EAE ECO 2 R
SESSION 20 23
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AGRÉGATION
CONCOURS EXTERNE
Section ÉCONOMIE ET GESTION
O Toutes options A : Administration et ressources humaines
O B : Finance et contrôle
C : Marketing
D : Système d’information
E : Production de services
Composition à partir d'un dossier
Sujet commun à l'ensemble des options A, B, C, D ou E.
Le sujet comporte deux parties portant l'une sur les éléments généraux du droit et sur le droit des
affaires, l'autre sur l'économie.
Les candidats rendent deux copies séparées. Chaque partie compte pour moitié de la notation.
L'épreuve consiste à répondre de façon structurée au sujet posé en se fondant sur des éléments
fournis dans le dossier mais aussi en apportant ses connaissances personnelles et des exemples.
Durée : 5 heures
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L’usage de tout ouvrage de référence, de tout dictionnaire et de tout matériel électronique (y
compris la calculatrice) est rigoureusement interdit.
Sous-épreuve de Droit : Les codes, même annotés*, dès lors qu’ils ne comportent aucun
commentaire, sont autorisés.
*Il s’agit d’annotations dans l’édition. Cela exclut toute annotation personnelle.
Il appartient au candidat de vérifier qu’il a reçu un sujet complet et correspondant à l’épreuve à laquelle il se présente.
Si vous repérez ce qui vous semble être une erreur d’énoncé, vous devez le signaler très lisiblement sur votre copie, en proposer la
correction et poursuivre l’épreuve en conséquence. De même, si cela vous conduit à formuler une ou plusieurs hypothèses, vous devez la (ou les)
mentionner explicitement.
NB : Conformément au principe d’anonymat, votre copie ne doit comporter aucun signe distinctif, tel que nom, signature, origine, etc. Si
le travail qui vous est demandé consiste notamment en la rédaction d’un projet ou d’une note, vous devrez impérativement vous abstenir
de la signer ou de l’identifier.
Le fait de rendre une copie blanche est éliminatoire.
Tournez la page S.V.P. A
Tournez la page S.V.P.
INFORMATION AUX CANDIDATS
Vous trouverez ci-après les codes nécessaires vous permettant de compléter les rubriques figurant en
en-tête de votre copie. Ces codes doivent être reportés sur chacune des copies que vous remettrez.
● Option A : administration et ressources humaines
DROIT
Concours Section/option Epreuve Matière
EAE 8010A 102A 7049
ÉCONOMIE
Concours Section/option Epreuve Matière
EAE 8010A 102B 0473
● Option B : finance et contrôle
DROIT
Concours Section/option Epreuve Matière
EAE 8010B 102A 7049
ÉCONOMIE
Concours Section/option Epreuve Matière
EAE 8010B 102B 0473
● Option C : marketing
DROIT
Concours Section/option Epreuve Matière
EAE 8010C 102A 7049
ÉCONOMIE
Concours Section/option Epreuve Matière
EAE 8010C 102B 0473
● Option D : système d’information
DROIT
Concours Section/option Epreuve Matière
EAE 8031A 102A 7049
ÉCONOMIE
Concours Section/option Epreuve Matière
EAE 8031A 102B 0473
● Option E : production de services
DROIT :
Concours Section/option Epreuve Matière
EAE 8032A 102A 7049
ÉCONOMIE
Concours Section/option Epreuve Matière
EAE 8032A 102B 0473
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I M P R I M E R I E N A T I O N A L E – 23 0118 – D’après documents fournis
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La composition portant sur les éléments généraux du droit et sur le droit des affaires doit
être rédigée sur des copies distinctes de la composition portant sur l’économie.
Composition à partir d’un dossier portant sur les éléments
généraux du droit et sur le droit des affaires
À partir de vos connaissances personnelles et en mobilisant les éléments du dossier
documentaire, vous répondrez de manière structurée aux questions suivantes :
1. Par quels moyens le droit protège-t-il le consentement dans la formation des
contrats ?
2. Le choix du tribunal territorialement compétent par les parties au contrat est-il
libre ? Pour formuler votre réponse vous vous appuierez notamment sur l’article
48 du Code de procédure civile (document 1) et sur l’extrait de l’arrêt de la
chambre commerciale de la Cour de cassation du 29 janvier 2020 (document
2).
3. Développez votre réflexion dans le cadre d’un raisonnement structuré en
répondant au sujet suivant :
Le contrat : la loi des parties ?
B
Tournez la page S.V.P.
Document 1
Article 48 du code de procédure civile
« Toute clause qui, directement ou indirectement, déroge aux règles de compétence
territoriale est réputée non écrite à moins qu'elle n'ait été convenue entre des personnes
ayant toutes contracté en qualité de commerçant et qu'elle n'ait été spécifiée de façon très
apparente dans l'engagement de la partie à qui elle est opposée ».
Document 2
Cour de cassation (com.), 29 janvier 2020, n° 19-12.584 (F-P+B), Sté DP
Logiciels c/L.
La Cour,
Faits et procédure
Selon l'arrêt attaqué (Paris, 20 nov. 2018), M. Y et l'EURL Un Élément ont cédé la
totalité des actions de la société par actions simplifiée Entities (la société Entities)
à la société DP Logiciels.
Estimant avoir été trompée sur l'état de la société Entities, la société cessionnaire
a assigné les cédants devant le tribunal de commerce de Paris en application d'une
clause attributive de juridiction stipulée dans l'acte de cession.
M. Y et l'EURL Un Élément ont soulevé l'incompétence de ce tribunal au profit du
tribunal de commerce de Rennes, en contestant l'application de la clause attributive
de juridiction, faute pour M. Y d'avoir la qualité de commerçant.
Examen du moyen
Énoncé du moyen
La société DP Logiciels fait grief à l'arrêt de dire que le tribunal de commerce de
Paris est incompétent au profit de celui de Rennes alors « qu'a la qualité de
commerçant celui qui exerce des actes de commerce et en fait sa profession
habituelle ; que doit être considéré comme commerçant l'associé fondateur d'une
société commerciale, qui participe à l'exploitation de cette entreprise à titre
professionnel, en cède le contrôle et souscrit, à l'occasion de la cession, une
garantie d'actif et de passif ; qu'en l'espèce, la cour d'appel a constaté que M. Y
était l'un des trois fondateurs de la société Entities, qu'il en avait cédé le contrôle à
la société DP Logiciels et avait contracté une garantie d'actif et de passif ; que la
cour d'appel a encore constaté que M. Y avait fondé la société commerciale Un
Élément dont il était l'associé unique et le gérant ; que pour écarter la qualité de
commerçant de M. Y, la cour d'appel a considéré que les actes d'exploitation de la
société Entities accomplis par celui-ci l'avaient été en qualité de mandataire social
puis de mandataire ;
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qu'en statuant par un tel motif, dont il résultait au contraire que M. Y avait participé
à l'exploitation de la société Entities à titre professionnel, et qu'il accomplissait ainsi
des actes de commerce à titre de profession habituelle, la cour d'appel n'a pas tiré
les conséquences légales de ses constatations et a violé les articles 48 du code de
procédure civile et L. 121-1 du code de commerce. »
Réponse de la Cour
La cour d'appel a tout d'abord exactement retenu que les différents contrats
commerciaux signés par M. Y avec les clients des sociétés Entities et Un élément
ne s'analysaient pas à son égard en des actes de commerce, dès lors qu'ils l'ont
été en sa qualité de mandataire social pour le compte de ces entités et non pour
son compte personnel.
Elle a ensuite constaté que les seuls actes de commerce accomplis par M. Y étaient
constitués par l'acte de cession ayant conféré le contrôle de la société cédée et la
signature d'une garantie d'actif et de passif à l'occasion de ce transfert de contrôle,
et en a, à bon droit, déduit que ces actes ne suffisaient pas, du fait de leur nombre
limité, à démontrer que M. Y en avait fait sa profession habituelle, de sorte qu'il
n'était pas commerçant.
Le moyen n'est donc pas fondé.
Par ces motifs, la Cour :
Rejette le pourvoi (…).
Document 3
Extrait de l’arrêt n°1737 du 28 novembre 2018 (17-20.079) - Cour de cassation -
Chambre sociale
« Attendu cependant que l’existence d’une relation de travail ne dépend ni de la
volonté exprimée par les parties ni de la dénomination qu’elles ont donnée à leur
convention mais des conditions de fait dans lesquelles est exercée l’activité des
travailleurs (…) »
Document 4
Article 1195 du Code civil
Si un changement de circonstances imprévisible lors de la conclusion du contrat
rend l'exécution excessivement onéreuse pour une partie qui n'avait pas accepté
d'en assumer le risque, celle-ci peut demander une renégociation du contrat à son
cocontractant. Elle continue à exécuter ses obligations durant la renégociation.
En cas de refus ou d'échec de la renégociation, les parties peuvent convenir de la
résolution du contrat, à la date et aux conditions qu'elles déterminent, ou demander
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Tournez la page S.V.P.
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d'un commun accord au juge de procéder à son adaptation. À défaut d'accord dans
un délai raisonnable, le juge peut, à la demande d'une partie, réviser le contrat ou y
mettre fin, à la date et aux conditions qu'il fixe.
Document 5
Article 1844-1 du Code civil
La part de chaque associé dans les bénéfices et sa contribution aux pertes se
déterminent à proportion de sa part dans le capital social et la part de l'associé qui
n'a apporté que son industrie est égale à celle de l'associé qui a le moins apporté,
le tout sauf clause contraire.
Toutefois, la stipulation attribuant à un associé la totalité du profit procuré par la
société ou l'exonérant de la totalité des pertes, celle excluant un associé totalement
du profit ou mettant à sa charge la totalité des pertes sont réputées non écrites.
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EAE ECO 2 R
La composition portant sur l’économie doit être rédigée sur des copies
distinctes de la composition portant sur les éléments généraux du droit et sur le
droit des affaires.
Composition à partir d’un dossier portant sur l’économie
L’usage de tout ouvrage de référence, de tout dictionnaire et de tout matériel électronique (y
compris la calculatrice) est rigoureusement interdit.
Partie 1 : Questions préparatoires
Question 1 : À partir de vos connaissances personnelles et en vous appuyant sur les éléments
des documents 1, 2 et 3, vous répondrez de manière structurée à la question :
Quels sont les effets possibles de la fragmentation des chaînes de valeurs mondiales
sur la pollution ?
Question 2 : À partir de vos connaissances personnelles et en vous appuyant sur les éléments
des documents 4 et 5, vous répondrez de manière structurée à la question :
La coordination des politiques en faveur de la protection de l’environnement est-elle
possible ?
Partie 2 : Question d’approfondissement
Question 3 : Présentez votre réflexion dans le cadre d’un raisonnement structuré mobilisant le
corpus théorique pertinent, en répondant au sujet suivant :
La mondialisation : opportunité ou menace pour la transition écologique ?
C
Tournez la page S.V.P.
Document 1 : Les conséquences de la mondialisation des échanges sur l'environnement
Il est difficile de prévoir l'impact de la spécialisation internationale sur l'environnement.
Grossman et Krueger nous invitent à distinguer deux scénarios. Dans le premier scénario, on
admet que la spécialisation est fondée sur les dotations en facteurs de production traditionnels
; l'effet de composition sera alors favorable à l'environnement si les activités polluantes se
localisent davantage dans les pays où les normes environnementales sont strictes, et sera
défavorable dans le cas contraire. Dans le second scénario, on retient l'hypothèse suivant
laquelle la spécialisation est fondée sur les différences de législation environnementale : dans
ce cas, les activités les plus polluantes se localiseront toujours dans les pays les moins exigeants
en matière d'environnement (qui bénéficient d'un avantage comparatif) et le bilan pour
l'environnement global sera négatif.
Pour évaluer l'impact de la mondialisation sur l'environnement, il est donc essentiel d'apprécier
si les différences de réglementations environnementales offrent effectivement un avantage
comparatif à certains États, et si la mondialisation s'accompagne de délocalisations massives
d'industries polluantes.
LES EFFETS DU LIBRE ÉCHANGE SUR L'ENVIRONNEMENT D'APRÈS LE MODÈLE
DE BAUMOL ET OATES (1988)
Hypothèses du modèle : deux pays, un pays développé et un pays en développement, sont
producteurs d'un même bien ; deux techniques de production de ce bien sont disponibles : l'une
est respectueuse de l'environnement, tandis que l'autre est plus polluante ; le pays pauvre utilise
le procédé de production polluant, alors que le pays riche a recours au procédé « propre » qui
est aussi plus cher.
Résultats du modèle : l'instauration d'un régime de libre-échange entre les deux pays conduit
aux résultats suivants :
(1) l'utilisation du procédé de production polluant dans le pays pauvre a pour effet de diminuer
le prix du bien au niveau mondial, et donc d'augmenter la demande pour ce bien ;
(2) l'utilisation du procédé polluant assure au pays pauvre un niveau de production nationale
plus élevé ;
(3) en conséquence de l'augmentation de la demande pour le bien et de la part croissance de sa
production dans le pays pauvre, les émissions polluantes augmentent ;
(4) à long terme, s'il continue d'utiliser le procédé polluant, le pays pauvre va consolider son
avantage comparatif dans la production du bien considéré, et le pays riche se spécialisera dans
d'autres productions.
La démonstration de Baumol et Oates suggère que l'application de normes environnementales
dans les pays développés transformerait les pays en développement en lieux d'accueil des
activités polluantes. Les pays en développement deviendraient ainsi, selon ce modèle, des
« havres de pollution » (traduction de l'anglais « pollution havens »). Les politiques
environnementales nationales perdraient de leur portée, du fait des délocalisations d'activité.
L'effet du libre-échange sur la pollution serait géographiquement différencié : les émissions
polluantes se réduiraient au Nord, mais augmenteraient au Sud. L'effet global serait cependant
négatif pour l'environnement, du fait de l'abandon des technologies propres, et de
l'augmentation de la demande pour les produits à bas coûts fabriqués dans les pays du Sud.
Naturellement, les États développés victimes des délocalisations seraient découragés de
renforcer leurs normes environnementales (« paralysie réglementaire »), voire pourraient
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s'engager dans une « course au moins-disant » environnemental (race to the bottom) pour
retrouver un avantage comparatif dans certaines productions industrielles.
Dans l'un et dans l'autre cas toutefois (formation de « havres de pollution », ou « course au
moins-disant » environnemental), l'environnement mondial pâtirait de la libéralisation des
échanges
Source : Mondialisation : une chance pour l’environnement ? Rapport d’information n°233
www.senat.fr/rap/r03-233/r03-23324.html
Document 2 : Les impacts du commerce sur le changement climatique : un bilan incertain
Depuis les années 1990, grâce à un premier travail sur les impacts environnementaux de
l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), qui lie Canada, États-Unis et Mexique, on
a l'habitude de décomposer les impacts indirects du commerce sur l'environnement en trois
composantes, ou « effets ». Cette décomposition s'applique aussi aux effets sur le changement
climatique.
Tout d'abord, le commerce a un effet d'échelle, c'est-à-dire sur la taille des économies. Avec le
commerce, en effet, les niveaux agrégés de production et de consommation augmentent, et avec
eux le niveau de pollution. Cela dit, il peut y avoir des forces de rappel, car en moyenne les
revenus devraient croître à la suite d'une augmentation du commerce. Or, avec des revenus plus
élevés, la demande pour des politiques environnementales ambitieuses a tendance à être plus
forte. Ensuite, le commerce a un effet de composition car il conduit les économies à se
spécialiser selon leurs avantages comparatifs. Si ces avantages sont dans des secteurs polluants,
alors l’impact sur l’environnement sera négatif. Au contraire, si les avantages sont dans des
secteurs peu polluants, l'impact sera positif. Enfin, le commerce a un effet technique, en
facilitant la diffusion des technologies de production. Ainsi, il devrait rendre les technologies
les moins polluantes accessibles au-delà des pays dans lesquels elles sont mises au point.
Un quatrième effet s'ajoute aux trois précédents : le commerce est le canal par lequel ont lieu
ce que l'on appelle les fuites de carbone. Pour bien comprendre, prenons l'exemple de l'UE.
Pour limiter la consommation d'énergies fossiles, certains producteurs européens doivent
acheter des droits à émettre (les quotas carbone). Cela rend leur production plus coûteuse et
peut les inciter à la déplacer dans des pays où la politique climatique est moins contraignante,
quitte à ensuite importer les biens produits à l'étranger. Dans ce cas, les émissions seraient aussi
déplacées à l'étranger. Ces déplacements de production conduisent à ce qu'on appelle des fuites
directes. Ils sont problématiques à plusieurs égards. Si la production à l’étranger engendre
autant d'émissions qu'en Europe, le problème vient du fait que le transport entre le producteur
étranger et le consommateur européen produit probablement plus d'émissions que le transport
entre le producteur européen et ce même consommateur. Mais, souvent, l'intensité émissive (la
quantité de GES émise par unité produite) des producteurs extra-européens est supérieure à
celle des industriels européens. À ces fuites directes s'ajoutent des fuites indirectes. Limiter la
consommation d'énergies fossiles via les quotas carbone et le reste de la politique climatique
européenne va également avoir tendance à faire baisser les prix internationaux de ces énergies
et donc à inciter les pays qui n'ont pas de contrainte climatique à en consommer davantage.
Conceptuellement, ce découpage des effets indirects du commerce sur le changement
climatique est clair. En revanche, encore aujourd'hui, il est difficile de produire des données
suffisamment détaillées pour arriver à savoir quel est le bilan réel de ces différents effets.
Source : Cecilia Bellora, « Mettre le commerce au service du changement climatique »
L’économie mondiale 2023, CEPII, Editions La Découverte 2022
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Tournez la page S.V.P.
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Document 3 : La décomposition de l’empreinte carbone de la France, 1995-2020
Pour avoir une idée juste de l’impact de la consommation française, il faut considérer
l’empreinte carbone qui comptabilise toutes les émissions nécessaires pour satisfaire la
consommation en France, que ces émissions aient eu lieu en France ou ailleurs dans le monde.
Source : Cecilia Bellora, « Mettre le commerce au service du changement climatique »
L’économie mondiale 2023, CEPII, Editions La Découverte 2022
Document 4 : La notion de bien public mondial
Charles Kindleberger, l'un des auteurs pionniers en la matière, définit les biens publics
mondiaux comme « l'ensemble des biens accessibles à tous les États qui n'ont pas
nécessairement un intérêt individuel à les produire ». Cette définition souligne le caractère
universel de ces biens. Elle indique également que les biens publics mondiaux soulèvent une
difficulté supplémentaire par rapport aux biens publics « nationaux », celle de la coordination
entre États.
On ne peut, en effet, comme on l'a vu, compter sur les seules forces du marché pour assurer un
niveau de production suffisant de ces biens, mais on ne peut pas non plus, en l'absence de
gouvernement mondial, se tourner vers une autorité politique unique pour combler les
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défaillances du marché. Seule la coopération entre États peut permettre de produire les biens
publics mondiaux. Or la coopération entre États est obérée par les mêmes phénomènes de
« passagers clandestins » qui rendent difficile la production des biens publics par les acteurs
privés. Elle est encore compliquée par la grande hétérogénéité des préférences des États, qui
résulte des écarts de niveaux de développement et des différences culturelles entre sociétés. Ces
difficultés de la coopération interétatique expliquent que la gouvernance mondiale soit encore
si lacunaire.
Kindleberger cite comme exemples de biens publics mondiaux l'existence d'un système
monétaire stable, un régime commercial ouvert, des changes fixes, une monnaie d'échanges
internationale, ou encore l'existence d'un prêteur international en dernier ressort. On pourrait
ajouter, dans le domaine de l'environnement, la préservation de la couche d'ozone, ou la
réduction des gaz à effet de serre.
Ces quelques exemples montrent le glissement qui s'est opéré par rapport aux biens publics
traditionnels, type signalisation maritime ou éclairage public. Ces biens publics globaux
correspondent à des objectifs publics complexes et généraux, qui ne peuvent être atteints qu'à
la suite d'un long processus de négociation.
Source : www.senat.fr/rap/r03-233/r03-23320.html
Document 5 : Le rôle de la politique commerciale
La mise en place d’une politique ambitieuse de tarification du carbone se heurte
fondamentalement à un problème de passager clandestin. Les progrès ne peuvent se faire que
dans le cadre d’une coopération internationale, comme l’avait montré l’absence remarquée de
la Chine dans l’accord de Kyoto, finalement non ratifié par les États-Unis. Compte tenu des
orientations de la nouvelle administration américaine, l’accord de Paris risque d’achopper sur
le même problème, en décourageant cette fois la Chine.
Afin d’évaluer les effets d’une politique incitative à maintenir ou accroître ses engagements de
réduction de GES, nous considérons un scénario dans lequel le groupe des pays les plus
ambitieux de chaque catégorie [engagements de réduction dans l’absolu, en intensité ou par
rapport au BAU1] décide de mettre en commun ses engagements au sein d’un club climatique
et cherche à lutter contre d’éventuels passagers clandestins.
Deux scénarios sont examinés :
• Dans le scénario « Club », les pays les plus ambitieux forment un « club climatique » afin de
mutualiser leurs efforts de réduction par le biais d’un unique marché de droits à polluer, dont
l’objectif de réduction d’émissions est la somme des objectifs individuels des pays participants
dans l’Accord de Paris.
• Dans le scénario « Nordhaus », le club climatique décide d’appliquer à ses partenaires
commerciaux « hors Club » un droit de douane uniforme de 2 % ad valorem. […]
1 BAU (business as usual) : situation théorique où il n’y aurait pas eu de politique climatique.
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Tournez la page S.V.P.
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Tableau : PIB et émissions de CO2 en 2030 dans le BAU (volume) et impact comparé des
scénarios « Club » et « Nordhaus » (variation par rapport au BAU)
Tout d’abord, le Club climatique, parce qu’il partage l’effort entre ses membres avec un marché
du carbone commun, atteint le même objectif que l’Accord de Paris, mais à moindre coût : la
baisse du PIB n’est que de 1,3 % à l’horizon 2030, au lieu de 1,7 % pour une réduction identique
des émissions. Cette efficacité économique ne signifie pas pour autant qu’un tel scénario soit
réalisable politiquement : par rapport à l’accord de Paris, le Club climatique déplace fortement
l’effort de l’Union européenne et du Japon vers la Chine. En creux, cela signifie que la structure
de l’accord de Paris, avec des engagements n’impliquant pas un marché commun du carbone
entre les parties, est moins efficace économiquement, mais plus efficace en termes de
constitution de la coalition.
Pour ce qui est de la solution proposée par Nordhaus, le reste de la coalition de Paris tout comme
le reste du monde sont affectés négativement, ce qui est le but recherché : le droit de douane
crée une incitation à rejoindre le Club. En revanche, compte tenu de l’ambition du Club (qui ne
modifie pas son effort global par rapport à Paris), l’impact sur les États-Unis est très limité.
Enfin, une telle mesure est quasiment neutre pour les membres du Club. Les pays non-membres
du Club (« reste de la coalition » et « autres pays ») enregistrent une perte substantielle avec le
droit de douane (0,25 à 0,30 point de PIB), ce qui équivaut au coût de la participation au Club
pour des pays comme le Japon ou l’UE. Il serait donc possible de définir pour des pays
rejoignant le Club un niveau d’ambition les rendant indifférents entre coopération et
comportement opportuniste.
Au final, bien que le commerce ait un impact non négligeable sur les émissions de GES, la
politique commerciale ne peut pas se substituer à l’internalisation du coût du carbone. Elle peut
néanmoins être un bon instrument d’incitation pour amener d’autres pays à accroître leur niveau
d’ambition dans la lutte contre le changement climatique. Une faible taxe aux frontières d’un
club climatique ambitieux pourrait répondre à cette exigence.
Source : La politique commerciale au service de la politique climatique,
Lionel Fontagné et Jean Fouré, La lettre du CEPII, N°373, Janvier 2017
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