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En Quête D - Histoire Tome 2 M p056-106

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En Quête D - Histoire Tome 2 M p056-106

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ENQUÊTE 3

L’Islam,
une religion ou
un mode de vie ?
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Pèlerinage à La Mecque
en Arabie Saoudite.

Qui sont les


pèlerins ?

?
Pourquoi ces gens
tournent-ils ?
À quoi servent
les tours ?

Est-ce une Que représente la boîte


arène ? un noire au milieu ?
amphithéâtre ?

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1. Dans quel cadre géographique et humain va naître l’Islam ?

2
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4 5


400 500 600 700 800 900 1000 1100
622
Hégire

632 980-1037 1095-1099


Mort de Mahomet Avicenne Première Croisade
476
48
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ENQUÊTE 3

L’Arabie au VIIe siècle

C’est en Arabie, au VIIe siècle, qu’est né l’Islam. Cette religion, fondée


par Mahomet, va unir les tribus d‘Arabie en une seule communauté.
L’arabe, la langue écrite du Coran*, devient la langue commune de
1. L’Arabie au VIIe siècle. tous les musulmans*.

2. Un paysage d’Arabie : le désert, la mon-


tagne et une oasis. L’Arabie est une vaste péninsule, comprenant à la fois une grande
partie désertique dans le nord et des régions fertiles dans le sud,
3. Une caravane. Miniature arabe du XIIIe l’actuel Yémen. Des vestiges mis au jour dans cette région remontent
siècle, BNF.
au IIe millénaire avant J.-C. et révèlent l’existence de civilisations maî-
4. Inscription gravée sur pierre, trouvée dans trisant les techniques de la construction, de l’agriculture, du travail du
le royaume de Saba (au Yémen). Cette bronze et de l’écriture. Le royaume de Saba, par exemple, tirait sa for-
écriture est antérieure à celle utilisée pour tune de ses parfums, de l’encens et de la myrrhe.
transcrire le Coran. Date ?

5. Photo de 1925 : les « Princes du désert ».


Un peuple de Bédouins
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Depuis l’introduction du dromadaire, l’Arabie désertique vivait de


commerce caravanier lié au maritime. Avant cela, les tribus
bédouines dominantes réunissaient à la fois une population séden-
taire dans les oasis et des éleveurs nomades : les activités des uns
et des autres étaient complémentaires. Mais les sédentaires exerçaient
le pouvoir grâce à leur richesse et leur savoir-faire, notamment dans le
domaine de la métallurgie des armes et de la construction des fortifi-
cations. Ce n’est qu’au XXe siècle que l’exploitation du pétrole allait
apporter la prospérité à cette région.

La péninsule arabique est l’héritière des civilisations du Proche-


Orient ; le mot « arabe » est cité dans les annales mésopotamiennes et
dans la Bible. Avant l’ère chrétienne, chaque région possédait sa propre
écriture, sa langue, ses dieux et ses institutions. Ce n’est que peu à peu
que les langues vont s’homogénéiser, sans doute à la suite de l’intensi-
fication des échanges. Au VIe siècle après J.- C émerge une écriture qui
donnera naissance à l’alphabet arabe, celui que Mahomet utilisera.

Les tribus arabes étaient polythéistes, mais peu à peu le mono-


théisme s’est installé : le judaïsme* dans les oasis du nord et dans les
royaumes du sud, le christianisme sur les rives du golfe Arabo-persique.

Une nouvelle religion monothéiste : l’Islam

Dès le VIe siècle, à La Mecque, centre religieux des Bédouins, un dieu


va peu à peu remplacer les autres : Allah, le dieu en arabe. C’est éga-
lement là que Mahomet aurait reçu une révélation – transcrite dans le
Coran – et fondé une nouvelle religion : l’Islam.


1200 1300 1400 1500 1600 1700 1800 1900

1492
Fin de la Reconquista
1492 1789
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2. L’Islam, la religion des Arabes ?

La mission de Mahomet

Au moment où le Prophète commença sa mission divine, l’empire des Arabes était


divisé et la puissance du peuple brisée. Allah réunit les morceaux, calma les esprits
et groupa autour de lui un grand nombre de tribus [...] habitant la péninsule ara-
bique. Elles crurent en lui, se soumirent à son autorité, et rejetèrent leur adoration
pour les idoles et le culte des étoiles. Alors elles proclamèrent la grandeur, la
louange, la divinité et l’unité d‘Allah. Elles suivirent la loi musulmane qui impose de
croire à la création du monde, à sa destruction, à la résurrection, au jugement der-
nier et à la récompense.
De plus, la loi impose le jeûne, la prière, l’aumône (un dixième du revenu), le pèle-
rinage à La Mecque et d‘obéir à tous les commandements...
Le Prophète ne vécut que peu d’années. À sa mort, ses successeurs et disciples
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étendirent les conquêtes islamiques dans le monde.

Said d’Andalousie, Le livre des catégories des nations


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3 4

5 6

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ENQUÊTE 3

Mahomet, un nouveau prophète

1. Mahomet devant la Kaaba. Miniature Né vers 570 à La Mecque, la plus grosse ville de la péninsule arabique,
turque du XVIIIe siècle. Mahomet appartenait à une famille peu fortunée, mais à une tribu
2. D’origine arabe, Abu l-Kâsim Sa’id ibn puissante. Pour gagner sa vie, il conduisait des caravanes*.
Ahmad est né en 1029 à Alméria en
Andalousie (Espagne). Juge et savant Préoccupé par les questions religieuses, Mahomet méditait, s’informait
célèbre, il a vécu à Tolède et y est mort en sur le judaïsme et le christianisme. Selon la tradition musulmane,
1070.
l’ange Gabriel lui aurait révélé la parole divine et lui aurait enjoint de
3. La mosquée d’Ispahan (Iran). la prêcher.
XVIe-XVIIIe siècles.
Mahomet prêche un monothéisme strict : un Dieu tout-puissant,
4. Le minaret de la mosquée de Samara
(Irak) rappelle les ziggourats de la Méso- unique, créateur de l’univers, juge de tous les hommes. Il promet le
potamie ancienne. IXe siècle. salut à ceux qui adorent Dieu, font la prière et distribuent des
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aumônes. Par contre, ceux qui ne s’occupent que de biens terrestres


5. L’Alhambra de Grenade en Espagne.
seront punis. Il se présente comme le continuateur de la lignée des
XIIIe-XIVe siècles.
prophètes, à la suite d’Abraham, de Moïse et de Jésus.
6. La grande mosquée d’Al Ahzar au Caire
(Égypte) a été bâtie au Xe siècle. Cette prédication suscite une réaction hostile chez les riches marchands
de La Mecque qui retirent des profits des pèlerinages païens et des
transactions commerciales. Menacés, Mahomet et ses partisans se réfu-
gient à Yatrib (Médine) en 622. Cet événement, l ‘Hégire, marque le
début de l’ère musulmane : l’an 1 de leur calendrier.

La Kaaba, centre de pèlerinage À Yatrib, Mahomet réussit à répandre sa nouvelle religion et est
reconnu comme le chef de la communauté des croyants, le
Selon la tradition, la Kaaba est un calife*. Il devient aussi chef de guerre lorsque le conflit éclate avec les
sanctuaire bâti par Abraham. Mecquois. Ce n’est qu’en 630 que La Mecque est conquise. Mahomet
C’est un édifice cubique, d’envi- détruit les idoles* païennes et fait de la Kaaba un sanctuaire musul-
ron 12 mètres de côté, recouvert man. Il montre une grande modération à l’égard de ses anciens adver-
d’un voile de soie noire. Il est saires et la population se rallie rapidement à l’Islam. Lorsque le pro-
situé dans la cour de la grande phète meurt en 632, presque toute l’Arabie est devenue
mosquée* de La Mecque. islamique.
Revenu de Médine, en 630, le
Prophète y a placé une pierre Les prescriptions du Coran, prières et rites religieux comme les
noire (noircie par les péchés) règles de la vie sociale s’imposent à tous les croyants. Les juifs et
envoyée du ciel. Le pèlerinage à les chrétiens, qui vivent sur le territoire arabe, parce qu’ils ont en com-
La Mecque, au moins une fois mun avec les musulmans le Livre de la Bible, peuvent continuer à pra-
dans la vie de chaque croyant, tiquer leur propre religion, mais doivent payer un tribut.
fait partie des obligations des
musulmans. Les pèlerins déam- Un immense empire
bulent dans la cour, en tour-
nant autour de la Kaaba, Les successeurs de Mahomet, les califes, entreprennent la conquête
jusqu’à ce qu’ils arrivent à des régions voisines. En un siècle, ils étendent leur pouvoir de l’Espagne
hauteur de la pierre. Seuls à l’Inde, soumettant à l’Islam des peuples variés, tout en tolérant
les musulmans peuvent par- encore la présence de chrétiens et de juifs. La langue arabe s’impose
ticiper à ce pèlerinage. progressivement de l’Afrique du Nord à la Mésopotamie. Au VIIIe siè-
cle, cet immense empire compte de 30 à 35 millions d’habitants, soit
un sixième de la population mondiale de l’époque.

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3. Des nomades bâtisseurs de villes ?

Vers Mossoul
Bagdad, la ville ronde
Grande
Mosquée [le calife] Al Mansur en fit une ville ronde, la seule ville
de Rusâfa
Re

ronde connue dans le monde entier. La ville fut pourvue de


mp

ssé
Fo Palais
art

Port RUSAFA
quatre portes […] Chacune des portes était munie d’une
s

d'al-Mahdî Vers l'Inde


Mosquée et la Chine
d'al Mansour Palais porte de fer à deux battants, haute et épaisse, d’un poids
du Kuld tel que pour l’ouvrir ou la fermer plusieurs hommes étaient
Palais Grande nécessaires. Le mur d’enceinte était entouré d’un avant-
d'al Mansour Mosquée
Port des Califes mur protégé à l’extérieur par une digue. Cette digue faisait
TIG
tout le tour et était bordée d’un fossé, dans lequel l’eau
al RE Vers
Can
Souks Basra était amenée par un canal.
Au centre de la grande place s’élevait le palais, à côté
al
Can
duquel se trouvait la grande mosquée. Le palais n’était
1 entouré d’aucune construction, hôtel particulier ou maison
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d’habitation. […] D’un passage voûté à l’autre, il y avait des


ruelles et des rues, en deçà du mur d’enceinte. Dans cha-
cune de ces rues, habitaient les officiers supérieurs, ceux
qui inspiraient assez de confiance pour être logés à proxi-
mité du calife.
Aucune voie ne rejoignait le mur qui entoure la grande place,
au milieu de laquelle s’élevait le palais du calife. En effet,
toutes les rues et le mur de la place étaient concentriques.

Yakubi, Les pays, 891 (Traduction)


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4 5

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ENQUÊTE 3

La ville dans le monde islamique

1. Dessin de la ville de Bagdad au VIIIe siècle. À la suite de ces conquêtes, les Arabes vont fonder et bâtir des
villes un peu partout dans les territoires qu’ils contrôlent. La plupart
2. Yakoubi était un géographe arabe qui
vivait au IXe siècle. de ces cités existent encore aujourd’hui. Des gens de toutes origines
et de toutes religions s’y côtoient et, dans l’ensemble, ces commu-
3. La ville de Damas (Syrie) au XVIIe siècle. nautés coexistent pacifiquement. Dès le VIIIe siècle, ces villes sont
très peuplées : Le Caire et Cordoue dépassent les 200 000 habi-
4. La citadelle d’Alep en Syrie reconstruite
au XIIIe siècle. tants, ce qui est énorme pour l’époque ! Il faut attendre la fin du XIIIe
siècle pour que Paris et Venise atteignent des chiffres comparables.
5. La ville de Grenade, en Andalousie, pré-
sente aujourd’hui un aspect semblable
Bagdad, ville palais
aux villes islamiques anciennes.

6. Un souk est le mot arabe qui désigne le Carrefour des routes commerciales, la plus grande cité du monde
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marché. Chaque rue est spécialisée dans islamique est Bagdad : elle a probablement compté plus de 500 000
un type de produits.
habitants ! Elle occupe un site de choix sur le Tigre, un des deux
grands fleuves de Mésopotamie, et un canal la relie à l’Euphrate. En
762, près de 100 000 architectes et ouvriers y affluent pour en faire
un joyau : une ville circulaire, aux remparts percés de quatre portes, et
bâtie autour du palais et d’une grande mosquée. Bagdad est protégée
par un triple rempart doublé de douves et ponctué de 360 tours. À
l’extérieur, habitations, activités artisanales et marchés sont répartis en
quatre quartiers, correspondant aux quatre portes. La ville attire mar-
chands, savants et artistes. Aux siècles suivants, des bâtiments sont
détruits pour récupérer les matériaux et élever de nouvelles construc-
tions : des jardins luxuriants et des palais se mêlent à des ruines. La
belle ordonnance du VIIIe siècle a disparu…

D’autres grandes villes

Fonder et bâtir sont des actes décidés par les souverains. Toute ville
comprend un palais, une ou plusieurs mosquées, des souks* et des
hammams*. Elle possède aussi un hôpital public, des dispensaires et
des bibliothèques. Le Caire en Égypte, Fès au Maroc, Kairouan en Tuni-
sie, Cordoue en Espagne, Damas en Syrie… et bien d’autres villes
encore conservent toujours les traces de ce passé brillant.

Des villes forteresses

À partir du XIe siècle, des sultans* turcs supplantent les califes arabes
et des chefs berbères reprennent le pouvoir au Maroc. À la place des
villes-palais, ils font construire des citadelles, défendues par de puis-
sants remparts. Ces forteresses surveillent et défendent tout à la fois
les villes environnantes, les routes commerciales et les caravansérails*.

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4. Un monde ouvert ?

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Les Contes des mille et une


nuits
1 Qui n’a jamais entendu l’histoire
de Sindbad le marin, d’Aladin et
la lampe merveilleuse ou d’Ali
Baba et les 40 voleurs ? Ces récits
sont extraits de contes persans
traduits en arabe aux IXe et Xe siè-
cles. Ils racontent l’histoire du sul-
tan Shâriyâr qui, déçu par l’infidé-
lité de son épouse, la fait mettre
à mort. Afin d’éviter d’être à nou-
Le marchand Ali Cogia
veau bafoué, il décide d’assassi-
“Il y avait à Bagdad un marchand ner chaque matin la femme qu’il
appelé Ali Cogia qui se préparait à
aura épousée la veille. Shéhéra-
faire le pèlerinage à La Mecque. Il se
joignit à la caravane de Bagdad avec 4 zade, la fille du grand vizir, se
un chameau chargé de marchan- porte alors volontaire pour faire
dises. Quand il eut achevé les cesser le massacre. Habile con-
devoirs du pèlerinage, il exposa ses
teuse, chaque nuit, elle raconte
marchandises pour les vendre. Deux
marchands les trouvèrent si belles au sultan un fragment d’histoire
qu’ils se dirent l’un à l’autre : «Si ce dont la suite est reportée au
marchand connaissait les bénéfices lendemain. Le sultan, dont la
qu’il ferait au Caire avec ses mar-
chandises, il les y porterait». Ali
curiosité est excitée, ne peut
Cogia prit alors le chemin de se résoudre à tuer la jeune
l’Égypte. Il y vendit toutes ses mar- femme ; il reporte l’exécution
chandises en faisant un grand profit de jour en jour afin de connaî-
et en acheta d’autres pour les ven-
dre à Damas. Après un long séjour à
tre la suite du récit commencé
Damas, il reprit le chemin de Bag- la veille. Peu à peu, Shéhéra-
dad. Il arriva à Alep puis à Mossoul. zade gagne la confiance de
Mais là, des marchands perses le son mari... Le succès de ces
menèrent à Ispahan. Puis, il les
accompagna en Inde et revint avec contes fut immense, non
eux. Quand il retrouva Bagdad, il en seulement dans le monde
était parti depuis sept ans.” islamique, mais aussi en
Extrait des Contes des mille et une nuits Europe.
3 5

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ENQUÊTE 3

Des échanges de toutes natures

1. Des Vénitiens sont reçus dans une ville Depuis le VIIIe siècle, le monde islamique est un monde ouvert.
orientale. Peinture anonyme, 1511.
Musée du Louvre (Paris).
Des échanges commerciaux
2. Les pièces de monnaie arabes sont recon-
naissables au fait qu’elles ne portent pas D’importantes caravanes traversent toute l’Asie centrale et s’arrê-
de dessin figuratif, mais seulement le
tent à Bagdad avant de faire route vers l’Afrique du nord et les ports
nom du souverain et de l’endroit où elles
ont été frappées. de la Méditerranée. Des bateaux relient les lointains territoires de la
Chine, de l’Inde et de l’Indonésie au golfe Persique et aux ports de la
3. Extrait des Contes des mille et une nuits. mer Rouge.
Un conte est-il le reflet de la réalité ?

4. Coffret en ivoire du XIe siècle. Musée du Des richesses de tous les coins du monde sont déversées sur les
Bargello à Florence (Italie). quais de Bagdad : soie, encre, papier, porcelaine et épices de Chine ;
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5. Miniature arabe de 1287 : un scribe au tra- pierres précieuses, teintures, épices d’Inde. À cela, il faut ajouter le
vail dans la Maison de la Sagesse à Bagdad. coton et les céréales d’Égypte, les verreries et les fruits de Syrie, les tex-
6. Manuscrit enluminé composé en Espagne tiles de Perse, les parfums d’Arabie, les perles du golfe Persique. Les
ou au Maroc au début du XIIIe siècle. esclaves, l’ivoire et l’or arrivent d’Afrique, le cuir d’Espagne ; les four-
rures, l’ambre, les cuirasses et les sabres, de Russie et de Scandinavie.

Toutes les villes du monde islamique prospèrent grâce à ces échanges.

Cette activité économique est à l’origine d’une nouvelle profession :


celle de banquier. Non seulement, ils changent des monnaies, mais
ils pratiquent des techniques bancaires encore inconnues en Occident
à cette époque : un chèque émis dans une ville islamique peut être
encaissé dans une autre ville à des milliers de kilomètres de là.

Des échanges d’idées

Dans les villes islamiques, se rencontrent des philosophes, des


juristes, des scientifiques… mais aussi des poètes et des
artistes. Ils apprécient les débats d’idées, les spectacles où musique et
poésie s’épanouissent. La littérature, comme les Contes des mille et
une nuits, s’est fait l’écho de ces divertissements.

C’est alors que les savants prennent connaissance des manuscrits


des auteurs grecs, qu’ils traduisent en arabe. Au IXe siècle, le calife
fonde à Bagdad, La Maison de la Sagesse : il fait acheter de nombreux
livres, les fait entreposer dans la bibliothèque et recopier en plusieurs
exemplaires.

Circulant san
servi de relais s cesse, les Arabes ont
l’Occident et entre l’Orient et
sciences et de contribué à développer de
6 s techniques. s

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5. Une civilisation seulement héritière de l’Antiquité ?


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ENQUÊTE 3

Une civilisation brillante

1. Des astronomes. Miniature turque du Dans toutes les grandes villes, les autorités font construire des biblio-
XVIIe siècle. thèques. Elles y rassemblent des manuscrits d’auteurs anciens, grecs,
2. Une bibliothèque, miniature de 1287 pro- persans ou indiens qu’elles font traduire en arabe et étudier dans les
venant d’Irak, BNF. écoles. Il existe encore plus de 4 millions de manuscrits arabes, admi-
rablement calligraphiés alors qu’il n’en reste plus que 60 000 en grec
3. Cet astrolabe, fabriqué à Tolède, est un
et 400 000 en latin.
instrument de navigation servant à obser-
ver la position des étoiles et à mesurer
leur distance par rapport à l’horizon. C’est grâce à cela que le savoir antique a été conservé, puis trans-
mis en Europe. C’est aux Arabes que nous devons la traduction des
4. Un des arcs de la salle du palais de Sara-
livres de philosophie d‘Aristote, des théorèmes de Pythagore ou des
gosse, en Espagne, XIe siècle.
traités de géométrie d’Euclide, des résultats des expériences d’Archi-
5. Page d’un Coran du IXe siècle. mède… que nous étudions encore aujourd’hui.
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Grâce à tous ces livres, les savants ont encore fait progresser les
sciences. Ils expliquent la numération décimale des Indiens (les chif-
fres qui vont de 1 à 10 et qui utilisent le zéro), les opérations comme
les additions, les soustractions, les multiplications, ainsi que les racines
carrées et les fractions. Ils mettent au point l’algèbre.

Les médecins sont des précurseurs : ils savent réduire des fractures,
anesthésier des malades, pratiquer des opérations et ligaturer les
artères.
Avicenne, un génie universel
Les marins utilisent des instruments de bord leur permettant de
Ibn Sina, connu en Europe sous le
s’orienter grâce à la position des astres. Ils importent la boussole de
nom d’Avicenne, est un des plus
Chine. Des géographes décrivent villes et régions (bien sûr celles
grands savants du monde isla-
connues à cette époque !) et les situent sur des cartes.
mique du XIe siècle. À 18 ans, il
avait déjà assimilé tout le savoir
Liés à l’architecture, les arts décoratifs témoignent d’un goût pas-
encyclopédique de son temps en
sionné pour l’ornementation : carrelages, verres, briques émaillées,
mathématiques, en sciences et
fresques, panneaux lambrissés décorent les murs, les sols... Les artistes
en littérature. Grand voyageur, il
laissent leur imagination se déployer dans des motifs abstraits, influen-
a circulé de Boukhara, en Asie
cés par leur passion pour les mathématiques et l’astronomie. Le motif
centrale, jusqu’en Perse. Il aurait
le plus connu est certainement celui de l’arabesque*.
rédigé 456 ouvrages en arabe et
63 en persan. Mais il est surtout
Un des arts les plus appréciés et les plus remarquables est la calligra-
connu comme un très grand
phie, c’est-à-dire l’art de tracer les lettres avec élégance. L’artiste qui
médecin, dont les connais-
s’y adonne est particulièrement honoré.
sances ont profondément
influencé les Européens. Son
Pendant des siècles, le monde islamique a fait preuve de dyna-
œuvre était à la base de l’en-
misme, d’ouverture et de tolérance. Grâce à ces qualités, il a
seignement de la médecine
créé une civilisation originale qui a influencé et fait évoluer le
dans les universités depuis le
monde occidental.
Moyen Âge, et était même
encore enseignée en 1909
à l’Université de Bruxelles.

57
2

4
6. Al Andalus, un âge d’or ?
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ENQUÊTE 3

Al Andalus, une cohabitation harmonieuse

1. La Grande Mosquée de Cordoue en Depuis le VIIIe siècle, l’Espagne était occupée par les Arabes.
Andalousie. Photo actuelle. Progressivement, les chrétiens ont reconquis des territoires : le
2. L’Alcazar (ou palais) de Séville construit Léon, la Castille, la Catalogne. En 1492, le dernier territoire, l’Anda-
au XIVe siècle par un roi d’Espagne. lousie, est repris par les rois chrétiens. Mais, jusqu’au XVe siècle, les
Arabes y avaient établi une des plus brillantes civilisations de cette
3. Une noria près de Cordoue.
époque.
4. Consultation médicale. Manuscrit du XIVe
siècle. Bibliothèque nationale du Caire La capitale est Cordoue : superbe ville, la première en Europe après
(Égypte). Constantinople, elle égale Bagdad, Damas et Boukhara. Aux alentours
de l’an mil, elle compte 100 000 habitants, 700 mosquées, 300 ham-
5. Un musulman et un chrétien s’accompa-
gnent d’un luth. Miniature du XIIIe siècle. mams et 700 bibliothèques. Le soir, les habitants peuvent flâner tran-
quillement dans les rues : Cordoue dispose du premier éclairage public
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6. Le jeu d’échecs originaire des Indes a été en Europe !


introduit en Europe par les Arabes. Cette
miniature réalisée en Andalousie au XIIIe
siècle témoigne d’une coexistence paci- Séville, Grenade, Tolède… toutes ces villes ont conservé des vestiges :
fique entre chrétiens et musulmans. superbes palais, belles maisons à étages autour d’un patio entouré de
galeries ouvertes, bains maures, murailles, jardins, mosquées.

L’époque islamique a permis aussi le développement d’une culture et


d’un art de vivre uniques. Les Cordouans étaient déjà célèbres pour
le travail du cuir (on dit aujourd’hui encore cordonniers !). Ils se dis-
tinguaient aussi dans les sciences. Des agronomes et des ingénieurs
ont importé d’Orient des techniques de culture et d’hydraulique qui
ont rendu fertile une terre aride brûlée de soleil. Ils ont aussi amené
l’eau courante dans toutes les maisons de la ville. Objets en bronze, en
ivoire, en céramique, tapis, tissus et autres produits raffinés sortaient
des ateliers des artisans andalous.

Des savants reconnus

5 Ils sont nés ou ont vécu en Andalousie et suscité l’admiration à leur


époque Averroès (1126-1198), a été à la fois médecin, juriste, astro-
nome, grammairien. Ibn Khaldûn, le plus célèbre des historiens arabes,
a fixé les règles de la démarche historienne : être impartial, ne pas vou-
loir plaire, multiplier ses sources, les vérifier, s’en tenir aux faits… Al
Idrîsî (1100-1165) géographe et grand voyageur, a laissé 70 cartes
planes et des descriptions de villes connues de son temps, avec leurs
coordonnées, latitude et longitude. Il a décrit des itinéraires, des
richesses naturelles, ainsi que des productions agricoles et minières en
se fondant sur une observation directe ou sur des témoignages
recueillis auprès de marchands ou de voyageurs.

C’est surtout dans le domaine de la médecine, de l’astronomie


et de la philosophie que les Andalous étaient très avancés et
qu’ils ont influencé les autres savants européens.
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7. Des guerres… destructrices ou enrichissantes ?

Le point de vue d’un auteur libanais

“En médecine, en astronomie, en géographie, en chimie,


en mathématiques, en architecture, les Franj [les chrétiens
d’Europe] ont tiré leurs connaissances des livres arabes
qu’ils ont assimilés, imités, puis dépassés. […] S’agissant de
l’industrie, les Européens ont repris, avant de les améliorer,
les procédés utilisés par les arabes pour la fabrication du
papier, le travail du cuir, le textile, la distillation de l’alcool
et du sucre. On ne peut oublier à quel point l’agriculture
européenne s’est elle aussi enrichie au contact de l’Orient :
abricots, aubergines, échalotes, oranges, pastèques…

[Aujourd’hui] Assailli de toutes parts, le monde musulman


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se recroqueville sur lui-même. Il est devenu frileux, défen-


sif, intolérant… À la fois fasciné et terrifié par ces Franj qu’il
1 a connus barbares, qu’il a vaincus, mais qui depuis ont
réussi à dominer la Terre, le monde arabe ne peut se résou-
dre à considérer les Croisades comme un simple épisode
d’un passé révolu.”

Amin MAALOUF, Les Croisades vues par les Arabes, 1983


2

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ENQUÊTE 3

Les Croisades, un contact brutal…

1. L’assaut de Jérusalem par les Croisés en Entre le XIe et le XIIIe siècle, les chrétiens d’Occident mènent au
1099. Miniature française du XIVe siècle, Proche-Orient des expéditions militaires pour tenter de repren-
BNF.
dre Jérusalem aux musulmans. Ils croient expier leurs péchés dans
2. Amin Maalouf journaliste et écrivain liba- ce pèlerinage armé vers les Lieux Saints, c’est-à-dire les lieux où a vécu
nais est spécialiste du monde arabe. le Christ. Sur les huit Croisades, seule la première atteindra Jérusalem.

3. Vue en plan de Jérusalem au XIIe siècle.


Un bilan contrasté
4. Vue actuelle de la vieille ville de Jérusalem
avec, au centre, l’esplanade du Temple et Sur le chemin de la Palestine, les Croisés massacrent les communautés
le Dôme du Rocher ; à l’avant-plan, le
juives des villes qu’ils traversent. La prise de Jérusalem en 1099 se
Mur des Lamentations.
fait dans un bain de sang. Les populations juives et musulmanes qui,
5. La cité de Venise a été une des principales ensemble, ont défendu la ville ont été anéanties dans leur quasi totalité.
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bénéficiaires des Croisades. Ce tableau


anonyme montre les superbes monu-
ments témoins de son riche passé. Un grand nombre de chevaliers chrétiens s’installent en Palestine. Ils y
créent des États qui ne survivront que deux siècles. Ils s’y mêlent aux
6. Le krak des chevaliers, un château fort populations locales et y construisent des châteaux forts.
transformé par les Croisés en Palestine est
encore visible aujourd’hui.
Aux yeux des musulmans, les Croisés apparaissent comme des guer-
riers sauvages contre lesquels il faut sans cesse défendre l’Islam : c’est
le djihad*, la guerre sainte.

Pour partir en croisade, ils ont dû vendre leurs biens en Europe et sou-
vent libérer leurs serfs. Le transport des troupes et des vivres a fait la
prospérité des ports italiens comme Venise, Pise et Gênes. Par la suite,
Jérusalem, la ville sainte des les pèlerins qui continuent à se rendre en Terre Sainte contribuent à
trois religions monothéistes maintenir l’activité commerciale et bancaire de l’Europe occiden-
tale.
Pour les juifs, Jérusalem abrite les
vestiges du Temple bâti par le roi De nouveaux échanges transforment le mode de vie. Des techniques
Salomon au Xe siècle avant J.-C. sont introduites en Europe : nouveaux bateaux de transport, boussole,
Depuis leur révolte contre les carte marine, moulins à vent… et les chiffres dits arabes inconnus
Romains en 70 après J.-C., il ne jusque là dans nos régions. La canne à sucre, le coton, des fruits
reste que les pierres du Mur des comme l’abricot, mais aussi des tissus, comme les soieries, le brocart…
Lamentations. Ces produits de luxe sont très appréciés dans les châteaux.

Pour les chrétiens, la ville est le


De même, des produits occidentaux pénètrent sur les marchés du
berceau du christianisme, l’en-
Proche-Orient, ainsi que des types de construction et l’art de l’enlumi-
droit où Jésus a prêché et est
nure.
mort.

Pour les musulmans, Jérusalem Au XIIIe siècle, des missionnaires chrétiens font progresser la connais-
est la troisième ville sainte, sance de l’Islam. Malgré la brutalité des contacts, les Croisades
derrière La Mecque et ont eu aussi des résultats positifs.
Médine, d’où, selon leur tra-
dition, Mahomet aurait été
emmené au ciel.

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8. Des traditions immuables ?

Les femmes dans le Coran

O vous qui croyez ! Il n’est pas licite pour vous de vous


déclarer héritiers des femmes contre leur gré, ni de les
empêcher de se marier, dans le but de reprendre une por-
tion de ce que vous leur avez donné, sauf en cas de dés-
honneur prouvé. Dans votre vie commune, comportez-
vous avec elles d’une manière honnête. Si vous éprouvez
de l’antipathie pour elles, c’est comme si vous aviez de l’an-
tipathie pour une source de grand bien créée par Dieu.
Si vous désirez substituer une épouse à une autre épouse
et si vous avez doté l’une d’elles d’un quintal d’or, n’en
reprenez rien. Ce serait un scandale et un crime flagrant !
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Le Coran, Sourate IV, versets 19-22


2

La famille

Tous les textes médiévaux qui évoquent les rapports entre


un homme adulte et sa mère font ressortir la puissance
affective des liens qu’ils entretenaient […] Contrairement à
ce qui se passait sous d’autres cieux, l’attachement d’un fils
pour sa mère ne faiblissait pas avec l’accès de celui-ci à la
vie active… À l’inverse, la jeune femme, dès qu’elle avait
donné naissance à un fils, s’identifiait à lui et préparait son
avenir. Elle vivait dans l’espoir et le rêve, alors que son
époux se complaisait à évoquer son passé. À l’égard du
père, souvent absent de la maison, âgé, lointain, le respect
et la crainte dominaient chez le petit enfant.

Th. BIANQUIS, La famille arabe médiévale, 1986


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ENQUÊTE 3

Un mode de vie entre traditions et nouveautés

1. Un conseil de notables, peinture du XIXe Au moment où Mahomet va commencer à prêcher, les tribus arabes
siècle. Detail. qui étaient encore nomades, vivaient dans le désert et dominaient les
2. Extrait du Coran. paysans qui travaillaient pour elles dans les oasis. Elles contrôlaient
aussi les routes caravanières, le centre de foire et de commerce (La
3. Ce sociologue contemporain étudie l’évo- Mecque), et le centre de pèlerinage (la Kaaba). Les Bédouins nomades
lution de la famille islamique au cours du
ou semi-nomades, vivant dans un milieu naturel difficile, survivaient
temps.
grâce à leur force et leur résistance physique, leur connaissance des
4. À l’école coranique, les élèves appren- ressources, leur expérience des armes. La solidarité familiale était
nent à lire dans le Coran. Un élève agite vitale et l’organisation de la famille en dépendait. Les femmes étaient
l’éventail pour rafraîchir la pièce. Manus-
protégées par leur père ou leurs frères. La naissance d’un garçon, un
crit de 1237, BNF.
futur guerrier, était attendue avec joie. L’homme était désigné, dans
5. Un cadi (juge) écoute les plaintes d’un son nom, comme fils d’un tel, puis lorsqu’il devenait père, comme
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mari et de sa femme. Miniature du XIIIe père d’un tel. Lorsque le père de famille mourait, ses biens étaient par-
siècle, BNF.
tagés entre ses enfants à raison d’une part pour chaque garçon et
d’une demi-part pour chaque fille. Les mariages étaient décidés par les
hommes de la tribu* – père ou oncle paternel- en fonction des inté-
rêts du clan*. C’est pour cette même raison, que, la plupart du
temps, comme chez les chrétiens et les juifs de la région, les conjoints
étaient choisis au sein de la même tribu.

Ces coutumes bédouines ont influencé le droit islamique.


Mahomet s’est inscrit dans la tradition, tout en s’efforçant de la faire
évoluer . Par exemple, il a limité la polygamie à quatre épouses et
demandé qu’elles expriment leur consentement au mariage. Mais, à
une époque où la force physique primait, les femmes ont continué à
être enfermées dans un espace privé de l’habitation. Le voile, porté à
l’extérieur de la maison par toutes les femmes de cette époque, sym-
bolisait la séparation entre les femmes et les hommes étrangers à leur
famille.

Lorsque les Arabes se sont sédentarisés et notamment pour ceux, mar-


chands et artisans qui s’installent dans les villes, la situation de la
famille a évolué. Par exemple, les femmes vont pouvoir disposer de
leurs biens. Les enfants craignaient leur père, souvent éloigné, mais
entretenaient des rapports très affectueux avec leur mère, l’âme du
foyer.

Les changements dans la société et dans l’économie ont


entraîné une modification de la famille et du rôle de chacun de
ses membres.

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Discussion

L’Islam aujourd’hui : entre traditions…


Depuis l’époque de Mahomet, le monde islamique a évolué. Origi-
naire d’Arabie, l’Islam y est toujours présent et majoritaire actuel-
lement, comme dans les pays du Proche-Orient et du Maghreb
(Afrique du Nord). Mais au fil des siècles, il s’est répandu en
Afrique, en Europe, et même en Amérique.
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Aujourd’hui, cependant, ce sont des pays d‘Asie qui comptent le


plus grand nombre de musulmans : Indonésie, Pakistan, Inde et
Bangladesh. Partout où ils se sont installés, les musulmans conti-
nuent à apprendre leur religion dans le Coran et ce dernier est écrit
en arabe : l’arabe est donc resté la langue commune de tous ceux
qui pratiquent l’Islam (comme le latin l’a été pour les chrétiens).

Lorsque les Arabes nomades sont devenus sédentaires, leur mode


1 de vie, nous l’avons vu, a évolué. De même, tout en restant fidèles
à leur religion, les musulmans aujourd’hui sont influencés par la
culture des autres peuples avec lesquels ils cohabitent.

Des représentants des musulmans de toute l’Europe se sont réunis


à Bruxelles les 12 et 13 mai 2007 pour réfléchir à cette évolution
et examiner comment ils pouvaient concilier la spiritualité de l’Islam
et les valeurs universelles.

2 3

1. Miniature représentant des voyageurs à l’entrée d’une bourgade, BNF.


2. Des manifestants turcs veulent que leur pays reste laïc, comme l’avait organisé le président Atatürq (visible à droite, sur le drapeau),
Istanbul, mai 2007.
3. Dans une école religieuse de Karachi, au Pakistan, des élèves lisent le Coran en arabe.

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ENQUÊTE 3

… et ouverture sur le monde ?


En Belgique, il y aurait aujourd’hui, près de 400.000 musulmans.
Entre tradition et modernité, ils occupent une place dans notre
société laïque, tout en s’efforçant de maintenir leur culture et leur
identité propres.
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Comme beaucoup d’autres États, la Belgique est une société mul-


ticulturelle, dans laquelle les particularités des différentes cultures
s’interpénètrent de plus en plus, que ce soit sur le plan alimentaire,
vestimentaire ou artistique.

Un chanteur, comme Mousta Largo, crée des spectacles dans les-


quels interviennent des chants traditionnels de chez nous, de la
musique arabe et des contes : allez voir Ali baba et les 40 conteurs
ou encore Ali au pays des Merveilles !
5
Des Belges de toutes origines ont appris à connaître cette culture,
par des voyages, des spectacles, des lectures, des émissions, des
concerts…

Regardez autour de vous, écou-


tez, observez et cherchez vous-
même des exemples de cette
influence réciproque de diffé-
rentes cultures.
4

4. Le chanteur Mousta Largo.


5. Un restaurant à Liège aujourd’hui.

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ENQUÊTE 4

L’industrialisation,
un progrès pour tous ?
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Aquarelle de Jean DENGIS,


réalisée vers 1950. Elle repré-
sente un châssis à molette
dans un paysage industriel du
début du XIXe siècle.

C’est quoi les pyramides


derrière les bâtiments ?

?
Pourquoi y a-t-il
une roue au-dessus
de la grande tour ? Est-ce que ce sont
des nuages ou de la
fumée dans le ciel ?

Pourquoi l’industrie
est-elle construite Les deux femmes
à cet endroit ? travaillaient là ?

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1. Des paysages en mutation… pourquoi ?

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Produire de la fonte… à quel prix ?

“Pour faire une tonne de fonte, il fallait entre


1200 et 1600 kg de charbon de bois et pour
transformer le minerai en fer ou en acier […],
3200 à 5000 kg étaient nécessaires à la tonne.
Une forge moyenne, […] absorbait à elle seule,
la production annuelle de 2000 hectares de
forêts !”

Jacques BOUCHAYER, Les Chartreux Maîtres de Forges -


Le Fer à travers les âges, Nancy, 1956
3 4

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ENQUÊTE 4

Le visage de la nouvelle révolution industrielle

1. Lithographie. Usine à zinc de la Vieille Au début du XIXe siècle, le paysage de certaines villes se hérisse de
Montagne sur l’Ourthe à Tilff. cheminées d’usines. Des hauts fourneaux crachent leurs fumées
2. « Charleroi la nuit ». noires ou rouges et rejettent des gaz nauséabonds. Sur le puits des
Peinture de Pierre Paulus, XXe siècle. mines de charbon se dressent des châssis à molettes. Les collines
sombres que l’on distingue sont en réalité des terrils, amas de déchets
3. L’analyse d’un historien français, Jacques
déversés aux abords des charbonnages.
Bouchayer, en 1956.

4. Terril de Bernalmont à Liège. Dans les campagnes, les landes ont remplacé les forêts. Les forges et
Photo actuelle. les fourneaux installés le long des cours d’eau, et quand c’est possible
aux abords d’une forêt, consomment du charbon de bois en quan-
5. Maisons ouvrières rue des Larrons à Huy.
Photo du début du XXe siècle. tité telle que la déforestation pose un grave problème environne-
mental et fait augmenter le prix du bois.
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6. Rue de Poix à Saint-Hubert et usines


Nestor Martin, carte postale de 1902.
Dans de grandes fabriques organisées sur le modèle des ateliers, le
travail s’effectue encore à la main. Cependant, dans certaines indus-
tries déjà, des machines mécaniques, manœuvrées le plus souvent par
Caractéristiq
industrielle : ues de la révolution
des hommes, accéléraient le travail.

• remplaceme
usines ; nt des ateliers par des
De grands bassins industriels, dans les régions de Liège, du Bori-
nage et du Centre, regroupent des usines aux activités apparentées. Le
• création d
• main-d’œue vastes bassins industrie
long des cours d’eau et des routes, aux abords des mines de charbon

• besoin de mvre abondante ; ls ; et des sources de minerais, s’installent ou se développent des usines

combustible ;atières premières et de


métallurgiques. Sur le même site, le travail va de l’extraction, non seu-
lement de la matière première, mais aussi du charbon nécessaire à
• machinisme
massif de ma: emploi systématique et
sa transformation en sous-produits ou produits finis.
chines.
Une main-d’œuvre importante est nécessaire pour répondre aux
besoins nouveaux de ces immenses usines. Celle des anciennes
fabriques ne suffit pas. Or, le monde agricole traverse, vers 1845, des
La « Belle Fleur » crises céréalières aggravées par la maladie de la pomme de terre. Les
paysans réduits à la misère affluent vers les sites industriels où ils espè-
Ce châssis à molettes était une
rent trouver un gagne-pain : c’est l’exode rural qui dépeuple les cam-
structure métallique érigée sur le
pagnes. Cette même migration de travailleurs entraîne, dans les zones
puits de mine. Il supportait l’as-
industrialisées, une surpopulation et une réelle crise du logement.
censeur.
Ces mutations, nées en Angleterre au milieu du XVIIIe siècle, ont
Deux molettes guidaient les
atteint presque aussitôt la Wallonie qui devient, pour un temps, la
câbles de l’ascenseur : celui-ci
deuxième puissance économique mondiale.
plongeait verticalement les cages
en transportant hommes et
La révolution industrielle a transformé l’atelier en usine, boule-
matériel dans le puits de la mine.
versé les rythmes de production, les conditions de travail, l’en-
Ces structures, dont la plupart
vironnement et même le mode de vie des milliers d’ouvriers qui
ont été démolies lors de la fer-
s’entassent dans les industries et les charbonnages.
meture des charbonnages dans
les années 1960, font partie
du patrimoine de notre
archéologie industrielle.

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2. Des énergies nouvelles… la solution pour l’industrie ?


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ENQUÊTE 4

Les énergies nouvelles, facteurs de changements

1. Mine de charbon anglaise vers 1790, L’artisanat utilisait les énergies humaine, animale, éolienne, hydrau-
peinture anonyme. lique. Les moulins à vent et moulins à eau, surtout, actionnaient non
2. Un maka (marteau), actionné par la force seulement les meules des meuniers, mais aussi les marteaux et les
de l’eau, permet de battre le fer dans les soufflets des forges, les pilons des foulons, les scies des menuisiers…
forges anciennes. Photo prise au Four-
neau Saint-Michel à Saint-Hubert.
Depuis la fin du XVIIIe siècle, des inventeurs tentent de mettre au point
3. Dynamo de Zénobe Gramme, Musée de une pompe capable d’extraire l’eau qui inondait les galeries de mines et
la Vie wallonne à Liège. aussi d’en rafraîchir la température. En 1769, l’anglais James Watt crée
une machine susceptible d’actionner non seulement des pompes
4. Champ pétrolifère texan. Photo de 1902.
d’exhaure*, mais aussi des marteaux-pilons, des treuils, des souffleries,
des machines de l’industrie textile… La machine à vapeur, alimentée
par le charbon «de terre », est le moteur qui libérera l’industrie des
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Le développe contraintes des sources d’énergie naturelles. Elle permettra le machi-

entraîne : ment des industries nisme* et entraînera la délocalisation des entreprises. Celles-ci quit-
tent les forêts et s’installent désormais près des bassins houillers*.
• la concentr
ati
approprié ; on d’usines sur un site Phénomène reconnu depuis l’Antiquité, l’électricité, n’avait jamais pu
• la surconso
• la disparit mmation de houille* ;
être utilisée dans la pratique. En 1870, le Liégeois, Zénobe Gramme
ion des petits construit une dynamo qui produit du courant électrique à partir d’une
domicile ; métiers à énergie mécanique. La force de la vapeur, celle des chutes d’eau et des
• la mécanis
• la particip ation de l’agriculture ;
marées ont permis de produire l’électricité qui sera transportée par des
fils de cuivre. En plus de son utilisation industrielle, la « fée électri-
ati
dans les indu on financière des banques cité» va entrer progressivement dans la vie de certains foyers avec
stries. l’éclairage et les appareils électroménagers. Plus tard, elle contribuera
au développement des moyens de communication comme le télé-
graphe, le téléphone, la radio, le cinéma, la télévision, les ordina-
teurs…

Un nouveau défi ! Au XIXe siècle encore, le pétrole est le carburant du moteur à explo-
sion. Un ingénieur gaumais, Etienne Lenoir, conçoit, en 1862, un
Les énergies fossiles s’épuisent.
moteur destiné à un véhicule automobile. Après plusieurs mises au
Nos mines de charbon ont été
point, cette énergie entre dans l’industrie et propulse les moyens de
fermées dans les années 1960.
transport. C’est à ce moment que la recherche de « l’or noir» attire
Aujourd’hui, la fluctuation des
dans l’Ouest des États-Unis des prospecteurs avides de s’enrichir et
prix des produits pétroliers a des
que les paysages du Texas, de la Pennsylvanie (par exemple) se cou-
répercussions sur nos industries
vrent de derricks*. Le pétrole, à son tour, entre dans la vie quoti-
et notre mode de vie. Les pro-
dienne. Non seulement, il permet de faire rouler les voitures et les
ducteurs de pétrole sont les
trains, de faire tourner les machines, de chauffer les maisons, mais
principaux décideurs en cette
aussi de fabriquer des sous-produits comme du plastique, du goudron,
matière. Des recherches sont
des tissus synthétiques…
menées afin de remplacer ces
énergies par d’autres, natu-
Les inventeurs disposent de moyens énergétiques pour mettre
relles, renouvelables et moins
leurs réalisations en pratique.
polluantes, comme la bio-
énergie, les énergies
éolienne et solaire…

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3. Des nouveautés… c’est bien. Mais qui en bénéficie ?


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1 2

Les machines réduisent-elles le temps de travail ?

Pour moissonner un are de blé, il fallait :


• en 1850, 15 minutes avec une faux ;
• en 1900, 2 minutes avec une faucheuse-lieuse.

Pour produire un quintal de blé (cent kg), il fallait :


• 200 heures en 1820 ;
• 70 heures en 1900.

Pour produire une tonne de rails, il fallait :


• en 1828, 3200 heures ;
• en 1900, 620 heures.

D’après J. Fourastié et X. Lesourd.


5 6

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ENQUÊTE 4

Technologies modernes et développement industriel

1. La fileuse, peinture de H. De Braekeleer, Le textile et la sidérurgie sont les secteurs économiques dont le
1840-1888. développement est le plus manifeste. Ces activités profitent pleine-
2. Une filature, à Gand, photo de 1902. ment des énergies nouvelles.

3. Les usines Cockerill à Seraing, litho- En Angleterre, l’industrie textile a adopté très tôt celle de la vapeur
graphie de 1854, Bibliothèque Royale,
pour mécaniser les métiers à carder, à laver la laine, à filer, à tisser…
Bruxelles.
En 1798, Liévin Bauwens rapporte d’Angleterre, pièce par pièce, les
4. La coulée à Ougrée, peinture de Constan- éléments d’une machine à filer le coton : la Mule Jenny* qu’il installe
tin Meunier, 1831-1905, Musée de l’Art à Gand. À la même époque, William Cockerill, un ouvrier mécanicien
wallon, Liège.
anglais, démarre à Verviers la fabrication de métiers mécaniques qui
5. Les migrants, peinture de Eugène Laer- vont développer l’industrie lainière, jusqu’alors manufacturière. Ainsi,
mans, 1893. les rendements et, par conséquent, la prospérité s’accroissent.
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6. J. Fourastié et X. Lesourd sont des cher-


cheurs spécialisés en histoire écono- Afin d’implanter un site sidérurgique aux environs de Liège, John
mique. Cockerill, son fils, achète en 1817 le château de Seraing, résidence
d’été des anciens princes-évêques de Liège. Dans le but de créer le
premier complexe industriel intégré, il installe un haut fourneau à
coke. Les usines Cockerill comprennent ainsi des fonderies, des
forges, des laminoirs, des ateliers de construction métallique. Char-
bonnages et mines de fer sont à la base de ces installations d’où sor-
tiront des rails destinés d’abord aux houillères*, des éléments de
ponts, des locomotives, des bateaux et même de l’armement lourd…
Ces activités compteront des implantations dans le monde entier. L’ex-
4 pansion de la sidérurgie nécessite l’extraction massive de charbon :
il faut donc approfondir les puits. Dans les galeries de plus en plus
longues, des wagonnets lourdement chargés sont poussés sur des rails
Nos cousins d’Amérique pour ramener le charbon vers les cages de remontée.

Né de l’appauvrissement de la
Ces transformations du mode de production changent profondément
classe agricole au milieu du XIXe
le mode de vie de bien des travailleurs. Ainsi, les petits métiers à
siècle, un mouvement migratoire
domicile, comme certains forgerons, cloutiers, fileuses, tisserands…
pousse des habitants des pro-
disparaissent peu à peu.
vinces de Brabant, de Namur et
De même, dans les grands domaines agricoles, la main-d’œuvre pay-
de Luxembourg vers le N.E. de
sanne est impitoyablement remplacée par des machines. Déjà frappés
l’État du Wisconsin aux États-
par les crises, désœuvrés, les ouvriers agricoles migrent vers les
Unis. Une colonie belge de 8000
villes ou même vers l’étranger.
émigrants y a fondé une commu-
nauté rurale, unie par la langue
La fortune d’un seul homme ou d’une seule famille ne suffit
wallonne
plus à faire vivre ces usines géantes. Les industriels doivent
Les noms de villages témoi-
recourir à des emprunts auprès des banques.
gnent, en divers endroits, des
origines des habitants ; on
trouve ainsi Namur au
Wisconsin et au Québec,
Bruxelles au Manitoba et
Floreffe en Pennsylvanie…

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4. De nouveaux moyens de transport… au seul service de l’industrie ?


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2 3

Un avantage certain

Les abonnés d’un train ouvrier


s’arrachent de leur couche à
quatre heures du matin pour
rejoindre d’un pas auto-
matique, souvent à de nom-
breux kilomètres de distance, à
travers l’obscurité et les intem-
péries, la gare où ils iront s’en-
tasser dans des wagons pour
gagner, après un nouveau trajet,
la mine ou l’usine qui les gar-
dera jusqu’au soir, refaire
ensuite le même parcours en
sens inverse, rentrer chez eux
à une heure avancée de la
soirée…

Rapport du sénateur Comte Goblet


d’Alviella, 22 janvier 1903.
4 5

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ENQUÊTE 4

Le développement des moyens de transport

1. En présence du roi Léopold Ier, la 1re ligne Le rail


de chemin de fer continentale est inau-
gurée en 1835 entre Bruxelles et Malines.
Le parcours dure 55 minutes à une vitesse La machine à vapeur est introduite dans les chemins de fer. Une pre-
de 40 km/heure. Lithographie. mière locomotive, Le Belge, sort des usines Cockerill de Seraing en
1835. Au début, l’État est le propriétaire du transport ferroviaire. Les
2. La locomotive Le Belge, photo conservée
grands axes, dont les principaux sont encore en service aujourd’hui,
à l’Université de Liège.
datent de cette époque. Ensuite, des sociétés privées obtiendront le
3. Le plan incliné de Ronquières, sur le canal droit d’installer des voies ferrées, destinées à l’approvisionnement des
de Charleroi à Bruxelles. Photo actuelle. bassins industriels. Des ponts sont construits, des tunnels sont per-
cés. L’édification des gares est confiée aux communes.
4. La gare de Namur vers 1910, carte pos-
tale.
En ville, les trams hippomobiles qui circulaient sur rails sont remplacés
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5. Les abonnements ouvriers facilitent les par des tramways. D’abord dotés d’une traction à vapeur, puis équi-
déplacements.
pés d’un moteur diesel ou électrique, ils desservent bientôt les villages.
6. L’écrivain français, Victor Hugo, a visité Montés sur pneus et alimentés à l’électricité, les trolleys empruntent,
la Belgique au XIXe siècle et a décrit eux aussi, les chaussées urbaines.
son étonnant développement industriel,
Au grand désespoir des voituriers*, ces transports nouveaux rempla-
notamment celui des chemins de fer.
ceront peu à peu les voitures privées, les diligences* et les fiacres*,
tous véhicules tirés par des chevaux.

Victor Hugo raconte son premier Trains, trams et bientôt autobus vont briser l’isolement des
voyage en train
campagnes et permettre aux ouvriers de rejoindre plus facile-
« Je suis réconcilié avec les chemins de ment leur lieu de travail.
fer ; c’est décidément très beau [...] J’ai
fait hier la course d’Anvers à Bruxelles
et le retour.[…] C’est un mouvement
magnifique […] La rapidité est inouïe. Les voies navigables
Les fleurs du bord du chemin ne sont
plus des fleurs, ce sont des taches ou Sur les mers et sur les fleuves, la navigation adopte aussi la machine à
plutôt des raies rouges et blanches […]
vapeur. Des canaux sont creusés ou aménagés ; des ponts tournent
Les blés sont de grandes chevelures
jaunes, les luzernes sont de longues ou se relèvent ; des écluses se modernisent ; des ascenseurs à bateaux
tresses vertes ; les villes, les clochers et facilitent le passage d’un niveau d’eau à un autre ; des bassins arti-
les arbres dansent et se mêlent folle- ficiels permettent le chargement et le déchargement des bateaux sur
ment à l’horizon […] Le soir, comme je
les sites industriels. Lorsque l’hélice remplace la roue à aubes* et que
revenais, la nuit tombait. J’étais dans la
première voiture. Le remorqueur flam- le fer supplante le bois dans la construction navale, les grands
boyait devant moi avec un bruit terrible voyages intercontinentaux deviennent fréquents. Les bateaux
[…] Le convoi qui allait à Bruxelles a emmènent des travailleurs migrants, emportent des produits usinés et
rencontré le nôtre. Rien d’effrayant
comme ces deux rapidités qui se rapportent des matières premières destinées à nos industries euro-
côtoyaient […] On ne distinguait pas péennes.
d’un convoi à l’autre […] On voyait pas-
ser des formes blanchâtres ou sombres
dans un tourbillon […] Il y avait de
chaque côté soixante wagons, plus de
mille personnes ainsi emportées, les
unes au nord, les autres au midi,
comme par l’ouragan. »

Extrait d’une lettre de Victor Hugo à sa fille


Adèle.
6

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5. Quel mode de production pour les nouveaux transports ?

L’homme et la cadence du travail

« L’ouvrier ne sait pas ce qu’est l’automobile. Il ne sait pas


ce que c’est que le moteur. Il prend un boulon et il place un
écrou. […] S’il perd dix secondes, […] il restera avec son
boulon dans la main et une retenue sur sa quinzaine. […].
Le geste, il le fait des centaines, des milliers de fois. Il le fait
huit heures de suite. Il le fait toute sa vie. Il ne fait que cela.
[…] Un homme prend une roue, il la met en place […]. Sa
mission dans la vie est simple et solennelle. Il pose la roue
gauche arrière, toujours la gauche, toujours à l’arrière. Il est
habitué à fléchir la jambe droite, la jambe gauche est
immobile. Il est habitué à tourner la tête seulement à
droite. […] Ce n’est déjà plus un homme. Ce n’est qu’une
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1 roue, la gauche arrière. Et la chaîne s’en va plus loin. […]


Autrefois, ils parlaient des langues différentes. Maintenant,
ils se taisent […]. Il y a des Parisiens et des Arabes, des
Russes et des Bretons, des Méridionaux et des Chinois, des
Espagnols et des Polonais, des Nègres et des Annamites [...]
Maintenant, ils sont tous à la même chaîne. […] Graduel-
lement, ils oublient les paroles humaines. […] Ils oublient
tout au monde… Ils continuent à poser leurs écrous. »

Extrait de 10 CV Ilya EHRENBOURG.


2

4 6

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ENQUÊTE 4

Les routes

1. Affiche publicitaire, début du XXe siècle. En Belgique, comme dans les pays voisins, une multitude de petits
2. Ilya Ehrenbourg, écrivain et journaliste promoteurs se lancent dans l’aventure de la construction automobile.
russe a vécu à Paris vers 1930. Leurs recherches permettent le développement et le perfectionnement
3. Photo de l’atelier d’un fabricant de bicy- du moteur à explosion.
clettes, vers 1900.
4. Lithographie faisant la publicité des L’industrie automobile prend réellement son essor lorsqu’en 1903, un
usines Pipe au début du XXe siècle. grand industriel américain, Henri Ford, commence à produire en
5. Photo d’une pionnière belge de l’aviation, série la célèbre « Ford T ». Cette production de masse réduira les coûts
Hélène Dutrieux en 1927. de la fabrication et entraînera, par conséquent, une diminution du prix
6. La SABENA fait sa publicité. 1924. de vente. Dans ce mode de production, les pièces de l’automobile
sont standardisées ; le produit circule d’un établi à un autre et
chaque ouvrier répète toujours le même geste : c’est le travail à la
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Les dangers de la vitesse chaîne. Le gain de temps est financièrement appréciable mais
l’homme est totalement soumis au rythme de la machine. Malgré la
À Paris, le préfet de police Lépine
baisse des prix, l’auto restera réservée aux classes aisées jusqu’au
constitue une « police de roulage»
milieu du XXe siècle.
à partir de 1851 pour assurer « la
conservation des chemins ». C’est
Par contre, à la même époque mais après bien des transformations, la
lui aussi qui décidera de limiter la
bicyclette va rendre d’énormes services aux moins nantis en facilitant
vitesse à 12 km/h en ville et
leurs déplacements. Elle permettra aussi des activités sportives et de
20 km/h à la campagne. Les
détente.
propriétaires d’automobiles, au
nombre de 300 en 1895, doivent
Les moyens de transports routiers vont bénéficier de nouveaux pro-
faire preuve de la maîtrise du
grès. Ainsi, les pneumatiques, d’abord fabriqués à partir de caout-
véhicule. Malgré ces précau-
chouc naturel puis de caoutchouc synthétique à base de pétrole, amé-
tions, en 1907, on déplore
liorent le confort des usagers. Les routes, jusqu’alors empierrées, sont
déjà, à Paris, 223 victimes de
adaptées au trafic : le macadam* rend les déplacements plus sûrs et
la circulation.
plus agréables. Très vite, un code de la route doit réglementer la
vitesse et le mode de conduite.

Une éternelle envie de voler ! Les voies aériennes

Une légende de l’Antiquité


Au XIXe siècle, l’aventure aéronautique tente d’audacieux pionniers
grecque raconte la tentative
qui construisent leur appareil, l’équipent et prennent le risque de l’ex-
d’Icare pour s’envoler dans les
périmenter. Parmi ces aviateurs intrépides, les frères Wright réalisent
airs. Muni d’ailes, dont les
plusieurs planeurs avant de concevoir un avion motorisé à bord
plumes étaient collées à la cire, il
duquel, en 1905, ils parcourent 30 km en 38 minutes.
se serait approché trop près du
Grâce aux exploits du Français Blériot qui traverse la Manche en 1909
soleil et aurait vu ses ailes fondre.
et de l’Américain Lindberg, qui franchit l’Atlantique en 1927, une pre-
Il s’est écrasé sur le sol.
mière ligne aéropostale est inaugurée. Des sociétés d’aviation civile
En 1783, à Paris, les Frères Mont-
apparaissent. En Belgique, en 1923, l’État crée la SABENA. Celle-ci
golfier ont réussi à élever à près de
n’hésitera pas à organiser des vols long courrier, comme la ligne
1000 mètres d’altitude un ballon
aérienne entre Bruxelles et Léopoldville au Congo.
fait de toile et de papier. Gonflé
d’air chaud, il a parcouru
Le développement des industries et les nouvelles énergies ont
2 kilomètres en 10 minutes.
permis la construction de nouveaux moyens de transport.
Réciproquement, ceux-ci ont collaboré à l’essor du commerce
national et international.

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6. Produire… oui, mais à quel prix ?

1
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Vers le salut…

“La voie est obstruée ; nous rampons sur les terres ébou-
lées… il faut déblayer. Nos mains rencontrent des cada-
vres ; nous tirons des lambeaux de vêtements ; c’est horri-
ble, mais il faut avancer quand même. […] Par où aller
maintenant ? Nous manquons de tout : de lumière, d’ali-
ments, de boissons…Noiret a toujours son petit bidon qu’il
a rempli d’eau, dans la bowette (galerie principale taillée
dans la roche) sous les cadavres […].Ce qu’il boit l’empoi-
sonne, on ne saurait dire si c’est du sang ou de l’eau. Et
pourtant, il faut boire. Nous filtrons le contenu du bidon à
travers l’étoffe d’une veste. Nous absorbons quand même
cette boisson qui nous réconfortera.”

Récit d’un rescapé d’un accident dans la mine de Courrières (France) en


1906.
4

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ENQUÊTE 4

La grande misère des prolétaires* au XIXe siècle

1. Gravure extraite d’un rapport parlemen- Les conditions de travail


taire de 1843 sur le travail des enfants
dans les charbonnages belges.
L’industrie exige une main-d’œuvre abondante pour répondre au
2. Vue intérieure d’une filature de coton à rythme des machines et aux exigences des commandes. Les ouvriers
Gand, vers 1835. Gravure. s’entassent dans les usines où on embauche tant que la production
3. Photographie de Gustave Marissiaux en trouve acheteur et où on licencie, sans indemnité, lorsque les stocks
1904, à Liège. ne peuvent plus être écoulés.
4. Témoignage publié dans le journal Le
Réveil du Nord, en mars 1906. Le travail des femmes et des enfants

Les femmes et, jusqu’en 1889 chez nous, des enfants parfois très
jeunes sont embauchés dans les mines, la sidérurgie, les verreries, les
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usines textiles, les carrières, l’armurerie… De ce fait, les écoles ne sont


Les ouvriers
travail péniblevivent des conditions de
guère fréquentées et l’analphabétisme* est très répandu.

• de longues s :
• des danger journées ;
Les journées de travail sont très longues. Il n’est pas rare de pas-

• des salaire s constants ;


ser de 12 à 14 heures à l’usine, avec parfois moins d’une heure pour
s inférieurs a le repas. Les travailleurs quittent leur logis avant le lever du jour et n’y
vital ; u minimum rentrent que tard le soir. Souvent longue, la route entre la maison et
• aucune gar
antie en cas l’usine est parcourue à pied, par tous les temps. Plus tard, des abon-
de maladie. nements ouvriers se généralisent. Ils permettront à beaucoup d’em-
prunter les trains ou les trams à prix réduits.

Les salaires ne suffisent pas à l’entretien d’une famille souvent


nombreuse. C’est pourquoi les parents doivent se résigner à envoyer
leur enfants effectuer des travaux dangereux, insalubres et débilitants.
Vers 1850, un homme travaille une heure pour acheter un kilo de
pain. Les femmes et les enfants sont payés moins que les hommes, ce
qui constitue un gain appréciable pour les patrons. Les salaires peu-
vent parfois être payés sous la forme de « bons d’achat » négociables
seulement dans les magasins de l’usine.

Les accidents sont fréquents et ceux de la mine sont les plus meur-
triers. Pour abattre le plus de charbon possible et gagner un peu plus
d’argent, les ouvriers ne prennent pas le temps d’étançonner les gale-
Un journal français, Le Canard
français, annonce le 23 juin 1837 ries ; des éboulements se produisent ; les coups d’eau et les coups de
la catastrophe survenue dans grisou* menacent la vie des mineurs. Lorsqu’un accident survient, des
une mine de Seraing (Province de centaines de morts sont à déplorer.
Liège). Cinquante-sept ouvriers Les maladies liées à certains métiers sont nombreuses et graves. Les
ont perdu la vie ; parmi eux, on mineurs sont atteints de tuberculose et de silicose*, les enfants souf-
compte des femmes, des frent en plus, de scoliose... Des rapports écrits par des médecins lors
enfants et des vieillards. d’enquêtes menées dans diverses industries en témoignent. Pour les
Le journal illustre l’effroi et accidents de travail, les indemnités versées couvrent temporairement
l’épouvante des parents au la perte de salaire, mais en cas de maladie rien n’est prévu.
moment où on remonte le
panier chargé de cadavres.

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7. Comment vivre à ce prix ?


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Souvenirs d’un mineur borain

« […] le matin, on mangeait deux tartines de pain de deux


kilos, avec du café. Pour le dîner, c’était une tartine quand
j’arrivais de l’école, avec un peu de confiture, ou avec du
fromage et c’était tout ! Quand mon père rentrait, s’il y
avait des pommes de terre, on en grillait ; on était trois, et
il y avait un beefsteak pour mon père seulement ; il nous
donnait à chacun un morceau, gros comme une frite.
Le dimanche et le jeudi, on faisait du bouillon avec un peu
de bouilli. En dehors de cela, il n’y avait pas de viande. Les
œufs, c’était la même chose que la viande. Il y avait du lait
pour mettre dans le café… Au moment de la récolte, on
allait chaparder une pomme, une poire. Les oranges, les
bananes, tout ça, on ne connaissait pas. »

Témoignage de Monsieur Caufriez, mineur borain, né à Pâturages en 1899.


4

La paie du père

« C’était à la cantine ou au café que mon père allait boire


sa pinte quand il remontait ; c’était la tenancière qui avait
touché sa paie et il touchait quand il allait au café après sa
journée […] Cela présentait un danger, parce qu’il y en
avait les trois-quarts, si pas les neuf dixièmes, quand ils tou-
chaient leur paie, il arrivait qu’ils étaient saouls quand ils
rentraient. Et la vie était encore plus dure. »

Témoignage de Monsieur Caufriez, mineur borain, né à Pâturages en 1899.


5 6

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ENQUÊTE 4

Les conditions de vie

1. Photo d’une impasse ouvrière à Liège en Le logement


1897.

2. Photo de la cité ouvrière de Bois-du-Luc La surpopulation des cités industrielles ne permet pas aux ouvriers de
(Hainaut) : chaque maison comprend un se loger décemment. Des propriétaires peu scrupuleux louent des
rez-de-chaussée de 32m2 et un étage. habitations délabrées, voire des caves et des greniers.
Dans les impasses, ou courées*, l’hygiène fait gravement défaut.
3. Faute d’argent, les femmes cherchent des
déchets de charbon pour chauffer leur Plusieurs familles partagent parfois une seule pièce. Les commodités
habitation. Photo de Gustave Marissiaux, sont communes et le WC est à l’extérieur. L’eau courante n’est pas
Ramasseurs d’escarbilles, 1904, Musée installée partout : il y a une pompe dans la rue. L’éclairage au gaz va
de la vie wallonne, Liège.
apporter un léger progrès mais, longtemps, beaucoup ont encore
4-5. Souvenirs d’un mineur borain, Fernand recours à la lampe à pétrole ou même à la chandelle.
Caufriez, né en 1899 à Pâturages. Certains ouvriers, venus seuls de la campagne, doivent prendre pen-
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(province de Hainaut). sion dans des logements collectifs sans la moindre hygiène.
6. L’ivrogne, peinture d’Eugène Laermans, Des patrons font construire des cités réservées à leurs ouvriers. Ceux-
1864-1940. Musées Royaux des Beaux- ci y occupent une maison moyennant un loyer retenu sur leur paie ;
Arts, Bruxelles. s’ils perdent leur emploi, ils perdent aussi leur logement. Dans ces
corons*, on trouve des magasins, des cabarets, parfois des salles de
7. La Commission parlementaire belge qui a
examiné le problème du travail des classe… Ce système qui peut paraître un progrès, permet en réalité,
enfants en 1843, s’est appuyée sur des un contrôle constant des travailleurs et les soumet à la bonne volonté
rapports de médecins comme celui du de l’employeur.
Docteur Peetermans.
Au début du XXe siècle, des communes ou des sociétés de logements
sociaux font construire des cités-jardins plus aérées et plus riantes.
Des logements collectifs
La nourriture
« Les logements des ouvriers forains
[…] qui avoisinent les usines sont tou-
jours encombrés ; les chambres à cou- Se nourrir représente un problème quasi insoluble pour les familles
cher y sont très petites, très basses, ouvrières. Le pain et les pommes de terre constituent la base de leur
[…], malpropres, contenant autant de
lits qu’on peut en placer, continuelle- alimentation quotidienne. Un peu de lard ou de graisse améliore par-
ment fermées, […] Dès que l’ouvrier fois l’ordinaire. La boisson habituelle, outre l’eau, est le café allongé
qui travaille le jour, se lève, son lit est de chicorée et parfois de la bière que certaines ménagères préparent
aussitôt réoccupé par un autre qui a
elles-mêmes. Ce régime non équilibré ne peut fournir les apports
travaillé la nuit… […] Les odeurs
infectes qu’exhalent les pots de nuit nécessaires à une bonne santé et les maladies liées à la malnutrition
remplis de crasse, la transpiration et sont fréquentes. Lorsqu’une épidémie survient, la mortalité est impor-
les vêtements salis et trempés de tante car les gens n’ont pas la résistance suffisante pour y échapper.
sueur, sont insupportables pour
Le choléra, la dysenterie, la tuberculose, la grippe font des ravages
quelqu’un qui n’y est pas habitué. »
dans les cités ouvrières.
Rapport du docteur Peetermans, médecin Bien des ouvriers, abrutis par le travail, cèdent à la tentation de
liégeois, en 1843.
7 l’alcoolisme qui leur fait oublier un instant leur misère. La paie est
bien entamée lorsque l’ouvrier rentre à la maison… et la pauvreté est
encore plus écrasante !
L’insalub
l’alcoolismrité des logements, La rentabilité et la recherche du profit sont les seules préoccu-
conditions e s’ajoutent aux m la malnutrition, pations des industriels du XIXe siècle. Pour eux, le travailleur est
détériorati de travail et contri auvaises un outil qui n’a d’autres droits que celui de produire toujours
on de la s b
anté des o uent à la plus, au moindre prix et dans n’importe quelles conditions de
uvriers. travail.

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8. Charité ou solidarité ?

Un raisonnement étonnant

« Un peu moins de travail […], un peu plus d’exercices au grand air, cela suffirait-
il pour calmer les souffrances des enfants ? [...] Non, c’est du pain qu’il leur faut
avant tout. […] En diminuant les heures de travail, […] on diminuera les salaires
et, donc, les moyens de pourvoir à leur alimentation et à celle de leur famille. […]
On ne prétendra pas mettre à charge de l’industriel le soin de fournir la subsis-
tance des enfants, en l’obligeant à les rétribuer d’une manière égale pour un
nombre déterminé de travail. Ce serait un moyen facile d’exercer sa philanthro-
pie que d’obliger les fabricants à remplir le rôle des bureaux de bienfaisance. »

Propos d’un industriel liégeois en 1843


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La charité pr
3 tient lieu de s ivée
pour les indig ecours
même si certa ents,
communes dir ines
la bienfaisancigent
côté, ou à la e à
des organism place,
religieux. es

5 6

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ENQUÊTE 4

Lentement, des secours s’organisent

1. Organisation d’une journée de bienfaisance Des œuvres de bienfaisance


par la Ville de Liège, lithographie, 1916.

2. La réponse d’un industriel liégeois à Devant toute cette misère, l’État n’intervient pas ou si peu. Seules des
l’enquête de 1843 sur la situation des initiatives privées tentent d’aider les malheureux.
enfants travailleurs.

3. Soupe populaire et distribution de pain aux Des bourgeoises, émues par la misère qui règne dans les corons,
grévistes, à Alost en 1913. distribuent une aide sous forme de vêtements, de vivres…
Des associations caritatives, comme l’œuvre de Saint-Vincent de
4. Propagande organisée dans les Écoles par la
Paul, aident les familles dans le besoin. Des centres de plein air accueil-
Caisse d’Epargne et de Retraite.
lent des enfants affaiblis par la maladie ou la malnutrition.
5. La Populaire, coopérative et Maison du Ces actions paternalistes* ne constituent pas un droit, n’impliquent
Peuple, Place Saint-Lambert à Liège.
aucune protection sociale et ne permettent pas à l’ensemble du
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6. Les pensions. Affiche politique, Musée monde ouvrier de mener une vie décente.
Royal de Mariemont. La création de la Caisse d’Épargne et de Retraite, en 1865, a pour
mission d’encourager l’épargne dans les classes populaires. Certains
parviennent ainsi, par le biais de sociétés de logements sociaux, à
Une petite ville bourgeoise acheter la maison qu’ils occupent. Encore faut-il pouvoir épargner !
organise l’aide à ses indigents
Les premiers pas de l’aide sociale
À Namur, dès le début du XIXe
siècle, un bureau de bienfaisance
géré par le bourgmestre, distri- De véritables changements ne surviendront que lorsque les ouvriers
bue des vivres et du charbon, prendront leur sort en mains. Des sociétés mutualistes*, encoura-
paie « un médecin des pauvres», gées par une loi de 1851, tentent d’instaurer des caisses de secours
des sages-femmes, et procure temporaires accordés à leurs membres en cas de chômage, de mala-
des médicaments aux nécessi- die ou d’invalidité, ainsi qu’à leur veuve. La création de caisses de pen-
teux. Des curés dispensent aussi sion n’a pas le succès espéré car les ouvriers ne trouvent pas toujours
des dons à leurs paroissiens, l’argent nécessaire pour payer la cotisation requise. D’autre part, la
après la messe du dimanche. Des position générale du patronat est de ne pas intervenir dans ces situa-
religieuses, comme les Petites tions si dramatiques soient-elles !
Sœurs des Pauvres et les Sœurs
de la Charité, des confréries, En procédant à des achats groupés de marchandises : alimentation,
comme celle de Saint-Vincent- vêtements, charbon, médicaments… des sociétés offrent, dans des
de-Paul, apportent également magasins appelés coopératives, des prix inférieurs à ceux des autres
des secours aux plus démunis. commerces dont ceux des patrons. Les « coopérateurs », moyennant
Des dames de la bourgeoisie une participation unique reçoivent, chaque année, une ristourne pro-
organisent des «ouvroirs* » où portionnelle à leurs achats.
des jeunes filles pauvres vien- Dans les campagnes, des coopératives agricoles achètent des
nent coudre des vêtements semences, stockent les céréales, vendent des engrais… et allègent le
destinés aux indigents. coût de ces produits pour les agriculteurs.
Hospices et hôpitaux prodi-
guent des soins aux pauvres,
Une lente prise de conscience du sort des travailleurs suscite les
aux mendiants et accueillent
premières manifestations d’une solidarité privée qui n’est que
les enfants abandonnés. Un
ponctuelle et ne constitue pas un droit reconnu.
mont-de-piété* prête de
l’argent sur gages.

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9. Un monde de contrastes ?

1 2
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Une expulsion

« Le lendemain, le maître valet du château vint dire à


ma mère qu’à cette heure elle ne pouvait plus faire
marcher la métairie toute seule, et qu’il nous fallait
partir tout de suite pour laisser la maison à celui qui
nous remplaçait, à cause d’un travail en retard depuis
deux mois. Quoi faire ? Où aller ? Nous ne savions. »

3 Un jeune paysan du XIXe siècle raconte son malheur.

Une journée bien remplie

6 h 00 : descendre, être coiffée, avoir fait sa chambre.


6 h 30 : faire la salle à manger.
7 h 00 : faire les poussières de la cuisine.
7 h 30 : déjeuner.
8 h 00 : préparer le dîner.
8 h 30 : débarrasser la table, mettre la table du dîner.
9 h 00 : selon les jours : lessive, vitres, grand nettoyage.
11 h 00 : mettre les pommes de terre au feu, continuer
l’horaire du jour.
11 h 30 : faire le dîner.
12 h 00 : servir le dîner du petit.
12 h 15 : dîner.
13 h 15 : vaisselle, laver la cuisine.
Après-midi : selon horaire ; et préparer le souper pour
20 h 00.
Après quoi, il faut ranger la cuisine avant d’aller se cou-
cher sans bavarder avec les autres.

Extrait de Des femmes dans l’Histoire en Belgique depuis 1830,


4 édition Luc Pire, 2006. 5

84
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ENQUÊTE 4

La belle époque de la bourgeoisie

1. Château de La Hulpe, acheté par Ernest Le développement économique a été possible grâce à la bourgeoisie
Solvay en 1893. Photo actuelle. industrielle qui investit son argent dans les entreprises et qui en
2. Château-ferme de Falaën (Onhaye, Pro- favorise l’activité. De grands noms sont encore liés à cette expansion :
vince de Namur). Construit vers 1670. Cockerill, Boël et la sidérurgie, Warocqué et les houillères de Marie-
La ferme est toujours exploitée, mais mont, Ernest Solvay et l’industrie chimique, Nestor Martin et les appa-
abrite aussi un musée et une confrérie
reils de chauffage en fonte émaillée…
folklorique. Photo actuelle.

3. Extrait du roman d’Eugène Leroy, Cette bourgeoisie mène une vie luxueuse. Elle vit dans des hôtels de
Jacquou le Croquant. L’histoire se passe maître, à plusieurs étages, richement meublés, décorés de tapisseries
au début du XIXe siècle.
et de tableaux. Elle se fait construire ou rachète de véritables châteaux.
4. Témoignage d’Irma Ponlot, servante, Elle organise de somptueux festins où la vaisselle, d’argent ou de por-
dans la famille Dumont de Chassart en celaine fine, et les cristaux ornent les tables. Il faut faire étalage de
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1937. sa richesse. De nombreux domestiques assurent le service. Il s’agit


5. Coupe verticale d’une maison de maître souvent de jeunes filles venues de la campagne qui reçoivent un mai-
à Paris, vers 1845. Gravure par Bertali. gre salaire et sont logées dans les chambres de bonne , sous les toits,
sans confort, ni chauffage. Cochers, palefreniers, jardiniers, chauf-
6. Un sport venu d’Angleterre.
feurs… font aussi partie de la domesticité d’une grande maison.
7. Affiche publicitaire des thermes de Spa Les enfants de la bourgeoisie sont confiés à des gouvernantes, par-
au début du XXe siècle. fois même à des nourrices à la campagne. Les garçons reçoivent une
éducation soignée, soit auprès de précepteurs qui enseignent à
domicile, soit dans des collèges. Les jeunes filles sont instruites, sou-
vent dans un pensionnat religieux et éduquées, en vue de leur futur
rôle de maîtresse de maison. Elles y apprennent l’art de recevoir, la
broderie, le chant, la musique… Elles épouseront le fiancé choisi par
leur père dans la « bonne société », parfois même un noble ruiné qui
en échange de son titre, espère se refaire une fortune grâce à la dot
de sa femme. Les mariages sont des alliances destinées à préser-
6 ver le patrimoine, qu’il soit foncier ou industriel.

La bourgeoisie rurale, celle qui vit de l’exploitation de ses


domaines agricoles, adopte le mode de vie des nobles châtelains. De
grandes fermes, équipées de machines performantes, ont absorbé les
petites exploitations. Sous les ordres du maître ou d’un régisseur, des
valets de ferme accomplissent les tâches agricoles ; le service de la
maison est confié à des servantes.
Ici et là, des petits fermiers* continuent à exploiter à la main un bout
de terre, peu rentable faute d’engrais. Ils y élèvent quelques bêtes. La
propriété, cependant, appartient à un bourgeois auquel ils doivent
payer un loyer. Si le prix des céréales baisse, si une maladie survient,
si le propriétaire veut récupérer sa terre… c’est la misère la plus noire
qui s’installe.

Le luxe de la bourgeoisie industrielle et la richesse des proprié-


taires terriens côtoient, au quotidien, la misère des ouvriers
d’usines et des travailleurs agricoles.
7

85
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10. Des droits reçus ou des droits conquis ?

La nécessité de l’instruction

« Je vous demande de quel droit vous privez de toute ins-


truction tant de milliers d’enfants. Il est de plus en plus dif-
ficile à l’homme qui ne sait ni lire ni écrire de devenir un
ouvrier capable. La lutte, pour lui, devient de plus en plus
ardue. […] Moi, fils d’ouvrier, frère d’ouvrier […] je vous le
demande. [..] De quel droit ne voulez-vous pas de l’obliga-
tion scolaire dont notre classe profiterait ? »

Extrait d’un discours d’Edouard Anseele, en 1899


1
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En 1886,
les bassins des grèves violentes
belge vote industriels. Le Pa secouent
petit à pet alors des lois qui vo rlement
it les droit n
s des travat garantir
illeurs.

4 5


1600 1620 1640 1660 1680 1700 1720 1740 1760 1780 18 00

1769
Machine à vapeur
de Watt
1789
86
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ENQUÊTE 4

L’amélioration du sort des travailleurs

Une apparente résignation


Si les travailleurs ne se révoltent pas contre leur sort, c’est que leurs
1. Extrait d’un discours d’Edouard Anseele, longues journées de travail ne leur laissent ni le temps, ni la force de
député socialiste de l’arrondissement de s’organiser en vue d’une action. Comme la plupart sont analpha-
Liège, en 1899. bètes ils ne peuvent lire les tracts que distribuent les meneurs. De
plus, jusqu’en 1866, les rassemblements ou coalitions sont inter-
2. Extrait d’un calendrier de 1887. Incendie dits par une loi. Ceux qui tentent d’organiser un meeting* risquent
de la verrerie Baudoux et de la maison du
patron à Jumet, près de Charleroi, en
jusqu’à cinq ans de prison.
1886. En outre, un livret accompagne obligatoirement chaque
ouvrier : son état civil, son signalement, les différentes entreprises où
3. Extrait d’un calendrier de 1887. Des sol- il a été employé et les raisons – réelles ou non – de son départ, volon-
dats chargent les verriers à Jumet en taire ou contraint, y sont inscrits.
1886.
Les syndicats et les partis ouvriers
4. Photo d’un défilé syndical le 1er mai 1889.
À la fin du XIXe siècle, des associations de travailleurs se créent. Le but
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5. Affiche syndicale en 1931. de ces syndicats est d’obtenir une amélioration des conditions de
travail. Pour cela, ils organisent des meetings, appellent à la grève,
réclament le droit de vote pour tous… Beaucoup de syndicalistes
Enfin, un peu de répit ! sont arrêtés, condamnés et emprisonnés. Mais le mouvement est en
marche.
En 1905, le congé du dimanche,
Le suffrage universel* est une revendication importante portée par
en plus d’un temps de repos, per-
un nouveau parti politique : le Parti Ouvrier Belge créé en 1885,
met des distractions. Des clubs devenu depuis le parti socialiste. Après la Première Guerre Mondiale,
sportifs s’ouvrent : le football et en 1919, le droit de vote est accordé à tous les hommes âgés de
la balle pelote attirent joueurs et 25 ans. Les femmes, elles, ne peuvent alors voter que pour choisir les
spectateurs. Lors des kermesses* membres des conseils communaux. Ce n’est qu’en 1948 qu’elles
ou ducasses*, la fanfare sillonne obtiendront les mêmes droits civiques* que les hommes.
les rues ou donne l’aubade sur le
kiosque.* Les lois sociales, garanties des droits
Des jeux populaires animent les De nouvelles lois votées par le Parlement* belge changent pro-
rues, des concours agricoles gressivement le visage du monde du travail. Dorénavant, les
récompensent le meilleur bétail. enfants ne peuvent plus travailler avant 14, puis 16 ans. L’enseigne-
Un bal populaire, animé par un ment est obligatoire et gratuit. Les conditions de travail sont préci-
accordéon, clôture les réjouis- sées, les salaires sont garantis. En 1905, le dimanche devient un jour
sances. de congé obligatoire ; la semaine de travail va être ramenée à 48, puis
45 heures. En 1936, les congés payés sont prévus par la loi.
Avec les congés payés en 1936,
Le travailleur est protégé et indemnisé lors d’une maladie, d’une inva-
le camping et les vacances à la
lidité ou de la perte de son emploi. Des allocations familiales aident
mer deviennent possibles dans
les parents à éduquer leurs enfants. Une réglementation de la sécu-
certaines familles ouvrières, rité au travail est, peu à peu, mise en place. Aujourd’hui, ces amélio-
tandis que des mouvements rations ne sont plus considérées comme des avantages mais comme
de jeunesse et des mutuelles des droits acquis.
proposent des séjours de
Dans bien des régions du monde, ces droits ne sont pas encore
vacances ou des activités
reconnus. Des hommes, des femmes et des enfants sont
ludiques aux jeunes. aujourd’hui encore soumis à des conditions de travail et de vie
semblables à celles qu’ont dû subir les ouvriers du XIXe siècle.


18 00 1820 1830 1840 1860 1880 1900 1914 1920 1936 1940 1960 1980 2000
Indépendance de la Belgique Instruction obligatoire 1ers congés payés

1835 1886 1914-1918 1919 1939-1945


1re ligne de chemin de fer Grandes 1re guerre Suffrage 2e guerre
entre Malines-Bruxelles grèves mondiale universel mondiale 2 cm = 20 ans

87
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Discussion

Le travail des enfants hier…


Au XIXe siècle, les industries emploient des enfants dans Elle limite aussi la durée du travail des jeunes de 12 à
les mines, l’industrie textile, les verreries, les carrières… 16 ans (21 ans pour les filles) à 12 heures par jour. Cette
Dans la mine, garçons et filles, en raison de leur petite loi ne vise que les industries jugées dangereuses,
taille, sont envoyés dans les galeries les plus étroites ; ils comme les mines, les chantiers, les carrières…, et là où
y ouvrent les portes, poussent des wagonnets remplis on utilise des machines à moteur.
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de charbon, ou bien conduisent et nourrissent les che- Ces lois sont assorties d’une obligation scolaire pour les
vaux de fond. enfants de moins de 14 ans. Chez nous, une telle loi est
Dans l’industrie textile, ils sont chargés de rattacher les votée en 1914, mais ne sera mise en pratique qu’après
fils sous les métiers à tisser, au risque de se faire happer la Première guerre mondiale.
le bras par la machine. Dans d’autres industries, les
risques d’accidents et de maladies ne sont pas moin- Mais… seront-elles appliquées ?
dres. Dans l’agriculture, ils partagent la lourde besogne
de leurs parents, sans percevoir de revenus.
« Je suis née en 1905. à 9 ans et demi, pendant la
Des lois tant attendues ! guerre 14-18, je travaillais au charbonnage du Poirier. Je
gagnais 75 centimes par jour. J’y allais de 6 h du matin
En France, la loi du 18 mars 1841 limite le temps de tra- à 6 heures du soir. Il y avait un tapis roulant et il fallait
séparer le charbon des cailloux. à 13 ans et demi, je
vail des enfants à 8 heures pour les 8-12 ans, 12 heures devais aussi tirer les chariots hors de la cage. […]
pour les 12-16 ans et interdit le travail de nuit ( entre 21 Puis, je suis allée travailler dans une verrerie. J’avais 16
heures et 5 heures) pour les moins de 13 ans . ans, mon père venait de mourir et il fallait nourrir la
famille. On y gagnait plus, mais je ne m’y plaisais pas. Je
En Belgique, la loi du 31 décembre 1889 interdit, sauf
tirais les grilles des fours ; mes cheveux étaient brûlés.
dérogation, le travail des enfants de moins de 12 ans. […] Je n’y suis pas restée. Ma mère ne voulait plus car
c’était un milieu trop mauvais. Je suis revenue au char-
bonnage Saint-André. J’y suis restée plus de vingt ans. »
« Où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit ?
Ces doux êtres pensifs que la fièvre maigrit ? Témoignage d’Alphonsine, ouvrière.
Ces filles de huit ans qu'on voit cheminer seules ?
Ils s'en vont travailler quinze heures sous des meules ;
Ils vont, de l'aube au soir, faire éternellement
Dans la même prison, le même mouvement.
Accroupis sous les dents d'une machine sombre,
Monstre hideux qui mâche on ne sait quoi
dans l'ombre,
Innocents dans un bagne, anges dans un enfer,
Ils travaillent. Tout est d'airain, tout est de fer.
Jamais on ne s'arrête et jamais on ne joue.
Il fait à peine jour, ils sont déjà bien las... »
1
Victor HUGO, Mélancholia Extrait des Contemplations 1856.

1. Jeunes enfants occupés au triage du charbon, dans le Bassin de Charleroi. Photo de Gustave Marissiaux. Série La Houillère
(1904-1905)

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ENQUÊTE 4

Et aujourd’hui, ce problème est-il totalement résolu ?


Aujourd’hui, rien que dans les pays en voie de développement, 250
millions d’enfants de 5 à 14 ans sont obligés de travailler pour sur-
vivre ou pour aider leur famille à subsister. Pour la moitié d’entre
eux, il s’agit d’un travail à temps plein. Les autres combinent tra-
vail et école.
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Cette pratique touche également des enfants qui vivent dans les
pays développés. Vente de fleurs dans les restaurants, pose pour
des photos, réalisations de clips, distribution des journaux publici-
taires… tout cela afin d’obtenir de l’argent de poche, d’aider les
parents ou de satisfaire les organisations de traite des êtres
humains qui les exploitent.

Des droits bafoués ?

Et pourtant, en 1989, une Convention internationale des Droits de


l’Enfant stipule bien que le travail des enfants est interdit, sauf sous
certaines conditions très sévères. Elle rappelle qu’aller à l’école est
un droit pour tous. Actuellement, 192 pays ont signé cette conven-
2
tion. La Belgique a été parmi les premiers États à y adhérer.

« Victime de trafiquants d’enfants. Je Ces documents vous permettent de comparer la situation


m’occupais de la maison dans laquelle vécue par des filles et des garçons, au XIXe siècle et même
j’étais hébergé. Mais après, on m’a au début du XXe siècle, à celle que vivent, aujourd’hui
envoyé dans les carrières où je passais
encore, certains enfants. Pour approfondir votre réflexion
mes journées à casser des pierres du
lundi au samedi. On se levait le matin sur ce sujet toujours d’actualité :
vers 5H et on partait sans rien avaler. Le ➪ récoltez des documents qui décrivent la condition
midi, on nous servait de la farine de d’enfants travailleurs, hier comme aujourd’hui, ici
manioc. Le travail se terminait vers 20H,
et, le soir, on devait préparer notre repas et ailleurs ;
avec ce qu’on nous donnait… Un de ➪ réalisez une affiche, un dossier, une exposition…
mes copains raconte avoir vu mourir cinq comprenant des informations complémentaires ;
ou six gamins dans ces carrières. »
faites apparaître l’influence de cet état de choses sur la
Témoignage d’Alexandre, 11 ans. santé, l’instruction, les perspectives d’avenir de ces enfants.

2. Une petite indienne, âgée de six ans, casse des cailloux, 2 septembre 2004.

89
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LEXIQUE

même temps, propage les nouvelles d’un village à l’autre.


a
comte (M.) : à l’époque carolingienne, le mot désigne un fonctionnaire
chargé par le roi de le représenter, d’administrer des parties de territoires,
analphabétisme (M.) : état de celui qui ne sait ni lire ni écrire.
de juger, de commander l’armée.
annales (F. plur.) : récit relatant les événements année par année. Les
coran (M.) : livre sacré des musulmans.
annales constituent une source importante pour les historiens.
coron (M.) : groupe d’habitations ouvrières, situé particulièrement aux
arabesque (F.) : ornement peint ou sculpté représentant des motifs végé-
abords des charbonnages et des usines.
taux très stylisés.
corporation (M.) : association d’artisans exerçant le même métier.
arc-boutant (M.) : arc en pierre placé perpendiculairement à un mur élevé,
corvée (F.) : travail obligatoire et gratuit dû à leur seigneur par les paysans.
à l’extérieur de l’édifice, pour renforcer ce mur, là où s’exerce la poussée
coup de grisou (M.) : le grisou est un gaz se trouvant naturellement dans
de l’ogive.
la mine. Le coup de grisou est l’explosion accidentelle de ce gaz. Très
assolement (M.) : rotation des cultures sur une même terre ; cette rota-
redouté des mineurs, cet accident est souvent mortel, d’autant plus qu’il
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tion peut se faire sur deux, trois ou quatre ans.


est aggravé par un effondrement des galeries de mine.
atelier (M.) : petit local où le travail manuel était effectué par un artisan,
courée (F.) : impasse ou petite cour autour de laquelle s’élevaient plusieurs
des membres de sa famille, parfois quelques apprentis et/ou compagnons.
habitations ouvrières.
crécelle (F.) : petit instrument en bois constitué par une roue dentée et une
b
languette de bois que les lépreux agitaient pour prévenir de leur approche.
croisade (F.) : expédition militaire menée par des chevaliers chrétiens d’Oc-
bassin houiller (M.) : zone d’extraction de la houille ou charbon.
cident, entre le XIe et le XIIIe siècle pour délivrer le tombeau du Christ à
béguinage (M.): communauté de religieux ou religieuses qui n’ont pas
Jérusalem.
prononcé de vœux et ont gardé la propriété de leurs biens; le mot désigne
croisée d’ogives (F.) : croisement de deux ou plusieurs arcs diagonaux en
aussi l’ensemble de bâtiments où ils vivent.
bois, brique ou pierre.
brocart (M.): tissu brodé de soie, d’or ou d’argent.

c d

calife (M.) : chef d’une communauté islamique après la mort de Mahomet. denier (M.) : pièce de monnaie en argent, à l’époque romaine et au
caravane (F.) : groupe de nomades qui traversent un désert avec des bêtes Moyen Âge. Sa valeur a varié au fil du temps et selon les lieux.
de somme pour faire du transport ou du commerce. derrick (M.) (mot anglais) : structure métallique, en forme de tour, qui sup-
caravansérail (M.) : relais servant d’étape pour les caravaniers, leurs bêtes porte le système de forage d’un puits de pétrole.
de somme et leurs marchandises. diligence (F.) : voiture hippomobile destinée au transport des voyageurs.
châsse (F.) : réceptacle en bois ou en métaux précieux en forme de sarco- C’est l’ancêtre de l’autobus ou de l’autocar.
phage ou d’église contenant les restes ou les reliques d’un saint. dîme (F.) : redevance due par tous à l’Église et s’élevant, en théorie, à un
chèque (M.) : document écrit, par lequel une personne effectue un paie- dixième des revenus.
ment garanti par la banque où cette même personne a un compte. diocèse (M.) : territoire placé sous l’autorité religieuse d’un évêque.
chômé (adj.): jour où on ne travaille pas. djihad (M.) : combat contre soi-même pour devenir meilleur. Pour certains
chronique (F.) : recueil d’événements historiques et de faits de la vie quo- musulmans, le mot désigne une guerre sainte que tout croyant doit accom-
tidienne rapportés dans l’ordre chronologique. plir pour défendre l’Islam.
cistercien (M.) : ordre monastique fondé à Cîteaux, en France, en 1098. domaine (M.) : ensemble des terres d'un propriétaire (par exemple, un sei-
Cet ordre, qui avait adopté la règle de Saint Benoit, s’est propagé à travers gneur), comprenant à la fois des champs, des prés, des forêts... et les bâti-
l’Europe. ments d'exploitation.
clan (M.) : ensemble d’individus descendant d’un ancêtre commun. douve (F.) : large fossé rempli d‘eau.
collège (M.) : dans les villes médiévales, établissement qui hébergeait des droit d’asile (M.) : droit reconnu aux églises chrétiennes de donner asile
étudiants pauvres et méritants. aux fugitifs venus se placer sous la protection de Dieu.
collier d’épaules (M.) : pièce d’attelage placée sur les épaules du cheval droits civiques (M.) : droits légalement attribués aux citoyens, le droit
et dégageant la gorge de l’animal ; il n’est ainsi pas gêné dans sa traction. d’être élu(e)s, comme le droit de vote.
colporteur (M.) : marchand ambulant qui vend divers produits et, en

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LEXIQUE

cales et est actionnée par des poulies. Le mot désigne aussi un instrument
e
aratoire destiné à émietter les mottes de terre.
houille (F.) : charbon de terre. Le mot «houille» est un mot dialectal wal-
ecclésiastique (M.) : personne exerçant une fonction dans l’Église.
lon.
échauguette (F.) : construction placée en surplomb d’une tour ou d’une
houillère (F.) : mine de charbon.
enceinte, pour permettre l’observation et le guet.
échoppe (F.) : petite boutique ouverte sur l’extérieur.
encorbellement (M.) : construction en saillie sur une façade, supportée i
par des consoles.
enluminure (F.) : lettre peinte ou miniature dans les manuscrits anciens. idole (F.) : image ou représentation d’une divinité.
enseigne (F.) : marque distinctive d’un commerce ou d’un atelier d’artisan. islam (M.): religion des musulmans ; le mot désigne aussi le monde musul-
étranger (adj) : au moyen âge désigne toute personne extérieure au vil- man et la civilisation qui le caractérise.
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lage ou à la ville.
évangélisation (F.) : propagation de la religion chrétienne basée sur j
l’Évangile.
excommunication (F.) : sanction religieuse qui exclut quelqu’un de la jachère (F.) : terre laissée en repos une année sur deux ou sur trois. Le bétail
communauté chrétienne. paît sur les jachères et y apporte son engrais naturel.
jacquerie (F.) : révolte paysanne. Le mot a pour origine le fait que les
f nobles appelaient « Jacques » tous les paysans.
jeu de paume (M.) : jeu de balle qui se jouait avec une raquette.
fermier (M.) : personne qui prend en location les terres qu’elle cultive ; le joute (F.) : combat singulier qui oppose deux chevaliers dans une lice, tan-
loyer s’appelle le fermage. dis que, lors d’un tournoi, deux rangs de cavaliers se font face.
fèvre (M.) : artisan travaillant le métal. judaïsme (M.) : religion des Hébreux ou Juifs, dont le livre sacré est la Bible.
fiacre (M.) : voiture de louage hippomobile à quatre places. C’est l’ancê-
tre du taxi. k
foncier (adj) : relatif à la propriété de la terre. Le seigneur (ecclésiastique
ou laïc) est un propriétaire foncier. kermesse (F.) : fête patronale, c’est-à-dire la « dédicace » du saint patron
formariage (M.) : droit du seigneur de percevoir une taxe lorsqu’un serf d’un village, d’un quartier. Le mot « ducasse » est un dérivé de dédicace
ou une serve se marie en dehors de la seigneurie. et a le même sens.
friche (F.) : terre non cultivée (lande, brousse…) kiosque (M.) : édifice ouvert surmonté d’un toit construit dans les parcs ou
les jardins publics. C’est dans le kiosque que la fanfare donne des concerts.
g
l
geste (F.) : récit littéraire rapportant les événements héroïques de la vie
d’un roi, d’un prince, d’un chevalier... laïc (M.) : personne qui n’exerce aucune fonction religieuse.
gilde (F.) : association de solidarité des marchands d’une même ville. lettre de change (F.) : document bancaire par lequel un créancier (celui à
glandée (F.) : récolte des glands du chêne destinés à la nourriture des qui on doit de l’argent) donne l’ordre à son débiteur (celui qui doit cet
porcs. argent) de payer, à une date donnée, la somme due, soit à lui-même soit
à un tiers.
h lice (F.) : espace clos destiné aux joutes et aux tournois.

hammam (M.) : mot désignant les bains publics dans le monde islamique. m
hanse (F.) : association de marchands de plusieurs villes.
hérétique (M.) : défenseur d’une doctrine (ensemble d’idées) contraire à macadam (M.) : le macadam est une technique d'empierrement des
celle d’une religion et combattue par elle. chaussées développée par l’écossais Mc Adam (1756-1836). Elle consiste
herse (F.) : grille en bois ou en fer, hérissée de pointes, abaissée à la porte en la superposition de pierres, des plus grosses au fond aux plus fines en
du château pour en défendre l’entrée. Elle glisse dans des rainures verti- surface. Par la suite, les chaussées macadamisées ont été revêtues de

91
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LEXIQUE

béton, de bitume ou de goudron dont le célèbre tarmacadam ou tarmac.


r
machinisme (M.) : mode de travail industriel basé sur l’emploi systéma-
tique des machines qui remplacent la main-d’œuvre.
reliques (F. plur.) : fragments d’un corps saint (généralement ossements)
mainmorte (F.) : droit du seigneur de prendre, à la mort du serf, un bien
ou encore objet, souvenir du Christ, de la Vierge ou des saints, auxquels les
(mobilier ou animal) sur l’héritage.
fidèles rendent un culte.
manufacture (F.) : grande entreprise où le travail s’effectuait encore à la
roue à aubes (F.) : roue hydraulique munie de palets sur lesquels s’exerce
main.
la poussée de l’eau.
manse (M.) : partie d’un domaine* seigneurial suffisante pour faire vivre
un paysan et sa famille.
s
marnage (M.) : amendement du sol par l’apport de la marne, roche com-
posée d’argile et de calcaire, qui améliore les terres acides.
salien (adj.) : adjectif relatif aux Francs saliens, peuple germanique installé
maure (M.) : nom donné aux musulmans dans l’Espagne médiévale.
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dans nos régions à partir du Ve siècle. La loi appelée salique est un droit
meeting (M.) : réunion publique organisée par un parti politique ou un
oral appliqué par ces populations et qui a été mis par écrit au VIe siècle.
syndicat.
séculier (clergé) (adj) : se dit de prêtres qui vivent au service des fidèles (en
métier (M.) : voir corporation.
dehors des monastères).
minaret (M.) : tour du haut de laquelle le muezzin appelle les musulmans
silicose (F.) : maladie qui détériore les poumons des mineurs.
à la prière.
société mutualiste (F.) : organisme qui offre à ses affiliés une assurance
mosquée (F.) : édifice culturel et religieux de l’Islam.
en cas de maladie.
mule jenny (F.) : machine à filer le coton, munie de 200 broches, puis de
souk (M.) : mot arabe désignant un quartier couvert, commerçant et arti-
400. Elle est actionnée par la machine à vapeur et remplace les ouvriers
san, où chaque rue est spécialisée dans une production.
fileurs.
suffrage universel (M.) : droit de vote accordé à tous les citoyens et
musulman(e) (n. ou adj.) : croyant en l’Islam.
citoyennes.
sultan (M.) : titre porté par les souverains de divers États musulmans.
o
t
ogive (F.) : arc diagonal de renfort construit sous la voûte gothique.
ouvroir (M.) : endroit où se rassemblent des femmes, religieuses ou non, taille (F.) : impôt direct dû par tous ceux qui n’étaient pas nobles, c’est-à-
pour réaliser des ouvrages destinés aux pauvres. dire les roturiers.
torchis (M.) : mélange de boue et de paille dont on se sert pour construire.
p tribu (F.) : groupement de familles partageant une origine, une religion et
une langue communes.
parlement (M.) : assemblée de représentants élus par les citoyens. Le par- trouvère (M.) : poète itinérant qui accompagne ses poésies d’un instru-
lement est chargé de l’élaboration des lois : il détient le pouvoir législatif. ment de musique. On l’appelle troubadour dans les régions du sud de
parvis (M.) : place devant l’entrée principale d’une église. l’Europe.
paternaliste (adj.) : qui a une attitude à la fois bienveillante et autoritaire
à l’égard de ceux qui travaillent pour lui. u
pilori (M.) : poteau élevé sur la place publique où certains délinquants
étaient exposés. usurier (M.) : personne qui pratique le prêt sur gage. Le prêt à intérêt était
pompe d’exhaure (F.) : pompe permettant l’évacuation des eaux qui interdit par l’Église ; c’est pourquoi l’usurier était souvent un Juif (mais pas
envahissaient régulièrement les puits de mine. Avant l’utilisation de la seulement). Tout le monde faisait appel à lui, du plus riche au plus pauvre.
machine à vapeur, elle était actionnée par des hommes ou des chevaux.
prévôt (M.) : régisseur et intendant d’un domaine seigneurial ; en ville, le v
prévôt est celui qui détient l’autorité au nom du roi ou du seigneur.
prolétaire (M.) : ouvrier qui n’a pour vivre que le salaire versé par celui à voiturier (M.) : conducteur de véhicules hippomobiles, c’est-à-dire tirés par
qui il vend sa force de travail. des chevaux.

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CONSEILS LECTURE

pour vous informer…

PLATT RICHARD ET RIDDELL CHRIS, Le journal de Geoffroy, un page au Moyen Âge, Gründ, 2000.

Collection «Archimède»
DERu BÉATRICE, Angélo et le messager des étoiles, École des loisirs, 2007.
GRÉGOIRE FABIAn, Les enfants de la mine, École des loisirs, 2003.
GRÉGOIRE FABIAn, Le trésor de l’abbaye, École des loisirs, 2004.
GRÉGOIRE FABIAn, Les disparus de l’aéropostale, École des loisirs, 1999.

Collection «Comment on vivait?»


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GRAnT nEIL, Comment on vivait au Moyen Âge, Gründ, 2002.

Collection « Entrez chez… ».


HOwART SARAH, Le Moyen âge, Gründ, 1993.

Collection « Sur les traces de… »


APRILE THIERRy, Sur les traces d’Aladin, Gallimard Jeunesse, 2001.
MIRzA SAnDRInE, Sur les traces de Marco Polo, Gallimard Jeunesse, 2002.
SEDDIk yOuSSEF, Sur les traces des Arabes et de l’Islam, Gallimard Jeunesse, 2004.

pour vous distraire…

Ali Baba et les 40 voleurs, Folio junior, n° 595.


Histoire d’Aladin et la lampe merveilleuse, Folio junior, n°77.
Histoire de Sindbad le Marin, Folio junior, n°668.
Les mille et une nuits, École des loisirs, 2005.

Le Roman de Renart, Folio junior, n° 1238.


DE TROyES CHRÉTIEn, Perceval ou le roman du Graal, Folio junior, n°668.
DE TROyES CHRÉTIEn, Yvain, le chevalier au lion, Folio junior, n°653.

CuSHMAn kAREn, Le livre de Catherine, École des loisirs, 1998.

LE ROy EuGènE, Jacquou le croquant, Folio junior n°519 ou Livre de Poche, n°3165.
RABELAIS FRAnçOIS, Gargantua, Pantagruel, École des loisirs, 2006.
zOLA ÉMILE, Germinal, École des loisirs, 2006.

HuGO VICTOR, Les misérables


MALOT HECTOR, Sans famille

On peut trouver, en plus des versions originales, des textes abrégés ou simplifiés
de ces ouvrages dans diverses collections de la littérature de jeunesse.

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TABLE DES MATIÈRES

introduction V

tu enquêtes VI

eNQuÊte 1 1
un monde rural, figé ou en mutation?

1. Barbares, les Germains? 2


2. La seigneurie, terre de protection ou d’autorité? 4
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3. Des droits pour les uns… des obligations pour les autres? 6
4. Le château, une fonction militaire? 8
5. Individualisme ou solidarité? 10
6. L’abbaye, un univers fermé? 12
7. Des outils et des techniques rudimentaires? 14
8. Tous égaux face aux calamités? 16
9. Les campagnes… des gens confinés dans leur village? 18
10. Les campagnes… livrées à leur solitude? 20
Discussion 22

eNQuÊte 2 25
la ville un espace clos ouvert au changement?

1. Villages ou villes? 26
2. Villes ténébreuses ou lumineuses? 28
3. Cloches d’édifices religieux ou de bâtiments civils? 30
4. Des producteurs libres ou sous contrôle? 32
5. une économie locale ou internationale? 34
6. La prospérité pour tous? 36
7. une Église bienfaisante ou autoritaire? 38
8. Tous analphabètes ou tous instruits? 40
9. La vie est-elle uniquement rythmée par le travail? 42
Discussion 44

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TABLE DES MATIÈRES

eNQuÊte 3 47
l’islam, une religion ou un mode de vie?

1. Dans quel cadre géographique et humain va naître l’Islam? 48


2. L’Islam la religion des Arabes? 50
3. Des nomades bâtisseurs de villes? 52
4. un monde ouvert? 54
5. une civilisation seulement héritière de l’Antiquité? 56
6. Al Andalus, un âge d’or? 58
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7. Des guerres… destructrices ou enrichissantes? 60


8. Des traditions immuables? 62
Discussion 64

eNQuÊte 4 67
l’industrialisation, un progrès pour tous?

1. Des paysages en mutation… pourquoi? 68


2. Des énergies nouvelles… la solution pour l’industrie? 70
3. Des nouveautés… c’est bien. Mais qui en bénéficie? 72
4. De nouveaux moyens de transport… au seul service de l’industrie? 74
5. Quel mode de production pour les nouveaux transports? 76
6. Produire… oui, mais à quel prix? 78
7. Comment vivre à ce prix? 80
8. Charité ou solidarité? 82
9. un monde de contrastes? 84
10. Des droits reçus ou des droits conquis? 86
Discussion 88

lexique 90

conseils lectures 93

table des matières 94

crédits photographiques 96

95
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CRÉDITS PHOTOGRAPHIQUES

© Akhtar Soomro/EPA/Sipa p. 64 n° 3; © Alexis Haulot p. 65 n° 4 ; Archives générales du Royaume, Bruxelles, Inventaire 2e section n°66,
folio 38, p. 28 n° 5 ; Archives de Gulf Oil Corporation, Pittsburg (USA) p. 70 n° 4; Archives du Tournaisis, Ministère de l’Éducation p. 26
n° 1 ; Archives municipales, Lille p. 38 n° 3 ; Archives nationales, Paris p. 40 n° 1, 2 ; Biblioteca apostolica Vaticana p. 55 n° 6 ; Biblio-
thèque de l’Arsenal, Paris p. 8 n° 1 ; Bibliothèque Mazarine, Paris p. 40 n° 4 ; Bibliothèque municipale de Dijon p. 14 n° 1 ; Bibliothèque
municipale de Toulouse p. 18 n° 2 ; Bibliothèque municipale de Valenciennes, Manuscrit 838 (extrait) p. 14 n° 4 ; Bibliothèque nationale
du Caire p. 58 n° 4 ; Bibliothèque nationale de France, Paris p. 4 n° 1, 2 ; p. 6 n°6 ; p. 8 n 2, 3, 6 ; p. 10 n° 5 ; p. 12 n° 3 ; p. 14 n°3 ;
p. 16 n° 1, 5 ; p. 18 n° 4 ; p. 21 n° 3, 4 ; p. 22 n° 3, p. 26 n° 5 ; p.32 n° 1, 2, 3 ; p. 34 n° 1, 2 ; p.35 n° 5 ; p. 36 n° 3 ; p.39 n° 5 ; p.
42 n° 1, 2, 4 ; p. 44 n° 1; p. 48 n° 3 ; p. 56 n° 2 ; p. 60 n° 1 ; p.62 n° 4, 5 ; p. 64 n° 1 ; Bibliothèque royale de Belgique, Bruxelles p. 8
n° 4 ; p. 10 n° 1 ; p. 72 n° 3 ; Bibliothèque Sulemanye, Istambul p. 54 n° 5, p. 56 n° 1 ; Bibliothèque de l’Université, Brême p. 12 n° 4 ;
Bibliothèque de l’Université, Heidelberg (Allemagne) p.8 n°5 ; Bibliothèque générale de philosophie et lettres, Université de Liège, p. 6 n°
1; p. 68 n° 1, p. 74 n° 2 ; British Library, Londres p. 11 n° 6, p.16 n° 4, p. 22 n° 2, p. 23 n° 4 ; Cabinet des médailles, Paris p.3 ; Castello
del Buonconsiglio, Trente p.1, p. 10 n° 3 ; p.22 n°1 ; Coll. Claude Roger Marx, Paris p. 42 n° 5 ; Coll. Gr.+ Ma. / Kharbine-Tapabor p. 84
n° 5 ; Coll. J. Guillaume p. 68 n° 6 ; Coll. privée, Belgique p. 68 n° 2 ; © Cl. G. Degeorge p. 48 n° 2 ; Église Sainte Anne, Annaberg (Alle-
magne) p. 16 n° 3 ; © Écomusée du Bois-du-Luc, p.80 n° 2 ; Éditions du Crédit communal, Banque Dexia, Bruxelles p. 68 n° 5 ; p. 74
n° 4 ; p.82 n° 4 ; Éditions du Sorbier, Paris p. 4 n° 3 ; FGTB, Bruxelles p. 82 n° 3 ; Fotolia © D. Pépin p. 45 n° 2, Fotolia © Alison corn-
ford-Matheson p. 45 n° 3; Galerie doria Pamphili, Rome p. 14 n° 5 ; Galerie Sabauda, Turin p.6 n°5 ; Herzog August Bibliothek, Wolfen-
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büttel (Allemagne) p 6 n° 2 ; Historishes Museum, Berne p. 2 n° 2 ; © L’illustration/ Keystone p. 48 n° 5 ; © Inbel p. 74 n° 1 ; Institut Émile
Vandervelde, Bruxelles p. 86 n° 2, 3, 5 ; Institut d’études orientales, Saint-Pétersbourg p. 56 n° 5 ; Institut d’histoire ouvrière, économique
et sociale, Seraing p. 82 n° 5 , photo © Lambert Morin p. 86 n° 4 ; © Jacques Guillard – Scope p. 14 n° 2 ; © Jean-François Rollinger p.
28 n° 3 ; © John Hillesson Agency, Londres p. 85 n° 6; © Kazuyoshi Nomachi/PPS/Rapho p. 47 n° 1 ; Koninklijke bibliotheek, La Haye p.
60 n° 3; Liège, collections communales p. 30 n° 2 ; © Marie-Luce Preys p. 53 n° 6 ; Mauritshuis, La Haye p.40 n° 5 ; Monastère de l’Es-
curial p. 59 n° 5, 6 ; Mundaneum, Mons, lithographie de Jacques Ochs p. 76 n° 6 ; Musée archéologique national, Madrid p. 2 n° 6, p.
54 n° 2, p. 56 n° 3 ; Musée de l’Art wallon de la Ville de Liège p. 73 n° 4 ; Musée Ashmolean, Oxford p.8 n°7 ; Musée de l’Assistance
publique, Paris p. 38 n° 4 ; Musée du Bargello, Florence p. 54 n° 4 ; Musées des Beaux-Arts, Anvers, KMSK- © Reproductiefonds p. 10
n° 2 ; p. 72 n° 5 ; Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles p. 72 n° 1 ; p. 80 n° 6 ; Musée Carnavalet, Paris p. 22 n° 1 ;
Musée communal, Huy p. 18 n 2 ; p. 19 n 5 ; Musée Correr, Venise p. 60 n° 5 ; Musée diocésain, Cologne p.2 n°4 ; Musée du Louvre,
Paris, © photo RMN, p. 54 n° 1 ; Musée du Moyen Âge – Thermes de Cluny, Paris, © photo RMN, p.2 n°5, p. 42 n° 3 ; Musée de la Pho-
tographie, Charleroi p. 88 n° 1 ; Musée Pouchkine, Moscou p. 21 n° 2 ; Musée du Prado, Madrid p. 28 n° 6 ; Musée royal de l’Armée et
d’Histoire militaire, Bruxelles p. 76 n° 5 ; Musée royal de Mariemont, Morlanwelz p. 82 n° 6 ; Musée de la Vie wallonne, Liège p. 70 n°
3 ; p. 76 n° 1, 4 ; © F van den Bremt p. 78 n° 3 ; p. 80 n° 1, 3 ; p. 82 n° 1 ; p. 85 n° 7 ; National Gallery, Londres p. 37 n° 5 ; Österrei-
chische Nationalgalerie, Vienne p. 41 n° 6, p. 42 n° 6 ; ©Photonews, Bruxelles p. 64 n° 2; © Photothèque Aigues-Mortes p.26 n°4; ©
Pierre Gilet p. 89 n° 2 ; Rijksmuseum, Amsterdam p.10 n°4 ; R.U.G. Centrale bibliotheek, Fonds Vanderhaegen, Gand p. 78 n° 2; Semi-
nario patriarcale, Venise p. 36 n° 1; Service culturels de la Province de Liège p. 25 n° 1 ; Sienne, Hôtel de Ville p. 28 n° 1 ; Walker Art Gal-
lery, Liverpool p. 70 n° 1 ; © Zeppeline.be, Abbaye de Villers-la-Ville p.12 n° 2.

Les photos sans références appartiennent aux auteurs.

L’éditeur remercie ceux qui ont accepté de lui accorder l’autorisation de publier dans le présent ouvrage les extraits
dont ils détiennent les droits de reproduction.
En dépit de ses recherches et sollicitations, l’éditeur n’a pas réussi à joindre certains ayants droit. Qu’ils soient
avertis ici qu’il reste à leur disposition pour satisfaire, le cas échéant, à la législation sur le droit d’auteur.

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En quête d’Histoire 2
Ce manuel de référence offre à l’élève de 2e année les ressources nécessaires
En quête d’Histoire
2e année
pour acquérir des savoir-faire et des compétences et lui permettre de construire
son savoir.

Classées dans l’ordre chronologique, des enquêtes lui proposent des questions de
recherche, des documents variés, des lignes du temps et des textes informatifs pour
situer les traces du passé dans leur contexte. Nicole DARON, Françoise DELANTE,
Danielle LECLERCQ, Dominique TOUBEAU
Ces traces, choisies dans le patrimoine culturel de l’humanité, doivent l’inciter à
Document réservé à l’usage de Kassandra GYPEN (2005-03-07) • ATHENEE ROYAL PONT-A-CELLES

s’interroger, émettre des hypothèses, apprendre à les analyser de manière


méthodique, exercer son esprit critique, les comparer, les confronter avec ses
représentations, et sur cette base, s’efforcer de réaliser une synthèse provisoire.

Un lexique de mots spécifiques aidera l’élève à travailler en toute autonomie.

Des pages de discussion lui permettront de mener sa propre enquête, de mettre en


lumière des aspects inattendus ou étonnants de l’histoire, de réfléchir à l’influence
ou même à la survivance du passé dans le monde d’aujourd’hui.

ENQHIS2
ISBN 978-2-8041-5002-0

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www.deboeck.com

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