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Exploiter Le Potentiel de L'agro-Industrie Pour Soutenir La Transformation Structurelle en Afrique Centrale

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Exploiter le potentiel de

l’agro-industrie pour soutenir la


transformation structurelle en
Afrique Centrale
Exploiter le potentiel de
l’agro-industrie pour soutenir la
transformation structurelle en
Afrique Centrale
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en Afrique Centrale, veuillez contacter :

Section des publications


Commission économique pour l’Afrique
Avenue Menelik II
B.P. 3001
Addis-Abeba (Éthiopie)

Tél. : +251-11- 544-9900


Télécopie : +251-11-551-4416
Adresse électronique : [email protected]
Web : www.uneca.org

© 2018 Commission économique pour l’Afrique, Programme des Nations Unies pour le développement, Données ou-
vertes pour le développement et World Wide Web Foundation.
Addis-Abeba (Éthiopie)

Tous droits réservés


Premier tirage : mai 2018

La reproduction, en tout ou en partie, de la teneur de cette publication est autorisée. La Commission demande qu’en pareil
cas, il soit fait mention de la source et que lui soit communiqué un exemplaire de l’ouvrage où sera reproduit l’extrait cité.

Conception de la couverture, mise en page et impression : Groupe de la publication et de l’impression de la CEA, Ad-
dis-Abeba, certifié ISO 14001:2004.
Imprimé sur du papier sans chlore
Contents
Liste des abréviations et acronymes v
PREFACE vii
REMERCIEMENTS viii
Introduction générale ix
1. Etat de lieu de l’Agro-industrie en Afrique Centrale 1
1.1 L’agro-industrie : un secteur encore embryonnaire en Afrique Centrale 1
1.1.1. Situation du secteur en amont de la production 1
1.1.2. Situation du secteur en aval de la production 2
1.1.3. Importance de la chaîne de valeur 3
1.1.4. Evolution de la structure du secteur agro-industriel 4
1.2 L’agro-industrie en Afrique Centrale : performance et obstacles à son
développement 5
1.2.1. L’agro-industrie en Afrique Centrale : une performance mitigée 5
1.2.2. Les causes du retard de l’agro-industrie en Afrique Centrale 8
1.3 L’agro-industrie : un secteur à fort potentiel pour le développement économique
de l’Afrique Centrale 11
1.3.1. Un énorme marché potentiel pour l’agro-industrie 12
1.3.2. Un réservoir de ressources naturelles 12
1.3.3. Les opportunités d’investissement en Afrique Centrale 13
1.3.4. Le potentiel des progrès technologiques 14
1.4 Conclusion 14

2. Politiques publiques de développement de l’agro-industrie en Afrique


Centrale 15
2.1 Vue d’ensemble des interventions et stratégies mises en place pour le
développement de l’agro-industrie en Afrique Centrale  15
2.2. Programme de Développement intégré de l’Agriculture Africaine (PDDAA) en
Afrique Centrale 16
2.2.1. Historique du PDDAA 17
2.2.2. Bilan du PDDAA en Afrique Centrale 18
2.3. Conclusion
02

3. Développement de l’agro-industrie en Afrique Centrale : Défis et axes


d’intervention prioritaires 21
3.1. Impératifs du développement de l’agro-industrie 21
3.1.1. Défis de l’augmentation de la productivité agricole 21
3.1.2. L’exigence de la modernisation des chaînes de valeur 22
3.1.3. De l’accès à la terre à l’accès aux financements 23
3.1.4. Défis des infrastructures et l’accès à l’énergie 24

iii
Exploiter le potentiel de l’agro-industrie pour soutenir la transformation structurelle en Afrique Centrale

3.2. Les stratégies d’intervention prioritaires 24


3.2.1. La stratégie de la disponibilité et de l’accessibilité des intrants 24
3.2.2. La stratégie de l’intensification de la production 25
3.2.3. La stratégie de la disponibilité et de l’accessibilité des infrastructures 27
3.2.4. La stratégie de la transformation agricole 28
3.2.5. La stratégie de la commercialisation 28
3.3. Conclusion 29

Conclusion générale 30
Annexe 31
Bibliographie 32

Figures
Figure 1.1 : Types de chaînes d’approvisionnement 3
Figure 1.2 : Chaîne de valeur manioc 4
Figure 1.3 : Chaîne de valeur agro-alimentaire 5
Figure 1.4 : Progression de la valeur ajoutée du secteur agroindustriel
pour les pays d’Afrique Centrale (constant USD) 6
Figure 1.5 : Evolution des rendements céréaliers de l’Afrique Centrale
et quelques pays émergents (en kg/ha) 7
Figure 1.6 : Réseau Total des voies ferrées de quelques pays africains en 2014 9
Figure 1.7 : Pourcentage des routes bitumées en Afrique Centrale 9
Figure 1.8 : Consommation d’électricité de quelques pays africains
(KWh par habitant, 2014) 10
Figure 1.9 : Pourcentage des terres agricoles sur la quantité de terre
totale par pays de l’Afrique Centrale en 2014 13
Figure 2.1 : Evolution des parts de budget allouées au secteur
agricole entre 2003 et 2015 19
Figure 3.1: Indice de production agricole en Afrique Centrale (1960-2010) 22

iv
Exploiter le potentiel de l’agro-industrie pour soutenir la transformation structurelle en Afrique Centrale

Liste des abréviations et acronymes


ACET African Center for Economic Transformation / Centre Africain pour la
transformation économique
AIDA Plan d’action pour le développement industriel accéléré de l’Afrique
BAD Banque africaine de développement
CEA Commission économique pour l’Afrique des Nations Unies
CEDEAO Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest
CEEAC Communauté économique des États de l’Afrique Centrale
CEMAC Communauté économique et monétaire de l’Afrique Centrale
COMIFAC Commission des forêts d’Afrique Centrale
COREP Commission régionale des pêches du golfe de Guinée
CTA Centre technique de coopération agricole et rurale
CUA Commission de l’Union Africaine
FAO Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture
FEM Forum économique mondial
FIDA Fonds international de développement agricole
FSRDA Fonds spécial régional de développement agricole
GICAM Groupe inter-patronal du Cameroun
GWh Gigawattheure
HEVECAM Hévéa Cameroun
ICRA Institut centrafricain de la recherche agronomique
ID3A Initiative pour le développement de l’agribusiness et des agro-industries en Afrique
IIMD International Institute for Management Development / Institut International pour la
gestion du développement
IITA Institut international d’agriculture tropicale
IRA Institut national de recherche agronomique
IRAD Institut de recherche agricole pour le développement
IRAF Institut de recherches agronomiques et forestières
ITRAD Institut Tchadien de recherche agronomique pour le développement
NEPAD Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique
NTIC Nouvelles technologies de l’information et de la communication
OCDE Organisation de coopération et de développement économiques
ONUDI Organisation des Nations Unies pour le développement industriel
PAC Politique agricole commune
PDDAA Programme Détaillé de Développement de l’Agriculture en Afrique
PIB Produit intérieur brut
PNIA Plan National d’Investissement Agricole
PNIASAN Programme national d’investissement agricole, de sécurité alimentaire et
nutritionnelle
PRIASAN Programme régional d’investissement agricole, de sécurité alimentaire et
nutritionnelle

v
Exploiter le potentiel de l’agro-industrie pour soutenir la transformation structurelle en Afrique Centrale

RCA République Centrafricaine


RDC République Démocratique du Congo
SOMDIAA Société d’organisation de management et de développement des industries
alimentaires et agricoles
SOSUCAM Société sucrière du Cameroun
TIC Technologies de l’information et de la communication
UCCAO Union des coopératives de café arabica de l’ouest
USD United States dollar / Dollar Américain
WDI World Development Indicator / Indicateur du développement dans le monde

vi
Exploiter le potentiel de l’agro-industrie pour soutenir la transformation structurelle en Afrique Centrale

PREFACE

L’Afrique Centrale dispose des potentialités tence des difficultés liées à l’insuffisance des
considérables en agro-industrie qui sont en- infrastructures, l’accès au financement, l’accès
core sous exploitées. Pourtant, l’exploitation à la technologie, l’accès à la terre et des difficul-
efficace du potentiel de l’agro-industrie est tés liées à la sécurité et au climat des affaires
une nécessité pour la transformation structu- peu propice.
relle du tissu économique de l’Afrique Centrale.
Dans cette perspective, l’exploitation du po- Ce rapport a pour objectif de contribuer à la
tentiel de l’agro-industrie de l’Afrique centrale réflexion en faveur d’une croissance diversifiée
va contribuer à la diversification économique, et socialement inclusive par le biais du dévelop-
gage d’une stabilité économique face à des ins- pement de l’agro-industrie en Afrique centrale.
tabilités du marché des matières premières. Dans cette perspective, il est structuré en trois
Ainsi, la mise en valeurs de l’agro-industrie points principaux. Dans un premier temps il
va contribuer à garantir la fourniture des in- fait le point sur la situation, le potentiel et les
trants au secteur agricole et relier ce dernier performances de l’agro-industrie en Afrique
aux consommateurs à travers la manipulation, centrale. Il fait ensuite le bilan des politiques de
la transformation, le transport et la commer- développement des agro-industries en faisant
cialisation des produits agricoles. Il existe donc ressortir les insuffisances qui ont limité leurs
une forte synergie entre le développement de résultats. Enfin ce rapport se termine sur l’iden-
l’agro-industrie et la performance agricole en tification de cinq axes prioritaires pour promou-
tant qu’instrument de développement écono- voir l’agro-industrie à savoir la disponibilité et
mique. En effet, une agro-industrie dynamique l’accessibilité des intrants, l’intensification de
et efficace stimule la croissance agricole qui à la production, la disponibilité et l’accessibilité
son tour stimule la croissance des autres sec- des infrastructures, la transformation et enfin
teurs de l’économie. la commercialisation.

Toutefois, une politique efficace d’exploitation


optimale des potentialités de l’agro-industrie
en Afrique Centrale devrait intégrer l’exis-

vii
Exploiter le potentiel de l’agro-industrie pour soutenir la transformation structurelle en Afrique Centrale

REMERCIEMENTS

Le présent rapport d’étude intitulé «Exploiter au 29 septembre 2017 à Douala, au Cameroun.


le potentiel de l’agro-industrie pour soutenir la Ce rapport a été supervisé par M. Mamadou
transformation structurelle en Afrique centrale Malick Bal, économiste au Bureau sous-régio-
» a été préparé et rédigé par M. Cyrille Berga- nal pour l’Afrique Centrale de la CEA. Il a béné-
ly Kamdem, Enseignant à Faculté des Sciences ficié des commentaires des experts du BSR-AC/
Économiques et de Gestion de l’Université de CEA, notamment Tidjani Chetima, Ghitu-I-Mu-
Yaoundé II, sous la coordination générale et ndunge, Julian Slotman, Mama Keita, Issoufou
l’orientation de M. Antonio M. A. Pedro, Direc- Seidou, Laurent d’Aronco et Lot Tcheeko. La
teur du Bureau sous-régional pour l’Afrique Section des publications de la CEA a apporté
Centrale de la Commission économique des son concours pour l’édition, la conception gra-
Nations Unies pour l’Afrique (BSR-AC/CEA). Il phique et l’impression du présent document.
a été examiné, enrichi et validé par la réunion du
Groupe ad hoc d’Experts qui s’est tenue du 28

viii
Exploiter le potentiel de l’agro-industrie pour soutenir la transformation structurelle en Afrique Centrale

Introduction générale

En Afrique, le secteur agricole comparative- tions. Toutefois, l’Afrique reste la seule région
ment à l’industrie extractive, est le principal du globe où la contribution de l’agriculture au
pourvoyeur d’emplois avec une population PIB est plus élevée que celle de l’agro-indus-
agricole estimée à 530 millions (soit 60% de trie. En Afrique, la contribution de l’agro-indus-
la population africaine totale) qui certaine- trie est estimée seulement à environ 25% du
ment atteindra 580 millions en 2020 (NEPAD, PIB (Banque Mondiale, 2013). Ceci s’explique
2013). Selon Belward et al. (2011), le conti- par la faible industrialisation de la production
nent abonde de ressources renouvelables et et de la transformation agricole en Afrique qui
non-renouvelables inégalement réparties sur plombent les performances agricoles dans les
le territoire. L’Afrique détient environ 60% des chaînes de valeurs mondiales. A titre d’illustra-
terres arables non cultivées qui conviennent tion, l’Afrique produit environ 70% de toutes
aux cultures vivrières. Cependant, malgré ce les fèves de cacao du monde, mais ne fournit
potentiel en terre arable disponible, le secteur qu’environ 20% des produits intermédiaires
agricole se trouve en dessous de ses capacités du cacao. De même, les pays africains ne pro-
productives. Cela peut se justifier par un cer- cèdent qu’à une faible transformation du soja
tain nombre de faits : (i) l’Afrique utilise moins qu’ils produisent et répondent à la demande
de 2% de ses ressources renouvelables en eau locale de soja transformé par des importations
par rapport à la moyenne mondiale (5%) ; (ii) coûteuses (ACET, 2014). Ceci témoigne de la
le secteur agricole en Afrique est caractérisé place que peut occuper l’agro-industrie dans le
par une faible utilisation des innovations tech- développement économique des pays africains
nologiques (Nkamleu, 2004) ; (iii) l’insuffisante et en particulier ceux de l’Afrique Centrale.
utilisation des innovations technologiques en
Afrique ne permet pas de faire face de manière Le problème de la faible productivité et compé-
efficace à la faible fertilité des sols, aux attaques titivité agricole se pose davantage en Afrique
d’insectes et maladies, aux changements cli- Centrale alors que celle-ci constitue l’un des
matiques, au manque de semences améliorées bassins de production les plus importants
et appropriées et à l’accès aux inputs. Ces fac- d’Afrique encore largement sous exploité. En
teurs limitatifs sont à l’origine des rendements effet, les pays de l’Afrique Centrale disposent
de cultures qui sont nettement inférieurs à d’importantes dotations en ressources natu-
leurs potentiels avec des pertes post-récoltes relles qui constituent des bases solides pour
allant de 15 à 20% pour les céréales, et plus le développement d’une agro-industrie. Outre
élevées pour les produits périssables (Banque les immenses ressources pétrolières et miné-
Mondiale, 2013; Cairns et al., 2013). Depuis rales, la sous-région abrite la deuxième plus
1990, les rendements céréaliers ont fortement importante réserve forestière au monde. Elle
augmenté au Brésil (164%), en Uruguay (81%) bénéficie d’un potentiel hydroélectrique re-
et au Chili (69%), tandis qu’en Afrique ils n’ont présentant environ 17% du potentiel mondial
augmenté qu’à moins de 40% (BAD, 2014). et compte un vaste réseau hydrographique de
Cette faible productivité de l’agriculture afri- 12000 km de voies navigables. Enfin, les pays
caine comparée aux autres régions du monde, de la sous-région disposent de plus de 120
rend ce secteur très peu compétitif à l’échelle millions d’hectares de terres utiles à l’agricultu-
mondiale. De plus, la faible productivité de re et à l’agro-industrie. Les principales cultures
l’agriculture se justifie également par la faible de la région sont les céréales, le café, le cacao,
industrialisation de l’agriculture et la forte les racines et tubercules.
dominance de l’agriculture familiale. Selon
NEPAD (2013), l’Afrique compte 33 millions Cependant, malgré ces potentialités agricoles,
d’exploitations de moins de 2 hectares qui re- l’Afrique Centrale a davantage recours aux im-
présentent 80 % de l’ensemble des exploita- portations de produits alimentaires pour satis-

ix
Exploiter le potentiel de l’agro-industrie pour soutenir la transformation structurelle en Afrique Centrale

faire les besoins sans cesse croissants d’une l’épineux problème de la dépendance des éco-
population qui augmente très rapidement. La nomies de la sous-région aux exportations de
compétitivité du secteur agricole en Afrique produits primaires. Cette crise arrive à un mo-
Centrale dépend de la performance du secteur ment où l’Afrique et particulièrement l’Afrique
industriel et manufacturier qui reste encore Centrale fait face à de nombreuses difficultés
fragile. Les statistiques de la Banque Mondiale parmi lesquelles un chômage galopant, les
(WDI, 2017) montrent que le secteur indus- changements climatiques, un taux de pauvreté
triel reste encore marginal en Afrique et plus élevé, un niveau d’insécurité alimentaire élevé,
particulièrement en Afrique Centrale, où la un fort taux de croissance démographique etc.
contribution au PIB reste inférieure (34%) à Il est donc impératif pour l’Afrique Centrale
celle de l’Afrique du Nord (43%). Par ailleurs, d’accélérer son processus d’industrialisation.
le secteur industriel est dominé par l’industrie Mais la question principale est de savoir sur
extractive (minière) relativement à l’industrie quels types d’activités les Etats doivent-ils se
manufacturière pourvoyeuse d’emplois (CEA, lancer ?
2011). Pourtant, c’est cette industrie manufac-
turière qui a été à l’origine du développement L’agriculture en général et l’agro-industrie en
économique des Nouveaux Pays Industrialisés particulier est considérée comme un secteur
d’Asie (République de Corée, Taiwan, Hong privilégié pour assurer la transformation struc-
Kong et Singapour). Il est donc nécessaire pour turelle et le développement économique. La
l’Afrique Centrale de développer davantage croissance du secteur agricole a des répercus-
son secteur industriel et manufacturier pour sions sur le développement via d’autres effets
transformer ses matières premières (sujettes indirects, par lesquels l’agriculture stimule la
aux fortes fluctuations des prix internationaux) croissance d’autres secteurs de l’économie. La
et accroître leurs valeurs ajoutées avant l’ex- place importante de l’agriculture en Afrique a
portation. En effet, les économies de l’Afrique également été mise en exergue par l’adoption
Centrale se sont spécialisées dans l’exporta- récente de deux programmes de développe-
tion des produits agricoles bruts (le coton, la ment pour l’Afrique, à savoir au niveau continen-
banane, le cacao, le café, le thé), le pétrole brut tal le programme de transformation de l’Afrique
et les minerais bruts. La persistante baisse des aussi connu sous le nom de ‘‘Agenda 2063’’1, et
cours du pétrole sur les marchés internationaux au niveau international le Programme de dé-
qui sévit depuis quelques années, a profondé- veloppement durable à l’horizon 2030 et ses
ment affecté les économies de la sous-région. objectifs de développement durable (ODD)2 de
Cette baisse des cours crée ainsi des tensions l’Assemblée générale des Nations Unies ‘‘Pro-
de trésorerie qui se sont traduites dans les faits gramme 2030’’. Ces deux programmes dont
par les retards de paiement des fonctionnaires l’objectif principal est d’établir une croissance
dans certains pays. Ce qui a remis sur la table inclusive, un développement durable, la paix

1
L’agenda 1963 a été adopté en mai 2013 à l’occasion du jubilé d’or de l’Organisation de l’Unité Africaine(OUA)/ l’Union
Africaine (UA). Cet agenda vise au courant de la période 2013-2063, la réalisation de « la vision Panafricaine d’une Afrique
intégrée, prospère et pacifique, dirigée par ses propres citoyens et représentant une force dynamique dans l’arène internatio-
nale » cette volonté se décline en 7 aspirations :
Aspiration 1: Une Afrique prospère basée sur la croissance inclusive et le développement durable.
Aspiration 2: un continent intégré; politiquement uni et fondé sur les idéaux du panafricanisme et la vision de la Renais-
sance de l’Afrique.
Aspiration 3: Une Afrique de la bonne gouvernance, de la démocratie, du respect des droits de l’homme, de la justice et
de la primauté du droit.
Aspiration 4: Une Afrique de paix et de sécurité.
Aspiration 5: Une Afrique dotée d’une forte identité culturelle, d’un patrimoine commun, de valeurs et d’une éthique
partagée.
Aspiration 6: Une Afrique dont le développement est dirigé par ses citoyens, tributaire du potentiel des populations afri-
caines, en particulier, de ses femmes et de ses jeunes, et soucieuse du devenir de ses enfants.
Aspiration 7: Une Afrique forte, unie, résistante, et actrice et partenaire influente dans le monde.
2
Les objectifs du Développement Durables sont au nombre de 17 et sont en continuité avec les Objectifs du Millénaire
pour le Développement adopté en 2000. Ces objectifs sont condensés dans l’annexe 1 de ce document.

x
Exploiter le potentiel de l’agro-industrie pour soutenir la transformation structurelle en Afrique Centrale

et la sécurité sur le continent, reconnaissent plus forte valeur ajoutée et une plus forte crois-
clairement la place centrale de l’agriculture au sance de la productivité au sein de l’ensemble
développement durable, à la sécurité alimen- du système de chaîne de valeur, représente
taire, à l’amélioration des conditions de vie de l’une des meilleures opportunités d’atteindre
pauvres, et enfin à une croissance économique une croissance économique et une création de
durable à travers l’industrialisation et la diversi- richesse ainsi qu’une réduction de la pauvreté
fication industrielle. Par ailleurs, les travaux de en Afrique Centrale. En plus de l’amélioration
Johnston et Mellor (1961) et (Schultz, 1964) des revenus et de la création d’emplois que le
sur la transformation structurelle des sociétés développement de l’agro-industrie peut engen-
agraires vers des économies industrielles pour drer dans la sous-région, ce secteur pourrait
le développement économique, restent encore également servir de levier pour une véritable
d’actualité en Afrique Centrale. De plus, la per- transformation structurelle des économies de
formance de l’agriculture de façon générale en la sous-région. Le développement de l’agro-in-
tant qu’instrument de développement dépend dustrie va réduire la dépendance alimentaire de
fortement de l’agro-industrie. Une agro-indus- l’extérieure de la sous-région et les ressources
trie efficace et dynamique stimule la croissance dépensées autrefois pour l’importation alimen-
agricole (Banque Mondiale, 2008). L’agro-in- taire, peuvent être orientées dans d’autres ac-
dustrie se définit comme étant l’ensemble des tivités. Une évaluation de la Commission Eco-
entreprises qui font dans la transformation des nomique des Nations Unies pour l’Afrique a par
matières premières et produits intermédiaires exemple estimé à 26 milliards d’USD le montant
dérivés du secteur agricole (FAO, 1997). Pour total des importations de la sous-région (CEA,
Wilkinson et Rocha (2008) et le GICAM (2014), 2009a). D’après l’OMC (2010), les principaux
l’agro-industrie regroupe toutes les activités de produits d’importations sont par exemple : le
préparation à la production agricole, de produc- riz, le blé (90% et 100% respectivement au Ca-
tion, de transformation, de conservation et de meroun, en RDC), le sucre (60% au Tchad) et la
commercialisation. Par ailleurs, l’étude de Rao viande et les produits d’origine animale.
(2006) regroupe les industries agro-alimen-
taires en 3 catégories : primaire3, secondaire4, Au regard du potentiel du secteur agricole en
et tertiaire5. Afrique Centrale, la capacité de l’agro-industrie
à améliorer le développement économique des
Ainsi, pour capitaliser et canaliser les poten- pays de la sous-région nécessite des conditions
tialités agricoles de l’Afrique Centrale vers un préalables :
développement économique, l’agro-industrie
qui est un maillon essentiel dans les chaînes (i) La dynamisation du secteur de l’agro-indus-
de valeur agroalimentaires, offre de grandes trie nécessite de gros investissements en inputs
possibilités d’industrialisation fondées sur les qui ne peuvent que provenir d’autres secteurs
produits de base. Elle implique une fourniture notamment l’industrie manufacturière, créant
d’intrants nécessaires à la production agricole, ainsi de nouvelles opportunités pour l’industrie
une optimisation par la modernisation de l’ap- manufacturière locale. Par ailleurs, l’accroisse-
pareil de production agricole, un développe- ment des revenus résultant du développement
ment des infrastructures et une transformation de l’agro-industrie aura également un effet bé-
adaptée à la demande du marché. Il existe ainsi néfique sur le secteur manufacturier du fait de
de grandes synergies entre l’agro-industrie et la forte demande en biens manufacturiers qui
la performance de l’agriculture en tant que vec- va en résulter. La nécessité de développer ce
teur du développement. Une stratégie de dé- secteur, et de façon générale le secteur indus-
veloppement agro-industrielle impliquant une triel, s’est fait ressentir à travers des initiatives

3
Comprend les processus de traitement basiques du produit naturel tels que le nettoyage, le triage et le décorticage.
4
Inclut les processus de modification simples ou élémentaires du produit naturel tels que l’hydrogénation des huiles ali-
mentaires.
5
Processus impliquant une modification profonde du produit naturel, comme la transformation des tomates en ketchup
ou celle du lait en fromage etc.

xi
Exploiter le potentiel de l’agro-industrie pour soutenir la transformation structurelle en Afrique Centrale

gouvernementales et l’adoption du Plan d’ac- produits agricoles en Afrique Centrale, et au-


tion pour le développement industriel accéléré ront pour conséquence la création de nouveaux
de l’Afrique (AIDA) par les pays, sous l’égide de emplois et l’accroissement des revenus. Enfin
l’Union africaine en collaboration avec l’ONU- le cinquième axe qui est consacré à la commer-
DI, la CEA et d’autres partenaires de dévelop- cialisation, vise à fluidifier la distribution des
pement. Tous ces liens témoignent donc de la « agribusinness products » tant à l’intérieur qu’à
pertinence du développement de l’agro-indus- l’extérieur de l’Afrique Centrale.
trie dans l’Afrique Centrale comme moteur
d’une véritable transformation économique. L’objectif global de la présente étude est de
contribuer à la réflexion en faveur d’une crois-
(ii) Pour que le développement du secteur sance diversifiée et socialement inclusive par le
agro-industriel de l’Afrique Centrale contribue biais du développement de l’agro-industrie.
efficacement au développement économique,
il est nécessaire d’agir de manière stratégique Pour atteindre cet objectif, le reste de l’étude
sur les principaux axes suivants : les intrants, la sera structuré en trois chapitres. Le premier
production, les infrastructures, la transforma- chapitre va consister à mettre en évidence
tion et la commercialisation (les aspects institu- les potentialités de l’agro-industrie dans la
tionnels et l’intégration régionale). Les actions à sous-région. Dans le chapitre 2, l’examen des
mener sur ces axes devront être séquentielles actions déjà menées en vue de l’optimisation
de manière à permettre une complémentarité de l’agro-industrie pour le développement en
temporelle entre les axes. Les actions à me- Afrique Centrale va permettre d’identifier les
ner dans l’axe « des intrants » visent à fournir principaux obstacles à la réalisation du poten-
en amont à la production agricole les intrants tiel de l’agro-industrie, ainsi que les facteurs qui
nécessaires pour son développement. Notons incitent au développement de la chaîne de va-
qu’à ce niveau d’importants emplois seront leur de l’agro-industrie. Au regard des obstacles
créés. L’axe « la production agricole » regroupe et des facteurs incitatifs identifiés, le chapitre
les actions de nature à accélérer la producti- trois sera consacré à l’identification des actions
vité et la production agricole. Ceci aura pour à mener pour promouvoir le développement de
conséquence la réduction de la pauvreté et de l’agro-industrie en Afrique Centrale.
l’insécurité alimentaire notamment rurale. Le
troisième axe est consacré au développement Le cadre analytique de cette étude sera consti-
des infrastructures de transport, de stockage, tué par une revue documentaire et une analyse
d’énergie et d’eaux. Le quatrième axe dédié à la SWOT (Forces / Faiblesses / Opportunités /
transformation agricole est un axe central. Les Menaces). Les données utilisées proviendront
actions à poser dans cet axe visent le démarrage de différentes sources à savoir la CEA, World
et/ou l’intensification de la transformation des Development Indicators et FAOSTAT.

xii
1
Etat de lieu de l’Agro-industrie en
Afrique Centrale

L’Afrique Centrale regorge un potentiel de meurent encore insuffisants. Dans les années
l’agro-industrie qui mérite d’être exploité ef- 60, le nombre de tracteurs à roue et à chenille
ficacement pour contribution à une transfor- (à l’exclusion des tracteurs de jardins) en ser-
mation structurelle de l’économie. En effet, vice dans l’agriculture après une année, était
lorsque le potentiel est efficacement exploi- plus important en Afrique subsaharienne par
té, l’agriculture en général et l’agro-industrie rapport à l’Asie de l’Est, mais moins important
en particulier est une source de produit, de comparé à l’Amérique Latine en excluant les
facteur et d’échange extérieurs qui contribue pays à haut revenu. Plus tard avant les années
au décollage du secteur industriel. En Afrique 2000, la tendance s’était totalement inver-
Centrale, malgré le potentiel existant, l’agro-in- sée avec le nombre de machines agricoles en
dustrie reste encore un secteur embryonnaire service après une année en Afrique subsaha-
du fait des obstacles qui entravent son déve- rienne étant évalué à 209 milles très loin de
loppement. l’Asie de l’Est et encore plus important en Amé-
rique Latine avec 1,1 millions et 1,6 millions de
1.1 L’agro-industrie : un secteur machines agricoles, respectivement (Banque
encore embryonnaire en Mondiale, 2006). Dans la plupart des pays
de l’Afrique Centrale, le nombre de machines
Afrique Centrale agricoles se compte encore en centaines. La
Le développement de l’agro-industrie reste situation du secteur en amont de la production
embryonnaire aussi bien en amont, qu’en aval reste très traditionnelle, dans le meilleur des
de la production que dans la chaine de valeur. cas semi-mécanisée. L’utilisation des machines
agricoles reste un luxe pour la grande majorité
1.1.1. Situation du secteur en amont de la des agriculteurs de l’Afrique Centrale.
production
La situation du secteur agro-alimentaire en Par ailleurs, il y a plus d’engrais utilisés pour
amont de la production en Afrique Centrale les aliments de base que pour la culture d’ex-
est marquée par une très faible utilisation des portation : 40% des engrais consommés sont
engrais des semences améliorées et des ma- utilisés pour le maïs suivis par d’autres céréales
chines agricoles. Pourtant, la modernisation (blé, sorgho et mil). Les fruits et légumes ainsi
de l’appareil de production agricole est une que le sucre de canne représentent 15% de
nécessité pour une transformation structurelle l’utilisation d’engrais, tandis que le riz, le ta-
de l’Afrique Centrale. Les taux d’utilisation bac, le coton et les tubercules traditionnels
des engrais, des semences améliorées et des (manioc, ignames) représentent environ 2-3%
machines agricoles en Afrique Centrale de- chacun (Morris et al., 2007).

1
Exploiter le potentiel de l’agro-industrie pour soutenir la transformation structurelle en Afrique Centrale

Bien qu’ayant de nombreux petits gisements de dans la sous-région, mais plutôt de chaînes
roche phosphatée partout dans la sous-région d’approvisionnement en intrants avec un
Afrique Centrale, la production d’engrais inorga- nombre d’acteurs différent à chaque étape de
nique6 est concentrée en Afrique du Nord et en la filière (Figure 1.1).
Afrique du Sud. La production d’engrais dans la
sous-région est extrêmement faible. Cependant, Le premier cas de figure est le plus souvent
il existe quelques productions qui commencent rencontré dans les pays de la sous-région. Les
en République Démocratique du Congo (RDC) et engrais importés suivent successivement la
qui sont prévues en Guinée Equatoriale. La RDC chaîne jusqu’aux petits producteurs agricoles.
et le Congo sont les seuls pays de la sous-région Ce cas se présente dans les pays comme le
ayant des gisements de potasse. Le Cameroun, la Cameroun, le Tchad et l’Angola. Toutefois, ces
Guinée Equatoriale, l’Angola, le Congo et la RDC chaînes d’approvisionnement sont générale-
sont les pays de la sous-région disposant de gaz ment fragiles et peu développées en raison
naturel. En comparaison, l’Afrique du Sud dispose des contraintes d’offre et de la demande.
d’importants gisements de roches phosphatées
et produit 90% de ses besoins en engrais phos- Le deuxième cas de figure représente un état
phatés. L’Afrique du Nord quant à elle produit à plus mature de l’agro-industrie avec une pro-
la fois les engrais phosphatés et azotés disposant duction locale et une distribution via des ré-
d’énormes réserves de roches phosphatées et de seaux grossistes/distributeurs et détaillants
gaz naturel. bien assez développés. Ce cas de figure est à
ses débuts en RDC. Par contre, il est plus dé-
Ainsi, il est très difficile de parler d’un secteur veloppé en Afrique du Nord et en Afrique de
d’agro-industriel en amont de la production Sud.

Figure 1.1 : Types de chaînes d’approvisionnement


Cas 1 Cas 2 Cas 3

Importateurs Production locale Exportateurs

Agro-industries pour
Grossistes/distributeurs Fabricants l’exportation
ou agro-industries

Plantations
industrielles (culture
Détaillants/distributeurs de rente pour
d’intrants agricoles Grossistes/distributeurs
l’exportation

Détaillants/distributeurs
Détaillants d’intrants agricoles Petits producteurs

Petits producteurs
Petits producteurs agricoles agricoles

6
Les engrais peuvent être classés en deux catégories : (1) engrais organiques : ils sont obtenus à partir des matières
vivantes ou autrefois vivantes telles que les déchets animaux (fumier), les résidus de culture (comme les feuilles, tiges),
le compost et de nombreux autres produits dérivés d’organismes vivants. (2) Engrais inorganiques (également appelés
engrais minéraux et chimiques) : les produits proviennent essentiellement de sources non vivantes au travers de pro-
cessus artificiels. La plupart des engrais commerciaux entre dans cette catégorie.

2
Exploiter le potentiel de l’agro-industrie pour soutenir la transformation structurelle en Afrique Centrale

Le troisième cas de figure est communément fours « chorkon ». Cette nouvelle technique
trouvé dans les secteurs d’exportation des de fourrage et séchage de poissons permet
cultures de rente telles que le cacao, le coton d’assurer la rentabilité de la pêche, de réduire
du Cameroun. Ces entreprises achètent des significativement les pertes post capturées par
engrais soit directement auprès des fournis- fumage amélioré, de réduire la pression sur les
seurs étrangers, soit en passant la commande ressources naturelles.
auprès d’importateurs locaux pour leurs petits
planteurs sous contrat. Ils fournissent les en- Un ouvrage publié par Maatman (2012), argu-
grais à crédit et déduisent le coût des intrants mente que le lien entre les acteurs du secteur
et d’autres services lors de la récolte. agro-industrie est de plus en plus impliqué dans
un processus concurrentiel à la recherche de
En fait, il est très coûteux de fabriquer en pe- bénéfices. Leurs stratégies concernent essen-
tites quantités des engrais d’un type de bien tiellement les coûts de production et sa livrai-
en particulier. La meilleure option est d’inves- son. Il est rare cependant, que les avantages
tir à long terme dans une production d’engrais concurrentiels durables ne dépendent que de
dans des pays de la sous-région disposant de la performance d’un seul acteur. Ils dépendent
ressources adéquates pour une consommation plutôt de la performance conjointe d’une
nationale et sous régionale, ainsi que pour les gamme d’acteurs interconnectés, comme les
marchés d’exportation. fournisseurs d’intrants, les gestionnaires des
entrepôts collectifs, les transformateurs et les
1.1.2. Situation du secteur en aval de la commerçants au niveau local ou national. Cet
production ensemble d’acteurs interconnectés, locaux ou
En Afrique, il existe de nombreux exemples non, forme une chaîne de valeur.
de succès de la transformation agricole pou-
vant être utiles pour les pays de la sous-région 1.1.3. Importance de la chaîne de valeur
Afrique Centrale : L’extension de la floricul- La chaîne de valeur regroupe les fournisseurs,
ture en Ethiopie, l’essor de l’horticulture au les producteurs, les transformateurs et les
Kenya, l’intégration verticale et la transfor- acteurs impliqués dans la commercialisation
mation des produits agricoles au Maroc. Au jusqu’au consommateur final, tant au niveau na-
nombre des exemples d’agro-industrie dans tional, sous régional, qu’international. A ne pas
certains pays de la sous-région Afrique-Cen- confondre avec les filières agricoles qui sont
trale, l’on pourrait citer la transformation de centrées sur un produit agricole de base et sur
la canne à sucre au Cameroun, Gabon, RCA, tout ou partie de ses transformations succes-
Tchad (via SOMDIAA) ; la compagnie sucrière sives. Cependant, vue sous l’angle du dévelop-
du Kwilu en RDC et SOSUCAM au Cameroun. pement du secteur agricole, la chaîne de valeur
Les plantations de palmier à huile et d’hévéa s’apparente à une filière agricole structurée
au Cameroun (via HEVECAM, BIOPALM), en autour d’une institution. Elle vise à la fois l’amé-
RDC (via SOFAIN, Société NOCAFEX), au Ga- lioration des revenus des petits exploitants, le
bon (via OLAM-INTERNATIONAL, SOSUHO). développement de l’entrepreneuriat, la créa-
Malgré ces exemples de réussite, les pays de tion d’emplois et la disponibilité des produits
la sous-région peuvent encore transformer lo- de meilleure qualité en quantité suffisante. La
calement une proportion importante de leurs présentation de quelques exemples de chaines
exportations agricoles. de valeur permet de mieux illustrer son impor-
tance dans la sous-région Afrique Centrale.
Récemment, de nouvelles unités de trans-
formation ont été adoptées en RDC, le « Silo 1.1.3.1. La chaîne de valeur Manioc en Afrique
métallique familial ». Cette technologie per- Centrale
met après récolte, de conserver des semences La RDC, l’Angola et le Cameroun contribuent
pendant longtemps, en les maintenant à l’abri à eux seuls à plus de 92% de la production de
de divers ravageurs (rongeurs, insectes et oi- la sous-région. La culture du manioc occupe
seaux). On note également l’introduction de la première place au niveau des cultures pra-

3
Exploiter le potentiel de l’agro-industrie pour soutenir la transformation structurelle en Afrique Centrale

tiquées en Angola (11 millions de tonne sur la conditionné dans les sachets en aluminium de
dernière décennie). La RDC occupe la première 250 g, 500 g et 1 000 g est mis sur le marché.
place au niveau de la sous-région, et la deu- Malgré ces potentialités au niveau de la pro-
xième place derrière le Nigeria en Afrique (avec duction et de la transformation, les quantités
15 millions de tonne par an). La chaîne de valeur de café produites au Cameroun ne cessent de
est constituée de trois principaux maillons tra- baisser d’année en année. La stagnation ou la
ditionnels : la production, la transformation et baisse des quantités produite en café s’explique
la commercialisation. Ces maillons présentent par le prix au producteur peu incitatif par rap-
des spécificités du fait des types d’activités et port au coût de production. En effet, l’utilisation
des acteurs qui les caractérisent. des techniques traditionnelles de production
ne contribue pas à accroitre efficacement les
1.1.3.2. Chaîne de valeur Café au Cameroun rendements et réduire efficacement les coûts
Un exemple typique des cas très souvent re- de production. Par ailleurs, malgré la transfor-
trouvés dans la plupart des pays de la sous-ré- mation du café, la consommation locale reste
gion. La chaîne de valeur café est gouvernée par très limitée du fait de manque de promotion sur
une Union des Coopératives, UCCAO (Union les vertus du produit encore ignorés par la ma-
des Coopératives de Café Arabica de l’Ouest). jorité de la population.
Elle assure de bout en bout la gouvernance de
la chaîne de valeur café, qu’elle vend à l’expor- 1.1.4. Evolution de la structure du secteur
tation. A travers elle, les petits exploitants ont agro-industriel
l’opportunité de bénéficier des appuis tech- Le commerce intra-CEEAC des produits manu-
niques et financiers. L’UCCAO dispose d’une facturiers qui s’élève à moins de 150 milliards
Usine de triage électronique d’une capacité de de francs CFA (soit 326 millions USD), est en-
16 000 tonnes. Après triage et conditionne- core très insuffisant comparé à la demande des
ment, la grande partie du café vert est vendue produits alimentaires. La croissance du marché
à l’exportation. Après torréfaction à l’usine de sous régional (ou intérieur) offre des opportu-
l’UCCAO, un café de marque camerounaise nités dont il est nécessaire de développer la

Figure 1.2 : Chaîne de valeur manioc

Développement variétal Fourniture des intrants


Multiplication des boutures agricoles
Encadrement technique

Accès aux intrants

Production de Manioc
Service d’appui

Encadrement technique
Transformation Transformation
Accès aux financements Semi-industrielle artisanale

Accès au marché
Marché local

Intégration régionale
Marché sous régionale

4
Exploiter le potentiel de l’agro-industrie pour soutenir la transformation structurelle en Afrique Centrale

chaîne de valeur agroalimentaire pour pouvoir pour quelques pays de la sous-région dont la
en bénéficier. L’accroissement de la demande RDC, le Cameroun et l’Angola, qui ont connu
et les changements des habitudes alimentaires une recomposition sectorielle avec une baisse
ont conduit à une nouvelle géographie des de la part de l’agriculture dans l’économie et un
échanges et l’allongement des chaînes de va- déplacement des activités économiques vers
leur alimentaires (figure 1.3). le secteur agroindustriel et les services.

Les activités en aval de la production, du trans- Une base de données récente de l’Organisa-
port à la distribution en passant par la transfor- tion du Développement Industriel des Nations
mation alimentaire, augmentent en importance Unies (ONUDI, 2016), a permis d’établir une
relativement à l’agriculture, et l’agro-industrie progression de la valeur ajoutée par habitant
en particulier occupe une position dominante du secteur agroindustriel pour les pays de la
dans le secteur manufacturier. C’est le cas sous-région Afrique Centrale. Ainsi, on peut

Figure 1.3 : Chaîne de valeur agro-alimentaire


AGRIBUSINESS

EQUIPMENT

modern

INPUT AGRICULTURE FOOD FOOD


PROCESSING RETAIL
FOR HUMAN
NUTRITION

traditional
NON NUTRITION NON FOOD
USAGES PROCESSING

AGRO INDUSTRY
Length of the value chain
[the number of production stages involved]

FOOD VALUE CHAIN

Source: CSAO/OCDE 2015

Figure 1.4 : Progression de la valeur ajoutée par habitant du secteur agroindustriel pour les
pays d’Afrique Centrale (USD constant 2010)
600

500

400

300

200

100

0
Angola

Burundi

Cameroun

RCA

Tchad

Congo

RDC

Guinée Equatoriale

Gabon

Rwanda

Sao Tomé et Principe

1990 2000 2010 2016

Source : Base de données de l’ONUDI (2016)

5
Exploiter le potentiel de l’agro-industrie pour soutenir la transformation structurelle en Afrique Centrale

observer une croissance soutenue du secteur des entreprises qui font dans la transforma-
au Gabon, une augmentation importante de la tion des matières premières et produits inter-
valeur ajoutée du secteur après la première dé- médiaires dérivés du secteur agricole (FAO,
cennie pour l’Angola. Ces résultats sont cohé- 1997). Parmi les maillons de ce secteur, la pro-
rents avec le développement récent des activi- duction agricole occupe une place de choix. La
tés de transformation alimentaires. Par contre, production agricole est au cœur de l’agro-in-
une chute brutale en 1990 suivie d’une baisse dustrie et conditionne la performance de celle-
régulière de la valeur ajoutée par habitant du ci. S’il n’y a pas de production agricole, il ne
secteur agroindustriel est observée en RDC peut non plus avoir de transformation. Ainsi,
(Figure 1.4). un bon moyen d’évaluer les performances de
l’agro-industrie consisterait sans doute à s’at-
1.2 L’agro-industrie en Afrique tarder sur les performances productives des
Centrale : performance systèmes de production agricole. L’indicateur
traditionnellement le plus utilisé est la produc-
et obstacles à son tivité agricole. La productivité agricole se défi-
développement nit comme étant le rapport en volume, d’une
La performance des agro-industries en Afrique production sur un ou plusieurs facteurs de
Centrale reste faible et est soumise à des nom- production (OCDE, 2001). Il existe plusieurs
breux obstacles. mesures de la productivité dans la littérature.
Ces mesures sont globalement catégorisées
1.2.1. L’agro-industrie en Afrique Centrale : en deux groupes : les mesures de productivité
une performance mitigée multifactorielle et les mesures de productivité
La faible performance des agro-industries en uni-factorielle. Néanmoins, quelles que soient
Afrique Centrale peut s’apprécier aussi bien en les mesures de productivité agricole utilisées,
termes de productivité qu’en termes de com- bon nombre d’auteurs s’accordent sur les mau-
pétitivité. vaises performances du secteur agricole en
Afrique en terme de productivité (Nkamleu,
1.2.1.1. Productivité agricole des économies de la 2004; Kane et al., 2012; Cairns et al., 2013;
sous-région Djoumessi et al., 2017). La croissance de la pro-
L’agro-industrie comme définie plus haut en in- duction agricole en Afrique a été plus le résul-
troduction, regroupe au sens strict l’ensemble tat de l’accroissement des espaces cultivés que

Figure 1.5 : Evolution des rendements céréaliers de l’Afrique Centrale et quelques pays
émergents (en kg/ha)
7000

6000

5000
Brésil

4000 Chine

3000 Inde

Corée du Sud
2000

Afrique Centrale
1000

0
1961

1965

1969

1973

1977

1981

1985

1989

1993

1997

2001

2005

2009

2013

Source : Construit par l’auteur à partir des données de la Banque Mondiale (WDI, 2017)

6
Exploiter le potentiel de l’agro-industrie pour soutenir la transformation structurelle en Afrique Centrale

de l’accroissement de la productivité. L’Afrique riches en ressources naturelles (Forum Econo-


Centrale n’a pas été en marge de cette ten- mique Mondial, 2015). Par ailleurs, le Gabon
dance malgré sa diversité de production agri- est classé comme le pays le plus compétitif de
cole. La productivité agricole est restée relati- l’Afrique Centrale. L’Afrique Centrale accuse
vement stable au fil du temps. La production ainsi un retard de compétitivité par rapport aux
agricole en Afrique Centrale a certes évolué autres régions dû à la faiblesse des fondamen-
mais à un rythme inférieur à l’accroissement taux de la compétitivité à savoir les institutions,
de la population, entrainant ainsi une augmen- les infrastructures et le capital humain. Cette
tation des importations nettes de nourriture. mauvaise performance compétitive globale de
Toutefois, pour mieux apprécier les perfor- l’Afrique Centrale reflète un peu celle de la plu-
mances productives de l’Afrique Centrale, une part de ses différents secteurs du moins celle du
comparaison avec d’autres pays est nécessaire. secteur de l’agro-industrie. Pour mieux appré-
La figure 1.5 suivante présente l’évolution des cier la compétitivité du secteur de l’agro-indus-
rendements céréaliers de l’Afrique Centrale et trie en Afrique Centrale, analysons la structure
quelques pays émergents entre 1961 et 2014. des coûts/prix (compétitivité prix) et la qualité
La figure montre que dans les années 1960, de ses produits (compétitivité hors prix).
les rendements céréaliers de l’Afrique Centrale
étaient sensiblement égaux à ceux de la Chine, Compétitivité prix
du Brésil et de l’Inde ; mais qu’au fil des an- Au niveau de la production agricole, il existe
nées l’écart s’est creusé progressivement entre une sorte d’hétérogénéité entre les filières et
les deux groupes. Aujourd’hui, les rendements les pays. Les prix des produits agricoles varient
céréaliers en Afrique Centrale sont estimés d’une économie à l’autre en raison du coût de
à 1281,86 kg/ha soit pratiquement 3,6 fois la main d’œuvre, le niveau d’infrastructure de
moins que celui de la Chine. transport, l’économie d’échelle et l’accès à la
technologie. Dans le cas du maïs, la tonne coû-
1.2.1.2. Compétitivité sous régionale et tait à la production 418,9 dollars au Cameroun
internationale contre 1642,2 dollars au Congo en 2012. En
Au départ réservé à l’analyse de la gestion des Angola et au Burundi, elle coûtait respective-
entreprises, le concept de compétitivité a été ment 693,4 et 386,8 dollars traduisant ainsi
progressivement utilisé pour qualifier l’état une grande variabilité de prix entre les écono-
d’un pays. Plusieurs indicateurs sont utilisés mies de l’Afrique Centrale. Par ailleurs, com-
pour mesurer la compétitivité d’une économie parativement aux économies émergentes telle
dont les plus courants sont Growth Competi- que la Chine, le prix à la production de maïs
tiveness Index et Current Competitiveness In- des économies de l’Afrique Centrale reste en-
dex développés par Forum Economique Mon- core élevé car la tonne de maïs en Chine coû-
dial (FEM) et l’indice de l’International Institute tait à la production seulement 383,5 dollars en
for Management Development (IIMD) publié 2012. Néanmoins, l’Afrique Centrale n’est pas
dans le « World Competitiveness Yearbook ». relayée au dernier plan sur toutes les spécula-
Toutefois, même si la plupart de ces indica- tions. Selon une étude de Temple et al. (2008),
teurs sont très contestés car comportant une le coût de revient de la banane camerounaise
forte dose de subjectivité, ils classent tous gé- est inférieur de 36% par rapport à celui de la
néralement les pays en développement au bas banane antillaise estimé à 0,84 € / kg, 0,87 €
de l’échelle à cause de la porosité de son en- / kg et 0,86 € / kg respectivement par l’ap-
vironnement des affaires et du dynamisme de proche comptabilité d’exploitation, l’approche
ses entreprises (Marniesse et Filipiak, 2003). itinéraire technique et l’approche globale. Les
auteurs expliquent le gap par le différentiel de
L’Afrique est le continent le moins compétitif coût de la main d’œuvre qui est de 66 € / jour
dans le monde. Le plus compétitif en Afrique aux Antilles contre 2 € / jour au Cameroun.
c’est l’île Maurice qui occupe le 46ème rang mon-
dial et parmi les 20 derniers dans le classement, Au niveau de la transformation agricole, on note
16 sont en Afrique Subsaharienne pourtant d’emblée que la plupart des pays de l’Afrique

7
Exploiter le potentiel de l’agro-industrie pour soutenir la transformation structurelle en Afrique Centrale

Centrale sont traditionnellement des exporta- de l’Afrique Centrale. Ceci justifie leurs difficul-
teurs de matières premières. Ce sont des pays tés à exporter leurs produits vers les pays déve-
qui transforment peu. Parmi les produits finis loppés. Les produits africains sont souvent taxés
ou semi-finis issus de la transformation agricole de qualité douteuse en raison du non-respect
en Afrique Centrale, on peut citer : le tabac, des normes de qualité. Les produits de l’agro-in-
les boissons alcoolisées et non alcoolisées, la dustrie et plus particulièrement de l’agro-alimen-
bouillie, les pâtisseries, le chocolat, les habits et taire de l’Afrique Centrale prolifèrent plus dans
chaussures, les contreplaqués, les meubles et l’espace territorial qu’à l’international, parce que
bien d’autres. Cette transformation agricole est la population est encore moins exigeante en qua-
repartie entre les grandes entreprises et les pe- lité. Mais avec l’accroissement des revenus, la
tites et moyennes entreprises qui opèrent gé- population africaine devient de plus en plus exi-
néralement dans le secteur informel. L’essentiel geante en qualité. Cependant, certains produits
des produits finis ou semi finis résultant de la sortent du lot. C’est le cas de la banane came-
transformation agricole est constitué des pro- rounaise qui est très appréciée à l’échelle inter-
duits alimentaires, les boissons et le tabac. Ces nationale. Mais pour que l’agro-industrie puisse
derniers ont une forte contribution à la valeur décoller, un certain nombres d’obstacles doivent
ajoutée du secteur manufacturier. Par exemple être vaincus.
en 2012, ils représentaient 81,51% de la valeur
ajoutée du secteur manufacturier au Burundi et 1.2.2. Les causes du retard de l’agro-
74,54% au Congo en 2009. Mais malgré cette industrie en Afrique Centrale
forte contribution, l’offre reste encore insuffi- Plusieurs facteurs sont à l’origine du retard de
sante en regarder le volume des importations l’agro-industrie dans l’Afrique Centrale parmi
des produits alimentaires de l’Afrique Centrale. lesquels : le problème infrastructurel, l’accès au
financement et aux technologies, la sécurité et
Les produits issus de la transformation agricole le climat des affaires.
en Afrique Centrale sont peu compétitifs notam-
ment sur le plan international. Leurs coûts de 1.2.2.1. Le problème infrastructurel
production sont généralement élevés compara- Une des principales causes du retard de
tivement à ceux des pays émergents qui bénéfi- l’agro-industrie en Afrique Centrale se résume
cient des économies d’échelles. Ces coûts élevés au « problème infrastructurel ». Il se traduit
sont dus à l’utilisation limitée des technologies par une quasi absence ou offre insuffisante
de pointe pour une véritable industrialisation. d’infrastructures. Les infrastructures qui font
Même si les économies de l’Afrique Centrale pos- problème sont de différents ordres et peuvent
sèdent encore des parts au niveau national en être regroupées au sein de deux grandes caté-
raison des droits de douanes qui limitent l’entrée gories : les infrastructures générales et les in-
massive des produits, ces dernières éprouvent frastructures spécifiques.
d’énormes difficultés à exporter leurs produits
dans la sous-région et dans le monde. Ceci se jus- Les infrastructures générales
tifie par la faible intégration des économies mais Ce sont les infrastructures qui affectent posi-
surtout la qualité des produits. tivement l’économie toute entière et pas uni-
quement un secteur particulier. Ces infrastruc-
Compétitivité hors prix tures peuvent elles-mêmes se décliner en deux
Le deuxième élément de la compétitivité est la catégories : les infrastructures de transport et
compétitivité hors prix ou plus simplement la d’énergie
qualité des produits. La qualité des produits est
un facteur déterminant de la compétitivité d’une Les infrastructures de transport : le transport
entreprise ou d’un pays. Produire à bas prix c’est routier est le mode de transport le plus utili-
bon, mais produire des produits de bonne qua- sé en Afrique Centrale, puis vient la voie fer-
lité à bas prix est encore meilleur. L’aspect qua- rée et enfin les transports maritime et aérien.
lité a souvent été relayé au second plan par les Les infrastructures de transport contribuent
agro-industries africaines et notamment celles à fluidifier les échanges commerciaux intra et

8
Exploiter le potentiel de l’agro-industrie pour soutenir la transformation structurelle en Afrique Centrale

extraterritoriaux. Elles peuvent par exemple de l’Egypte. Le pourcentage des routes bitu-
permettre d’acheminer les équipements de mées en Afrique Centrale demeure encore très
production au lieu d’implantation de l’agro-in- faible comparé à celui de l’île Maurice dont le
dustrie, les produits agricoles au lieu de trans- pourcentage est estimé à 98%. Il est respecti-
formation, bref de rapprocher la demande à vement de 15%, 22%, 6% et 7% au Burundi,
l’offre. Mais malgré cette importance capitale, Cameroun, RDC et République Centrafricaine
l’offre reste encore limitée. Les figures 1.6 et (RCA).
1.7 présentent les voies ferrées et routières de
quelque pays africains. La figure 1.6 montre Les infrastructures d’énergie : Le déficit
que le réseau ferroviaire le plus important en énergétique constitue aussi un handicap ma-
l’Afrique Centrale est celui de la République jeur au développement de l’agro-industrie en
Démocratique du Congo (RDC) avec 3641 Afrique Centrale. Sans cette énergie, les ma-
km. Cependant, malgré son importance rela- chines agricoles ne peuvent pas fonctionner.
tivement à ceux du Cameroun et du Gabon, Les principales sources d’énergie en Afrique
il est sensiblement moins important que celui Centrale sont l’énergie hydroélectrique et

Figure 1.6 : Réseau total des voies ferrées de quelques pays africains en 2014
6000

5000

4000

3000

2000

1000

0
Cameroon Congo, Gabon Burkina Cote Egypt,
Dem. Rep. Faso d'Ivoire Arab Rep.

Source : Construit par l’auteur à partir des données de WDI (2017)

Figure 1.7 : Pourcentage des routes bitumées en Afrique Centrale


100

90

80

70

60

50

40

30

20

10

0
Burundi Cameroun RDC RCA île Maurice

Source : Construit par l’auteur à partir des données de la Banque Mondiale (WDI, 2017)

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Exploiter le potentiel de l’agro-industrie pour soutenir la transformation structurelle en Afrique Centrale

l’énergie fossile. En 2014, la consommation 1.2.2.2. La problématique de l’accès au


d’électricité moyenne par habitant des pays financement
de l’Afrique Centrale considérés, est estimée Les difficultés d’accès au financement consti-
à environ 2071.898 KWh contre 4228.861 tuent également un frein au développement
KWh en Afrique du Sud. La figure 1.8 illustre de l’agro-industrie en Afrique Centrale. Le dé-
la consommation d’électricité par habitant des veloppement de l’agro-industrie dépend forte-
pays de l’Afrique Centrale et témoigne du be- ment de la qualité du système financier qui est
soin exorbitant en énergie de la sous-région censé permettre la rencontre entre les agents
indispensable au fonctionnement des agro-in- à capacité de financement et les agents à be-
dustries. soin de financement à l’instar des promoteurs
des agro-industries. En amont, la production
Les infrastructures spécifiques agricole est dominée par les exploitations fa-
Ce sont les infrastructures qui sont directe- miliales agricoles qui ont un accès limité au fi-
ment liées aux activités de l’agro-industrie et nancement en raison du manque de garanties.
qui ne peuvent pas être utilisées par d’autres En aval, le paysage agro-industriel de l’Afrique
industries. On peut citer ici les infrastructures Centrale est constitué d’une part, majoritaire-
de conservation et de stockage. Les infrastruc- ment des petites et moyennes entreprises to-
tures de conservation en Afrique Centrale sont talement exclues du marché financier et ayant
quasi-inexistantes et cela entraine d’énormes un accès limité à la finance indirecte formelle
pertes post-récoltes. Le problème des in- à cause de l’étroitesse des garanties qu’elles
frastructures de stockage se pose également. offrent, et d’autre part, des grandes entreprises
Pour une production à l’échelle industrielle, on qui ont la plus grande facilité de financement
a besoin de grosses infrastructures de stoc- comparativement aux premières. L’Afrique
kage des marchandises car il existe générale- Centrale a un marché financier en manque
ment des délais entre la production et la distri- de dynamisme. Moins de 5 entreprises sont
bution. Ainsi, le manque de ces infrastructures cotées à la Douala Stock Exchange depuis sa
limite l’expansion du secteur de l’agro-indus- création en 2001, et pareil à la Bourse des Va-
trie en Afrique Centrale. leurs Mobilières de l’Afrique Centrale depuis
leur création respective en 2001 et 2003.

Figure 1.8 : Consommation d’électricité de quelques pays africains


(KWh par habitant, 2014)
4500

4000

3500

3000

2500

2000

1500

1000

500

0
Angola Cameroun Congo, Congo, Gabon Afrique du Sud
République République du
démocratique
du

Source : Construit par l’auteur à partir des données de la Banque Mondiale (WDI, 2017)

10
Exploiter le potentiel de l’agro-industrie pour soutenir la transformation structurelle en Afrique Centrale

1.2.2.3. Un accès aux technologies agricoles 1.2.2.4. Sécurité et climat des affaires peu
limité favorables au développement de l’agro-industrie
Il existe un consensus dans la littérature sur le L’Afrique Centrale fait face depuis quelques
fait que l’accès aux technologies agricoles est décennies à de nombreux conflits armés dont
la clé du développement du secteur agricole le plus récent est celui de la RCA. Ces conflits
et agro-industriel en Afrique (Nkamleu, 2004; ne sont pas sans effets sur l’économie et notam-
Banque Mondiale, 2008; FAO, 2014). La tech- ment sur le secteur agricole et agro-industriel.
nologie agricole ici renvoie à tout ce qui est Les conflits armés créent des déplacements
susceptible d’améliorer la productivité agricole de populations qui ont des répercussions sur
et/ou agro-industrielle. Elle inclut les machines la production agricole. Les populations en se
agricoles, les semences améliorées, les TIC, les déplaçant abandonnent les cultures dans les
engrais, etc. Ce sont ces technologies (méca- champs. Ils réduisent l’attractivité par rapport
nisation de l’agriculture, semences améliorées, aux Investissements Directs Etrangers des éco-
engrais et irrigation) qui ont été à l’origine de la nomies de l’Afrique Centrale. Dans ces condi-
révolution verte observée en Asie et en Amé- tions, Il est plus difficile pour un promoteur
rique du Sud (NEPAD, 2013). Les taux d’utili- d’entreprises agro-industrielles de s’implanter
sation de ces technologies demeurent encore ou pour une agro-industrie d’étendre ses ac-
faibles en Afrique et plus particulièrement tivités. En outre, le climat des affaires est peu
en Afrique Centrale. Par exemple, en 1991 favorable pour le développement de l’Agro-in-
le nombre de tracteurs pour 100 kilomètres dustrie en particulier et de l’industrie en géné-
carrés de terre arabe était estimé à 0,85 et ral en Afrique Centrale. Selon le Rapport sur la
1,77 respectivement au Cameroun et au Bu- compétitivité en Afrique 2015, cette situation
rundi contre 108,53 ; 65,14 et 63,72 respec- est imputable principalement à la corruption,
tivement en Afrique du Sud, en Inde et en la fiscalité et l’accès au financement. La Banque
Chine. Une étude de Takam Fongang (2016) Mondiale (2017) dans son rapport « Améliorer
au Centre Cameroun montre également que le climat des affaires dans l’agriculture 2017
le taux d’adoption des variétés améliorées de » classe les pays à vocation agricole parmi les-
maïs est faible et estimé à 47,65%. Ces faibles quels figurent le Cameroun et le Burundi au
taux d’adoption des technologies observé en bas de l’échelle7. Les thèmes où le Cameroun
Afrique Centrale sont le résultat de la conjonc- et le Burundi sont les moins bien classés sont
tion de facteurs socioéconomiques, psycholo- Semences, Financement, Machines agricoles
giques et institutionnels mais aussi et surtout et Technologies de l’Information et de la Com-
du coût des technologies. Par exemple l’achat munication (TIC). Cette tendance rejoint égale-
d’un tracteur nécessite de gros investisse- ment dans le classement du Doing Business de
ments. Ajouté à cela, les capacités innovatrices la Banque Mondiale 2016.
des pays de l’Afrique Centrale sont limitées en
raison de l’insuffisance des investissements 1.3 L’agro-industrie : un
dans la recherche et développement mais aus- secteur à fort potentiel
si dans l’accumulation du capital humain. Ce
qui explique en partie les divergences de per-
pour le développement
formance entre les pays émergents et ceux de économique de l’Afrique
l’Afrique Centrale. Centrale
Le potentiel de l’agro-industrie s’articule au-
tour du marché potentiel, les ressources natu-

7
Le classement des économies s’est fait à partir de l’indicateur Améliorer le climat des affaires dans l’agriculture en
abrégé EBA récemment développé. Cet indicateur lui-même formé de deux groupes d’indicateurs (les indicateurs ju-
ridiques et les indicateurs de performance) mesure le climat des affaires dans le secteur agricole. Sa construction est
faite à partir des données sur les lois et réglementations ayant un impact sur la conduite des affaires dans le secteur
agricole (voir Banque Mondiale, 2017).

11
Exploiter le potentiel de l’agro-industrie pour soutenir la transformation structurelle en Afrique Centrale

relles, les opportunités d’investissement et le dustrie en Afrique, est également obser-


potentiel technologique. vée dans la sous-région Afrique Centrale qui
constitue un marché sous régional porteur. En
1.3.1. Un énorme marché potentiel pour effet, selon les données de la Banque Mon-
l’agro-industrie diale (WDI, 2017), la population totale de la
L’agro-industrie dispose d’un marché potentiel sous-région Afrique Centrale est passée de 36
porteur en Afrique de manière générale, et en 399 770 habitants8, à 103 544 564 habitants,
Afrique Centrale en particulier. Selon un rap- et à 171 284 159 habitants, en 1961, 2000 et
port de la Commission Européenne (2013), la 2016 respectivement. Soit une population qui
population africaine est en constante augmen- a plus que doublé entre 1961 et 2000, et aug-
tation avec environ 64% de personnes résidant menté de 39,55% entre 2016 et 2000, avec
dans les zones urbaines. Ceci est une indica- un taux de croissance de la population totale
tion importante de la demande potentielle en estimé à 2,95% en 2016. Cette augmentation
produit alimentaire à forte valeur ajoutée pour importante de la population s’est accompa-
des raisons de sécurité alimentaire et nutrition- gnée d’une très forte croissance de la popula-
nelle. En effet, nourrir cette population urbaine tion urbaine qui ne représentait que 13,42%9
en forte croissance impliquera de produire non en 1961, et est passée à 36,69% en 2000 puis
seulement en quantité suffisante, mais aus- à 44,52% en 2016, avec un taux de croissance
si de tenir compte de la qualité des produits moyen de la population urbaine de 4,27% en
et donc recourir à l’agro-industrie. En plus de 2016. Ainsi, environ la moitié de la population
la croissance démographique, l’urbanisation, totale de la sous-région vit en zone urbaine.
avec les changements qu’ils entraînent dans Cette urbanisation croissante de la population
les schémas de consommation et les normes offre d’énormes possibilités pour le dévelop-
culturelles, la hausse des revenus, l’évolution pement de l’agro-industrie, car il est impéra-
des technologies, la libéralisation des marchés tif de nourrir cette population nombreuse qui
et du commerce, etc. sont autant de facteurs devient de plus en plus exigeante en produit
qui expliquent cette forte demande réelle et alimentaire de qualité et à forte valeur ajoutée.
potentielle en produits issues de l’agro-indus- Il est important de noter, comme le souligne
trie et donc à plus forte valeur (Roepstorff et le rapport économique sur l’Afrique 2017 de
al., 2011; Yumkella et al., 2011). Contrairement la Commission économique des Nations Unies
à « la loi de Engel » selon laquelle il existe une pour l’Afrique (CEA, 2017), que l’urbanisation
relation négative entre l’augmentation du re- n’est pas uniquement et simplement associée à
venu et la proportion de revenu consacrée à une hausse de la consommation. Elle implique
l’alimentation, la transformation alimentaire également un changement des habitudes de
et la valeur ajoutée agricole tendent à évoluer consommations alimentaires, et une augmen-
positivement avec le revenu (Roepstorff et al., tation de la classe moyenne. Ce qui a pour ef-
2011). Par ailleurs, analysant les hausses atten- fet une croissance de la demande en aliments
dues de la demande intra-africaine, une étude transformés riches en protéines.
du Secrétariat du Nouveau partenariat pour le
développement de l’Afrique, estime les possi- 1.3.2. Un réservoir de ressources naturelles
bilités offertes par la demande urbaine régio- Les pays de l’Afrique Centrale disposent d’im-
nale et la croissance intérieure à 150 milliards portantes dotations en ressources naturelles
de dollars d’ici à 2030 (NEPAD, 2005). qui constituent des bases solides pour la trans-
formation structurelle de leurs économies.
Cette tendance générale, de forte demande Outre les immenses ressources pétrolières et
réelle et potentielle des produits de l’agro-in- minérales, la sous-région abrite la deuxième

8
Ce chiffre représente une somme de la population totale des pays de la CEEAC en utilisant les données de la Banque
Mondiale (WDI, 2017).
9
Ce chiffre représente une moyenne arithmétique simple de la population urbaine en pourcentage de la population
totale des pays de la CEEAC en utilisant les données de la Banque Mondiale (WDI, 2017).

12
Exploiter le potentiel de l’agro-industrie pour soutenir la transformation structurelle en Afrique Centrale

plus importante réserve forestière au monde. mais aussi de lutter contre l’insécurité alimen-
En effet, les pays de l’Afrique Centrale cu- taire et nutritionnelle, et même la pauvreté et le
mulent 41 836 000 d’hectares de forêt se- chômage dans une certaine mesure.
lon les estimations de la FAO en 2014 (FAO,
2017). Elle bénéficie d’un potentiel hydroélec- 1.3.3. Les opportunités d’investissement en
trique représentant environ 17% du potentiel Afrique Centrale
mondial et compte un vaste réseau hydro- De façon générale, la reconnaissance de
graphique de 12000 km de voies navigables. l’agro-industrie comme pilier de la transforma-
Enfin, les pays de la sous-région disposent de tion structurelle en Afrique est établie avec les
plus de 120 millions d’hectares de terres utiles initiatives comme l’Initiative pour le dévelop-
à l’agriculture et à l’agro-industrie. Cependant, pement de l’agribusiness et des agro-indus-
l’utilisation de ces terres pour l’agriculture n’est tries en Afrique (ID3A), la Déclaration d’Abuja
pas homogène dans la sous-région comme le sur le développement de l’agribusiness et des
montre la figure 1.9. Ainsi, la tendance glo- agro-industries en Afrique, le Sommet des
bale est à une utilisation sous optimale des Chefs d’États et de Gouvernements de l’Union
ressources disponibles. En effet, le Burundi, Africaine, organisé à Addis-Abeba en 2008
le Rwanda, et Sao Tomé et Principe exploitent sous le thème du développement industriel de
un peu plus de la moitié des terres disponibles l’Afrique, ainsi que la Conférence de haut ni-
alors que les autres pays de la sous-région veau sur le développement de l’agribusiness et
utilisent moins de 50% des terres disponibles des agro-industries en Afrique, qui s’est tenue
pour l’agriculture. Ceci illustre une sous valori- à Abuja en mars 2010 (Roepstorff et al., 2011).
sation et une sous-exploitation des ressources Toutes ces initiatives tendent à montrer aux
naturelles disponibles. investisseurs potentiels la place importante
qu’occupent l’agro-industrie et son rôle de ca-
La valorisation et l’exploitation efficiente des talyseur du développement en Afrique.
ressources naturelles disponibles constituent
un potentiel énorme pour le développement et L’agro-industrie qui est un maillon essentiel
l’expansion de l’agro-industrie dans la sous-ré- dans les chaînes de valeur agroalimentaires
gion. Cet énorme potentiel de forêt, d’eau, de offre de grandes possibilités d’industrialisa-
terre et d’océans devrait à terme permettre non tion fondées sur les produits de base. Elle
seulement d’éliminer la faim et de se nourrir, fournit des intrants au secteur agricole et re-

Figure 1.9 : Pourcentage des terres agricoles sur la quantité de terre totale par pays de
l’Afrique Centrale en 2014
Guinée Equatoriale 10%

Rwanda 73%

Sao Tomé et Principe 51%

Gabon 20%

RDC 12%

Congo, Dem. Rep. 31%

Tchad 40%

RCA 8%

Cameroun 21%

Burundi 79%

Angola 47%

0% 20% 40% 60% 80% 100%

Source : Auteur à partir des données de la Banque Mondiale (WDI, 2017)

13
Exploiter le potentiel de l’agro-industrie pour soutenir la transformation structurelle en Afrique Centrale

lie ce dernier aux consommateurs à travers le Les progrès technologiques existants en


traitement, la transformation, le transport, la Afrique Centrale concernent tous les maillons
commercialisation et la distribution d’aliments de la chaîne agro-alimentaire, partant des in-
et autres produits agricoles. Il existe ainsi de trants, de la production, et des infrastructures à
grandes synergies entre l’agro-industrie et la transformation et la commercialisation. L’uti-
la performance de l’agriculture en tant que lisation de ce potentiel des progrès technolo-
vecteur du développement. Une stratégie de giques est indispensable pour la valorisation
développement agro-industrielle impliquant et l’amélioration de la qualité des produits ali-
une plus forte valeur ajoutée et une plus forte mentaires. En effet, des instituts de recherche
croissance de la productivité au sein de l’en- relativement fertiles en termes d’innovations
semble du système de chaîne de valeur re- sont présents dans la sous-région, à l’instar de
présente l’une des meilleures opportunités l’Institut de Recherche Agricole pour le Déve-
d’atteindre une croissance économique, une loppement (IRAD) au Cameroun, l’Institut Cen-
création de richesse ainsi qu’une réduction de trafricain de la Recherche Agronomique (ICRA)
la pauvreté et de l’insécurité alimentaire et nu- en République Centrafricaine, l’Institut de Re-
tritionnelle en Afrique Centrale. Comme l’in- cherches Agronomiques et Forestières (IRAF)
diquent Wilkinson et Rocha (2008) : “tout le au Gabon, l’Institut Tchadien de rRcherche
monde s’accorde maintenant à penser que les Agronomique pour le Développement (ITRAD)
agro-industries forment un composant décisif au Tchad, l’Institut National de Recherche
des stratégies de développement compétitives Agronomique (IRA) en République du Congo,
en faveur de l’insertion sociale”, même si les et de l’Institut International d’Agriculture Tro-
éléments indiquant un lien entre la croissance picale (IITA) qui est présente en Afrique Cen-
et le recul de la pauvreté varient selon les pays trale, mais dont le champ d’intervention couvre
(Wiggins et Roepstorff, 2011). toute la région Afrique sub-saharienne, etc.
Toutefois, force est de constater qu’en général,
1.3.4. Le potentiel des progrès les résultats de ces institutions de recherches
technologiques restent dans les laboratoires et ne sont pas gé-
L’Afrique Centrale dispose d’énormes potentia- néralement vulgarisés à l’échelle nationale et
lités en termes de ressources naturelles pour le sous régionale. Ce qui en fait un potentiel sous
développement de l’agro-industrie. Toutefois, le exploité qui pourra, sans nul doute, booster le
secteur agricole dans cette région, tout comme développement du secteur agro-alimentaire en
dans l’Afrique toute entière, se trouve en des- Afrique Centrale.
sous de son optimum de production. Il existe
donc des marges de manœuvre importantes 1.4 Conclusion
pouvant permettre de dynamiser le secteur Ce chapitre a examiné l’état de lieu de
agricole tout entier et aussi de favoriser le dé- l’agro-industrie en Afrique Centrale. Ayant fait
ploiement effectif du potentiel agro-industriel un constat de la situation embryonnaire de
de la sous-région. Les progrès technologiques, l’agro-industrie en Afrique Centrale, les obsta-
utilisés de manière efficiente, peuvent per- cles au décollage de l’agro-industrie en Afrique
mettre au secteur agro-industriel en Afrique Centrale ont été identifiés. Toutefois, l’Afrique
Centrale d’atteindre sa vitesse de croisière et Centrale regorge un énorme potentiel en
de contribuer ainsi au développement dans agro-industrie qui est encore sous exploité et
la sous-région. En effet, le potentiel des pro- qui nécessite la mise en œuvre des politiques
grès technologiques dans le développement de développement pour une exploitation ef-
de l’agro-industrie en Afrique Centrale est ficace pour contribuer à une transformation
énorme. Par exemple, comme le note (NEPAD, structurelle de l’Afrique Centrale.
2013), l’utilisation et la diffusion des technolo-
gies disponibles, en plus de la valorisation des
savoir-faire locaux, permettent à court terme
d’augmenter substantiellement les productivi-
tés des facteurs terres et travail.

14
2
Politiques publiques de développement de
l’agro-industrie en Afrique Centrale

Au regard du potentiel sous exploité de gestion nécessaires pour assurer le bon fonc-
l’agro-industrie en Afrique Centrale, il est tionnement des entreprises (Nziramasanga,
évident que cela résulte de nombreuses in- 1995). Plus tard c’était le tour des programmes
suffisances des politiques publiques de déve- d’ajustement structurel. De même, contraire-
loppement mise en œuvre jusqu’ici. Il s’agit ment aux attentes, ces programmes n’ont pas
d’une part des interventions ciblée et tempo- produit les effets escomptés, ni entrainé les
relle ; et d’autre part le Programme Détaillé changements significatifs des capacités tech-
de Développement de l’Agriculture en Afrique nologiques, l’amélioration des niveaux de qua-
(PDDAA) impulsé par le NEPAD au niveau de lification, l’augmentation de la productivité, de
l’Union Africaine. meilleurs résultats sur le plan de l’exportation
des produits manufacturés ou l’accroissement
2.1 Vue d’ensemble des de la valeur ajoutée dans le secteur agro-in-
interventions et stratégies dustriel (CEA, 2011). Ces programmes ont eu
des effets particulièrement néfastes sur le pro-
mises en place pour le cessus d’accumulation technologique (Chang,
développement de l’agro- 2009).
industrie en Afrique
Plusieurs stratégies ont été repensées dans
Centrale le but de développer le secteur agricole des
Dans les années 60 et 70, les pays africains économies de la CEEAC. En exemple, les chefs
ont largement adopté les politiques de subs- d’Etats et gouvernements de la zone ont adop-
titution aux importations (Galal, 2008). L’une té le Programme Régional de Sécurité Alimen-
des principales raisons à ces politiques est taire en 2004. Au cours de la même année, ils
qu’on pensait que l’industrialisation était in- prirent la décision autorisant mandat au secré-
dispensable au développement et que pour y taire général de la CEEAC de formuler et mettre
parvenir, il fallait protéger les industries nais- en œuvre la politique agricole commune (PAC)
santes derrière des barrières règlementaires. en partenariat avec la FAO. Mais ce n’est qu’en
On estimait que le libre-échange aurait accru 2010 qu’on assistera à l’implémentation effec-
la dépendance à l’égard des produits manufac- tive d’une politique agricole commune, suite à
turés importés. Malheureusement, à la diffé- l’engagement des chefs d’Etats lors de la confé-
rence de ce qui s’est passé ailleurs (notamment rence de Maputo en 2003, de doter le NEPAD
en Asie de l’Est), dans la plupart des cas, les d’un volet agricole constitué par le Programme
pays africains, du Sud-Sahara en particulier, Détaillé de Développement de l’Agriculture en
ne disposaient pas de moyens financiers et de Afrique (PDDAA). Toutefois, plusieurs études

15
Exploiter le potentiel de l’agro-industrie pour soutenir la transformation structurelle en Afrique Centrale

ont déjà été menées en prélude à la formu- financement qui limitent la concrétisation ef-
lation de la politique agricole commune de la fective des phases d’opérationnalisation.
région. On distingue, entre autres :
En 2010, la Commission de l’Union Africaine
• la stratégie de développement de la filière (CUA), le Nouveau Partenariat pour le Déve-
Coton-Textile-Confection en Afrique Cen- loppement de l’Afrique (NEPAD) par l’intermé-
trale ; diaire du Programme Intégré pour le Dévelop-
• l’étude sur la mise en place du Fonds Spé- pement de l’Agriculture en Afrique (PDDAA)
cial Régional de Développement agricole et en partenariat avec la Banque Africaine de
(FSRDA) ; Développement (BAD), l’Organisation des Na-
• le Plan stratégique et opérationnel d’appui tions Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture
au PDDAA 2010-2014 ; (FAO), le Fonds International de Développe-
• la stratégie régionale de conservation, de ment Agricole (FIDA), la Commission écono-
gestion durable et concertée des écosys- mique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA)
tèmes forestiers d’Afrique Centrale de la et l’Organisation des Nations Unies pour le
COMIFAC ; Développement Industriel (ONUDI) ont lancé
• les travaux de la Commission Régionale des l’Initiative pour le Développement de l’agribu-
Pêches du Golfe de Guinée (COREP) fon- siness et les agro-industries en Afrique (ID3A)
dée en 1984 et de ceux de CEBEVIRHA ; lors de la conférence d’Abuja au Nigeria. Le
• la stratégie Café ; principal objectif de cette initiative était d’ac-
• la stratégie de développement agricole de croitre les flux d’investissements du secteur
la CEMAC. privé vers le secteur agricole africain en mo-
L’objectif global de la politique agricole com- bilisant les ressources pour le développement
mune est de contribuer de manière substan- de l’agribusiness et les agro-industries auprès
tielle et durable à la satisfaction des besoins des systèmes financiers nationaux et interna-
alimentaires et nutritionnels, à l’accroissement tionaux. D’après une estimation de la FAO, il
des exportations et des revenus, à la réduction faudra investir d’ici 2050, un montant global
de la pauvreté des populations rurales dans les cumulé de 940 milliards de dollars (au taux de
Etats membres. Cet objectif est en droite ligne 2009) dans l’agriculture et les services de sou-
avec les Objectifs du Développement Durable tien en aval, uniquement pour l’Afrique sub-
adoptés en septembre 2015, et oriente les saharienne.
politiques des économies pour 15 années à
venir. Avec une stratégie de mise en œuvre à Cette initiative ID3A repose sur l’engagement
deux volets, le premier combine les investis- politique en faveur du rôle que peuvent jouer
sements et les mesures de politiques d’incita- les agro-industries et l’agribusiness, en tant
tion pour anticiper le mieux que possible sur que moteurs économiques dans la réduction
les résultats qui garantissent la transformation de la pauvreté en Afrique, tel qu’il a été recon-
de l’agriculture régionale. Et le deuxième volet nu dans le Programme Détaillé de Développe-
fonde l’opérationnalisation de la politique agri- ment de l’Agriculture en Afrique (PDDAA).
cole commune sur la mise en œuvre de deux
catégories de programmes complémentaires : 2.2. Programme de
les programmes d’investissement nationaux Développement intégré
(PNIASAN) et un plan régional d’investissement
(PRIASAN). En ce qui concerne le pilotage de
de l’Agriculture Africaine
la politique agricole commune, la configuration (PDDAA) en Afrique
actuelle du processus d’intégration régionale Centrale
en Afrique Centrale fait cohabiter deux direc-
tions de l’agriculture implantées dans chacune Le Programme de Développement intégré de
des deux institutions CEEAC et CEMAC (FAO l’Agriculture Africaine en abrégé PDDAA est le
et Le Hub Rural, 2013). Cependant, ces pro- cadre de référence des politiques de dévelop-
grammes souffrent toujours des problèmes de pement du secteur agricole en Afrique, et plus

16
Exploiter le potentiel de l’agro-industrie pour soutenir la transformation structurelle en Afrique Centrale

particulièrement en Afrique Centrale. Sa mise • pilier 1 : gestion durable des terres ;


en œuvre ne s’est pas faite sans heurtes, ce • pilier 2 :amélioration de l’infrastructure ru-
qui a un peu entaché ses résultats. Le secteur rale ;
agricole de l’Afrique Centrale a certes connu • pilier 3 : augmentation de l’approvisionne-
une évolution, mais les résultats sont encore ment alimentaire ; et
loin d’atteindre les cibles fixées par le PDDAA. • pilier 4 : recherche agricole (Anseeuw et
Cette partie vise à faire une appréciation du Wambo, 2008).
PDDAA en Afrique Centrale. Mais avant cela,
il serait intéressant de faire un bref historique a) Le pilier 1 vise à accroitre le pourcentage des
du PDDAA. zones actuellement sous gestion durable des
terres et possédant des systèmes de contrôle
2.2.1. Historique du PDDAA de l’eau fiable. La définition de ce pilier part
La présentation de l’historique du PDDAA s’ar- des constats alarmants selon lesquels, 16% des
ticule autour du contexte de la création et de terres africaines sont classées comme ayant
son évolution. de faibles réserves nutritives alors qu’en Asie,
ce pourcentage n’est que de 4% ; l’eau pluviale
2.2.1.1. Contexte de création du PDDAA étant irrégulière, le pourcentage de terres
Le PDDAA tire ses origines de la deuxième as- arables irriguées en Afrique se situait seule-
semblée de l’Union Africaine qui s’est tenue à ment à 7% contre 41% en Asie du Sud ; et en-
Maputo au Mozambique en 2003. A l’occasion fin la productivité des engrais en Afrique était
de cette assemblée, les chefs d’Etats et gou- estimée respectivement à 36% moins qu’en
vernements africains signaient la déclaration Asie et dans les pays industrialisés. Il était donc
sur l’agriculture et la sécurité alimentaire com- clair que pour améliorer l’approvisionnement
munément appelée « Déclaration de Maputo » alimentaire, il fallait renverser ces tendances.
où ils s’engageaient à la mise sur pied du PD- Les objectifs de ce pilier visent donc une amé-
DAA afin de stimuler la croissance économique lioration de la fertilité des sols et une baisse de
menée par l’agriculture, et d’éliminer la faim et la dégradation des ressources d’une part et une
la pauvreté dans le continent africain. C’est amélioration de la gestion des ressources en
ainsi que dans le cadre du PDDAA, les chefs eaux tout en améliorant l’accès à l’irrigation de
d’Etats et gouvernements africains se sont en- grande et petite échelle, d’autre part.
gagés à allouer au moins 10% de leurs budgets
au secteur agricole et d’assurer une croissance b) Le pilier 2 vise une amélioration de l’in-
agricole au moins égale à 6%. Les objectifs et frastructure rurale et des capacités commer-
principes du PDDAA sont les suivants : ciales pour l’accès aux marchés. De manière
spécifique, ce pilier vise à améliorer les sys-
• assurer une croissance du secteur agricole tèmes de routes, de marché, de stockage, de
d’au moins 6% ; conditionnement et de manutention et les ré-
• allouer 10% des budgets nationaux au sec- seaux de production afin d’accroitre la compé-
teur agricole ; titivité du secteur agricole.
• recourir à la coopération régionale pour dy-
namiser la croissance ; c) Le pilier 3 cherche à accroitre l’approvision-
• promouvoir les partenariats et alliances, nement alimentaire et à réduire la faim. Il part
notamment entre les agriculteurs, l’agrobu- du constat selon lequel près d’un tiers de la po-
siness et la société civile ; pulation africaine souffre de la malnutrition et
• encourager l’application des principes de de la sous-alimentation chronique, et cherche
planification concrète, d’efficacité politique, à éradiquer ce fléau. Pour cela, le pilier 3 se
de dialogue, d’évaluation et de responsabili- décline en 3 objectifs principaux. Le premier
té. objectif cherche à établir au niveau national
Afin d’atteindre ces objectifs, la politique du des réserves alimentaires gérées et coordon-
PDDAA se décline en 4 piliers principaux que nées au niveau régional, ainsi que des systèmes
sont : d’alerte précoce permettant aux pays africains

17
Exploiter le potentiel de l’agro-industrie pour soutenir la transformation structurelle en Afrique Centrale

de réagir à temps et de manière économique, • le PDDAA de Malabo met plus d’accent sur
face aux crises alimentaires d’urgence. Le deu- la mise en œuvre, les résultats et l’impact.
xième objectif vise à diminuer la malnutrition
chez les enfants scolarisés. Enfin, le troisième 2.2.2. Bilan du PDDAA en Afrique Centrale
objectif s’attelle à accroître la demande locale Depuis son adoption en 2003, les pays membres
et stimuler la production par les petits exploi- de la CEEAC s’efforcent de mettre en pratique
tants agricoles. les recommandations du PDDAA. Cependant,
malgré les bonnes intentions de ces derniers,
d) Le pilier 4 est axé sur la recherche agricole. ils ont fait face à de nombreuses difficultés, du
Il est clair que pour atteindre un taux de crois- moins jusqu’à 2011, qui ont entaché plus ou
sance agricole d’au moins 6%, il faut qu’il ait une moins leurs performances au regard des objec-
certaine croissance de la productivité du sec- tifs du PDDAA. Cette sous-section vise donc
teur agricole. Pour atteindre donc cet objectif, à apprécier les résultats obtenus par les pays
la recherche agricole a été mise à contribution de l’Afrique Centrale, ainsi que les contraintes
et traduite dans le 4ème pilier du PDDAA. Ce et obstacles auxquels ils ont fait face lors de
pilier intègre non seulement la production de la la mise en application du processus PDDAA.
technologie et/ou de la connaissance, mais aussi Pour cela, cette sous-section sera subdivisée
son processus de dissémination et d’adoption. en deux sous-sections à savoir : appréciation
des résultats du PDDAA en Afrique Centrale,
2.2.1.2. L’évolution du PDDAA et contraintes et obstacles à la mise en place du
Depuis sa création en 2003 jusqu’à nos jours, PDDAA.
le PDDAA a connu une seule évolution notable
notamment en 2014, à l’occasion de la 23ème 2.2.2.1. Appréciation des résultats du PDDAA en
session ordinaire de l’Union Africaine qui s’est Afrique Centrale
tenue en juin 2014 à Malabo en Guinée Equa- Les résultats du PDDAA en Afrique Centrale
toriale. Ainsi, depuis lors, on distingue dans la sont contrastés. Au niveau de la mise en œuvre
littérature deux PDDAA : le PDDAA de Ma- des processus PDDAA, les pays de l’Afrique
puto et le PDDAA de Malabo. Le PDDAA de Centrale peuvent se féliciter. La CEEAC s’est
Malabo est juste un dépassement du PDDAA classée deuxième du continent derrière la CE-
de Maputo. Il prend en compte les contraintes DEAO pour la mise en œuvre du processus
qui ont freiné l’atteinte des objectifs du PD- PDDAA. Par ailleurs, neuf Plans Nationaux d’In-
DAA. Contrairement au PDDAA de Maputo, le vestissement Agricole (PNIA) sur dix sont soit
PDDAA de Malabo élargit les acteurs chargés en phase de mise œuvre, soit en phase de finali-
de sa mise en œuvre. Il est multi acteurs et ne sation. Le site web du PDDAA est opérationnel.
se focalise plus seulement sur le ministère de Tout ceci lui permet de bénéficier d’un finan-
l’agriculture comme autrefois. Les principales cement supplémentaire de 2 000 000 USD en
modifications incluses dans le PDDAA de Ma- 2014-2015, en plus des 3 900 000 USD décro-
labo sont (NEPAD, 2016) : chés de la Banque Mondiale d’un don estimé à
3 900 000 USD destiné « (i) au renforcement
• en plus du secteur agricole, le PDDAA de des capacités de la CEEAC, (ii) à l’appui à la mise
Malabo prend en compte des domaines en œuvre du PDDAA dans les États membres
des autres secteurs qui contribuent à la et au niveau régional, (iii) au Suivi-évaluation,
croissance agricole ; à la communication, au partenariat, aux bases
• une coopération et coordination intersecto- de données agricoles » (CEEAC, 2014). Par ail-
rielle accrue est encouragée ; leurs, l’Afrique Centrale a également enregistré
• le renforcement du rôle des agences cen- une bonne croissance du secteur agricole. Entre
trales gouvernementales dans la mise en 2003 et 2014, la valeur ajoutée du secteur agri-
œuvre du PDDAA au niveau national ; cole de la CEEAC s’est accrue en moyenne à un
• le Plan National d’Investissement Agricole taux de 6,65%, dépassant ainsi la cible minimale
(PNIA) n’est plus le seul véhicule pour la ré- de 6% promue par le PDDAA (ReSAKSS, 2017).
alisation des objectifs de Malabo ; Ce taux de croissance moyen est porté vers le

18
Exploiter le potentiel de l’agro-industrie pour soutenir la transformation structurelle en Afrique Centrale

haut par le Tchad et l’Angola qui ont enregistré 2.2.2.2. Obstacles et contraintes à la mise en
respectivement des taux moyens de croissance place du PDDAA
de la valeur ajoutée du secteur agricole de Au regard des objectifs du PDDAA, plusieurs
17,72% et 13,27% sur la même période. Toute- facteurs ont contribué à freiner sa mise en
fois, en dépit de cette brillante performance tant place et à réduire leur performance en Afrique
sur la mise en œuvre des processus PDDAA que Centrale.
sur la croissance du secteur agricole, le compte
n’est toujours pas atteint. Les budgets des pays Le premier facteur est d’ordre linguistique et
de l’Afrique Centrale alloués au secteur agricole managérial. En effet, au lendemain de l’adop-
demeurent encore loin de la cible de 10% visée tion du PDDAA par les chefs d’Etats et gou-
par le PDDAA. En effet, au lendemain de l’adop- vernements africains, la plupart des docu-
tion du PDDAA par les chefs d’Etats et gouver- ments du PDDAA n’étaient pas encore traduits
nements africains, on a assisté à une hausse du en langue française, espagnole et portugaise.
pourcentage du budget des dépenses publiques Ceci a contribué fortement au ralentissement
allouées au secteur agricole dans la CEEAC du de l’appropriation et de la mise en place du
moins jusqu’en 2007, date où le pic (2,9%) a été processus PDDAA dans bon nombre de pays
reporté. Après 2007, la tendance est baissière africains, et particulièrement ceux de l’Afrique
et en 2015 la part du budget alloué au secteur Centrale (CEEAC, 2014). Ajouté à cela, on a
agricole ne représentait que 0,5% des dépenses également noté un manque de ressources hu-
publiques globales. Néanmoins, même si ces maines maitrisant le processus PDDAA.
tendances donnent un aperçu global de la part
du budget alloué au secteur agricole au niveau Le deuxième facteur est d’ordre financier. Aucun
régional, il existe cependant de fortes dispari- pays de la CEEAC n’a atteint le seuil de 10% du
tés entre les pays de la CEEAC (voir figure 2.1). budget alloué au secteur agricole depuis l’adop-
Les pays qui ont le plus fourni des efforts sont tion du PDDAA, ceci en raison des contraintes
le Rwanda, Sao Tomé-et-Principe et le Tchad. financières qui pèsent sur les économies de la
Plusieurs pays ont trainé le pas à l’instar de la CEEAC. La situation risque encore de s’empirer
RDC, du Congo, de l’Angola, etc. De plus, les ni- avec la récente chute du prix du pétrole obser-
veaux de pauvreté et d’insécurité alimentaire vée depuis quelques années. La qualité des dé-
demeurent encore élevés. En 2015, ils étaient penses publiques allouées au secteur agricole
respectivement estimés à 34,9% et 21,3% dans fait également problème. Dans la cible de 10%
la CEEAC. du PDDAA, l’idée était que des investissements
publics soient censés stimuler l’investissement

Figure 2.1 : Evolution des parts de budget allouées au secteur agricole entre 2003 et 2015
12.0

10.0

8.0

6.0

4.0

2.0

0.0
CEEAC

Angola

Burundi

RCA

Cameroun

RDC

Congo

Guinée Equatoriale

Rwanda

Sao Tomé et Principe

Tchad

Cible du PDDAA

Source : Construit par l’auteur à partir des données du ReSAKSS (2017)

19
Exploiter le potentiel de l’agro-industrie pour soutenir la transformation structurelle en Afrique Centrale

privé. Mais malheureusement, ces allocations comporte des limites et insuffisances pour
dédiées au secteur agricole ont été beaucoup lesquelles même si ces objectifs sont atteints,
plus orientées dans les salaires, le loyer, le car- l’efficience de la politique n’est pas certaine. En
burant, l’électricité et la télécommunication, effet, les objectifs du PDDAA sont généraux et
et pas dans les dépenses d’investissement tels n’intègrent pas la spécificité de chaque pays de
que le stockage post-récolte, le marché et les la CEMAC (en termes d’avantages comparatifs
infrastructures d’irrigation (NEPAD, 2016). pour des spécialisations complémentaires). En
outre, les objectifs du PDDAA ne sont pas ba-
Le troisième et dernier facteur émane de la sés sur des diagnostiques issus des données
structure même des économies de l’Afrique actualisées collectées auprès des acteurs. Ces
Centrale. Le secteur agricole a certes connu données de base actualisées permettront d’ap-
une croissance remarquable en Afrique Cen- précier l’ampleur de la politique. On note éga-
trale, mais les taux de pauvreté et de sous-ali- lement une insuffisance des indicateurs d’ap-
mentation sont restés élevés, ceci en raison de préciation des performances agricoles à court,
la mauvaise répartition des fruits de la crois- moyen et long terme.
sance. L’indice de GINI de la CEEAC est encore
élevé et était estimé à 41,4 en 2015 (ReSAKSS, 2.3. Conclusion
2017). Ainsi, afin d’éliminer la faim et éradiquer Ce chapitre fait un bilan des politiques pu-
la pauvreté en Afrique Centrale, il est important bliques déjà mises en œuvre en Afrique Cen-
aussi de s’attarder sur la répartition des reve- trale pour la performance des agro-industries
nus c’est-à-dire les facteurs qui contribuent à en vue de ressortir les insuffisances qui ont li-
réduire les inégalités de revenus dans la popu- mitées leurs résultats. C’est sur la base de ces
lation. insuffisances que des nouvelles propositions
de politiques devront être formulées.
Un examen des objectifs du PDDAA permet
de se rendre à l’évidence que cette politique

20
3
Développement de l’agro-industrie
en Afrique Centrale : Défis et axes
d’intervention prioritaires

L’inefficacité des politiques agricoles mises en serve une très faible augmentation de la pro-
œuvre, conduit au constat de l’impératif du duction pour ces pays (Figure 3.1).
développement de l’agro-industrie et à la né-
cessité des nouvelles stratégies d’intervention. Ceci n’est toutefois pas le cas pour l’Angola et
le Cameroun dont la production avait pratique-
3.1. Impératifs du ment doublé dans la dernière décennie. Cette
développement de l’agro- augmentation de la production est principale-
ment due à l’expansion des terres cultivées et
industrie l’accroissement de la main d’œuvre en surplus
L’agro-industrie a le potentiel de contribuer à dans le secteur. Et une très faible proportion
la création de revenus, d’emplois et à l’amé- de cette augmentation de la production est
lioration de l’alimentation afin de permettre due à l’accroissement de la productivité agri-
l’allègement de la pauvreté. Pourtant, bien cole. Un rapport de la CEA (2009b) avait égale-
des défis majeurs subsistent pour développer ment dénoncé la faible productivité du travail
pleinement le potentiel évident du secteur en de la région comparativement à celle de l’Amé-
Afrique Centrale. rique latine et de l’Asie. Cela proviendrait du
fait que l’agriculture en Afrique Centrale reste
3.1.1. Défis de l’augmentation de la encore manuelle ou semi-mécanisée.
productivité agricole
Un nombre important de travaux empiriques En effet, le potentiel de la sous-région à aug-
ont déjà souligné le rôle de la productivité agri- menter sa production agricole principale-
cole dans la croissance économique globale et ment en accroissant les terres cultivées, reste
la réduction de la pauvreté (Mwabu et Thor- une option problématique. Les terres arables
becke, 2004; Christiaensen et Demery, 2007; non-cultivées exigent un accroissement des
Djoumessi et al., 2017). Cependant en suivant investissements pour permettre aux petits
les estimations de la FAO pour l’Afrique du exploitants d’augmenter la production avec
Sud-Sahara, au cours des 45 dernières années, moins de terres et sans une augmentation im-
la production agricole a augmenté moins vite portante du facteur travail. Cet accroissement
que la croissance démographique, d’où une des investissements dépendra à son tour de la
baisse de la nourriture disponible par personne qualité des semences, des engrais appropriés,
au niveau des ressources nationales. Les faits des systèmes d’irrigation et du niveau de mé-
stylisés pour le cas des pays de l’Afrique Cen- canisation. S’il est vrai que la sous-région dis-
trale ne sont pas contre. Depuis 1960, on ob- pose encore d’espaces non-cultivés, la mise
en production de ces terres exige des coûts

21
Exploiter le potentiel de l’agro-industrie pour soutenir la transformation structurelle en Afrique Centrale

Figure 3.1: Indice de production agricole en Afrique Centrale (1961-2014)


250

Angola
200
Burundi

Cameroun

150 RCA

Tchad

Congo
100
RDC

Gabon
50 Sao Tomé et Prencipe

Rwanda

Guinée Equatoriale
0
1961

1964

1967

1970

1973

1976

1979

1982

1985

1988

1991

1994

1997

2000

2003

2006

2009

2012
Source : Banque Mondiale (WDI, 2017)

supplémentaires qu’il faudra maitriser afin de ments précis, en utilisant une logistique très
pouvoir ouvrir ces terres à l’agriculture. D’un précise et en respectant les délais de commer-
autre côté, les gains de productivité exigent cialisation imposés par les acheteurs (Ponte,
une utilisation plus efficace des ressources dis- 2007). Les vecteurs de modernisation revêtent
ponibles notamment en eau. Bien qu’il existe les caractéristiques suivantes (Humphrey et
un potentiel considérable pour développer Schimitz, 2002; Ponte et Ewert, 2009): (i) mo-
l’irrigation en Afrique Centrale, les possibilités dernisation du produit : passage à des produits
varient considérablement dans l’ensemble de plus sophistiqués dotés d’une valeur unitaire
la sous-région en raison des différences aux accrue, ou d’un contenu plus complexe, ou qui
niveaux des précipitations, des ressources en correspondent mieux aux normes des produits;
eau renouvelables et des terres. Enfin, les sys- (ii) modernisation des processus : fait de parve-
tèmes agricoles d’Afrique Centrale sont par- nir à une meilleure transformation des intrants
ticulièrement vulnérables aux changements en rendements en réorganisant les activités de
climatiques, en raison de leur dépendance production, et/ou en améliorant les normes de
vis-à-vis de l’agriculture pluviale, des niveaux gestion qualité, l’impact environnemental et
élevés de la pauvreté et de l’insuffisance des l’aspect social des conditions de production;
infrastructures. D’où toute l’importance de (iii) modernisation fonctionnelle : acquisition
la nécessite des systèmes de recherche plus des nouvelles fonctions qui accroissent les
solides capables d’améliorer la résistance des compétences dans le cadre des activités, et/
cultures et des animaux aux stress biotiques, ou améliorent la rentabilité; (iv) modernisation
et d’investissements dans l’irrigation et la ges- multi-chaines : les compétences acquises au
tion de l’eau. sein d’une fonction d’une chaine sont utilisées
pour une chaîne différente; (v) autres formes
3.1.2. L’exigence de la modernisation des de modernisation : respect de la logistique et
chaînes de valeur des délais d’exécution (délais de commerciali-
La transformation des matières premières agri- sation), livraison toujours fiable et homogène
coles en produits industriels ou en produits do- des marchandises (un défi majeur dans le do-
tés d’une plus grande valeur ajoutée, dépend maine des produits agroalimentaires), capacité
de plus en plus de la capacité des entrepre- à livrer de gros volumes (et à accentuer ainsi les
neurs à alimenter les chaines de valeur locales, économies d’échelle), tout cela peut impliquer
régionales et mondiales en produits conformes d’associer les types de modernisation men-
à des normes spécifiques, à des exigences en tionnés ci-dessus. D’après les auteurs, aucun
matière de volume et d’emballage, à des mo- de ces vecteurs de modernisation n’est idéal.

22
Exploiter le potentiel de l’agro-industrie pour soutenir la transformation structurelle en Afrique Centrale

La réussite dépendra de la chaîne de valeur, de ces derniers. L’accès aux financements consti-
l’objectif stratégique de l’industrie concernée tue un défi majeur auquel doivent faire face
(et/ou du gouvernement), de la structure spé- les exploitants agricoles. La mise en culture
cifique et des contingences inhérentes à une des terres implique souvent un surplus de
industrie donnée. coût dont la majorité des petits exploitants
ne peuvent supporter et de même pour les
Quelques études de cas : tout d’abord la chaîne acteurs (entreprises) des chaînes de valeur en
de valeur manioc, qui s’est révélée d’une im- ce qui concerne les technologies et des struc-
portance particulière en Afrique Centrale tures mieux développées. L’incapacité des
(Cameroun, Congo, RDC, Gabon). Selon un institutions de crédit pour leur part, est étroi-
rapport du Centre Technique de coopération tement liée aux caractéristiques même des
Agricole et rurale (CTA), il importe de dévelop- activités agricoles (jugées comme risquées)
per des mesures au niveau de la chaîne de va- compliquant, pour le secteur agroindustriel,
leur manioc afin d’accroitre la production et la l’obtention des prêts aux taux pratiqués sur le
qualité, ainsi que l’accès sur les différents mar- marché. De plus, la médiocrité des infrastruc-
chés, notamment avec le développement des tures constitue la principale source de coûts
techniques de transformation et conservation, opérationnels élevés pour l’agro-industrie.
des technologies, des mécanismes de stockage
et l’organisation des acteurs de la chaîne. Le Les acteurs de la chaîne en grande majorité
café et le cacao de marque camerounaise sont se retournent vers des financements infor-
très peu vus sur les marchés, pour cause de mels, c’est-à-dire, provenant de la famille, des
faible transformation et torréfaction. Cette amis et des autres relations professionnelles
chaîne de valeur souffre en grande partie d’in- ou des clients grâce aux paiements d’avance.
suffisance d’infrastructures de transformation Toutefois, ces sources de financements très
et de conservation, et par-dessus tout, d’une précaires freinent la croissance du secteur
valorisation du produit consommable par la agro-industriel dans le long terme. L’argument
certification. en faveur des financements formels repose
sur leur efficacité et capacité à fournir plus de
3.1.3. De l’accès à la terre à l’accès aux services à plus grande échelle et à offrir une
financements mise en commun des risques, ce dont un fi-
Comme énoncé plus haut, la mise en culture nancement informel est simplement incapable
des terres arables non encore cultivées exige (Honohan et Beck, 2007). Par financement de
des financements supplémentaires mais avant la chaîne de valeur, on entend les sources de
tout la disponibilité de la terre. S’il est vrai que financement et autres services financiers des
l’Afrique Centrale est riche en terre arable, son acteurs de la chaîne, généralement conçus
acquisition pose encore de nombreux pro- pour accroitre le retour sur investissement, la
blèmes tant sur le plan légal que culturel. Par croissance et la compétitivité de la chaîne. Se-
exemple au Cameroun, seules les personnes lon Fries et Akin (2004) et Banque Mondiale
nées le 5 août 1974 peuvent prétendre avoir (2007), les financements de la chaîne de valeur
un titre foncier sur des terres constituant ainsi relèvent principalement de trois catégories :
un obstacle au développement de l’agro-in-
dustrie. A côté de cette barrière légale, les bar- • l’apport de crédit, l’épargne, les garanties
rières procédurales freinent également l’acqui- ou l’assurance pour ou parmi les acteurs de
sition des terres. L’obtention d’un titre foncier la chaîne de valeur ;
peut prendre jusqu’à dix ans. En plus de ces • les alliances stratégiques conclues via les fi-
barrières légales et procédurales, les barrières nancements étendus par une combinaison
culturelles ou coutumières empêchent les d’acteurs de la chaîne de valeur et d’insti-
femmes d’acquérir les terres. Selon ces cou- tutions financières ;
tumes, les femmes n’ont pas droit à l’héritage • les outils/services de gestion des risques
parental et parfois même après le décès de de prix, de production ou de marketing.
leurs maris, elles sont chassées des terres de

23
Exploiter le potentiel de l’agro-industrie pour soutenir la transformation structurelle en Afrique Centrale

3.1.4. Défis des infrastructures et l’accès à et produits intermédiaires dérivés du secteur


l’énergie agricole (FAO, 1997), mais au contraire intègre
Les infrastructures demeurent un problème les activités en amont et aval de la transfor-
primordial pour toute chaîne de valeur. Dans la mation allant de la production des intrants
plupart des pays d’Afrique Centrale, les condi- agricoles jusqu’à la distribution et commer-
tions de routes sont mauvaises et la densité cialisation des produits agricoles transformés
très faible, limitant ainsi l’accès aux marchés (Bruneau et Imbernon, 1980). Ainsi, il est donc
(figure 1.7). Comme si cela ne suffisait pas, les clair qu’une perspective efficace de dévelop-
barrages routiers arbitraires, les problèmes pement de l’agro-industrie en Afrique Cen-
d’accès aux produits de rechange importés, les trale doit prendre en compte tous les mail-
cartels et les monopoles viennent tous s’ajouter lons du système agroalimentaire tout entier,
aux coûts de transport et à l’environnement à car la mauvaise performance d’un maillon du
risque auxquels sont confrontés les petits agri- système peut s’avérer fatale pour le système
culteurs (IFAD, 2009). tout entier. A cet effet, le développement de
l’agro-industrie en Afrique Centrale repose
Le transport, l’énergie, l’approvisionnement en sur cinq axes stratégiques prioritaires à savoir
eau, les technologies de l’information, la télé- la disponibilité et l’accessibilité des intrants,
phonie et les installations internet comptent l’intensification de la production, la disponi-
parmi les composants essentiels des infrastruc- bilité et l’accessibilité des infrastructures, la
tures nécessaires au développement agro-in- transformation et enfin la commercialisation.
dustriel. Ces composants devraient, en toute Toutes ces stratégies dérivent plus ou moins
logique être garantis par les Etats à partir de de la vision de l’agenda 2063, et dont le déve-
leurs revenus nationaux ou du produit de leurs loppement des infrastructures, la bonne gou-
investissements directs étrangers (Yumkella et vernance, les institutions fortes, les sciences,
al., 2011), afin d’accélérer le développement les technologies et l’innovation, l’agriculture /
du secteur et couvrir les besoins alimentaires. ajout de valeur et développement des agro-in-
dustries, le développement du capital hu-
Les corridors jouent un rôle majeur dans l’amé- main et la paix et sécurité figurent parmi les
lioration de l’effet des chaînes de valeur dans domaines d’intervention prioritaires au niveau
les pays sans littoral, notamment en réduisant des Etats et des communautés économiques
les temps de transit mais également en renfor- régionales (CUA 2015)
çant la flexibilité et la diversité des services dis-
ponibles sur les itinéraires multimodaux (CEA 3.2.1. La stratégie de la disponibilité et de
et al., 2010). L’Afrique Centrale en distingue l’accessibilité des intrants
quelques dont : Douala-RCA-Tchad (1800 km), Le premier chapitre de ce rapport a mis en
Pointe noire-RCA-Tchad (1800 km). Toutefois, exergue d’importants déficits en matière d’in-
cela reste très insuffisant. trants agricoles et de leur accessibilité (voire
section 1). Ainsi, il est donc clair que pour
3.2. Les stratégies d’intervention booster l’agro-industrie en Afrique Centrale,
prioritaires d’importantes mesures doivent être prises à
ce niveau, car une mauvaise performance ici a
L’objectif de cette sous-section est de pré- des répercussions sur toute la chaîne de valeur.
senter les stratégies qui doivent être menées Par conséquent, pour dynamiser ce secteur en
afin d’accélérer le développement de l’agro-in- Afrique Centrale et accroître la disponibilité et
dustrie en Afrique Centrale. Mais avant cela, l’accessibilité des intrants agricoles, les actions
rappelons que la démarche adoptée tout au suivantes doivent être posées.
long de cette étude est une approche systé-
mique (système agro-industriel) et comme Renforcement des capacités des systèmes
telle, l’agro-industrie n’est plus vue seulement d’innovation nationaux et régionaux : Pour
comme l’ensemble des entreprises qui font accroitre la disponibilité et l’accessibilité des
dans la transformation des matières premières intrants agricoles en Afrique Centrale, la re-

24
Exploiter le potentiel de l’agro-industrie pour soutenir la transformation structurelle en Afrique Centrale

cherche agricole doit être mise à contribution. 3.2.2. La stratégie de l’intensification de la


Le renforcement des capacités des systèmes production
d’innovation nationaux et régionaux en est une L’accroissement de la production agricole ob-
option qui ne doit pas être négligée. Cela doit servée en Afrique Centrale s’est fait par l’ac-
se faire en dotant les centres de recherche na- croissement des espaces cultivés au détriment
tionaux et régionaux, les universités, et les la- de l’accroissement de la productivité agricole
boratoires de pointe de ressources adéquates. (Nkamleu, 2004; Kane et al., 2012; Cairns et
Par ailleurs, étant donné que la recherche est al., 2013; Djoumessi et al., 2017). De même,
très coûteuse, cela peut se faire en développant les stratégies adoptées jusqu’ici par les Etats
des partenariats public-privé entre les centres n’ont pas produit des effets escomptés, ni en-
de recherche, universités et les entreprises pri- trainé les changements significatifs des capa-
vées. De plus, afin de limiter le gaspillage des cités technologiques (CEA, 2011). Pour ren-
ressources et optimiser la performance des verser cette tendance, il est important pour les
centres de recherche, une coordination au ni- économies de l’Afrique Centrale de recourir à
veau régional entre les différents centres de une agriculture intensive et respectueuse de
recherches nationaux est nécessaire. Pour cela, l’environnement. Ceci signifie une utilisation
la création d’une plateforme de partage d’infor- plus accrue des technologies agricoles à l’ins-
mations au niveau de la CEEAC peut être envi- tar des semences améliorées, des machines
sagée. agricoles, des engrais (NEPAD, 2013). Ain-
si, pour atteindre cet objectif les actions sui-
Renforcement de l’attractivité de l’Afrique vantes doivent être menées :
Centrale : Certains intrants agricoles tels que
les engrais et machines agricoles peuvent dif- Amélioration de l’accès à la terre : la terre est
ficilement être produits par les pouvoirs pu- un facteur incontournable pour l’accroissement
blics. Ils doivent être impérativement produits de la production agricole et le développement
par le secteur privé. Mais pour que cela soit de l’agro-industrie en général. L’amélioration de
effectif, les pouvoirs publics doivent jouer leur l’accès à la terre ici passe par d’abord par une
partition. Ils doivent créer des conditions favo- légifération sur les conditions d’obtention du
rables au développement des investissements titre foncier en occurrence l’aspect âge, ensuite
privés. Le développement et l’amélioration des la réduction des délais d’obtention des titres
infrastructures en sont une étape importante. fonciers, et enfin la destruction des barrières
De nouvelles routes et voies ferrées doivent coutumières afin d’accroitre l’accès des femmes
être créées et celles existantes améliorées afin aux terres. Cette dernière peut se faire par la
de réduire les coûts de transaction rendant ain- sensibilisation des femmes sur leurs droits, le
si disponibles les intrants agricoles au niveau renforcement des organisations de femmes et
des agriculteurs. Les capacités de production la promotion des titres de propriété au nom
énergétique et en eau doivent être renforcées de l’homme et de la femme. Il est donc temps
afin de faciliter le développement de l’industrie de prendre des mesures concrètes pour amé-
des intrants agricoles. Ce développement de liorer l’accès à la propriété foncière sécurisée
l’industrie des intrants agricoles peut provenir des femmes, des peuples autochtones et des
des investissements privés nationaux ou étran- personnes qui se trouvent en situation de vul-
gers. Toutefois, quelle que soit leur origine, leur nérabilité comme le note le programme 2030,
importance dépend aussi de la qualité du climat pour une stratégie d’intensification de la pro-
des affaires. Les temps et les coûts de création duction efficace. Rappelons que la sécurisation
des entreprises en Afrique Centrale doivent de la propriété foncière des femmes peut avoir
être revus à la baisse. La corruption doit être un impact significatif sur leurs investissements
combattue avec fermeté. Les pays de la CEEAC dans le domaine agricole comme le montre
doivent collaborer pour assurer la sécurité et la Koa Bessala et al (2017). Ainsi, si les femmes
stabilité politique dans la sous-région, afin d’ac- ne sont pas en sécurité foncière sur les terres
croître l’attractivité de la sous-région aux inves- qu’elles cultivent, il y a de forte chance que ces
tisseurs étrangers. dernières réduisent leurs investissements sur

25
Exploiter le potentiel de l’agro-industrie pour soutenir la transformation structurelle en Afrique Centrale

ces terres, ce qui peut négativement impacter cole est encore limitée dans la sous-région. En
la production. effet, seules quelques universités offrent des
formations agricoles dans la sous-région alors
D’un autre côté, la question de l’accaparement qu’elles sont déterminantes pour l’accroisse-
des terres agricoles qui implique l’acquisition ment de l’utilisation des intrants agricoles et de
et le contrôle ‘‘à grande échelle’’ des terres la productivité agricole. La formation agricole
agricoles par des investisseurs (étrangers ou permet aux agriculteurs d’être au courant et
locaux) pour produire des biens alimentaires, même en contact avec les technologies agri-
biocarburants exportables ou à des fins spé- coles. Ce qui facilite leur adoption plus tard. Se-
culatives, est une question préoccupante en lon une étude menée dans la région du Centre
Afrique subsaharienne de façon générale. Cameroun, moins de 20% des producteurs de
Ce phénomène a pris une grande ampleur à maïs déclarent avoir reçu une formation agri-
la suite de la crise alimentaire de 2008. Ain- cole (Takam Fongang, 2016), ce qui explique-
si pour la seule année 2008 par exemple, 42 rait en partie les faibles taux d’adoption des
millions d’hectares de terres agricoles dont les technologies agricoles en Afrique Centrale.
trois quarts (32 millions d’hectares) sont situés Afin d’accroitre l’offre en formation agricole,
en Afrique subsaharienne, ont été convoités de nouvelles universités (instituts) agricoles
par les investisseurs comme le note un rapport doivent être créées et celles existantes doivent
de la Banque Mondiale10. Bien que ces in- être renforcées pour accroitre leurs capacités.
vestissements présentent de nombreux avan- Cette initiative ne doit pas seulement se limi-
tages potentiels comme la création d’emplois, ter au niveau universitaire, mais doit s’étendre
le soutien aux infrastructures sociales, l’ac- jusqu’au secondaire. Dans cette perspective,
croissement des recettes fiscales, la sécurité les lycées techniques agricoles en gestation au
alimentaire, etc., certaines études présentent Cameroun doivent être encouragés et doivent
toutefois un bilan plutôt mitigé. Ainsi, ces inves- s’étendre sur l’ensemble du territoire et dans
tissements sont pour certains plutôt de nature la sous-région Afrique Centrale. Toujours dans
à empirer la situation en termes de pression cette dynamique, une attention particulière
sur le foncier et d’insécurité alimentaire dans doit être accordée au développement des com-
les pays concernés. Ils ne semblent pour l’ins- pétences aux métiers de l’aquaculture pour
tant pas bénéficier aux populations locales à booster ce secteur.
cause notamment de l’incapacité à compenser
les pertes de droits fonciers des communautés Accroissement de l’accès au crédit : Pour pal-
locales, de la faible gouvernance foncière, des lier à l’insuffisance de financement de l’agro-in-
conflits pour l’accès aux ressources, … dustrie constatée au chapitre 1, des banques
agricoles spécialisées dans le financement des
Etant donné que la terre représente un capital activités agricoles et dérivées doivent être
naturel très important pour le développement, créées à l’échelle nationale et même sous régio-
la question de l’accaparement des terres agri- nale. Ces banques doivent accorder des crédits
coles doit être abordée dans une optique d’être aux agriculteurs à des prix compétitifs tout en
bénéfique aux populations locales, de favoriser utilisant l’Etat comme garantie. Afin de faciliter
l’agriculture familiale, de protéger les commu- la tâche auxdites banques, les pouvoirs publics
nautés de l’expropriation de leur terre, mais doivent promouvoir le regroupement des petits
surtout de réduire la dépendance à l’égard des exploitants agricoles en véritables entreprises
importations alimentaires et de créer des em- agricoles.
plois locaux. Il faut pour cela arriver à une meil-
leure gouvernance foncière. Soutien à la mécanisation de l’agriculture : La
mécanisation de l’agriculture implique parfois
Accroissement de l’offre et de l’accès à la l’achat de machines agricoles que les petits
formation agricole : L’offre en formation agri- producteurs ne peuvent s’offrir, même s’ils se

10 Deininger et al (2011).

26
Exploiter le potentiel de l’agro-industrie pour soutenir la transformation structurelle en Afrique Centrale

regroupent en association ou entreprises agri- agricoles. Toutefois, force est de constater que
coles. Dans cette situation, l’Etat peut jouer dans cette dernière région, ces statistiques
un rôle majeur en soutenant les producteurs. sont généralement difficiles d’accès et totale-
Ceci peut passer par la création d’entreprises ment pas à jour. Intensifier la production agri-
publiques de location de machines agricoles. cole en Afrique Centrale passera forcement par
Ces entreprises auront pour mission principale un investissement important préalable dans la
la location des machines agricoles aux produc- production et la diffusion des statistiques agri-
teurs. coles. Pour arriver à une politique efficace d’in-
tensification de la production agricole, les sta-
Soutien à la diffusion des technologies : Bon tistiques jouent un rôle primordial. De plus, il
nombre de technologies existent mais sont mé- ne faudra pas seulement se contenter de pro-
connues par les agriculteurs. Ceci traduit l’inef- duire et diffuser des informations, mais aussi et
ficacité des systèmes traditionnels de diffusion surtout les collecter à une fréquence régulière,
des technologies agricoles tels que le recours afin d’avoir une idée réelle de l’évolution de la
aux agents de vulgarisation, la radio, la télévi- situation sur le terrain, et pouvoir évaluer effi-
sion, etc. Pour accélérer son processus de dif- cacement les programmes et politiques mis en
fusion des technologies, l’Afrique Centrale peut œuvre.
bénéficier de l’avancée des Nouvelles Techno-
logies de l’Information et de la Communication 3.2.3. La stratégie de la disponibilité et de
(NTIC). L’Afrique Centrale connait une forte l’accessibilité des infrastructures
utilisation des téléphones mobiles. Une bonne Pour assurer un développement harmonieux de
stratégie de diffusion des technologies agri- l’agro-industrie en Afrique Centrale, il est indis-
coles peut donc être adossée sur la communi- pensable de procéder au développement des
cation téléphonique. infrastructures. En effet, comme le soulignent
le Programme 2030 et l’agenda 2063, le déve-
Renforcement des capacités des administra- loppement des infrastructures sur le plan na-
tions en charge du développement agricole tional mais aussi régional joue un rôle majeur
et rural : un aspect très important pour l’inten- dans la transformation économique envisagée.
sification de la production agricole en Afrique L’agenda 2063 prône un développement des
Centrale qui est parfois négligé concerne les ca- infrastructures terrestres, aériennes et ma-
pacités des administrations en charge des ques- ritimes. En plus des infrastructures susmen-
tions agricoles et rurales. Il est primordial pour tionnées, les infrastructures de stockage, de
la réussite des programmes et projets mis en conservation et de commercialisation doivent
place pour le développement du secteur agri- être également développées. Étant donné que
cole et rural d’avoir une administration compé- ces dernières infrastructures sont consomma-
tente avec des ressources humaines qualifiées. trices d’espaces, des réformes foncières s’im-
Il est généralement constaté en Afrique Cen- posent afin de rendre plus aisé l’accès à la terre
trale que le personnel dans les administrations notamment aux jeunes investisseurs. Les dé-
en charge des questions agricoles et rurales, est lais d’acquisition des titres fonciers sont très
généralement constitué des agronomes. Il est longs et doivent être revus à la baisse.
important d’intégrer à ce personnel d’autres
spécialistes pouvant permettre d’atteindre l’ef- Yumkella et al. (2011) avaient déjà souligné le
ficacité et l’efficience dans la poursuite des ob- rôle crucial que devraient jouer les Etats pour
jectifs assignés, notamment des économistes renforcer et ou aménager des espaces com-
(agroéconomistes), des sociologues ruraux, etc. merciaux, afin de faciliter l’écoulement des
produits agricoles transformés. Ils peuvent
Investir davantage dans la production et également soutenir la construction des ma-
dans la diffusion de statistiques : les statis- gasins de stockage et de conservation des
tiques agricoles, en Afrique en général et en produits agricoles, afin de limiter les pertes
Afrique Centrale en particulier, sont d’un enjeu post-récoltes estimées à 30, 50 et 70 pour
très important pour la recherche et la politique cent respectivement pour les céréales, les ra-

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Exploiter le potentiel de l’agro-industrie pour soutenir la transformation structurelle en Afrique Centrale

cines et tubercules, et les fruits et légumes les entreprises opérant dans le domaine de
(FAO et ONUDI, 2010). l’agro-industrie et activités connexes. Les
zones agro-industrielles doivent être locali-
3.2.4. La stratégie de la transformation sées de préférence à proximité des bassins de
agricole production agricole, afin de limiter les pertes
La stratégie de la transformation vise à stimu- post-récoltes et les coûts de transaction. Ces
ler et/ou renforcer les activités de transforma- zones doivent s’accompagner des mécanismes
tion agricole en Afrique Centrale. Les activités incitatifs tels que les réductions fiscales pour
de transformation agricole sont un maillon im- stimuler l’installation des entreprises agro-in-
portant du système agroalimentaire. Elles per- dustrielles dans lesdites zones.
mettent de réduire l’insécurité alimentaire et
nutritionnelle en Afrique Centrale par quatre Promotion de l’entreprenariat : L’entrepre-
canaux essentiels à savoir la réduction des neur est celui qui prend le risque pour débu-
pertes post-récoltes, l’extension des durées de ter une activité économique génératrice de
conservation des produits agricoles, la valori- revenus. Les jeunes doivent être encouragés
sation des produits agricoles et l’amélioration à se lancer dans le secteur de l’agro-transfor-
de la qualité et de la salubrité des produits ali- mation. Cela doit se faire à travers un soutien
mentaires (FAO et ONUDI, 2010). Les activités technique et même financier tout le long du
de transformation agricole sont d’autant plus processus de création de leurs entreprises. Les
importantes qu’elles sont sources de création centres d’accompagnement des jeunes à la
d’emplois, de richesse et de réduction de la création d’entreprises doivent être renforcés
pauvreté. De plus, les activités de transfor- et réorientés vers un soutien plus accru à la
mation agricole ou plus globalement l’agro-in- création d’entreprises agro-industrielles. Les
dustrie, constituent un secteur à fort lien avec formations à l’entreprenariat ne doivent plus
d’autres secteurs économiques et comme tel, se limiter au niveau universitaire. Elles doivent
un progrès dans l’agro-industrie engendre- s’étendre jusqu’au secondaire. Les gouver-
rait des progrès dans les autres secteurs. Sur nements doivent également travailler dans la
cette base et dans la dynamique de Hirschman création et la vulgarisation des technologies de
(1958) citée par FAO (1997), l’agro-industrie transformation agricole.
constitue le secteur sur lequel les économies
de l’Afrique Centrale peuvent miser pour assu- Promotion des normes hygiéniques et phy-
rer leur croissance économique et leur trans- tosanitaires : Les chapitres précédents ont
formation structurelle. Dans cette perspective, identifié le défaut de qualité de bon nombre
les actions suivantes sont à poser. des produits agro-industriels de l’Afrique Cen-
trale. Ainsi, pour combler cette tare et redorer
Promotion de l’intégration horizontale : En le blason de leurs produits, les économies de
Afrique Centrale, l’agro-transformation est l’Afrique Centrale doivent encourager les en-
dominée par les petits exploitants du secteur treprises à s’arrimer aux règles et normes hy-
informel, qui ont un accès limité au crédit et giéniques et phytosanitaires en vigueur, afin de
à la technologie (FAO et ONUDI, 2010). Une maximiser les ventes. Pour ce faire, les diffé-
intégration de ces derniers vers une entité un rentes agences de normalisation dans les dif-
peu plus grande leur permettrait d’accroître férents pays doivent être renforcées.
leur capital, de partager leurs expériences et
d’être plus compétitifs sur le marché dérivant 3.2.5. La stratégie de la commercialisation
des économies d’échelle. L’idée derrière cette stratégie est de booster la
commercialisation tant sur les territoires natio-
Création des zones agro-industrielles : Les naux qu’à l’international des produits agricoles
gouvernements doivent aménager des espaces transformés d’origine d’Afrique Centrale. Pour
pour la création des zones agro-industrielles. atteindre cet objectif, une stratégie optimale
Ces zones doivent accueillir essentiellement devrait accorder une attention particulière à

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Exploiter le potentiel de l’agro-industrie pour soutenir la transformation structurelle en Afrique Centrale

la communication. Car selon certaines études, cité des interventions suggérées dans ce rap-
certains produits africains, pourtant de bonne port, en droite ligne avec le Programme 2030
qualité, ne sont pas consommés parce qu’ils et l’agenda 2063. Ce sont des conditions né-
sont tout simplement méconnus des popu- cessaires à toute stratégie de développement
lations (ONUDI, 2011). Dans ces conditions, en Afrique Centrale pour atteindre des effets
l’organisation des salons de l’agro-industrie à positifs, durables et inclusifs. En effet, cette
l’échelle nationale et même régionale dédiés région est reconnue pour avoir de nombreux
uniquement aux entreprises agro-industrielles, problèmes liés à la bonne gouvernance et à la
sont des pistes à explorer pour faire connaître responsabilité des décideurs politiques. Il est
les produits de l’agro-industrie. De telles ini- plus que temps d’intégrer la bonne gouver-
tiatives permettront aux entreprises agro-in- nance comme fondement de toute action de
dustrielles de promouvoir leurs produits, et développement de la sous-région.
de créer des partenariats entre entreprises
privées. Les pouvoirs publics de l’Afrique Cen- 3.3. Conclusion
trale, à travers leurs chaînes de télévision et de Ce chapitre s’est appuyé sur les insuffisances
radios publiques, peuvent également accélé- de politiques publiques antérieures, pour for-
rer la visibilité des produits agro-industriels en muler de nouvelles politiques pour la perfor-
proposant des espaces dédiés à la promotion mance des agro-industries en Afrique Centrale.
des produits agro-industriels « made in Central
Africa ». Par ailleurs, une bonne évaluation des perfor-
mances de ces politiques nécessite des statis-
Enfin de compte, il est impératif de noter que tiques de base collectées auprès des acteurs
la bonne gouvernance et la responsabilisation permettant d’apprécier périodiquement l’am-
sont la clef de voûte pour l’efficience et l’effica- pleur de la politique.

29
Exploiter le potentiel de l’agro-industrie pour soutenir la transformation structurelle en Afrique Centrale

Conclusion générale

Ce rapport a permis d’explorer le potentiel de Le chapitre 2 a permis de faire un bilan critique


l’agro-industrie de l’Afrique Centrale, d’évaluer des politiques déjà mises en œuvre. Partant
les politiques mises en œuvre et d’en proposer d’une vue de l’ensemble des politiques agri-
les nouvelles stratégies. Ces nouvelles straté- coles spontanées, ce chapitre a fait une ana-
gies sont proposées pour servir aux décideurs lyse critique du Programme Détaillé de Déve-
des pays de l’Afrique Centrale chargés d’élabo- loppement intégré de l’Agriculture Africaine
rer les politiques de l’agro-industrie pour une (PDDAA) en Afrique Centrale, impulsé par
transformation structurelle. l’Union Africaine à travers le NEPAD.

Le chapitre 1 a fait un constat de l’état de lieu Le chapitre 3 s’est appuyé sur les insuffisances
de l’agro-industrie en Afrique Centrale. Ainsi, des politiques déjà mises en œuvre, pour
ayant constaté que l’agro-industrie est en- proposer des nouvelles stratégies à mettre
core un secteur embryonnaire, il est néces- en œuvre afin de faire décoller le secteur de
saire d’identifier les obstacles à la performance l’agro-industrie pour une transformation struc-
avant de mettre en évidence le potentiel de turelle de l’Afrique Centrale.
l’agro-industrie que regorge l’Afrique Centrale.

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Exploiter le potentiel de l’agro-industrie pour soutenir la transformation structurelle en Afrique Centrale

Annexe
Objectifs du Développement Durable

1) Éliminer la pauvreté sous toutes ses formes et partout dans le monde.

2) Éliminer la faim, assurer la sécurité alimentaire, améliorer la nutrition et promouvoir l’agriculture durable.

3) Permettre à tous de vivre en bonne santé et promouvoir le bien-être de tous à tout âge.

4) Assurer à tous une éducation équitable, inclusive et de qualité et des possibilités d’apprentissage tout au
long de la vie.

5) Parvenir à l’égalité des sexes et autonomiser toutes les femmes et les filles.

6) Garantir l’accès de tous à des services d’alimentation en eau et d’assainissement gérés de façon durable.

7) Garantir l’accès de tous à des services énergétiques fiables, durables et modernes, à un coût abordable.

8) Promouvoir une croissance économique soutenue, partagée et durable, le plein emploi productif et un
travail décent pour tous.

9) Bâtir une infrastructure résiliente, promouvoir une industrialisation durable qui profite à tous et encourager
l’innovation.

10) Réduire les inégalités dans les pays et d’un pays à l’autre.

11) Faire en sorte que les villes et les établissements humains soient ouverts à tous, sûrs, résilients et durables.

12) Établir des modes de consommation et de production durables.

13) Prendre d’urgence des mesures pour lutter contre les changements climatiques et leurs répercussions.

14) Conserver et exploiter de manière durable les océans, les mers et les ressources marines aux fins du
développement durable.

15) Préserver et restaurer les écosystèmes terrestres, en veillant à les exploiter de façon durable, gérer
durablement les forêts, lutter contre la désertification, enrayer et inverser le processus de dégradation des
terres et mettre fin à l’appauvrissement de la biodiversité.

16) Promouvoir l’avènement de sociétés pacifiques et inclusives aux fins du développement durable, assurer
l’accès de tous à la justice et mettre en place, à tous les niveaux, des institutions efficaces, responsables et
ouvertes à tous.

17) Renforcer les moyens de mettre en œuvre le Partenariat mondial pour le développement durable et le
revitaliser.

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Exploiter le potentiel de l’agro-industrie pour soutenir la transformation structurelle en Afrique Centrale

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Imprimé à Addis-Abeba (Éthiopie) par le Groupe de la publication et de l’impression de la CEA,
certifié ISO 14001:2004. Imprimé sur du papier sans chlore.

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