18 MEM PSYCHOMOT 2017 GUEZENNEC Juliette
18 MEM PSYCHOMOT 2017 GUEZENNEC Juliette
Mr Bonnotte
1
REMERCIEMENTS
A mon maître de mémoire, Laurent BONNOTTE, pour ses conseils, son investissement et ses
remarques constructives tout au long de la réalisation de ce mémoire.
A Ibukun, merci pour ton soutien, ton amour et tes encouragements dans mes moments de
doute.
A ma famille, un énorme merci pour votre présence, votre soutien infaillible et votre
affection. Merci de m’avoir permis d’en arriver là aujourd’hui. Je vous dois beaucoup.
A Eva, Sophie, Julie et Ambre, pour ces trois années passées à vos côtés. Nos souvenirs
communs me donnent le sourire.
2
SOMMAIRE
INTRODUCTION 6
I. PRESENTATION DE L’INSTITUTION 9
1. La société Philanthropique 9
2. Les principales actions 9
3. La population 10
4. Admissions et projet de soins personnalisé au sein de l’établissement 10
5. La répartition des espaces 11
6. Les soins thérapeutiques et rééducatifs 12
7. La place de la psychomotricité dans l’institution 12
II. L’INFIRMITE MOTRICE D’ORIGINE CEREBRALE 13
1. La paralysie cérébrale 13
a) L’infirmité motrice cérébrale 14
b) Le polyhandicap 14
2. Définition de l’infirmité motrice d’origine cérébrale (IMOC) 15
3. Les principales causes 15
4. Les troubles neuromoteurs 17
a) L’aspect fonctionnel des atteintes 17
b) La topographie des atteintes 19
5. Les troubles associés 20
6. Les appareillages et interventions chirurgicales 24
7. Un syndrome particulier : Sjögren Larson 25
a) Définition 25
b) La prise en charge 27
3
III. A LA RENCONTRE DE NOEMIE 27
1. Ma première rencontre avec Noémie 27
2. Anamnèse 29
3. Bilan psychomoteur 31
4. Le projet thérapeutique au sein de l’institution 35
5. Le projet thérapeutique en psychomotricité 36
IV. LA CONSTRUCTION PSYCHOCORPORELLE 36
1. La construction psychocorporelle 36
a) L’adhésivité normale 37
b) Les identifications intracorporelles 38
c) Contenance et boucle de retour 39
d) Projection et confusion 39
e) Individuation et séparation 40
f) Les castrations symboligènes 40
2. Et chez l’enfant paralysé cérébral ? 41
a) Conscience et sentiment de soi endommagés 41
b) Une grande dépendance 43
V. LA PRISE EN SOINS EN PSYCHOMOTRICITE 44
1. Les séances avec la psychomotricienne 44
2. Les séances en ma présence 44
3. La création d’une nouvelle histoire : Léa et Sophie 44
4
a) La fonction symbolique 56
b) Les jeux fictionnels 57
4. Les jeux à règles et les jeux sociaux 58
III. SE RENCONTRER POUR JOUER 59
1. Entrer en relation 59
2. La relation thérapeutique 60
a) L’empathie 61
b) La disponibilité psychique 62
3. La juste distance thérapeutique 63
IV. L’EVOLUTION DES SEANCES 65
1. A chacun sa maison 65
2. Jeux de regards et d’imitation 66
3. Il est temps de sortir 67
4. Une sortie au parc 67
5. Le départ en vacances 68
V. REFLEXIONS PERSONNELLES SUR CETTE PRISE EN SOINS 69
1. Entre stagiaire et thérapeute 69
2. Un cadre à mettre en place 70
3. Entre directivité et non-directivité 71
VI. DU JEU AU JE 72
1. Les expériences tonico-émotionnelles 72
2. Les référentiels spatio-temporels 73
3. De nouvelles représentations 73
CONCLUSION 75
BIBLIOGRAPHIE 76
ANNEXES 79
5
INTRODUCTION
En troisième année, j’ai choisi d’effectuer un stage au sein d’un Institut d’Education
Motrice. Cette première expérience auprès d’enfants cérébrolésés m’a permis de faire la
connaissance de Noémie, une petite fille infirme moteur d’origine cérébrale. La complexité
d’un développement psychocorporel harmonieux, de la construction d’une subjectivité, d’une
identité, d’une autonomie corporelle et psychique a alors pris tout son sens dans ma rencontre
avec Noémie.
Au cours des séances avec Noémie, j’ai d’abord pu observer puis participer activement
à la construction et au jeu de cette histoire. Rapidement je me suis interrogée sur l’utilisation
du jeu de rôle avec cette petite fille, ses apports et bénéfices dans sa construction
psychocorporelle.
De cette rencontre et de mes observations cliniques s’est dégagée une question centrale :
Quel est l’intérêt du jeu dans la construction psychocorporelle d’une enfant infirme moteur
d’origine cérébrale ? De cette question ont suivi de nombreuses réflexions, questionnements
auxquels je tenterai de répondre au cours de ce mémoire.
Je présenterai, dans une première partie, le cadre dans lequel j’ai pu effectuer mes
observations et vivre mes expériences pratiques. J’y apporterai également des informations
générales relatives à l’infirmité motrice d’origine cérébrale et plus précisément à la pathologie
de Noémie, le syndrome de Sjögren Larson. Une présentation de l’anamnèse, du bilan
psychomoteur et du projet thérapeutique de la petite fille posera les jalons de la prise en soins
en psychomotricité. Puis, je tenterai d’apporter un éclairage sur l’intrication entre le
6
développement moteur, les vécus corporels et les premières ébauches de vie psychique chez le
jeune enfant comme chez l’enfant cérébrolésé.
La deuxième partie, sera consacrée au jeu avec Noémie. Je m’interrogerai sur les
définitions et fonctions du jeu en croisant les apports d’auteurs d’obédiences diverses. L’exposé
des différents types de jeu au cours du développement de l’enfant m’apportera un support
théorique nécessaire à mes observations cliniques. Puis, je retracerai mon vécu personnel, allant
de la rencontre avec Noémie, à l’évolution des séances en passant par mes réflexions sur la
relation et la juste distance thérapeutique. Je m’interrogerai sur ma posture entre stagiaire et
thérapeute, mon cadre, mon ajustement psychocorporel au sein de cette prise en soins. Pour
finir, je reviendrai sur l’intérêt de la médiation jeu de rôle dans le processus de subjectivation
de Noémie.
7
Première partie :
8
I. PRESENTATION DE L’INSTITUTION
1. La société Philanthropique
9
d’éducation spécialisée tendant à développer la personnalité et l’autonomie sociale sont mises
en place.
3. La population
L’établissement fonctionne en tant qu’association laïque à but non lucratif régie par la loi
de 1901 et possède un agrément depuis 2006 pour recevoir 60 enfants et adolescents cérébro-
lésés âgés de 3 à 20 ans. La plupart sont atteints d’infirmité d’origine neurologique. Il s’agit
d’Infirmité Motrice Cérébrale (IMC), d’Infirmité Motrice d’Origine Cérébrale (IMOC),
d’ataxies cérébelleuses, de séquelles de traumatismes crâniens ou d’enfants spina-bifida1. Les
atteintes peuvent concerner des maladies génétiques ou des pathologies d’étiologie
indéterminée.
L’institut d’Education Motrice est agréé pour recevoir 46 enfants relevant de l’annexe 24
bis du code de l’action sociale et des familles, présentant un handicap moteur avec des troubles
associés, et 14 enfants relevant de l’annexe 24 ter du code de l’action sociale et des familles,
présentant un polyhandicap. Les troubles associés peuvent prendre différents aspects et sont
principalement des troubles cognitifs, sensoriels (déficience visuelle, déficience auditive,
agnosie2), des troubles praxiques, de l’épilepsie, des troubles du langage et de l’alimentation…
1
Développement incomplet de la colonne vertébrale. Il s'agit d'une malformation qui survient avant la naissance,
causant la paralysie et la perte de sensibilité des membres inférieurs.
2
Perte de la capacité à reconnaître un stimulus sensoriel.
10
l’envoi d’une notification d'orientation à la Maison Départementale des Personnes Handicapées
(MDPH). L'admission est subordonnée à l'accord de la MDPH et s'effectue à partir de trois ans.
Chaque matin et soir, du lundi au vendredi, des transports collectifs assurent les trajets entre
le domicile des jeunes et l’établissement. Seulement certains enfants sont amenés par leurs
parents. Les familles sont peu présentes. Elles viennent principalement lors de rendez-vous
médicaux ou lors des journées portes ouvertes annuelles.
11
6. Les soins thérapeutiques et rééducatifs
Il est important de préciser que toutes ces activités sont impossibles sans les équipes
techniques, logistiques et les équipes de la restauration (agent technique, cuisine, lingerie…)
qui permettent le bon fonctionnement de l’institut.
Les enfants pris en soins en psychomotricité bénéficient le plus souvent d’une séance
hebdomadaire de quarante-cinq minutes. Certains profitent deux séances par semaine en raison
de leurs grandes difficultés. Cependant, beaucoup de jeunes ont un emploi du temps chargé
avec de nombreuses prises en soins différentes. Les suivis en psychomotricité sont longs et
peuvent durer des années. La plupart des enfants sont admis petits au sein de l’établissement et
s’en vont vers la fin de leur adolescence.
Un bilan psychomoteur est effectué avant le début d’une prise en charge individualisée. Si
les capacités du jeune le permettent, certaines épreuves quantitatives peuvent être proposées. Si
cela n’est pas possible, le bilan est basé sur l’observation qualitative de l’enfant. Les domaines
12
sensoriel, moteur, relationnel, cognitif ainsi que le schéma corporel, l’image du corps et la
structuration spatio-temporelle seront principalement observés. Suite au bilan, un projet
thérapeutique individuel adapté est mis en place.
Les séances de psychomotricité ne sont pas à visée rééducative mais à visée thérapeutique.
Le jeune est accompagné et appréhendé dans sa globalité. Ses attentes et ses propositions sont
accueillies et travaillées. C’est un lieu où il peut être acteur.
1. La paralysie cérébrale
Selon la plus récente définition collective internationale3 la paralysie cérébrale est un terme
qui désigne un groupe de troubles permanents du développement du mouvement et de la
posture, responsables de limitations d’activité, imputables à des évènements ou atteintes non
progressives survenus sur le cerveau en développement du fœtus et du nourrisson. Les troubles
moteurs de la paralysie cérébrale sont souvent accompagnés de troubles sensoriels, perceptifs,
cognitifs, de la communication et du comportement, d’épilepsie et de problèmes musculo-
squelettiques secondaires.
3
Rosenbaum et coll. (2007)
13
« Parmi toutes les formes de paralysies cérébrales, une distinction est faite en France entre
l’infirmité motrice cérébrale (atteinte motrice), l’infirmité motrice d’origine cérébrale (atteinte
motrice avec troubles associés, atteinte légère ou moyenne de la cognition) et l’atteinte la plus
sévère le polyhandicap4 ».
Le terme d’infirmité motrice cérébrale a été proposé en 1954 par G. Tardieu pour distinguer
des sujets porteurs de séquelles motrices de lésions cérébrales infantiles de sujets
encéphalopathes atteints de déficience mentale profonde et de troubles moteurs associés.5 Selon
G. Tardieu, « l’IMC est due à des atteintes cérébrales survenues dans la période périnatale qui
entraînent des troubles de la posture et du mouvement sans caractère évolutif. Ces atteintes
cérébrales ont suffisamment préservé les facultés intellectuelles pour permettre une
scolarisation6 ».
b) Le polyhandicap
4
Bonnotte L. Guitard S. Lequenne F. (2015) p. 140
5
Guidetti M. Tourrette C. (2004) p.29
6
Le Métayer M. (1990) p.11
7
Bonnotte L. Guitard S. Lequenne F. (2015) p. 140
8
Annexe XXIV ter au décret n° 89-798 du 27 octobre 1989, paragraphe 3 de la sous-section 2 de la section 1 du
chapitre II du titre Ier du livre III du code de l’action sociale et des familles, consultable sur le site de Légifrance.
14
2. Définition de l’infirmité motrice d’origine cérébrale (IMOC)
Cette définition englobe tous les degrés de gravité et toutes les variétés topographiques des
troubles de la posture et du mouvement, seulement si la lésion responsable est cérébrale et
survenue avant l’âge de 2 à 3 ans. Le trouble moteur est exceptionnellement isolé : des déficits
sensoriels, perceptifs, cognitifs ou du comportement peuvent être associés. Une épilepsie est
souvent associée. Contrairement à l’infirmité motrice cérébrale, une déficience intellectuelle
est présente.
Les causes des paralysies cérébrales sont multiples. Si certaines causes sont évidentes, ce
n’est pas toujours le cas. A ce jour, un grand nombre de causes restent encore inconnues. Un
ensemble d’investigations sera nécessaire : l’histoire de la grossesse, l’histoire familiale,
9
Amiel-Tison C. (2004) p. 88
10
Ibid p.88
15
l’aspect clinique de l’enfant11. Les causes surviennent le plus fréquemment avant la naissance
mais elles peuvent aussi être périnatales ou postnatales.
12
Les causes prénatales : On retrouve les pathologies maternelles (anémie ,
hypertension/hypotension artérielle, anoxie 13, infections urinaires, diabète), un trouble de la
circulation sanguine fœtale, une incompatibilité de rhésus, une embryofoetopathie infectieuse
(rubéole, toxoplasmose) ou toxique (alcool, drogues...) et les accidents fœtaux : accident
vasculaire cérébral, malformation cérébrale, hypoxie 14 ou anoxie, hémorragie cérébrale,
insuffisance placentaire, traumatisme fœtal lié à un accident de voiture, une chute, un choc, etc.
Les causes périnatales : On retrouve surtout la souffrance fœtale aigüe (hypoxie, anoxie,
convulsions, traumatisme obstétrical). La prématurité15 est également une cause importante, les
petits poids de naissance et les grossesses multiples (gémellité) en sont des facteurs favorisants.
La fréquence de la paralysie cérébrale est d’autant plus élevée que le poids de naissance est
petit et la naissance prématurée.16
Les diverses causes énoncées ci-dessus sont prédominantes, mais en réalité les origines sont
le plus souvent polyfactorielles.
11
Amiel-Tison (2004) p.89
12
Diminution de la concentration en hémoglobine dans le sang.
13
Insuffisance d'apport en oxygène aux organes et aux tissus vivants.
14
Diminution de la concentration d'oxygène dans le sang.
15
Selon l’OMS, naissance survenue avant 37 semaines d’aménorrhée (SA). Il existe 4 stades de prématurité : la
petite prématurité (début de la 33ème à la fin de la 36ème SA), la grande prématurité (début de la 26 ème à la fin de la
32ème SA), la très grande prématurité (au cours des 26ème et 27ème SA) et l’extrême prématurité (avant la 26ème SA).
16
Guidetti M. Tourrette C. (2004) p.31
16
4. Les troubles neuromoteurs
Les formes spastiques : Elles résultent d’une atteinte au niveau des voies pyramidales. La
voie pyramidale, aussi appelée faisceau pyramidal ou tractus cérébrospinal, correspond à un
ensemble d’axones qui assurent la communication entre le cortex cérébral, les motoneurones et
les interneurones de la moelle épinière. Elle permet de transporter les messages moteurs
volontaires. Un syndrome pyramidal correspond à une atteinte de la motricité volontaire. Le
système agoniste/ antagoniste est perturbé et la capacité d’inhiber l’arc réflexe de cette motricité
volontaire est atteinte. La spasticité se caractérise par l’exagération du réflexe d’étirement
musculaire, des mouvements rigides et crispés, par une absence de coordination de la
contraction et du relâchement des groupes musculaires antagonistes. « La maladresse et la
lenteur des mouvements fins, liées à des difficultés de coordination bimanuelle et oculo-
manuelle, restent quasi constantes17 ». L’enfant spastique se présente avec une augmentation
exagérée et permanente du tonus musculaire d’un muscle au repos qui entraîne des rétractations
musculo-tendineuses et par conséquence une attitude en flexion. Lorsque l’atteinte est plus
légère on parle de parésie.
Les formes dyskinétiques : Ces formes correspondent plutôt à une rigidité de nature
extrapyramidale diffuse qui persiste inchangée aux mouvements lents et répétés de flexion et
d’extension des membres. La rigidité des membres peut s’accompagner d’une hypotonie axiale
majeure ou d’une posture permanente en hyperextension. Des mouvements involontaires,
dyskinétiques, contaminent une motricité volontaire très réduite. La dyskinésie peut être faite
17
Crouail A. Maréchal F. (2006) p.4
17
de mouvements rapides de style chorée : ce sont des mouvements involontaires brusques qui
interrompent un mouvement volontaire. La dyskinésie peut prendre la forme de mouvements
lents, style athétose. Ce sont des mouvements involontaires lents de reptation qui parasitent les
postures de repos. « Le signe primordial de l’athétose est l’apparition de mouvements
involontaires spontanés18 », accentués par l’émotion ou une stimulation. La dyskinésie, alors
qualifiée de dystonie, peut être faite de postures anormales. La dystonie est liée à une
contraction musculaire soutenue mettant un membre, segment de membre, cou, tronc dans une
posture extrême : extension du gros orteil, opisthotonos19, torticolis, grimaces soutenues... A
l’inverse du mouvement choréique qui est imprévisible, la dystonie est préférentiellement
déclenchée par des mouvements volontaires spécifiques, elle est donc plus prévisible.
Les formes ataxiques : Elles résultent d’une atteinte au niveau du cervelet. L’ataxie est
définie comme « un trouble de la coordination et de la statique20 ». Les signes caractéristiques
sont l’élargissement du polygone de sustentation, des difficultés au niveau du contrôle de
l’équilibre, des titubations, des chutes fréquentes, une dysmétrie21 et une dyschronométrie22.
Elle associe une incoordination motrice et une hypotonie. « De plus l’ataxie se caractérise par
des tremblements dans le maintien d’une attitude ou lors de l’exécution d’un mouvement 23 ».
Les formes pures sont peu fréquentes. Les recherches étiologiques sont orientées vers une
pathologie cérébelleuse, le plus souvent génétique24.
18
Cahuzac M. (1980) p.49
19
Contracture importante localisée sur la face postérieure. Un individu atteint présente une posture typique arc-
boutée vers l'arrière.
20
Cahuzac M., 1980, p.56
21
Exécution des mouvements sans mesure dans le temps et dans l'espace.
22
Altération de la gestion des paramètres temporels du mouvement volontaire.
23
Michel S. (2011) p.8
24
Amiel-Tison C. (2004) p.114
25
Ibid p.114
18
b) La topographie des atteintes
Berta et Karel Bobath, ont par leurs nombreuses observations d’enfants infirmes moteurs,
décrit différentes atteintes selon les localisations touchées 26.
Diplégie spastique (maladie de Little) : Elle se caractérise par la spasticité des deux membres
inférieurs. Il persiste pendant longtemps une grande hypotonie de l’axe corporel et la position
assise est acquise très tardivement.
Paraplégie : Elle se caractérise par une atteinte exclusive des deux membres inférieurs.
Triplégie : Elle se caractérise par une atteinte de tout le corps, prédominant aux deux membres
inférieurs et à un membre supérieur.
26
Bobath B., Bobath K. (1986) p.19-20
19
5. Les troubles associés
Dans l’infirmité motrice d’origine cérébrale, tout l’éventail de gravité est représenté, du très
sévère au très mineur, les frontières sont incertaines entre formes mineurs et limites acceptables
de la norme27. Le trouble moteur est exceptionnellement isolé. Les troubles associés varient en
fonction de chaque individu, de son histoire familiale, de son histoire de soins et de l’étendue
de la lésion cérébrale. Ces troubles, d’intensités variables, peuvent se combiner. Dans certains
cas, ils peuvent être prévenus ou compensés par des mesures éducatives et thérapeutiques
appropriées28. On retrouve principalement des troubles cognitifs, sensoriels, des problèmes de
langage et d’alimentation, des troubles praxiques et de l’épilepsie. Les atteintes neuromotrices
et les différents troubles associés sont étroitement intriqués et s’influencent réciproquement.
Du fait des lésions cérébrales précoces et selon leur étendue et leur localisation, les
fonctions cognitives peuvent être altérées. Les troubles cognitifs sont des atteintes des fonctions
cognitives, fonctions qui nous permettent notamment d’interpréter les informations, d’acquérir
des connaissances et de les organiser, de planifier et de contrôler nos actions et d’échanger avec
les autres. Les troubles cognitifs les plus courants concernent la concentration et l’attention,
certains aspects de la mémoire, le langage écrit ou oral, la perception de l’espace ou de son
propre corps, affectant la réalisation de gestes de la vie courante, la capacité à reconnaître des
images ou des signes, impliquée dans la lecture et l’écriture. Les atteintes des fonctions
exécutives, indispensables à la planification d’un geste et au contrôle du mouvement,
aggraveront les conséquences des problèmes moteurs tels que la spasticité. L’atteinte
neuromotrice, entrainant une limite de possibilité d’action sur l'environnement a également un
impact sur la manière d'appréhender le monde et donc sur la perception-cognition.
27
Amiel-Tison C. (2004) p.88
28
Guidetti M., Tourrette C. (2004) p.32
20
Il est important de noter que « le trouble de la fonction motrice est parfois si grave qu’il rend
extrêmement difficile d’évaluer les fonctions cognitives : celles-ci paraissent souvent plus
déficitaires qu’elles ne le sont en réalité »29.
Les problèmes sensoriels accompagnant la paralysie cérébrale sont variés. L’atteinte des
récepteurs sensoriels, la transmission et le traitement des flux sensoriels par le système nerveux
centrale peuvent être touchés.
Au niveau visuel, une cécité partielle ou complète peut être présente. Certains enfants
peuvent également être atteints de strabisme ou de nystagmus30 ce qui entraîne des difficultés
pour fixer un objet ou pour balayer du regard une surface et va avoir des retentissements sur la
31
perception visuelle en général et en particulier sur la discrimination figure-fond .
L’identification d’une figure significative sur un fond lors d’une présentation très brève est
difficile.
Dans les déficits auditifs, on trouve une surdité et une hypoacousie. Il s’agit d’une
diminution, d’une insuffisance de l’acuité auditive correspondant à la déficience auditive légère
et moyenne. Ces surdités de perception sont non améliorables par la chirurgie mais souvent
appareillables. Elles vont avoir une incidence défavorable sur l’apprentissage du langage. Les
lésions cérébrales précoces vont également altérer la transmission et le traitement des différents
flux sensoriels par le système nerveux central.
Les troubles de la sensibilité ne sont pas rares. Il s’agit en général de troubles du transfert
intermodal ou astéréognosie : ils ne peuvent reconnaître les objets avec leur main sans le
contrôle de la vue. Le traitement multimodal des flux s’observe à différents niveaux du système
29
Amiel-Tison C. (2004) p.115
30
Mouvement d'oscillation involontaire et saccadé du globe oculaire causé par une perturbation de la
coordination des muscles de l'œil.
31
Guidetti M., Tourrette C. (2004) p.34
21
nerveux central. Les différentes lésions cérébrales précoces peuvent rendre difficile ce
traitement.
Ces troubles sont d’origines diverses. Ils peuvent résulter de l’atteinte motrice, qui touche
les muscles de l’appareil phonatoire, ou d’une atteinte auditive. Les troubles moteurs ou
praxiques bucco-faciaux gênent et empêchent l'articulation. On retrouve des dysarthries33 c’est-
à-dire des mouvements anormaux de la langue et des lèvres. Des particularités sensorielles
(hyposensibilité, hypersensibilité orale) entraînent des problèmes d’alimentation aggravés par
des difficultés de déglutition et de mastication possibles. Des fausses routes, des reflux
œsophagiens, des constipations fréquentes et des problèmes bucco dentaires sont présents. Au
niveau du langage, on peut observer une dysphasie 34, voire une aphasie35. Au niveau de la
compréhension, on parle de surdité verbale, les sons sont reconnus mais c'est la signification
qui manque (agnosie). Il est important de considérer que ces troubles peuvent être source de
frustrations et d’isolement pour l’enfant et par conséquent, entraîner des difficultés dans les
habiletés psychosociales.
32
Jouen F., Molina M. (2000) p.235-247
33
Trouble de l’articulation.
34
Altération de la structure du langage.
35
Absence de langage.
22
Les troubles praxiques :
Une praxie désigne la coordination normale des mouvements, propre aux gestes volontaires,
impliquant de la part du sujet un projet d’action sur le monde extérieur. Une dyspraxie en est la
perturbation. La personne atteinte ne peut élaborer correctement un projet gestuel. Il s’agit
d’une anomalie des fonctions « de pré-programmation des gestes qui se traduit cliniquement
par une maladresse et un défaut d’organisation gestuelle, indépendamment de tout troubles
moteur intrinsèque 36 ». Pour Michèle Mazeau, les troubles praxiques se différencient des
troubles moteurs, qui peuvent entraver ou perturber l’exécution d’un projet, sa planification
étant préservée 37 . Dans les troubles praxiques, on retrouve principalement des troubles de
l’organisation gestuelle et motrice. Ce sont des troubles de l’exécution du geste, des difficultés
de freinage, de contrôle ou un parasitage du mouvement par des contractions involontaires. Ces
troubles sont à mettre en lien avec l’atteinte neuromotrice. Ces troubles peuvent retentir sur la
vie quotidienne (alimentation, toilette) et rendent difficile la préhension ou l’écriture.
L’épilepsie :
36
Mazeau M. (2000) p.276
37
Ibid, p.67
23
6. Les appareillages et interventions chirurgicales
Les atteintes motrices ne sont pas évolutives mais ont des conséquences sur le
développement de l’appareil locomoteur, essentiellement pendant la croissance. « Les os vont
s’allonger et les muscles soumis à des tensions pathologiques s’allongeront moins vite que les
os38 ». Il est donc nécessaire de prendre en charge les enfants précocement et sérieusement pour
tenter de minimiser les déformations orthopédiques qui pourraient limiter ensuite le potentiel
fonctionnel. Un suivi médical et une rééducation kinésithérapique sont indispensables.
La spasticité n’est pas identique d’un groupe musculaire à l’autre, de telle sorte que les
membres tendent à adopter des postures anormales qui sont le résultat du déséquilibre créé ;
postures anormales que les membres tendent à reprendre immédiatement après un déplacement
passif. Ces postures anormales vont entraîner des raccourcissements musculotendineux, par
rapprochement des insertions, raccourcissement qui seront mis en évidence par des limitations
du jeu articulaire aux manipulations passives lentes39.
Un grand nombre d’appareillages peuvent être mis en place afin de lutter au mieux contre
les déformations orthopédiques et d’éviter de rendre la fonction motrice de plus en plus
déficiente et déviante. Voici une présentation non exhaustive d’appareillages possibles.
• Le siège « actif » a pour but le maintien dans une station assise correcte : il permettra à
un enfant, ayant acquis la capacité de tenir assis, de maintenir une station assise active dans des
conditions proches des conditions physiologiques.
• Le siège « passif » a pour but de permettre une station assise maintenue passivement chez
l’enfant incapable de la maintenir activement et de permettre l’utilisation des membres
supérieurs. Le thorax est maintenu, si nécessaire la tête est maintenue également par des appuis-
tête. L’enfant pourra travailler la statique de la tête, regarder droit devant lui, augmenter ses
possibilités d’interaction avec l’entourage. Ces différents sièges peuvent être moulés ou
fabriqués par les appareilleurs. Ils seront adaptés aux besoins de chaque enfant.
38
Amiel-Tison C. (2004) p.254
39
Ibid, p.208
24
• Les rollators et les Kaye Walker (rollators arrières). Ces derniers offrent à l’enfant un
meilleur appui dans avant-bras et des mains, et permettent une meilleure verticalisation du
tronc. Grâce à une sangle, l’enfant entraîne dans sa marche en avant l’essentiel de l’armature
du rollator situé latéralement et en arrière de lui.
• Corset garchois est adapté pour traiter les scolioses paralytiques. Il empêche
l’effondrement du tronc, corrige les déformations rachidiennes et ralenti l’aggravation de la
scoliose au fil des ans sans pour autant gêner la croissance osseuse ni le développement
thoracique de l’enfant.
Les enfants ont souvent des parcours de soins compliqués, ponctués de nombreuses
hospitalisations et interventions chirurgicales. Un geste chirurgical est proposé s’il paraît
indispensable aux progrès fonctionnels. On trouve entre autres la fasciotomie40, la correction
d’un pied équin41, la correction d’un flessum42 de genou ou les injections de toxine botulique.
Ce traitement consiste en l'injection de petites quantités de toxine botulique dans les muscles
spastiques. La toxine botulique induit une faiblesse des muscles hyperactifs injectés, sans pour
autant affecter leur fonctionnement normal. Son action dure environ de trois à six mois.
a) Définition
40
Coupe du fascia pour soulager la tension ou la pression.
41
Flexion plantaire permanente de l'articulation.
42
Blocage transitoire ou permanent du genou en position plus ou moins fléchie.
25
Le syndrome de Sjögren-Larsson (SSL) est une maladie neuro-cutanée rare due à une
anomalie innée du métabolisme des lipides et caractérisée par une ichthyose43 congénitale, un
déficit intellectuel et une spasticité. La prévalence mondiale est estimée à 1/250 000.
Le diagnostic prénatal est possible à partir d'analyses biochimiques ou génétiques sur une
biopsie du trophoblaste48 ou par amniocentèse.
43
Maladie génétique rare atteignant principalement la peau. Elle se caractérise par une peau extrêmement sèche,
rugueuse et par la présence d’une quantité excessive de squames (pellicules de peau mortes) qui se détachent
continuellement.
44
Transformation des couches superficielles de la peau (épiderme), ou d'une muqueuse qui s'enrichissent
progressivement de kératine.
45
Sensation de démangeaisons de la peau, et qui conduit à se gratter.
46
Trouble de l’articulation de la parole.
47
Sensibilité accrue à la lumière voire une intolérance complète à celle-ci.
48
Couche cellulaire périphérique de l'œuf, formée lorsque celui-ci est encore au stade de blastocyste (du 5e au
e
7 jour après la fécondation) et qui est à l'origine du placenta.
26
b) La prise en charge
J’ai rencontré Noémie lors de mon premier jour de stage au sein de l’IEM. Je n’avais
jamais été en contact avec des personnes en situation d’handicap moteur ou de polyhandicap.
Mon appréhension se mêlait à l’envie de découvrir un nouveau domaine, une nouvelle
population, une nouvelle équipe.
Ma maître de stage et moi sommes allées chercher notre premier patient de la matinée.
A notre arrivée au troisième étage, tous les enfants étaient dans leurs classes respectives. En
49
Médicaments indiqués dans les affections où la couche cornée de l'épiderme produit un excès de kératine.
27
entrant dans la classe de Noémie je suis interpellée par le nombre d’appareillages qui me
semblent prendre toute la place de la petite pièce. Pourtant prévenue et consciente des
d’appareillages en Institut d’Education Motrice, le vécu qui est renvoyé est très fort. Malgré
cela, l’atmosphère de la classe, le bruit ambiant, les voix des enfants, me renvoient une image
rassurante, connue, une image de vie.
Durant le trajet vers la salle de psychomotricité, Noémie se déplace seule à l’aide de son
Kay-Walker. Elle semble bien se repérer dans l’institution. En attendant l’ascenseur pour aller
en salle de psychomotricité, ma maître de stage me présente à Noémie qui me regarde
attentivement. J’observe une petite fille qui peut rentrer en interaction et répondre par quelques
mots aux questions de la psychomotricienne. Cependant elle parle peu de sa propre initiative.
28
qui se précipite à quatre pattes sur l’espace des tapis. Je m’attendais à voir son corps s’écrouler
sans le maintien des appareillages.
Nous terminons la séance par le jeu du pantomime qui consiste à mimer un dessin
représenté sur une carte face cachée afin que les autres joueurs puissent deviner de quoi il s’agit.
Noémie retourne systématiquement sa carte en nous montrant de quel objet il s’agit avant de le
mimer. Malgré des capacités limitées, elle réussit à mimer plusieurs objets : la brosse à cheveux
et le lapin.
2. Anamnèse
Noémie est une petite fille de 9 ans. Elle vit avec ses deux parents d’origine algérienne, sa
petite sœur de quatre ans et son petit frère de 5 mois. Noémie naît le 10/02/2007 à trente-huit
semaines d’aménorrhée par césarienne en raison d’un siège et d’une non progression de la
dilatation. Née en état de mort apparente, elle est intubée à une minute de vie. Amenée à deux
reprises en réanimation, Noémie présente rapidement de grandes difficultés d’alimentation, de
respiration et une grande hypotonie. La marche se développe vers vingt-deux mois et quelques
mots isolés commencent à apparaître. Vers trois ans, la spasticité rend la marche difficile. Le
diagnostic de la maladie de Sjörgen-Larson est posé. La tétraparésie spastique de la jeune fille
29
s’accompagne d’une cyphoscoliose 50 thoraco-lombaire gauche et d’une ichtyose cutanée
importante. La légère hypertonie présente dans les membres supérieurs est principalement
localisée au niveau des coudes et peu marquée près des mains. La spasticité des membres
inférieurs est prédominante, notamment au niveau des adducteurs avec un léger flessum de
genoux. Dans le domaine ophtalmologique, un astigmatisme myopique 51 bilatéral et une
maculopathie52 à inclusion cristalline sont présents.
La petite fille fréquente une halte-garderie à hauteur de trois demi-journées par semaine et
est prise en soin dans un Centre d’Action Médico-Social Précoce (CAMSP), avant d’être
orientée vers un Institut d’Education Motrice. En septembre 2010, Noémie est admise au sein
de l’IEM et intègre le jardin d’enfants au deuxième étage. A l’âge de cinq ans, en janvier 2012,
une injection de toxine est effectuée dans les longs adducteurs, les semi-membraneux et les
semi-tendineux. Fin 2012, Noémie bénéficie d’une intervention chirurgicale consistant en
l’allongement des ischio-jambiers, la libération des adducteurs, et la fasciotomie bilatérale des
jumeaux et soléaires pour corriger l’équin des deux pieds. A cette intervention, fait suite une
prise en charge post-opératoire de quatre mois au sein d’un Centre de Rééducation Motrice pour
Tout Petits (CRMTP). Durant l’année 2013, un bilan neuropsychologique est effectué. Il en
résulte, sur les différents items proposés, un âge développemental d’un enfant entre trois et
quatre ans. Tout au long de l’année 2015, Noémie participe à des temps d’inclusion au troisième
étage, l’étage de l’éducation nationale en vue d’une intégration complète à la rentrée prochaine.
Actuellement, Noémie fréquente, depuis septembre 2016, le troisième étage. Elle participe
à des temps de classe et aux divers ateliers proposés : musique, théâtre, repérage dans
l’espace… La petite fille bénéficie de nombreuses prises en soins : deux séances de
kinésithérapie, trois verticalisations, une séance de psychomotricité, d’ergothérapie et de
psychologie hebdomadaires.
50
Double déformation de la colonne vertébrale, associant une déviation latérale (scoliose) et une déviation à
convexité postérieur (cyphose).
51
Défaut optique caractérisé par la présence d’un excès de courbure variable de tous les méridiens cornéens.
52
Pathologie oculaire caractérisée par une atteinte de la macula.
30
3. Bilan psychomoteur
Mon bilan s’est basé principalement sur mes observations qualitatives au long des séances
avec Noémie. J’ai également choisi de proposer différentes épreuves me permettant d’affiner
mes observations. Une séance entière de tests ne me paraissant pas adapté ni révélatrice des
compétences de Noémie, j’ai étalé ces propositions sur plusieurs semaines. Lors de ce bilan, le
corset et les appareillages ont été ôtés.
Domaine relationnel :
Noémie m’apparaît comme une petite fille calme, agréable et conciliante. Son contact
auprès des adultes est de bonne qualité. Arrivée au troisième étage au mois de septembre, elle
s’intègre petit à petit et semble créer de bons rapports avec les autres enfants. Ses réponses à
leurs sollicitations s’avèrent plutôt adaptées. La jeune fille connaît le prénom de la plupart des
adultes et de nombreux enfants de l’établissement. Elle peut les reconnaître et les désigner sur
une photographie.
Noémie présente une inhibition de langage et un temps de latence important qu’il faut
prendre en compte lors des différentes propositions. Elle parle peu, utilisant principalement des
mots simples, sans phrases construites. Son manque de vocabulaire va très rapidement la mettre
en difficulté. Elle interpelle l’adulte ou demande de l’aide en utilisant principalement les gestes
ou le regard.
Noémie est réceptive aux interactions proposées par l’adulte et s’adapte facilement à une
demande, une consigne. Elle peut choisir entre plusieurs propositions, mais il lui est difficile
d’en être l’initiatrice. Sensible au regard de l’adulte, elle cherche souvent l’approbation dans
une dimension très scolaire.
Elle présente une certaine précipitation dans ses actions et se renferme rapidement si
l’adulte la reprend.
31
Noémie accepte le toucher de l’adulte avec un médiateur ou avec les mains. Elle semble
apprécier les temps de relaxation avec la balle à picots et peut accéder à un certain état de
relâchement.
Domaine moteur :
Noémie se déplace principalement à l’aide d’un Kaye Walker53. Elle porte un casque de
protection en cas d’éventuelles chutes. Sa marche semble plutôt adaptée et sécurisée malgré
une forte fatigabilité. Un fauteuil est utilisé pour les trajets entre son domicile et l’établissement.
Tout au long de la journée, elle porte un corset garchois avec une mentonnière et deux attèles.
Lors des temps de retrait du corset, Noémie manifeste son envie de participer activement.
De la position debout, Noémie est capable, avec aide, de se mettre au sol en passant par la
position quatre pattes. Au sol, la jeune fille se déplace principalement à quatre pattes en pouvant
dégager une main pour tenir un objet. Elle s’assoit systématiquement en W, position qu’elle
peut corriger lorsqu’on le lui demande. Les retournements sont possibles. Le relevé du sol
demande beaucoup d’efforts.
Noémie présente une tétraparésie spastique. La légère hypertonie présente dans les
membres supérieurs est principalement localisée au niveau des coudes et peu marquée près des
mains. La spasticité des membres inférieurs est prédominante, notamment au niveau des
adducteurs. La jeune fille parvient à un certain relâchement lors de temps de relaxation.
53
Déambulateur avec 2 roues fixes avant et 2 roues arrières anti retour, qui permet un apprentissage de la marche
en favorisant une extension et un alignement des jambes et du tronc. Le cadre se trouve derrière l’enfant et non
devant.
32
Au niveau de la motricité fine, la latéralité graphique est à droite. La tenue de l’outil
scripteur est adaptée, la prise tridigitale est acquise. Ses différents dessins comprennent des
lignes, des croix, des ronds et des carrés. Cela correspond aux capacités d’un enfant de quatre
ans. La préhension est adaptée. Les différentes manipulations restent cependant peu variées et
pauvres.
Domaine cognitif :
La création d’un bonhomme en pâte à modeler reste sommaire. Le visage présente peu
d’éléments. Les membres supérieurs et inférieurs ne sont pas représentés.
Noémie ne semble pas avoir intégré le Kay Walker à son schéma corporel. Lors de ses
déplacements, elle heurte régulièrement les portes ou les fauteuils dans autres enfants.
33
La petite fille accorde de l’importance à son apparence, ses vêtements, ses cheveux. Elle
est souvent bien habillée, avec des serre-têtes colorés ou à paillettes qu’elle remet
systématiquement après avoir enlevé le corset.
L’espace et le temps :
Noémie se repère bien au sein de l’institution tant au niveau des étages que des
différentes salles. Certaines notions spatiales sont connues : devant/derrière, dessus/dessous,
grand/petit, haut/bas, au milieu.
Les formes en cubes simples en 2D, sont facilement reproduites. Noémie manifeste de
grandes difficultés lors du passage en 3D. La réalisation d’une pyramide à 6 cubes reste
impossible.
Lors de l’épreuve du Mira Stamback, la reproduction des deux premiers rythmes est
maitrisée contrairement aux suivants. Le symbolisme n’est pas acquis.
Les cartes séquentielles sont placées difficilement dans le bon ordre. Noémie sait se
situer dans la journée : matin, midi, après-midi, soir, mais pas dans la semaine. Les jours de la
semaine et les mois de l’année de sont pas connus.
Malgré ces petites connaissances de base, il lui est difficile de s’organiser dans l’espace
et le temps. Elle présente une difficulté de mobilité de pensée et de représentation lorsqu'elle
elle est en situation.
Synthèse du bilan :
Noémie est une petite fille de 9 ans, agréable et de bon contact. Elle participe activement
à toutes les épreuves de bilans proposées. Elle se montre à l’aise dans la relation thérapeutique
et réceptive aux différentes propositions de l’adulte. Il en ressort une volonté de bien faire, de
susciter l’approbation de l’adulte.
34
Noémie présente une inhibition de langage et un manque d’initiatives personnelles. Ses
expériences sensori-motrices et psychiques restent très pauvres. Des difficultés d’organisation
temporelle et spatiale importantes sont mises en relief.
Les objectifs prioritaires, pensés par les professionnels, pour l’année 2016-2017, sont de
proposer un cadre contenant et sécurisant pour permettre à la jeune fille de continuer à gagner
en confiance ainsi que de développer et poursuivre les apprentissages. Les moyens mis en
œuvre par l’établissement sont un travail éducatif, deux séances d’ergothérapie, une séance de
psychomotricité et une séance de psychologie hebdomadaires. Un bilan orthophonique est
également proposé. L’intégration à temps complet au troisième étage semble intéressante pour
envisager les ateliers scolaires. Il semble important de poursuivre les entretiens articulaires des
membres inférieurs et du rachis et poursuivre le travail de stabilité du bassin pour améliorer la
déambulation. Pour ce faire, deux séances de kinésithérapie et deux verticalisations
hebdomadaires sont mises en place. De plus, une fois tous les quinze jours, Noémie participera
à un groupe moteur jusqu’en juin.
Les attentes de la famille et du jeune sont entendues et prises en compte. La famille demande
à ce que des activités sportives à l’extérieur soient proposées à Noémie, comme de la piscine
par exemple. Un travail sur la propreté est également demandé. Les parents souhaiteraient qu’un
35
travail avec des cannes tripodes soit effectué. Au niveau scolaire, les parents de la jeune fille
aimeraient qu’elle apprenne les lettres de l’alphabet.
Durant l’année 2016-2017, les séances se dérouleront le jeudi matin à 9h, durant une heure,
dans la salle de psychomotricité, à raison d’une fois par semaine.
1. La construction psychocorporelle
Le nourrisson qui vient au monde se situe dans une globalité psychocorporelle. Le corps «
n’est pas l’instrument de la psyché mais son partenaire 54 ». La maturation neurologique,
54
Robert-Ouvray S. L’importance du tonus dans le développement psychique de l’enfant, s.robertouvray.free.fr
36
programmée de manière innée, permet au nouveau-né de développer ses compétences motrices.
Tandis que la motricité et le corps évoluent, la psyché s’organise simultanément.
Geneviève Haag a largement écrit au sujet de la constitution de l’identité au sens large grâce
à ses observations du nouveau-né, de l’enfant avec autisme et de l’enfant en situation de
polyhandicap. Elle évoque les premières étapes du développement du moi par la constitution
première d’un moi-corporel. Elle le relie à la maturation de l’image du corps qui se fait de
manière céphalo-caudale comme la maturation neurologique. Elle montre l’intrication entre les
vécus corporels et les premières ébauches de vie psychique.
On doit le terme d’image du corps, à Paul Schilder, présenté au travers de deux ouvrages
écrits en 1923 et 1935. Pour lui, l’image du corps, schéma corporel ou modèle postural du corps
sont équivalents et constituent la représentation qu’un sujet à de son corps dans l’expérience.
Dans les années 1980, F. Dolto proposera une radicale distinction entre ces termes. Elle définit
alors le schéma corporel comme la représentation consciente et cognitive du corps et l’image
du corps comme une représentation fantasmatique, en grande partie inconsciente et
correspondant à son investissement libidinal. Cette notion a ensuite été remise en cause par
Didier Anzieu puis par Eric Pireyre pour qui une théorie de l’image du corps devrait entre autres
intégrer la problématique de l’enveloppe corporelle et prendre en compte le développement à
la fois affectif et anatomo-physiologique du bébé.
a) L’adhésivité normale
Pour Bullinger, le bébé est à l’origine traversé par un ensemble de flux sensoriels sans qu’il
puisse distinguer ni leur nature, ni leur origine. Les sensations labyrinthiques, tactiles, auditives,
visuelles ou olfactives assaillent l’organisme dont la seule réponse est au départ la régulation
de son tonus qui permet l’ouverture ou la fermeture à ces sensations. On peut penser qu’il
ressent ces flux uniquement sur le registre d’intensités qui le traversent et qu’il ne peut, au
début, que gérer par le retrait ou l’agrippement. Winnicott a évoqué ces états primitifs en parlant
d’angoisses archaïques. Il nomme principalement l’angoisse de liquéfaction et l’angoisse de
chute.
37
Le premier mode d’organisation de ces flux sensoriels va donc se faire dans une relation
de dépendance complète à l’environnement.
Pour Esther Bick, le besoin d’un objet contenant apparaît, dans l’état infantile non-intégré,
comme la recherche effrénée d’un objet - une lumière, une voix, une odeur, ou tout autre objet
sensuel - qui peut tenir l’attention et de ce fait être expérimenté, momentanément tout au moins,
comme tenant ensemble les parties de la personnalité.
Lorsque le développement est plus heureux, le bébé va trouver dans sa relation avec les
objets humains des rythmicités qui constitueront des invariants, une forme de répétition
porteuse, qui vont lui permettre de constituer ce qu’on appelle « le fond relationnel ». C’est
dans cette répétition d’un même, qui n’est pas pour autant de l’identique, que le bébé va trouver
une première image du corps que l’on qualifie de bidimensionnelle ou adhésive. C’est un mode
relationnel qui s’établit dans une forme d’indifférenciation entre soi et l’objet mais qui constitue
des expériences de continuité essentielles et une première identification que Geneviève Haag a
appelé identification primaire d’arrière-plan.
Pour Catherine Potel « Les expériences fondamentales qui s’enracinent dans les expériences
du corps en relation à l’autre et à son environnement vont constituer un socle identitaire
primaire, cette base narcissique solide, qui permettra d’accéder à des processus cognitifs qui
engagent la pensée, la réflexion, ces mécanismes de symbolisation plus secondarisés55 ».
C’est à cet objet portant et soutenant que le bébé va, selon Geneviève Haag, identifier
certaines parties de son corps. Ainsi, dans les premiers mois de développement, le dos puis une
moitié du corps du bébé vont être porteurs de la continuité et d’un fond sécurisant pour lui
permettre une certaine exploration du monde. On parle d’identifications intra corporelles.
55
Potel C. (2010) p. 85
38
de l’axe vertébral dans l’organisation de la motricité. Or cette organisation motrice va de pair
avec une organisation psychique qui permet d’investir la verticalité comme support d’une
vitalité du self qui s’enracine dans ces identifications primaires.
C’est dans la relation et dans l’interaction que cette image du corps séparée va se construire.
L’imitation et le dialogue tonique ont une fonction essentielle. L’autre est alors un miroir
renvoyant au bébé à la fois son image et une interprétation de cette image. On dit que l’objet
renvoie suffisamment de même et de différent pour permettre au bébé de se sentir exister mais
aussi de sentir que l’autre existe. Geneviève Haag utilise l’image du rebond.
Dans la circulation des interactions entre le bébé et sa mère une boucle s’installe qu’elle
appelle « boucle de retour ». C’est cette circulation émotionnelle qui va transformer l’image du
corps d’une surface bi- dimensionnelle en une enveloppe tridimensionnelle, ce qu’Esther Bick
a nommé une peau psychique et Didier Anzieu le Moi-Peau.
d) Projection et confusion
39
satisfaction qui se trouvent chez l’autre. Pour maintenir l’unité de son corps assaillie par des
perceptions désorganisantes, le bébé projette ses vécus corporels vers l’autre, à travers ses cris,
ses pleurs et une motricité visant la décharge.
e) Individuation et séparation
C’est la transformation de ces projections par l’objet maternel et leur déplacement sur les objets
extérieurs qui vont progressivement atténuer ces vécus clivés dans le très bon et le très mauvais
et établir une bonne distinction entre le corps du bébé, le corps de la mère et l’espace partagé
de la rencontre. Cet espace intermédiaire lieu des activités transitionnelles deviendra celui de
la culture et du langage.
Cette séparation corporelle passe par une forme de renoncement de l’enfant aux plaisirs du
corps à corps. Au fur et à mesure de son développement l’enfant va rencontrer des limites et
des interdits qui vont lui imposer une modification de son image du corps.
Didier Anzieu parle de l’interdit du toucher comme une étape nécessaire à la constitution
d’un Moi pensant se dégageant du Moi- peau.
Françoise Dolto parle elle de castrations symboligènes pour désigner ces exigences
progressives qui sont imposées à l’enfant. Elle introduit la notion de stades de structuration,
chaque castration étant un passage nécessaire pour pouvoir aborder le stade suivant. Il y faut la
parole ou l'acte d'un adulte qui lui signifie que la jouissance connue jusque-là n'est plus possible,
compte tenu de son âge et de sa place dans l'espèce humaine. L'enfant se sépare d'un objet de
satisfaction, y met des symboles à la place et investit un objet de substitution. Si la castration,
processus qui prend un certain temps est réussie, elle est source de représentations symboliques,
elle favorise la pensée et le langage.
40
castration anale qui ne concerne pas seulement la propreté mais aussi le développement d’une
motricité autonome de plus en plus éloignée de l’appui sur le corps maternel. Viendront ensuite
la castration génitale et la castration œdipienne qui par l’interdit de l’inceste impose à l’enfant
de trouver un objet de désir en dehors de la famille. C’est cette exigence de renoncement aux
plaisirs sexualisés du corps à corps qui va, selon F. Dolto, constituer l’image inconsciente du
corps.
Pour lui, la conscience est constituée deux entités bien distinctes : « la conscience noyau
et la conscience étendue ». La conscience noyau est une forme simple de conscience qui gère
ce qui se passe dans l’ici et le maintenant. Elle nous permet de savoir durant un bref instant que
c'est bien nous qui sommes par exemple en train de ressentir telle sensation ou de voir tel objet.
A ce niveau, il n’y a ni ailleurs, ni passé, ni futur. Cette conscience couvre toutes les pensées et
choses à connaître qui peuvent être rendues conscientes. Elle est stable tout au long de la vie,
elle n’est pas spécifique de notre espèce et est indépendante de la mémoire et du langage. Les
56
Damasio AR. (2002) p.22-40
41
racines de la conscience noyau sont portées par des structures neuronales spécifiques qui
servent de support à la représentation inconsciente des états corporels et qui constituent le «
proto-soi ».
Ce sont de ces deux types de consciences que vont émerger le sentiment de soi. La
conscience noyau donnera naissance au « Soi central ». Il correspond au sentiment de soi dans
l'acte de connaître. Il peut être déclenché par n'importe quel objet qui modifie le proto-soi.
Pour AR. Damasio, la conscience noyau est toujours préservée car elle est nécessaire à
la survie de l'individu. Ce n'est par contre pas le cas de la conscience étendue qui peut être
endommagée notamment suite à des lésions neurologiques (cortex frontal, temporal, noyaux
sous corticaux).
Au niveau de la paralysie cérébrale, il est donc envisageable que chaque personne puisse
avoir accès à une conscience et un sentiment de soi. Toutefois, la présence de lésions
neurologiques sévères pose question quant à la continuité de ce sentiment. Il est ainsi fort
probable que l’accès à la conscience étendue, qui permet d’assurer une continuité de pensée, de
relier les évènements entre eux, d’engrammer les expériences et accéder ainsi à un Soi-
autobiographique soit fortement compromis58.
57
Beaugrand I. (2016) p. 17
58
Ibid, p. 18
42
b) Une grande dépendance
La difficulté essentielle est, pour un enfant paralysé cérébral, de par ses déficiences, d’être
en incapacité d’assumer un certain nombre d’actes élémentaires de la vie quotidienne en termes
de communication, de locomotion, de soins corporels. Il est en situation de dépendance à autrui.
De plus, dès le début de la vie, les interventions chirurgicales, examens sont autant
d’expériences angoissantes qui viennent couper la rythmicité des échanges et instrumentaliser
d’une certaine manière le corps de l’enfant, le dépersonnaliser.
Ce corps défaillant va limiter les possibilités de l’enfant à se vivre en tant que sujet
différencié et individué de l’autre. Selon l’histoire de l’enfant et les qualités de contenance de
son environnement le handicap va avoir une influence plus ou moins importante sur la
construction du sujet.
43
V. LA PRISE EN SOINS EN PSYCHOMOTRICITE
J’ai débuté mon stage fin septembre 2016 au sein de l’Institut d’Education Motrice. Dès le
premier jour j’ai participé à la séance de psychomotricité de Noémie. L’histoire d’Anna et de
sa maman était déjà construite. J’ai d’abord observé l’installation de la maison et des différents
éléments de l’histoire. Puis, la psychomotricienne a proposé que je prenne le rôle du papa, ce
que Noémie a accepté. J’ai conservé ce rôle durant les séances du mois d’Octobre. L’histoire
était enrichie au fur et à mesure d’éléments nouveaux.
44
de Noémie. La psychomotricienne est restée lors des premières séances en observatrice afin de
marquer la transition et m’éclairer de ses conseils.
Les jeux de rôles étant une médiation intéressante et appréciée par Noémie, j’ai décidé
de poursuivre dans ce sens en construisant une nouvelle histoire à deux.
Lors de nos premières séances, nous avons créé ensemble deux nouveaux personnages : Léa
et Sophie. L’utilisation de pâte à modeler puis le support de l’image nous ont permis de donner
un âge, un lieu d’habitation et un lien d’amitié entre ses deux personnages. Léa et Sophie ont
toutes les deux 9 ans. Habitant dans leur maison respective, elles se retrouvent pour des temps
d’école, de jeux au parc ou des vacances à la plage.
Noémie choisi de jouer le rôle de Léa, tandis que je serais Sophie. Ces deux personnages
nous suivront tout au long de l’année, dans une histoire allant en s’enrichissant au fil des
séances.
45
Deuxième partie :
46
I. LES DEFINITIONS DU JEU
Avant de présenter plus en détails les différentes étapes du jeu au cours du développement
de l’enfant, il me semble important de revenir sur les définitions et les fonctions du jeu. Le jeu
étant une notion vaste, je m’appuierai sur plusieurs auteurs d’obédiences différentes. Cette
approche pluridisciplinaire permettant d’adopter selon moi une vision plus globale et plus juste
du jeu.
Cet espace est le jeu (playing), celui où un objet dit transitionnel, permet la projection de
soi dans le monde extérieur. Il est différent du jeu (game) qui s’exprime en se pliant à des règles
préexistantes.
Pour Winnicott, le jeu est essentiel dans l'établissement de la relation objectale et dans la
maturation de l'enfant. Il établit un continuum allant des phénomènes transitionnels au jeu, puis
au jeu partagé, ouvrant une aire privilégiée de la connaissance de soi et aussi d'autrui, pour
aboutir, enfin, aux expériences culturelles et à l'activité créatrice.
59
Winnicott D.W (2015) p. 30
47
Jouer est une activité créatrice et une quête de soi. C’est en jouant, et seulement en jouant,
que l’individu, enfant ou adulte est capable d’être créatif et d’utiliser sa personnalité tout
entière. C’est seulement en étant créatif que l’individu découvre le soi60. Se montrer créatif,
c'est une situation dans laquelle on ne se donne pas de but au départ ; c'est un fonctionnement
décousu, une association libre d'idées. Par la créativité qu'il permet, par l'exploration du monde
qu'il suscite, le jeu contribue à façonner l'identité de l'enfant.
Winnicott présente divers intérêts au jeu de l’enfant 61 : par plaisir, pour exprimer
l’agressivité, pour maîtriser l’angoisse, pour accroître l’expérience, pour établir des contacts
sociaux, pour intégrer sa personnalité, pour communiquer avec les autres.
Le jeu est étroitement lié à l’environnement. Pour Winnicott, le jeu ne peut se développer
que dans des conditions privilégiées pour l'être. L'état de jeu peut s’avérer très fragile. Une
irruption extérieure peut l'interrompre tandis que trop de prévenances est aussi dangereux.
2. Un processus de subjectivation
F. Joly, met en avant ce qu’il nomme le carrefour psychomoteur du jouer. « L’enfant qui
joue met, dans le même temps et le même mouvement en travail sa curiosité et ses
apprentissages cognitifs, sa sensori-motricité et le plaisir bien tempéré de son corps-en-relation,
autant que sa vie pulsionnelle, affective et représentationnelle selon les logiques propres à sa
60
Winnicott D.W. (1975) p.110
61
Ibid, p. 131
62
Joly F. (2014) p.9
48
topique subjective et à son économie personnelle. » 63 Cette pluridimensionnalité de l’objet
complexe qu’est le jeu est à prendre en considération. Pour finir, ce complexe ludique s’inscrit,
en effet, inévitablement dans une trajectoire processuelle et multidimensionnelle de croissance
et réorganisations successives. Il est proie à de nombreuses transformations et remaniements
considérables au décours du parcours de subjectivation de chacun, de la croissance psychique,
du développement cognitif, psychomoteur, comme des diversifications sociales culturelles et
interrelationnelles de chaque sujet.
Le jeu de la bobine ou Fort/Da a été décrit par Freud dans Au-delà du principe de plaisir.
Freud observe son petit-fils d'un an et demi qui lance au loin une bobine, en accompagnant son
geste d'un mot « Fort » et la ramène en tirant sur un fil attaché à la bobine en disant « Da ». Il
note que l'enfant reproduit ce jeu à chaque absence de sa mère et que le deuxième acte lui
produit le plus de plaisir. Freud relie alors ces jeux à la situation de l’enfant à cette période :
une période où sa mère s’absentait pendant de longues heures. Le jeu symboliserait ainsi la
disparition et la réapparition de la mère. Freud a interprété ce jeu de disparition-retour comme
une manière pour l’enfant de mettre en scène les disparitions et retours de sa mère et par là
même de devenir actif par rapport à cet événement au lieu de simplement le subir. « Ainsi, la
relation avec la mère évolue de la dépendance totale à la possibilité de gérer l’angoisse liée à
l’absence de la figure maternelle par la symbolisation. Cette symbolisation se retrouve dans le
jeu à travers le faire semblant64 ».
Le jeu serait donc similaire à un espace psychique dans lequel l’enfant peut faire le lien
entre présence et absence, dedans et dehors, lui et les autres. Dans cet espace qui apprivoise le
manque, il ne se pose pas la question du vrai ou du faux, et pénètre dans un univers singulier
situé entre le réel et l’imaginaire où il peut déplacer, représenter, jouer ses émotions : c’est
l’univers symbolique.
63
Joly F. (2014) p.11
64
Linise M. (2014) p.21
49
Selon Freud, le jeu est la projection et la reconstitution de conflits et d’évènements
désagréables en vue de les maitriser. Il révèle quelque chose de la vie intérieure et de la
motivation de l’individu. Le jeu ne montre pas la réalité objective que vit l'enfant mais la réalité
psychique. Le jeu est donc un moyen d'accès au vécu psychique de l'enfant. A travers le jeu,
l’enfant renforce son moi, rejoue et tente de résoudre certains conflits inconscients.
Les pratiques et objets ludiques sont infiniment variés et marqués profondément par les
spécificités ethniques et sociales. Conditionné par les modes d’habitat ou de subsistance, limité
ou encouragé par les institutions familiales, politiques et religieuses, fonctionnant lui-même
comme une véritable institution, le jeu des enfants, avec ses traditions et ses règles, constitue
un véritable miroir social. A travers les jeux et leur histoire se lit non seulement le présent des
sociétés, mais le passé même des peuples. Une part importante du capital culturel de chaque
groupe ethnique réside dans son patrimoine ludique enrichi par les générations successives,
mais menacé parfois aussi de détournement et de dépérissement.
Le sociologue, Ludovic Gaussot, définit les activités ludiques comme l’une des modalités
de l’expérimentation du monde social, au double sens d’appropriation et de construction. Ces
activités participent dans la construction sociale de l’identité et de la réalité.65
K. Groos formulait sa théorie de l’exercice préparatoire. Selon lui, le jeu constituerait, chez
les petits humains, comme chez les petits des bêtes, une procédure instinctive d’acquisition des
comportements adaptés aux situations que l’adulte aura à affronter par la suite66.
65
Joly F. (2015) p. 33
66
Unesco (1979) n° 34 p. 6
50
II. LE JEU DANS LE DEVELOPPEMENT DE L’ENFANT
Au cours des séances de psychomotricité avec Noémie, j’ai observé de nombreux aller-
retours entre des de jeux de faire semblant et des jeux qualifiés de sensori-moteurs. Mes
observations m’ont poussée à étudier les différents types de jeu présents au cours du
développement de l’enfant ainsi que leurs intrications.
Plusieurs auteurs ont essayé de proposer un classement. À la vue des différentes analyses,
il apparaît qu'établir une classification raisonnée du jeu s'avère être un exercice difficile car l'on
aboutit à des typologies divergentes selon les perspectives de leurs auteurs : psychologique,
psychopédagogique, anthropologique, empirique, utilitaire.
Piaget a établi une classification génétique avec une évolution en trois stades : les jeux
d'exercices, les jeux symboliques, les jeux à règles. Jean Chateau s'en rapproche avec une
classification en quatre étapes : les jeux fonctionnels de la petite enfance, les jeux symboliques,
les jeux de prouesse et les jeux sociaux. Le sociologue français, Roger Caillois s'attache plus à
dresser une typologie des jeux selon quatre attitudes fondamentales : les jeux de compétition,
les jeux du hasard, les jeux de simulacre et les jeux de vertige67.. Son ouvrage, Les jeux et les
hommes, constitue une tentative de définition et de classement universel du jeu. L’auteur
précisait les caractéristiques permettant de distinguer le jeu des autres pratiques humaines. Le
jeu se définit dès lors comme une activité libre, circonscrite dans des limites d’espace et de
temps précises et fixées à l’avance, incertaine, improductive, réglée et fictive68.
J’ai choisi ici de distinguer les jeux sensori-moteurs, les jeux fonctionnels, les jeux de faire
semblant, les jeux à règles et les jeux sociaux. Cette classification me permet une meilleure
compréhension de mes observations cliniques.
67
Caillois R. (1967) p. 45- 91
68
Ibid. p.43
51
1. Les jeux sensori-moteurs
Le terme sensori-moteur est utilisé par Jean William Fritz Piaget (1936) pour décrire
une période du développement entre la naissance et 18-24 mois. Il développe une théorie
constructiviste de la genèse de l’intelligence et des connaissances humaines. Il s’intéresse à la
mise en place du savoir, par le sujet sous forme de structures mentales. Il postule que le bébé
puis l’enfant construit ces structures activement, par le biais de conduites sensori-motrices. En
insistant sur le rôle fondamental de l’activité de l’enfant dans son développement, il introduit
un début de rupture conceptuelle avec le maturationisme 69. Piaget divise le développement
psychologique de l’enfant en plusieurs stades, chacun lui-même divisé en sous stades,
conditionnant le suivant. Les trois grandes étapes sont l’intelligence sensori-motrice du
nourrisson (0-2 ans), la période de préparation et d’organisation des opérations concrètes (2 à
11/12 ans) et la pensée hypothético-déductive de l’adolescent (11/12 à 16 ans).
69
Scialom P., Giromini F., Albaret J-M. (2014) p. 28
52
b) La sensori-motricité revisitée par André Bullinger
70
Mellier D. (2015) p.446
53
c) Lien entre perception et action
L’intrication entre l’action et la perception ainsi que l'idée d’une continuité entre les
différents aspects de la cognition motrice ont fait l’objet de nombreuses recherches notamment
par le psychologue américain William James, et plus récemment dans ceux du
neurophysiologiste américain Roger Sperry, prix Nobel de médecine.
Durant la période 0-2 mois, on observe une coordination des fonctions de captures des flux
et des conduites d’exploration permettant l’élaboration instrumentale de la bouche et la
construction de l’espace oral. De 2 à 3 mois, les mécanismes d’extension/flexion s’équilibrent,
54
ce qui permet un redressement progressif de l’axe céphalo-caudal et rend possible la création
d’un arrière fond. Cette notion d’arrière fond va permettre la mise en place de la coordination
entre vision focale et vision périphérique et rendre possible l’instrumentation du regard vers
l’âge de 3 mois. La maîtrise de l’espace du torse, vers 4-6 mois se traduit par des rotations du
haut du corps permettant l’émergence de la coordination entre espaces droit et gauche. Enfin la
maîtrise de l’espace du corps, vers 7 mois, repose sur la coordination entre le haut et le bas du
corps grâce à l’investissement du bassin. La mobilisation du bassin entraîne une prise de
conscience des jambes, que le bébé va investir dans leur fonction exploratoire et de portage,
rendant ainsi possibles de nouvelles acquisitions comme la marche, les déplacements dans
l’espace ou encore la propreté.
Les jeux sensori-moteurs sont les premiers jeux de l'enfant. Ce sont pour beaucoup des jeux
corporels avec les parents, souvent initiés par eux (bateau sur l’eau, l’avion, comptines...) Le
petit enfant, dès la naissance, va s'exercer à maîtriser ses mouvements et ses gestes. Pour cela,
il va répéter sans cesse les mêmes gestes, refaire les mêmes actions. Ces activités vont lui
permettre de découvrir son propre corps dans un premier temps puis son environnement
immédiat, les objets qui passent sous sa main… Ces jeux procurent à l'enfant un plaisir lié
notamment à l'immédiateté du résultat. Les répétitions des actions vont lui permettre de vérifier
ses hypothèses. Ces jeux vont permettre à l'enfant de développer ses capacités motrices :
marcher, ramper, attraper, tirer, grimper, verser, faire rouler… Avec le développement du
langage, les jeux faisant appel aux mots, aux chansons (jeux chantés) viendront s'ajouter aux
jeux moteurs. Si ces jeux sont l'activité principale du tout petit enfant, ils resteront encore
présents dans l'activité ludique des plus âgées.
55
2. Les jeux fonctionnels
Julien Perrin, psychomotricien, décrit les jeux fonctionnels comme un type de jeu qui renvoi
à la capacité de l’enfant à utiliser le support de façon conventionnelle c’est-à-dire dans sa
fonction première. Une petite voiture est ainsi faite pour la faire rouler, un livre pour que ses
pages soient tournées, un puzzle pour être assemblé, etc. Ces jeux apparaissant à partir de 10/12
mois sont le fait du bébé qui reproduit pour le plaisir du mouvement des gestes adaptatifs.
Les jeux de cet âge permettent à l’enfant d’expérimenter les sensations de son corps, de
sentir et de mesurer ses forces en interactions avec le réel. Ils sont une première expérience de
puissance d’action car l’enfant en fait l’expérience, notamment avec la satisfaction de la
répétition du geste. Ces jeux préfigurent l’apparition de la fonction symbolique, c’est-à-dire la
capacité à évoquer des objets, des personnes ou des situations médiatisées en utilisant des
symboles notamment gestuels et langagiers.
Dans un premier temps, cette forme d’activité ludique est caractérisée par une envie de
maitriser l’objet, par exemple empiler les boites qui se maintiennent en équilibre pour monter
une tour stable. L’intérêt pour les jeux de construction, d’encastrement ira grandissant à partir
de 30 mois. Suite à une expérimentation où l’enfant fonctionne par essais-erreurs, peu à peu,
celui-ci se rend maître des éléments et il en ressent une grande fierté. Parallèlement, un échange
relationnel avec l’autre peut se mettre en place.
a) La fonction symbolique
56
monde de représentation. L’enfant dispose d’une capacité naissante à intérioriser l’action avant
de l’effectuer. Jean Piaget nomme cette action intériorisée l’intuition, action non réversible,
transition nécessaire entre les actions purement sensori-motrices et les opérations du stade
opératoire concret. Le sujet se servira des schèmes sensori-moteurs déjà assimilés et les
accommodera en fonction de ses nouvelles capacités mentales. Il devient donc capable de
différencier un signifié absent (l’objet, le concept) et un signifiant (le moyen qui sert à le
représenter) ou un symbole (motivé individuellement ou socialement)71.
Les jeux de faire semblant ont plusieurs formes : incarnation d’un personnage, utilisation
d’objets fictifs, transposition des caractéristiques d’un objet absent vers un autre objet. La
poussette de la poupée sert aussi de panier à provision, les ustensiles du jeu de dînette
deviennent de merveilleux instruments de musique, le lit devient une cabane, etc. L’enfant
développe non seulement une activité motrice mais aussi une capacité psychique intense.
71
Piaget J. (1994) p. 93-110
72
Millar S. (2002) p. 191
57
évènements troublants peuvent être répétés afin de leur donner un sens. Pour finir, les jeux
fictionnels constituent une reproduction et une modification d’évènements afin de les maîtriser
selon le désir de l’enfant. C’est donc aussi une manière de réinventer l’espace et le temps, de
jouer sur la manière d’être au monde.
Les jeux à règles et les jeux sociaux font leurs apparitions vers l’âge de quatre ans,
simultanément à l’établissement de liens privilégiés avec les pairs. Ces jeux créatifs et
singuliers sont intermédiaires entre les premières imitations et les jeux collectifs plus structurés.
Les capacités intellectuelles, que l’enfant développe durant ce stade, donnent accès aux jeux
éducatifs ou de construction qui nécessitent des notions de sériations, classification ou
réversibilité. Ces mêmes capacités permettent à l’enfant de se décentrer et d’élargir ses intérêts
au monde extérieur : la confrontation avec les pairs et l’observation des adultes favorisent
l’émergence de règles qui se complexifient au fur et à mesure73.
Entre deux et sept ans, l’enfant passe sans distinction d’un type de jeux à un autre (jeux
sensorimoteurs, moteurs, symboliques, à règles, etc.) Ils peuvent être concomitants ou
s’appuyer l’un sur l’autre. A partir de sept ans, Château constate la prédominance des jeux
sociaux avec notamment des jeux de prouesse et de compétition74.
Ces jeux se prolongent tout au long de la vie (sport, jeux de société, etc.). Ils supposent un
certain niveau de maturation cognitive et psychoaffective comme la capacité de se décentrer
par rapport au point de vue de l’autre et l’acceptation de la norme du groupe. Ils participent à
la socialisation et conduisent l’enfant à concevoir des relations d’égalité et de réciprocité avec
ses pairs.
Puis à l’aube de l’adolescence, apparaissent les jeux de groupe organisés, tels que les jeux
de compétition coopérative et les jeux de régulation stricte (cérémonies, danses).
73
Linise M. (2014) p. 22
74
Vachez-Gatecel A. (2016) p. 33
58
Bien que les jeux des enfants et des adolescents, vont être plutôt à dominance de telle ou
telle forme (plutôt fictionnel, ou plutôt jeux à règles...), ils sont souvent une combinaison de
plusieurs de ces formes. Par exemple, un jeu de rôle implique à la fois le faire comme si et aussi
tout un ensemble de règles de jeu de société, précises.
1. Entrer en relation
Le terme de relation qui provient du latin relatio signifiant « rapport, compte rendu ».
D’après le dictionnaire Larousse, la relation désigne le lien, le rapport qui existe entre des
choses ou des personnes. « Dès la conception, l’individu est un être en relation. Commence
alors toute la construction de l’appareil psychique, avec des liens permanents entre le corps, le
mouvement et la pensée75 ».
Dans le langage courant, elle exprime le fait d’entretenir des liens avec une personne,
avoir des contacts avec quelqu’un. Toute notre vie humaine est construite autour d’échanges,
d’interactions, de communications, de relations avec notre environnement et avec les autres.
C’est une caractéristique de notre être en tant qu’il se définit comme lien à autrui. Ainsi, la
relation est considérée comme innée chez l’humain, nous sommes des êtres de relation. La
relation, concernant au minimum deux personnes, se révèle de nature dynamique, c’est-à-dire
qu’elle est en constante évolution, en mouvement. C’est un phénomène actif.
75
Reignoux C. (2012) p.37
59
qui s’élabore entre la mère et l’enfant76 » participe à la singularité des phénomènes vécus et au
développement de la personnalité.
Les relations prennent la forme d’interactions qui sont déterminées par des positions
sociales différentes. Dans ses recherches sur la proxémie, E. Hall démontre l’influence de la
culture sur nos distances sociales. Le contexte, le cadre, déterminent la création et la nature de
la relation entre plusieurs personnes. Les modalités qui composent la relation en seront
influencées : la communication verbale et non verbale, l’intersubjectivité, l’émotion, l’échange,
le comportement.
2. La relation thérapeutique
Dans le cadre du soin, la relation soigné- soignant est nommée relation thérapeutique.
Elle représente un ensemble d'échanges intervenant entre deux personnes dans le cadre d'une
prise en soin apportée à l'une d'elles. Chaque nouvelle rencontre reste singulière, représentant
la promesse d’une nouvelle histoire humaine. Comme le souligne C. Potel, ce lien entre
thérapeute et patient sera « au cœur même du processus thérapeutique, le socle du travail77 ».
Le psychomotricien s’appuie sur des techniques, mais qui ne se satisfont pas d’elles
seules, qui lui demandent une écoute, une disponibilité et une créativité indispensables. Le
travail en psychomotricité est dépendant des outils, techniques et compétences du
psychomotricien. Cependant, il est essentiel qu’une relation de qualité se crée entre le patient
et le psychomotricien.
76
Bucher H. (1994) p.17
77
Potel C. (2010) p.316
60
prendre plus ou moins de temps, mais elle restera en constance évolution tout au long de la prise
en soins. Elle demande de la part du thérapeute une bonne distance vis-à-vis de l’enfant.
Lors de ma première rencontre avec Noémie je suis restée en observatrice. Puis j’ai
rapidement intégrée l’histoire qu’elle avait créé avec la psychomotricienne en jouant le rôle
du papa.
Au cours des premières séances, Noémie me regardait peu, et ne venait pas vers moi.
Elle interagissait principalement avec la psychomotricienne. Puis, au fur et à mesure des
a) etL’empathie
séances de l’enrichissement de l’histoire, Noémie a accepté que j’aille la chercher à l’école
au bord d’une voiture imaginaire. Elle a commencé à me regarder davantage, à me montrer
ses dessins, ses jeux, à venir interagir directement avec moi.
L'un des attributs essentiels de la relation soignant-soigné est l'empathie. L'empathie
La rencontre, l’échange, la découverte de l’autre s’est fait au fur et à mesure. Nous
peut être définie
nous sommes comme «dans
rencontrés le résultat d'une de
les séances relation suffisamment
psychomotricité proche
et dans entre deux personnes
le jeu.
pour qu'elles ressentent, de l'intérieur, le vécu de l'autre78 ». D'après le neurobiologiste J.
Decety, les deux composantes de l'empathie sont « une réponse affective envers autrui
qui implique un partage de son état émotionnel et la capacité cognitive de prendre la perspective
subjective de l'autre personne79 ».
L'empathie est fondée sur notre capacité à reconnaître qu'autrui est semblable à soi mais
sans confusion entre soi-même et l'autre. Par conséquent, une caractéristique essentielle de
l'empathie réside dans la distinction entre soi et l'autre et ce en parallèle avec l'expérience d'un
partage affectif. On parle alors de « représentations partagées80 ».
78
Manoukian A., Masseboeuf A. (2008) p.59
79
Ibid p.60
80
Jacquet C., Neveu P., Pireyre E. et al. (2014) p.198
61
plus sur sa personne plutôt que sur son problème, lui témoigner du respect sont, entre autres,
les ingrédients d’une relation de type empathique avec son patient81 ».
Dans la prise en soins, j’éprouvais des difficultés à comprendre ce qui est exprimé et
ressenti par Noémie. La capacité à donner sens aux expériences émotionnelles et à les intégrer
dans son propre éprouvé est mise à l’épreuve. J’avais également tendance à avoir mes propres
représentations sur ce que pouvait ressentir Noémie. Mes observations dans le jeu m’ont permis
de me dégager progressivement de mes préjugés pour être disponible au vécu de Noémie.
b) La disponibilité psychique
La mise en place d’une relation passe par la présence physique stable et sereine de
l’adulte mais aussi une disponibilité psychique pour que l’enfant se sente exister à ses yeux. Ce
portage psychique passe par le regard, la verbalisation, la gestuelle qui offrent un soutien, qui
encouragent, qui portent de l’intérêt à l’enfant, qui réconfortent, qui félicitent, qui manifestent
une confiance à l’égard de l’enfant. Être à l’écoute de soi et de l’autre, pour le psychomotricien,
permet de percevoir les émotions de l’autre et en même temps de prendre conscience de ses
propres réactions toniques et motrices pour leur donner un sens. Il y a une notion de transfert et
81
Ibid p.209
62
de contre-transfert psychomoteur, la compréhension de l’autre nous est permise grâce à nos
éprouvés corporels.
J’ai pu observer que lorsque je n’étais pas disponible psychiquement, lors des séances
avec Noémie, la relation avec elle en était impactée. L’histoire de Léa et Sophie était également
moins construite. J’avais le sentiment de tourner en rond, de ne pas réussir à ouvrir cette
histoire. Avec le recul, je réalise que j’étais focalisée sur l’histoire, en cherchant ce que les
deux petites filles pourraient faire de nouveau plutôt que d’être en relation avec Noémie. J’étais
dans le faire et non dans le penser. Le manque de disponibilité, impacte la relation et forcément
le jeu avec l’enfant.
La distance se définit comme la séparation de deux points dans l’espace, de deux objets
éloignés l’un de l’autre par un écart mesurable. Elle a ainsi donné les expressions suivantes :
« garder, prendre ses distances », « tenir quelqu’un à distance ». La notion de distance renvoie
donc à la fois à la possibilité de proximité et à celle de l’éloignement. Par ailleurs, elle est
complexe car elle sous-entend qu’il existe un lien étroit entre distance physique et distance
psychique, émotionnelle.
63
Selon P. Prayez, psychologue clinicien, il existe une juste distance, qu'il définit comme
« la capacité à être au contact d'autrui malgré la différence des places82 ». Elle implique d'être
pleinement conscient des enjeux émotionnels et affectifs, mais aussi des intérêts éthiques
qu'entraîne cette relation interpersonnelle. Ainsi, pour mettre en place une distance juste avec
le patient, il faut que le soignant soit dans « l'intention juste83 », c'est-à-dire en ayant la volonté
de trouver un certain équilibre entre ce qu'il veut apporter à l'autre, et ce que celui-ci est en droit
d'attendre en tant que patient.
La recherche de la bonne distance est sans doute à trouver dans une certaine posture
professionnelle plutôt que dans une distance professionnelle. La notion de posture
professionnelle définit une attitude, une manière d’être dans l’échange. Il faut trouver le juste
équilibre entre le risque de tomber dans une relation de type fusionnelle et le risque d'être si
distant que l'on ne peut rien entendre de la souffrance du patient.
Pour E. Mallem, la bonne distance professionnelle est celle qui permet une
communication de qualité avec le patient, et donc une écoute attentive de ses besoins, mais
également de sa souffrance.
On peut penser que la bonne distance thérapeutique peut être différente en fonction du
professionnel, ses valeurs, son histoire de vie, ses différentes expériences professionnelles et du
patient, la gravité de sa pathologie, le lieu et la durée de sa prise en charge, le plus important
étant l’intention juste.
A plusieurs reprises, Noémie venait se coller contre moi et me serrait fort dans ses
bras pendant un long moment, notamment en fin de séance, juste avant de remettre son
corset. Cette situation me mettant un peu mal à l’aise, je me suis questionnée sur la juste
distance thérapeutique ainsi que sur la séparation.
Au fur et à mesure des séances, j’ai commencé à trouver ma juste place entre
stagiaire et thérapeute. Un travail autour de la séparation, de ce temps, notamment à
l’aide d’un calendrier a permis à Noémie comme à moi de trouver une juste distance dans
cette relation thérapeutique.
82
Prayez P. (2009) p.75
83
Ibid p.74
64
IV. L’EVOLUTION DES SEANCES
1. A chacun sa maison
Suite à la création de nos personnages, deux petites filles de 9 ans, Léa et Sophie, je propose
à Noémie de leur construire une maison. Noémie décide que nos personnages n’habitent pas
ensemble mais sont voisines. Nous commençons à construire deux maisons distinctes. Je
m’occupe de la maison de Sophie, personnage que j’incarnerai tout au long de l’histoire tandis
que Noémie entame celle de Léa.
Noémie se précipite vers de nombreux objets, précédemment utilisés dans l’histoire d’Anna
et sa maman, créée avec la Psychomotricienne. Elle pose tous les objets sur le tapis qui délimite
l’espace de sa maison. Ils sont disposés en tas sans réelle délimitation de pièces. Il y’a
beaucoup de jeux présents un peu partout sur le tapis.
Créant chacune notre maison de notre côté, nous la présentons ensuite à l’autre en
distinguant les différentes pièces et objets présents. Je pose des questions à Noémie pour
essayer d’identifier les différents objets et leur fonction puis je l’aide dans la structuration de
cette maison. Nous différencions quatre pièces : la chambre, la cuisine, la salle de bains et le
salon. Le lit est matérialisé par un rond de moquette, les briques en mousse représentent la
cuisine et les aliments. Noémie les nomme comme étant des gâteaux. Un tuyau de plastique
rouge prend la fonction de douche. Enfin les jeux ainsi qu’une boîte à forme carrée servant de
télévision prendront leur place dans le salon. Je propose à Noémie d’utiliser des bâtons en
plastiques pour délimiter les différentes pièces.
65
Nous avons dessiné les maisons afin de nous souvenir de la place des objets et des pièces.
Chaque début de séance a débuté par la reconstruction des maisons de Léa et Sophie. Au fur et
à mesure, la maison de Léa était de mieux en mieux structurée. Chaque objet avait une fonction
précise et la gardait tout au long de l’histoire. Cette maison est devenue un repère fixe, stable
pour Noémie afin d’explorer de nouvelles situations.
L’histoire de Léa et Sophie a alors réellement débuté. Au début de chaque séance, nous
définissons le jour de la semaine et le moment de la journée (matinée, midi, après-midi, soirée)
durant laquelle l’histoire se déroule pour apporter un cadre spatio-temporel.
D’abord chacune dans sa maison, nous débutons la journée en nous réveillant. Je vais
dans la salle de bain, prendre une douche et m’habille avant d’aller prendre mon petit déjeuner
dans la cuisine. Noémie m’observe avec attention puis imite mes actions dans le même ordre.
Il se crée alors un jeu de symétrie et d’imitation. Noémie me regarde et cherche mon regard,
mon approbation. Malgré le fait que les petites filles ne soient pas dans la même maison, un
lien s’instaure.
66
3. Il est temps de sortir
Rapidement, l’histoire s’est ponctuée de sorties et de rencontres entre les petites filles. Une
brique en mousse a pris la fonction de téléphone afin que Léa et Sophie puissent communiquer.
Des rencontres à l’école, au parc, ou dans la maison de l’autre ont permis aux deux personnages
de se retrouver et de mieux se connaître.
Je décide d’appeler Noémie qui était dans sa maison, en mimant un téléphone avec mes
doigts et un bruitage. Noémie me regarde et m’imite en disant « allo ». Je lui propose alors de
venir manger un gâteau chez moi pour le goûter. Elle accepte et se dirige précipitamment dans
ma maison. Nous définissons ensemble une porte d’entrée pour chacune de nos habitations.
Pendant plusieurs séances, nous avons repris l’histoire des deux maisons. J’essayais petit à
petit de structurer et d’enrichir l’histoire d’éléments nouveaux : une voiture pour aller à l’école,
de nouveaux aliments autres que les gâteaux... Noémie a commencé à prendre confiance en
elle, à proposer de petites choses. Ses dessins s’enrichissent et reprennent des éléments de
l’histoire.
L’histoire a évolué vers une sortie au parc. Les deux maisons ont laissé place à une
grande aire de jeu. En partant de dessins et d’images du parc nous avons installé plusieurs
67
éléments : tobogan, ballon, anneaux, jeux... Cet espace a pris une grande partie de la salle,
laissant libre l’exploration sensori-motrices.
Ce temps, plus libre m’a permis de me dégager d’une certaine forme de directivité. J’ai
réduit mes inductions verbales en observant davantage Noémie. Ces explorations communes
ont mis en relief l’importance du dialogue tonico-émotionnel et nous ont permis de nous
rencontrer dans un cadre moins rigide.
5. Le départ en vacances
J’ai proposé à Noémie que Léa et Sophie puissent partir en vacances à la mer. Noémie
connaît la mer, elle y va régulièrement pendant les grandes vacances. Nous commençons par
regarder des photographies de la plage. J’aide Noémie à repérer le sable, l’eau, les transats...
Puis nous installons l’espace ensemble. Des bâtons servent de délimitation entre l’eau
et le sable. Des ronds en moquette représentent les transats. De nombreux jeux sont présents.
Noémie exprime de l’intérêt et de la curiosité pour le sable kinétique que nous installons au
centre du parc. Les premières séances seront exclusivement consacrées à l’exploration du sable
et à la construction d’un château de sable.
Après plusieurs séances, nous commençons à explorer l’espace environnant. Dans un
premier temps, Noémie me regarde un peu perplexe, elle me semble perdue. Puis, petit à petit,
elle reprend mes propositions d’une séance à l’autre. Après un temps d’exploration, l’histoire
se met progressivement en place. Léa et Sophie explorent de nouvelles choses : baignade, sieste,
goûter à la plage, jeu de ballons... L’histoire se structure et s’enrichie.
Noémie me semble de plus en plus à l’aise dans la relation et dans l’histoire. Elle
commence à être à l’initiative de nouvelles propositions. En voyant une nouvelle table dans la
la salle de psychomotricité elle la montre du doigt en mimant l’action de manger. Nous
intégrons alors un restaurant à côté de la plage où les deux petites filles viennent prendre un
repas. Malgré une inhibition toujours très présente, Noémie utilise davantage la parole pour
68
effectuer une demande. Elle se montre plus présente lors des temps de retrait et de remise du
corset.
La place de stagiaire de troisième année n’est pas aisée. Encore étudiante et pourtant bientôt
professionnelle, on attend de nous une certaine implication, un investissement auprès des
enfants. Au cours de mes premières semaines de stage je me sentais un peu perdue, désemparée.
J’avais peur de mal faire et de ne pas savoir comment interagir avec les différents enfants que
je côtoyais. Un temps d’observation des jeunes, de leur capacités et difficultés ainsi qu’un
accompagnement de ma maître de stage et de mon maître de mémoire m’ont aidée à m’investir
davantage et à trouver progressivement ma place.
L’institution se présente sur plusieurs étages. Chaque étage fonctionne plus ou moins
indépendamment des autres. Ma maître de stage prenant principalement en séances des enfants
du deuxième et troisième étage, je connais très peu les enfants et les professionnels du premier
étage. De plus n’étant présente qu’un jour par semaine, je n’ai pas pu m’intégrer complètement
à l’équipe professionnelle.
On m’a demandé de choisir plutôt rapidement un enfant avec lequel j’aimerais le plus
travailler. Le début de la prise en soins auprès de Noémie n’était pas évident. J’éprouvais des
difficultés à me positionner en tant que soignante. De plus, la rencontre avec la petite fille m’a
fait prendre conscience que j’investis beaucoup le langage durant les interactions et que je me
sens démunie face à une petite fille qui parle peu et propose peu de choses. Il faut à la fois être
source de propositions tout en lui laissant le temps et l’espace pour devenir l’initiatrice de ses
propositions.
69
2. Un cadre à mettre en place
Le cadre est une notion issue de la pratique psychanalytique appliquée ensuite à tous les
développements de la psychothérapie. C’est un espace privé, c’est-à-dire où le public n’est pas
admis, où se déroule la rencontre : faite de perceptions par les sens qui forment images et mots,
et où s’écrit une histoire dans l’histoire, protégé aussi par la pudeur. Il contient l’intériorité, la
pensée de chacun.
Le cadre est tout d’abord structurant, à la fois délimitant et contenant. Il délimite un dedans
et un dehors, un avant/pendant/après, une présence et une absence. La contenance accompagne
les expériences d’appropriation et soutient la symbolisation. Le cadre est gage d’une solidité ni
trop rigide, ni trop fragile. Il doit donc amener une sécurité suffisante. Malléable, il doit pouvoir
être attaqué sans pour autant être détruit.
Noémie peut présenter une certaine précipitation dans ses actions et un manque de
repères spatio-temporels. Il est important de lui apporter un cadre structurant et contenant qui
lui permette d’organiser sa pensée. Mes différentes séances ont été construites de la même façon
afin de lui offrir des repères spatio-temporels stables. Chaque séance débute par un temps de
retrait du corset. Ce temps permet aussi de se retrouver, de connaître comment se sent Noémie,
de se poser des questions. Puis nous débutons l’histoire de Léa et Sophie, après l’installation
du matériel nécessaire à celle-ci. Je propose ensuite un temps de dessin, de jeu ou de relaxation.
Enfin nous remettons le corset avant de retourner au troisième étage. Ce temps permet de
marquer la fin de la séance.
70
3. Entre directivité et non-directivité
J’ai éprouvé des difficultés à trouver ma place dans le jeu en tant que Sophie. Durant les
premières séances, jouer une petite fille de 9 ans, ne me posait pas de problème. Cependant,
lorsque Léa et Sophie se sont retrouvées à l’école, je n’arrivais pas à me positionner. J’alternais
entre le rôle de la petite fille de 9 ans et celui d’une adulte qui induisait un grand nombre de
propositions. A force de ne pas savoir comment jouer cette petite fille, je suis rentrée dans une
forme de directivité. A vouloir enrichir le jeu à tout prix, je parlais trop et ne laissais pas le
temps ni l’espace à Noémie de s’exprimer et de proposer de nouvelles choses.
Noémie présente un temps de latence important qu’il faut prendre en compte. De plus, il
faut faire attention à ne pas proposer trop d’informations (visuelles, tactiles, auditives...) en
même temps. Elle a besoin d’un étayage de la part de l’adulte mais aussi de temps pour explorer
les propositions, les intégrer et les enrichir.
Cet accordage entre directivité et non-directivité s’est mis en place au fur et à mesure des
séances en fonction de mes observations, de l’avancement de l’histoire, des réponses de
Noémie.
71
VI. DU JEU AU JE
La communication verbale, psychique et corporelle est au cœur du jeu de rôle. Nous avons
vu que Noémie présente une grande inhibition. Or cette médiation met en jeu tous les canaux
de communication corporelle : mimiques, attitudes, gestualités, activité motrice, modifications
toniques fines et généralisées, le regard... L’importance du dialogue tonico-émotionnel s’est
imposée entre moi et Noémie au cours de l’évolution de l’histoire de Léa et Sophie. On explore
différentes manières d’échanger et de communiquer, en éprouvant les différents canaux de
communication.
Les aventures de Léa et Sophie, les sorties au parc, à la plage, le restaurant, ont permis à
Noémie « d’habiter d’autres corps que celui de son symptôme, de son fantasme, de son
quotidien84 ». La petite fille peut explorer des états tonico-émotionnels différents des siens et
développer ses capacités expressives. Il est important de noter que lors de l’histoire, Noémie
n’a plus son corset. Cela lui procure une plus grande liberté de mouvements, d’exploration
corporelle et lui permet d’éprouver des expériences psychocorporelles nouvelles. La diversité
des activités stimulantes et étayantes, ouvre l’enfant vers l’extérieur. Elle sollicite, à travers le
développement d’un espace tiers et en assurant la séparation, la confiance en soi. Elle va étayer
et soutenir les processus d’individuation et la construction identitaire. Ces expériences sensori-
motrices viennent « consolider l’intégration et l’actualisation du schéma corporel et
l’intégration de l’axe corporel, indispensable au maintien d’une identité satisfaisante, et
renforce le sentiment d’un corps unifié85 ».
84
Sibony D. (1997) p.83
85
Linise M. (2014) p. 70
72
Par ses nouvelles expériences tonico-émotionnelles, Noémie a progressivement pris
confiance en elle en s’appuyant sur mes propositions afin d’en amener de nouvelles. Elle a
également investi davantage la parole dans les échanges entre Léa et Sophie.
Malgré ces petites connaissances de base, Noémie a des difficultés à s’organiser dans
l’espace et le temps. Elle présente une difficulté de mobilité de pensée et de représentation
lorsqu'elle est en situation. La construction d’une histoire permet d’instaurer des repères spatio-
temporels stables. Ces repères apportent un cadre structurant permettant une exploration de
nouvelles expériences.
3. De nouvelles représentations
Par le jeu, l’enfant joue, rejoue des situations connues, parfois certaines situations qui le
préoccupent. En début d’année, Noémie jouait principalement une histoire autour d’une petite
fille et de sa maman. Les deux personnages allaient au parc ou à l’école. Il semblait difficile
d’ouvrir l’histoire sur d’autres propositions. Les expériences motrices et les représentations de
Noémie restent assez pauvres.
Jouer permet un passage par l’acte pour se représenter. Représenter « c’est rendre active
une présence en la projetant sur un espace où elle est plus parlante. C’est déplacer les données
73
vers un cadre plus jouable86 ». La symbolisation se construit à partir de l’activité perceptivo-
motrice.
Tout au long de l’année, le passage par l’image a été nécessaire pour permettre à Noémie
d’accéder à de nouvelles représentations. La création d’un porte vue comprenant différentes
images de lieux explorés par Léa et Sophie (maison, le parc, la plage, le restaurant) nous a
permis d’explorer de nouveaux lieux, de nouvelles propositions. A chaque début de séance,
nous y revenions, en regardant les images. Au fur et à mesure, nous avons pu nous en dégager
et commencer directement l’histoire.
86
Sibony D. (1997) p.148
74
CONCLUSION
Cette histoire entre Léa et Sophie m’a fait prendre conscience que le jeu de faire
semblant ne va pas de soi. Une rencontre et l’instauration d’une relation thérapeutique sont
essentielles. Au travers de cette rencontre, j’ai, à de nombreuses reprises, questionné mon cadre,
mon engagement psychocorporel, afin de trouver le bon ajustement et la bonne posture dans
cette prise en soins. L’élaboration de ce mémoire m’a permis d’interroger régulièrement les
intérêts des séances et d’en cerner les enjeux psychomoteurs.
75
BIBLIOGRAPHIE
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BOBATH B., BOBATH K. (1986), Développement de la motricité des enfants IMC, Masson,
Paris.
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Paris (1999).
76
FREUD S. (1968) Au-delà du principe de plaisir, Editions Payot, Paris.
JACQUET C., NEVEU P., PIREYRE E. et al. (2014) Les liens corps esprit, Dunod, Paris.
JOUEN F., MOLINA M. (2000) Le rôle des flux sensoriels dans les débuts du développement,
In Enfance, Numéro 03, Paris.
77
MICHEL S. (2011), Réflexion sur la distance relationnelle en psychomotricité auprès de jeunes
atteints de paralysie cérébrale (IMOC), Paris.
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PRAYEZ P., SLIWKA C. (2009), Distance professionnelle et qualité du soin, Lamarre, 2003.
ROSENBAUM P. and coll (2007) The Definition and Classification of Cerebral Palsy, Dev
Med Child Neurol.
SPERRY R.W. (1952) Neurology and the mind-brain problem, In American Scientist, volume
40.
78
ANNEXES
Nota bene : L’essentiel de cette réglementation, actualisée, est désormais inscrite dans le
paragraphe 2 de la sous-section 2 de la section 1 du chapitre II du titre Ier du livre III du Code
de l’action sociale et des familles (Partie réglementaire).
[…]
I. Dispositions générales
Article premier
Sont visés par la présente annexe les établissements et les services qui prennent en charge des
enfants ou adolescents dont la déficience motrice nécessite le recours à des moyens spécifiques
pour le suivi médical, l’éducation spécialisée, la formation générale et professionnelle, afin de
réaliser l’intégration familiale, sociale et professionnelle.
79
Annexe XXIV ter au décret n° 89-798 du 27 octobre 1989 :
Nota bene : L’essentiel de cette réglementation, actualisée, est désormais inscrite dans le
paragraphe 3 de la sous-section 2 de la section 1 du chapitre II du titre Ier du livre III du Code
de l’action sociale et des familles (Partie réglementaire).
[…]
I. Dispositions générales
Article premier
Sont visés par la présente annexe les établissements et services qui prennent en charge des
enfants ou adolescents présentant un handicap grave à expressions multiples associant
déficience motrice et déficience mentale sévère ou profonde et entraînant une restriction
extrême de l’autonomie et des possibilités de perception, d’expression et de relation. Ce
polyhandicap éventuellement aggravé d’autres déficiences ou troubles nécessite le recours à
des techniques spécialisées pour le suivi médical, l’apprentissage des moyens de relation et de
communication, le développement des capacités d’éveil sensori-moteur et intellectuelles
concourant à l’exercice d’une autonomie optimale.
80
RESUME
SUMMARY
In this memoir I shall attempt to analyse the interest of playing in the body-mind
development of a young child who suffers from cerebral palsy. I will show how I gradually
become conscious that play is incredibly important for a child’s development, helping to shape
key social, creative, language, emotional, cognitive and physical processes. Through the role
play sessions, I was able to meet Noémie and deeply connect with her. Sessions after sessions
we built together a story. Role playing enabled me to become aware of the necessity for bulding
a strong therapeutic relationship with the child. Throughout the process, I also realised the
importance of my receptiveness, my empathy and the right distance between I and Noémie.
81