Proposition de Corrigé Seance5
Proposition de Corrigé Seance5
(I.S.D.I)
Agrément N° 056/MESR/SG/DES du 20 Novembre 2014
SEANCE n° 5
LES PARTS SOCIALES ET LES DROITS DES ASSOCIÉS
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EXERICES
1. Formation du capital social
a) Indiquez les fonctions du capital social
- Lire Cozian, Viandier, Deboissy, Droit des sociétés, 25e éd., LexisNexis, 2012, pp. 138 et s.
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Réponses
Signification du capital social : Le droit des sociétés attache traditionnellement au capital
une importance quasi sacramentelle. Son montant doit être précisé dans les statuts et être
rappelé sur les papiers administratifs et commerciaux ; c’est un peu comme si l’on imposait
aux particuliers d’afficher le montant de leur fortune sur leur carte d’identité ou de visite.
Le capital est une représentation abstraite dont le montant est inscrit au passif du bilan, à la
première ligne, alors que les éléments apportés par les associés, qui ont une existence
concrète, sont répertoriés à l’actif du bilan. Il faut en effet distinguer actif social et capital
social. L’actif, placé à gauche du bilan, renseigne sur la composition du patrimoine de la
société : fonds de commerce, immeuble, matériels, titres de participation, créances,
trésoreries…
Le passif, placé à droite du bilan, renseigne sur l’origine des ressources de la société. Il peut
paraître paradoxal de placer le capital au passif, au même titre que les dettes. En réalité, il
correspond bien à une dette de la société envers les associés ; seulement son exigibilité est
reportée à la liquidation de la société puis que, tant que la société est en vie, les associés ne
peuvent pas réclamer le montant de leur créance. Il s’agit par ailleurs d’une créance de
dernier rang. Si par exemple la société est liquidée à la suite d’un dépôt de bilan, les associés
ne récupéreront leur mise qu’une fois que tous les créanciers sociaux, y compris les
créanciers chirographaires, auront été désintéressés ; les associés ont ainsi la position de
créanciers sous-chirographaires ou hypo-chirographaires.
Il convient aussi de rappeler que le capital social n’a pas la même signification dans les
sociétés de capitaux et les sociétés de personnes. C’est un élément essentiel des premières
et la loi impose un minimum dans les SA et les SCA (37000€, voire 225000€ si la société
fait appel public à l’épargne). Dans les secondes, aucun minimum n’est imposé. À la limite,
une société pourrait être créée sans capital ; tel serait le cas d’une SNC ou d’une société
civile professionnelle dont les associés ne feraient que des apports en industrie. Cela
démontre bien que dans les sociétés de personnes ce n’est pas le poids des capitaux des
associés qui compte mais le crédit et le talent des associés, sans oublier leur engagement
illimité aux dettes sociales.
La SARL et la SAS (jusqu’à la loi de modernisation de l’économie (LME / n° 2008-776 du
4 août 2008), le capital social minimum de la SAS était fixé à 37000€, seuil exigé pour les
sociétés ne faisant pas publiquement appel à l’épargne. Le législateur a estimé que l’exigence
d’un tel montant restreignait substantiellement le public pouvant prétendre à la constitution
de ce type de société ; c’est pourquoi il a décidé de transposer à la SAS ce qu’il avait décidé
en 2003 (loi de sécurité financière du 1er août 2003, autrefois de capital social minimum était
d’au moins 7500€ pour les SARL) pour la SARL : le capital social est librement fixé par les
statuts (art. L.227-2, al. 2 nouv.). Il peut donc n’être que d’un euro…) font ici figure de
curiosité, puisque, bien qu’étant des sociétés à risque limité, elles ne sont pas soumises à
l’exigence d’un capital social dont le minimum est fixé par la loi.
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Il ne faut pas prendre l’expression au sens de sûreté spéciale, synonyme de nantissement,
mais au sens de droit de gage général que possède tout créancier sur les biens de son
débiteur (art. 2285 C. civ.). Même de ce point de vue, l’expression n’est pas heureuse car le
droit de gage des créanciers porte non sur la valeur abstraite qu’est le capital mais sur les
différents éléments qui composent l’actif social. On ne saisit pas le capital, mais des
machines, des marchandises, des créances… Parce qu’il constitue le gage des créanciers, le
capital est en principe intangible.
• Le principe de l’intangibilité du capital social (Art 67 al 1 AUSC-GIE) : Ce droit de gage
est important dans les sociétés à risque limité (sociétés par actions et SARL), car les
créanciers n’ont pas en principe de recours contre les associés ; la société est leur seul
débiteur. De même les créanciers bénéficient d’une garantie complémentaire avec la règle
de l’intangibilité du capital social (on parle aussi de fixité du capital). Ce principe ne doit pas
être pris à la lettre car il est possible d’augmenter ou de réduire le capital en respectant le
formalisme lié aux modifications statutaires. La règle signifie seulement que les associés
n’ont pas le droit le droit de demander le remboursement de leur créance tant que le société
n’est pas dissoute. Le principe de l’intangibilité interdit également aux associés de
« manger » le capital en le mettant en distribution sous forme de dividendes. Ils se rendraient
alors coupables, du moins dans les sociétés par actions et les SARL, du délit de distribution
des dividendes fictifs.
Ce droit de gage n’entraîne aucun blocage des biens figurant à l’actif. Si les affaires vont
mal, ces éléments peuvent fondre alors que le montant du capital social reste inchangé au
passif. Ce n’est donc pas une garantie contre l’évaporation des éléments d’actif. En réalité,
c’est le montant des capitaux propres (ils donnent la mesure de la fortune de la société. Ils
comprennent outre le montant du capital social, les réserves antérieurement constituées ou,
en négatif, les pertes qui n’ont pas pu être apurées) qui donne la mesure réelle de la garantie
des créanciers. Il convient de rappeler que dans les sociétés de personnes, la meilleure des
garanties réside dans la responsabilité personnelle et illimitée des associés, sauf évidemment
s’ils sont eux-mêmes insolvables.
NB : Le capital social traditionnellement considéré comme le gage des créanciers. Fixé dans
les statuts, il devait être intangible. Cette croyance a subi une très sérieuse atteinte avec la
loi du 2 juillet 1998 qui a supprimé le principe d’interdiction de l’achat de ses propres actions
par une société. Le déclin a été confirmé par la loi du 1er août 2003 qui a permis la
constitution de SARL avec un seul euro de capital. En réalité, les créanciers savent que leur
gage effectif est représenté par l’actif social, et non par le capital, et ils s’intéressent avant
tout au bilan et aux garanties qui peuvent leur être offertes.
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sortie, volontaire (le retrait) ou forcée (l’exclusion), d’anciens associés sans qu’il y ait à
modifier les statuts.
Le capital social est donc composé des apports en nature et en numéraire (c’est des biens),
à l’exception de l’apport en industrie. L’apport en industrie ne concoure pas à la formation
du capital social car il n’est pas saisissable et ne saurait donc servir de droit de gage aux
créanciers sociaux. L’apporteur en industrie recevra des parts dont le montant est librement
fixé par les statuts. C’est un associé à part entière. Il recevra, par ailleurs, une part des
bénéfices selon les statuts (art. 1844-1 C. civ.) sauf qu’elle est limitée à 25 pour cent des
bénéfices selon l’article 50-3 de l’AUSC-GIE. La même règle vaut pour le droit de vote.
En outre, parce que l’apport est intimement lié à son apporteur, les parts de ce dernier sont
intransmissibles et incessibles. Il ne peut donc servir de gage aux créanciers sociaux (la force
de travail est insaisissable).
Enfin, l’apporteur en industrie doit rendre compte à la société de tous les gains qu’il a
réalisés par l’activité faisant l’objet de l’apport selon l’article 50-2 de l’AUSC-GIE (art. 1843-
3 al. 6 C civ).
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Nécessité des apports : chaque associé doit obligatoirement faire un apport, même si la
société à laquelle il appartient n’est pas dotée de la personnalité morale (société en
participation, société créée de fait etc.). L’apport est une manifestation de l’affectio
societatis de l’associé et permet à la société d’exercer son activité.
Définition : l’apport est un bien (somme d’argent, immeuble, fonds de commerce,
brevet…) ou un droit dont l’associé transfère la propriété ou la jouissance à la société et en
contrepartie duquel il reçoit des parts ou des actions (art 4 et art. 51 AUSC-GIE).
Les apports qui constituent le patrimoine initial de la société, peuvent être d’inégale
importance et de nature différente. Ils doivent être effectifs. L’absence d’apport ou un
apport fictif peut entraîner la nullité de la société (art. 1844-10 al. 1 et 1832 C. civ. / article
L. 235-1 du code de commerce).
L’article 43 AUSC-GIE (art 1843-3 du Code civil) distingue trois catégories d’apports :
l’apports en numéraire, l’apport en nature et l’apport en industrie. Exigence différente selon
qu'existe un capital social minimum ou non.
L'apport en numéraire : L’apport en numéraire est un apport en argent ; c’est le plus
habituel des apports. Lors de la souscription (engagement de l'associé à effectuer un apport
d'un montant déterminé. La société est créée lorsque la totalité du capital est souscrite. La
qualité d'associé est acquise dès la souscription.), une quote-part de l’apport doit être
obligatoirement versée en application des dispositions statutaires ou légales (la moitié
minimum pour les SARL (art 311-1 AUSC-GIE) ; un quart pour les SA (art 389 AUSC-
GIE). La date de libération du surplus est fixée dans les mêmes conditions. Dans la SARL,
la libération du surplus doit s’opérer dans les 2 ans de l’immatriculation alors que c’est 3 ans
dans la SA. La libération qui est le versement effectif des fonds dans la caisse sociale, peut
s’opérer par un versement en espèces, remise d’un chèque bancaire, virement. En cas
d’inexécution de sa promesse d’apport, l’associé défaillant devient de plein droit débiteur
des intérêts de la somme due à compter du jour où elle devait être payée, au taux légal ou
statutaire. En outre, des dommages et intérêts peuvent être allouée à la société, si elle a subi
un préjudice par suite du défaut de libération.
Il ne faut pas confondre l’apport en numéraire avec le versement en compte courant (ou
l'avance en compte courant) qui est un prêt consentis par l'associé à la société.
L'apport en nature : Tout apport d'un bien autre que de l'argent ou une industrie est un
apport en nature. Le bien apporté peut être un meuble ou un immeuble ; il peut être un
bien corporel (immeubles, matériel) ou incorporel (fonds de commerce, brevets, créances).
La grande difficulté concernant les apports en nature est leur évaluation, les apporteurs
ayant une tendance « naturelle » à surévaluer leurs apports, ce qui lèse les tiers, puis que le
capital social, qui était autrefois considéré comme le gage des créanciers sociaux, ne
correspond pas à la réalité ; ce qui lèse également les apporteurs en numéraires qui, eux,
sont titulaires du nombre exact de parts ou d’actions qui leur revient en fonction de leurs
apports, avec comme corollaire le nombre de voix en assemblée et les dividendes qui y sont
attachés. Le législateur, pour éviter les abus, a donc mis en place des mesures de contrôle,
variables suivant les types de sociétés.
L’apport en nature peut être fait en propriété, en jouissance ou en usufruit.
- L’apport en propriété se réalise par le transfert à la société de la propriété du bien apporté
et par sa mise à la disposition effective de la société (art. 45 al. 1 AUSC-GIE). Cette forme
d’apport se rapproche de la vente : l’apporteur est garant envers la société comme un
vendeur envers son acheteur, qu’il s’agisse de la garantie d’éviction ou de la garantie des
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vices cachés (art. 46 AUSC-GIE). Par contre, alors que le vendeur, en contrepartie de la
propriété qu’il cède, reçoit une somme d’argent (art. 1582 C. civ.), l’apporteur reçoit des
parts sociales ou des actions dont la valeur va varier en fonction des résultats de
l’exploitation sociale.
Il convient de préciser que le transfert de propriété des biens apportés n’intervient qu’au
jour où la société est immatriculée au RCS, puis que c’est à cette date seulement qu’elle
acquiert la personnalité morale et peut disposer d’un patrimoine propre.
À la dissolution de la société, si le bien apporté se retrouve en nature, l’apporteur a vocation
à se le faire attribuer (art. 1844-9 al. 3 C. civ.). Mais si le bien a disparu, l’apporteur n’en
recevra que la valeur.
- L’apport en jouissance c’est lorsque l’apporteur met un bien à la disposition de la société,
pour un temps déterminé, qui en a le libre usage, mais il en reste propriétaire : il n’y a pas
transfert de propriété à la société. L’apporteur est donc garant envers la société comme un
bailleur envers son preneur (Art. 47 AUSC-GIE).
L’intérêt de l’apport en jouissance se présente à la dissolution de la société, puis que le bien
n’étant pas pris en compte dans le patrimoine social échappe à l’action des créanciers de la
sociétés : il en reprend la jouissance. Cependant, malgré cet avantage, cette forme d’apport
est peu pratiquée.
- L’apport en usufruit : comme avec l’apport en propriété, la société acquiert avec l’apport
en usufruit un droit réel, mais elle n’acquiert pas le droit de disposer du bien. L’apport en
usufruit est soumis aux mêmes règles que l’apport en propriété, en ce qui concerne la
transmission du droit, la garantie et les risques. À la différence de l’apport en jouissance,
l’apport en usufruit entraîne transfert en pleine propriété à la société d’un droit réel dont se
dépouille l’apporteur.
L’usufruit volontaire qui est concédé à une personne morale ne peut pas durer plus de trente
ans (art. 619 C. civ.).
Mais ce type d’apport ne pose pas de difficultés dans les sociétés en nom collectif, dans les
sociétés en commandite de la part des commandités et dans les sociétés civiles
professionnelles car, dans ces sociétés, les associés répondent sur leur patrimoine personnel
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des dettes sociales. Les apports donnent alors lieu à l’attribution de parts ouvrant droit au
partage des bénéfices et de l’actif net à charge de contribuer aux pertes (art.50-3 AUSC-
GIE.). L’apporteur en industrie est un associé à part entière, disposant des attributs
politiques (droit de vote), des attributs financiers (droit au bénéfice) ; il est seulement privé
des attributs patrimoniaux il n’est pas titulaire de parts de capital ie les titres issus d’apports
en industrie sont dépourvus de valeur nominale. Les titres sociaux issus de tels apports ne
sont ni cessibles ni transmissibles (art 50-4 AUSC-GIE).
Tous les associés participent au financement de la société par leurs apports dont le total
donne la mesure du capital social. Mais ils peuvent compléter ce financement en lui
consentant des prêts. On parle dans la pratique d’avances en compte courant, voire
d’apports en compte courant. Ce sont de simples prêts qui présentent la caractéristique
d’être consentie non par des établissements financiers mais par les associés eux-mêmes. Il
s’agit là d’une exception au monopole bancaire prévue au profit des associés. Les associés
cumulent alors sur leur tête la double qualité d’associé et de prêteur, comme d’autres
cumulent la double qualité d’associé et de salarié.
Les mots « apport en compte courant », fréquemment employés en pratique, sont
trompeurs : il ne s’agit pas d’un apport, en réalité, ni d’un compte courant au sens du droit
bancaire, mais d’une convention de prêt entre l’associé et la société.
Intérêt de la distinction : Si c’est un apport que l’associé a fait, cela signifie qu’il ne peut
reprendre les sommes versés qu’à la dissolution de la société ou à l’occasion d’une opération
de réduction du capital, que la reprise doit tenir compte des pertes subies le cas échéants
par la société, et que, pendant la vie de la société, la rémunération des sommes doit prendre
la forme d’un dividende , et donc dépendre de la réalisation d’un bénéfice réalisé par la
société et d’une décision de distribution de dividende.
Si c’est la qualification de prêt qui est retenue, cela implique que la reprise des sommes
pourra se faire avant la dissolution de la société, sans imputations des pertes (le tout sauf
stipulation contraire), et que la rémunération de l’associé qui verse les sommes est
indépendante du bénéfice réalisé par la société, puis qu’il s’agira alors de l’intérêt rémunérant
un prêt.
Le principe de l’intangibilité du capital social ne s’applique pas aux avances en compte
courant. Ainsi, les associés prêteurs sont en droit de demander à tout instant le
remboursement de leurs avances, du moins lorsqu’aucune échéance n’a été prévue (cela
peut déséquilibrer une société qui traverse des moments difficiles, pour éviter les
désagréments, il faut prévoir un terme, un délai suffisant de préavis, ou en stipulant que le
remboursement ne peut intervenir qu’après une décision du CA prenant en compte la
trésorerie disponible et les besoins de la société).
Les avances en compte courant ne sont souvent pas soumises à un formalisme (pas d’écrit),
de même que leur remboursement, ce qui n’est pas le cas des apports.
Il faut aussi noter que les comptes courants d’associés constituent de véritables dettes de la
société et figurent à ce titre en bas de bilan au titre du passif externe.
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2. Les apports en industrie sont autorisés :
a) dans les sociétés en nom collectif : oui
b) dans les sociétés en participation : oui
c) dans les sociétés à responsabilité limitée : oui
d) dans les sociétés en commandite simple : oui mais seulement de la part des commandités
donc interdit pour les commanditaires (car selon une idée ancienne ils ne peuvent être que
des capitalistes).
e) dans les sociétés anonymes : non
NB : SAS : oui depuis la LME du 3 août 2008 en France. En droit OADA aussi en vertu
de l’art 853-5 al.2 AUSC- GIE (elle peut émettre des actions inaliénables issues d’apports
en industrie
- société en participation : c’est une société que les associés sont convenus de ne pas
immatriculer. Elle n’a pas la personnalité morale et n’est pas soumise à publicité.
- société créée de fait résulte d’un comportement de personne qui sans en avoir pleinement
conscience, se traitent entre elles et agissent à l’égard des tiers comme de véritables associés.
- société de fait : lorsque la société a été régulièrement constituée mais est ensuite annulée.
3. CAS PRATIQUE
Bernard, Maria (sa seconde épouse) et Rosa (fille de Bernard) ont constitué en novembre 2010 une
petite SARL dont l’objet était « le Fast Food », appelée communément la restauration rapide. Ils
n’avaient vraiment pas beaucoup de moyens. Voici, à titre d’apports, la contribution de chacun au
sein de cette société de trois membres.
- Bernard a apporté un four, un congélateur, un sèche-linge et son réfrigérateur à la SARL, tous des
biens qui lui appartenaient. Il évaluait son apport à 200 000 fr, factures à l’appui. De plus, il avait
contracté un emprunt personnel de 250 000 fr auprès de la BTCI. Il a pu ainsi apporter 200 000 fr
dans le capital et 50 000 fr en « compte courant ».
- Maria, enseignante de profession au chômage de plusieurs années, se félicite d’être la reine « du
panini et des desserts exotiques ». Jadis elle a travaillé dans le domaine de la cuisine dans un restaurant
parisien et prétend alors posséder un savoir-faire indiscutable qu’elle a évalué modestement à
100 000 fr. Elle avait aussi un ordinateur qu’elle avait acheté dans une brocante à la fin du mois de
juin 2010 pour une somme de 120 000 fr qu’elle a apporté à la société. Il faut savoir que sur le plan
personnel, elle vivait une situation pour le moins difficile. Son père était, à l’époque, atteint d’un
cancer et était alité dans un service en soins palliatifs. Les médecins lui prédisaient malheureusement
qu’il n’avait plus que quelques mois à vivre. C’est pourquoi Maria a pu déposer en plus, à titre
d’apport, une somme de 520 000 fr : 120 000 fr immédiatement et les 400 000 fr restant lorsque le
gérant de la SARL le lui demandera. Ce montage financier qu’elle a construit ne lui paraissait pas
risqué car elle devait hériter très bientôt, croyait-elle. Quelle peine pour l’état de santé de son père
!
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- Quant à Rosa, âgée de 2 ans, elle est la fille de Bernard, divorcé. Elle a apporté 150 000 fr.
Reconstituez le capital de la société, le pourcentage de parts de chacun, calculez leur droit de vote
et enfin, répartissez les dividendes si ceux-ci s’élèvent à 1 000 000 fr. Ils ne veulent pas entendre
parler de la désignation d’un commissaire aux apports afin de ne pas payer de frais supplémentaires.
Six mois après la constitution de la société, l’ordinateur apporté par Maria explose. Résultat : il est
fichu. Quelles en sont les conséquences ?
Par ailleurs, quinze mois après la constitution de la SARL, celle-ci est mise en liquidation judiciaire.
Le banquier impayé vient alors vous consulter. Il vous indique que Bernard n’a pas remboursé les
250 000 fr qu’il avait empruntés. De plus, le banquier vous précise que l’électroménager global
apporté par Denis avait en réalité cinq ans d’âge et ne valait que 40 000 fr au moment de la création
de la société. Il vous demande ce qu’il peut faire dans les circonstances ?
Quel est le rôle d’un commissaire aux apports ? Quelles sont les conséquences, pour cette SARL,
de ne pas avoir désigner un tel commissaire ?
(Une précision quant à la chronologie des événements : la société, constituée en novembre 2010, a
été mise en liquidation judiciaire en janvier 2012).
Eléments de correction
Bernard, Maria et Rosa âgée de 2ans ont constitué en novembre 2010 une petite SARL dont
l’objet était la restauration rapide.
Apports de Bernard : Son four, son congélateur, son sèche-linge, son réfrigérateur.
Évaluation de l’apport en nature : 200.000 fr. Il a aussi effectué un apport en numéraire de
200.000 fr et versé à la société 50.000 fr sous forme d’avance en compte courant.
Apports de Maria : Savoir-faire en préparation de panini et salades. Évaluation de l’apport
en industrie : 100.000 fr. Apport d’un ordi quasi neuf évalué à 120.000 fr (apport en nature).
Et un apport en numéraire de 520.000 fr (120.000 fr libérés immédiatement, les 400.000 f
restant sur demande du gérant).
Apport de Rosa : Il se résume en un apport en numéraire de 1500 euros.
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personnellement mais par l’entremise de son représentant légal (tel que l’exige l’article 259
CTPF qui ne confère la capacité civile qu’à 18 ans révolus). Un tel apport amené par un
mineur n’aurait pas été recevable dans le cadre d’une SNC (ou pour un commandité dans
une SCS) car ces associés ayant tous la qualité de commerçant, ils doivent satisfaire aux
exigences de la capacité commerciale (il en est de même pour les majeurs sous tutelle ou
sous curatelle / le majeur sous sauvegarde conserve l’exercice de ses droits et peut être
associé de toutes les sociétés sauf à mettre en œuvre l’action en rescision dont il dispose ou
celle de réduction pour excès).
- Reconstitution du capital :
Aux termes de l’article 54 al.1 de l’AUSC-GIE, les droits et obligations de chaque associé
sont proportionnels à ses apports. L’article 50-3 du même texte stipule plutôt que les
apports en industrie ne concourent pas à la formation du capital (1843 al 1er du Code civil,
« les droits de chaque associé dans le capital social sont proportionnels à ses apports lors
de la constitution de la société ou au cours de l’existence de celle-ci » l’al. 2 de ce Code
poursuit que « Les apports en industrie ne concourent pas à la formation du capital social
mais donnent lieu à l’attribution de parts ouvrant droit au partage des bénéfices et de l’actif
net, à charge de contribuer aux pertes »)
Le capital social est donc composé des apports en nature et en numéraire (c’est des biens),
à l’exception de l’apport en industrie. Autrement dit le montant de l’apport en industrie
n’intervient pas dans la détermination du montant du capital social.
En l’espèce, Bernard a apporté 400.000 fr de numéraire, Maria a apporté au total 640.000
fr en numéraire et en nature, Rosa a apporté 150.000 fr en numéraire.
En conséquence, le capital social de la société sera de 1.1 90.000 fr (400.000 fr (Bernard) +
640.000 fr (Maria) + 150.000 fr (Rosa / son savoir-faire évalué à 100.000 fr n’est pas pris
en compte dans la constitution du capital social.
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Maria, quant à elle, a apporté en réalité 640.000 fr. Cela représente 640.000/1.190.000 X
100, soit exactement 53.8%.
Rosa a apporté 150.000 fr. Cela représente 150.000/1.190.000 X 100, soit exactement
12.6%.
- Calcul relatif à leur droit de vote : Sauf clause contraire des statuts, les droits et
l’obligation de chaque associé sont proportionnels à ses apports en vertu de l’article 54 al.1
de l’AUSC-GIE (art. 1843 C. civ.). Les apports concernés sont en principe les apports en
numéraire et en nature qui entrent dans la constitution du capital social (art 50-3 AUSC-
GIE). Mais le même texte permet aux statuts d’attribuer des parts sociales aux apports en
industrie leur permettant d’accéder au vote (L. 223-7 al. 2. Les associés apporteurs en
industrie reçoivent des parts sociales en contrepartie de leur apport, i.e des parts qui leur
donnent le droit, non seulement de partager les bénéfices, mais aussi de participer aux
décisions collectives). À défaut d’attribution de parts sociales, une évaluation pécuniaire de
l’apport en industrie de la part des statuts fait foi. Ainsi, en matière de vote, le calcul du
montant du « capital social circonstanciel » devra être opéré en intégrant la valeur de cet
apport d’industrie.
En l’espèce, le capital social sera donc augmenté des 100.000 fr de Maria avant de procéder
au calcul de la part de chacun dans le vote.
Ainsi, 1.190.000 + 100.000 = 1.290.000 ie capital + apport en industrie
La répartition des droits de vote de chacun sera au final la suivante :
Bernard : 400.000 fr d’apport soit 31 % des droits de vote.
Maria : 640.000 + 100.000 fr d’apport soit 57,36 % des droits de votes.
Rosa : 150.000 fr d’apport soit 11,63 % des de votes.
Dans ce cas, une évaluation pécuniaire de l’apport en industrie de la part des statuts a été
faite ce qui confère une valeur pécuniaire à cet apport. Ainsi, pour le partage des bénéfices,
le calcul du montant du capital social devra être opéré retouché de sorte à intégrer la valeur
de cet apport en industrie avant de calculer les droits aux bénéfices.
En l’espèce, les dividendes s’élèvent à 1.000.000 fr. L’apport en industrie ayant été
mentionné dans les statuts et fait l’objet d’une évaluation (100.000 fr / clause contraire
prévue par l’article 1844-1 et art 50-3 AUSC-GIE). De ce fait, il convient de prendre en
compte l’apport en industrie dans la répartition des résultats sociaux.
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Dès lors, les 1.000.000 fr ne viennent plus rétribuer 1.190.000 fr d’apports mais 1.290.000
fr (1.190.000 + 100.000) ie le capital social + l’apport en industrie.
En conséquence, la répartition des bénéfices est la suivante :
Bernard : 400.000 fr d’apport soit 31 % des bénéfices soit 310.000 fr (400.000/1.290.000 X
100).
Maria : 640.000 + 100.000 fr d’apport soit 57,36 % des bénéfices soit 573.600 fr.
Rosa : 150.000 fr d’apport soit 11,63 % des bénéfices soit 116.300 fr.
- Explosion de l’ordinateur :
La question posée est celle de savoir la responsabilité de celui dont l’apport en nature est
vicié. L’apporteur qui apporte un bien corporel (donc en nature) est vis-à-vis de la société
dans la position d’un vendeur selon l’article 46 de l’AUSC-GIE. Il est tenu par la garantie
d’éviction et par la garantie des vices cachés (art. 1843-3 al. 3C civ.).
Dans ce cas, les autres associés pourraient engager une action à l’encontre de Maria en
garantie de vices cachés et demander le versement de dommages-intérêts. Cela peut aussi
conduire à une remise en cause de son apport pouvant conduire à son annulation.
- La valeur de l’électroménager
L’électroménager global apporté par Bernard ne vaudrait que 40.000 fr au lieu de 200.000
fr initialement estimés. Donc sur-évaluation de l’apport. Cela nous amène à nous demander
s’il y avait nécessité de recourir ou non à un commissaire aux apports dont le rôle est
d’évaluer les apports en nature lors de la constitution de la société.
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