mis spontanément à faire des statues de huit mètres de haut, taillées dans
une seule pierre ? Le travail impliqué est effroyable, et serait, même avec
nos équipements, très difficile. N’est-il pas plus simple de penser que ces
pierres ont été travaillées par les géants eux-mêmes, quoique pour l’usage et
l’édification des hommes de taille ordinaire ? Nous verrons l’universelle
tradition que les arts ont été enseignés aux hommes par des dieux-rois-
géants. Les cirques sans toit pouvaient servir de salles d’assemblées où le
géant parlait à ses sujets. Nous examinerons plus loin les gestes et les
actions de sauvages dégénérés du Pacifique Ouest, qui continuent à ériger
des monolithes quelquefois sculptés en l’honneur d’ancêtres divins qui ont
jadis été leurs rois gigantesques. La Bible aussi, nous le verrons, nous parle
de tribus palestiniennes qui avaient pour rois des géants. Pourquoi y aurait-
il jamais eu un gigantisme des statues s’il n’y avait pas eu un gigantisme
des hommes ? Les sauvages de Malekula cherchent encore de nos jours à
échapper à la corvée de l’érection des monolithes, et à les remplacer par des
statues ou même de simples piliers de bois plus légers à transporter, plus
faciles à sculpter. Des raisons bien puissantes ont dû causer l’érection des
géants de pierre de l’île de Pâques. L’état de civilisation parfaite de
Tiahuanaco, état reflété dans le visage même des colosses, nous incite à
imaginer là l’un des départs de l’humanité. Les colosses sculptés ont été
érigés dans des communautés civilisées où le travail se faisait en commun,
et en harmonie, entre des maîtres gigantesques et bienfaisants et des foules
humaines reconnaissantes, comme nos cathédrales ont été construites. Mais
dans ces communautés du Titicaca, les castes royales étaient des géants et
semblent bien avoir aussi mis la main au travail. Nous pouvons même
penser que les Égyptiens eux-mêmes, lorsqu’ils construisirent leurs
colosses, pour leurs dieux-rois, se souvenaient des temps heureux où le
géant Osiris leur avait appris la sculpture, et pensaient qu’il était nécessaire
de donner au dieu mort une statue à sa taille, dans laquelle il pouvait revenir
sans se trouver gêné.
Mais avant de passer aux caractéristiques intellectuelles et spirituelles,
insistons sur un autre trait de l’étrange civilisation de l’altiplane andine.
Tiahuanaco était un port de mer, un port d’eau salée. Le lac Titicaca est
salé, et l’exploration géologique des terrains environnants ne donne pas de
sel à y accumuler. Le lac est salé parce qu’il est le dernier reste d’un océan
disparu, la dernière flaque laissée à sécher par la mer descendante. Les
quais du port de Tiahuanaco existent encore, et ils sont non pas à portée du
lac périmé, mais sur la ligne de sédiments qui marquait la marée
permanente du tertiaire. Hœrbiger a calculé que le bourrelet d’eau avait
laissé submerger cinq grandes îles : il ne s’agit que de jauger les volumes
d’eau et les hauteurs des montagnes et la force de la Lune d’alors. Restaient
donc au-dessus de l’océan : les Andes du Titicaca, le Haut-Mexique, le
sommet de la Nouvelle-Guinée et le Tibet. Nous trouverons des
confirmations dans les traditions de l’ancien Mexique, qui en prendront une
allure presque scientifique, détaillant les périodes dans un ordre à peu près
géologique. Nous trouverons des témoignages parmi les sauvages de la
région de la Nouvelle-Guinée. Nous aurons le droit de penser que les géants
méditerranéens étaient descendus des montagnes de l’Abyssinie, cinquième
sommet.
Nous pouvons donc légitimement imaginer que les hommes de
Tiahuanaco, port de mer, avaient des navires qui faisaient le tour du monde
sur leur mer bombée. Une culture couvrant toute la terre habitable était
unifiée par les trafics maritimes. Comment expliquer autrement les
étonnantes ressemblances ? Les cromlechs du Morbihan et ceux de
Malekula ? Les géants de l’île de Pâques ? Les légendes de la Grèce et
celles du Mexique ? – fragments dégénérés d’une haute civilisation qui peut
se situer vers il y a trois cent mille ans et avoir été mondiale.
Sur la valeur intellectuelle de cette civilisation, nous avons un
témoignage précieux et qui semble irréfutable : un calendrier sculpté sur la
pierre.
À demi enfoncé dans une vase séchée, brisé en deux par une fente en
haut, mais tenu ensemble par son poids de dix tonnes, a été trouvé un
portique sculpté, monolithique, haut et large de plus de trois mètres.
Posnansky, le vétéran des études archéologiques boliviennes, a le premier
découvert que c’était un calendrier et a pu fixer les signes des solstices et
des équinoxes. L’Allemand Kiss, après des études sur place en 1928 et 1929
a proposé en 1937 le déchiffrement général des mois et des semaines.
L’Anglais Ashton en 1949 a enfin effectué la mise au point de tous les
détails du symbolisme qui permettent la connaissance précise du
fonctionnement de cette machine scientifique.
Or, en 1927, Hœrbiger, en calculant les données qui sont les bases de
nos connaissances sur la rotation de la Terre, est arrivé à cette conclusion
qu’à la fin du tertiaire la Terre tournait autour du Soleil en 298 jours,
chaque jour ayant un peu plus de 29 de nos heures. Hœrbiger mourut en
1931, et ses calculs sont dans les archives de l’Institut Hœrbiger, à Vienne.
Ce n’est qu’en 1937 que Kiss a été en mesure de déclarer que le
calendrier de pierre de Tiahuanaco comptait 290 jours. Comme Tiahuanaco
précède de peut-être 50 000 ou 100 000 ans la fin du tertiaire, la différence,
en théorie, est acceptable et devient une preuve de plus. Jusqu’à présent,
aucun autre déchiffrement du calendrier n’a été proposé, et l’analyse
d’Ashton en 1949 a entièrement confirmé les trouvailles de Posnansky et de
Kiss. On doit donc considérer, jusqu’à nouvelle information, que les calculs
de Hœrbiger, faits avant toute interprétation ou même toute connaissance
approfondie du calendrier ont été démontrés justes par des observations
faites et enregistrées à la fin du tertiaire. Et, inversement, les calculs
prouvent que c’est à la fin du tertiaire que les astronomes de Tiahuanaco ont
fait leurs observations.
Or, ce calendrier est meilleur que le nôtre.

Diagramme d'un mois.

Il n’est pas meilleur que celui que nos astronomes pourraient faire si on
les en priait. Mais il est meilleur que celui que nous utilisons. Nous ne
pouvons certes pas dire que les astronomes de Tiahuanaco étaient
supérieurs aux nôtres : nous n’en savons rien. Mais nous pouvons dire que
le public pour lequel on avait fait ce calendrier était intellectuellement
supérieur à notre public, et avait reçu une meilleure éducation scientifique.
Le seul fait « scientifique » – en correspondance avec l’observation –
que montre notre calendrier, c’est le nombre de jours de l’année. Mais nos
« mois » sont de pure convention, et ne correspondent à rien. Ils ne
concordent aucunement avec la marche de la Lune. Pourquoi avons-nous
douze mois ? Énigme. Nos semaines, de même, sont en porte à faux et ne
montrent rien.
Les solstices et les équinoxes, moments décisifs du tournant de l’année,
ne sont pas indiqués par notre calendrier, mais y sont superposés à leur date
d’occurrence, apparemment au hasard, le 20, 21 ou 22 d’un mois. Enfin
notre année ne commence à aucune coïncidence astrale, et nous pourrions
déplacer ce début à notre gré sans inconvénient, nous l’avons d’ailleurs déjà
fait. Nos fêtes mobiles, Pâques et les autres, naviguent dans une aimable
indécision.
Le calendrier de Tiahuanaco commence logiquement à l’équinoxe
d’automne de l’hémisphère sud. Il est divisé en quatre parties, séparées par
les solstices et les équinoxes, qui marquent ainsi les saisons astronomiques
de l’année. Chacune des quatre saisons est divisée en trois sections, d’où les
12 divisions, d’où sont peut-être sortis nos 12 mois. Mais les divisions de
l’année de Tiahuanaco étaient de 24 jours, et le satellite tertiaire tournait
exactement 37 fois autour de la Terre en 24 jours. Ainsi donc le tableau une
fois fait dans un mois des mouvements de la Lune d’alors était valable pour
tous les mois, et on savait en regardant le calendrier où en était la Lune à
chaque heure du jour. Si nous avions un calendrier rationnel, nous devrions
aussi retrouver la même phase de la Lune le même jour de chaque mois.
Mais quelque chose de bien plus compliqué se présente ici. Le satellite
tertiaire tournait 37 fois par « mois » autour de la Terre. Mais comme la
Terre tourne aussi, il semblait aux observateurs d’alors que cette Lune se
levait et se couchait 13 fois seulement. Les deux mouvements, le
mouvement apparent et le mouvement réel, sont tous deux indiqués sur le
calendrier de Tiahuanaco.
Ici nous sommes obligés de nous sentir en infériorité. Nos astronomes
savent bien depuis toujours, presque, que le mouvement apparent de notre
Lune n’est pas son mouvement réel, puisque notre poste d’observation, la
Terre, tourne sur elle-même. Mais notre civilisation se contente de constater
le mouvement apparent, seul porté, et en vrac encore, sur nos calendriers.
Nous ne sommes pas arrivés à cultiver suffisamment notre public pour faire
passer dans le domaine général cette distinction entre l’apparence et la
réalité.

Diagramme du premier mois.

Pouvons-nous deviner de plus quelque chose de la valeur morale et


spirituelle de cette civilisation ? Sa valeur intellectuelle ne fait pas de doute,
après l’analyse du calendrier. La valeur artistique est également évidente.
Nous ne pouvons pas affirmer que ces hommes, géants ou ordinaires,
étaient plus savants que nous – peut-être l’étaient-ils ? – l’idée reste
hypothétique, ils étaient en tout cas plus savants que ne l’ont été les
hommes d’avant nous que nous connaissons. Autant que nous le sachions,
ni les Égyptiens, ni les Grecs, ni les Hindous, n’auraient pu monter ce
calendrier. Mais enfin la fierté de nos découvertes du XIXe siècle et du
XXe siècle nous porte à nous croire supérieurs en connaissances
scientifiques aux Andiniens du tertiaire. Nous ne pouvons pourtant pas en
être sûrs. Mais en valeur artistique, je les juge nos supérieurs, de même que
je juge les Égyptiens nos supérieurs. Je crois qu’à aucun moment de
l’Europe, même pas au temps de la Renaissance italienne, nous n’aurions
pu produire un chef-d’œuvre de sculpture comparable à la face humaine du
colosse baptisé El fraile par les Espagnols. Des lignes du visage vient à nos
yeux et même jusqu’à notre cœur, une expression de souveraine bonté et de
souveraine sagesse. Une harmonie de tout l’être sort de l’ensemble du
colosse dont les mains et le corps hautement stylisés sont établis en un
équilibre qui a une qualité morale. Du repos et de la paix émanent du
merveilleux monolithe. Si c’était là le portrait d’un des rois-géants qui ont
gouverné ce peuple, on ne peut que penser à ce début de phrase de Pascal :
Si Dieu nous donnait des maîtres de sa main…

Et si nous pensons que l’Art ne doit pas imiter la nature, nous trouvons
ce visage composé de formes géométriques où rien de la forme humaine ne
reste dans chaque organe – les yeux sont des cercles, le nez une pyramide,
la bouche un ovale, le front un rectangle et le profil est un parfait morceau
d’ellipse, avec une ligne droite pour la nuque. Pourtant une expression
extraordinairement forte sort de l’ensemble, et je n’ai jamais vu de visage
cubiste ou de présentation postimpressionniste qui donne un tel coup à la
sensibilité artistique.
Que ce soit donc du côté figuration réaliste ou du côté art abstrait, ces
gens avaient des artistes supérieurs aux nôtres. Bellamy écrit :
« Les têtes sculptées montrent de hauts fronts, des visages ouverts, des
profils hardis, des mentons énergiques. Il y a en particulier une tête –
probablement la tête d’un dignitaire, car elle est coiffée d’un bonnet
officiel – qui est inoubliable. Elle semble sortir de son propre mouvement
de la pierre dont elle est tirée, car elle n’est pas complètement terminée,
comme impatiente du ciseau du sculpteur, et sachant bien qu’elle ne périrait
plus. »
Remarquons ici une fois pour toutes la différence entre ces colosses et
ceux qu’on retrouve ailleurs, dans l’île de Pâques par exemple. À
Tiahuanaco, l’intellect européen est dépassé. La stylisation est telle, la
complication est si vivante, que nous ne la comprenons pas parce que notre
esprit est habitué à un niveau plus bas. Cela se voit non seulement dans le
masque abstrait mais, par exemple, dans les doigts de la statue. Au contraire
dans les colosses pourtant si puissants de l’île de Pâques, notre esprit est
habitué à un niveau plus élevé : l’intellect de ces sculpteurs est au-dessous
du nôtre bien que nous sentions leur âme plus formidable que la nôtre. Leur
sentiment est plus fort, leur cerveau est plus faible. À Tiahuanaco, nous
sommes dépassés et par le sentiment et par l’intellect, plus encore que
devant les statues des premiers pharaons.
Mais sur la valeur ultime de ces êtres, de tous ceux de leur catégorie, il y
a un autre témoignage, et universel. Dans toutes les races humaines sont
restés des souvenirs de l’âge d’or, pendant lequel des dieux très puissants
venaient s’entretenir avec les hommes, leur apprendre l’agriculture, la
métallurgie, les sciences, et cet âge d’or a duré très longtemps, et les
hommes étaient profondément heureux sous la domination bienfaisante des
surhommes. Les Grecs se souvenaient d’un âge de Saturne qui avait
précédé les guerres féroces entre les géants et les dieux, et le nom d’Hercule
n’était associé qu’à des sentiments de gratitude, comme celui du Titan
Prométhée. Les Égyptiens et les Mésopotamiens racontaient aussi les
histoires des rois-dieux qui les avaient civilisés. Les sauvages du Pacifique
se représentent comme ancêtres les bons géants du début du monde. Il est
permis de voir dans cette tradition générale de l’âge d’or et des dieux qui y
régnaient une confuse notion restant encore des temps heureux à l’aube des
âges.
Les ruines de Tiahuanaco nous permettent aussi d’entrevoir la fin de cet
âge d’or, et d’imaginer ce qui se passa ensuite, entre deux cent cinquante
mille ans et peut-être dix mille ou douze mille ans avant notre époque. À
mesure que la Lune tertiaire se rapprochait trop dangereusement de la Terre,
les mers étaient soumises à une agitation de plus en plus désordonnée. Les
volcans devenaient de plus en plus dangereux. On retrouve autour du
Titicaca les marques évidentes de trois différentes sortes de catastrophes :
des strates de cendres volcaniques, des dépôts d’inondations soudaines, et
enfin les preuves de la disparition finale de la mer. Il y a un endroit
spécialement impressionnant où des quantités de pierres à demi travaillées
ont été abandonnées en désordre, et des outils sont éparpillés dans la vase
séchée. Il semblerait que les ouvriers se sont précipitamment enfuis ou ont
été noyés par surprise en plein travail.
Puis le satellite tournoyant en anneau finit par venir s’écraser sur tout le
pourtour de la Terre, détruisant évidemment tout ce sur quoi il tombait. Et
ce bombardement terminé, la mer se retira à peu près à son niveau actuel,
puisque l’attraction du satellite avait cessé. L’air aussi se retira, et alla se
distribuer au-dessus de toute la Terre. Les survivants du Titicaca sentirent
l’air leur manquer, et la chaleur habituelle disparaître : ils étaient à plus de
4 000 mètres au-dessus de la mer ; ils n’avaient plus de moyens de
transport : leurs navires détruits ou emportés ou devenus complètement
inutiles. Ils n’avaient plus de nourriture : ce qui leur venait d’ailleurs
n’arrivait plus ; ce qu’ils faisaient pousser ne poussait plus. Sans doute
descendirent-ils des montagnes, mais quelles plaines mal drainées durent-ils
trouver dans le continent immense maintenant à peine libéré des eaux.
Avant qu’une végétation utilisable puisse se former, avant qu’une terre utile
puisse se trouver ou se créer, des siècles et des millénaires durent s’écouler.
Non seulement toute organisation sociale dut graduellement disparaître,
mais les outils n’existaient plus, les machines ne pouvaient plus être
construites, les savants mêmes sans doute étaient perdus, les sciences
mêmes étaient oubliées. Comme le dit Platon, commentant des
circonstances semblables : « Eux et leurs descendants se trouvèrent pendant
bien des générations privés des nécessités les plus ordinaires de la vie et
durent consacrer toute leur intelligence à l’unique soin de se procurer ce qui
satisferait leurs besoins matériels immédiats. »
Ici nous pouvons un peu généraliser. Logiquement, des événements
semblables se produisent autour des cinq centres civilisés : de l’Abyssinie,
de la Nouvelle-Guinée, du Mexique, du Tibet comme des Andes
descendirent à la fois des hommes devenus presque sauvages et des géants
en train de perdre leur civilisation. Nous avons signalé déjà et nous
retrouverons en plus de détail les affreuses luttes entre géants et hommes, et
celles des géants entre eux, et celles des hommes entre eux, avec toutes les
alliances, saintes ou diaboliques, inévitablement survenues. Toutes les
mythologies connues sont pleines des souvenirs des époques terribles qui
avaient suivi l’âge d’or. À la chute physique, à la dégradation matérielle
correspondait la chute morale. Les hommes, prompts à s’accuser, finirent
par trouver dans la chute morale la cause des catastrophes physiques.
Platon, à la fin du fragment qui nous reste de son récit, dit que les dieux,
scandalisés par les crimes des hommes, décidèrent de les punir.
Mais comment la perversité humaine a-t-elle pu causer la chute de la
Lune tertiaire, préparée et inévitable depuis des milliards d’années ?
Cette idée est absurde, et pourtant elle a causé plus de bien, à la fois
moral et intellectuel, que l’idée inverse. L’homme s’est fait peur à lui-même
par cette conception que les dieux le puniraient de ses crimes – et qui peut
dire dans quelle mesure cela a aidé à sortir de la sauvagerie du quaternaire
commençant ?
En bonne philosophie, il faut dépasser le problème. Ce n’est pas la
catastrophe qui a causé la dégradation : on peut concevoir que si les
hommes avaient été assez développés, ils seraient descendus de leurs
montagnes derrière leurs géants-rois, et ils se seraient emparés
méthodiquement de leur nouvelle terre. C’est ainsi que Milton représente
Adam et Ève, chassés du Paradis, regardant avec courage et même avec
confiance en Dieu le monde élargi et magnifique livré à leur entreprise.
C’est que l’homme n’était pas à la hauteur encore de cette tâche. Et
pourtant, en beaucoup d’endroits, il a pu la réussir. Rien ne nous interdit de
penser que des civilisations organisées ont traversé le quaternaire, de trois
cent mille ans à dix mille avant J.-C. Il paraît même très probable qu’il en a
été ainsi, car autrement il est très difficile de concevoir que de purs
sauvages aient pu conserver pendant plus de deux cent mille ans des
souvenirs que nous allons retrouver. On imagine bien mieux des
paléolithiques vivant très simplement mais encore très bien organisés – et
leurs dessins et leurs sculptures dans les cavernes donnent d’eux une très
haute idée. Et en d’autres endroits, des cités ont pu être rebâties et conserver
très longuement la science antique. Et en d’autres encore, en des
circonstances favorables de climat et de sol, des communautés ont pu durer
longtemps pour ainsi dire sous la tente et nourries de dattes et de laitages, et
conservant, et même intensifiant, une vie spirituelle et intellectuelle qui va
très bien avec la simplicité de la vie matérielle.
4

LES DÉCADENCES LA NOUVELLE-GUINÉE

Il a été quelque temps à la mode, intellectuellement, de faire descendre


les civilisations des sauvageries, comme on faisait descendre l’homme du
singe. Ainsi, on expliquait – ne nommons personne – les merveilleuses
spiritualités de l’Égypte des premières dynasties par les totémismes de
primitifs qui auraient habité la vallée du Nil il y a quelque dix mille ans.
Cette mode est en train de passer ; la tentative absurde de faire sortir le
plus du moins doit logiquement être abandonnée. Tout nous porte à croire
que l’homme, créé très rapidement, a été tout de suite très haut, à la fois en
intelligence et en spiritualité ; et que des catastrophes, à la fois intérieures et
extérieures, l’ont, en certaines circonstances que nous entrevoyons assez
bien, fait dégénérer sur certaines parties de la Terre. Mais probablement, il y
a toujours eu des hommes très civilisés depuis que l’humanité existe. Les
sauvages, loin d’être à l’origine des civilisations, sont des restes des échecs,
évidemment nombreux, que l’humanité a subis dans sa longue carrière.
Sans doute ont coexisté contemporainement des communautés raffinées,
artistiques, intellectuelles, et en un mot « humaines ».
Lorsque Malinovski(8) nous décrit un étrange trafic entre des îles du
Pacifique qui couvrent une superficie égale à la France, ses données sont
telles qu’elles s’expliquent au mieux en supposant qu’il y a eu là autrefois
un empire depuis disparu.
En effet, ces sauvages se donnent beaucoup de mal et organisent de
véritables expéditions, parfois très dangereuses à travers des mers très
aléatoires, pour transporter d’une île à l’autre des objets sans valeur
intrinsèque : bâtons, pots, anneaux, outils, qui mettent plusieurs années à
faire le tour de l’archipel pour enfin revenir à leur île de départ.
La raison la plus simple de ces actions futiles semble bien qu’autrefois
ces hommes de bonne foi devaient rassembler en quelque lieu désigné les
objets ou denrées qui étaient leur contribution aux finances d’un État
central, probablement d’un occupant civilisé. Puis cet occupant a disparu,
cet État s’est effondré, et les sauvages ont continué à transporter d’île en île
des objets dont le transfert n’avait plus de raison. Sans doute aussi les
sauvages ont donné de moins en moins de valeur aux objets transportés. Le
rite inepte est le reste d’une ancienne loi raisonnable. Il serait vain de
s’attendre à ce qu’une loi raisonnable finisse par sortir du rite inepte.
Les Égyptiens avaient une doctrine contraire à la nôtre (par quoi
j’entends notre thèse récente de la sauvagerie mère de la civilisation). Eux
disaient, comme tous les anciens, que c’étaient les dieux, et non pas les
sauvages, qui avaient appris aux hommes les arts et l’industrie. Et c’étaient
les Égyptiens du temps d’Hérodote et de Platon qui disaient cela, c’est-à-
dire des hommes civilisés depuis trois ou quatre mille ans, aussi civilisés
que nous. Si nous nous sommes débarrassés de notre religion en cent ou
deux cents ans, que n’eussent-ils pas pu faire en trois mille ans ? Nous
n’avons aucune raison de nous croire plus intelligents qu’eux.
L’un des ethnographes et psychologues les plus distingués de notre
temps, John Layard(9) a observé longuement et de très près les sauvages
d’un groupe d’îles au Sud-Est de la Nouvelle-Guinée. Or, les montagnes de
la Nouvelle-Guinée, dans la théorie hœrbigérienne ont été l’un des refuges
de la grande culture humaine pendant la haute marée permanente du
tertiaire. Et sans doute, puisque nous avons des traces de l’activité maritime
des hommes de Tiahuanaco, les Andes et la Nouvelle-Guinée ont-elles
communiqué pendant des dizaines de milliers d’années. Sous l’impulsion
des chefs géants, une civilisation mondiale devait être établie.
Ce sera donc une confirmation de cette aventureuse hypothèse que nous
chercherons dans les découvertes de John Layard.
Nous l’y trouvons, et, semble-t-il, irréfutable.
Les indigènes du groupe de Malekula continuent à élever des
mégalithes, et jusqu’à tout récemment, sculptaient ces mornes pierres en
formes humaines. Les communautés villageoises participent tout entières à
ces travaux pénibles, qui durent des années – avec de longs intervalles de
repos – et se font de plus en plus maladroitement. C’est presque au dernier
stade de cette activité que Layard a assisté, et très évidemment l’arrivée des
hommes blancs va mettre fin, là comme ailleurs, à tout ce qu’il reste
d’original dans ces vieilles cultures.
Les mégalithes sont énormes. L’un, de dix mètres de haut, se cassa en
trois pendant les opérations, et le village tout entier dut s’y reprendre à deux
fois, avec un intervalle de repos sérieux et ensuite l’appui de la magie
féminine, avant de mettre les trois pierres aux endroits désirables.
Il n’y a pas encore très longtemps, ces monolithes étaient taillés pour
représenter les ancêtres ; les grandes pierres sont en effet les demeures des
esprits des morts et il est important qu’un esprit sache reconnaître sa propre
représentation.
Ces « ancêtres » étaient donc, à l’origine, des géants.
Mais l’art de sculpter la pierre est en train de se perdre, et a même
disparu dans beaucoup d’îles. Aussi, souvent, plante-t-on le monolithe
comme on le doit, puis on plante devant le bloc de pierre brute un tronc
d’arbre taillé pour représenter vaguement un être humain. Les deux
ensemble, morceau de pierre et morceau de bois, figurent l’ancêtre.
Seulement le bois pourrit. Alors, assez vite, il ne reste que les pierres droites
qu’on trouve dans les plaines, en alignements par centaines. Car on ne les
bouge plus, les esprits étant habitués à une résidence fixe : la statue de bois
leur a appris où ils devaient se loger, et ils continuent à venir dans la pierre,
même quand le bois a disparu.
Diagramme d'un ensemble, menhir, dolmen, statue de bois.

Ailleurs encore, la dégénérescence est plus avancée. Les indigènes


paresseux ne plantent plus les grandes pierres, et se contentent d’un pilier
sculpté, qui finira probablement par ne plus être qu’un bâton brut.
Mais par contre, dans certaines îles, le rôle du bois a grandi. Le pilier de
bois est devenu un gong vertical, qui peut avoir 4 ou 5 mètres de haut, creux
naturellement et fendu sur le devant presque jusqu’au sommet – le sommet
étant sculpté en forme de visage. De véritables orchestres sont formés de
ces gongs, et aux grandes fêtes, quand tout donne, le bruit est merveilleux :
les voix des « ancêtres » peuvent ainsi se faire entendre à tous.
Mais les statues, en monolithes ou en bois, ne sont qu’un élément d’une
figuration caractéristique. Normalement, devant la grande image en pierre
de « l’ancêtre » est établi un dolmen d’un mètre ou 1 m 50 fait en principe
de trois pierres, mais souvent plus composite. Sur ce dolmen, qui est la
table du géant, on sacrifie des porcs, spécialement élevés pour ce rite. Et
Layard n’a pas eu de peine à découvrir qu’il n’y a pas si longtemps
c’étaient des hommes que l’on offrait pour nourriture au géant. Car le
menhir est le géant et le dolmen est la table sur laquelle il mange. Le dieu
vous tue si vous n’offrez pas le sacrifice.
Les porcs sont sacrifiés pour que « l’ancêtre » ne vienne pas prendre les
hommes. Mais l’idée qu’un bien plus grand mérite est acquis lorsqu’un
homme est offert est enracinée dans l’esprit des insulaires. La présence des
blancs et de leurs navires de guerre fait seule obstacle à la continuation de
ce cannibalisme sacré.
On peut même voir dans l’arrivée des Blancs la cause primordiale de la
dégénérescence observée dans l’exécution des rites. Même sans
intervention des forces armées de l’Europe, le Noir, au contact des Blancs,
perd une sorte de pouvoir psychique qu’il possédait auparavant ; il perd
intérêt à ses vieilles pratiques ; il se met à dégénérer très rapidement. Sans
doute la loi blanche qui interdit le cannibalisme et supprime les sacrifices
humains par des châtiments sévères compte pour beaucoup, mais
l’influence psychique est plus subtile : les Blancs font figure de nouveaux
« dieux », et les anciens dieux disparaissent devant eux.
Ainsi les Romains supprimèrent, par la force des légions et par leur
scepticisme, les sacrifices humains – qui se faisaient souvent aussi devant
des colosses de bois, de pierre ou de métal. La haute taille est le signe du
dieu – le « dieu » n’étant que la forme dégénérée du géant d’autrefois.
Ainsi s’explique le fait que des pratiques qui ont dû survivre pendant
des dizaines de milliers d’années disparaissent si rapidement devant nous ;
devant notre mentalité plus encore que devant nos armes. Nous enlevons au
sauvage ce dont il vivait spirituellement – sans doute avons-nous droit et
raison – mais la disparition du sauvage est ainsi en vue, car la mort
physique suit la mort morale.
Notre imagination a à peine besoin de se mettre en mouvement pour
interpréter les faits rapportés par Layard. Les explications viennent, en
somme, des indigènes eux-mêmes.
Dans une très haute antiquité, il y avait des géants bienfaisants. Ceux-là
ont civilisé les hommes et leur ont appris les arts, utiles ou esthétiques, la
sculpture d’abord : l’érection des statues des rois. Puis sont venus les
mauvais géants cannibales, et il fallut mettre des tables de pierre devant
leurs statues et leur offrir des hommes pour nourriture. Tagaro, qui était
bon, était venu du ciel. Suque, qui était mauvais, a lutté contre Tagaro et a
été précipité dans l’abîme : comme en Grèce les géants mauvais ont été
précipités par les dieux bons.
Puis tous les géants ont disparu, mais les hommes épouvantés ont
continué à se garder en leur érigeant des statues et en leur offrant des
victimes.
Et maintenant les Blancs viennent, et tout cesse.
Mais le témoignage des Noirs de Malekula est inscrit dans leurs
mégalithes et les théories de Hœrbiger en reçoivent une confirmation
évidente. Confirmation orale aussi, peut-être plus étonnante encore, par la
transmission des mythes à travers les gouffres du temps : et cela nous
conduit à penser qu’il n’y a pas si longtemps que des civilisés enseignaient
encore leur religion à ces sauvages.
En effet, Layard a recueilli des légendes curieusement hœrbigériennes.
D’abord, le monde et les êtres vivants ont été créés par la Lune. Les
hommes sont tombés de la Lune. Maintenant encore, les âmes des hommes
sont formées dans la Lune, et descendent de la Lune dans le sein de leur
mère. Anticipation de la théorie des rayons cosmiques et des mutations
brusques, ou reste défiguré d’un ancien enseignement ? La Lune, en tout
cas, joue le premier rôle dans cette anthropologie.
Ensuite, il est connu que la Lune peut tomber.
Enfin, chose étonnante chez ces peuples de marins, ils racontent qu’à
l’origine il n’y avait pas de mer : tout était terre ; et un jour tout d’un coup,
la mer est survenue et s’est installée à sa place actuelle. Résumé de la
théorie hœrbigérienne de l’envahissement des plaines du Pacifique,
émergées lorsque les eaux étaient en bourrelet au nord, et submergées tout
d’un coup lorsque, la Lune tombée, les eaux se sont étalées sur toutes les
plaines. Layard trouve ici également des restes de sciences expérimentales
différentes des nôtres ; et ces Noirs étant parfaitement incapables d’inventer
des sciences, ces observations et ces pratiques n’ont pu venir que de
traditions bien plus anciennes d’hommes civilisés autrement que nous.
Nous parvenons ici, à une indication vague sans doute mais assez forte
de ce qu’était la science des tertiaires. Et cette indication sera confirmée au
Mexique, puis par toutes les traditions.
Après sir James Frazer en Angleterre et Durkheim en France, il était de
mode de considérer les pratiques de magie des Noirs comme purement
futiles et basées sur des associations d’idées puériles et sans fondement.
Mais ces théories, après des observations plus prolongées et plus précises,
sont maintenant périmées. On a découvert que les pratiques magiques ont
quelquefois des effets précis et constatables, et ne sont pas dues uniquement
à l’imagination des sauvages. Les choses se passent plutôt comme si les
Noirs étaient en possession de certains fragments de sciences autrefois bien
organisées, et comme si ces fragments, utilisés par des cerveaux peu aptes,
étaient déformés et entachés d’erreurs, mais capables encore quelquefois
d’efficacité.
John Layard écrit :
« Dans certaines circonstances, l’efficacité de la magie qui doit produire
le beau temps ou la pluie peut ne pas être si illusoire qu’on le croit
généralement. Il est à la mode depuis plusieurs siècles en Europe de ne pas
reconnaître la puissance de la psyché humaine sur les phénomènes de la
nature extérieure. Les recherches modernes ont maintenant prouvé en bonne
partie la réalité des phénomènes d’extériorisation de l’énergie psychique
bien qu’il existe très peu d’hommes qui sachent produire ces phénomènes.
Il est, de plus, avéré que certains primitifs dont l’ego est moins différencié
que le nôtre sont en contact avec des puissances collectives que l’homme
moderne ne connaît presque plus, et que des magiciens doués spécialement
dans ce domaine ont une technique bien définie pour utiliser ces pouvoirs.
Des magiciens qui savent produire ou disperser des orages existent dans
toutes les parties du monde et il est bien connu qu’ils s’infligent des
périodes de jeûnes et d’exercices psychiques pour se préparer à l’action. Il
n’est pas probable que tant d’énergie eût été déployée par tant d’indigènes
très développés, en tant d’endroits et depuis tant de siècles si jamais aucun
résultat n’avait été obtenu. Je propose par conséquent d’accepter l’idée, non
pas certes que tous les phénomènes atmosphériques sont sujets à la
puissance humaine, mais que, dans certaines circonstances favorables la
liaison entre l’esprit primitif et les forces de la nature peut être telle qu’un
contact s’établit dans les parties basses de la conscience et que dans une
certaine mesure la volonté humaine peut avoir un effet sur le temps qu’il
fait(10). »
Et Layard consacre tout un chapitre à un examen des techniques de la
magie du Pacifique Ouest (XXIV, p. 628 à 648), en contribution « à l’étude
des forces psychiques encore utilisées par certains peuples primitifs ».
Il ressort cependant de l’observation que ces procédés magiques sont
loin d’être toujours efficaces. Des réussites sont constatables, mais assez
rares et surtout l’examen des sorciers, même les plus compétents, révèle
qu’ils ne connaissent pas les raisons ni de leurs succès ni de leurs insuccès.
Ils sont tous des apprentis sorciers, et semblables à ces autres Noirs à qui
nous avons appris à conduire des automobiles, et qui savent réparer les
fonctionnements les plus simples en cas d’accidents, mais qui ne
comprennent vraiment pas comment la machine marche ni pourquoi elle ne
marche pas. Leur efficacité limitée et leur manque de théorie, bien marqués
par Layard et Deacon, montrent qu’ils sont seulement de mauvais élèves
d’une science qui les dépasse de beaucoup, et dont les maîtres autrefois leur
ont enseigné quelques procédés pratiques.
Nous appelons quelquefois « sciences psychiques » des données encore
incertaines obtenues chez nous par des chercheurs téméraires. D’honorables
savants s’en sont parfois occupés. Les derniers des analystes de la
psychologie regardent de ce côté avec intérêt. Mais le mot « science » ne
peut pas encore s’appliquer à ces observations en Europe ou en Amérique.
Si les indications données ici ou à venir dans nos chapitres suivants ne sont
en aucune façon sérieuses, nous pouvons penser qu’il y a eu autrefois une
civilisation où existaient vraiment des « sciences » psychiques. Le
témoignage de toute l’antiquité classique se joint à celui de nos sauvages
d’aujourd’hui pour affirmer la réalité des phénomènes psychiques. Peut-être
les antiques civilisations étaient-elles différentes avant tout de la nôtre parce
que leur science était avant tout « psychique » alors que la nôtre est avant
tout « physique ». Peut-être le jour vient-il où nous serons obligés
d’admettre la réalité et même la nécessité des deux genres de sciences.
Peut-être les sauvages ont-ils duré jusqu’à nos jours pour nous apporter leur
témoignage avant de disparaître, et pour remettre à nos intelligences le soin
de reprendre et de relever les débris des plus anciennes connaissances
humaines, celles que les traditions attribuent à Adam avant la chute. Le
déchaînement, qui devient terrifiant, de notre science physique nécessite
certainement des influences d’un ordre tout différent – ou bien nous
sommes en danger de périr de trop de science physique, comme il est dit
dans certaines légendes que les hommes de l’Atlantide ont péri de trop de
science psychique. Un équilibre est à trouver, sous une autorité plus haute.
5

TÉMOIGNAGES. LES TOLTÈQUES

Les Toltèques habitaient au Mexique, et donc sur le territoire d’une


autre des cinq grandes îles de la mer-bourrelet de la fin tertiaire. Ils sont aux
antipodes de Malekula. Nous ne savons plus sur eux que ce que quelques
chroniqueurs de l’époque de la conquête en ont rapporté. Je laisse parler
Vaillant, la plus récente des autorités américaines(11).
L’Histoire orientale (des Toltèques) écrite par Ixtlilxochitl, commence,
comme il convient, à la création du monde et donne les quatre ou cinq
époques, appelées « soleils » par lesquelles le monde a passé.

« La première époque – le Soleil de l’Eau – se déroula lorsque le Dieu


suprême Tloque Nahuaque, créa le monde ; après 1716 années, des
inondations et le tonnerre le détruisirent.
« La deuxième époque – le Soleil de la Terre – vit le monde peuplé de
géants, les Quinametzins, qui disparurent presque entièrement parce que des
tremblements de terre détruisirent la Terre.
« Le Soleil du Vent fut la troisième époque, et les Olmèques et les
Xicalancas, races humaines, vécurent sur la Terre. Ils tuèrent les géants qui
avaient survécu, fondèrent Chulula et allèrent jusqu’à Tabasco. Un
personnage miraculeux, appelé Quetzalcoatl par les uns, Huemac par
d’autres, parut à cette, époque et enseigna aux hommes la civilisation et la
morale. Quand il vit que le peuple ne voulait pas recevoir son
enseignement, il s’en retourna vers l’Est, leur prédisant la destruction du
monde par des tempêtes et la métamorphose des hommes en singes, et tout
cela arriva.
« La quatrième époque est la nôtre, elle s’intitule le Soleil de Feu et
finira par un embrasement général. »
On trouve ici un tableau presque scientifique à la façon de Hœrbiger. Y
figurent, même avec leurs vrais numéros géologiques :
le primaire avant l’homme ;
le secondaire avec la création des géants ;
le tertiaire avec les hommes ordinaires encore mêlés aux géants ;
le quaternaire qui est notre époque, sans géants ;
les bons géants représentés par Quetzalcoatl ; et la dégénérescence
des hommes (transformés en singes quand le bon roi dieu est parti).
le mobile moral de la dernière catastrophe ;
les trois catastrophes passées et la dernière, la catastrophe
quaternaire, encore à venir.
Autrement, en résumé systématique, tout ce que nous avons dit
jusqu’ici.
Quelques détails sur ces grands événements furent conservés au
Mexique :
« Pendant le grand cataclysme qui se termina par le déluge, Xelhua, de
la race des géants, et ses six frères se sauvèrent en se réfugiant sur une
haute montagne qu’ils consacrèrent au dieu de l’eau, Tlaloc. Pour
commémorer cet événement et montrer leur gratitude à Tlaloc, mais aussi
pour avoir un lieu de refuge en cas de nouveau besoin, si un nouveau déluge
se produisait, Xelhua construisit un zacuali, une très haute tour, qui devait
monter jusqu’au ciel. Mais les dieux furent offensés par cet orgueil, et
lancèrent le feu du ciel sur la tour, et les travailleurs furent tués en grand
nombre. C’est pourquoi la pyramide de Cholula ne fut pas achevée(12). »
Nous retrouverons à plusieurs reprises cette association entre les géants
et les montagnes ; jusque dans les folklores et les contes les plus proches de
nous, les géants continueront à descendre des montagnes ou à s’y réfugier
selon l’occasion.
En dehors de cette étonnante tradition, nous ne savons presque rien des
Toltèques ; mais la confirmation qu’ils apportent, intellectuellement, aux
théories de Hœrbiger, est frappante. Que leur témoignage concorde avec
celui de Malekula le rend d’autant plus convaincant. D’un côté ce sont des
pierres et des rites qui nous servent ; de l’autre un schéma intellectuel
transmis au long des siècles sans aucune raison s’il ne contient pas sa part
de vérité.
Sur les hauts plateaux du Mexique il a donc survécu quelque chose de la
civilisation tertiaire, et parmi des hommes qui ont su que cette civilisation
était terminée, puisqu’ils rapportent la destruction d’après Quetzalcoatl et la
dégénérescence des hommes en singes ou sauvages. Là donc a continué
quelque chose, probablement avec des hauts et des bas, jusqu’à l’arrivée des
Espagnols.
Là se pose un problème que les historiens n’ont jamais bien posé ni bien
résolu. Comment quelques centaines d’Espagnols ont-ils vaincu des
centaines de milliers de soldats mexicains ? Les Aztèques et leurs alliés
étaient très braves, très exercés, et bien armés. Pas si bien armés que les
Espagnols, sans doute, mais cependant très bien armés : ils ont tué
beaucoup d’Espagnols. D’ailleurs, dans la dernière grande bataille, les
Espagnols n’avaient presque plus de chevaux et presque plus de poudre, et
les guerriers aztèques étaient de toute façon habitués aux Espagnols, aux
chevaux, aux armures, et aux armes à feu. Prescott, le grand historien de la
conquête, admet que l’armée de Tezcuco se conduisit très bien et aurait dû
exterminer les derniers Espagnols. Il conclut à « l’influence de la fortune ».
Alors ?
L’explication n’est pas sur ce plan-là.
Les Aztèques périrent de leur science psychique, tout comme nous
sommes exposés à périr de notre science physique.
En effet, tous les textes, et de plus les images du Codex florentin nous
prouvent que l’empereur Montezuma avait consulté les dieux, qu’il avait
prévu l’avenir et qu’il savait qu’il serait tué, et que son empire serait détruit
et que les Espagnols triompheraient. Et c’était vrai. La science psychique
l’avait annihilé en lui disant la vérité, lui et tous ses soldats. Tous savaient
qu’ils jouaient un rôle arrangé d’avance par les dieux, et qui comportait leur
défaite et la mort d’un grand nombre d’entre eux. Les récits du dernier siège
de Mexico sont du plus haut pathétique. Les Aztèques savent qu’ils vont
mourir, mais ils continuent à tenir leur rôle, et à mourir jusqu’à la
destruction totale.
À aucun moment ils n’ont cru devoir gagner cette guerre. Et ils avaient
raison. Ils étaient enfermés dans un cercle : ils savaient qu’ils étaient
condamnés, et c’est parce qu’ils le savaient qu’ils étaient condamnés. Or, ils
avaient toutes les chances de triompher s’ils n’avaient pas su qu’ils devaient
être vaincus. Il aurait infiniment mieux valu pour eux ne pas savoir
l’avenir ; de même peut-être qu’il vaudrait infiniment mieux pour nous ne
pas savoir faire des bombes atomiques.
Montezuma et la prévision de l'avenir.

La Science peut donc être néfaste. Montezuma et les siens ont péri de
leur science psychique – et nous sommes en passe de périr de notre science
physique. De cette préconnaissance du désastre vient dans l’Art et le
comportement même des Aztèques cette sorte de puissance de fatalisme
irrémédiable qui nous impressionne tellement à regarder les merveilles de
leur sculpture et à lire les récits de leurs actions, qui ne sont jamais que des
« passions ».
Nous avons touché à Malekula l’une des dernières franges les plus
lointaines de cette science que nous cherchons à situer au tertiaire ; au
Mexique, à l’autre bout du manteau, nous touchons aussi quelque chose qui
est de la même texture. De même que Layard soutient que quelquefois
l’expert peut influencer l’atmosphère, nous soutenons après l’expérience
Montezuma que quelquefois l’expert peut connaître l’avenir, alors qu’il
vaudrait mieux ne pas le connaître. Nous sommes très près aussi de cette
idée que la science est parfois interdite, et une autre donnée de la Genèse
redevient vivante : l’arbre de la connaissance.
6

LA BIBLE

Les passages de la Bible où il est fait mention, des géants présentent des
caractères d’authenticité sur lesquels on n’a pas suffisamment insisté. On
trouve dans le monde entier des légendes relatives aux géants. En
particulier, les Grecs nous ont laissé leur témoignage par des croyances
beaucoup plus anciennes que la littérature. Mais presque partout – sauf chez
quelques tribus extrêmement peu développées – ce qui est rapporté des
géants est mêlé à des mythologies inacceptables dans un sens historique.
Les géants des Grecs, Atlas, Prométhée, les Cyclopes, et les autres sont trop
mêlés aux dieux. Nous ne pouvons pas croire à Ouranos, à Saturne dévorant
ses enfants, ni à toute cette épopée très ancienne qui est pourtant le milieu
propre des géants grecs. Nous avons, au contraire, besoin que cette
mythologie soit expliquée.
Elle ne devient un élément d’explication qu’à titre secondaire, après que
des idées venues d’ailleurs permettent de l’interpréter.
Dans la Bible, au contraire, les textes relatifs aux géants ne dépendent
de rien d’autre. D’abord, on y trouve des renseignements concrets : ainsi ce
lit de fer d’un géant de 5 mètres de long qu’on pouvait voir encore à
Rabbath « chez les enfants d’Ammon » (Deutéronome, III, 3 à 11). Il n’y a
aucune mythologie dans la Bible, il y a des faits rapportés. On peut refuser
de les accepter, comme incroyables, mais les récits ne sont pas entachés de
faux par besoin de prouver une thèse. Les géants de la Bible ne prouvent
rien. Ils ne sont pas nécessaires à Jahvé, comme les géants grecs sont
nécessaires à la saga de Saturne et de Jupiter. Aucune implication
mythologique ou religieuse ne s’attache à ces textes. On peut les supprimer
sans nuire à la théologie, et même ils n’ont causé que des difficultés aux
théologiens. Ils apparaissent aux dates les plus diverses, aux endroits
parfois les moins apparentés les uns aux autres ; la Genèse VI, les
Nombres XIII, le Deutéronome III, Josué XII et XIII, XV, XVII, Samuel 2,
XXI, les Chroniques 1, XX, le Livre de Job XXVI, l’Apocalypse XX, et
dans des conditions de texte qui très souvent permettent de considérer que
beaucoup de ces références sont indépendantes les unes des autres.
Autrement dit, les passages relatifs aux géants présentent tous les caractères
de l’authenticité historique :
ils sont précis et concrets ;
ils ne sont commandés par aucune thèse historique ou
mythologique ; et ne prouvent rien ; ils se présentent à titre de faits ;
ils sont insérés dans des chapitres où ils n’ont à peu près rien à faire,
et si on les en sort, rien du récit n’est perdu ;
ils sont très courts, et jetés là en passant, sans avoir d’importance
spéciale ;
ils émanent de rédacteurs très divers dans le temps et l’espace, et
souvent sans relations entre eux.
Il est important ici, de remarquer que cette intégrité biblique tient à une
prédominance spirituelle. On n’a pas assez insisté sur la prédominance du
spirituel dans le domaine intellectuel. Les rédacteurs hébreux ont rapporté
exactement ce qu’ils savaient parce qu’ils étaient sûrs de l’existence d’un
Dieu unique et convaincus de la non existence des « dieux ». La Bible met
les géants à leur place de géants. Les Grecs, en effet, les mêlent
nécessairement aux dieux, et les géants s’apparentent aux Olympiens,
passant de l’histoire dans le mythe. De même font les Syriens et les Hittites.
Mais les géants de la Bible ne sont que des géants. La distinction est
pourtant simple : le géant peut être tué, le dieu ne le peut pas. Quand, à Ras
Shamra, on trouvera des tablettes contant que Baal a été tué par des
envahisseurs, on sera en droit de conclure que Baal n’était pas d’abord un
dieu, mais un simple géant comme ceux des Hébreux.
Dans le stade le moins évolué que nous connaissions, chez les sauvages
de Malekula, Layard trouve les mégalithes dressés par des tribus à des
géants, ancêtres morts. L’idée de dieu n’a pas encore paru. Les géants ont
été promus au rang de dieux à des époques tardives, et cette ascension n’a
pas pu se faire dans l’esprit des Hébreux parce que leur intelligence était
gardée par une idée spirituellement supérieure, l’idée du Dieu unique. Donc
les Hébreux nous ont rapporté les faits transmis par la tradition avec moins
de déformation que les autres peuples civilisés : Grecs, Égyptiens, Syriens,
Hittites.
Pourquoi donc ce témoignage biblique n’est-il pas accepté ?
Pour deux raisons : d’abord, la possibilité de l’existence des géants n’est
pas admise scientifiquement, ensuite, on manque de confirmations
adéquates venant d’autres peuples, les confirmations venant du folklore
mondial restant, malgré tout, sujettes à diverses suspicions, et ne prenant
leur valeur qu’une fois le fait central suffisamment établi.
Or, la recherche scientifique récente a aboli ces deux objections, et nous
sommes en présence de la véracité des récits bibliques sur les géants. Le
cardinal Newman a fait observer que très souvent ce ne sont pas les
objections de l’intelligence qui nous empêchent d’accepter une idée donnée,
mais plus simplement l’incapacité de notre imagination. Devant les géants,
nous sommes paralysés par l’insuffisance de l’imagination et non par les
protestations de l’intelligence.
Le gigantisme en soi est un fait scientifiquement constaté aux diverses
périodes géologiques. À la fin de l’ère primaire, il y a un gigantisme végétal
qui a produit les plantes, qui ont ensuite donné la houille. À la fin du
secondaire, on trouve les gigantismes sauriens, diplodocus et autres. À la
fin du tertiaire, on trouve des mammifères gigantesques comme les
mammouths, et il est très possible que l’homme simiesque, de quatre mètres
de haut, dont les débris ont été trouvés par von Kœnigswald en 1946, fasse
partie de cette promotion des mammifères à la taille des géants.
Jusqu’à présent, trois de ces débris de mâchoires humaines gigantesques
ont été trouvés : un en Afrique du Sud, un à Java, un en Chine du Sud.
Bellamy soutient que les géants civilisés étaient trop intelligents pour se
laisser prendre dans les zones, dangereuses alors, où sont maintenant les
fossiles.
La théorie de Hœrbiger n’est pas généralement acceptée, quoiqu’un
nombre grandissant de savants soit disposé à la prendre au sérieux dans
quelques-uns de ses traits. En particulier, les folkloristes et les mythologues
y trouvent des explications jusqu’ici manquantes. Il n’est pas d’ailleurs
nécessaire d’accepter cette thèse dans sa totalité pour justifier de l’existence
des géants. D’un point de vue tout différent, un physico-chimiste américain
célèbre, H.C. Urey, a publié en 1952 un livre sur l’origine des planètes,
dans lequel il pose les bases d’une théorie moins étendue, mais qui suffit à
la thèse ici présentée. Une Lune serait, d’après sa composition chimique,
non point un fragment échappé, soit à la Terre, soit au Soleil, mais un corps
constitué par accumulation de matières interplanétaires. Les planètes
naîtraient ainsi indépendamment dans l’espace et une petite planète entrant
dans le champ de gravitation d’une plus grande serait capturée par celle-ci
et deviendrait un satellite, tout comme dans la théorie de Hœrbiger. Ce
genre d’évolution planétaire suffirait à la production des géants, puisque les
phénomènes postérieurs à la capture seraient les mêmes que chez Hœrbiger.
Un autre témoignage, d’ailleurs, nous vient d’Hérodote, et ne peut
qu’augmenter la tendance récente chez les préhistoriens d’ajouter foi de
plus en plus à ce qui est rapporté dans les anciens textes. Hérodote rapporte
en effet (II, 142) que les Égyptiens lui ont dit qu’ils avaient dans leurs
archives des relations historiques d’un fait astronomique ancien et que, à
deux périodes différentes dans la très haute antiquité, le soleil s’était levé à
l’ouest pour se coucher à l’est. Ce passage incompréhensible jusqu’à
présent devient extrêmement significatif si on considère, avec Hœrbiger,
que lorsque le satellite s’est rapproché à environ quatre rayons terrestres, la
rapidité de rotation du satellite dépasse la rapidité de rotation de la Terre, et
le mouvement apparent de la lune autour de la Terre est remplacé par le
mouvement réel qui, comme tout le monde le sait, est en effet d’ouest en
est. Cette lune, alors trois fois plus grande en diamètre que le soleil, et aussi
brillante, relègue le Soleil au second rang dans le ciel et prend son nom.
Hérodote rapporte donc que les Égyptiens savaient ce qui s’était passé à la
fin du secondaire et à la fin du tertiaire, où le soleil (c’est-à-dire la lune très
brillante et plus large que le soleil) s’est en effet levé à l’ouest pour se
coucher à l’est. C’est pendant ces périodes que les géants ont été produits.
La première des raisons qui empêchait de croire aux géants, la raison
scientifique, est ainsi considérablement ébranlée.
Hérodote, conjugué avec Hœrbiger ou Urey, jette un jour nouveau sur
un point des plus curieusement controversé : l’arrêt du Soleil dans le ciel,
dans les récits de Josué. Et peut-être donc aussi sur le passage de la mer
Rouge par les Hébreux, avant la destruction de l’armée égyptienne au
même endroit. Nous sommes ici dans le domaine de l’imagination. Il faut
admettre que les narrateurs bibliques connaissaient de très anciennes
traditions et les ont appliquées à des événements beaucoup plus près d’eux.
Entre la période où une Lune plus brillante que le Soleil, et appelée donc
« soleil », se lève à l’ouest et la période où elle se lève à l’est, il y a pour
Hœrbiger une période de fixation, où la Lune tourne à la même vitesse que
la Terre, et donc reste en permanence au zénith (si l’observateur est en
Abyssinie) ou en tout cas en un point fixe du ciel. Cette période de fixation
du satellite a pu durer des dizaines de milliers d’années entre il y a trois cent
mille ans et il y a deux cent mille ans. Le souvenir, diminué par les
générations incrédules, a pu en parvenir aux rédacteurs bibliques, qui
l’auront adapté à la victoire de Josué.
Quant au retrait des eaux de la mer Rouge, il faudrait le fixer à la
captation de la Lune actuelle, qui a d’abord aspiré vers elle toutes les eaux
des mers, et libéré ainsi certains fonds, dont sans doute le nord de la mer
Rouge, cul-de-sac des eaux. Mais cela a duré très peu, et les eaux ont reflué.
Ainsi les Hébreux ont pu passer à sec, et le lendemain les Égyptiens ont été
noyés. Cet événement aurait eu lieu vers 11 000 avant notre ère, à l’époque
hypothétique de la submersion de l’Atlantide de Platon.

Les textes bibliques

Regardons maintenant d’un peu plus près ce que disent l’histoire et la


préhistoire dans leurs plus récentes découvertes. Reproduisons d’abord les
textes de la Bible :
Job, XXVI, 5 (on voit la destruction des géants par Dieu) :
Les Rephaïms, les êtres morts, sont sous l’eau, et les anciens habitants
de la Terre.
Apocalypse, XX, 10 (Gog et Magog) :
Le feu descendit du ciel de Dieu et le dévora. (On peut retrouver là les
cataclysmes de la fin du tertiaire.)
Genèse, VI, 1-4 :
Et il arriva que les hommes commençaient à se multiplier – et que des
filles leur naquirent.
Que les fils de Dieu virent que les filles des hommes étaient belles et ils
prirent pour femmes celles qu’ils choisirent.
Et le Seigneur dit :
« Ses années seront limitées à 120. »
Et il y avait des géants sur la terre en ces temps-là et, par la suite, quand
les fils de Dieu s’unirent aux filles des hommes et en eurent des enfants, ces
enfants devinrent des hommes puissants qui furent des héros célèbres dans
l’antiquité.
Nombres, XIII, 33 :
Et là, nous vîmes les géants, les fils d’Anak, qui viennent des géants, et
à nos yeux, nous étions devant eux comme des sauterelles – et à leurs yeux
nous étions comme des sauterelles. –

Destruction des géants par les hommes.

Deutéronome, III, 3 à 11 :
Le Seigneur livra à nos mains Og aussi, le roi de Basham, et tout son
peuple –
Et nous prîmes toutes leurs villes, car Og seul restait, des fils des géants,
et voyez, son lit était un lit de fer, et n’est-il pas à Rabbath, chez les enfants
d’Ammon, et il était de 9 coudées de long et de 4 de large, des coudées
d’hommes (4 à 5 m.).
Autres références : Josué, XII, 4 ; XIII, 12.
Josué, XV, 8 (quand les enfants de Joseph se plaignent de leur part de la
Palestine, Josué leur dit :) (XVII, 15).
Si vous êtes un grand peuple, allez-vous-en au pays des forêts, et
découpez-vous un royaume dans les terres des géants, puisque le mont
Éphraïm est trop petit pour vous.
Et la tribu de Manassé (XVII, Josué) s’installe jusqu’aux limites du
territoire des géants.
Chroniques. – Il y a encore des restes des géants dans Samuel (Ishbi-
Bench), 2, XXI, 16 et dans les Chroniques, I, XX, 4, 5, avec leurs noms :
Sippai, Lahmi, dont la lance est comme une poutre de tisseur et inutile
d’insister sur Goliath, dont la mort illustra David.
Ajoutons à cela les affirmations bien connues sur la longévité des
premiers hommes d’avant le Déluge. La longévité est évidemment en
relation avec le gigantisme. Toutes les cellules du corps humain étant
devenues plus légères, l’usure du fonctionnement de l’organisme devient
moindre, et donc l’homme peut vivre beaucoup plus longtemps. Une
nouvelle possibilité est ainsi apportée aux récits bibliques sur l’âge atteint
par les tout premiers hommes.
Une autre source est ainsi trouvée pour ce caractère des dieux, d’être
immortels. Aux hommes venus plus tard, vivre neuf cents ans et être
immortel apparaissait à peu près sous le même jour. Ainsi, les dieux qui
étaient immortels de nature, mais qu’on pouvait tuer dans une bataille
comme le Baal syrien, deviennent plus probables.
Les fouilles de Ras-Shamra, qui ont illustré Claude Schæffer, nous
apportent les documents qui viennent, pour ainsi dire, de l’autre côté du
front. Les Hébreux, envahisseurs de la Palestine, ont devant eux des
hommes qui ont laissé à Ras-Shamra des communiqués officiels en
caractères cunéiformes, dans lesquels nous trouvons confirmation des récits
bibliques. Claude Schæffer a retrouvé là le nom de Terach, père d’Abraham,
ainsi officiellement identifié par l’adversaire comme un chef d’envahisseurs
et même, ce qui est assez rare dans les communiqués officiels, surtout dans
l’antiquité, les Syriens admettaient que c’est l’ennemi commandé par
Terach qui a triomphé. C’est aussi dans le livre de Claude Schæffer (The
Cuneiform Texts of Ras-Shamra-Ugarit, p. 65) qu’on trouve le récit de la
mort de Baal dont j’ai déjà plusieurs fois fait état.
René Dussaud, dans ses chapitres sur la religion des Hittites et des
Hourrites, des Phéniciens et des Syriens (dans le volume II, collection
Mana) écrit à la page 386 : « Dans les textes de Ras-Shamra, les Rephaïms
sont des acolytes du dieu Baal. » Or, nous connaissons les Rephaïms de la
Bible qui sont l’une des races des géants détruits. Claude Schæffer, à la
planche 22 de son livre sur les textes de Ras-Shamra, donne la gravure de la
stèle qui montre le dieu Baal brandissant sa massue, et tenant à sa main
gauche une lance qui est le feu du ciel (souvenons-nous que, chez les Grecs,
Prométhée s’était aussi emparé du feu du ciel et Prométhée avait été
enchaîné sur le Caucase, de l’autre côté du pays des Hittites). Ce Baal ;
géant tué dans une bataille contre les envahisseurs, est évidemment l’un de
ces rois géants à la tête de tribus de taille ordinaire que les Hébreux sont si
fiers d’avoir battues. C’est le lit de fer d’un de ces Rephaïms, compagnons
de Baal, qui est gardé à Rabbath chez les fils d’Ammon, de l’autre côté du
Jourdain. Si l’on considère que des centaines et peut-être des milliers
d’années ont dû s’écouler entre les événements dont le souvenir est ainsi
perpétué des deux côtés, la concordance est tout à fait frappante.
De plus au nord encore, du pays central des Hittites, de l’Anatolie,
viennent d’autres confirmations (voir O.R. Gurney : The Hittites, 1952,
p. 181 à 194). Le poème d’Ulli Kummi parle d’un géant si grand que la mer
n’arrivait qu’à sa ceinture. Cela dépend évidemment de l’endroit de la mer
où il se trouvait, mais l’impression produite sur le spectateur est certaine.
Ce géant était, comme les géants grecs, en révolte contre les dieux. Dans les
reliefs sur roc de Gavur Kalesi (planches 18 de Gurney), on trouve deux de
ces géants qui ont, en effet, comme le dit la Bible, 4 à 5 mètres de haut.
Mais on trouve aussi chez les Hittites, un état particulier d’une légende
encore plus curieuse et qui finit dans l’histoire de Samson et de Dalila.
C’est le récit transmis depuis la plus haute antiquité de l’utilisation des
femmes pour détruire les géants. La Bible nous a déjà avertis, dès le début,
que les filles des hommes étaient belles. Il y a là une arme de guerre que les
hommes n’ont pas manqué d’employer. Ils ont fini par se débarrasser des
géants par l’arme de jet, les flèches d’Hercule et la fronde de David, mais il
y a eu des moyens moins loyaux encore. Les Grecs nous racontent dans des
textes que nous imprimons d’habitude après Hésiode, à titre
complémentaire, car ils ne sont pas d’Hésiode, comment Vénus et Junon
ont joué un rôle très important dans la défaite des géants. Jupiter ne venait
pas à bout de ses adversaires ; il demanda conseil à Géa, l’ancêtre
primordiale, qui lui révéla que seuls les hommes étaient capables d’un
massacre ultime. Jupiter fit donc appel à Hercule. Hercule, armé de son arc
et de ses flèches mais trop petit, tout Hercule qu’il fût, pour se mesurer aux
vrais géants, se cacha dans la caverne, et Vénus et Junon (ô honte !) furent
chargées de déployer leurs charmes et d’attirer les géants jusqu’à portée des
flèches d’Hercule. Et c’est ainsi que les géants périrent, au moins dans
certains cas.
Ici intervient un récit hittite beaucoup plus moral. L’histoire commence
de la même façon. Les dieux font appel à un héros humain dans le même
but. Mais les Hittites étaient évidemment beaucoup plus civilisés et
beaucoup plus évolués moralement que les préhelléniques dont les Grecs
nous ont transmis les récits avec horreur d’ailleurs. Le héros préhittite, lui,
au lieu de livrer la déesse au rut des géants demanda à l’épouser avant
d’entrer en guerre. Cela lui fut accordé et il extermina proprement les
géants, comme il convenait.
C’est un dernier écho de ces luttes et de ces ruses qui nous parvient
transformé dans l’histoire de Samson et Dalila. La belle étrangère dont le
charme affaiblit le géant et le livra à ses ennemis, est évidemment un thème
qui remonte à la plus haute antiquité.
Nous avons ainsi des confirmations qu’on peut qualifier d’historiques,
ou tout au moins de préhistoriques, de récits de la Bible. Mais partout
ailleurs que dans la Bible, chez les Grecs, chez les Syriens, chez les Hittites,
nous avons des témoignages évidemment déformés parce qu’ils ont été
intégrés dans une mythologie postérieure. Des religions se sont emparées
des anciens récits et les ont utilisés en les transposant dans le monde de
Jupiter ou de Baal. Loin d’expliquer la Bible, ces récits sont expliqués par
la Bible dans ce sens que la Bible nous permet de leur trouver un sens
acceptable derrière les transformations mythologiques. Mais, par un effet de
réaction égal à l’action, ces récits constituent donc des confirmations à la
thèse centrale devenue raisonnable.
En bonne enquête judiciaire, les variations du récit de témoins trop
éloignés de la scène ou mal équipés, constituent les plus probantes des
épreuves, puisque les variations prouvent qu’il n’y a pas eu collusion et que
le même fait a été observé de points de vue différents et en partie erronés.
Résumons donc le schéma biblique que nous reconnaîtrons dans la
légende des autres peuples. La Bible nous donne la relation la plus claire, la
plus simple, la plus raisonnable, à condition d’admettre l’existence des
géants. Il y a eu, à une époque que les calculs de Hœrbiger permettent de
fixer de dix mille à treize mille ans avant notre ère, des géants, restes
d’ailleurs de races infiniment plus anciennes et remontant à la fin du
tertiaire, il y a environ trois cent mille ans. À l’époque de l’origine des
récits méditerranéens les races gigantesques étaient dégénérées et presque
éteintes. Dans les régions du Nord-Est, elles avaient installé des dynasties
royales (plus tard appelées divines) dont les Égyptiens ont conservé le
souvenir pour leur région.
Les Hébreux, envahisseurs de la Palestine, se sont donc trouvés devant
des armées d’hommes à leur taille, mais commandées par des rois géants.
Les caractères surnaturels, que le folklore universel attribue un peu
partout à la royauté primitive, sont ainsi facilement expliqués. La race
géante avait certainement des connaissances de caste héréditaires qui lui
donnaient une supériorité intellectuelle égale à sa supériorité physique. Les
Grecs, les Égyptiens, les Mésopotamiens ont tous déclaré qu’à l’origine ils
avaient été civilisés par des dieux géants. Peut-être encore des armes
inconnues représentées par la lance – tonnerre du Baal syrien – étaient à
leur disposition. Les textes si souvent retrouvés, dans lesquels une bataille
qui tournait mal était changée par l’apparition du roi, devant qui les
ennemis, frappés de stupeur, prenaient la fuite ou tombaient par terre, sont
ainsi expliqués. Il n’y a aucune raison pour que l’intervention d’un roi
ordinaire, qui n’est qu’un homme de plus, tourne le sort d’une bataille, mais
il est très compréhensible qu’un géant inexplicablement armé apparaissant
tout à coup dans un combat frappe de terreur la partie opposée. Les origines
magiques de la royauté, suivant la formule de Bloch, seraient ainsi
simplement des origines gigantesques. Plus tard, par une fiction officielle
compréhensible, on continua à attribuer au roi, homme ordinaire, les
caractéristiques des races géantes qui étaient des « dieux ». La Bible nous a
donc donné le témoignage le plus acceptable de cet état social qui a pu
durer depuis le Déluge du 13e millénaire, peut-être (date de l’Atlantide de
Platon) jusqu’aux premiers temps bibliques : des tribus humaines civilisées
et conduites par des géants, ensuite appelés dieux. L’épithète de fils de
Dieu, que la Genèse applique aux géants et qui ne correspond à rien dans la
Bible, est évidemment une infiltration étrangère très compréhensible. Un
rédacteur biblique a adopté le vocabulaire de l’ennemi et a mis dieu où un
Hébreu plus orthodoxe aurait mis géant.
En second lieu, la Bible nous apporte un témoignage précieux sur la
destruction des races gigantesques. D’abord les hommes et les armes de jet,
fronde de David et flèches d’Hercule ont exterminé les races gigantesques.
Mais aussi, on découvre de très vieilles traditions de ruses et de procédés
déloyaux qui ont utilisé la prostitution.
D’innombrables tombeaux de géants, vallées de géants, montagnes de
géants, se trouvent sur toute la surface du globe. Sans doute le mot géant a
été attribué à ces objets et à ces endroits dans un état très tardif des
traditions. Mais, cependant, ce fait prouve qu’un peu partout la tradition de
l’existence des géants a existé. L’autorité de la Bible ne peut pas être mise
simplement de côté, comme cela s’est fait jusqu’à il y a peu de temps. Cette
revalorisation s’applique, d’ailleurs, à beaucoup d’autres textes également
très anciens, ceux d’Hérodote, ceux de Platon, ceux des Égyptiens. Les
restes mégalithiques qu’on découvre également sur tout le pourtour de la
Terre, perdent leur caractère insolite et inexplicable. Il n’est pas besoin
d’inventer des machines préhistoriques, inconcevables, pour monter ces
pierres qui pèsent jusqu’à vingt tonnes parfois, à des endroits inaccessibles
aux hommes ordinaires. Les races gigantesques, et plus tard les familles des
rois géants, ont dû se faire un peu partout des installations et des forteresses
qui correspondaient à leur taille. Le gigantisme quelque peu maladif, qui a,
par la suite, affligé par exemple les pharaons d’Égypte, était probablement
un reste dégénéré de la mentalité des géants rois du début. Comme les
dynasties divines avaient eu des statues gigantesques et des temples à leur
taille, il fallait que le Pharaon en ait de semblables pour conserver devant le
peuple le prestige de ses prédécesseurs.
La civilisation égyptienne que nous connaissons nous apparaîtra ainsi
comme un état de décadence. D’ailleurs, à toutes les périodes de l’histoire
de l’Égypte, on retrouve des textes qui affirment que la grande période
égyptienne avait été dans la plus haute antiquité et avant même les
dynasties connues. Moret fait remarquer que dans les premiers textes, ceux
des Pyramides, il y a déjà des allusions à une période extrêmement
ancienne, qui aurait été la plus glorieuse de toutes. Ici encore, rappelons
l’extraordinaire témoignage de Hérodote dont la seule explication fournie
jusqu’à ce jour postule un état scientifique avancé au moins dans ses
connaissances cosmologiques, dans une période qui remontait au moins au
tertiaire. Et cet au moins postule nécessairement davantage, car il est
inconcevable que ceux qui savaient cela n’aient pas su davantage.
L’antiquité de la civilisation est ainsi remontée infiniment plus haut qu’on
le croit généralement à présent.
Mais peut-être que la leçon la plus précieuse à tirer de tout cela n’est pas
d’ordre historique. Certes, il apparaît ainsi raisonnable de penser qu’il
existait sur la terre des races gigantesques et qu’une grande partie de la
préhistoire n’est expliquée que si ceci est admis comme un fait. Mais la
préexcellence de la Bible comparée à la documentation des autres textes les
plus anciens nous donne une grande leçon spirituelle. C’est parce qu’ils
étaient arrivés à l’idée très élevée du dieu unique, que les Hébreux ne sont
pas tombés dans les erreurs qui nous rendent inacceptables les récits des
Syriens, des Hittites, des Grecs, et même des Égyptiens dégénérés. Il y a là
une leçon qui peut servir toutes les sciences du XXe siècle. La vieille
platitude proverbiale : « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme »,
prend une forme plus acceptable pour nous :
Science sans spiritualité n’aboutit qu’à l’erreur et à la catastrophe.

La civilisation originelle : le règne des géants

De plus, dans un endroit inattendu, le chapitre III de Baruch, la Bible


nous donne un étonnant tableau d’une civilisation primitive : ce tableau, en
quelques phrases, dépasse de beaucoup les quelques traits, vus jusqu’ici, de
la décadence des géants, et, en raccourcis frappants résume toute la
première histoire. L’humanité a commencé par une race gigantesque. Ces
géants de la première création étaient extrêmement développés
intellectuellement, artistiquement et psychiquement : ils avaient des
pouvoirs sur les animaux et les oiseaux. Mais il se conduisirent mal et Dieu
causa leur extermination. Ils furent remplacés par les hommes actuels.
Ce témoignage se réfère à une période bien plus ancienne que celle de
Baal et d’Ishbibensch. Il ne donne pas d’indication sur le pays de ces
premiers géants civilisés. L’affirmation de leur capacité artistique nous fait
penser aux statues si raffinées de Titicaca – les seules que nous
connaissions – mais sans doute d’autres seront découvertes en d’autres
endroits. Car c’est une civilisation mondiale que décrit Baruch. Une fois
encore, c’est dans la Bible que nous trouvons une affirmation de caractère
historique précis. Écho sans doute de traditions infiniment plus antiques que
ce texte attribué à Baruch. Témoignage extrêmement lointain, mais très
précis sur le règne des géants :
« Là étaient les géants depuis le commencement (ab initio) de taille
énorme, experts à la guerre. Dieu ne les choisit pas et ils n’eurent pas la
voie de discipline, aussi périrent-ils.
« Où sont les princes des nations, qui avaient domination sur les bêtes
de la terre et qui faisaient ce qu’ils voulaient des oiseaux de l’air ? Ils
travaillaient l’argent d’une façon tellement recherchée que nous ne pouvons
plus nous représenter ce qu’étaient leurs œuvres. Ils furent exterminés et
descendirent dans les profondeurs, et d’autres furent suscités au lieu
d’eux(13). »

La Cabale

Mais si les Livres Saints proprement dits ne donnent que de rapides


détails sur les géants et ne font que des allusions courtes quoique précises
aux causes de la colère de Dieu, la Cabale, compendium des traditions
souvent très anciennes du peuple hébreu et aussi des connaissances
immémoriales des rabbins qui se transmettaient de père en fils, ou en
gendre, des secrets précieux, nous donne des renseignements
extraordinairement intéressants et inconnus des foules ignorantes. En
résumant les données de cette science secrète, constatons qu’elles sont en
pleine harmonie avec notre schéma général.
Dieu n’a pas créé qu’un monde. Avant celui dans lequel nous vivons,
Dieu avait essayé plusieurs univers assez différents du nôtre, les avait
trouvés mauvais, et les avait mis en pièces. Les morceaux constituaient le
chaos, tohu et bohu, dans lequel Dieu avait ensuite repris des matériaux
pour créer le monde actuel.
Ces mondes mauvais et fracassés avaient surtout différé du nôtre par une
vie sexuelle tout autre que la nôtre. Dans le dernier, en tout cas, les hommes
se reproduisaient sans femmes ; dans un autre, l’union sexuelle ne se faisait
pas face à face. Nous serons forcés de revenir à Malekula pour trouver
encore chez les sauvages un sens sacré de l’homosexualité. Le motif sexuel
moral a joué un rôle très important, et que nous ne faisons encore
qu’entrevoir, malgré toute notre psychanalyse, dans l’histoire de l’humanité.
Les mondes perdus – ceux du primaire, du secondaire, du tertiaire, disait
Hœrbiger – sont en relation avec la destinée de la Lune. « La Lune est la
mère d’Israël. » Par une relation symbolique étrange, les trois grands
patriarches qui firent le peuple hébreu représentent des phases de la Lune :
Abraham est la Lune croissante, Isaac est la Lune décroissante, Jacob,
l’ancêtre favori, est la pleine Lune. La Lune est de temps en temps attaquée
et dévorée par un monstre. Ces hommes alors doivent offrir un sacrifice
(bouc, ou homme) au monstre qui lâche la Lune pour manger l’offrande, et
la Lune se remet alors à grossir.
Souvenirs de la destruction de la Lune tertiaire qui s’allient à la
disparition mensuelle du satellite, dans la peur chaque fois que la Lune ne
revienne plus, puisqu’une fois jadis, elle n’était plus revenue ?
Souvenirs même de la première création de l’homme ? Puisque c’est à
une approche de la Lune, au secondaire, que les hommes, « Israël » ont été
soudainement créés.
Souvenirs aussi que les catastrophes s’étaient renouvelées ? Dieu avait
plusieurs fois créé le monde et plusieurs fois l’avait brisé.
Mais ces mondes inférieurs et passés gardent une existence secrète, et
quelquefois les initiés peuvent encore s’y rendre et en mesurer les horreurs.
Et aussi dans le monde actuel, on en trouve des restes, formidables
monstruosités que seuls les rabbins éclairés savent discerner, et même
utiliser. Les étonnantes races des êtres à peine humains qui ont vécu avant
Adam se sont quelquefois mêlées à notre race – car les filles des hommes
étaient belles – et des phénomènes extraordinaires se produisent encore
parmi nous.
Il est bien entendu de plus qu’en Adam, l’humanité tout entière a connu
son plus haut perfectionnement, sa plus haute science, et que tout ce que
nous pouvons savoir consiste en quelques fragments déformés et
insuffisants de ce qu’Adam a su. Le Paradis a été perdu. Et cependant les
vrais sages y ont encore accès. Le véritable Adam existe toujours, et les
saints, à l’heure qu’ils connaissent, s’y retrouvent toujours dans le Seigneur.
Le vrai Paradis est intérieur.
Mais entre nous et ce Paradis, il y a toute une série de mondes, en partie
matériels et en partie spirituels, qui sont la transposition dans d’autres
dimensions actuelles de mondes qui ont existé dans le passé ou sont encore
à venir. La Cabale dépasse de beaucoup ici les thèses hœrbigériennes, mais
peut-être leur donne-t-elle leur vrai sens : le sens spirituel.
Zohar, I, p. 374. – « L’étranger leur dit : Lorsque la lune s’approche du
soleil, le Saint, béni soit-il, réveille le Nord, et l’attire à lui dans l’amour,
alors que le Sud se réveille de lui-même. Or, comme le soleil se lève à l’Est,
il s’ensuit qu’il tire sa force des deux côtés à la fois, et du Nord et du Sud,
et qu’il attire silencieusement les bénédictions qui émanent des deux côtés
et les transmet à la lune qui en devient pleine. Le rapprochement du soleil et
de la lune ressemble à celui du mâle et de la femelle, car les mêmes
principes qui régissent les éléments ici-bas se retrouvent également dans les
choses d’en haut. De même que le bras de l’arbre séphirothique attire
l’immensité de l’espace dans l’amour, semblable au bras du mâle attirant la
femelle, de même le bras gauche attire l’immensité de l’espace dans la
rigueur. Or, le serpent constitue le bras gauche duquel émane l’esprit impur.
Il attire à lui tous ceux qui l’approchent. Aussi quand Dieu ne réveille point
le Nord, le bras gauche attire à lui la lune et s’attache à elle si solidement
que, pour l’en détacher, Israël est obligé de lui offrir un bouc. Le serpent, se
précipitant sur le bouc qui vient de lui être offert, lâche ainsi pour un instant
la lune qui commence dès lors à éclairer et à croître chaque jour, parce
qu’elle reçoit alors les bénédictions d’en haut qui en éclairent le visage qui
a été obscurci pendant quelque temps ici-bas. De même, durant le jour du
pardon, comme le serpent est occupé du bouc qui lui est offert, la lune, s’en
détachant, s’occupe à prendre la défense d’Israël et à le protéger, telle une
mère qui protège ses enfants, après quoi, le Saint, béni soit-il, le bénit et lui
fait rémission de ses péchés. »
Vol. V, p. 366. – « Tous ces rois sont du côté de la Rigueur, sauf Saül qui
est de Rehoboth-Lanahar, symbole de « Binâ », d’où s’ouvrent les
cinquante « Portes de l’intelligence » dans les quatre directions du monde.
« Ces Rois, qui étaient du côté de la Rigueur, ne furent apaisés qu’à
l’arrivée de « Hadar ». Qui est « Hadar » ? C’est la grâce céleste, ainsi que
l’Écriture ajoute : « Sa ville s’appelait Phaii », ce qui signifie que c’est par
la Grâce que l’homme obtient l’Esprit Saint. L’Écriture ajoute encore : « Et
sa femme se nommait Mehetabel, fille de Matred, qui était fille de Mezaab.
C’est le premier roi dont il est dit qu’il avait une femme. » « Mantred »
signifie que la Rigueur a été vaincue. « Mezaab » signifie que la Rigueur a
été mitigée par la Clémence. »
Vol. V. p. 301. – Parfois ces royaumes sont préadamiques ; parfois ces
êtres sont issus d’une première période d’Adam, ou de son union criminelle
avec la Schekhina d’en bas, la femelle du démon.
« Adam était composé de mâle et femelle, et la femelle attachée à son
côté était aussi composée de mâle et de femelle, pour qu’ils soient
complets. Adam contemplait avec sagesse le monde d’en haut et celui d’en
bas. Après son péché, les visages s’atrophièrent, et la sagesse lui fut ôtée, de
sorte qu’il ne conservait plus d’intelligence que pour les choses matérielles
et corporelles. Il eut ensuite des enfants formés sur le modèle du monde
d’en haut et de celui d’en bas. Mais ils ne formèrent pas de souches aux
générations futures. C’est Seth seulement qui forma la souche des
générations futures. »
Parfois ce sont des mondes tout entiers qui ont été créés et puis détruits :
leurs restes sont ce chaos qui préexiste à notre terre :
Vol. I, p. 152. – « Et la terre était « thohou et bohou, » L’Écriture veut
donc dire que les enfants des cieux et de la terre sont les démons appelés
« thohou ». Ceci explique la tradition suivante : « Le Saint, béni soit-il, crée
des mondes et les « détruit. » C’est pourquoi l’Écriture dit : « Et « la terre
était thohou et bohou » ; or, l’état de thohou et bohou était avant la création
de la terre ; mais cela s’explique de cette façon : que par le mot « terre »,
l’Écriture désigne la terre préexistante que Dieu a détruite. Comment
comprendre que le Saint, béni soit-il, crée des mondes pour les détruire
ensuite ? Mieux aurait valu qu’il ne les eût point créés ! En vérité cette
tradition renferme un mystère ; car comment expliquer autrement les mots :
« … Et les détruit » ?
Voici l’un des passages les plus caractéristiques du style du Zohar
lorsqu’il veut être mystérieux. Trouvons-y la raison des échecs premiers :
ces êtres ignoraient la véritable méthode d’union sexuelle.
Vol. IV, p. 137. – « Nous, avons appris dans le Livre occulte qu’en créant
le monde, Dieu fit peser à la balance ce qui jusqu’alors n’avait pas été pesé.
Auparavant, les hommes ne se regardaient pas face à face, c’est-à-dire :
l’union des époux n’avait pas lieu de façon semblable à celle d’aujourd’hui.
Aussi les rois primitifs ont-ils péri, parce qu’ils ne trouvaient pas la
nourriture qu’il leur fallait ; et la Terre même fut anéantie. Alors la « Tête »
la plus désirable eut pitié du monde qu’elle allait créer. La balance fut
suspendue dans une région où elle ne s’était pas encore trouvée. La balance
fonctionna pour les corps aussi bien que pour les âmes ; et même les êtres
qui n’existaient pas encore y passèrent. Comme il n’y avait pas d’êtres
antérieurs, on fit passer sur cette balance les êtres existants et ceux destinés
à exister plus tard. C’est ainsi que le monde actuel a été formé ; c’est le
Mystère des mystères. Dans la « Tête », il existe une rosée limpide
remplissant la cavité. La membrane qui la recouvre est également limpide,
comme l’air, et mystérieuse. Des poils très fins sont suspendus à cette
balance. »
Il semble cependant y avoir eu des possibilités de durée dans ces êtres
préhumains :
Vol. V, p. 355. – « Nous avons appris dans le Livre occulte que l’Ancien
des anciens, avant de préparer ses parures, bâtissait et constituait des rois ;
mais ceux-ci ne pouvaient subsister, et il a fallu les cacher et réserver leur
existence à un temps futur, ainsi qu’il est écrit : « Tels sont les rois qui
régnèrent au pays d’Édom avant que les enfants d’Israël eussent un roi. »
Le pays d’Édom désigne la région des rigueurs.
« Les mondes préexistants dans la Pensée suprême ne pouvaient
subsister, parce que l’homme n’était pas encore constitué. L’homme dont
l’image est la synthèse de tout (135 b). Et, lorsque la figure de l’homme a
été formée, l’existence a été assurée à tous les êtres. Si l’Écriture dit : « Et
tel roi est mort, et tel autre roi est mort », « elle entend par là que son
existence a été différée à un temps ultérieur ; car toute descente à un degré
inférieur est appelée mort. » Il était tombé à un degré inférieur. Quand
l’homme a été constitué, l’existence des êtres primitifs s’affermit, et ils
prirent des noms différents de ceux qu’ils portaient avant, à l’exception de
l’être dont l’Écriture dit : « Et sa femme se nommait Mehetabel, fille de
Matred, qui était fille de Mezaab. » C’était le seul être primitif qui pouvait
exister, parce qu’il était composé de mâle et de femelle, tel un dattier qui ne
réussit que quand la femelle est plantée à côté du mâle. Bien que cet être ait
pu subsister dans les mondes primitifs en raison de sa formation de mâle et
femelle unis, il n’a pu arriver à la perfection qu’après la formation de
l’homme. »
Dans un cas particulier, la postérité des préadamites a survécu, et a été
jetée par Dieu dans les enfers.
Vol. VI, p. 383, n. 1414. – (144 b) p. 58, lig. 18. – « … Dont Adam était
l’image. »
« Se basant sur ce passage, les cabalistes modernes, entre autres le
« Etz-ha-Hayim, XVI, et le Minhath Yehouda, fol. 113 b, affirment qu’avant
la création d’Adam, Dieu avait créé un autre homme, mâle seul, sans
femelle, ce qui ne l’a pas empêché d’engendrer des enfants. Comme ces
enfants se sont attachés au serpent spontanément, sans même que le serpent
les eût séduits. Dieu les chassa de ce monde et en fit des gardiens de l’enfer,
où ils sont consumés chaque jour par le feu et renaissent le lendemain. Ces
êtres sont désignés par les cabalistes sous le nom de « rois morts » à cause
du péché contre l’Esprit Saint ; car ils appellent « péché contre l’Esprit
Saint » tout péché commis spontanément, sans qu’il ait été amené par une
séduction irrésistible. »
Vol. VI. – « … Seulement, quand il fait jour, c’est la tête du chef de la
partie de l’« Arqa », précédemment toujours éclairée, qui domine ; et quand
il fait nuit, c’est la tête de l’autre chef qui domine. Ce changement dans la
répartition de la lumière et des ténèbres sur l’« Arqa » est survenu à la suite
de l’union des deux chefs en un seul. Mais ces deux têtes étant réunies sur
un seul corps, il s’ensuit que la lumière n’est pas pure de tout alliage
ténébreux, et les ténèbres ne sont pas entièrement dépourvues de lumière.
Ainsi furent unis ces deux chefs, dont l’un s’appelle « Aphrira » et l’autre
« Qastimon ». Avant leur union ils étaient semblables aux anges, pourvus de
six ailes ; l’un avait la forme d’un bœuf, l’autre celle d’un aigle. Quand ils
furent réunis ensemble, ils prirent la forme d’un homme, et c’est sous cette
forme qu’ils en engendrèrent d’autres semblables à eux. Lorsqu’ils se
trouvent dans les ténèbres, ils se métamorphosent en un serpent à deux
têtes ; ils rampent comme un serpent ; ils se plongent dans le grand océan et
descendent à l’Abîme, séjour des démons. Lorsqu’ils atteignent le repaire
d’« Aza » et d’« Azaël », ils irritent ceux-ci et les narguent au point de leur
faire prendre la fuite. « Aza » et « Azaël » se sauvent vers les montagnes
obscures, craignant que l’heure ne soit déjà venue de rendre compte de leur
conduite au Saint, béni soit-il. Les deux chefs traversent ensuite le grand
océan à la nage, s’élèvent dans les airs et vont visiter, pendant la nuit,
« Naàmâ », la mère des démons, celle qui a séduit les premiers anges.
Celle-ci parcourt d’un bond six mille parasanges, en prenant successivement
diverses formes humaines, pour séduire et corrompre les hommes. Les deux
chefs s’élèvent enfin dans les airs, parcourent toute la terre et retournent à
« Arqa », où ils vont exciter les petits-fils de Caïn, en leur suggérant des
pensées de luxure, à engendrer dans le péché. Vue de l’« Arqa » la
disposition des constellations est différente de celle que nous apercevons de
notre terre. La saison des semailles et celle des récoltes y sont également
différentes des nôtres ; elles ne s’y renouvellent qu’au bout d’un nombre
considérable d’années et de siècles. En disant : « Les dieux qui n’ont point
fait les cieux et la terre seront exterminés de la terre et périront sous les
cieux », l’Écriture veut dire que les deux chefs de l’« Arqa » qui se font
passer pour les dieux, mais qui, en vérité, n’ont point fait ni les cieux ni
l’« Arqa », seront exterminés de la terre, c’est-à-dire de notre terre appelée
« Thebel », et qui est supérieure aux six autres. Par les mots « seront
exterminés », l’Écriture entend que ces deux chefs n’auront aucun pouvoir
sur les habitants de notre terre, qu’ils ne pourront plus parcourir les régions
placées sous nos cieux, c’est-à-dire les régions d’où la disposition des
constellations paraît exactement telle que nous la voyons de notre terre,
qu’ils seront enfin impuissants à souiller les corps des hommes, en
provoquant, pendant la nuit, chez ceux-ci, des pertes séminales. »

Dans cet étonnant passage, on trouve presque toutes les données de la


théorie de Hœrbiger.

les deux astres (chefs) unis en un seul : la Lune tertiaire brillait d’un
éclat égal à celui du Soleil, étant si rapprochée de nous ; après sa
chute, un seul astre éclairait la Terre ;
le serpent à deux têtes, que nous retrouverons dans d’autres
mythologies représente la dernière phase de la descente de la Lune,
transformée, ou presque, en anneau qui entoure la Terre ;
ce serpent, anneau, plonge dans le grand océan, en s’écrasant sur la
Terre entourée d’eau ;
la disposition des constellations est différente de celle que nous
connaissons, les évolutions rapides du satellite tertiaire changeant
tout.

Et voici, à titre de curiosité, le récit d’une rencontre avec un habitant


d’« Arqa », qui sort d’un rocher : les restes des anciens habitants de la Terre
se sont réfugiés, naturellement, dans les montagnes. Remarquons aussi que
les saisons du tertiaire étaient nécessairement différentes des nôtres.
Zohar, I, p. 217. – « Ils allèrent donc s’asseoir devant la fissure d’un
rocher d’où ils virent sortir un homme. Les voyageurs furent saisis
d’étonnement. Rabbi Yossé dit à cet homme : Qui es-tu ? Celui-ci répondit :
Je suis un des habitants d’« Arqa ». Rabbi Yossé lui demanda : Y a-t-il donc
des hommes sur « Arqa » ? L’autre répondit : Oui, les habitants d’« Arqa »
sèment et moissonnent. Mais la plupart d’entre eux ont des visages
différents du mien. Je suis sorti de ce rocher quand je vous ai aperçus, pour
savoir de vous le nom de la terre sur laquelle vous habitez. Rabbi Yossé lui
répondit : Le nom de notre terre est « Eretz », parce que c’est ici sur notre
terre que réside la vie, ainsi qu’il est écrit : « La terre (Eretz) d’où le pain
naît… » Le pain ne naît que de notre terre, mais d’aucune autre. Aussitôt
que Rabbi Yossé eut cessé de parler, l’habitant d’« Arqa » disparut dans la
fissure du rocher. »
Voici maintenant les sept mondes spirituels, où vivent encore les géants,
où les magiciens possesseurs des sciences antiques vivent encore. Aucun
autre texte, aucune autre tradition ne donnent des détails aussi vivants sur ce
qu’ont été les mondes primitifs, sur ce que sont les mondes spirituels.
L’espace multiple de maintenant, dans ses dimensions autres que les nôtres,
est le temps des mondes passés et à venir, qui nous deviennent visibles au
cours de l’histoire cosmique.
Zohar, I, p. 605, 606, 607. – « De même qu’il y a sept firmaments l’un
au-dessus de l’autre, de même il y a sept terres l’une au-dessus de l’autre.
Les noms de ces sept terres sont : Eretz, Adamah, Guè, Neschiâ, Tziah,
Arqa, Thebel. La terre la plus élevée est celle du nom de « Thebel », ainsi
qu’il est écrit : « Et il jugera le monde (Thebel) avec « Justice. » Quand
Adam a été chassé du Jardin de l’Eden, il fut relégué sur la terre appelée
« Eretz ». Les ténèbres règnent sur cette terre et on n’y voit jamais la
lumière. Adam y avait peur, et c’est pourquoi on lui a permis de voir
« l’épée tournante » qui y jeta un peu de lumière. Quand le sabbat a été
terminé et qu’Adam eut fait pénitence, le Saint, béni soit-il, le sortit de cette
terre et le mit sur celle appelée « Adamah », ainsi qu’il est écrit : « Le
Seigneur Dieu le fit ensuite sortir du Jardin de l’Eden, afin qu’il allât
travailler la terre (Adamah). » Sur cette terre il y a des lumières, et la
constellation y est visible. Il y a aussi des jours. Les hommes qui l’habitent
sont de haute taille ; car ils sont issus d’Adam pendant les cent trente ans
qu’il cohabita avec des démons femelles. Ces hommes sont toujours tristes
et privés de toute joie ; ils quittent parfois leur terre et arrivent au vol sur la
nôtre, où ils tournent du mauvais côté. De retour à leur terre, ils font des
prières et redeviennent ce qu’ils étaient auparavant. Ils cultivent la terre et
mangent. Il n’y a point de blé, ni aucune des sept espèces de froment.
« … Il y a de grandes richesses sur ces terres : l’or et les pierres
précieuses y pullulent. Des hommes avides d’argent y arrivent parfois du
« Thebel ». Les habitants leur donnent des richesses ; mais les nouveaux
arrivés sont immédiatement frappés d’amnésie et ne savent plus d’où ils
sont arrivés. La terre « Guè » forme le centre des sept terres ; elle est
appelée « Guè bon hinam » (enfer). Les habitants de cette terre sont tous
des magiciens et des sages ; ils sèment et ils plantent des arbres, mais ils
n’ont ni blé ni aucune des sept espèces de froment. Les habitants de la terre
de « Neschiâ » sont tous des nains ; ils sont dépourvus de nez, ils n’ont que
deux trous dans le crâne par où ils respirent, et ils oublient tout ce qu’ils
font ; de là le nom de cette terre « Neschiâ » (oubli). On y sème et on y
plante des arbres, mais on n’y trouve ni blé ni aucune des sept espèces de
froment. Ainsi que son nom l’indique, la terre de « Tziah » est aride. Les
habitants de cette terre sont beaux de visage et ils cherchent toujours des
sources d’eau. Ils ont plus de foi que les autres hommes. On trouve sur cette
terre de beaux édifices et de grandes richesses. On n’y sème que très peu,
en raison de l’aridité du sol, et les arbres qu’on y plante ne réussissent
point. Ils éprouvent un grand désir de s’unir aux hommes de notre terre.
Ainsi, sur toutes les sept terres on ne mange le pain, excepté sur la nôtre
appelée : « Thebel » et supérieure aux autres, ainsi qu’il est écrit : « Et il
jugera le monde (Thebel) avec justice. » Notre terre présente les variétés
des six autres terres ; c’est pourquoi elle porte également le nom de toutes
les sept terres ; car notre terre est également divisée en zones dont les
habitants se distinguent par leurs visages, ainsi qu’il est écrit : « Que tes
œuvres sont grandes, Seigneur ! Tu as fait toutes choses avec sagesse ; la
terre est toute remplie de tes biens. »

Rappelons l’idée déjà mentionnée, quoique hypothétique encore, que


Christophe Colomb avait des origines juives, connaissait des traditions
cabalistes sur l’emplacement du Paradis perdu, et, en réalité cherchait cette
source des premières civilisations. Il existe une lettre de lui où il est fait état
de ce que la Terre est en forme de poire – l’un des états signalés par
Hœrbiger à certaines distances du satellite qui attire eaux, air, et même terre
d’un seul côté(14) – et que lui, Christophe Colomb, en allant vers l’Ouest, a
senti la mer monter sous la quille de son bateau. Il faisait l’ascension d’une
montagne d’eau. Ce trait ne peut guère venir que d’une vieille tradition que
l’imagination de Colomb transfère sur son entreprise. Nous ne savons que
peu de chose de la Cabale : ce qui en a été écrit n’est qu’un fragment de ce
qui a été transmis oralement. Il est bien vrai que ces Juifs du Moyen Âge (le
Zohar est environ de 1300) avaient d’étonnantes connaissances(15).

L’Apocalypse

Mais peut-être le chef-d’œuvre intellectuel de l’école hœrbigérienne est-


il l’explication de l’Apocalypse. Cette incompréhensible addition au canon
des Livres Saints du Christianisme a jusqu’ici résisté à toute explication,
même générale. H.S. Bellamy, le plus connu des disciples anglais
d’Hœrbiger, a maintenant réussi à donner un sens à l’Apocalypse(16). Son
idée centrale est que l’Apocalypse, en décrivant la fin du monde, rapporte
des souvenirs emmêlés et très confus de la catastrophe du tertiaire, lorsque
le satellite d’alors tomba sur la Terre. Et comme la fin de notre monde
arrivera lorsque notre Lune tombera sur la Terre, il est évident que la
méthode est bonne : à la fin du quaternaire se reproduiront des événements
assez semblables à ceux de la fin du tertiaire. Naturellement, quelques
traditions de la fin d’Atlantis se sont mêlées à des légendes beaucoup plus
anciennes sur la destruction du monde précédent.
L’application de cette théorie au texte est nécessairement très
compliquée. C’est un commentaire textuel de toute l’Apocalypse qui
s’impose, et seul un résumé très général est possible ici.
Les sept chandeliers (I, 13) :

le Fils de l’homme à la ceinture d’or dont le visage brille comme le


soleil (I, 16) ;
le trône dans le ciel, et l’arc-en-ciel qui l’entoure (IV, 3) ;
la mer de cristal et les quatre bêtes (IV, 6) ;
les vingt-quatre anciens qui tombent (IV, 10) ;
les sept sceaux qui ferment le livre (V, 1) et qui seront ouverts un à
un ;
les tremblements de terre et la couleur de sang de la lune (VI, 12)
(XI, 13) ;
la chute des étoiles (VI, 13) ;
la fuite des rois et des grands dans les montagnes (VI, 15) ;
la chute des montagnes (VI, 16) ;
l’autel devant le trône (VIII, 3) ;
les sept fléaux déchaînés par les sept anges (VIII, 2 et sq.) ;
la conduite des bêtes (IX, 3-11 19) ;
la pluie de sang (XI, 6) ;
la destruction des nations (XI, 15-19) ;
le dragon dans le ciel (XII, 3), dont la queue fait tomber le tiers des
étoiles ;
la lutte entre Michel et le dragon (XII, 7) ;
la femme et le serpent (XII, 14-17) ;
la bête qui sort de la mer (XIII, 1) ;
la bête qui sort de la terre (XIII, 11) ;
l’agneau et les siens (XIV, 1-4, 9-13) ;
l’ange et sa famille (XIV, 14) ;
les sept dernières pestes (XV, 1) ;
l’ouverture du temple dans le ciel (XV, 5-8) ;
les sept châtiments (XVI, 3-18) ;
la destruction de la bête (XIX, 4-21) (XX, 1-8) ;
le nouveau ciel et la nouvelle terre (XX, XXI et XXII).

Ce sont là des phénomènes célestes et terrestres, lors des catastrophes,


traduits en mythologies.
Toute cette incompréhensible épopée cosmique prend un sens si on veut
bien suivre Hœrbiger et Bellamy. Il faut évidemment faire sa part à
l’imagination – mais peut-on faire autrement ? Nous en avons assez dit sur
l’histoire de la terre et de ses lunes pour qu’un lecteur averti puisse lui-
même exercer sa fantaisie sur les thèmes principaux dont la liste est ici
présentée. Une grande connaissance de l’ethnographie et des mythologies
de tous les peuples est nécessaire si l’on veut rester dans le vraisemblable,
et tous les détails de l’explication de Bellamy ne sont pas également
convaincants. Mais il demeure pourtant que pour la première fois nous
sommes devant une interprétation en principe raisonnable qui s’applique à
toute la Révélation de saint Jean.
7

LES GRECS

Les Grecs sont des témoins récalcitrants. Certes, sans Platon, nous
n’avions même pas le nom de l’Atlantide. Mais Platon a évidemment
beaucoup rationalisé son récit, même s’il ne l’a pas largement inventé, et
tout de suite après Platon, Aristote a déclaré que l’histoire de l’Atlantide
n’était qu’un mythe ingénieux.
C’est que les Grecs n’avaient pas vraiment l’esprit religieux. Ils sont en
cela nos ancêtres intellectuels. Nous n’avons jamais adopté du christianisme
que le minimum sans lequel la religion aurait péri entièrement. De même,
les Grecs étaient récalcitrants.
Venus du Nord, croit-on généralement, et assez tard, ils avaient trouvé
devant eux de très vieilles civilisations : la Crète, Mycènes, Troie, qu’ils
avaient à peu près détruites sans les comprendre. Se mêlant aux restes des
peuples vaincus, comme plus tard, à l’ouest, le firent les Germains, ils
héritèrent d’anciennes traditions auxquelles ils ne crurent jamais beaucoup
et qu’ils mêlèrent sans doute à des réminiscences à demi sauvages apportées
du Nord.
Mais on sent très bien chez les Grecs dont nous avons les poèmes et les
livres, nos Grecs, d’Homère à Plutarque, deux courants de sensibilité assez
antireligieux. D’abord, les Grecs étaient scandalisés, dans leur sens de la
logique et de la justice, par ces légendes. La tragédie est basée avant tout
sur ce sens de l’horreur qui sort des récits sur Œdipe qui avait tué son père
et épousé sa mère, sur les monstruosités commises par Clytemnestre, et
Médée, et Pasiphaé, et tant d’autres. Un Grec bien élevé ne se conduisait
pas comme cela.
Puis les Grecs étaient enclins parfois à rire de ces vieilles histoires.
Aristophane et les hymnes homériques présentent souvent les dieux comme
des personnages amusants et souvent ridicules. Péguy a fait observer qu’au
fond les Grecs aiment les belles histoires, et nous ont conservé tout ce qu’ils
ont pu des antiques traditions qui n’étaient guère les leurs.
Leur témoignage est donc précieux en ce sens que les Grecs témoignent
un peu malgré eux. Ils nous disent ce qu’on croyait avant eux, et ne se
solidarisent pas avec les barbares qui racontaient ces choses. Lorsque Platon
nous conte l’histoire de l’Atlantide, il la présente comme un récit fait à
Solon par un Égyptien. Il ne dit pas que Solon ait accepté l’histoire, encore
moins que lui, Platon, l’accepte ; et surtout Socrate, présent quand le récit
est rapporté, ne dit pas un mot, ce qui ne ressemble guère à son
comportement habituel dans les discussions. Ni dans le Timée ni dans le
Critias (non terminé) il n’y a vraiment autre chose sur l’Atlantide que des
épisodes orientés vers des démonstrations idéologiques – de courts
fragments, par comparaison avec la longueur des dialogues. Il est très
possible qu’Aristote ait eu raison et que Platon n’ait pas pris au sérieux ce
qu’il rapportait. Mais peut-être est-ce là une raison d’en tirer parti, puisqu’il
se peut ainsi que Platon ait rapporté presque malgré lui, et en passant, des
restes de témoignages importants. S’il n’y croyait pas, le fait qu’il les
rapporte leur donne plus de valeur encore, à condition qu’il ne les ait pas
inventés. Les récits de Platon ont donc plus besoin encore que d’autres de
confirmations extérieures.
Mais avant Platon, et pour des périodes bien antérieures à celle de
l’Atlantide, la mythologie grecque nous donne d’étonnantes indications,
incompréhensibles pour nous comme pour les Grecs, sauf pour l’éclairage
des théories ici présentées.
Les Grecs semblent surtout avoir entendu parler de la période de
décadence des dieux. Les histoires qu’ils rapportent sur Ouranos, Cronos
(Saturne) et l’avènement de Jupiter sont avant tout monstrueuses. Ils ont
bien entendu parler d’un âge d’or, mais ils n’y insistent guère pour faire
contraste avec les horreurs qui suivirent, ou même précédèrent. Hésiode
même ne présente qu’une version déjà censurée ; les traits les plus
répugnants ne se trouvent pas dans son texte.
Si l’on simplifie beaucoup, et systématise un peu, voici comment les
générations des dieux se sont développées. Nous discernerons quelques
ressemblances assez frappantes avec notre schéma général. Dans une
première période, il y avait Gaea, la Terre, et Éros, le désir. De leur union
sortit Ouranos, qui épousa sa mère Gaea. Trois races de géants sortirent de
cette union.
D’abord les Titans, dont Cronos (le Saturne latin), Japhet, qui eut pour
fils Prométhée, et beaucoup d’autres.
Ouranos, craignant d’être détrôné par eux, jeta tous ses nombreux
enfants dans le gouffre du Tartare. Mais Gaea, fatiguée de porter tant de
progéniture pour rien incita son fils Cronos à attaquer Ouranos. Ouranos fut
émasculé, mais le sang de sa blessure féconda une fois de plus la Terre, qui
produisit les géants proprement dits : Briarée, et ses frères, célèbres parce
qu’ils avaient cent mains, ils n’étaient que trois dans les plus vieilles
légendes, mais leur nombre arriva à plus de cent.
Puis vinrent les Cyclopes, monstres énormes, d’origine en partie
obscure, frères en un sens des géants, mais qui n’avaient qu’un œil. Ils
furent aussi enfermés dans le Tartare.
Après sa mutilation par Cronos, Ouranos survécut, mais très diminué de
ses dons divins, il garda pourtant le pouvoir de prédire l’avenir, et continua
peut-être parmi les hommes une carrière obscure, à gagner sa vie comme
devin.
Ainsi se termina la première période des dieux ; rien de bien
sympathique n’en reste.
Cronos prit alors le pouvoir ; il épousa sa sœur Rhéa, et il semble que
d’abord, et pendant assez longtemps, les choses soient allées assez bien. Les
Grecs placèrent l’âge d’or sous ce Cronos encore jeune et bienfaisant, et les
hommes et les animaux étaient heureux. « Au temps où les bêtes parlaient »,
diront les fabulistes. Dans les Lois, Platon dit beaucoup de bien de ce règne
premier de Cronos.
Mais Cronos se mit ensuite à avaler ses enfants. Les âges de
cannibalisme commençaient. Les mauvais géants succèdent aux bons
géants. Alors Rhéa imita sa mère Gaea, qui d’ailleurs la conseillait. Cronos
étant devenu un peu aveugle, Rhéa, au lieu de l’enfant qui devait devenir
Zeus, lui fit avaler une pierre, et cacha Zeus en Crète. Zeus une fois arrivé à
sa pleine taille commença la guerre contre Cronos, mais Zeus ne put vaincre
son père qu’en s’alliant aux Titans, qu’il alla délivrer du Tartare. Mais les
Titans voulurent s’emparer du pouvoir, et Zeus et ses frères eurent grand-
peine à résister. Gaea intervint encore, et sur ses conseils, Zeus alla délivrer
les Cyclopes, en tuant le monstre Kumpe qui les gardait dans le Tartare. Les
Cyclopes, habiles en travaux souterrains, et mineurs métallurgistes de
vocation, fabriquèrent des armes pour les dieux, frères de Zeus : le tonnerre,
les métaux furent alors inventés.
Les vrais géants furent aussi délivrés pour aider Zeus, et enfin cette
armée bigarrée : Olympiens, Cyclopes, géants du type Typhon et Briarée,
vainquirent les Titans qui furent à nouveau précipités dans le Tartare.
Tels furent les débuts de Zeus, et la fin de la période de Cronos. Une
troisième période commença encore par le règne d’abord prospère de Zeus
et de ses frères les Olympiens, bien connus des Grecs et de nous. Mais cette
fois les géants se révoltèrent. Les géants n’étaient pas immortels. C’étaient
les premiers êtres de ces générations à pouvoir mourir. Mais ils étaient
spécialement protégés par la terre, Gaea, qui continue à jouer dans cette
histoire un rôle très douteux. Les dieux eurent beaucoup de mal à résister
aux géants, et firent cette étonnante constatation que les géants ne pouvaient
pas être tués par eux, les Olympiens, et que seuls des mortels pouvaient tuer
ces mortels.
Les dieux firent alors appel à Héraclès (ou à Dionysos) qui était plus ou
moins un fils illégitime de Zeus, mais à la fois gigantesque et mortel. Alors
se produisirent les épisodes les plus honteux de ces guerres familiales et
civiles. Héra, la femme de Zeus, et Aphrodite se prostituèrent aux géants, et
les attirèrent un par un près d’une caverne où était caché Héraclès armé de
son arc et de ses flèches. Et Héraclès, aidé parfois de Dionysos, tua un par
un les géants. Les dieux reprirent l’avantage, et le dernier géant, Typhée, fut
enseveli sous l’Etna, et n’est pas encore tué, puisque ses mouvements
causent les éruptions du volcan. Alors Zeus put régner plus ou moins en
paix. Il pardonna même à l’un des fils des Titans, Prométhée, qui avait
rendu aux hommes de grands services avant d’être enchaîné sur le Caucase
et livré au vautour. Sur la permission de Zeus, Héraclès alla le délivrer.
Que peut-on retenir de ces récits chaotiques ?
D’abord le souvenir de catastrophes successives. On en compte trois
bien marquées : la chute d’Ouranos, la chute de Cronos, la lutte des géants
contre Zeus. Avec beaucoup de bonne volonté on peut comparer ces
périodes à celles des Toltèques, mais bien plus mal définies.
On touche peut-être à de l’histoire dans ce trait curieux du rôle des
hommes dans l’extermination des géants. Hercule, tout demi-géant qu’il
soit, ou demi-dieu, est un homme, et mortel. Il possède des armes de jet, ce
qui rend la défaite des géants plus explicable. Ainsi David tua Goliath à
distance. Les hommes participèrent aux dernières luttes civiles entre géants
et dieux, comme les Toltèques l’avaient aussi conté.
La distinction entre géants et dieux n’est pas claire. Les dieux pourraient
n’être que les géants jugés bienfaisants par les hommes. Les bons géants, ou
dieux, sont présentés comme les instituteurs des hommes. Prométhée
enseigne l’usage du feu ; les Cyclopes sont les initiateurs de la métallurgie.
Mais, en gros, c’est de l’horreur que les Grecs se souviennent le plus
vivement. La période de décadence des géants, le cannibalisme et les
destructions sont présentes dans les légendes, et Cronos lui-même, le roi de
l’âge d’or, est un cannibale qui dévore ses enfants.
Le témoignage grec se résume donc à ceci : que la terre (Gaea) a passé
par diverses périodes, terminées chacune par une grande catastrophe, qu’il a
existé autrefois des géants, parfois bons, comme Prométhée ou Hercule – et
ceux-là ont civilisé le genre humain – mais le plus souvent mauvais et
abominables. Ces géants se sont exterminés entre eux et les derniers ont été
tués par les hommes grâce aux armes de jet et en particulier grâce aux traits
de fer.
Ainsi résumée, la mythologie grecque prend son rang, assez modeste
mais non négligeable, dans la série des témoignages que nous recueillons.
Mais surtout, inversement, les théories hœrbigériennes sur les périodes, les
cataclysmes, les géants et l’origine des civilisations donnent aux légendes
recueillies par les Grecs un sens qu’autrement ces récits plus ou moins
préhelléniques n’auraient pas. On peut interpréter ces récits comme des
souvenirs très antiques hérités d’une période de plus hautes connaissances,
et rapportés avec un grand mélange de fantaisie et d’erreurs par des peuples
qui n’y comprenaient plus rien. La puissance d’explication de la théorie de
Hœrbiger ici encore est un argument de plus en plus en sa faveur.
Mais si le récit grec des origines pèche par trop de vague et de
confusion, le récit platonicien sur le cataclysme de l’Atlantide pèche, au
contraire, par trop de précision. Alors que nous avons été forcés de pousser
la théogonie vers des idées plus claires et plus concrètes, nous allons être
forcés de refuser les faits trop précis du Critias et du Timée, et de chercher
maintenant des indications beaucoup plus générales que les affirmations de
Platon. Nous pouvons interpréter Ouranos comme un géant-roi-cannibale,
mais le chiffre donné des vaisseaux de l’État d’Atlantis nous porte tout au
plus à croire que les Atlantes avaient des vaisseaux. Ce sont là d’assez
mauvais signes, car on peut juger que c’est justement parce que les Grecs
ne croyaient pas à la réalité de ces événements qu’ils se sont laissé aller à
les traiter avec cette fantaisie, qu’il s’agisse d’Ouranos ou qu’il s’agisse de
l’Atlantide. Mais on peut juger raisonnablement aussi que les Grecs
n’auraient pas inventé ces mythes auxquels ils ne pouvaient croire, qu’ils
les ont reçus sans les comprendre et les ont transmis en les déformant.
Justement parce qu’ils n’y croyaient pas et pourtant les ont rapportés, cela
veut peut-être dire qu’une tradition trop forte héritée des peuples
méditerranéens avait imposé ces récits aux Grecs.
Les géants existent tout autour de la Méditerranée, et c’est peut-être des
hauts monts d’Abyssinie qu’ils étaient descendus, après la catastrophe
tertiaire, par l’Égypte. Nous les retrouverons donc plus clairement en
Égypte et en Palestine.
Platon raconte deux fois l’histoire de l’Atlantide. Dans le Timée il n’y a
guère qu’un résumé rapide. Dans le Critias, il n’y a que le début d’un
exposé qui devait être plus complet, mais dont seule l’introduction existe.
Dès le début, un trait inspire quelque scepticisme. Dans le Critias, on
discute d’abord la forme du meilleur gouvernement possible. Après un
exposé de Socrate, Critias est introduit comme ayant reçu de son grand-
père la description d’un État réel qui aurait eu une constitution idéale. Et
l’histoire de l’Atlantide est présentée. Comme on voit mal d’où viennent les
renseignements très précis donnés sur la constitution de ce pays, on est tenté
de croire qu’ils ont été inventés pour soutenir une thèse politique. Mais cela
ne prouverait pas que le pays, lui-même, n’ait jamais existé. Contentons-
nous donc de rapporter ce qui concerne les faits de l’histoire d’Atlantis.
Critias raconte d’abord que le sage Solon, qui vivait trois générations
avant lui, Critias, avait fait à un premier Critias, aïeul de l’ami de Platon, le
récit d’un voyage en Égypte au cours duquel un prêtre de Saïs révéla à
Solon des faits historiques jusque-là inconnus des Grecs.
Solon avait d’abord parlé de ce que les Grecs savaient sur la plus haute
antiquité : le premier homme Phoroneus, et le déluge de Deucalion.

« Mais l’un des Prêtres qui était très vieux, de dire : « Selon Solon, vous
autres Grecs, vous êtes toujours des enfants : un Grec n’est jamais vieux ! »
À ces mots Solon : « Comment l’entendez-vous ? » Et le prêtre : Vous êtes
jeunes tous tant que vous êtes par l’âme. Car en elle vous n’avez nulle
opinion ancienne, provenant d’une vieille tradition, ni aucune science
blanchie par le temps.
« Et en voici la raison. Les hommes ont été détruits et le seront encore et
de beaucoup de manières. Par le feu et par l’eau eurent lieu les destructions
les plus graves. Mais il y en a eu d’autres moindres, de mille autres façons.
Car ce qu’on raconte aussi chez vous, qu’une fois, Phaéton, fils d’Hélios,
ayant attelé le char de son père, mais incapable de le diriger sur la voie
paternelle, incendia tout ce qu’il y avait sur la terre et périt lui-même frappé
de la foudre, cela se dit en forme de légende. La vérité la voici : une
déviation se produit parfois dans les corps qui circulent au ciel, autour de la
terre. Et, à des intervalles de temps largement espacés, tout ce qui est sur
terre périt alors par la surabondance du feu. Alors, tous ceux qui habitent
sur les montagnes, dans les lieux élevés et dans les endroits secs, périssent,
plutôt que ceux qui demeurent proches les fleuves et la mer. Mais pour
nous, le Nil, notre sauveur en d’autres circonstances, nous préserve aussi de
cette calamité-là, en débordant. Au contraire, d’autres fois, quand les dieux
purifient la terre par les eaux et la submergent, seuls, les bouviers et les
pâtres, dans les montagnes, sont sauvés, mais les habitants des villes de
chez vous sont entraînés dans la mer par les fleuves. À l’inverse, dans ce
pays-ci, ni alors ni dans d’autres cas, les eaux ne descendent des hauteurs
dans les plaines, mais c’est toujours de dessous terre qu’elles sourdent
naturellement. De là vient, dit-on, qu’ici se soient conservées les plus
anciennes traditions. Mais la vérité est que, dans tous les lieux où il n’y a
pour l’en chasser ni un froid excessif ni une chaleur ardente, il y a toujours
tantôt plus, tantôt moins nombreuse, la race des hommes. Aussi, soit chez
vous, soit ici, soit en tout autre lieu dont nous avons entendu parler, s’il est
accompli quelque chose de beau, de grand ou de remarquable à tout autre
égard, tout cela est ici par écrit, depuis l’antiquité, dans les temples, et la
mémoire en a été sauvée. Mais, chez vous et chez les autres peuples, à
chaque fois que les choses se trouvent un peu organisées en ce qui touche
l’écriture et tout le reste de ce qui est nécessaire aux États, voici que de
nouveau, à des intervalles réglés, comme une maladie, les flots du ciel
retombent sur vous et ne laissent survivre d’entre vous que des illettrés et
des ignorants. Ainsi, de nouveau, vous redevenez jeunes, sans rien savoir de
ce qui s’est passé ici, ni chez vous, dans les anciens temps. Car ces
généalogies que vous citiez à l’instant, ô Solon, ou du moins ce que vous
venez d’en parcourir touchant les événements de chez vous, différent bien
peu des contes des enfants. Et d’abord, vous ne vous rappelez qu’un seul
déluge terrestre, alors qu’il y en a eu beaucoup antérieurement. »
Le vieux prêtre affirme alors que Saïs comme Athènes ont été fondées et
même peuplées par Gaea et Héphaïstos. Les Grecs ignoraient certainement
ce fait. Gaea nous est connue par son rôle auprès d’Ouranos et de Cronos et
Héphaïstos fait partie de sa nombreuse progéniture. Il y a certains indices
qui font de lui un géant venu d’Asie. Qu’il ait épousé Gaea n’a rien
d’étonnant : elle avait déjà été l’épouse d’Éros et d’Ouranos et ne semble
pas leur avoir été très attachée. Mais que ses descendants de cette lignée
aient été les premiers habitants de Saïs du Delta et d’Athènes, il faut le
marquer : la fondation de villes humaines par des géants est un trait de
nombreuses histoires, et peut-être Tiahuanaco apporte-t-elle des preuves
architecturales de ce mélange comme nous l’avons vu.
Le prêtre continue :
« Nos écrits rapportent comment votre cité anéantit une puissance
insolente qui envahissait à la fois toute l’Europe et toute l’Asie et se jetait
sur elles du fond de la mer Atlantique.
« Car, en ce temps-là, on pouvait traverser cette mer. Elle avait une île,
devant ce passage que vous appelez, dites-vous, les colonnes d’Hercule.
Cette île était plus grande que la Libye et l’Asie réunies. Et les voyageurs
de ce temps-là pouvaient passer de cette île sur les autres îles, et de ces îles,
ils pouvaient gagner tout le continent, sur le rivage opposé de cette mer qui
méritait vraiment son nom. Car, d’un côté, en dedans de ce détroit dont
nous parlons, il semble qu’il n’y ait qu’un havre au goulet resserré, et de
l’autre, au-dehors, il y a cette mer véritable et la terre qui l’entoure et que
l’on peut appeler véritablement, au sens propre du terme, un continent. Or,
dans cette île Atlantide, des rois avaient formé un empire grand et
merveilleux. Cet empire était maître de l’île tout entière et aussi de
beaucoup d’autres îles et de portions du continent. En outre, de notre côté, il
tenait la Libye jusqu’à l’Égypte et l’Europe jusqu’à la Tyrrhénie(17). Or,
cette puissance, ayant une fois concentré toutes ses forces, entreprit, d’un
seul élan d’asservir votre territoire et le nôtre et tous ceux qui se trouvent de
ce côté-ci du détroit. C’est alors, ô Solon, que la puissance de votre cité fit
éclater aux yeux de tous son héroïsme et son énergie. Car elle l’a emporté
sur toutes les autres par la force d’âme et par l’art militaire. D’abord à la
tête des Hellènes, puis seule par nécessité, abandonnée par les autres,
parvenue aux périls suprêmes, elle vainquit les envahisseurs, dressa le
trophée, préserva de l’esclavage ceux qui n’avaient jamais été esclaves, et,
sans rancune, libéra tous les autres peuples et nous-mêmes qui habitons à
l’intérieur des colonnes d’Hercule. Mais, dans le temps qui suivit, il y eut
des tremblements de terre effroyables et des cataclysmes. Dans l’espace
d’un jour et d’une nuit terribles, toute votre armée fut engloutie d’un seul
coup sous la terre, et de même l’île Atlantide s’abîma dans la mer et
disparut. Voilà pourquoi, aujourd’hui encore, cet océan de là-bas est
difficile et inexplorable, par l’obstacle des fonds vaseux et très bas que l’île,
en s’engloutissant, a déposés. »
Dans le Critias, un récit plus complet est amorcé, et quelques détails
ajoutés au récit sommaire du cataclysme rapporté dans le Timée :
« Les seuls survivants furent les habitants des montagnes qui ignoraient
l’art de l’écriture. Eux et leurs descendants, pendant de nombreuses
générations, manquèrent des nécessités ordinaires de la vie et durent
consacrer leurs efforts et leur intelligence à satisfaire leurs besoins
matériels. Il n’est pas étonnant qu’ils aient oublié l’histoire des événements
de l’Antiquité. Ceci explique pourquoi seuls les noms de nos lointains
ancêtres sont parvenus jusqu’à nous, mais leurs actions ont été oubliées. »
Suivent des détails sur l’Athènes d’il y a douze mille ans et sur les villes
et les États d’Atlantis. Aucune preuve ne peut en être tirée. Puis vient
l’indication des raisons morales du cataclysme qui doit détruire Atlantis – et
nous avons déjà signalé ailleurs ce thème de la liaison entre la décadence
morale et les calamités matérielles. C’est toujours le thème de la chute
d’Adam et des causes du déluge dans la Bible.
« Pendant de nombreuses générations, et tant que domina en eux la
nature du dieu, les rois écoutèrent les lois et demeurèrent attachés au
principe divin, auquel ils étaient apparentés. Leurs pensées étaient vraies et
grandes en tout ; ils usaient de bonté et aussi de jugement en présence des
événements qui survenaient, et les uns à l’égard des autres. Aussi,
dédaigneux de toutes choses, hors la vertu, faisaient-ils peu de cas de leurs
biens ; ils portaient comme un fardeau la masse de leur or et de leurs autres
richesses, ne se laissaient pas griser par l’excès de leur fortune, ne perdaient
pas la maîtrise d’eux-mêmes et marchaient droit. Avec une clairvoyance
aiguë et lucide, ils voyaient bien que tous ces avantages s’accroissent par
l’affection réciproque unie à la vertu, et qu’au contraire, le zèle excessif
pour ces biens et l’estime qu’on en a font perdre ces biens eux-mêmes, et
que la vertu aussi périt avec eux. Par l’effet de ce raisonnement et grâce à la
présence persistante du principe divin en eux, tous les biens que nous
venons d’énumérer ne cessaient de s’accroître à leur profit. Mais, quand
l’élément divin vint à diminuer en eux, par l’effet du croisement répété avec
de nombreux éléments mortels, quand domina le caractère humain, alors,
incapables désormais de supporter leur prospérité présente, ils tombèrent
dans l’indécence. Aux hommes clairvoyants, ils apparurent laids, car ils
avaient laissé perdre les plus beaux des biens les plus précieux. Au
contraire, aux yeux de qui ne sait pas discerner quel genre de vie contribue
véritablement au bonheur, c’est alors qu’ils semblèrent parfaitement beaux
et bienheureux, tout gonflés qu’ils étaient d’injuste avidité et de puissance.
Et le dieu des dieux, Zeus, qui règne par les lois, et qui, certes, avait le
pouvoir de connaître tous ces faits, comprit quelles dispositions misérables
prenait cette race, d’un caractère primitif si excellent. Il voulut leur
appliquer un châtiment, afin de les faire réfléchir et de les ramener à plus de
modération. À cet effet, il réunit tous les dieux, dans leur plus noble
demeure : elle est située au centre de l’Univers et elle voit de haut tout ce
qui participe du Devenir. Et, les ayant rassemblés, il dit :… »
Nous n’avons rien de plus du Critias.
Quelques affirmations du prêtre de Saïs méritent d’être retenues. Elles
prouvent en faveur des théories d’Hœrbiger, et donc elles prouvent aussi en
faveur de la science égyptienne.
Le mythe de Phaéton est interprété raisonnablement, par une déviation
dans la course des corps célestes. La chute de Phaéton sur la Terre semble
bien la transposition mythique de la chute de la Lune tertiaire. Ce serait
ainsi le témoignage le plus ancien des Grecs sur l’histoire. Un corps céleste,
fils du Soleil, et non le Soleil – puisque ce n’est pas Hélios qui tombe –
vient se fracasser sur la Terre et menace de tout détruire. Pourtant tout n’est
pas détruit. Mais Phaéton périt, autrement dit ne revient plus dans le ciel.
Une fois la Lune tertiaire tombée, il n’y a plus de Lune dans le ciel – mais il
y a toujours le Soleil : Hélios n’est pas affecté par le désastre. Hœrbiger
couvre tous les points du mythe. Donc le mythe prouve en faveur de
Hœrbiger.
Le prêtre égyptien connaît très bien le phénomène général. « Une
déviation se produit parfois dans les corps qui circulent du ciel autour de la
Terre. Et, à des intervalles de temps largement espacés, tout ce qui est sur
Terre périt par le feu. »
En restreignant un peu ce « tout » et en interprétant « feu » par
volcanisme et chute des éléments enflammés du satellite fracassé, la phrase
est entièrement juste.
Sur cette période sans Lune, nous avons d’autres témoignages. Aristote
a dit, dans un fragment de sa Constitution des Tégéens conservé par un
commentateur de l’Argonautica d’Apollonius de Rhodes que les habitants
de l’Arcadie, des préhellènes, mentionnaient comme leur titre principal à la
possession de leur pays le fait qu’ils l’habitaient déjà avant qu’il y ait une
Lune dans le ciel. Apollonius de Rhodes dit la même chose. Cette
affirmation n’avait pas de sens avant la théorie de Hœrbiger.
On l’a d’ailleurs retrouvée dans le folklore sud-américain et chez les
Noirs des îles du Pacifique, et la concordance entre Aristote et les sauvages
vaut qu’on la retienne(18).
Mais l’idée générale de Hœrbiger est appliquée par le prêtre égyptien à
l’engloutissement de l’Atlantide par l’eau. Car un autre genre de
catastrophe est bien connu.
« D’autres fois, les dieux purifient la Terre par les eaux et la
submergent. » Toujours par cette déviation des corps célestes.
La catastrophe de Phaéton remonte à peut-être deux cent cinquante mille
ans ; celle d’Atlantis à peut-être douze mille ans. Les calculs de Hœrbiger
montrent qu’il y a environ douze mille ans (le chiffre concorde
suffisamment avec celui de Platon), la Lune actuelle fut capturée, comme il
a été expliqué dans notre exposé général.
Les eaux répandues alors plus largement vers les pôles furent attirées
sous le cours de la Lune, et ainsi des terres de l’Atlantide Nord que leur
relief tenait hors de la mer jusqu’alors furent envahies avec une grande
rapidité, la capture de la Lune prenant place brutalement à un moment
donné. Hœrbiger estime même qu’au moment de la capture la Lune a dû
venir beaucoup plus près de la Terre que maintenant, les gravitations
respectives ne s’équilibrant qu’après va-et-vient. D’autres terres dans
l’hémisphère sud ont probablement été inondées aussi.
Ainsi nous pouvons prendre au sérieux le récit de Platon dans ses
données générales : peut-être pour la première fois depuis qu’il a été écrit. Il
reste à démontrer que ces îles ainsi englouties étaient peuplées de peuples
civilisés. Mais cela devient infiniment probable si l’on admet la thèse
générale des Hœrbigériens : s’il y a eu une civilisation il y a trois cent mille
ans en Amérique, et si ces populations civilisées ont été chassées de leurs
montagnes par un cataclysme et sont allées s’établir dans les plaines
émergées, pourquoi, une fois les mers calmées, des descendants de ces
premiers Américains n’auraient-ils pas occupé les grandes îles ? Les récits
de Platon et donc de l’Égyptien hypothétique peuvent maintenant être
considérés comme des preuves historiques. Les possibilités existent et le
document est formel. À priori nous n’avons pas le droit de le récuser.
Ainsi les deux Atlantides, celle d’il y a trois cent mille ans en Amérique,
et celle d’il y a douze mille ans dans l’Atlantique, se soutiennent, et peuvent
très bien avoir existé toutes les deux.
Le prêtre égyptien a admirablement décrit les décadences qui suivent les
catastrophes. Il a même très bien expliqué que l’Égypte, dans une très
grande mesure, avait échappé au cataclysme. Bellamy a étudié de très près
les conditions géologiques et géographiques qui ont fait que les eaux de la
Méditerranée d’aujourd’hui, alors en formation, ont laissé l’Égypte presque
intacte, alors que, comme le dit Platon, une grande partie de l’Attique, avec
d’autres étendues de la Grèce, furent submergées(19). Le prêtre sait aussi
qu’il y a eu beaucoup de ces catastrophes. L’histoire de la terre a été
beaucoup plus mouvementée qu’on ne le croyait avant le XXe siècle, et
pourtant le sol même a beaucoup moins remué qu’on ne le pensait il y a un
demi-siècle.
Et enfin, les Égyptiens connaissaient parfaitement l’existence de
l’Amérique. Platon ne saurait avoir inventé cela. Le prêtre dit :
« Les voyageurs de ce temps-là pouvaient passer de cette île sur les
autres îles, et de ces îles, ils pouvaient gagner tout le continent sur le rivage
opposé de cette mer. Cet empire était maître de l’île tout entière et aussi de
beaucoup d’autres îles et de portions du continent. »
Ce passage me semble prouver irréfutablement la science égyptienne –
car Platon ne reparle plus de ce continent, et probablement n’y croit pas –
mais également prouver la vérité des éléments principaux du récit : si les
Égyptiens connaissaient l’Amérique, et mettaient ce continent en relation
avec les îles océaniques et l’Europe-Afrique, il n’y a plus aucune raison,
depuis Hœrbiger, de douter de la vérité fondamentale du récit répété par
Platon.
Qui donc aurait pu inventer l’Amérique ? Si les Égyptiens connaissaient
et disaient la vérité sur l’Amérique, ce qu’ils disaient sur la situation
d’Atlantis était également la vérité. Ces deux vérités tiennent ensemble.
Platon a bien pu inventer les anciennes constitutions d’Athènes et des îles,
mais il n’a inventé ni l’Amérique ni l’Atlantis. Quand tout est dit, contre et
pour, le témoignage de Platon est décisif.
8

L’ÉGYPTE ET LA CHINE

Les Égyptiens restent peut-être malgré tout le problème le plus insoluble


de l’histoire. Comment se fait-il qu’on voie apparaître pendant les trois
premières dynasties l’art le plus puissant que nous connaissions, semblant
sortir du néant, et suivi par des mutations et des raffinements qui ne
représentent en somme qu’une splendide décadence ?
Les Égyptiens eux-mêmes ont toujours regardé en arrière et considéré
leurs premières dynasties, et peut-être même un état des choses bien
antérieur aux dynasties, comme la grande période d’où tout leur était venu.
Étienne Drioton, dans sa préface à l’album de 1949 du Musée du Caire
écrit qu’on assiste, au premier début de l’histoire à « un réveil du sens
artistique assoupi depuis l’âge paléolithique » qui nous fait « passer de la
barbarie errante à la civilisation sédentaire ». À la cour des roitelets
nombreux des temps préhistoriques sont acquis « les principes esthétiques
dont ne devait plus se départir » l’art égyptien. Cela « explique la rapidité et
la montée en flèche vers l’apogée atteinte sous le règne de Zoser
(IIIe dynastie) ; jamais l’art égyptien n’a rien fait de plus puissant ». « L’âge
des Pyramides (IIIe et IVe dynasties) est l’âge d’or de leur civilisation. »
C’est là constater les faits, et non les expliquer. Ce serait à la cour (mais
avaient-ils des cours ?) de roitelets barbares tout à fait hypothétiques que les
plus grands principes de l’art auraient été atteints ? N’est-ce pas comme si
on expliquait par des roitelets de Malekula, où il n’y a pas de roitelets,
l’origine des grandes architectures de l’Inde. Et lorsque l’école sociologique
dérivée de Durkheim cherche à nous convaincre que l’Égypte prédynastique
se composait de sauvages alignés autour des plus grossiers totems, dont on
retrouve les plus vagues traces dans le sol, sommes-nous convaincus ? Qui
nous dit qu’il y a eu du « totémisme » en Égypte ? Tout d’un coup ces
totems se réunissent, et de quelques perches à peine ornées d’images
reconnaissables sortent les statues les plus formidables de l’humanité, et les
incompréhensibles Pyramides ? Cela ne semble guère probable.
Il semble bien plus probable que ce sont les disciples de Durkheim qui
ont inventé ces étonnants sauts dans l’histoire pour essayer de prouver les
principes de leur maître.
Il nous appartient de prendre là une leçon de prudence, et de ne pas
chercher trop évidemment à trouver partout les preuves de thèses de
Hœrbiger. Aussi ne ferai-je guère état des données égyptiennes auxquelles
je suis persuadé que nous ne comprenons encore rien. La remarquable
synthèse présentée par A. Moret il y a une quarantaine d’années n’a pas été
admise, malgré sa très haute tenue intellectuelle, et sa puissance explicative
si souvent attrayante. On n’en trouve pas de traces dans l’œuvre d’Erman,
le plus connu des spécialistes allemands, et presque pas dans celle de
Jacques Vandier, qui le regrette d’ailleurs(20).
Les anciens Égyptiens ne nous ont pas laissé d’explication de leurs
croyances et les faits que sont leurs œuvres d’art sont très difficiles à
interpréter. L’explication ordinaire qu’il fallait à tout prix conserver le corps
momifié du Pharaon ne semble pas compatible avec le haut degré de
développement intellectuel et spirituel que l’art égyptien au temps des
Pyramides nous force bien à admettre. Des esprits, de cette force ont-ils
vraiment cru qu’il importait par-dessus tout de conserver ce cadavre ? Nous
voyons bien que plus tard les Égyptiens ont continué à conserver les
cadavres, mais eux-mêmes avouent que pendant ces siècles ou plus tard ils
n’étaient plus au niveau intellectuel des ancêtres et les imitaient sans savoir
pourquoi. Même ce phénomène d’imitation continuée pendant des milliers
d’années constitue en soi un problème insoluble. De grandes tentatives,
comme celle d’Akoun-Aton, ont été faites pour s’y arracher. Elles n’ont pas
réussi et les Perses, les Grecs et les Arabes ont inondé et détruit tout ce qui,
peut-être, aurait pu nous éclairer sur le long drame spirituel qui a dû se
dérouler pendant les millénaires égyptiens.
Les Hœrbigers intégraux (mais peut-être pas assez intègres) font état des
colosses de bois, au nombre de trois cent quarante-cinq, que montrèrent à
Hérodote les prêtres égyptiens (II, 143) et qui étaient des statues de grands
prêtres en succession linéaire remontant à onze mille trois cent quarante
ans ; et les dieux avaient régné sur le Nil avant ces grands prêtres. Hérodote
parle aussi du géant Hercule qui aurait été un des premiers rois-dieux
d’Égypte et qui n’a rien à voir avec l’Hercule grec.
Mais Hérodote est un témoin bien tardif, et Plutarque encore plus. Nous
ne trouvons donc en Égypte que des indications hœrbigériennes
extrêmement vagues, et que nous voyons d’ailleurs, même en Grèce et chez
les Juifs, avec beaucoup plus de précision. Il est possible que Grecs et Juifs
aient appris beaucoup en Égypte, mais nous ne savons pas quoi. Les
richesses archéologiques de la vallée du Nil nous réservent probablement
encore les plus grandes surprises.
Edwards, pages 151-152, dit :
« Les textes des Pyramides n’étaient certainement pas des inventions de
la Ve ou VIe dynastie, mais avaient leur origine dans l’extrême antiquité. Un
reste de temps encore plus anciens est contenu dans le passage (273-274) où
le roi mort est un chasseur qui attrape et dévore les dieux afin de
s’approprier leurs qualités. »
Il est difficile pour un bon Hœrbigérien de ne pas trouver ici un reste du
temps où les géants combattaient les « dieux » et où les hommes aidèrent
les « bons » géants contre les « mauvais » ; un souvenir du cannibalisme
des géants dégénérés. Il fallait que le roi mort soit fait géant pour pouvoir
combattre ces monstres. D’où peut-être les statues colossales, qui, après la
mort, mettaient à sa disposition un corps spirituel à la taille de ses
adversaires. Car, évidemment, le tout avait fini par devenir spirituel. Il n’y
avait plus de géants sur la terre d’Égypte. C’est après la mort qu’on les
rencontrait, en esprit, dieux et démons. L’esprit du roi mort, pour combattre,
se revêtait non de la forme faible et petite de sa momie, mais de la forme de
sa puissante et énorme statue. Ce n’est pas seulement pour que lui la
reconnaisse dans ses retours que la statue devait avoir très précisément les
traits du roi : c’est pour que ses ennemis de l’autre monde le reconnaissent
aussi, et soient terrifiés.
La pyramide devait servir au roi à monter au ciel. Mais elle permettait
aussi la descente des puissances du ciel jusqu’aux hommes – peut être.
« C’est à partir de cette figure de l’échelle ou de l’escalier destinée à
faciliter l’ascension du pharaon au ciel et matérialisée, croyons-nous, dans
la pyramide à degrés, que les architectes égyptiens furent bientôt conduits à
la forme plus abstraite de la véritable pyramide géométrique, qui devait,
dans leur esprit, garder le même rôle ; les pentes de l’édifice pouvaient, en
outre, évoquer celles de la colline primordiale par où Atoum s’éleva au-
dessus du chaos. Les théologiens s’efforcèrent de lui trouver des qualités
plus spécifiquement solaires en comparant la pyramide soit au faisceau de
rayons qui transperce les nues, soit au bétyle ben, la pierre sacrée
d’Héliopolis. » (Lauer, p. 222, s. op. cit.)
L’association entre les géants et les montagnes a été signalée partout.
Descendus de l’Abyssinie, comme des Andes, les géants se réfugiaient dans
les hauteurs lors des inondations, et en revenaient vers les plaines basses
dans les périodes calmes. Le pharaon imitateur des anciens dieux géants
faisait de même, et lorsqu’il n’y avait pas de montagne à portée, il en faisait
construire une, sa pyramide(21).
Des luttes entre les dieux et les géants des scandinaves nous ne
tiendrons pas compte non plus. Sans doute le tableau de la destruction du
monde quand Odin sera tué par Fenrir, quand le Soleil s’étendra et la Terre
sera noyée par la mer, nous présente des ressemblances avec tout ce que
nous avons rapporté. Mais ces ressemblances se retrouvent par toute la terre
et ne prouvent quelque chose, et encore, bien mal, que par leur douteuse
universalité. Nous avons essayé de rassembler ici des témoignages d’un
ordre de précision supérieur.
Une autre des îles dont nous ne savons rien est l’Abyssinie. Pour
Hœrbiger, l’Abyssinie est un pays très important, parce qu’à une certaine
période de sa spirale descendante, la Lune tertiaire s’est fixée au-dessus
d’un point de la Terre qui se trouva être l’Abyssinie. En effet, le
rétrécissement de la spirale et le raccourcissement du temps d’un tour de
terre amène une période où la Lune tourne en un jour autour de la planète.
Alors la Lune reste pendant longtemps fixe, puisqu’elle tourne du même
mouvement que nous, et elle est très près de nous, à 6 rayons terrestres
peut-être. Elle attire alors une marée de rocs plus ou moins en fusion des
soubassements du sol, et construit à cet endroit un massif montagneux.
Puis, après cinquante mille ou cent mille ans, la gravitation terrestre
l’emporte, et la Lune s’échappe et se met à tourner plus vite que la Terre.
Les mathématiques de Hœrbiger sont très impressionnantes.
Mais on ne sait rien de l’Abyssinie antique. En théorie, les géants
méditerranéens, les Palestiniens, les Grecs, Hercule et Atlas et Prométhée
auraient dû venir de là. C’était l’île tertiaire d’où ils pouvaient descendre
pour civiliser ou dévorer les hommes.
En fait, il n’y a que quelques légendes sémitiques ou cabalistes qui
rapportent que les Juifs étaient originaires d’Abyssinie. Or, pour les Juifs,
« Israël » voulait dire le genre humain à leur connaissance : l’épisode de la
reine de Sheba, si populaire et si inexplicable, serait la transposition à une
époque semi-historique d’une très vieille tradition qui donnait aux Juifs une
part de sang abyssin parmi leurs races ancestrales. Car la reine de Sheba
aurait été d’Abyssinie ; et elle était en possession de toutes les sciences et
de toutes les magies. Et on aurait trouvé le Paradis perdu en Abyssinie. Car
il est difficile de découvrir les quatre fleuves de la Genèse en Asie
occidentale, mais autour de ces massifs d’Éthiopie, il y a autant de fois
quatre « fleuves » que l’on veut.
Mais on voit vite que ce genre de raisonnement, fait en partie de rêverie,
n’aboutit à rien.
L’appellation Montagnes de la Lune, dans cette Afrique orientale,
pourrait être un dernier écho d’antiques traditions. La survivance d’une race
de géants dans le Ruanda, à l’ouest du lac Victoria dans le massif
montagneux et volcanique voisin, est du moins à retenir. Ces géants n’ont
guère plus de deux mètres, mais leur dégénérescence doit durer depuis trois
cent mille ans, depuis que la Lune tertiaire ne les aide plus à grandir. Ils
constituent une aristocratie très tyrannique, qui règne sur des Noirs bantous
assez ordinaires. La civilisation de ces supposés « Hamites » est très
avancée, mais très différente des nôtres : elle est officiellement et
ouvertement basée sur la cruauté. Un bétail à cornes gigantesques constitue
la richesse principale de la région – et a été comparé avec succès au bétail
que l’on trouve dessiné par les Égyptiens de la plus haute antiquité. Les
cornes énormes, très caractéristiques, sont les mêmes.
Les danses, les sports, (en particulier le saut en hauteur) et les mariages
compliqués des princes jouent un rôle inconnu à notre civilisation. En
somme, on peut voir là une toute dernière survivance de quelque chose de
très ancien – car l’arrivée des Européens, là aussi, en supprimant la cruauté,
a supprimé les vieilles coutumes, et probablement supprimera la race, qui
ne se maintenait, en son petit nombre, que par cette férocité toute
aristocratique(22).
Presque tous les traits exigés par les Hœrbigériens se trouvent ici, mais
en petit : hautes montagnes, hommes géants, bétail géant, aristocratie,
oppression d’une race inférieure.
La théorie a été émise que ces hommes sont les restes de ceux qui ont
civilisé l’Égypte il y a des dizaines de millénaires : l’ancien bétail égyptien,
perdu depuis des milliers d’années en Égypte, se retrouve là identifiable par
ses cornes très spéciales. Le gigantisme du bétail se serait perdu pendant la
longue dégénérescence, et seules les cornes garderaient ce trait. Le même
phénomène de gigantisme expliquerait les presque incroyables girafes.
Le culte de la Lune, en Afrique, trouverait aussi ici un centre
convenable. Cette adoration est assez inexplicable dans nos circonstances
actuelles. Mais une Lune qui présentait toutes ses phases dix-sept fois par
mois, et était plus brillante que le Soleil, et qui plus tard – quelque cent
mille ans plus tard – tournait plusieurs fois par jour autour de la Terre – et
qui plus tard encore finit par s’écraser sur la Terre en tuant des populations
entières – c’était une Lune qui méritait la crainte et l’adoration et les
sacrifices, une Lune qui valait que dans beaucoup de langues, dont
l’allemand encore, on lui donnât le genre masculin, ne laissant au Soleil que
les déclinaisons féminines.
On pourrait faire le tour du monde, pays par pays, et trouver partout des
confirmations. Mais j’ai la plus grande méfiance pour cette méthode trop
employée par les ethnographes du genre Frazer. On peut, en effet,
démontrer par cette méthode n’importe quelle thèse. Avec quelque
ingéniosité, en déformant toujours plus ou moins légèrement les faits qu’on
découvre, on peut prouver que tous les peuples ont plus ou moins connu
tout ce qu’on veut. On peut trouver partout le mythe de Balder, les
aventures d’Isis et d’Osiris, le totémisme exogamique, et même le récit de
la Passion et de la Résurrection du Christ. Il y a peut-être en cela un
élément de vérité, mais il faudrait, me semble-t-il, procéder à l’inverse,
commencer par savoir ce qui s’est passé, puis en retrouver partout des récits
plus ou moins déformés.
Aussi ai-je préféré prendre quelques exemples qui présentent des traits
précis, pour commencer.
Les Hœrbigériens trop zélés, et en particulier Bellamy, si souvent cité
ici, souffrent un peu de cette maladie ethnographique, qui veut trop prouver
par des à peu près très vagues et très sollicités. On ne peut savoir la vérité.
Comme Hugo le fait dire par l’âne à Kant :

Se contredire un peu, Kant, c’est le droit des gloses : Quand on va


jusqu’au bout, on rencontre des choses qui semblent l’opposé de ce qu’on
avait dit.

Cherchons donc seulement à ouvrir sur le passé des perspectives de plus


en plus générales. La Chine, suivant le système de Hœrbiger, devrait nous
donner une riche moisson de renseignements : elle touche au Tibet, l’un des
refuges humains du tertiaire, et elle est supposée garder des souvenirs très
anciens.
En fait, le dragon chinois qui entoure le monde et semble prêt à l’écraser
ou à l’avaler, et qui souvent de plus porte une Lune dans la gueule, souffre
plusieurs interprétations(23). L’interprétation hœrbigérienne semble pourtant
l’une des meilleures. Le dragon circulaire est la représentation de l’anneau
formé par la Lune tertiaire désintégrée, qui en effet, au cours de ses siècles,
a serré la Terre de plus en plus étroitement, et qui, en effet, a fini par
dévorer la Lune. Si des hommes ont vu le phénomène, ils ont vu la Lune se
dissoudre en anneau : avalée et absorbée par le corps du dragon. Et les
éclatements inévitables de côté et d’autre de l’anneau, sont assez bien
figurés par les pattes du dragon. Le nombre de vases chinois qui
représentent cette phase de l’histoire cosmique prouve bien que depuis une
très haute antiquité les habitants de l’Extrême-Orient se sont transmis une
tradition extrêmement solide.
Du Tibet, dont ont pu venir quelques races des ancêtres chinois on ne
sait à peu près rien. Peut-être quelques-unes des idées de la théosophie, que
nous résumerons plus loin, viennent-elles du Tibet. Pour les Hœrbigériens,
le Tibet étant l’une des cinq îles du tertiaire, à cause de son altitude, a pu
être l’un des endroits où l’on a observé l’anneau de désintégration.
9

LES THÉOSOPHES

Mme Blavatsky et ses disciples ont fait l’objet de bien des railleries et
même d’accusations assez graves. Je ne suis pas disposé à me joindre au
dénigrement, parce que vers 1880, H.P. Blavatsky écrivant The Secret
Doctrine, a affirmé qu’il existait dans les montagnes au sud de la Mongolie
et de l’extrême nord-ouest de la Chine de grandes bibliothèques accumulées
par les moines bouddhistes et contenues dans des cavernes secrètes connues
seulement par des initiés. Or, dans les premières années du XXe siècle, Paul
Pelliot a trouvé quelques-unes de ces cavernes qui avaient été murées et
abandonnées en effet par les moines prévenus de l’invasion menaçante des
Mongols. Depuis le XIIIe siècle, elles étaient restées intactes.
Mme Blavatsky avait dit vrai, et n’avait pas exagéré la richesse ni
l’importance de ces collections bouddhistes de manuscrits, qui contenaient
des livres en beaucoup de langues, dont plusieurs ne sont pas encore
déchiffrés, comme H.P. Blavatsky l’avait dit. Et de plus, elle avait indiqué
la région dans laquelle étaient les bibliothèques secrètes.
Il est donc prouvé que H.P. Blavatsky avait reçu de moines autorisés des
renseignements vrais. Il est donc admissible que sur beaucoup de points non
vérifiables, elle soit également bien renseignée. Mais nous ne pouvons pas
savoir quand son imagination intervient, et nous ne pouvons même pas
savoir quand ses informateurs ne se trompent pas eux-mêmes.
L’aventure intellectuelle de Bailly, le maire de Paris qui fut décapité en
1793, celui qui en allant à la guillotine tremblait, mais seulement de froid,
est de nature à nous faire réfléchir.
Les missionnaires ayant rapporté de l’Inde des tables astronomiques
supposées très anciennes, et dont les brahmanes tiraient grand orgueil, se
disant supérieurs aux Européens en astronomie, Bailly alors, en 1778,
astronome du Roi, se mit à examiner ces tables et à faire les calculs
nécessaires. Il arriva à la conclusion inattendue que les tables comportaient
une erreur constante dans les observations et que ces observations n’avaient
jamais été faites dans les Indes. Mais si on les supposait faites sous le
49e degré de latitude Nord, alors les calculs étaient justes. Donc, concluait
Bailly, les brahmanes avaient hérité ces tables d’une civilisation autre que la
leur et dont l’habitat était vers le 49e degré Nord.
Bailly appela cette civilisation l’Atlantide, et la situa dans la région où
est maintenant le désert de Gobi. Et, en effet, les géologues dociles
découvrirent que ce désert était autrefois une mer, et que les conditions de
vie autour de cette mer avaient pu être favorables à la civilisation. Voltaire
entra dans la controverse, et les fameuses Lettres sur l’Atlantide, par Bailly
et Voltaire, furent publiées en 1778, et égalèrent les Lettres persanes en
popularité.
C’est dire qu’on ne peut guère se fier à ce que rapportent les brahmanes
sur leur propre histoire. Et en plus, on ne peut pas toujours se fier à H.P.
Blavatsky. Enfin, c’est du Tibet plus que de l’Inde qu’elle parle.
Mais tout ceci pris en considération, il est nécessaire pourtant de retenir
les thèses principales des théosophes, et assez légitime de penser qu’on
trouve parmi leurs croyances des échos d’anciennes traditions hindoues ou
tibétaines. C’est ce que nous pouvons avoir pour le moment de plus près du
Tibet, la cinquième des grandes îles du tertiaire, d’après Hœrbiger. Nous
aurons ainsi touché, quoique de loin, à toutes : les Andes, le Mexique, la
Nouvelle-Guinée, l’Abyssinie et le Tibet. Tout le long de la chaîne des
refuges humains, lors de la grande marée permanente, nous aurons entrevu
quelque chose qui varie de l’un à l’autre, mais qui garde une cohérence :
dans les Andes, des ruines inexpliquées ; au Mexique, une tradition d’allure
presque scientifique ; près de la Nouvelle-Guinée, le culte des grandes
pierres ; près de l’Abyssinie, des débris d’une race géante et des traces d’un
bétail géant ; enfin, dans l’Inde et près du Tibet, de hautes théories.
Peut-être que ce qu’il y a de plus frappant et de plus ancien chez les
théosophes est le rôle qu’ils donnent à la Lune.
Comme les hommes de Malekula, les inspirateurs de H.P. Blavatsky,
Tibétains ou Indous, font de la Lune la mère des races terrestres, une fois de
plus « la mère d’Israël ». Mais il faut insister sur une différence essentielle
entre les sauvages du Pacifique et les Indo-Tibétains. À Malekula, nous
avons trouvé ce qui ne pouvait être qu’une décadence, en train de se
terminer dans le néant, et dans l’incompréhension d’êtres humains très
diminués. Nous avons constaté l’existence de restes d’une vieille
civilisation, mais dans des conditions où l’intelligence des exécutants
n’était plus au niveau des institutions persistantes. Au contraire, dans l’Inde
et chez les théosophes, nous constatons une surintellectualisation. Pour nos
mentalités occidentales, la théosophie est trop compliquée, et nous
soupçonnons, a priori, ces complications de ne pas pouvoir rester parallèles
à la réalité. Sans doute la réalité est très compliquée, mais plus la théorie se
complique, et plus il y a des chances que les deux complications aillent en
divergeant, et qu’au bout du processus logique et imaginatif que construit
notre intelligence, on ne se trouve très loin des choses elles-mêmes. En
somme, l’Europe a appris plus que l’Inde à se défier de l’intelligence et de
l’imagination et a exigé une référence constante aux faits constatables, ou
au moins imaginables comme faits, non plus seulement comme théories.
Ainsi les indigènes de Malekula se contentent de dire que les races
humaines sont créées dans la Lune, et que les âmes des futurs enfants
descendent de la Lune dans le sein de leurs mères.
Les théosophes soutiennent qu’il y a sept Lunes, dont une seule peut
être perçue par nos sens humains actuels, de même, d’ailleurs, qu’il y a sept
planètes Terre, dont six nous sont invisibles. Ces sept chaînes d’astres
correspondent à sept divisions de « l’âme » humaine, dont chacune se
matérialise sur l’astre correspondant. Cette théorie est, logiquement,
admirablement conçue, et il ne reste qu’à prouver expérimentalement
qu’elle est vraie : la preuve est naturellement très difficile à faire.
La formation des âmes dans la Lune avant leur descente en terre, idée
fondamentale commune à Malekula et à H.P. Blavatsky, est donc
inévitablement beaucoup plus compliquée chez les théosophes. Il n’est
guère à propos d’en rapporter ici les détails. Quelques citations sur les
ancêtres lunaires des races humaines, les « Pitris » lunaires, devront nous
suffire, la thèse générale étant très claire, et les systèmes très attrayants.
Remarquons en passant que nous avons trouvé dans le Zohar une
conception des mondes spirituels parallèles au nôtre mais cachés à nos sens,
tout à fait semblables aux univers subtils de Mme Blavatsky.
Insistons aussi sur le caractère probant de ces coïncidences dans les
divergences. Si un homme simple et un intellectuel excessivement
compliqué rapportent les mêmes choses, vues par des esprits si différents, il
y a beaucoup de chances que ces témoignages conjugués se rapportent à
une réalité. Penser, en effet, que le sauvage et l’intellectuel se sont
influencés – quelle que soit la direction de cette influence de l’un vers
l’autre ou de l’autre vers l’un – revient à postuler une relation si ancienne
qu’elle équivaut à une preuve de notre thèse. Une certaine communauté de
civilisation dans un passé extraordinairement ancien devient plausible,
puisqu’il faut laisser le temps à une civilisation surintellectualisée de se
développer, et de l’autre côté à un état de dégénérescence d’aller très loin.
C’est là justement ce que nous postulons ici, et non seulement entre l’Inde
et le Pacifique, mais entre tous les cinq centres hypothétiques de la
civilisation tertiaire.
S’il y a trois cent mille ans les navires partis de Tiahuanaco parcouraient
l’océan bombé par l’attraction lunaire et allaient en Nouvelle-Guinée et au
Tibet aussi bien qu’au Mexique et en Abyssinie, il n’est plus étonnant que
dans l’un de ces centres si séparés depuis la science ait dégénéré, alors que
dans un autre elle se soit systématisée et compliquée de plus en plus.
Dans cette mesure donc, le témoignage des théosophes est recevable.
« Sans nous aventurer sur le terrain défendu de la 8e sphère, écrit H.P.
Blavatsky, il faut rapporter ici quelques faits sur les anciennes monades de
la chaîne lunaire – les ancêtres lunaires – qui jouent le premier rôle dans
notre Anthropogenèse.
« La première race fondamentale, les premiers « hommes » sur la terre,
étaient la progéniture des « hommes célestes », appelés proprement en
philosophie hindoue les ancêtres lunaires, les Pitris, dont il y a sept classes
en hiérarchies.
« C’est donc la Lune qui joue le rôle le plus grand et le plus important,
aussi bien dans la formation de la Terre elle-même que dans la génération
des êtres humains qui peuplent la Terre. Les Monades lunaires, ou Pitris, les
ancêtres de l’homme, deviennent en réalité l’homme lui-même. Ce sont ces
Monades dans le cycle de l’évolution dans le premier des globes et qui,
passant dans toute la chaîne des globes, construisent la forme humaine –
leurs doubles astraux, en une forme subtile, plus fine, servent de modèles
autour desquels la Nature construit les hommes physiques. Ces Monades,
ou étincelles divines, sont ainsi les ancêtres lunaires, les Pitris eux-mêmes,
car ces esprits lunaires doivent devenir « hommes » afin que leurs Monades
puissent atteindre un plan plus élevé d’activité et de conscience de soi. »
Sur le rôle de la Lune dans l’évolution de la Terre et de la race humaine,
H.P. Blavatsky développe bien avant Hœrbiger des idées non scientifiques,
mais plus évoluées encore que celles du savant viennois.
Sur les dates géologiques, elle donne aussi, pour son temps, 1880,
d’étonnantes précisions très concordantes avec les hypothèses
hœrbigériennes.
Elle donne au Cosmos deux milliards d’années (vol. II, p. 72). Elle place
à dix-huit millions d’années la formation de l’homme, à la fin du secondaire
(II, 9, 49). Le géologue Baron met la fin du secondaire à vingt-cinq millions
d’années. Et la théosophie donne à ces premiers hommes une civilisation.
« L’homme secondaire sera découvert, et avec lui ses civilisations
depuis longtemps oubliées. » (II, 279).
Mme Blavatsky sait que l’Abyssinie a été une île (II, 385). Elle sait que
les hommes étaient présents lors de la surélévation des Andes, et cite l’abbé
Brassen de Bombourg, qui, audacieusement, avait dit :
« Des traditions dont on retrouve les traces au Mexique, en Amérique
centrale et au Pérou, donnent naissance à l’idée que l’homme existait dans
ces pays à l’époque de la gigantesque surélévation des Andes, et en a gardé
la mémoire. » (II, 787).
La théorie hœrbigérienne du gigantisme est naturellement inconnue à
H.P. Blavatsky mais ses renseignements sur les géants doivent venir de
bonne source, si Hœrbiger et les siens ont raison. Pour la théosophie, non
seulement les premiers hommes étaient des géants, mais ils avaient un corps
beaucoup plus léger que leurs successeurs (on peut même les trouver trop
légers).
« Des races autres que la nôtre ont existé dans des périodes géologiques
très lointaines : des races éthérées, qui avaient succédé à des hommes sans
substance corporelle (Arûpa) qui pourtant avaient une forme ; des dynasties
d’êtres divins, ces rois et éducateurs de la troisième race en arts et sciences,
comparée avec lesquelles notre petite science actuelle ressemble à
l’arithmétique devant la géométrie (II, 204).
« Des géants qui nous ont précédés, nous autres pygmées.
« Les flibustiers qui se sont emparés de la Terre promise y trouvèrent
une race bien plus haute qu’eux, et l’appelèrent une race de géants. Mais les
races vraiment gigantesques qui ont disparu bien avant Moïse – quarante
mille ans avant les Hébreux, les ancêtres de ces « géants » étaient bien plus
hauts de taille, et quatre cent mille ans plus tôt, ils étaient, par rapport à
nous, comme les hommes de Brobdingnac, comparés aux Lilliputiens, Les
Atlantes de la période moyenne s’appelaient les grands dragons » (II, 798).
La dégénérescence est donc évidente pour H.P. Blavatsky et elle connaît
aussi les luttes entre les bons et les mauvais géants – luttes dont les Grecs
semblent avoir conservé un si mauvais souvenir.
« Les géants antédiluviens n’étaient pas tous mauvais, comme la
théologie voudrait le soutenir. Il y eut de bons géants dans ces anciens jours,
et ce ne sont pas des mythes. Celui qui veut se moquer de Briarée et
d’Orion devrait s’abstenir de voir Carnac, ou Stonehenge, et même d’en
parler. » (II, 74). Car ce sont les géants qui ont construit les grands
monuments mégalithiques, et pour faire du bien aux hommes (nous avons
rencontré cette idée à Tiahuanaco).
« Il n’y a aucune raison de croire que ces statues gigantesques aient été
construites pierre à pierre avec des échafaudages (nous avons vu qu’elles
étaient monolithiques) or, elles ne pouvaient pas être construites autrement,
sauf par des géants qui avaient la même taille que les statues. » (II, 352).
« Les guerres des Titans ne sont que des légendes venant d’une guerre
civile qui s’est déroulée dans le Kailâsa himalayen – ce sont les restes de
l’histoire de la terrible lutte entre les Fils de Dieu et les Fils de l’Ombre des
quatrième et cinquième races. » (II, 525).
Ainsi trouvons-nous, dans cet étonnant mélange que nous donne H.P.
Blavatsky de mythologie, de philosophie, de folklore et de poésie trois traits
hœrbigériens de grande importance : l’influence de la Lune, les dates
principales de l’histoire humaine, et le gigantisme avec ses
dégénérescences. Nous ne pouvons pas refuser entièrement de prendre en
considération ce qu’elle nous dit sur ses sources tibétaines et hindoues
d’une très haute antiquité. Son témoignage ajouté à tous les autres les
renforce, et prend ainsi à son tour une valeur que peut-être on ne voudrait
pas lui reconnaître – comme pour Platon.
10

LES POÈTES. LES RÊVES.


LA PSYCHANALYSE

Avec Hélène Blavatsky nous avons au moins touché à la poésie, peut-


être même sommes-nous entrés à plein dans le domaine poétique.
Il y a peu d’années, nul n’aurait pensé à appeler les poètes à témoigner
dans un procès avant tout scientifique. Mais nous évoluons vers une attitude
très différente. Freud et Jung nous ont appris que les rêves humains ne sont
pas faits de pures vapeurs vaines, mais très souvent ne sont que des
déguisements de faits très réels. D’abord, c’est dans la physiologie que l’on
a trouvé de ces faits. Puis on les a cherchés, et rencontrés, dans l’histoire de
l’individu, de sorte que ce qui était arrivé à une petite fille avant trois ans
était quelquefois l’explication d’une maladie ou d’une crise de sa trentième
année.
Enfin, les disciples de C.G. Jung, en particulier, suivant en cela leur
maître, nous ont enseigné que certains souvenirs cosmiques se sont transmis
au cours des générations innombrables, et influencent encore les rêves des
hommes.
Parmi tous ces rêves, ont droit à notre attention avant tout les rêves des
poètes. Car ce sont là des rêves choisis, ordonnés, passés à la critique
esthétique. Le poète seul discerne un genre de vérité que nulle autre
intelligence ne connaît ; lui seul dit aux hommes ce qui est digne de leur
âme. Les poètes ont parmi les images un choix à la fois conscient et
cependant basé sur un instinct à demi divin, puisque les hommes ordinaires
ne l’ont pas. La quantité de poésie qui est intégrée à tous les Livres Sacrés
montre que l’homme a fait souvent confiance totale aux poètes, et que leur
témoignage, d’une certaine façon, est accepté devant Dieu lui-même, au
sujet des choses divines. Et les plus récents parmi ces penseurs qui étudient
la psyché sont de moins en moins disposés à laisser de côté ce que disent les
Livres Sacrés de toutes les religions, ou ce que disent les poètes.
Regardons d’abord le plus grand des poètes français, Hugo.
Victor Hugo ne pouvait manquer de pratiquer le gigantisme. Jung nous
dit maintenant que les archétypes, les grandes images qui traversent nos
rêves sont en réalité des souvenirs raciaux communs à tout le monde et
profondément enfouis dans la souche même de la race humaine. Si
quelqu’un est jamais descendu en lui-même, jusqu’à retrouver cette souche,
c’est bien Hugo. Dès le commencement de La Légende des siècles, dans la
pièce IV, intitulée Les Lions, nous trouvons déjà le géant Og qui, nous dit
une note de la Pléiade, avait été sauvé du déluge par Noé. De là sans doute,
venait dans Booz endormi :
Les empreintes de pieds de géants qu’il voyait.

Il y a ensuite toute une partie de La Légende qui s’intitule Entre Géants


et Dieux et qu’on ne peut pas vraiment compter parmi les grandes choses de
Hugo. On y trouve un certain nombre de poèmes intéressants et même
amusants, parce qu’il n’est que trop évident que dans la pensée politico-
philosophique de Hugo les géants représentent le peuple et les dieux
représentent les rois. Il y a pourtant là, de temps en temps, de ces paroles à
demi incompréhensibles, mais très grandes qu’on trouve si souvent dans les
parties inférieures de l’œuvre de Hugo, ce qui fait qu’on ne peut rien
négliger dans ces lectures. Par exemple, Les Temps paniques commencent :
Les dieux ont dit entre eux : Nous sommes la matière,
Les dieux. Nous habitons l’insondable frontière
Au-delà de laquelle il n’est rien.

Dans la Ville disparue, il y a une autre allusion :


Quand les géants étaient encore mêlés aux hommes,
Dans des temps dont jamais personne ne parla.

Pour sortir un instant de La Légende, et rappeler un poème célèbre qui,


au fond, aurait dû être dans La Légende, le caractère de la pensée de Hugo
ne se marque nulle part mieux que lorsqu’il décrit Le Pâtre Promontoire.
Layard (Stone men of Malekula, p. 205) a trouvé dans les îles du
Pacifique ce dieu promontoire qui s’appelle Tsüngon Ta-har, qui s’avance
dans la mer, entre Atchin et Vac. Celui-là est plus important encore que
celui de Victor Hugo, et joue un rôle central dans la création, étant identique
au dieu qui a formé le ciel, sans doute avec son chapeau de nuées.
On ne peut soupçonner ni les Polynésiens d’avoir lu Hugo, ni Hugo
d’avoir connu ces Polynésiens-là. Mais ce sont bien les mêmes rêves qui
hantent le poète et les sauvages.
De nos jours, quoique plus loin de nous, Malcolm de Chazal, dans cet
étrange livre Petrusmok qu’il a été obligé de publier lui-même, parce que
personne ne voulait le publier, nous décrit les promontoires et les
montagnes de l’île Maurice, et ce sont également des dieux sculptés dans le
temps préhistorique par d’inconcevables géants.
Mais je crois qu’un trait plus original et encore plus primitif de notre
Victor Hugo, c’est que lui a conçu, et je crois qu’il est le seul en cela, les
êtres en train de devenir géants. Rabelais et Swift nous ont présenté des
géants tout faits, et sans doute que Goliath et Hercule sont dès le début des
géants (sauf qu’ils ont dû naître comme les autres sous forme de bébés).
Mais Hugo nous montre d’abord, dans un admirable et enfantin récit deux
des héros de notre enfance : Roland et Olivier en train de devenir géants.
C’est le Mariage de Roland, bien connu mais pas assez étudié.
Eût vu deux pages blonds, roses comme des filles
Hier, c’étaient deux enfants souriants à leurs familles.

Ils se sont battus d’abord comme des hommes armés formidablement,


mais enfin de jeunes hommes. Il ne s’agit que de Durandal et de Closamont.
Mais, peu à peu, ils grandissent, il y a autour d’eux des illusions, les
bateliers s’enfuient tellement les deux enfants deviennent formidables. Le
voyageur croit voir dans la brume « d’étranges bûcherons qui travaillent la
nuit ».
Puis, le quatrième jour, on s’aperçoit que :
Le sabre du géant Sinagog est à Vienne.

Les enfants ont grandi démesurément.


Roland sourit :
De ce bâton
Il dit et déracine un chêne.
Sire Olivier arrache un orme dans la plaine

Et cette fois-ci, ils sont vraiment des géants.


Leur successeur immédiat, Aymerillot, « le petit compagnon » a dû,
certes, grandir lui aussi, lorsque le lendemain il prit la ville.
Mais ce ne sont là encore que jeux d’enfants, et la grande vision du
géant c’est le satyre. C’est là que Hugo donne toute sa force au rêve. Au
début, ce n’est qu’un satyre assez léger puisque :
Hercule l’alla prendre au fond de son terrier.
Et l’amena devant Jupiter par l’oreille

Il ne devait pas être trop lourd aux mains d’Hercule.


Mais,
Le satyre chanta la terre monstrueuse

Et en chantant la terre monstrueuse, il devint la terre monstrueuse.


Et Jupiter lui-même est stupéfait. À mesure que le chant se développe, le
satyre devient démesuré, et c’est l’un des plus beaux passages de toute la
poésie qui décrit le devenir qui fait du pauvre faune un géant cosmique.
Puis plus grand que titan ; puis plus grand que l’Athos ;
L’immense espace entra dans cette forme noire ;
Et comme le marin voit croître un promontoire

(on est bien obligé de remarquer encore le promontoire).


Sa chevelure était une forêt.
Les animaux qu’avaient attirés ses accords,
Daims et tigres, montaient tout le long de son corps.

Mais il devient plus grand encore :


Et des peuples errants demandaient leur chemin.
Perdus au carrefour des cinq doigts de sa main.

Et il devient l’humanité finale, l’Adam de la fin, la communion des


saints dans laquelle :
L’azur du ciel sera l’apaisement des loups.

Les dieux disparaissent, l’Homme-Dieu apparaît. Pas celui du


Christianisme, mais pas tellement différent au fond.
Et enfin, après d’innombrables allusions à tous les géants possibles,
l’effort définitif de Hugo dans La Légende c’est, hors des temps, la
trompette du jugement :
Sans doute quelque archange ou quelque séraphin
Immobile, attendant le signe de la fin
Plongeait profondément, sous de ténébreux voiles,
Du pied dans les enfers, du front dans les étoiles !

La Légende des siècles commencée sous le signe des géants d’avant le


déluge, se termine devant la gigantesque trompette qui traverse tout le
temps autant que l’espace, et qui n’est pourtant qu’un instrument à la portée
d’une sinistre main.
L’œil dans l’obscurité ne voyait clairement
Que les cinq doigts béants de cette main terrible.

Dans La Fin de Satan, sous le titre La Poutre, (II, II, I) Rosmophim


regardant un morceau de bois morne et sinistre, demande au guèbre :
Serait-ce le bâton de marche d’un géant ?
— Seigneur, c’est en effet cela, dit l’idolâtre.
… Les géants de la race Enacim, qui d’abord
Ont habité la terre antique…
Ils écrasaient du pied les éléphants des fleuves…
Le monde a commencé par la famille énorme.
Du groupe gigantesque est né le genre humain
— Un géant tient d’abord la place d’une foule
Puis comme la nuée en gouttes d’eau s’écoule
De génération en génération
Il s’amoindrit, pullule et devient nation
Et Dieu fait le colosse avant la fourmilière

En moins d’une page de vers, le génial visionnaire a rapporté, cinquante


ans avant Hœrbiger, l’essence de toutes les théories ici analysées.
Ce rêve pour ainsi dire externe de Victor Hugo — externe parce qu’il est
extériorisé par l’image gigantesque projetée hors de lui-même par le
poète — ce rêve externe correspond à une vision interne infiniment plus
puissante que toutes les peintures inscrites sur la mer ou sur la brume
comme des promontoires ou des géants. C’est Hugo, lui-même, qui, dans
son transport intérieur, s’est senti devenir géant, aussi a-t-il ce sentiment du
devenir géant qu’il a seul exprimé.

Et voici Hugo devenu identique à l’univers :


À tes souffles de brume ou de clarté je vibre,
Ciel, comme si j’étais traversé par la fibre
De la création !
Comme si tous les fils invisibles de l’être
Se croisaient dans mon sein que l’univers pénètre !
Comme si, par moment,
En moi, du front aux pieds, me mêlant au problème,
Le sombre axe infini qui passe par Dieu même
Tremblait confusément !
De sorte que je suis l’aimant de la nature.
Que Dieu coule en mon sang !
De sorte, ô ciel profond que le zénith farouche
Se verse dans mon crâne, et que le nadir touche
Mon talon frémissant !

Alors que Hœrbiger, les géologues, les ethnographes, ne nous ont encore
renseignés que sur l’extérieur des événements, avec Victor Hugo nous
pouvons croire pénétrer dans l’âme même d’un de ces dieux-géants des
époques primitives, dans l’acte même de la création de l’homme.
Si Hugo nous emporte hors de l’humanité, son disciple immédiat et un
peu dégénéré, Baudelaire, nous instruit des sentiments humains lors des
rencontres avec les géants :
Du temps que la Nature en sa verve puissante
Concevait chaque jour des enfants monstrueux
J’eusse aimé vivre auprès d’une jeune géante,
Comme aux pieds d’une reine un chat voluptueux.

J’eusse aimé voir son corps fleurir avec son âme


Et grandir librement dans ses terribles jeux :
Deviner si son cœur couve une sombre flamme
Aux humides brouillards qui nagent dans ses yeux,

Parcourir à loisir ses magnifiques formes ;


Ramper sur le versant de ses genoux énormes,
Et parfois en été, quand les soleils malsains,

Lasse, la font s’étendre à travers la campagne,


Dormir nonchalamment à l’ombre de ses seins
Comme un humain paisible au pied d’une montagne.

Comme Hugo nous a fait comprendre le sentiment essentiel de l’homme


géant, Baudelaire nous montre dans la psychologie humaine les désirs
formidables que la nature à notre taille ne satisfait pas. On pourrait presque
parler de « souvenirs » de la part du poète qui a dit :
J’ai plus de souvenirs que si j’avais mille ans.
et qui a chanté l’Atlantide que tout rêveur retrouve en son âme – et presque
Tiahuanaco.
J’ai longtemps habité sous de vastes portiques,
Que les soleils marins teignaient de mille feux,
Et que leurs grands piliers, droits et majestueux
Rendaient pareils, le soir, aux grottes basaltiques.

C’est en tout cas un émouvant témoignage du désir toujours vivant dans


l’âme humaine qu’il y ait eu, et qu’il existe, des géants et des dieux.
Les splendides descriptions des géants de Milton n’ont leur valeur
évocatrice que dans l’anglais – Car ces démons et ces anges sont des géants,
et si impressionnants que H.P. Blavatsky écrit (II, 532) : « La grandiose
description que donne Milton des trois jours de bataille dans le ciel entre les
Anges de Lumière et les Anges des Ténèbres justifie presque la supposition
que le poète avait eu accès aux traditions du lointain Orient sur ce sujet –
mais il est impossible de l’affirmer. »
Mais le géant le plus fameux – ou celui qui devrait être le plus fameux
de la poésie est Adamastor des Luciades. Blavatsky nous a affirmé qu’il y
avait eu de bons géants ; les Grecs en avaient connu. Mais nul n’a pénétré
dans l’âme d’un bon géant mis devant l’audace des petits hommes comme
Camoëns. Les Portugais arrivés après tant de calamités au Cap de Bonne-
Espérance virent devant eux :
Se dressant dans les airs, robuste et formidable,
Un fantôme tout droit, informe et gigantesque,
Le visage abattu, et la barbe en désordre,
Les yeux enfoncés sous le front, et le maintien
Menaçant, et la peau pâle et couleur de terre ;
Les cheveux tout couverts de saleté, sa bouche
Noire et jaunie par la vieillesse de ses dents.

Le géant cherche en vain à arrêter les navigateurs en leur révélant les


calamités vers lesquelles ils courent. Mais rien n’arrête les héros, qui lui
demandent seulement qui il est.
Je suis ce cap occulte et formidable
Et que vous appelez la Pointe des Tempêtes
Je fus un de ces fils Terribles de la Terre
Comme Encelade, comme Égée et Briarée
Et je m’appelle Adamastor et je pris part
Aux luttes contre le tonnerre de Vulcain
Non que j’aie mis les montagnes sur les montagnes
Mais j’ai conquis la mer et je fus celui-là
Qui voulut affronter les flottes de Neptune.

Hélas, l’amour de Thétis fut la perte du bon géant :


Croyant tenir enfin la déesse adorée
Je me trouvai l’amant d’une montagne dure
Couverte de broussaille âpre et de bois mauvais
Je n’étais plus un homme ; immobile et muet
J’étais un mont qui embrassait un autre mont.

Et je sentis ma chair en terre se changer


Et mes os devenir des rochers impassibles.
Et Thétis redevint la mer autour de moi.

Retenons l’association du géant à la montagne ; un noble poète


mauricien devait la pousser plus loin encore : car cela fait partie de la
grande tradition. L’Arioste nous donne des liaisons très curieuses.
L’imagination poétique nous permet certes d’aller bien au-delà de ce que
nous croyons pouvoir être vrai. Mais il y a dans la poésie sérieuse une sorte
de gravité qui nous retient encore. La poésie comique se libère de toutes les
lois et se construit une logique fantasque qui va au-delà de toute
philosophie.
En psychologie, c’est un fait reconnu que bien des idées sur des images
désirées par l’âme ne peuvent être admises dans la conscience que sous la
forme comique, et la comédie, la plaisanterie est la grande libération. Nous
désirons que l’événement se produise – mais il nous paraît répréhensible,
monstrueux, impossible. Dépeint sous forme de plaisanterie, il passe.
Souvent même dans les relations sociales ordinaires, un individu imprudent
dit quelque chose qui scandalise ses auditeurs, et alors quelque âme
charitable intervient : Vous voulez rire ? Et l’imprudent, qui était tout à fait
sérieux, bat hâtivement en retraite et affirme que c’était une plaisanterie,
d’ailleurs de mauvais goût.
Dans le comique ainsi peuvent parfois se révéler des tendances ailleurs
strictement refrénées.
Aussi l’Arioste nous est-il très utile. Non sans doute que lui-même eût
envie de croire à ses plaisanteries. Mais dans son grand poème, l’humanité
se présente à elle-même dans la forme sarcastique de très anciennes
croyances qu’elle a cessé d’accepter intellectuellement. Leur réalisation
sous le couvert de la plaisanterie est preuve de leur extrême antiquité et de
leur profondeur en psychologie.
Nous avons vu chez les sauvages de Malekula d’une part, chez les
théosophes de l’autre, cette idée que les âmes des hommes sont formées
dans la Lune, et viennent de là sur la Terre. L’Arioste, qu’on ne peut
soupçonner de connaître l’une ou l’autre de ces formes de pensée, raconte la
même chose. Les esprits des hommes sont dans la Lune. Roland a perdu
l’esprit sur la Terre. Il faut aller dans la Lune le lui chercher, et le lui
rapporter.
Comment va-t-on dans la Lune, comment monte-t-on au ciel ? Comme
le faisait le Pharaon montant la pyramide, comme le faisaient les géants : on
grimpe jusqu’au sommet d’une haute montagne puis de là on passe dans le
ciel.
XLVIII. – « Puis il monte sur son cheval ailé et s’élève dans les airs,
désireux d’atteindre la cime de la montagne que l’on présume toucher de
son extrémité supérieure le cercle de la lune. Il désire voir des choses
nouvelles, et son ardeur est telle, qu’il dédaigne la terre et n’aspire qu’à
s’élever dans les sphères célestes. Il monte de plus en plus dans les airs
jusqu’à ce qu’il parvienne au sommet de la montagne. »
Dans la lune, Astolphe est reçu gracieusement par saint Jean, qui le
conduit à l’endroit où sont gardés les esprits des hommes. Il y trouve non
seulement l’esprit des fous, mais aussi d’hommes considérés comme sains,
et en particulier son esprit à lui, Astolphe :
LXXXIII. – « C’est une liqueur si subtile et si fluide qu’elle s’évaporerait
facilement si elle n’était pas renfermée avec soin dans des fioles de toutes
grandeurs et propres à cet usage. La plus vaste de toutes contenait le grand
sens du comte d’Angers. Elle se distinguait parmi toutes les autres, car elle
portait ces mots que l’on pouvait y lire : Bon sens de Roland. »
LXXXIV. – « Sur toutes les autres, on voyait les noms de ceux dont elles
renfermaient le bon sens. L’une d’elles contenait au grand étonnement
d’Astolphe, une grande partie du sien ; mais ce qui le surprit bien plus, ce
fut de voir que beaucoup de personnes de sa connaissance, qui lui
paraissaient avoir une raison telle qu’il ne devait pas y manquer une
drachme, ne devaient en avoir que bien peu, tant était remplie la fiole qui
leur appartenait en ce lieu. »
LXXXVI. – « Astolphe, avec l’agrément de l’auteur du livre obscur de
l’Apocalypse, s’empara de la fiole qui contenait son bon sens ; il se la mit
sous le nez et il paraît que la liqueur qu’il aspira se remit d’elle-même en sa
place. Du moins Turpin avoue que depuis ce moment la vie d’Astolphe fut
pendant longtemps plus sage : malheureusement, une nouvelle folie qu’il
commit par la suite lui fit perdre encore une fois la cervelle. »
LXXXVII. – « Il prit l’ampoule plus vaste et plus remplie que toutes les
autres contenant le bon sens qui distingua si longtemps le comte d’Angers.
Il ne la trouva pas aussi légère qu’il l’avait pensé en la voyant parmi les
autres… »
Le thème de la montagne divine par laquelle on monte au ciel est mené
plus loin encore par un extraordinaire poète contemporain, Malcolm de
Chazal, de l’île Maurice. Une longue intimité avec les montagnes de son île
lui a révélé que ces montagnes sont en réalité de surhumaines statues,
sculptées autrefois par une race de géants, inconcevables. Plus encore, ces
statues sont, non les images des dieux, mais les dieux eux-mêmes.
Ainsi les Grecs, envahissant leur péninsule, ont trouvé les dieux sur
l’Olympe – plus tard, rationalisant, ils ont dit que les dieux habitaient sur
l’Olympe – mais non : les grands rochers de l’Olympe étaient les dieux.
Dieux de pierre bien plus gigantesques encore que tout ce qu’on a imaginé,
et remplacés bien plus tard par des statues qui nous paraissent colossales,
mais qui ne sont que des réductions à un format en somme transportable des
vrais dieux-montagnes.
Dans la véritable antiquité, les hommes allaient à la montagne sculptée
adorer le dieu, et n’auraient pas osé commettre le sacrilège de transporter le
dieu là où cela convenait à l’homme. L’adoration de la montagne a précédé
l’adoration de la statue colosse(24).
« Les montagnes de l’île Maurice – lunaires, fantomatiques, telles des
cartons découpés posés sur les plaines, masses sans épaisseur dans le
lointain, taillées en dents de scie et hiératiques – ces collines et ces monts
bas auraient été sculptées par la main de l’homme, taillés par un peuple de
géants, habitants du Grand Croissant Lémurien. »
Dessin psychanalysé : les cavernes (Adler)

« Sur l’Os du Sinaï est Moïse. Il regarde. Un ami est derrière lui, tapi,
assis, regardant Moïse qui avance vers une pointe de rocher comme pour se
jeter dans le vide. L’homme derrière lui voit, et il est muet : il voit Moïse
qui voit l’Éternel.
« Et les doigts de feu parlent, non venant du Ciel, mais de la roche elle-
même : la pierre se soulève de son lit comme un corps, comme un pré-
Lazare qui ressuscite.
« Moïse ne vit pas Dieu dans les cieux, mais il le vit dans la pierre du
Sinaï : à témoin, il ne rapporta pas la foudre, mais les Tables de la Loi, la
pierre qui avait parlé. »
« Un temps viendra où les églises seront de pierre taillée, grosses
cavernes mises sur la surface des terres, avec des lucarnes. Des hommes s’y
engouffreront comme des termites dans un nid. Loin du soleil, ils prieront.
« Des statues parsèmeront ces cavernes, et feront le simulacre de
symboles, d’où le sens intérieur aura disparu. Des statues vivantes – toute la
vie symbolique – l’homme passera aux statues mortes. L’Église sera
cloîtrée, au physique comme au moral. La religion sera limitée. Et l’oreiller
de Jacob – la roche naturelle – ne sera plus là pour permettre la Descente
des Anges. L’Église des Symboles fera place à l’Église des Statues.
L’idolâtrie sera dans tous les cœurs. »
« Hier, je vis sur la montagne, à gauche du Pouce, une étrange allégorie
dans la pierre. Une femme étendue – positif d’un négatif plus à droite –
fixait le Pouce. Point de sein, jambes repliées et les cuisses étaient à quinze
degrés. Le négatif, l’autre femme invisible, n’avait laissé que son empreinte
dans le roc. Les deux « se nouaient » à distance, car la jambe de l’une
faisait la cuisse de l’autre, et la cuisse de l’une faisait la jambe de l’autre –
sœurs siamoises par le bas.
« Et je me mis à rêver sur cette « étrangeté ».
« Ce matin en descendant vers Port-Louis, je vis la même femme, mais
considérablement grossie, sur un autre versant du Pouce, qu’on appelle
l’Anse Courtois. La femme avait sans doute enfanté, car sa poitrine ne
faisait qu’un seul sein énorme, véritable mont dans le Mont. »

« La Montagne est le plus haut geste inscrit, – plus haut que la fleur,
plus haut même que le feu, car elle contient les premiers et les derniers, elle
est l’Échelle de Jacob absolue, Escalier du Mythe qui est Religion en
Essence, le Mythe qui est fait de mille mythes, mais qui se rejoignent tous
dans le Mythe Absolu, le Seul Réel Total : Dieu.
« La poésie des Monts mène à la Religion des Monts, et de là naît la
Révélation.
« C’est la seule révélation que j’ai connue. Je n’ai fait que lire,
déchiffrer la Bible de Pierre. Je n’ai été que roi des symboles pour un
temps, par la vision illuminée.
« Le Mont m’éblouit de sa clarté, par le soleil qui le surplombe. Je me
mets dans l’ombre d’un taillis. Le Mont penche vers moi comme une tour
de Pise, grâce aux nuages qui passent et jettent la montagne dans mes yeux.
Je me ressaisis et je regarde. »

« Et voici que monte dans la pierre le Roi du Monde. Il est adossé au


Mont. Il regarde l’Univers à 60 degrés de sa Puissance.
« Son sexe pointe, ou serait-ce sa main ?
« Sa chevelure est gonflée et renflée sur sa nuque. Plus de pshent cette
fois : un bonnet carré qui fait couronne. La couronne est une courbe qui
pointe à l’avant et qui dépasse, et qui à l’arrière se noue en pompon, en
nœud de ruban glorieux. »
« Le mont, l’arête de pierre, l’aiguille de roche, le roc quel qu’il soit
présente toujours des manques de quelque sorte, des vides, des plats, des
lieux neutres, où nulle image en repoussé ne s’inscrit. Ce machinal, ce
réglé, n’est donc pas un geste naturel.
« Donc le Mont a été taillé. »

« Le Mont fut taillé. L’homme lui mit un cou, fit sortir tout le corps de
la pierre. Le corps du Pieter Both semble posé sur le haut plateau, comme
un gâteau sur une table.
« Ayant dégagé, les Lémuriens taillèrent des figures tout autour – autant
d’images de dieux sans doute que d’autels correspondants plus bas. Olympe
tout entière dans les nues, mythologie particulière de leur religion
mythique – que les Hindous d’ici ont imitée, par retour instinctif au passé,
par le culte d’Hanuman à l’ouest., et par celui de Mooreeababa à l’est.
« Les Lémuriens qui taillèrent furent ceux de la Chute. »

À l’imagination des grands poètes correspondent les contes populaires.


Il n’est besoin ici que d’y faire allusion : le Petit Poucet et les Ogres, Jean le
Tueur de Géants, et tant d’autres, sont les versions devenues charmantes à
force de dégénérer dans l’humain, de très vieilles histoires que nous avons
résumées ici. Ce que nous avons dit de l’Arioste s’applique encore ici. Nul
n’est obligé de croire aux contes. Par conséquent, on peut libérer dans le
conte tous les désirs.
Car que prouve tout ceci ? De Hugo au Petit Poucet, par Baudelaire,
l’Arioste et Chazal ? La présence à tous les degrés de l’âme humaine, des
poètes de génie jusqu’aux petits enfants, du désir qu’il y ait derrière nous un
passé merveilleux et plein d’aventures.
De l’universalité et de la profondeur de ce désir, la psychologie la plus
moderne va maintenant nous donner l’assurance, et dans des conditions
telles qu’il est impossible de penser que ce besoin de l’homme peut rester
sans satisfaction.
Il y a quelque chose dans la réalité qui correspond à ce désir. Sinon, dit
l’analyse, l’humanité n’est qu’une maladie mentale. Gerhard Adler
écrit(25) : « Que signifie, en langage psychologique, ce monde de l’Au-delà,
dont l’âme tire son origine ?
L’Au-delà est le réservoir des ultimes secrets du ciel et de l’enfer, de la
lumière et des ténèbres, en haut et en bas, positives et négatives. Autrement
dit, c’est le monde de l’inconscient collectif dont nous venons tous. Ce n’est
pas sans raison que le conte de fées de la cigogne qui va chercher les
enfants dans un lac persiste depuis si longtemps – car ce n’est qu’une autre
façon encore d’exprimer la même expérience psychique, le fait que nous
provenons tous de ces grandes eaux. L’homme ne naît pas page blanche et
tabula rasa. Au contraire, il porte cachés dans les profondeurs de son être
des souvenirs d’événements dont il a été témoin dans les temps les plus
archaïques, et des traces d’innombrables actions et réactions qui dépassent
de beaucoup les limites de son existence personnelle, de même que
certaines possibilités individuelles sont perceptibles en lui qui indiquent un
avenir extrêmement prolongé. L’enfant, en particulier, est encore tout
immergé dans le monde des images de l’inconscient collectif, du passé
mythologique de l’homme, passé non encore obnubilé par les réalités
concrètes du présent. »
Parmi ces perceptions présentes dans les âmes « d’événements dont
l’humanité a été témoin dans les temps les plus archaïques », nous n’en
choisirons que quelques-unes. Mais il y en a des milliers. Il faut maintenant
regarder les images, peintures de rêves ou d’états semi-hypnotiques
utilisées par les analystes.
Le serpent qui écrase le monde correspond à l’anneau lunaire qui vient
s’écraser sur tout le tour de la Terre et la détruit en très grande partie (Adler,
p. 120).
La déesse-lune qui chérit le petit animal (Layard, The Lady of the hare,
p. 134) représente la lune bienfaisante à son stade précédent, où elle est la
bienfaitrice de tous les êtres vivants.
Les êtres mi-poissons et mi-humains, qui soutiennent l’astre au-dessus
des eaux où ils plongent, correspondent à l’état du déluge universel, dont
surnagent et survivent des hommes – et un soleil(26).
Le dessin apocalyptique représente la Lune et le Soleil tournant autour
de la Terre à l’approche de la catastrophe lunaire.
L’arbre géant, et les paysages à la fois historiques et civilisés sont des
vestiges rêvés des Andes et de l’Atlantide, sans que ces noms y soient
associés (Adler, planches 14, 16, 17).
Évidemment, nous devons élargir ici la thèse hœrbigérienne ; ce qui est
désigné dans tous ces rêves, ce n’est pas tel ou tel événement défini par
Hœrbiger, mais tout un passé plein de catastrophes, et de renaissances du
genre de celles que nous avons indiquées en suivant les données de la
cosmologie glaciaire.
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L’HYPOTHÈSE SPIRITE INTÉGRALE

Je tire cet exposé de documents mis à ma disposition par M. Arnold, à


l’époque directeur du Psychic Times de Londres, qui m’a déjà fourni des
pièces très intéressantes présentées dans Victor Hugo et les Dieux du Peuple
(La Colombe, Paris, 1948).
J’estime qu’il est utile de présenter une hypothèse dans son intégralité.
C’est portée à son maximum qu’une hypothèse révèle le mieux et sa
puissance explicative et ses faiblesses, et pour la juger, il faut examiner de
près ces deux côtés. C’est ce que nous avons fait pour les idées de
Hœrbiger. Or, je n’ai trouvé nulle part ailleurs de documents spirites aussi
développés et aussi cohérents en ce qui constitue une doctrine. (Il est
important de noter les dates ; ces documents ont été recueillis oralement
entre 1938 et 1948.)
D’abord en ce qui concerne les Aztèques : le mot Aztèques me semble
employé pour désigner l’ensemble des civilisations de la très lointaine
préhistoire dans toute l’Amérique, Nord et Sud. Dans le texte suivant, en
effet, des exemples tirés de la flore de l’Amérique du Sud sont donnés. Les
implications – plus encore, les définitions – ne peuvent appartenir qu’au
secondaire ; même la fin du tertiaire est trop près de nous pour les plantes
géantes et pétrifiées.
C’est une coïncidence curieuse avec la doctrine des théosophes, car, en
général, ces deux écoles – théosophe et spirite – sont en opposition
déterminée. Pour ne citer qu’une preuve – qui n’a rien à voir avec notre
sujet – les théosophes basent toute leur doctrine de la destinée humaine sur
la réincarnation, qu’en général les spirites anglais refusent d’admettre. (Il
faut bien dire « en général », car il n’y a pas de doctrine spirite unifiée,
personne n’ayant qualité, pensent les spirites, pour en proclamer une – en
réalité, chaque spirite pense que lui seul pourrait le faire.)
Voici quelques données essentielles sur les premières civilisations
humaines :
« Les Aztèques et certains arbres ont disparu ensemble : les vrais arbres.
Les arbres d’aujourd’hui sont plutôt des branches des arbres du monde
spirituel – un arbre véritable vous semblerait un mur, étant si grand.
Les Aztèques savaient les voir à cette immense dimension comme les
arbres sont vraiment.
Dans quelques régions côtières de l’Amérique du Sud, sous le lit de
l’océan, il y a une sorte de roche rouge qui n’est pas de la roche, mais de
l’écorce d’arbres engloutis ou enfoncés à l’Est et à l’Ouest des golfes. Sous
la glace, plus au Sud, on trouve la même roche, mais d’une couleur vert
léger, dans l’écorce vue à travers la glace. Et aussi on voit cette couleur
dans le ciel, par radiation.
Tout ceci est en relation avec l’ancienne végétation, quand vous étiez
plus près du Soleil. Le Soleil était beaucoup plus gros.
Ces arbres connus des Aztèques étaient en colonnes ; l’arbre en triangle
est venu plus tard. »
Et voici même un texte qui semble donner information sur des périodes
peut-être antérieures à l’humanité – sur ce qui se passait dans les époques
des insectes géants du primaire et du secondaire – les époques auxquelles
les géologues nous ont permis de faire allusion. Les relations entre les
plantes, les insectes et les hommes, y sont interprétées à la lumière de
sciences maintenant perdues.
« La sphère des parfums comprend les fleurs, les arbres, les ailes des
insectes bienfaisants – et bien d’autres substances qui guérissent.
Dans les cas de guérison instantanée, qui paraissent miraculeux, sont
présents en esprit ceux qui ont dix sortes différentes de sciences. Mais je ne
puis vous définir les dix. Une nous suffit : dans ce cas, la guérison ne peut
pas être instantanée.
Donc par l’une de ces sciences, deux esprits de la sphère des parfums
créent un cône dans lequel il y a une atmosphère tourbillonnant à une
vitesse de 100 000 millions de kilomètres par seconde. Pour vous donner
une idée de ces forces, entre le Soleil et la Terre, il n’y a de vitesse que 300
ou 400 millions de kilomètres par seconde.
Ceci crée, pour vous, un vide, mais, pour les esprits, un cône de parfum
si élevé, à une telle vitesse que l’esprit de ce corps malade peut agir
instantanément et guérir.
À la mort cela arrive souvent. Il y a même un parfum que remarquent
les témoins de la mort. L’esprit revient un moment ou deux pour redonner la
force au corps, de façon à quitter le corps en état d’unité et non en état de
désintégration. Et alors, il arrive que le corps guérisse au lieu de mourir.
Dans ce cas, il y a un autre parfum, plus fort, pas le lys, mais comparable au
parfum normal qui lie l’esprit au corps.
Certains parfums sont utiles dans vos maladies même dans la forme
faible et pauvre que vous connaissez.
Mais aux plantes, il faut ajouter les insectes. Les papillons, les libellules,
la guêpe, l’abeille, sont bienfaisantes en esprit – quoique moins que la
mouche – sans laquelle vous ne pourriez vivre.
Quand les insectes traversent l’espace – l’espace réel, pas le vôtre, ils
ont des réflexions de couleur et de lumière qui se combinent en parfum.
L’insecte qui produit ce parfum n’y perd rien. Il n’est pas blessé. Un
parfum émerge des taches brunes qui sont sur les ailes médianes de certains
insectes. Ce parfum est extrait de la lumière.
Deux bandes de lumière, l’une colorée et l’autre cristalline, sont
transformées en parfum par le mouvement de l’insecte sur une ligne qui suit
la direction de la lumière vers l’avant. Les vibrations de la lumière et de la
couleur sur les ailes de l’insecte produisent le parfum.
Les fleurs produisent le parfum directement.
L’insecte produit le parfum secondairement – car l’insecte produit
d’abord couleur et vitesse – et le parfum vient ensuite de la combinaison
couleur et vitesse.
Il y a des parfums qui ne sont perçus par vous que comme des notes très
aiguës, comme celles de la guitare.
Les parfums, les cris des animaux, la musique, les cris des enfants qui
souffrent sur terre – non certes dans leur esprit, mais physiquement
seulement – les bruits faits par les insectes, une onde qui émane du
muguet – chacune de ces choses joue un rôle comme dans un orchestre
parfait.
Ainsi le caquetage d’un perroquet dans une forêt fait harmonie avec le
sifflement d’un serpent, et les deux ensemble ont une valeur spirituelle,
constituant un acte de l’esprit.
Le bruit fait par un animal terrifiant pour l’homme travaille pour
l’esprit. Il y a des hommes qui, terrifiés par les bruits animaux, s’en sont
servis pour impressionner d’autres hommes, comme si ces bruits venaient
des dieux. En Égypte, dans l’Inde, ces imposteurs ont exploité la peur du
taureau, du chat, du serpent, et même la peur qu’inspire le manque de son
chez certains animaux. Car il y a quelques animaux ou insectes, quoique
bien peu, qui n’émettent aucun bruit.
De l’harmonie des mondes spirituels, les hommes ont créé des divinités
malfaisantes sur la terre, en séparant des éléments qui ensemble sont bons.
Ainsi, en chimie, le sel est bon pour vous, mais le chlore et la soude
peuvent être mauvais pour vous.
Pour apprendre tout ceci à fond, il vous faudrait au moins deux cents
ans. Nous continuerons ces études quand nous aurons quitté la Terre.
Les secrets des parfums s’enseignaient autrefois dans les pays chauds,
où quelque chose de l’ancienne science subsiste encore, en état dégradé.
Mais comme vous le voyez, des abus furent commis, et ces sciences durent
être supprimées. Elles reviendront, non pour servir aux vanités de
l’ornement, comme aujourd’hui, mais pour le bien de la masse. »
Sur l’Égypte, et plus généralement sur l’origine des religions,
l’hypothèse présentée, comme un fait, bien entendu, dans ces textes spirites
du XXe siècle est la suivante :
La civilisation égyptienne – comme toutes les civilisations, actuelles ou
primitives – a été fondée sur une révélation. Par exemple encore – et
quoique cela n’entre pas dans notre sujet – notre civilisation européenne
d’aujourd’hui a été fondée par une révélation des Xe, XIe et XIIe siècles, qui
n’était d’ailleurs qu’une sous-révélation, une partie spéciale de la révélation
chrétienne des 1er, IIe et IIIe siècles. Les révélations qui ont fondé la
religion du Nil venaient d’esprits qui avaient vécu dans l’Ouest et dans le
Sud. L’Oasis sacré de Siva, aux dires des Grecs eux-mêmes, centre très
ancien, a pu être un des commencements de l’Égypte. À l’Abyssinie, nous
avons déjà trouvé des allusions.
Donc, peut-être dix mille ou douze mille ans avant Jésus-Christ, il avait
existé, au Sud et à l’Ouest de l’Égypte, des civilisations spirituellement très
avancées, quoique, matériellement, installées avec une grande simplicité :
des tentes, des fruits naturels, des troupeaux, et qui donc n’ont laissé aucune
trace archéologique. Les esprits de tout premier ordre nourris et exercés
dans ces civilisations de caractère nettement « âge d’or » sont les « dieux »
ou « géants » civilisateurs de toutes les mythologies. Ce sont eux qui
vinrent s’attacher, comme conseillers invisibles mais toujours présents, aux
grands potentats de Ménès à Zoser – et en fait presque s’identifier à l’esprit
de chaque Pharaon à son tour. C’est pour cela que les pharaons furent dits
être « Horus » par exemple, ou « Osiris », ou d’autres encore. Mais ces
grands esprits tutélaires ne guidaient pas seulement le Pharaon : cela
n’aurait pu suffire. Ils vinrent se placer à la disposition de chaque groupe
humain, grand ou petit. D’où l’origine des innombrables dieux de villages,
de villes, de districts, qui donnent tant de mal à nos historiens. Tous étaient
réels. Tous s’occupaient vraiment de la société, familiale, civique, politique
dont ils étaient chargés, en agissant à la fois sur l’intelligence ou les
sentiments des hommes et sur les événements extérieurs. La liberté de
chacun n’était cependant pas infirmée, car les esprits ne pouvaient qu’aider
le bien, de par leur nature, et jamais ne forçaient qui que ce soit.
De cette liberté de l’homme vint la dégénérescence. D’abord du côté des
pharaons : la mégalomanie s’empara d’eux, et aussi l’erreur de croire la
conservation du corps, ou sa représentation colossale en pierre, nécessaire à
la vie de l’âme. Les immenses travaux des premières dynasties étaient donc
en grande partie inutiles, mais cependant, donnaient aux pharaons une idée
tellement sublime de leur importance que la justice, la bonne administration
et donc le bien-être du peuple y gagnaient beaucoup. Si le roi était Horus, il
se conduisait comme Horus, et d’avoir pyramides, temples et statues le
conditionnaient à se conduire comme Horus pendant son règne terrestre : en
justice et bonté.
Du côté du peuple aussi : le peuple aimait (il aime encore) les images
terrifiantes. Il concevait un besoin profond : l’amour des dieux se doublait
de crainte. Sans la terreur, la plupart des hommes n’auraient rien fait. Les
esprits bienveillants ne purent – à cause de la liberté essentielle de chacun –
empêcher les hommes de se faire des images terrifiantes des dieux. D’où les
innombrables superstitions des Égyptiens, leurs voyages aux enfers,
tellement détaillés, les complications animales des statues, des dieux, tout le
terrible attirail de la peur religieuse, qui n’est basée que sur la stupidité
humaine.
D’où en fin de compte, après des millénaires, la nécessité de la chute de
la civilisation égyptienne. Les hommes finissent par aller trop loin. Les
Perses et les Grecs, en somme, et puis les Arabes, vinrent nettoyer une
Égypte spirituellement tombée très bas.
Sur ces décadences, il y a beaucoup à dire. Comme dans l’orthodoxie
chrétienne, on affirme une révélation primitive totale faite par Dieu à
« Adam ». Depuis, le rythme des révélations descend et remonte, et
redescend et remonte : nécessairement, puisqu’il s’agit de faire l’éducation
d’âmes, et de races, tombées très bas, et qui exigent des vérités mises à leur
portée, c’est-à-dire très mélangées d’erreurs. Mais parfois la réussite est
magnifique. Seulement la force humaine s’épuise toujours au bout d’un
temps variable, la race perfectionnée descend ou disparaît, et tout
recommence autrement.
Quelques exemples sont très curieux : si l’on compare le Zohar des Juifs
aux Mille et Une Nuits des Arabes, on constate des ressemblances
formelles, parallèles à des contradictions de fond. En voici une parmi
beaucoup d’autres. La princesse Badroulboudour trouve le jeune prince
endormi et, par une manœuvre que lui enseigne « la nature » dit le conteur
arabe, prend son plaisir avec lui et se fait féconder – avec des conséquences
très amusantes et d’ailleurs heureuses. Le Zohar, bien plus près des sources,
relate que la Matrona, parée de ses plus beaux attraits, éveille les désirs du
Parfait (béni soit-il) dans son état latent et endormi, et ainsi donne naissance
à la création. Dieu ensuite, comme le prince arabe, reconnaît cette création
comme sienne, parce que Dieu n’existe vraiment que quand le monde
existe.
On a ainsi deux versions, l’une paillarde et allègre pour les Arabes, et
l’autre grave et philosophique pour les Juifs, d’une très antique histoire.
Une troisième version est l’égyptienne : Osiris mort, par une manœuvre
magique, féconde physiquement Isis, qui s’étend sur le cadavre reconstitué,
et produit Horus.
Cela postule une tradition bien plus ancienne encore, source des trois.
Au temps de l’Adam premier, on connaissait la vérité. Chaque race humaine
l’a déformée selon ses besoins.
Le jeu arabe sur la princesse Badroulboudour est parallèle à d’autres
jeux. Dans la première Amérique, de grands initiés jouaient avec des
raquettes et des balles une cérémonie sacrée : les balles décrivaient dans
l’air le cours même des astres dans le ciel : si un maladroit laissait tomber
ou s’égarer la balle, il causait des catastrophes astronomiques : alors on le
tuait, et on lui arrachait le cœur.
Aujourd’hui, nous jouons au tennis et au golf.
Des mystères dont dépendait le sort du monde, et auxquels les hommes
se vouaient de toute leur vie risquée et de toute leur âme sont devenus
d’inoffensives distractions.
Notre théâtre a une même origine : la représentation sacrée était la vie
même et la passion de Dieu, et la participation humaine à la fonction
cosmique. Nous avons le théâtre des boulevards.
Et l’Atlantide ? Résultat assez surprenant. J’ai trouvé le texte : « Pour
vous dire la vérité, cette histoire n’est pas arrivée sur la terre » et rien
d’autre.
L’origine de la civilisation étant placée au tertiaire ou même au
secondaire par ces affirmations spirites, le mythe de l’Atlantide n’est plus
très nécessaire. L’effondrement n’est qu’un épisode. Il a pu se passer
ailleurs et être rattaché par erreur à la terre. Mais où ? Sur une de ces sept
planètes, ou de ces sept lunes, invisibles d’ici, et dont le Zohar comme la
théosophie nous ont entretenus. Ce ne seraient pas seulement les hommes
qui seraient originaires de la Lune, ou d’ailleurs : ils auraient apporté avec
eux sur la Terre le souvenir de catastrophes arrivées dans d’autres planètes
et, dans leur ignorance, en auraient fait une légende terrestre. Voilà bien une
hypothèse maximum, mais qui dépasse en puissance poétique les
explications précédentes.
12

LE COTÉ SPIRITUEL. CONCLUSION

Je ne puis pas dire comme Montaigne : « Ceci est un livre de bonne foi,
lecteur », parce que ce livre est trop scientifique. Je me suis contenté de
mettre devant le lecteur quelques théories et quelques rêves sans lui confier
ma propre opinion. Par compensation, je cite un résumé de Bessmertny
(L’Atlantide, p. 120, Payot, 1949), sur l’opinion des hommes de science :
« La cosmogonie glaciaire de Hœrbiger repose sur l’hypothèse que
l’espace interstellaire est rempli par de l’hydrogène extrêmement raréfié –
en état de contradiction avouée avec le système de Kant et de Laplace.
Cette doctrine, celle de Hœrbiger et Fauth, se heurte aujourd’hui à la
résistance des astronomes, physiciens et géologues, qui non seulement, en
général, la combattent, mais la tiennent pour non existante et l’ignorent. »
Je ne suis pas tellement impressionné par les hommes de science.
D’abord, sur un point essentiel, ils ont déjà changé d’avis, en grand
nombre : beaucoup admettent aujourd’hui cet hydrogène extrêmement
raréfié. Ainsi Hoyle et Jeffreys, de Cambridge, déjà cités. Ils n’ont pas pour
cela adopté la théorie de Hœrbiger.
Ensuite, il est trop tôt pour qu’on ait oublié que les premières
découvertes faites sur l’homme préhistorique ont été qualifiées de folie par
tous les hommes de science de l’époque, et nous n’avons pas plus de raison
d’avoir confiance aujourd’hui qu’en 1840, où tous ont refusé Boucher de
Perthes et les néolithiques. Les paléolithiques ne furent officiellement
reconnus qu’en 1863.
Enfin, après une vie déjà longue passée parmi les hommes de science,
j’ai perdu un peu confiance en eux. Sans doute, ils ne tromperaient
personne d’un millionième de centimètre dans l’observation des faits, mais
ils sont très branlants dans toutes leurs théories, et complètement incertains
sur les principes. La science souffre, comme toute notre civilisation, de
l’absence d’une philosophie générale, qui devrait nous fournir à tous
théories et principes, et ne le peut – alors chaque spécialiste se fait
hâtivement des idées générales forcément de plus en plus vagues, et de plus
en plus mal fondées à mesure qu’elles s’élèvent vers les hautes abstractions.
Il reste donc à l’homme cultivé le privilège de ne prendre la science au
sérieux que pour l’observation des faits. Pour les questions religieuses,
politiques ou sociales, l’homme ordinaire doué de quelque bon sens est
aussi bon juge que n’importe quel homme de science.
Or, depuis toujours, le récit des catastrophes cosmiques s’est
accompagné de jugements moraux. Considérons maintenant ce côté
spirituel des mythes de l’Atlantide.
Platon, le premier, explique la catastrophe de l’Atlantide par des causes
morales. Les hommes devinrent pervers, les dieux se mirent en colère et
envoyèrent le désastre :
« Ils tombèrent dans l’indécence – ils apparurent laids – et le dieu des
dieux, Zeus, qui règne par les lois, comprit quelles dispositions misérables
prenait cette race, d’un caractère primitif si excellent. Il voulut leur
appliquer un châtiment afin de les faire réfléchir et de les ramener à plus de
modération » (Critias).
Dans la Bible, les deux calamités furent amenées par la perversité
humaine. On peut mettre au tertiaire hœrbigérien – sinon au secondaire –
l’expulsion d’Adam et Ève du Paradis, et nous en connaissons la cause. Le
déluge de Noé serait soit le déluge tertiaire, si on met Adam et Ève à
l’époque précédente, soit le désastre d’Atlantis : cette fois encore ce sont les
crimes des hommes qui déchaînent la colère de Dieu et des éléments.
Les théosophes, sans donner, je crois, trop de précisions admettent aussi
une dégénérescence des races et des civilisations qui va avec les
cataclysmes cycliques.
Mais dans ce qu’on entrevoit du mythe babylonien on ne trouve pas de
motif moral ; dans les luttes des dieux grecs contre les géants et les
monstres, on ne voit guère non plus de sens éthique ; les Toltèques ne font
intervenir une sorte de morale qu’assez tard : seulement avant la troisième
calamité, lorsque les hommes refusent l’avertissement de Quetz Alcoalt et,
par châtiment, deviennent des singes.
Victor Hugo semble être le premier qui renverse les rôles ; ce sont les
dieux, plutôt, qui se sont mal conduits ; le Satyre chante devant les
Olympiens :
Il dit les premiers temps, le bonheur, l’Atlantide ;
Comment la liberté devint joug, et comment
Le silence se fit sur la terre domptée.
Il ne prononça pas le nom de Prométhée ;
Mais il avait dans l’œil l’éclair du feu volé ;
Il dit l’humanité mise sous le scellé ;
Il dit tous les forfaits et toutes les misères ;
Depuis les rois peu bons jusqu’aux dieux peu sincères
Tristes hommes, ils ont vu le ciel se fermer.
En vain, pieux, ils ont commencé par s’aimer.

Dans la Fin de Satan, Hugo a une explication un peu différente, mais la


raison profonde reste toujours une raison morale et même plus
métaphysique que morale :
Astres noirs du passé, porches de la durée
Sans dates, sans rayons, sombré et démesurée.
Cycles antérieurs à l’homme, chaos, cieux,
Monde terrible et plein d’êtres prodigieux
Ô brume épouvantable où les préadamites
Apparaissent – – le mage
Creuse et cherche au-delà des colosses, plus loin
Que les faits dont le ciel d’à présent est témoin –

(on dirait presque que Hugo connaît Hœrbiger).


Les siècles monstres morts sous les siècles géants

(tout ceci avant les hommes ; puis après d’autres siècles humains).
Le mal avait filtré dans les hommes. Par où ?
Par l’idole ; par l’âpre ouverture que creuse
Un culte affreux dans l’âme humaine ténébreuse
Ces temps noirs adoraient le spectre Isis Lilith.
Alors Noé, suivi des siens, entra dans l’Arche,
Et Dieu pensif poussa du dehors le verrou.

Le principal disciple anglais de Hœrbiger, Bellamy, maintient que la


dégénérescence a suivi la catastrophe, loin de l’avoir causée. Les hommes
sont devenus méchants et cannibales parce que la destruction de leur
civilisation les a plongés dans la terreur et le besoin. Platon avait déjà dit
que le souci des nécessités matérielles détruisait le raffinement.
Mais derrière le côté moral, assez douteux, il y a un désir bien plus
profond chez l’homme. La vengeance divine, appelée par le crime, peut
servir à la rigueur, comme cause assez élémentaire. Mais ce que l’homme
veut surtout c’est la certitude de l’intervention dans son monde d’un autre
monde que le sien.
L’homme désire qu’il y ait un monde « spirituel » et que ce monde des
dieux interfère ici-bas. L’homme seul n’est pas satisfait de lui-même, ni de
sa terre. Il veut qu’il y ait des êtres supérieurs à lui, des dieux, Dieu, et que
ces dieux, ou Dieu, gouvernent la Terre, même si c’est en la châtiant très
durement. Il ne veut pas être seul sur une petite planète inconnue.
D’où l’état d’esprit de Montezuma. Les dieux lui ont fait savoir qu’il
allait périr ; ni lui ni ses Aztèques ne se sont mal conduits ; il n’y a pas ici
de péché à expier. L’empire est prospère, les peuples sont contents : ils se
battront avec héroïsme pour leur chef. Mais les dieux ont parlé. Montezuma
ne se défendra pas. Il laissera mourir son peuple. L’obéissance aux dieux est
bien supérieure à la vie et à la victoire. L’existence des dieux est plus
nécessaire à l’homme que la sienne propre. Et là est la preuve la plus
décisive de l’existence des dieux : que les dieux détruisent les empires et les
hommes. Bossuet se servira de cette preuve tout au long de son histoire, et
ce sera un optimisme.
Le plus haut désir de l’homme est qu’il existe un monde spirituel
supérieur à lui.
Aussi le Zohar construit sept mondes spirituels, qui tous peuvent agir
sur le nôtre.
Ainsi H.P. Blavatsky construit elle-même (ou décrit, puisqu’on les lui a
enseignés) six mondes invisibles en plus du nôtre.
Ainsi nous avons vu les hommes formés sur Terre par l’influence de la
Lune et des mutations brusques causées par sa proximité. Mais cela ne
suffit pas : il faut aussi que les esprits des hommes viennent de la Lune. Les
sauvages de Malekula aussi bien que H.P. Blavatsky franchissent le pas et
affirment l’origine lunaire des ancêtres.
Victor Hugo va plus loin encore : il découvre les âmes solaires, qui
viennent non seulement de la lune, mais des planètes de notre système – et
pourquoi pas de plus loin ?

« Pourquoi l’atome stellaire n’existerait-il pas ?


Compléter un univers par l’autre. Apporter le feu central à la planète –
cette fonction mystérieuse n’existe-t-elle pas ?
Qu’est-ce qu’un génie ? Ne serait-ce pas une âme cosmique ? »
(William Shakespeare.)
« Le soleil est à la fois la source et la fin de tous les grands génies qui
viennent tour à tour habiter un temps les sphères inférieures. La Lune, la
Terre, Saturne, Vénus, etc. »
(UZANNE. Propos.)

Pour Hugo, les enfants viennent directement de ces mondes supérieurs


s’incarner parmi nous :
L’enfant cherche à revoir Chérubin, Ariel,
Ses camarades, Puck, Titiana, les fées
Cette terre est si laide alors qu’on vient du ciel.
Jeanne dort, elle laisse, ô pauvre ange banni
Sa douce petite âme aller dans l’infini –
Elle regarde ailleurs que sur terre –
Ces paradis ouverts dans l’ombre et ces passages
D’étoiles qui font signe aux enfants d’être sages.

Lamartine dit de même :


L’homme est un dieu tombé qui se souvient des cieux

et :
Mon âme est un rayon de lumière et d’amour
Qui, du foyer divin échappé pour un jour
Aspire à remonter à sa source sacrée.

Cette aspiration, si purement exprimée par les poètes, est ce qui donne la
vie à toutes les légendes de l’Atlantide. Les hommes et les femmes désirent
être convaincus de l’existence du monde spirituel, parce qu’ils désirent en
faire partie. La certitude de l’intervention divine dans les catastrophes du
passé est un gage de certitude de la vie éternelle. Ce n’est pas payer trop
cher que de se soumettre aux calamités innombrables.
L’homme a donc le besoin profond d’étendre l’existence humaine :
dans le passé pour se convaincre ;
dans l’avenir pour s’y ouvrir des portes ;
dans les mondes parallèles qu’il appelle spirituels ;
dans l’aventure.
C’est tout cela qu’il cherche dans les légendes de l’Atlantide, comme
ailleurs. Nous sommes ainsi devant le problème ultime :
Que prouve le désir ?
Que prouve le besoin humain ?
Notre désir qu’une chose soit vrai, est-il une preuve que cette chose
n’est pas vraie ?
Il est, au contraire, plus facilement concevable qu’un besoin n’existe en
nous que parce qu’il existe hors de nous quelque chose de satisfaisant pour
ce besoin. Pourquoi aurions-nous faim si dans le monde tel qu’il est il
n’existait rien qui puisse satisfaire notre faim ? Dans la thèse évolutionniste,
nous aurions depuis longtemps perdu ce désir, la faim, s’il ne correspondait
à rien.
Les besoins sexuels ne sont-ils pas conditionnés par l’existence réelle
d’un autre sexe ? Pourquoi nos besoins spirituels existeraient-ils s’ils ne
correspondaient à rien ?
Cela ne veut pas dire que l’image créée en nous pour accompagner ou
diriger le désir soit nécessairement juste. Nous ne connaissons que trop la
fréquente fausseté de nos imaginations. Mais l’erreur que nous construisons
n’infirme pas la réalité à laquelle vise le désir. On peut dire que le besoin
n’existerait pas, si rien dans le monde n’y correspondait.
L’expérience de l’erreur trop souvent répétée a fait conclure trop vite à
certains esprits trop avides de certitudes prématurées que « le monde
spirituel » ne correspond à rien.
Mais on voit, au contraire, que très fréquemment l’erreur de
l’imagination est une diminution de la réalité, et non une exagération. Par
exemple, en cherchant des Indes imaginaires, Colomb a découvert
l’Amérique et quadruplé les dimensions de la terre – en partant d’une erreur
et d’un désir.
Parce qu’une idée est d’origine « psychologique », parce qu’on en voit
la source dans un désir humain, est-elle fausse ? Au contraire.
Parce qu’une donnée est légendaire, est-elle fausse ? Au contraire.
Il faut, au contraire, apprendre à reconnaître derrière toutes les erreurs et
toutes les imaginations la porte qui mène à des réalités plus belles que nos
illusions.
Il me paraît donc raisonnable d’accepter d’abord comme des réalités les
données auxquelles l’évolution du mythe que nous avons étudié accorde
une durée permanente. Et ce sont des données spirituelles. Je le résume sous
la forme la plus abstraite possible.
L’existence humaine sur la terre est beaucoup plus ancienne que les
témoignages actuellement acquis ne peuvent le prouver.
La période, dans laquelle nous vivons et que nous connaissons un peu
n’est concevable que comme faisant partie d’un tout qui s’étend beaucoup
plus loin que notre vue dans l’avenir comme dans le passé.
L’explication de notre existence ne commence à paraître possible que si
nous faisons intervenir l’élément moral, ou « spirituel ».
Le monde est donc infiniment plus compliqué, dans les deux directions
du temps, dans toutes les directions de l’espace, et dans les complications
sentimentales, morales et spirituelles, que la représentation que peut s’en
faire notre intelligence.
Nous ne pouvons cependant accepter comme valables que les images
reconnues raisonnables par notre intelligence critique.
Si nous appliquons ces principes aux problèmes et aux désirs soulevés
en nous par les mythes de l’Atlantide, que trouvons-nous ?
Quant à moi (chacun ne doit parler que pour soi), je suis maintenant
raisonnablement et, modérément, convaincu des points suivants :
que la civilisation est bien plus ancienne que nous ne pouvons
scientifiquement l’affirmer ; et a été souvent liée à des conditions
matérielles si simples qu’elles n’ont laissé aucune trace car la
civilisation est, avant tout, spirituelle.
que plusieurs lunes ont existé avant la nôtre et se sont écrasées sur la
Terre, et que la nôtre fera de même ;
qu’il y a eu sur la Terre des périodes de gigantisme, végétal, animal
et humain ; et que l’évolution physique, comme la civilisation, a eu
des hauts et des bas – d’ailleurs non simultanés sur toute la Terre ;
que dans les Andes et en plusieurs autres endroit du globe, il y a eu
des centres de civilisation extrêmement anciens ; et que les
phénomènes du paléolithique sont plutôt des décadences que des
commencements ;
que les légendes sur l’Atlantide et sur des mondes humains
précédents correspondent à des réalités non complètement oubliées ;
qu’en relation avec les catastrophes, il y a toute une évolution
morale de l’humanité ;
que l’esprit humain – ou l’âme humaine – comme on voudra –
s’étend bien plus loin que nous le savons, dans le temps, dans
l’espace et dans les mondes « imaginaires » que nous ne faisons
qu’entrevoir et que donc ni le système théosophique ni les idées
spirites ne sont à rejeter totalement.
Mais j’estime aussi que ceux qui veulent aller trop loin dans les
précisions s’exposent à de considérables erreurs. L’homme doit savoir jouir
de ses rêves, ne jamais les répudier, mais aussi ne jamais s’attendre à une
réalité qui les exprime complètement tels qu’ils sont. Mon intime
persuasion est que la réalité, connue, sera plus belle encore que le rêve.
Bergson nous a dit que l’univers était une machine à faire des dieux.
Les impulsions qui sous-tendent toutes les idées sur l’Atlantide, depuis
Platon jusqu’à Hœrbiger, témoignent du désir des hommes de devenir des
dieux.
1 Manuel de Préhistoire générale, p. 51, Payot, 1951.
2 The Nature of the Universe, p. 8, Blackwell, Oxford, 1950.
3 L’Expansion de l’Univers, p. 192, Presses Universitaires, 1950.
4 Louis Couderc : L’Expansion de l’Univers, p. 178.
5 Voir Ermond Perrier : La Terre avant l’histoire, p. 255-256 et 302-
304, collection Henri Berr, La Renaissance du Livre.
6 Me sera-t-il permis de me faire ici l’écho d’autres idées
physiologiques qui ont quelques rapports avec le sujet ?
Cette nécessité de l’expulsion prématurée hors du sein maternel
conditionne aussi l’amour maternel : ce puissant instinct est une
compensation du tort fait à l’enfant par une naissance hâtive. La douleur
dans l’accouchement fait partie de l’ensemble : la mère, par amour, garde
l’enfant un peu plus longtemps que ce n’est bon pour elle ; il devient même
un peu trop gros dans le sein ; d’où le danger et la souffrance des
parturitions. On a cru remarquer une association entre la douleur dans la
délivrance et l’amour maternel : seules les races qui souffrent en mettant
bas donnent des preuves d’amour au petit. La raison en serait là : l’amour
du petit incite la mère à le porter trop longtemps et donc fait souffrir la mère
à la naissance ; mais cet amour dure après la naissance ; mais cet amour
dure après la douleur. La raison fondamentale de ces phénomènes physio-
psychologiques est dans la poussée vers le gigantisme : le rejeton tend à être
plus grand que les dimensions maternelles ne le permettent. La fécondation
des femelles de races plus petites par des mâles beaucoup plus grands
expliquerait tout cela, dans certain cas ; dans d’autres, ce serait la tendance
au gigantisme quand la Lune s’approche de la Terre.
7 Tout ce chapitre est un résumé de l’admirable livre de H.S. Bellamy :
Built before the flood – the problem of Tiahuanaco, Faber, London, 1947.
8 Argonauts of the Western Pacific.
9 Stonemen of Malekula. Chatto-Windus, Londres 1942.
Ni Malinovski ni Layard ne sont responsables des idées généralement
exprimées ici ; ils se sont occupés de rassembler soit des faits, soit des récits
des sauvages. Je me sers à nouveau du mot « sauvage », remplacé par le
mot « primitif » – je crois en effet que le mot « primitif » contient une idée
totalement fausse, puisque je considère le sauvage comme un décadent
déchu d’anciennes civilisations. Le vrai « primitif » était un être
extrêmement « civilisé », tel l’Adam de la Bible ou l’Osiris égyptien.
10 Je note que John Layard est docteur en médecine de Cambridge et a
été fait docteur honoris causa d’Oxford après la publication de ce livre.
C’est un des psychiatres les plus renommés de l’Angleterre et, de plus, un
chrétien convaincu. Tout ceci pour qu’on puisse apprécier la pleine valeur
de ce témoignage, appuyé par un autre savant éminent, Deacon (Malekula,
London, 1934).
11 G.-C. Vaillant : The Aztecs of Mexico, Pélican, Londres, 1950, p. 67-
68.
12 Bellamy : In the beginning, Faber, Londres, 1947, p. 172.
13 Les traductions courantes atténuent toutes plus ou moins ce passage,
en particulier le ab initio dès le commencement, que la Bible anglaise
traduit par of old, « anciennement », ce qui atténue le plein sens.
Baruch atteste que l’homme fut créé gigantesque ; les traducteurs
orthodoxes sont obligés d’affaiblir l’expression.
L’office de Pâques, dans sa traduction, interprète : « Et qui faisaient
prendre à ces métaux tant de formes rares et précieuses » pour solliciti sunt.
14 Voir Bellamy : A Life history of our earth, Faber, Londres, 1951.
Chap. VI : La période stationnaire du satellite. Résumé aussi dans
Bessmertny : L’Atlantide, p. 121 s., Payot, Paris, 1949.
15 Ces idées relatives à Colomb me viennent du professeur S.B.
Liljegren (de l’Université d’Upsal) qui travaille à un ouvrage sur ce sujet.
16 The book of Revelation is history. Faber, 1942.
17 Libye est le nom général pour désigner la partie située à l’ouest de
l’Égypte. La Tyrrhénie (plus tard Étrurie) désigne l’Italie occidentale.
18 Cf. Bellamy : Moons, Myths and Men, p. 241., Faber, London, 1949.
19 Bellamy : The Atlantis myth, p. 94 s., Faber, Londres, 1949.
20 Cf. La Religion égyptienne, p. 24, Presses Universitaires, 1944.
21 J.-P. Lauer : Le Problème des Pyramides d’Égypte, p. 93, Payot,
1948.
I.E.S. Edwards : The Pyramids of Egypt, p. 235, Pélican, London, 1947.
Inversement, plus tard, en Egypte, on se dispensa de construire des
pyramides parce que la montagne de Thèbes, où l’on enterra les rois, rendait
le même service.
22 Cf. Guide du voyageur au Congo belge et au Ruanda-Urundi,
éditeur Dupriez, Bruxelles, 1949 : conclusion assez mélancolique du guide :
« Le vieux Ruanda cruel, inhumain, a vécu. » Les géants ne seraient arrivés
au Ruanda qu’au XVe siècle, venant peut-être d’Abyssinie.
23 Entre autres, la plus récente postule chez les anciens Chinois une
connaissance de la physiologie, plus étonnante encore que la science
astronomique postulée par Bellamy. Le dragon serait le spermatozoïde
humain et la lune la cellule femelle fécondée. Or, même des sauvages, s’ils
étaient présents, auraient pu voir l’anneau tertiaire – mais le spermatozoïde
et la cellule fécondée exigent des microscopes.
24 Petrusmok, p. 22, 122, 137-138, 301, 329, 390, 526.
25 Studies in analytical Psychology, by Gerard Adler, Senior
Psychotherapist to the Clinic of the Society for Analytical psychology,
p. 100-101, Londres, 1948.
26 Nolan Jacobi : The Psychology of C.G. Jung, p. 114, et 95, London,
Kegan Paul, 1946.

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